Par Régis Mex, Mecanopolis
La question de la rentabilitĂ© de l’esclavage Ă©merge au XVIIIe siècle avec la pensĂ©e Ă©conomique prĂ©classique et classique. Arguant de la supĂ©rioritĂ© du travail libre, les physiocrates et Adam Smith ont Ă cette Ă©poque contestĂ© la valeur Ă©conomique de l’esclavage. On trouve aussi trace de cet argumentaire chez certains penseurs des Lumières et, plus tard, au sein des anti-esclavagistes. Le physiocrate Dupont de Nemours rĂ©sume l’ensemble des arguments avancĂ©s Ă l’appui de cette thèse quand il dĂ©clare que « l’arithmĂ©tique politique commence Ă prouver que des ouvriers libres ne coĂ»teraient pas plus, seraient plus heureux, n’exposeraient point aux mĂŞmes dangers et feraient le double de l’ouvrage ». Suivant ce point de vue, la productivitĂ© est induite par l’intĂ©rĂŞt du travailleur libre pour son travail, et par l’absence de coĂ»t d’achat et de surveillance. Pour reprendre le raisonnement de Smith, le salaire remplace avantageusement les frais d’entretien et d’achat qui incombent aux propriĂ©taires.

Un des arguments les plus couramment avancĂ©s pointe ainsi le coĂ»t de surveillance et d’entretien des esclaves : les abolitionnistes, tels Victor Schoelcher, font Ă©tat de l’insĂ©curitĂ© qui règne dans les colonies esclavagistes et de la charge financière qui en rĂ©sulte pour les Ă©tats mĂ©tropolitains sous forme d’envoi et d’entretien de troupes nombreuses, ainsi que d’indemnitĂ©s Ă verser aux propriĂ©taires dont les biens sont dĂ©truits Ă l’occasion de rĂ©voltes d’esclaves.
S’ajoutent aussi des arguments que l’on qualifierait aujourd’hui de macroĂ©conomiques. Pour les physiocrates français, le dĂ©veloppement d’un marchĂ© intĂ©rieur est indissociable du dĂ©veloppement du travail salariĂ©. C’est ce qui pousse les plus audacieux d’entre eux Ă rĂ©clamer la suppression des avantages des planteurs coloniaux qui pĂ©nalisent les cultivateurs mĂ©tropolitains de betterave sur le marchĂ© du sucre.
Enfin, l’esclavage a Ă©tĂ© dĂ©noncĂ© comme un frein Ă l’innovation technique, le dynamisme industrieux des États du Nord des États-Unis Ă©tant pointĂ© face Ă l’apparente stagnation de l’industrie des États du Sud.
Ces faits sont les principales raisons de l’abolition officielle de l’esclavage, mais ne s’en est-il pas suivi la naissance d’une autre forme de servitude, officieuse, plus subtile et plus perverse encore ?
En effet, tout au long de l’histoire, bien rares furent les chefs d’États qui ont eu l’intelligence et la force de caractère de voir au-delĂ de la simple extension de leur pouvoir personnel pour se soucier de leur peuple, et cette vĂ©ritĂ© est particulièrement accentuĂ©e en notre Ă©poque. Il suffirait de constater la vive ardeur qu’ont nos chers dirigeants pour nous plonger dans un avilissement toujours plus profond pour s’en rendre compte. Malheureusement, la « masse » a aussi une grande part de responsabilitĂ© dans le rĂ©sultat de sa misère morale et intellectuelle actuelle; le mot vulgaire ne dĂ©rive effectivement pas du mot latin « vulgus », dĂ©signant le peuple, pour rien. Il est triste de constater que tout ce qui vise Ă aider l’ĂŞtre humain Ă assouvir ses plus bas instincts prenne comme du feu sur de la poudre, alors que les dĂ©marches qui visent Ă l’Ă©lever connaissent bien des difficultĂ©s. Les annĂ©es « hippies » et mai 68 en sont des preuves marquantes. En 68, un peuple manipulĂ© s’est rebellĂ© pour obtenir plus de « libertĂ©s », mais n’a rĂ©coltĂ© que plus d’asservissement encore. Cette date indique, en effet, l’avènement de la sociĂ©tĂ© de consommation, ce flĂ©au qui a complètement rongĂ© les valeurs de notre sociĂ©tĂ© et a achevĂ© de la plonger dans un nouvel obscurantisme, celui du matĂ©rialisme. D’oĂą vient donc cette calamiteuse confusion que fait un si grand nombre de personnes entre la libertĂ© et le chaos ? La libertĂ©, ce n’est pas obĂ©ir immĂ©diatement Ă ses moindres pulsions, ce n’est pas faire tout ce que l’on veut faire au moment oĂą on veut le faire; un tel comportement n’obĂ©it Ă aucune règle ni Ă aucune limite et consiste Ă suivre ses instincts animaux, ce qui rĂ©pondrait justement, au contraire, Ă une dĂ©finition possible du chaos. Non, la libertĂ© consiste Ă pouvoir agir d’une façon qui suive rĂ©ellement les règles nĂ©cessaires Ă la solidification de la stabilitĂ© de notre personne, en tenant compte des limites que cela implique, et permet ainsi de se rapprocher du bonheur, alors que le chaos plonge au contraire dans le malheur. Certes, les conditions requises pour trouver ce bonheur varient selon les personnes, certaines d’entre elles se complaisant très bien dans la vulgaritĂ© de leurs aspirations, tout comme un porc est heureux de se rouler dans la boue. Si la satisfaction des pulsions et la recherche des plaisirs est une condition essentielle pour crĂ©er le bonheur d’un individu, on pourrait alors dire que la limite entre plaisir et bonheur est mince, voire qu’elle n’existe pas, mais cela rend par la mĂŞme occasion ce dernier inexistant, puisqu’il n’est alors plus qu’un Ă©tat d’une Ă©phĂ©mĂ©ritĂ© et d’une bassesse extrĂŞmes que la personne ne peut atteindre qu’en Ă©tant continuellement esclave d’elle-mĂŞme, le reste de ses humeurs se passant donc dans un Ă©tat d’inconscience grave qui se caractĂ©rise par une bĂ©atitude qui lui donne l’illusion d’ĂŞtre heureuse, pour la simple et bonne raison qu’elle ignore ce que cela signifie rĂ©ellement.
Revenons Ă notre pauvre sociĂ©tĂ©; les annĂ©es 60-70 ont donc Ă©tĂ© marquĂ©es d’importants Ă©vĂ©nements dĂ©stabilisateurs des esprits. Les quelques bonnes moeurs qui Ă©taient encore d’usage furent facilement balayĂ©es. Regardons oĂą nous en sommes… MĂŞme si les religions ont commis bien des atrocitĂ©s dans nos pays aux instants oĂą elles possĂ©daient un pouvoir significatif, et ont eu un rĂ´le très majoritairement politique et nĂ©gatif, elles n’en imposaient pas moins un minimum d’Ă©thique, bien que le peuple de l’Ă©poque fut sans doute tout aussi sauvage et inculte qu’aujourd’hui (paradoxalement par rapport aux très nombreuses connaissances qui ont Ă©mergĂ© entre-temps et Ă la facilitĂ© considĂ©rable de se les procurer aujourd’hui…). La laĂŻcitĂ© Ă©tait la meilleure chose Ă appliquer, car elle avait le potentiel de permettre une rĂ©flexion libre. Malheureusement, ce qui Ă©tait autrefois une pensĂ©e imposĂ©e par les courants religieux est aujourd’hui une pensĂ©e imposĂ©e par les effluves abrutissantes d’une sociĂ©tĂ© de consommation de masse; elle n’en demeure pas moins une pensĂ©e unique tout aussi esclavagiste. La religion n’est cependant pas seule Ă pouvoir ĂŞtre garante d’une morale, et l’État a conservĂ© une certaine tenue des moeurs pendant un certain temps après la sĂ©paration de l’Église et de l’État de 1905. C’est Ă©videmment par la suite qu’il a Ă©tĂ© particulièrement intĂ©ressant d’avilir le peuple encore plus qu’il ne l’est par nature en dispersant ces mĂŞmes moeurs aux quatre vents…
J’ajouterai notamment, puisque toute rĂ©volution « idĂ©ologique » puise ses raisons d’ĂŞtre dans des bases bien plus concrètes et intĂ©ressĂ©es que la simple volontĂ© de suivre des principes, que la cassure du lien familial de la part de l’enfant Ă©tait une des choses que l’Ă©mancipation des femmes Ă©tait censĂ©e accomplir. Les bienfaits que cet Ă©vĂ©nement a engendrĂ©s ne sont cependant pas les seules consĂ©quences de cette Ă©mancipation, et des motifs plus obscurs ont poussĂ© les gouvernements Ă lancer ce processus. Si l’on se fie Ă une interview d’Aaron Russo, cinĂ©aste amĂ©ricain (mort six mois après cette mĂŞme interview, tiens tiens…), qui relate sa rencontre avec Nicholas Rockefeller (dont la famille est milliardaire), celui-ci disait notamment que cette Ă©mancipation avait Ă©tĂ© souhaitĂ©e au sein du CFR (le Council on Foreign Relations) non seulement pour que la deuxième moitiĂ© de la population puisse travailler davantage et mieux, et donc fournir plus de revenus aux gouvernements, mais aussi parce qu’ainsi, les enfants des couples ont du ĂŞtre scolarisĂ©s plus tĂ´t et que le lien familial est ainsi devenu plus facilement cassable, parce qu’ils avaient tendance Ă voir l’Ă©cole, et d’une certaine façon l’État, comme leur famille. Au vu de la diffĂ©rence entre l’importance que l’on accordait Ă la famille dans le passĂ© et celle que l’on lui accorde maintenant, je pense que tout le monde conviendra qu’il y a effectivement une certaine rupture Ă ce niveau lĂ …
Tout ce qui a Ă©tĂ© fait par les riches classes a quasiment toujours Ă©tĂ© fait pour leur intĂ©rĂŞt sectaire. De mĂŞme, la mondialisation s’orchestre dans le but d’Ă©tablir un marchĂ© mondial, oĂą, dans un gouvernement unique ultralibĂ©ralisĂ©, toute barrière Ă la libre circulation des Ă©changes disparaisse. Dans les pays du tiers-monde qui acceptent (ou plutĂ´t, sont forcĂ©s d’accepter) de s’ouvrir Ă la mondialisation, nous pouvons voir clairement les effets infâmes de cette dernière. En effet, ces pays doivent s’ouvrir Ă toutes sortes de multinationales quand, notamment, un organisme comme le Fonds MonĂ©taire International ou la Banque Mondiale leur propose un programme d’ajustement structurel. Ces programmes visent rarement Ă amĂ©liorer la condition de vie du peuple d’un pays pauvre, mais bien plus souvent Ă permettre l’exploitation de telles ou telles ressources par des entreprises Ă©trangères. De plus, ces pays se trouvent frĂ©quemment dans la nĂ©cessitĂ© d’avoir recours Ă des prĂŞts de la Banque Mondiale et du FMI. Comme l’importance de ces emprunts est grande, ils ne parviennent jamais Ă la rembourser tout Ă fait. Et, puisqu’ils continuent Ă avoir besoin d’autres aides, leur dette, si elle ne stagne pas dans le meilleur des cas, augmente en permanence la majoritĂ© du temps. Beaucoup ne parviennent pas mĂŞme Ă rembourser le montant convenu Ă l’Ă©chĂ©ance donnĂ©e; ce qui fait qu’ils doivent s’endetter davantage pour le simple usage de parvenir Ă honorer cette somme. Puisque les meilleures ressources du pays sont pillĂ©es et expĂ©diĂ©es Ă l’Ă©tranger et que celui-ci est tenu dans la domination du crĂ©ancier par une dette qui ne pourra que s’accroĂ®tre sans jamais disparaĂ®tre, il ne pourra que connaĂ®tre des famines, des dĂ©valuations monĂ©taires, une nette arriĂ©ration industrielle et technologique, etc., sans jamais bĂ©nĂ©ficier de la possibilitĂ© de s’affranchir, car il est pris dans un système d’esclavage moderne.
Autrefois, les colonies, que ce soient de l’Empire Britannique ou de maints autres, avaient pour seule utilitĂ© de fournir des matières premières Ă celui dont ils subissaient le joug. En effet, les fournitures venues des Indes, par exemple, Ă©taient acheminĂ©es jusqu’en Angleterre par le seul biais des navires marchands anglais, au nom du libre-Ă©change; les colons n’avaient donc aucun pouvoir sur la fixation du prix de leurs marchandises et, leurs produits Ă©tant achetĂ©s Ă bas prix, ils Ă©taient contraints de faire stagner leur industrie au niveau que leur Ă©conomie misĂ©rable pouvait respecter, c’est Ă dire un bien humble niveau… Le pays ne prospĂ©rait donc pas et Ă©tait simplement vouĂ© Ă faire travailler une main-d’oeuvre esclave pour sa propre perte, Ă savoir, l’exportation de leurs matières premières. Il se passe exactement la mĂŞme chose aujourd’hui, principalement en Afrique, mais de la façon quelque peu plus subtile que nous avons abordĂ©e au prĂ©cĂ©dent paragraphe.
Ce n’est pas tout; le système dans lequel nous vivons suit la mĂŞme logique esclavagiste. En effet, les dettes de nos pays (quels qu’ils soient sur le globe, d’ailleurs) ne font que s’accroĂ®tre exponentiellement. Le fait que la politique monĂ©taire des pays concernĂ©s soit rĂ©gie par une banque centrale privĂ©e en est la cause. Il est clair que, puisqu’elle est privĂ©e, son but premier sera de servir les intĂ©rĂŞts des secteurs privĂ©s. En outre, elle n’a aucun compte Ă rendre Ă l’État. Il est crucial de comprendre que le pouvoir aux mains de l’État sera responsable devant ses citoyens, et aura plus de chances de satisfaire leurs attentes que le secteur privĂ©, qui, lui, n’est pas responsable devant la nation; il ne cherche que son propre profit.
La nature de la RĂ©serve FĂ©dĂ©rale AmĂ©ricaine, la FED, est particulièrement vicieuse. En effet, lorsque l’État nĂ©cessite d’imprimer de l’argent, il lui envoie des Bons du TrĂ©sor, qui en eux-mĂŞmes ne valent rien, mais permettent d’Ă©mettre des billets et une monnaie qui ont une valeur calculĂ©e par rapport Ă celle de l’argent qui existait dĂ©jĂ jusqu’Ă son impression. Plus la demande pour les produits est forte, plus l’Ă©conomie sera forte. Mais comme la finance ne suit pas l’Ă©conomie physique, la valeur de la monnaie est calculĂ©e par rapport Ă la quantitĂ© de celle qui est dĂ©jĂ en circulation. Ainsi, plus il y a de monnaie fabriquĂ©e, plus il y a d’inflation, puisqu’il y a plus de monnaie sur le marchĂ© sans que cela ne suive nĂ©cessairement les lois de l’offre et de la demande, ce qui fait que la valeur de l’argent est par consĂ©quent moindre. S’il y a par contre un trou dans la finance ou dans les moyens de production, il y aura dĂ©flation. Ceci est donc un système « flottant », puisque l’Ă©conomie d’un pays tient Ă la valeur d’une monnaie qui n’est reliĂ©e Ă rien de tangible, ni Ă l’Ă©conomie physique, ni Ă un bien tel que l’or. En effet, les accords de Bretton Woods firent que le dollar soit la monnaie de rĂ©fĂ©rence sur la scène mondiale, ce qui Ă©tait un avantage considĂ©rable pour les États-Unis dont l’Ă©conomie Ă©tait fortement renforcĂ©e par une demande du dollar permanente de tous les pays devant convertir leur monnaie avant d’effectuer un achat. Mais ces dollars pouvaient encore ĂŞtre convertis en une valeur plus stable, l’or, jusqu’en 1971, oĂą le prĂ©sident Nixon rendit le dollar inconvertible en or directement, exceptĂ© sur les marchĂ©s ouverts. Depuis, le pouvoir de contrĂ´ler le taux d’Ă©mission d’une monnaie est Ă©quivalent au pouvoir d’en rĂ©guler la valeur, ce qui permet une main-mise sur l’Ă©conomie. Et tout ça dans un secteur privĂ©.
Bref, pour en revenir Ă la dette, l’État doit passer par la banque centrale pour Ă©mettre sa monnaie, mais il doit ensuite rembourser son emprunt avec intĂ©rĂŞts, ce qui fait qu’il ne pourra jamais s’en dĂ©barrasser, puisqu’il doit constamment avoir recours aux prĂŞts et qu’en plus, il doit payer un certain pourcentage supplĂ©mentaire sur la somme. L’argent qui serait nĂ©cessaire Ă rembourser la dette d’un pays comme les États-Unis, par exemple (10 000 milliards de dollars de dette interne, 30 000 d’externe), n’existe pas. Et c’est le contribuable, le citoyen, qui doit s’Ă©vertuer Ă tenter de rembourser une dette qui ne disparaĂ®tra jamais. Ă cause de ce fameux taux d’intĂ©rĂŞt, les citoyens d’une nation eux-mĂŞmes sont retenus esclaves du secteur privĂ©, et, vu qu’aucun d’entre nous ne peut Ă©chapper Ă une dette, et que beaucoup sont Ă©crasĂ©s par un trop grand nombre d’entre elles, nous n’aurons de cesse d’engraisser les banques quand ce n’est l’État, pour leur plus grand bonheur. Ce qui est appliquĂ© au niveau mondial par la Banque Mondiale et le FMI puise donc bien ses origines dans un système national Ă©tabli de longue date. L’esclavage d’autrefois devait assurer les moyens minimums nĂ©cessaires Ă la subsistance physique des esclaves, en leur fournissant de la nourriture et un logis; l’esclavage d’aujourd’hui force le citoyen moyen Ă se fournir lui-mĂŞme les moyens nĂ©cessaires Ă sa subsistance.
Une autre caractĂ©ristique des banques centrales est de piller le peuple par un processus continu d’inflation et de dĂ©flation. En effet, le fait que la monnaie ne soit pas reliĂ©e Ă l’Ă©conomie physique ouvre la porte aux spĂ©culations boursières les plus avides et insensĂ©es, ce qui permet de faire avancer la prospĂ©ritĂ© de l’Ă©conomie sur une vague d’inflation, gĂ©nĂ©rant une bulle spĂ©culative qui doit tĂ´t ou tard Ă©clater lorsqu’un trou dans la finance engendrera un enchaĂ®nement d’Ă©vĂ©nements qui causera alors une dĂ©flation, soit un certain retour au rĂ©el, un retour vers l’Ă©conomie physique. C’est ce qui a engendrĂ© la crise financière que nous connaissons actuellement, en 2008-2009. Cependant, le fait que cette crise ait pu ĂŞtre engendrĂ©e volontairement n’est pas Ă exclure.
En effet, lors de la crise de 1929, il y eut, entre autre, la hausse du taux d’intĂ©rĂŞt des crĂ©dits d’achat d’action, qui permettaient de dĂ©tenir une action en ne devant avancer que 10% de sa valeur. Ceci combinĂ© Ă l’appel massif aux remboursements de certaines banques a conduit Ă ce que beaucoup d’acteurs boursiers durent vendre une partie de leurs titres pour rembourser les emprunts. Ce phĂ©nomène se gĂ©nĂ©ralisant, les cours de Wall Street ont chutĂ©, et le trou causĂ© par ces pertes de liquiditĂ©s causant l’insolvabilitĂ© de beaucoup de banques et une rĂ©action en chaĂ®ne, qui aboutit Ă la dĂ©flation. Le fait est que, mĂŞme si les pertes furent catastrophiques pour tous, mĂŞme pour les plus riches, ces mĂŞmes riches figuraient parmi les rares Ă avoir survĂ©cu Ă cette crise (Goldman Sachs, General Motors, les Rockefeller,…). Ils Ă©taient ainsi dĂ©barrassĂ©s de milliers de concurrents, rachetant l’entièretĂ© de beaucoup d’entre eux pour une bouchĂ©e de pain. Le pouvoir Ă©tait alors plus que jamais concentrĂ© entre les mains d’une poignĂ©e de personnes, pour leur plus grand bonheur Ă long terme. De plus, cette crise permis d’instaurer une saisie de l’or chez tout citoyen amĂ©ricain, en 1933, sous prĂ©texte d’aider Ă mettre fin Ă la crise. C’est seulement après ce moment lĂ que la FED put contrĂ´ler la valeur de la monnaie en contrĂ´lant son Ă©mission. Au vu de tout ceci, nous pouvons conclure que la FED a causĂ© la crise de 1929 en encourageant dans un premier temps les spĂ©culateurs, et en Ă©touffant la Bourse et les banques par de trop hauts taux d’intĂ©rĂŞts sur les emprunts dans un second temps. Nous avons Ă©galement vu que tout ceci a profitĂ© au secteur privĂ©, dont fait partie la FED. HĂ© bien, ce qui se passe actuellement est fort semblable.
La FED a augmentĂ© son taux d’intĂ©rĂŞt de 1 Ă 5% de 2004 Ă 2007. Les familles endettĂ©es par les « subprimes » Ă taux variable ont alors eu encore plus de difficultĂ©s qu’elles n’en avaient dĂ©jĂ pour rembourser leurs emprunts. Beaucoup n’ont pas pu les honorer et ont Ă©tĂ© expulsĂ©s, mais, comme ce phĂ©nomène fut massif, les prix du secteur immobiliers descendirent rapidement, et les banques ne purent espĂ©rer recouvrer les pertes occasionnĂ©es par l’absence du remboursement des crĂ©ances en revendant ces maisons. Ceci combinĂ© Ă la titrisation d’un bon nombre de crĂ©ances a engendrĂ© un trou dans les budgets des Ă©changes et, comme tout se tient, a engendrĂ© une rĂ©action en chaĂ®ne, des banques Ă la Bourse. Les plus riches sont maintenus Ă flots par des dons de l’État, ce qui, d’une part est normal, sans quoi l’Ă©conomie s’effondrerait s’ils coulaient, mais cela leur permet Ă©galement, d’autre part, de se prĂ©munir contre les effets d’une crise qui dĂ©vaste pourtant un bon nombre de leurs concurrents rĂ©els ou potentiels, Ă©tant donnĂ© que les plans de sauvetages de 650 et 700 milliards de dollars « pour relancer l’Ă©conomie » leur sont principalement adressĂ©s. Pas un sou n’est cependant versĂ© pour aider directement les citoyens, dont un nombre croissant subi un licenciement. Cette crise permet aussi de rendre bien des services Ă l’avancĂ©e du Nouvel Ordre Mondial, en exploitant la panique des gens et en usant du prĂ©texte de la gravitĂ© de la situation pour appeler Ă « se serrer les coudes », en lançant toute une sĂ©rie de programmes auxquels rĂ©sister ferait que l’on se verrait rapidement qualifier d’irresponsable, qui, s’ils amĂ©liorent la coopĂ©ration entre États, les rend Ă©galement plus interdĂ©pendants, et favorise ainsi grandement la gĂ©nĂ©ralisation d’Ă©tablissement de politiques communes, de suppressions de monnaies nationales, etc. Toutes choses qui, en somme, favorise l’Ă©tablissement d’un gouvernement mondial. Bref, il serait vraiment Ă©tonnant que la crise actuelle n’ait pas elle aussi Ă©tĂ© engendrĂ©e volontairement… Les possibilitĂ©s sont de toute façon restreintes, puisqu’on ne peut mĂŞme pas dire que personne n’a vu venir cette crise, Ă©tant donnĂ© que des experts s’inquiĂ©taient de la tournure que prenaient les choses depuis 2006.
Qui plus est, lorsque l’on sait que des documents tels que le « Nation Security Directives » ont Ă©tĂ© signĂ©s depuis 2007 aux États-Unis, et permettent au prĂ©sident (et Ă lui seul) du pays de recevoir l’octroi de tous les pouvoirs (fusion des pouvoirs lĂ©gislatif, exĂ©cutif et judiciaire), en cas d’attentat sur le sol national, de catastrophe, cataclysme naturel, ou de crise majeure (crise financière notamment…). Il est donc on ne peut plus inquiĂ©tant de voir Ă quel point la crise actuelle sert des intĂ©rĂŞts mondialistes et dictatoriaux, et avec quelle rapiditĂ© elle est survenue après l’admission des documents citĂ©s prĂ©cĂ©demment.
Il semblerait donc que l’esclavage moderne ne puisse que s’affirmer en prenant des formes de plus en plus abjectes, choses que des encouragements nouveaux Ă travailler le dimanche ou Ă cotiser jusqu’Ă un âge de plus en plus tardif (65-70 ans dans certains cas) semblent soutenir. Les dĂ©tĂ©rioriations du mode de vie occidental qui sont en cours arriveront sans doute Ă faire accepter aux personnes en difficultĂ©s financière et professionnelle des conditions de travail de plus en plus dĂ©licates, parce qu’elles n’auront pas d’autres choix pour se tirer d’affaire. N’est-il pas communĂ©ment admis, qui plus est, qu’une population pauvre ne se rĂ©volte pas parce qu’elle est fataliste et a peu d’espoir de sortir de son malheur, de mĂŞme qu’une classe riche ressent gĂ©nĂ©ralement peu les effets qui affligent les autres et que, gardant des possessions largement suffisantes, ils n’ont aucun intĂ©rĂŞt Ă vouloir changer l’ordre des choses ? La classe qui est très majoritairement la plus encline Ă se soulever et qui en a les moyens est la classe moyenne. De fait, en creusant l’Ă©cart entre riches et pauvres, n’allons-nous pas vers un grand affaiblissement de cette classe moyenne, qui n’aura dès lors plus les moyens de se soulever ? N’oublions pas que le traitĂ© de Versailles couplĂ© Ă la Grande DĂ©pression ont Ă©tĂ© les facteurs majeurs qui ont conduit Ă l’accession au pouvoir du parti nazi en Allemagne, tout comme la grande crise a renforcĂ© la propension au fascisme dans d’autres pays, comme l’Italie. Lorsque la situation est grave, on peut effectivement manipuler très facilement un peuple paniquĂ© qui a besoin que l’on trouve des solutions Ă ces grands problèmes; les gens soutiennent alors les plus radicaux, qui promettent une sortie des dĂ©sastres. L’histoire risque de se rĂ©pĂ©ter, d’autant plus que les tensions au niveau mondial qui pourraient se voir rĂ©glĂ©es d’une façon radicale ne manquent pas…
Cependant, ce qui passe gĂ©nĂ©ralement par la force et la rĂ©pression pourrait bien se dĂ©rouler sans rĂ©elle rĂ©sistance de la part du peuple, cette fois. Tout comme nous l’avons dĂ©jĂ dit, l’abrutissement des populations est très efficace Ă©tant donnĂ© que la stupiditĂ© humaine est infinie, comme le disait si bien Albert Einstein: « Deux choses seulement sont infinies: l’espace et la bĂŞtise humaine. Pour l’espace, je n’en ai pas encore acquis l’entière certitude ». Toute la propagande matĂ©rialiste et Ă connotation consommatrice que vĂ©hiculent les entreprises privĂ©es comme les gouvernements est parvenue Ă abaisser l’humain moyen Ă l’Ă©tat d’un programme gĂ©nĂ©tique qui suit instinctivement ses moindres pulsions animales et ne vit que pour les satisfaire. De fait, puisqu’un ĂŞtre affectĂ© par de telles conditions est plongĂ© dans un obscurantisme parfait, il est aisĂ© de le dĂ©sintĂ©resser complĂ©tement de toute question qui relève d’un tant soit peu de responsabilitĂ© individuelle et collective. Certes, les ĂŞtres humains n’ont jamais changĂ© au fond d’eux-mĂŞmes depuis leur apparition, mais un certain esprit collectif de sociĂ©tĂ© fait en sorte qu’ils se sentent plus ou moins bien ou mal et choisissent ainsi un mode de vie qui a de bonnes chances de correspondre Ă ce vers quoi leur environnement les encourage. Il se trouve que ce vers quoi pousse le nĂ´tre est, de plus en plus, une tendance Ă la criminalitĂ©, Ă la dĂ©prime et Ă la maladie, du fait de ce dĂ©racinement dĂ©chirant de rĂ©fĂ©rences culturelles, intellectuelles et spirituelles, et de l’environnement naturel. Peu dĂ©licat, Ă partir de ce moment-lĂ , de modifier drastiquement le caractère de la nation en manipulant des ĂŞtres qui sont commandĂ©s par la loi du plus fort, le sens du courant, qui se rangent du cĂ´tĂ© oĂą se trouve l’avis de la majoritĂ© sans avoir de jugement propre, par peur d’ĂŞtre exclus de la sociĂ©tĂ©, et de porter sur leurs Ă©paules le poids d’une dĂ©cision juste qui les isolerait de la norme. Puisque ces gens-lĂ craignent plus que tout la diffĂ©rence, qu’ils tentent de dĂ©crĂ©dibiliser par tous les moyens pour s’assurer qu’il n’y a pas de mode de vie plus rationnel que le leur, il suffit de modeler les caractĂ©ristiques de l’esprit collectif auquel ils adhèrent pour rester plongĂ© dans une innocence bĂ©ate et avoir une vie insipide, sans douleurs, sans heurts, si ce ne sont les futilitĂ©s qu’ils se crĂ©ent eux-mĂŞmes pour se donner l’impression d’exister et attirer l’attention des autres. Donc, faites en sorte que le citoyen moyen ait fortement tendance Ă nier systĂ©matiquement toute force divine, supĂ©rieure Ă l’homme, qui puisse lui permettre de transcender la perception des aspects vulgaires de la vie, et vous contribuerez largement Ă le cloisonner dans une vie de la mĂŞme vulgaritĂ© que ces derniers aspects; ses prĂ©occupations ne seront alors plus que dĂ©sirs futiles et vaniteux de montrer qu’il existe, de sorte Ă se convaincre Ă tout prix de quelque chose qui est faux et dont la rĂ©vĂ©lation serait douloureuse. Bref, le problème de nos « dĂ©mocraties » est que l’on permet Ă tous de faire n’importe quoi, mais bien moins de faire des choses sĂ©rieuses qui pourraient inverser ces valeurs perverses. De fait, en faisant de cette libertĂ© (qui n’en est pas une, mais une forme de chaos) un modèle de sociĂ©tĂ©, on ne peut qu’engendrer le chaos Ă l’intĂ©rieur de cette mĂŞme sociĂ©tĂ©, et il est d’usage pour nos dirigeants de diviser pour rĂ©gner, de sorte Ă faire sortir les manifestations de leurs volontĂ©s hors du chaos.
Le fait est que tant que l’homme restera aussi stupide qu’il l’est actuellement, les natures des gouvernement ne pourront qu’ĂŞtre autoritaires pour prĂ©venir l’anarchie qui apparaĂ®trait immĂ©diatement sinon. Mais il existe toutefois de grandes diffĂ©rences dans le degrĂ© sous lequel l’autoritĂ© s’exprime entre, par exemple, les États-Unis et la France comparĂ©s Ă la Russie et Ă la Chine; autant pour des pays rĂ©ellement moins Ă©voluĂ©s que ceux de l’Occident, on pourrait user de l’argument disant que le système dĂ©mocratique n’a pas encore de possibilitĂ© de s’y mettre en place tant que ces pays n’auront pas acquis une stabilitĂ© politique, Ă©conomique et sociale suffisante, mais il se trouve que la Russie n’est plus la pauvre nation de la fin de l’URSS, mais est bien redevenue une certaine puissance mondiale, de mĂŞme que la Chine est la deuxième puissance mondiale actuelle, avec un taux de croissance annuel toujours faramineux. Autant la Russie pourrait trouver quelques excuses dans sa façon d’agir du fait qu’elle est une fĂ©dĂ©ration de centaines de rĂ©gions, autant la Chine est composĂ©e d’une ethnie majoritaire Ă 94%… Cela ne l’empĂŞche pas d’employer des mĂ©thodes exagĂ©rĂ©es de rĂ©pression et de censure. On ne peut savoir exactement quels seront tous les changements auxquels il faut s’attendre dans nos sociĂ©tĂ©s occidentales, mais je doute que celles-ci puissent devenir un jour aussi infâmes que les dictatures d’Asie, tout comme je ne pense pas que l’on puisse salir l’esprit collectif jusqu’au point oĂą les pires dirigeants occidentaux le dĂ©sirent, du moins pas pour l’Ă©ternitĂ©; le mal peut effectivement triompher pendant un certain temps, mais il finit toujours par disparaĂ®tre au profit d’un système meilleur, car le bien restera toujours supĂ©rieur au mal en tous points, et est le seul qui soit viable Ă long terme, car il est aussi le plus sophistiquĂ©. Il y a une diffĂ©rence assez inexplicable cependant entre le climat de nos sociĂ©tĂ©s occidentales et celui des peuples d’Asie, particulièrement chinois: alors qu’il y a souvent eu dans notre histoire des rĂ©gimes despotiques, il y eut aussi de nombreuses rĂ©volutions qui permirent de les remplacer ou d’en adoucir les manifestations, alors qu’Ă l’autre bout du monde, on semble peu disposĂ© Ă accorder plus de libertĂ©s Ă ses citoyens, qui supportent apparemment tranquillement la tyrannie depuis des siècles, voire des millĂ©naires. Face Ă de tels rĂ©gimes, le nĂ´tre pourrait presqu’ĂŞtre rĂ©ellement considĂ©rĂ© comme dĂ©mocratique, car, mĂŞme si nous avons bien peu de pouvoir rĂ©el sur les mesures que prennent nos pays, la vie y reste, en dĂ©pit de l’atmosphère dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e de plus en plus appuyĂ©e qui en attĂ©nue la qualitĂ©, toujours plus agrĂ©able que dans une dictature mi-communiste mi-capitaliste. On ne peut d’ailleurs que critiquer ceux qui voient dans l’axe Russie-Iran-Chine, et autres pays considĂ©rĂ©s comme « rebelles », une alternative viable Ă nos pays amĂ©ricain et europĂ©ens, car leur parti-pris est soit un gage d’inconscience, soit de malhonnĂŞtetĂ© et d’hypocrisie, leurs promoteurs, sans doute dĂ©sireux de voir s’Ă©tablir chez nous un pouvoir plus despotique encore, espĂ©rant se voir attirer les faveurs de certaines personnes qui pourraient leur donner un peu de pouvoir. Quitte Ă voir Ă©merger un gouvernement mondial, ce qui ne pourra sans doute qu’arriver un jour, autant qu’il soit sous hĂ©gĂ©monie amĂ©ricano-europĂ©enne que russo-chinoise; le choix entre la peste et le cholĂ©ra semble assez doux.
Par Régis Mex, pour Mecanopolis