Category: Europe

fév 09 2010

Et si la Grèce montrait la voie de la révolte contre l’UE et le FMI ?

La ruine financière totale, autrefois un problème réservé aux pays en développement, frappe maintenant l’Europe. Le FMI impose ses «mesures d’austérité» aux pays périphériques de l’UE, la Grèce, l’Islande et la Lettonie étant les plus touchées. Mais ce ne sont pas nos habituels solliciteurs du tiers monde. Historiquement, l’Islande a été colonisée par les Vikings qui envahirent avec succès la Grande-Bretagne. Les tribus lettones repoussèrent même les Vikings. Les Grecs, quant à eux, conquirent tout l’Empire perse.

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Des dizaines de pays ont été dans l’incapacité de payer leurs dettes au cours des récentes décennies, le dernier étant Dubai, qui a de­mandé le 26 novembre un moratoire sur sa dette. Si l’émirat arabe naguère hyper-riche peut le faire, des pays dont la situation est plus désespérée le peuvent également. Et quand l’alternative est de détruire l’économie indi­gène, il est difficile de prétendre qu’ils devraient s’en abstenir. C’est particulièrement vrai lorsque les créanciers sont largement responsables et qu’on a de bonnes raisons de penser que les dettes n’ont pas lieu d’être. Les problèmes de la Grèce ont commencé quand de faibles taux d’intérêts inadaptés à la Grèce ont été maintenus pour sauver l’Allemagne de l’effondrement économique. Et l’Islande comme la Lettonie se sont retrouvées responsables de dettes privées qui ne les concernaient pas. L’économiste Michael Hudson écrit:

«L’Union européenne et le Fonds monétaire international leur ont dit de remplacer les dettes privées par des obligations publiques et de les financer en augmentant les impôts, en réduisant les dépenses publiques et en obligeant les citoyens à dépenser leurs économies. Les gens en veulent de plus en plus non seulement à ceux qui ont fait ces dettes mais également aux conseillers néolibéraux et au créanciers étrangers qui ont fait pression sur leurs gouvernements pour qu’ils vendent les banques et leurs infrastructures publiques à des initiés.»1

Mauvais fonctionnement de l’UE: échec de la monnaie commune

La Grèce pourrait être le premier des pays périphérique à se révolter. Ambrose Evans-Pritchard écrit dans le «Daily Telegraph» du 13 décembre dernier que «la Grèce est le premier pays en crise aux marges de l’union monétaire européenne à défier Bruxelles et à rejeter ce remède moyenâgeux qu’est la baisse des salaires. Le Premier ministre Papandhréou a déclaré le 11 décembre:

«Les salariés ne feront pas les frais de la situation: nous n’allons pas procéder à un gel ou à une baisse des salaires. Nous ne sommes pas venus au pouvoir pour démanteler l’Etat social.»

Evans-Pritchard note que «M. Papan­dhréou a de bonnes raisons de défier l’UE. On a dit à la Grèce d’adopter des mesures d’austérité sans la dévaluation qui est au centre des plans du FMI. Cette demande est ruineuse et manifestement contraire au but recherché.»

La monnaie ne peut pas être dévaluée parce que le même euro a cours partout. Cela sig­nifie que, comme la capacité du pays à rembourser sa dette est paralysée par les mesures d’austérité, il n’y a pas moyen de réduire le coût de la dette. Evans-Pritchard conclut:

«La vérité que peu de personnes dans la zone euro sont prêtes à considérer est que l’Union monétaire européenne pose de graves problèmes … à la Grèce, à l’Allemagne, à tous les pays membres.»2

C’est pourquoi l’Islande, qui n’est pas encore membre de l’UE, a de bonnes raisons de reconsidérer sa position. On met comme condition à son adhésion qu’elle rembourse les investisseurs hollandais et britanniques qui ont perdu de l’argent dans la faillite d’IceSave, filiale en ligne de la plus grande banque privée islandaise. Eva Joly, juge norvégo-française engagée pour enquêter sur la faillite de la banque islandaise, parle de chantage. Pour elle, céder aux demandes de l’UE, ce serait ponctionner les ressources du pays et de ses habitants qui sont contraints d’émigrer pour trouver du travail.3

La Lettonie est membre de l’UE et devrait adopter l’euro, mais elle n’en est pas encore à ce stade. L’UE et le FMI ont demandé au gouvernement d’emprunter des monnaies étrangères pour stabiliser le taux de change de sa monnaie afin d’aider les emprunteurs à payer les hypothèques souscrites en monnaies étrangères dans des banques étrangères. On exige que le gouvernement, pour obtenir de l’argent du FMI, procède aux économies habituelles. Selon Nils Muiznieks, directeur de l’Advanced Social and Political Institute de Riga, « le reste du monde applique des plans de relance allant de 1 à 10% du PIB mais en même temps, on demande à la Lettonie de faire d’importantes coupes budgétaires qui se montent cette année à 38% dans le secteur public et à augmenter les impôts afin de réduire le déficit. »4

En novembre, le gouvernement letton a adopté le budget le plus rigoureux de ces dernières années, avec des coupes de près de 11%. Il a déjà augmenté les impôts, taillé dans les dépenses publiques, diminué les salaires des fonctionnaires et fermé des di­zaines d’écoles et d’hôpitaux. Il en résulte que la Banque nationale prévoit un recul de l’économie de 17,5% cette année5 alors que le pays aurait besoin d’une économie productive pour se remettre d’aplomb. En Islande, l’économie a subi un recul de 7,2% au cours du troisième trimestre,6 taux le plus important jamais enregistré. Comme dans les autres pays saignés à blanc par les restrictions néolibérales de productivité, l’emploi et la production sont paralysés, ce qui met l’économie à genoux.

Si l’on est cynique, on dira que c’était bien là l’intention. Au lieu d’aider les pays post-soviétiques à développer des économies indépendantes, écrit Marshall Auerback, « l’Occident les a considérés comme des huîtres économiques à briser et à endetter afin d’en tirer profit, laissant des coquilles vides .»7

Mais les gens ne se soumettent pas sans mot dire. En Lettonie, au début décembre 2009, alors que le Parlement débattait de la dette publique, des milliers d’étudiants et d’enseignants défilaient dans les rues pour protester contre la fermeture de centaines d’écoles et des baisses de salaires allant jusqu’à 60%. Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: «Ils ont vendu leur âme au diable» et « Nous sommes contre la pauvreté ». Au Parlement islandais, le débat sur IceSave a duré, aux der­nières nouvelles, plus de 140 heures, un nouveau record. Et une proportion croissante de la population refuse d’assumer une dette qui, à son avis, n’est pas celle de l’Etat.

Le 3 décembre, dans un article du «Daily Mail» intitulé «Ce que l’Islande peut ap­prendre aux Tories», Mary Ellen Synon écrivait que depuis que l’économie islandaise s’était effondrée, l’année dernière, « les bâtisseurs d’empire de Bruxelles espéraient que les Islandais ruinés et effrayés seraient finalement prêts à échanger leur indépendance contre la stabilité que leur offrait l’adhésion à l’UE ». Mais le mois dernier, un sondage d’opinion montrait que 54% des Islandais étaient opposés à l’adhésion alors que seuls 29% y étaient favorables. Synon écrivait:

« Bien que les Islandais aient pu avoir une peur bleue l’année dernière, ils se dégagent maintenant des ruines de leur prospérité et ont décidé que la chose la plus précieuse qui leur reste est leur indépendance. Ils ne sont pas disposés à l’échanger, même dans la perspective d’un sauvetage de la Banque centrale européenne. »8

L’Islande, la Lettonie et la Grèce sont toutes en situation de mettre le FMI et l’UE au pied du mur. Dans un article paru le 1er octobre et intitulé «Lettonie, la folie continue», Marshall Auerback affirmait que le problème de la dette de la Lettonie pouvait être réglé au cours d’un week-end au moyen d’une série de mesures: 1) ne pas répondre au téléphone lorsque des créanciers étrangers appellent le gouvernement; 2) déclarer les banques insol­vables, convertir leur dette extérieure en capital propre, les rouvrir et leur permettre de garantir les dépôts en monnaie locale; 3) accorder à toutes les personnes disposées et capables de travailler un emploi payé à un sa­laire minimum en monnaie locale avec sécurité sociale, comme l’a fait l’Argentine après que le régime Kirchner eut repoussé le plan toxique de remboursement de sa dette imposé par le FMI.»9

Evans-Pritchard suggère un remède similaire pour la Grèce qui pourrait lui per­mettre de faire sauter le carcan mortel où elle se trouve en suivant l’exemple de l’Argentine. Elle pourrait «rétablir sa monnaie, la dévaluer, adopter une loi transformant les dettes en euro en monnaie locale et en « restructurant les contrats avec l’étranger ».

Un moyen peu utilisé: dire non au FMI

Résister au FMI n’est pas un moyen très uti­lisé, mais l’Argentine a montré la voie. En 2001, au vu des pronostics désastreux selon lesquels l’économie pourrait s’effondrer en l’absence de crédits étrangers, elle a défié ses créanciers et s’est détournée de ses dettes. A l’automne 2004, trois ans après un défaut de payement record de plus de 100 milliards de dollars, le pays était sur la voie du redressement et il avait réussi cette prouesse sans aide étran­gère. La croissance économique fut de 8% pendant deux années consécutives. Le volume des exportations augmenta, la monnaie était stable, les investisseurs revenaient et le chômage diminua. Selon l’économiste Mark Weisbrot interrogé en 2004 par le New York Times, « c’est un événement historique remarquable qui remet en cause 25 ans de mauvaise politique. Alors que d’autres pays avancent cahin-caha, l’Argentine vit une croissance très saine dont rien ne permet de penser qu’elle ne durera pas, et elle l’a réussie sans faire aucune concession pour attirer des capitaux étrangers. »

Weisbrot est le co-directeur du laboratoire d’idées Center for Economic and Policy Research basé à Washington qui a publié en octobre 2009 une étude sur les 41 pays débiteurs du FMI. Selon cette étude, les politiques d’austérité imposées par le FMI, notamment la réduction des dépenses et le resserrement de la politique monétaire, risquaient de faire plus de mal que de bien aux économies de ces pays.

C’est également la conclusion d’une étude publiée en février 2009 et due à Yonka Özemir de la Middle East Technical University d’Ankara, qui compare l’assistance du FMI à l’Argentine et à la Turquie.10 Ces deux marchés émergents ont subi en 2001 de graves crises économiques précédées de déficits budgétaires chroniques, d’une croissance insuffisante des exportations, d’un important endettement, d’une instabilité politique et d’une inégalité dans la répartition des richesses.

Tandis que l’Argentine faisait bande à part, la Turquie suivait les conseils du FMI. Le résultat final a été que l’Argentine a rebondi alors que la Turquie connaît encore la crise financière. La confiance de la Turquie dans les investissements étrangers l’a rendue très vulnérable à la récession mondiale. L’Argentine, elle, a choisi d’investir dans le pays, de développer l’économie indigène.

Pour trouver l’argent nécessaire, elle n’a pas eu besoin d’investisseurs étrangers. Sa banque centrale a émis sa propre monnaie et accordé ses crédits. Lorsque la monnaie nationale s’est totalement effondrée en 1995, puis une nouvelle fois en 2000, les gouvernements locaux ont émis des obligations locales qui ont été négociées comme de la monnaie. Les provinces ont payé leurs fonctionnaires avec des « obligations d’annulation de dette » équivalentes au peso. Ces obligations annulaient les dettes des provinces envers leurs fonctionnaires et pouvaient être dépensées comme de l’argent. Les provinces avaient «monétisé» leurs dettes en transformant leurs obligations en monnaie légale.

L’Argentine est un vaste pays dont les ressources sont plus importantes que celles de l’Islande, de la Lettonie ou de la Grèce, mais les nouvelles technologies permettent également à des petits pays de devenir autosuffisants. (cf. David Blume: alcoholcanbeagas)11

Des monnaies locales pour un développement local

Les gouvernements ont le droit souverain d’émettre et de prêter de la monnaie et l’Islande le perdra si elle rejoint l’UE qui interdit aux Etats membres d’emprunter de l’argent à leurs propres banques centrales. Pourtant les habitants de ces pays frappés par la crise pourraient continuer de développer leurs res­sources s’ils disposaient des crédits néces­saires. Un contrôle souverain sur leur monnaie locale leur permettrait d’obtenir des crédits simplement en les créant dans la comptabilité de leurs banques d’Etat.

En réalité, cette proposition n’a rien d’extraordinaire. Toutes les banques privées obtiennent les crédits qu’elles accordent à leurs clients en les créant dans leur comptabilité. Contrairement aux idées reçues, les banques ne prêtent pas leur propre argent ou celui de leurs déposants. Comme le confirme la Réserve fédérale américaine,12 les banques prêtent de l’argent neuf créé par une comptabilité en partie double sous la forme de dépôts des emprunteurs d’un côté et d’actifs de la banque de l’autre.

Outre le fait qu’ils permettent de lutter contre le gel des crédits, les crédits accordés par les gouvernements ont l’avantage de pouvoir être sans intérêt. En éliminant les intérêts, on réduit considérablement les coûts de production.13

L’argent émis par les gouvernements pour financer des projets publics a une longue histoire couronnée de succès qui remonte au moins au début du XVIIIe siècle, lorsque la colonie américaine de Pennsylvanie émit une monnaie qui était à la fois prêtée et dépensée par le gouvernement local dans l’économie locale. Il en résulta une période de prospérité sans précédent obtenue sans inflation ni impôts.14

L’Etat insulaire de Guernesey, situé dans la Manche, a financé ses infrastructures avec de l’argent émis par le gouvernement il y a plus de 200 ans sans inflation des prix ni dette publique.

Durant la Première Guerre mondiale, lorsque les banques demandaient des intérêts de 6%, la Commonwealth Bank, établissement de l’Etat australien, a financé l’effort de guerre du pays à un taux d’intérêt inférieur à 1%, économisant aux Australiens 12 millions de dollars de frais bancaires. Après la guerre, le gouverneur de la banque a épargné aux Australiens la dépression qui régnait dans d’autres pays en finançant la production, la construction de logements et en accordant des crédits à des gouvernements locaux pour la construction de routes, de lignes de trams, de ports, d’usines à gaz et de centrales électriques. Les profits de la banque étaient reversés à l’Etat.

Après avoir élu son premier gouvernement travailliste dans les années 1930, la Nou­velle-Zélande mit en place avec succès un programme d’infrastructures financé grâce à un crédit national sans intérêt. Le crédit accordé par la banque centrale nationalisée permit à la Nouvelle-Zélande de prospérer à une époque où le reste du monde était en proie à la pauvreté et au manque de productivité.

L’argument contre l’émission et le prêt d’argent par les gouvernements pour les infrastructures est que cela provoque l’inflation, mais ce n’est pas nécessairement le cas. L’inflation des prix se produit lorsque la «de­mande» (l’argent) augmente plus rapidement que l’«offre» (biens et services). Quand on augmente la masse monétaire nationale pour financer des projets productifs, l’offre augmente avec la demande, sans affecter les prix.

De toute façon, comme nous l’avons dit plus haut, les banques privées créent elles-mêmes l’argent qu’elles prêtent. Le processus par lequel elles créent de la monnaie est inflationniste parce qu’elles ne prêtent que le capital, pas les intérêts nécessaires à rembourser leurs emprunts. Pour payer les intérêts, il faut faire de nouveaux emprunts.

L’important, c’est d’utiliser la monnaie nouvellement créée ou le crédit pour des projets productifs qui augmentent les biens et les services plutôt que pour la spéculation et pour payer les dettes publiques en monnaies étrangères (le piège dans lequel est tombé le Zimbabwe). On peut protéger la monnaie nationale contre les spéculateurs15 en imposant des contrôles des changes, comme l’a fait la Malaisie en 1998, en imposant des con­trôles des capitaux, comme le font actuellement le Brésil et Taiwan, en interdisant les instruments financiers à terme ou en imposant une «taxe Tobin» sur les transactions monétaires internationales.

Guérir les créanciers

Si les créanciers souhaitent vraiment récupérer leurs prêts, ils comprendront qu’il est sage de laisser le pays débiteur développer son économie pour lui permettre de rembourser ses dettes. Si les créanciers ne tiennent pas vraiment à être remboursés mais utilisent la dette comme un moyen d’exploiter le pays débiteur et de le priver de ses actifs, il faut dénoncer le bluff des créanciers.

Lorsque le pays débiteur refuse de payer, le fardeau pousse les créanciers à se guérir eux-mêmes. L’économiste britannique Michael Rowbotham suggère que dans le monde de la monnaie électronique, cela peut être effectué par des régulateurs bancaires créatifs simplement en modifiant les règles comptables. Aujourd’hui, on peut créer des dettes à l’aide d’écritures comptables et les annuler de la même manière. Rowbotham esquisse deux moyens permettant de changer les règles afin d’annuler des dettes impossibles à rembourser:

«La première option consiste à libérer les banques de l’obligation de maintenir la parité entre l’actif et le passif. Ainsi, si une banque commerciale détient pour 10 millions de dollars de créances d’un pays en développement, elle pourrait être autorisée à avoir à perpétuité, après annulation, 10 millions de dollars de déficit dans son bilan. C’est une simple question d’écritures.

La seconde option consiste à annuler les créances tout en permettant aux banques de les conserver pour des raisons comptables. Les dettes seraient annulées pour les pays en développement mais conservées à des fins de comptabilité bancaire. Ces créances seraient conservées à leur valeur nominale en tant qu’actifs permanents, non négociables.»16

Si les banques étaient autorisées soit à porter en compte les crédits non remboursables ou à se faire rembourser en monnaies locales, leurs actifs et leur solvabilité seraient préservés.

Source : Web Of Debt

Traduction : Horizons et Débats

Notes :

1 Recovering from Neoliberal Disaster. Why Iceland and Latvia Won’t (and Can’t) Pay the EU for the Kleptocrats’ Ripoffs. Prof. Michael Hudson. www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14800
2 Ambrose Evans-Pritchard. Greece defies Europe as EMU crisis turns deadly serious. www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/
3 Eva Joly: Iceland is being blackmailed. icelandweatherreport.com/2009/08/eva-joly-iceland-is-being-blackmailed.html
4 Zit. In: Pavol Stracansky. G20: IMF Finds a New Unpopularity. ipsnews.net/news.asp?idnews=48594
5 Ilmars Rimševics, Governor, Bank of Latvia. Recent Economic Developments and Banking in Latvia. www.bank.lv/eng/main/all/sapinfo/presrunas/receco/
6 Kay Murchie. Iceland’s economy shrinks at record pace. www.financemarkets.co.uk/2009/12/07/icelands-economy-shrinks-at-record-pace/
7 Marshall Auerback. Latvia: The Insanity continues. www.creditwritedowns.com/2009/10/latvia-the-insanity-continues.html
8 Mary Ellen Synon. What Iceland can teach the Tories. synonblog.dailymail.co.uk/2009/12/what-iceland-can-teach-the-tories.html
9 Marshall Auerback, a.a.O.
10 More a Curse than a Cure? The Role of the IMF after the Argentine and Turkish Financial Crises. Von Yonca Özdemir. Political Science & International Relations Program. Middle East Technical University, Northern Cyprus Campus. Paper prepared for delivery at the 2009 Annual Convention of the International Studies Association (ISA), February 15–18, 2009, New York.
11 alcoholcanbeagas.com/node/587
12 ModernMoneyMechanics. Federal Bank of Chicago. www.rayservers.com/images/.pdf
13 The McKleever Institute of Economic Policy
Analysis. There are Alternatives. (T.A.A.)
Project winning Essay. Margrit Kennedy
inspires New Zealand Groups to Establish
Regional Money Systems. By Deidre Kent.
www.mkeever.com/kent.html
14 Ellen Brown. Sustainable Energy Development: How Costs Can Be Cut in Half.
www..com/articles/energy-costs.php
15 A Debt Moratorium for Iceland.
www.actindependent.org/icelandprogram.pdf
16 How to Cancel Third World Debt. by Michael Rowbotham. www.prosperityuk.com/prosperity/articles/cantwd.html

fév 02 2010

80% des européens jugent leurs institutions corrompues

Une enquête récente de l’Eurobaromètre, commandée par la Commission européenne et publiée en décembre dernier, révèle ce chiffre effarant : plus de 80 % des européens des 27 États de l’Union européenne estiment que les institutions de leur pays sont corrompues, et plus des trois quarts pensent que la corruption est un problème majeur de leur pays.

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La question de la corruption et de ses conséquences socioéconomiques est un thème classique lorsqu’il s’agit de politique africaine ou caribéenne, ou encore des anciens satellites de l’URSS, où la corruption est considérée comme endémique, et la pauvreté à l’origine de tous les vices. Mais qu’en est-il de la situation dans les pays de l’UE, qui font partie des pays les plus riches du monde ?

Les résultats de l’ONG Transparency International, concernant la corruption au niveau mondial, obtenus grâce à l’indice de perceptions de la corruption (IPC), offrent un très bon positionnement à certains pays de l’Europe, comme le Danemark et la Suède, respectivement en deuxième et troisième place des pays où la perception de la corruption est la moins forte au monde. A l’inverse, ces résultats montrent que la situation est déplorable dans certains États membres de l’UE, et qu’elle s’est même sensiblement dégradée cette année.

La Grèce, la Bulgarie et la Roumanie se trouvent à la 71e place (sur un total de 180 pays), l’Italie à la 63e, et la République tchèque en 52e place, avec une perception de corruption de 5/10. Ainsi, malgré le fait que l’Union européenne a placé la lutte contre la corruption à la tête de ses priorités lors de l’élargissement, notamment pour les pays d’Europe de l’Est dont la culture la corruption est bien connue, les citoyens d’anciens Etats membres considèrent toujours la corruption comme très présente au sein des institutions nationales, régionales et locales de leur pays.

Les européens ont-ils confiance dans leurs hommes politiques ?

Les résultats de la troisième enquête Eurobaromètre sur la perception de la corruption au sein de l’UE révèlent que, dans la majorité des Etats membres, plus de la moitié des citoyens soupçonnent les hommes politiques, mais également les fonctionnaires en charge des attributions de marchés publics et des permis, d’être impliqués dans des affaires de pots-de-vin ou d’abus de pouvoir pour un bénéfice personnel. Bien que très peu des personnes interrogées aient elles-mêmes été victimes d’acte de corruption – seuls 9 % affirment qu’il leur a été demandé de verser un pot-de-vin afin d’obtenir un service – celles-ci estiment que la corruption est principalement due aux relations trop étroites entre les monde des affaires et de la politique (42 %). Étonnamment, le niveau de vie et des salaires n’est quasiment jamais mentionné comme cause présumée de la corruption, mais plutôt le manque de volonté politique d’imposer davantage de transparence dans les dépenses publiques et les attributions de marché.

D’autre part, la situation et la perception des citoyens s’est fortement dégradé certains pays de l’UE, comme en Finlande où le pourcentage de citoyens qui estiment que la corruption est présente au sein des institutions nationales a augmenté de 36 % à 68 %, ou encore à Malte où la proportion passe de 66 % à 89 %. De façon globale, la perception des citoyens de l’UE concernant la corruption a nettement augmenté depuis 2007 : + 6 % au sein des instituions nationales et locales, + 8 % au sein des institutions régionales, et même + 10 % pour les institutions de l’UE. Les résultats révèlent en effet une méfiance croissante à l’encontre de tous les domaines du secteur public (élus, police, justice, santé, éducation) avec une augmentation de près de 6 points pour chaque secteur particulier. La tendance s’est inversée par rapport aux observations tirées des études de l’automne 2005 et de l’automne 2007, qui montraient alors une amélioration générale.

Les scandales qui ont marqué l’année 2009

La forte dégradation des résultats concernant la perception de la corruption des citoyens européens est peut-être due en partie à la sombre situation économique mondiale en 2009, mais surtout aux révélations publiques – et fortement médiatisées – de scandales financiers impliquant des hommes politiques de plusieurs États de l’UE. En effet, l’actualité de 2009 a été marquée par plusieurs scandales, notamment : l’affaire des notes de frais des parlementaires britanniques, qui a provoqué la démission de plusieurs élus.

A Malte, un scandale a également éclaté mettant en cause, en autres, l’Autorité maltaise à l’Environnement et à la Planification, attribué par certains aux conséquences des réformes administratives d’adhésion dans l’UE, qui ont renforcé l’indépendance de ces « autorités », sans mettre en place de système de contrôle. Le cas le plus marquant est sûrement celui de la Finlande, jusqu’ici bon élève de l’indice de corruption, où plusieurs importants scandales ont été révélés ces dernières années portant sur le financement des campagnes électorales, provoquant une véritable crise de confiance du gouvernement en place. Un sondage national montre en effet que la crédibilité des hommes politiques finlandais a diminué de 60 % l’année dernière.

Ces quelques exemples montrent à quel point la corruption est un phénomène complexe et persistant du monde politique. L’Europe ne devrait pas se satisfaire de quelques bons chiffres provenant de certains pays, mais se pencher sur la situation réelle de la démocratie dans les différents pays de l’Union et proposer des réglementations permettant de renforcer le contrôle des citoyens sur les décisions et dépenses publiques de leur pays.

Source : Euromag

jan 10 2010

Pierre Hillard à propos de l’interdiction des minarets, de la crise économique et de Barack Obama (vidéo)

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Pierre Hillard, docteur en science politique et professeur de relations internationales

A la fin de l’année dernière, les étudiants dijonnais du « Cercle du lac Kir » recevaient Pierre Hillard pour une conférence. Ils en ont profité pour réaliser cet entretien, que nous présentons aujourd’hui sur Mecanopolis, où le géopoliticien, auteur du livre La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale, répondait aux questions d’actualité.

Mecanopolis


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Toshi Nejimaki | Mecanopolis Medias

jan 01 2010

Les cachotteries de Copenhague

Par Michel-François Clerin et Geneviève Azam

Est-il exact que les intérêts qui promeuvent les thèses du réchauffement climatique et financent ceux qui les exposent sont ceux-là mêmes qui défendent depuis plus de 30 ans la dérégulation et les privatisations financières ?

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Prenons le cas d’Al Gore, dont le film « Une vérité qui dérange » peut être considéré comme le catalyseur de la peur et du pessimisme pour les générations futures du réchauffement climatique. Savez-vous que sa famille a possédé la plus grande mine de zinc américaine au Tennessee, et notoirement connu comme un des sites les plus polluants des USA ? Al Gore est aussi l’agent intéressé des spéculateurs financiers de la City. Il est le porte parole qui permet de faire le lien entre le Premier ministre Gordon Brown, l’ancien Premier ministre Tony Blair et le milliardaire ex-patron d’E-Bay, Jeff Skoll. Les principales sources de financement du documentaire « Une vérité qui dérange » sont Mr Skoll en personne ainsi que le Hedge Fund « Generation Investment Management » géré par Mr. David Bloom, ex-directeur de Goldman Sachs. Al Gore est, de plus, un associé de Zac Goldsmith, le fils du célèbre Jimmy Goldschmit.

Mais quel est le coeur du système ?

Il s’agit du système de création de droits à émettre du CO2 échangés sur des marchés. Ce marché n’est en fait rien d’autre qu’un nouveau marché relativement opaque. C’est Gordon Brown, alors chancelier de l’Echiquier, qui a promu un système permettant la négociation de 100 milliards de droits à l’émission de CO2 à travers toute l’économie. La City s’est assuré une position dominante en contrôlant le « Emission Trading Scheme » (Organisation Européenne des droits échangeables) par lequel passe plus de 60 % du volume de CO2 échangé dans le monde dont 80 % de sa valeur.

Toutefois, en raison de la crise et du surplus de droits émis, la valeur de ces droits n’a-t-elle pas chuté ?

Effectivement, cela est correct mais à la suite du COP15, on s’attend à une baisse du nombre de droits émis, donc à une forte hausse du marché par tarissement de l’offre. Dans une ambiance agitée de réchauffement climatique entretenue de toutes parts par les mêmes banques d’affaires, grandement responsables de la crise financière, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, celles-ci se sont positionnées en tant que « Market Makers », dans la prévision d’immenses profits. D’après le Daily Telegraph, Al Gore serait le premier milliardaire du carbone.

De quelle manière cela s’opère-t-il ?

L’International Continental Exchange (ICE) créé en 2000 par des banquiers internationaux autour de Goldman Sachs et de compagnies pétrolières comme Shell et BP dominent les marchés à terme du gaz et du pétrole. ICE a acheté l’International Petroleum Exchange (IPE) de Londres qui est un marché opaque et pratiquement dérégulé sans qu’aucun registre sur les échanges ne soit tenu. Bien que le siège d’ICE soit à Atlanta, la société opère à partir de Londres sous la forme d’un centre financier offshore. ICE contrôle de fait le Chicago Climate Exchange (CCX) et sa filiale londonienne, le London Climate Exchange (LCX).Un des associés et fondateurs de l’ICE, Mr. Richard Sandor est l’inventeur des produits dérivés et des droits d’émissions échangeables sur le CO2. Goldman Sachs est de son côté le plus gros actionnaire de CCX et le numéro deux de ICE. Or c’est Goldman Sachs qui a lancé Al Gore dans le business des Hedge Funds lorsqu’en 2003, Mr. David Bloom, ancien CEO de Goldman Sachs Assets Management a constitué « General Investment Management » avec Al Gore et deux anciens associés de GS. En Europe, Mr. Yann Arthus-Bertrand est un protégé de la famille Pinault et Nicolas Hulot est sponsorisé par Bouygues et TF1 mais ils font petit jeu comparé à l’ensemble. du dispositif de la mondialisation financière des droits d’émission.

Y a-t-il une sorte de conspiration et d’apartheid technologique lancé contre les pays pauvres ?

Mr. Lawrence Summers, principal conseiller économique du Président Barack Obama, fut le fossoyeur de toutes les réglementations financières aux USA (en particulier de la loi Glass Steagall). Il est actuellement ami et protecteur des comportementalistes américains et défenseur des droits d’émission de CO2. Mr Summers a été en faveur de l’envoi des déchets des pays développés dans les pays du tiers monde, sous prétexte que ceux-ci étaient moins pollués. Le groupement intergouvernemental d’experts sur le réchauffement climatique (GIEC) qui a partagé le Prix Nobel avec Mr. Al Gore a été constitué en novembre 1988. Au mois de novembre 2009, une fuite d’emails dans un des centres de recherches en Angleterre a créé une sorte de « Climategate » qui n’a toutefois pas été capable de bloquer ou de minimiser le Copenhague COP15 et les conclusions du GIEC. Le GIEC étouffe le débat scientifique (non tranché par l’Académie des Sciences en France) et refuse la critique. Ce qui est pour le moins anti-scientifique. Le coefficient de corrélation entre températures et CO2 sur 1998-2007 est de 0,02 soit le constat avéré d’aucune corrélation statistique. Le célèbre écologiste Maurice Strong est directeur du Climate Exchange de Chicago (CCX) et le patron du GIEC, Mr. Rajendra Pachauri figure au comité consultatif : cela ne constitue t-il pas un conflit d’intérêt ? Par ailleurs, la mise en place d’une taxe carbone signifie qu’un protectionnisme empêchera les pays pauvres, notamment l’Afrique d’échanger avec les pays riches, ce qui étouffera leur développement.

On peut douter que le système de compensation de Copenhague puisse compenser quand on connait déjà l’échec de l’aide internationale depuis trois générations dû à l’inefficacité et la corruption. Les milliards qui seront dépensés pour la lutte contre le réchauffement ne seront malheureusement pas utilisés contre la famine, la pollution des eaux et les ressources aquifères, c’est-à-dire autant de problèmes vitaux pour les pays en développement. , économiste, Université de Chicago.

Michel-François Clerin

Silence, la finance carbone va sauver le climat !

Les marchés du carbone constituent depuis les années 1990 la réponse majeure de politique internationale pour résoudre la crise climatique. Leur conception est un produit de la rhétorique néolibérale, alors à son acmé, ardemment défendue par les États-Unis lors des négociations devant aboutir au protocole de Kyoto en 1997, que ces derniers n’ont finalement pas ratifié.

Depuis les années 2000, l’essentiel de l’énergie de l’Union européenne s’est déployée pour la mise en place du premier marché du carbone en 2005. L’Union est aujourd’hui le plus ferme défenseur de cette politique, alors que le marché européen du carbone est un exemple de la volatilité et de l’instabilité du prix du carbone et de son incapacité à réguler la crise climatique.

Ces marchés ont vu leur taille doubler chaque année entre 2005 et 2008. Même s’ils ne sont pas comparables par leur taille, approximativement équivalente à 100 milliards de dollars, aux marchés financiers déjà en place, il sont promis à connaître des volumes voisins des dérivés de crédit dans une dizaine d’années selon James Kanter du New York Times (06-07-2007).

Au bonheur des fonds spéculatifs

La « finance carbone », surtout après les déboires de l’immobilier, a rapidement attiré les fonds spéculatifs, les traders du secteur de l’énergie (comme EDF trading, Shell trading, Rhodia Energy…), des entreprises industrielles comme Arcelor-Mittal et les grandes banques d’investissement, Citigroup, Goldman Sachs, Crédit suisse, BNP-Paribas, Merrill Lynch, autant d’institutions désormais connues du grand public pour leur prudence financière et leur souci du bien commun !

Car le marché du carbone n’est pas un simple commerce de droits et crédits d’émission échangés entre entreprises pour satisfaire à leurs obligations. Ces titres sont en effet détenus aussi par d’autres acteurs, dont le but est de spéculer sur leur valeur. Ainsi un marché secondaire s’est rapidement développé, avec des spécialistes de la spéculation qui élaborent des produits financiers complexes, à partir des savants modèles de produits dérivés qui ont déjà fait la preuve de leur dangerosité, avec le risque d’une bulle financière.

Les contrats sur des « émissions évitées », qui circulent déjà sur les marchés à terme, portent des risques importants de ne pas être réalisés. Alors que la crise climatique exige une transformation rapide des modèles de production et de consommation les plus polluants, elle se trouve ainsi entre les mains d’opérateurs qui en ont fait une nouvelle opportunité pour s’enrichir.

Le marché des quotas d’émission (ou encore droits à polluer) est très singulier, car s’y échange un titre émis par les États, les droits d’émission. Une fois ces droits en circulation, le marché détermine leur distribution finale et leur prix. Mais l’échange de ces droits suppose une unité commune, c’est la tonne équivalent carbone : un quota d’émission égale toujours une tonne d’équivalent carbone émise, quelle que soit son origine. De cette réduction, découlent des conséquences écologiques et sociales alarmantes.

Un étalon unique

Cet étalon unique est construit sur des règles de réduction entre les différents gaz à effet de serre, ramenés à un « équivalent carbone », alors que ces derniers contribuent différemment au réchauffement global, et qu’ils devraient avoir des traitements différenciés. C’est le cas du méthane, largement oublié, alors que des techniques assez simples et bon marché pourraient permettre de le récupérer, notamment dans les pays du Sud. Par ailleurs, les solutions comme les agrocarburants, le nucléaire, le stockage du carbone, qui à court terme peuvent certes faire baisser les émissions, représentent potentiellement des catastrophes écologiques et sociales futures.

De même, en posant comme équivalents une tonne de carbone émise et un quota obtenu n’importe où et n’importe comment, la déforestation de la forêt primaire peut être considérée comme équivalente, en termes de tonnes équivalent carbone, à son remplacement par une plantation nouvelle à croissance rapide, la biodiversité et les droits des peuples indigènes n’entrant pas dans l’unité de compte.

Et puisque toutes les réductions sont ainsi équivalentes, il est logique de rechercher celles au moindre coût, par le dit « mécanisme de développement propre » et par la compensation carbone qui autorisent les entreprises des pays industriels à gagner des droits d’émission en investissant dans les pays du Sud et en s’exonérant des réductions domestiques. Ainsi, le passage à des systèmes de production et de consommation soutenables, se trouvent retardé d’autant dans les pays les plus pollueurs. Une tonne d’équivalent carbone évitée en Éthiopie aura la même « valeur » qu’une réduction d’une tonne en Europe ou aux États-Unis !

Le climat devient une abstraction

Le choix du développement mondial du marché du carbone, avec son unité de compte en tonne équivalent carbone, fait du climat une pure abstraction, déliée des conditions sociales, historiques et technologiques de son équilibre. Le silence actuel sur ces mécanismes écologiquement inefficaces et économiquement dangereux, inventés dans les années 1990 en pleine euphorie financière pour poursuivre les logiques de croissance infinie, est inquiétant.

Il se renforce d’un silence gêné porté par des « entrepreneurs du bien » selon l’expression de Gunter Anders, qui, face à la déroute, s’inscrivent dans le « c’est tout de même mieux que rien ». Une forme de « l’empire du moindre mal » (Jean Claude Michea). Ce silence demande à être levé si nous ne voulons pas nous réveiller douloureusement.

Geneviève Azam, Conseil scientifique d’Attac.

Source: Mondialisation.ca

déc 21 2009

Qu’en est-il de la liberté de la presse en France ?

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La liberté de la presse est l’un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques, qui reposent sur la liberté d’opinion, la liberté mentale et d’expression. En France, elle a été déclarée pour la première fois dans la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il y est stipulé que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». S’il est habituellement consensuel de dire que la liberté de la presse est fortement bridée dans la plupart des pays du monde, nous pourrions légitimement émettre de sérieuses interrogations quant au respect de cette dernière dans nos pays dits démocratiques que nous considérons habituellement comme un havre de civilisation qui se doit de dispenser ses inégalables lumières au reste du globe. Pour disposer d’une vue d’ensemble sur la question, nous allons aborder trois points essentiels, qui sont les censures de la liberté d’expression en France, le fonctionnement général des médias et leur financement, pour terminer par une vue globale de la nature de ces derniers.

Libertédelapresse

La notion même de liberté est passablement floue dans la langue française. Si le plus grand nombre de gens s’accorderait à dire que la liberté consiste à faire ce que l’on veut quand on le veut sans être entravé par quelque contrainte que ce soit, le bon sens dirait plutôt qu’être libre, c’est savoir agir de la meilleure manière possible dans l’observance des règles auxquelles notre marge d’action est soumise. En somme, c’est dans l’accroissement de ses responsabilités que l’on trouve plus de liberté. Dans le cas de la presse, donc, il s’agit de repérer les responsabilités et les règles que l’on impose aux journalistes pour pouvoir se faire une idée un tant soit peu pertinente de sa marge de manœuvre.

Pour ce qui est de la presse écrite, il est essentiel de savoir que la matière première des quotidiens est fournie par la majeure agence de presse, l’Agence France-Presse (AFP). Elle a donc une influence considérable, car beaucoup de journaux se contentent souvent de récupérer ses nouvelles pour toucher leur public. L’AFP était un établissement d’État jusqu’en 1957. Elle dispose aujourd’hui d’un nouveau statut censé garantir son indépendance rédactionnelle, mais ses recettes proviennent pour moitié de ses clients, pour moitié de l’État. Les batailles homériques qui entourent la nomination très politique de son président ont tendance à montrer que l’AFP n’est pas réellement neutre.

D’autre part, le travail des journalistes de tous bords est soumis au contrôle de leur rédacteur en chef, qui veille au respect de la ligne éditoriale d’une publication ou d’un journal audiovisuel. S’il juge qu’une partie de la production qui lui est présentée est indécente, il peut la supprimer, ce qui est une forme de censure indirecte. Le contrôle des rédactions passe par la réduction de leur nombre. On a assisté à une concentration sans précédent de la presse quotidienne depuis la Libération. Les journalistes, s’ils sont enregistrés par la Commission de la carte où siègent des représentants du Premier ministre, ou si l’administration le décide discrétionnairement, font bénéficier leurs employeurs de cotisations sociales réduites et en bénéficient eux-mêmes, ainsi que d’une déduction fiscale supplémentaire. Les journaux doivent, eux, être enregistrés par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP, instance dont le travail est peu médiatique mais qui a pourtant un rôle capital) où siègent d’autres représentants du Premier ministre pour bénéficier du taux réduit de TVA à 2,1% au lieu de 19,6%. Ils bénéficient alors aussi de tarifs ultra-préférentiels à La Poste. À ce subventionnement indirect s’ajoute un subventionnement direct par les services du Premier ministre des quotidiens nationaux. Le refus ou le retrait d’un de ces agréments vaut toutes les censures : il condamne généralement le journal concerné à la faillite immédiate. Et s’il survit, il est réduit à la marginalité sur un marché assisté où ne s’appliquent pas les règles de la libre concurrence.

Dans le cas de la publication de livres, il ne suffit pas de trouver un éditeur : encore faut-il qu’il soit mis à la disposition des libraires, ce qui est le travail des diffuseurs. Les sociétés assurant ce service peuvent très bien refuser d’afficher l’éventuel livre dans leur catalogue, condamnant ledit ouvrage à être distribué quasiment sous le manteau par des réseaux improbables.

La liberté de la presse ne peut s’apprécier qu’au regard de l’appareil judiciaire qui en garantit l’harmonieux fonctionnement. Au XIXe siècle, Georges Clémenceau se battit pour que les journaux ne soient pas jugés en correctionnelle par des magistrats nommés par l’État, mais par des jurys populaires. Cette procédure indispensable a été supprimée par le Gouvernement provisoire et jamais rétablie. Là encore, si les chambres spécialisées sont tenues par de fins juristes, il suffit d’observer les batailles qui entourent la nomination de ces magistrats pour mesurer le caractère politique de leur fonction.

Les journaux et émissions télévisées, de leur côté, sont contrôlés par le CSA, Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, qui est un organisme de l’État français. Jouissant d’un statut d’autorité indépendante, il délivre des autorisations d’émettre aux radios privées et aux chaînes de télévision privées, nationales, régionales ou locales selon le bon vouloir de ses neuf conseillers nommés par l’État. En guise d’aperçu de ce que le CSA est capable de faire, il faut savoir qu’en avril 2002, le CSA a écrit à France Télévisions après le passage du journaliste Thierry Meyssan dans une émission de Thierry Ardisson et lui a ordonné de ne plus lui donner la parole à propos des attentats du 11 septembre, dont il inférait la responsabilité au gouvernement des États-Unis. Une copie de cette lettre a été adressée à tous les médias audio-visuels sous convention. Depuis, Meyssan n’a plus été invité sur une chaîne française, y compris lorsque Arte a consacré une soirée complète à le mettre en cause.

Bien que les médias privés soient importants aujourd’hui, il n’en a pas toujours été ainsi en France. Charles De Gaulle entrant dans Paris promulgue, le 26 août 1944, une ordonnance rédigée à Alger qui nationalise toute la presse écrite et audiovisuelle. La France est le seul État non communiste à avoir jamais procédé de la sorte. L’idée de l’époque est que pour être objective, la presse doit être un service public. L’État devient le garant de la Vérité à défaut d’être celui de l’esprit critique. Ce n’est qu’en 1954 que Pierre Mendès-France privatisera la presse écrite. Il faudra attendre 1982 pour que François Mitterrand, devenu président de la République, privatise partiellement la radio, et 1986 pour que Jacques Chirac privatise partiellement la télévision.

Au niveau du fonctionnement et du financement des agences de presse, nous allons à nouveau opérer une distinction entre presse écrite et audiovisuelle en prenant des exemples éloquents de médias privés.

Prenons l’exemple du Figaro pour la presse écrite : Le Figaro est une filiale de la Socpresse dont le président est l’industriel et sénateur Serge Dassault. En 2009, selon le magazine Forbes, il est le 90e homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à plus de cinq milliards de dollars. Serge Dassault a expliqué, en 2004, que les journaux doivent diffuser des « idées saines », car « nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche ». « J’espère que vous allez cesser de former des journalistes de gauche ! » avait-il ainsi lancé à des responsables du Centre de formation des journalistes. Il refuse que son journal publie, en août 2004, un entretien avec Andrew Wang, dans le cadre de l’Affaire des frégates de Taïwan (l’entretien est finalement publié dans le magazine Le Point du 9 septembre 2004). À la suite de ses propos sur la subordination du journal à son propriétaire, des troubles surgissent pendant quelques mois au sein de la rédaction. En octobre 2008, le journal Le Monde rapporte des témoignages de journalistes du Figaro qui se plaignent de la pression exercée par Serge Dassault sur la rédaction. En février 2008, Pascale Pascariello, journaliste de France Inter, est prise à partie par le service d’ordre, après avoir posé des questions lors d’une réunion publique organisée par Serge Dassault. Le 19 juin 2008, Serge Dassault déclenche une nouvelle polémique en déclarant qu’il juge « anormal » d’aider les chômeurs, « des gens qui ne veulent pas travailler ». Sur iTélé, en juillet 2008, il avait également fait part de son admiration pour l’organisation chinoise du travail, a vanté les mérites des ouvriers chinois « qui travaillent 45 heures par semaine et dorment dans leurs usines », s’est désolé de l’existence des grèves et des syndicats et a dit soutenir une plus grande flexibilité pour les entreprises. Nous sommes en droit de nous demander quelle part de liberté et d’objectivité existe dans un média qui est sous la coupe de quelqu’un comme Serge Dassault…

Même un journal à la réputation plus neutre comme Le Monde ne fait pas figure d’exception dans les critères de rentabilité. Dans l’essai « La face cachée du Monde », Pierre Péan affirmait, entre autres, que l’équipe dirigeante du journal avait pris le parti de s’orienter vers une logique commerciale, faisant fi des règles déontologiques et usant des techniques de désinformation. Les critiques pointaient également du doigt certains partis-pris éditoriaux. D’autre part, un employé du Monde avait été licencié peu de temps après cette publication pour « cause réelle et sérieuse » portant « atteinte à l’entreprise » dans laquelle il travaillait, pour avoir critiqué l’absence de réaction du Monde aux critiques de l’essai de Pierre Péan.

Le 9 novembre 2005, selon Le Canard enchaîné du 16 novembre 2005, Nicolas Sarkozy convoque au ministère de l’Intérieur le président-directeur général des Éditions First, Vincent Barbare, pour le menacer de « foudres judiciaires et variées ». Cette maison d’édition s’apprêtait à publier le 24 novembre l’ouvrage signé de Valérie Domain, journaliste à Gala, et intitulé Cécilia Sarkozy, entre le cÅ“ur et la raison. Dans une interview du Parisien publiée le 18 novembre 2005, Cécila Sarkozy indique que c’est elle qui a alerté son mari sur la sortie du livre. « Je ne souhaite pas que ma vie privée soit médiatisée », a-t-elle affirmé. L’auteur affirme quant à elle que Cécilia Sarkozy était parfaitement au courant de la teneur du livre. Valérie Domain souhaite que son ouvrage soit publié et est entrée en contact avec l’éditeur Fayard. Malgré des pressions d’Arnaud Lagardère, directeur du groupe Hachette, sur Claude Durand, directeur de Fayard, la biographie de Cécilia Sarkozy par Valérie Domain a été publiée le 8 février 2006 et tirée à 100 000 exemplaires sous le titre Entre le cÅ“ur et la raison sous forme de roman aux éditions Fayard. Cécilia avait donné son accord pour cette biographie avant de se raviser après de multiples entretiens avec l’auteur. Du fait des menaces de poursuites judiciaires par le couple Sarkozy, Cécilia y apparaît sous le nom de « Célia Michaut-Cordier, épouse d’un homme politique influent ». « Une femme quitte un homme pour un autre. Homme de pouvoir, cet autre la voit à son tour lui échapper pour un troisième. Dès lors, il n’a de cesse de la reconquérir » résume l’auteur.

Reprise d’un article de Yann Chollet, journaliste indépendant et auteur du livre « 7 jours sur 7 à votre service »Â : « La censure existe sous couvert d’une relation alléchante du genre « j’achète une campagne de pub dans ton journal et tu me protèges sur cette affaire ». Et je comprends mieux pourquoi des journalistes de journaux dits de gauche (Canard Enchaîné, libération…) préfèrent démolir la SNCF ou critiquer les méchantes multinationales US plutôt que de s’attaquer à nos gentilles multinationales françaises, toutes socialement responsables et éthiques. Fin 2002, une journaliste dite  » d’investigation  » du magazine Capital, m’explique vouloir parler de mon livre et révéler l’affaire des 60 procès dont la chaîne Formule 1 est la mire. Au final, cette journaliste passera par la Tour Montparnasse, siège du PDG ACCOR et écrira un article exposant une image très positive du groupe. Mon livre n’est même pas cité, les arguments contradictoires invisibles. Je préviens la rédaction du magazine que la méthode utilisée par leur journaliste ne respecte pas la déontologie de la profession. Je menace de révéler cette erreur et rapidement le rédacteur en chef m’offre un droit de réponse. D’autres exemples identiques suivront concernant mon ouvrage, dans la presse française. Nicolas Beau du Canard Enchaîné, me dira de façon dédaigneuse au téléphone :  » On ne se paye pas ACCOR comme ça « . Surprenant ! Le rédacteur en chef de  » Nouvel Ouest  » m’expliquera clairement, sans détour, être en tractation  » partenariat publicitaire  » avec le groupe ACCOR et qu’il ne pourra pas parler de mon livre. Par Yann Chollet. Journaliste indépendant et auteur du livre  » 7 jours sur 7 à votre service « . A travers un exemple simple et concret, exposons la subtilité de cette dérive. En 2002, j’écris un livre  » 7 jours sur 7 à votre service  » aux éditions du Vent, qui dévoile l’exploitation des humains dans l’hôtellerie économique. A travers mon témoignage, mes propres souffrances vécues, j’expose en 287 pages une réalité dénonçant l’esclavage des temps modernes. A plus de 80 heures par semaine pour un SMIC, le mot n’est peut-être pas assez fort. Comme contre-attaque,  » le groupe ACCOR, impliqué dans l’ouvrage sous l’anagramme du groupe ROCCA  » comme l’expose Philippe Cohen dans un article publié dans Marianne, ne tente rien contre le livre directement, en connaissance de cause. Par contre, c’est à travers une véritable campagne de désinformation que ce groupe impose le silence autour de mon ouvrage, qui par ailleurs se vend hors réseau traditionnel, à plus de 1.800 exemplaires. Des dizaines de gérants me témoignent leur reconnaissance après lecture. »

Fondé sous l’égide de Jean-Paul Sartre, le premier numéro paraît le 18 avril 1973. Positionné à l’extrême gauche à ses débuts, Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate au début des années 1980, suite au départ de Jean-Paul Sartre. En 1978, le journal n’a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire ». Le journal reprend le titre d’un journal de la Résistance, Libération qui était dirigé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie. En proie à de graves difficultés financières et à une baisse de sa diffusion depuis le début du XXIe siècle, Libération a aujourd’hui pour actionnaire de référence Édouard de Rothschild (38,87%), ancien membre de la commission exécutive du CNPF et grande fortune française. Son siège social est au 11 rue Béranger à Paris, dans le 3e arrondissement.

Au niveau de la presse télévisée, parlons de TF1, dont l’actionnaire principal est le groupe Bouygues, qui situe ses services dans les télécoms/médias et la construction (routes, immobilier…). L’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, expliquait la mission de sa chaîne ainsi : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Au vu du programme nettement commercial de TF1, on ne peut douter que c’est effectivement cette stratégie-là que la première chaîne de France met en application. Or, on peut se demander quelle est la crédibilité d’un journal télévisé paraissant sur une chaîne qui affirme un tel état d’esprit, d’autant plus qu’une personne qui a été divertie avant de regarder un journal parlé sera sans doute plus susceptible d’en avaler tout le contenu sans faire appel à la réflexion.

Toutes les autres chaînes privées connues et une multitude d’autres de moindre importance sont, comme TF1, possédées par des entreprises puissantes qui ont diversifié leurs actions dans plusieurs secteurs rentables, comme Bouygues. Par exemple, les chaînes de radio et de télévision RTL font partie de RTL Group, le plus grand groupe de télévision et radiodiffusion européen et premier producteur d’émission du monde, avec 45 chaînes de télévision et 33 réseaux de radio dans onze pays européens. Ce groupe est lui-même détenu par le géant des médias allemand Bertelsmann. Cette même multinationale est spécialisée dans la presse écrite, et possède notamment Random House, la première maison d’édition au monde. Barack Obama a notamment choisi Random House comme éditeur pour ses mémoires intitulées « Les rêves de mon père ». Il est aussi bon de savoir que le n°2 mondial de l’édition, Hachette, est détenu par le groupe Lagardère, dont les deux principales sociétés sont Lagardère Média (Europe 1, Virgin Radio, Virgin 17, Hachette Filipacchi Médias, MCM, RFM, …) et EADS, qui occupe la deuxième place mondiale dans l’industrie spatiale, aéronautique et de défense). Bertelsmann possède aussi une cinquantaine de magazines dont Stern, Capital, Geo, Gala.

dormez-citoyens

À la lumière de toutes ces informations, nous pouvons nous faire une idée pertinente de la nature de la presse, et si je devais la résumer en deux principes, je les nommerais rentabilité et justification du pouvoir en place. Pour ce qui est de la première assertion, suivons une réflexion élémentaire qui nous fait effectivement savoir que personne ne se lance dans une activité qui ne lui rapporte rien ou qui le fait travailler à perte, et que les grands vecteurs de la presse doivent assurément bénéficier de bases financières solides pour bénéficier des moyens qu’ils possèdent. Et il se trouve qu’en effet, comme nous l’avons dit, les plus grands médias, ceux qui touchent le plus grand nombre de personnes et qui jouissent de la plus grande estime, sont soit détenus par des entreprises qui recherchent bel et bien le profit, soit par l’État, et lorsqu’il s’agit de chaînes de télévision, cela implique le contrôle du type d’informations qui apparaît dans leurs journaux parlés et du recrutement de ses journalistes. En plus de cela, nous avons vu que de multiples processus de censure plus ou moins directs existent tant dans la presse écrite que dans le domaine de l’audiovisuel. Il faut donc que l’information diffusée ait, d’une part, une teneur commerciale, ce qui implique qu’elle fasse part à son public de messages destinés à le toucher, comme de la vulgarisation de l’information fortement axée sur l’émotivité, des faits divers de toutes sortes, ainsi que des nouvelles sur les sports ou même sur des célébrités. Cette stratégie commune à tous les médias importants sert leur deuxième but essentiel : la justification du pouvoir en place. On aurait effectivement tort de penser que le secteur privé permet plus de liberté d’expression que l’État : si l’État a intérêt à dissimuler les informations qui sont susceptibles de remettre en cause la politique qu’il mène, il n’en va pas différemment avec les entreprises qui possèdent des pans de l’information. Ce qu’elles font est tout à fait similaire, à la seule différence que le résultat est pire encore. L’orientation clairement pro-capitaliste de leur ligne éditoriale a également pour but de défendre l’élite des ultra-libéraux et de ne pas permettre de critiques significatives du système en place. La presse d’État et la presse privée partagent donc le même intérêt existentiel, qui est la préservation des politiques économiques et sociétales sur lesquelles les secteurs public et privé s’entendent parfaitement. Elles détournent alors majoritairement l’attention de leurs lecteurs et de leur auditoire sur des faits et des problèmes futiles, vulgarisés ou déformés à coups de propagande, ce dont ces derniers raffolent par ailleurs le plus.

De ce système discrètement verrouillé, il résulte une presse fade et révérencieuse dont le public se désintéresse, préférant souvent s’informer par d’autres moyens. On estime que 57% de la population lit les journaux. Ces mêmes journaux en sont réduits à combler leurs colonnes par des faits divers des plus courants aux plus sordides, choisis arbitrairement parmi tant d’autres, ou encore par des rubriques entières consacrées aux sports, pour compenser toute la rétention d’informations et le manque cruel d’analyse qui concernent les sujets politique et économique qui devraient être l’une des préoccupations majeures des citoyens dignes de ce nom. Malheureusement, l’écrasante majorité de la population n’a cure de ce qui se fait d’important : elle se moque éperdument des idéaux de justice et d’équité, et réagit très peu aux injustices qui la frappent de plein fouet, même lorsqu’elle voit nettement les droits pour lesquels ses ancêtres se sont battus si longtemps et si ardemment leur échapper. Les gens préfèrent se laisser aller au cortège d’émotions et de niaiseries par lesquelles on les dirige aisément dans le sens que l’on désire, et qui est l’instrument principal sur lequel se sont toujours appuyées les propagandes de tous bords.

Ils ont besoin que l’on pense pour eux, de se rassurer de la logique manichéenne internationale qui leur est si abondamment diffusée et qui leur dit qu’il y a, dans le monde, un axe du bien, dans lequel ils ont la chance inestimable de vivre, et de l’autre un axe du mal, peuplé de méchants qui ne rêvent que de détruire leur joli paradis. Ils ont besoin de voir un homme providentiel faire son apparition soudaine pour résoudre miraculeusement tous les problèmes, qu’ils acclament avec véhémence pour le mettre au pouvoir mais pour se désintéresser ensuite de ce que leur messie y fait, et ne se rendent alors pas compte que, comme tous ses prédécesseurs, il trompe les serments qu’il leur avait tenus. Cette bêtise permet à la censure de la presse de se radicaliser. Depuis l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, la France est devenue le premier pays européen en termes de perquisitions dans les rédactions et de journalistes mis en examen ou placés en garde-à-vue. Mais évidemment, la population accorde trop peu d’importance à ses acquis et à sa liberté pour daigner les défendre. Ce n’est pas que la liberté d’expression ne soit pas absolue qui est choquant, car il serait normal de laisser, en toutes circonstances, des règles de base qui empêcheraient la diffusion d’idées haineuses, diffamatoires ou extrémistes. Mais au vu de tout ce dont nous avons parlé, il est clair que la liberté de la presse se trouve aujourd’hui si limitée qu’elle est devenue un vecteur de propagande où seules les idées utiles à l’appui d’idéologies sélectionnées sont autorisées. Pourtant, la subtilité de notre système est de faire croire que le fait que des scandales liés à la corruption de politiciens puissent faire la une des journaux, ou encore que chacun soit en mesure de critiquer la personne du président sont autant de preuves de liberté d’expression. Cela rassurera alors les gens, et les esprits petits bourgeois diront alors : « Vous voyez que nous sommes libres, puisque nous pouvons nous exprimer ainsi. » On trouvera nos dirigeants bien bons de tolérer de telles excentricités, qui sont en réalité aussi futiles que vaines. Nous ne manquerons pas non plus de voir moult personnages réputés proposer des solutions humanistes et miraculeuses aux problèmes qui surviennent en temps de crises (qui, rappelons-le, ne sont dues qu’aux aléas incontrôlables d’un système et non pas aux élites dirigeants qui n’ont soi-disant plus été maîtres de la situation). Mais cela n’en restera jamais qu’au stade de proposition hypothétique, car aucune information ou idée qui pourrait réellement changer le système, et donc menacer les privilèges auxquels ceux qui en bénéficient s’agrippent, ne pourra filtrer ou être appliquée sans leur consentement. On ne peut donc plus parler de liberté, et ceux qui sont encore séduits par l’argument d’autorité et la preuve sociale qui sont associées aux médias puissants et à leurs éminents journalistes sont soit mal informés, soit très naïfs.

Régis Mex, pour Mecanopolis

déc 07 2009

La fabrication de la « légende noire » du stalinisme

Par Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Staline et stalinisme riment désormais avec dictateur, dictature, autoritarisme, terreur, purge, violence politique, Goulag et totalitarisme. Le personnage de Staline, fait penser immédiatement et machinalement à un personnage sanguinaire et à un Homme d’État cruel responsable de « millions » de morts péris dans les camps de concentration et des centres de torture physique et psychologique. Des formules à l’emporte-pièce telles que Staline=Hitler, Staline=Goulag=camps de concentration sont des lieux communs et il existe, paraît-il, une architecture typiquement stalinienne en ne sachant pas exactement en quoi elle diffère des cages à lapins et des blocs de béton qui ceinturent les grandes métropoles capitalistes.

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Staline et le stalinisme, les goulaguiens, deviennent la marque de fabrique et le fonds de commerce, ô combien lucratif et porteur politiquement et financièrement, de l’Internationale anticommuniste, de l’intelligentsia et des chiens de garde de la bourgeoisie, des partis politiques de l’extrême droite à l’extrême gauche, et même des ex-partis communistes européens, partisans de la « troisième voie » (je dis ex-partis communistes qui ont disparus du paysage politique), et enfin des opportunistes et des arrivistes de tout poil qui sont à la recherche de niches à prendre au sein d’un monde intellectuel dominé par la mode, aujourd »hui démodée, de archéo-libéralisme. La légende noire du stalinisme apparaît comme une arme de combat assez commode et une économie de pensée dans une guerre idéologique et psychologique menée contre le marxisme léninisme et contre le bolchevisme.

La légende noire du stalinisme a été inventée de toutes pièces par d‘indécrottables manipulateurs et d’impénitents imposteurs, en faisant gober au monde entier des histoires et des idées aussi indigestes qu’indigentes. Selon le dictionnaire le Robert, une légende est « une représentation « de faits ou de personnages réels) accrédités dans l’opinion, mais déformée, ou amplifiée par l’imagination, la partialité ». Ainsi, en parlant de Staline, de stalinisme, de totalitarisme, de Goulag, les inventeurs de la légende noire du stalinisme cherchent-ils à manipuler les esprits et à atteindre deux objectifs : 1) éviter un choc frontal avec la théorie marxiste-léniniste; 2) manipuler le psychisme des masses pour étouffer tout esprit de résistance au capitalisme, pour décourager et pour dissuader tous ceux qui sont tentés tant soit peu par la recherche d’une alternative à la loi de la jungle capitaliste. Car, les anti-staliniens veulent focaliser les regards sur la question de la violence politique qui, rappelons-le au passage, n’est nullement spécifique au stalinisme et à l’Union soviétique post révolutionnaire mais une constante historique inhérente de toute révolution qu’elle soit bourgeoise ou socialiste.

Staline avait certes du sang sur les mains mais comparé à la longue histoire sanguinaire et génocidaire des dirigeants militaires et civils des pays impérialistes et colonialistes, Staline apparaît comme un piètre amateur, un apprenti dictateur, un gentil homme d’Etat voire un « nounours ». Sans aucun doute, Staline était-il un personnage fruste et n’était-il pas un enfant de chœur loin de là, mais le dirigeant soviétique était avant tout un homme d’appareil et comme tout homme d’appareil, il se devait d’agir dans les limites imposées par l’appareil du parti bolchevique. Des prisons et des centres de torture physique et psychologique ont certes existé sous Staline mais les pays capitalistes, colonialistes et impérialistes se gardent bien de parler de leur propre Goulag. Il y a encore quelques jours, la presse vient de révéler l’existence d’un nouveau Goulag made USA et CIA en Lituanie. La société capitaliste est elle-même un immense Goulag du fait de la soumission servile des hommes à la dictature de l’argent.

Pendant la légende noire du stalinisme matraque les masses avec les « millions » de morts du Goulag, elle oublie les 28, 5 millions de morts soviétiques (20 millions de civils+8,5 millions de soldats de l’Armée Rouge) causés par l’invasion nazie et elle fait diversion aussi sur les 100 millions de morts provoqués par les deux guerres impérialistes du XXè siècle. Puisqu’il faut malheureusement plonger dans la sinistre comptabilité comparative des victimes de du Goulag soviétique et celles des pays impérialistes, il faut reconnaître que les victimes du stalinisme sont une goutte d’eau en les comparant avec celles causées par la longue histoire génocidaire des pays colonialistes et impérialistes. En réalité, les victimes de Staline sont sans commune mesure avec les ravages du capitalisme et de l’impérialisme depuis cinq siècles des continents africain et américain et de l’Australie qui ont fait et qui continuent même aujourd’hui à faire en Irak et en Afghanistan des millions de morts. Faut-il rappeler que les Américains ont carrément anéanti les populations indigènes d’Amérique du Nord et ont participé au massacre de plus de 50 millions de Noirs ?

Par ailleurs, le phénomène concentrationnaire, ce n’est pas Staline qui l’a inventé mais l’Allemagne démocratique de Guillaume II qui fit construire en août 1904 des camps de concentration, des Konzentrationslagern, dans la nouvelle colonie allemande, le Sud Ouest africain (Deutsche Sudwestafrika), aujourd’hui la Namibie, pour enfermer les membres de la tribu Herero utilisés comme une main d’œuvre corvéable. Dans ces camps, les Herero furent victimes de sous-nutrition, d’épuisement, d’humiliation, de violences et de viols. Dès la première année d’internement, plus de la moitié des prisonniers Herero périrent et d’après le recensement de 1911, sur les 80 000 Herero que comptait la tribu, il n’en reste aujourd’hui que 15 000.1

En matière de techniques d torture physique et psychologiques, les pays capitalistes ne sont pas les mieux placés pour en parler. Si l’on essaie de remonter aux origines des techniques de torture et de violence physique et psychologique, on découvre que le Goulag soviétique est un phénomène récent puisqu’il date seulement des années vingt et trente du XXème siècle ont créé des centres d’enfermement et d’internement dès le XVIIème siècle. On peut dire que les techniques de torture physique et psychologique en Occident n’ont cesse de se perfectionner suivant ainsi développement de la machine à vapeur de Watt. Les travaux de Michel Foucault sur la naissance des asiles et des prisons sont aujourd’hui connus et archiconnus de tous et les adeptes de la légende noire du stalinisme feront mieux de se pencher sur l’histoire des prisons et des asiles en Europe et aux Etats-Unis2. Presque un siècle avant le Goulag stalinien, la France créa en 1854 en Guyane un gigantesque camp de concentration, le bagne considéré comme  « une machine à châtiment bien définie, réglée, invariable. C’est une usine à malheur qui travaille sans plan ni matrice«  3 L’histoire de la colonisation française de l’Algérie avait commencé par le massacre des colonisés par le général Bugeaud et les tortionnaires Français se sont montrés particulièrement inventifs et imaginatifs en matière de torture physique et psychologique en devenant même aujourd’hui un modèle et une source d’inspiration pour les tortionnaires et les dictateurs du monde entier.4

Dans cet article, notre tâche consiste à démonter la légende noire du stalinisme en remontant à ses origines et en analysant les raisons de sa propagation et de son « succès » fulgurant.

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Fiche de la police secrète tsariste de St. Petersburg sur Joseph Staline (1913)

ORIGINES DE LA LÉGENDE NOIRE DU STALINISME

Ceux qui ont inventé la légende noire du stalinisme, ce sont d’abord et avant tout tous les opposants à la Révolution bolchevique de 1917. Il faut dire que la victoire de la révolution d’Octobre russe en 1917 fut un coup de tonnerre et un terrible choc pour les classes capitalistes du monde entier. La légende noire du stalinisme naquit sur la vague d’anticommunisme provoquée par la révolution bolchevique. L’appréhension et les craintes inspirées par la révolution bolchevique étaient d’ailleurs parfaitement compréhensibles, car, c’est la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, qu’une révolution était menée au nom des classes dominées, ayant pour objectifs l’abolition de la propriété privée des moyens de production et la redistribution de la terre à la paysannerie pauvre. Surtout quand on sait que la Russie tsariste était une simple colonie européenne et américaine et la chasse gardée du capital français, allemand anglais et américain. Pour se rendre compte du tollé général et de l’impact suscités par la révolution d’Octobre de 1917, il suffit de lire la presse de l’époque et d’observer l’hystérie qui s’empara des bourgeoisies européennes d’alors. Par exemple, en France, après la prise du pouvoir par le parti bolchevique, « l’Union des intérêts économiques », un groupe patronal avait mené une campagne médiatique en diffusant une affiche imprimée à des millions d’exemples sur laquelle était représenté un moujik hirsute et mal rasé tenant dans un rictus un couteau entre les dents dégoulinant des gouttes de sang. Après l’arrivée des soviets au pouvoir, ce n’est plus le « boche » qui était l’ennemi de la patrie mais Lénine et Trotski présentés comme les « petits-fils de Karl Marx par le cerveau comme Longuet l’est par le sang ». (Sur l’histoire de l’anticommunisme en France, Serge Bernstein et Jean-Jacques Becker, histoire de l’anticommunisme en France, Paris, Olivier Orban, 1987. T . I). En attendant de trouver son sauveur, un « Napoléon russe », la bourgeoisie russe commençait s’organiser et à prendre des initiatives politiques, économiques et militaires. Une première initiative fut prise par un grand industriel russe, lié au capital étranger, A.I.Putilov en formant un comité secret groupant de représentants des banques et des sociétés d’assurance 5. Après s’être rendu compte de l’inefficacité de l’action de Putilov et ses compères, le grand capital russe fit appel à la dictature militaire du général Kornilov. Pour discréditer le chef de la révolution, les Alliés menèrent une intense propagande sur d’abord sur le wagon plombé et sur Lénine espion allemand. Après la Révolution de 1917 et pendant la guerre civile, les bolcheviques se trouvèrent confrontés à trois armées blanches : Kotchlak à l’Est, Denikine au Sud et Ioudenitch au Nord.

Les dirigeants de la révolution bolchevique ne se battaient pas seulement contre leurs ennemis de classe intérieurs et extérieurs,, en l’occurrence les bourgeoisies et les classes capitalistes autochtones et européennes, ils avaient aussi et surtout à affronter une multitude de défis lancés par forces centrifuges et centripètes hostiles à l’hégémonie du parti bolchevique comme les mencheviks internationalistes, les unitaires, les anarcho-syndicalistes etc. Au sein même du parti bolchevique, les affrontements entre courants et tendances faisaient également rage. La propagande capitaliste occidentale simplifie les problèmes en réduisant le régime stalinien en réduisant la lutte des tendances et des courants tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti et du gouvernement à des rivalités personnelles. Alors que les luttes et les affrontements qui suivirent la révolution d’Octobre opposaient non pas des personnes, Staline contre Trotski par exemple, mais des forces, des mouvements et des conceptions antagonistes et contradictoires. Les divergences politiques entre Staline et Trotski n’étaient pas personnelles mais portaient sur la question de savoir si la révolution devait être menée par étapes dans un seul pays ou l’exporter à d’autres pays. Ce n’est pas le seul Staline qui était en lutte contre Trotski mais la « Troika », Staline, Zinoviev et Kamenev. Après sa défaite au XIV congrès du parti, Zinoviev et ses fidèles se replièrent sur Leningrad en barricadant dans les locaux de la Pravda de cette ville. Puis plus tard, Zinoviev et Trotski se retournèrent contre Staline. Les luttes de tendances et de courants, la terreur et la purge font partie intégrante de la dynamique de toute révolution, car une révolution est régie par une loi semblable à la loi de l’attraction universelle, la loi de la composition des forces et de l’égalité de l’action et de la réaction.

Les critiques adressées par des théoriciens marxistes de premier rang comme Karl Kautsky et des austro marxistes comme Otto Bauer, Max Adler, Friedrich Adler, Karl Renner, Rudolf Hilferding etc ont largement contribué à la naissance de la légende noire du stalinisme. Pour Karl Kautsky, Staline incarnait le despotisme et la dictature personnelle. Kautsky, appelé « le pape du marxisme », influencé par le darwinisme et une vision évolutionniste du monde fut aussi le fer de lance de la croisade antibolchévique et anti-stalinienne. Le principal reproche fait à Lénine et à Staline est le choix de la violence révolutionnaire comme moyen pour conquérir le pouvoir politique. Le désaccord profond entre Kautsky et Lénine porte sur les méthodes, la méthode démocratique ou la méthode révolutionnaire6. Malgré quelques divergences tactiques, les austro marxistes comme Otto Bauer, Franz Adler, furent partisans de la voie démocratique et le rejet de la voie de la terreur. Les partis socialistes européens et les trotskystes luttant contre la « bureaucratie stalinienne » et le « socialisme réellement existant » ont participé à leur manière dans l’invention de la légende noire du stalinisme. Pour plaire aux bourgeoisies et pour faciliter leur alliance avec les partis socialistes, les partis communistes européens abandonnaient progressivement les principes du marxisme léninisme en d’affirmant du coup leur credo anti-stalinien. On sait comment la fameuse « troisième voie » mène les partis communistes européens à la marginalisation et à la disparition du paysage politique occidental.

On a trop glosé sur les raisons de l’avènement du fascisme et du nazisme en Italie et en Allemagne mais on a oublié de relever la coïncidence et la succession chronologique et logique entre la Révolution bolchevique d’une part et la conquête du pouvoir par Mussolini et par Hitler d’autre part. D’abord, Mussolini et Hitler étaient des antibolchéviques et des anticommunistes notoires et les idéologies fasciste et nazie sont viscéralement des idéologies anticommunistes et antibolchéviques malgré leur rhétorique anticapitaliste. Soutenus financièrement par le grand capital, Mussolini et Hitler avaient été portés au pouvoir par une intelligentsia et un peuple foncièrement anticommunistes. Le point commun entre l’intelligentsia italienne et allemande fut la haine profonde de la Révolution bolchevique. Il n’est pas étonnant de voir que les premières victimes du fascisme et du nazisme furent les communistes en général et les staliniens en particulier. Le procureur général qui condamna Antonio Gramsci déclara « Il faut empêcher ce cerveau de fonctionner pendant vingt ans ». Cette même intelligentsia qui fut jadis le principal soutien des régimes fasciste et nazi va redevenir à son tour antistalinienne après la Seconde guerre mondiale. En Italie, des noms d’intellectuels très connus avaient adhéré corps et âme au fascisme et au nazisme comme D’Annuncio, Marinetti, Croce, Gentile, Boccioni, Ungaretti, de Chirico, Savinio, Gadda, Pirandello, Malaparte etc. peu d’intellectuels de premier rang a dû quitter l’Italie sauf par exemple, le physicien nucléaire et prix Nobel, Enrico Fermi. À la fin de l’ère mussolinienne, il n’y a pas eu une vague de suicides parmi les intellectuels pour fait de collaboration comme en Allemagne ou en France comme ce fut le cas avec Drieu la Rochelle en 1945 et Robert Brasillac fusillé en 1945. Une seule exception en Italie fut Giovanni Gentile qui avait été exécuté par des résistants communistes. Il ne suffit pas de dire que l’avènement des États fasciste et nazi correspondait à une crise profonde du capitalisme, car celui-ci est en crise depuis deux cents ans. Il faudrait aussitôt ajouter que les bourgeoisies et le grand capital italiens et allemands avaient besoin d’une forme d’Etat totalitaire pour empêcher la propagation de la révolution bolchevique dans les autres pays européens. Le concept d’Etat totalitaire n’est valable que pour les pays capitalistes où règne le régime de la propriété privée des moyens, et en aucun cas sur l’union soviétique et le régime stalinien. La doctrine totalitaire n’est pas une invention de Carl Schmidt mais de Vilfredo Pareto qui fut le premier à la définir d’une manière claire en préconisant à la fois l’autoritarisme politique et le libéralisme économique. On peut affirmer sans exagération que tous les Etats capitalistes sont des Etats totalitaires, car ils combinent l’autoritarisme politique et le libéralisme économique.

Il n’y a pas que l’intelligentsia qui est anticommuniste et antibolchévique, le mouvement ouvrier lui-même et ses représentants dans les sociétés capitalistes ont été contaminés par le virus de l’anticommunisme et de l’antibolchevisme. D’ailleurs, ce sont l’anticommunisme et l’antibolchevisme du mouvement ouvriers qui ont facilité l’accession au pouvoir en de Mussolini en Italie et d’Hitler en Allemagne. Ceux qui ont contribué a la diffusion de l’anticommunisme et de l’antibolchevisme sont des couches intellectuelles issues de la petite bourgeoisie qui ont infesté très tôt le mouvement ouvrier par les idées réformistes et par le Trade unionisme. L’intrusion d’éléments petits-bourgeois(les intellectuels) a été une des causes de la dégénérescence du mouvement ouvrier. L’émergence de ces couches intellectuelles intermédiaires a été rendue possible grâce à l’expansion du capital et à l’essor du capitalisme et de l’impérialisme. Le réformisme a été la politique du mouvement ouvrier dans le cadre du capitalisme à son apogée conduisant la classe ouvrière et ses représentants à une sorte de « myopie » politique, à un compromis de classe (aujourd’hui les partenaires sociaux) et à l’abandon de tout projet de transformation révolutionnaire des rapports sociaux de production. La formation des partis socialistes et de la social-démocratie témoigne de la corruption du mouvement ouvrier par les idées réformistes et la propagation de l’anticommunisme et de l’antibolchevisme parmi la classe ouvrière. L’influence de l’idéologie petite-bourgeoise qui est par définition une idéologie antimarxiste et antibolchévique se manifeste sous des formes spécifiques comme l’anarchisme ou plus précisément l’anarcho-syndicalisme, le spontanéisme qui rejette toute organisation et qui préconise la lutte « spontanée » et la jacquerie putschiste fondée sur la violence « éducatrice «  des « minorités agissantes ».

stalin3Joseph Staline, en 1906

DIFFUSION DE LA LÉGENDE NOIRE DU STALINISME

La doctrine Truman de containment du communisme va permettre à la légende noire du stalinisme de prospérer et de se propager un peu partout dans le monde. Parallèlement au plan Marshall pour aider les économies européennes à se relever des ruines de la Seconde Guerre mondiale, il a existé un « plan Marshall de l’esprit et de la culture » pour former une intelligentsia anticommuniste et par voie de conséquence, antistalinienne. À la sortie de la guerre, la CIA et les fondations philanthropiques américaines soutinrent et financèrent des réseaux et des institutions à vocation scientifique et culturelle chargées de démarxiser les sciences humaines et d’instrumentaliser les sciences sociales. Le « Plan Marshall de l’esprit et de la culture » était une sorte de croisade anti-marxiste et anti-communiste et les sciences sociales étaient en ligne de mire des fondations philanthropiques américaines. La fondation Rockefeller créée en 1913 a voulu prendre sa part dans la lutte contre le marxisme et le communisme en finançant des projets et des institutions en sciences sociales qui, grâce à leurs outils d’analyse et leurs méthodes d’enquête empirique, allaient devenir un enjeu de contrôle social et de manipulations mentales des masses. C’est pour instrumentaliser les sciences sociales que la fondation Rockefeller a participé au financement aux Etats-Unis et en Europe, des projets dans plusieurs universités américaines (Yale, Harvard, Chicago, Columbia), la Deutsche Hochschule für Politik à Berlin et le London School of economics qui accueillait des économistes venant de la Société du Mont-Pèlerin comme Ludwig von mises et son élève Friedrich von Hayek. La fondation Rockefeller a aussi soutenu financièrement l’institut scientifique de recherche économiques et sociales dirigé par Charles Rist qui avait reçu 350 000 dollars ; le centre universitaire de la recherche sociale, présidé par le Recteur Charléty qui avait reçu 166 000 dollars ; le Centre d’études de politique étrangère, un autre organisme dirigé par le Recteur Charléty qui avait reçu 172 000 dollars. Avant la Seconde Guerre mondiale, la fondation Rockefeller avait permis au Centre de documentation sociale de créer deux postes de chercheurs à plein temps l’un pour Raymond Aron et l’autre pour Georges Friedman. En France, c’est Charles Morazé qui avait déjà rencontré John Marshall et l’autrichien Clemens Heller étaient les deux principaux promoteurs du « Plan Marshall de l’esprit ». C’est grâce à Charles Morazé agrégé d’histoire et collaborateur des Annales que Claude Lévi-Strauss avait obtenu des fondations Ford et Rockefeller le financement des projets de formation des étudiants français dans les universités américaines. Le structuralisme était conçu comme une arme dirigée contre la théorie marxiste de l’histoire et les marxistes ne s’y sont guère trompés. C’est Roland Barthes qui résume parfaitement la situation quand il écrit « il semble bien que la principale résistance au structuralisme soit aujourd’hui d’origine marxiste et que ce soit autour de la notion d’histoire qu’elle se joue » 7. Pour s’attaquer à la théorie marxiste de l’histoire,  il faut commencer par démolir le concept des deux es antagonistes.

Avec l’aide des fondations Rockefeller et Ford, Pierre Auger était parti pendant la guerre aux Etats-Unis où il avait enseigné à l’université de Chicago. Nommé directeur de l’enseignement supérieur après son retour en France en 1945, Pierre Auger s’est heurté à l’opposition du Prix Nobel Frédéric Joliot, communiste et pacifiste, pour le contrôle du Centre National de la Recherche scientifique(CNRS). Devant l’obstruction de Joliot, Pierre Auger avait alors créé le Centre à l’Energie atomique(CEA) et un pôle des sciences sociales rattaché à l’Ecole Pratique des Hautes études(EPHE), devenu plus tard la VIe section. Pour animer celle-ci, Auger fait appel aux collaborateurs des Annales(Morazé, Friedman, Braudel, Labrousse, le Bras) et en 1954, avec l’aide de l’autrichien Clemens Heller désormais établi en France, la VIe section a reçu de nouveaux crédits pour financer des programmes de recherche sur les « aires culturelles ». En 1959, la fondation Ford appuie et finance le projet de Pierre Auger pour la création du Centre européen de recherche nucléaires(CERN) et pour la construction de la Maison des sciences de l’homme. En 1975, la VIe section devenue une structure juridique autonome, se transforme officiellement en l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales(EHESS) présidée par l’historien anticommuniste François Furet. Depuis, l’EHESS qui reçoit un financement de l’Etat français, du département d’Etat américain(Bourses Fulbright) et de la Fondation franco-américaine de New-York, une officine créée en 1976 par la CIA, devient le fer de lance de la lutte contre le communisme et le stalinisme.

Outre l’apport financier des fondations philanthropiques, la CIA et le plan Marshall ont participé au financement d’une myriade de réseaux et d’institutions culturelles voués à la formation d’une intelligentsia anticommuniste. C’est le cas du Congrès pour la liberté de la culture créé à Berlin en 1950 par des intellectuels européens et américains avec pour membres fondateurs James Burnham, Raymond Aron et Michel Crozier. Le comité de soutien du Congrès comprenait des personnalités comme le philosophe allemand Karl Jaspers, le socialiste Léon Blum, des écrivains comme André Gide et François Mauriac, des universitaires comme Raymond Aron, des intellectuels américains comme James Burnham et Sidney Hook, des anciens trotskistes américains comme Sol Levitas et Eliot Cohen, des partisans de l’Europe fédérale comme Altiero Spinelli et Denis de Rougemont et des théoriciens des  New York Intellectuals. Le Congrès pour la liberté de la culture est devenu le lieu de rencontre et de rassemblement de l’intelligentsia anticommuniste européenne et américaine animée par des conservateurs, des libéraux, des socialistes et des anciens trotskistes. Financé discrètement par la CIA pendant dix-sept ans jusqu’en 1967, le Congrès pour la liberté de la culture avait noué des relations avec des hauts responsables de l’administration américaine et de la direction du plan Marshall, mais aussi avec l’American Committee for United Europe(ACUE), une officine de  propagande anticommuniste créée avec le soutien d’hommes politiques américains comme Robert Paterson, secrétaire à la guerre et Paul Hoffman.

En 1967, Thomas Braden, chef de la Division internationale d’opposition au communisme à la CIA avait publiquement confirmé la participation de son organisation au financement des activités du Congrès pour la liberté de la culture. Dissout après les événements de mai 68, le Congrès pour la liberté de la culture a continué ses activités sous le nom de l’Association internationale pour la liberté de la culture avant de cesser d’exister en 1975 lors de la signature des accords d’Helsinki.

En effet, c’est l’un des fondateurs du Congrès pour la liberté de la culture, et théoricien de l’ère technicienne, James Burnham, qui a jeté les bases de l’idéologie structuraliste en publiant en 1941, le managerial revolution dans lequel il annonçait l’échec économique et idéologique de l’Union soviétique et l’avènement  d’une nouvelle ère, « l’ère des managers ». C’est son ami et membre fondateur du congrès pour la liberté de la culture, Raymond Aron, qui a fait traduire le livre en 1947 sous le titre « l’ère des organisateurs »,  avec une préface du socialiste Léon Blum. Pour Burnham et ses disciples, il n’y a plus de différence entre les sociétés de l’Est  et celles de l’Ouest, car dans les deux cas, c’est une nouvelle e dirigeante qui prend le pouvoir politique et économique et ce sont désormais, les directeurs et les techniciens qui remplacent les anciens propriétaires. Au capitalisme sauvage du XIXe siècle, succède un capitalisme réglementaire bardé de lois sociales. Le pouvoir politique n’est plus concentré entre les mains de quelques uns mais un pouvoir éclaté en une myriade de pouvoirs partagés, autonomes et libérés. Les sociétés actuelles sont entrées dans l’ère «  post-industrielle », celle de la « technobureaucratie » et de la « technostructure » selon Galbraith. C’est l’époque de la big corporation, la grande entreprise fondée sur une séparation radicale entre la « propriété » des moyens de production et les « pouvoirs de décision » qui se trouvent désormais entre les mains des agents-managers devenus la « nouvelle e » dominante. Le capitalisme franchit ainsi une nouvelle étape de son histoire, celle des structures rationnellement et scientifiquement établies. L’homme structural est tout sauf un passéiste, car son histoire se réduit au présent et au futur. L’interpénétration du politique et de l’idéologique conduit à un glissement de l’idée de l’ère technicienne devenue la doctrine officielle du Congrès pour la liberté de la culture vers la rhétorique de la Troisième voie et la « fin des idéologies ». C’est Daniel Bell, membre du Congrès pour la liberté de la culture qui a été l’auteur de la théorie de la fin des idéologies. Grâce à Daniel Bell, des bourses d’études ont été octroyés à des jeunes étudiants européens pour étudier dans les universités américaines. C’est Daniel Bell qui a aidé Michel Crozier à obtenir une bourse d’études à l’université de Stanford. Crozier est le type même de l’intellectuel européen endoctriné par l’université américaine, devenu avec Raymond Aron l’un des idéologues de la Troisième voie et du Club Jean Moulin. Les disciples de Burnham et de Bell fondaient des revues, organisaient des conférences et occupaient des postes d’autorité dans les universités européennes transformées à l’occasion en tribune pour la diffusion et la vulgarisation des idées de l’ère technicienne, de la fin des idéologies et de la Troisième voie. En 1953, Crozier, qui fut l’un des collaborateurs de la revue Esprit, avait publié un article critiquant l’intelligentsia de gauche.

C’est Raymond Aron qui a importé en France les idées de l’ère technicienne, de la fin des idéologies de ses amis James Burnham et Daniel Bell et le totalitarisme de Hannah Arendt. Son ouvrage « l’Opium des intellectuels » est un appel aux intellectuels de gauche pour se détourner du communisme soviétique. Son livre « Dix-huit leçons sur la société industrielle » est une vulgarisation des idées de son ami Burnham sur l’uniformisation des sociétés capitalistes et des sociétés communistes. Nommé en 1955 professeur à la Sorbonne, Aron a contribué à la vulgarisation des principaux thèmes des New York Intellectuals, le think tank du Congrès pour la liberté de la culture. Ses ouvrages sont devenus la bible de l’intelligentsia  anticommuniste. Grâce ses séminaires à la Sorbonne, puis à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et au Centre de sociologie européenne, Aron s’est fait des disciples comme Pierre Hassner, Jean-Claude Casanova, Jean Baechler, Annie Kriegel, Alain Besançon, Pierre Manent, François Bourricaud, Georges Liebert, Jérôme Dumoulin. Aron et ses partisans se sont farouchement opposés au mouvement étudiant de mai 68 qualifié de « petite révolution » et de « carnaval estudiantin ». Après l’éclatement du scandale du financement du Congrès pour la liberté de la culture en 1967, la revue Preuves qui diffusait les idées du Congrès pour la liberté de la culture a été remplacée par une autre revue, Contrepoint, dirigée par l’un des fidèles d’Aron, Georges Liebert et la collaboration de Pierre Manent. En 1978, Aron fonde la Revue Commentaire dirigée plus tard par deux de ses disciples Jean-Claude Casanova et Pierre Hassner. Aron a séduit d’autres intellectuels en vue comme Edgar Morin, Georges Friedman ou Jean-Claude Domenach.

Le Congrès pour la liberté de la culture finançait des programmes de recherche et des bourses d’études. Quand la nouvelle élite européenne endoctrinée dans les universités américaines revenait en Europe, elle créait des revues, organisait des séminaires et mettait en place des programmes de recherche et des réseaux informels dans les universités européennes. Ces réseaux culturels qui ont servi de relais et d’officines dans la lutte contre le communisme et le stalinisme pendant la Guerre froide ont continué à jouer un rôle actif même après la dissolution du Congrès pour la liberté de la culture. Ces différents réseaux et relais culturels anticommunistes ont pavé la voie à l’avènement de l’archéo-libéralisme et de la révolution conservatrice américaine avec l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison Blanche. La débâcle actuelle du capitalisme et de l’aveu même de l’ancien président américain George Bush, la faillite de la sacro-sainte loi du marché mettent fin aux illusions des promoteurs de la Révolution conservatrice et de l’archéo-libéralisme.

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CONCLUSION

Des conditions objectives et des prédispositions psychiques et psychologiques ont favorisé l’émergence et la diffusion de la légende noire du stalinisme. D’abord, la légende noire du stalinisme puise ses racines dans l’histoire politique et idéologique du monde occidental dominé successivement depuis deux millénaires par l’aristocratie, la féodalité et aujourd’hui par la bourgeoisie. Depuis deux mille ans, les peuples du monde occidental n’ont connu qu’un seul régime de propriété, la propriété privée qui a permis à l’aristocratie, à la féodalité et à la bourgeoisie d’asseoir leur domination et d’asservir les autres classes de la société. Après deux mille ans de domination féodale et bourgeoise, les peuples européens ont du mal à se défaire de la servitude qui leur a été imposée par leurs classes dominantes et qui sont incapables du coup de concevoir ou d’admettre l’existence d’un autre mode de production et de répartition des richesses sociales. Car, en effet, toute autre alternative au régime de la propriété privée des moyens de production est conçue comme subversion et offense à «  l’ordre naturel » des choses. Il va de soi que pour la bourgeoisie, l’idée du communisme, synonyme de répartition de richesses, de justice sociale et de libération de l’homme de l’empire du besoin, est une hérésie, une aberration de la nature et une violation d’un ordre réputé naturel.

Cet anticommunisme viscéral des sociétés occidentales a été nourri et entretenu par l’école qui inculque aux populations scolarisées dès leur jeune âge des leviers psychiques d’adhésion ou de rejet. Les leviers psychiques d’adhésion sont des mots et des symboles déclencheurs ayant pour but de faire accepter des personnes, des choses, des idées en les associant avec des mots et des symboles tenus pour « bons » comme la démocratie, la patrie etc. Contrairement aux leviers d’adhésion, les leviers de rejet visent à faire rejeter certaines idées, personnes etc en les associant avec des « mauvais » mots, symboles et actes, qui font appel à la peur, et au dégoût notamment la haine du marxisme et du communisme. L’école publique et républicaine est le lieu d formation par excellence des réflexes conditionnées des masses et de l’intelligentsia dans les sociétés capitalistes.

Si toute la lignée des Hannah Arendt, des Raymond Aron, des Soljenitsyne et d’Archipel du Goulag, des « nouveaux philosophes », des Jean Pierre Faye, des Castoriadis, des Claude Lefort, des Luc Ferry et d’Alain Renault, des Jean François Revel, des François Furet, etc a pu prospérer sur la scène médiatique et académique, ce n’est pas pour la pensée et pour les écrits de ses auteurs qui témoignent tous d’une médiocrité et d’un crétinisme intellectuel mais pour son rôle de pantins, de girouettes et de chiens de garde d’un ordre établi, l’ordre bourgeois et capitaliste. En effet, sans l’activisme politique et idéologique d’une myriade de réseaux, d’institutions et de fondations des mass medias vouée à la lutte contre le communisme et sans le soutien financier de la CIA et des les gouvernements capitalistes aux Etats-Unis et en Europe et d’autre part par les mass medias contrôlées par des groupes capitalistes, tous ces demi intellectuels people qui trônent à l’Olympe médiatique et académique depuis les années 1970, seraient passés dans les oubliettes de l’histoire gisant sous les poussières des bibliothèques à côté de leurs momies déterrés hâtivement, Alexis de Tocqueville et Benjamin Constant. Le meilleur remède et le meilleur des contre-poisons à la légende noire du stalinisme, seraient la lecture de quelques bonnes pages des « théoriciens » du totalitarisme. Ceux qui vont goûter à la littérature immonde et nauséabonde des auteurs de la légende noire du stalinisme du totalitarisme en dégoisant leur fiel contre le communisme, le bolchevisme, Staline, sa dictature sanguinaire et son Goulag, vont tomber des nues quand ils découvriront après coup l’escroquerie et l’indigence intellectuelle et littéraire d’une bande d’indécrottables édiles anticommunistes.

Le « succès » fulgurant et la propagation à l’échelle planétaire de la légende noire du stalinisme témoignent si besoin est que la manipulation mentale et psychologique des hommes cesse d’être un simple travail d’amateurs pour devenir un art et une véritable science exacte. La légende noire du stalinisme faisant partie intégrante des mythologies politiques occidentales confirme la validité de la théorie des réflexes conditionnés du physiologiste russe Ivan Pavlov et les recherches de son école sur le cortex et la réflectivité sensitivo-motrice. En effet, l’analogie est vite établie entre la salivation des masses et celle du chien de Pavlov. En effet, tous ceux qui répètent bêtement Staline= terreur=Goulag=totalitarisme sont victimes de la propagande politique capitaliste qui a réussi à faire de l’individu un être conditionné mentalement et psychiquement se comportant de la même façon, au risque de froisser la susceptibilité de l’Homo sapiens, que le chien d’Ivan Pavlov8

Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

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Le Bulletin de l’International


Notes :

1 sur le massacre des Herero, consulter le site www.lautre.dad.be . Sur les pratiques esclavagistes des puissances colonialistes en Afrique, voir le témoignage de Jacques Weulersse, Noirs et Blancs, Paris, éditions du C.T.H.S Fermat 10. réédition du texte de 1931.

2 Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 2001. collection tel ; Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, 2000.

3 Albert Londres, Au bagne, dans Œuvres complètes, Paris, Arléa, 1992.

4 Sur les techniques de torture physique et psychologique pendant la guerre d’Algérie, Franz Fanon, les damnés de la terre, Paris, Maspero, 1979. Lire aussi les témoignages du général Aussarès pendant la guerre d’Algérie et ses conseillers prodigués à l’occupant américain après l’invasion de l’irak. .

5 Marc Ferro, La révolution de 1917, Paris, Aubier Montaigne, 1976.T.II.p.65

6 Karl Kautsky, la dictature du prolétariat, Paris, UGE, 1972.p.173.

7 Roland Barthes, Lettre nouvelle, février 1963

8 Rappelons en quelques mots ce qu’était la fameuse expérience du chien de Pavlov. Le point de départ de l’école russe de Pavlov a été l’étude des phénomènes de nutrition et spécialement le réflexe de la salivation en fonction des fonctions gustatives. Le chien lui a servi de modèle dans une première étape de ses expériences pour établir les techniques de la réflexologie. Voici en quelques mots la fameuse expérience du chien de Pavlov. Si on donne de la nourriture à un chien, la salive s’écoule automatiquement. La salivation est donc un mécanisme inné ou absolu chez l’homme et l’animal. Si l’on fait entendre au chien seulement le son d’une sonnette, cette excitation n’aura aucun effet sur la salivation. Mais si nous synchronisons la prise de nourriture et l’excitation sonore et si nous répétons cette expérience 50, 60 ou 70 fois, on remarquera un conditionnement du système nerveux et l’établissement d’une parfaite coïncidence entre l’excitant inconditionné et l’excitant conventionnel. Après ce dressage, le son de la sonnette seul, sans aucune prise de nourriture, déclenche la salivation. La liaison ainsi établie dans l’organisme du chien, entre ces deux excitations, un nouveau réflexe, artificiel ou temporaire est nommé par Pavlov, le réflexe conditionné. On peut dire que la possibilité de former des réflexes conditionnés est une fonction spécifique du système nerveux. La théorie des réflexes conditionnés peut expliquer aujourd’hui la forme des comportements aussi bien les animaux que les hommes. La compréhension des mécanismes du comportement entraîne la possibilité de manoeuvre les hommes à volonté. On peut dorénavant déclencher, à coup sûr, les réactions des hommes dans des directions déterminées d’avance. Certes, la possibilité d’influencer les hommes dans un sens ou dans un autre est devenue une science qui peut calculer, prévoir et agir selon des règles contrôlables. Pavlov et son école ont mis en évidence le rôle de certains excitants comme la parole, les symboles verbaux, prononcés et écrits dans la formation des réflexes conditionnés. Le mot, nom ou symbole, qui devient un stimulant est générateur d’une maladie psychique, « la maladie du noir et du blanc » où chaque homme auquel on applique des mots et des symboles devient un stimulant pour mettre les masses dans une position combative. Les mots et les symboles qui représentent des mots permettent à chaque génération de transmettre aux générations suivantes son ignorance, ses clichées, ses stéréotypes. C’est grâce aux mots (slogans) et des symboles que la propagande met en mouvement les masses. Ainsi un mot, en lançant dans notre esprit des images, des noms de personnes ou de choses, provoque une action de déclencheur dans la direction voulue par celui qui le lance. Les propagandistes et les chefs de publicité choisissent délibérément des mots qui appellent non seulement des réponses attendues mais aussi des réponses destinées à servir un but dans lequel ils sont directement intéressés. Ainsi toute l’efficacité de la publicité et de la propagande dépend-elle de ces mots et symboles déclencheurs d’actions et de réactions dans la direction voulue. Les mots et les symboles qui jouent le rôle de leviers psychiques visant à faire accepter des personnes, des choses et des idées en les associant avec des mots et de symboles tenus pour »bons » par exemple « démocratie », « liberté » ou à désapprouver ou à rejeter des personnes, des choses et des idées, « Staline », stalinisme », terreur », « goulag »

nov 29 2009

La privatisation de l’Etat

Un oxymore, une contradiction dans les termes ? Et pourtant c’est bien à ce phénomène politique que nous assistons aujourd’hui.

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La dérive libérale du système marchand, caractérisée par le désengagement économique et social de l’Etat, la liquidation des services publics et son accaparement par un clan, … aboutit à une véritable mutation de la nature de l’Etat en parfaite contradiction avec les principes républicains.

ETAT ET CLASSES SOCIALES

Ce n’est pas nouveau d’affirmer que dans une société divisée en classes sociales, aux intérêts antagonistes et contradictoires, l’Etat représente la force coercitive qui garanti les intérêts de la classe des possédants

Ce n’est pas nouveau, mais il est urgent et indispensable de le rappeler aujourd’hui.

Ce n’est certes pas l’apanage du système marchand. En effet, tous les systèmes d’organisation sociale de l’Histoire ont fonctionné sur cette logique… sauf peut-être les sociétés dites « primitives ».

L’Etat garanti les intérêts des possédants en tenant compte des rapports de forces, des évènements historiques, des évolutions de la société qu’il domine. Il peut apparaître à certains moments conciliant, voire donner l’apparence de la médiation, comme il peut apparaître parfaitement autoritaire, voire dictatorial – le 20e siècle est une parfaite illustration de ces facultés d’adaptation de l’institution « Etat ».

LE MYTHE REPUBLICAIN

L’effondrement de l’Ancien Régime, en Europe au 18e et 19e siècle a laissé la place au système marchand, capitalisme, salariat, qui s’est fondé sur une ambiguïté dont nous payons encore aujourd’hui les conséquences politiques.

Les discours philosophico-humanistes des penseurs des Lumières, et de certains des philosophes de la Révolution Française ont vite laissé la place au discours « réaliste » des affairistes et des marchands.

Les intérêts des nouveaux possédants se sont bien vite heurtés aux valeurs que ceux-ci avaient précipitamment mais imprudemment gravées dans la pierre des frontons des édifices publics. L’écrasement des révoltes ouvrières dès le début du 19e siècle, la Commune de Paris, n’ont été que le prélude des grandes répressions du 20e siècle.

Le mythe de la République pour tous, pour le peuple, d’une République garante et défenseuse des opprimés s’est très vite avéré être une remarquable et efficace escroquerie.

Le système électoral, c’est-à-dire le moyen de tenir compte des désirs et de la volonté du peuple, en nommant des représentant a été depuis longtemps parfaitement détourné ce qui a permis l’émergence d’une nouvelle « aristocratie » qui a pris possession du Pouvoir et l’a gardé,… quels que soient les modifications apportées aux modes de scrutins.

Il suffisait, pour entretenir l’illusion d’asséner régulièrement et systématiquement le « bon peuple » de slogans bien conçus pour lui faire croire que « les promesses seront bien tenues », « les élus sont responsables devant leurs électeurs » et,… cerise sur le gâteau « le vote est non seulement un droit mais aussi un devoir ». Ainsi l’Etat, « bien commun » du Peuple (ce qu’il n’a jamais été), s’est donné le beau rôle :

- donner l’illusion de la démocratie,

- demeurer le garant d’un système fondamentalement inégalitaire et exploiteur.

La force, mais aussi les faiblesses et les ambiguïtés politiques du mouvement ouvrier vont, au 19e siècle, et surtout au 20e, entretenir le mythe de l‘ « Etat démocratique » avant un début de renversement de la tendance au début du 21e siècle.

L’ETAT ET LE MOUVEMENT OUVRIER

Très tôt, les ouvriers, les salariés ont eu à pâtir de la politique de l’Etat dans le système marchand,… mais ils ont su aussi l’utiliser.

Les multiples et sanglantes révoltes ouvrières montrent, s’il en était besoin, que tous les discours « démocratiques » s’arrêtent où commencent les intérêts du système marchand. Pourtant, n’en déplaisent aux « révolutionnaires professionnels », jamais, dans aucun pays développé, la classe ouvrière n’a voulu et n’a pris le pouvoir. Au contraire elle a lutté, et efficacement, pour améliorer ses conditions de travail et de vie, rencontrant en cela un Etat, prêt à faire des concessions pour s’acheter la « paix sociale ».

Ainsi l’illusion d’un Etat défendant l’ « intérêt public » s’est peu à peu fait jour, au point que les organisations politiques ouvrières sont allées elles mêmes gérer le capitalisme dans « l’intérêt des travailleurs ». Le mythe du « système démocratique », de l’ « Etat défenseur de l’intérêt général » était né, y compris et surtout parmi ses plus déterminés détracteurs, les salariés.

Les rapports de forces, les évènements historiques (les guerres), les cultures nationales ont permis aux salariés d’acquérir des avantages conséquents qui existent encore – pas pour longtemps – aujourd’hui, les acquis sociaux. Cette situation a renforcé la vision « démocratique » de l’Etat, la soumission des salariés à un système qui savait leur accorder des miettes substantielles, bref, la croyance aujourd’hui encore profondément ancrée en un Etat neutre, médiateur et défenseur de l’intérêt public.

Cette croyance a produit et continue de produire, le réformisme des organisations « révolutionnaires » et « contestataires » – qui ne jurent que par les élections, même si elles ont un discours opportunément radical, de même que des syndicats partenaires de l’Etat dans la gestion du capitalisme.

VERS LA PRIVATISATION DE L’ETAT

Tout ce bel agencement économico-politique a été bouleversé par la mondialisation marchande. Les petites affaires, les négociations, les compromis, entre classes antagonistes dans le cadre d’un « Etat-nation »,… c’est terminé. Le Capital, désormais intégralement mondialisé, aussi bien dans sa valorisation, que dans sa gestion, n’est plus à même d’accorder des miettes aux classes salariées des « anciens pays industriels », il peut même s’en passer ayant de multiples ressources, et moins chères, ailleurs.

L’Etat, sans changer de nature – toujours garant des intérêts du système -, a évidemment changé de tactique et de politique.

La notion de « bien public », d’ « intérêt public », bref de « service public », perd de son sens. On garde ces termes pour les discours électoraux afin de tromper l’électeur naïf. Dans les faits on livre toutes ces activités juteuses aux appétits du Capital. Opération d’autant plus facile que le « bon peuple », consciencieusement endormi par les médias et la classe politique ne sait absolument pas comment réagir sinon par des manifestations, pétitions et autres « votations » ridicules et inefficaces.

L’Etat se réduit de plus en plus à ses fonctions régaliennes qui n’ont qu’un seul et unique but : maintenir contre « vents et marées » le système en place. La classe politique devient une « aristocratie » au renouvellement limité, via les partis qu’elle contrôle, à partir d’élections complètement sous contrôle. Quand le « bon peuple » « vote mal », on recommence ou on contourne le scrutin (voit le référendum sur l’Europe). Cette « aristocratie », divisée en clans se partage le Pouvoir où règne la voyoucratie (des noms ?), l’incompétence (des noms ?), le népotisme (des noms ?), l’impunité (des noms ?),… Le tout protégé par une milice armée de plus en plus efficace, bénéficiant d’une quasi impunité, abusivement baptisée « police républicaine »( ?).

L’Etat n’a plus ainsi à « défendre l’intérêt général » désormais soumis aux lois du marché, mais à défendre les privilèges de la classe politique qui sait intégrer et corrompre tout ce qui peut apparaître comme une opposition dangereuse… Ainsi, les uns après les autres, les « contestataires » accèdent à des postes grassement rémunérés donnant accès à privilèges exorbitants.

L’Etat n’est plus qu’une affaire de clans et un instrument coercitif destiné à faire respecter l’ordre marchand.

Toutes les « grandes démocraties » glissent sur cette pente qui ne peut conduire qu’au déclin et à la décadence. Les cas les plus significatifs, parmi celles –ci, et caricaturaux sont aujourd’hui la France et l’Italie.

Le citoyen, si tant est que ce terme ait encore un sens, n’a plus rien à attendre des institutions étatiques qui ne sont là que pour l’asservir à des contraintes qui correspondent non pas à ses intérêts mais à ceux de la classe politique défenseuse des intérêt du Capital – le sens et la teneur des mesures prises lors de la crise que nous traversons en est la plus parfaite illustration.

En l’absence d’une alternative crédible, ce qui est actuellement le cas, la situation ne peut qu’empirer ouvrant la voie à toutes les aventures…

Octobre 2009 Patrick MIGNARD

nov 24 2009

Récapitulatif des implications du Traité de Lisbonne

Étant donné que l’on a beaucoup parlé du traité de Lisbonne au cours de ces deux dernières années, mais que l’on a nettement moins souvent exposé son contenu, je vous propose cette synthèse non-exhaustive de ses implications, en espérant que cela aide certains à avoir un point de vue plus clair sur ce traité.

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Rappel de la nature du traité de Lisbonne et bref historique de sa ratification:

D’après Valéry Giscard d’Estaing, il ne s’agit que d’une « pâle copie » du Traité établissant une Constitution pour l’Europe [aussi nommé Traité de Rome, rejeté en 2004], dans laquelle seule la forme a été changée, mais pas le contenu :

« La conclusion vient d’elle-même à l’esprit. Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche. »

Il affirme toutefois : « Au lieu d’être de tonalité constitutionnelle, il modifie les anciens traités, ce qui constitue une différence fondamentale. »

Selon Bertie Ahern, Premier ministre de la République d’Irlande, « 90 % [de la Constitution] est toujours là… ces changements n’ont apporté aucune modification spectaculaire à l’accord de 2004. », signifiant que 90 % des décisions du Traité de Rome seront toujours présentes, notamment le transfert de certaines compétences à l’Union européenne (dont une partie de la politique étrangère).

L’extension de la règle de la majorité qualifiée puis de la double majorité (calculées selon le poids démographique des États) demandant un nombre important d’États pour modifier un article ayant trait à l’Union européenne, n’empêchera pas l’Union d’évoluer, mais bloquera toute tentative de modification d’actes déjà adoptés (notamment de nombreux projets d’ordre économiques, politiques ou sécuritaires).

Genèse du traité:

En raison du rejet par référendum, en 2005, du traité de Rome de 2004 par la majorité des électeurs français et néerlandais, une période dite de réflexion s’était ouverte. En janvier 2007, alors qu’elle prenait la présidence de l’Union européenne, l’Allemagne a déclaré cette période close.

En mars 2007, lors des célébrations du 50e anniversaire des traités de Rome de 1957, une déclaration de Berlin a été signée afin de donner un nouvel élan à la construction européenne, avant les élections du Parlement européen, en juin 2009.

À la suite du rejet référendaire, un groupe Amato (Comité d’action pour la démocratie européenne, présidé par Giuliano Amato, officiellement en anglais Action Committee for European Democracy, ACED), composé de « sages » et soutenu par la Commission Barroso, a travaillé de façon non-officielle, en réécrivant le traité. Le 4 juin 2007, le groupe arrêta un texte en français, constitué aux trois quarts de l’ancien Traité constitutionnel auquel quelques modifications ont été rajoutées. Il a été certes allégé en épaisseur, non en contenu.

Le Parlement européen a approuvé le 20 février 2008 le traité à une très forte majorité :

525 votes favorables (82 %), 115 défavorables, 29 abstentions

Processus de ratification:

Les quatre premiers États à avoir ratifié le traité font partie des pays adhérents récents à l’Union européenne : la Hongrie, Malte et la Slovénie parmi les Etats entrés en 2004 dans l’Union européenne ; la Roumanie entrée en 2007.

En France : après le rejet par 55 % des français du référendum sur la Constitution en 2004, la France n’a pas proposé de nouveau référendum à ses citoyens au motif que ce nouveau traité n’est pas une Constitution européenne. Une révision de la Constitution française, effectuée par la voie du Congrès le 4 février 2008, a permis la ratification du traité lui-même par la voie parlementaire le 8 février.

L’Irlande:

Un premier référendum qui a lieu en Irlande le 12 juin 2008 aboutit au rejet du traité de Lisbonne par 53,4 % des voix.

Au 6 mai 2009, un seul État n’avait pas encore ratifié le traité. Il s’agissait de l’Irlande, pourtant membre de la zone euro. C’est le seul pays à s’être prononcé par la voie référendaire, du fait de sa constitution qui l’oblige à consulter la population. Des démarches ont toutefois été entreprises pour l’amener à revoter sur ce traité.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, s’est rendu en Irlande le 8 septembre. « Ce référendum n’est pas un test de popularité de votre gouvernement, il concerne notre avenir commun dans l’Union européenne »

Le 19 septembre, José Manuel Barroso a fait « un geste » en direction de l’Irlande en proposant le vote d’une aide de 14,8 millions € pour la reconversion des 2 400 salariés de l’usine Dell de Limerick récemment licenciés. « L’Union européenne est fondée sur la solidarité. Notre réponse naturelle est de venir en aide à ceux qui connaissent des difficultés » a-t-il déclaré.

Un nouveau référendum a été organisé le 2 octobre 2009. L’Irlande, qui connait depuis un an une grave crise économique, notamment du fait de l’ampleur de sa crise immobilière, a été aidée par l’UE. Les Irlandais ont voté en grande majorité pour le oui, avec 67,13% des voix au référendum.

« Il est évident qu’un 2ème vote « non » au traité de Lisbonne aurait des conséquences sérieuses et dommageables pour l’Irlande, surtout maintenant que nos partenaires nous ont accordé ce que nous demandions » a déclaré le Premier ministre Brian Cowen.

La République Tchèque:

Le gouvernement tchèque a déjà signé le traité de Lisbonne et les deux chambres du Parlement l’ont ratifié. Mais cette ratification devait être promulguée par le Président Vaclav Klaus, réputé eurosceptique. Des recours contre le texte approuvé par le Parlement étaient possibles de la part de certains sénateurs ODS, sénateurs qui ont in fine attaqué le texte devant la Cour constitutionnelle tchèque en septembre 2009. Le 9 octobre, Klaus demande à la présidence suédoise de tenir compte du fait que les décrets BeneÅ¡ pourraient être remis en cause sur la base du traité de Lisbonne et notamment de la Charte des droits fondamentaux qu’il contient. Le 14 octobre 2009, M. Klaus déclare à Moscou qu’il n’est pas prêt à revenir sur les objections qu’il a formulées à l’encontre du traité de Lisbonne : « J’ai expliqué que je crains et que je ne suis pas seul à craindre un approfondissement de l’intégration de l’Union européenne. Pour moi c’est une chose d’importance vitale. À mon avis, les conditions que j’ai formulées pour signer l’accord sont sérieuses et l’idée que je peux oublier mes objections est mal fondée » tandis que José Manuel Barroso l’exhorte à ne pas prendre le reste de l’Europe en otage et à respecter « les valeurs et principes » de l’Union européenne.

14.10.2009 Journal « Hospodárské Noviny »: Courrier International:

La République tchèque est le dernier pays à n’avoir pas ratifié le traité de Lisbonne. Le président Vaclav Klaus, un eurosceptique, rechigne à signer le texte, déjà voté par le Parlement. Au sein du pays, on cherche la parade. Alena Gajduskova, la vice-présidente du Sénat, suggère de destituer Klaus pour trahison.

14.10.2009 @Novinky.cz: La sénatrice Gajdůšková veut se débarrasser des pouvoirs de Klaus.La Vice-Présidente du Sénat Alena Gajdùskovâ est prête à proposer que le Président Václav Klaus soit privé de pouvoirs. Le document de ratification pourrait alors être signé par le Premier ministre Jan Fischer, qui prendrait les pouvoirs du président.

« Si la Cour constitutionnelle décide que le traité de Lisbonne est conforme à la Charte des Droits et Libertés et si le Président continue de soutenir que la ratification ne peut être signé, Vaclav Klaus ne peut donc plus exercer son mandat conformément à l’article 66 de la Constitution qui dit que si le président ne peut exercer son autorité, sa compétence en matière de traités internationaux passe au Premier ministre » a-t-elle déclaré.

Au début de décembre 2008, le président tchèque a pu se rendre compte de la manière dont l’UE traitait ceux qui ne veulent pas se soumettre aux diktats de Berlin, Paris, Londres et Bruxelles. Un groupe de députés du Parlement européen est allé le voir et l’a forcé à publier, après la rencontre, le procès-verbal de leurs entretiens.2 On peut y lire notamment les propos du parlementaire Daniel Cohn-Bendit: «Votre avis sur le Traité de Lisbonne ne m’intéresse pas. Vous allez devoir le ratifier. En outre, je veux que vous m’expliquiez le degré de votre amitié avec Monsieur Ganley [le chef du parti irlandais Libertas dont la campagne a considérablement contribué au succès du non lors du référendum de mai 2008]. Comment pouvez-vous rencontrer un homme dont on ne sait pas qui le finance ? Etant donné votre fonction, vous ne deviez pas le rencontrer.»

Le président tchèque a réagi d’une manière très compréhensible: «Depuis 6 ans [depuis qu’il est président], personne ne m’a jamais parlé sur ce ton. Nous ne sommes pas sur les barricades de Paris. Je croyais que ces méthodes avaient cessé pour nous il y a 19 ans. Je vois que je me suis trompé. […] Je ne me doutais pas qu’une telle chose était possible. Je n’avais pas vécu cela depuis 19 ans. Je croyais que cela appartenait au passé, que nous vivions en démocratie, mais l’UE fonctionne vraiment comme une post-démocratie. Vous avez parlé de valeurs européennes. Ce sont avant tout la liberté et la démocratie et c’est surtout à ces valeurs que sont attachés les citoyens de l’UE, mais aujourd’hui elles disparaissent de plus en plus.»

Le 17 octobre, il déclare toutefois lors d’un entretien au Lidové noviny qu’il pourrait sans doute signer le traité dans le mois qui vient même s’il demeure opposé à ce texte : « Au train où vont les choses, c’est-à-dire très vite, il n’est plus possible d’arrêter le traité ni de faire marche arrière, quand bien même certains d’entre nous le voudrions » et « Je n’ai jamais dit qu’il était nécessaire que ma note de bas de page soit ratifiée par l’ensemble des États membres, ce qui impliquerait que l’on recommence tout le processus de ratification de Lisbonne ».

Le 3 novembre, la Cour constitutionnelle tchèque donne son feu vert pour poursuivre la dernière étape de ratification malgré une plainte d’un groupe de sénateurs, proches du président, qui entendaient faire vérifier qu’il était bien conforme à la loi fondamentale tchèque. Quelques heures plus tard, Vaclav Klaus signe finalement le traité.


Allocution de Vaclav Klaus au Parlement européen
 
  
 
La Pologne:

De son côté, en Pologne, le Président Lech KaczyÅ„ski, conservateur, avait déclaré le 1er juillet 2008 que le rejet du texte par les électeurs irlandais lors d’un référendum le 12 juin rendait « inutile » sa ratification, pourtant acceptée à une large majorité (380+77 oui, 54+17 non) par le parlement en avril. Le président polonais Lech KaczyÅ„ski avait finalement signé le traité le 10 octobre 2009, comme il avait promis de le faire en cas de « oui » irlandais. Le traité de Lisbonne avait déjà été ratifié par le Sejm et le Sénat polonais.

1) Éléments essentiels du traité de Lisbonne:

       Que contient le traité de Lisbonne ?

  • Il permet d’accueillir de nouveaux États membres afin d’approfondir le projet de réconciliation européenne engagé au début des années 50 ;
  • Concernant les dispositions institutionnelles (partie 1 de la « Constitution »), le traité de Lisbonne retient les dispositions suivantes :

− octroi de la personnalité juridique à l’Union ;

− fusion des trois piliers ;

− nouvelle règle de la double majorité

− affirmation du principe de codécision entre le Parlement européen et le Conseil des ministres comme procédure législative ordinaire ;

− présidence stable du Conseil européen (pendant 2 ans et demi) renouvelable une fois ;

− création du poste de « haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » ;

− droit d’initiative citoyenne ;

− renforcement de la démocratie participative, etc.

- obtiention d’une personnalité juridique, qui donne la capacité de contracter, notamment d’être partie d’une convention internationale ou d’être membre d’une organisation internationale.

Piliers de l’Union européenne

Le Traité de Maastricht a organisé l’Union européenne autour de trois piliers :

  • Premier pilier : le pilier communautaire qui correspond aux trois communautés :

− la Communauté européenne (CE).

− la Communauté européenne de l’énergie atomique (EURATOM).

− et l’ancienne Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), qui avait été créée pour 50 ans et qui n’existe plus depuis le 22 juillet 2002.

  • Deuxième pilier : le pilier consacré à la politique étrangère et de sécurité commune.
  •  Troisième pilier : le pilier consacré à la coopération policière et judiciaire en matière pénale.

Le système de double majorité

Les dispositions relatives à l’extension de la nouvelle règle de la double majorité à un nombre croissant de domaines (par exemple les visas et le contrôle de la circulation des étrangers, le système commun d’asile, la politique commune de l’immigration et encore la coopération judiciaire en matière pénale, etc.) sont reprises de la partie 3 de la Constitution. Jusqu’à maintenant, la majorité qualifiée est définie selon un système complexe de pondération des voix selon lequel les États membres bénéficient d’un certain nombre de voix, pour une large part en fonction de leur poids démographique. Le traité de Lisbonne y substituera un système fondé sur une double majorité d’États et de population, selon lequel une « loi » sera adoptée au sein du Conseil si elle obtient au moins l’accord de 55% des États de l’Union (soit 15 États membres dans une Union composée de 27 États membres) représentant au moins 65% de la population de l’Union.

Le traité de Lisbonne prévoit l’extension du vote à la majorité qualifiée à 33 nouveaux articles. Avec les 63 articles qui relèvent déjà de la majorité qualifiée, 96 articles sont désormais concernés par le vote à la majorité qualifiée.

Pour ce qui concerne les dispositions concernant la procédure de révision, la règle de l’unanimité est maintenue.

Néanmoins, le traité de Lisbonne prévoit des possibilités d’adaptation des traités, permettant d’éviter des procédures de révision lourdes :

  • les « clauses passerelles » (qui permettent au Conseil européen de décider – à l’unanimité et sauf en matière de défense – le passage au vote dans tel ou tel domaine à la majorité qualifiée).
  • les « clauses de flexibilité » pour étendre les compétences de l’Union.

2) Le traité de Lisbonne n’est plus la « Constitution européenne »

La « Constitution européenne » proposait d’abroger l’ensemble des traités actuels et de les remplacer par un texte unique dont la vocation constitutionnelle était affirmée. Le traité de Lisbonne se borne à modifier les traités existants, d’où le nom de « traité modificatif » ou « réformateur ».

Une commission réduite

La Commission européenne conserve un rôle central.

Après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne :

  • La première Commission investie (2009-2014) comprendra, comme c’est le cas aujourd’hui, un commissaire issu de chaque État membre.
  • À partir de 2014, le nombre de commissaires correspondra aux deux tiers des États

membres (soit 18 dans une Union composée de 27 États membres). Les membres seront sélectionnés selon un système de rotation égalitaire entre les États.

L’innovation la plus importante réside dans la création d’une présidence stable. Comme le Parlement européen et comme la Commission, le Conseil européen aura un président à plein temps, qui ne pourra pas exercer de mandat national. Il sera élu à la majorité qualifiée par le Conseil européen pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois.

Le président du Conseil européen :

  • donne une voix et un visage à l’Union européenne ;
  • assure la représentation de l’Union sur la scène internationale ;
  • préside et coordonne les travaux du Conseil européen.

Un nouveau mode de décision au conseil des ministres

Le Conseil des ministres des États membres de l’Union (qui comprend différentes formations en fonction des secteurs concernés comme l’économie et les finances, l’agriculture, etc.) a pour rôle principal de voter les actes de l’Union européenne.

La règle de vote est modifiée.

En effet, à la différence du Parlement européen, où l’on vote à la majorité simple, la règle de vote au Conseil prend en compte le poids respectif de chaque État de manière à ce que les « lois » votées reflètent à la fois la volonté de la majorité des citoyens européens mais aussi la réalité du poids des États membres de l’Union. C’est ce que l’on appelle la « double majorité » des États et des citoyens.

Un haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Le traité de Lisbonne crée un Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

  • Il fusionnera les fonctions actuelles de Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune (poste occupé aujourd’hui par Javier Solana) et de Commissaire européen chargé des relations extérieures (poste occupé actuellement par Benita Ferrero-Waldner)
  • Nommé par le Conseil européen et investi par le Parlement européen, il sera Vice-Président de la Commission européenne et présidera le Conseil des affaires étrangères du Conseil des ministres.

Le Parlement européen: une institution encore plus influente

Les pouvoirs du Parlement européen sont étendus :

  • Les pouvoirs du Parlement sont renforcés en matière législative, budgétaire mais aussi de contrôle politique.
  • Le Parlement investit le Président de la Commission sur proposition du Conseil européen, « en tenant compte des élections du Parlement européen ».

En matière législative:

- Extension de la procédure de codécision législative (Conseil des ministres et Parlement) à près de 50 nouveaux domaines. Cette procédure donne au Parlement européen des pouvoirs législatifs comparables à ceux du Conseil des ministres.

- Cette procédure est principalement appliquée aux domaines de compétences actuels de l’Union européenne (marché intérieur et gouvernance économique en particulier) et aux quelques compétences nouvelles qui lui sont attribuées. Dans ce dernier cas, on peut par exemple noter que les pouvoirs législatifs du Parlement européen portent désormais sur le contrôle des personnes aux frontières, aux dispositions régissant l’accueil et le traitement des demandeurs d’asile, ainsi qu’à la lutte contre l’immigration clandestine.

En matière budgétaire:

- Le Parlement européen se voit reconnaître un droit de décision égal à celui du Conseil des ministres, notamment pour l’adoption de l’ensemble du budget annuel (alors que le Conseil a aujourd’hui le dernier mot sur les dépenses dites « obligatoires » qui représentent une large part du budget européen et notamment les dépenses agricoles). Avec le traité de Lisbonne, le Parlement européen, qui est la seule institution de l’Union à être élue au suffrage universel direct, voit donc ses pouvoirs et son poids politique fortement accrus au sein du « triangle institutionnel » (la Commission, le Conseil des ministres et le Parlement européen). Le traité de Lisbonne clarifie le partage des pouvoirs entre l’Union européenne et les États membres. Il apporte une réponse à la question « Qui fait quoi ? » dans l’Union européenne, ce qui renforce la responsabilité des différents niveaux de pouvoir.

Le Compromis de Ioannina

La nouvelle règle de vote issue du traité de Lisbonne (la double majorité) ne s’appliquera qu’en 2014, voire en 2017.

En effet, afin de rallier définitivement la Pologne au cours de la négociation, un dispositif transitoire (compromis de Ioannina, qui tire son nom d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Ioannina, en Grèce, en 1994) a été prévu, par lequel si les États membres qui s’opposent à un texte franchissent un certain seuil significatif tout en étant insuffisant pour bloquer la décision (1/3 des États membres ou 25% de la population), l’ensemble des États membres s’engagent à rechercher une solution pour rallier les opposants tout en se réservant la possibilité de passer à tout moment au vote.

Quels principes de partage des compétences ?

Le partage des compétences entre l’Union européenne et les États membres est établi ainsi :

  • L’Union dispose des compétences que les États lui attribuent dans le Traité de Lisbonne ;
  • Toutes les autres compétences continuent d’appartenir aux États.

Le traité de Lisbonne distingue trois grandes catégories de compétences :

  • Les compétences exclusives de l’Union dans les domaines où celle-ci légifère seule :

− Union douanière ;

− Établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur ;

− Politique monétaire pour les États membres dont la monnaie est l’euro ;

− Conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique  commune de la pêche ;

− Politique commerciale commune ;

− Conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prévue dans un acte législatif de l’Union, ou est nécessaire pour lui permettre d’exercer sa compétence interne, ou dans la mesure où elle est susceptible d’affecter des règles communes ou d’en altérer la portée.

  • Les compétences partagées entre l’Union et les États membres, les États exerçant leur compétence dans la mesure où l’Union n’a pas exercé la sienne :

− Marché intérieur ;

− Politique sociale, pour les aspects définis dans le présent traité ;

− Cohésion économique, sociale et territoriale ;

− Agriculture et la pêche, à l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer ;

− Environnement ;

− Protection des consommateurs ;

− Transports ;

− Réseaux transeuropéens ;

− Énergie ;

− Espace de liberté, de sécurité et de justice ;

− Enjeux communs de sécurité en matière de santé publique, pour les aspects définis dans le traité de Lisbonne ;

− Recherche, développement technologique, espace ;

− Coopération au développement et aide humanitaire.

  • Enfin, les domaines où les États membres demeurent totalement compétents mais où l’Union peut mener des actions d’appui ou de coordination (excluant toute harmonisation) du point de vue de l’aspect européen de ces domaines :

− Protection et amélioration de la santé humaine ;

− Industrie ;

− Culture ;

− Tourisme ;

− Éducation, formation professionnelle, jeunesse et sport ;

− Protection civile ;

− Coopération administrative.

Notons que les États coordonnent leurs politiques économiques et celles de l’emploi au sein de l’Union et que la politique étrangère et de sécurité commune bénéficie d’un régime spécifique.

Au niveau économique

Avant le traité de Lisbonne (Avec le traité de Nice – 2001):

  • Politique monétaire :

- La Banque centrale européenne (BCE) est compétente pour les États de la zone euro.

- Chacun des États non membres de la zone euro reste seul compétent de sa politique monétaire.

  • Politiques budgétaire et fiscale :

- Les États membres sont seuls compétents.

- Ils sont néanmoins tenus de coordonner leurs politiques avec les autres États membres et de veiller au respect des règles du pacte de stabilité et de croissance.

Les apports du traité de Lisbonne :

  • Les modifications sont peu nombreuses mais elles consacrent l’existence officielle de l’Eurogroupe. La structuration des liens des États membres ayant adopté l’euro est clarifiée afin de coordonner plus étroitement leurs politiques économiques budgétaires et fiscales.

Eurogroupe

L’Eurogroupe est une réunion mensuelle informelle des ministres de l’économie et des finances des États membres de la zone euro. Ces réunions leur permettent de se concerter, notamment en matière de politique budgétaire.

Il est présidé depuis le 1er janvier 2005 par Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.

Vers une politique de défense européenne

Le traité de Lisbonne comprend des avancées importantes en matière de « politique de sécurité et de défense commune » et constitue un pas essentiel vers le développement d’une défense européenne.

  • Il introduit une « clause de défense mutuelle »: si l’un des États membres de l’Union européenne fait l’objet d’une agression, les autres ont un devoir d’assistance à son égard.
  • Il introduit également une « clause de solidarité »: elle assigne à l’Union et à chaque État membre le devoir de porter assistance, par tous les moyens, à un État membre touché par une catastrophe d’origine humaine ou naturelle ou par une attaque terroriste.
  • Il étend aussi les possibilités d’actions de l’Union à la lutte contre le terrorisme, aux missions de prévention des conflits, aux missions de stabilisation postconflit, etc.
  • Il introduit la « coopération structurée permanente », ouverte aux États qui s’engageront à participer aux principaux programmes européens d’équipement militaire et à fournir des unités de combat immédiatement disponibles pour l’Union européenne.
  • Il consacre l’existence de l’Agence européenne de défense, dans la perspective de développer une réelle politique européenne de l’armement et de coordonner l’effort d’équipement des différentes armées nationales, ce qui constitue une innovation importante.

Le traité de Lisbonne étend son champ d’activité aux questions industrielles et commerciales dans le domaine de l’armement. Ces États seront ainsi en mesure de remplir les missions militaires les plus exigeantes pour le compte de l’Union européenne, en particulier pour répondre à des demandes des Nations Unies.

Passage controversé concernant la peine de mort

L’article 2 («droit à la vie») de la nouvelle Charte des droits fondamentaux dispose que «nul ne peut être condamné à la peine de mort ni exécuté.» Cela paraît incontestable, mais dans un passage en petits caractères on trouve les exceptions:

«La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire:

a)    pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b)    pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue;
c)    pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
»

3) Les nominations du président permanent du Conseil européen, du Haut représentant et du secrétaire général du Conseil de l’Union européenne:

La présidence suédoise de l’Union européenne a ouvert, le jeudi 19 novembre au soir, le dîner de travail des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union en proposant la désignation du premier ministre belge au poste de président permanent du Conseil, et celle de la Britannique Catherine Ashton comme chef de la diplomatie. Cette proposition a été soumise pour approbation aux 27 dirigeants européens à l’occasion d’un tour de table. La décision est tombée rapidement car aucune voix ne s’est élevée contre cette proposition.

Herman Van Rompuy:

La presse belge le cite comme l’un des favoris sollicités par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne pour devenir le premier président permanent du Conseil européen, et évoque les problèmes de gouvernement que son départ poserait à la Belgique.

Herman Van Rompuy

Le 11 novembre 2009, Mario Borghezio, membre italien (MEP Ligue du Nord) du parlement européen évoque la possibilité que les candidats aux postes de président et ministre des Affaires étrangères, comme Jan Peter Balkenende, David Miliband, Herman Van Rompuy parmi d’autres, pourraient être ceux des « groupes occultes » Bilderberg et Commission Trilatérale et non simplement ceux des forces politiques des pays. Le lendemain, Herman Van Rompuy se rend au Château de Val Duchesse pour une réunion du Groupe Bilderberg où il donne, dans un discours, sa vision quant à la gouvernance de l’Europe. Il y exprime l’idée selon laquelle l’Europe devrait être fédéraliste à l’image des États-Unis, et devrait pouvoir prélever un impôt au niveau européen.

L’exercice de cette fonction commence théoriquement le 1er décembre 2009, date d’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. Selon ce traité, le président permanent ne peut assumer de mandat national le temps de sa présidence. Herman Van Rompuy doit donc quitter son poste de Premier ministre le 30 novembre au plus tard. Exceptionnellement, de manière à permettre au Premier ministre suédois (président tournant du Conseil européen jusqu’au 31 décembre 2009) de terminer son mandat, il est décidé qu’Herman Van Rompuy débutera son mandat au 1er janvier 2010.

« L’horloger des compromis impossibles » est nommé le 19 novembre 2009 au poste de premier président permanent, en même temps que les deux autres titulaires des nouveaux postes créés par l’Union : le Haut représentant (Catherine Ashton) et le secrétaire général du Conseil de l’Union européenne (Pierre de Boissieu).

« Il n’est encore jamais arrivé que des négociations n’aboutissent pas à l’adhésion de l’État en question à l’Union européenne et cela n’arrivera pas non plus cette fois-ci. » ; intégrer la Turquie, « pays important pour l’Europe », pose la question de l’attitude à adopter pour d’autres pays comme l’Ukraine par exemple ; « L’élargissement à la Turquie n’est en rien comparable aux précédentes vagues d’élargissement. La Turquie n’est pas l’Europe et ne le sera jamais. Dire que l’Europe chrétienne est opposée à cet élargissement, c’est travestir la vérité. L’on peut en effet dire la même chose d’autres familles et groupes politiques dans d’autres pays. Le fait est que l’adhésion d’un grand pays islamique comme la Turquie entraînera une dilution des valeurs universelles sur lesquelles l’Europe repose et qui jouent par ailleurs un rôle fondamental dans la doctrine chrétienne. »

« L’Europe est une Union de valeurs. C’est pourquoi nous avons la responsabilité de jouer un rôle important dans le monde. [...] D’ailleurs, j’espère que notre Union s’élargira encore pendant les prochains 2 ans et demi à des pays qui, bien sûr, rempliront les conditions. »

Catherine Ashton:

Née le 20 mars 1956, elle est une personnalité politique britannique, économiste de formation.

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Elle est nommée pair à vie en tant que baronne Ashton of Upholland en 1999. Membre du Parti travailliste, elle devient en juin 2001 secrétaire d’État au ministère de l’Éducation, puis en septembre 2004, au département des Affaires constitutionelles, et enfin au ministère de la Justice en 2007. Elle devient leader de la Chambre des Lords, pour le Parti travailliste. Politicienne de l’année 2006, elle est désignée par Gordon Brown le 27 juin 2007 comme leader de la Chambre des Lords et Lord-présidente du Conseil. Agée de 53 ans, cette travailliste est moins connue dans son pays qu’à Bruxelles, où elle a succédé avec succès, l’an dernier, à son compatriote Peter Mandelson, comme commissaire européenne au commerce. Elle est réputée appréciée par le président de la Commission, José Manuel Barroso.

Pierre de Boissieu:

Pour le quotidien d’information spécialisé Europolitique, « Bien plus qu’un acteur clé de la construction européenne, Pierre de Boissieu est quasiment une légende pour toute une génération de diplomates, d’eurocrates et de journalistes qui ont arpenté les couloirs de l’Europe entre le milieu des années 1970 et la fin de la dernière décennie. »

Pierre de Boissieu

Pierre de Boissieu, diplomate de formation, a été membre du cabinet du français François-Xavier Ortoli, vice président de la Commission européenne. A cette fonction, « il ne sera pas étranger au succès de deux initiatives qui ont pavé le chemin de l’euro : la fondation du Système monétaire européen et la création de l’unité de compte européenne : l’écu », selon le quotidien spécialisé Europolitique.

Il a alors été l’un des principaux négociateurs et rédacteur du traité de Maastricht conclu en décembre 1991. Il est l’inventeur de l’organisation en trois piliers (JAI, PESC, UEM), qui a fini par s’imposer. « Poids très lourd dans les enceintes du conseil », il devint « le conseiller très écouté tant de François Mitterrand que de Jacques Chirac ».

Pierre de Boissieu a été ambassadeur de France auprès de l’Union européenne (ou « Représentant permanent », ou « RP ») de 1993 à 1999, battant le record de longévité dans ce poste.

Il devint secrétaire adjoint du Conseil de l’Union européenne le 18 octobre 1999. Selon Europolitique, alors que le secrétaire générale Javier Solana se consacrait aux affaires internationales, Pierre de Boissieu « est devenu le patron absolu de l’institution. Sa connaissance des dossiers, des mécanismes institutionnels, du personnel politique des Etats membres de l’UE l’ont rendu incontournable ». Pour Le Figaro en 2001, « dans les faits, Pierre de Boissieu est seul maître à bord de ce qui est devenu, depuis l’affaiblissement de la Commission, le navire-amiral de l’Union. »

Le 19 novembre 2009, Pierre de Boissieu a été choisi comme Secrétaire général du Conseil de l’Union européenne. Le Secrétaire général joue un rôle crucial pour l’organisation des travaux européens dans il assure la coordination. « De Boissieu a été nommé pour deux ans jusqu’à l’été 2011 », a déclaré le président français.

Note: Le texte intégral du traité de Lisbonne est disponible ici.

Sources: Fondation Robert Schuman

MecanoForums

Wikipédia

nov 15 2009

Pourquoi l’Union Européenne ne convient pas à la Suisse

Il existe une quasi infinité de raisons pour lesquelles l’UE ne convient pas à la Suisse et la Suisse à l’UE. A vrai dire, aucun Etat ne convient à ce colosse antidémocratique éloigné des citoyens, bureaucratique et corrompu, et surtout pas la Suisse, petit pays aux structures très différenciées et proches des citoyens. On n’entre pas dans une entreprise pourrie.

suisse

Rade de Genève, photo de Aldo Mariano

Nous allons évoquer quelques aspects qui expliquent pourquoi une nette majorité du peuple suisse ne souhaite pas l’adhésion. Nous nous limiterons aux deux piliers que sont la neutralité et la démocratie directe. D’autres caractéristiques de notre Etat sont le fédéralisme et l’autonomie des communes, liés au principe de subsidiarité, ainsi que le système de milice dans l’armée, les com­munes et les parlements (cantons et Confédération). Tous ces atouts du système politique suisse sont incompatibles avec une affiliation à l’UE: Cette dernière a besoin, dit-on, d’unités administratives centralisées et professionnelles et non pas de petites collectivités autonomes où s’investissent de nombreux citoyens à titre bénévole.

La neutralité armée perpétuelle

Depuis 200 ans, la Suisse se tient avec succès à l’écart des guerres et des alliances militaires et offre aux peuples victimes des guerres et des crises une aide non militaire tels que les bons offices, la Croix-Rouge internationale et toutes sortes d’engagements humanitaires. Il est évident que le principe de neutralité armée perpétuelle est totalement étranger à l’esprit de la puissance militaire qu’est l’UE. Le Conseil national (Chambre basse du Parlement) a le grand mérite de s’être opposé récemment à la participation de la Suisse à la mission de lutte contre le piratage Atalanta. Comme on l’a appris récemment par la presse, la frégate allemande Karlsruhe a arrêté, au large de la Somalie, sept pirates qui venaient d’attaquer un chalut. Il y aurait eu sûrement des soldats suisses sur ce navire de guerre allemand si le Parlement ne s’était pas opposé à la participation de notre pays à la politique de guerre de l’UE. Rappelons qu’il y a un mois, les partisans d’une participation ont essayé de faire croire aux parlementaires qu’il était «extrêmement peu probable» que les soldats ­suisses soient impliqués dans une opération militaire au large de la Somalie. Or ce n’était pas si improbable.

Si la Suisse était membre de l’UE, ses parlementaires ne pourraient plus prendre de décisions autonomes sur des opérations militaires comme celle d’Atalanta; ils de­vraient se plier aux ordres de Bruxelles. Et le peuple ne pourrait bien entendu pas faire savoir qu’il ne veut plus de tels engagements à l’étranger. Actuellement, le peuple peut en tout temps déposer une initiative populaire signée par 100 000 citoyens pour demander que l’armée suisse se limite à la défense du pays et aux interventions en cas de catastrophe. Lors de la votation, la majorité du peuple et des cantons emporterait la décision. Il est évident que cela serait inimaginable en cas d’adhésion. L’UE ne connaît pas le droit d’initiative.

En démocratie directe, c’est le peuple qui décide et non l’exécutif

Aux trois niveaux politiques (Confédération/cantons/communes), l’exécutif a relativement peu de pouvoir. Aussi la base assume-t-elle la responsabilité des décisions et en supporte les conséquences. En Suisse, il n’y a pas, comme en France ou en Allemagne, un chef de l’Etat qui peut prendre des décisions. Les sept conseillers fédéraux constituent un gouvernement collégial, ils sont sur le même plan et doivent trouver ensemble des solutions et des compromis. Aucun n’a davantage de pouvoir que les autres. Le Président de la Confédération est le primus inter pares et ses missions supplémentaires sont uniquement d’ordre organisationnel et représentatif. Son mandat n’est que d’une année, cela afin qu’il ne puisse pas asseoir son pouvoir. C’est pourquoi même les Suisses qui s’intéressent à la politique connaissent certainement le nom du président des Etats-Unis ou de la Chancelière allemande mais pas forcément celui du Président de la Confédération. Quand le Président Merz signe un accord fiscal avec un autre Etat, rien n’est encore acquis: le Conseil national et le Conseil des Etats peuvent encore s’y opposer et s’ils l’acceptent, 50 000 citoyens ont le droit de recourir au référendum facultatif, c’est-à-dire d’exiger une consultation populaire à ce sujet.

Les mêmes règles sont valables pour les gouvernements cantonaux et communaux: ce sont toujours des gouvernements collégiaux sans chef possédant des compétences supplémentaires. Le peuple est souverain aux trois niveaux (Confédération, cantons et com­munes) et a toujours le dernier mot. C’est pourquoi les tentatives des autorités fédérales de renforcer le pouvoir central rencontrent des obstacles: Chaque transfert de compétence des cantons à la Confédération doit être approuvé par une consultation populaire: la base doit vouloir le changement.

Cette limitation du pouvoir des exécutifs ne doit pas être interprétée comme une «faiblesse». Des affirmations comme «Nous avons besoin d’un gouvernement fort» sont contraires aux principes de la démocratie directe. Le Conseil fédéral sera d’autant plus fort que la population s’y sentira liée et qu’il sera conscient que c’est le peuple qui décide en dernière analyse. Il ne fera plus de promesses qu’il ne peut pas tenir à des gouvernements étrangers mais conclura une alliance avec les citoyens selon la devise «Tous ensemble, nous réussirons.»

Cette limitation des pouvoirs du Conseil fédéral gêne énormément Bruxelles. Elle souhaite un exécutif puissant avec un chef d’Etat, un interlocuteur unique qui prend les décisions importantes et non pas un collège de 7 conseillers qui doivent se mettre d’accord et dont les décisions doivent être approuvées par le Parlement et le peuple. Mais c’est ça, la démocratie.
Pour se rapprocher des vues de l’UE, le Conseil fédéral s’efforce, depuis des années, d’imposer une réforme de la tête de l’Etat: un gouvernement avec un Président de la ­Confédération dont le mandat serait de quatre ans et qui aurait plus de compétences en matière décisionnelle. Jusqu’ici, les Chambres s’y sont opposées, et cela à juste titre. Evidemment, toute modification de la structure politique est soumise au référendum obligatoire. Plus le temps passe, moins le peuple et les cantons seront disposés à approuver une telle réforme.

La participation aux affaires de la collectivité correspond à la nature de l’homme

Nous autres citoyens politiquement actifs savons ce que signifie la démocratie directe. Ceux qui participent aux affaires communales, cantonales ou fédérales sont plus heureux, se sentent plus responsables devant la collectivité et ont moins un sentiment d’impuissance face aux grands problèmes du monde. Nous, le peuple, sommes souverains; nous avons le droit et le devoir de gérer notre pays et le monde et de veiller à ce que la vie des générations futures vaille encore la peine d’être vécue. A ce sujet, il vaut la peine de relire l’étude de l’Université de Saint-Gall publiée par Gebhard Kirchgässner sous le titre «Die direkte Demokratie: modern, erfolgreich, entwicklungs- und exportfähig» (ISBN 978-3-8006-2517-8). Pour donner une idée de l’extraordinaire vitalité de la démocratie suisse, nous mentionnerons ici quelques exemples.

Depuis la fondation de l’Etat fédéral en 1848, le peuple a pu se prononcer sur 559 projets fédéraux dont la moitié environ ont été acceptés et les autres refusés.
8 amendements de la Constitution ont échoué à cause du principe de la majorité des cantons, c’est-à-dire qu’une majorité de petits cantons l’ont emporté sur les cantons très peuplés comme ceux de Zurich, Berne et Vaud.
Actuellement, on récolte des signatures pour 7 initiatives populaires fédérales, par exemple «Oui à la médecine de famille» et «Défendons la Suisse, inscrivons le secret bancaire dans la Constitution fédérale». 9 initiatives ayant abouti sont pendantes auprès du Conseil fédéral, par exemple «Accords internationaux: la parole au peuple!» et l’«Initiative pour le paysage». 9 sont aux mains du Parlement, notamment «Eaux vivantes (initiative pour la renaturation)» et «Accéder à la propriété grâce à l’épargne logement». 4, finalement, sont prêtes à être votées et sur 2 d’entre elles, le peuple et les cantons se prononceront le 29 novembre: «Contre la construction de minarets» et «Pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre».

En ce qui concerne 7 lois fédérales adoptées par le Parlement, le délai référendaire court encore, ce qui signifie que 50 000 signataires peuvent demander une consultation populaire.

Deux référendums facultatifs sont prêts à être soumis au peuple, notamment un arrêté fédéral sur la reprise automatique du droit européen en matière d’adoption des passeports biométriques.

Bien que la collecte de 50 000 ou de 100 000 ne soit pas une partie de plaisir, des milliers de personnes appartenant à des groupes de citoyens, à des partis politiques ou à des associations ne reculent devant aucun effort et bravent le froid pour informer et motiver la population, cela à titre bénévole et pendant leurs loisirs. Pourquoi? Une ou deux heures passées à récolter des signatures donnent lieu à de nombreuses discussions très animées avec nos concitoyens. Certaines personnes qui commençaient par déclarer qu’«à Berne, ils font de toute façon ce qu’ils veulent», reprennent courage et constatent qu’ensemble, nous pouvons faire quelque chose. Et, quelques listes de signatures remplies en poche, on rentre chez soi avec le sentiment d’avoir accompli son devoir et le cœur plus léger.

Une adhésion à l’UE aurait pour conséquence de nous empêcher de lancer la plupart des initiatives populaires parce qu’elles seraient contraires à l’un ou l’autre des ­textes de Bruxelles. Comme les parlements nationaux des pays membres de l’UE se voient imposer environ 70 à 80% des lois par Bruxelles, nous ne pourrions plus recourir au référendum pour nous y opposer. Le démantèlement prévisible des droits politiques du peuple suisse est une des raisons principales pour lesquelles la plupart des Suisses tiennent absolument à ce que leur pays reste un Etat indépendant.

La démocratie référendaire est lente et économe

En Suisse, le travail législatif ne s’effectue pas à la va-vite. Il faut du temps pour qu’un projet de loi ou un traité international entre en vigueur. C’est un effet de la démocratie directe. Le système législatif suisse, très souple, ne pourrait pas subsister au sein de l’UE, qui impose rapidement ses nouveaux projets.

Dans tous les manuels d’éducation civique suisses, on apprend comment on crée une loi. Tout d’abord, des spécialistes préparent un projet, puis on procède à une consultation: le Conseil fédéral envoie le projet aux cantons, aux partis politiques et aux associations afin qu’ils se prononcent. Même les simples citoyens peuvent donner leur avis. Cette procédure est un résultat de la démocratie directe. S’il apparaît dès cette phase qu’une loi ou un traité international est refusé par une majorité, il est absurde que les autorités cherchent à imposer leur projet en l’état. En effet, le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale ont conscience qu’il pourrait faire l’objet d’un référendum. Actuellement, une douzaine de procédures de consultation sont en cours dont la dernière en date – qui doit durer quatre mois – concerne une loi sur l’aide au suicide. Toutes les personnes et organisations concernées pourront s’exprimer.

Après avoir tenu compte des résultats de la consultation, le Conseil fédéral élabore un projet définitif et rédige un message destiné au Parlement. Ensuite le projet est débattu séparément au Conseil national et au Conseil des Etats qui y apportent tous les amendements souhaités par leurs membres. Si après trois discussions, des divergences subsistent entre les Chambres, une commission de conciliation est créée dans laquelle les deux Chambres envoient des représentants. Ces derniers cherchent un compromis sur lequel les Chambres devront voter séparément. Si le projet est approuvé par les deux Conseils, il est considéré comme adopté par le Parlement. Dans le cas contraire, il est refusé. Une fois le projet adopté, commence le délai référendaire de 100 jours, ce qui signifie que les citoyens suisses peuvent recueillir 50 000 signatures pour demander un référendum.

L’ensemble de cette procédure peut durer deux à trois ans, ce que certains politiques considèrent comme un trop long délai. Mais il faut tenir compte du fait que le droit des citoyens de recourir au référendum contre une loi ou un traité international représente une procédure législative prudente et économe qui est impensable dans une démocratie représentative et à plus forte raison dans ce colosse qu’est l’UE.

Le fait qu’en ces temps de crise financière et économique la Suisse se porte (économiquement) beaucoup mieux que les autres pays et que les Suisses aient un meilleur moral ne s’explique pas uniquement par des raisons économiques. N’importe quel pays ou commune au monde se porterait mieux si sa population pouvait contrôler la politique et notamment la politique financière, avec autant de soin que les Suisses aux niveaux fédéral, cantonal et communal. Plutôt que de chercher à absorber le dernier bastion d’Europe, les politiciens de Bruxelles pourraient, particulièrement dans ce domaine, s’inspirer du modèle helvétique et laisser les Suisses vivre leur démocratie authentique comme ils l’entendent.

Marianne Wüthrich

Marianne Wüthrich est docteur en droit à Zurich

Pour poursuivre sur ce sujet, consulter le site de Hans-Peter Martin

nov 09 2009

Les conséquences de politiques antéchristiques

C’est que tu ne sais pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouverné
Pape Jules III

Fire_on_earth

Les politiques économiques de mondialisation et de libéralisme effréné que nous connaissons ont beau remporter de multiples victoires à court terme pour le plus grand plaisir de leurs instigateurs, fort est de constater que la situation mondiale actuelle nous donne toujours plus d’éléments démontrant que les conséquences à long terme de ces mêmes politiques renforcent les effets contraires que le capitalisme mondialiste est censé avoir. En effet, partout où les populations sont lésées par la perte forcée de leur patrimoine due aux ponctions violentes qui résultent d’une stratégie irrationnelle de libéralisme sauvage, le mécontentement contre, entre autres, les mesures d’ouverture des frontières et de libre-échange qui sont propres à la mondialisation croît, et avec lui, les nationalismes. Plus les peuples, quels qu’ils soient, se sentent menacés par l’influence de ce qui est étranger, et plus le dégoût des caractéristiques du système en place grandit, au point qu’un nombre exponentiel d’individus rejettent ce même système dans son intégralité et se précipitent dans les bras de « l’opposition », anti-libéraliste, raciste, voire parfois même anti-moderniste et anti-démocratique. Des groupuscules à l’idéologie musclée voient alors leur importance s’élargir considérablement. L’extrait suivant de l’introduction du livre Soleil Noir, dédié à l’explication des causes de la montée des mouvements néonazis, résume précisément cette problématique :

« En 1900, les races européennes blanches constituaient quelque 35% de la population mondiale. En raison du déclin de la natalité parmi la population blanche des pays industrialisés, couplé avec l’explosion démographique du tiers-monde due aux progrès de la médecine, ce chiffre est aujourd’hui juste sous les 10% au niveau mondial. Les travailleurs immigrés, les immigrants, les migrants économiques, les réfugiés et les demandeurs d’asile constituent un flux de population important, amenant la population excédentaire des pays en voie de développement vers des territoires traditionnellement habités par des Européens blancs. Ces économies industrielles avancées absorbent des taux d’immigrants plus élevés que jamais, et leur engagement politique envers la mixité raciale est maintenant une profession de foi. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la plupart des pays européens font face à un changement démographique qui fait perdre à leurs habitants de souche leur position majoritaire. La question qui en découle pour l’identité blanche est identique au dilemme des Austro-Allemands qui craignaient une perte de l’influence du vieil Empire des Habsbourg.

La réaction à ce phénomène résulte dans une résurgence des idéologies radicales, qui se nourrissent des menaces de la globalisation économique, des mesures de discrimination positive et de l’immigration en provenance du tiers-monde. Cela se manifeste essentiellement parmi les jeunes Blancs aliénés et la population à faibles revenus, de plus en plus marginalisés par les nouvelles industries high-tech et l’intégration croissante de minorités ethniques dans leur communauté. Aux Etats-Unis, l’augmentation rapide de l’immigration hispanique et des pays du tiers-monde, tout comme en Europe l’immigration en provenance des pays en voie de développement vers l’Europe de l’Ouest, ont ravivé de nouvelles peurs d’inondation raciale. La chute de l’Union soviétique et de la Yougoslavie a poussé plus loin les migrations vers l’Europe de l’Ouest, notamment parmi les populations de l’Europe de l’Est et les gitans. Les accords de libre-échange, le déclin des industries manufacturières traditionnelles et l’exportation de métiers de service à l’étranger, comme dans le domaine des communications et de l’informatique, stimulent le racisme et l’hostilité envers le libéralisme. »

De fait, le racisme latent habitant chaque représentant du commun des mortels étroit d’esprit, craignant de regarder au-delà de l’horizon que lui offre son patelin et effrayé à l’idée qu’une cohabitation avec des personnes de culture différente pourrait modifier un tantinet la vie placide et béate qu’il a l’habitude de mener, se voit significativement excité. Pour cet archétype du citoyen moyen qui est tout aussi incapable de chercher des causes par lui-même, au-delà des faits qu’il constate de façon simpliste, que de concevoir des valeurs telles que la tolérance, la faute de son éventuel licenciement échoit moins à la politique que mène l’entreprise ou l’État pour lequel il travaille qu’à l’immigré polonais qui est prétendument arrivé sur son sol pour lui dérober son emploi. Ainsi, la haine que les Nords-Américains et les Européens peuvent éprouver à l’encontre des injustices du système se focalise sur les étrangers à leur territoire, ces mêmes étrangers qui volent soi-disant l’emploi de ceux qui en cherchent, sont prêts à travailler à plus bas salaire et dans des conditions moins confortables, et qui accentuent plus ou moins indirectement la montée du taux de chômage du fait des délocalisations des industries dans leurs pays d’origine où les prix de travail sont diaboliquement peu élevés. Le terrain est alors tout préparé pour que certains plongent dans des délires racistes dualistes où un peuple, qui représente le bien, est supérieur à tous les autres, sources de tous ses maux, qu’il combat, ou qu’il doit carrément éliminer. Cette idéologie raciste peut aussi être relayée, plus ou moins inconsciemment, par des « spiritualités » creuses de types New Age, dans lesquels les mythes qu’inventent des ésotéristes dégénérés racontent souvent des histoires de surhommes ou de peuple supérieur.

Il y a deux manières de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes
Nicolas Machiavel

Si les conséquences sociales de cette « invasion » sont déjà considérables, elles grandissent encore en ampleur si les immigrés en question importent une religion qui n’est pas celle du sol national. Effectivement, rien ne terrifie plus les héritiers du christianisme qu’une « islamisation rampante » de leur contrée, christianisme que la plupart d’entre eux ont pourtant abandonné depuis longtemps, ainsi que ses valeurs. Il ne se passe donc pas un mois sans que le gros de la plèbe ne vomisse ses médiocres préjugés à la vision de faits où leur culture, si ce n’est leur « race », est confrontée à une autre, étrangère, par le relais de médias complaisants. Ils se gardent généralement bien d’exposer leurs vues trop publiquement, cependant, car ce n’est pas politiquement correct. En effet, il faut respecter son conditionnement et rester « politiquement correct », et donc conforme à la forme en laquelle cette société nous a modelés, car en quoi cela pourrait-il bien être logique de tenir la ploutocratie mondialiste comme responsable des échecs de sa politique cosmopolite ?

Il paraît évident que l’enrichissement d’une élite et la paupérisation des classes moyennes et populaires sont dus à la façon dont les politiques libérales sont actuellement appliquées, et non aux immigrés, qui ne sont pas responsables de la mauvaise gestion du système d’immigration et sont victimes des fautes que l’on rejette sur eux. En outre, on peut difficilement les blâmer de chercher de meilleures conditions dans des pays qui les accueillent pour combler une manque de main-d’œuvre dans certains secteurs et un déficit démographique. Le taux de chômage français actuel, supérieur à 10%, trouve son origine dans le fait que la population marginalisée par les attentes présentes du capitalisme n’ont pas suffisamment de secteurs nouveaux dans lesquels se réinsérer, étant donné que l’innovation est réprimée et non encouragée. Évidemment, nos dirigeants préféreront toujours renvoyer la faute sur quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes, et ne pas mettre en question les points discutables du système.

En plus du fait que l’antagonisme entre les prétendues « races » trompe la population d’adversaire, et lui permet de trouver un bouc-émissaire sur lequel reporter son attention et sa haine, il contribue aussi largement à amenuiser la cohésion nationale des États d’Europe et à appauvrir toutes les cultures coexistant dans les pays par l’incompatibilité qui est entretenue entre elles, plutôt que de faire en sorte qu’elles s’enrichissent réciproquement. Ainsi, à nouveau, les réactions nationalistes des peuples d’Europe dues à la perte « d’identité blanche » servent les stratégies mondialistes dont ces mêmes peuples craignent pourtant les effets dont ils méconnaissent l’origine. Les populations étant trop occupées par les rivalités ethniques et les gouvernements devant s’échiner à gérer ces problèmes, le pouvoir étatique est d’autant plus affaibli et laisse cours plus docilement aux desseins des acteurs économiques.

Les penchants racistes exacerbés d’une majorité de Nords-Américains et d’Européens font aussi en sorte que l’opinion publique n’éprouve pas trop de scrupules lorsque leurs pays sont en guerre au Moyen-Orient, étant donné que beaucoup d’entre eux se rassurent par l’intime conviction que ce ne sont là que des « bougnoules » et des « sauvages » qui meurent, pour l’hypothétique bien de leur petite sécurité. Au contraire, plutôt que d’être offusqués par les effets de guerres faciles et injustes, leur haine ne se trouve que renforcée par le fait qu’ils sont convaincus que leur pays a dû intervenir pour effacer une « menace » qui émanait d’eux, et va jusqu’à les tenir responsables des conséquences de cette guerre. Le problème palestinien suscite pourtant plus de réactions généralement, mais la raison est sans doute moins liée au fait que le conflit en question dure depuis une soixantaine d’années qu’à l’antisémitisme qui est lui aussi présent, comme les autres formes de racismes, chez une part croissante et non négligeable de la population. D’autre part, beaucoup de personnes parmi les peuples arabes, exaspérés par près deux siècles d’occupations et d’influences subversives venant des Européens, depuis les colonisations jusqu’à la situation actuelle de l’Irak en passant par la tromperie des accords de Sykes-Picot qui ont suivi la dissection de l’Empire Ottoman, ont nourri un fort ressentiment anti-européen et anti-chrétien, sentiments désormais fortement imprégnés dans leur conscience nationale. Il en résulte que la cohabitation entre Européens de souches et immigrés arabes n’en est que plus compliquée encore.

Celui qui ne sait pas et qui n’agit pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui n’agit pas est un criminel
Bertolt Brecht

Nos gouvernements ne semblent donc pas réellement dérangés par la radicalisation ambiante des comportements, n’ayant eux-mêmes qu’assez peu de conviction quant à l’importance du respect des principes démocratiques. Il n’en est pas moins que la multiplication des messages simplistes émanant d’une pléthore de mouvements et de sites internet qui sont, ou non, liés entre eux est problématique pour la bonne santé de ce qui reste des valeurs de notre société. En effet, au-delà du racisme, les explications caricaturales de conspirations juives ou maçonniques pour expliquer l’état d’un monde sous le joug du « Nouvel Ordre Mondial » contentent un nombre croissant de personnes au fur et à mesure que le mécontentement envers le système s’accroît. Ces derniers croient avoir compris le fonctionnement du monde et bénéficier du savoir que le reste de la population n’a pas, alors qu’ils ne font que plonger tête la première dans la bêtise et font souvent le jeu de mouvements de contestation douteux, qui sont soit composés d’illuminés, de fascistes ou de personnes désireuses de servir des intérêts extérieurs au pays dans lequel elles opèrent.

Pour prendre l’exemple de l’expression « Nouvel Ordre Mondial », qui a été reprise par plusieurs personnalités de la scène politique française récemment, beaucoup ignorent qu’elle fut également utilisée au début de la Guerre Froide pour désigner la séparation du monde en trois parties : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union soviétique, et le Tiers-Monde. Elle fut à nouveau utilisée à la fin de la Guerre Froide avec la chute du communisme, et réapparaît aujourd’hui, sans doute pour signifier la victoire définitive du capitalisme sur le globe avec la gouvernance mondiale qui s’ensuivra. Or, lorsque quelqu’un qui prétend s’opposer au système entend « Nouvel Ordre Mondial », il a tendance à ne penser qu’à un vaste projet mondialiste, stigmatise ceux qui en font la promotion et rejoint ceux qui sont censés le dénoncer. Mais quand les présidents Chavez et Ahmadinejad parlent de Nouvel Ordre Mondial, par exemple, on se doute qu’il s’agit, pour eux, d’espérer un monde multipolaire où l’union de plusieurs pays permettraient de contrer la seule hégémonie des Etats-Unis, plutôt, justement, qu’un monde unifié aux critères libéraux. D’autre part, il est facile, pour les pseudo-mouvements de contestation, de jouer sur le terrain des points auxquels le public auquel ils s’adressent est sensible. Ainsi, en usant de critiques répandues et consensuelles du système, ils s’attireront l’attention de ceux qui penseront que les personnes qui tiennent un discours qui leur convient doivent être des gens biens. Or, il est facile de dénoncer, mais ceux qui prétendent le faire disent rarement pourquoi ils le font, et ont rarement de meilleures solutions aux problèmes dont ils traitent, exagérés ou réels, que les mesures qui sont déjà en place pour les gérer. Cette propagande dont l’ampleur grandit n’atteindra probablement pas une influence suffisante pour être un tant soit peu dangereuse pour le bien public, mais elle abrutit ceux qui y prêtent oreille et discrédite le travail de ceux qui tentent de faire de l’information réelle.

Ce n’est pas rejeter en bloc le système qui pourra être d’une quelconque utilité pour nous-mêmes comme pour le bien commun, ce qui ne peut être fait que par des gens qui se laissent dominer par leurs sentiments de frustration et de mécontentement sans tenter de discerner précisément ce qui les gêne dans le système et ce qu’il est bon de conserver. Plutôt que cela, il faudrait justement trouver un consensus sur ce qui tourne mal dans nos sociétés, et proposer des solutions. Bien sûr, ce n’est pas en faisant de longs discours que quiconque parmi ceux qui ont le pouvoir de changer quoi que ce soit au système sera convaincu qu’il doit revoir la politique qu’il mène depuis des années, mais je suis personnellement convaincu que les travers d’un système sont comme des chaînes pesantes que quelqu’un devrait traîner au prix de son énergie et du ralentissement qu’ils lui causent, jusqu’au moment où la gêne deviendra trop lourde pour être supportable, et où il faudra se démener pour se débarrasser de ses parasites. En clair, les imperfections ne peuvent que miner le système le plus obstiné jusqu’au jour où elles créeront des événements d’une ampleur suffisante pour l’amener à revoir impérativement les zones d’ombre de sa structure, le tout échappant aux hommes qui tenaient jusque là les rennes. Mais lorsque cela arrivera, si cela arrive, encore faudra-t-il que des programmes ambitieux aient été pensés et que ce soient des alternatives justes qui prévalent.

J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité : c’est pour cela que je meurs en exil.
Pape Jean XIV

En l’occurrence, présentement, le problème principal de notre système me semble être le musellement de l’innovation. En effet, la ploutocratie établie préfère s’assurer la conservation des privilèges qu’elle a acquis sur les critères de réussite actuellement appliqués plutôt que d’aider, au moyen de ses immenses possessions financières, des projets qui pourraient bénéficier grandement aux citoyens de leur pays et aider ses scientifiques, ses philosophes et autres intellectuels dans leur quête de connaissance. Ce facteur me paraît être le principal responsable du taux de chômage élevé, ainsi que du grand nombre de personnes déprimées et de suicides. En effet, cela ne convient pas à tout le monde de mener une existence terne, partagée entre plaisirs du divertissement et travail, nécessitant le plus souvent l’utilisation de personnes conditionnées comme des machines, du fait qu’elles ont été formées pour accomplir un travail bien spécifique et que la plus grande partie de leur vie se résume à cela. Si personne ne trouve la paix dans une société guerrière, privilégiant les valeurs masculines de force et d’expansion, l’autre extrême, une société qui se complait dans la passivité et la stagnation, croyant qu’il ne reste plus rien à accomplir dans ce monde, pourrit assurément. L’idéal serait d’associer l’harmonie féminine à la propension plus masculine à l’expansion, mais dans le domaine de la connaissance, soit profiter de la paix pour parfaire la société humaine grâce à l’acquisition d’encore plus de savoirs.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.