Category: Bilderberg

juin 10 2010

Daniel Estulin dénonce le Groupe Bilderberg au Parlement Européen

Le journaliste d’investigation Daniel Estulin a prononcĂ© devant la classe politique Ă  Bruxelles un discours qui rĂ©vĂšle l’intention de l’élite financiĂšre de dĂ©truire l’économie globale et de transformer le monde en une entreprise dont elle seule serait bĂ©nĂ©ficiaire.

estulin

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes maintenant en mesure de changer l’Histoire. Finalement, je crois que l’humanitĂ© a un avenir. Une population un moment dĂ©moralisĂ©e et sans but est en train de sortir d’un profond sommeil. Dans ce rĂ©veil gĂ©nĂ©ral, les gens commencent Ă  poser les questions adĂ©quates. Non plus « Qu’est-ce que je gagne dans tout cela? » mais « Qu’est-ce qui est juste? ». C’est un phĂ©nomĂšne international en rĂ©ponse et en rĂ©action Ă  une perception aiguĂ« que le monde entier va Ă  la catastrophe Ă  moins que nous autres, les gens, nous ne fassions quelque chose.

J’ai Ă©crit un livre sur le thĂšme du groupe Bilderberg. Ce livre, d’une certaine maniĂšre, est devenu le catalyseur d’un mouvement dans le monde entier. Maintenant, nous n’avons pas beaucoup de temps, si bien que je voudrais vous expliquer ce qu’est le Bilderberg et pour quelles raisons il doit ĂȘtre arrĂȘtĂ©.

Dans le monde de la finance internationale, il y a ceux qui dĂ©cident des Ă©vĂšnements et ceux qui y rĂ©agissent. Bien que ces derniers soient plus connus, plus nombreux, et plus puissants en apparence, le vĂ©ritable pouvoir appartient aux premiers. Au centre du systĂšme financier global se trouve l’oligarchie financiĂšre reprĂ©sentĂ©e par le groupe Bilderberg.

L’organisation du Bilderberg est dynamique, en ce sens qu’elle change avec le temps, absorbe et crĂ©e de nouvelles branches pendant qu’elle se dĂ©fait de celles qui sont en dĂ©clin. Ses membres vont et viennent mais, mais le systĂšme en lui-mĂȘme n’a pas changĂ©. C’est un systĂšme autoreproducteur, une toile d’araignĂ©e virtuelle tissĂ©e des intĂ©rĂȘts financiers, politiques, Ă©conomiques et industriels.

Maintenant, le Bilderberg n’est pas une sociĂ©tĂ© secrĂšte, un oeil pervers qui voit tout. Ce n’est pas une conspiration, bien que certaines personnes, de maniĂšre naĂŻve, le voient ainsi. Ce n’est pas non plus un groupe de personnes, et peu importe qu’elles soient si puissantes, qui s’assoient autour d’une table dans l’obscuritĂ©, en se tenant par la main, regardant une boule de cristal et dĂ©cidant de l’avenir du monde.

C’est une rĂ©union de personnes qui reprĂ©sentent une certaine idĂ©ologie.

Ce n’est pas un Gouvernement Mondial ou un Nouvel Ordre Mondial, comme beaucoup le croient Ă  tort. En revanche, l’idĂ©ologie est celle d’une Entreprise Mondiale. En 1968, lors d’une rĂ©union du Bilderberg au Canada, George Ball, secrĂ©taire adjoint aux affaires Ă©conomiques de JFK et de Johnson a dit : « OĂč trouver un fondement lĂ©gitime au pouvoir de l’administration des entreprises de prendre des dĂ©cisions qui peuvent affecter profondĂ©ment la vie Ă©conomique des nations dont les gouvernements n’ont qu’une responsabilitĂ© limitĂ©e? »

L’dĂ©e qui est derriĂšre chaque rĂ©union du Bilderberg est de crĂ©er ce qu’eux-mĂȘmes nomment L’ARISTOCRATIE DE PROJET concernant la meilleure maniĂšre de gĂ©rer la planĂšte entre Ă©lites d’Europe et d’AmĂ©rique du Nord. En d’autres termes, c’est la crĂ©ation d’un rĂ©seau de cartels immenses, plus puissants que n’importe quelle nation de la terre, destinĂ©s Ă  contrĂŽler les nĂ©cessitĂ©s vitales du reste de l’humanitĂ©, Ă©videmment de leur point de vue privilĂ©giĂ©, pour notre propre bien et bĂ©nĂ©fice, Ă  nous, les classes infĂ©rieures (“The Great Unwashed” , nous appellent-ils)

La raison qui fait que les gens ne croient pas au Bilderberg et autres organisations qui oeuvrent avec et exercent un pareil contrĂŽle sur la scĂšne mondiale est qu’il s’agit d’un phantasme cartĂ©sien, selon lequel ce sont les intentions isolĂ©es de quelques individus, et non pas la dynamique des processus sociaux, qui modĂšlent le cours de l’histoire, comme le mouvement de l’évolution des idĂ©es et de certains sujets, sur plusieurs gĂ©nĂ©rations, voire des siĂšcles.

Le Bilderberg est le moyen de regrouper les institutions financiĂšres qui reprĂ©sentent les plus puissants et les plus prĂ©dateurs des intĂ©rĂȘts financiers. Et, en ce moment, cette combinaison est le pire ennemi de l’humanitĂ©.

Nous pouvons nous rĂ©jouir qu’aujourd’hui le Bilderberg soit devenu un sujet abordĂ© par les media des entreprises. Non parce que ceux-ci se sont tout Ă  coup souvenus de leurs responsabilitĂ©s envers nous, mais parce que nous les avons obligĂ© Ă  avoir cette position inconfortable en prenant conscience que leurs prĂ©sidents et premiers ministres, leurs petits rois et reines sont les marionnettes de forces puissantes opĂ©rant en coulisse.

Quelque chose nous est arrivĂ© au milieu de l’effondrement Ă©conomique gĂ©nĂ©ral. Les gens sont en grande partie soumis Ă  quelque chose qu’ils ne comprennent pas toujours. Mais qui les amĂšne Ă  agir dans leur propre intĂ©rĂȘt. C’est ce qu’ils sont en train de faire en GrĂšce. C’est ce qu’ils sont en train de faire aux Etats Unis. Cela s’appelle le principe anthropique. C’est comme si un ras de marĂ©e survenait et enlevait nos peurs. Les gens, en se rendant compte que leur existence est menacĂ©e, ont perdu leurs peurs, et les Bilderberger et les autres s’en aperçoivent.

C’est peut-ĂȘtre pourquoi, dans un rĂ©cent discours au Council of Foreign Relations (CFR) Ă  MontrĂ©al, Zbigniew Brzezinski, l’un des fondateurs de la commission TrilatĂ©rale, a averti qu’un « rĂ©veil politique mondial », combinĂ© avec des luttes internes de l’élite, menaçait de dĂ©tourner le courant vers un gouvernement global.

Vous pouvez voir que les gens qui sont ici ont des passĂ©s politiques et idĂ©ologiques diffĂ©rents. Ce qui nous unit, cependant, c’est que nous sommes tous des patriotes. Et ceux qui s’opposent Ă  nous, ceux qui travaillent pour des sociĂ©tĂ©s secrĂštes, qui ont vendu leur pays pour un morceau de viande, sont des traĂźtres. Non seulement des traĂźtres Ă  leur peuple et Ă  leur pays, mais Ă  l’humanitĂ© toute entiĂšre.

Maintenant, [venons en Ă ] l’objet de cette confĂ©rence de Presse, qui est le Bilderberg vers une Entreprise Mondiale.

Il y a environ six siĂšcles et demie, l’économie de l’Europe s’est effondrĂ©e lors de ce qu’il est convenu d’appeler « l’obscuritĂ© moyenĂągeuse » de l’Europe, la plus grande chute Ă©conomique et dĂ©mographique de l’Europe depuis la chute de l’empire romain. Ainsi, au milieu du XIV° siĂšcle, une grande partie du pouvoir de l’oligarchie a Ă©tĂ© rĂ©duite Ă  nĂ©ant. Cette dĂ©sintĂ©gration explosa en chaĂźne comme l’éclatement soudain de la pire bulle financiĂšre de spĂ©culation sur la dette dans l’histoire (jusqu’à nos jours), quand les banques Bradi et Peruzzi s’effondrĂšrent. L’éclatement et l’effondrement de la bulle sur la dette lombarde provoqua une chute du pouvoir des familles de l’oligarchie.

Qu’est-ce que ça a à voir avec le Bilderberg?

L’histoire contemporaine a remplacĂ© l’histoire mĂ©diĂ©vale au moment oĂč les institutions qui distinguent spĂ©cifiquement l’histoire contemporaine de l’histoire mĂ©diĂ©vale ont Ă©tĂ© mises en place. Ce qui eu lieu en 1439 au Conseil de Florence. Quelles furent ces nouvelles institutions?

1) La conception des républiques modernes, états-nations sous domination de la loi naturelle

2) La mission principale de la promotion du progrÚs scientifique et technologique comme mandat donné par la république.

Ces deux idĂ©aux constituent un Ă©lĂ©ment crucial : leur existence institutionnalisĂ©e dans chaque partie de l’Europe a tout changĂ© dans toute l’Europe, parce que ces changements institutionnels ont accĂ©lĂ©rĂ© le rythme de l’expansion de l’humanitĂ© sur la nature, par tĂȘte et par km2. De mĂȘme qu’aucun pays ne cherchait Ă  ne pas progresser ou ne pas se dĂ©velopper de peur d’ĂȘtre rejetĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©ment.

Le premier succĂšs est arrivĂ© en France, sous Louis XI, qui a doublĂ© le revenu par tĂȘte en France et a vaincu tous les ennemis de son pays. Les succĂšs de Louis XI ont entraĂźnĂ© une rĂ©action en chaĂźne d’efforts pour Ă©tablir des Ă©tats-nations sur le modĂšle de l’Angleterre de Henry VII.

Une autre idĂ©e-clef, qui vient du Conseil de Florence, et qui, bien plus tard, s’est rĂ©pandue aux Etats Unis, est celle du principe universel de Bien-Etre GĂ©nĂ©ral, sur lequel toute la sociĂ©tĂ© moderne est basĂ©e.

Maintenant, le bien-ĂȘtre ne veut pas dire avoir des bonnes choses pour rien, assis sur un canapĂ© en mangeant de la pizza, en faisant le joli coeur, en regardant la tĂ©lĂ©vision, tout en attendant que le chĂšque du chĂŽmage arrive.

C’est une question d’immortalitĂ©. Quel est le but de l’existence de l’homme et du gouvernement? C’est de pourvoir au bein-ĂȘtre des gĂ©nĂ©rations futures. Assurer notre survie en tant qu’espĂšce. Le principe du Bien-Etre GĂ©nĂ©ral, tel qu’il est formulĂ© en rĂ©sumĂ© dans le prĂ©ambule de la Constitution FĂ©dĂ©rale des Etats Unis, est la loi fondamentale

Quel rapport cela a-t-il avec l’actualitĂ©? Ces gens veulent un empire. C’est ça, la globalisation. Et trop de gens croient que pour avoir un empire il faut de l’argent. J’ai entendu les mots : l’Elite de l’Argent. Mais l’argent ne dĂ©termine ni la richesse ni l’économie. L’argent ne fait autre chose que circuler dans le monde. L’argent n’a aucune valeur en soi.

L’esprit humain a une influence sur l’évolution de la planĂšte. Ainsi cela dĂ©pend de la mesure que prend d’elle mĂȘme l’humanitĂ©. Ce qui nous diffĂ©rencie des animaux est notre capacitĂ© Ă  dĂ©couvrir des principes physiques universels. C’est ce qui nous permet d’innover, ce qui par consĂ©quent amĂ©liore la vie des gens en augmentant le pouvoir de l’homme sur la nature.

Vous verrez, ils sont en train de dĂ©truire exprĂšs l’économie du monde. Et ce n’est pas la premiĂšre fois. Cela s’est dĂ©jĂ  produit au XIV° SiĂšcle au Moyen Âge : ils sont venus Ă  bout de 30% de la population.

L’empire : Ă  bas les gens stupides ! Ils veulent dĂ©truire les facultĂ©s crĂ©atrices de la raison.

Zero croissance, zero progrĂšs. Club de Rome ; limites Ă  la croissance 1973.

Projet 1980 du CFR : promouvoir la dĂ©molition contrĂŽlĂ©e de l’économie mondiale

Bilderberg 1995 : Exiger la destruction. Comment? En dĂ©truisant exprĂšs l’économie mondiale.

La « Grande DĂ©pression » comme transfert de la richesse.

La « Grande DĂ©pression » n’a pas commencĂ© avec les capitalistes des Etats Unis. Ce fut un Ă©vĂšnement que produisirent encore une fois les plus riches en faisant passer la richesse des gens dans les mains de ceux qui Ă©taient dĂ©jĂ  riches. C’est ainsi que la Bank of America a gagnĂ© des milliers de millions en exĂ©cutant des hypothĂšques de 1929 Ă  1937. Ne croyez pas une seconde que les plus riches parmi les riches seront atteints pas l’effondrement qui arrive. Les seuls qui seront atteints, ce seront nous autres.

Regardez la GrĂšce. Ce qu’ils essayent de faire c’est de faire s’effondrer le systĂšme, au lieu de permettre que la GrĂšce rĂ©organise son systĂšme monĂ©taire, ils sont en train d’imposer que la GrĂšce soit instrumentalisĂ©e, que la dette de la GrĂšce soit financĂ©e par l’Europe. Mais cette dette n’a aucune valeur. A mettre Ă  la poubelle, de l’argent de monopoly. Du moment qu’on demande Ă  l’Europe, qui traverse Ă  son tour sa propre dĂ©bĂącle financiĂšre, d’absorber une dette impayable, que les Grecs, c’est certain, ne pourront jamais payer, cela signifie que l’Europe sera dĂ©truite Ă  coup sĂ»r. Et cela est en train de se faire, intentionnellement, puisque personne ne suivra Barroso, qui est, avec tout le respect que je lui dois, intellectuellement limitĂ©, ni Trichet qui est si bĂȘte.

DĂ©faisons nous de la bureaucratie de Bruxelles. Licencions les tous. Ce sont tous des bons Ă  rien, Ils sont inutiles. Ces gens n’ont jamais rien fait d’utile dans leur vie. DĂ©faisons nous de Barroso. Il a condamnĂ© l’Histoire Ă  l’école. DĂ©faisons nous de cet hypocrite de Van Rompuy, non pas parce qu’il est inutile mais parce qu’il est malin et trĂšs dangereux. Ce n’est pas la premiĂšre fois qu’un petit malin fraye son chemin dans l’ombre jusque dans les entrailles du pouvoir.

Vous voyez, c’est une question de leadership et une question d’immortalitĂ©. Tous les leaders de la sociĂ©tĂ©, spĂ©cialement en temps de crise, le sont parce qu’ils se mesurent Ă  ce standard. Des gens comme Barroso, Van Rompuy, le prĂ©sident de l’Union EuropĂ©enne, Jean-Claude Trichet, Dominique Strauss-Kahn, le directeur administratif du Fond MonĂ©taire International, sont Ă  peine Ă  considĂ©rer comme des leaders. En rĂ©alitĂ©, c’est Ă  peine si on peut les considĂ©rer comme des ĂȘtres humains si on considĂšre ce que veut dire pour les Humains « Pour le Bien SupĂ©rieur de l’HumanitĂ© ».

Je ne suis pas en train de parler d’un problĂšme scientifique, mais d’un problĂšme moral. D’une question d’immortalitĂ©. Nous autres en tant qu’Etats Nations, en tant qu’habitants de la planĂšte, nous croyons en l’avenir de l’humanitĂ©? Et quel avenir aurons nous dans 100 ans ou 200 ans? Ou qu’en sera-t-il de nous dans 10 000 ans? Avons nous le droit de rĂȘver? Si nous pouvons avoir le sentiment d’un but en Ă©tant ici, alors les mauvais ne peuvent l’emporter.

Par exemple, ils nous ont dit qu’il fallait sauver l’euro. Que la chute de l’euro entraĂźnerait celle de l’Union EuropĂ©enne. C’est un mensonge. Au lieu d’une union monĂ©taire europĂ©enne faible et fonctionnant mal, nous revenons aux rĂ©publiques Ă©tats-nations indĂ©pendants. L’Europe de nos ancĂȘtres.

« La diversitĂ© culturelle est non seulement le sceau du progrĂšs, mais une garantie de sĂ©curitĂ© contre l’extinction humaine » Une fois nĂ©, le concept d’état nation ne meurt pas, il attend seulement qu’apparaissent des ĂȘtres humains sages et de valeur pour le dĂ©fendre, pour perfectionner le concept. Nous devons ĂȘtre une fraternitĂ© de nations, de nations souveraines – unies par le but commun de l’humanitĂ©. Jusqu’à ce que nous puissions amener l’humanitĂ© Ă  l’Age de Raison, l’Histoire sera en rĂ©alitĂ© construite non par la volontĂ© du gros de l’humanitĂ©, mais par le petit nombre de ceux qui, avec des intentions bonnes ou mauvaises, dirigent le destin de l’homme, comme un troupeau de vaches est menĂ© aller et retour dans les prĂ©s, et, Ă  l’occasion, aussi Ă  l’abattoir.

Publié sur Mecanopolis le 10 juin 2010

Source originale : Pyjamasur.com

mai 29 2010

Le rĂšgne par le chaos

Selon le fascicule envoyĂ© prĂ©alablement aux participants de la ConfĂ©rence Bilderberg 2009 Ă  AthĂšnes (1), deux options s’articulaient autour de la dĂ©pression Ă©conomique en cours : Soit la situation dĂ©gĂ©nĂšre et conduit le monde pour des dĂ©cennies dans le dĂ©sastre, soit la crise est utilisĂ©e pour mettre en place un nouvel ordre Ă©conomique durable avec moins de souverainetĂ© de la part des États, mais avec plus d’efficacitĂ©.

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Le journaliste d’investigation Daniel Estulin a ensuite confirmĂ© l’agenda de la ConfĂ©rence Bilderberg de mai 2009 et la mise au point d’un « plan destinĂ© Ă  tromper des millions d’Ă©pargnants et d’investisseurs qui croient au matraquage de la relance prĂ©supposĂ©e de l’Ă©conomie ». (2)

Utiliser les marchĂ©s pour contraindre les pays de la zone euro Ă  des rĂ©formes, c’est Ă©galement ce qu’avait avouĂ© avouĂ© Jean-Claude Junker, patron de l’Eurogroupe, dans un entretien accordĂ© au quotidien suisse Le Temps, le 13 fĂ©vrier dernier (3).

Comme nous l’indiquions dans notre article du 23 mai dernier, les attaques contre les pays en difficultĂ©s ne vont pas s’arrĂȘter. L’agence de notation Fitch Ă  encore abaissĂ© la note de l’Espagne hier, un mois aprĂšs – jour pour jour – une autre dĂ©gradation du pays par l’agence Standard & Poor’s.

Nous aurions tort de penser que, en instrumentant le chaos, le groupe Bilderberg et l’Ă©lite globale en gĂ©nĂ©ral pourraient ĂȘtre dĂ©passĂ©s par les Ă©vĂšnements et perdre le contrĂŽle de la situation. Certes, les mesures d’austĂ©ritĂ©s, dont nous publions le dĂ©tail ci-aprĂšs, pourraient donner lieu a de sĂ©rieuses rĂ©voltes dans les pays concernĂ©s. NĂ©anmoins, tout est prĂȘt Ă©galement, dans cette Ă©ventualitĂ©, pour empĂȘcher, sous pression des peuples, Ă  ce que ces Etats rĂ©introduisent leur monnaie nationale. Il existe un « plan B » – et sans doutes d’autres – pour lequel nous avons reçu des informations de premiĂšre main, et que nous publierons d’ici quelques jours.

Les mesures d’austĂ©ritĂ©, pays par pays

ESPAGNE

AprĂšs l’Ă©clatement de la crise des subprimes, Madrid a Ă©tĂ© touchĂ©e de plein fouet par l’effondrement du secteur l’immobilier. Sous la pression des marchĂ©s Ă  cause de ses faibles perspectives de croissance, l’Espagne a adoptĂ©, en janvier, un premier plan d’Ă©conomies de 50 milliards d’euros d’ici 2013, puis, en mai, 15 milliards d’euros supplĂ©mentaires en deux ans. Objectif : faire passer le dĂ©ficit de 11,2 % du PIB Ă  6 % l’an prochain et Ă  3 % en 2013. Pour y parvenir, le traitement de choc comprend une rĂ©duction de l’investissement public, une baisse des salaires des fonctionnaires de 5 % en 2010 et leur gel en 2011. La plupart des retraitĂ©s devront faire face au gel de leur pension l’an prochain. La prime de 2.500 euros versĂ©e Ă  la naissance d’un enfant est supprimĂ©e. Le risque pour le gouvernement est de s’aliĂ©ner les syndicats, ce qui serait de mauvais augure pour la rĂ©forme du marchĂ© du travail, oĂč coexistent 75 % de salariĂ©s trĂšs protĂ©gĂ©s et 25 % de prĂ©caires. Une rĂ©forme pourtant jugĂ©e indispensable par le FMI pour retrouver le chemin de la croissance…

GRÈCE

Incapable de refinancer sa dette Ă  un prix raisonnable sur les marchĂ©s, AthĂšnes s’est rĂ©signĂ©e, fin avril, Ă  demander l’activation du plan de soutien prĂ©parĂ© par l’UE et le FMI. En Ă©change, le gouvernement socialiste a Ă©tĂ© obligĂ© d’adopter en mai un nouveau plan visant Ă  rĂ©duire de 30 milliards le dĂ©ficit public, aprĂšs les 4,8 milliards d’euros annoncĂ©s en mars. Il ambitionne ainsi de ramener sous le seuil europĂ©en de 3 % son dĂ©ficit d’ici 2014, contre prĂšs de 14 % en 2009. Cette cure de rigueur sans prĂ©cĂ©dent combine des hausses des prĂ©lĂšvements obligatoires, notamment de la TVA (de 21 Ă  23 %) et des coupes salariales dans la fonction publique (suppression des 13e et 14e mois pour ceux gagnant 3.000 euros par mois, gels des salaires pour tous). Les rĂ©formes des retraites (suppression du 13e et du 14e mois de pension) et du marchĂ© du travail, ainsi que la lutte contre une Ă©vasion fiscale endĂ©mique, complĂštent ce programme.

IRLANDE

On en parle moins que la GrĂšce, le Portugal ou l’Espagne, mais Dublin est bien un des maillons faibles de la zone euro. L’Ă©conomie irlandaise a subi une contraction record de son PIB, 7,1 % en 2009 aprĂšs 3 % en 2008, touchĂ©e de plein fouet par l’Ă©clatement de la bulle immobiliĂšre. Mais l’Irlande a jusqu’ici Ă©chappĂ© Ă  une attaque frontale des marchĂ©s. Car la dette publique irlandaise est bien plus faible que celle des autres « PIIGS » (Portugal, Irlande, Italie, GrĂšce et Espagne). D’aprĂšs les derniĂšres donnĂ©es officielles, elle s’Ă©levait Ă  64,5 % du PIB fin 2009, un niveau infĂ©rieur Ă  la moyenne de l’UE. Le gouvernement irlandais a aussi commencĂ© tĂŽt Ă  adopter des mesures de rigueur. DĂšs 2009, Dublin a adoptĂ© deux plans d’austĂ©ritĂ© de 3 et 4 milliards d’euros, pour ramener le dĂ©ficit public Ă  11,5 % du PIB en 2010, aprĂšs 14,3 % en 2009. Parmi des mesures trĂšs impopulaires figurent une baisse des allocations sociales et une rĂ©duction de 5 Ă  15 % des salaires des fonctionnaires.

ITALIE

AprĂšs avoir longtemps niĂ© toute nĂ©cessitĂ© d’adopter un plan de rigueur, l’Italie s’est Ă  son tour soumise Ă  une cure d’austĂ©ritĂ©. Si, contrairement Ă  ses voisins du sud de l’Europe, Rome a rĂ©ussi Ă  limiter la progression du dĂ©ficit public Ă  5,3 % du PIB en 2009, sa dette est, en effet, l’une des plus Ă©levĂ©es au monde (115,8 % du PIB en 2009). Silvio Berlusconi a donc approuvĂ© un plan de rigueur de 24 milliards d’euros sur les annĂ©es 2011-2012. Ce dernier combine hausse d’impĂŽts et rĂ©duction des dĂ©penses. Les salaires des fonctionnaires seront gelĂ©s pendant trois ans. Les collectivitĂ©s locales vont subir une lourde diminution des transferts de l’État. Parmi les autres mesures, les salaires des ministres et des hauts fonctionnaires les mieux payĂ©s seront rĂ©duits. Du cĂŽtĂ© des recettes, le gouvernement mise sur un renforcement de la lutte contre l’Ă©vasion fiscale. Il devrait par ailleurs augmenter la fiscalitĂ© sur les stock-options et les bonus des hauts dirigeants du secteur privĂ©. Cette cure doit permettre Ă  Rome de tenir son engagement de ramener son dĂ©ficit public Ă  2,7 % du Produit intĂ©rieur brut (PIB) en 2012.

FRANCE

MĂȘme si le gouvernement français refuse de prononcer le mot de rigueur, il n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  prendre des mesures d’austĂ©ritĂ©. Nicolas Sarkozy a dĂ©cidĂ© un gel des dĂ©penses de l’État pendant trois ans, ainsi qu’une diminution de cinq milliards, en deux ans, des niches fiscales. La dette de l’Hexagone pourrait Ă  son tour ĂȘtre attaquĂ©e par les marchĂ©s, car elle a atteint  78,1 % du PIB en 2009, contre 63,8 % deux ans plus tĂŽt…. Pour freiner cette dĂ©rive, le dĂ©ficit public, attendu au niveau record de 8 % du PIB cette annĂ©e, doit revenir Ă  3 % en 2013, promet le gouvernement.

PORTUGAL

Lisbonne est dans le viseur des marchĂ©s Ă  cause de l’ampleur de ses dĂ©ficits publics et de ses faibles perspectives de croissance. Face au risque d’une contagion de la crise grecque, le Portugal a donc renforcĂ©, en mai, ses objectifs de redressement budgĂ©taire. AprĂšs l’annonce, en fĂ©vrier, d’un programme axĂ© sur une rĂ©duction des dĂ©penses, le gouvernement a dĂ©cidĂ© une hausse gĂ©nĂ©rale des impĂŽts. Elle entrera en vigueur en juillet et sera « appliquĂ©e jusqu’Ă  la fin de 2011″, selon le Premier ministre socialiste. L’impĂŽt sur le revenu devrait augmenter de 1,5 %, la TVA passer de 20 Ă  21 %. Les profits des grandes entreprises et des banques verront leur impĂŽt augmenter de 2,5 %. L’austĂ©ritĂ© doit permettre de ramener le dĂ©ficit de 9,4 % du PIB en 2009 Ă  7,3 % en 2010.

ROYAUME-UNI

Le pays a Ă©tĂ© fortement touchĂ© par la crise financiĂšre qui a fait Ă©clater la bulle immobiliĂšre et a mis Ă  mal l’important secteur financier. Le nouveau gouvernement conservateur-libĂ©ral a prĂ©sentĂ©, le 24 mai, un premier programme de 6,2 milliards de livres (7,2 milliards d’euros) de coupes immĂ©diates dans les dĂ©penses des ministĂšres, n’Ă©pargnant que la santĂ©, la DĂ©fense et l’aide au dĂ©veloppement. Les « quangos », des organismes parapublics, seront fortement rĂ©duits et les recrutements sont gelĂ©s. Pour l’heure, ces Ă©conomies ne reprĂ©sentent que 1 % des dĂ©penses publiques et 0,4 % du PIB. Mais ce premier train de mesures sera suivi de l’annonce, le 22 juin, d’un nouveau budget pour l’annĂ©e fiscale, qui s’achĂšve fin mars 2011, puis, Ă  l’automne, par une revue complĂšte des dĂ©penses publiques.

Spencer Delane, pour Mecanopolis

Spencer Delane

Notes :

1. RapportĂ© par l’agence de presse Macedonian International New Agency

2. CitĂ© par Le journal d’un Cimbre

3. Lire Le patron de l’Eurogroupe admet avoir utilisĂ© les marchĂ©s pour faire pression sur la GrĂšce


mai 18 2010

La GrĂšce a-t-elle Ă©tĂ© le cheval de Troie d’un coup d’Etat sur l’Europe orchestrĂ© par la Commission TrilatĂ©rale ?

Article mis Ă  jour Ă  13h40

Deux jours avant le sommet europĂ©en du 8 et 9 mai dernier, la Commission TrilatĂ©rale s’est rĂ©unie en Irlande, de sorte Ă  Ă©laborer le « plan d’aide » de 750 milliards destinĂ©s aux pays de la zone euro, en Ă©change de leur capitulation.

trilatérale

L’ensemble de la zone euro est dĂ©sormais sous la tutelle des Ă©lites europĂ©istes. Cette mesure entrera en vigueur au dĂ©but 2011, comme l’a indiquĂ© hier soir lors de la rĂ©union d’urgence le PrĂ©sident de la Commission europĂ©enne, JosĂ© Manuel Barroso, pour lequel il s’agit d’une « une condition sine qua non ». Quant a  Jean-Claude Juncker, le patron de l’Eurogroupe, il a encore surenchĂ©ri en indiquant que cette mesure Ă©tait « vertueuse ». Tout indique que a GrĂšce a Ă©tĂ© le cheval de Troie de ce coup d’Etat, orchestrĂ© par la Commission TrilatĂ©rale.

Réunion de la Commission Trilatérale à Dublin

C’est le Premier ministre irlandais, Brian Cowen, qui a prononcĂ© le discours inaugural de la rĂ©union de la Commission TrilatĂ©rale (1), qui s’est tenue Ă  l’hĂŽtel « Four Season » de Dublin le 6 mai dernier, devant 200 reprĂ©sentants influents de la politique et de la finance mondiale, tel Paul Adolph Volcker, ancien directeur de la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale des États-Unis (Fed) et actuel conseiller du prĂ©sident Barack Obama en tant que directeur du « Conseil pour la reconstruction Ă©conomique ».

« Les Etats doivent prendre des mesures fiscales pour satisfaire les marchĂ©s », a notamment indiquĂ© M. Cowen, avant de reconnaitre que la mise en place d’un gouvernement Ă©conomique allait demander une rapide modification des traitĂ©s europĂ©ens, prĂ©cisant encore que l’Allemagne serait prĂȘte a jouer tout son poids pour aller dans ce sens.

De son cĂŽtĂ©, Paul Volcker a indiquĂ© que « seule une centralisation du pouvoir Ă©conomique pourrait permettre Ă  l’Europe d’aller de l’avant. »

Aucun « mĂ©dia autorisĂ© » n’a relevĂ© cette rĂ©union de la Commission TrilatĂ©rale, hormis quelques quotidiens irlandais, dont Independant.ie (2)

A qui profitent les 750 milliards du « plan d’aide »  ?

Ce dispositif permet surtout de soutenir en amont les banques europĂ©ennes impliquĂ©es dans la dette grecque, en mettant de « l’huile dans les rouages », de sorte Ă  Ă©viter que le moteur ne ralentisse au delĂ  du nĂ©cessaire. Il est en effet utile de faire chuter l’euro jusqu’Ă  ce qu’il atteigne la paritĂ© avec le dollar et permette (sous prĂ©texte de « satisfaire les marchĂ©s », comme l’a indiquĂ© Brian Cowen) la mise en place des mesures d’austĂ©ritĂ© semblables Ă  celles qui ont Ă©tĂ© imposĂ©es Ă  la GrĂšce ces derniĂšres semaines (abandon des rĂ©gimes sociaux, augmentations des taxes et impĂŽts, rĂ©duction des salaires, allongement de la durĂ©e du travail, etc.). Ces 750 milliards n’existant pas dans les caisses europĂ©ennes, il faudra donc les emprunter sur les marchĂ©s financiers pour les offrir aux États qui en feront ensuite cadeau aux banques.

L’euro est-il vraiment en danger ?

La nouvelle politique monĂ©taire de la Banque centrale europĂ©enne (BCE) devrait encore contribuer l’affaiblissement de l’euro, puisqu’elle est maintenant autorisĂ©e Ă  recourir Ă  la “planche Ă  billets”. Jean-Claude Trichet a beau rĂ©pĂ©ter que la BCE n’a pas l’intention de le faire, le lancement hier d’une opĂ©ration spĂ©ciale d’absorption de liquiditĂ©s afin de neutraliser l’effet inflationniste de ses achats d’obligations d’État ne signifie rien d’autre. Une information qui nous parvient Ă  l’instant (3) indique que la Banque europĂ©enne pour la reconstruction et le dĂ©veloppement (Berd) conseille d’avancer l’adhĂ©sion Ă  la zone euro de la Lettonie, de la Pologne et de la Hongrie au 1er janvier 2011 au lieu de 2015. On joue donc Ă  nous faire peur quand on nous indique que la monnaie unique est menacĂ©e. Elle est seulement en pleine reconfiguration, afin de devenir plus « concurentielle ».

Dans un rĂ©ajustement de leur propagande, les officines de dĂ©sinformation mĂ©diatique voudraient maintenant faire croire que la chute de l’euro est une chance pour les populations, cela dans le but d’apaiser les mouvements de contestation qui commencent Ă  gronder un peu partout. Il ne s’agit en rĂ©alitĂ© que de semer la confusion dans les esprits au moment ou l’Ă©lite europĂ©iste prĂ©pare un nouveau catalogue de mesures (dont les premiĂšres seront annoncĂ©es vendredi soir aprĂšs une rĂ©union de l’Eurogroupe) afin d’assujettir une fois pour toute les nations europĂ©ennes, et en premier lieu le Portugal et l’Espagne, pour lesquels les agences de notations ne devraient pas tarder Ă  dĂ©grader la note de la dette.

Bien sĂ»r la chute de l’euro profite Ă  l’Allemagne, comme nous l’avons dĂ©jĂ  indiquĂ© (4). Ses exportations ont progressĂ© de 20,5 % par rapport Ă  mars 2009 et bondi de 34,7 % vers les pays non europĂ©ens. Mais concernant la France c’est un pur mensonge, mis Ă  part pour les les producteurs de champagne, de cognac et les fabricants de sacs Ă  main. Les  exportations françaises dĂ©pendent davantage de « gros contrats » liĂ©s aux transports, au nuclĂ©aire et aux ventes de matĂ©riel militaire, qui ne bĂ©nĂ©ficient pas directement d’une baisse de la monnaie unique.

Par contre, la hausse du billet vert par rapport Ă  la devise europĂ©enne ne manquera pas de plomber les secteurs qui dĂ©pendent de produits importĂ©s en provenance de la zone dollar, notamment le pĂ©trole et les matiĂšres premiĂšres. Une perspective qui risque bien de faire chuter encore la croissance des pays de la zone euro, et qui aura une consĂ©quence directe sur les emplois et le pouvoir d’achat.

Mais peu importe car, pour nos gouvernements, chaque journĂ©e permet un nouveau mensonge. Celui du jour prĂ©tend que, sous couvert d’Ă©galitĂ©, il est nĂ©cessaire de baisser les retraites des hommes, car leurs allocations sont plus Ă©levĂ©es que celles des femmes. Demain, on nous dira qu’il faut abaisser celles des femmes, car elles vivent plus longtemps. Puis ensuite, pourquoi ne pas privatiser l’ensemble des Ă©coles ? Pourquoi pas ne pas prendre exemple sur les Chinois, qui dorment sur le lieu de travail, comme le proposait il y a peu cet imbĂ©cile de Serge Dassaut ? Pourquoi ne pas payer une taxe dĂšs la naissance, sorte de droit de vie, renouvelable tous les trimestres, un peu comme l’impĂŽt sur les chiens tel qu’il est dĂ©jĂ  pratiquĂ© en Allemagne ? Pourquoi ne pas nous dire, finalement, une vĂ©ritĂ©, de temps en temps : Pour l’État, le citoyen est un mal nĂ©cessaire. A peu prĂšs supportable tant qu’il est rentable, mais tout a fait mĂ©prisable lorsque les nuages s’amoncellent.

En rĂ©alitĂ©, ce n’est pas l’euro qui est menacĂ©, mais les peuples d’Europe.

Mecanopolis et Antoine Decaen

Reproduction libre avec indication des sources

Notes :

1.Au sujet de la Trilatérale, voir cet article du 10 mai 2010

2.L’excellent blog RĂ©novez Maintenant 67 revient en dĂ©tail sur les manipulations autour de la crise des Etats, et Science21 consacre de nombreux articles sur l’actualitĂ© du groupe Bilderberg et la Commission TrilatĂ©rale.

3.Information envoyée ce soir par notre camarade Clovis Casadue, issue de sa chronique à paraitre jeudi dans la revue FLASH

4.Lire Ă  ce sujet notre article du 23 mars 2010

avr 11 2010

Bilderberg 2010, en Catalogne début juin

Le 11 avril, dernier jour des nĂ©gociations de Bonn sur le climat, Global Times diffuse une dĂ©pĂȘche Xinhua rappelant les objectifs proposĂ©s par le nĂ©gociateur chinois :

1. Aboutir Ă  une quantification, pour l’ensemble des pays dĂ©veloppĂ©s, des diminutions de l’Ă©mission de gaz d’effet de serre conformes Ă  l’esprit du protocole de Kyoto.

2. Que les pays « développés » apportent leur aide aux pays « en voie de développement » dans les domaines financier et de transfert de technologie.

Le 11 avril Ă©galement, le site Mecanopolis commente les dĂ©clarations rĂ©centes de l’actuel prĂ©sident du Conseil EuropĂ©en, Herman Van Rompuy, Ă  propos des « mesures impopulaires » qu’exigera inĂ©vitablement, de son point de vue, la situation Ă©conomique des pays de l’Union EuropĂ©enne (UE). Le rechauffement climatique deviendra-t-il un prĂ©texte pour imposer de telles mesures au nom, notamment, d’une prĂ©tendue « urgence Ă©cologique » ? En tout Ă©tat de cause, l’utilisation de la question du climat par les « Ă©lites occidentales » pour imposer une « gouvernance mondiale » sous leur contrĂŽle paraĂźt bien compromise, mĂȘme si au moment de sa dĂ©signation Van Rompuy avait proclamĂ© haut et fort la marche vers une « gouvernance mondiale » par le biais notamment du G20 et de la confĂ©rence de Copenhague sur le climat. Mais l’UE peut-elle donner des leçons au monde, si on pense par exemple Ă  la situation catastrophique de la GrĂšce et, plus globalement, Ă  la ruine Ă©conomique des pays de l’Europe occidentale gĂ©nĂ©rĂ©e par trois dĂ©cennies de dĂ©localisations financiĂšres et industrielles ? C’est en GrĂšce, que s’Ă©tait rĂ©uni le cercle de Bilderberg il y a un an. Cette annĂ©e, son hĂŽte semble ĂȘtre un autre Etat europĂ©en en situation critique : l’Espagne et, plus prĂ©cisĂ©ment, la localitĂ© de Sitges (Catalogne), du 3 au 6 juin d’aprĂšs Jim Tucker.

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Dans une dĂ©pĂȘche d’American Free Press le journaliste James P. Tucker prĂ©sentĂ© ainsi le programme stratĂ©gique ou les attentes envisagĂ©s par le cercle de Bilderberg, qui se rĂ©unira Ă  Sitges du 3 au 6 juin, un mois aprĂšs la Commission TrilatĂ©rale dont la rĂ©union est prĂ©vue Ă  Dublin du 7 au 9 mai :

- La rĂ©cession mondiale devrait durer, au moins, encore un an. Les « Ă©lites occidentales » devraient en profiter pour tenter d’imposer une gouvernance financiĂšre mondiale avec un vĂ©ritable « DĂ©partement du TrĂ©sor ». Tucker rappelle Ă  ce sujet des propos tenus il y a deux semaines par Nicolas Sarkozy Ă  l’UniversitĂ© de Columbia, rĂ©clamant notamment « un nouvel ordre monĂ©taire mondial ». Dans la mĂȘme intervention, Sarkozy a ouvertement assimilĂ© l’ONU Ă  un « gouvernement mondial ».

- Les Nations Unies devraient devenir un vĂ©ritable gouvernement mondial, avec les Etats souverains actuels rĂ©duits au statut de simples rĂ©fĂ©rences gĂ©ographiques. L’Union EuropĂ©enne devrait devenir un Etat Ă  l’Ă©chelle continentale, et pareil pour des Ă©quivalents dans les autres continents.

Mais Tucker fait remarquer, sur ce dernier point, qu’Ă  ce jour les tentatives des oligarchies pour imposer une « Union AmĂ©ricaine » se sont avĂ©rĂ©es vaines.

On pourrait ajouter Ă  cette remarque une simple question : l’UE serait-elle une rĂ©publique ou une monarchie ?

Les puissances de l’Europe occidentale, qui Ă  ce jour persistent Ă  vouloir donner des leçons au monde, ont-elles rĂ©ussi leurs propres rĂ©volutions bourgeoises ? Tel ne semble pas ĂȘtre le cas, Ă  en juger par le nombre des monarchies qui rĂšgnent encore sur des pays « riches » du continent.

Et l’effondrement des Ă©conomies des pays occidentaux, est-elle autre chose que le rĂ©sultat de plus d’un siĂšcle et demi d’exportation incessante de capitaux ? Des opĂ©rations au bĂ©nĂ©fice d’intĂ©rĂȘts privĂ©s, qui se sont soldĂ©es notamment par la guerre franco – allemande de 1870, suivie de la « grande expansion coloniale », de deux guerres mondiales et d’une politique systĂ©matique de dĂ©localisations depuis les annĂ©es 1980.

Les oligarchies « occidentales », qui ont répandu la guerre et ruiné leurs propres pays, paraissent trÚs mal placées pour donner des leçons de « gouvernance » au monde entier. A fortiori, pour lui imposer une quelconque « gouvernance » par leurs soins.

Mais aprĂšs avoir dĂ©localisĂ© capitaux et activitĂ©s productives, que reste-t-il Ă  vendre d’autre que la « gouvernance », la « gestion », le tant vantĂ© « management », la « haute administration »… ? Les meubles, certes…

Pourtant, pas question d’autocritique ni de changement de politique. Le 9 avril, Le Monde faisait Ă©tat de cette rĂ©ponse de Van Rompuy Ă  la question : « Quel est le plus grand danger qui menace l’Europe ? » : « C’est le populisme, qui gĂ©nĂšre le manque d’engagement europĂ©en. En tant que Belge, je suis bien placĂ© pour en parler. Le populisme va Ă  l’encontre du courage politique. (…) Quand je vois l’agenda, les rĂ©formes nĂ©cessaires, les dĂ©fis budgĂ©taires, on sera contraint de prendre des mesures impopulaires. On devra le faire, on n’aura pas le choix. »

Source : Collectif Indépendance des chercheurs

mar 12 2010

Nous sommes tous des Grecs !

Une nouvelle tempĂȘte souffle sur la GrĂšce. Cette tempĂȘte porte un nom, la colĂšre du peuple. Elle ne se limite plus aux anarchistes et jeunes universitaires de la « GĂ©nĂ©ration 600 euros » qui ont fait couler beaucoup d’encre dans la presse alternative, en dĂ©cembre 2008. Comme le tĂ©moignent les derniers Ă©vĂ©nements survenus en ce mois de mars 2010, les honnĂȘtes travailleurs grecs refusent de se plier au projet de loi intitulĂ© « Mesures d’urgence pour faire face Ă  la crise financiĂšre ».

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Dans ces conditions, qu’en sera-t-il dans les autres pays du PIIGS ? Est-ce que de nouvelles cellules tempĂ©tueuses vont s’y crĂ©er en provoquant le risque de recouvrir toute l’Union europĂ©enne ? Est-ce que pour sauver l’euro, le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la GrĂšce et l’Espagne vont ĂȘtre contraints de « restaurer la souverainetĂ© monĂ©taire » ou l’humanitĂ© approche Ă  grands pas d’un nouvel ordre Ă©conomique mondial ? Nouvel Ă©pisode de la rĂ©cession Ă©conomique mondiale au berceau de la dĂ©mocratie.

Mesures de pillage du peuple grec

Les mesures d’austĂ©ritĂ© du gouvernement socialiste grec, portent sur 4,8 milliards d’euros, dont la moitiĂ© proviennent d’une augmentation des recettes de l’Etat et l’autre moitiĂ© d’une rĂ©duction des dĂ©penses.

Dans le dĂ©tail, les mesures concernant les recettes (hausse de 2,4 milliards d’euros) :

1) Hausse de deux points du principal coefficient de la TVA de 19% Ă  21% (pour les autres coefficients de la TVA, de 4,5% Ă  5% et de 9% Ă  10%), ce qui doit rapporter 1,3 milliard d’euros, soit 0,55% du Produit intĂ©rieur brut (PIB).

2) Hausse des taxes spĂ©ciales sur la consommation: alcool (+20%), tabac (+63% Ă  65%) et carburants (+8 centimes d’euro par litre d’essence et +3 centimes par litre de diesel), et nouvelles taxes sur des produits de luxe (i.e. voitures de plus de 35.000 euros, yacht, hĂ©licoptĂšres privĂ©s). La hausse des taxes spĂ©ciales sur la consommation doit rapporter 1,1 milliards d’euros, soit 0,45% du PIB.

Celles concernant les dĂ©penses (rĂ©duction de 2,4 milliards d’euros) :

1) Réduction de 30% du 13e mois et de 60% du 14e mois de salaire touchés par les employés du secteur public.

2) RĂ©duction de 7% des revenus et des primes des entreprises publiques et organismes financĂ©s par l’Etat.

3) Gel des retraites des salariés des secteurs public et privé.

4) RĂ©duction de 10% du financement par l’Etat des caisses de retraites de l’entreprise publique d’Ă©lectricitĂ© (DEI) et de l’opĂ©rateur grec des tĂ©lĂ©coms (OTE).

Ces quatre mesures reprĂ©sentent des Ă©conomies de 1,7 milliard d’euros, soit 0,7% du PIB.

5) RĂ©duction de 5% du programme des investissements publics, soit 500 millions d’euros.

6) RĂ©duction de 200 millions d’euros du programme d’investissements et de nouveaux programmes prĂ©vus pour le ministĂšre de l’Education.

Dimitri Gianniodis, pour MecanoBlog

Angela Merkel : große Schlampe !

Comme si ces mesures n’Ă©taient pas suffisantes, la chanceliĂšre allemande Angela Merkel a affirmĂ© jeudi Ă  La Haye que la GrĂšce doit agir « elle-mĂȘme » pour regagner la confiance des marchĂ©s dans l’euro et sortir le pays de la crise financiĂšre qui le secoue actuellement.

Sans rire, elle a encore dĂ©clarĂ©, Ă  l’issue d’un entretien avec le Premier ministre nĂ©erlandais Jan Peter Balkenende : « Le gouvernement grec a fait un premier pas sĂ©rieux et courageux », mais « il doit continuer a faire des efforts dans cette voie ».

Que voudrait donc Merkel ? Que les grecs fassent don de leurs économies pour couvrir les opérations des spéculateurs encouragés par Bruxelles à mettre à sac leur pays ? De qui se moque-t-on ?

A l’occasion d’une rencontre Ă  Berlin avec la chanceliĂšre allemande, François Fillion, qui ne rate dĂ©cidĂ©ment jamais une occasion de placer une imbĂ©cilitĂ©, lui a immĂ©diatement emboitĂ© le pas, en dĂ©clarant qu’il n’y a « aucune divergence de vue » sur le dossier grec entre la France et l’Allemagne.

Le temps est venu de se préparer

A peine a-t-on dĂ©signĂ© les responsables de cette attaque concertĂ©e sur la GrĂšce qu’on les a escamotĂ©s en expliquant qu’il serait compliquĂ© de les traduire en justice et, qu’en somme, c’est le « systĂšme » qui est mauvais ou les marchĂ©s financiers qui sont irresponsables, et qu’il convient de le « rĂ©former ». Des promesses dĂ©jĂ  entendues lors du dernier G20 et qui n’ont aboutis Ă  aucun changement.

Si on veut vraiment s’en prendre Ă  l’irresponsabilitĂ©, il y a une mĂ©thode : trouver les responsables. On explique tellement que c’est le « systĂšme » qui est mauvais qu’on en oublie qu’en rĂ©alitĂ© ce sont des hommes, au sommet d’une « élite », qui le sont. Si ceux qui prennent des dĂ©cisions voyaient plus souvent en revenir les consĂ©quences, cela contribuerait efficacement Ă  restaurer les aptitudes Ă  la logique de nos dirigeants.

Certains s’offusqueront de la violence du propos, de mĂȘme qu’ils sont outrĂ©s lorsque de jeunes manifestants grecs s’en prennent aux devantures des banques, qu’il aura fallut renflouer dans un premier temps pour mieux leur permettre de nous asservir aujourd’hui. Ce n’est Ă©videmment pas nouveau que les hommes, mĂȘme quand ils en sont victimes, sont portĂ©s Ă  mĂ©connaitre la violence lĂ  ou elle est la plus rĂ©pandue, comme dans la destruction de leur travail ou l’aliĂ©nation de leur droits fondamentaux, simplement parce que cela ne nĂ©cessite pas l’emploi visible de la force.

Il est urgent de comprendre que notre sort n’est pas sĂ©parĂ© de celui des Grecs. Demain, ce sera le tour du Portugal, puis de l’Espagne ou de l’Italie, avant que le piĂšge ne se referme sur nous tous.

Il convient donc, dĂšs Ă  prĂ©sent, de se tenir prĂȘt, de s’organiser et de garder Ă  l’esprit ce fait d’expĂ©rience que l’action de quelques individus, ou de groupes humains trĂšs restreints, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de volontĂ©, avoir des consĂ©quences incalculables.

Mecanopolis

D’autres photographies et vidĂ©os seront placĂ©es dans la soirĂ©e.

AthĂšnes, le 11 mars 2010

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fév 25 2010

Herman van Rompuy tancé par le député européen Nigel Farage (vidéo)

Le chef de file des dĂ©putĂ©s du Parti pour l’indĂ©pendance du Royaume-Uni (UKIP) au Parlement europĂ©en, Nigel Farage, a créé l’Ă©vĂšnement mercredi en s’adressant sans concession au prĂ©sident de l’UE Herman Van Rompuy, nommĂ© Ă  ce poste par l’intercession du groupe Bilderberg, Ă  l’occasion de sa premiĂšre apparition devant les eurodĂ©putĂ©s.

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Intervention de Niger Farage : « Je ne veux pas ĂȘtre impoli, mais vraiment, vous avez le charisme d’une serpilliĂšre humide et l’aspect d’un petit guichetier de banque! La question que je veux poser… Qui ĂȘtes-vous ? Je n’avais jamais entendu parler de vous! On n’a jamais entendu parler de vous! Personne en Europe n’avait jamais entendu parler de vous. Je veux vous poser une question PrĂ©sident, qui a votĂ© pour vous ? Et quel mĂ©canisme (vous a fait Ă©lire ?). La dĂ©mocratie n’est pas populaire avec vous… Les peuples d’Europe doivent vous dĂ©mettre de votre poste. Est-ce que c’est ça la dĂ©mocratie europĂ©enne ? Je sens que vous ĂȘtes compĂ©tent, capable et dangereux. Je n’ai aucun doute sur le fait que votre intention est d’ĂȘtre l’assassin de la dĂ©mocratie europĂ©enne et de toutes les nations europĂ©ennes. Vous ne savez pas ce qu’est un pays uni car vous venez de Belgique, qui est plutĂŽt un non-pays. Mais depuis que vous ĂȘtes lĂ , on a vu la GrĂšce rĂ©duite Ă  devenir rien de plus qu’un protectorat. Monsieur, vous n’ĂȘtes pas lĂ©gitime Ă  ce poste. Je peux dire avec confiance que je parle au nom de la majoritĂ© du peuple anglais: On ne vous connaĂźt pas, On ne vous veut pas. Plus tĂŽt vous partirez mieux cela sera. » (Traduction : Pierre Jovanovic)



Sur le mĂȘme sujet, lire Ă©galement Le plan secret du PrĂ©sident du Conseil europĂ©en Herman van Rompuy

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nov 24 2009

Récapitulatif des implications du Traité de Lisbonne

Étant donnĂ© que l’on a beaucoup parlĂ© du traitĂ© de Lisbonne au cours de ces deux derniĂšres annĂ©es, mais que l’on a nettement moins souvent exposĂ© son contenu, je vous propose cette synthĂšse non-exhaustive de ses implications, en espĂ©rant que cela aide certains Ă  avoir un point de vue plus clair sur ce traitĂ©.

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Rappel de la nature du traité de Lisbonne et bref historique de sa ratification:

D’aprĂšs ValĂ©ry Giscard d’Estaing, il ne s’agit que d’une « pĂąle copie » du TraitĂ© Ă©tablissant une Constitution pour l’Europe [aussi nommĂ© TraitĂ© de Rome, rejetĂ© en 2004], dans laquelle seule la forme a Ă©tĂ© changĂ©e, mais pas le contenu :

« La conclusion vient d’elle-mĂȘme Ă  l’esprit. Dans le traitĂ© de Lisbonne, rĂ©digĂ© exclusivement Ă  partir du projet de traitĂ© constitutionnel, les outils sont exactement les mĂȘmes. Seul l’ordre a Ă©tĂ© changĂ© dans la boĂźte Ă  outils. La boĂźte, elle-mĂȘme, a Ă©tĂ© redĂ©corĂ©e, en utilisant un modĂšle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche. »

Il affirme toutefois : « Au lieu d’ĂȘtre de tonalitĂ© constitutionnelle, il modifie les anciens traitĂ©s, ce qui constitue une diffĂ©rence fondamentale. »

Selon Bertie Ahern, Premier ministre de la RĂ©publique d’Irlande, « 90 % [de la Constitution] est toujours là
 ces changements n’ont apportĂ© aucune modification spectaculaire Ă  l’accord de 2004. », signifiant que 90 % des dĂ©cisions du TraitĂ© de Rome seront toujours prĂ©sentes, notamment le transfert de certaines compĂ©tences Ă  l’Union europĂ©enne (dont une partie de la politique Ă©trangĂšre).

L’extension de la rĂšgle de la majoritĂ© qualifiĂ©e puis de la double majoritĂ© (calculĂ©es selon le poids dĂ©mographique des États) demandant un nombre important d’États pour modifier un article ayant trait Ă  l’Union europĂ©enne, n’empĂȘchera pas l’Union d’Ă©voluer, mais bloquera toute tentative de modification d’actes dĂ©jĂ  adoptĂ©s (notamment de nombreux projets d’ordre Ă©conomiques, politiques ou sĂ©curitaires).

GenÚse du traité:

En raison du rejet par rĂ©fĂ©rendum, en 2005, du traitĂ© de Rome de 2004 par la majoritĂ© des Ă©lecteurs français et nĂ©erlandais, une pĂ©riode dite de rĂ©flexion s’était ouverte. En janvier 2007, alors qu’elle prenait la prĂ©sidence de l’Union europĂ©enne, l’Allemagne a dĂ©clarĂ© cette pĂ©riode close.

En mars 2007, lors des célébrations du 50e anniversaire des traités de Rome de 1957, une déclaration de Berlin a été signée afin de donner un nouvel élan à la construction européenne, avant les élections du Parlement européen, en juin 2009.

À la suite du rejet rĂ©fĂ©rendaire, un groupe Amato (ComitĂ© d’action pour la dĂ©mocratie europĂ©enne, prĂ©sidĂ© par Giuliano Amato, officiellement en anglais Action Committee for European Democracy, ACED), composĂ© de « sages » et soutenu par la Commission Barroso, a travaillĂ© de façon non-officielle, en réécrivant le traitĂ©. Le 4 juin 2007, le groupe arrĂȘta un texte en français, constituĂ© aux trois quarts de l’ancien TraitĂ© constitutionnel auquel quelques modifications ont Ă©tĂ© rajoutĂ©es. Il a Ă©tĂ© certes allĂ©gĂ© en Ă©paisseur, non en contenu.

Le Parlement européen a approuvé le 20 février 2008 le traité à une trÚs forte majorité :

525 votes favorables (82 %), 115 défavorables, 29 abstentions

Processus de ratification:

Les quatre premiers États Ă  avoir ratifiĂ© le traitĂ© font partie des pays adhĂ©rents rĂ©cents Ă  l’Union europĂ©enne : la Hongrie, Malte et la SlovĂ©nie parmi les Etats entrĂ©s en 2004 dans l’Union europĂ©enne ; la Roumanie entrĂ©e en 2007.

En France : aprĂšs le rejet par 55 % des français du rĂ©fĂ©rendum sur la Constitution en 2004, la France n’a pas proposĂ© de nouveau rĂ©fĂ©rendum Ă  ses citoyens au motif que ce nouveau traitĂ© n’est pas une Constitution europĂ©enne. Une rĂ©vision de la Constitution française, effectuĂ©e par la voie du CongrĂšs le 4 fĂ©vrier 2008, a permis la ratification du traitĂ© lui-mĂȘme par la voie parlementaire le 8 fĂ©vrier.

L’Irlande:

Un premier référendum qui a lieu en Irlande le 12 juin 2008 aboutit au rejet du traité de Lisbonne par 53,4 % des voix.

Au 6 mai 2009, un seul État n’avait pas encore ratifiĂ© le traitĂ©. Il s’agissait de l’Irlande, pourtant membre de la zone euro. C’est le seul pays Ă  s’ĂȘtre prononcĂ© par la voie rĂ©fĂ©rendaire, du fait de sa constitution qui l’oblige Ă  consulter la population. Des dĂ©marches ont toutefois Ă©tĂ© entreprises pour l’amener Ă  revoter sur ce traitĂ©.

Le prĂ©sident du Parlement europĂ©en, Jerzy Buzek, s’est rendu en Irlande le 8 septembre. « Ce rĂ©fĂ©rendum n’est pas un test de popularitĂ© de votre gouvernement, il concerne notre avenir commun dans l’Union europĂ©enne »

Le 19 septembre, JosĂ© Manuel Barroso a fait « un geste » en direction de l’Irlande en proposant le vote d’une aide de 14,8 millions € pour la reconversion des 2 400 salariĂ©s de l’usine Dell de Limerick rĂ©cemment licenciĂ©s. « L’Union europĂ©enne est fondĂ©e sur la solidaritĂ©. Notre rĂ©ponse naturelle est de venir en aide Ă  ceux qui connaissent des difficultĂ©s » a-t-il dĂ©clarĂ©.

Un nouveau rĂ©fĂ©rendum a Ă©tĂ© organisĂ© le 2 octobre 2009. L’Irlande, qui connait depuis un an une grave crise Ă©conomique, notamment du fait de l’ampleur de sa crise immobiliĂšre, a Ă©tĂ© aidĂ©e par l’UE. Les Irlandais ont votĂ© en grande majoritĂ© pour le oui, avec 67,13% des voix au rĂ©fĂ©rendum.

« Il est Ă©vident qu’un 2Ăšme vote « non » au traitĂ© de Lisbonne aurait des consĂ©quences sĂ©rieuses et dommageables pour l’Irlande, surtout maintenant que nos partenaires nous ont accordĂ© ce que nous demandions » a dĂ©clarĂ© le Premier ministre Brian Cowen.

La République TchÚque:

Le gouvernement tchĂšque a dĂ©jĂ  signĂ© le traitĂ© de Lisbonne et les deux chambres du Parlement l’ont ratifiĂ©. Mais cette ratification devait ĂȘtre promulguĂ©e par le PrĂ©sident Vaclav Klaus, rĂ©putĂ© eurosceptique. Des recours contre le texte approuvĂ© par le Parlement Ă©taient possibles de la part de certains sĂ©nateurs ODS, sĂ©nateurs qui ont in fine attaquĂ© le texte devant la Cour constitutionnelle tchĂšque en septembre 2009. Le 9 octobre, Klaus demande Ă  la prĂ©sidence suĂ©doise de tenir compte du fait que les dĂ©crets BeneĆĄ pourraient ĂȘtre remis en cause sur la base du traitĂ© de Lisbonne et notamment de la Charte des droits fondamentaux qu’il contient. Le 14 octobre 2009, M. Klaus dĂ©clare Ă  Moscou qu’il n’est pas prĂȘt Ă  revenir sur les objections qu’il a formulĂ©es Ă  l’encontre du traitĂ© de Lisbonne : « J’ai expliquĂ© que je crains et que je ne suis pas seul Ă  craindre un approfondissement de l’intĂ©gration de l’Union europĂ©enne. Pour moi c’est une chose d’importance vitale. À mon avis, les conditions que j’ai formulĂ©es pour signer l’accord sont sĂ©rieuses et l’idĂ©e que je peux oublier mes objections est mal fondĂ©e » tandis que JosĂ© Manuel Barroso l’exhorte Ă  ne pas prendre le reste de l’Europe en otage et Ă  respecter « les valeurs et principes » de l’Union europĂ©enne.

14.10.2009 Journal « HospodĂĄrskĂ© Noviny »: Courrier International:

La RĂ©publique tchĂšque est le dernier pays Ă  n’avoir pas ratifiĂ© le traitĂ© de Lisbonne. Le prĂ©sident Vaclav Klaus, un eurosceptique, rechigne Ă  signer le texte, dĂ©jĂ  votĂ© par le Parlement. Au sein du pays, on cherche la parade. Alena Gajduskova, la vice-prĂ©sidente du SĂ©nat, suggĂšre de destituer Klaus pour trahison.

14.10.2009 @Novinky.cz: La sĂ©natrice GajdĆŻĆĄkovĂĄ veut se dĂ©barrasser des pouvoirs de Klaus.La Vice-PrĂ©sidente du SĂ©nat Alena GajdĂčskovĂą est prĂȘte Ă  proposer que le PrĂ©sident VĂĄclav Klaus soit privĂ© de pouvoirs. Le document de ratification pourrait alors ĂȘtre signĂ© par le Premier ministre Jan Fischer, qui prendrait les pouvoirs du prĂ©sident.

« Si la Cour constitutionnelle dĂ©cide que le traitĂ© de Lisbonne est conforme Ă  la Charte des Droits et LibertĂ©s et si le PrĂ©sident continue de soutenir que la ratification ne peut ĂȘtre signĂ©, Vaclav Klaus ne peut donc plus exercer son mandat conformĂ©ment Ă  l’article 66 de la Constitution qui dit que si le prĂ©sident ne peut exercer son autoritĂ©, sa compĂ©tence en matiĂšre de traitĂ©s internationaux passe au Premier ministre » a-t-elle dĂ©clarĂ©.

Au dĂ©but de dĂ©cembre 2008, le prĂ©sident tchĂšque a pu se rendre compte de la maniĂšre dont l’UE traitait ceux qui ne veulent pas se soumettre aux diktats de Berlin, Paris, Londres et Bruxelles. Un groupe de dĂ©putĂ©s du Parlement europĂ©en est allĂ© le voir et l’a forcĂ© Ă  publier, aprĂšs la rencontre, le procĂšs-verbal de leurs entretiens.2 On peut y lire notamment les propos du parlementaire Daniel Cohn-Bendit: «Votre avis sur le TraitĂ© de Lisbonne ne m’intĂ©resse pas. Vous allez devoir le ratifier. En outre, je veux que vous m’expliquiez le degrĂ© de votre amitiĂ© avec Monsieur Ganley [le chef du parti irlandais Libertas dont la campagne a considĂ©rablement contribuĂ© au succĂšs du non lors du rĂ©fĂ©rendum de mai 2008]. Comment pouvez-vous rencontrer un homme dont on ne sait pas qui le finance ? Etant donnĂ© votre fonction, vous ne deviez pas le rencontrer.»

Le prĂ©sident tchĂšque a rĂ©agi d’une maniĂšre trĂšs comprĂ©hensible: «Depuis 6 ans [depuis qu’il est prĂ©sident], personne ne m’a jamais parlĂ© sur ce ton. Nous ne sommes pas sur les barricades de Paris. Je croyais que ces mĂ©thodes avaient cessĂ© pour nous il y a 19 ans. Je vois que je me suis trompĂ©. [
] Je ne me doutais pas qu’une telle chose Ă©tait possible. Je n’avais pas vĂ©cu cela depuis 19 ans. Je croyais que cela appartenait au passĂ©, que nous vivions en dĂ©mocratie, mais l’UE fonctionne vraiment comme une post-dĂ©mocratie. Vous avez parlĂ© de valeurs europĂ©ennes. Ce sont avant tout la libertĂ© et la dĂ©mocratie et c’est surtout Ă  ces valeurs que sont attachĂ©s les citoyens de l’UE, mais aujourd’hui elles disparaissent de plus en plus.»

Le 17 octobre, il dĂ©clare toutefois lors d’un entretien au LidovĂ© noviny qu’il pourrait sans doute signer le traitĂ© dans le mois qui vient mĂȘme s’il demeure opposĂ© Ă  ce texte : « Au train oĂč vont les choses, c’est-Ă -dire trĂšs vite, il n’est plus possible d’arrĂȘter le traitĂ© ni de faire marche arriĂšre, quand bien mĂȘme certains d’entre nous le voudrions » et « Je n’ai jamais dit qu’il Ă©tait nĂ©cessaire que ma note de bas de page soit ratifiĂ©e par l’ensemble des États membres, ce qui impliquerait que l’on recommence tout le processus de ratification de Lisbonne ».

Le 3 novembre, la Cour constitutionnelle tchĂšque donne son feu vert pour poursuivre la derniĂšre Ă©tape de ratification malgrĂ© une plainte d’un groupe de sĂ©nateurs, proches du prĂ©sident, qui entendaient faire vĂ©rifier qu’il Ă©tait bien conforme Ă  la loi fondamentale tchĂšque. Quelques heures plus tard, Vaclav Klaus signe finalement le traitĂ©.


Allocution de Vaclav Klaus au Parlement européen
 
  
 
La Pologne:

De son cĂŽtĂ©, en Pologne, le PrĂ©sident Lech KaczyƄski, conservateur, avait dĂ©clarĂ© le 1er juillet 2008 que le rejet du texte par les Ă©lecteurs irlandais lors d’un rĂ©fĂ©rendum le 12 juin rendait « inutile » sa ratification, pourtant acceptĂ©e Ă  une large majoritĂ© (380+77 oui, 54+17 non) par le parlement en avril. Le prĂ©sident polonais Lech KaczyƄski avait finalement signĂ© le traitĂ© le 10 octobre 2009, comme il avait promis de le faire en cas de « oui » irlandais. Le traitĂ© de Lisbonne avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© ratifiĂ© par le Sejm et le SĂ©nat polonais.

1) ÉlĂ©ments essentiels du traitĂ© de Lisbonne:

       Que contient le traité de Lisbonne ?

  • Il permet d’accueillir de nouveaux États membres afin d’approfondir le projet de rĂ©conciliation europĂ©enne engagĂ© au dĂ©but des annĂ©es 50 ;
  • Concernant les dispositions institutionnelles (partie 1 de la « Constitution »), le traitĂ© de Lisbonne retient les dispositions suivantes :

− octroi de la personnalitĂ© juridique Ă  l’Union ;

− fusion des trois piliers ;

− nouvelle rĂšgle de la double majoritĂ©

− affirmation du principe de codĂ©cision entre le Parlement europĂ©en et le Conseil des ministres comme procĂ©dure lĂ©gislative ordinaire ;

− prĂ©sidence stable du Conseil europĂ©en (pendant 2 ans et demi) renouvelable une fois ;

− crĂ©ation du poste de « haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ© » ;

− droit d’initiative citoyenne ;

− renforcement de la dĂ©mocratie participative, etc.

- obtiention d’une personnalitĂ© juridique, qui donne la capacitĂ© de contracter, notamment d’ĂȘtre partie d’une convention internationale ou d’ĂȘtre membre d’une organisation internationale.

Piliers de l’Union europĂ©enne

Le TraitĂ© de Maastricht a organisĂ© l’Union europĂ©enne autour de trois piliers :

  • Premier pilier : le pilier communautaire qui correspond aux trois communautĂ©s :

− la CommunautĂ© europĂ©enne (CE).

− la CommunautĂ© europĂ©enne de l’Ă©nergie atomique (EURATOM).

− et l’ancienne CommunautĂ© europĂ©enne du charbon et de l’acier (CECA), qui avait Ă©tĂ© créée pour 50 ans et qui n’existe plus depuis le 22 juillet 2002.

  • DeuxiĂšme pilier : le pilier consacrĂ© Ă  la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune.
  •  TroisiĂšme pilier : le pilier consacrĂ© Ă  la coopĂ©ration policiĂšre et judiciaire en matiĂšre pĂ©nale.

Le systÚme de double majorité

Les dispositions relatives Ă  l’extension de la nouvelle rĂšgle de la double majoritĂ© Ă  un nombre croissant de domaines (par exemple les visas et le contrĂŽle de la circulation des Ă©trangers, le systĂšme commun d’asile, la politique commune de l’immigration et encore la coopĂ©ration judiciaire en matiĂšre pĂ©nale, etc.) sont reprises de la partie 3 de la Constitution. Jusqu’Ă  maintenant, la majoritĂ© qualifiĂ©e est dĂ©finie selon un systĂšme complexe de pondĂ©ration des voix selon lequel les États membres bĂ©nĂ©ficient d’un certain nombre de voix, pour une large part en fonction de leur poids dĂ©mographique. Le traitĂ© de Lisbonne y substituera un systĂšme fondĂ© sur une double majoritĂ© d’États et de population, selon lequel une « loi » sera adoptĂ©e au sein du Conseil si elle obtient au moins l’accord de 55% des États de l’Union (soit 15 États membres dans une Union composĂ©e de 27 États membres) reprĂ©sentant au moins 65% de la population de l’Union.

Le traitĂ© de Lisbonne prĂ©voit l’extension du vote Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e Ă  33 nouveaux articles. Avec les 63 articles qui relĂšvent dĂ©jĂ  de la majoritĂ© qualifiĂ©e, 96 articles sont dĂ©sormais concernĂ©s par le vote Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e.

Pour ce qui concerne les dispositions concernant la procĂ©dure de rĂ©vision, la rĂšgle de l’unanimitĂ© est maintenue.

NĂ©anmoins, le traitĂ© de Lisbonne prĂ©voit des possibilitĂ©s d’adaptation des traitĂ©s, permettant d’éviter des procĂ©dures de rĂ©vision lourdes :

  • les « clauses passerelles » (qui permettent au Conseil europĂ©en de dĂ©cider – Ă  l’unanimitĂ© et sauf en matiĂšre de dĂ©fense – le passage au vote dans tel ou tel domaine Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e).
  • les « clauses de flexibilitĂ© » pour Ă©tendre les compĂ©tences de l’Union.

2) Le traitĂ© de Lisbonne n’est plus la « Constitution europĂ©enne »

La « Constitution europĂ©enne » proposait d’abroger l’ensemble des traitĂ©s actuels et de les remplacer par un texte unique dont la vocation constitutionnelle Ă©tait affirmĂ©e. Le traitĂ© de Lisbonne se borne Ă  modifier les traitĂ©s existants, d’oĂč le nom de « traitĂ© modificatif » ou « rĂ©formateur ».

Une commission réduite

La Commission européenne conserve un rÎle central.

AprĂšs l’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne :

  • La premiĂšre Commission investie (2009-2014) comprendra, comme c’est le cas aujourd’hui, un commissaire issu de chaque État membre.
  • À partir de 2014, le nombre de commissaires correspondra aux deux tiers des États

membres (soit 18 dans une Union composĂ©e de 27 États membres). Les membres seront sĂ©lectionnĂ©s selon un systĂšme de rotation Ă©galitaire entre les États.

L’innovation la plus importante rĂ©side dans la crĂ©ation d’une prĂ©sidence stable. Comme le Parlement europĂ©en et comme la Commission, le Conseil europĂ©en aura un prĂ©sident Ă  plein temps, qui ne pourra pas exercer de mandat national. Il sera Ă©lu Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e par le Conseil europĂ©en pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois.

Le président du Conseil européen :

  • donne une voix et un visage Ă  l’Union europĂ©enne ;
  • assure la reprĂ©sentation de l’Union sur la scĂšne internationale ;
  • prĂ©side et coordonne les travaux du Conseil europĂ©en.

Un nouveau mode de décision au conseil des ministres

Le Conseil des ministres des États membres de l’Union (qui comprend diffĂ©rentes formations en fonction des secteurs concernĂ©s comme l’économie et les finances, l’agriculture, etc.) a pour rĂŽle principal de voter les actes de l’Union europĂ©enne.

La rÚgle de vote est modifiée.

En effet, Ă  la diffĂ©rence du Parlement europĂ©en, oĂč l’on vote Ă  la majoritĂ© simple, la rĂšgle de vote au Conseil prend en compte le poids respectif de chaque État de maniĂšre Ă  ce que les « lois » votĂ©es reflĂštent Ă  la fois la volontĂ© de la majoritĂ© des citoyens europĂ©ens mais aussi la rĂ©alitĂ© du poids des États membres de l’Union. C’est ce que l’on appelle la « double majoritĂ© » des États et des citoyens.

Un haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ©

Le traitĂ© de Lisbonne crĂ©e un Haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ©.

  • Il fusionnera les fonctions actuelles de Haut reprĂ©sentant de l’Union europĂ©enne pour la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune (poste occupĂ© aujourd’hui par Javier Solana) et de Commissaire europĂ©en chargĂ© des relations extĂ©rieures (poste occupĂ© actuellement par Benita Ferrero-Waldner)
  • NommĂ© par le Conseil europĂ©en et investi par le Parlement europĂ©en, il sera Vice-PrĂ©sident de la Commission europĂ©enne et prĂ©sidera le Conseil des affaires Ă©trangĂšres du Conseil des ministres.

Le Parlement européen: une institution encore plus influente

Les pouvoirs du Parlement européen sont étendus :

  • Les pouvoirs du Parlement sont renforcĂ©s en matiĂšre lĂ©gislative, budgĂ©taire mais aussi de contrĂŽle politique.
  • Le Parlement investit le PrĂ©sident de la Commission sur proposition du Conseil europĂ©en, « en tenant compte des Ă©lections du Parlement europĂ©en ».

En matiÚre législative:

- Extension de la procédure de codécision législative (Conseil des ministres et Parlement) à prÚs de 50 nouveaux domaines. Cette procédure donne au Parlement européen des pouvoirs législatifs comparables à ceux du Conseil des ministres.

- Cette procĂ©dure est principalement appliquĂ©e aux domaines de compĂ©tences actuels de l’Union europĂ©enne (marchĂ© intĂ©rieur et gouvernance Ă©conomique en particulier) et aux quelques compĂ©tences nouvelles qui lui sont attribuĂ©es. Dans ce dernier cas, on peut par exemple noter que les pouvoirs lĂ©gislatifs du Parlement europĂ©en portent dĂ©sormais sur le contrĂŽle des personnes aux frontiĂšres, aux dispositions rĂ©gissant l’accueil et le traitement des demandeurs d’asile, ainsi qu’à la lutte contre l’immigration clandestine.

En matiÚre budgétaire:

- Le Parlement europĂ©en se voit reconnaĂźtre un droit de dĂ©cision Ă©gal Ă  celui du Conseil des ministres, notamment pour l’adoption de l’ensemble du budget annuel (alors que le Conseil a aujourd’hui le dernier mot sur les dĂ©penses dites « obligatoires » qui reprĂ©sentent une large part du budget europĂ©en et notamment les dĂ©penses agricoles). Avec le traitĂ© de Lisbonne, le Parlement europĂ©en, qui est la seule institution de l’Union Ă  ĂȘtre Ă©lue au suffrage universel direct, voit donc ses pouvoirs et son poids politique fortement accrus au sein du « triangle institutionnel » (la Commission, le Conseil des ministres et le Parlement europĂ©en). Le traitĂ© de Lisbonne clarifie le partage des pouvoirs entre l’Union europĂ©enne et les États membres. Il apporte une rĂ©ponse Ă  la question « Qui fait quoi ? » dans l’Union europĂ©enne, ce qui renforce la responsabilitĂ© des diffĂ©rents niveaux de pouvoir.

Le Compromis de Ioannina

La nouvelle rĂšgle de vote issue du traitĂ© de Lisbonne (la double majoritĂ©) ne s’appliquera qu’en 2014, voire en 2017.

En effet, afin de rallier dĂ©finitivement la Pologne au cours de la nĂ©gociation, un dispositif transitoire (compromis de Ioannina, qui tire son nom d’une rĂ©union informelle des ministres des Affaires Ă©trangĂšres Ă  Ioannina, en GrĂšce, en 1994) a Ă©tĂ© prĂ©vu, par lequel si les États membres qui s’opposent Ă  un texte franchissent un certain seuil significatif tout en Ă©tant insuffisant pour bloquer la dĂ©cision (1/3 des États membres ou 25% de la population), l’ensemble des États membres s’engagent Ă  rechercher une solution pour rallier les opposants tout en se rĂ©servant la possibilitĂ© de passer Ă  tout moment au vote.

Quels principes de partage des compétences ?

Le partage des compĂ©tences entre l’Union europĂ©enne et les États membres est Ă©tabli ainsi :

  • L’Union dispose des compĂ©tences que les États lui attribuent dans le TraitĂ© de Lisbonne ;
  • Toutes les autres compĂ©tences continuent d’appartenir aux États.

Le traité de Lisbonne distingue trois grandes catégories de compétences :

  • Les compĂ©tences exclusives de l’Union dans les domaines oĂč celle-ci lĂ©gifĂšre seule :

− Union douaniùre ;

− Établissement des rĂšgles de concurrence nĂ©cessaires au fonctionnement du marchĂ© intĂ©rieur ;

− Politique monĂ©taire pour les États membres dont la monnaie est l’euro ;

− Conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique  commune de la pĂȘche ;

− Politique commerciale commune ;

− Conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prĂ©vue dans un acte lĂ©gislatif de l’Union, ou est nĂ©cessaire pour lui permettre d’exercer sa compĂ©tence interne, ou dans la mesure oĂč elle est susceptible d’affecter des rĂšgles communes ou d’en altĂ©rer la portĂ©e.

  • Les compĂ©tences partagĂ©es entre l’Union et les États membres, les États exerçant leur compĂ©tence dans la mesure oĂč l’Union n’a pas exercĂ© la sienne :

− MarchĂ© intĂ©rieur ;

− Politique sociale, pour les aspects dĂ©finis dans le prĂ©sent traitĂ© ;

− CohĂ©sion Ă©conomique, sociale et territoriale ;

− Agriculture et la pĂȘche, Ă  l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer ;

− Environnement ;

− Protection des consommateurs ;

− Transports ;

− RĂ©seaux transeuropĂ©ens ;

− Énergie ;

− Espace de libertĂ©, de sĂ©curitĂ© et de justice ;

− Enjeux communs de sĂ©curitĂ© en matiĂšre de santĂ© publique, pour les aspects dĂ©finis dans le traitĂ© de Lisbonne ;

− Recherche, dĂ©veloppement technologique, espace ;

− CoopĂ©ration au dĂ©veloppement et aide humanitaire.

  • Enfin, les domaines oĂč les États membres demeurent totalement compĂ©tents mais oĂč l’Union peut mener des actions d’appui ou de coordination (excluant toute harmonisation) du point de vue de l’aspect europĂ©en de ces domaines :

− Protection et amĂ©lioration de la santĂ© humaine ;

− Industrie ;

− Culture ;

− Tourisme ;

− Éducation, formation professionnelle, jeunesse et sport ;

− Protection civile ;

− CoopĂ©ration administrative.

Notons que les États coordonnent leurs politiques Ă©conomiques et celles de l’emploi au sein de l’Union et que la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune bĂ©nĂ©ficie d’un rĂ©gime spĂ©cifique.

Au niveau économique

Avant le traitĂ© de Lisbonne (Avec le traitĂ© de Nice – 2001):

  • Politique monĂ©taire :

- La Banque centrale europĂ©enne (BCE) est compĂ©tente pour les États de la zone euro.

- Chacun des États non membres de la zone euro reste seul compĂ©tent de sa politique monĂ©taire.

  • Politiques budgĂ©taire et fiscale :

- Les États membres sont seuls compĂ©tents.

- Ils sont nĂ©anmoins tenus de coordonner leurs politiques avec les autres États membres et de veiller au respect des rĂšgles du pacte de stabilitĂ© et de croissance.

Les apports du traité de Lisbonne :

  • Les modifications sont peu nombreuses mais elles consacrent l’existence officielle de l’Eurogroupe. La structuration des liens des États membres ayant adoptĂ© l’euro est clarifiĂ©e afin de coordonner plus Ă©troitement leurs politiques Ă©conomiques budgĂ©taires et fiscales.

Eurogroupe

L’Eurogroupe est une rĂ©union mensuelle informelle des ministres de l’économie et des finances des États membres de la zone euro. Ces rĂ©unions leur permettent de se concerter, notamment en matiĂšre de politique budgĂ©taire.

Il est présidé depuis le 1er janvier 2005 par Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.

Vers une politique de défense européenne

Le traitĂ© de Lisbonne comprend des avancĂ©es importantes en matiĂšre de « politique de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense commune » et constitue un pas essentiel vers le dĂ©veloppement d’une dĂ©fense europĂ©enne.

  • Il introduit une « clause de dĂ©fense mutuelle »: si l’un des États membres de l’Union europĂ©enne fait l’objet d’une agression, les autres ont un devoir d’assistance Ă  son Ă©gard.
  • Il introduit Ă©galement une « clause de solidaritĂ© »: elle assigne Ă  l’Union et Ă  chaque État membre le devoir de porter assistance, par tous les moyens, Ă  un État membre touchĂ© par une catastrophe d’origine humaine ou naturelle ou par une attaque terroriste.
  • Il Ă©tend aussi les possibilitĂ©s d’actions de l’Union Ă  la lutte contre le terrorisme, aux missions de prĂ©vention des conflits, aux missions de stabilisation postconflit, etc.
  • Il introduit la « coopĂ©ration structurĂ©e permanente », ouverte aux États qui s’engageront Ă  participer aux principaux programmes europĂ©ens d’Ă©quipement militaire et Ă  fournir des unitĂ©s de combat immĂ©diatement disponibles pour l’Union europĂ©enne.
  • Il consacre l’existence de l’Agence europĂ©enne de dĂ©fense, dans la perspective de dĂ©velopper une rĂ©elle politique europĂ©enne de l’armement et de coordonner l’effort d’Ă©quipement des diffĂ©rentes armĂ©es nationales, ce qui constitue une innovation importante.

Le traitĂ© de Lisbonne Ă©tend son champ d’activitĂ© aux questions industrielles et commerciales dans le domaine de l’armement. Ces États seront ainsi en mesure de remplir les missions militaires les plus exigeantes pour le compte de l’Union europĂ©enne, en particulier pour rĂ©pondre Ă  des demandes des Nations Unies.

Passage controversé concernant la peine de mort

L’article 2 («droit Ă  la vie») de la nouvelle Charte des droits fondamentaux dispose que «nul ne peut ĂȘtre condamnĂ© Ă  la peine de mort ni exĂ©cutĂ©.» Cela paraĂźt incontestable, mais dans un passage en petits caractĂšres on trouve les exceptions:

«La mort n’est pas considĂ©rĂ©e comme infligĂ©e en violation de cet article dans les cas oĂč elle rĂ©sulterait d’un recours Ă  la force rendu absolument nĂ©cessaire:

a)    pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b)    pour effectuer une arrestation rĂ©guliĂšre ou pour empĂȘcher l’évasion d’une personne rĂ©guliĂšrement dĂ©tenue;
c)    pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
»

3) Les nominations du prĂ©sident permanent du Conseil europĂ©en, du Haut reprĂ©sentant et du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne:

La prĂ©sidence suĂ©doise de l’Union europĂ©enne a ouvert, le jeudi 19 novembre au soir, le dĂźner de travail des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union en proposant la dĂ©signation du premier ministre belge au poste de prĂ©sident permanent du Conseil, et celle de la Britannique Catherine Ashton comme chef de la diplomatie. Cette proposition a Ă©tĂ© soumise pour approbation aux 27 dirigeants europĂ©ens Ă  l’occasion d’un tour de table. La dĂ©cision est tombĂ©e rapidement car aucune voix ne s’est Ă©levĂ©e contre cette proposition.

Herman Van Rompuy:

La presse belge le cite comme l’un des favoris sollicitĂ©s par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union europĂ©enne pour devenir le premier prĂ©sident permanent du Conseil europĂ©en, et Ă©voque les problĂšmes de gouvernement que son dĂ©part poserait Ă  la Belgique.

Herman Van Rompuy

Le 11 novembre 2009, Mario Borghezio, membre italien (MEP Ligue du Nord) du parlement europĂ©en Ă©voque la possibilitĂ© que les candidats aux postes de prĂ©sident et ministre des Affaires Ă©trangĂšres, comme Jan Peter Balkenende, David Miliband, Herman Van Rompuy parmi d’autres, pourraient ĂȘtre ceux des « groupes occultes » Bilderberg et Commission TrilatĂ©rale et non simplement ceux des forces politiques des pays. Le lendemain, Herman Van Rompuy se rend au ChĂąteau de Val Duchesse pour une rĂ©union du Groupe Bilderberg oĂč il donne, dans un discours, sa vision quant Ă  la gouvernance de l’Europe. Il y exprime l’idĂ©e selon laquelle l’Europe devrait ĂȘtre fĂ©dĂ©raliste Ă  l’image des États-Unis, et devrait pouvoir prĂ©lever un impĂŽt au niveau europĂ©en.

L’exercice de cette fonction commence thĂ©oriquement le 1er dĂ©cembre 2009, date d’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne. Selon ce traitĂ©, le prĂ©sident permanent ne peut assumer de mandat national le temps de sa prĂ©sidence. Herman Van Rompuy doit donc quitter son poste de Premier ministre le 30 novembre au plus tard. Exceptionnellement, de maniĂšre Ă  permettre au Premier ministre suĂ©dois (prĂ©sident tournant du Conseil europĂ©en jusqu’au 31 dĂ©cembre 2009) de terminer son mandat, il est dĂ©cidĂ© qu’Herman Van Rompuy dĂ©butera son mandat au 1er janvier 2010.

« L’horloger des compromis impossibles » est nommĂ© le 19 novembre 2009 au poste de premier prĂ©sident permanent, en mĂȘme temps que les deux autres titulaires des nouveaux postes créés par l’Union : le Haut reprĂ©sentant (Catherine Ashton) et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne (Pierre de Boissieu).

« Il n’est encore jamais arrivĂ© que des nĂ©gociations n’aboutissent pas Ă  l’adhĂ©sion de l’État en question Ă  l’Union europĂ©enne et cela n’arrivera pas non plus cette fois-ci. » ; intĂ©grer la Turquie, « pays important pour l’Europe », pose la question de l’attitude Ă  adopter pour d’autres pays comme l’Ukraine par exemple ; « L’Ă©largissement Ă  la Turquie n’est en rien comparable aux prĂ©cĂ©dentes vagues d’Ă©largissement. La Turquie n’est pas l’Europe et ne le sera jamais. Dire que l’Europe chrĂ©tienne est opposĂ©e Ă  cet Ă©largissement, c’est travestir la vĂ©ritĂ©. L’on peut en effet dire la mĂȘme chose d’autres familles et groupes politiques dans d’autres pays. Le fait est que l’adhĂ©sion d’un grand pays islamique comme la Turquie entraĂźnera une dilution des valeurs universelles sur lesquelles l’Europe repose et qui jouent par ailleurs un rĂŽle fondamental dans la doctrine chrĂ©tienne. »

« L’Europe est une Union de valeurs. C’est pourquoi nous avons la responsabilitĂ© de jouer un rĂŽle important dans le monde. [...] D’ailleurs, j’espĂšre que notre Union s’élargira encore pendant les prochains 2 ans et demi Ă  des pays qui, bien sĂ»r, rempliront les conditions. »

Catherine Ashton:

Née le 20 mars 1956, elle est une personnalité politique britannique, économiste de formation.

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Elle est nommĂ©e pair Ă  vie en tant que baronne Ashton of Upholland en 1999. Membre du Parti travailliste, elle devient en juin 2001 secrĂ©taire d’État au ministĂšre de l’Éducation, puis en septembre 2004, au dĂ©partement des Affaires constitutionelles, et enfin au ministĂšre de la Justice en 2007. Elle devient leader de la Chambre des Lords, pour le Parti travailliste. Politicienne de l’annĂ©e 2006, elle est dĂ©signĂ©e par Gordon Brown le 27 juin 2007 comme leader de la Chambre des Lords et Lord-prĂ©sidente du Conseil. AgĂ©e de 53 ans, cette travailliste est moins connue dans son pays qu’Ă  Bruxelles, oĂč elle a succĂ©dĂ© avec succĂšs, l’an dernier, Ă  son compatriote Peter Mandelson, comme commissaire europĂ©enne au commerce. Elle est rĂ©putĂ©e apprĂ©ciĂ©e par le prĂ©sident de la Commission, JosĂ© Manuel Barroso.

Pierre de Boissieu:

Pour le quotidien d’information spĂ©cialisĂ© Europolitique, « Bien plus qu’un acteur clĂ© de la construction europĂ©enne, Pierre de Boissieu est quasiment une lĂ©gende pour toute une gĂ©nĂ©ration de diplomates, d’eurocrates et de journalistes qui ont arpentĂ© les couloirs de l’Europe entre le milieu des annĂ©es 1970 et la fin de la derniĂšre dĂ©cennie. »

Pierre de Boissieu

Pierre de Boissieu, diplomate de formation, a Ă©tĂ© membre du cabinet du français François-Xavier Ortoli, vice prĂ©sident de la Commission europĂ©enne. A cette fonction, « il ne sera pas Ă©tranger au succĂšs de deux initiatives qui ont pavĂ© le chemin de l’euro : la fondation du SystĂšme monĂ©taire europĂ©en et la crĂ©ation de l’unitĂ© de compte europĂ©enne : l’Ă©cu », selon le quotidien spĂ©cialisĂ© Europolitique.

Il a alors Ă©tĂ© l’un des principaux nĂ©gociateurs et rĂ©dacteur du traitĂ© de Maastricht conclu en dĂ©cembre 1991. Il est l’inventeur de l’organisation en trois piliers (JAI, PESC, UEM), qui a fini par s’imposer. « Poids trĂšs lourd dans les enceintes du conseil », il devint « le conseiller trĂšs Ă©coutĂ© tant de François Mitterrand que de Jacques Chirac ».

Pierre de Boissieu a Ă©tĂ© ambassadeur de France auprĂšs de l’Union europĂ©enne (ou « ReprĂ©sentant permanent », ou « RP ») de 1993 Ă  1999, battant le record de longĂ©vitĂ© dans ce poste.

Il devint secrĂ©taire adjoint du Conseil de l’Union europĂ©enne le 18 octobre 1999. Selon Europolitique, alors que le secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale Javier Solana se consacrait aux affaires internationales, Pierre de Boissieu « est devenu le patron absolu de l’institution. Sa connaissance des dossiers, des mĂ©canismes institutionnels, du personnel politique des Etats membres de l’UE l’ont rendu incontournable ». Pour Le Figaro en 2001, « dans les faits, Pierre de Boissieu est seul maĂźtre Ă  bord de ce qui est devenu, depuis l’affaiblissement de la Commission, le navire-amiral de l’Union. »

Le 19 novembre 2009, Pierre de Boissieu a Ă©tĂ© choisi comme SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne. Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral joue un rĂŽle crucial pour l’organisation des travaux europĂ©ens dans il assure la coordination. « De Boissieu a Ă©tĂ© nommĂ© pour deux ans jusqu’Ă  l’Ă©tĂ© 2011 », a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident français.

Note: Le texte intégral du traité de Lisbonne est disponible ici.

Sources: Fondation Robert Schuman

MecanoForums

Wikipédia

nov 15 2009

Le choix de la présidence européenne est entre les mains du Groupe Bilderberg

Devant le trĂšs sĂ©lect groupe de Bilderberg, Herman Van Rompuy a prĂ©sentĂ© sa vision de l’Europe. Une premiĂšre sortie depuis qu’il est citĂ© comme favori pour la prĂ©sidence du Conseil europĂ©en. Il s’est dit favorable Ă  un impĂŽt « vert » dans l’Union europĂ©enne, selon De Tijd et L’Echo.

bilderberg

Le Premier ministre Herman Van Rompuy, jusqu’ici trĂšs discret sur ses ambitions europĂ©ennes, a prĂ©sentĂ© jeudi soir sa vision sur l’Europe au groupe de Bilderberg, qui rĂ©unit des personnalitĂ©s de l’Ă©lite mondiale de la politique et des affaires, affirment L’Echo et De Tijd.

Herman Van Rompuy (CD&V) a notamment expliquĂ©, « avec toutes les nuances possibles », devant ce club trĂšs « select », lors d’un dĂźner Ă  Val-Duchesse, que les esprits mĂ»rissaient parmi les dirigeants europĂ©ens en faveur d’un impĂŽt « vert » propre Ă  l’Union europĂ©enne, afin de rĂ©duire les contributions financiĂšres des Etats-membres. La reprise Ă©conomique ne suffira pas Ă  rĂ©duire les dĂ©ficits budgĂ©taires « gigantesques » de nombreux pays de l’UE, a ajoutĂ© M. Van Rompuy.

‘De Tijd’ rapporte Ă©galement que l’actuel Premier ministre belge a semble « embĂȘtĂ© » par une question d’un participant italien sur ce nouvel impĂŽt « vert » – alors que la question d’une fiscalitĂ© europĂ©enne propre reste trĂšs dĂ©licate.

Ses propos circulent dĂ©sormais dans toutes les capitales europĂ©ennes, au risque d’hypothĂ©quer ses chances dans la course Ă  la prĂ©sidence du Conseil de l’Union, Ă  quelques jours du sommet europĂ©en extraordinaire du 19 novembre, souligne le journal.

Les discrĂštes confĂ©rences Bilderberg rĂ©unissent des dĂ©cideurs et leaders d’opinion occidentaux pour une sorte de Forum de Davos secret et interdit Ă  la presse. La premiĂšre a eu lieu en 1954 aux Pays-Bas, dans l’hĂŽtel Bilderberg de Oosterbeek (centre des Pays-Bas), dont elle a gardĂ© le nom.

Le Soir (Belgique)

Source : Mecanoblog

nov 13 2009

Comment expliquer la chute du mur de Berlin ?

Par Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Depuis des mois, la propagande politique dans le monde capitaliste tourne Ă  plein rĂ©gime Ă  l’occasion du 20Ăšme anniversaire de la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. À cette occasion, des cĂ©rĂ©monies et des festivitĂ©s ont Ă©tĂ© organisĂ©es un peu partout en Europe notamment dans la ville de Berlin qui a accueilli, entre autres, les deux caniches de l’impĂ©rialisme, Lech Walesa, l’ancien Ă©lectricien des chantiers de Gdansk et MikhaĂŻl Gorbatchev. Si l’on tente une psychanalyse de l’évĂ©nement, nous dirons que derriĂšre l’hystĂ©rie mĂ©diatico-politique, se cache une angoisse nĂ©vrotique provoquĂ©e par un capitalisme sĂ©nile et comateux et par un systĂšme impĂ©rialiste en Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©. À en croire les sirĂšnes de la propagande capitaliste, notre monde est devenu, depuis la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc de l’Est, plus libre et plus dĂ©mocratique.

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Célébration à Paris du 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin sur la place de la Concorde, le lundi 9 novembre 2009.

Dire que le monde est devenu plus libre et plus dĂ©mocratique aprĂšs la chute du mur de Berlin, c’est une bonne blague Ă  1 euro. Allez demander aux millions de chĂŽmeurs de l’ex-RDA, aux ouvriers roumains de DACIA, aux millions de chĂŽmeurs amĂ©ricains et europĂ©ens, aux millions de spoliĂ©s, d’exploitĂ©s et de bĂ©nĂ©ficiaires de la soupe populaire et des banques alimentaires,(on croirait au XIXĂš siĂšcle), s’ils sont devenus plus libres depuis la chute du mur de Berlin. Quant Ă  ceux qui claironnent Ă  longueur de journĂ©e et qui croient dur comme fer Ă  la fin du socialisme, ils vont un peu vite en besogne et prennent leurs dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s, car ils sont tout simplement victimes de la propagande capitaliste dont le travail a consistĂ© plus prĂ©cisĂ©ment depuis la chute du mur de Berlin Ă  enfoncer Ă  coup de marteau dans la tĂȘte des masses l’idĂ©e de la fin du socialisme et du communisme. La fin de l’histoire de Francis Fukuyama avec le triomphe dĂ©finitif du capitalisme sur le socialisme, c’est plutĂŽt une pure affabulation et une histoire drĂŽle que l’on raconte aux enfants pour les endormir. Dans cet article, nous allons proposer notre propre lecture de la chute du mur de Berlin, une version, Ă  n’en pas douter, diffĂ©rente de celle vĂ©hiculĂ©e par la machine de propagande capitaliste.

LA CHUTE DU MUR DE BERLIN, SÉQUENCE DE LA POLITIQUE DE CONTAINMENT

En faisant de la chute du mur de Berlin tout un symbole, la propagande officielle vise Ă  exploiter l’évĂ©nement Ă  son profit pour atteindre deux buts psychologiques inavouĂ©s : (1) renforcer davantage les dispositifs rĂ©pressifs et policiers dans les pays capitalistes tout en dissertant sur la soi-disant libertĂ© retrouvĂ©e aprĂšs la chute du mur de Berlin ; (2) cacher l’incapacitĂ© des dirigeants des États capitalistes Ă  faire face Ă  la cirse chronique et endĂ©mique de leur systĂšme. Aux derniĂšres nouvelles en provenance d’outre-Atlantique, les Etats-Unis ont perdu en un an 7 millions d’emplois et le groupe d’investissement CIT a fait faillite avec une perte de 71 milliards de dollars et une dette estimĂ©e Ă  65 milliards de dollars. Ils n’arrĂȘtent pas de nous dire que tout va bien Madame la Marquise.

Franchement, nous avons du mal Ă  croire qu’un mur en bĂ©ton fasse l’objet de tant de tapages et de tintamarres mĂ©diatiques. Nous l’avons tous compris, on n’a pas besoin de devins attitrĂ©s comme Ă  l’époque des Babyloniens, pour dĂ©chiffrer le sens de l’évĂ©nement cĂ©lĂ©brĂ© en grande pompe Ă  Berlin, le monde capitaliste nargue les esprits en cherchant Ă  faire croire que la loi de la jungle est la seule voie qui est qui est ouverte au genre humain. En examinant les choses de plus prĂšs, on dĂ©couvre que la chute du mur de Berlin est en elle-mĂȘme un Ă©vĂ©nement insignifiant voire mĂȘme un non-Ă©vĂ©nement au regard d’autres Ă©vĂ©nements qui ont bouleversĂ© la donne et prĂ©cipitĂ© la dislocation du bloc de l’Est. D’abord, la construction du mur de Berlin le 13 aoĂ»t 1961 n’a jamais entravĂ© ni la circulation des hommes ni celle des marchandises entre d’une part, les deux Allemagne et d’autre part entre l’ex-RDA et les Etats capitalistes de l’Ouest. Ce qui a fait de la chute du mur de Berlin un Ă©vĂ©nement et un symbole, c’est la propagande politique capitaliste dont le travail consiste Ă  dĂ©former et Ă  interprĂ©ter les faits et les Ă©vĂ©nements d’une façon tendancieuse et erronĂ©e. Ainsi la chute du mur de Berlin n’est-elle en rĂ©alitĂ© qu’une surperproduction hollywoodienne dont la mise en scĂšne et la rĂ©alisation ont Ă©tĂ© assurĂ©es par la machine de propagande amĂ©ricaine et europĂ©enne.

Deux Ă©vĂ©nements majeurs peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme annonciateurs de la fin imminente du socialisme est-europĂ©en. Le premier Ă©vĂ©nement a eu lieu le 10 septembre 1989 quand la Hongrie avait laissĂ© franchir les frontiĂšres autrichiennes aux 12 000 « rĂ©fugiĂ©s politiques » en majoritĂ© originaire de l’ex-RDA. Le deuxiĂšme Ă©vĂ©nement majeur est intervenu deux jours plus tard, c’est-Ă -dire le 12 septembre 1989, avec l’arrivĂ©e de Solidarnosc au pouvoir en Pologne qui revient ainsi Ă  la loi de la jungle capitalisme qui rĂ©gnait dans ce pays avant la Seconde Guerre mondiale. D’autres Ă©vĂ©nements de moindre importance ont marquĂ© la fin du socialisme existant comme l’assassinat de l’ancien prĂ©sident roumain Nicolae Ceausescu et de sa femme Helena dans une cour d’école prĂšs de Bucarest le 24 dĂ©cembre 1989 ou la rĂ©union Ă  Malte le mĂȘme mois, entre George Bush Senior et MikhaĂŻl Gorbatchev, une rĂ©union qui rappelle curieusement la confĂ©rence de Yalta (4-11 fĂ©vrier 1945) tenue entre Roosevelt, Staline et Churchill. La fissuration du « rideau de fer » a rĂ©ellement commencĂ© le 10 septembre 1989 et non pas le 9 novembre 1989 et le monde capitaliste aurait dĂ» fĂȘter sa victoire Ă  la Pyrrhus non pas un 9 novembre mais un 10 septembre.

Pour bien apprĂ©cier la portĂ©e rĂ©elle de la chute du mur de Berlin, il faudra replacer cet Ă©vĂ©nement dans le cadre de la politique de l’endiguement ou de containment dont les principes avaient Ă©tĂ© Ă©noncĂ©s et dĂ©finis par les deux discours de Harry Truman le 12 mars 1947 et de Winston Churchill Ă  Fulton. La politique de containment a pour but de contenir l’expansion communiste soviĂ©tique en Europe et dans le reste du monde par une sĂ©rie d’alliances militaires et Ă©conomiques. Une fois la Seconde Guerre mondiale terminĂ©e, les dirigeants AmĂ©ricains ne sont pas allĂ©s par quatre chemins pour affirmer haut et fort leur credo, celui d’en finit avec le pouvoir soviĂ©tique et du communisme non seulement sur le continent europĂ©en mais dans les autres rĂ©gions du monde. D’abord, les Etats-Unis n’ont jamais reconnu le statu quo en Europe orientale et centrale et leur objectif avouĂ© a toujours Ă©tĂ© la « libĂ©ration » par n’importe quel moyen des peuples est-europĂ©ens du « joug » et de « l’oppression » soviĂ©tique. Mais sur les maniĂšres et les moyens de contenir la puissance soviĂ©tique, les dirigeants amĂ©ricains n’étaient pas tous sur la mĂȘme longueur d’onde, car il y avait les « durs » et les « rĂ©alistes ». En effet, au camp des rĂ©alistes partisans des nĂ©gociations avec l’Union soviĂ©tique pour l’évacuation de l’ArmĂ©e Rouge d’Europe centrale et orientale, s’opposĂšrent les partisans de l’option militaire voire l’option nuclĂ©aire pour en dĂ©coudre avec le pouvoir soviĂ©tique. Parmi les durs, figurait, entre autres, Foster Dulles qui, lors de la campagne prĂ©sidentielle de 1952 et aprĂšs une longue confĂ©rence avec Eisenhower en aoĂ»t, dĂ©nonça le containement comme dĂ©pendant de l’espoir que « les dictatures communistes seraient tellement assouvis avec 800 millions de personnes qu’ils resteraient lĂ  ils Ă©taient ». Pour Dulles, tabler sur cette hypothĂšse irrĂ©aliste Ă©tait suicidaire pour les Etats-Unis qui devaient tout faire pour dĂ©tacher la Russie de ses satellites en brisant l’Union soviĂ©tique de l’intĂ©rieur. Pour George Kennan, la diplomatie (au sens de nĂ©gociation) Ă©tait inutile avec les SoviĂ©tiques et il pensait qu’il valait mieux avoir « une confrontation avec eux maintenant que plus tard ». Cette politique de containment visant Ă  encercler l’Union soviĂ©tique par des bastions militaires et Ă©conomiques installĂ©s sur le pourtour des frontiĂšres soviĂ©tiques a Ă©tĂ© traduite notamment par la crĂ©ation de l’Alliance Atlantique Nord en avril-juin 1949 et par la rĂ©surrection de la puissance Ă©conomique et militaire de l’Allemagne de l’Ouest devenue en mai 1955, lors de la ConfĂ©rence de Paris, membre Ă  part entiĂšre de l’OTAN. Huit jours plus tard, en riposte Ă  l’OTAN et Ă  l’entrĂ©e de l’Allemagne dans l’Alliance Atlantique, le Pacte de Varsovie Ă©tait signĂ© groupant la Pologne, la TchĂ©coslovaquie, l’Albanie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie. La politique de containment s’est illustrĂ©e Ă©galement par la lutte contre l’influence de l’Union soviĂ©tique en MĂ©diterranĂ©e avec la formation du pacte de Bagdad dirigĂ©e contre l’Egypte nassĂ©rienne qui s’était alignĂ©e sur la position soviĂ©tique aprĂšs la conclusion d’un contrat egypto-tchĂ©coslovaque de fourniture d’armement.

Le mur de Berlin n’est donc pas tombĂ© tout seul dans une nuit Ă©toilĂ©e sous la pression de peuples opprimĂ©s assoiffĂ©s de libertĂ© et de dĂ©mocratie comme le prĂ©tend la propagande capitaliste; il a tout simplement cĂ©dĂ© sous la pression de saboteurs et de comploteurs extĂ©rieurs et intĂ©rieurs, soutenus et financĂ©s par le gouvernement amĂ©ricain, la CIA, les services secrets occidentaux et par une myriade de groupements et d’institutions agissant souterrainement dont le seul but Ă©tait de combattre le communisme tant Ă  l’intĂ©rieur du continent europĂ©en que dans d’autres zones de la planĂšte notamment en AmĂ©rique latine considĂ©rĂ©e jadis et mĂȘme aujourd’hui comme la chasse gardĂ©e et l’arriĂšre cour(backyard) de l’impĂ©rialisme amĂ©ricain. Mais si les saboteurs et les comploteurs ont rĂ©ussi leur coup en faisant tomber mur de Berlin, c’est parce que les conditions s’y prĂȘtaient cette fois-ci et pas les autres fois, c’est-Ă -dire les effets de la guerre psychologique menĂ©e contre l’Union soviĂ©tique et le bloc de l’Est dans le cadre de la politique de containment commençaient Ă  se faire sentir. Sans une longue et intense guerre psychologique, il serait impossible d’expliquer le phĂ©nomĂšne de dissidence, le revirement idĂ©ologique et la reconversion Ă  l’anticommunisme et Ă  l’archĂ©o-libĂ©ralisme d’une partie de l’ancienne nomenklatura communiste. C’est la guerre psychologique menĂ©e par l’Occident contre l’Union soviĂ©tique et les pays de l’Est qui a entraĂźnĂ© l’émergence d’une nouvelle force centrifuge viscĂ©ralement anticommuniste et fonciĂšrement hostile aux rĂ©gimes socialistes en place. Ce phĂ©nomĂšne de reconversion d’intellectuels, on le trouve Ă©galement dans les pays capitalistes oĂč une bonne partie de l’intelligentsia occidentale a elle aussi virĂ© de bord et elle Ă©tĂ© contaminĂ© par le virus anticommuniste et archĂ©o-libĂ©ral. Aux Etats-Unis, par exemple, les principaux thĂ©oriciens de la rĂ©volution conservatrice Ă©taient des anciens marxistes et des militants communistes durant les annĂ©es 1950 et 1960.

mur2Célébration à Paris du 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin sur la place de la Concorde, le lundi 9 novembre 2009.

LE FAUX CONCEPT DE LA GUERRE FROIDE

Aujourd’hui le concept de la guerre froide est employĂ© Ă  tort et Ă  travers sans se demander s’il recouvre ou exprime une rĂ©alitĂ© politique avĂ©rĂ©e. Disons le tout de suite, le concept de la guerre froide est un faux concept, car il a Ă©tĂ© inventĂ© de toutes piĂšces pour maquiller les visĂ©es belliqueuses de l’Occident et la croisade capitaliste contre le communisme et l’Union soviĂ©tique. D’abord, qui dit guerre dit budget militaire et la soi-disant guerre froide a servi de prĂ©texte aux Etats-Unis pour augmenter vertigineusement leurs dĂ©penses militaires. Par exemple, dans les deux annĂ©es qui suivirent le dĂ©but de la soi-disant guerre froide, le budget amĂ©ricain de la dĂ©fense a explosĂ© atteignant la somme de 50 milliards de dollars au lieu de 13 milliards de dollars Ă  la sortie de la guerre, soit une augmentation de 325%. L’expression de guerre froide a Ă©tĂ© employĂ©e pour la premiĂšre fois par un journaliste amĂ©ricain, Walter Lippmann qui, dans une sĂ©rie d’articles publiĂ©s en septembre 1947, proposait aux dirigeants anglo-saxons sa propre vision des relations Est-Ouest et ainsi que des solutions pour en finir avec la prĂ©sence soviĂ©tique en Europe centrale et orientale. Face aux partisans de la ligne dure avec l’Union soviĂ©tique, Lippmann Ă©tait plutĂŽt partisan des thĂšses rĂ©alistes en partant de l’idĂ©e que l’Union soviĂ©tique Ă©tait affaiblie par la guerre et qu’elle Ă©tait plus encline Ă  nĂ©gocier le dĂ©part de son armĂ©e d’Europe de l’Est qu’à chercher la confrontation avec ses anciens alliĂ©s, notamment les Etats-Unis. Alors que Lippmann prĂ©conisait la voie de la nĂ©gociation comme seul moyen pour faire partir l’ArmĂ©e rouge de l’Europe centrale et orientale, les dirigeants occidentaux attendaient impatiemment et travaillaient dur pour l’effondrement de l’Union soviĂ©tique grĂące au renforcement de la politique de containment qui Ă©touffera l’Union soviĂ©tique de l’extĂ©rieur plutĂŽt qu’à encourager des forces saines de l’intĂ©rieur. Pour eux, la politique de containment promettait d’ĂȘtre doublement avantageuse, car elle renforcerait l’Ouest tout en encourageant le pouvoir soviĂ©tique, dĂ©jĂ  dangereusement tendu, Ă  s’étendre encore un peu plus et peut-ĂȘtre Ă  aller encore un peu plus loin, prĂ©cipitant par lĂ  son effondrement final.

Si nous disons que le concept de la guerre froide est un faux concept, c’est tout simplement pour faute de belligĂ©rants, car, pour qu’il y ait guerre, il faut au moins deux parties belligĂ©rantes, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis et de l’Union soviĂ©tique du fait qu’il n’y avait qu’une seule partie qui cherchait dĂ©sespĂ©rĂ©ment la guerre, les Etats-Unis d’AmĂ©rique. D’ailleurs, l’Union soviĂ©tique n’avait strictement aucun intĂ©rĂȘt, ni stratĂ©gique, ni politique ni militaire Ă  provoquer des tensions et Ă  entrer en conflits ouverts avec qui que ce soit et surtout pas avec les Etats-Unis et cela pour trois raisons principales. Primo, Ă  la sortie de la Seconde Guerre, l’Union soviĂ©tique Ă©tait un pays exsangue Ă©conomiquement et humainement avec ses 20 millions de morts. Secondo, l’Union soviĂ©tique n’était pas assez puissante militairement pour affronter les Etats-Unis qui Ă©taient dĂ©jĂ  une puissance nuclĂ©aire. Tercio, l’Union soviĂ©tique cherchait absolument une pĂ©riode de rĂ©pit pour consolider ses positions tant Ă  l’intĂ©rieur de ses frontiĂšres et sa zone d’influence que sur la scĂšne internationale. L’histoire des relations politiques et diplomatiques d’aprĂšs-guerre montre que l’Union soviĂ©tique avait adoptĂ© un profil bas en multipliant les gestes conciliants envers les Occidentaux. MĂȘme Staline, quelques mois avant sa mort, disait que la victoire finale du communisme n’impliquait pas nĂ©cessairement un conflit armĂ©e entre l’Est et l’Ouest. Alors qu’en mĂȘme temps les partisans de la guerre totale contre le communisme et l’Union soviĂ©tique faisait rage aux Etats-Unis avec le maccarthysme. Quelques jours aprĂšs la mort de Staline, Malenkov dĂ©clarait qu’il n’existait pas de diffĂ©rend qui ne pĂ»t ĂȘtre rĂ©glĂ© d’une maniĂšre pacifique. Le 1er juin 1952, Moscou renonçait officiellement Ă  ses revendications territoriales sur deux districts anatoliens ; le 8 juin le contrĂŽle interzones de l’Autriche prenait Ă©galement fin. Le 26 janvier 1955, Moscou mit fin Ă  l’état de guerre avec l’Allemagne, couronnĂ© par une visite du chancelier Adenauer le 13 juin. Le 19 septembre, l’Union soviĂ©tique restitua Ă  la Finlande l’enclave de Porkkala. Nouvelle concession soviĂ©tique, la signature Ă  Vienne le 15 mai 1955, du « traitĂ© d’État » par lequel prenait fin l’occupation de l’Autriche, laquelle s’engageant Ă  son tour Ă  rester neutre et Ă  refuser toute union politique ou Ă©conomique avec l’Allemagne. Toutes ces initiatives positives de l’Union soviĂ©tique plaidaient en faveur d’une politique d’apaisement et de normalisation avec l’Occident et non pas de tensions et de confrontation. OĂč sont-elles les vellĂ©itĂ©s guerriĂšres de l’Union soviĂ©tique dans tous ces gestes que l’on vient d’énumĂ©rer ? En fait, ce sont les Etats capitalistes dirigĂ©s par les Etats-Unis qui Ă©taient emmurĂ©s dans leurs certitudes et dans ce qu’ils considĂ©raient comme leur chasse gardĂ©e, l’Europe orientale et centrale. A cet Ă©gard, il faudra dissiper un malentendu, concernant l’avĂšnement des dĂ©mocraties populaires en Europe centrale et orientale. La propagande politique capitaliste affirme que les dĂ©mocraties populaires et les rĂ©gimes socialistes nĂ©s en Europe centrale et orientale aprĂšs la Seconde Guerre mondiale ont Ă©tĂ© imposĂ©es par la torture, la terreur, l’arbitraire et les jugements sommaires. À cette affirmation, on peut opposer deux objections : la premiĂšre objection, c’est que tout pouvoir, quelque que soit sa nature, soit-elle la plus dĂ©mocratique, est fondĂ© d’abord et avant tout sur la violence et celui qui prĂ©tend le contraire qu’il montre un seul exemple oĂč un pouvoir a Ă©tĂ© fondĂ© d’une maniĂšre pacifique et contractuelle. La deuxiĂšme objection, que l’Union soviĂ©tique aidĂąt les communistes est-europĂ©ens Ă  prendre le pouvoir, c’est un fait mais cette prise de pouvoir n’a pas Ă©tĂ© faite avec l’ aide d’une force Ă©trangĂšre envahissante ayant des visĂ©es impĂ©rialistes. Avant la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviĂ©tique ne visait pas Ă  l’annexion de territoires en Europe centrale et orientale et Staline n’avait pas programmĂ© l’invasion des pays de l’Est pour y imposer des gouvernements communistes en TchĂ©coslovaquie, en Pologne, en Roumanie, en Albanie « ex-satellite d’Hitler », en Hongrie, en Bulgarie et en RĂ©publique dĂ©mocratique allemande. Alors que Ronald Reagan et George Bush junior avaient envoyĂ© les troupes amĂ©ricaines pour envahir la Grenade en 1983, l’Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003. L’ArmĂ©e Rouge s’est retrouvĂ©e devant le fait accompli dans les pays de l’Est dont les territoires avaient servi de lieu de passage Ă  l’armĂ©e nazie du TroisiĂšme Reich pour dĂ©truire l’Union soviĂ©tique et le pouvoir communiste. Ce sont donc les impĂ©ratifs de la guerre qui ont poussĂ© les SoviĂ©tiques Ă  entrer en Europe de l’Est. D’ailleurs, les États capitalistes n’étaient pas du tout mĂ©contents et ils voyaient bien au contraire d’un bon Ɠil l’invasion des pays d’Europe de l’Est par l’armĂ©e du troisiĂšme Reich, car il comptait sur Hitler pour faire le sale travail, pour conjurer la menace du communisme soviĂ©tique et pour dĂ©barrasser finalement le continent europĂ©en du communisme. Ce que ne disent pas la propagande politique capitaliste et les manuels d’histoire, c’est grĂące Ă  l’ArmĂ©e Rouge que les dĂ©mocraties populaires d’Europe orientale et centrale ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©es de l’occupation nazie et il Ă©tait donc normal que l’Union soviĂ©tique cherchĂąt Ă  aider les partis communistes des zones occupĂ©es par l’ArmĂ©e Rouge Ă  conquĂ©rir le pouvoir et Ă  y Ă©tablir sa propre zone d’influence. Les Etats-Unis et les Occidentaux ont bien leurs zones d’influence en Afrique, en AmĂ©rique latine et ua Moyen Orient, pourquoi refuseraient-ils ce droit Ă  l’Union soviĂ©tique?

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Célébration à Paris du 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin sur la place de la Concorde, le lundi 9 novembre 2009.

CHUTE DU MUR DE BERLIN :

AVATAR D’UNE GUERRE PSYCHOLOGIQUE

La propagande capitaliste rĂ©pĂšte Ă  qui veut l’entendre que la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc de l’Est sont l’expression d’un rejet du socialisme et du communisme par les peuples est-europĂ©ens. C’est ce que disent les journalistes des mass medias, les propagandistes attitrĂ©s et les intellectuels des supermarchĂ©s mais la rĂ©alitĂ© est tout autre chose. Les peuples est-europĂ©ens ont-ils rĂ©ellement rejetĂ© le socialisme ? On ne peut qu’en douter, car les peuples est-europĂ©ens sont lĂ  pour faire uniquement de la figuration et ils sont incapables de discerner entre leurs propres intĂ©rĂȘts et ceux de leurs oppresseurs. Toutefois, il convient d’apporter une lĂ©gĂšre nuance Ă  cette affirmation concernant les peuples est-europĂ©ens du fait que ces derniers ont vĂ©cu sous deux systĂšmes sociaux diffĂ©rents et ils ont eu le loisir de comparer entre les avantages et les inconvĂ©nients de l’un et de l’autre. Ce qui n’est pas le cas des peuples dans les pays capitalistes qui n’ont jamais eu cette occasion historique pour comparer par eux-mĂȘmes entre deux sociaux et idĂ©ologiques diffĂ©rents puisqu’ils vivent depuis deux siĂšcles sous le rĂšgne et la domination de la bourgeoise. Ceux qui ont vĂ©cu sous un rĂ©gime socialiste avant de basculer dans le capitalisme sauvage ont pu voir la diffĂ©rence entre un systĂšme socialiste qui leur assurait la sĂ©curitĂ© de l’emploi de la naissance Ă  la mort et un capitalisme sauvage synonyme de chĂŽmage de masse et d’insĂ©curitĂ© psychologique permanente due plus prĂ©cisĂ©ment Ă  l’insĂ©curitĂ© d’emploi. Les personnes interrogĂ©es dans les sondages d’opinion rarement publiĂ©s ou divulguĂ©s en Occident avouent avoir Ă©tĂ© leurrĂ©es par la propagande politique de Free Europe et de Voice of America qui leur prĂ©sentaient l’Occident comme un havre de paix et de libertĂ©. A titre d’exemple, le quotidien amĂ©ricain USA Today a publiĂ© le 11 octobre 1999 un sondage dans lequel 51% des Allemands de l’est disent regretter le temps d’avant la chute du mur de Berlin et affirment que l’Occident qu’ils ont dĂ©couvert n’est pas celui dĂ©crit par la Radio Free Europe et la voix de l’AmĂ©rique.

Ceux qui ont contribuĂ© Ă  la chute du mur de Berlin et Ă  la dislocation du bloc de l’Est, ce ne sont pas les peuples est-europĂ©ens eux-mĂȘmes qui, comme tous les peuples de la terre, n’ont fait que suivre le mouvement mais une minoritĂ© de privilĂ©giĂ©s appartenant Ă  l’ancienne nomenklatura communiste. À force de matraquage et de viol psychique, cette minoritĂ© ex-communiste finit par cĂ©der aux sirĂšnes de la propagande capitaliste diffusĂ©e par radio Free Europe et par la Voix d l’AmĂ©rique. Ce phĂ©nomĂšne de reconversion d’anciens communistes Ă  l’anticommunisme et Ă  l’archĂ©o libĂ©ralisme a commencĂ© d’abord par le mouvement de dissidence avant de toucher une grande partie des cadres des partis communistes et de la nomenklatura communiste. Ce qui explique le revirement idĂ©ologique de cette minoritĂ©, c’est sa position privilĂ©giĂ©e par rapport aux autres couches sociales notamment par son niveau de vie moyen, son degrĂ© d’instruction et sa culture moyenne. Car il faut bien savoir, une propagande n’agit pas sur des individus incultes et sur des pauvres dĂ©munis matĂ©riellement, socialement et intellectuellement. Ceux qui sont les plus sensibles Ă  la propagande, ce sont gĂ©nĂ©ralement ceux qui ont fait des Ă©tudes secondaires ou universitaires, ceux qui possĂšdent un minimum vital et qui n’ont pas beaucoup de soucis concernant leurs moyens d’existence. Autrement dit, pour que la propagande soit efficace, il faut que ceux Ă  qui elle s’adresse aient une certaine aisance matĂ©rielle, un certain niveau d’instruction et une culture moyenne. Dans les pays occidentaux, c’est donc Ă  cette catĂ©gorie sociale mĂ©diane, souvent appelĂ©e classe moyenne, que s’adresse la propagande et c’est parce qu’elle est la masse la plus rĂ©ceptive aux thĂšmes et aux symboles vĂ©hiculĂ©s par les propagandistes. C’est d’ailleurs cette expĂ©rience dans la manipulation des foules et des masses en Occident qui a servi de laboratoire aux concepteurs et aux planificateurs de la guerre psychologique contre les pays socialistes en ciblant en particulier cette masse moyenne que formait la nomenklatura communiste. Les rĂ©volutions des velours qui ont eu lieu rĂ©publiques soviĂ©tiques recrutaient parmi des jeunes, des Ă©tudiants et des intellectuels.

La guerre psychologique menĂ©e contre les l’Union soviĂ©tique et les pays socialistes a dĂ©marrĂ© dĂšs 1945 lorsque les PrĂ©sidents Harry Truman et Dwight Eisenhower dĂ©cidĂšrent de transformer les agences de propagande créées durant la Seconde Guerre mondiale en leur assignant une nouvelle mission, combattre l’Union soviĂ©tique et les dĂ©mocraties populaires de l’Est et les mouvements d’émancipation dans les pays du Tiers-monde. Ainsi, des hommes et des rĂ©seaux travaillant jadis pour l’Allemagne nazie ont-ils Ă©tĂ© recrutĂ©s et enrĂŽlĂ©s dans les nouveaux services de propagande Ă©tats uniens pour fournir des Ă©tudes et des renseignements sur l’Union soviĂ©tique et les pays de l’Est. On peut citer Ă  titre d’exemple, l’organisation Gehlen, constituĂ©e et dirigĂ©e par Reinhold Gehlen et financĂ©e par la CIA. Gehlen qui appartenait Ă  la Reichwehr depuis 1920, avait Ă©tĂ© nommĂ© chef de la section d’espionnage de l’ArmĂ©e allemande sur le front russe en 1942 oĂč il obtint Ă  quarante-trois ans le grade de gĂ©nĂ©ral de division. AprĂšs la guerre, le gĂ©nĂ©ral Gehlen fut fait prisonnier par les AmĂ©ricains et on lui confia le commandement autonome d’une armĂ©e d’espions avec un Ă©tat-major choisi personnellement pour organiser l’espionnage dans la zone soviĂ©tique d’Allemagne pour le compte des Etats-Unis. Gehlen recevait 6 millions de dollars par pour financer ses opĂ©rations. Son organisation comprenait l’élite de l’ancien corps de contre-espionnage de l’armĂ©e allemande et des agents de diverses nationalitĂ©s Ă©parpillĂ©es en Europe Orientale et dans les Balkans.

Pour pouvoir retourner une partie de la nomenklatura communiste, la propagande capitaliste a menĂ© un long travail de sape psychologique s’étalant sur une quarantaine d’annĂ©es. Cette guerre psychologique a employĂ© des techniques extrĂȘmement sophistiquĂ©es combinant subversion, sabotage, opĂ©rations spĂ©ciales, guĂ©rilla, espionnage, pressions politiques, culturelles, Ă©conomiques. Ces diffĂ©rentes techniques de guerre psychologique Ă©taient adaptĂ©es et modifiĂ©es en fonction de chaque situation mais elles avaient au dĂ©but des ratĂ©s. Par exemple, c’est la technique de propagande blanche ou ouverte qui a fait Ă©chouer les tentatives des rĂ©formes de Wladdyslaw Gomulka en Pologne et d’Imre Nagy en Hongrie en 1956 quand Radio free Europe et Voice of America appelaient ouvertement les populations polonaises et hongroises aux soulĂšvements contre les gouvernements communistes en place. C’est cette propagande ouverte qui a donnĂ© des alibis a l’Union soviĂ©tique pour envoyer ses chars Ă  Budapest et pour Ă©craser le soulĂšvement hongrois. LĂ  oĂč la propagande de Radio free Europe s’est dĂ©masquĂ©e comme une propagande blanche ou propagande ouverte, c’est quand Imre Nagy avait appelĂ© le 24 octobre 1956 les populations hongroises au calme, Ă  l’ordre et Ă  la discipline alors que quelques jours plus tard, le 31 octobre 1956, l’expert militaire de radio free Europe proclamait « le ministĂšre de la DĂ©fense et le ministĂšre de l’intĂ©rieur sont encore aux mains des communistes. Ne laissez pas durer cette situation. Combattants de la LibertĂ©. N’accrochez pas vos armes au mur. Pas un morceau de charbon, pas une goutte d’essence pour le gouvernement de Budapest tant que l’IntĂ©rieur et la DĂ©fense ne sont pas entre vos mains ».

DeuxiĂšme exemple de technique de propagande blanche. En Ă©tĂ© 1980, lors des grĂšves des chantiers polonais de Gdansk, alors que le gouvernement polonais cĂ©dait Ă  toutes les revendications des ouvriers, Radio Free Europe, en langue polonaise, la BBC et Radio France internationale, devenues les porte-voix de Solidarnosc, du MKS de Gdansk du KOR de Jacek Kuron incitaient les grĂ©vistes Ă  continuer leur mouvement de protestation en leur disant en substance « Tenez bon, continuez la grĂšve, le monde entier est Ă  vous ». DĂšs les premiers jours de grĂšve d’aoĂ»t 1980, la propagande blanche capitaliste a tout fait pour pousser Ă  un affrontement sanglant entre le pouvoir et les grĂ©vistes. Cette propagande blanche s’est rĂ©vĂ©lĂ©e comme en Hongrie et en Pologne en 1956 contreproductive puisqu’elle a conduit finalement au pouvoir Ă  l’état d’urgence dĂ©crĂ©tĂ© par le gĂ©nĂ©ral Jarusalski en dĂ©cembre 1980.

Au fil du temps, la propagande blanche trop visible et contreproductive se transforme progressivement en propagande noire ou grise plus discrĂštes et plus insidieuses consistant Ă  mener des actions de sabotage Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres de l’adversaire communiste. Aujourd’hui, il est de notoriĂ©tĂ© publique que la ville de Berlin grouillait d’espions amĂ©ricains, français, anglais qui renseignaient leurs directions opĂ©rationnelles sur des actions subversives et de sabotage Ă  mener Ă  l’intĂ©rieur de l’ex-RDA et dans d’autres pays du bloc de l’ancien bloc communiste. La ville de Berlin a Ă©tĂ© souvent le théùtre d’actions de sabotage et de subversion comme par exemple, le plastiquage de transformateurs d’électricitĂ©, le sabotage d’usines, la dĂ©gradation de bĂątiments publics, le sabotage de ponts et de voies de communications, l’empoisonnement de 7000 vaches dans une coopĂ©rative de production de lait et de fromage est-allemande, la tentative d’empoisonnement des cigarettes, le sabotage d’une rencontre internationale pour la jeunesse Ă  Berlin-est par l’envoi de faux billets et de fausses invitations etc. D’ailleurs les actions subversives menĂ©es contre l’ex-RDA et Ă  Berlin-est remontent au tout dĂ©but de la crĂ©ation de la RDA quand les Occidentaux avaient poussĂ© en juin 1952 des Ă©meutiers armĂ©s de pierres Ă  ravager les bureaux du gouvernement en appelant la population berlinoise Ă  descendre dans les rues et Ă  rĂ©clamer la dĂ©mission du gouvernement communiste. Cette action subversive des Ă©meutiers fut sĂ©vĂšrement rĂ©primĂ©e par les chars russes stationnĂ©s alors Ă  Berlin.

Pour augmenter l’efficacitĂ© de ses actions, la guerre psychologique Ă©tait amenĂ©e Ă  connaĂźtre le terrain psychologique des groupes qu’elle cherche Ă  influencer psychiquement. Lorsque le propagandiste ignore le terrain psychologique de l’adversaire, il obtient l’effet inverse et sa propagande maque ses buts. Pour ce faire, il a fallu Ă©tudier Ă  fond les mythes, les symboles, les stĂ©rĂ©otypes, les schĂšmes gĂ©nĂ©raux de la culture des sociĂ©tĂ©s est-europĂ©ennes. Ce sont les disciplines acadĂ©miques qui ont Ă©tĂ© mises Ă  contribution pour fournir des Ă©tudes et des travaux sur l’Union soviĂ©tique et les pays de l’Est. DĂšs la fin de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs institutions et fondations amĂ©ricaines ont créé des centres de recherches spĂ©cialisĂ©s dans l’étude de l’Union soviĂ©tique et des États socialistes. Par exemple, 1947, la Fondation Carnegie finança la crĂ©ation du Russian Research center, suivie de la fondation Ford et de la Fondation Rockefeller qui fournirent des fonds aux universitĂ©s aux Etats-Unis et Ă  l’étranger pour aider des chercheurs et pour financer des centres de recherches sur les pays de l’Est. La Fondation Rockefeller a mĂȘme subventionnĂ© la crĂ©ation en France de la VI section de l’école pratique des hautes Ă©tudes devenue plus tard l’Ecole pratique des hautes Ă©tudes en sciences sociales(EHESS) produisant des travaux sur la Chine, la Russie et les pays de l’Est. Les innombrables travaux et Ă©tudes produits par ces institutions et centres de recherche ont permis aux stratĂšges de la propagande occidentale de connaĂźtre et de cerner de plus prĂšs la psychologie de l’individu ainsi que les mythes courants, les opinions et les stĂ©rĂ©otypes des groupes Ă  mobiliser. Aujourd’hui, des questions se posent pour savoir si le pape Jean Paul I n’a pas Ă©tĂ© empoisonnĂ© pour Ă©lire Ă  sa place un pape polonais dont la mission Ă©tait de rĂ©veiller et de rĂ©activer le catholicisme en Pologne pour en faire un moyen de lutte contre le communisme. En tout cas, le pape Jean Paul II et l’Eglise polonaise ont jouĂ© un rĂŽle dĂ©terminant dans le renversement du gouvernement communiste en Pologne et dans d’autres pays du bloc de l’Est.

Par ailleurs, les stratĂšges de la guerre psychologique ont eu recours Ă  la sociologie des conflits et des crises politiques, Ă  l’interaction stratĂ©gique, Ă  la dynamique de l’action collective et aux logiques de mobilisation multisectorielles. La sociologie des conflits et des crises politique a fourni aux stratĂšges de la guerre psychologique les armes et les technologies de mobilisation et de dĂ©sectorisation de l’espace social. Les principes de la dĂ©sectorisation de l’espace social et des mobilisations multisectorielles ont Ă©tĂ© mis en oeuvre lors des grĂšves de l’étĂ© polonais en 1980 quand les dirigeants du MKS et du KOR, aidĂ©s et conseillĂ©s par experts occidentaux de la guerre psychologique, cherchaient par des rumeurs rĂ©pandues, Ă  Ă©tendre la grĂšve des chantiers de Gdansk Ă  d’autres secteurs d’activitĂ©s et Ă  d’autres villes polonaises pour provoquer un soulĂšvement gĂ©nĂ©ral contre le gouvernement communiste. Cette mĂȘme tactique de dĂ©sectorisation et de mobilisations multisectorielles a Ă©galement Ă©tĂ© appliquĂ©e et mise en Ɠuvre dans d’autres pays de l’Est aprĂšs la chute du mur de Berlin et lors des rĂ©volutions des velours dans les ex-rĂ©publiques soviĂ©tiques.

CONCLUSION

Pour savoir pourquoi le monde capitaliste fĂȘte aujourd’hui en grande pompe les 20 ans de la chute du mur de Berlin, il faudra revenir Ă  la pĂ©riode ayant prĂ©cĂ©dĂ© la dislocation du bloc de l’Est. Dire que le monde capitaliste Ă©tait en crise avant la chute du mur de Berlin est tout simplement une tautologie, car le capitalisme est insĂ©parable de ses crises permanentes et chroniques. Personne n’est capable de dire quand le capitalisme est en crise et quand il ne l’est pas, car quand le capitalisme n’est pas en crise, des millions de chĂŽmeurs sont jetĂ©s dans les pavĂ©s. Dire, par ailleurs que la chute du mur de Berlin symbolise le triomphe dĂ©finitif de la libertĂ© sur la tyrannie communiste, c’est plutĂŽt une bonne blague Ă  un euro. La chute du mur de Berlin a redonnĂ© au Capital amĂ©ricain et europĂ©en une bouffĂ©e d’air frais en rĂ©cupĂ©rant une zone de 650 000 km2, c’est-Ă -dire une zone correspondant aux superficies de la France, de la Suisse, de la Belgique et du Danemark. En rĂ©cupĂ©rant ainsi cette zone de 650 000 km2 qui Ă©taient jadis sous l’influence de l’union soviĂ©tique, les capitalistes ont Ă©pargnĂ© Ă  l’Europe et au monde une guerre meurtriĂšre et destructrice. Car il faut savoir, quand le Capital n’a plus son oxygĂšne pour respirer, c’est-Ă -dire, ses marchĂ©s et ses matiĂšres premiĂšres, il devient, comme un lion affamĂ©, un fou furieux et dangereux pour l’humanitĂ© toute entiĂšre.

En faisant main basse sur les 650 000 km2 rĂ©cupĂ©rĂ©s aprĂšs la chute du mur de Berlin, le capital a ouvert sur le continent europĂ©en, une zone franche de rĂ©glementation libre du travail. GrĂące Ă  ces 650 000 km2 conquis sur l’union soviĂ©tique, le Capital respire provisoirement grĂące Ă  la dĂ©localisation de certains segments de la ligne de production et Ă  la modification des conditions de travail. La dĂ©localisation-segmentation peut ainsi se caractĂ©riser par une substitution de techniques favorisant l’utilisation abondante de main d’Ɠuvre et conduisant surtout Ă  son usure prĂ©coce. Deux avantages sont retirĂ©s de cette dĂ©localisation: l’un se traduit en terme de coĂ»t(bas salaires), l’autre en terme de productivitĂ©(dĂ©tĂ©rioration des conditions de travail). Cette stratĂ©gie de segmentation-dĂ©localisation a pour but de compenser une baisse de la rentabilitĂ© moyenne du capital et pour surmonter cette baisse tendancielle que rencontre l’accumulation du capital, il Ă©tait nĂ©cessaire de procĂ©der Ă  une redĂ©finition des conditions d’exploitation de la force de travail. La possibilitĂ© de trouver ailleurs des conditions meilleures pour exploiter la main-d’oeuvre permet d’allĂ©ger les difficultĂ©s que l’accumulation du capital rencontre. La possibilitĂ© de segmenter les lignes de production en adaptant les technologies aux conditions moyennes de production tend Ă  homogĂ©nĂ©iser les conditions de travail vers le bas. La possibilitĂ© d’obtenir des conditions de travail plus favorables au capital en dĂ©localisant des segments de production constitue une menace rĂ©elle sur des salariĂ©s des pays capitalistes du centre, car la menace de dĂ©localiser peut conduire Ă  une dĂ©tĂ©rioration des conditions de travail, Ă  une stagnation et Ă  une baisse des salaires rĂ©els. La chute du mur de Berlin a Ă©tĂ© un cadeau du ciel offert aux multinationales capitalistes qui sont Ă  la recherche de zones franches oĂč rĂšgne seulement la loi de la jungle avec des conditions de travail moyenĂągeuses et une main-d’oeuvre abondante, corvĂ©able et exploitable Ă  volontĂ©. Allez demander aux ouvriers roumains de chez DACIA qui gagnent un salaire mensuel de 240 s’ils croient toujours au paradis terrestre promis par la radio free Europe et la Voix de l’AmĂ©rique et s’ils vivent sous le rĂ©gime de la libertĂ© depuis la chute du mur de Berlin.

Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

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Le Bulletin de l’International

nov 09 2009

Les conséquences de politiques antéchristiques

C’est que tu ne sais pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouvernĂ©
Pape Jules III

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Les politiques Ă©conomiques de mondialisation et de libĂ©ralisme effrĂ©nĂ© que nous connaissons ont beau remporter de multiples victoires Ă  court terme pour le plus grand plaisir de leurs instigateurs, fort est de constater que la situation mondiale actuelle nous donne toujours plus d’élĂ©ments dĂ©montrant que les consĂ©quences Ă  long terme de ces mĂȘmes politiques renforcent les effets contraires que le capitalisme mondialiste est censĂ© avoir. En effet, partout oĂč les populations sont lĂ©sĂ©es par la perte forcĂ©e de leur patrimoine due aux ponctions violentes qui rĂ©sultent d’une stratĂ©gie irrationnelle de libĂ©ralisme sauvage, le mĂ©contentement contre, entre autres, les mesures d’ouverture des frontiĂšres et de libre-Ă©change qui sont propres Ă  la mondialisation croĂźt, et avec lui, les nationalismes. Plus les peuples, quels qu’ils soient, se sentent menacĂ©s par l’influence de ce qui est Ă©tranger, et plus le dĂ©goĂ»t des caractĂ©ristiques du systĂšme en place grandit, au point qu’un nombre exponentiel d’individus rejettent ce mĂȘme systĂšme dans son intĂ©gralitĂ© et se prĂ©cipitent dans les bras de « l’opposition », anti-libĂ©raliste, raciste, voire parfois mĂȘme anti-moderniste et anti-dĂ©mocratique. Des groupuscules Ă  l’idĂ©ologie musclĂ©e voient alors leur importance s’élargir considĂ©rablement. L’extrait suivant de l’introduction du livre Soleil Noir, dĂ©diĂ© Ă  l’explication des causes de la montĂ©e des mouvements nĂ©onazis, rĂ©sume prĂ©cisĂ©ment cette problĂ©matique :

« En 1900, les races europĂ©ennes blanches constituaient quelque 35% de la population mondiale. En raison du dĂ©clin de la natalitĂ© parmi la population blanche des pays industrialisĂ©s, couplĂ© avec l’explosion dĂ©mographique du tiers-monde due aux progrĂšs de la mĂ©decine, ce chiffre est aujourd’hui juste sous les 10% au niveau mondial. Les travailleurs immigrĂ©s, les immigrants, les migrants Ă©conomiques, les rĂ©fugiĂ©s et les demandeurs d’asile constituent un flux de population important, amenant la population excĂ©dentaire des pays en voie de dĂ©veloppement vers des territoires traditionnellement habitĂ©s par des EuropĂ©ens blancs. Ces Ă©conomies industrielles avancĂ©es absorbent des taux d’immigrants plus Ă©levĂ©s que jamais, et leur engagement politique envers la mixitĂ© raciale est maintenant une profession de foi. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la plupart des pays europĂ©ens font face Ă  un changement dĂ©mographique qui fait perdre Ă  leurs habitants de souche leur position majoritaire. La question qui en dĂ©coule pour l’identitĂ© blanche est identique au dilemme des Austro-Allemands qui craignaient une perte de l’influence du vieil Empire des Habsbourg.

La rĂ©action Ă  ce phĂ©nomĂšne rĂ©sulte dans une rĂ©surgence des idĂ©ologies radicales, qui se nourrissent des menaces de la globalisation Ă©conomique, des mesures de discrimination positive et de l’immigration en provenance du tiers-monde. Cela se manifeste essentiellement parmi les jeunes Blancs aliĂ©nĂ©s et la population Ă  faibles revenus, de plus en plus marginalisĂ©s par les nouvelles industries high-tech et l’intĂ©gration croissante de minoritĂ©s ethniques dans leur communautĂ©. Aux Etats-Unis, l’augmentation rapide de l’immigration hispanique et des pays du tiers-monde, tout comme en Europe l’immigration en provenance des pays en voie de dĂ©veloppement vers l’Europe de l’Ouest, ont ravivĂ© de nouvelles peurs d’inondation raciale. La chute de l’Union soviĂ©tique et de la Yougoslavie a poussĂ© plus loin les migrations vers l’Europe de l’Ouest, notamment parmi les populations de l’Europe de l’Est et les gitans. Les accords de libre-Ă©change, le dĂ©clin des industries manufacturiĂšres traditionnelles et l’exportation de mĂ©tiers de service Ă  l’étranger, comme dans le domaine des communications et de l’informatique, stimulent le racisme et l’hostilitĂ© envers le libĂ©ralisme. »

De fait, le racisme latent habitant chaque reprĂ©sentant du commun des mortels Ă©troit d’esprit, craignant de regarder au-delĂ  de l’horizon que lui offre son patelin et effrayĂ© Ă  l’idĂ©e qu’une cohabitation avec des personnes de culture diffĂ©rente pourrait modifier un tantinet la vie placide et bĂ©ate qu’il a l’habitude de mener, se voit significativement excitĂ©. Pour cet archĂ©type du citoyen moyen qui est tout aussi incapable de chercher des causes par lui-mĂȘme, au-delĂ  des faits qu’il constate de façon simpliste, que de concevoir des valeurs telles que la tolĂ©rance, la faute de son Ă©ventuel licenciement Ă©choit moins Ă  la politique que mĂšne l’entreprise ou l’État pour lequel il travaille qu’à l’immigrĂ© polonais qui est prĂ©tendument arrivĂ© sur son sol pour lui dĂ©rober son emploi. Ainsi, la haine que les Nords-AmĂ©ricains et les EuropĂ©ens peuvent Ă©prouver Ă  l’encontre des injustices du systĂšme se focalise sur les Ă©trangers Ă  leur territoire, ces mĂȘmes Ă©trangers qui volent soi-disant l’emploi de ceux qui en cherchent, sont prĂȘts Ă  travailler Ă  plus bas salaire et dans des conditions moins confortables, et qui accentuent plus ou moins indirectement la montĂ©e du taux de chĂŽmage du fait des dĂ©localisations des industries dans leurs pays d’origine oĂč les prix de travail sont diaboliquement peu Ă©levĂ©s. Le terrain est alors tout prĂ©parĂ© pour que certains plongent dans des dĂ©lires racistes dualistes oĂč un peuple, qui reprĂ©sente le bien, est supĂ©rieur Ă  tous les autres, sources de tous ses maux, qu’il combat, ou qu’il doit carrĂ©ment Ă©liminer. Cette idĂ©ologie raciste peut aussi ĂȘtre relayĂ©e, plus ou moins inconsciemment, par des « spiritualitĂ©s » creuses de types New Age, dans lesquels les mythes qu’inventent des Ă©sotĂ©ristes dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s racontent souvent des histoires de surhommes ou de peuple supĂ©rieur.

Il y a deux maniĂšres de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force. La premiĂšre est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bĂȘtes
Nicolas Machiavel

Si les consĂ©quences sociales de cette « invasion » sont dĂ©jĂ  considĂ©rables, elles grandissent encore en ampleur si les immigrĂ©s en question importent une religion qui n’est pas celle du sol national. Effectivement, rien ne terrifie plus les hĂ©ritiers du christianisme qu’une « islamisation rampante » de leur contrĂ©e, christianisme que la plupart d’entre eux ont pourtant abandonnĂ© depuis longtemps, ainsi que ses valeurs. Il ne se passe donc pas un mois sans que le gros de la plĂšbe ne vomisse ses mĂ©diocres prĂ©jugĂ©s Ă  la vision de faits oĂč leur culture, si ce n’est leur « race », est confrontĂ©e Ă  une autre, Ă©trangĂšre, par le relais de mĂ©dias complaisants. Ils se gardent gĂ©nĂ©ralement bien d’exposer leurs vues trop publiquement, cependant, car ce n’est pas politiquement correct. En effet, il faut respecter son conditionnement et rester « politiquement correct », et donc conforme Ă  la forme en laquelle cette sociĂ©tĂ© nous a modelĂ©s, car en quoi cela pourrait-il bien ĂȘtre logique de tenir la ploutocratie mondialiste comme responsable des Ă©checs de sa politique cosmopolite ?

Il paraĂźt Ă©vident que l’enrichissement d’une Ă©lite et la paupĂ©risation des classes moyennes et populaires sont dus Ă  la façon dont les politiques libĂ©rales sont actuellement appliquĂ©es, et non aux immigrĂ©s, qui ne sont pas responsables de la mauvaise gestion du systĂšme d’immigration et sont victimes des fautes que l’on rejette sur eux. En outre, on peut difficilement les blĂąmer de chercher de meilleures conditions dans des pays qui les accueillent pour combler une manque de main-d’Ɠuvre dans certains secteurs et un dĂ©ficit dĂ©mographique. Le taux de chĂŽmage français actuel, supĂ©rieur Ă  10%, trouve son origine dans le fait que la population marginalisĂ©e par les attentes prĂ©sentes du capitalisme n’ont pas suffisamment de secteurs nouveaux dans lesquels se rĂ©insĂ©rer, Ă©tant donnĂ© que l’innovation est rĂ©primĂ©e et non encouragĂ©e. Évidemment, nos dirigeants prĂ©fĂ©reront toujours renvoyer la faute sur quelqu’un d’autre qu’eux-mĂȘmes, et ne pas mettre en question les points discutables du systĂšme.

En plus du fait que l’antagonisme entre les prĂ©tendues « races » trompe la population d’adversaire, et lui permet de trouver un bouc-Ă©missaire sur lequel reporter son attention et sa haine, il contribue aussi largement Ă  amenuiser la cohĂ©sion nationale des États d’Europe et Ă  appauvrir toutes les cultures coexistant dans les pays par l’incompatibilitĂ© qui est entretenue entre elles, plutĂŽt que de faire en sorte qu’elles s’enrichissent rĂ©ciproquement. Ainsi, Ă  nouveau, les rĂ©actions nationalistes des peuples d’Europe dues Ă  la perte « d’identitĂ© blanche » servent les stratĂ©gies mondialistes dont ces mĂȘmes peuples craignent pourtant les effets dont ils mĂ©connaissent l’origine. Les populations Ă©tant trop occupĂ©es par les rivalitĂ©s ethniques et les gouvernements devant s’échiner Ă  gĂ©rer ces problĂšmes, le pouvoir Ă©tatique est d’autant plus affaibli et laisse cours plus docilement aux desseins des acteurs Ă©conomiques.

Les penchants racistes exacerbĂ©s d’une majoritĂ© de Nords-AmĂ©ricains et d’EuropĂ©ens font aussi en sorte que l’opinion publique n’éprouve pas trop de scrupules lorsque leurs pays sont en guerre au Moyen-Orient, Ă©tant donnĂ© que beaucoup d’entre eux se rassurent par l’intime conviction que ce ne sont lĂ  que des « bougnoules » et des « sauvages » qui meurent, pour l’hypothĂ©tique bien de leur petite sĂ©curitĂ©. Au contraire, plutĂŽt que d’ĂȘtre offusquĂ©s par les effets de guerres faciles et injustes, leur haine ne se trouve que renforcĂ©e par le fait qu’ils sont convaincus que leur pays a dĂ» intervenir pour effacer une « menace » qui Ă©manait d’eux, et va jusqu’à les tenir responsables des consĂ©quences de cette guerre. Le problĂšme palestinien suscite pourtant plus de rĂ©actions gĂ©nĂ©ralement, mais la raison est sans doute moins liĂ©e au fait que le conflit en question dure depuis une soixantaine d’annĂ©es qu’à l’antisĂ©mitisme qui est lui aussi prĂ©sent, comme les autres formes de racismes, chez une part croissante et non nĂ©gligeable de la population. D’autre part, beaucoup de personnes parmi les peuples arabes, exaspĂ©rĂ©s par prĂšs deux siĂšcles d’occupations et d’influences subversives venant des EuropĂ©ens, depuis les colonisations jusqu’à la situation actuelle de l’Irak en passant par la tromperie des accords de Sykes-Picot qui ont suivi la dissection de l’Empire Ottoman, ont nourri un fort ressentiment anti-europĂ©en et anti-chrĂ©tien, sentiments dĂ©sormais fortement imprĂ©gnĂ©s dans leur conscience nationale. Il en rĂ©sulte que la cohabitation entre EuropĂ©ens de souches et immigrĂ©s arabes n’en est que plus compliquĂ©e encore.

Celui qui ne sait pas et qui n’agit pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui n’agit pas est un criminel
Bertolt Brecht

Nos gouvernements ne semblent donc pas rĂ©ellement dĂ©rangĂ©s par la radicalisation ambiante des comportements, n’ayant eux-mĂȘmes qu’assez peu de conviction quant Ă  l’importance du respect des principes dĂ©mocratiques. Il n’en est pas moins que la multiplication des messages simplistes Ă©manant d’une plĂ©thore de mouvements et de sites internet qui sont, ou non, liĂ©s entre eux est problĂ©matique pour la bonne santĂ© de ce qui reste des valeurs de notre sociĂ©tĂ©. En effet, au-delĂ  du racisme, les explications caricaturales de conspirations juives ou maçonniques pour expliquer l’état d’un monde sous le joug du « Nouvel Ordre Mondial » contentent un nombre croissant de personnes au fur et Ă  mesure que le mĂ©contentement envers le systĂšme s’accroĂźt. Ces derniers croient avoir compris le fonctionnement du monde et bĂ©nĂ©ficier du savoir que le reste de la population n’a pas, alors qu’ils ne font que plonger tĂȘte la premiĂšre dans la bĂȘtise et font souvent le jeu de mouvements de contestation douteux, qui sont soit composĂ©s d’illuminĂ©s, de fascistes ou de personnes dĂ©sireuses de servir des intĂ©rĂȘts extĂ©rieurs au pays dans lequel elles opĂšrent.

Pour prendre l’exemple de l’expression « Nouvel Ordre Mondial », qui a Ă©tĂ© reprise par plusieurs personnalitĂ©s de la scĂšne politique française rĂ©cemment, beaucoup ignorent qu’elle fut Ă©galement utilisĂ©e au dĂ©but de la Guerre Froide pour dĂ©signer la sĂ©paration du monde en trois parties : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union soviĂ©tique, et le Tiers-Monde. Elle fut Ă  nouveau utilisĂ©e Ă  la fin de la Guerre Froide avec la chute du communisme, et rĂ©apparaĂźt aujourd’hui, sans doute pour signifier la victoire dĂ©finitive du capitalisme sur le globe avec la gouvernance mondiale qui s’ensuivra. Or, lorsque quelqu’un qui prĂ©tend s’opposer au systĂšme entend « Nouvel Ordre Mondial », il a tendance Ă  ne penser qu’à un vaste projet mondialiste, stigmatise ceux qui en font la promotion et rejoint ceux qui sont censĂ©s le dĂ©noncer. Mais quand les prĂ©sidents Chavez et Ahmadinejad parlent de Nouvel Ordre Mondial, par exemple, on se doute qu’il s’agit, pour eux, d’espĂ©rer un monde multipolaire oĂč l’union de plusieurs pays permettraient de contrer la seule hĂ©gĂ©monie des Etats-Unis, plutĂŽt, justement, qu’un monde unifiĂ© aux critĂšres libĂ©raux. D’autre part, il est facile, pour les pseudo-mouvements de contestation, de jouer sur le terrain des points auxquels le public auquel ils s’adressent est sensible. Ainsi, en usant de critiques rĂ©pandues et consensuelles du systĂšme, ils s’attireront l’attention de ceux qui penseront que les personnes qui tiennent un discours qui leur convient doivent ĂȘtre des gens biens. Or, il est facile de dĂ©noncer, mais ceux qui prĂ©tendent le faire disent rarement pourquoi ils le font, et ont rarement de meilleures solutions aux problĂšmes dont ils traitent, exagĂ©rĂ©s ou rĂ©els, que les mesures qui sont dĂ©jĂ  en place pour les gĂ©rer. Cette propagande dont l’ampleur grandit n’atteindra probablement pas une influence suffisante pour ĂȘtre un tant soit peu dangereuse pour le bien public, mais elle abrutit ceux qui y prĂȘtent oreille et discrĂ©dite le travail de ceux qui tentent de faire de l’information rĂ©elle.

Ce n’est pas rejeter en bloc le systĂšme qui pourra ĂȘtre d’une quelconque utilitĂ© pour nous-mĂȘmes comme pour le bien commun, ce qui ne peut ĂȘtre fait que par des gens qui se laissent dominer par leurs sentiments de frustration et de mĂ©contentement sans tenter de discerner prĂ©cisĂ©ment ce qui les gĂȘne dans le systĂšme et ce qu’il est bon de conserver. PlutĂŽt que cela, il faudrait justement trouver un consensus sur ce qui tourne mal dans nos sociĂ©tĂ©s, et proposer des solutions. Bien sĂ»r, ce n’est pas en faisant de longs discours que quiconque parmi ceux qui ont le pouvoir de changer quoi que ce soit au systĂšme sera convaincu qu’il doit revoir la politique qu’il mĂšne depuis des annĂ©es, mais je suis personnellement convaincu que les travers d’un systĂšme sont comme des chaĂźnes pesantes que quelqu’un devrait traĂźner au prix de son Ă©nergie et du ralentissement qu’ils lui causent, jusqu’au moment oĂč la gĂȘne deviendra trop lourde pour ĂȘtre supportable, et oĂč il faudra se dĂ©mener pour se dĂ©barrasser de ses parasites. En clair, les imperfections ne peuvent que miner le systĂšme le plus obstinĂ© jusqu’au jour oĂč elles crĂ©eront des Ă©vĂ©nements d’une ampleur suffisante pour l’amener Ă  revoir impĂ©rativement les zones d’ombre de sa structure, le tout Ă©chappant aux hommes qui tenaient jusque lĂ  les rennes. Mais lorsque cela arrivera, si cela arrive, encore faudra-t-il que des programmes ambitieux aient Ă©tĂ© pensĂ©s et que ce soient des alternatives justes qui prĂ©valent.

J’ai aimĂ© la justice et j’ai haĂŻ l’iniquitĂ© : c’est pour cela que je meurs en exil.
Pape Jean XIV

En l’occurrence, prĂ©sentement, le problĂšme principal de notre systĂšme me semble ĂȘtre le musellement de l’innovation. En effet, la ploutocratie Ă©tablie prĂ©fĂšre s’assurer la conservation des privilĂšges qu’elle a acquis sur les critĂšres de rĂ©ussite actuellement appliquĂ©s plutĂŽt que d’aider, au moyen de ses immenses possessions financiĂšres, des projets qui pourraient bĂ©nĂ©ficier grandement aux citoyens de leur pays et aider ses scientifiques, ses philosophes et autres intellectuels dans leur quĂȘte de connaissance. Ce facteur me paraĂźt ĂȘtre le principal responsable du taux de chĂŽmage Ă©levĂ©, ainsi que du grand nombre de personnes dĂ©primĂ©es et de suicides. En effet, cela ne convient pas Ă  tout le monde de mener une existence terne, partagĂ©e entre plaisirs du divertissement et travail, nĂ©cessitant le plus souvent l’utilisation de personnes conditionnĂ©es comme des machines, du fait qu’elles ont Ă©tĂ© formĂ©es pour accomplir un travail bien spĂ©cifique et que la plus grande partie de leur vie se rĂ©sume Ă  cela. Si personne ne trouve la paix dans une sociĂ©tĂ© guerriĂšre, privilĂ©giant les valeurs masculines de force et d’expansion, l’autre extrĂȘme, une sociĂ©tĂ© qui se complait dans la passivitĂ© et la stagnation, croyant qu’il ne reste plus rien Ă  accomplir dans ce monde, pourrit assurĂ©ment. L’idĂ©al serait d’associer l’harmonie fĂ©minine Ă  la propension plus masculine Ă  l’expansion, mais dans le domaine de la connaissance, soit profiter de la paix pour parfaire la sociĂ©tĂ© humaine grĂące Ă  l’acquisition d’encore plus de savoirs.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.