Category: Résistance

sept 01 2010

Pour une Contre-littérature de résistance

La littérature est-elle morte ? Elle est en tout cas, à l’évidence, disqualifiée à dessein, marginalisée et maintenue, de force, dans l’ombre, par « l’ordre en place » et ses officines de contrôle. Cette prohibition exercée par l’ennemi ne se cantonne pas exclusivement à la zone du politiquement correct, ce qui serait déjà inconcevable, mais va bien plus loin encore, parce que cette prohibition concerne aussi, et surtout, la qualité de la production littéraire en cours : l’ordre d’interdiction en vigueur exige que l’on empêche l’émergence de toute Å“uvre d’un niveau non-subalterne. Ordre donné et suivi sans faille, sans la moindre dérogation.

Aussi, avec les moyens qui sont les nôtres,  nous contribuerons à faire éclore, par la l’édition et la diffusion d’une dizaine de titres par an, une contre-littérature de résistance. Le roman de Nicolas Deloffre, « Jihad, trois jours avec Cyril », que nous présentons ci-après – et qui est actuellement en impression – sera le premier livre dont nous assurerons, d’ici quelques semaines, la diffusion.

Mecanopolis

mecano

« Jihad, trois jours avec Cyril »

Un roman qui prend à contre-pied toute la lâcheté de la presse mondaine et qui donne un grand coup à la politique atlanto-sioniste de Sarkozy, est sur le point de jaillir de l’underground médiatique, à défaut d’être encensé par les réseaux de l’édition bien alignée. Les derniers résistants du Monde libre, ce Monde sans frontière qui s’étend de jour en jour et déverse son sérum de vérité et ses cures informatives à base de bon sens et de discernement, soutiennent ce projet littéraire de toutes leurs forces, malgré les censures et autres boycottes des esclaves de la pensée unique.

Ces résistants du monde numérique espèrent de tout cÅ“ur voir l’explosion de vérités sorties tout droit des sous-sols médiatiques, éclabousser la bonne presse et rendre ainsi hommage à la liberté d’expression, de pensée et d’agir pour l’agrégation des bonnes volontés réconciliatrices.

Ce livre, que bon nombre de ploutocrates accroupis devant l’idéologie capitaliste ultralibérale et leurs décideurs banquiers souhaiteraient faire disparaître à jamais, s’intitule « Jihad, trois jours avec Cyril ». Un titre provocateur me direz-vous. Pas si l’on considère la véritable définition du Jihad Majeur, celui qui consiste pour celui qui l’applique, à lutter contre soi-même, ses défauts et ses faiblesses, faisant que chaque jour soit un pas de plus sur le chemin de la sainteté et de la soumission à Dieu, Le Maître des voies d’ascension. C’est ainsi que Cyril, le personnage principal de ce roman conçoit la vie. Malgré sa condition de chômeur, de musulman victime de l’islamophobie étatique, et de jeune érudit, il avance en donnant à son quotidien et à sa lutte les caractères les plus nobles. Son but : dénoncer les démarches et desseins obscènes des politiciens belliqueux et de leurs complices « journaleux », tout en survivant dans une jungle urbaine dont il connaît les pièges par expérience. Terrible combat, surtout pour un jeune homme qui, en dépit de la dureté de l’époque, souhaite manifester tout l’amour qu’il est encore capable d’exprimer à sa mère et à son entourage.

Ainsi, ce roman donne-t-il une vision neuve, purifiée et éclairante de l’actualité. Il traite avec énormément de clarté des phénomènes d’atomisation des gens, il en explique les raisons et par l’exemple de Cyril, montre des solutions concrètes de lutte. L’idéal proposé n’est pas une conversion des masses à l’Islam, mais au contraire, une compréhension mutuelle et une unification des gens autour de la lutte contre les vrais ennemis des libertés fondamentales. La méthode que Cyril exprime par son comportement est celle de l’Amour ; avec un grand A s’il vous plaît. A l’heure où les dirigeants nous embarquent vers une guerre mondiale contre l’Iran et des affrontements interreligieux menant à des éventuelles guerres civiles par la division des citoyens, il n’y a plus d’autre échappatoire possible que l’amour et la réconciliation générale des Français.

Évidemment, ce genre d’idées n’est pas à la mode. Dire le contraire de ce que s’épuisent à nous faire gober les organes de propagande du pouvoir est un crime grave. Avant Nicolas Deloffre, l’auteur de « Jihad, trois jours avec Cyril », bon nombre de personne ont dû endurer dans leurs chaires l’acharnement des ennemis de la liberté d’expression. On pense tout de suite à Dieudonné ou à Blanrue, mais on ne peut ignorer le cas de Vincent Reynouard, ce Français de 41 ans, enfermé en ce moment même dans les geôles françaises pour ne pas avoir pensé comme il le fallait.

Deloffre n’est pas le seul à vouloir faire de la prise de conscience générale son fer-de-lance. Cependant, ce qui le différencie des autres auteurs, c’est le soin qu’il apporte à prouver par l’exemple de Cyril, que l’Islam procure à celui qui l’applique sérieusement, selon l’exemple du prophète Muhammad, une sérénité et une force d’amour transcendante à toute épreuve. Deloffre est convaincu que ce sont ces aspects du personnage qui grènent le plus. Comment convaincre les gens qu’il faut anéantir l’Iran, humilier et rabaisser les musulmans pour les convertir au capitalisme ultralibéral si ce petit con de Cyril se mets à donner une bonne image de l’Islam ? Voilà en résumé la problématique que se posent les décideurs face à un livre de cette teneur. Car on le sait, Pierre Hillard, le célèbre Docteur en science politique l’a expliqué à maintes reprises : l’Islam est l’ultime rempart au nouvel ordre mondial et donc le dernier espoir des peuples libres, toutes cultures et toutes religions confondues.

Alexis Esselier, pour Mecanopolis

alexis [at] mecanopolis.org

Alexis Esselier

août 25 2010

A ceux qui n’ont de cesse que de trahir la souveraineté suisse

Le bilatéralisme va semble-t-il atteindre ses limites mais la Suisse officielle redoute un débat sans préjugés sur l’avenir de notre politique européenne. Il faut que cela change. Presque quotidiennement les médias nous serinent que la voie de l’indépendance de la Suisse est bouchée. Comment se fait-il qu’il vient justement maintenant à l’idée des médias que la population suisse, dont on sait qu’elle est opposée dans sa majorité à une adhésion à l’UE, devrait absolument dé­battre de ce sujet?
Ceux qui ont lu l’ouvrage du think tank «Avenir Suisse» paru aux éditions de la Neue Zürcher Zeitung et intitulé «Souveränität im Härtetest» (La souveraineté en cause1) ne peuvent s’empêcher de penser que de nombreux orateurs du 1er-Août s’en sont inspirés, ou inversement?

Actuellement a lieu une importante campagne planifiée depuis longtemps et qui a pour objet de faire plier le peuple opposé à l’adhésion. On répète cette absurdité ad nauseam dans toute la presse ainsi qu’à la télévision. Nous n’aurons bientôt plus qu’une solution: nous désabonner et ne plus payer la redevance.

A l’automne 2011 auront lieu les élections au Conseil national et il s’agit de faire en sorte que les partis défendent une politique qui «sonde de nouvelles voies dans la mesure du possible» (Markus Spillmann). De nombreux médias et politiques chantent la même antienne.

schweiz

Tout le monde le sait: le modèle suisse est une réussite et l’on s’en rend compte justement à un moment où de nombreux pays sont secoués par des crises politiques et écono­miques. La stratège d’Avenir Suisse Katja Gentinetta ne l’ignore pas lorsqu’elle constate que «jusqu’à présent, la Suisse a su imposer une stratégie de souveraineté particulièrement réussie: la politique étrangère, principalement la poli­tique européenne, signifiait en fait d’abord la politique économique extérieure: ceci lui a facilité la route en vue d’une forte intégration dans le marché unique tout en maintenant une grande indépendance politique et institutionnelle.». Que vouloir de plus, madame Gentinetta? Or les choses ne ­peuvent pas en rester là: «Dans les circonstances actuelles, exprimer l’idée d’un rapprochement de l’UE, même comme une sorte de worst case scenario, signifie emprunter un chemin très long et conflictuel.» (p. 26). Faut-il se rapprocher d’une UE au bord de la faillite? (cf. Bruno Bandulet, «Die letzten Jahre des Euro»).

«Je suis horrifié», nous fait savoir officieusement un membre de la Banque nationale suisse. Il se réfère à une étude de la Stiftung Marktwirt­schaft allemande et de l’expert en finances publiques de Fribourg-en-Brisgau Raffelhüschen, qui aboutit à la conclusion effrayante suivante: «La dette publique grecque est 8 fois (!) plus importante que celle qui a été déclarée (!).» Selon son étude, une dette cachée gigantesque s’ajoute à la dette officielle.
Source: Vertraulicher Schweizer Brief no 1258 du 3/8/10

Ceux qui se souviennent de la votation de décembre 1992 sur l’adhésion à l’EEE qui a été refusée par le peuple et les cantons connaissent bien ces prévisions alarmistes; ils se souviennent avec quelle insistance, à l’époque, le Conseil fédéral et de nombreux politiques nous mettaient en garde contre la catastrophe économique et sociale qui menaçait la Suisse si elle n’adhérait pas. Or il n’en a rien été. Au contraire, la voie adoptée par la Suisse, petit pays souverain avec ses capacités économiques et son modèle de démocratie directe et de fédéralisme a continué à faire ses preuves. Or cela n’intéresse pas les stratèges d’Avenir Suisse, car ils visent d’autres objectifs.

Le modèle suisse contrarie «Avenir Suisse»

Avant d’étudier les thèses principales de «Souveränität im Härtetest», évoquons brièvement les objectifs et la manière de travailler d’Avenir Suisse.
Ce think tank a été fondé en 1999 par des grands groupes opérant au niveau mondial
2 dans le but d’influencer en coulisse le développement social et économique de la Suisse: «A la différence d’associations comme économiesuisse, Avenir Suisse ne veut pas pour autant jouer un rôle actif dans les procédures de consultation politique ou les campagnes de votation, contrairement à des associations telles qu’economiesuisse. Elle consacre bien plutôt ses énergies à la sensibilisation des différents milieux aux problèmes qu’elle juge opportun d’aborder et à leur inclusion rapide dans l’ordre du jour des processus décisionnels.»3 Il est évident que les multinationales représentées par Avenir Suisse ont tout intérêt à avoir des structures politiques qui leur permettent d’étendre si possible sans limites leur puissance financière et d’augmenter leurs bénéfices qui se chiffrent en milliards. L’indépendance de la Suisse, la démocratie directe, le fédéralisme sont souvent un obstacle à l’épanouissement des multinationales et Avenir Suisse voudrait changer cela. «Pour le think tank, les forces du marché doivent en règle générale bénéficier de la plus grande marge de manœuvre possible. Dans cette optique, l’Etat n’intervient pas en première instance dans la résolution des problèmes existants.»3
Aux niveaux communal, cantonal et fédéral, les citoyens ne cessent de s’opposer à ces objectifs. En Suisse, l’Etat, c’est le ­peuple et celui-ci se permet de limiter la «marge de manœuvre» des «forces du marché» en s’opposant par exemple à la privatisation de la poste, des chemins de fer, de l’eau et de l’électricité. Il arrive que dans les com­munes et les cantons, les demandes de permis de construire d’usines chimiques sur d’excel­lentes terres agricoles ou de supermarchés discounts étrangers soient rejetées par le ­peuple. Et avant chaque votation fédérale sur un accord bilatéral avec l’UE, les milieux économiques qui préféreraient maximiser sans restrictions leurs profits au sein du marché intérieur européen et les politiques qui louchent vers un emploi à Bruxelles qui leur apporterait influence et revenus élevés doivent faire des pieds et des mains pour inciter les citoyens à accepter des progrès dans la libéralisation ou, plus encore, les empêcher de recourir au référendum facultatif.
Si la Suisse était membre de l’UE, les choses seraient naturellement beaucoup plus simples pour les multinationales. C’est pourquoi elles ont fondé Avenir Suisse il y a 11 ans afin de communiquer au peuple leur message afin de contribuer à une «meilleure compréhension, par le grand public, des incertitudes et des défis qui attendent les principaux acteurs d’une Suisse en mouvement» afin d’intervenir à temps dans la «sensibilisation des différents milieux aux problèmes» et à «leur inclusion rapide dans l’ordre du jour des processus décisionnels.»

Trois conseillers fédéraux marchent de conserve avec «Avenir Suisse»

Les trois conseillers fédéraux qui aimeraient depuis longtemps apparaître sur la photo de groupe des chefs d’Etat de l’UE ne se gênent pas de dire ce qu’ils pensent dans leurs discours du 1er-Août. Ainsi Moritz Leuenberger, tout comme le think tank du grand capital, a affirmé que la voie bilatérale «touchait à sa fin» et que la Suisse devait «prévoir un nouveau rapprochement avec l’UE» (NZZ du 2 août). Selon ce journal, Leuenberger est allé jusqu’à affirmer que nous devions à l’UE «une paix durable avec nos voisins», comme si n’importe quel écolier ne savait pas que notre pays vit en paix avec ses voisins depuis 200 ans. Pour que la Suisse s’approche de l’objectif de l’adhésion à l’UE en regroupant en régions ses petites structures, Leuenberger souhaite un renforcement des villes et des agglomérations et s’est moqué, à l’instar des universitaires prétentieux de la ville de Zurich, des «symboles et mythes campagnards» qui caractérisent trop fortement notre pays. Il s’est surtout attaqué au «mythe du monde intact des montagnes» car celui-ci a permis d’aboutir à l’Initiative pour la protection des régions alpines contre le trafic de transit alors qu’il jugeait absurde de limiter aux Alpes la réduction du trafic. Déclaration remar­quable du chef du Département des transports qui, depuis des années, ne tient sciemment pas compte de l’article sur la protection des Alpes pourtant inscrit dans la Constitution afin de céder à ces messieurs de ­Bruxelles. Mais ceux qui connaissent l’agenda européen et le nouveau projet de pro­gramme du PS ne s’étonnent plus de rien.
Egalement sur la même longueur d’onde qu’Avenir Suisse, la présidente de la Confédération et cheffe du Département de l’économie Doris Leuthard a appelé à un «débat constructif» sur la question de savoir «ce que devraient être nos rapports avec nos voisins dans un monde en mutation». Ce n’est pas étonnant car depuis longtemps, Doris Leuthard se fait la propagandiste infati­gable d’un développement sans limites de l’économie globale, de l’extension du régime de l’OMC et de son libre-échange agri­cole (Cycle de Doha) au détriment des pays ­pauvres et de l’agriculture des petites exploitations, ce en quoi elle s’oppose fondamentalement aux conclusions du Rapport sur l’agriculture mondiale. Elle défend également un accord de libre-échange agricole avec l’UE qui, selon ses propres dires, entraînerait la disparition d’au moins la moitié des exploitations suisses.
La troisième à être d’accord avec Avenir Suisse, Micheline Calmy-Rey, a déclaré qu’elle «ne voudrait pas que notre pays soit un membre de facto de l’UE sans droit de vote»
4. On sait que la conseillère fédérale socialiste voudrait depuis longtemps que la Suisse adhère à l’UE. Le point culminant de ses activités dans ce sens fut sa tentative de faire participer l’armée suisse à l’opération Atalante de l’UE, laquelle tentative a heureusement échoué en septembre 2009 grâce à l’opposition du Conseil national, avant tout grâce à un nombre important de «non» d’authentiques socialistes qui n’ont pas encore oublié que la politique de gauche doit absolument être une politique de paix.

La souveraineté en cause

Commençons par préciser ceci: Pour les éditeurs de l’ouvrage, Katja Gentinetta, stratège d’Avenir Suisse et Georg Kohler, professeur de philosophie zurichois, il ne s’agit pas le moins du monde de la sauvegarde de la souveraineté de la Suisse, c’est-à-dire du peuple suisse souverain. Ils sont gênés, de même que la plupart des autres auteurs, par le fait qu’une forte majorité de Suisses tiennent à l’indépendance de leur pays et à ce que le peuple, grâce à ses droits politiques étendus, ait tant de possibilités de participer aux décisions. Lorsque les éditeurs prétendent que le débat sur les rapports entre la Suisse et l’UE est soumis à des «tabous», ils font allusion au fait, agaçant pour eux, que le think tank n’ait pas réussi jusqu’ici à remplir une de ses missions: amener les Suisses à vouloir adhérer à l’UE. Et c’est dans ce but qu’Avenir Suisse part en campagne, une année avant les élections fédérales, en vue d’affaiblir, voire de détruire notre identité et notre profonde identification au modèle suisse.

Constatation étonnante: l’adhésion à l’UE n’est pas économiquement nécessaire

Contre toute attente, les économistes qui s’expriment dans la IIe partie de l’ouvrage arrivent à la conclusion qu’une adhésion à l’UE ne s’impose nullement pour des raisons économiques: «En tant que petit pays, la Suisse est plus libre de ces politiques [commerce extérieur, monnaie, fiscalité, ressources, précision de l’auteure] justement parce qu’elle peut agir de manière indépendante au niveau global. […] En matière de commerce extérieur, de nombreux arguments, et en politique monétaire tous les arguments, parlent en faveur de l’indépendance.» (!) C’est ce qu’affirme Heinz Hauser5 sous le titre «Aussenhandel: Souveränität als Marktvorteil» et Ernst Baltensperger6 sous le titre «Geldpolitik: Autonomie als Stabilitätsanker».

Une adhésion prétendument nécessaire «pour des raisons institutionnelles»

Rendez-vous compte: Malgré cette prise de position très claire des économistes, Avenir Suisse insiste sur l’adhésion. Bien que les auteurs ne cessent de répéter qu’il ne s’agit que d’une «stratégie de souveraineté» suisse, d’un débat de politique européenne «sans tabous», tous les constitutionnalistes et les politologues de la 1re partie du livre se prononcent nettement en faveur de l’adhésion. Tout en reconnaissant que la voie bilatérale a été jusqu’ici un succès, ils la qualifient d’«impasse» (p. ex. Dieter Freiburghaus,7 p. 120 et Franz von Däniken,8 pp. 51 sqq.). Selon eux, l’adhésion à part entière apporterait à la ­Suisse un «gain de souveraineté» au plan politique parce qu’elle ne devrait plus appliquer le droit communautaire sans pouvoir «prendre part aux décisions» de Bruxelles (cf. pp. 115 et 288 notamment).

La voie bilatérale n’a pas atteint ses limites

« La voie bilatérale est une success story impressionnante. En fait, la Suisse a aujourd’hui une meilleure situation économique que la plupart des pays de l’UE. […]
Les accords bilatéraux permettent une politique d’ouverture et de collaboration. Les principes essentiels de la souveraineté de la Suisse (démocratie directe, fédéralisme, autonomie monétaire, financière et fiscale) ne sont en principe pas affectés. Rien n’indique que la voie bilatérale ait atteint ses limites.
»

Source: Finanz und Wirtschaft du 4/8/10

Ici deux questions se posent: Qui, en cas d’adhésion, participerait aux décisions à Bruxelles? Et: Pourquoi le think tank des multinationales défend-il si fortement l’adhésion alors que l’économie marche apparemment bien sous le régime actuel des accords bilatéraux?

Qui peut participer aux décisions de l’UE?

Qu’en est-il du prétendu «gain de souveraineté» que nous vaudrait une adhésion? Qui pourrait exercer une influence sur ­Bruxelles et participer aux décisions? Pour Freiburghaus, les choses sont claires (p. 115 sqq.): «Les gagnants sont le gouvernement et l’administration, c’est-à-dire l’exécutif car ils siègent autour des tables où se prennent les décisions. Les parlements n’ont que peu de moyens d’influencer leur gouvernement.»
Les citoyens des pays voisins de la ­Suisse peuvent confirmer cette affirmation. A Bruxelles siégeraient quelques conseillers fédéraux ainsi qu’une multitude de fonc­tionnaires fédéraux, des représentants des partis poli­tiques, des associations et des syndicats. Les multinationales dont le siège est en Suisse, représentées par Avenir Suisse, pourraient faire valoir leurs intérêts directement aux postes de commande de l’UE. En outre, le transfert de souveraineté de la capitale vers Bruxelles a des conséquences beaucoup plus négatives pour un Etat fédéral que pour un Etat centraliste comme la France. «Dans les fédérations, la compétence législative des Etats fédérés est également affectée.» Ici, Freiburg­haus minimise le risque car on sait bien que les parlements des Länder allemands et autrichiens n’ont conservé qu’une petite partie de leurs anciennes compétences.
Si la Suisse adhérait, non seulement les Chambres fédérales, mais également les parlements et gouvernements cantonaux perdraient beaucoup de leurs compétences. Mais ce qui serait le plus grave pour les Suisses est que le véritable perdant serait le peuple. Tous les auteurs de «Souveränität im Härtetest» savent bien que la structure politique particulière de la Suisse avec sa démocratie directe très prononcée aux niveaux fédéral, cantonal et communal est la vraie raison de la nette opposition des citoyens à l’adhésion. Comme le remarque Freiburghaus à juste titre, il s’agit du «droit presque illimité du peuple à s’opposer à ce que fait le personnel politique qu’il a mandaté» (p. 116). La perte de souveraineté du peuple serait énorme.
Mais il s’agit de plus encore, d’une chose fondamentale: l’identité des Suisses, tout ce qui constitue le modèle suisse avec son caractère d’encouragement pour d’autres ­peuples, serait irrémédiablement détruit. En plus de la démocratie directe, le type particulier de fédéralisme avec les quatre langues de cul­ture serait affecté de même que la forme particulière de neutralité armée qui ne consiste pas en un isolement par rapport à l’étranger mais dans la mission humanitaire d’une grande portée que la Suisse s’est imposée à l’égard de tous les peuples du monde en tant que siège du CICR et d’Etat dépositaire des Conventions de Genève. A cela s’ajoute l’autonomie communale avec l’institution de l’assemblée communale dans laquelle les citoyens peuvent gérer leurs affaires et assumer une responsabilité dans la commune (principe de milice). Cela ne fonctionne que tant que le peuple «aura son mot à dire», car on sait que la folie réglementariste de la bureaucratie européenne étouffe la participation des individus et la réduit essentiellement à la re­cherche de moyens d’obtenir des aides financières de Bruxelles.

Qu’est-ce qui dérange «Avenir Suisse» dans le modèle suisse?

La réponse à cette question est simple: ce qui dérange le think tank global, c’est le fait qu’en Suisse, le peuple ait tant de moyens d’exprimer son opinion, que la Suisse soit une nation née de la volonté populaire qui ne souhaite pas de «transfert de souveraineté» vers la structure centraliste et antidémocratique de l’UE, ce sont les nombreuses petites struc­tures transparentes des communes et des cantons – plus ou moins importants – que la population peut aisément contrôler.
Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, il est beaucoup plus facile pour les grandes sociétés d’établir leurs lobbyistes à Bruxelles et d’exercer une influence directe sur l’économie européenne. C’est pourquoi les auteurs de la Ire partie du livre sont très contrariés par les liens profonds, caractéristiques de la Suisse et de ses habitants, entre l’identité collective, l’identité individuelle et la démocratie directe» (Kohler, p. 36), par le fait que leur conception de la souveraineté soit «incompatible avec la supranationalité» (Jürg Martin Gabriel,
9 p. 100). Selon Thomas Maissen,10 une majorité de représentants de la politique (économique) étran­gère seraient sans doute prêts à un abandon de souveraineté «qui rend possible le commerce global (!). Cependant le peuple souverain n’en veut pas parce qu’il est imprégné d’expériences et de conceptions sur l’Etat nation datant des XIX et XXe siècles selon lesquelles la souveraineté par rapport à l’étranger et la neutralité sont la condition la plus importante d’un développement pacifique.» (pp. 79 sqq.) Eh oui, c’est bien cela, monsieur Maissen! Selon Freiburghaus, «le peuple et les cantons devraient approuver une adhésion qui réduirait leurs droits» et il poursuit, déçu, en écrivant que ce qui rend presque impossible une adhésion, c’est «le rôle de souverain du peuple». Le rôle, monsieur Freiburghaus?

Faire voler en éclats la Suisse en la transformant radicalement

On comprend maintenant pourquoi le think tank cherche depuis de nombreuses années à remodeler la Suisse. «Si donc le coût du cavalier seul et du maintien de la souveraineté devenait trop élevé [le coût pour qui? rem. de l’auteure], nous devrions quand même songer à modifier nos institutions politiques de manière à ce qu’une participation ne soit plus un obstacle mais une chose salutaire». (Freiburg­haus, p. 129). Selon Freiburghaus, le Conseil fédéral aurait besoin d’une «plus ­grande marge de manœuvre», ce qui réduirait «un peu» (!) les compétences du Parlement et des cantons et restreindrait les droits populaires.
Pour avoir le peuple à l’usure, les auteurs ne cessent de dénigrer le modèle suisse et les citoyens récalcitrants. Les médias nous ont habitués à voir les Suisses considérés comme des gens qui s’isolent, se réservent la meilleure part du gâteau et persistent dans une conception dépassée de la démocratie. Selon les auteurs, notre système politique a besoin d’une «rénovation profonde» car aussi bien le Conseil fédéral que le «prétendu Parlement de milice» sont de moins en moins en mesure de faire leur travail (sic!). Le fédéralisme «n’est plus que l’ombre de lui-même» (pp. 129 sqq.) car les cantons sont trop petits pour accomplir leurs missions.

Selon le Service de renseignement de la Confédération (SRC), le Département des Affaires étrangères (DFAE) a été la cible d’une attaque informatique en octobre 2009. Des pirates dont on ignore l’identité ont utilisé un logiciel spécial pour pénétrer le système informatique du Département et récupérer des informations. Le DFAE a isolé son réseau informatique du réseau Internet afin de stopper la transmission de données vers l’extérieur et d’éviter toute manipulation du système par des tiers. Le ministère de la Confédération a ouvert une enquête.
Source: Vertraulicher Schweizer Brief du 3/8/10

On connaît les efforts d’Avenir Suisse et de ses affidés – volontaires ou non – du monde politique et administratif ainsi que de leurs «experts» extérieurs en vue de remodeler la Suisse pour la rendre euro-compa­tible: il s’agit de créer des grandes régions et des grandes communes, des niveaux de pouvoir antidémocratiques au-dessus des agglomérations, de dépeupler les campagnes et les régions de montagne (cf. Leuenberger), d’introduire des acteurs supplémentaires à un métaniveau illégitime et non démocratique comme les conférences métropolitaines et les ateliers du futur, de privatiser les services publics, de pratiquer la manipulation neurolinguistique de la population, tout cela ad nauseam.
Parallèlement, les auteurs tentent de présenter les citoyens comme des incapables lorsqu’ils ne votent pas comme le voudrait l’«élite»: «Peu à peu, on se rend compte que la démocratie directe n’est un bienfait que lorsque les élites font bloc et présentent au peuple de bonnes solutions» (p. 130). Les Suisses ont-ils besoin de professeurs d’université qui manifestent tant d’arrogance et coûtent cher aux contribuables? L’historien Maissen révèle définitivement le vrai ­visage du think tank qui prétend vouloir sauvegarder la souveraineté de la Suisse: «Si les ­élites suisses désirent étendre la marge de ma­nœuvre au plan international, elles doivent cesser de lutter pour l’indépendance des marchés étrangers mais contre les droits de veto de la démocratie directe, notamment la minorité de blocage due à la majorité des cantons qui, dans le pire des cas (11½ des plus petits cantons), ne représentent guère que le quart de la population. Plutôt que de se confronter au peuple souverain doté du droit de référendum et à ses représentants souverainistes, il serait plus simple de négocier dans l’égalité des droits et dans le cadre d’un ordre juridique commun avec les représentants d’autres Etats. Mais quel détenteur d’un droit de veto renonce de plein gré à ce droit?» (p. 80)
Donc on s’attaque au peuple suisse et à ses droits politiques gênants en brandissant la menace du Roi des aulnes (Goethe): «Si tu ne veux pas, j’utiliserai la force»? Cela suffit maintenant. Nous, le peuple, restons souverains et résoudrons les problèmes auxquels la Suisse est confrontée beaucoup mieux, à coup sûr, au sein de notre modèle éprouvé de démocratie qu’en tant que laquais de l’économie globale. La domination d’une élite est étrangère au modèle suisse; nous n’en avons pas besoin.

Horizons et Débats

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Notes :

1     «Souveränität im Härtetest. Selbstbestimmung unter neuen Vorzeichen» von Katja Gentinetta und Georg Kohler (Hrsg.), Avenir Suisse und Verlag Neue Zürcher Zeitung, 2010. Résumé en français du dernier chapitre: www.avenir-suisse.ch/content/themen/effizienz-der-institutionen/souveraenitaet/mainColumnParagraphs/0/document1/souv_resume_fin.p
2     ABB, Crédit suisse, Groupement des banquiers privés genevois, Jacobs Holding, Kuoni Holding, McKinsey Switzerland, Nestlé, Novartis, Roche, Sulzer, Swiss Re, UBS et Zurich Financial Services
3     www.avenir-suisse.ch/fr/ueber-uns/leitbild.html
4     Toutes les citations sont tirées de la NZZ du 2 août.
5     Professeur émérite de politique économique étrangère à l’Université de Saint-Gall et auteur du rapport d’expertise sur les conséquences économiques de l’adhésion à l’EEE (1992)
6     Professeur émérite d’économie aux Universités de Berne, de Saint-Gall, de Heidelberg et de l’Ohio ainsi que conseiller de la Banque nationale suisse.
7     Professeur émérite de sciences politiques et administratives à Lausanne et fondateur des séminaires soleurois sur l’Europe destinés à la formation continue des fonctionnaires fédéraux
8     ex-Secrétaire d’Etat et directeur politique de l’Administration fédérale
9     Professeur émérite de relations internationales à l’EPFZ
10     Professeur d’histoire des temps modernes à l’Université de Heidelberg

août 11 2010

De l’action directe

Notre camarade* et ami Pierre Wyrsh, responsable de la librairie Fahrenheit 451 à Genève, nous a fait parvenir le texte que nous plaçons ci-après, et qu’il avait présenté lors du Festival Château Bruyant le 23 juillet dernier.

S.D.

*Bien que nous ne soyons en rien anarchistes, nous avons de nombreuses affinités avec certains libertaires, dont Pierre Wyrsh, avec lesquels nous aurons très prochainement l’occasion de collaborer sur Mecanopolis.

voltairine

De l’action directe

Par Voltairine de Cleyre

Du point de vue de celui qui pense être capable de discerner la route du progrès humain, si tant est qu’il doit y avoir un progrès ; du point de vue de celui qui discerne un tel chemin sur la carte de son esprit et s’efforce de l’indiquer aux autres, de le leur montrer comme il le voit ; du point de vue de celui qui, en faisant cela, a choisi des expressions claires et simples à ses yeux afin de communiquer ses pensées aux autres —, pour un tel individu, il apparaît regrettable et confus pour l’esprit que l’expression « action directe » ait soudain acquis, aux yeux de la majorité de l’opinion publique, un sens limité, qui n’est pas du tout inclus dans ces deux mots, et que ceux qui pensent comme lui ne lui ont certainement jamais donné.

Cependant, il arrive souvent que le progrès joue des tours à ceux qui se croient capables de lui fixer des bornes et des limites. Fréquemment des noms, des phrases, des devises, des mots d’ordre ont été retournés, détournés, inversés, déformés à la suite d’événements incontrôlables par ceux qui utilisaient ces expressions correctement ; et ceux qui persistaient à défendre leur interprétation, et insistaient pour qu’on les écoute, ont finalement découvert que la période où se développaient l’incompréhension et les préjugés annonçait seulement une nouvelle étape de recherche et de compréhension plus approfondie.

J’ai tendance à penser que c’est ce qui se passera avec le malentendu actuel concernant l’action directe. A travers la mécompréhension, ou la déformation délibérée, de certains journalistes de Los Angeles, à l’époque où les frères McNamara [1] plaidèrent coupables, ce malentendu a soudain acquis, dans l’esprit de l’opinion, le sens d’ « attaques violentes contre la vie et la propriété » des personnes. De la part des journalistes, cela relevait soit d’une ignorance crasse, soit d’une malhonnêteté totale. Mais cela a poussé pas mal de gens à se demander ce qu’est vraiment l’action directe.


En réalité, ceux qui la dénoncent avec autant de vigueur et de démesure découvriront, s’ils réfléchissent un peu, qu’ils ont eux-mêmes, à plusieurs reprises, pratiqué l’action directe, et qu’ils le feront encore.

Toute personne qui a pensé, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, avoir le droit de protester, et a pris son courage à deux mains pour le faire ; toute personne qui a revendiqué un droit, seule ou avec d’autres, a pratiqué l’action directe. Il y a une trentaine d’années, je me souviens que l’Armée du Salut pratiquait vigoureusement l’action directe pour défendre la liberté de ses membres de s’exprimer en public, de se rassembler et de prier. On les a arrêtés, condamnés à des amendes et emprisonnés des centaines et des centaines de fois, mais ils ont continué à chanter, prier et défiler, jusqu’à ce que finalement ils obligent leurs persécuteurs à les laisser tranquilles. Les Industrial Workers of the World [2] mènent à présent le même combat, et ont, dans plusieurs cas, obligé les autorités à les laisser tranquilles, en utilisant la même tactique de l’action directe.

Toute personne qui a eu un projet, et l’a effectivement mené à bien, ou qui a exposé son plan devant d’autres et a emporté leur adhésion pour qu’ils agissent tous ensemble, sans demander poliment aux autorités compétentes de le concrétiser à leur place, toute personne qui a agi ainsi a pratiqué l’action directe. Toutes les expériences qui font appel à la coopération relèvent essentiellement de l’action directe.

Toute personne qui a dû, une fois dans sa vie, régler un litige avec quelqu’un et est allé droit vers la ou les personne(s) concernée(s) pour le régler, en agissant de façon pacifique ou par d’autres moyens, a pratiqué l’action directe. Les grèves et les campagnes de boycott en offrent un bon exemple ; beaucoup d’entre vous se souviennent de l’action des ménagères de New York qui ont boycotté les bouchers et obtenu que baisse le prix de la viande : en ce moment même, un boycott du beurre est sur le point de s’organiser, face à la hausse des prix décidée par les commerçants.

Ces actions ne sont généralement pas le produit d’un raisonnement profond sur les mérites de l’action directe ou indirecte, mais résultent des efforts spontanés de ceux qui se sentent opprimés par une situation donnée.

En d’autres termes, tous les êtres humains sont, le plus souvent, de fervents partisans du principe de l’action directe et la pratiquent. Cependant la plupart d’entre eux sont également favorables à l’action indirecte ou politique. Ils interviennent sur les deux plans en même temps, sans y réfléchir longuement. Seul un nombre limité d’individus se refusent à avoir recours à l’action politique dans telle ou telle circonstance, voire la récusent systématiquement ; mais personne, absolument personne, n’a jamais été « incapable » de pratiquer l’action directe.

La majorité de ceux qui font profession de réfléchir sont des opportunistes ; ils penchent tantôt vers l’action directe, tantôt vers l’action indirecte, mais sont surtout prêts à utiliser n’importe quel moyen dès lors qu’une occasion l’exige. En d’autres termes, ceux qui affirment que le fait de voter à bulletins secrets pour élire un gouverneur est néfaste et ridicule sont aussi ceux qui, sous la pression de certaines circonstances, considèrent qu’il est indispensable de voter pour que tel individu occupe un poste à un moment particulier. Certains croient qu’en général la meilleure façon pour les gens d’obtenir ce qu’ils veulent est d’utiliser la méthode indirecte : en faisant élire et en portant au pouvoir quelqu’un qui donnera force de loi à ce qu’ils désirent ; mais ce sont les mêmes qui parfois, dans des conditions exceptionnelles, prôneront que l’on se mette en grève ; et, comme je l’ai déjà dit, la grève est une forme d’action directe. Ou bien ils agiront comme l’ont fait les agitateurs du Socialist Party [3] (organisation qui désormais s’oppose vigoureusement à l’action directe) l’été dernier, lorsque la police tentait d’interdire leurs meetings. Ils sont allés en force aux lieux de réunion, prêts à prendre la parole à n’importe quel prix, et ont fait reculer les forces de l’ordre. Même si cette attitude était illogique de leur part, puisqu’ils se sont opposés aux exécuteurs légaux de la volonté majoritaire, leur action constituait un exemple parfait, et réussi, d’action directe.

Ceux qui, en raison de leurs convictions profondes, sont attachés à l’action directe sont seulement… mais qui donc ? Les non-violents, précisément ceux qui ne croient pas du tout en la violence ! Ne vous méprenez pas : je ne pense pas du tout que l’action directe soit synonyme de non-violence. L’action directe aboutit tantôt à la violence la plus extrême, tantôt à un acte aussi pacifique que les eaux paisibles de Siloé [4]. Non, les vrais non-violents peuvent seulement croire en l’action directe, jamais en l’action politique. La base de toute action politique est la coercition ; même lorsque l’État accomplit de bonnes choses, son pouvoir repose finalement sur les matraques, les fusils, ou les prisons, car il a toujours la possibilité d’y avoir recours.

Quelques exemples historiques

De nos jours, n’importe quel écolier américain a entendu parler de l’action directe de certains hommes non-violents, dans le cadre de son programme d’histoire. Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui des premiers quakers [5] qui s’installèrent au Massachusetts. Les puritains [6] les accusèrent de « troubler les hommes en leur prêchant la paix ». En effet, les quakers refusaient de payer des impôts ecclésiastiques, de porter les armes, de prêter serment d’allégeance à un gouvernement, quel qu’il soit. (En agissant ainsi, ils ont pratiqué l’action directe, mais de façon passive.) Aussi, les puritains, partisans de l’action politique, ont fait voter des lois pour empêcher les quakers d’entrer sur leur territoire, les exiler, leur infliger des amendes, des peines de prison, des mutilations et finalement les pendre. Les quakers ont continué à arriver en Amérique (ce qui était cette fois une forme active d’action directe) ; et les livres d’histoire nous rappellent que, après la pendaison de quatre quakers [7], et la flagellation de Margaret Brewster qui fut attachée à une charrette et promenée à travers les rues de Boston, « les puritains renoncèrent à faire taire les nouveaux missionnaires » et que la « ténacité des quakers et leur non-violence finirent par triompher ».

Autre exemple d’action directe, qui appartient aux débuts de l’histoire coloniale américaine : cette fois, il ne s’agit pas d’un conflit pacifique, mais de la révolte de Bacon [8]. Tous nos historiens défendent l’action des rebelles dans cette affaire, car ceux-ci avaient raison. Et pourtant il s’agissait d’une action directe violente contre une autorité légalement constituée. Laissez-moi vous rappeler les détails de cet événement : les planteurs de Virginie craignaient (avec raison) une attaque générale des Indiens. Partisans de l’action politique, ils demandèrent, ou plutôt leur dirigeant Bacon exigea que le gouverneur lui accorde le droit de recruter des volontaires pour se défendre. Ce dernier craignait — à juste titre — qu’une compagnie d’hommes armés ne devienne une menace pour lui-même. Il refusa donc d’accorder cette permission à Bacon. A la suite de quoi, les planteurs eurent recours à l’action directe. Ils levèrent des volontaires sans autorisation et combattirent victorieusement contre les Indiens. Le gouverneur décréta que Bacon était un traître mais le peuple était de son côté, si bien que le gouverneur eut peur de le traduire en justice. Finalement, la situation s’envenima tellement que les rebelles mirent le feu à Jamestown. Si Bacon n’était pas mort, bien d’autres événements se seraient produits. Bien sûr, la répression fut terrible, comme cela se passe habituellement lorsqu’une révolte s’effondre d’elle-même ou est écrasée. Néanmoins, pendant sa brève période de succès, cette révolte corrigea nombre d’abus. Je suis persuadée que, à l’époque, les partisans de l’action politique à tout prix, après que les réactionnaires furent revenus au pouvoir, ont dû s’exclamer : « Regardez tous les maux que provoque l’action directe ! Notre colonie a fait un bond d’au moins vingt-cinq ans en arrière » ; ils oubliaient que, si les colons n’avaient pas recouru à l’action directe, les Indiens auraient pris leurs scalps un an plus tôt, au lieu que nombre d’entre eux soient pendus par le gouverneur un an plus tard.

Dans la période d’agitation et d’excitation qui précéda la révolution américaine, on assista à toutes sortes d’actions directes, des plus pacifiques aux plus violentes ; je crois que presque tous ceux qui étudient l’histoire des Etats-Unis trouvent que ces actions constituent la partie la plus intéressante de l’histoire, celle qui s’imprègne le plus facilement dans leur mémoire.

Parmi les actions pacifiques, on peut citer notamment les accords de non-importation, les ligues pour porter des vêtements fabriqués dans la colonie et les « comités de correspondance » [9]. Comme les hostilités se développaient inévitablement, l’action directe violente prit elle aussi de l’ampleur ; par exemple, on détruisit les timbres fiscaux, on interdit le débarquement des cargaisons de thé, on les plaça dans des locaux humides, on les jeta dans les eaux du port, comme à Boston, on obligea un propriétaire d’une cargaison de thé à mettre le feu à son propre bateau, comme à Annapolis.

Toutes ces actions sont décrites dans nos manuels d’histoire, et aucun auteur ne les condamne, ou ne les regrette, bien qu’il se soit agi à chaque fois d’actions directes contre des autorités légalement constituées et contre le droit de propriété. Si je cite ces exemples et d’autres de même nature, c’est pour souligner deux points à l’intention de ceux qui répètent certains arguments comme des perroquets : premièrement, les hommes ont toujours eu recours à l’action directe ; et deuxièmement, ceux qui la condamnent aujourd’hui sont également ceux qui l’approuvent d’un point de vue historique.

George Washington dirigeait la Ligue des planteurs de Virginie contre les importations ; un tribunal lui aurait certainement « enjoint » de ne pas créer une telle organisation et, s’il avait insisté, il lui aurait infligé une amende pour offense à la Cour.

La Guerre de Sécession

Lorsque le grand conflit entre le Nord et le Sud s’intensifia, ce fut encore l’action directe qui précéda et précipita l’action politique. Et je ferai remarquer que l’on n’engage jamais, que l’on n’envisage même jamais aucune action politique, tant que les esprits assoupis n’ont pas été réveillés par des actes de protestation directe contre les conditions existantes.

L’histoire du mouvement abolitionniste et de la Guerre de Sécession nous offre un énorme paradoxe, même si nous savons bien que l’histoire n’est qu’une chaîne de paradoxes. Sur le plan politique, les États esclavagistes luttaient pour une plus grande liberté, pour l’autonomie de chaque État et contre toute intervention du gouvernement fédéral ; par contre, les États non esclavagistes voulaient un État centralisé et fort, État que les sécessionnistes condamnaient avec raison parce qu’il allait donner naissance à des formes de pouvoir de plus en plus tyranniques. Et c’est ce qui arriva. Depuis la fin de la guerre de Sécession, le pouvoir fédéral empiète de plus en plus sur les prérogatives de chaque État. Les négriers modernes (les industriels) se retrouvent continuellement en conflit avec le pouvoir centralisé contre lequel les esclavagistes d’antan protestaient (la liberté à la bouche mais la tyrannie au cœur). D’un point de vue éthique, ce sont les États non esclavagistes qui, en théorie, prônaient une plus grande liberté, tandis que les sécessionnistes défendaient le principe de l’esclavage. Mais cette position éthiquement juste était très abstraite : en effet, la majorité des Nordistes, qui n’avaient jamais côtoyé d’esclaves noirs, pensaient que cette forme d’exploitation était probablement une erreur ; mais ils n’étaient pas pressés de la faire disparaître. Seuls les abolitionnistes, une infime minorité, avaient une véritable position éthique : à leurs yeux seule importait l’abolition de l’esclavage — ils ne se souciaient pas de la sécession ni de l’union entre les États américains. Au point que beaucoup d’entre eux prônaient la dissolution de l’Union ; ils pensaient que le Nord devaient en prendre l’initiative afin que les Nordistes ne soient plus accusés de maintenir les Noirs prisonniers de leurs chaînes.

Bien sûr, toutes sortes de gens ayant toutes sortes d’idées voulaient abolir l’esclavage : des quakers comme Whittier [10] (les quakers, ces partisans de la paix à tout prix, furent en fait les premiers partisans de l’abolition de l’esclavage, dès leur arrivée en Amérique) ; des partisans modérés de l’action politique qui voulaient racheter les esclaves pour résoudre le problème rapidement ; et puis des gens extrêmement violents qui croyaient en la violence et menèrent toutes sortes d’actions radicales.

En ce qui concerne les politiciens, pendant trente ans ils essayèrent de se défiler, de conclure des compromis, de marchander, de maintenir le statut quo, d’amadouer les deux parties, alors que la situation exigeait des actes, ou au moins une parodie d’action. Mais « les étoiles dans leur course combattirent contre Sisera [11] », le système s’effondra de l’intérieur et, sans éprouver le moindre remords, les partisans de l’action directe agrandirent les fissures de l’édifice esclavagiste.

Parmi les différentes expressions de la révolte directe mentionnons l’organisation du « chemin de fer souterrain ». La plupart de ceux qui y participèrent soutenaient les deux formes d’action (directe et politique) ; cependant, même si, en théorie, ils pensaient que la majorité avait le droit d’édicter et d’appliquer des lois, ils n’y croyaient pas totalement. Mon grand-père avait fait partie de ce réseau clandestin et aidé de nombreux esclaves à rejoindre le Canada. C’était un homme attaché aux règles, dans la plupart des domaines, même si j’ai souvent pensé qu’il respectait la loi parce qu’il avait rarement affaire à elle ; ayant toujours mené la vie d’un pionnier, la loi le touchait généralement d’assez loin, alors que l’action directe avait pour lui la valeur d’un impératif. Quoi qu’il en soit, et aussi légaliste fût-il, il n’éprouvait aucun respect pour les lois esclavagistes, même si elles avaient été votées à une majorité de 500 pour cent. Et il violait consciemment toutes celles qui l’empêchaient d’agir.

Parfois, le bon fonctionnement du « chemin de fer souterrain » exigeait l’usage de la violence, et on l’employait. Je me souviens qu’une vieille amie me raconta qu’elle et sa mère avaient surveillé leur porte toute la nuit, pendant qu’un esclave recherché se cachait dans leur cave. Toutes deux avaient beau descendre de familles quakers et sympathiser avec leurs idées, elles avaient un fusil de chasse à portée de main, sur la table. Heureusement, elles n’eurent pas besoin de tirer, ce soir-là.

Lorsque la loi sur les esclaves évadés fut votée, grâce à certains politiciens du Nord qui voulaient encore amadouer les propriétaires d’esclaves, les partisans de l’action directe décidèrent de libérer les esclaves qui avaient été repris. Il y eut l’« opération Shadrach » puis l’opération « Jerry » (cette dernière sous la direction du fameux Gerrit Smith), et bien d’autres qui réussirent ou échouèrent. Cependant les politiciens continuèrent leurs manœuvres et tentèrent de concilier l’inconciliable. Les partisans de la paix à tout prix, les plus légalistes, dénoncèrent les abolitionnistes, un peu de la même façon que des gens comme William D. Haywood [12] et Frank Bohn [13] sont dénoncés par leur propre parti aujourd’hui.

John Brown

L’autre jour, j’ai lu dans le quotidien Daily Socialist de Chicago une lettre du secrétaire du Socialist Party de Louisville au secrétaire national. M. Dobbs demandait que l’on remplace M. Bohn, qui devait venir parler dans sa ville, par un orateur plus responsable et plus raisonnable. Pour expliquer sa démarche, il citait un passage de la conférence de Bohn : « Si les frères McNamara avaient défendu avec succès les intérêts de la classe ouvrière, ils auraient eu raison, de même que John Brown aurait eu raison s’il avait réussi à libérer les esclaves. Pour John Brown, comme pour les McNamara, l’ignorance était leur seul crime. »

Et M. Dobbs de faire le commentaire suivant. « Nous nous élevons fermement contre de tels propos. Cette comparaison entre la révolte ouverte — même si elle était erronée — de John Brown d’un côté, et les méthodes clandestines et meurtrières des frères McNamara de l’autre, est le fruit d’un raisonnement creux qui conduit à des conclusions logiques très dangereuses. »

M. Dobbs ignore certainement ce que furent la vie et les actions de John Brown. Ce partisan convaincu de la violence aurait traité avec mépris quiconque aurait essayé de le faire passer pour un agneau. Et une fois qu’une personne croit en la violence, c’est à elle seule de décider quelle est la façon la plus efficace de l’appliquer, en fonction des conditions concrètes et de ses propres moyens. John Brown n’hésita jamais à utiliser des méthodes conspiratives. Ceux qui ont lu l’ Autobiographie de Frederick Douglass [14] et les Souvenirsde Lucy Colman [15] savent que John Brown avait prévu d’organiser une série de camps fortifiés dans les montagnes de la Virginie-Occidentale, de la Caroline du Nord et du Tennessee, d’envoyer des émissaires secrets parmi les esclaves pour les inciter à venir se réfugier dans ces camps, et ensuite réfléchir aux mesures et aux conditions nécessaires pour fomenter la révolte chez les Noirs. Ce plan échoua surtout parce que les esclaves eux-mêmes ne désiraient pas assez fortement la liberté.

Plus tard, lorsque des politiciens à l’esprit tortueux, toujours soucieux de ne rien faire, votèrent la loi Kansas-Nebraska qui laissait les colons décider seuls de la légalité de l’esclavage, les partisans de l’action directe, dans les deux camps, envoyèrent de pseudo-colons dans ces territoires et ceux-ci s’affrontèrent. Les partisans de l’esclavage arrivèrent les premiers ; ils rédigèrent une constitution qui reconnaissait l’esclavage et une loi punissant de mort toute personne qui aiderait un esclave à s’échapper ; mais les Free Soilers [16], qui arrivèrent un peu plus tard parce qu’ils venaient d’États plus éloignés, rédigèrent une seconde constitution, et refusèrent de reconnaître les lois de leurs adversaires. John Brown se trouvait parmi eux et utilisa la violence, tantôt ouvertement tantôt clandestinement. Les politiciens décents, favorables à la paix sociale, le considéraient comme un « voleur de chevaux et un assassin ». Et il ne fait pas le moindre doute qu’il vola des chevaux, sans prévenir personne de son intention de les dérober, et qu’il tua des partisans de l’esclavage. Il se battit et réussit à s’en tirer un bon nombre de fois avant qu’il tente de s’emparer de l’arsenal de Harpers Ferry [17]. S’il n’utilisa pas la dynamite, c’est seulement parce qu’elle n’était pas encore une arme très répandue à l’époque. Il attenta à la vie de beaucoup plus de gens que les frères McNamara, dont M. Dobbs condamne les « méthodes meurtrières ». Pourtant les historiens ont compris la portée des actions de John Brown. Cet homme violent, qui avait du sang sur les mains, fut condamné et pendu pour haute trahison ; mais tout le monde sait que c’était une âme forte et belle, désintéressée, qui ne pouvait supporter que quatre millions d’hommes soient traités comme des animaux. John Brown pensait que combattre cette injustice, ce crime horrible, était un devoir sacré qu’il accomplissait sur l’ordre de Dieu — car cet homme très religieux appartenait à l’Eglise presbytérienne.

C’est grâce aux actions, pacifiques ou violentes, des précurseurs du changement social que la Conscience Humaine, la conscience des masses, s’éveille au besoin du changement. Il serait absurde de prétendre qu’aucun résultat positif n’a jamais été obtenu par les moyens politiques traditionnels ; parfois de bonnes choses en résultent. Mais jamais tant que la révolte individuelle, puis la révolte des masses ne l’imposent. L’action directe est toujours le héraut, l’élément déclencheur, qui permet à la grande masse des indifférents de prendre conscience que l’oppression devient intolérable.

Les luttes actuelles contre l’esclavage salarié

Nous subissons maintenant l’oppression dans ce pays — et pas seulement ici, mais dans toutes les parties du monde qui jouissent des bienfaits fort contrastés de la civilisation. Et de même que l’ancien esclavage, le nouveau provoque à la fois des actions directes et des actions politiques. Une fraction de la population américaine produit la richesse matérielle qui permet à tous de vivre ; exactement de la même façon que quatre millions d’esclaves noirs entretenaient la foule de parasites qui les commandaient. Aujourd’hui ce sont les travailleurs agricoles et les ouvriers d’industrie.

A travers l’action imprévisible d’institutions qu’aucun d’eux n’a créées, mais qui sévissent depuis leur naissance, ces travailleurs, la partie la plus indispensable de toute la structure sociale, sans le travail desquels personne ne pourrait ni manger, ni s’habiller, ni se loger, ces travailleurs, disais-je, sont justement ceux qui disposent du moins de nourriture, de vêtements et des pires logements — sans parler des autres bienfaits que la société est censée leur dispenser, comme l’éducation et l’accès aux plaisirs artistiques.

Ces ouvriers ont, d’une façon ou d’une autre, joint leurs efforts pour que leur condition s’améliore ; en premier lieu par l’action directe, en second lieu par l’action politique. Nous avons des groupes comme la Grange [18], les Farmers’ Alliances [19], les coopératives, les colonies expérimentales, les Knights of Labor [20], les syndicats et les Industrial Workers of the World. Tous ont organisé les travailleurs pour alléger le poids de l’exploitation, pour des prix meilleur marché, des conditions de travail moins catastrophiques, et une journée de travail un peu plus courte ; ou contre une réduction de salaire, la détérioration des conditions de travail ou l’allongement des horaires.

Aucun de ces groupes, à part les IWW, n’a reconnu qu’il existe une guerre sociale et qu’elle se poursuivra tant que se perpétueront les conditions sociales et juridiques actuelles. Ils ont accepté les institutions fondées sur la propriété privée, telles qu’elles étaient. Ces organisations regroupent des gens ordinaires, aux aspirations ordinaires, et elles ont entrepris de faire ce qu’il leur semblait possible et raisonnable d’accomplir. Lors de la création de ces groupes, ces militants ne se sont pas engagés sur un programme politique particulier, ils se sont associés pour mener une action directe, décidée par eux-mêmes, offensive ou défensive.

Il y a vingt-deux ans, j’ai rencontré des militants des Farmers’ Alliances, des Knights of Labor et des syndicalistes qui m’ont dit cela. Ils voulaient lutter pour des objectifs plus larges que ceux que proposés par leurs organisations ; mais ils devaient aussi accepter leurs camarades de travail comme ils étaient, et essayer de les inciter à lutter pour des objectifs immédiats qu’ils percevaient clairement : prix plus justes, salaires plus élevés, conditions de travail moins dangereuses ou moins tyranniques, semaine de travail moins longue. A l’époque où sont nés ces mouvements, les travailleurs agricoles ne pouvaient pas comprendre que leur lutte convergeait avec le combat des ouvriers des usines ou des transports ; et ces derniers ne voyaient pas non plus leurs points communs avec le mouvement des paysans. D’ailleurs, même aujourd’hui, peu d’entre eux le comprennent. Ils doivent encore apprendre qu’il n’existe qu’une seule lutte commune contre ceux qui se sont approprié les terres, les capitaux et les machines.

Malheureusement les grandes organisations paysannes ont gaspillé leur énergie en s’engageant dans une course stupide au pouvoir politique. Elles ont réussi à prendre le pouvoir dans certains États, mais les tribunaux ont déclaré que les lois votées n’étaient pas constitutionnelles, et toutes leurs conquêtes politiques ont été enterrées. A l’origine, leur programme visait à construire leurs propres silos, y stocker les produits et les tenir à l’écart du marché jusqu’à ce qu’ils puissent échapper aux spéculateurs. Ils voulaient aussi organiser des échanges de services et imprimer des billets de crédit pour les produits déposés afin de payer ces échanges. Si ce programme d’aide mutuelle directe avait fonctionné, il aurait montré, dans une certaine mesure, au moins pendant un temps, comment l’humanité peut se libérer du parasitisme des banquiers et des intermédiaires. Bien sûr, ce projet aurait fini par être liquidé, à moins que sa vertu exemplaire n’ait bouleversé tellement l’esprit des hommes qu’il leur ait donné envie de mettre fin au monopole légal de la terre et des capitaux ; mais au moins ce projet aurait eu un rôle éducatif fondamental. Malheureusement, ce mouvement poursuivit une chimère et se désintégra surtout à cause de sa futilité.

Les Knights of Labor sont eux aussi devenus pratiquement insignifiants, non pas parce qu’ils n’ont pas eu recours à l’action directe, ni parce qu’ils se sont mêlés de politique, mais parce qu’il s’agissait d’une masse d’ouvriers trop hétérogène pour réussir à conjuguer efficacement leurs efforts.

Pourquoi les patrons ont peur des grèves

Les syndicats ont atteint une taille bien plus imposante que celle des Knights of Labor et leur pouvoir a continué à croître, lentement mais sûrement. Certes cette croissance a connu des fluctuations, des reculs ; de grandes organisations ont surgi puis disparu. Mais dans l’ensemble, les syndicats constituent un pouvoir en plein développement. Malgré leurs faibles ressources, ils ont offert, à une certaine fraction des travailleurs, un moyen d’unir leurs forces, de faire pression directement sur leurs maîtres et d’obtenir ainsi une petite partie de ce qu’ils voulaient — de ce qu’ils devaient essayer d’obtenir, vu leur situation. La grève est leur arme naturelle, celle qu’ils se sont forgée eux-mêmes. Neuf fois sur dix, les patrons redoutent la grève — même si, bien sûr, il peut arriver que certains s’en réjouissent, mais c’est plutôt rare. Les patrons savent qu’ils peuvent gagner contre les grévistes, mais ils ont terriblement peur que leur production s’interrompe. Par contre, ils ne craignent nullement un vote qui exprimerait « la conscience de classe » des électeurs ; à l’atelier, vous pouvez discuter du socialisme, ou de n’importe quel autre programme ; mais le jour où vous commencez à parler de syndicalisme, attendez-vous à perdre votre travail ou au moins à ce que l’on vous menace et que l’on vous ordonne de vous taire. Pourquoi ? Le patron se moque de savoir que l’action politique n’est qu’une impasse où s’égare l’ouvrier, et que le socialisme politique est en train de devenir un mouvement petit-bourgeois. Il est persuadé que le socialisme est une très mauvaise chose — mais il sait aussi que celui-ci ne s’instaurera pas demain. Par contre, si tous ses ouvriers se syndiquent, il sera immédiatement menacé. Son personnel aura l’esprit rebelle, il devra dépenser de l’argent pour améliorer les conditions de travail, il sera obligé de garder des gens qu’il n’aime pas et, en cas de grève, ses machines ou ses locaux seront peut-être endommagés.

On dit souvent, et on le répète parfois jusqu’à la nausée, que les patrons ont une « conscience de classe », qu’ils sont solidement soudés pour défendre leurs intérêts collectifs, et sont prêts individuellement à subir toutes sortes de pertes plutôt que de trahir leurs prétendus intérêts communs. Ce n’est absolument pas vrai. La majorité des capitalistes sont exactement comme la plupart des ouvriers : ils se préoccupent beaucoup plus de leurs pertes personnelles (ou de leurs gains) que des pertes (ou des victoires) de leur classe. Et lorsqu’un syndicat menace un patron, c’est à son portefeuille qu’il s’en prend.

Toute grève est synonyme de violence

Aujourd’hui chacun sait qu’une grève, quelle que soit sa taille, est synonyme de violence. Même si les grévistes ont une préférence morale pour les méthodes pacifiques, ils savent parfaitement que leur action causera des dégâts. Lorsque les employés du télégraphe font grève, ils sectionnent des câbles et scient des pylônes, tandis que les jaunes bousillent leurs instruments de travail parce qu’ils ne savent pas les utiliser. Les sidérurgistes s’affrontent physiquement aux briseurs de grève, cassent des carreaux, détraquent certains appareils de mesure, endommagent des laminoirs qui coûtent très cher et détruisent des tonnes de matières premières. Les mineurs endommagent des pistes et des ponts et font sauter des installations. S’il s’agit d’ouvriers, ou d’ouvrières, du textile, un incendie d’origine inconnue éclate, des pierres volent à travers une fenêtre apparemment inaccessible ou une brique est lancée sur la tête d’un patron. Quand les employés des tramways font grève, ils arrachent les rails ou élèvent des barricades sur les voies avec des charrettes ou des wagons retournés, des clôtures volées, des voitures incendiées. Lorsque les cheminots se mettent en colère, des moteurs « expirent », des locomotives folles démarrent sans conducteur, des chargements déraillent et des trains sont bloqués. S’il s’agit d’une grève du bâtiment, les travailleurs dynamitent des constructions. Et à chaque fois, des combats éclatent entre d’un côté les briseurs de grève et les jaunes et, de l’autre, les grévistes et leurs sympathisants, entre le Peuple et la Police.

Pour les patrons, une grève sera synonyme de projecteurs, de fil de fer barbelé, de palissades, de locaux de détention, de policiers et d’agents provocateurs, de kidnappings violents et d’expulsions. Ils inventeront tous les moyens possibles pour se protéger directement, sans compter l’ultime recours à la police, aux milices, aux brigades spéciales et aux troupes fédérales.

Tout le monde sait cela et sourit lorsque les responsables syndicaux protestent, affirmant que leurs organisations sont pacifiques et respectent les lois. Tout le monde est conscient qu’ils mentent. Les travailleurs savent que les grévistes utilisent la violence, à la fois ouvertement et clandestinement, et qu’ils n’ont pas d’autres moyens, s’ils ne veulent pas capituler immédiatement. Et la population ne confond pas les grévistes qui sont obligés de recourir à la violence avec les crapules destructrices qui les provoquent délibérément. Généralement, les gens comprennent que les grévistes agissent ainsi parce qu’ils sont poussés par la dure logique d’une situation qu’ils n’ont pas créée, mais qui les force à attaquer pour survivre, sinon ils seront obligés de tomber tout droit dans la misère jusqu’à ce que la mort les frappe, à l’hospice, dans les rues des grandes villes ou sur les berges boueuses d’une rivière. Telle est l’horrible situation devant laquelle se trouvent les ouvriers ; ce sont les êtres les plus humains — ils font un détour pour soigner un chien blessé, ou ramener chez eux un chiot et le nourrir, ou s’écartent d’un pas pour ne pas écraser un ver de terre — et ils recourent à la violence contre leurs congénères. Ils savent, parce que la réalité le leur a appris, que c’est l’unique façon de gagner, si tant est qu’ils puissent gagner quelque chose. « Vous n’avez qu’à mieux voter aux prochaines élections ! » affirment certains. Il m’a toujours semblé qu’il s’agit de l’une des réponses les plus ridicules qu’une personne puisse faire, lorsqu’un gréviste lui demande de l’aide face à une situation matérielle délicate, et alors que les élections auront lieu dans six mois, un an voire deux ans.

Malheureusement, ceux qui savent comment la violence est utilisée dans la guerre des syndicats contre les patrons ne prennent pas publiquement la parole pour dire : « Tel jour, à tel endroit, telle action spécifique a été entreprise ; telles et telles concessions ont été accordées à la suite de cette action ; tel patron a capitulé. » Agir ainsi mettrait en péril leur liberté et leur pouvoir de continuer le combat. C’est pourquoi ceux qui sont les mieux informés doivent se taire et ricaner discrètement en écoutant les ignorants pérorer. Pourtant seule la connaissance des faits peut éclaircir leur position.

Les adversaires de l’action directe

Ces dernières semaines, certains n’ont pas été avares de paroles creuses. Des orateurs et des journalistes, honnêtement convaincus de l’efficacité de l’action politique, persuadés qu’elle seule peut permettre aux ouvriers de remporter la bataille, ont dénoncé les dommages incalculables causés par ce qu’ils appellent l’action directe (ils veulent dire en fait la « violence conspiratrice »).

Un certain Oscar Ameringer, par exemple, a récemment déclaré, lors d’un meeting à Chicago, que la bombe lancée à Haymarket Square en 1886 avait fait reculer le mouvement pour la journée de huit heures d’un quart de siècle. D’après lui, ce mouvement aurait été victorieux si la bombe n’avait pas été lancée. Ce monsieur commet une grave erreur.

Personne n’est capable de mesurer précisément l’effet positif ou négatif d’une action, à l’échelle de plusieurs mois ou de plusieurs années. Personne ne peut démontrer que la journée de huit heures aurait pu devenir obligatoire vingt-cinq ans auparavant.

Nous savons que les législateurs de l’Illinois ont voté une loi pour la journée de 8 heures en 1871 et que ce texte est resté lettre morte. On ne peut pas davantage démontrer que l’action directe des ouvriers aurait pu l’imposer. Quant à moi, je pense que des facteurs beaucoup plus puissants que la bombe de Haymarket ont joué un rôle.

D’un autre côté, si l’on croit que l’influence négative de la bombe a été si puissante, alors les conditions de travail et l’exercice des activités syndicales devraient être bien plus difficiles à Chicago que dans les villes où rien d’aussi grave ne s’est produit. Pourtant on constate le contraire. Même si les conditions des travailleurs y sont déplorables, elles sont bien moins mauvaises à Chicago que dans d’autres grandes villes, et le pouvoir des syndicats y est plus développé que dans n’importe quel autre endroit, excepté San Francisco. Si l’on veut donc absolument tirer des conclusions à propos des effets de la bombe de Haymarket, il faut tenir compte de ces faits avant d’avancer une hypothèse. En ce qui me concerne, je ne pense pas que cet événement ait joué un rôle important dans l’évolution du mouvement ouvrier.

Et il en sera de même avec la vigoureuse [campagne] actuelle contre la violence. Rien n’a fondamentalement changé. Deux hommes ont été emprisonnés pour ce qu’ils ont fait (il y a vingt-quatre ans, leurs semblables ont été pendus pour des actes qu’ils n’avaient pas commis) et quelques autres seront peut-être incarcérés. Mais les forces de la Vie continueront à se révolter contre leurs chaînes économiques. Cette révolte ne faiblira pas, peu importe le parti qui remportera ou perdra les élections, jusqu’à ces chaînes soient brisées.

Comment pourrons-nous briser nos chaînes ?

Les partisans de l’action politique nous racontent que seule l’action électorale du parti de la classe ouvrière pourra atteindre un tel résultat ; une fois élus, ils entreront en possession des sources de la Vie et des moyens de production ; ceux qui aujourd’hui possèdent les forêts, les mines, les terres, les canaux, les usines, les entreprises et qui commandent aussi au pouvoir militaire à leur botte, en bref les exploiteurs, abdiqueront demain leur pouvoir sur le peuple dès le lendemain des élections qu’ils auront perdues.

Et en attendant ce jour béni ?

En attendant, soyez pacifiques, travaillez bien, obéissez aux lois, faites preuve de patience et menez une existence frugale (comme Madero [21] le conseilla aux paysans mexicains après les avoir vendus à Wall Street).

Si certains d’entre vous sont privés de leurs droits civiques, ne vous révoltez même pas contre cette mesure, cela risquerait de « faire reculer le parti ».

Action politique et action directe

J’ai déjà dit que, parfois, l’action politique obtient quelques résultats positifs — et pas toujours sous la pression des partis ouvriers, d’ailleurs. Mais je suis absolument convaincue que les résultats positifs obtenus occasionnellement sont annulés par les résultats négatifs ; de même que je suis convaincue que, si l’action directe a parfois des conséquences négatives, celles-ci sont largement compensées par les conséquences positives de l’action directe.

Presque toutes les lois originellement conçues pour le bénéfice des ouvriers sont devenues une arme entre les mains de leurs ennemis, ou bien sont restées lettre morte, sauf lorsque le prolétariat et ces organisations ont imposé directement leur application. En fin de compte, c’est toujours l’action directe qui a le rôle moteur. Prenons par exemple la loi antitrusts censée bénéficier au peuple en général et à la classe ouvrière en particulier. Il y environ deux semaines, 250 dirigeants syndicaux ont été cités en justice. La compagnie de chemins de fer Illinois Central les accusait en effet d’avoir formé un trust en déclenchant une grève !

Mais la foi aveugle en l’action indirecte, en l’action politique, a des conséquences bien plus graves : elle détruit tout sens de l’initiative, étouffe l’esprit de révolte individuelle, apprend aux gens à se reposer sur quelqu’un d’autre afin qu’il fasse pour eux ce qu’ils devraient faire eux-mêmes ; et enfin elle fait passer pour naturelle une idée absurde : il faudrait encourager la passivité des masses jusqu’au jour où le parti ouvrier gagnera les élections ; alors, par la seule magie d’un vote majoritaire, cette passivité se transformera tout à coup en énergie. En d’autres termes, on veut nous faire croire que des gens qui ont perdu l’habitude de lutter pour eux-mêmes en tant qu’individus, qui ont accepté toutes les injustices en attendant que leur parti acquière la majorité ; que ces individus vont tout à coup se métamorphoser en véritables « bombes humaines », rien qu’en entassant leurs bulletins dans les urnes !

Les sources de la Vie, les richesses naturelles de la Terre, les outils nécessaires pour une production coopérative doivent devenir accessibles à tous. Le syndicalisme doit élargir et approfondir ses objectifs, sinon il disparaîtra ; et la logique de la situation forcera graduellement les syndicalistes à en prendre conscience. Les problèmes des ouvriers ne pourront jamais être résolus en tabassant des jaunes, tant que des cotisations élevées et d’autres restrictions limiteront les adhésions au syndicat et pousseront certains travailleurs à aider les patrons. Les syndicats se développeront moins en combattant pour des salaires plus élevés qu’en luttant pour une semaine de travail plus courte, ce qui permettra d’augmenter le nombre de leurs membres, d’accepter tous ceux qui veulent adhérer. Si les syndicats veulent gagner des batailles, tous les ouvriers doivent s’allier et agir ensemble, agir rapidement (sans en avertir les patrons à l’avance) et profiter de leur liberté d’agir ainsi à chaque fois. Et si, un jour, les syndicats regroupent tous les ouvriers, aucune conquête ne sera permanente, à moins qu’ils se mettent en grève pour tout obtenir — pas une augmentation de salaire, ni une amélioration secondaire, mais toutes les richesses de la nature — et qu’ils procèdent, dans la foulée, à l’expropriation directe et totale !

Le pouvoir des ouvriers ne réside pas dans la force de leur vote, mais dans leur capacité à paralyser la production. La majorité des électeurs ne sont pas des ouvriers. Ceux-ci travaillent à un endroit aujourd’hui, à un autre demain, ce qui empêche un grand nombre d’entre eux de voter ; un grand pourcentage des ouvriers dans ce pays sont des étrangers qui n’ont pas le droit de voter. Les dirigeants socialistes le savent parfaitement. La preuve ? Ils affadissent leur propagande sur tous les points afin de gagner le soutien de la classe capitaliste, du moins des petits entrepreneurs. Selon la presse socialiste, des spéculateurs de Wall Street assurent qu’ils sont prêts à acheter des actions de Los Angeles à un administrateur socialiste aussi bien qu’à un administrateur capitaliste. Les journaux socialistes prétendent que l’administration actuelle de Milwaukee a créé une situation économique très favorable aux petits investisseurs ; leurs articles publicitaires conseillent aux habitants de cette ville de se rendre chez Dupont ou Durand sur Milwaukee Avenue, qui les servira aussi bien qu’un grand magasin dépendant d’une grosse chaîne commerciale. En clair, parce que nos socialistes savent qu’ils ne pourront pas obtenir une majorité sans les voix de cette classe sociale, ils essaient désespérément de gagner le soutien (et de prolonger la vie) de la petite-bourgeoisie que l’économie socialiste fera disparaître.

Au mieux, un parti ouvrier pourrait, en admettant que ses députés restent honnêtes, former un solide groupe parlementaire qui conclurait des alliances ponctuelles avec tel ou tel autre groupe afin d’obtenir quelques mini-réformes politiques ou économiques.

Mais lorsque la classe ouvrière sera regroupée dans une seule grande organisation syndicale, elle pourra montrer à la classe possédante, en cessant brusquement le travail dans toutes les entreprises, que toute la structure sociale repose sur le prolétariat ; que les biens des patrons n’ont aucune valeur sans l’activité des travailleurs ; que des protestations comme les grèves sont inhérentes à ce système fondé sur la propriété privée et qu’elles se reproduiront tant qu’il ne sera pas aboli. Et, après l’avoir montré dans les faits, les ouvriers exproprieront tous les possédants.

« Mais le pouvoir militaire, objectera le partisan de l’action politique, nous devons d’abord obtenir le pouvoir politique, sinon on utilisera l’armée contre nous ! »

Contre une véritable grève générale, l’armée ne peut rien. Oh, bien sûr, si vous avez un socialiste dans le genre d’Aristide Briand [22] au pouvoir, il sera prêt à déclarer que les ouvriers sont tous des « serviteurs de l’Etat » et à essayer de les faire travailler contre leurs propres intérêts. Mais contre le solide mur d’une masse d’ouvriers immobiles, même un Briand se cassera les dents.

En attendant, tant que la classe ouvrière internationale ne se réveillera pas, la guerre sociale se poursuivra, malgré toutes les déclarations hystériques de tous ces individus bien intentionnés qui ne comprennent pas que les nécessités de la Vie puissent s’exprimer ; malgré la peur de tous ces dirigeants timorés ; malgré toutes les revanches que prendront les réactionnaires ; malgré tous les bénéfices matériels que les politiciens retirent d’une telle situation. Cette guerre de classe se poursuivra parce que la Vie crie son besoin d’exister, qu’elle étouffe dans le carcan de la Propriété, et qu’elle ne se soumet pas.

Et que la Vie ne se soumettra pas

Cette lutte durera tant que l’humanité ne se libérera pas elle-même pour chanter l’Hymne à l’Homme de Swinburne [23] :

« Gloire à l’Homme dans ses plus beaux exploits
Car il est le maître de toutes choses. »

Voltairine de Cleyre


[1] Le 10 octobre 1910, James et Joseph McNamara, respectivement membres des syndicat des typographes et du bâtiment, posèrent une bombe à proximité du Los Angeles Times,bombe censée causer uniquement des dégâts matériels. Malheureusement l’explosion déclencha un violent incendie et 21 employés du journal moururent suite à cet attentat. Les deux frères, sur le conseil de leur avocat Clarence Darrow, plaidèrent coupables et évitèrent la peine de mort.

[2] IWW (Industrial Workers of the World) ou Wobblies…. Syndicat révolutionnaire fondé en 1905 par des syndicalistes radicaux qui s’opposaient à la politique conservatrice et pro-patronale de l’American Federation of Labor. Les Wobblies comprenaient beaucoup de membres du Socialist Party of America, du Socialist Labor Party et d’autres groupes radicaux de gauche. Pendant les années 1910, les IWW jouèrent un rôle important dans la lutte pour les droits des travailleurs américains. Des militants célèbres comme John Reed (auteur du classique Dix jours qui ébranlèrent le monde), Mother Jones, Big Bill Haywood, Joe Hill et d’autres prirent parti pour l’idée d’un « grand syndicat unique » en espérant que les travailleurs du monde entier pourraient s’unir et combattre ensemble contre leurs oppresseurs capitalistes. De 1905 à 1920 les IWW organisèrent des centaines de milliers d’ouvriers dans les mines, les usines et chez les paysans. Ils ne regroupèrent jamais plus de 150 000 membres à la fois mais près de 3 millions de personnes y appartinrent à un moment ou un autre. Les IWW étaient surtout implantés dans l’ouest des États Unis où ils organisaient ensemble femmes et hommes, Noirs et Blancs, les immigrés et Américains dans des syndicats d’industrie, non catégoriels. Leur but explicite était de renverser le capitalisme et beaucoup de ses membres sympathisèrent avec la révolution d’Octobre. Le gouvernement lança une répression féroce contre les IWW en 1917 et l’influence du syndicat baissa rapidement. Cette organisation, aujourd’hui anarcho-syndicaliste, existe encore, mais ne regroupe que quelques centaines de militants.

[3] Socialist Party : créé en 1901, ce parti compte plus de mille élus (dont un membre du Congrès) en 1912 et joue à l’époque un rôle influent dans les syndicats de l’American Federation of Labor. Les trois dirigeants les plus importants furent Eugene Debs, Daniel De Leon et William D. « Big Bill » Haywood. Ce dernier, partisan de l’action directe, fut exclu du parti en 1913 après une longue discussion au terme de laquelle le parti décida que « l’utilisation de la violence et du sabotage, méthodes destinées à la guerre de guérilla, démoralise ceux qui emploient de telles méthodes et ouvrent la porte aux agents provocateurs ».

[4] Les eaux de Siloé : allusion à un réservoir qui constituait le seul point d’eau permanent de Jérusalem au VIIe siècle avant J.-C. Elles avaient la réputation d’avoir des vertus thérapeutiques, puisqu’il y est fait allusion dans l’évangile selon Jean.

[5] Mouvement né en 1647 d’une révolte contre l’Eglise anglicane. Persécutés en Angleterre comme en Amérique où ils s’établirent dès 1681, ils jouèrent un rôle important dans la lutte contre l’esclavage.

[6] Puritains. Ce terme désigne au départ un groupe de presbytériens rigides qui voulaient « purifier » l’Eglise anglicane des restes de l’influence catholique. Ils commencèrent à émigrer en 1620, en Virginie et en Nouvelle-Angleterre, notamment, pour constituer des communautés fermées. Pendant presque un siècle, ils essayèrent d’imposer leurs normes intolérantes et persécutèrent tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. Leur attachement au sens littéral de la Bible, qui les caractérise, a influencé toute l’histoire américaine jusqu’à aujourd’hui — comme en témoignent de nombreux aspects de la culture des États-Unis.

[7] La dernière d’entre elles s’appelait Mary Dyer, mère de six enfants, pendue à un arbre en 1660 à Boston. De 1660 à 1677, les sœurs Wright, Mary, Hannah et Lydia vinrent successivement protester à Boston contre les persécutions dont étaient victimes les quakers. Elles furent à chaque fois, emprisonnées, jugées puis expulsées de la ville. Les quakers étaient dénudés jusqu’à la ceinture, attachés à une charrette et fouettés dans les rues avant d’être chassés de la colonie. Lydia accompagna à Boston Margaret Brewster qui entra dans une église puritaine, vêtue comme une pénitente, pieds nus, cheveux au vent, des cendres sur la tête, et un sac recouvrant ses vêtements.

[8] Nathaniel Bacon (1647-1676) dirigea en 1676 un groupe de colons révoltés qui s’emparèrent de la ville de Jamestown et l’incendièrent pour obtenir des réformes et une plus grande participation dans le gouvernement de la Virginie.

[9] Les comités de correspondance furent créés en 1774 pour rassembler les doléances des Américains contre les Britanniques.

[10] John Whittier (1807-1892) poète américain opposé à l’esclavage. Au sud-est de Los Angeles, en Californie, il existe une ville fondée par les quakers et qui porte son nom

[11] La citation est extraite du livre des Juges 5, 20 : « Du haut des cieux, les étoiles ont combattu, de leurs sentiers, elles ont combattu Sisera. » L’Ancien Testament fait allusion à une intervention miraculeuse des étoiles en faveur des Juifs au cours de leur bataille contre le général Sisera.

[12] William D. (dit « Big Bill) Haywood (1869-) Travaille comme mineur dès l’âge de 9 ans et perd un œil à la suite d’un accident de travail. Suite aux sévères défaites subies par les mineurs à partir de 1901, il développe l’idée d’un « grand syndicat unique » et joue un rôle important dans la création des IWW. En 1917, le gouvernement arrête Haywood et une centaine d’autres militants en les accusant d’espionnage et aussi parce qu’ils ont appelé à des grèves en temps de guerre. Big Bill est condamné à une lourde peine de prison, mais s’enfuit en Union soviétique où il meurt en 1928.

[13] Frank Bohn, ce militant de la gauche du Socialist Party et des IWW tourna fort mal puisqu’il termina sa carrière comme député du Parti républicain !

[14] Frederick Douglass (1817-1895). Fils d’un Blanc et d’une esclave noire, il ne connut jamais son père et fut séparé très jeune de sa mère. Il vécut jusqu’à l’âge de 8 ans sur une plantation puis fut envoyé à Baltimore comme domestique. La femme de son maître lui apprit à lire, bien que ce fût illégal. Il dut retourner ensuite travailler sur la plantation. A 21 ans il s’échappa et devint un conférencier et journaliste célèbre. Partisan du droit de vote des femmes, il occupa plusieurs postes dans l’administration. Son autobiographie écrite en 1845 est un classique : Mémoires d’un esclave américain, traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez, Paris, F. Maspero, 1980.

[15] Lucy Colman (1817-1891) Conférencière et militante pour l’abolition de l’esclavage et l’égalité des femmes, contre le racisme et la discrimination (notamment dans les écoles où elle enseigna), elle devint libre-penseuse et agnostique à la fin d’une vie riche en rebondissements et en anecdotes savoureuses comme celle-ci : lors d’une réunion du mouvement pour le droit de vote des femmes, face à une motion de Frederick Douglass qui affirmait candidement : « le sacrifice de soi est une valeur positive qui doit être enseignée à toutes les femmes », elle lui demanda : « Pourquoi n’avez-vous pas appliqué vous-même cette vertu ? »

[16] Free Soilers : membres du Free Soil Party. Fondé en 1848, ce parti s’opposait à l’extension de l’esclavage dans les nouveaux territoires et à l’admission des États esclavagistes dans l’Union.

[17] Harpers Ferry, arsenal que tenta de prendre John Brown et qui marqua la fin de son combat

[18] National Grange of the Patrons of Husbandry : association de fermiers créée en 1867 et qui prit de l’ampleur après la crise agricole de 1873, durant laquelle les prix agricoles chutèrent considérablement. La Grange était organisée en sections où les femmes étaient admises à égalité avec les hommes. Les Grangers luttaient contre l’endettement et les tarifs de fret élevés pratiqués par les compagnies de chemin de fer. Le mouvement fut important dans l’Iowa, le Minnesota, le Wisconsin et l’Illinois où des lois furent votées en faveur des agriculteurs, mais balayées par le lobbying des chemins de fer auprès de la Cour suprême. Le mouvement atteignit son apogée en 1875, regroupant près de 20 000 membres puis déclina au profit d’autres forces comme le Greenback Party des années 1870, les Farmers Alliances des années 1880 et le Populist Party des années 1890. La Grange montra que les fermiers pouvaient s’organiser et avoir un rôle politique.

[19] La Southern Farmers Alliance fut fondée au Texas en 1875 et la Northern Farmers Alliance à Chicago en 1880. Les coopératives qu’elles créèrent firent faillite et les Alliances se tournèrent vers la politique politicienne pour former le People’s or Populist Party ; parti qui réclamait à la fois le droit de vote des femmes et l’arrêt de l’immigration, dénonçait la ploutocratie (« les banquiers, les actionnaires, les grandes sociétés capitalistes ») mais aussi les Noirs, les Juifs et les catholiques (!), et qui réclamait la journée de 8 heures. Le populisme est une des plaies de la vie politique américaine, comme en témoigna encore la campagne de Clinton en 1992 qui prétendit « défendre en priorité les intérêts du peuple » — avec le résultat catastrophique que l’on connaît.

[20] Knights of Labor. Organisation au départ clandestine, fondée en 1869 et qui regroupa jusqu’à 700 000 « producteurs » : ouvriers, petits commerçants et paysans. Son objectif était de remplacer le capitalisme par des coopératives ouvrières. Son influence déclina à partir de 1886.

[21] Francisco Madero (1873-1913). Gros propriétaire foncier, adversaire de Porfiro Diaz, il est soutenu par Pancho Villa. Elu président de la République en 1911, il est renversé par un coup d’Etat militaire deux ans plus tard et assassiné.

[22] Aristide Briand (1862-1932). Avocat et journaliste, partisan de la grève générale, il devient secrétaire général du Parti socialiste français qu’il fonde avec Jaurès, en opposition aux guesdistes du Parti ouvrier français. Hostile aux décisions de la Seconde Internationale qui interdisent, en 1904, aux députés socialistes de devenir ministres, il quitte le Parti socialiste unifié, puis la SFIO. Il sera 25 fois ministre et 11 fois président du Conseil ! Il réprime la grève des cheminots en 1910. Avant la Première Guerre mondiale et entre les deux guerres, Briand est l’incarnation parfaite, jusqu’à la caricature, du socialiste qui trahit tous ses idéaux.

[23] Algernon Charles Swinburne (1837-1909). Bien qu’il fût d’origine aristocratique, ce poète romantique anglais était républicain et antichrétien. Il dénonça tous les despotes de son époque, du tsar au pape, en passant par le Kaiser.

mai 29 2010

Saurons-nous être des résistants ?

La plupart des photographies des résistants que vous allez découvrir à la suite de ce texte sont morts au combat. Ils luttaient contre le pouvoir central russe, non pas pour établir la sharia dans le Caucase – l’islam est leur racine et ils n’ont pas besoin d’une constitution pour faire la preuve de leur foi – mais pour reprendre en main leur destin et se libérer du joug du pouvoir central mafieux de Moscou.

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Le document vidéo joint, que nous avons reçu il y a quelques instants, démontre si besoin était, que, de surcroit, ils ne manquent ni d’humour ni de douceur – ce qui n’enlève rien bien sûr à leur détermination.

En regardant ces visages, quelques questions devraient nous parvenir à l’esprit : serons-nous, le moment venu, capable du même courage ? Saurons-nous abandonner ceux qui nous sont chers et rejoindre l’action clandestine ? Serons nous assez fort pour prendre les armes et, peut-être, aller jusqu’au sacrifice de notre vie pour défendre une cause qui nous semble juste ?

Même si nous ne partageons pas la foi de ces hommes (et c’est mon cas), il est impératif, dès à présent, de nous accorder sur un principe minimum : tous ceux qui luttent contre l’agenda mondialiste doivent être capables d’allier leurs forces pour faire barrage à l’ennemi commun.

Et ensuite ? Ensuite, entre peuples de bonne foi, débarrassés des porcs qui nous gouvernent et qui nous manipulent, nous organiserons la paix.

Frédéric Courvoisier, Mecanopolis

La résistance peut aussi signifier la mort. Certaines des images qui suivent pourraient heurter un public sensible.

Cliquer sur les images pour les agrandir

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Résistants du Caucase
envoyé par Mecanopolis

mai 16 2010

La décadence d’une société commence lorsque l’on se demande « Que va-t-il arriver ? » au lieu de « Que puis-je faire ? »

Pour juger de l’état de santé d’une société, il convient de cerner les actions et les valeurs qui lui servent de moteur. Un groupe de personnes qui n’avance pas stagne par définition, et alors commence la lente déliquescence des fondements sur lesquels il s’est établi. Au contraire, les progrès réalisés par un autre ensemble d’individus en constante évolution se mesurent à l’aune de la nature du mouvement qui le pousse en avant. Par conséquent, lequel des deux rôles pouvons-nous attribuer respectivement aux positions qui consistent à se demander « Que va-t-il arriver ? » et « Que puis-je faire ? ». Laquelle de ces deux interrogations est la plus citoyenne ?

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Il paraît évident que la première embrasse une attitude passive face aux événements qui surviennent dans notre société, qu’ils soient futurs ou présents. Elle consiste à tenter de prévoir cyniquement un avenir devant lequel on se sent impuissant, ce qui mène à l’angoisse et au pessimisme caractéristiques de ceux qui subissent la vie et sont incapables de la dominer. La deuxième interrogation résulte, au contraire, d’une réelle démarche citoyenne, imbibée de la notion de responsabilité dans l’action au sens large. Ceux qui adhérent à cette philosophie sont les instigateurs du changement de demain, les protagonistes de la construction d’un monde meilleur. C’est sur eux que la société peut compter, du fait de leur dynamique engagée et enthousiaste. On attend de ces gens-là qu’ils fassent preuve d’abnégation, voire d’altruisme, en acceptant de porter le poids de problèmes et de difficultés à résoudre qui sont enracinés dans la société, mais que d’autres qu’eux ont causés. C’est ainsi que fonctionnent les choses dans une société qui permet l’intégration, l’expression libre et la reconnaissance, entre d’autres valeurs humanistes, de chaque individu qui la constitue dans des conditions optimales. Il reste à se demander si notre société remplit ces critères.

Malheureusement, il existe de nombreux idéalistes, inventeurs de génie et héros potentiels auxquels notre société échoue à donner les moyens de se rendre utiles. Une évidence s’impose : la compréhension de l’importance des valeurs échappe de plus en plus à nos dirigeants et devient l’apanage d’une minorité de braves gens dont la voix atteint rarement les oreilles des tenants du pouvoir, et touche encore moins fréquemment leurs cœurs. Le poids d’acteurs économiques a fini par surpasser celui des hommes politiques. Les deuxièmes deviennent effectivement, en toute logique, bien démunis lorsque les moyens par lesquels leur influence se manifeste sont détenus par des possesseurs de géantes entreprises et industries privées. Ces dernières, lorsqu’elles se rendent aussi indispensables qu’à l’heure actuelle, exercent des pressions colossales sur les représentants politiques élus au suffrage universel. Ceux-ci n’ont plus l’autorité suffisante pour contraindre les libéraux les plus débridés à respecter des contrôles stricts fixés par l’État. Cet état de fait a conduit à l’abandon du modèle keynésien qui a été appliqué à partir de 1933 de sorte à éviter une nouvelle Grande Dépression. Or, sous prétexte de la fin des Trente Glorieuses, il a laissé place, à l’aube des années 1980, à un nouveau système renouant avec le libéralisme sauvage d’avant 1929, engendrant un immense accroissement de la richesse de quelques-uns aux détriments de l’écrasante majorité de la population qui a subi des crises à répétition, dont l’actuelle est l’aberration la plus aboutie.

À titre d’exemple éloquent montrant l’étendue de la domination du secteur privé sur le secteur public, considérons le fait que les 500 plus importantes multinationales américaines détiennent plus de 75% du PIB des Etats-Unis. Le mécanisme est le même dans nos pays européens, indissociablement liés au modèle capitaliste américain et à sa société de consommation. Les pans coûteux et non rentables de l’économie sont laissés en guise de miettes à l’État. De leur temps, les présidents Wilson, Eisenhower et Kennedy avaient mis la population en garde contre les risques de dérives des banques privées et du complexe militaro-industriel. Ces craintes se sont concrétisées, et notre époque est l’âge d’or de ces dernières. Cette situation est grave dans le sens où le secteur public a davantage tendance à veiller au bien-être des compatriotes, car il s’agit de la mission qu’il est censé poursuivre. Les acteurs du secteur privé, eux, ne recherchent que le profit, qu’ils n’hésitent pas à générer par les moyens les plus douteux comme la spéculation irrationnelle, le blanchiment de l’argent de la drogue ou la vente d’armes, et ne connaît ni patrie ni frontières. C’est pourquoi l’avènement de celui-ci au niveau de premier rôle dans l’exercice du pouvoir ne peut marquer une ère de bien-être généralisé des citoyens engendrée par une quelconque prospérité sociale.

La crise actuelle et la prolifération des guerres menées par les États-Unis et appuyées par une large majorité de pays européens montrent la folle nature de ce système. Longtemps après avoir mené une guerre aussi longue que meurtrière au Vietnam, de nouveaux conflits sont survenus en masse à partir de la fin des années 80’, coïncidant avec la nouvelle politique de libéralisme immoral. La liste est longue : le Nicaragua, le Panama, l’Irak, l’Afghanistan et la Somalie sont les pays où une intervention militaire américaine a été menée récemment. Malgré sa promesse de rupture avec son prédécesseur conservateur, le prix Nobel de la paix, Barack Obama, s’est engagé à aller au bout de cette logique, envisageant même de nouvelles guerres au Yémen et en Somalie. Ce n’est pas comme si le président démocrate avait réellement le choix : il est prisonnier des mécanismes du capitalisme mafieux dont il a, en apparence seulement, pris la tête. La sécurité nationale n’est qu’une raison parmi d’autres de mener ces guerres : la plus importante semble être la cupidité de quelques pilleurs internationaux.

Tout cela pour dire qu’un système verrouillé qui s’obstine dans ses errances ne peut profiter pleinement de la contribution de chacun. Une ploutocratie a succédé à notre démocratie, et notre société ne pourra réellement changer que lorsque ses propres contradictions l’auront amenée mécaniquement au bord du gouffre. Face à ce constat, deux choix s’imposent. Le premier consiste à être le chantre inconditionnel du système, et à l’approuver aveuglément dans ses moindres faits et gestes, sous prétexte que c’est en son sein que l’on est né et que l’on ne connaît pas de meilleur ordre des choses. Le deuxième implique de défendre des valeurs, d’être objectif et critique vis-à-vis de tout ce qu’une société propose, qu’il s’agisse de la nôtre ou d’une autre, et de s’opposer à toute forme d’impérialisme. J’opte pour ce dernier choix, avec la conviction qu’il s’agit de la position la plus patriote tandis que la première est lâche et imbécile, que c’est avec la généralisation d’un tel état d’esprit qu’une nouvelle donne peut être lancée, et que la réalité de la liberté et du respect des droits de l’homme puisse alors attribuer toute sa beauté à un nouveau système émergent.

Régis Mex, pour Mecanopolis

mai 15 2010

Peuples d’Europe, soulevons-nous ! (communiqué)

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Constitution de 1793, Article XXXV

Rassemblement le 29 mai 2010 à 16 heures

devant l’Opéra Bastille à Paris

Les citoyens des diverses sensibilités de l’arc républicain, fidèles à la République et aux idéaux de la Révolution française, les gaullistes attachés à la souveraineté nationale, les communistes patriotes, internationalistes et refusant le mensonge de « l’Europe sociale », les socialistes fidèles à Jaurès, les syndicalistes désireux de défendre sans complaisance les acquis sociaux, se retrouveront à la Bastille dont l’image peut symboliser de nos jours, l’euro dictature à abattre.

Comité-Valmy

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Ils diront à nouveau Non, catégoriquement non, à l’Union européenne qui enchaîne les peuples, broie les nations souveraines et les conquêtes sociales et Oui aux grands principes du CNR : indépendance nationale, antifascisme et antiracisme, progrès social, secteur public fort, laïcité, démocratie, coopération internationale.

Tout montre que ce rassemblement peut et doit marquer un tournant dans la renaissance républicaine de notre pays, aujourd’hui étranglé par les diktats de l’UE et de sa monnaie unique, par la félonie des milieux financiers prêts à casser leur pays pour accroître leurs profits, par un gouvernement d’autant plus agressif contre la nation et le monde du travail qu’il est sorti très affaibli des élections régionales.

D’une part, la crise de l’UE et de l’euro est patente ; elle menace l’Europe et le monde d’un nouveau krach financier. Elle se traduit dès aujourd’hui par un plan draconien de mise en tutelle de la Grèce, doublé d’un appauvrissement tragique des milieux populaires.

D’autre part, le gouvernement Fillon promet, de manière à peine voilée, une « purge » renforcée pour la France qui aura donc encore moins d’enseignants, de chercheurs, de personnel hospitalier, etc. Dans l’immédiat, un nouvel et grave affaiblissement des retraites par répartition est programmé et la casse de la fonction publique est accélérée.

En fait de « sortie de la crise » du capitalisme mondialisé, les politiques européennes doublées de la politique thatchérienne de rupture pratiquée par Sarkozy, promet à perpétuité des mesures qui appauvrissent le travailleur, ouvriers, employés et ingénieurs, mais aussi paysans, artisans, PME et professions libérales. Pire, par une fuite en avant typique de la « construction européenne », Merkel et Sarkozy s’orientent vers la mise en place d’un « gouvernement économique » qui signifie la mise en tutelle complète de notre pays.

Or il n’y a pas de solution du côté du PS : il n’est que de voir comment se comportent Zapatero en Espagne et Papandréou (président de l’Internationale socialiste) en Grèce, sous le haut parrainage du « socialiste » français D. Strauss-Kahn, pour voir que les partis sociaux-démocrates ne sont que l’aile gauche du programme néolibéral de désintégration des nations d’Europe.

C’est pourquoi, sauf à abandonner notre peuple au désespoir et de laisser le champ libre à la démagogie de l’extrême droite, il est pertinent que se dessine comme le propose l’ARP, une démarche politique nouvelle. Celle-ci est en concordance avec la prise de conscience du peuple de France et des autres peuples d’Europe. Elle ouvre la voie à une démarche de rassemblement populaire. Ce rassemblement est destiné à devenir majoritaire car il se construit, pas à pas, sur des bases clairement anti-Maastricht, patriotiques, républicaines, antifascistes, et de progrès social qui sont celles aujourd’hui, du monde du travail.

Le 29 mai, tout républicain conscient, responsable et disponible pourra en y participant, contribuer à assurer le succès du rassemblement ainsi qu’à lancer la dynamique unitaire de reconquête républicaine, démocratique et sociale qui s’amorce. Les manifestants représenteront les 55% de Français qui ont dit non en 2005 et qui exprimaient la souveraineté populaire trahie en 2008 par des parlementaires félons.

Comité-Valmy

Rassemblement le 29 mai 2010 à 16 heures

devant l’Opéra Bastille à Paris


avr 23 2010

Le gouvernement grec appelle l’UE et le FMI à activer leur plan d’aide – Manifestations à Athènes (info en continu)

Comme nous l’avons indiqué sur notre forum en tout début d’après-midi, le premier ministre grec, Giorgos Papandreou, a demandé  l’activation du « dispositif d’aide de l’Union européenne et du Fonds monétaire international ».

Selon nos informations, une manifestation spontanée, visant à contester cette décision, viendrait de débuter à Athènes, aux Propylées.

Nous publierons à la suite de cette page et sur notre forum les informations qui nous parviennent.

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Mise à jour de 19h00 :

Les manifestants (estimés à 3′000 à 18h50) commencent à se rassembler massivement à Athènes, aux Propylées. Plusieurs syndicats, dont Syriza et Antarsya, ainsi que d’autres forces politiques de gauche, ont appelé les grecs à descendre dans la rue ce soir. Les autorités, qui craignent des débordements violents, ont déployé d’importantes forces de police aux abords des lieux de la manifestation.

Mise à jour de 20h30 :

- Violentes confrontations entre les manifestants et les « forces de l’ordre » à Athènes.

- Quelques heures après que la Grèce a demandé l’activation du plan d’aide de l’UE et du FMI, la chancelière allemande, Angela Merkel, a jeté un froid sur l’enthousiasme d’Athènes. Alors même que la Grèce et d’autres pays européens considèrent que le versement de fonds à Athènes est quasiment chose faite, Mme Merkel a posé deux conditions : que « la stabilité de l’euro dans son ensemble » ne soit pas menacée et que la Grèce présente « un plan d’économies crédible ».

Comme nous l’avons indiqué à plusieurs reprises sur Mecanopolis, la chute de l’euro face au dollar bénéficie directement aux exportations allemandes, de même que, politiquement, l’affaiblissement économique de plusieurs pays de l’UE permet à Berlin d’assoir sa prédominance à Bruxelles. L’Allemagne va donc continuer à trainer les pieds le plus longtemps possible.

Mise à jour de 21h30 :

Photographies du début des manifestations à Athènes ce soir :

(cliquer sur les images pour les agrandir)

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Mise à jour de 22h30 :

De premières arrestations ont eu lieu dans le Parc Navarinou, les barricades érigées aux portes ont été détruites par la MAT. Les étudiants qui ont pu se réfugier à l’Université toute proche bénéficient du droit d’asile, le Recteur de cette Université ne s’y opposant pas (photographies sur le forum).

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Mise à jour de 23h30 :

Thessalonique : Concentration au pied de la Statue de Venizelos à l’initiative de SYRISA et manifestation ensuite dans les rues. Bris de vitres sur la Banque ATM et sur des monuments historiques en réfection dont la vieille Mosquée (photographies sur le forum).

Mise à jour de 23h45 :

(cliquer sur les images pour les agrandir)

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Mecanopolis et JVT

Reproduction autorisée avec indication des sources

De premières arrestations ont eu lieu dans le Parc Navarinou, les barricades érigées aux portes ont été détruites par la MAT. Les étudiants qui ont pu se réfugier à l’Université toute proche bénéficient du droit d’asile, le Recteur de cette Université ne s’y opposant pas.

avr 18 2010

Vers un coup de force prochain en France ? (Réseau Vercors)

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La France est décidément un pays étonnant.

La déréliction de l’appareil d’État français; la corruption et la vulgarité étalées au plus haut sommet de l’État; la désorganisation police-gendarmerie-armée; la destruction programmée de la Justice; le climat pré-insurrectionnel dans les banlieues où les livraisons d’armes se multiplient via des services étrangers de pays dit « amis » … le tout sur fond de crises économique et sociale dures, il n’en fallait pas plus pour que quelques hommes décident de s’organiser.

Le Réseau VERCORS le sait bien, un Homme décidé plus un Homme décidé égale une force.

Pour le Réseau VERCORS, il s’agit de « stopper » le processus de « solution finale » appliquée à la Nation France.

Ne s’agit-il d’ailleurs pas, des mêmes forces financières et industrielles qui – ayant soutenu l’accession de Hitler au pouvoir en 1933 puis l’ayant lâché quelques années plus tard – cherchent aujourd’hui à détruire les Nations en Europe et en premier lieu celle primordiale de la France ?

Le Réseau VERCORS l’affirme : « Si la France tombe, toute l’Europe tombe« ! C’est dire que le réseau revendique également des appuis au delà des frontières françaises.

Dans une logique de résistance totale, le Réseau VERCORS proclame la nécessité de restaurer la France, la République dans l’esprit du programme du CNR.

Réunissant d’après nos renseignements – Magistrats, Officiers d’actives, hauts fonctionnaires, militants et syndicalistes – le Réseau opérationnel « VERCORS » s’inscrit dans la vieille tradition française – celle des comités de Salut public, des Comités insurrectionnels et des Comités de grèves générales – de quoi prendre très au sérieux les informations qui nous parviennent.

La récente réorganisation de la sécurité autour de N.SARKOZY n’est d’ailleurs pas étrangère à ces bruissements qui inquiètent au plus haut sommet de l’État.

La candidature de N.SARKOZY en 2012 – actée depuis son récent voyage aux États-Unis – ne peut que renforcer la détermination de ceux qui s’inscrivent dans un processus de libération de la France, notamment en se fixant pour objectif, la sortie immédiate de l’OTAN.

Enfin, les tensions dans l’entourage de N.SARKOZY, les inquiétudes grandissantes sur son état de santé psychique ne peuvent qu’accroître la volonté d’en finir au plus tôt. Le Réseau VERCORS est-il prêt ? Difficile à dire.

Réseau jeune, il progresse depuis des mois dans un maillage territorial qui – d’après nos informations – est d’ores et déjà bien avancé.

Inutile de préciser que nous suivons de très près cette actualité de la plus haute importance …

mar 29 2010

« Le nouveau testament français » par Jean-Luc Pujo

L’épisode électoral que la France vient de connaître nous permet de tirer de multiples enseignements sur l’état du Pays. Nous pouvons être sérieusement inquiets.

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La campagne électorale a été d’une médiocrité intellectuelle rarement atteint. Tout est donc fait pour que les vrais débats soient occultés et que les enjeux du monde contemporain soient soustraits à la réflexion du peuple. Sommes-nous en démocratie ?

Du reste, à quoi servent les Régions, si ce n’est à préparer l’inexorable fédéralisme européen dont les peuples ne veulent pas ?

Alors qu’il nous faudrait dissoudre les régions françaises – qui ne servent à rien – nos partis politiques ont assuré une danse aussi inutile que funeste pour l’avenir de la Nation.

Nos partis politiques sont donc coupables d’un manquement à la France.

***

Test national grandeur nature, les élections régionales ont permis d’enregistrer un divorce des français avec le « mirage » Sarkozy. Il était temps. La sanction est lourde pour l’ensemble des ministres affaiblissant du même coup un exécutif déjà largement discrédité.

Cela n’est pas forcément très grave puisque la crise qui arrive est vraisemblablement de nature à renverser les gouvernements les plus sérieux et les plus constitués. Autant sacrifier l’indigence.

Si la Gauche chante sur les parvis, sa victoire quasi mécanique est d’autant plus pathétique que ses dirigeants y croient.

Le plus triste est sans aucun doute d’assister à ce spectacle affligeant donné par les petits partis de Gauche – PCF, Front de gauche, MRC qui avaient refusé l’Europe libérale – se prêtant à une mascarade intellectuelle avec le Parti socialiste, qui en dit long sur le niveau de décrépitude de nos élites politiques.

Les partisans d’une autre Europe se sont placés sous le parapluie des partisans de l’Europe libérale comme le font les esclaves – faibles et lâches – auprès du maître puissant, qui leur offre gîtes et couverts.

La France ne mérite donc plus de sacrifices ?

Ne parlons pas ici de M. Cohn-Bendit et de sa clique, agité comme il se doit par un système qui définit sa propre rupture, toute de carton-pâte : une rupture de plateau de télévision qui succède brillamment à celle incarnée par M. Besancenot, qui a pleinement rempli son rôle … en son temps.

***

Les alternatives proposées, d’une part, par Lutte ouvrière ou le Parti des Travailleurs, d’autre part, par le Front National restent inopérantes.

Seul le Front National – avec un certain génie tactique – tente d’incarner une autre voie.

Contrairement à ce qui a été dit, le FN – et ce, malgré la posture républicaine de Marine Le Pen – est en situation d’échec, progressant très faiblement en nombre de voix. Incapable d’incarner une alternative crédible, la droite nationale connaît actuellement une profonde mutation intellectuelle et culturelle – comme en Italie et aux Pays-Bas – qui couvre des divisions et des fractures importantes sans pour autant qu’il soit possible de deviner si cette crise va durablement l’affaiblir ou annonce un véritable aggiornamento.

***

En s’abstenant massivement, les Français ont – en fait – rejeté la totalité des partis politiques et leurs dirigeants.

La situation du pays n’a jamais été aussi grave depuis 1958. La comparaison entre ces épisodes d’affaiblissement national, aux motifs bien différents, révèle pourtant des symptômes identiques : des dirigeants incapables de diriger.

Il faut alors le reconnaître, notre classe politique actuelle est d’une médiocrité intellectuelle plus grande encore que la classe politique de la IVème république. C’est dire l’état du pays !

***

La crise dans laquelle la France est maintenant plongée s’accompagne d’une véritable souffrance du pays réel.

La multiplication des conflits sociaux, la déshérence des salariés mobilisés sur de nombreux théâtres, isolés puis lâchés par des centrales syndicales qui trahissent les bases syndicales en dit long sur ce qui – inévitablement – va advenir.

Les paysans, les ouvriers, les salariés se suicident.

La misère progresse partout et ce n’est qu’un début.

La crise sociale, économique et politique que nous allons connaître dans les mois qui viennent signe la fin – non pas d’une simple période – mais d’une époque.

Les partisans du système libéral incarné tant par l’Union Européenne et l’Euro que par notre intégration à l’OTAN vont susciter un rejet magistral.

Ni le Parti Socialiste, ni l’UMP ne sont en mesure de bâtir une alternative solide et sérieuse à un système qui implose.

Alors, « Que Faire » ?

Nous devons nous préparer à une véritable insurrection républicaine et nationale.

Nous devons – dans un même élan – rompre avec l’Union Européenne qui méprise le monde du travail et avec l’OTAN qui vassalise la Nation.

La seule voie ouverte reste la voie de l’Hyper République, c’est-à-dire la mise en Å“uvre de la République véritable, de son esprit le plus pur, en tout lieu, sans exception.

En ce sens, les Clubs « Penser la France » multiplient les initiatives pour donner forme à ce projet.

Nous venons ainsi de rejoindre le précieux ARP, pour une convergence Nationale et républicaine, rassemblant les plus ardents des gaullistes et des communistes au sein d’un mouvement plein de promesses.

Il est cependant nécessaire d’aller encore plus loin. Il faut travailler à élargir ce socle initial incarné par le programme du Conseil National de la Résistance pour parler à la Nation, à l’ensemble de la Nation.

Abstentionnistes, électeurs nationalistes, tous rejettent un système dans un même élan.

Sur les piquets de grèves, dans les barricades paysannes – partout en France – les électeurs populaires combattent coudes à coudes contre un système qui a maintenant atteint ses limites y compris dans la manipulation des opinions.

Nous devons donc bâtir un nouveau « front populaire » qui puisera aux sources du combat social, l’énergie indispensable pour refonder la république sociale, la France.

Cette tâche appelle de très nombreux sacrifices. Les combats seront extrêmement durs.

Mais, dans cette lutte sans merci contre le triomphe d’un libéralisme qui travaille à la mort des Hommes, nous pourrons toujours nous souvenir de la souffrance de nos anciens.

Les peuples qui luttent pour leur dignité – car tel est l’enjeu aujourd’hui – affrontent des forces insoupçonnables.

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Enfin, il nous faut dire un mot sur le rôle d’éclaireur de la France.

Ce combat français s’inscrit dans un combat européen.

La France est le cœur intellectuel de l’Europe. Réveiller la France, permettre à la France de recouvrer sa souveraineté, c’est annoncer le réveil de l’Europe.

Les enjeux sont gigantesques. C’est la raison pour laquelle les obstacles mis sur notre route seront inimaginables.

Les Clubs « Penser la France » travailleront – quoiqu’en soit le prix – à cet objectif supérieur.

Nous prenons cet engagement, car nous savons que tel est le seul chemin, pour le bien de la France, de la République, de la Nation.

Jean-Luc Pujo

Jean Luc-Pujo est le président des Clubs « Penser la France ». Il est également le fondateur du site Politique Actu

jan 12 2010

Pierre Hillard : « l’Islam est le dernier rempart contre le nouvel ordre mondial » (vidéo)

Pierre Hillard était l’invité de Laurent Fendt, ce dimanche sur la radio Ici et Maintenant.

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Pierre Hillard, docteur en science politique et professeur de relations internationales

« L’Islam est l’ennemi du Nouvel ordre mondial », a indiqué le géopoliticien, auteur du livre  La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale. « Les musulmans ne se concentrent pas sur la société de consommation (…) Ce principe existait chez les catholiques, mais depuis Vatican II, les catholiques sont paganisé (…) L’Islam est le dernier carré à s’opposer à un esprit matérialiste mercantile. (…)  Il ne reste plus que l’Islam qui essaie de résister au Nouvel ordre mondial »

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Suite à la diffusion de ce document, Pierre Hillard nous a fait parvenir un courrier ou il précise son propos :

Pierre Hillard précise son propos sur l’Islam, le Christianisme et le Nouvel ordre mondial

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