Category: mécanismes d'influence

oct 31 2009

L’odyssée de l’espèce [troisième partie]

Nous vivons les premières conséquences de la transition du système technique. La révolution industrielle avait chassé l’homme de sa terre. La concurrence des robots le chasse de son lieu de travail. Les entreprises se préoccupent partout d’élaguer leur personnel excédentaire. À court terme, on ne voit que souffrance, exclusion, imprévoyance, même si, à plus long terme, on peut se féliciter que les travaux répétitifs et déqualifiés soient repris en charge par des automates. L’Homme retrouvera, mais plus tard, une valorisation de son talent dans le contact humain : la vente, les loisirs, la création, les soins aux personnes âgées et aux enfants… Le mouvement est tellement massif qu’il faut le voir comme une grande vague historique. Les transitions antérieures ont aussi été accompagnées de déplacements non volontaires. À la révolution industrielle, le peuple des campagnes a dû migrer vers les villes, contre son gré. L’expulsion, quelque regret qu’on en ait, est un principe moteur. D’un point de vue psychanalytique, nous commençons tous notre vie par une expulsion du ventre maternel, après quoi il nous faut reconfigurer notre univers perceptif. L’innovation commence aussi par une sorte de « seconde naissance », suivie d’une reconstruction du monde.

terre

Avertissement: Thierry Gaudin est un polytechnicien et ingénieur des Mines, expert auprès de l’OCDE, des Nations unies et de la Commission européenne. Il est aussi président de l’association Prospective 2100. Dans son livre « 2100 : l’Odyssée de l’espèce », publié en 1993, il s’appuie sur une recherche et une connaissance personnelle des mécanismes de l’innovation et des interactions technique de la société. Il s’agit d’un travail de prospective, résultat de dix années d’échanges avec des centaines de personnes, qui s’appuie sur les mécanismes du passé pour tenter d’appréhender ceux du futur. L’auteur nous livre des scénarios viables pour sortir de problèmes sociétaux divers, encourageant principalement le recours à l’innovation et à l’esprit d’entreprendre. Cependant, imaginer qu’il puisse y avoir une remise en question des pouvoirs établis qui découlerait de la libre application de la créativité de chacun ne serait sans doute pas raisonnable avant la deuxième moitié du 21ème siècle. Il n’en demeure pas moins que les pistes proposées par Thierry Gaudin pour améliorer le fonctionnement du monde ainsi que ses constats sur le passé et le présent de nos civilisations sont difficilement critiquables, à l’exception d’un regard qui me paraît trop optimiste sur les bienfaits éventuels du mondialisme et sur l’attente d’une bonne et sincère volonté politique en matière de progrès. Nous reprendrons en trois articles les extraits du livre qui sont les plus pertinents et les plus liés au domaine dont Mecanopolis traite.

Ainsi, l’expulsion engendre à la fois des souffrances et des innovateurs. Comme il faut réinventer d’autres métiers pour échapper à la concurrence des machines, il y a bien une troisième voie : ni le socialisme, ni le capitalisme, la politique d’innovation.

Dans la société innovatrice, les organisations sont des êtres vivants mortels. La collectivité aide la naissance et la croissance des nouvelles institutions. Elle aide aussi les anciennes à mourir, notamment en protégeant les droits des individus qui pourraient en souffrir. L’innovateur est comme étranger, même au milieu des siens. Il voit des choses que les autres ne voient pas, et il ne peut même pas encore les leur faire comprendre. Santos Dumont, pionnier du dirigeable et de l’aviation, le dit, en témoignant de sa jeunesse : « Méditant sur l’exploration du grand océan céleste, moi aussi je créais des aéronefs, j’inventais des machines. Ces imaginations, je les gardais pour moi. À cette époque, au Brésil, parler d’inventer une machine volante, un ballon dirigeable, c’eût été se signaler comme un déséquilibré et un visionnaire. Des aéronautes montant des ballons sphériques étaient considérés comme de hardis professionnels, pas très différents des acrobates ; et que le fils d’un planteur songeât à devenir leur émule, c’eût été presque un pêché social. »

Seule la preuve concrète peut établir la validité de ce que l’innovateur a deviné. Expulsé de son être social, il ressemble à un amant esseulé en quête d’un amour perdu. Il refait alors son unité avec le monde en reconstruisant un monde à l’image de sa vision.

Celui qui veut aider l’innovation doit donc avoir le courage de tendre la main à ce qu’il pressent, sans vraiment le comprendre tout à fait, et de défendre des idées hors norme, qui en plus gênent des intérêts établis. La liberté de créer est à ce prix.

Les forces qui s’opposent à l’innovation sont si diverses et puissantes qu’on peut inverser le sens de cette question : l’état « normal » d’une institution ne serait-il pas la stabilité et le refus du changement ? Les organisations subiraient-elles les innovations comme les individus attrapent la grippe ? Face au danger, elles déploieraient alors des résistances immunitaires. Elles manifesteraient pour résister au changement une ingéniosité et une énergie sans commune mesure avec celles qu’elles mobilisent pour le promouvoir.

Cependant, les protections excessives dont s’entourent nos contemporains, leur quête implicite d’un bonheur végétatif, leur avachissement dans le confort sont aussi contre nature. La Nature a besoin de nouveauté. Elle joue, elle combat, elle engendre en suivant des processus amoureux. Quand il ne se passe plus rien dans une vie, ce n’est pas le bonheur que l’on trouve, mais l’ennui et la déprime. Notre société a fait, quelque part, un contresens : mais où donc ?

Si les institutions sont des êtres vivants, il faut admettre qu’elles naissent et meurent comme tout ce qui vit. La plupart des résistances au changement sont des réflexes de survie institutionnels, cherchant à défendre l’existant, l’acquis, le déjà là contre une menace, même lointaine et hypothétique.

Imaginez une grande compagnie. Elle a développé une gamme de produits, comprenant chacun des milliers de composants, et embauché des milliers de travailleurs. Un petit concurrent arrive, et propose de rendre le même service avec un objet dix fois plus simple, et demandant vingt fois moins de travail à fabriquer. Que croyez vous qu’il se passe ? La grande entreprise va essayer de faire pression sur les fournisseurs, les clients, les banquiers pour qu’ils lui refusent leurs commandes, leur soutien et leur crédit. Eventuellement, elle financera des propagandes perfides pour le discréditer. Ce faisant, elle quitte l’économie de marché pour entrer dans l’économie maffieuse. Par réflexe de survie, elle triche avec la règle de loyauté de la concurrence, qui est pourtant l’essence même de l’idée libérale.

Ce réflexe, il faut aussi le décliner à tous les niveaux : un service technique voyant arriver une idée à laquelle il n’avait pas pensé, en provenance d’un nouveau venu, n’ayant ni les diplômes ni le statut autorisant à prendre la parole ; un mouvement politique ou social face à des initiatives de terrain, menées par des inconnus, avec les moyens du bord ; un laboratoire de recherche ayant pignon sur rue, équipé d’un puissant matériel et consommant force subventions voit arriver un jeune impertinent qui, à partir de concepts nouveaux, prétend résoudre le problème sur lequel il s’escrime depuis vingt ans, avec le soutien sans faille des fonds publics…

Chaque fois, l’institution entre en lutte, et en même temps en contradiction avec les principes qui justifient son existence même. L’exemple vient de haut. C’est celui de l’Eglise au Moyen Age. Devant l’hérésie, elle a préféré sacrifier des vies humaines (Inquisition, croisade contre les albigeois), plutôt que de tolérer d’autres approches de la spiritualité. Alors a commencé son lent déclin.

Il est possible de repérer, dès les premières minutes, les attitudes conformistes. Elles sont inavouées, mais perceptibles par un regard exercé. L’homme d’appareil (l’apparatchik) se conduit intérieurement comme s’il portait un uniforme (ou une soutane). Il manifeste son respect pour les pouvoirs institués et les compétences reconnues. Les preuves logiques et les démonstrations factuelles et concrètes l’intéressent moins. Le fait que ça marche est une donnée parmi d’autres. Pour lui, l’important n’est pas la chose, mais ce que l’on pourrait en dire. Les jeux d’influence sont la réalité qui retient son attention, et dans laquelle il veut se placer. Il n’est plus tout à fait un être humain. Il incarne l’institution. Il est comme possédé par elle. Il ne peut plus entendre que ce qui vient d’autres institutions, portant de surcroît un label respectable.

Si quelque fait nouveau lui est rapporté par une personne, il regarde d’abord sa carte de visite. Il n’accepte de mémoriser que si elle rappelle un univers connu et respectable. Si deux personnes convenables lui parlent du même fait, ce fait devient possible. Trois, il est vraisemblable. Quatre, il est certain. Aussi l’innovateur avisé fait-il parvenir la même information à la même personne de quatre sources assez différentes pour qu’elle ne puisse détecter l’origine commune.

Cette attitude s’explique par la saturation. L’homme d’appareil, craignant sans doute de ne pas être assez reconnu, habité par un doute existentiel secret, s’est mis instinctivement en situation d’être sollicité. Ayant alors à traiter plus d’informations qu’il ne peut en écluser il cherche des écrans qui lui économisent son temps mental. Et il trouve en réponse des références, des diplômes, des médailles et des titres qui remplacent la réalité de l’être. Plus les dirigeants montent dans la hiérarchie, plus ils saturent, et plus ils se croient obligés de faire semblant, d’où les contre performances des grandes organisations et la formidable inertie des économies développées.

La résistance à l’innovation s’exerce d’abord comme refus de la preuve, détournement du regard devant les faits nouveaux, surprenants, gênants, contraires aux attentes officielles le réflexe de l’autruche. Potemkine faisait peindre des décors le long des routes pour que sa souveraine, Catherine II, ne soit pas gênée par le spectacle de la misère. Le couple éternel de la majesté soutenue par l’illusionniste se reproduit à travers les régimes politiques et les modes de gestion. Malgré la compétition, dur rappel à la réalité, les entreprises aussi ont besoin de se raconter des histoires pour garder le moral. Or, l’innovation commence par un retour aux fondements, un doute salutaire, un refus des « allant de soi » et des lieux communs. Dès le début, elle dérange. En fait, le principal ennemi de l’innovation, c’est la peur et le silence qu’elle engendre.

Sur les ailes de la Raison

La vraie Raison n’est pas la « réquisition » de Heidegger, ni un instrument au service de la cupidité. Elle est au contraire ce qui libère, d’abord des vérités toutes faites, telles que les prodiguent les religions, les sectes et les idéologies, ensuite des attachements maladifs, des appropriations et des possessions, au sens des sorciers. Le vingtième siècle a fait le premier pas dans cette direction, en introduisant, au moyen de la psychanalyse, la libido dans le champ de la raison discursive. Il a commencé une guérison, qui est encore loin d’être terminée. Mais on entrevoit derrière cette mise en rationalité de l’irrationnel un grand basculement des valeurs : l’ancien concept de pouvoir, dissous par les nouvelles communications, laisserait place à un comportement moins pathologique, fondé sur la compréhension et la recherche de la beauté.

Dans ce mouvement, la logique du « pourquoi ? » est complétée par une logique du « pourquoi pas ? ». La connaissance et la création progressent en imaginant des choses qui paraissaient impossibles ou inacceptables. Hélas, ce précieux secret est dissimulé au public. On ne lui montre que des résultats acquis. On lui demande, non pas d’imiter l’indiscipline des créateurs d’autrefois, mais au contraire de vénérer leurs résultats et de se discipliner l’esprit pour mieux les assimiler, telles des osties.

Les mathématiques elles-mêmes, dont l’enseignement est si souvent rébarbatif, ont progressé en créant des êtres incroyables, dans un défi permanent à la raison raisonnante et au discours des institutions. Dans la Grèce antique, les pythagoriciens s’étaient aperçus que racine de deux ne pouvait se réduire à une fraction, bien qu’on puisse trouver des fractions qui l’approchent d’aussi près que l’on veut. Effrayés par cette découverte, ils ont qualifié ce nombre d’ »irrationnel », autrement dit échappant à la Raison, et conservé secrète cette irrationalité. Ce qui aurait pu être le point de départ d’une éclosion de nombres nouveaux est resté un secret d’initiés, recouvrant les manoeuvres souterraines d’une secte. On n’ose imaginer ce qu’aurait produit ce comportement délétère si les transfinis, les nombres imaginaires, les catégories et l’analyse hyper complexe, qui sont tous des éclosions récentes d’êtres mathématiques incroyables, comme l’étaient les irrationnels, avaient été capturés de la sorte !

La critique des vérités toutes faites était la spécialité de Descartes, dont la vie mouvementée fut émaillée de joutes de langue et d’épée. Il cherchait à pourfendre les positions d’autorité, et visait sans le dire l’Eglise, qu’il a, de mon point de vue, atteint mortellement dans ses profondeurs. Je vis en un autre siècle, où la Science règne. J’ai, pendant des années, accueilli les innovateurs, meurtris par l’incrédulité ambiante, tels des fleurs mourant de soif. Maintenant, ce n’est plus le trop plein de foi, c’est le vide qui nous mine. Et l’esprit critique, récupéré par des positions conformistes, jette, à partir des institutions et des discours de la Science, l’anathème sur les nouveautés. Il faut réapprendre à écouter les silences de l’imaginaire. Le mouvement créateur est comme une respiration.

Il comprend d’abord des phases de distinction : on classifie, on discerne et distingue avec une finesse accrue ce qui était confondu. Nul ne peut nier la nécessité de ces mises en ordre, ni l’économie de pensée qu’elles permettent. Sans distinction, il n’y a pas de méthode possible. Si elle n’est pas suffisante, l’esprit ne peut s’extraire de la confusion. Mais il y a aussi des phases de réunion : ce sont les analogies, les métaphores, les idées poétiques, les élans amoureux. Ils vont en sens inverse, mais sont tout aussi indispensables. Ils alimentent la passion, le rêve, le voyage en esprit, donc la création et la vie. L’innovation y trouve sa source.

Les ésotéristes appellent ces deux phases respectivement diaboliques (de dia : en deux et ballein : jeter) et symboliques (de sun : ensemble, et ballein). Ils représentent en effet la séparation et la réunion, au sens le plus fort de ces mots, comme un vécu intime du rapport de l’être au monde, qui se distingue et se reconnaît successivement. Ces moments sont bien comme les deux phases d’une respiration. Les anciens disaient « le souffle de l’esprit ». Dans l’inscription de la Techno Nature, il faut s’attendre aussi à ce double mouvement : des phases de mise en coupe réglée et des phases créatrices, les unes se nourrissant des autres.

Jardin planétaire

Le passage au jardinage planétaire est l’expression du nouveau système technique, celui qui suit l’industrialisation. Il se caractérise par une recherche de qualité et une limitation des dégâts dûs aux exploitations intensives. On ne manque pas de terres. Sur les treize milliards d’hectares de la planète (2,6 ha par habitant), un tiers est couvert par des forêts, 45% est inutilisable (ce sont des déserts -28%- des régions froides, montagneuses ou inondées). Reste environ un quart de cultivable (6000 mètres carrés par personne), dont nous utilisons seulement moins de la moitié (11%, soit un hectare pour trois personnes). En particulier, l’Afrique et l’Amérique du Sud n’exploitent que 6 et 7% de leur territoire, soit le cinquième de ce qui serait cultivable, même sans toucher à la forêt.

Les besoins alimentaires de l’espèce humaine ne sont pas excessifs au point de menacer l’équilibre écologique. La consommation par habitant et par an est de :

Céréales: 300 Kg

Légumes: 183 Kg

Viande: 28 Kg

Poisson: 14 Kg

Total: 525 Kg

Même en remédiant à la sous alimentation (ces chiffres équivalent à une moyenne de 1,4 Kg par jour, ce qui est peu), nous resterions très en dessous du potentiel agricole (3 tonnes par an) et surtout de la production de boiomasse par les forêts : 133 milliards de tonnes, soit 27 tonnes par habitant et par an, dont nous ne consommons que 0,6 : la moitié pour les usages industriels (papier, construction, ameublement..), l’autre moitié pour le chauffage et la cuisine (bois de feu) surtout dans les pays en développement. La plus grande partie de la biomasse n’est pas utilisée pour la nourriture. Et les besoins nutritionnels, environ une demi tonne par habitant et par an sont trois fois moins importants que la consommation d’énergie : 1,4 tonne d’équivalent pétrole.

Le grand vivier des espèces, le chaudron où fermente la soupe créatrice, c’est la forêt, plus précisément la forêt tropicale humide. Au total, il y a encore plus de trois milliards d’hectares boisés sur la planète, soit un peu plus d’un hectare pour deux personnes. La forêt contient les trois quarts de la biomasse terrestre, soit 950 miliards de tonnes au total, 190 tonnes par habitant, un cube de six mètres de coté. La réserve de biomasse est encore énorme. En gros, elle représente trois mille fois le poids de l’espèce humaine.

Après avoir été surexploitées pour fabriquer du papier, les forêts du Nord (Europe et Amérique) sont stabilisées. Des lois favorables ont même suscité un début de reboisement (au total 2 millions d’hectares par an pendant les années 80). Par contre, la déforestation tropicale est un scandale planétaire, une insulte à la vie, une irresponsabilité dangereuse. Elle met en péril le patrimoine biologique, c’est à dire la diversité des espèces, diversité que nous ne connaissons même pas encore, puisque les estimations varient entre cinq et trente millions, et que seul 1,4 million a été répertorié. Au rythme où nous allons, nous risquons de n’avoir même pas le temps de connaître celles qui sont en train de disparaître. Elles seront mortes avant que nous ayions pu les recenser.

Douze programmes pour le 21ème siècle :

Culture technique

Les systèmes éducatifs, construits initialement pour enseigner, en sont arrivés à sélectionner puis exclure. Au lieu de diffuser des connaissances utiles à tous, ils ont favorisé la constitution de savoirs ésotériques, confisqués par des élites. Or, tous les humains doivent pouvoir accéder à la maîtrise des techniques nouvelles et progresser librement dans la voie de la connaissance. À long terme, la prospérité est la fille de l’éducation de la base, et non du savoir des élites. Il faut que les médias enseignent des savoirs directement utiles. Le langage des spécialistes ne doit plus être un moyen sournois et pervers de ségrégation. Il faut aussi éliminer l’illettrisme, principal moyen d’exclusion.

Métrologie du quotidien

Chacun doit pouvoir évaluer, dans la vie quotidienne, l’état de sa santé et de son environnement. La métrologie vient aider la connaissance de soi et de la Nature, en lui fournissant des repères et des moyens de vérification. Il faut les instruments adéquats et portables pour mesurer la qualité de l’eau, de l’air, des aliments, l’état de son corps (autoanalyses), celle aussi des plantes et des animaux. De la sorte, la responsabilité de la vie sera répartie entre tous, chacun étant le gardien de son jardin et de lui-même. À plus grande échelle, il faut des réseaux mondiaux d’analyse, d’essais et de métrologie industrielle, de télésurveillance de l’environnement par satellite, dont les résultats soient accessibles à tous. Il faut aussi établir un droit de chacun à l’information sur ce qu’il mange, ce qu’il respire, et tous les produits qu’on lui vend, et aussi à l’information sur l’information.

Industrialiser l’Espace

Chaque activité dans l’Espace élargit la conscience, offrant une vision nouvelle de ce qui se passe sur terre. Vues de là haut, les frontières paraissent dérisoires, la Nature fragile et les grands équipements insuffisants. Techniquement, l’Espace est un grand miroir de la terre. Il réfléchit les communications et renvoie l’image de l’état de la Planète (météo, couverture végétale, pollutions). Demain, il s’agira aussi de rendre possible la vie dans le Cosmos, indépendamment de la présence d’une planète accueillante telle que la Terre. D’où la construction de modèles réduits, les « biosphères », écosystèmes complets en équilibre. La vie dans l’Espace sera l’aboutissement de toute une séquence technologique : l’avion spatial, l’utilisation de matériaux issus de l’Espace (Lune ou ceinture d’astéroïdes) les centrales solaires spatiales, enfin des planètes creuses artificielles avec des biosphères embarquées.

Habiter les mers

Depuis un siècle, la population s’est déplacée vers les côtes. Celles-ci sont maintenant surpeuplées et défigurées. On va sauter le pas et s’installer sur l’eau. Ce seront des cités flottantes, sur remblais ou sur pilotis de plusieurs milliers, voire millions, d’habitants. Les composants techniques sont prêts : énergies du soleil, des vents et de la houle, aquaculture, agriculture hydroponique, dessalement, télécommunications par satellites. On peut maîtriser leur développement pour éviter de polluer l’océan. Ces cités marines auront diverses vocations : loisirs nautiques, production d’aliments issus de la mer, enseignement, recherche et industries de pointe (technopoles). L’habitat maritime offrira une qualité de vie accrue. La circulation, l’approvisionnement en eau, le traitement des déchets seront simplifiés. Fabriqué en série, cet urbanisme sera plus économique près des côtes où le prix des terrains est devenu exorbitant (baie de Tokyo, côte d’azur…). Mais il faut en premier lieu réviser la législation du domaine maritime, conçue autrefois pour d’autres technologies.

Maîtriser l’énergie

La maîtrise de l’énergie est cohérente avec le nouveau système technique. Elle utilise les ressources de manière plus fine et précise. Mais il faut l’accélérer par l’intervention d’agences, alimentées par des taxes sur les consommations d’énergie, et utilisant le produit de ces taxes pour promouvoir les nouvelles technologies plus « soutenables ». Par exemple, celles de la « civilisation de l’hydrogène » : le remplacement des combustibles par l’hydrogène évite l’effet de serre. Il ne produit que quelques nuages de plus en brûlant. Il n’est pas polluant. On peut l’obtenir à partir de n’importe quelle source d’électricité (solaire, éolienne, nucléaire…). Quelques aménagements (sécurité, corrosion..) suffisent pour que les moteurs et les brûleurs actuels puissent l’accepter. Il faut donc, dans tous les pays, aménager un passage graduel au combustible hydrogène, en même temps qu’un développement massif de l’électrification et des énergies nouvelles (solaire, éolienne, biomasse..), ainsi que des économies d’énergie.

Transformer la planète en jardin

La grande richesse de la vie, la diversité du patrimoine écologique, doit être préservée. Bien plus, l’Homme doit constater qu’étant désormais maître de la Nature, il en assume aussi la responsabilité. Il est le gardien de la vie. Il a le pouvoir de la supprimer, mais aussi celui de la préserver et de l’enrichir. Il faut donc un programme mondial de parcs naturels, de protection des espèces rares, de conservation du patrimoine génétique et de déforestation. Il faut aussi mettre en place une gestion planétaire des eaux, comprenant irrigation, dessalement, épuration, recyclages. Il faut, tout en y préservant la Nature, équiper en barrages les deux plus grands massifs montagneux du monde : les Andes et surtout l’Himalaya qui se trouve au voisinage de l’Inde et de la Chine, grands consommateurs potentiels d’électricité au 21ème siècle. Il faut aussi constituer un système de lacs, de barrages et de canaux en Afrique, dans la péninsule indienne (Bangla Desh…), en Amérique du Sud, et aménager intelligemment le cours des grands fleuves sibériens dans la perspective du réchauffement planétaire. Le système agricole, autrefois exclusivement dédié à la production marchande de nourriture, évolue vers une fonction reconnue de préservation, d’entretien et d’aménagement de la Nature. L’exploitant, alors, se mue en artiste. Il accompagne la fécondité de la terre. Un des grands défis de cet aménagement est la reconquête des espaces désertifiés par l’homme, à la suite de surexploitations, de déforestations ou d’abandons. Les outils institutionnels de ces réalisations ne sont pas seulement les administrations étatiques, mais aussi une législation mondiale appropriée, s’imposant aux états, et un réseau transnational d’agences, construites sur le modèle des agences de bassin, gérées par des professionnels, qui prélèvent des taxes sur les dommages causés à la Nature, rendent des services au public, et utilisent leurs ressources au service de la Nature.

Communication : un réseau pour tous

L’infrastructure de communication est le système nerveux du monde futur. Actuellement, seuls les pays développés ont un équipement téléphonique touchant l’ensemble de la population, soit environ cinquante lignes pour cent habitants. Il en résulte que l’économie de la plupart des régions de la planète est hors jeu des échanges, et ne peut valoriser ses immenses talents. La conscience mondialiste prend du retard, et les particularismes peuvent réactiver leurs intransigeantes agitations. Il faut donner corps aux « villages planétaires ». Dans n’importe quel endroit du monde, y compris dans la forêt ou sur mer, chacun doit pouvoir appeler n’importe quel correspondant et être appelé en cas d’urgence au moyen d’un radiotéléphone miniaturisé portable. Une infrastructure puissante et fiable de télécommunications est la condition du développement des petites entreprises, donc de la prospérité économique, et du maintien de la démocratie. Ce programme comprend, en plus des « lignes » téléphoniques, un ensemble de services d’information, non seulement les services publics de première nécessité (transports, annuaires (à quand l’annuaire mondial !), secourisme), mais aussi des bases de données pour l’étudiant, le consommateur, l’artisan et les autres professionnels des villages transnationaux en cours de constitution.

Structurer les villes

Les villes modernes sont devenues des broyeurs d’hommes, dont les banlieues invivables engendrent l’exclusion et la révolte. Elles sont comme hantées par la ségrégation et les rapports de force. Ce sont des lieux d’embouteillages monstrueux, où les pertes de temps se chiffrent en milliards d’heures par jour, bien supérieures au temps de travail qu’il faudrait pour les aménager. Elles deviennent des espaces dangereux, où l’insalubrité, la délinquance et les maffias gagnent du terrain. Il faut donc restructurer les grandes villes du monde, avec une architecture adaptée aux vrais besoins de l’homme, que l’éthologie permet d’évaluer, des transports en commun puissants et fiables (métro souterrain ou aérien…), des réseaux interurbains rapides (autoroutes et TGV mondial), des réseaux d’eau, d’assainissement et d’électricité accessibles à tous. Il faut aussi créer de toutes pièces des villes nouvelles tout équipées, à une échelle suffisante pour absorber l’excédent mondial des migrants ruraux. Certaines de ces villes seront bâties dans les régions rendues plus habitables par le réchauffement dû à l’effet de serre (Canada, Scandinavie, Sibérie..), d’autres dans des régions où se trouvent de grandes richesses naturelles, mais actuellement peu peuplées (Australie, Afrique centrale, Amérique du sud).

Humanisme industriel

L’automation et la communication vont permettre aux entreprises de s’établir dans leur véritable rôle : elles sont la forme de socialisation de l’avenir, succédant aux formes anciennes, le village et la tribu. En conséquence, elles doivent donner du travail à tous ; permettre le meilleur déploiement des capacités créatrices de chacun ; faire place à l’innovation, au design et à la création artistique ; servir le client dans les meilleures conditions de qualité et de fiabilité ; adapter les objets aux vrais besoins de l’homme, y compris ceux des enfants, des malades, des handicapés et des personnes âgées ; maintenir partout une compétition qui incite chacun à donner le meilleur de ses possibilités ; combattre la confiscation et les comportements maffieux ; préserver la liberté de créer des entreprises nouvelles, concurrentes de celles qui existent. Le respect de chacune de ces finalités nécessite un cadre juridique international solide, qui établisse les entreprises (associations, fondations…) comme sujets de droit, limite les ententes et positions dominantes, fasse obstacle aux manoeuvres corporatistes, assure à chacun le respect des engagements de ses partenaires, maintienne un droit d’innover, définisse les conditions de la mort des entreprises et institue un cadre comptable mondialement normalisé. Dans un monde de petites entreprises artisanales, organisées en réseau, il faut des infrastructures appropriées.

Le programme « humanisme industriel » consiste d’abord à tirer les conséquences de ce que l’entreprise devient la forme dominante de socialisation. Or, elle est encore, au contraire, celui de son exclusion. Il y a là un coûteux paradoxe, comme si les employeurs voulaient à la fois « le beurre et l’argent du beurre ». Ils définissent les postes de travail à leur convenance, en théorie, sans même regarder les humains. Après quoi, ils sélectionnent les « meilleurs candidats » disponibles, compte tenu de la modestie des rémunérations qu’ils sont prêts à consentir. Il en résulte de mauvaises relations, et de médiocres résultats. Ils font semblant de croire que, si ça ne marche pas, ils pourront toujours licencier les responsables et en embaucher d’autres. Mais ce ne serait que répéter le même scénario, avec d’autres acteurs, et qui ne connaissent pas encore les rôles. Si la vocation des entreprises est d’intégrer, il leur faut quitter leur allure sinistre et prédatrice, pour se décider à adapter le travail aux hommes, et non plus seulement les hommes au travail.

Solidarité et partage

L’exercice de la solidarité, s’il est convenablement soutenu par des lois et des financements appropriés, peut devenir une expression de l’activité humaine aussi reconnue, diverse et créative que celle de l’économie de marché. Le mode d’organisation qui convient pour ces activités est celui de quasi-entreprises. Autrement dit, ce sont des personnes morales reconnues, autonomes, obligées, sous peinez de disparaître, d’équilibrées leurs recettes et leurs dépenses, mais n’ayant pas pour but principal le profit. En raison des finalités collectives qu’elles prennent en charge, elles peuvent être destinataires de ressources fiscales ou parafiscales, avec une certaine liberté de choix du contribuable donateur, introduisant une forme atténuée mais stimulante de concurrence. Par ailleurs, une grande infrastructure mondiale est à construire : celle du système de santé, ainsi qu’une chaîne mondiale d’organisations de solidarité, prenant chacune la forme la plus adaptée au lieu et aux modalités de sa mission.

Système judiciaire mondial

Le principe de territorialité du droit a vécu. Il faut y renoncer, et procéder, en même temps qu’on les internationalise, à une radicale simplification des législations et des procédures. Il est de moins en moins possible de lutter contre les maffias, la drogue, les escroqueries, les malfaçons et contrefaçons, ni d’arbitrer les litiges d’entreprises dans un cadre strictement national. Tout en respectant les droits locaux, qui reflètent l’âme des différents peuples, il faut des procédures d’appel vers des tribunaux internationalement reconnus, et une législation minimale commune (protection des droits de l’homme et de l’environnement), un droit international des entreprises. Tous les citoyens du monde doivent être effectivement en mesure d’accéder à des recours internationaux contre les excès de pouvoir, les oppressions et les spoliations qu’exercent encore ici ou là des puissants abusifs, qu’ils soient publics ou privés.

Le respect des lois et de la dignité des magistrats est l’indicateur central de qualité d’une organisation sociale. Les grands penseurs politiques, Machiavel comme Montesquieu, l’ont fait observer il y a déjà plusieurs siècles. L’internationalisation à laquelle nous assistons rend cette question plus pertinente encore. L’indépendance du pouvoir judiciaire est une mesure de l’état de la séparation des pouvoirs et de la démocratie. Après la seconde guerre mondiale et la décolonisation se sont installés des régimes politiques autoritaires, dans les pays de l’Est et dans les pays en développement. Les abus et l’impunité des dirigeants sont devenus énormes et visibles. Des situations scandaleuses se sont établies, soutenues par la complicité d’intérêts occidentaux. Au début des années 90, la notion de « devoir d’ingérence » s’est imposée. C’est une première remise en cause, encore bien timide, de ce pourrissement. Mais elle perpétue sans le dire, à l’échelle mondiale, un état de confusion des pouvoirs. Quand les Nations Unies s’établissent comme exécutif en organisant des opérations militaires, dans le Golfe, en Somalie, en Bosnie ou au Cambodge, et à la fois comme législatif par les résolutions du conseil de sécurité sur ce qui devrait être, en Palestine par exemple, et aussi comme judiciaire en décidant des sanctions à prendre contre les manquements de l’Irak, elles légitiment par leur exemple même la confusion des pouvoirs. Au lieu de se faire porteur de justice, elles entérinent la faiblesse mondiale du judiciaire.

Fiscalité incitative

La fiscalité du 21ème siècle ne peut plus se fonder sur les mêmes principes qu’autrefois. Elle est obligée de s’internationaliser, pour respecter une égalité des chances des acteurs économiques. L’harmonisation fiscale entre les états, déjà en cours, est un facteur puissant d’évolution. Elle entraîne derrière elle une harmonisation des comptabilités, des déclarations, et un travail de traduction en toutes langues menant à une simplification des impôts usuels. En plus, dès lors qu’on se trouve dans un univers de petites entreprises, avec une télématique généralisée, la technique fiscale doit aussi s’adapter dans ses modes de calcul, de prélèvement et de vérification. Mais le changement le plus important concerne les principes sur lesquels s’appuie l’impôt. Ils ne peuvent plus être, comme par le passé, exclusivement régaliens. Il leur faut entrer dans l’âge de la rationalité. Autrement dit, justifier l’existence de chaque contribution par les effets qui en sont attendus, non seulement du côté des rentrées fiscales, mais aussi par l’incitation qu’elle imprime aux acteurs économiques, et par les choix démocratiques qu’elle permet d’exprimer. Il faut donc imaginer une multiplication de financements parafiscaux d’agences (de l’environnement des économies d’énergie, de la métrologie…) correspondants aux programmes précédents, et aussi un relatif libre choix du contribuable pour l’affectation du produit de certains impôts (à des organismes de solidarité humanitaire, d’enseignement ou de recherche technique…). Beaucoup de ces organismes et agences seront transnationaux.

Le treizième programme

On fera observer qu’il faudrait préciser encore davantage comment seront financés ces douze programmes. Leur situation est très variable. Certains peuvent produire des recettes suffisantes pour qu’un « tour de table » financier y trouve son intérêt. C’est le cas des grands barrages hydroélectriques. D’autres sont des services publics sans revenus. D’autres enfin sont mixtes, et ne peuvent être que partiellement autofinancés.

En fait, tout dépend du futur système monétaire. La monnaie est désormais fiduciaire, c’est à dire fondée sur la confiance, mais le monde ne sait pas encore s’en servir. Les « autorités » monétaires vivent dans la crispation. Elles restreignent la circulation, alors que le besoin de liquidités, dû à l’ouverture du monde au commerce, est de plus en plus manifeste. L’unification de l’Allemagne a déclenché un spasme monétariste. La demande allemande pour des capitaux d’équipement a déséquilibré le marché, et obligé ce pays à maintenir des taux d’intérêts élevés, pour rester attractif. Ceci a contribué à entraîner dans la crise des autres pays capitalistes, crise portant sur l’immobilier d’abord (marché sensible aux taux), puis sur l’ensemble de l’économie.

En Europe, au début des années 90, la meilleure manière de faire de l’argent était de ne rien faire avec son argent (autrement dit, de le placer en monétaire). Ce fut une période d’anesthésie, alors que la situation demandait un regain de dynamisme. Il fallait des investisseurs, on privilégia les rentiers. Comme l’ouverture à l’économie de marché concerne maintenant non seulement l’Allemagne de l’Est, soit moins de vingt millions d’habitants, mais aussi l’ensemble de l’Europe de l’Est, la Chine et l’Inde, soit au total plus de la moitié de l’espèce humaine, il est temps de s’organiser pour satisfaire l’immense besoin de liquidités que représente cette immense chance. Il faut mettre la monnaie au service de l’Homme et non pas l’inverse. Le système de « Bretton Woods » doit être renégocié. En assouplissant la convertibilité, il avait donné un ballon d’oxygène à l’économie des pays développés, et facilité la reconstruction de l’après guerre. Mais la situation n’est maintenant plus tenable. Elle est devenue trop vulnérable aux rumeurs. Le crédit entraîne le crédit, et le discrédit accentue le discrédit.

Dans ce monde conformiste, il faut un dévouement d’apôtre, comme celui de la Grameen bank, pour que des pauvres accèdent au crédit. Un fouillis de monnaies nationales, expression de particularismes archaïques, une dette permanente du tiers monde, des vagues spéculatives planétaires : le Capital, soi disant triomphant, est comme une cargaison mal amarrée dans la soute d’un bateau. Il est en permanence sujet au mal de mer, pris de malaises et de vomissements qui jettent à la rue des millions de travailleurs, qu’ils soient qualifiés ou non. Piètre victoire ! Et comme tout cela paraît injuste et futile en regard du travail à faire : la construction du jardin planétaire.

Hélas, il semble bien que les particularismes nationaux s’accrochent. Les réformes, dans ce domaine se décident sous la pression de troubles spéculatifs, pour restaurer une confiance perdue dans un capitalisme erratique. Il est néanmoins nécessaire d’en prévoir l’aboutissement inévitable : une monnaie mondiale (qui n’exclut pas les monnaies particulières, d’Etats ou d’entreprises).

Le rôle de l’Institut d’émission planétaire et du système fiscal associé sera le réglage du fonctionnement économique. Il devra d’un côté injecter suffisamment de monnaie (dans les grands programmes) pour réduire le chômage, et de l’autre ponctionner suffisamment de liquidités pour éviter les crises inflationnistes. Alors, par ces deux moyens combinés, cet Institut financera des réalisations rapides et saines. Ce sera un treizième programme, qui rendra possibles et facilitera tous les autres : un système monétaire mondial.

Le livre entier est disponible en format PDF à cette adresse: 2100: Odyssée de l’espèce.

La première partie de ce texte est disponible ici.

La deuxième partie de ce texte est disponible ici.

mai 08 2009

« La loi Hadopi est un pas de plus vers la dégradation des libertés individuelles »

La loi Hadopi, rebaptisée « Loi Création et Internet », prévoit de mettre en place une Haute Autorité chargée d’avertir d’abord et de sanctionner ensuite les internautes qui ne respecteraient pas les droits d’auteur sur Internet. La prévention consistera en deux avertissements, et la punition en un retrait de l’accès internet au troisième téléchargement illégal d’un contenu sous licence. Pourquoi, cependant, le gouvernement français désire t-il si ardemment remplacer la loi actuelle (qui incombe à une personne jugée coupable de téléchargement illégal une peine de 3 ans de prison et 300 000€ d’amende, dans le plus extrême des cas), par cette loi Hadopi rejetée à l’unanimité par le Parlement le jeudi 9 avril 2009, puis ressuscitée et en voie d’être votée le 12 mai prochain ? Ne se cacherait-il pas, comme souvent, quelque chose d’autrement plus dangereux pour les libertés individuelles derrière cette mesure apparemment anodine ? Il semblerait que si…

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Commençons à développer le sujet avec un article du site Numerama :

« Numerama liste 10 raisons non exhaustives pour lesquelles il est impératif de rejeter la loi Hadopi:

1. Elle ne vise pas les pirates !

La loi ne sanctionne pas le fait de télécharger ou de mettre à disposition sans autorisation des oeuvres protégées par le droit d’auteur. Elle crée en fait un nouveau délit, le « fait, pour la personne titulaire d’un accès à des services de communication au public en ligne (un accès à Internet, ndlr), de ne pas veiller, de manière répétée, à ce que cet accès ne fasse pas l’objet d’une utilisation à des fins de reproduction, de représentation, de mise à disposition ou de communication au public d’oeuvres ou d’objets protégés par un droit d’auteur ou par un droit voisin sans l’autorisation des titulaires de droits lorsqu’elle est requise ». Or pour vérifier que l’abonné n’a pas « veillé » à ce que son accès ne soit pas utilisé pour pirater, la Haute Autorité ne pourra s’en remettre qu’à une seule présomption : le fait que l’accès a été en fait utilisé pour pirater. Peu importe que ça soit par l’abonné lui-même ou par ses enfants, son ex-compagne ou un voisin de passage. La loi crée donc une responsabilité du fait d’autrui qui serait une première dans le système juridique français. L’article 1384 du code civil prévoit bien la responsabilité du fait d’autrui, mais uniquement dans des cas où le tiers coupable est jugé incapable (les mineurs par exemple), ou est placé dans une situation de subordination par rapport à son responsable.

2. Elle crée une présomption irréfragable de culpabilité

La loi impose aux abonnés à Internet de protéger leur accès à Internet, par exemple en utilisant les moyens de filtrage proposés par leurs FAI, et dont la liste sera communiquée par la Haute Autorité. Mais comment un abonné qui a mis ces moyens de filtrage en place pourra-t-il prouver sa bonne foi s’il est accusé du contraire ? Comment prouver qu’à une heure donnée, un jour donné, le mécanisme de filtrage était bien activé sur l’ordinateur de l’accusé ? Ca n’est plus la présomption d’innocence qui préside, mais une présomption de culpabilité qui ne pourra en aucun cas être renversée. La loi Hadopi bafoue les droits de la défense en feignant d’ignorer que ces droits, dans les faits, ne pourront jamais être exercés.

3. Elle est déjà obsolète.

Puisqu’il n’est techniquement possible que de trouver l’adresse IP de ceux qui partagent les oeuvres et non de ceux qui les téléchargent depuis des serveurs distants, le projet de loi Hadopi ne vise de fait que le P2P dans son dispositif. Or aujourd’hui le piratage se produit au moins autant sur les serveurs de newsgroups et les sites de téléchargements et de stockage comme RapidShare, dont les utilisateurs sont mis à l’abri de toute procédure. De plus, les nouvelles générations de réseaux P2P sont conçues de façon à masquer l’adresse IP des utilisateurs qui partagent des fichiers, ou à ne pas pouvoir associer de façon certaine une adresse IP à un contenu partagé. Sachant qu’il est toujours politiquement beaucoup plus facile de créer une Autorité administrative que d’en démanteler une, est-il utile d’aggraver la charge publique par une énième Haute Autorité qui sera très rapidement incapable de travailler, ou de façon tellement anecdotique que son efficacité sera nulle ?

4. Elle interdit même le P2P légal.

Il n’existe et ne peut exister aucune base de données des oeuvres protégées par les droits d’auteurs. Donc le père de famille qui veut sécuriser son accès à Internet conformément aux obligations disposées par la loi Hadopi devra bloquer l’ensemble du P2P sur sa ligne, car aucun filtre ne pourra bloquer uniquement les téléchargements et uploads d’oeuvres protégées. De fait, c’est donc l’ensemble du P2P légal qui est mis au banc par le projet de loi. Il y a fort à parier qu’en plus, les FAI qui devront communiquer une liste d’outils de filtrages « efficaces » proposeront des outils qui bloquent automatiquement tous les logiciels d’échange comme eMule, BitTorrent et consorts.

5. Elle nécessite un fichage contraire à la jurisprudence de la CNIL

Pour mettre en oeuvre la riposte graduée, la Haute Autorité devra connaître l’historique des éventuels messages d’avertissement envoyés auparavant aux abonnés. Elle doit donc conserver les données d’infraction pendant une période longue. Si l’abonné est sanctionné par la suspension de son abonnement à Internet, son nom doit être inscrit pendant un an dans un registre communiqué aux fournisseurs d’accès à Internet, qui ont l’obligation de le consulter avant toute ouverture d’accès. Si le nom du client y figure, l’abonné ne peut pas s’inscrire. Or par le passé, la CNIL n’a autorisé ce type de fichage qu’à la condition expresse que le nom de la personne soit retiré dès lors que le dommage qu’il a causé est réparé (un remboursement d’impayé pour être retiré du fichage de la Banque de France, par exemple). Or ici, le fichage reste actif pendant un an, sans que l’abonné n’ait la possibilité de mettre fin au dommage qu’il a causé par sa négligence.
On notera aussi que la conservation des données qu’implique la mise en oeuvre de la riposte graduée est équivalente à celle imposée aux FAI pour les besoins de la lutte contre le terrorisme. De quoi se poser des questions sur la proportionnalité du mécanisme au but poursuivi.

6. Elle crée une justice à deux vitesses, selon que vous serez puissant ou misérable.

La Haute Autorité chargée de mettre en oeuvre la riposte graduée avertira et sanctionnera les internautes qui ont partagé illégalement des oeuvres protégées par le droit d’auteur. Mais quelles oeuvres ? Elle n’agira que sur la base de relevés effectués par les ayant droits eux-mêmes, c’est-à-dire par ceux qui ont la puissance financière pour effectuer un contrôle et un relevé des adresses IP sur Internet pour protéger leurs oeuvres. En clair, les majors du disque et du cinéma. Les petits labels ou les artistes indépendants seront de fait exclu du mécanisme de défense de leurs droits prévu par la loi Hadopi, quand bien même leurs oeuvres seraient piratées massivement.

7. Elle encourage la politique de l’autruche.

Il suffit de regarder le contenu des accords de l’Elysée pour voir que les industries culturelles estiment qu’elles n’ont pas à améliorer l’attractivité de leurs offres légales tant que la riposte graduée prévue par la loi Hadopi n’est pas effective. C’est-à-dire, au mieux, pas avant le premier trimestre 2009. Et encore, en fait, bien après, puisque l’accord prévoit un délai d’un an à compter de la mise en oeuvre effective de la riposte graduée. Au moins si la loi Hadopi était rejetée, les industries culturelles se décideraient peut-être enfin à se donner un grand coup de pied dans le derrière pour proposer aux consommateurs ce qu’ils attendent. C’est la base de tout commerce.

8. Elle a été jugée contraire aux droits de l’Homme par le Parlement Européen

Comment, alors qu’elle sera présidente de l’Union Européenne, la France peut-elle ignorer une sanction aussi lourde du Parlement européen ? Le 10 avril 2008, les eurodéputés ont voté une résolution qui « invite la Commission et les États membres à éviter de prendre des mesures qui entrent en contradiction avec les libertés civiques et les droits de l’homme et avec les principes de proportionnalité, d’efficacité et de dissuasion, telles que l’interruption de l’accès à l’Internet. »

9. Elle ne sera pas plus efficace que la loi DADVSI votée il y a trois ans.

Nulle part au monde les tentatives de dissuasion et de répression n’ont fait baisser le nombre de contenus piratés et surtout n’ont fait grimper le nombre de CD et DVD vendus. Dix ans après l’arrivée de Napster, il est peut-être temps de changer enfin de stratégie.

10. Elle coûtera extrêmement cher à mettre en oeuvre pour l’Etat

Lors des Assises du numérique, le président de l’Autorité de Régulation des Mesures Techniques et probable futur président de l’Hadopi s’est dit prêt à mettre en place « un processus de traitement automatisé permettant l’envoi de 10 000 messages d’avertissements par jour ». 10.000 messages par jours, ce sont 3,65 millions de messages par an. Pour les envoyer, il faut connaître l’adresse IP de l’abonné, et demander l’adresse e-mail correspondante au FAI. L’arrêté du 22 août 2006 pris en application de l’article R. 213-1 du code de procédure pénale prévoit que l’identification d’un abonné ADSL et de son fournisseur d’accès internet donne lieu à une indemnité forfaitaire de 8,50 euro par IP. Soit un coût global de 31 millions d’euros par an, auquel doivent s’ajouter les frais postaux d’envois de lettres en recommandé exigées au minimum lors du deuxième avertissement, les frais de relevés des infractions, les frais de conservation des données, et les frais de fonctionnement administratifs de la Haute Autorité.
Pour que l’Hadopi ne creuse pas le déficit budgétaire de l’Etat, elle devra donc générer en retour au moins 31 millions d’euros de recettes fiscales chaque année par l’augmentation supposée des ventes sur les plateformes légales. Rapide calcul. Un MP3 vendu 0,99 euros sur Internet rapporte à l’Etat 16 centimes d’euros de TVA. Pour aller à l’équilibre, il faudrait que les Français achètent environ 194 millions de titres par an en plus de ceux qu’ils achètent déjà – ce qui suppose au passage qu’ils n’achètent pas sur iTunes, où la TVA bénéficie au Luxembourg. A titre de comparaison, les ventes de musique sur Internet en France au premier trimestre 2008 ont rapporté à l’industrie moins de 7 millions d’euros HT. On veut bien croire en faisant un effort à une augmentation des ventes consécutive à l’adoption de la loi Hadopi, mais à ce point ? »

Le site Generation-nt nous dit ceci:

« Le projet de loi Création et Internet continue de faire polémique sur la Toile. L’association April marque une nouvelle fois son désaccord et parle du mouchard filtrant propriétaire de l’Hadopi qui de surcroît menace le logiciel libre qu’elle défend.

L’April poursuit son action militante à l’encontre du projet de loi Création et Internet et apporte de l’eau à son moulin suite à la consultation du rapport transmis par le Conseil Général des Télécommunications (CGTI) au ministère de la Culture. L’association y souligne notamment un passage où il est fait mention de « mener à bref délai une expérimentation portant sur le filtrage sur le poste client synchronisé avec un serveur central ». Explication de texte de l’April : ni plus ni moins que l’installation d’un mouchard filtrant.

Au regard de la loi Création et Internet, un abonné est responsable de sa connexion Internet, et gage à lui de s’assurer qu’elle ne sera pas détournée par un tiers pour du téléchargement illégal. En cas d’inculpation, un moyen de prouver sa bonne foi sera de faire valoir l’installation de mesures de sécurisation. Pour l’April, « il s’agit de faire installer un mouchard filtrant sur les ordinateurs de tous les internautes qui craignent de se voir accuser par l’Hadopi, soit parce qu’ils sont incapables de sécuriser leurs bornes Wi-Fi, soit tout simplement parce qu’ils sont conscients que l’adresse IP n’est pas une donnée qu’ils peuvent sécuriser. »

La pratique est déjà plutôt dérangeante et devient même dangereuse pour le logiciel libre selon l’April :

« Il serait en effet absurde de prétendre filtrer les communications d’un utilisateur de système libre. Logiciel Libre et dispositifs de contrôle d’usage, de surveillance et de filtrage fermés sont ontologiquement incompatibles. Comme cela a été maintes fois expliqué lors des débats sur la loi DADVSI, sur un système libre, l’utilisateur a le contrôle de sa machine et peut neutraliser tout mécanisme visant à le contrôler ou à le surveiller.

En résumé, tout comme il n’est pas possible d’empêcher un utilisateur de logiciels libres de faire des copies privées, il n’est pas possible de lui coller ouvertement un mouchard filtrant. Dès lors, avec l’Hadopi, les utilisateurs de systèmes libres se retrouveront dans une insécurité juridique discriminatoire intolérable. »

Ce mouchard permettrait aussi de prouver l’innocence de l’éventuelle victime si elle se trouvait accusée à cause d’une erreur dans le processus d’identification de l’IP. Il est donc très probable, de mon point de vue, que l’insistance avec laquelle on s’emploie à faire passer cette loi ait pour raison centrale cet espionnage du citoyen, ce qui serait un premier pas vers une certaine censure de l’Internet et une surveillance supplémentaire. En effet, cette loi précède une future consoeur nommée “LSI” qui prévoir une obligation de surveillance et de filtrage par les FAI. Pour résumer, tout ce que vous faites sera épié.

Mettons cette hypothèse en corrélation avec les événements qui eurent pour conséquence de réduire les libertés individuelles des citoyens durant la dernière décennie. L’exemple le plus marquant et le plus connu est celui de l’apparition du Patriot Act et du Homeland Security Act. Je vous propose donc le recopiage de ce que j’écrivais dans ma cartographie du Nouvel Ordre Mondial (http://www.mecanopolis.org/?p=4833), soit un petit résumé des mesures à consonance totalitaire qui sont apparues dans les 4 principaux pays occidentaux ces 8 dernières années:

« Aux États-Unis:

Les mesures législatives votées dans la foulée des attentats du 11 septembre ont apporté un surcroît de puissance à l’exécutif américain, aux services secrets (dont la CIA) et la police fédérale (Federal Bureau of Investigation), ainsi qu’aux militaires (budget du Pentagone notamment). Sous le prétexte de participation à la lutte anti-terroriste, le FBI se voit attribuer le pouvoir d’espionner les associations politiques et religieuses sans que celles-ci ne soient suspectées d’activités criminelles. Le gouvernement peut traîner en justice les possesseurs de fichers et de données qui révèleraient qu’ils ont dû procéder à des réquisitions d’informations. Il peut faire procéder à des perquisitions et saisir les documents et effets possédés par des citoyens. Sans devoir se justifier, il peut faire emprisonner quiconque, y compris des citoyens, ce indéfiniment et sans procès, sans que ces personnes soient accusées, ni qu’elles puissent être confrontées à celles qui auraient déposé contre elles, de même qu’elles pourraient être torturées physiquement et psychologiquement impunément. Le FBI et la CIA ne sont pas contraints de répondre de leurs actions devant les élus.

Le Homeland Security Act regroupe en une seule structure (le Homeland Security Department) une vingtaine d’agences fédérales comme la FEMA, les Douanes et les Services Secrets. Il met en avant une définition du « terrorisme interne » tellement vague qu’elle permettrait d’y inclure toute personne manifestant une opposition envers le gouvernement.

Le Total Information Awarness Office (TIA) se proposait de constituer une banque de 300 millions de fiches, regroupant les informations de sources publiques et privées sur chaque Américain. Il autorise les réunions secrètes des Conseils présidentiels, la dispense de justification intervenant en opposition avec la loi 92-463 sur la transparence des réunions de l’exécutif. Il garantit l’immunité à quiconque fournit à une agence fédérale des informations relatives à des failles ou faillites, même suite à négligence ou faute. Il permet l’accès par l’administration à des fichiers constitués par des firmes privées sur des citoyens, contournant ainsi la protection donnée par le IVème amendement.

Fin 2007, une loi spécifique était en cours d’examen par le Congrès (loi sur la radicalisation violente et la prévention du terrorisme intérieur), loi destinée à lutter contre les idéologies et « croyances extrémistes qui ont pour but de faciliter la violence visant à promouvoir des changements politiques, religieux ou sociaux ». Est spécifiquement visé Internet qui « a aidé à faciliter une radicalisation violente (…) en procurant aux citoyens américains un accès aux larges et continuels courants de propagande en relation avec le terrorisme ». Une note de l’étude de la RAND Corporation intitulée « Tendance du terrorisme » attire l’attention sur les écologistes, anti-mondialistes et anarchistes, les désignant comme terreaux de terroristes potentiels.

Dans la continuité du Patriot Act, qui autorise l’arrestation, la déportation et la mise à l’isolement de suspects, supprime toute délégation judiciaire (l’autorisation préalable d’un juge) pour procéder à des perquisitions, à des écoutes téléphoniques ou contrôler le courrier et les communications par internet », et dont les versions évoluent jusqu’en 2007. G.W Bush met en place en 2006 le NDAA (Nation Defense Authorization Act) dont la directive NDAA 07, conjointement à la prescription NPDS 51, permet à la Maison-Blanche de destituer le gouvernement constitutionnel en cas de situation grave. Cette mesure permet d’accorder l’octroi de tous les pouvoirs à la suele personne du président des États-Unis en cas de catastrophe grave, comme un attentat ou un cataclysme naturel de gande ampleur, et en cas de crise majeure, financière par exemple…

La mise en place de la loi martiale a été clairement indiquée par le démocrate Brad Sherman à la tribune de la Chambre des représentants comme une possible alternative en cas d’échec du plan Paulson. L’effondrement du château de cartes financier américain pouvait en effet laisser prévoir des émeutes à l’image de celles de la crise de 1929.

Le 1er octobre 2008, la première brigade de la troisième division de l’infanterie prend pied sur le territoire américain sous le commandement de l’US Army North dont le mandat comprend la surveillance du territoire. Cette brigade servirait d’appui à la FEMA (Federal Emergency Management Agency) pour assurer le « contrôle des foules ».

Selon le WMR (Wayne Madson Report) paru le 3 avril 2008, l’instauration de la loi martiale pourrait être mise en place suite à des mesures drastiques anti-populaires pour enrayer la crise financière, ou encore suite à l’avènement d’une cessation de paiement des États-Unis de leur dette extérieure. Celle-ci s’élevait en 2007 à plus de 12 000 milliards de dollars, soit près de 20 fois le plan Paulson, adopté aux forceps.

En Angleterre:

La Criminal Justice Act (Loi sur la justice pénale) de 2003 « impose des peines obligatoires et minimales et réduit la capacité des juges à adapter la sanction aux cas particuliers », tandis que l’Enquiries Act de 2005 (Loi sur les procédures) « limite l’indépendance des juges nommés pour prendre en charge la direction des enquêtes, cela en autorisant les ministres à choisir les éléments de preuve qui pourront être ou non rendus publics ». Le renforcement du pouvoir exécutif anglais, malgré l’échec du Legislative and Regulatory Reform Bill de 2006 (projet de loi sur la réforme de la réglementation et de la législation) a fait dire au journaliste Henry Porter que le Premier ministre Tony Blair déstabilisait « la constitution, la tradition de souveraineté parlementaire, l’indépendance du pouvoir judiciaire, les droits de la personne et la relation complexe entre l’individu et l’État. »

En Allemagne:

Wolfgang Schäuble, ministre de l’Intérieur allemand, n’a pas hésité à évoquer la possibilité de créer un « délit de complot » comme aux USA nécessitant la création de nouveaux pouvoirs. Il est vrai que ce ministre s’est plu à rappeler, lors de cet entretien, ses liens étroits et privés avec Michael Chertoff, président du Department of Homeland Security.

En France:

Centralisation par Nicolas Sarkozy des services de renseignement (DCRG, DST, SDAT coiffés d’une Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI)). La DGSI, qui s’inspire largement du Department of Homeland Security, sera la version française d’un nouveau système sécuritaire qui pourrait être appuyé d’un Conseil national de sécurité (CNS) dépendant directement du Président de la République. Renforcement du pouvoir exécutif sous le label « modernisation des institutions ».

Sarkozy a reçu le 16 juillet 2007 le Président de la cour suprême des Etats-Unis, John G.Roberts pour amplifier l’application des principes de l’exécutif unitaire. »

Rajoutons à toutes ces joyeusetés que certains sources indiquent que le gouvernement américain pourrait bientôt prendre des mesures coercitives à l’encontre d’Internet. Internet est effectivement un moyen de communication gênant, le seul qui offre encore des possibilités de s’exprimer librement. En outre, les grands journaux tant écrits que télévisés perdent chaque année une partie non-négligeable de leur public, qui sont de plus en plus nombreux à cotoyer les médias alternatifs et autres sites d’informations libres. Il est donc vu par les gouvernements peu désireux que leurs méfaits soient criés sur tous les toits comme un mal qu’il faut étouffer. Les spéculations vont bon train sur les moyens qu’ils auraient de le faire: la création d’un « Internet 2″, qui remplacerait rapidement l’autre et contiendrait un système de censure des genres de sites qui leur plairont, ou peut-être, plus probablement, l’emploi plus ou moins indirectement forcé de programmes qui espionneront et censureront les informations choisies; bref, mettre en place en Europe ce qui est en vigueur dans certains pays comme la Chine ou la Russie.

Les citoyens américains sont sous surveillance depuis l’instauration du Patriot Act; or, il semblerait que la France se conforme à nouveau aux mêmes procédés et trouve dans la loi Hadopi un prétexte parfait pour mettre ses citoyens sous surveillance d’un programme que beaucoup de personnes innocentes adopteront sans doute par peur d’être accusés (malencontreusement, bien sûr) de téléchargement illégal et de ne pouvoir avoir les preuves suffisantes pour s’en défendre. Ce programme, payant de surcroît, pourrait tout aussi rapidement que facilement, à partir du moment où les bases de son existence sont posées, élargir sa surveillance à une censure directe ou indirecte à d’autres types d’activités ou de lectures. Un élargissement qui se ferait sur des bases légales qui agiterait une crainte de répression qui ferait adopter les mises à jour du programme au même public qui craint pour sa sécurité, et permettrait de passer à l’action concrète pour les autres. Cette loi pourrait aussi introduire de toutes nouvelles notions dans les domaines légaux, comme la présomption de culpabilité ou la responsabilité du fait d’autrui qui prendraient de l’ampleur par la suite. Cet article tiré de Numerama en dit long sur ces possibilités:

« Le projet de filtrage des contenus pédopornographiques présenté en juin dernier par Michèle Alliot-Marie commence à se préciser. Lundi, la ministre de l’intérieur a indiqué qu’elle avait adressé aux fournisseurs d’accès à Internet le texte d’un article de loi relatif au blocage des sites qui hébergent des contenus ou des réseaux pédophiles. Notre confrère PC Inpact publie l’article en question, qui sera ajouté à la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), dans le cadre de la future loi de programmation de sécurité intérieure qui devrait être présentée début 2009.

Il dispose que « Compte tenu de l’intérêt général attaché à la lutte contre la diffusion de contenus relevant des dispositions de l’article 227-23 du Code pénal, les (fournisseurs d’accès) doivent empêcher par tout moyen et sans délai, l’accès aux services désignés par arrêté du ministre de l’Intérieur ».

Sans aucune précaution, il impose donc aux FAI une obligation de résultat et non une simple obligation de moyens, le tout « sans délai ». C’est-à-dire que les FAI devront mettre tout en oeuvre pour réussir à bloquer l’accès au site, sur simple requête du ministère de l’intérieur. En cas d’échec, ils pourraient être tenus responsables.

Le texte précise qu’un « décret fixe les modalités d’application » du filtrage, qui devraient être assez larges. En tout état de cause, il ne devrait pas préciser le type de mesure technique attendu, et se contenter de fixer le cadre de réception des requêtes et de confirmation des blocages. Rappelons que Free, désormais premier opposant au gouvernement sur ses projets de régulation des télécommunications, a démontré par A+B pourquoi le filtrage était impossible ou dangereux dans ses effets de bord. Cependant, malgré la complexité du dossier, il est prévu que le texte entre en vigueur seulement trois mois après sa promulgation.

Si le fait que le texte de loi vise explicitement les délits de pédopornographie est rassurant sur le cadre fixé au filtrage, il n’en reste pas loin que c’est ici une boîte de Pandore qu’ouvre le gouvernement. Une fois le principe du blocage sur requête adopté, il suffira d’étendre progressivement le champ des sites filtrables, comme cela a été fait pour le fichier national des empreintes génétiques.

Créé en 1998 pour référencer l’ADN des seuls délinquants sexuels, le FNAEG a été progressivement étendu à une multitudes de délits, et contient aujourd’hui plus de 700 000 profils génétiques. En 2003, le fichier contenait encore moins de 3000 empreintes. »

Une chose est sûre: puisque des députés UMP sont muselés parce qu’ils protestent contre Hadopi, que les alternatives sensées proposées à cette loi ne sont pas entendues, et que le gouvernement s’acharne à la faire passer malgré un premier rejet, ce n’est certainement pas pour défendre les fonds de portefeuille de quelques artistes alors que les produits de technologie qui se vendent grâce au téléchargement gratuit, comme les MP3 ou les iPods, s’écoulent si bien. Il semble bien plus logique qu’elle ait des buts autrement moins avouables, et que, comme souvent, le mal se cache derrière de nobles prétextes. Le 12 mai nous dira si elle est finalement votée ou non, et ce que nous sommes en droit d’en déduire…

Ceux qui le veulent trouveront le projet de loi sur le site de l’Assemblée Nationale.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

avr 29 2009

À quoi joue-t-on avec l’immigration ?

Petit historique de l’immigration en France:

« En France, l’immigration est très ancienne. Elle a surtout concerné des personnes des classes supérieures jusqu’à la Révolution industrielle, venant notamment dans l’entourage des souverains. L’immigration de travailleurs se fait en réponse au malthusianisme des Français, sensible dès le milieu du XVIIIe siècle et les vagues d’immigration nombreuses suivent les phases de croissance économique : 1850-1873 (1,5 million de personnes), 1896-1930 (2,5 millions de personnes) et 1945-1975 (4 millions de personnes), soit 25 fois plus que durant les « Grandes Invasions » de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge.

 

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Du milieu du XIXe siècle à 1914, les immigrés sont originaires des pays limitrophes de la France; principalement de Belgique et d’Italie, qui constituent les deux tiers des immigrants, mais aussi d’Allemagne, de Suisse et d’Espagne, qui constituent de 7% à 9% des immigrants en France alors qu’on compte moins de 5% de Britanniques, Russes et Austro-Hongrois et que la part des étrangers non européens est quasiment nulle. Le recensement de 1851 est le premier à faire apparaître la catégorie « étranger » qui représente alors 1% de la population totale, 2 % vers 1872. Les Belges représentent 40% de cette immigration.

Durant l’Entre-deux-guerres, les Italiens constituent le groupe le plus important, alors que l’immigration des Belges, des Suisses et des Allemands s’atténue et que celle des Espagnols (réfugiés) et des Polonais s’intensifie. Ces derniers présentent une nouveauté : ils ne viennent pas d’un pays frontalier. La Seconde Guerre mondiale provoque de nombreux départs, environ 300 000 étrangers quittent la France entre septembre 1939 et juin 1940.

Après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à la fin des années 1960, les tendances précitées se maintiennent alors que l’immigration en provenance du Portugal puis du Maghreb et de l’Afrique noire s’intensifie. En 1970, l’immigration connaît une forte croissance non européenne et maghrébine. En 1975, les Algériens sont le second groupe d’étrangers le plus important en France, avec un taux de 20% des immigrants.

Après une période au cours de laquelle les pouvoirs publics favorisent l’immigration afin de satisfaire aux besoins de l’économie française dans les années 1960, la crise économique des années 1970 les pousse à mettre en place un contrôle des flux migratoires. Ainsi les circulaires Marcellin – Fontanet, en 1972, lient l’attribution d’une carte de séjour à la possession d’un titre de travail et limitent les régularisations. Valéry Giscard d’Estaing, nouveau président de la République, stoppe les nouvelles immigrations, sauf les regroupements familiaux qui formeront désormais la plus grande partie de l’immigration légale. Il propose également une prime au retour (le « million Stoléru »). En 1980, la loi Bonnet, qui durcit les conditions d’entrée sur le territoire français et facilite l’expulsion des immigrés clandestins, déclenche des grèves de la faim et doit être partiellement suspendue.

En 1981, le nouveau pouvoir socialiste procède à une régularisation massive d’immigrés en situation irrégulière, assouplit les conditions de séjour des immigrés en annulant la loi Bonnet et supprime la prime d’aide au retour. Trois ans plus tard, la loi 84-622 instaure un titre unique de séjour de dix ans, dissocié du titre de travail. Dans le même temps le gouvernement propose à nouveau une aide à la réinsertion des travailleurs étrangers dans leur pays d’origine.

Lors du changement de pouvoir en 1986, le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, fait adopter par le Parlement la loi n° 86-1025 du 9 septembre 1986, relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France, qui restreint l’accès à la carte de résident et facilite les expulsions d’étrangers en situation illégale. Le 8 octobre, l’expulsion de 101 Maliens déclenche une vague de protestations. En 1988, l’Office national d’immigration devient l’Office des migrations internationales (en 2005 ses attributions sont reprises par l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM).

En 1989, la loi Pasqua est en partie adoucie. Le premier ministre, Michel Rocard, déclare l’année suivante que « la France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais il faut qu’elle y prenne sa part ». Le gouvernement crée le Haut conseil à l’intégration, organisme consultatif.

Pendant l’été 1996, des manifestations en faveur de la régularisation des étrangers en situation irrégulière (que leurs défenseurs appellent « sans-papiers ») aboutissent à l’occupation de plusieurs bâtiments publics. En août, la police expulse par la force des Africains qui occupent l’église Saint-Bernard, à Paris. En avril 1997, la loi Debré est abrogée après un mouvement soutenu notamment par des réalisateurs de cinéma.

Peu après, le nouveau gouvernement de Lionel Jospin lance un nouveau processus de régularisation d’étrangers en situation irrégulière.
D’après le premier rapport annuel de la Commission européenne sur la migration et l’intégration, il est difficile d’obtenir une estimation fiable de la contribution budgétaire nette des immigrants, bien que les immigrants soient soumis aux mêmes obligations fiscales que les Français. Dans son ouvrage le Creuset français (publié en 1988, mis à jour en 2006), Gérard Noiriel indique, en se basant notamment sur les travaux de Georges Mauco (1977), que les immigrés ont depuis la deuxième Guerre mondiale construit 90% des autoroutes françaises, une machine sur sept, et un logement sur deux.

Yves-Marie Laulan, économiste et président de l’Institut de géopolitique des populations, estime le coût annuel de l’immigration en France à 36 milliards d’euros (soit l’équivalent de 80% du déficit public annuel). Son étude, qui prend en compte le différentiel entre les recettes et les dépenses apportées par les immigrés s’appuie notamment sur les travaux des professeurs d’économie Jacques Bichot et Gérard Lafay avec comme données principales les dépenses en maintien de l’ordre, de la justice, frais de scolarité, de santé, formation professionnelle, logement, coûts supplémentaires dans les quartiers dits « sensibles », les aides sociales diverses ou le regroupement familial.

Selon une autre étude de Jacques Bichot pour l’Institut Thomas More, ce coût serait de 24 milliards d’euros pour l’année 2005.
Ces calculs rejoignent en partie ceux plus anciens de Maurice Allais, « prix Nobel » d’économie 1988. Celui-ci a calculé que, lorsqu’un travailleur immigré entre dans un pays, il faut consacrer une épargne quatre fois supérieure à son salaire annuel pour construire les équipements (école, logement, hôpital…) dont il a besoin, charge relevant en France de la collectivité. »

Tiré de Wikipédia

« L’effondrement démographique de l’Europe

La population de l’Union européenne à quinze membres, avant l’élargissement de 2004, se caractérisait déjà comme étant la population la plus âgée du monde. En 2004, la part des enfants et jeunes âgés de moins de vingt ans est inférieure à celle des personnes âgées de plus de soixante ans. Cette situation est révélée plus encore par la comparaison du rapport dit de vieillissement démographique par zone régionale.

Ce rapport est égal au quotient de la « post fécondité » sur la « pré fécondité », soit le nombre de seniors (personnes âgées de plus de cinquante ans) sur le nombre d’enfants et jeunes âgés de moins de vingt ans. Pour l’Union européenne des Quinze – avant l’élargissement donc – ce rapport était de 1,5 et, si l’on examine le détail du vieillissement par nation, les situations les plus graves sont celles de l’Italie (1,85) et de l’Allemagne (1,7) tandis que la France affiche un rapport de 1,28, donc inférieur à la moyenne européenne. Autrement dit, pour les Quinze, la « vieillesse » est déjà à 50 % plus présente que la « jeunesse » et pour certains pays, comme l’Italie et l’Allemagne, on tend vers les 2 « seniors » pour 1 jeune.

Regardons ce chiffre en Amérique du Nord, dans l’espace ALENA. Le rapport y est de 0,74 : ce qui signifie que les personnes âgées de moins de vingt ans sont plus nombreuses encore que celles de plus de cinquante. La démographie nord-américaine est donc beaucoup moins déclinante que celle de l’Europe.

Quant aux zones économiquement émergentes comme l’Inde et la Chine, leur entrée dans le vieillissement est bien plus récente que la nôtre ; la jeunesse y reste nombreuse : en Chine il y a presque deux fois plus de jeunes de moins de vingt ans que de personnes de plus de cinquante (le rapport est de 0,58); trois fois plus en Inde (rapport de 0,34). Enfin, le record de jeunesse est affiché par les pays musulmans (très contrastée cependant entre les mondes arabe, turc, asiatique et africain) dont le rapport de vieillissement démographique est de 0,22 (soit une « jeunesse » cinq fois plus représentée que les seniors).

L’effondrement de la fécondité est un phénomène qui touche le monde entier, à l’exception toutefois de l’Afrique subsaharienne qui n’est pas encore entrée dans le processus d’inversion de la pyramide des âges. Mais si le monde entier (sauf l’Afrique noire donc) se trouve dans le processus d’inversion de cette pyramide, il est important de souligner que ce sont les Européens qui y sont entrés les premiers. Or dans l’histoire, le décalage temporel entre les différentes aires géographiques est décisif, car les flux de migrations vont depuis toujours des zones les plus jeunes vers les zones les plus âgées. C’est l’excédent démographique européen, à la sortie du Moyen Age, qui a provoqué le repeuplement du continent américain à partir du XVIème siècle. Intéressons-nous donc à ce décalage temporel entre zones géographiques. L’inversion de la pyramide des âges signifie que la part des plus de soixante ans devient supérieure à celle des moins de vingt ans. Dès 1965, la Suède est entrée dans l’inversion ; l’ensemble de l’Union au début des années 1980, la Russie en 1995, l’ALENA et la Chine devraient y entrer autour de 2010, l’Afrique du Nord autour de 2030 et l’ensemble du monde musulman au début des années 2040.

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L’Union européenne est donc bien confrontée à un défi démographique d’importance majeure : sa propre survie est en jeu car elle déjà « vieille » au moment où tous ses autres concurrents géopolitiques sont encore « jeunes ».

L’explication de ce vieillissement accéléré ne réside toutefois pas seulement dans l’allongement de la durée de la vie, conséquence du développement matériel de l’Occident. Pour large partie, elle résulte d’un effondrement de la natalité. Sur les vingt-cinq pays de l’Union élargie, dix-sept (dont ceux d’Europe centrale) connaissent en effet des excédents de décès par rapport aux naissances. Il y a trente ans, sur les territoires européens correspondant à l’Europe des Quinze et qui comptaient alors 330 millions d’habitants, le nombre annuel de naissances était supérieur à six millions. S’agissant des mêmes pays, il s’est aujourd’hui effondré, passant de 6 à 4 millions, alors que la population européenne considérée croissait de 50 millions. Autre chiffre frappant : avec ses quelques 380 millions d’habitants, l’Union européenne des quinze pays d’avant l’élargissement de 2004 n’avait pas plus de naissances que les Etats-Unis avec leurs 295 millions de citoyens ! Or l’élargissement n’apporte aucune solution au problème de la dénatalité. Bien au contraire, il l’aggrave. Chaque année, l’Europe orientale perd 200 000 habitants. Et l’Union européenne, dans son ensemble, verra sa population décroître d’ici 25 ans : de 458 millions d’habitants aujourd’hui, elle passera à 469,5 en 2025 (soit + 2%), puis à 468, 7 millions en 20304. La situation est encore pire au-delà des frontières de la Grande Europe. La Russie, la Biélorussie et l’Ukraine ensemble perdent 1,2 millions d’habitants par an5.

C’est donc bien à un phénomène de dépeuplement massif de l’Europe par ses populations autochtones auquel nous assistons, la dénatalité expliquant largement le vieillissement voire la réduction des populations.

Le repeuplement de l’Union par des populations extra-européennes

Parallèlement au recul de ses populations de souche, l’Union européenne affronte depuis le dernier tiers du XXème siècle, un autre défi majeur : l’établissement en masse sur les sols nationaux de populations d’origine extra-européenne. Très logiquement, les migrants viennent compenser (pour partie) le dépeuplement européen. Deux aires géographiques sont à distinguer de ce point de vue au sein de l’Union : d’une part, la nouvelle Europe, celle de l’Elargissement, qui se dépeuple à grande vitesse et n’est que très peu concernée par les flux migratoires extra-européens ; d’autre part, l’Europe occidentale – celle que l’on appelle parfois la « vieille Europe » mais qui n’a pas plus d’ancienneté historique que la « nouvelle »…

Son accroissement naturel (soustraction des décès aux naissances) n’est, pour quinze pays, que de + 400 000, tandis que son solde migratoire annuel est de l’ordre de + 1,6 millions de personnes. Autrement dit, l’immigration (légale) est quatre fois plus importante que l’accroissement naturel des citoyens européens (qui évidemment ne sont pas uniquement des Européens de souche). Si l’immigration progresse 4 fois plus vite que l’accroissement naturel (lequel, faut-il encore le répéter, comptabilise la natalité des immigrés arrivés les années précédentes), on peut alors en conclure aisément que la population européenne est en passe d’être remplacée, sur un temps historique relativement court, par des populations non européennes.

Officiellement, selon Eurostat, l’Union des Quinze comptait 15 millions d’étrangers extra européens ne disposant pas de la citoyenneté d’un pays membre. Ce qui représente environ 4% de la population de cet ensemble. Mais ce chiffre ne prend pas en compte les populations extra européennes, très nombreuses, qui ont acquis la citoyenneté de l’un des pays de l’Union. Nous ne disposons pas de chiffres sûrs à l’échelle européenne parce que, dans leurs statistiques officielles, plusieurs pays ne distinguent pas, une fois la nationalité acquise, les citoyens selon leur origine ethnique. Toujours est-il que l’on estime le nombre d’immigrés arrivant en France chaque année entre 300 000 et 400 000.

Considérons le cas français, l’un des pays les plus concernés par les flux migratoires extra-européens.  Nous disposons de chiffres récents de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques). Officiellement, 9 % de la population de la France métropolitaine8 est originaire du continent africain et d’Eurasie (Turquie). A eux seuls, ces 9 % assurent 16 % des naissances en France (qui donnent accès à la nationalité française), soit 110 000 naissances. Une projection pour 2030 ouvre sur la perspective suivante : dans 25 ans, la France compterait 10 millions de résidants légaux d’origine extra-européenne, ce qui représenterait 15 % de la population (on serait donc passé de 9 % à 15 %) et 30 % des naissances. Autrement dit, au tiers de ce siècle, un tiers de la « future France » serait déjà d’origine extra-européenne9. Dans ces conditions, il paraît assuré qu’à la fin du siècle, la population de France serait très majoritairement de souche extra-européenne, les derniers « Gaulois » étant en train de mourir… Selon Michèle Tribalat, démographe à l’Institut national d’études démographiques (INED), près de 14 millions de Français avaient en 1999 un parent ou un grand-parent immigré, soit 23 % de la population. Dans « L’avenir du travail », paru en 2007, Jacques Attali nous dit : « Pour sauver les retraites, le 3ème choix consisterait à accueillir 2 millions d’étrangers par an entre 2020 et 2040, ce qui se traduirait par l’entrée sur notre sol de 93 millions d’immigrés; la France compterait alors 187 millions d’habitants dont 68% d’immigrés de première ou de deuxième génération.

Or, jusqu’à présent nous n’avons considéré que l’immigration légale, comptabilisée officiellement et soutenue par les « Etats providence » européens.
L’immigration illégale est un phénomène qui pèse aussi à côté de l’immigration légale, et ceci de manière croissante puisqu’il s’accélère dans tous les pays européens. En France, les autorités arrêtent en moyenne 10 000 clandestins par an et estiment qu’il ne s’agit là que d’un dixième environ des flux illégaux. Les optimistes penchent pour 100 000 entrées illégales par an, les pessimistes pour 300 000. Selon Maxime Tandonnet, spécialiste des flux migratoires au Ministère de l’Intérieur français, plus de 600 000 immigrés en situation irrégulière vivent en France en 2004.

Les facteurs d’amplification du phénomène

Pour quelles raisons, en effet, la pression migratoire du Sud sur l’Union européenne va-t-elle s’aggraver ? Comparons l’évolution quantitative des populations de la rive Nord et de la rive Sud de la Méditerranée. Sur la rive Nord nous rassemblons le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie et la Grèce ; sur la rive Sud, en faisant le tour du « boulevard périphérique méditerranéen », le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, la Turquie, les 4/5 de la population de Chypre, la Syrie, la Palestine, le Liban et la Jordanie. Israël est mis à part car c’est un pays d’accueil d’une forte immigration juive et très peu un pays source.

La rive Nord (européenne) compte aujourd’hui environ 180 millions d’habitants tandis que la rive Sud en compte 240 millions. En 2030, dans 25 ans, la rive Nord aura perdu – si l’on ne compte pas l’afflux d’immigrés extra-européens qu’elle connaîtra certainement – 6 millions d’habitants, tandis que la rive Sud dépassera les 300 millions d’habitants16. Les démographies italienne et espagnole connaîtront un recul particulièrement terrible. On aura donc « face à face », dans l’interface méditerranéenne, deux fois plus de population au Sud qu’au Nord…

Or ce réservoir démographique qui fait face aux rivages méditerranéens de l’Europe est caractérisé notamment par le plus fort taux d’émigration du monde. Alors que la moyenne mondiale se situe à 2 % de la population (qui émigre chaque année), le taux de départ moyen en Méditerranée est de 5 % de la population17. Taux supérieur à la zone Caraïbes et à l’Asie. Traduisons cela en données quantitatives : depuis le début des années 1960, près de 20 millions des ressortissants des pays de la rive Sud ont émigré (pas seulement vers l’Europe, mais aussi vers l’Amérique du Nord). Or cette réalité démographique de la rive Sud doit être combinée avec les risques géopolitiques qui pèsent dans la région.

Le premier risque majeur est celui de l’évolution des régimes du monde méditerranéen musulman vers l’islam politique (l’islamisme). La persistance du conflit israélo-palestinien, la présence américaine en Irak, la collaboration de leurs gouvernements avec les Etats-Unis d’Amérique perçue par une très large majorité des Arabes d’Afrique du Nord comme du Levant comme une aliénation et une humiliation, l’absence de véritable développement socio-économique au-delà de marques évidentes de croissance, tout ceci contribue à faire le lit de l’islamisme. Quel est, dans ces conditions, le degré de solidité des régimes de certains de ces pays ?

Deuxième phénomène à prendre en compte : les conséquences de la révolution économique mondiale causée par l’émergence de l’Asie et notamment de la Chine. Sous pression croissante et pour rester compétitives, les économies européennes risquent de connaître un glissement vers l’économie souterraine. Déjà 10 % du PNB de l’Espagne et 30 % du PNB de l’Italie ou de la Grèce sont le « fruit » de l’économie parallèle. Plus l’Europe vieillit, plus les Etats providence sont confrontés aux coûts de la vieillesse et de la santé, plus l’économie en subit les conséquences, et plus celle-ci cherche naturellement à se soustraire à la ponction fiscale, en délocalisant ou en fraudant.

Or, qui dit plus d’économie clandestine dit davantage d’emplois clandestins. Des pans entiers des économies européennes risquent donc de recourir à de l’emploi étranger et clandestin ou même légal dans la mesure où « l’immigré » est généralement considéré comme moins exigeant en matière de conditions de travail et de niveau de rémunération : il n’a tout simplement pas le choix ! Il y a une pompe aspirante de l’immigration légale et illégale qui est d’essence économique, de nombreux acteurs de l’économie jugeant que la « mondialisation » leur permet de rester compétitif face à la capacité d’adaptation remarquable des Etats-Unis et surtout face au défi chinois et plus largement asiatique. (Voir la vidéo ci-dessous à propos de la régularisation des immigrés clandestins embauchés)

A propos de mondialisation, parmi les multiples conséquences, positives ou négatives d’ailleurs, de celle-ci, figure l’aggravation du poids des mafias transétatiques. La globalisation financière et la liberté de tous les flux favorisent en effet les structures trans-étatiques illicites. Or l’un des secteurs lucratifs
de ces mafias est justement le « marché de l’immigration clandestine ». Plus la demande migratoire augmente, plus les maffias prospèrent, et plus celles-ci prospèrent, plus elles sont en mesure de développer de nouvelles filières d’immigration clandestine et donc de susciter l’offre.

L’analyse des flux d’immigration clandestine révèle le poids des réseaux albanais, yougoslaves, chinois, russes… Le trafic d’êtres humains se combine d’ailleurs souvent avec le trafic de drogue, les immigrés clandestins étant souvent obligés de payer leur passage en jouant le rôle de revendeurs ou de passeurs de drogues et hypothéquant ainsi fortement les chances de leur liberté et de leur dignité futures. Les mafias marocaines en particulier obligent nombre de leurs candidats à l’émigration à leur acheter du haschisch du Rif qu’ils devront revendre en Espagne, en France ou en Belgique pour survivre dans les premiers mois de leur arrivée ! S’agissant du Maroc, ce trafic d’humains couplé à un trafic de stupéfiants pèse de l’ordre de 10 milliards de dollars par an…

Mais les perspectives d’immigration ne sauraient se limiter au constat d’un différentiel démographique béant entre rive Nord et rive Sud, à la pression asiatique sur les économies européennes qui déterminera chez de nombreux acteurs un comportement favorable à l’immigration, ou encore au risque de basculement dans l’islamisme de pays du Maghreb ou du Machrek. Une question souvent ignorée, en effet, est celle des perspectives post-pétrolières dans le Golfe arabo-persique. Aujourd’hui, a-t-on bien conscience que le Golfe arabo-persique, grâce à son économie pétrolière et gazière, absorbe une proportion importante de l’émigration asiatique, égyptienne et turque qui aurait pu venir jusqu’en Europe ? Six pays du Golfe, dont la population arabe autochtone est relativement faible, absorbent à eux seuls plus de onze millions d’immigrés : des Pakistanais, des Hindous, des Philippins, des Egyptiens, des Turcs…

Or deux remarques sont à faire concernant l’évolution du profil de cette immigration dans la zone « tampon » du Golfe située entre Europe et Asie. D’une part la proportion des Arabes par rapport aux Asiatiques tend à diminuer. En 1990, les Egyptiens formaient encore 40 % des actifs en Irak et au Koweït. Aujourd’hui, plus de 70 % de la main d’oeuvre est asiatique. Les raisons de cette évolution sont évidemment multiples. Mais il faut insister sur la peur de l’islamisme dans les pays du Golfe qui risque de pousser ceux-ci à favoriser la venue d’immigrés asiatiques non musulmans, comme également sur le fait que l’asiatique est souvent réputé plus travailleur que le méditerranéen. Songeons maintenant à ce qui se passera lorsque nous entrerons pleinement dans une nouvelle révolution énergétique mondiale, c’est-à-dire, sans doute autant pour des raisons d’épuisement des ressources elles-mêmes que de saturation en gaz à effet de serre de notre atmosphère terrestre, lorsque l’humanité aura enfin choisi de se libérer des hydrocarbures. Que se passera-t-il alors ? Le Golfe sera-t-il encore cette zone tampon placée sur le chemin de cette « marche vers l’ouest » de millions de migrants asiatiques ? N’iront-ils pas plutôt alors grossir les rangs de l’émigration vers
l’Europe ?

Autant la carte géopolitique de l’Europe est pacifiée, autant celle du Moyen-Orient ne l’est pas. Personne ne peut affirmer, par exemple, que les minorités kurdes, incorporées aujourd’hui dans tel ou tel Etat-nation, le seront encore demain. Le peuple kurde, sans Etat et dans des frontières étatiques parfois fragiles, constitue encore un formidable réservoir d’émigration vers l’Europe. Déjà 2,5 millions de Kurdes vivent en Allemagne ; 200 000 en France et 200 000 en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.

L’Europe, victime d’abord d’elle-même ?

Tous les éléments que nous avons pointés jusqu’ici témoignent d’une extraordinaire fragilité, d’un terrifiant abaissement. Et au fond, cette faiblesse de l’Europe face au défi de l’immigration n’est-elle pas finalement la principale menace qui pèse sur elle ? L’Europe accepte le fait accompli de l’immigration illégale en régularisant sans cesse davantage. Chaque année, sur le territoire de l’Union des Quinze (avant l’élargissement de 2004 donc), entrait environ un demi million de clandestins (c’est évidemment une estimation). Chaque année le nombre de personnes régularisées après avoir enfreint les lois européennes ne cesse d’augmenter sur tout le territoire de l’Union : 220 000 régularisations en France ces trois dernières années ; 50 000 en Belgique ; 720 000 en Grèce ; 1,5 million en Italie (dont 700 000 pour la seule année 2002) ; 575 000 en Espagne ; 240 000 au Portugal.

On oublie souvent que la mécanique du regroupement familial fait (en France notamment mais aussi dans plusieurs autres pays de l’Union) qu’une seule régularisation signifie du même coup trois, quatre ou cinq nouveaux immigrés légaux. 20 000 personnes régularisées peuvent faire d’un coup jusqu’à 100 000 nouveaux immigrés légaux…

L’Union européenne est donc entrée, en profondeur, dans un processus qui, à l’issue de ce siècle, aura abouti au remplacement de sa population d’origine par des populations non européennes, africaines et asiatiques. L’Europe sera-t-elle encore européenne à la fin du XXIème siècle ?

Mais ce que connaît notre civilisation européenne, héritière de Rome et des cathédrales du Moyen-Age, est à différencier de la situation nord-américaine, des Etats-Unis en particulier. Le dernier livre de l’universitaire américaine Samuel Huntington montre en effet que si l’Amérique tend à perdre sa dominante WASP25, elle reste néanmoins culturellement chrétienne. Plus que cela, les guerres dans lesquelles elle est entrée contribuent, au-delà des fractures communautaristes, à refonder la nation américaine autour d’une religiosité commune. Les Etats-Unis continuent donc, à partir de plusieurs souches ethniques, à fabriquer des Américains.

Au contraire, il y a peu d’espoir que l’Union européenne, à partir de populations ethniquement extraeuropéennes, ne parvienne à fabriquer des Européens de culture. D’abord parce qu’à la différence des Etats-Unis – qui absorbent une majorité de Chrétiens et parvient encore à convertir une proportion significative de ceux qui ne l’étaient pas -, la grande majorité des migrants vers l’Europe n’est pas de religion chrétienne; ensuite, parce que la volonté de « convertir » ces migrants, si ce n’est à la religion des Européens, du moins aux valeurs qui en découlent, a disparu.

Non seulement la construction européenne telle qu’elle est envisagée aujourd’hui participe à l’affaiblissement des identités nationales, mais aucune identité européenne de substitution n’est proposée en lieu et place de celles-ci. En conséquence, l’immigré extra-européen est accueilli par un ensemble économique progressivement vidé de ses contenus identitaires et dans lequel il n’a aucune chance de s’assimiler puisqu’il n’a plus rien à assimiler.

Plus les années passeront, moins les écoles européennes seront en mesure d’assimiler les petits enfants d’origine extra-européenne. Regardons à ce propos les chiffres en France et notamment celui des effectifs des enfants d’immigrés d’origine extra-européennes (âgés de moins de 15 ans) : ils constituent déjà 13 % des enfants dans les classes. En 2030, ce chiffre sera passé à 25 % mais dans les grands centres urbains (Paris, Marseille, Strasbourg…) cette proportion pourra être de 50 voire 75  %. On voit bien que l’idée même d’assimilation n’a déjà plus de sens.

Est-il encore temps d’élaborer et d’appliquer des remèdes efficaces pour l’avenir ? Nous l’ignorons. Ce que nous savons en revanche, c’est que les actuelles pistes de réflexion étudiées par la Commission européenne nous apparaissent dérisoires au regard de l’enjeu de civilisation dont il est question. Croit-on sérieusement que c’est en se penchant sur l’organisation du temps de travail des salariés, sur l’égalité entre hommes et femmes sur les lieux de travail ou sur une politique savoureusement dite du  « vieillissement actif » que l’Europe comblera son déficit de millions de naissances ?… Cette vision, consistant  en l’arasement des priorités (et donc des urgences), en la confusion de l’essentiel et de l’accessoire, ou plus  exactement, des ambitions et des moyens, nous paraît bien peu promettre pour
l’avenir.

C’est d’un véritable « Plan Marshall » de la natalité, de la politique familiale et de la réduction de l’immigration extra-européenne dont l’Europe a besoin, dont certaines mesures peuvent être déjà avancées : politique d’immigration sélective ; abolition du regroupement familial dans les pays où il existe ; obligation de mise à niveau culturel minimal pour les candidats à l’immigration ; obligation réelle de conformation aux coutumes et règles de vie des pays d’accueil ; politique d’encouragement au retour, en diminuant notamment l’accès aux prestations sociales ; politiques actives d’aide au développement des pays d’émigration ; …

Ajoutons, avant de conclure, que la coupable faiblesse des pays européens en matière d’immigration, alliée à un sentiment d’insécurité économique en cours de généralisation, fait à l’évidence le lit d’une « nouvelle xénophobie », d’un nouveau ras le bol toujours plus perceptible du « petit blanc ». On commence à parler – en France notamment – d’un racisme anti-blanc : cette reconnaissance, y compris médiatique, d’un fait déjà ancien risque d’être le prélude, si rien n’est fait, à une réaction politique vigoureuse, incontrôlée et – comme toujours, lorsque le mal est compris trop tardivement – excessive des populations ?

Notre conclusion est donc radicale ou sombre : ou bien l’Union européenne lance dans les prochaines années une sorte de « Plan Marshall » démographique ou bien la civilisation européenne, en tant que civilisation vivante incarnée, aura disparu à l’issue de ce siècle… »

« L’immigration extraeuropéenne, un défi majeur pour l’Union Européenne », par Aymeric Chauprade, directeur des études de géopolitique du Collège Interarmées de Défense (Paris), publié par l’Institut Thomas More

Commentaire:

La seule suggestion que je pourrais ajouter à ce parfait résumé de la situation européenne par rapport à l’immigration est que l’encouragement clair aux populations extra-européennes de venir s’installer en Europe par l’absence de toute mesure d’une quelconque dissuasion peut sans doute être lié à la volonté mondialiste du cosmopolitisme et de la dislocation des nations européennes dans le processus d’unification de l’Union Européenne. En effet, si les États-Unis ont tout intérêt à ne rester qu’un bloc qui ne peut se permettre de voir apparaître des revendications séparatistes menaçant son unité, l’Union Européenne est en pleine accélération et radicalisation des procédures visant à unifier l’ensemble des nations européennes en une seule entité européenne. De fait, tout ce qui peut accélérer l’affaiblissement des cultures et identités nationales est sans doute jugé utile par les dirigeants européistes. Si l’on approfondit encore, on s’accordera sans doute sur le fait que la mondialisation et le mondialisme galopants envoient un signal fort au cosmopolitisme, et donc à une politique de métissage, qui se concrétisera de plus en plus au fur à mesure que le monde se réduira à l’état de « village ». Cette accentuation de l’absorption européenne des populations étrangères, tout comme l’élection d’un métis noir au poste de président de la nation la plus puissante du monde, qui compte elle aussi énormément d’habitants de cultures extra-américaines bien qu’attachées à l’identité américaine, ne sont sans doute pas des signes anodins, il s’agit de toute évidence d’une préparation du terrain. En outre, l’Union Européenne, géographiquement plus concernée par ces mouvements de populations, pourrait, d’ici peut-être une vingtaine d’années, réchauffer tant ses rapports avec l’autre rive de la méditerranée, par le biais d’institutions comme, par exemple, une Union Méditerranéenne, qu’une sorte d’Empire Européen finirait par s’étendre jusqu’aux pays du Maghreb, ce que de nombreux personnages occidentaux de l’élite mondialiste espèrent déjà.

En somme, le facteur du cosmopolitisme me semble jouer un rôle important dans l’orientation des politiques d’immigration. Cependant, au niveau culturel et identitaire, le résultat de ce métissage que l’on a d’ores et déjà pu observer est que, à l’inverse d’un apport à l’enrichissement moral et intellectuel par la cohabitation étroite de deux cultures distinctes dans un même pays, il semble y avoir une destruction claire des deux cultures à la fois, car le jeune métis, pris entre deux identités différentes, souvent victime de discrimination alors qu’un de ses parents est citoyen de naissance et de culture du pays qu’il habite, aura plus de mal à s’apparenter à des racines culturelles bien définies, qui l’aideront à fonder sa personnalité, qu’un individu dont l’ethnie est sans équivoque. Cet aspect destructeur ferait, lui aussi, le bonheur des protagonistes des marchés occidentaux, voire mondiaux, qui trouveront là une aide conséquente à la pensée de masse consommatrice. On n’en est plus à une dégénérescence de plus ou de moins pour contribuer à transformer de jeunes gens désorientés et aveuglés en machine organique à consommer.

On peut donc s’inquiéter quant aux capacités réelles qu’ont nos gouvernements à jouer avec un feu si vif qu’il pourrait les brûler à tout instant, étant donné qu’ouvrir la porte à tant de désordres internes et d’éventuelles revendications territoriales, culturelles, sociales, religieuses et j’en passe, pourrait permettre l’apparition de groupes détachés de quelque influence européen que ce soit. On se demande également comment un gouvernement peut applaudir à l’idée de constituer son pays de 70% d’habitants d’origine extra-européenne, car quel serait sa légitimité pour contrôler une population si différente des moeurs du pays d’exemple, à moins de se conformer aux attentes de cette dernière et de léser par conséquent les 30% des citoyens restant, qui, eux, sont d’ethnie du pays natal ? Il faudra forcément qu’une certaine politique d’assimilation apparaisse un jour ou l’autre, sans quoi les apprentis sorciers, bien que malins, auront tôt fait de voir leur création ubuesque prendre son indépendance vis-à-vis d’eux.

Bref, ce commentaire n’est que ma pensée personnelle sur les faits, appuyées par des éléments concrets, et il se peut que des mesures futures réduisent le caractère catastrophique de la situation. Cependant, l’immigration me semble un domaine à grande importance dans la marche de l’empire américo-européen; un empire qui, si le caractère européen se désagrère au point que tout ce que nous avons relevé le laisse entendre, pourrait ne plus être dominé que par une seule identité: l’américaine.

Régis Mex, pour Mecanopolis

NB: Je vous recommande cette vidéo, qui reprend les points essentiels du sujet en une petite vingtaine de minutes:

avr 05 2009

Une prophétie autoréalisatrice

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« 11 septembre » (Nineleven pour les Américains) est devenu un syntagme figé dont l’usage suggère au moins deux choses. La première est le caractère unique et indicible des attentats. Ils seraient si incommensurables à toute violence antérieure qu’il faudrait les désigner comme « les événements » ou 9/11. D’autre part cela implique que plus rien ne serait pareil après cette violence fondatrice (ou révélatrice). Peut-être davantage que la chute du Mur, celle des Tours ouvrirait donc une époque : le « vrai » XXIe siècle. Notion que la plupart d’entre nous ont intégrée en parlant le plus naturellement du monde d’un « monde de l’après 11 Septembre » qui aurait démenti toutes les prophéties de la mondialisation heureuse. L’unicité des attentats ne tient pas tant au nombre « record » des victimes (encore que plusieurs guérillas exotiques fassent plus de 3 000 morts par an sans faire la première page des journaux), ni à son caractère de première (encore qu’il y ait eu auparavant d’autres attentats sur le territoire US). Elle reflète la nature symbolique de l’acte : l’humiliation de l’hyperpuissance que n’accompagnait aucune revendication et qui recherchait un effet d’effroi spectaculaire maximal. Après le 11 Septembre, les USA déclarent à la fois leur volonté de mener une « guerre globale au terrorisme » qui pourrait durer plus d’une génération et de « reconfigurer » le Moyen-Orient en y propageant la démocratie. Cela signifie que la guerre ne doit plus servir à faire céder la volonté politique d’un adversaire (par exemple en écrasant un État ennemi pour qu’il se rende) mais à vaincre une croyance, en éradiquant les racines planétaires de la haine des USA et de leurs valeurs. De ce point de vue, ne serait-ce que par la révolution intellectuelle qu’il a provoquée à Washington, le11 Septembre a produit des effets symboliques immenses et par la signification qui lui est accordée des deux côtés, et par les changements stratégiques qui s’en sont ensuivis.

La seule question qui vaille est de savoir combien peut perdurer une telle croyance et quelles en seront les conséquences durables. La forces symbolique du 9/11 est-elle celle d’un traumatisme qui s’usera avec le temps ou implique-t-elle un changement des règles de la conflictualité (fin de la guerre classique, développement d’une guerre globale permanente entre partisans de la globalisation et perturbateurs sans territoire : terroristes, criminels…) ?

En faveur de cette hypothèse le fait que cette guerre ressemble à une prophétie autoréalisatrice : plus la stratégie américaine tente d’éliminer l’ennemi unique, et d’effacer le 9/11, plus elle fait monter l’antiaméricanisme, plus elle suscite – comme en Irak – ses ennemis et favorise la prolifération du terroriste. En sens inverse, on peut arguer qu’aucune mythologie politique ne peut résister durablement à l’usure des volontés, aux résistances de la réalité et aux pesanteurs des intérêts géostratégiques. Réponse ? Rendez-vous pour le dixième anniversaire du 11 septembre.

La guerre du faible (PDF)

mar 18 2009

Violence psychologique internationale

Faouzi Elmir, Mecanopolis

Quand on évoque la question de la guerre dans la vie internationale, on pense immédiatement à la guerre militaire. Mais on oublie très souvent qu’à côté des conflits armés et de la guerre militaire entre les Etats, il existe une autre guerre qui les précède et qui les prépare, la guerre psychologique. À la place des obus et des missiles qui tuent sur le coup, la guerre psychologique internationale utilise des mots et des images transmis par des moyens de communication de masse (MCM) qui produisent et diffusent des milliards d’informations et qui touchent instantanément, en quelques fractions de seconde des milliards d’hommes à travers la planète.

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Ces milliards de messages vont servir de support à la propagande politique et militaire dont l’objectif est de modifier la machinerie psychique des hommes en leur inculquant des leviers psychiques d’adhésion ou de rejet des personnes, des idées, des propositions, des concepts, des programmes, des politiques, des groupes, des races, des religions, des nations ou des Etats. Ces leviers psychiques opèrent sous forme de réflexes conditionnés déclenchés à distance par des meneurs, grâce à des mots-clés poison ou des mots-clés vertus, des images, des messages, des symboles, des slogans.

CONDITIONS DE LA GUERRE PSYCHOLOGIQUE INTERNATIONALE

Une guerre psychologique ne s’improvise pas et comme toute guerre, il faut la préparer et bien la préparer s’il faut qu’elle atteigne ses objectifs. Elle présuppose un certain nombre de conditions relatives à la formation et à l’orientation de la machinerie psychique des masses et des foules. Une guerre psychologique internationale recourt à la même arme que n’importe quelle guerre psychologique se déroulant au sein des Etats nationaux. C’est arme s’appelle la propagande. La seule différencie entre les deux propagandes, nationale et internationale, c’est l’ennemi qui n’est pas un ennemi intérieur mais l’étranger, le « eux » et le « nous ». Quand l’ennemi change, ce sont les thèmes, les mots, les symboles et les mythes véhiculés par la propagande internationale qui sont amenés à changer en conséquence. Par exemple, une propagande nationale vise à faire croire aux citoyens de l’Etat-nation qu’ils vivent, eux, dans une vraie démocratie alors que les Etats communistes sont des dictatures. Pour la propagande capitaliste, les démocraties occidentales sont synonymes de liberté même avec une dictature capitaliste qui s’exerce sur l’ensemble de la société..

Puisque la guerre psychologique internationale consiste à diaboliser l’étranger, ce sont les multinationales de l’information, américaines et européennes, qui s’en occupent et qui jouent un rôle déterminant. Ces canaux de production et de diffusion de l’information possèdent un peu partout dans le monde, un grand nombre d’agences de nouvelles, de nombreuses entreprises de journaux télévisés et filmés, de journaux nationaux et locaux. Ces multinationales de l’information sont la propriété de quelques grands capitalistes et c’est cette concentration des moyens de production et de diffusion de l’information qui est la condition première de la propagande. Point de propagande sans concentration des moyens de communication de masse ou Mass Media. Pour qu’il y ait véritablement propagande, il faut une concentration dans la production et la diffusion de l’information, et cette concentration est imposée par le coût de revient de plus en plus élevé de la production et de la diffusion de l’information. Les quatre grandes agences de presse sont américaines et européennes: l’Associated Press(AP), United Press International(UPI), Reuters, AFP. Par exemple, l’Associated Press transmet environ 20 millions de mots par jour à plus de 10 000 abonnés ; toutes les 24 heures, environ deux milliards de personnes entendent ou lisent les informations qu’elle diffuse. L’AFP transmet environ 3 millions de mots par jour et ses journalistes sont en poste dans plus de 110 pays. Deux multinationales de l’information (UPI et AFP) fournissent à elles seules 65% des informations aux 16 Etats latino-américains.

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FABRICATION DE « L’HOMME DE L’ACTUALITE INTERNATIONALE »

Les multinationales de l’information sont le support indispensable de toute guerre psychologique internationale. Ce sont elles qui suscitent des opinions publiques favorables à une guerre et qui influencent psychologiquement les citoyens des Etats-nationaux pour soutenir les stratégies militaires et impérialistes de leurs gouvernements. Pour fabriquer des opinions publiques à la commande, ces multinationales de l’information fabriquent ce qui est convenu d’appeler « l’homme de l’actualité internationale ». D’abord, l’information qu’elles produisent et qu’elles diffusent n’est jamais choisie au hasard et elle n’est rapportée que comme matériau pour la propagande. L’information rapportée n’est jamais une donnée brute ou un fait tout à fait objectif ; elle n’est rapportée et diffusée que pour intéresser l’homme qui sera amené à prendre une position vis-à-vis de tel événement. L’événement rapporté peut être un fait réel, existant objectivement mais il peut être aussi une simple information, c’est-à-dire un fait réel ou un fait supposé. Ce qui confère le statut d’actualité à un fait rapporté, c’est sa diffusion dans l’opinion. Ce qui fait l’actualité, c’est donc cette diffusion de l’information peu importe sa pertinence, la réalité objective ou la matérialité du fait rapporté. Contrairement aux idées reçues, il n’y a ni opposition ni séparation entre information et propagande, car l’une ne va pas sans l’autre et il est impossible d’établir une nette distinction entre information et propagande. La relation intrinsèque entre information et propagande réside dans le fait que les deux s’adressent non pas à la raison de l’homme et à son raisonnement logique mais aux sentiments et aux passions humaines. Ce qui est rapporté et diffusé dans l’opinion, c’est seulement ce qui fait machinalement réagir l’homme, car l’actualité à laquelle il se montre sensible, par rapport à laquelle il se positionne, peut n’avoir aucune existence objective ; ce qui facilite grandement le travail de la propagande. Mais celle-ci, en diffusant l’information dans l’opinion, peut éveiller un ensemble de faits qui deviennent à leur tour actualité à partir de laquelle elle peut bâtir son plan de campagne. Les termes, les mots et les images doivent faire « balle » et pénétrer pour donner plus de force et de puissance à une guerre ou à une agression extérieure en cours de préparation. Le public est prodigieusement sensible à l’actualité immédiate et il se fixe immédiatement sur l’événement spectaculaire qui exprime ses mythes mais aussi ses angoisses existentielles. Entre le fait et l’opinion, il n’existe donc pas de lien direct. En réalité, c’est l’actualité provoquée par la diffusion de l’information dans l’opinion qui charge les mots et qui donne aux images leur capacité explosive et affective. Pour envahir l’Irak et l’Afghanistan, les Etats-Unis ont exploité à fond les images des avions éventrant les tours du World Trade Center. Sans les événements du 11 septembre, la sempiternelle guerre sur le terrorisme n’aurait jamais eu l’écho que l’on sait, car les vrais terroristes sont notoirement connus, ce ne sont pas les intégristes musulmans qui n’ont que la rhétorique comme seule arme mais les Etats-Unis et l’Europe qui, grâce à leurs armes de destruction massives(les vraies ADM), n’arrêtent pas de semer la désolation, la terreur et la mort sur toute la planète. Sans le 11 septembre, la guerre au terrorisme serait une supercherie américaine de plus pour vendre au monde entier leurs guerres impérialistes. C’est pourquoi, la guerre contre les Talibans a été déclenchée immédiatement après le 11 septembre au moment où il faut battre le fer pendant qu’il est chaud et où l’opinion publique internationale était chauffée à blanc et conditionnée mentalement et psychologiquement.

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FABRICATION DES OPINIONS PUBLIQUES

Etant donné que le message produit et diffusé ne touche pas un seul homme mais plusieurs millions voire des milliards d’individus en même temps et au même moment, les multinationales de l’information à façonner la machinerie psychique d’une opinion publique mondiale. La formation de l’opinion publique mondiale dépend intrinsèquement de ces puissants canaux d’informations. La condition première de toute guerre psychologique internationale est la marginalisation des opinions individuelles et la formation d’une opinion majoritaire ou une opinion prépondérante à l’intérieur de chaque Etat-nation. Cependant, il est utile de rappeler que 1)une opinion publique internationale n’est pas celle de la majorité ; 2) la minorité apparaît comme un corps étranger ou comme une bande de traîtres à la cause commune. C’est cette opinion publique ou opinion prépondérante qui va s’imposer d’une façon instinctive à la totalité. Par exemple, les pacifistes européens étaient qualifiés d’agents de Moscou en Occident. Il n’y a donc jamais une opinion publique spontanée et l’on dit qu’une propagande qui a atteint son objectif, c’est celle qui a réussi à défaire les opinions individuelles en les déconnectant de leur vécu immédiat pour les orienter vers des problèmes qui n’ont rien à voir avec leurs vrais problèmes existentiels. Par exemple, une propagande réussie est celle qui a détourné les individus de leurs conditions de classe et d’exploitation pour les orienter vers les problèmes de l’insécurité et de la sexualité en sachant que la vraie insécurité est l’insécurité matérielle, économique et financière et non pas le chien qui a mordu la vieille.

L’opinion publique internationale formée par ces multinationales de l’information est seulement une opinion informée et non pas une opinion raisonnée. En disant que l’opinion publique est une opinion informée et non pas une opinion raisonnée, cela ne signifie absolument pas qu’elle ne comprend pas en son sein que des imbéciles, des idiots et des incultes, mais que leur faculté de raisonnement a été altérée et neutralisée par l’inertie intellectuelle de l’opinion majoritaire. Cette opinion publique internationale informée par les multinationales de l’information est donc une opinion publique émue, crédule, bouleversée, troublée et sensible à la moindre suggestion. C’est parce que cette opinion publique est seulement une opinion informée et non une pas une opinion raisonnée qu’elle est par conséquent une opinion mouvante, éphémère et instable. C’est pourquoi les multinationales de l’information se doivent sans cesse de l’alimenter par un flux continu d’informations. C’est aussi ce flux ininterrompu d’informations qui fait que la propagande devient massive. Il n’y a donc jamais une opinion publique spontanée, mais une opinion publique sans cesse travaillée, entretenue et réactivée en amont et en aval selon un système de feed back par les multinationales de l’information et la propagande politique.

Pour les besoins de la guerre psychologique internationale, les multinationales contribuent certes à la formation d’une opinion publique informée, mais c’est une opinion publique qui est à la fois sous-informée sur les questions essentielles et sur-informée sur les sujets accessoires. Car les multinationales de l’information n’informent que sur des questions intéressant « l’homme de l’actualité internationale » et la propagande politique. Les multinationales de l’information n’informent jamais que sur des sujets et des questions spécifiques préalablement sélectionnés sur lesquelles cette opinion publique sera amenée à prendre position. L’information produite et diffusée par les multinationales de l’information n’a pas pour vocation d’éveiller la curiosité intellectuelle et le sens critique des hommes mais de créer une cristallisation psychologique dans une opinion publique. Les informations produites et diffusées par les multinationales de l’information sont des informations orientées et tendancieuses, car elles cherchent avant tout à durcir l’opinion publique sur tel point clef. Par exemple, les opinions publiques américaines et européennes sont surinformées sur les attentats terroristes attribués aux intégristes musulmans mais sur l’étranger en général, ces mêmes opinions publiques américaine et européenne n’ont le droit qu’à 15% des informations concernant l’actualité internationale. Quand les opinions publiques occidentales ignorent tout de la complexité des grands problèmes internationaux, leurs hommes politiques et la propagande politique peuvent les manipuler facilement et leur raconter n’importe quoi. Il reste toujours une minorité bien informée des grandes affaires du monde et elle peut toujours crier, s’opposer et raisonner mais elle ne parviendra jamais à faire entendre raison à une opinion publique aveugle. Des millions de manifestations ont défilé contre la guerre de Bush en Irak, qu’ont-ils fait pour l’empêcher ? L’ignorance et la sous-information donnent naissance à une opinion publique mouvante et versatile qui simplifie les problèmes et c’est exactement le but recherché par la propagande. Car tout le travail de la propagande politique consiste à simplifier les problèmes et c’est justement cette simplification qui est le gage de réussite de toue guerre psychologique internationale. Le maintien des opinions publiques occidentales dans l’ignorance quasi totale de l’actualité internationale s’avère une nécessité politique et idéologique pour les décideurs politiques et militaires, car une propagande menée à l’échelle internationale par les Etats impérialistes ne pourra prospérer qu’avec des opinions publiques ignorantes et sous-informées. C’est ce qui a permis à Hitler de réussir sa guerre psychologique en Europe avant le déclenchement de la guerre. Ecoutons Goebbels, ce grand théoricien de la propagande nazie, comment il définit le but l’action de la propagande « La propagande, en simplifiant la pensée des masses, en la ramenant à ses schémas primitifs, a pu présenter les processus complexes de la vie politique et économiques dans leurs termes les plus simples… Nous avons pris des complexes de faits accessibles autrefois aux seuls spécialistes et à un petit nombre d’experts, et nous les avons portés dans la rue, nous les avons enfoncés à coup de marteau dans le cerveau du petit homme »(Wesen und gestalt des National sozialismus, 1935). D’ailleurs, la première action d’Hitler, une fois au pouvoir, fut la création d’un ministère de la propagande, à la tête duquel était placé Goebbels.

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LA GUERRE PSYCHOLOGIQUE INTERNATIONALE : QUELQUES EXEMPLES

Une guerre psychologique internationale vise à obtenir une victoire, avant de tirer une seule balle sur un ennemi étranger suivant la distinction « eux » et « nous ». Une guerre psychologique est menée dans un but spécifique, faire l’économie des forces et vaincre l’ennemi étranger soit en l’éliminant physiquement soit obtenir sa capitulation pure et simple. Voici quelques exemples de guerre psychologique internationale:

Pour battre la France en Sarre en 1936, Hitler eut recours à une guerre psychologique intense fondée sur la peur. Après un plan de campagne étalé sur trois mois, Hitler avait menacé quelques jours avant le plébiscite en Sarre, d’y provoquer un putsch et d’y introduire les troupes « pour garantir l’ordre ». Cette menace avait payé et Hitler avait gagné son pari. Pour réoccuper la Rhénanie, Hitler avait utilisé le même bluff en faisant croire que ses troupes allaient pénétrer en Rhénanie sans munitions.

Pour réaliser son plan de l’Anschluss, Hitler avait provoqué des situations laissant planer une guerre totale alors qu’il n’existait aucune menace réelle immédiate. Pour battre le fer pendant qu’il est chaud, Hitler avait orchestré une propagande en vue de l’annexion de la Tchécoslovaquie en déclenchant une campagne de presse, d’injures, de revendications et de menaces.

La capitulation de Munich est un exemple-type de guerre psychologique internationale. Avant la signature de l’accord de Munich, la propagande hitlérienne tournait à plein régime pour propager dans les opinions publiques européennes l’angoisse et l’anxiété. Les conséquences de Munich sont: l’affirmation de l’Allemagne nazie en Europe centrale; l’isolement de la France et la consolidation de la position de Mussolini.

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis avaient lancé la bombe atomique sur Hiroshima. Les historiens nous disent qu’il était nécessaire de tuer 100 000 civils non-combattants pour mettre fin à la guerre. Mais au moment où les Etats-Unis avaient lancé leurs bombes sur Hiroshima et Nagasaki, la guerre contre le Japon était presque finie et toutes les résistances japonaises étaient presque brisées. Il n’y avait aucune raison plausible d’avoir recours à cette arme de destruction massive(ADM). En réalité, cette bombe faisait partie d’une guerre psychologique internationale menée par les Etats-Unis pour montrer leur supériorité militaire et pour affirmer leur hégémonie mondiale. C’est pourquoi les Américains avaient alors tout fait pour empêcher que les Soviétiques de se doter de l’arme atomique comme ils le font aujourd’hui avec l’Iran.

Le conflit de Berlin et le fameux « pont aérien » fait partie d’une guerre psychologique entre l’Est et l’Ouest.

La guerre froide entre l’Est et l’Ouest est une guerre psychologique internationale ayant poussé les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux à créer créer l’OTAN et les Etats communistes à créer le pacte de Varsovie. La guerre froide fut l’occasion pour les Etats-Unis de mettre en place des moyens destinés à influencer psychiquement les Etats communistes par l’intermédiaire de la presse et de la radio(Radio Free Europe, Radio Liberté financée par la CIA)

La crise des fusées à Cuba et la guerre psychologique qui s’en est suivie poussent les Etats-Unis et l’Union soviétique à s’engager dans la voie de la coexistence pacifique en signant une série de traités limitant la prolifération des armes atomiques et bien d’autres traités, le traité de Moscou le 5 août 1963 interdisant les essais d’armes nucléiares dans l’atmosphère, entre autres.

Exploitant les grèves des ouvriers polonais du chantier de Gdansk, les Etats capitalistes ont mené une intense guerre psychologique contre le gouvernement communiste polonais. Pour montrer sa détermination, Carter avait lancé le slogan »Ne touchez pas à la Pologne » qui est un avertissement à l’Union soviétique pour ne pas intervenir militairement en Pologne. Le candidat Reagan et l’Otan avaient fait de même en dramatisant la situation en Europe pour justifier l’implantation de fusées américaines, la relance de la course aux armements atomiques et la construction de la bombe à neutrons. Tous les centres de propagande capitalistes étaient mobilisés à l’occasion pour désinformer et désintoxiquer leurs opinions et pour retourner l’opinion publique polonaise contre le gouvernement communiste.

Pour épuiser économiquement l’Union soviétique et les Etats socialistes, le camp capitaliste occidental avait orchestré une guerre psychologique visant à relancer la course aux armements en arguant de la supériorité militaire soviétique en Europe. Prétextant du déploiement soviétique de 342 SS 20 en 1977, l’Otan avait alors décidé de planter en décembre 1979, suivant un plan quinquennal, 572 têtes nucléaires si les pourparlers de Genève n’aboutissaient pas. On se souvient de cette phrase prononcée par Mitterrand au Bundestag le 20 janvier 1983 en parlant des opposants à la course aux armements en Europe « les missiles sont à l’est et les pacifistes à l’Ouest ». En réalité, en demandant aux Allemands le déploiement des Pershing américains sur leur sol, Mitterrand menait une simple guerre psychologique quand il dit lui-même que son idée de déploiement des Pershing en Europe «n’était pas une condition mais une étape psychologique dans les relations franco-soviétiques ». cité dans « la décennie Mitterrand », de Pierre Favier et Michel Martin Roland.

Pour démanteler l’ex-Yougoslavie, les États capitalistes ont mené une intense guerre psychologique contre Milosevic et le gouvernement serbe en parlant de génocide des Albanais.

L’intervention des États capitalistes au Kosovo en 1999 avait été précédée d’une intense guerre psychologique sur un prétendu génocide des Kosovars.

Avant l’invasion de l’Irak, les Etats-Unis ont mené une intense guerre psychologique sur les prétendues armes de destruction massives de Saddam. Nous avons tous encore en mémoire cette image du Secrétaire d’État, Colin Powell, au Conseil de sécurité de l’ONU montrant dans une main un échantillon et des photos satellites des bâtiments de stockage contenant soi-disant Armes de destruction massive (ADM)

La guerre psychologique internationale a été orchestrée par les Etats-Unis et la Grande Bretagne contre le Zimbabwe et le président Mugabe après l’expropriation des Blancs et la redistribution des terres expropriées aux paysans pauvres.

Une guerre psychologique est menée actuellement contre le président Vénézuelien Hugo Chavez et sa révolution bolivarienne.

Une guerre psychologique internationale est actuellement contre l’Iran et son programme nucléaire. Cette guerre psychologique internationale orchestrée les mass media contrôlées par le lobby américano sioniste vise à priver l’Iran de son droit à la maîtrise de l’énergie nucléaire et à l’arme atomique comme toutes les puissances atomiques du monde et Israël qui possède entre 150 et 200 têtes nucléaires.

Un dernier exemple de guerre psychologique internationale est Le mandat d’arrêt délivré par le Tribunal Pénal International contre le président soudanais en exercice Omar El-Bachir. Cette guerre psychologique internationale est menée par les Etats-Unis, l’Europe et Israël sous prétexte de génocide au Darfour pour déstabiliser le gouvernement soudanais et pour diviser le pays comme en Irak. Le but recherché par l’Occident et Israël à travers cette guerre psychologique contre le Soudan, est de provoquer la séparation la région du Darfour riche en pétrole.

Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Les illustrations sont empruntées au blog de Bench

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