Category: Totalitarisme

nov 09 2009

Les conséquences de politiques antéchristiques

C’est que tu ne sais pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouvernĂ©
Pape Jules III

Fire_on_earth

Les politiques Ă©conomiques de mondialisation et de libĂ©ralisme effrĂ©nĂ© que nous connaissons ont beau remporter de multiples victoires Ă  court terme pour le plus grand plaisir de leurs instigateurs, fort est de constater que la situation mondiale actuelle nous donne toujours plus d’élĂ©ments dĂ©montrant que les consĂ©quences Ă  long terme de ces mĂȘmes politiques renforcent les effets contraires que le capitalisme mondialiste est censĂ© avoir. En effet, partout oĂč les populations sont lĂ©sĂ©es par la perte forcĂ©e de leur patrimoine due aux ponctions violentes qui rĂ©sultent d’une stratĂ©gie irrationnelle de libĂ©ralisme sauvage, le mĂ©contentement contre, entre autres, les mesures d’ouverture des frontiĂšres et de libre-Ă©change qui sont propres Ă  la mondialisation croĂźt, et avec lui, les nationalismes. Plus les peuples, quels qu’ils soient, se sentent menacĂ©s par l’influence de ce qui est Ă©tranger, et plus le dĂ©goĂ»t des caractĂ©ristiques du systĂšme en place grandit, au point qu’un nombre exponentiel d’individus rejettent ce mĂȘme systĂšme dans son intĂ©gralitĂ© et se prĂ©cipitent dans les bras de « l’opposition », anti-libĂ©raliste, raciste, voire parfois mĂȘme anti-moderniste et anti-dĂ©mocratique. Des groupuscules Ă  l’idĂ©ologie musclĂ©e voient alors leur importance s’élargir considĂ©rablement. L’extrait suivant de l’introduction du livre Soleil Noir, dĂ©diĂ© Ă  l’explication des causes de la montĂ©e des mouvements nĂ©onazis, rĂ©sume prĂ©cisĂ©ment cette problĂ©matique :

« En 1900, les races europĂ©ennes blanches constituaient quelque 35% de la population mondiale. En raison du dĂ©clin de la natalitĂ© parmi la population blanche des pays industrialisĂ©s, couplĂ© avec l’explosion dĂ©mographique du tiers-monde due aux progrĂšs de la mĂ©decine, ce chiffre est aujourd’hui juste sous les 10% au niveau mondial. Les travailleurs immigrĂ©s, les immigrants, les migrants Ă©conomiques, les rĂ©fugiĂ©s et les demandeurs d’asile constituent un flux de population important, amenant la population excĂ©dentaire des pays en voie de dĂ©veloppement vers des territoires traditionnellement habitĂ©s par des EuropĂ©ens blancs. Ces Ă©conomies industrielles avancĂ©es absorbent des taux d’immigrants plus Ă©levĂ©s que jamais, et leur engagement politique envers la mixitĂ© raciale est maintenant une profession de foi. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la plupart des pays europĂ©ens font face Ă  un changement dĂ©mographique qui fait perdre Ă  leurs habitants de souche leur position majoritaire. La question qui en dĂ©coule pour l’identitĂ© blanche est identique au dilemme des Austro-Allemands qui craignaient une perte de l’influence du vieil Empire des Habsbourg.

La rĂ©action Ă  ce phĂ©nomĂšne rĂ©sulte dans une rĂ©surgence des idĂ©ologies radicales, qui se nourrissent des menaces de la globalisation Ă©conomique, des mesures de discrimination positive et de l’immigration en provenance du tiers-monde. Cela se manifeste essentiellement parmi les jeunes Blancs aliĂ©nĂ©s et la population Ă  faibles revenus, de plus en plus marginalisĂ©s par les nouvelles industries high-tech et l’intĂ©gration croissante de minoritĂ©s ethniques dans leur communautĂ©. Aux Etats-Unis, l’augmentation rapide de l’immigration hispanique et des pays du tiers-monde, tout comme en Europe l’immigration en provenance des pays en voie de dĂ©veloppement vers l’Europe de l’Ouest, ont ravivĂ© de nouvelles peurs d’inondation raciale. La chute de l’Union soviĂ©tique et de la Yougoslavie a poussĂ© plus loin les migrations vers l’Europe de l’Ouest, notamment parmi les populations de l’Europe de l’Est et les gitans. Les accords de libre-Ă©change, le dĂ©clin des industries manufacturiĂšres traditionnelles et l’exportation de mĂ©tiers de service Ă  l’étranger, comme dans le domaine des communications et de l’informatique, stimulent le racisme et l’hostilitĂ© envers le libĂ©ralisme. »

De fait, le racisme latent habitant chaque reprĂ©sentant du commun des mortels Ă©troit d’esprit, craignant de regarder au-delĂ  de l’horizon que lui offre son patelin et effrayĂ© Ă  l’idĂ©e qu’une cohabitation avec des personnes de culture diffĂ©rente pourrait modifier un tantinet la vie placide et bĂ©ate qu’il a l’habitude de mener, se voit significativement excitĂ©. Pour cet archĂ©type du citoyen moyen qui est tout aussi incapable de chercher des causes par lui-mĂȘme, au-delĂ  des faits qu’il constate de façon simpliste, que de concevoir des valeurs telles que la tolĂ©rance, la faute de son Ă©ventuel licenciement Ă©choit moins Ă  la politique que mĂšne l’entreprise ou l’État pour lequel il travaille qu’à l’immigrĂ© polonais qui est prĂ©tendument arrivĂ© sur son sol pour lui dĂ©rober son emploi. Ainsi, la haine que les Nords-AmĂ©ricains et les EuropĂ©ens peuvent Ă©prouver Ă  l’encontre des injustices du systĂšme se focalise sur les Ă©trangers Ă  leur territoire, ces mĂȘmes Ă©trangers qui volent soi-disant l’emploi de ceux qui en cherchent, sont prĂȘts Ă  travailler Ă  plus bas salaire et dans des conditions moins confortables, et qui accentuent plus ou moins indirectement la montĂ©e du taux de chĂŽmage du fait des dĂ©localisations des industries dans leurs pays d’origine oĂč les prix de travail sont diaboliquement peu Ă©levĂ©s. Le terrain est alors tout prĂ©parĂ© pour que certains plongent dans des dĂ©lires racistes dualistes oĂč un peuple, qui reprĂ©sente le bien, est supĂ©rieur Ă  tous les autres, sources de tous ses maux, qu’il combat, ou qu’il doit carrĂ©ment Ă©liminer. Cette idĂ©ologie raciste peut aussi ĂȘtre relayĂ©e, plus ou moins inconsciemment, par des « spiritualitĂ©s » creuses de types New Age, dans lesquels les mythes qu’inventent des Ă©sotĂ©ristes dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s racontent souvent des histoires de surhommes ou de peuple supĂ©rieur.

Il y a deux maniĂšres de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force. La premiĂšre est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bĂȘtes
Nicolas Machiavel

Si les consĂ©quences sociales de cette « invasion » sont dĂ©jĂ  considĂ©rables, elles grandissent encore en ampleur si les immigrĂ©s en question importent une religion qui n’est pas celle du sol national. Effectivement, rien ne terrifie plus les hĂ©ritiers du christianisme qu’une « islamisation rampante » de leur contrĂ©e, christianisme que la plupart d’entre eux ont pourtant abandonnĂ© depuis longtemps, ainsi que ses valeurs. Il ne se passe donc pas un mois sans que le gros de la plĂšbe ne vomisse ses mĂ©diocres prĂ©jugĂ©s Ă  la vision de faits oĂč leur culture, si ce n’est leur « race », est confrontĂ©e Ă  une autre, Ă©trangĂšre, par le relais de mĂ©dias complaisants. Ils se gardent gĂ©nĂ©ralement bien d’exposer leurs vues trop publiquement, cependant, car ce n’est pas politiquement correct. En effet, il faut respecter son conditionnement et rester « politiquement correct », et donc conforme Ă  la forme en laquelle cette sociĂ©tĂ© nous a modelĂ©s, car en quoi cela pourrait-il bien ĂȘtre logique de tenir la ploutocratie mondialiste comme responsable des Ă©checs de sa politique cosmopolite ?

Il paraĂźt Ă©vident que l’enrichissement d’une Ă©lite et la paupĂ©risation des classes moyennes et populaires sont dus Ă  la façon dont les politiques libĂ©rales sont actuellement appliquĂ©es, et non aux immigrĂ©s, qui ne sont pas responsables de la mauvaise gestion du systĂšme d’immigration et sont victimes des fautes que l’on rejette sur eux. En outre, on peut difficilement les blĂąmer de chercher de meilleures conditions dans des pays qui les accueillent pour combler une manque de main-d’Ɠuvre dans certains secteurs et un dĂ©ficit dĂ©mographique. Le taux de chĂŽmage français actuel, supĂ©rieur Ă  10%, trouve son origine dans le fait que la population marginalisĂ©e par les attentes prĂ©sentes du capitalisme n’ont pas suffisamment de secteurs nouveaux dans lesquels se rĂ©insĂ©rer, Ă©tant donnĂ© que l’innovation est rĂ©primĂ©e et non encouragĂ©e. Évidemment, nos dirigeants prĂ©fĂ©reront toujours renvoyer la faute sur quelqu’un d’autre qu’eux-mĂȘmes, et ne pas mettre en question les points discutables du systĂšme.

En plus du fait que l’antagonisme entre les prĂ©tendues « races » trompe la population d’adversaire, et lui permet de trouver un bouc-Ă©missaire sur lequel reporter son attention et sa haine, il contribue aussi largement Ă  amenuiser la cohĂ©sion nationale des États d’Europe et Ă  appauvrir toutes les cultures coexistant dans les pays par l’incompatibilitĂ© qui est entretenue entre elles, plutĂŽt que de faire en sorte qu’elles s’enrichissent rĂ©ciproquement. Ainsi, Ă  nouveau, les rĂ©actions nationalistes des peuples d’Europe dues Ă  la perte « d’identitĂ© blanche » servent les stratĂ©gies mondialistes dont ces mĂȘmes peuples craignent pourtant les effets dont ils mĂ©connaissent l’origine. Les populations Ă©tant trop occupĂ©es par les rivalitĂ©s ethniques et les gouvernements devant s’échiner Ă  gĂ©rer ces problĂšmes, le pouvoir Ă©tatique est d’autant plus affaibli et laisse cours plus docilement aux desseins des acteurs Ă©conomiques.

Les penchants racistes exacerbĂ©s d’une majoritĂ© de Nords-AmĂ©ricains et d’EuropĂ©ens font aussi en sorte que l’opinion publique n’éprouve pas trop de scrupules lorsque leurs pays sont en guerre au Moyen-Orient, Ă©tant donnĂ© que beaucoup d’entre eux se rassurent par l’intime conviction que ce ne sont lĂ  que des « bougnoules » et des « sauvages » qui meurent, pour l’hypothĂ©tique bien de leur petite sĂ©curitĂ©. Au contraire, plutĂŽt que d’ĂȘtre offusquĂ©s par les effets de guerres faciles et injustes, leur haine ne se trouve que renforcĂ©e par le fait qu’ils sont convaincus que leur pays a dĂ» intervenir pour effacer une « menace » qui Ă©manait d’eux, et va jusqu’à les tenir responsables des consĂ©quences de cette guerre. Le problĂšme palestinien suscite pourtant plus de rĂ©actions gĂ©nĂ©ralement, mais la raison est sans doute moins liĂ©e au fait que le conflit en question dure depuis une soixantaine d’annĂ©es qu’à l’antisĂ©mitisme qui est lui aussi prĂ©sent, comme les autres formes de racismes, chez une part croissante et non nĂ©gligeable de la population. D’autre part, beaucoup de personnes parmi les peuples arabes, exaspĂ©rĂ©s par prĂšs deux siĂšcles d’occupations et d’influences subversives venant des EuropĂ©ens, depuis les colonisations jusqu’à la situation actuelle de l’Irak en passant par la tromperie des accords de Sykes-Picot qui ont suivi la dissection de l’Empire Ottoman, ont nourri un fort ressentiment anti-europĂ©en et anti-chrĂ©tien, sentiments dĂ©sormais fortement imprĂ©gnĂ©s dans leur conscience nationale. Il en rĂ©sulte que la cohabitation entre EuropĂ©ens de souches et immigrĂ©s arabes n’en est que plus compliquĂ©e encore.

Celui qui ne sait pas et qui n’agit pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui n’agit pas est un criminel
Bertolt Brecht

Nos gouvernements ne semblent donc pas rĂ©ellement dĂ©rangĂ©s par la radicalisation ambiante des comportements, n’ayant eux-mĂȘmes qu’assez peu de conviction quant Ă  l’importance du respect des principes dĂ©mocratiques. Il n’en est pas moins que la multiplication des messages simplistes Ă©manant d’une plĂ©thore de mouvements et de sites internet qui sont, ou non, liĂ©s entre eux est problĂ©matique pour la bonne santĂ© de ce qui reste des valeurs de notre sociĂ©tĂ©. En effet, au-delĂ  du racisme, les explications caricaturales de conspirations juives ou maçonniques pour expliquer l’état d’un monde sous le joug du « Nouvel Ordre Mondial » contentent un nombre croissant de personnes au fur et Ă  mesure que le mĂ©contentement envers le systĂšme s’accroĂźt. Ces derniers croient avoir compris le fonctionnement du monde et bĂ©nĂ©ficier du savoir que le reste de la population n’a pas, alors qu’ils ne font que plonger tĂȘte la premiĂšre dans la bĂȘtise et font souvent le jeu de mouvements de contestation douteux, qui sont soit composĂ©s d’illuminĂ©s, de fascistes ou de personnes dĂ©sireuses de servir des intĂ©rĂȘts extĂ©rieurs au pays dans lequel elles opĂšrent.

Pour prendre l’exemple de l’expression « Nouvel Ordre Mondial », qui a Ă©tĂ© reprise par plusieurs personnalitĂ©s de la scĂšne politique française rĂ©cemment, beaucoup ignorent qu’elle fut Ă©galement utilisĂ©e au dĂ©but de la Guerre Froide pour dĂ©signer la sĂ©paration du monde en trois parties : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union soviĂ©tique, et le Tiers-Monde. Elle fut Ă  nouveau utilisĂ©e Ă  la fin de la Guerre Froide avec la chute du communisme, et rĂ©apparaĂźt aujourd’hui, sans doute pour signifier la victoire dĂ©finitive du capitalisme sur le globe avec la gouvernance mondiale qui s’ensuivra. Or, lorsque quelqu’un qui prĂ©tend s’opposer au systĂšme entend « Nouvel Ordre Mondial », il a tendance Ă  ne penser qu’à un vaste projet mondialiste, stigmatise ceux qui en font la promotion et rejoint ceux qui sont censĂ©s le dĂ©noncer. Mais quand les prĂ©sidents Chavez et Ahmadinejad parlent de Nouvel Ordre Mondial, par exemple, on se doute qu’il s’agit, pour eux, d’espĂ©rer un monde multipolaire oĂč l’union de plusieurs pays permettraient de contrer la seule hĂ©gĂ©monie des Etats-Unis, plutĂŽt, justement, qu’un monde unifiĂ© aux critĂšres libĂ©raux. D’autre part, il est facile, pour les pseudo-mouvements de contestation, de jouer sur le terrain des points auxquels le public auquel ils s’adressent est sensible. Ainsi, en usant de critiques rĂ©pandues et consensuelles du systĂšme, ils s’attireront l’attention de ceux qui penseront que les personnes qui tiennent un discours qui leur convient doivent ĂȘtre des gens biens. Or, il est facile de dĂ©noncer, mais ceux qui prĂ©tendent le faire disent rarement pourquoi ils le font, et ont rarement de meilleures solutions aux problĂšmes dont ils traitent, exagĂ©rĂ©s ou rĂ©els, que les mesures qui sont dĂ©jĂ  en place pour les gĂ©rer. Cette propagande dont l’ampleur grandit n’atteindra probablement pas une influence suffisante pour ĂȘtre un tant soit peu dangereuse pour le bien public, mais elle abrutit ceux qui y prĂȘtent oreille et discrĂ©dite le travail de ceux qui tentent de faire de l’information rĂ©elle.

Ce n’est pas rejeter en bloc le systĂšme qui pourra ĂȘtre d’une quelconque utilitĂ© pour nous-mĂȘmes comme pour le bien commun, ce qui ne peut ĂȘtre fait que par des gens qui se laissent dominer par leurs sentiments de frustration et de mĂ©contentement sans tenter de discerner prĂ©cisĂ©ment ce qui les gĂȘne dans le systĂšme et ce qu’il est bon de conserver. PlutĂŽt que cela, il faudrait justement trouver un consensus sur ce qui tourne mal dans nos sociĂ©tĂ©s, et proposer des solutions. Bien sĂ»r, ce n’est pas en faisant de longs discours que quiconque parmi ceux qui ont le pouvoir de changer quoi que ce soit au systĂšme sera convaincu qu’il doit revoir la politique qu’il mĂšne depuis des annĂ©es, mais je suis personnellement convaincu que les travers d’un systĂšme sont comme des chaĂźnes pesantes que quelqu’un devrait traĂźner au prix de son Ă©nergie et du ralentissement qu’ils lui causent, jusqu’au moment oĂč la gĂȘne deviendra trop lourde pour ĂȘtre supportable, et oĂč il faudra se dĂ©mener pour se dĂ©barrasser de ses parasites. En clair, les imperfections ne peuvent que miner le systĂšme le plus obstinĂ© jusqu’au jour oĂč elles crĂ©eront des Ă©vĂ©nements d’une ampleur suffisante pour l’amener Ă  revoir impĂ©rativement les zones d’ombre de sa structure, le tout Ă©chappant aux hommes qui tenaient jusque lĂ  les rennes. Mais lorsque cela arrivera, si cela arrive, encore faudra-t-il que des programmes ambitieux aient Ă©tĂ© pensĂ©s et que ce soient des alternatives justes qui prĂ©valent.

J’ai aimĂ© la justice et j’ai haĂŻ l’iniquitĂ© : c’est pour cela que je meurs en exil.
Pape Jean XIV

En l’occurrence, prĂ©sentement, le problĂšme principal de notre systĂšme me semble ĂȘtre le musellement de l’innovation. En effet, la ploutocratie Ă©tablie prĂ©fĂšre s’assurer la conservation des privilĂšges qu’elle a acquis sur les critĂšres de rĂ©ussite actuellement appliquĂ©s plutĂŽt que d’aider, au moyen de ses immenses possessions financiĂšres, des projets qui pourraient bĂ©nĂ©ficier grandement aux citoyens de leur pays et aider ses scientifiques, ses philosophes et autres intellectuels dans leur quĂȘte de connaissance. Ce facteur me paraĂźt ĂȘtre le principal responsable du taux de chĂŽmage Ă©levĂ©, ainsi que du grand nombre de personnes dĂ©primĂ©es et de suicides. En effet, cela ne convient pas Ă  tout le monde de mener une existence terne, partagĂ©e entre plaisirs du divertissement et travail, nĂ©cessitant le plus souvent l’utilisation de personnes conditionnĂ©es comme des machines, du fait qu’elles ont Ă©tĂ© formĂ©es pour accomplir un travail bien spĂ©cifique et que la plus grande partie de leur vie se rĂ©sume Ă  cela. Si personne ne trouve la paix dans une sociĂ©tĂ© guerriĂšre, privilĂ©giant les valeurs masculines de force et d’expansion, l’autre extrĂȘme, une sociĂ©tĂ© qui se complait dans la passivitĂ© et la stagnation, croyant qu’il ne reste plus rien Ă  accomplir dans ce monde, pourrit assurĂ©ment. L’idĂ©al serait d’associer l’harmonie fĂ©minine Ă  la propension plus masculine Ă  l’expansion, mais dans le domaine de la connaissance, soit profiter de la paix pour parfaire la sociĂ©tĂ© humaine grĂące Ă  l’acquisition d’encore plus de savoirs.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

oct 31 2009

L’odyssĂ©e de l’espĂšce [troisiĂšme partie]

Nous vivons les premiĂšres consĂ©quences de la transition du systĂšme technique. La rĂ©volution industrielle avait chassĂ© l’homme de sa terre. La concurrence des robots le chasse de son lieu de travail. Les entreprises se prĂ©occupent partout d’Ă©laguer leur personnel excĂ©dentaire. À court terme, on ne voit que souffrance, exclusion, imprĂ©voyance, mĂȘme si, Ă  plus long terme, on peut se fĂ©liciter que les travaux rĂ©pĂ©titifs et dĂ©qualifiĂ©s soient repris en charge par des automates. L’Homme retrouvera, mais plus tard, une valorisation de son talent dans le contact humain : la vente, les loisirs, la crĂ©ation, les soins aux personnes ĂągĂ©es et aux enfants… Le mouvement est tellement massif qu’il faut le voir comme une grande vague historique. Les transitions antĂ©rieures ont aussi Ă©tĂ© accompagnĂ©es de dĂ©placements non volontaires. À la rĂ©volution industrielle, le peuple des campagnes a dĂ» migrer vers les villes, contre son grĂ©. L’expulsion, quelque regret qu’on en ait, est un principe moteur. D’un point de vue psychanalytique, nous commençons tous notre vie par une expulsion du ventre maternel, aprĂšs quoi il nous faut reconfigurer notre univers perceptif. L’innovation commence aussi par une sorte de « seconde naissance », suivie d’une reconstruction du monde.

terre

Avertissement: Thierry Gaudin est un polytechnicien et ingĂ©nieur des Mines, expert auprĂšs de l’OCDE, des Nations unies et de la Commission europĂ©enne. Il est aussi prĂ©sident de l’association Prospective 2100. Dans son livre « 2100 : l’OdyssĂ©e de l’espĂšce », publiĂ© en 1993, il s’appuie sur une recherche et une connaissance personnelle des mĂ©canismes de l’innovation et des interactions technique de la sociĂ©tĂ©. Il s’agit d’un travail de prospective, rĂ©sultat de dix annĂ©es d’échanges avec des centaines de personnes, qui s’appuie sur les mĂ©canismes du passĂ© pour tenter d’apprĂ©hender ceux du futur. L’auteur nous livre des scĂ©narios viables pour sortir de problĂšmes sociĂ©taux divers, encourageant principalement le recours Ă  l’innovation et Ă  l’esprit d’entreprendre. Cependant, imaginer qu’il puisse y avoir une remise en question des pouvoirs Ă©tablis qui dĂ©coulerait de la libre application de la crĂ©ativitĂ© de chacun ne serait sans doute pas raisonnable avant la deuxiĂšme moitiĂ© du 21Ăšme siĂšcle. Il n’en demeure pas moins que les pistes proposĂ©es par Thierry Gaudin pour amĂ©liorer le fonctionnement du monde ainsi que ses constats sur le passĂ© et le prĂ©sent de nos civilisations sont difficilement critiquables, Ă  l’exception d’un regard qui me paraĂźt trop optimiste sur les bienfaits Ă©ventuels du mondialisme et sur l’attente d’une bonne et sincĂšre volontĂ© politique en matiĂšre de progrĂšs. Nous reprendrons en trois articles les extraits du livre qui sont les plus pertinents et les plus liĂ©s au domaine dont Mecanopolis traite.

Ainsi, l’expulsion engendre Ă  la fois des souffrances et des innovateurs. Comme il faut rĂ©inventer d’autres mĂ©tiers pour Ă©chapper Ă  la concurrence des machines, il y a bien une troisiĂšme voie : ni le socialisme, ni le capitalisme, la politique d’innovation.

Dans la sociĂ©tĂ© innovatrice, les organisations sont des ĂȘtres vivants mortels. La collectivitĂ© aide la naissance et la croissance des nouvelles institutions. Elle aide aussi les anciennes Ă  mourir, notamment en protĂ©geant les droits des individus qui pourraient en souffrir. L’innovateur est comme Ă©tranger, mĂȘme au milieu des siens. Il voit des choses que les autres ne voient pas, et il ne peut mĂȘme pas encore les leur faire comprendre. Santos Dumont, pionnier du dirigeable et de l’aviation, le dit, en tĂ©moignant de sa jeunesse : « MĂ©ditant sur l’exploration du grand ocĂ©an cĂ©leste, moi aussi je crĂ©ais des aĂ©ronefs, j’inventais des machines. Ces imaginations, je les gardais pour moi. À cette Ă©poque, au BrĂ©sil, parler d’inventer une machine volante, un ballon dirigeable, c’eĂ»t Ă©tĂ© se signaler comme un dĂ©sĂ©quilibrĂ© et un visionnaire. Des aĂ©ronautes montant des ballons sphĂ©riques Ă©taient considĂ©rĂ©s comme de hardis professionnels, pas trĂšs diffĂ©rents des acrobates ; et que le fils d’un planteur songeĂąt Ă  devenir leur Ă©mule, c’eĂ»t Ă©tĂ© presque un pĂȘchĂ© social. »

Seule la preuve concrĂšte peut Ă©tablir la validitĂ© de ce que l’innovateur a devinĂ©. ExpulsĂ© de son ĂȘtre social, il ressemble Ă  un amant esseulĂ© en quĂȘte d’un amour perdu. Il refait alors son unitĂ© avec le monde en reconstruisant un monde Ă  l’image de sa vision.

Celui qui veut aider l’innovation doit donc avoir le courage de tendre la main Ă  ce qu’il pressent, sans vraiment le comprendre tout Ă  fait, et de dĂ©fendre des idĂ©es hors norme, qui en plus gĂȘnent des intĂ©rĂȘts Ă©tablis. La libertĂ© de crĂ©er est Ă  ce prix.

Les forces qui s’opposent Ă  l’innovation sont si diverses et puissantes qu’on peut inverser le sens de cette question : l’Ă©tat « normal » d’une institution ne serait-il pas la stabilitĂ© et le refus du changement ? Les organisations subiraient-elles les innovations comme les individus attrapent la grippe ? Face au danger, elles dĂ©ploieraient alors des rĂ©sistances immunitaires. Elles manifesteraient pour rĂ©sister au changement une ingĂ©niositĂ© et une Ă©nergie sans commune mesure avec celles qu’elles mobilisent pour le promouvoir.

Cependant, les protections excessives dont s’entourent nos contemporains, leur quĂȘte implicite d’un bonheur vĂ©gĂ©tatif, leur avachissement dans le confort sont aussi contre nature. La Nature a besoin de nouveautĂ©. Elle joue, elle combat, elle engendre en suivant des processus amoureux. Quand il ne se passe plus rien dans une vie, ce n’est pas le bonheur que l’on trouve, mais l’ennui et la dĂ©prime. Notre sociĂ©tĂ© a fait, quelque part, un contresens : mais oĂč donc ?

Si les institutions sont des ĂȘtres vivants, il faut admettre qu’elles naissent et meurent comme tout ce qui vit. La plupart des rĂ©sistances au changement sont des rĂ©flexes de survie institutionnels, cherchant Ă  dĂ©fendre l’existant, l’acquis, le dĂ©jĂ  lĂ  contre une menace, mĂȘme lointaine et hypothĂ©tique.

Imaginez une grande compagnie. Elle a dĂ©veloppĂ© une gamme de produits, comprenant chacun des milliers de composants, et embauchĂ© des milliers de travailleurs. Un petit concurrent arrive, et propose de rendre le mĂȘme service avec un objet dix fois plus simple, et demandant vingt fois moins de travail Ă  fabriquer. Que croyez vous qu’il se passe ? La grande entreprise va essayer de faire pression sur les fournisseurs, les clients, les banquiers pour qu’ils lui refusent leurs commandes, leur soutien et leur crĂ©dit. Eventuellement, elle financera des propagandes perfides pour le discrĂ©diter. Ce faisant, elle quitte l’Ă©conomie de marchĂ© pour entrer dans l’Ă©conomie maffieuse. Par rĂ©flexe de survie, elle triche avec la rĂšgle de loyautĂ© de la concurrence, qui est pourtant l’essence mĂȘme de l’idĂ©e libĂ©rale.

Ce rĂ©flexe, il faut aussi le dĂ©cliner Ă  tous les niveaux : un service technique voyant arriver une idĂ©e Ă  laquelle il n’avait pas pensĂ©, en provenance d’un nouveau venu, n’ayant ni les diplĂŽmes ni le statut autorisant Ă  prendre la parole ; un mouvement politique ou social face Ă  des initiatives de terrain, menĂ©es par des inconnus, avec les moyens du bord ; un laboratoire de recherche ayant pignon sur rue, Ă©quipĂ© d’un puissant matĂ©riel et consommant force subventions voit arriver un jeune impertinent qui, Ă  partir de concepts nouveaux, prĂ©tend rĂ©soudre le problĂšme sur lequel il s’escrime depuis vingt ans, avec le soutien sans faille des fonds publics…

Chaque fois, l’institution entre en lutte, et en mĂȘme temps en contradiction avec les principes qui justifient son existence mĂȘme. L’exemple vient de haut. C’est celui de l’Eglise au Moyen Age. Devant l’hĂ©rĂ©sie, elle a prĂ©fĂ©rĂ© sacrifier des vies humaines (Inquisition, croisade contre les albigeois), plutĂŽt que de tolĂ©rer d’autres approches de la spiritualitĂ©. Alors a commencĂ© son lent dĂ©clin.

Il est possible de repĂ©rer, dĂšs les premiĂšres minutes, les attitudes conformistes. Elles sont inavouĂ©es, mais perceptibles par un regard exercĂ©. L’homme d’appareil (l’apparatchik) se conduit intĂ©rieurement comme s’il portait un uniforme (ou une soutane). Il manifeste son respect pour les pouvoirs instituĂ©s et les compĂ©tences reconnues. Les preuves logiques et les dĂ©monstrations factuelles et concrĂštes l’intĂ©ressent moins. Le fait que ça marche est une donnĂ©e parmi d’autres. Pour lui, l’important n’est pas la chose, mais ce que l’on pourrait en dire. Les jeux d’influence sont la rĂ©alitĂ© qui retient son attention, et dans laquelle il veut se placer. Il n’est plus tout Ă  fait un ĂȘtre humain. Il incarne l’institution. Il est comme possĂ©dĂ© par elle. Il ne peut plus entendre que ce qui vient d’autres institutions, portant de surcroĂźt un label respectable.

Si quelque fait nouveau lui est rapportĂ© par une personne, il regarde d’abord sa carte de visite. Il n’accepte de mĂ©moriser que si elle rappelle un univers connu et respectable. Si deux personnes convenables lui parlent du mĂȘme fait, ce fait devient possible. Trois, il est vraisemblable. Quatre, il est certain. Aussi l’innovateur avisĂ© fait-il parvenir la mĂȘme information Ă  la mĂȘme personne de quatre sources assez diffĂ©rentes pour qu’elle ne puisse dĂ©tecter l’origine commune.

Cette attitude s’explique par la saturation. L’homme d’appareil, craignant sans doute de ne pas ĂȘtre assez reconnu, habitĂ© par un doute existentiel secret, s’est mis instinctivement en situation d’ĂȘtre sollicitĂ©. Ayant alors Ă  traiter plus d’informations qu’il ne peut en Ă©cluser il cherche des Ă©crans qui lui Ă©conomisent son temps mental. Et il trouve en rĂ©ponse des rĂ©fĂ©rences, des diplĂŽmes, des mĂ©dailles et des titres qui remplacent la rĂ©alitĂ© de l’ĂȘtre. Plus les dirigeants montent dans la hiĂ©rarchie, plus ils saturent, et plus ils se croient obligĂ©s de faire semblant, d’oĂč les contre performances des grandes organisations et la formidable inertie des Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es.

La rĂ©sistance Ă  l’innovation s’exerce d’abord comme refus de la preuve, dĂ©tournement du regard devant les faits nouveaux, surprenants, gĂȘnants, contraires aux attentes officielles le rĂ©flexe de l’autruche. Potemkine faisait peindre des dĂ©cors le long des routes pour que sa souveraine, Catherine II, ne soit pas gĂȘnĂ©e par le spectacle de la misĂšre. Le couple Ă©ternel de la majestĂ© soutenue par l’illusionniste se reproduit Ă  travers les rĂ©gimes politiques et les modes de gestion. MalgrĂ© la compĂ©tition, dur rappel Ă  la rĂ©alitĂ©, les entreprises aussi ont besoin de se raconter des histoires pour garder le moral. Or, l’innovation commence par un retour aux fondements, un doute salutaire, un refus des « allant de soi » et des lieux communs. DĂšs le dĂ©but, elle dĂ©range. En fait, le principal ennemi de l’innovation, c’est la peur et le silence qu’elle engendre.

Sur les ailes de la Raison

La vraie Raison n’est pas la « rĂ©quisition » de Heidegger, ni un instrument au service de la cupiditĂ©. Elle est au contraire ce qui libĂšre, d’abord des vĂ©ritĂ©s toutes faites, telles que les prodiguent les religions, les sectes et les idĂ©ologies, ensuite des attachements maladifs, des appropriations et des possessions, au sens des sorciers. Le vingtiĂšme siĂšcle a fait le premier pas dans cette direction, en introduisant, au moyen de la psychanalyse, la libido dans le champ de la raison discursive. Il a commencĂ© une guĂ©rison, qui est encore loin d’ĂȘtre terminĂ©e. Mais on entrevoit derriĂšre cette mise en rationalitĂ© de l’irrationnel un grand basculement des valeurs : l’ancien concept de pouvoir, dissous par les nouvelles communications, laisserait place Ă  un comportement moins pathologique, fondĂ© sur la comprĂ©hension et la recherche de la beautĂ©.

Dans ce mouvement, la logique du « pourquoi ? » est complĂ©tĂ©e par une logique du « pourquoi pas ? ». La connaissance et la crĂ©ation progressent en imaginant des choses qui paraissaient impossibles ou inacceptables. HĂ©las, ce prĂ©cieux secret est dissimulĂ© au public. On ne lui montre que des rĂ©sultats acquis. On lui demande, non pas d’imiter l’indiscipline des crĂ©ateurs d’autrefois, mais au contraire de vĂ©nĂ©rer leurs rĂ©sultats et de se discipliner l’esprit pour mieux les assimiler, telles des osties.

Les mathĂ©matiques elles-mĂȘmes, dont l’enseignement est si souvent rĂ©barbatif, ont progressĂ© en crĂ©ant des ĂȘtres incroyables, dans un dĂ©fi permanent Ă  la raison raisonnante et au discours des institutions. Dans la GrĂšce antique, les pythagoriciens s’Ă©taient aperçus que racine de deux ne pouvait se rĂ©duire Ă  une fraction, bien qu’on puisse trouver des fractions qui l’approchent d’aussi prĂšs que l’on veut. EffrayĂ©s par cette dĂ©couverte, ils ont qualifiĂ© ce nombre d’ »irrationnel », autrement dit Ă©chappant Ă  la Raison, et conservĂ© secrĂšte cette irrationalitĂ©. Ce qui aurait pu ĂȘtre le point de dĂ©part d’une Ă©closion de nombres nouveaux est restĂ© un secret d’initiĂ©s, recouvrant les manoeuvres souterraines d’une secte. On n’ose imaginer ce qu’aurait produit ce comportement dĂ©lĂ©tĂšre si les transfinis, les nombres imaginaires, les catĂ©gories et l’analyse hyper complexe, qui sont tous des Ă©closions rĂ©centes d’ĂȘtres mathĂ©matiques incroyables, comme l’Ă©taient les irrationnels, avaient Ă©tĂ© capturĂ©s de la sorte !

La critique des vĂ©ritĂ©s toutes faites Ă©tait la spĂ©cialitĂ© de Descartes, dont la vie mouvementĂ©e fut Ă©maillĂ©e de joutes de langue et d’Ă©pĂ©e. Il cherchait Ă  pourfendre les positions d’autoritĂ©, et visait sans le dire l’Eglise, qu’il a, de mon point de vue, atteint mortellement dans ses profondeurs. Je vis en un autre siĂšcle, oĂč la Science rĂšgne. J’ai, pendant des annĂ©es, accueilli les innovateurs, meurtris par l’incrĂ©dulitĂ© ambiante, tels des fleurs mourant de soif. Maintenant, ce n’est plus le trop plein de foi, c’est le vide qui nous mine. Et l’esprit critique, rĂ©cupĂ©rĂ© par des positions conformistes, jette, Ă  partir des institutions et des discours de la Science, l’anathĂšme sur les nouveautĂ©s. Il faut rĂ©apprendre Ă  Ă©couter les silences de l’imaginaire. Le mouvement crĂ©ateur est comme une respiration.

Il comprend d’abord des phases de distinction : on classifie, on discerne et distingue avec une finesse accrue ce qui Ă©tait confondu. Nul ne peut nier la nĂ©cessitĂ© de ces mises en ordre, ni l’Ă©conomie de pensĂ©e qu’elles permettent. Sans distinction, il n’y a pas de mĂ©thode possible. Si elle n’est pas suffisante, l’esprit ne peut s’extraire de la confusion. Mais il y a aussi des phases de rĂ©union : ce sont les analogies, les mĂ©taphores, les idĂ©es poĂ©tiques, les Ă©lans amoureux. Ils vont en sens inverse, mais sont tout aussi indispensables. Ils alimentent la passion, le rĂȘve, le voyage en esprit, donc la crĂ©ation et la vie. L’innovation y trouve sa source.

Les Ă©sotĂ©ristes appellent ces deux phases respectivement diaboliques (de dia : en deux et ballein : jeter) et symboliques (de sun : ensemble, et ballein). Ils reprĂ©sentent en effet la sĂ©paration et la rĂ©union, au sens le plus fort de ces mots, comme un vĂ©cu intime du rapport de l’ĂȘtre au monde, qui se distingue et se reconnaĂźt successivement. Ces moments sont bien comme les deux phases d’une respiration. Les anciens disaient « le souffle de l’esprit ». Dans l’inscription de la Techno Nature, il faut s’attendre aussi Ă  ce double mouvement : des phases de mise en coupe rĂ©glĂ©e et des phases crĂ©atrices, les unes se nourrissant des autres.

Jardin planétaire

Le passage au jardinage planĂ©taire est l’expression du nouveau systĂšme technique, celui qui suit l’industrialisation. Il se caractĂ©rise par une recherche de qualitĂ© et une limitation des dĂ©gĂąts dĂ»s aux exploitations intensives. On ne manque pas de terres. Sur les treize milliards d’hectares de la planĂšte (2,6 ha par habitant), un tiers est couvert par des forĂȘts, 45% est inutilisable (ce sont des dĂ©serts -28%- des rĂ©gions froides, montagneuses ou inondĂ©es). Reste environ un quart de cultivable (6000 mĂštres carrĂ©s par personne), dont nous utilisons seulement moins de la moitiĂ© (11%, soit un hectare pour trois personnes). En particulier, l’Afrique et l’AmĂ©rique du Sud n’exploitent que 6 et 7% de leur territoire, soit le cinquiĂšme de ce qui serait cultivable, mĂȘme sans toucher Ă  la forĂȘt.

Les besoins alimentaires de l’espĂšce humaine ne sont pas excessifs au point de menacer l’Ă©quilibre Ă©cologique. La consommation par habitant et par an est de :

Céréales: 300 Kg

Légumes: 183 Kg

Viande: 28 Kg

Poisson: 14 Kg

Total: 525 Kg

MĂȘme en remĂ©diant Ă  la sous alimentation (ces chiffres Ă©quivalent Ă  une moyenne de 1,4 Kg par jour, ce qui est peu), nous resterions trĂšs en dessous du potentiel agricole (3 tonnes par an) et surtout de la production de boiomasse par les forĂȘts : 133 milliards de tonnes, soit 27 tonnes par habitant et par an, dont nous ne consommons que 0,6 : la moitiĂ© pour les usages industriels (papier, construction, ameublement..), l’autre moitiĂ© pour le chauffage et la cuisine (bois de feu) surtout dans les pays en dĂ©veloppement. La plus grande partie de la biomasse n’est pas utilisĂ©e pour la nourriture. Et les besoins nutritionnels, environ une demi tonne par habitant et par an sont trois fois moins importants que la consommation d’Ă©nergie : 1,4 tonne d’Ă©quivalent pĂ©trole.

Le grand vivier des espĂšces, le chaudron oĂč fermente la soupe crĂ©atrice, c’est la forĂȘt, plus prĂ©cisĂ©ment la forĂȘt tropicale humide. Au total, il y a encore plus de trois milliards d’hectares boisĂ©s sur la planĂšte, soit un peu plus d’un hectare pour deux personnes. La forĂȘt contient les trois quarts de la biomasse terrestre, soit 950 miliards de tonnes au total, 190 tonnes par habitant, un cube de six mĂštres de cotĂ©. La rĂ©serve de biomasse est encore Ă©norme. En gros, elle reprĂ©sente trois mille fois le poids de l’espĂšce humaine.

AprĂšs avoir Ă©tĂ© surexploitĂ©es pour fabriquer du papier, les forĂȘts du Nord (Europe et AmĂ©rique) sont stabilisĂ©es. Des lois favorables ont mĂȘme suscitĂ© un dĂ©but de reboisement (au total 2 millions d’hectares par an pendant les annĂ©es 80). Par contre, la dĂ©forestation tropicale est un scandale planĂ©taire, une insulte Ă  la vie, une irresponsabilitĂ© dangereuse. Elle met en pĂ©ril le patrimoine biologique, c’est Ă  dire la diversitĂ© des espĂšces, diversitĂ© que nous ne connaissons mĂȘme pas encore, puisque les estimations varient entre cinq et trente millions, et que seul 1,4 million a Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©. Au rythme oĂč nous allons, nous risquons de n’avoir mĂȘme pas le temps de connaĂźtre celles qui sont en train de disparaĂźtre. Elles seront mortes avant que nous ayions pu les recenser.

Douze programmes pour le 21Ăšme siĂšcle :

Culture technique

Les systĂšmes Ă©ducatifs, construits initialement pour enseigner, en sont arrivĂ©s Ă  sĂ©lectionner puis exclure. Au lieu de diffuser des connaissances utiles Ă  tous, ils ont favorisĂ© la constitution de savoirs Ă©sotĂ©riques, confisquĂ©s par des Ă©lites. Or, tous les humains doivent pouvoir accĂ©der Ă  la maĂźtrise des techniques nouvelles et progresser librement dans la voie de la connaissance. À long terme, la prospĂ©ritĂ© est la fille de l’Ă©ducation de la base, et non du savoir des Ă©lites. Il faut que les mĂ©dias enseignent des savoirs directement utiles. Le langage des spĂ©cialistes ne doit plus ĂȘtre un moyen sournois et pervers de sĂ©grĂ©gation. Il faut aussi Ă©liminer l’illettrisme, principal moyen d’exclusion.

Métrologie du quotidien

Chacun doit pouvoir Ă©valuer, dans la vie quotidienne, l’Ă©tat de sa santĂ© et de son environnement. La mĂ©trologie vient aider la connaissance de soi et de la Nature, en lui fournissant des repĂšres et des moyens de vĂ©rification. Il faut les instruments adĂ©quats et portables pour mesurer la qualitĂ© de l’eau, de l’air, des aliments, l’Ă©tat de son corps (autoanalyses), celle aussi des plantes et des animaux. De la sorte, la responsabilitĂ© de la vie sera rĂ©partie entre tous, chacun Ă©tant le gardien de son jardin et de lui-mĂȘme. À plus grande Ă©chelle, il faut des rĂ©seaux mondiaux d’analyse, d’essais et de mĂ©trologie industrielle, de tĂ©lĂ©surveillance de l’environnement par satellite, dont les rĂ©sultats soient accessibles Ă  tous. Il faut aussi Ă©tablir un droit de chacun Ă  l’information sur ce qu’il mange, ce qu’il respire, et tous les produits qu’on lui vend, et aussi Ă  l’information sur l’information.

Industrialiser l’Espace

Chaque activitĂ© dans l’Espace Ă©largit la conscience, offrant une vision nouvelle de ce qui se passe sur terre. Vues de lĂ  haut, les frontiĂšres paraissent dĂ©risoires, la Nature fragile et les grands Ă©quipements insuffisants. Techniquement, l’Espace est un grand miroir de la terre. Il rĂ©flĂ©chit les communications et renvoie l’image de l’Ă©tat de la PlanĂšte (mĂ©tĂ©o, couverture vĂ©gĂ©tale, pollutions). Demain, il s’agira aussi de rendre possible la vie dans le Cosmos, indĂ©pendamment de la prĂ©sence d’une planĂšte accueillante telle que la Terre. D’oĂč la construction de modĂšles rĂ©duits, les « biosphĂšres », Ă©cosystĂšmes complets en Ă©quilibre. La vie dans l’Espace sera l’aboutissement de toute une sĂ©quence technologique : l’avion spatial, l’utilisation de matĂ©riaux issus de l’Espace (Lune ou ceinture d’astĂ©roĂŻdes) les centrales solaires spatiales, enfin des planĂštes creuses artificielles avec des biosphĂšres embarquĂ©es.

Habiter les mers

Depuis un siĂšcle, la population s’est dĂ©placĂ©e vers les cĂŽtes. Celles-ci sont maintenant surpeuplĂ©es et dĂ©figurĂ©es. On va sauter le pas et s’installer sur l’eau. Ce seront des citĂ©s flottantes, sur remblais ou sur pilotis de plusieurs milliers, voire millions, d’habitants. Les composants techniques sont prĂȘts : Ă©nergies du soleil, des vents et de la houle, aquaculture, agriculture hydroponique, dessalement, tĂ©lĂ©communications par satellites. On peut maĂźtriser leur dĂ©veloppement pour Ă©viter de polluer l’ocĂ©an. Ces citĂ©s marines auront diverses vocations : loisirs nautiques, production d’aliments issus de la mer, enseignement, recherche et industries de pointe (technopoles). L’habitat maritime offrira une qualitĂ© de vie accrue. La circulation, l’approvisionnement en eau, le traitement des dĂ©chets seront simplifiĂ©s. FabriquĂ© en sĂ©rie, cet urbanisme sera plus Ă©conomique prĂšs des cĂŽtes oĂč le prix des terrains est devenu exorbitant (baie de Tokyo, cĂŽte d’azur…). Mais il faut en premier lieu rĂ©viser la lĂ©gislation du domaine maritime, conçue autrefois pour d’autres technologies.

MaĂźtriser l’Ă©nergie

La maĂźtrise de l’Ă©nergie est cohĂ©rente avec le nouveau systĂšme technique. Elle utilise les ressources de maniĂšre plus fine et prĂ©cise. Mais il faut l’accĂ©lĂ©rer par l’intervention d’agences, alimentĂ©es par des taxes sur les consommations d’Ă©nergie, et utilisant le produit de ces taxes pour promouvoir les nouvelles technologies plus « soutenables ». Par exemple, celles de la « civilisation de l’hydrogĂšne » : le remplacement des combustibles par l’hydrogĂšne Ă©vite l’effet de serre. Il ne produit que quelques nuages de plus en brĂ»lant. Il n’est pas polluant. On peut l’obtenir Ă  partir de n’importe quelle source d’Ă©lectricitĂ© (solaire, Ă©olienne, nuclĂ©aire…). Quelques amĂ©nagements (sĂ©curitĂ©, corrosion..) suffisent pour que les moteurs et les brĂ»leurs actuels puissent l’accepter. Il faut donc, dans tous les pays, amĂ©nager un passage graduel au combustible hydrogĂšne, en mĂȘme temps qu’un dĂ©veloppement massif de l’Ă©lectrification et des Ă©nergies nouvelles (solaire, Ă©olienne, biomasse..), ainsi que des Ă©conomies d’Ă©nergie.

Transformer la planĂšte en jardin

La grande richesse de la vie, la diversitĂ© du patrimoine Ă©cologique, doit ĂȘtre prĂ©servĂ©e. Bien plus, l’Homme doit constater qu’Ă©tant dĂ©sormais maĂźtre de la Nature, il en assume aussi la responsabilitĂ©. Il est le gardien de la vie. Il a le pouvoir de la supprimer, mais aussi celui de la prĂ©server et de l’enrichir. Il faut donc un programme mondial de parcs naturels, de protection des espĂšces rares, de conservation du patrimoine gĂ©nĂ©tique et de dĂ©forestation. Il faut aussi mettre en place une gestion planĂ©taire des eaux, comprenant irrigation, dessalement, Ă©puration, recyclages. Il faut, tout en y prĂ©servant la Nature, Ă©quiper en barrages les deux plus grands massifs montagneux du monde : les Andes et surtout l’Himalaya qui se trouve au voisinage de l’Inde et de la Chine, grands consommateurs potentiels d’Ă©lectricitĂ© au 21Ăšme siĂšcle. Il faut aussi constituer un systĂšme de lacs, de barrages et de canaux en Afrique, dans la pĂ©ninsule indienne (Bangla Desh…), en AmĂ©rique du Sud, et amĂ©nager intelligemment le cours des grands fleuves sibĂ©riens dans la perspective du rĂ©chauffement planĂ©taire. Le systĂšme agricole, autrefois exclusivement dĂ©diĂ© Ă  la production marchande de nourriture, Ă©volue vers une fonction reconnue de prĂ©servation, d’entretien et d’amĂ©nagement de la Nature. L’exploitant, alors, se mue en artiste. Il accompagne la fĂ©conditĂ© de la terre. Un des grands dĂ©fis de cet amĂ©nagement est la reconquĂȘte des espaces dĂ©sertifiĂ©s par l’homme, Ă  la suite de surexploitations, de dĂ©forestations ou d’abandons. Les outils institutionnels de ces rĂ©alisations ne sont pas seulement les administrations Ă©tatiques, mais aussi une lĂ©gislation mondiale appropriĂ©e, s’imposant aux Ă©tats, et un rĂ©seau transnational d’agences, construites sur le modĂšle des agences de bassin, gĂ©rĂ©es par des professionnels, qui prĂ©lĂšvent des taxes sur les dommages causĂ©s Ă  la Nature, rendent des services au public, et utilisent leurs ressources au service de la Nature.

Communication : un réseau pour tous

L’infrastructure de communication est le systĂšme nerveux du monde futur. Actuellement, seuls les pays dĂ©veloppĂ©s ont un Ă©quipement tĂ©lĂ©phonique touchant l’ensemble de la population, soit environ cinquante lignes pour cent habitants. Il en rĂ©sulte que l’Ă©conomie de la plupart des rĂ©gions de la planĂšte est hors jeu des Ă©changes, et ne peut valoriser ses immenses talents. La conscience mondialiste prend du retard, et les particularismes peuvent rĂ©activer leurs intransigeantes agitations. Il faut donner corps aux « villages planĂ©taires ». Dans n’importe quel endroit du monde, y compris dans la forĂȘt ou sur mer, chacun doit pouvoir appeler n’importe quel correspondant et ĂȘtre appelĂ© en cas d’urgence au moyen d’un radiotĂ©lĂ©phone miniaturisĂ© portable. Une infrastructure puissante et fiable de tĂ©lĂ©communications est la condition du dĂ©veloppement des petites entreprises, donc de la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique, et du maintien de la dĂ©mocratie. Ce programme comprend, en plus des « lignes » tĂ©lĂ©phoniques, un ensemble de services d’information, non seulement les services publics de premiĂšre nĂ©cessitĂ© (transports, annuaires (Ă  quand l’annuaire mondial !), secourisme), mais aussi des bases de donnĂ©es pour l’Ă©tudiant, le consommateur, l’artisan et les autres professionnels des villages transnationaux en cours de constitution.

Structurer les villes

Les villes modernes sont devenues des broyeurs d’hommes, dont les banlieues invivables engendrent l’exclusion et la rĂ©volte. Elles sont comme hantĂ©es par la sĂ©grĂ©gation et les rapports de force. Ce sont des lieux d’embouteillages monstrueux, oĂč les pertes de temps se chiffrent en milliards d’heures par jour, bien supĂ©rieures au temps de travail qu’il faudrait pour les amĂ©nager. Elles deviennent des espaces dangereux, oĂč l’insalubritĂ©, la dĂ©linquance et les maffias gagnent du terrain. Il faut donc restructurer les grandes villes du monde, avec une architecture adaptĂ©e aux vrais besoins de l’homme, que l’Ă©thologie permet d’Ă©valuer, des transports en commun puissants et fiables (mĂ©tro souterrain ou aĂ©rien…), des rĂ©seaux interurbains rapides (autoroutes et TGV mondial), des rĂ©seaux d’eau, d’assainissement et d’Ă©lectricitĂ© accessibles Ă  tous. Il faut aussi crĂ©er de toutes piĂšces des villes nouvelles tout Ă©quipĂ©es, Ă  une Ă©chelle suffisante pour absorber l’excĂ©dent mondial des migrants ruraux. Certaines de ces villes seront bĂąties dans les rĂ©gions rendues plus habitables par le rĂ©chauffement dĂ» Ă  l’effet de serre (Canada, Scandinavie, SibĂ©rie..), d’autres dans des rĂ©gions oĂč se trouvent de grandes richesses naturelles, mais actuellement peu peuplĂ©es (Australie, Afrique centrale, AmĂ©rique du sud).

Humanisme industriel

L’automation et la communication vont permettre aux entreprises de s’Ă©tablir dans leur vĂ©ritable rĂŽle : elles sont la forme de socialisation de l’avenir, succĂ©dant aux formes anciennes, le village et la tribu. En consĂ©quence, elles doivent donner du travail Ă  tous ; permettre le meilleur dĂ©ploiement des capacitĂ©s crĂ©atrices de chacun ; faire place Ă  l’innovation, au design et Ă  la crĂ©ation artistique ; servir le client dans les meilleures conditions de qualitĂ© et de fiabilitĂ© ; adapter les objets aux vrais besoins de l’homme, y compris ceux des enfants, des malades, des handicapĂ©s et des personnes ĂągĂ©es ; maintenir partout une compĂ©tition qui incite chacun Ă  donner le meilleur de ses possibilitĂ©s ; combattre la confiscation et les comportements maffieux ; prĂ©server la libertĂ© de crĂ©er des entreprises nouvelles, concurrentes de celles qui existent. Le respect de chacune de ces finalitĂ©s nĂ©cessite un cadre juridique international solide, qui Ă©tablisse les entreprises (associations, fondations…) comme sujets de droit, limite les ententes et positions dominantes, fasse obstacle aux manoeuvres corporatistes, assure Ă  chacun le respect des engagements de ses partenaires, maintienne un droit d’innover, dĂ©finisse les conditions de la mort des entreprises et institue un cadre comptable mondialement normalisĂ©. Dans un monde de petites entreprises artisanales, organisĂ©es en rĂ©seau, il faut des infrastructures appropriĂ©es.

Le programme « humanisme industriel » consiste d’abord Ă  tirer les consĂ©quences de ce que l’entreprise devient la forme dominante de socialisation. Or, elle est encore, au contraire, celui de son exclusion. Il y a lĂ  un coĂ»teux paradoxe, comme si les employeurs voulaient Ă  la fois « le beurre et l’argent du beurre ». Ils dĂ©finissent les postes de travail Ă  leur convenance, en thĂ©orie, sans mĂȘme regarder les humains. AprĂšs quoi, ils sĂ©lectionnent les « meilleurs candidats » disponibles, compte tenu de la modestie des rĂ©munĂ©rations qu’ils sont prĂȘts Ă  consentir. Il en rĂ©sulte de mauvaises relations, et de mĂ©diocres rĂ©sultats. Ils font semblant de croire que, si ça ne marche pas, ils pourront toujours licencier les responsables et en embaucher d’autres. Mais ce ne serait que rĂ©pĂ©ter le mĂȘme scĂ©nario, avec d’autres acteurs, et qui ne connaissent pas encore les rĂŽles. Si la vocation des entreprises est d’intĂ©grer, il leur faut quitter leur allure sinistre et prĂ©datrice, pour se dĂ©cider Ă  adapter le travail aux hommes, et non plus seulement les hommes au travail.

Solidarité et partage

L’exercice de la solidaritĂ©, s’il est convenablement soutenu par des lois et des financements appropriĂ©s, peut devenir une expression de l’activitĂ© humaine aussi reconnue, diverse et crĂ©ative que celle de l’Ă©conomie de marchĂ©. Le mode d’organisation qui convient pour ces activitĂ©s est celui de quasi-entreprises. Autrement dit, ce sont des personnes morales reconnues, autonomes, obligĂ©es, sous peinez de disparaĂźtre, d’Ă©quilibrĂ©es leurs recettes et leurs dĂ©penses, mais n’ayant pas pour but principal le profit. En raison des finalitĂ©s collectives qu’elles prennent en charge, elles peuvent ĂȘtre destinataires de ressources fiscales ou parafiscales, avec une certaine libertĂ© de choix du contribuable donateur, introduisant une forme attĂ©nuĂ©e mais stimulante de concurrence. Par ailleurs, une grande infrastructure mondiale est Ă  construire : celle du systĂšme de santĂ©, ainsi qu’une chaĂźne mondiale d’organisations de solidaritĂ©, prenant chacune la forme la plus adaptĂ©e au lieu et aux modalitĂ©s de sa mission.

SystĂšme judiciaire mondial

Le principe de territorialitĂ© du droit a vĂ©cu. Il faut y renoncer, et procĂ©der, en mĂȘme temps qu’on les internationalise, Ă  une radicale simplification des lĂ©gislations et des procĂ©dures. Il est de moins en moins possible de lutter contre les maffias, la drogue, les escroqueries, les malfaçons et contrefaçons, ni d’arbitrer les litiges d’entreprises dans un cadre strictement national. Tout en respectant les droits locaux, qui reflĂštent l’Ăąme des diffĂ©rents peuples, il faut des procĂ©dures d’appel vers des tribunaux internationalement reconnus, et une lĂ©gislation minimale commune (protection des droits de l’homme et de l’environnement), un droit international des entreprises. Tous les citoyens du monde doivent ĂȘtre effectivement en mesure d’accĂ©der Ă  des recours internationaux contre les excĂšs de pouvoir, les oppressions et les spoliations qu’exercent encore ici ou lĂ  des puissants abusifs, qu’ils soient publics ou privĂ©s.

Le respect des lois et de la dignitĂ© des magistrats est l’indicateur central de qualitĂ© d’une organisation sociale. Les grands penseurs politiques, Machiavel comme Montesquieu, l’ont fait observer il y a dĂ©jĂ  plusieurs siĂšcles. L’internationalisation Ă  laquelle nous assistons rend cette question plus pertinente encore. L’indĂ©pendance du pouvoir judiciaire est une mesure de l’Ă©tat de la sĂ©paration des pouvoirs et de la dĂ©mocratie. AprĂšs la seconde guerre mondiale et la dĂ©colonisation se sont installĂ©s des rĂ©gimes politiques autoritaires, dans les pays de l’Est et dans les pays en dĂ©veloppement. Les abus et l’impunitĂ© des dirigeants sont devenus Ă©normes et visibles. Des situations scandaleuses se sont Ă©tablies, soutenues par la complicitĂ© d’intĂ©rĂȘts occidentaux. Au dĂ©but des annĂ©es 90, la notion de « devoir d’ingĂ©rence » s’est imposĂ©e. C’est une premiĂšre remise en cause, encore bien timide, de ce pourrissement. Mais elle perpĂ©tue sans le dire, Ă  l’Ă©chelle mondiale, un Ă©tat de confusion des pouvoirs. Quand les Nations Unies s’Ă©tablissent comme exĂ©cutif en organisant des opĂ©rations militaires, dans le Golfe, en Somalie, en Bosnie ou au Cambodge, et Ă  la fois comme lĂ©gislatif par les rĂ©solutions du conseil de sĂ©curitĂ© sur ce qui devrait ĂȘtre, en Palestine par exemple, et aussi comme judiciaire en dĂ©cidant des sanctions Ă  prendre contre les manquements de l’Irak, elles lĂ©gitiment par leur exemple mĂȘme la confusion des pouvoirs. Au lieu de se faire porteur de justice, elles entĂ©rinent la faiblesse mondiale du judiciaire.

Fiscalité incitative

La fiscalitĂ© du 21Ăšme siĂšcle ne peut plus se fonder sur les mĂȘmes principes qu’autrefois. Elle est obligĂ©e de s’internationaliser, pour respecter une Ă©galitĂ© des chances des acteurs Ă©conomiques. L’harmonisation fiscale entre les Ă©tats, dĂ©jĂ  en cours, est un facteur puissant d’Ă©volution. Elle entraĂźne derriĂšre elle une harmonisation des comptabilitĂ©s, des dĂ©clarations, et un travail de traduction en toutes langues menant Ă  une simplification des impĂŽts usuels. En plus, dĂšs lors qu’on se trouve dans un univers de petites entreprises, avec une tĂ©lĂ©matique gĂ©nĂ©ralisĂ©e, la technique fiscale doit aussi s’adapter dans ses modes de calcul, de prĂ©lĂšvement et de vĂ©rification. Mais le changement le plus important concerne les principes sur lesquels s’appuie l’impĂŽt. Ils ne peuvent plus ĂȘtre, comme par le passĂ©, exclusivement rĂ©galiens. Il leur faut entrer dans l’Ăąge de la rationalitĂ©. Autrement dit, justifier l’existence de chaque contribution par les effets qui en sont attendus, non seulement du cĂŽtĂ© des rentrĂ©es fiscales, mais aussi par l’incitation qu’elle imprime aux acteurs Ă©conomiques, et par les choix dĂ©mocratiques qu’elle permet d’exprimer. Il faut donc imaginer une multiplication de financements parafiscaux d’agences (de l’environnement des Ă©conomies d’Ă©nergie, de la mĂ©trologie…) correspondants aux programmes prĂ©cĂ©dents, et aussi un relatif libre choix du contribuable pour l’affectation du produit de certains impĂŽts (Ă  des organismes de solidaritĂ© humanitaire, d’enseignement ou de recherche technique…). Beaucoup de ces organismes et agences seront transnationaux.

Le treiziĂšme programme

On fera observer qu’il faudrait prĂ©ciser encore davantage comment seront financĂ©s ces douze programmes. Leur situation est trĂšs variable. Certains peuvent produire des recettes suffisantes pour qu’un « tour de table » financier y trouve son intĂ©rĂȘt. C’est le cas des grands barrages hydroĂ©lectriques. D’autres sont des services publics sans revenus. D’autres enfin sont mixtes, et ne peuvent ĂȘtre que partiellement autofinancĂ©s.

En fait, tout dĂ©pend du futur systĂšme monĂ©taire. La monnaie est dĂ©sormais fiduciaire, c’est Ă  dire fondĂ©e sur la confiance, mais le monde ne sait pas encore s’en servir. Les « autoritĂ©s » monĂ©taires vivent dans la crispation. Elles restreignent la circulation, alors que le besoin de liquiditĂ©s, dĂ» Ă  l’ouverture du monde au commerce, est de plus en plus manifeste. L’unification de l’Allemagne a dĂ©clenchĂ© un spasme monĂ©tariste. La demande allemande pour des capitaux d’Ă©quipement a dĂ©sĂ©quilibrĂ© le marchĂ©, et obligĂ© ce pays Ă  maintenir des taux d’intĂ©rĂȘts Ă©levĂ©s, pour rester attractif. Ceci a contribuĂ© Ă  entraĂźner dans la crise des autres pays capitalistes, crise portant sur l’immobilier d’abord (marchĂ© sensible aux taux), puis sur l’ensemble de l’Ă©conomie.

En Europe, au dĂ©but des annĂ©es 90, la meilleure maniĂšre de faire de l’argent Ă©tait de ne rien faire avec son argent (autrement dit, de le placer en monĂ©taire). Ce fut une pĂ©riode d’anesthĂ©sie, alors que la situation demandait un regain de dynamisme. Il fallait des investisseurs, on privilĂ©gia les rentiers. Comme l’ouverture Ă  l’Ă©conomie de marchĂ© concerne maintenant non seulement l’Allemagne de l’Est, soit moins de vingt millions d’habitants, mais aussi l’ensemble de l’Europe de l’Est, la Chine et l’Inde, soit au total plus de la moitiĂ© de l’espĂšce humaine, il est temps de s’organiser pour satisfaire l’immense besoin de liquiditĂ©s que reprĂ©sente cette immense chance. Il faut mettre la monnaie au service de l’Homme et non pas l’inverse. Le systĂšme de « Bretton Woods » doit ĂȘtre renĂ©gociĂ©. En assouplissant la convertibilitĂ©, il avait donnĂ© un ballon d’oxygĂšne Ă  l’Ă©conomie des pays dĂ©veloppĂ©s, et facilitĂ© la reconstruction de l’aprĂšs guerre. Mais la situation n’est maintenant plus tenable. Elle est devenue trop vulnĂ©rable aux rumeurs. Le crĂ©dit entraĂźne le crĂ©dit, et le discrĂ©dit accentue le discrĂ©dit.

Dans ce monde conformiste, il faut un dĂ©vouement d’apĂŽtre, comme celui de la Grameen bank, pour que des pauvres accĂšdent au crĂ©dit. Un fouillis de monnaies nationales, expression de particularismes archaĂŻques, une dette permanente du tiers monde, des vagues spĂ©culatives planĂ©taires : le Capital, soi disant triomphant, est comme une cargaison mal amarrĂ©e dans la soute d’un bateau. Il est en permanence sujet au mal de mer, pris de malaises et de vomissements qui jettent Ă  la rue des millions de travailleurs, qu’ils soient qualifiĂ©s ou non. PiĂštre victoire ! Et comme tout cela paraĂźt injuste et futile en regard du travail Ă  faire : la construction du jardin planĂ©taire.

HĂ©las, il semble bien que les particularismes nationaux s’accrochent. Les rĂ©formes, dans ce domaine se dĂ©cident sous la pression de troubles spĂ©culatifs, pour restaurer une confiance perdue dans un capitalisme erratique. Il est nĂ©anmoins nĂ©cessaire d’en prĂ©voir l’aboutissement inĂ©vitable : une monnaie mondiale (qui n’exclut pas les monnaies particuliĂšres, d’Etats ou d’entreprises).

Le rĂŽle de l’Institut d’Ă©mission planĂ©taire et du systĂšme fiscal associĂ© sera le rĂ©glage du fonctionnement Ă©conomique. Il devra d’un cĂŽtĂ© injecter suffisamment de monnaie (dans les grands programmes) pour rĂ©duire le chĂŽmage, et de l’autre ponctionner suffisamment de liquiditĂ©s pour Ă©viter les crises inflationnistes. Alors, par ces deux moyens combinĂ©s, cet Institut financera des rĂ©alisations rapides et saines. Ce sera un treiziĂšme programme, qui rendra possibles et facilitera tous les autres : un systĂšme monĂ©taire mondial.

Le livre entier est disponible en format PDF Ă  cette adresse: 2100: OdyssĂ©e de l’espĂšce.

La premiĂšre partie de ce texte est disponible ici.

La deuxiĂšme partie de ce texte est disponible ici.

oct 23 2009

OdyssĂ©e de l’espĂšce [deuxiĂšme partie]

Tout systĂšme dirigeant, placĂ© en position de confort, tend Ă  se dĂ©sintĂ©resser de la vie concrĂšte du peuple et de l’Ă©volution des connaissances et des techniques. Il consacre le maximum de son temps Ă  ses intrigues internes. Il conserve ses habitudes de pensĂ©e et ses explications du monde envers et contre l’Ă©vidence des faits, sauf s’il est menacĂ© dans sa survie ou dans son maintien au pouvoir. Ainsi, pouvoir et progrĂšs font rarement bon mĂ©nage, comme nous allons le voir dans le cas de l’Europe.

I-187-0250

AprĂšs la stabilitĂ© chinoise et le dĂ©clin musulman, on peut se demander pourquoi l’extraordinaire explosion de crĂ©ation technique du monde moderne s’est produite en Europe, rĂ©gion qui, au dixiĂšme siĂšcle, Ă©tait habitĂ©e d’une population rurale, gouvernĂ©e par une fĂ©odalitĂ© fruste et sportive, plongĂ©e dans l’incertitude aprĂšs la dĂ©composition de l’Empire de Charlemagne. Rien ne la prĂ©disposait Ă  une pareille destinĂ©e.

Alors que les civilisations tendent Ă  stabiliser leur systĂšme technique, et peuvent vivre en harmonie, sans changer leur technologie, pendant plusieurs siĂšcles, l’Europe a connu, dĂšs la fin du onziĂšme siĂšcle, une profonde dĂ©stabilisation, la grande rĂ©volution agraire du moyen Ăąge, puis une autre au dix huitiĂšme siĂšcle, la rĂ©volution industrielle, et actuellement commence une troisiĂšme rĂ©volution, mondiale cette fois : celle de l’immatĂ©riel.

La faille qui permit au changement de s’introduire dans cette civilisation lĂ , alors que les autres y rĂ©sistaient, c’est, Ă  mon avis, l’absentĂ©isme du pouvoir. Les chevaliers Ă©taient partis en croisade, mais pourquoi ? Pas seulement pour les motifs officiels que nous a transmis l’hagiographie clĂ©ricale, mais aussi pour des raisons beaucoup plus concrĂštes, liĂ©es Ă  la situation objective de l’Ă©poque. DĂšs le onziĂšme siĂšcle apparaĂźt un dĂ©saccord entre les deux moitiĂ©s de la classe dirigeante : le pouvoir temporel fĂ©odal d’une part, et le pouvoir spirituel de l’Eglise et des monastĂšres d’autre part. Les trop nombreux enfants de la chevalerie, dĂ©sƓuvrĂ©s, se livrent Ă  des pillages. Ils font des chevauchĂ©es fantastiques Ă  travers champs, ce qui endommage les rĂ©coltes et pillent, mĂȘme les monastĂšres. AprĂšs quelques tentatives infructueuses pour maĂźtriser ces dĂ©bordements, l’Eglise invente les croisades : allez donc voir en terre sainte si j’y suis ! IdĂ©e gĂ©niale, qui va canaliser l’excĂšs de vitalitĂ© et la soif d’idĂ©al de cette jeunesse prĂ©datrice. Les croisĂ©s s’Ă©tant opportunĂ©ment absentĂ©s, les initiatives commencent Ă  fleurir. Les gestionnaires des domaines ruraux vont au marchĂ© (c’Ă©tait interdit), mettent de l’argent de cĂŽtĂ©, investissent, dĂ©frichent, essaient de nouvelles cultures. LibĂ©rĂ©e de sa classe dirigeante, l’Europe commence Ă  entreprendre.

FinanciĂšrement fragilisĂ©e, l’Eglise est en mĂȘme temps menacĂ©e dans son hĂ©gĂ©monie spirituelle. L’hĂ©rĂ©sie venue d’Orient, par les marchands, se propage dans le Nord de l’Europe, avant de gagner Ă  sa cause le comtĂ© de Toulouse et les « Albigeois ». C’est contre elle que sera construite l’inquisition. HĂ©ritiers d’une longue tradition dualiste, antĂ©rieure mĂȘme au christianisme, ces hĂ©rĂ©tiques, les Cathares, expliquent qu’il n’y a pas besoin de l’Eglise pour se rapprocher de la divinitĂ©. Bien plus, ils soupçonnent Rome d’ĂȘtre une manifestation des forces du mal, vu qu’elle prĂ©tend reprĂ©senter un Dieu pauvre, tout en faisant Ă©talage d’immenses richesses. En effet, les prĂ©lats et les moines de cette Ă©poque menaient grand train, dĂ©pensaient allĂšgrement les redevances de leurs domaines, et se livraient Ă  de multiples frasques sans grands risques, leur statut privilĂ©giĂ© et sacralisĂ© les plaçant au-dessus des lois.

Alors, dans l’Eglise menacĂ©e, tout est mĂ»r pour qu’on s’en remette Ă  un ascĂšte Ă  la poigne de fer : Bernard de Clairvaux, le futur Saint Bernard45. A partir de 1117, il impose ses idĂ©es. C’est la rĂ©volution cistercienne : travailler de ses mains, comme le veut la rĂšgle originelle de Saint BenoĂźt, fuir la ville, nouvelle Babylone, lieu de corruption, bannir le luxe et la dĂ©coration, rendre des services concrets au peuple des campagnes. Les connaissances accumulĂ©es dans les manuscrits du rĂ©seau monastique, qui avait alors le monopole de la circulation du savoir, sont mobilisĂ©es au service du sauvetage de Cluny, qui se termine en triomphe. Des centaines de monastĂšres se rallient Ă  cette nouvelle doctrine. De nouveaux Ă©tablissements sont construits dans des lieux inexploitĂ©s, au dĂ©sert comme on disait alors avec emphase.

Au total, sept cents abbayes filles en deux siĂšcles. Pendant la pĂ©riode de plus grande expansion (1145-53), on en comptera une de plus par semaine ! Elles diffusent le savoir technique dans le monde rural environnant. La sĂ©lection des semences et des animaux, la gĂ©nĂ©ralisation des moulins, source d’Ă©nergie servant non seulement Ă  moudre, mais aussi Ă  scier le bois, fouler le drap, actionner des soufflets de forge, datent de cette Ă©poque, comme le soc de charrue en fer et le collier d’attelage, qui permettent les grands dĂ©frichements. Les marchĂ©s se dĂ©veloppent et s’internationalisent. Au treiziĂšme siĂšcle, s’Ă©tablit autour des villes de la Baltique (LĂŒbeck, BrĂȘme, Cologne, Danzig, Goslar, Hambourg, Lunebourg, Reval, Riga, Rostock, Stralsund) une circulation d’Ă©changes internationaux qui prĂ©figure le grand capitalisme. C’est l’organisation « HansĂ©atique ». Elle donne lieu Ă  une forme de gouvernement « isonomique » (Ă©tymologiquement : qui se tient en Ă©quilibre par lui-mĂȘme. La collectivitĂ© des notables exerce un pouvoir collectif, dans lequel aucun n’est dominant, mais oĂč chacun doit rechercher du consentement des autres). Elle Ă©tablit des rĂšgles strictes de fonctionnement du commerce. Elle mobilise les meilleures techniques de navigation : les « cogge » atteignent les 120 tonnes et sont Ă©quipĂ©s pour la premiĂšre fois du gouvernail d’Ă©tambot. Ils prĂ©figurent les vaisseaux qui partiront Ă  la conquĂȘte de l’AmĂ©rique aux siĂšcles suivants. L’attachement des citĂ©s saxonnes Ă  leurs foires date de cette Ă©poque. La prospĂ©ritĂ© devient explosive. La population double entre 1100 et 1300.

Déclin, Renaissance et Révolution Industrielle

Malheureusement, cette expansion se termine mal, trĂšs mal. Au dĂ©but du quatorziĂšme siĂšcle, la densitĂ© atteint une quarantaine d’habitants au kilomĂštre carrĂ©. C’est le maximum que peut nourrir ce systĂšme technique rural. Les alĂ©as climatiques suffisent Ă  causer les premiĂšres famines (1316). La grande peste de 1348 arrive dans une population dĂ©jĂ  affaiblie. Elle tue en un an le tiers de la population europĂ©enne. Elle sera rĂ©currente et endĂ©mique jusque vers 1475. Arrive la guerre de cent ans. Au total deux siĂšcles de malheur, qui ont marquĂ© la conscience europĂ©enne comme une sorte de faute originelle et mystĂ©rieuse, un Ă©cart des hommes par rapport Ă  l’ordre du monde qu’il faut s’attacher Ă  rattraper. Cette chute s’accompagne d’un durcissement. La technique est Ă  nouveau confisquĂ©e. Les corporations se reconstituent. Les territoires professionnels se prĂ©cisent. L’innovation devient de moins en moins possible Ă  mesure que le maillage des interdits se resserre. Les moyens de production sont confisquĂ©s par les institutions en place, lesquelles se maintiennent, faute de mieux, comme recours contre les malheurs.

La population est rĂ©duite de moitiĂ© entre 1300 et 1500. Elle revient Ă  son niveau d’avant la grande prospĂ©ritĂ© mĂ©diĂ©vale. Ce qu’on appelle la renaissance n’est que la fin de ce grand et douloureux dĂ©clin. L’essentiel avait Ă©tĂ© inventĂ© avant. Les grands ingĂ©nieurs, comme LĂ©onard de Vinci, mettent en forme des rĂ©alisations dĂ©jĂ  connues. Le fonds de la technique ne changera pas jusqu’au dix-huitiĂšme siĂšcle, sauf sur deux points :

1- L’Espace : un Ă©largissement du monde, avec la conquĂȘte de l’AmĂ©rique et surtout l’installation des premiers circuits commerciaux planĂ©taires, dĂ©ploiement mondial de ce que le systĂšme hansĂ©atique avait inaugurĂ© dans la Baltique.

2-La communication : l’imprimerie a d’abord des consĂ©quences religieuses. MalgrĂ© l’inquisition, l’Eglise ne peut empĂȘcher les fidĂšles de lire et commenter par eux mĂȘmes le texte sacrĂ©. À cause de la diffusion du Texte, le protestantisme devient incontrĂŽlable. Deux siĂšcles plus tard, l’imprimerie aura des consĂ©quences technologiques : par la publication de la grande encyclopĂ©die (24000 exemplaires), le savoir jalousement dĂ©tenu par les corporations est mis dans le domaine public. Il alimentera l’extraordinaire crĂ©ativitĂ© de la rĂ©volution industrielle.

Au dix-huitiĂšme siĂšcle, le scĂ©nario de la rĂ©volution industrielle prĂ©sente des ressemblances troublantes avec celui du Moyen Age. Depuis Louis XIV, la classe dirigeante se trouve affaiblie et divisĂ©e. Celui-ci, dĂšs sa jeunesse, rĂ©pond Ă  la Fronde en attirant les nobles Ă  sa Cour, fabuleuse mise en scĂšne, merveilleux miroir aux alouettes. Ce faisant, il les Ă©loigne de leurs domaines ruraux, qu’ils sont censĂ©s gĂ©rer. Les intendants en profitent. À la seconde gĂ©nĂ©ration de jeux de cour, la noblesse est devenue incompĂ©tente, et le clergĂ© ne vaut guĂšre mieux. Alors, dans cette classe dirigeante en lĂ©vitation, atteinte d’irrĂ©alitĂ©, se constitue un courant minoritaire novateur, comme autrefois les cisterciens de Saint Bernard, qui rĂ©clame un retour aux fondements. C’est le mouvement philosophique, dont les idĂ©es inspirent la RĂ©volution française. LĂ  encore, la dĂ©structuration du pouvoir prĂ©cĂšde l’innovation technique et la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique, sa fille.

Dans le cas de l’Angleterre, oĂč la RĂ©volution industrielle s’est dĂ©clenchĂ©e avant la France, on constate aussi un affaiblissement du pouvoir central, doublĂ© d’une crise. La concurrence des soieries indiennes, travaillĂ©es -dĂ©jĂ - avec une main-d’Ɠuvre Ă  trĂšs bas prix, menace la laine britannique. C’est toute une chaĂźne Ă©conomique, depuis le mouton jusqu’au tissage rural, qui est remise en cause. On interdit, on rĂ©glemente, on brĂ»le des cargaisons de marchandises. La pression subsiste. Elle cause une restructuration fonciĂšre agricole par la classe montante des landlords. Elle ouvre la voie aux inventions de l’industrie, qui s’Ă©tablit d’abord dans le textile, avec les filatures et tissages mĂ©caniques. La concurrence indienne est alors vaincue par l’avance technique des machines.

L’industrie, fiĂšre de la force de ses machines, comptait volontiers en tonnes. Au milieu du vingtiĂšme siĂšcle, on mesurait encore la puissance des nations aux tonnages d’acier et de ciment qu’elles fabriquaient : plus d’une demi-tonne d’acier par habitant et par an !

Chacun pouvait ĂȘtre fier de consommer dix fois son propre poids de ce mĂ©tal, symbole de richesse et de pouvoir militaire. L’acier, c’Ă©taient aussi des canons, des obus, des blindages, des cuirassĂ©s et des chars. On sentait derriĂšre cette Ă©valuation la prĂ©sence du travailleur de force, dĂ©multipliĂ© par des machines. Les regards des dirigeants, captivĂ©s par ces images titanesques de la terre fouillĂ©e par les engins, n’ont pas vu venir la bataille des matĂ©riaux fins. La fibre de carbone et le kevlar par exemple, qui rĂ©sistent Ă  la traction bien plus que l’acier, sont aussi plus lĂ©gers et moins repĂ©rables par les radars. Ces matĂ©riaux allĂ©gĂ©s Ă  haute rĂ©sistance sont dĂ©sormais Ă  la base de la puissance, mĂȘme militaire, alors que quelques millions de tonnes d’acier supplĂ©mentaires n’y changent plus rien.

C’est au dĂ©but du vingtiĂšme siĂšcle que tout a silencieusement basculĂ©. La matiĂšre, mĂȘme vue au microscope, n’avait pas encore livrĂ© ses secrets. La lumiĂšre elle-mĂȘme, tantĂŽt onde, tantĂŽt corpuscule, laissait les savants dans l’embarras. Lorsqu’il devint possible de voir, non plus le milliĂšme de millimĂštre, mais le dix millioniĂšme, soit dix mille fois plus finement, la reprĂ©sentation de la matiĂšre commença la plus extraordinaire transfiguration.

À ce niveau de finesse, en effet, tout est vibration. L’impression de soliditĂ©, d’inertie, de duretĂ©, de cohĂ©sion, les rĂ©sistances Ă  la traction, Ă  l’Ă©crasement, aux chocs d’oĂč viennent les performances des « Ă©pĂ©es » comme celles des « boucliers », ne sont que l’expression de l’harmonie de minuscules vibrations Ă©lĂ©mentaires, celles des Ă©lectrons dans les atomes. Et ce sont les Ă©carts, les sauts vibratoires de ces Ă©lectrons, qui produisent les couleurs de nos objets familiers.

Toutes les bases de notre perception sensible sont Ă  revoir. Ce qui semble la clef de la puissance, ce qui paraĂźt assurer la stabilitĂ©, la sĂ©curitĂ© et le poids des choses n’est autre qu’une collection d’oscillations entremĂȘlĂ©es qui sont associĂ©es aujourd’hui, et pourraient peut-ĂȘtre aussi bien se dissocier demain. Et c’est grĂące au calcul vibratoire qu’on peut concevoir des matĂ©riaux modernes aux propriĂ©tĂ©s stupĂ©fiantes. Pendant que les physiciens et les chimistes dĂ©couvrent cet univers fantastique, les techniciens continuent leur savoir-faire ancien. Le dĂ©calage entre les deux n’est pas encore rĂ©sorbĂ©.

Au fond, osons le dire, chacun s’interroge : si tout est vibration, et si les diffĂ©rences vibratoires donnent de la lumiĂšre, que sommes nous, ĂȘtres vivants ? Peut ĂȘtre des porteurs de lumiĂšre, et certainement bien autre chose qu’un morceau de glaise parcouru d’un souffle, comme le voulaient les anciens mythes. Ainsi, rien qu’en regardant la matiĂšre, nous voyons non seulement les anciens prĂ©supposĂ©s matĂ©rialistes s’effacer, mais aussi les reprĂ©sentations traditionnelles du monde, issues de plusieurs milliers d’annĂ©es de tĂątonnements, remises en cause.

Etoile et réseau, pouvoir et société civile

La tĂ©lĂ©vision a Ă©tĂ© mise en place avant le tĂ©lĂ©phone61. Partout, les gouvernements ont fait en sorte que la population ait la tĂ©lĂ©vision pour pouvoir Ă©couter leur message, mais n’ont pas Ă©tĂ© aussi pressĂ©s de poser le tĂ©lĂ©phone, toujours mĂ©fiants des complots que le peuple pourrait ourdir. C’est pourtant l’outil principal de la petite entreprise. Qu’est-ce qu’un entrepreneur, sinon quelqu’un qui dĂ©croche son tĂ©lĂ©phone pour mettre ses fournisseurs en concurrence, communiquer avec ses clients et avec ses banquiers ?

Tocqueville faisait observer que les hommes Ă©tant de plus en plus occupĂ©s d’affaires personnelles et particuliĂšres, ils consacraient moins de temps aux questions d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Il en dĂ©duisait que les pouvoirs dĂ©clinaient, et qu’il y aurait Ă  l’avenir moins de guerres. L’Histoire lui a donnĂ© tort jusqu’au milieu du vingtiĂšme siĂšcle, mais on voit pointer maintenant les conditions nĂ©cessaires pour que sa prĂ©diction se rĂ©alise. L’agressivitĂ© se manifeste autrement. Les batailles sont commerciales, rĂ©glĂ©es comme dans un tournoi par les lois de la concurrence. N’est-ce pas aussi la phase de dissolution de l’Etat, pressentie par Marx ? La bureaucratie serait-elle soluble dans le tĂ©lĂ©phone ?

Et, si nous prolongeons Ă  Ă©chĂ©ance 2020, au rythme actuel d’Ă©quipements, tous les pays du monde, et notamment les plus peuplĂ©s, l’Inde et la Chine (Ă  eux deux 40% de la population mondiale), franchissent le seuil dit de la « transparence » (environ dix lignes pour cent habitants) au delĂ  duquel aucune Ă©conomie n’est plus contrĂŽlable par une bureaucratie centralisĂ©e. Ce qui en rĂ©sulte n’est pas le village planĂ©taire que pressentait Mac Luhan, mais une multiplicitĂ© de villages dĂ©localisĂ©s, professionnels en diaspora et une dissolution des anciens pouvoirs.

Le tĂ©lĂ©phone est si familier qu’on oublie vite ce qu’Ă©tait la vie sans lui. N’empĂȘche qu’il court-circuite les autoritĂ©s et rend le pouvoir Ă  ceux qui veulent bien le prendre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui entre-prennent (se placent entre, dans les interstices, lĂ  oĂč les autres ne voient pas, et prennent) ; autrement dit, Ă  ceux qui se dĂ©mĂšnent pour traiter et faire circuler l’information, et non plus Ă  ceux qui s’endorment sur des situations acquises on des privilĂšges. Le pouvoir est Ă  prendre. Il est en permanence remis en cause.

Machiavel distinguait dĂ©jĂ  deux types d’organisation : dans les premiĂšres, centralisĂ©es (la Turquie Ă  son Ă©poque), tout procĂšde du souverain. Les responsables sont nommĂ©s par lui, et rĂ©voquĂ©s sans dĂ©lai. Il en rĂ©sulte que le pouvoir est difficile Ă  prendre, car tout rĂ©agit avec unitĂ©, mais facile Ă  garder une fois qu’on l’a. Dans les secondes, dĂ©centralisĂ©es (la France Ă  son Ă©poque), la lĂ©gitimitĂ© est rĂ©partie entre des barons, qui ont chacun une assez grande autonomie. Il en rĂ©sulte, dit justement Machiavel, que le pouvoir est plus facile Ă  prendre, car on trouve aisĂ©ment des barons mĂ©contents Ă  qui s’allier, mais plus difficile Ă  garder, car les barons continuent Ă  comploter aprĂšs que vous ayez accĂ©dĂ© au pouvoir. Il faut transposer cette analyse pertinente Ă  notre prospective. La communication en rĂ©seau crĂ©e une dĂ©centralisation de fait, et le foisonnement des mouvements d’information rend les activitĂ©s physiquement incontrĂŽlables. George Orwell dĂ©crivait dans son roman, « 1984″, un Ă©tat policier surveillant tout par visiophone. Dans une sociĂ©tĂ© dĂ©centralisĂ©e et interconnectĂ©e c’est un phantasme techniquement irrĂ©alisable, quelle que soit la volontĂ© du pouvoir en place. Comment imaginer concrĂštement une moitiĂ© de la population employĂ©e aux Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques pour surveiller l’autre moitiĂ© ? Qui Ă©coute alors ceux qui Ă©coutent, et qui prend le temps de lire le rĂ©sultat de ces intĂ©ressantes surveillances ?

Pour nous, depuis le milieu des annĂ©es 80, l’ouverture des pays de l’Est Ă©tait inĂ©vitable. Pourquoi ? Parce que le pouvoir central, mĂȘme avec tous les attributs de la force, ne peut rĂ©sister Ă  la montĂ©e des Ă©changes. Avant, rien n’Ă©tait possible en dehors de lui. DĂšs que les communications sont installĂ©es, presque tout peut se faire sans lui. Il se dissout dans la sociĂ©tĂ© civile, comme un sucre dans l’eau.

Le paysage institutionnel mondial se recompose. Il Ă©tait dominĂ© par les États- Nations. Ils dĂ©clinent, pendant que d’autres entitĂ©s montent en puissance : les entreprises d’abord. Non seulement les grandes multinationales, qu’on croyait destinĂ©es Ă  dominer la planĂšte, mais surtout la cohorte des petites entreprises, fondĂ©es chacune sur un talent. Car on peut dĂ©sormais ĂȘtre multinational sans la lourdeur des grandes structures.

Le point sur la démographie :

Au dĂ©but des annĂ©es 80, les premiers rĂ©sultats de rĂ©gulation de la fertilitĂ© sont apparus. Sur tous les continents, la limitation volontaire des naissances a commencĂ©. Les perspectives sont devenues moins alarmistes. DĂšs le milieu des annĂ©es 80, les calculs des Nations Unies dĂ©crivaient un plafonnement de la population mondiale, aux environs de 10 milliards vers 2100. Nous avons repris ces travaux, en rĂ©ajustant leurs hypothĂšses, qui nous paraissaient trop optimistes, particuliĂšrement pour la rĂ©gulation des naissances en Inde et en Chine. Le calcul donne une stabilisation Ă  environ 13 milliards d’habitants en 2140-2160 (au lieu de 10 en 2100). Il s’agit aussi d’une « transition dĂ©mographique », soit un passage d’un rĂ©gime ancien de forte fertilitĂ© et forte mortalitĂ© juvĂ©nile, Ă  un rĂ©gime nouveau de faible fertilitĂ© et faible mortalitĂ©.

Faible mortalitĂ©, dites-vous ? Et le SIDA ? Est-ce que l’espĂšce humaine risque d’ĂȘtre dĂ©cimĂ©e, comme autrefois par les grandes pestes ? Il est vrai que, dans certains pays d’Afrique, la proportion de sĂ©ropositifs semble telle (on parle de 30% de certaines classes d’Ăąge) que la pyramide dĂ©mographique en portera sans doute la trace. Il faut nĂ©anmoins se souvenir que seuls des Ă©vĂ©nements cataclysmiques affectent sensiblement la dĂ©mographie. Les deux guerres mondiales n’ont fait que des entailles, maintenant effacĂ©e pour la premiĂšre, dans la pyramide europĂ©enne. Or, le SIDA est loin d’ĂȘtre aussi contagieux que la grande peste de 1348, qui tua en un an le tiers d’une population europĂ©enne dĂ©sarmĂ©e. Il oblige Ă  contrĂŽler sa sexualitĂ©. Sa prĂ©vention va donc accĂ©lĂ©rer la diffusion du contrĂŽle des naissances, la montĂ©e des valeurs fĂ©minines, et peut ĂȘtre baisser lĂ©gĂšrement le plateau de 13 milliards.

Si nous sommes 12 ou 13 milliards en 2100, plus du double de maintenant, une angoisse ancestrale monte aux lĂšvres : « Est-ce qu’il y aura Ă  manger pour tout le monde ? » Voyons d’abord la rĂ©partition actuelle de l’espĂšce humaine sur la planĂšte. Voici une carte du peuplement sans frontiĂšre oĂč un petit point reprĂ©sente 1 million d’habitants, et un gros point une ville de plus de 5 millions. Il y a seulement quatre zones denses dans le monde : la Chine, l’Inde, l’Europe de l’Ouest et l’Est de l’AmĂ©rique du Nord jusqu’aux grands lacs. Le reste est relativement vide. MĂȘme l’Afrique n’est pas surpeuplĂ©e dans l’absolu, compte tenu de ses immenses ressources naturelles. DĂ©cimĂ©e par des famines scandaleuses, elle semble actuellement surpeuplĂ©e car sa technologie agricole est restĂ©e traditionnelle. Les progrĂšs ont Ă©tĂ© appropriĂ©s par des systĂšmes prĂ©dateurs.

Globalement, il n’y a pas vraiment de quoi s’inquiĂ©ter, disent les agronomes. Un inventaire dĂ©taillĂ© a Ă©tĂ© fait au dĂ©but des annĂ©es 80 : Avec les techniques que nous connaissons, on pourrait nourrir dĂšs aujourd’hui 30 Ă  40 milliards d’habitants. C’est deux fois plus qu’il n’en faut, et cela sans compter l’aquaculture et les possibilitĂ©s nouvelles de l’agriculture (plantes transgĂ©niques…). Les ressources naturelles inemployĂ©es sont Ă©normes. Partout, on voit des cultures en terrasses abandonnĂ©es, des terres en jachĂšre et des zones fertiles dĂ©laissĂ©es. Les pays dĂ©veloppĂ©s souffrent de surproduction.

A l’Ă©chelle mondiale, les rĂ©gions dont la population risque de saturer les subsistances sont en fait peu nombreuses. Quand on met en regard les surfaces arables et les capacitĂ©s hydrologiques d’une part et les prĂ©visions dĂ©mographiques d’autre part, seuls les pays suivants risquent de saturer leurs subsistances dans les dĂ©cennies Ă  venir : le Burundi, le Bangla Desh, l’Egypte, le Kenya, le Malawi, le Rwanda, et les pays dĂ©sertiques du pourtour mĂ©diterranĂ©en, Ă  l’exception du Maroc. Contrairement Ă  une idĂ©e rĂ©pandue, les deux poids lourds de la dĂ©mographie (40 % de l’espĂšce humaine) pourraient nourrir une population plus nombreuse : 2 milliards de plus pour la Chine et 3 milliards pour l’Inde, sans compter les rĂ©coltes pluriannuelles. « Les pays en danger de rupture ne totalisent pas 300 millions d’habitants, soit moins de 6 % de la population mondiale. C’est un chiffre certes Ă©norme, mais trop faible en proportion de l’ensemble de la planĂšte pour crier au feu. »

Préparer la société de création

Douter du pouvoir

Le dĂ©bat politique de l’Ăšre industrielle s’est enfermĂ© dans un dialogue de sourds entre la « droite » et la « gauche ». L’une et l’autre se sont mobilisĂ©es pour « dĂ©fendre » des « acquis », et non pour aider l’innovation. Ne nous laissons pas entraĂźner par le tumulte des invectives. Elles sont dĂ©jĂ  dĂ©passĂ©es. L’affrontement droite-gauche correspond Ă  un moment particulier de l’Histoire, marquĂ© par un certain Ă©tat de la technique : l’industrialisation de masse.

En effet, si la production met l’Homme au service de la machine, le contraint Ă  des travaux rĂ©pĂ©titifs et dĂ©qualifiĂ©s qui le transforment Ă  son tour en machine – si la compĂ©tition exige de lui un rendement toujours accru, force son corps Ă  des performances contre nature – alors l’industrie est une oppression, quels que soient les avantages procurĂ©s par ailleurs.

L’Histoire s’Ă©crit comme un affrontement des oppresseurs et des opprimĂ©s, des riches et des pauvres. Elle s’Ă©crit aussi comme un mouvement dialectique au sens de Hegel. Dans la confrontation du « maĂźtre » et de l’ »esclave », le second devient dĂ©positaire, puis dĂ©tenteur du savoir pratique, et la situation se retourne secrĂštement d’abord, puis visiblement Ă  son avantage. Le pouvoir change de mains, mais que fait le nouveau promu de son nouveau pouvoir ? Il reproduit, inversĂ©s, les schĂ©mas anciens. Le dialogue de sourds entre le pouvoir et le contre-pouvoir continue. La nouveautĂ© est prĂ©vue comme un horizon. Mais rien de solide ne l’Ă©tablit dans sa nĂ©cessitĂ©. On espĂ©rait la crĂ©ation, la montĂ©e de l’Esprit. Il n’y a qu’un jeu de bascule, des invectives morbides entre des politiciens tristes.

Or, dĂ©sormais, le changement est lĂ . Le nouveau systĂšme technique s’installe, entraĂźnant dans son sillage une autre sociĂ©tĂ©. NĂ© Ă  la fin du vingtiĂšme siĂšcle, il dĂ©roule ses possibles tout au long du vingt et uniĂšme. Tout ne se fera pas du jour au lendemain. Il faut du temps pour construire les infrastructures, et encore plus de temps (une Ă  deux gĂ©nĂ©rations) pour que les humains s’habituent aux technologies, et tirent parti de leurs immenses possibilitĂ©s. Au total, le dĂ©lai de mise en place sera comparable Ă  celui de la rĂ©volution industrielle : au moins un siĂšcle. Mais ne sous estimons pas l’ampleur du changement. IntĂ©ressons-nous aux innovateurs. Ce sont les pro-grammeurs de l’avenir.

Avec l’ouverture des pays de l’Est, la crĂ©dibilitĂ© des Ă©conomies « planifiĂ©es » s’est effondrĂ©e. Les critiques Ă  l’Ă©gard du capitalisme ne sont pas pour autant abolies. Sans doute, il n’y a plus de force politique pour les divulguer. Cela a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© comme un victoire dĂ©finitive du capitalisme sur le communisme. Si l’establishment du business se croit vainqueur et lavĂ© des critiques, il se trompe lourdement. Dans le registre de l’Esprit, ce ne sont pas les mouvements d’opinion ou les rapports de force qui font la loi. Ce n’est pas celui qui parle le plus fort qui a raison, ni mĂȘme celui qui a le micro. Les choses sont vraies ou fausses en elles-mĂȘmes, indĂ©pendamment du nombre ou de l’influence des gens qui y croient ou n’y croient pas. Il faut d’abord tirer la leçon des expĂ©riences avec honnĂȘtetĂ© intellectuelle.

Or, les Ă©conomies libĂ©rales ont Ă©tĂ© tout aussi incapables de rĂ©soudre les injustices et la pauvretĂ© que les Ă©conomies planifiĂ©es. Non seulement la proportion des chĂŽmeurs a augmentĂ© (au delĂ  de 10 % de la population active), mais, en plus, de nouvelles catĂ©gories de pauvres sont apparues, encore plus dĂ©munies, parmi lesquelles beaucoup de jeunes. Le passage au capitalisme sauvage n’a pas apportĂ©, ni aux pays de l’Est, ni aux pays en dĂ©veloppement, la rĂ©solution de leurs difficultĂ©s. Les politiques de « dĂ©rĂ©gulation » et d’ »ajustement structurel » prĂ©conisĂ©es par les reprĂ©sentants internationaux d’un libĂ©ralisme doctrinaire ne font que laisser le champ libre Ă  des confiscations plus ou moins maffieuses.

En plus, confortĂ©s par l’Ă©chec du communisme, les Ă©conomistes occidentaux, comme ivres d’ĂȘtre dĂ©sormais seuls sur le terrain, se sont crus lĂ©gitimes Ă  enfourcher les idĂ©es les plus Ă©troites. Face Ă  la formidable demande de liquiditĂ©s rĂ©sultant de l’entrĂ©e de centaines de millions d’acteurs nouveaux dans l’Ă©conomie de marchĂ©, ils n’ont rien trouvĂ© de mieux que de prĂ©coniser la fermeture du robinet monĂ©taire, paralysant l’investissement et entraĂźnant tout le monde dans la rĂ©cession.

Il n’y a vraiment pas de quoi ĂȘtre fier. On ne me fera pas croire qu’une sociĂ©tĂ© qui offre aux adolescents les perspectives actuelles d’errance et d’exclusion constitue un modĂšle universel ! Elle a perdu ses racines ; il faut les lui rappeler.

La recherche philosophique, en matiĂšre d’Ă©conomie, a Ă©tĂ© autrefois marquĂ©e par un banquier : John Locke, gouverneur de la banque d’Angleterre Ă  la fin du XVII° siĂšcle. Au moment oĂč Louis XIV se complaisait dans les fastes et la mise en scĂšne, superbe et ridicule, du pouvoir absolu, Locke se demandait comment l’on pourrait organiser les sociĂ©tĂ©s sur un autre principe que celui du pouvoir.

L’ami de l’innovation est en permanence ramenĂ© Ă  cette question : il doute du pouvoir. Pour lui, toute situation dominante est suspecte. Il s’oppose aux confiscations de marchĂ©s, de ressources naturelles, de positions sociales, toutes choses qui sont si convoitĂ©es. Il ne pense pas pour autant que toute forme de pouvoir doive ĂȘtre abolie. Il sait que les grandes choses ne se font pas sans grandes mobilisations, et que tout navire a besoin de la direction d’un capitaine. Mais il croit que tout, y compris le pouvoir, doit ĂȘtre mis en demeure de prouver son utilitĂ©, et qu’il vaut mieux, quand on le peut, se passer de rapports de force. Le principe lĂ©gitime structurant de la sociĂ©tĂ©, dĂšs lors, est transactionnel. Il fait fonctionner, non plus la contrainte, mais le plaisir (d’oĂč « le futile prĂ©cĂšde l’utile »), non plus l’obligation, mais le consentement, aussi Ă©clairĂ© que possible.

Mais ce n’est pas tout : le rĂŽle de l’Homme est d’assumer son pouvoir crĂ©ateur. Le seul vrai pouvoir est le pouvoir sur soi-mĂȘme, gĂ©niteur du talent. La crĂ©ation n’est pas seulement un acte isolĂ©, individuel. Elle se dĂ©ploie Ă  travers des institutions, telles que des entreprises, des associations, des organisations de toutes natures. On dĂ©veloppe les innovations en crĂ©ant des institutions nouvelles. Innover est donc un acte instituant, la naissance d’un ĂȘtre nouveau dans le paysage institutionnel. Il se heurte Ă  la rĂ©sistance de ceux qui sont dĂ©jĂ  lĂ , et qui veulent conserver leur territoire. Notre civilisation a gardĂ© la funeste habitude de considĂ©rer les institutions comme des ĂȘtres intemporels (Ă  l’image des anciennes tribus), destinĂ©es Ă  rester identiques Ă  elles-mĂȘmes pour l’Ă©ternitĂ©.

Les Ă©conomies capitalistes comme les socialistes ont rĂ©sistĂ© Ă  l’innovation. Les premiĂšres par l’Ă©tablissement de rapports de force et de confiscation de marchĂ©s au profit d’entreprises dominantes ou de chasses gardĂ©es corporatistes. Les secondes Ă©galement par des rĂ©flexes d’appropriation, au moyen des mille ruses dont la bureaucratie est capable.

S’il rĂšgne, Ă  l’Est comme Ă  l’Ouest, une telle complaisance pour les agissements maffieux, c’est sans doute parce que les acteurs Ă©conomiques s’y reconnaissent. La phrase cĂ©lĂšbre du « parrain » : « je vais lui faire une offre qu’il ne pourra pas refuser » a Ă©tĂ© reconnue comme un prĂ©cepte par les apparatchiks des deux bords. Elle est la banniĂšre anti-innovatrice, le signe de ralliement des crĂ©aticides. Essayez donc d’innover, ou mĂȘme simplement de crĂ©er une entreprise en Sicile, dans une rĂ©gion ou une profession contrĂŽlĂ©e par la maffia. Vous m’en donnerez des nouvelles ! DĂšs que vous serez en concurrence avec un membre de la famille, on saura vous persuader de modĂ©rer votre audace. Le plus redoutable ennemi du capitalisme n’est pas le socialisme : il est en lui-mĂȘme, quand il se dĂ©grade en capitalisme maffieux.

La premiĂšre partie de cet article est disponible ici.

La troisiĂšme partie de cet article est disponible ici.

oct 04 2009

La société marchande est une religion

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La consommation des mĂ©nages est le moteur de l’Ă©conomie de nos sociĂ©tĂ©s occidentales depuis le triomphe du modĂšle capitaliste, mondialiste et libĂ©ral; ce n’est un secret pour personne. Ce qui est moins Ă©vident est que l’Ă©conomie, si elle est censĂ©e ĂȘtre le coeur de pierre qui alimente un pays au grĂ© des flux monĂ©taires suivant le cours des pertes et des profits, n’influence pas moins d’une façon certaine l’Ă©thique d’une sociĂ©tĂ©. Si le coeur est un organe sans morale, conscience ni intelligence propres, il est pourtant une part de l’ensemble dont il est issu et a des impacts inĂ©vitables sur la santĂ© de celui-ci: admettons un instant que le sang qu’il vĂ©hicule contienne du poison, et c’est l’entiĂšretĂ© de ce qu’il sustente qui se mourra. L’analogie semble effectivement appropriĂ©e: bien que l’Ă©conomie soit un des piliers indispensables Ă  la marche d’un État, qui procĂšde selon des lois de cause Ă  effet purement mathĂ©matiques et donc exemptes d’une quelconque morale par nature, il n’empĂȘche pas moins que les consĂ©quences de mĂ©canisme programmĂ© puissent attenter gravement Ă  la puretĂ© de l’esprit d’une sociĂ©tĂ© et des individus qui la constituent. Un produit n’est-il pas, par dĂ©finition, le rĂ©sultat de tous les Ă©lĂ©ments qui le composent ? Un bĂątiment n’est-il pas dĂ©pendant des fondements sur lesquels il repose ? Ainsi, une part dĂ©fectueuse d’un ensemble affecte toujours la totalitĂ© et le bon fonctionnement de ce dernier.

nwo3

Le mot « religion » trouve son Ă©tymologie dans le verbe latin « religere », qui signifie « relier ». La fonction premiĂšre de la religion est donc de relier les ĂȘtres. Par quoi sont-ils reliĂ©s au sein de celle-ci ? Essentiellement par l’appartenance Ă  une mĂȘme doctrine. Or, la sociĂ©tĂ© marchande ne relie-t-elle pas ses adhĂ©rents grĂące Ă  une façon commune de penser et de percevoir le monde ? Le « mainstream », l’inconscient collectif du peuple qui fait partie d’une sociĂ©tĂ© donnĂ©e (littĂ©ralement « courant principal »), est formĂ© par la somme des idĂ©es, principes, cultures et valeurs de chaque personne qui constitue ce mĂȘme peuple. La grande majoritĂ© des individus ayant peu de personnalitĂ©, chacun est modelĂ© par l’idĂ©ologie de la sociĂ©tĂ© une fois qu’il y est intĂ©grĂ©. La voie de la facilitĂ© est effectivement la plus prisĂ©e par le commun des mortels, car le seul autre choix possible serait de vouloir modifier son environnement pour le faire correspondre Ă  des idĂ©aux que l’on juge Ă©levĂ©s, mais encore faudrait-il avoir les capacitĂ©s d’apprĂ©hender une telle possibilitĂ©; un exercice autrement plus ardu, en somme.

Il se trouve que la pensĂ©e dominante en AmĂ©rique du Nord et en Europe a dĂ©crĂ©tĂ© en ce dĂ©but de 21Ăšme siĂšcle que l’on ne doit croire que dans ce que l’on voit et peut ressentir directement par nos sens organiques. Cela implique de collectionner un maximum de plaisirs: puisque le corps est destinĂ© Ă  mourir, il serait invraisemblable qu’il y ait une quelconque vie aprĂšs la mort, n’est-ce pas ? L’accession Ă  une profession aussi prestigieuse que rentable est une autre prioritĂ©, un autre Ă©lĂ©ment indispensable pour ĂȘtre socialement reconnu, ce qui est aussi important maintenant que l’obtention de « son paradis » l’Ă©tait au Moyen Âge: seuls les critĂšres ont changĂ©. Le systĂšme conditionne aussi chacun d’entre nous dĂšs le plus jeune Ăąge pour que nous acceptions de nous vendre aux employeurs les plus divers pour le servir avec fiertĂ©.

Ce qui intĂ©resse rĂ©ellement la population est de s’acquitter des tĂąches qu’on lui impose pour vivre une vie « normale », plate, sans risques, et ainsi donner l’apparence d’avoir rĂ©ussi sa vie de sorte Ă  avoir bonne conscience. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que chacun a une conception personnelle et intime des critĂšres qui lui permettraient d’ĂȘtre satisfait de la vie qu’il mĂšne, et qu’il n’y a aucune loi universelle de rĂ©ussite qui puisse ĂȘtre trouvĂ©e (surtout pas par de simples humains).

C’est pourtant la conduite aveugle de principes Ă©tiquetĂ©s comme seuls valables qui prĂ©vaut, et ceux qui se targuent d’ĂȘtre les parfaits produits du systĂšme achĂštent compulsivement tout ce qui est Ă  leur portĂ©e et pourrait leur permettre de « profiter au maximum de la vie tant qu’il en est encore temps », dans le but d’Ă©prouver autant de plaisirs que possible. L’angoisse du nĂ©ant qu’il y aurait aprĂšs la mort (pour peu qu’ils se soient jamais posĂ© ce genre de question existentielle) ne fait que renforcer cette envie de fuir en avant et de trouver des Ă©chappatoires Ă  l’absence de rĂ©ponses dans les plaisirs les plus divers.

Le statut officiellement dĂ©mocratique de nos sociĂ©tĂ©s est Ă©galement un atout considĂ©rable pour le mercantilisme, parce qu’aucune limite n’y entrave la consommation et que tout peut s’y vendre, parfois mĂȘme des choses qui pourraient nuire au pouvoir en place, et que la population peut se fondre dans des illusions de perfection et ne plus avoir d’autre prĂ©occupation que de se complaire dans le plaisir que les produits achetĂ©s lui procurent de sorte Ă  renforcer la rĂ©alitĂ© de son petit paradis, entre autres raisons. La dĂ©mocratie s’accompagnant du libĂ©ralisme Ă©conomique (censĂ©, comme son nom l’indique, permettre la libertĂ© alors qu’il provoque l’inverse dans les faits), du libre-Ă©change et du laisser-faire, le capitalisme ne peut qu’ĂȘtre enchantĂ© par un tel systĂšme, surtout lorsqu’il serait en rĂ©alitĂ© digne d’ĂȘtre nommĂ© dĂ©mocrature en raison de la nature de son pouvoir politique.

moneygold

Pire, le domaine du matĂ©riel finit par ĂȘtre la seule dimension d’existence de l’individu, ce qui implique qu’il adopte toutes sortes de comportements d’un niveau de sophistication digne de ce qui est matĂ©riel; autrement dit, le plus bas qui puisse exister. La sociĂ©tĂ© marchande contribue donc fortement Ă  dĂ©connecter l’homme de ses facultĂ©s spirituelles et Ă  le pousser dans un Ă©goĂŻsme et une mĂ©diocritĂ© toujours plus patentes. Il est vrai qu’un nombre consĂ©quent de personnes est de toute maniĂšre incapable d’envisager quoi que ce soit de plus Ă©voluĂ© que ce qui est purement tangible, visible, et cultiverait donc une grande proximitĂ© avec le cĂŽtĂ© animal, primitif et instinctif du genre humain, qu’il vive dans une sociĂ©tĂ© marchande ou non. Le problĂšme est que l’inconscient collectif empoisonnĂ© par les valeurs inversĂ©es d’aujourd’hui peut conduire dĂšs le plus jeune Ăąge des gens intelligents et de bonne foi Ă  un mode de vie qui ne correspond pas Ă  leurs aspirations naturelles, ou les rendre malheureux parce qu’ils refusent ce systĂšme dans lequel ils ne trouvent pas une place qui leur est appropriĂ©e. Le systĂšme ne proposant pas vraiment d’alternatives Ă  sa politique de conditionnement et de mise au travail qui oblige presque tout un chacun Ă  se plier aux exigences de la sociĂ©tĂ© et qui laisse peu de temps et d’Ă©nergie Ă  ceux qui dĂ©sirent se dĂ©velopper intellectuellement et spirituellement par eux-mĂȘmes, il est clair que le gĂąchis de gĂ©nie et d’imagination qui pourrait contribuer Ă  amĂ©liorer l’ordre des choses est Ă©norme.

D’autre part, il est difficile d’imaginer que plusieurs religions dominantes puissent cohabiter; la vocation d’une religion est aussi d’Ă©liminer ses concurrents. Ainsi, le matĂ©rialisme qui pourrait ĂȘtre qualifiĂ© de religion sataniste et voleuse d’Ăąmes, Ă©clipse toute autre religion de la scĂšne principale, et les relĂšgue au second plan. On Ă©rige dĂ©sormais le matĂ©riel comme dieu unique, et on rend des cultes Ă  un florilĂšge de divinitĂ©s secondaires, telles des vedettes de cinĂ©ma ou de sport, toutes aussi creuses les unes que les autres. Cela se constate nettement avec le recul incontestable de l’importance du christianisme depuis l’avĂšnement de la sociĂ©tĂ© marchande. L’amoindrissement de l’influence d’une Église qui s’Ă©tait depuis longtemps dĂ©crĂ©dibilisĂ©e n’est certes pas d’une rĂ©elle gravitĂ©, mais la perte de vue de l’idĂ©e mĂȘme d’un Dieu a grandement renforcĂ© l’ignorance de l’Homme de sa dimension spirituelle. Si je ne considĂšre personnellement pas comme particuliĂšrement positif d’ĂȘtre thĂ©iste, je pense qu’ĂȘtre dĂ©iste peut difficilement avoir des consĂ©quences nĂ©gatives, tant sur soi que sur les autres personnes.

Le systĂšme Ă©conomique occidental lui-mĂȘme fonctionne d’une façon tout Ă  fait Ă©goĂŻste et psychopathe, en ne se contentant pas de spolier la richesse des citoyens de son pays, mais en volant aussi celle des nations dans lesquelles il a une emprise sur la scĂšne internationale. Ce modĂšle, comme le reste de la sociĂ©tĂ© dont il est issu, privilĂ©gie la pensĂ©e et l’action Ă  court terme, ce qui est plutĂŽt logique lorsque l’on est basĂ© sur le matĂ©riel. Le matĂ©riel est effectivement l’incarnation mĂȘme de ce qui est temporaire, et miser lĂ -dessus revient Ă  se baser sur ce qui est Ă©vanescent et ne peut que disparaĂźtre. Comment penser qu’un pays qui, comme les États-Unis, affecte 651,2 milliards de dollars Ă  la DĂ©fense nationale, quand 330 milliards sont versĂ©s Ă  la Recherche et au DĂ©veloppement, 64 milliards pour l’Ă©ducation, et 18,1 pour la Nasa, pendant que des coupes dans les services sociaux et la santĂ© sont faites, puisse ĂȘtre en phase avec les rĂ©alitĂ©s de son temps ? Alors qu’investir dans les sciences paraĂźtrait le moyen le plus probable d’aboutir, entre autres perspectives allĂ©chantes, Ă  l’autonomie et Ă  l’abondance Ă©nergĂ©tique, ce qui serait trĂšs utile et rentable sur le long terme, mais coĂ»teux pendant la pĂ©riode de recherche qui prĂ©cĂšde la dĂ©couverte, le gouvernement des États-Unis prĂ©fĂšre, lui, investir prioritairement dans l’industrie de l’armement, y ajoutant une subvention de 100 milliards de dollars entre 2008 et 2009 malgrĂ© la crise Ă©conomique, parce que ce secteur est immĂ©diatement rentable et que seul le profit est recherchĂ©. Certains diront qu’il s’agit d’une mesure de protection nĂ©cessaire pour garder un poids dissuasif sur la scĂšne internationale. Mais contre qui les États-Unis devraient-ils se protĂ©ger avec une velle vĂ©hĂ©mence, au juste ? MĂȘme la Chine, pourtant versĂ©e dans l’art de la brutalitĂ© et deuxiĂšme puissance militaire mondiale, n’affecte que 56 milliards à son budget militaire. La mort est tout simplement une affaire florissante. (Pour les intĂ©ressĂ©s, voir la rĂ©partition des dĂ©penses du gouvernement amĂ©ricain, en anglais)

sarkozy-pour-un-capitalisme-nouveau

Un autre mĂ©fait de la sociĂ©tĂ© marchande telle qu’elle est organisĂ©e est qu’elle oblige le citoyen Ă  oeuvrer Ă  sa propre auto-destruction. Du fait qu’elle lui impose de penser sur le court terme et ne lui fait savoir que ce qu’elle estime qu’il doit savoir, elle l’habitue Ă  acheter sans se demander qui il contribue Ă  financer de la sorte. En effet, bien qu’il soit tout Ă  fait normal que le groupe assez volumineux des citoyens qui gagnent tout juste assez d’argent pour survivre minimise ses dĂ©penses au maximum et achĂšte donc lĂ  oĂč les prix sont les moins Ă©levĂ©s, d’autres personnes plus aisĂ©es pourraient faire passer les justes valeurs avant la cupiditĂ©, ne serait-ce que par principe. En effet, en achetant lĂ  oĂč les prix sont les moins Ă©levĂ©s, donc dans la grande distribution, on enrichit forcĂ©ment les multinationales qui pourrissent le monde du fait des consĂ©quences de leurs actions, de mĂȘme que tant d’autres entreprises dont l’Ă©thique est discutable mais auxquelles le systĂšme force souvent bon nombre de gens Ă  avoir recours par la simple et logique motivation de la survie. De toute maniĂšre, peu d’entreprises peuvent encore se vanter d’ĂȘtre exemptes de reproches. Mais en favorisant la grande distribution, on accentue aussi quelque chose qui nous touche plus directement, Ă  savoir la destruction des classes moyennes, qui sont un pilier indispensable Ă  la dĂ©mocratie. RĂ©duire la classe moyenne dans des proportions incongrues, cela signifie diviser la sociĂ©tĂ© entre une classe aisĂ©e, dans laquelle les richesses et le pouvoir sont centralisĂ©s, et une classe pauvre, qui est si prĂ©occupĂ©e par sa survie qu’elle a peu d’occasions de se soucier de quoi que ce soit d’autre et dont les moyens ne permettraient de toute maniĂšre pas de causer la moindre incidence. Ce schĂ©ma illustre de maniĂšre Ă©loquente la disparition progressive de la classe moyenne depuis les 30 derniĂšres annĂ©es:

Classe moyenne

Le pire est que les citoyens sont contraints par le systĂšme de disloquer cette petite bourgeoisie. Qui plus est, la sociĂ©tĂ© marchande a permis au secteur privĂ© des entreprises de s’approprier une telle quantitĂ© de richesses qu’elles se sont non seulement substituĂ©es aux États, mais les tiennent dĂ©sormais sous leur coupe grĂące Ă  leur monopole de l’argent, et y trouvent un sympathique rĂ©servoir de subsides dans lequel elles peuvent se servir aux dĂ©triments du contribuable.

89564

Bien que tous les systĂšmes, mĂȘme ceux qui incluent les valeurs les plus nobles, sont dĂ©tournĂ©s par les dirigeants Ă  des fins qui leur sont avantageuses, et que ce qui se fait sur le reste du globe peut difficilement ĂȘtre considĂ©rĂ© comme plus apprĂ©ciable que ce qui existe en Occident, le nĂŽtre a ceci de particuliĂšrement pervers qu’il essaie de revenir sur des droits durement acquis et veut se faire passer pour une dĂ©mocratie humaniste alors qu’il est une dĂ©mocrature qui penche de plus en plus vers la dictature. Prisonniers de leur propre logique, nos dirigeants nord-amĂ©ricains et europĂ©ens multiplient les mesures et les astuces extraordinaires pour conserver leur emprise hĂ©gĂ©monique sur le globe qui leur permet de faire prĂ©valoir leurs ambitions, obsĂ©dĂ©s Ă  l’idĂ©e de maintenir le systĂšme tel qu’il est pour sauvegarder leurs privilĂšges, alors que leurs « blocs »Â dĂ©clinent inexorablement et pourraient se retrouver balayĂ©s d’ici une quarantaine d’annĂ©es par le pĂŽle Russe, Indien et Chinois, mĂȘme si ceux-ci sont actuellement encore loin d’ĂȘtre rĂ©ellement menaçants Ă©conomiquement parlant, Ă  moins d’un Ă©ventuel effondrement brusque de l’Occident, quoiqu’il les emporterait probablement dans le mĂȘme gouffre. L’Union EuropĂ©enne des 27, les États-Unis et le Japon comptent effectivement pour un PIB d’environ 36 000 milliards sur un total de 54 000 pour l’ensemble du globe, tandis que la Chine atteint les 5 000 milliards et que la Russie et l’Inde tournent autour des 2000. Pourtant, ces derniers pays sont partisans d’un systĂšme capitaliste tout aussi immoral que celui du monde occidental (mĂȘme s’ils partagent aussi de nombreux diffĂ©rends avec ce dernier) que la Chine couple d’une ignoble politique communiste, et les droits des citoyens y stagnent Ă  un niveau auquel nos Ă©lites auraient toutes les peines du monde Ă  nous ramener, malgrĂ© leurs brillants efforts en ce sens.

Bien mieux qu’un effondrement du monde occidental, donc, il faudrait tout simplement espĂ©rer que l’issue des évĂ©nements Ă  venir dĂ©bouche sur un changement de pouvoir vers un gouvernement plus Ă©clairĂ©, ou permettent au minimum un retour Ă  une situation plus acceptable. Malheureusement, une amĂ©lioration de la vie au sein d’une sociĂ©tĂ© ne dĂ©pend que de la bonne volontĂ© de personnes hauts-placĂ©es, et peut brutalement disparaĂźtre d’un jour Ă  l’autre avec ces mĂȘmes dirigeants bien intentionnĂ©s. Mais puisque la nature du genre humain est par nature imparfaite, l’ĂȘtre humain ne peut crĂ©er que des sociĂ©tĂ©s imparfaites, et c’est pourquoi attendre la perfection dans ce domaine ne pourrait que dĂ©cevoir tant que l’Homme sera tel qu’il est. Cependant, il nous est tout Ă  fait lĂ©gitime d’exiger une sociĂ©tĂ© aussi parfaite que possible, en ayant Ă  l’esprit que cette entitĂ© est le reflet de l’ensemble de ses constituants et que nous sommes par consĂ©quent les garants de son bon fonctionnement.

Régis Mex, pour Mecanopolis.

sept 17 2009

La Russie, obstacle majeur sur la route de « l’AmĂ©rique-monde »

Alors que les Etats-Unis tentent, depuis le 11 septembre 2001, d’accĂ©lĂ©rer leur projet de transformation du monde Ă  l’image de la sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique et libĂ©rale rĂȘvĂ©e par leurs pĂšres fondateurs, les civilisations non occidentales se dressent sur leur chemin et affirment leur volontĂ© de puissance.

780233757

La Russie, en particulier constitue un obstacle gĂ©opolitique majeur pour Washington. Elle entend dĂ©fendre son espace d’influence et montrer au monde qu’elle est incontournable sur le plan Ă©nergĂ©tique.

L’un des auteurs classiques de la gĂ©opolitique, Halford J. Mackinder (1861-1947), un amiral britannique, qui professa la gĂ©ographie Ă  Oxford, dĂ©fendait comme thĂšse centrale que les grandes dynamiques gĂ©opolitiques de la planĂšte s’articulaient autour d’un cƓur du monde (heartland), l’Eurasie. Pivot de la politique mondiale que la puissance maritime ne parvenait pas Ă  atteindre, l’Eurasie avait pour cƓur intime la Russie, un Empire qui « occupait dans l’ensemble du monde la position stratĂ©gique centrale qu’occupe l’Allemagne en Europe ».

Autour de cet Ă©picentre des secousses gĂ©opolitiques mondiales, protĂ©gĂ© par une ceinture faite d’obstacles naturels (vide sibĂ©rien, Himalaya, dĂ©sert de Gobi, Tibet) que Mackinder appelle le croissant intĂ©rieur, s’Ă©tendent les rivages du continent eurasiatique : Europe de l’Ouest, Moyen-Orient, Asie du Sud et de l’Est.

Au-delĂ  de ces rivages, par-delĂ  les obstacles marins, deux systĂšmes insulaires viennent complĂ©ter l’encadrement du heartland : la Grande-Bretagne et le Japon, tĂȘtes de pont d’un croissant plus Ă©loignĂ© auquel les États-Unis appartiennent.

Selon cette vision du monde, les puissances maritimes mondiales, les thalassocraties que dĂ©fend Mackinder, doivent empĂȘcher l’unitĂ© continentale eurasiatique.

Elles doivent donc maintenir les divisions est/ouest entre les principales puissances continentales capables de nouer des alliances (France/Allemagne, Allemagne/Russie, Russie/Chine) mais aussi contrĂŽler les rivages du continent eurasiatique.

Cette matrice anglo-saxonne, que l’on peut appliquer au cas de l’Empire britannique au XIXe siĂšcle, comme Ă  celui de la thalassocratie amĂ©ricaine au XXe siĂšcle, reste un outil pertinent pour comprendre la gĂ©opolitique d’aujourd’hui.

La thĂ©orie de Mackinder nous rappelle deux choses que les thalassocraties anglo-saxonnes n’ont jamais oubliĂ©es : il n’y a pas de projet europĂ©en de puissance (d’Europe puissance) sans une Allemagne forte et indĂ©pendante (or l’Allemagne reste largement sous l’emprise amĂ©ricaine depuis 1945) ; il n’y pas d’Ă©quilibre mondial face au mondialisme amĂ©ricain sans une Russie forte.

L’AmĂ©rique veut l’AmĂ©rique-monde ; le but de sa politique Ă©trangĂšre, bien au-delĂ  de la seule optimisation des intĂ©rĂȘts stratĂ©giques et Ă©conomiques du pays, c’est la transformation du monde Ă  l’image de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine. L’AmĂ©rique est messianique et lĂ  est le moteur intime de sa projection de puissance. En 1941, en signant la Charte de l’Atlantique, Roosevelt et Churchill donnaient une feuille de route au rĂȘve d’un gouvernement mondial visant Ă  organiser une mondialisation libĂ©rale et dĂ©mocratique. Jusqu’en 1947, l’AmĂ©rique aspira Ă  la convergence avec l’URSS dans l’idĂ©e de former avec celle-ci un gouvernement mondial, et ce, malgrĂ© l’irrĂ©ductibilitĂ© Ă©vidente des deux mondialismes amĂ©ricain et soviĂ©tique. Deux ans aprĂšs l’effondrement europĂ©en de 1945, les AmĂ©ricains comprirent qu’ils ne parviendraient pas Ă  entraĂźner les SoviĂ©tiques dans leur mondialisme libĂ©ral et ils se rĂ©signĂšrent Ă  rĂ©trĂ©cir gĂ©ographiquement leur projet : l’atlantisme remplaça provisoirement le mondialisme.

Puis, en 1989, lorsque l’URSS vacilla, le rĂȘve mondialiste redressa la tĂȘte et poussa l’AmĂ©rique Ă  accĂ©lĂ©rer son dĂ©ploiement mondial. Un nouvel ennemi global, sur le cadavre du communisme, fournissait un nouveau prĂ©texte Ă  la projection globale : le terrorisme islamiste. Durant la Guerre froide, les AmĂ©ricains avaient fait croĂźtre cet ennemi, pour qu’il barre la route Ă  des rĂ©volutions socialistes qui se seraient tournĂ©es vers la Russie soviĂ©tique. L’islamisme sunnite avait Ă©tĂ© l’alliĂ© des AmĂ©ricains contre la Russie soviĂ©tique en Afghanistan. Ce fut le premier creuset de formation de combattants islamistes sunnites, la matrice d’Al Qaida comme celle des islamistes algĂ©riens… Puis il y eut la rĂ©volution fondamentaliste chiite et l’abandon par les AmĂ©ricains du Shah d’Iran en 1979. Le calcul de Washington fut que l’Iran fondamentaliste chiite ne s’allierait pas Ă  l’URSS, contrairement Ă  une rĂ©volution marxiste, et qu’il offrirait un contrepoids aux fondamentalistes sunnites.

Dans le monde arabe, ce furent les FrĂšres musulmans qui, d’Egypte Ă  la Syrie, furent encouragĂ©s. Washington poussa l’Irak contre l’Iran, et inversement, suivant le principe du « let them kill themselves (laissez-les s’entretuer) » dĂ©jĂ  appliquĂ© aux peuples russe et allemand, afin de dĂ©truire un nationalisme arabe en contradiction avec les intĂ©rĂȘts d’IsraĂ«l. L’alliance perdura aprĂšs la chute de l’URSS. Elle fut Ă  l’Ɠuvre dans la dĂ©molition de l’Ă©difice yougoslave et la crĂ©ation de deux Etats musulmans en Europe, la Bosnie-HerzĂ©govine puis le Kosovo.

L’islamisme a toujours Ă©tĂ© utile aux AmĂ©ricains, tant dans sa situation d’alliĂ© face au communisme durant la Guerre froide, que dans sa nouvelle fonction d’ennemi officiel depuis la fin de la bipolaritĂ©. Certes, les islamistes existent rĂ©ellement ; ils ne sont pas une crĂ©ation imaginaire de l’AmĂ©rique ; ils ont une capacitĂ© de nuisance et de dĂ©stabilisation indĂ©niable. Mais s’ils peuvent prendre des vies, ils ne changeront pas la donne de la puissance dans le monde.

La guerre contre l’islamisme n’est que le paravent officiel d’une guerre beaucoup plus sĂ©rieuse : la guerre de l’AmĂ©rique contre les puissances eurasiatiques.

AprĂšs la disparition de l’URSS, il est apparu clairement aux AmĂ©ricains qu’une puissance continentale, par la combinaison de sa masse dĂ©mographique et de son potentiel industriel, pouvait briser le projet d’AmĂ©rique-monde : la Chine. La formidable ascension industrielle et commerciale de la Chine face Ă  l’AmĂ©rique fait penser Ă  la situation de l’Allemagne qui, Ă  la veille de la PremiĂšre Guerre mondiale, rattrapait et dĂ©passait les thalassocraties anglo-saxonnes. Ce fut la cause premiĂšre de la PremiĂšre Guerre mondiale.

Si la Chine se hisse au tout premier rang des puissances, pensent les stratĂšges amĂ©ricains, par la combinaison de sa croissance Ă©conomique et de son indĂ©pendance gĂ©opolitique, et tout en conservant son modĂšle confucĂ©en Ă  l’abri du dĂ©mocratisme occidental, alors c’en est fini de l’AmĂ©rique-monde. Les AmĂ©ricains peuvent renoncer Ă  leur principe de DestinĂ©e manifeste (Principle of Manifest Destiny) de 1845 ainsi qu’au messianisme de leurs pĂšres fondateurs, fondamentalistes biblistes ou franc-maçons.

Alors que l’URSS venait Ă  peine de s’effondrer, les stratĂšges amĂ©ricains orientĂšrent donc leurs rĂ©flexions sur la maniĂšre de contenir l’ascension de la Chine.

Sans doute comprirent-ils alors toute l’actualitĂ© du raisonnement de Mackinder. Les Anglo-Saxons avaient dĂ©truit le projet eurasiatique des Allemands, puis celui des Russes ; il leur fallait abattre celui des Chinois. Une nouvelle fois la Mer voulait faire piĂšce Ă  la Terre.

La guerre humanitaire et la guerre contre le terrorisme seraient les nouveaux prétextes servant à masquer les buts réels de la nouvelle grande guerre eurasiatique : la Chine comme cible, la Russie comme condition pour emporter la bataille.

La Chine comme cible parce que seule la Chine est une puissance capable de dĂ©passer l’AmĂ©rique dans le rang de la puissance matĂ©rielle Ă  un horizon de vingt ans. La Russie comme condition parce que de son orientation stratĂ©gique dĂ©coulera largement l’organisation du monde de demain : unipolaire ou multipolaire.

Face à la Chine, les Américains entreprirent de déployer une nouvelle stratégie globale articulée sur plusieurs volets :

‱L’extension d’un bloc transatlantique Ă©largi jusqu’aux frontiĂšres de la Russie et Ă  l’ouest de la Chine.

‱Le contrĂŽle de la dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique de la Chine.

‱L’encerclement de la Chine par la recherche ou le renforcement d’alliances avec des adversaires sĂ©culaires de l’Empire du Milieu (les Indiens, les Vietnamiens, les CorĂ©ens, les Japonais, les TaĂŻwanais…).

‱L’affaiblissement de l’Ă©quilibre entre les grandes puissances nuclĂ©aires par le dĂ©veloppement du bouclier anti-missiles.

‱L’instrumentalisation des sĂ©paratismes (en Serbie, en Russie, en Chine, et jusqu’aux confins de l’IndonĂ©sie) et le remaniement de la carte des frontiĂšres (au Moyen-Orient arabe).

Washington a cru, dĂšs 1990, pouvoir faire basculer la Russie de son cĂŽtĂ©, pour former un vaste bloc transatlantique de Washington Ă  Moscou avec au milieu la pĂ©riphĂ©rie europĂ©enne atlantisĂ©e depuis l’effondrement europĂ©en de 1945. Ce fut la phrase de George Bush pĂšre, lequel en 1989 appelait Ă  la formation d’une alliance « de Vladivostok Ă  Vancouver » ; en somme le monde blanc organisĂ© sous la tutelle de l’AmĂ©rique, une nation paradoxalement appelĂ©e, par le contenu mĂȘme de son idĂ©ologie, Ă  ne plus ĂȘtre majoritairement blanche Ă  l’horizon 2050.

L’extension du bloc transatlantique est la premiĂšre dimension du grand jeu eurasiatique. Les AmĂ©ricains ont non seulement conservĂ© l’OTAN aprĂšs la disparition du Pacte de Varsovie mais ils lui ont redonnĂ© de la vigueur : premiĂšrement l’OTAN est passĂ© du droit international classique (intervention uniquement en cas d’agression d’un Etat membre de l’Alliance) au droit d’ingĂ©rence. La guerre contre la Serbie, en 1999, a marquĂ© cette transition et ce dĂ©couplage entre l’OTAN et le droit international. DeuxiĂšmement, l’OTAN a intĂ©grĂ© les pays d’Europe centrale et d’Europe orientale. Les espaces baltique et yougoslave (Croatie, Bosnie, Kosovo) ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s Ă  la sphĂšre d’influence de l’OTAN.

Pour Ă©tendre encore l’OTAN et resserrer l’Ă©tau autour de la Russie, les AmĂ©ricains ont fomentĂ© les rĂ©volutions colorĂ©es (GĂ©orgie en 2003, Ukraine en 2004, Kirghizstan en 2005), ces retournements politiques non violents, financĂ©s et soutenus par des fondations et des ONG amĂ©ricaines, lesquelles visaient Ă  installer des gouvernements anti-russes. Une fois au pouvoir, le prĂ©sident ukrainien pro-occidental demanda naturellement le dĂ©part de la flotte russe des ports de CrimĂ©e et l’entrĂ©e de son pays dans l’OTAN.

Quant au prĂ©sident gĂ©orgien il devait, dĂšs 2003, militer pour l’adhĂ©sion de son pays dans l’OTAN et l’Ă©viction des forces de paix russes dĂ©diĂ©es depuis 1992 Ă  la protection des populations abkhazes et sud-ossĂštes.

À la veille du 11 septembre 2001, grĂące Ă  l’OTAN, l’AmĂ©rique avait dĂ©jĂ  Ă©tendu fortement son emprise sur l’Europe. Elle avait renforcĂ© l’islam bosniaque et albanais et fait reculer la Russie de l’espace yougoslave.

Durant les dix premiĂšres annĂ©es post-Guerre froide, la Russie n’avait donc cessĂ© de subir les avancĂ©es amĂ©ricaines. Des oligarques souvent Ă©trangers Ă  l’intĂ©rĂȘt national russe s’Ă©taient partagĂ©s ses richesses pĂ©troliĂšres et des conseillers libĂ©raux proamĂ©ricains entouraient le prĂ©sident Eltsine. La Russie Ă©tait empĂȘtrĂ©e dans le conflit tchĂ©tchĂšne, remuĂ© largement par les AmĂ©ricains comme d’ailleurs l’ensemble des abcĂšs islamistes. Le monde semblait s’enfoncer lentement mais sĂ»rement dans l’ordre mondial amĂ©ricain, dans l’unipolaritĂ©.

En 2000, un Ă©vĂ©nement considĂ©rable, peut-ĂȘtre le plus important depuis la fin de la Guerre froide (plus important encore que le 11 septembre 2001) se produisit pourtant : l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. L’un de ces retournements de l’histoire qui ont pour consĂ©quences de ramener celle-ci Ă  ses fondamentaux, Ă  ses constantes.

Poutine avait un programme trĂšs clair : redresser la Russie Ă  partir du levier Ă©nergĂ©tique. Il fallait reprendre le contrĂŽle des richesses du sous-sol des mains d’oligarques peu soucieux de l’intĂ©rĂȘt de l’Empire. Il fallait construire de puissants opĂ©rateurs pĂ©trolier (Rosneft) et gazier (Gazprom) russes liĂ©s Ă  l’Etat et Ă  sa vision stratĂ©gique. Mais Poutine ne dĂ©voilait pas encore ses intentions quant au bras de fer amĂ©ricano-chinois. Il laissait planer le doute.

Certains, dont je fais d’ailleurs partie puisque j’analysais Ă  l’Ă©poque la convergence russo-amĂ©ricaine comme passagĂšre et opportune (le discours amĂ©ricain de la guerre contre le terrorisme interdisait en effet momentanĂ©ment la critique amĂ©ricaine Ă  propos de l’action russe en TchĂ©tchĂ©nie), avaient compris dĂšs le dĂ©but que Poutine reconstruirait la politique indĂ©pendante de la Russie ; d’autres pensaient au contraire qu’il serait occidentaliste. Il lui fallait en finir avec la TchĂ©tchĂ©nie et reprendre le pĂ©trole. La tĂąche Ă©tait lourde. Un symptĂŽme Ă©vident pourtant montrait que Poutine allait reprendre les fondamentaux de la grande politique russe : le changement favorable Ă  l’Iran et la reprise des ventes d’armes Ă  destination de ce pays ainsi que la relance de la coopĂ©ration en matiĂšre de nuclĂ©aire civil.

Pourquoi alors l’accession de Poutine Ă©tait-elle un Ă©vĂ©nement si considĂ©rable ?

Sans apparaĂźtre Ă  l’Ă©poque de maniĂšre Ă©clatante, cette arrivĂ©e signifiait que l’unipolaritĂ© amĂ©ricaine, sans la poursuite de l’intĂ©gration de la Russie Ă  l’espace transatlantique, Ă©tait dĂ©sormais vouĂ©e Ă  l’Ă©chec, et avec elle, par consĂ©quent, la grande stratĂ©gie visant Ă  briser la Chine et Ă  prĂ©venir l’Ă©mergence d’un monde multipolaire.

Au-delĂ  encore, nombre d’EuropĂ©ens ne perçurent pas immĂ©diatement que Poutine portait l’espoir d’une rĂ©ponse aux dĂ©fis de la compĂ©tition Ă©conomique mondiale fondĂ©e sur l’identitĂ© et la civilisation. Sans doute les AmĂ©ricains, eux, le comprirent-ils mieux que les EuropĂ©ens de l’Ouest. George Bush n’en fit-il pas l’aveu lorsqu’il avoua un jour qu’il avait vu en Poutine un homme habitĂ© profondĂ©ment par l’intĂ©rĂȘt de son pays ?

Le 11 septembre 2001 offrit pourtant l’occasion aux AmĂ©ricains d’accĂ©lĂ©rer leur programme d’unipolaritĂ©. Au nom de la lutte contre un mal qu’ils avaient eux-mĂȘmes fabriquĂ©, ils purent obtenir une solidaritĂ© sans failles des EuropĂ©ens (donc plus d’atlantisme et moins « d’Europe puissance »), un rapprochement conjoncturel avec Moscou (pour Ă©craser le sĂ©paratisme tchĂ©tchĂ©no-islamiste), un recul de la Chine d’Asie centrale face Ă  l’entente russo-amĂ©ricaine dans les rĂ©publiques musulmanes ex-soviĂ©tiques, un pied en Afghanistan, Ă  l’ouest de la Chine donc et au sud de la Russie, et un retour marquĂ© en Asie du Sud-est.

Mais l’euphorie amĂ©ricaine en Asie centrale ne dura que quatre ans. La peur d’une rĂ©volution colorĂ©e en OuzbĂ©kistan poussa le pouvoir ouzbek, un moment tentĂ© de devenir la grande puissance d’Asie centrale en faisant contrepoids au grand frĂšre russe, Ă  Ă©vincer les AmĂ©ricains et Ă  se rapprocher de Moscou. Washington perdit alors, Ă  partir de 2005, de nombreuses positions en Asie centrale, tandis qu’en Afghanistan, malgrĂ© les contingents de supplĂ©tifs qu’elle ponctionne Ă  des Etats europĂ©ens incapables de prendre le destin de leur civilisation en main, elle continue de perdre du terrain face Ă  l’alliance talibano-pakistanaise, soutenue discrĂštement en sous-main par les Chinois qui veulent voir l’AmĂ©rique refoulĂ©e d’Asie centrale.

Les Chinois, de nouveau, peuvent espĂ©rer prendre des parts du pĂ©trole kazakh et du gaz turkmĂšne et construire ainsi des routes d’acheminement vers leur Turkestan (le Xinjiang). PĂ©kin tourne ses espoirs Ă©nergĂ©tiques vers la Russie qui Ă©quilibrera Ă  l’avenir ses fournitures d’Ă©nergie vers l’Europe par l’Asie (non seulement la Chine mais aussi le Japon, la CorĂ©e du Sud, l’Inde…).

Le jeu de Poutine apparaĂźt dĂ©sormais au grand jour. Il pouvait s’accorder avec Washington pour combattre le terrorisme qui frappait aussi durement la Russie. Il n’avait pas pour autant l’intention d’abdiquer quant aux prĂ©tentions lĂ©gitimes de la Russie : refuser l’absorption de l’Ukraine (car l’Ukraine pour la Russie c’est une nation sƓur, l’ouverture sur l’Europe, l’accĂšs Ă  la MĂ©diterranĂ©e par la mer Noire grĂące au port de SĂ©bastopol en CrimĂ©e) et de la GĂ©orgie dans l’OTAN. Et si l’indĂ©pendance du Kosovo a pu ĂȘtre soutenue par les AmĂ©ricains et des pays de l’Union europĂ©enne, au nom de quoi les Russes n’auraient-ils pas le droit de soutenir celles de l’OssĂ©tie du Sud et de l’Abkhazie, d’autant que les peuples concernĂ©s eux-mĂȘmes voulaient se sĂ©parer de la GĂ©orgie ?

Mackinder avait donc raison. Dans le grand jeu eurasiatique, la Russie reste la piĂšce clĂ©. C’est la politique de Poutine, bien plus que la Chine (pourtant cible premiĂšre de Washington car possible premiĂšre puissance mondiale) qui a barrĂ© la route Ă  Washington. C’est cette politique qui lĂšve l’axe Ă©nergĂ©tique Moscou (et Asie centrale)-TĂ©hĂ©ran-Caracas, lequel pĂšse Ă  lui seul ÂŒ des rĂ©serves prouvĂ©es de pĂ©trole et prĂšs de la moitiĂ© de celles de gaz (la source d’Ă©nergie montante). Cet axe est le contrepoids au pĂ©trole et au gaz arabes conquis par l’AmĂ©rique.

Washington voulait Ă©touffer la Chine en contrĂŽlant l’Ă©nergie. Mais si l’AmĂ©rique est en Arabie Saoudite et en Irak (1Ăšre et 3e rĂ©serves prouvĂ©es de pĂ©trole), elle ne contrĂŽle ni la Russie, ni l’Iran, ni le Venezuela, ni le Kazakhstan et ces pays bien au contraire se rapprochent. Ensemble, ils sont dĂ©cidĂ©s Ă  briser la suprĂ©matie du pĂ©trodollar, socle de la centralitĂ© du dollar dans le systĂšme Ă©conomique mondial (lequel socle permet Ă  l’AmĂ©rique de faire supporter aux EuropĂ©ens un dĂ©ficit budgĂ©taire colossal et de renflouer ses banques d’affaires ruinĂ©es).

Nul doute que Washington va tenter de briser cette politique russe en continuant Ă  exercer des pressions sur la pĂ©riphĂ©rie russe. Les AmĂ©ricains vont tenter de dĂ©velopper des routes terrestres de l’Ă©nergie (olĂ©oducs et gazoducs) alternatives Ă  la toile russe qui est en train de s’Ă©tendre sur tout le continent eurasiatique, irriguant l’Europe de l’Ouest comme l’Asie. Mais que peut faire Washington contre le cƓur Ă©nergĂ©tique et stratĂ©gique de l’Eurasie ? La Russie est une puissance nuclĂ©aire.

Les EuropĂ©ens raisonnables et qui ne sont pas trop aveuglĂ©s par la dĂ©sinformation des mĂ©dias amĂ©ricains, savent qu’ils ont plus besoin de la Russie qu’elle n’a besoin d’eux. Toute l’Asie en croissance appelle le pĂ©trole et le gaz russe et iranien.

Dans ces conditions et alors que la multipolaritĂ© se met en place, les EuropĂ©ens feraient bien de se rĂ©veiller. La crise Ă©conomique profonde dans laquelle ils semblent devoir s’enfoncer durablement conduira-t-elle Ă  ce rĂ©veil ? C’est la consĂ©quence positive qu’il faudrait espĂ©rer des difficultĂ©s pĂ©nibles que les peuples d’Europe vont endurer dans les dĂ©cennies Ă  venir.

Aymeric CHAUPRADE

Source du texte : Theatrum-Belli

sept 07 2009

Le capitalisme en crise a besoin d’un conflit militaire majeur

Pour Jean-Loup Izambert, journaliste indĂ©pendant et Ă©crivain, qui publie son septiĂšme ouvrage  sous le titre de Pourquoi la crise ? aux Ă©ditions AmalthĂ©e, la crise du capitalisme est devenue totale. Contrairement aux dĂ©clarations de certains Ă©conomistes et politiciens, il affirme qu’il n’y aura pas de sortie de crise. Pour l’auteur de la seule investigation journalistique sur les origines de la crise, le systĂšme capitaliste ne peut survivre que par la guerre. Quelle alternative pour les peuples ? Entretien.

izambert_pouquoi_la_crise_pf

Geostrategie : Vous dĂ©montrez dans votre livre Pourquoi la crise ? que le capitalisme ne peut plus supporter la dĂ©mocratie parlementaire avec laquelle il s’est dĂ©veloppĂ©. Sommes-nous Ă  un point de rupture avec ce systĂšme et les valeurs de libertĂ©, d’égalitĂ©, de fraternitĂ© ?

Jean-Loup Izambert : C’est Ă©vident. Pourquoi et quelles donnĂ©es changent par rapport aux derniĂšres dĂ©cennies ? Dans ce systĂšme les grands propriĂ©taires privĂ©s de l’économie contrĂŽlent l’économie et tentent de l’imposer par tous les moyens comme rĂ©gime aux peuples de la planĂšte, y compris par la guerre. C’est ce qu’ils ont toujours fait avec la seule prĂ©occupation de s’enrichir et de faire main basse sur les richesses des peuples au seul profit des sociĂ©tĂ©s transnationales qu’ils dirigent. Mais parvenu au stade de l’impĂ©rialisme, pĂ©riode actuelle du dĂ©veloppement du capitalisme, les grands possĂ©dants ont besoin d’un pouvoir politique qui leur soit totalement dĂ©vouĂ© pour protĂ©ger et accroĂźtre encore la concentration des richesses qu’ils cumulent. Il faut bien comprendre qu’il s’agit pour eux d’une question de survie, de rester maĂźtres du pouvoir et bien sĂ»r de leur privilĂšges. L’une des contradictions qu’ils doivent gĂ©rer vient justement du fait que l’accumulation du Capital et la concentration des richesses qu’ils sont contraints de perpĂ©tuer sous peine de perdre pouvoir et privilĂšges implique aujourd’hui des centres de dĂ©cisions de plus en plus fermĂ©s, dans l’entreprise comme dans la sociĂ©tĂ©. Or, cette tendance Ă  la centralisation va Ă  l’inverse de mouvement des sociĂ©tĂ©s qui pousse vers plus d’ouverture, de dĂ©mocratie, de participation, de culture notamment avec le dĂ©veloppement des sciences et des techniques.

Geostrategie : Quels faits caractĂ©risent aujourd’hui cette concentration des richesses ?

J-L.I. : Aujourd’hui 200 sociĂ©tĂ©s transnationales contrĂŽlent plus de 23% du commerce mondial et 1% des plus riches dĂ©tient plus de 57% des richesses produites. L’augmentation des richesses conduit-elle Ă  l’enrichissement des peuples ? Non. Au niveau mondial 103 200 personnes, pour la plupart propriĂ©taires privĂ©s de l’économie, dĂ©tiennent un patrimoine financier de plus de 30 millions de dollars, hors rĂ©sidence principale et biens de consommation. Mais, si l’on se rĂ©fĂšre aux statistiques de l’Organisation des Nations Unies, plus de 80 pays ont aujourd’hui un revenu par habitant plus bas qu’il y a dix ans. D’une part les peuples prennent de plus en plus conscience qu’ils ne profitent pas de l’augmentation des richesses produites, que plus les richesses se concentrent entre quelques mains plus la misĂšre s’accroĂźt dans les sociĂ©tĂ©s mais Ă©galement que ce phĂ©nomĂšne touche aujourd’hui le cƓur mĂȘme de l’Occident capitaliste qui s’en croyait Ă  l’abri. Selon les chiffres du fisc Ă©tasunien, Ă  la veille de l’aggravation de la crise 60 millions de personnes « vivaient » aux Etats-Unis avec moins de sept dollars par jour. Bien que dissimulĂ©e par les mĂ©dias qui appartiennent aux milliardaires, la situation est analogue dans la petite Europe de Maastricht de 20 millions de chĂŽmeurs oĂč 80 millions de citoyens – soit quand mĂȘme 16% de ses 495 millions d’habitants – courent un risque de pauvretĂ©, 17 millions sont rĂ©pertoriĂ©es comme « trĂšs pauvres » et 70 millions d’autres n’ont pas accĂšs Ă  un logement dĂ©cent selon les propres statistiques publiĂ©es par la Commission europĂ©enne et d’autres organismes « europĂ©ens ». Dans ce contexte, les grands possĂ©dants de l’économie ont besoin de faire courber la tĂȘte aux peuples pour maintenir leur systĂšme d’exploitation.

Les dirigeants bourgeois organisent le déficit des nations

Geostrategie : Comment le pouvoir politique favorise-t-il ces grands propriĂ©taires privĂ©s de l’économie ?

J-L.I.: De diffĂ©rentes maniĂšres. Cela va du vote de lois en faveur de la grande bourgeoisie, Ă  une complicitĂ© Ă©vidente avec le systĂšme d’évitement fiscal qui appauvrit la collectivitĂ© jusqu’au vote de crĂ©dit pour des guerres rĂ©gionales dans lesquelles vous voyez apparaĂźtre et se dĂ©velopper des SociĂ©tĂ©s Militaires PrivĂ©es (SMP) liĂ©es aux armĂ©es et services occidentaux et financĂ©es par les Etats et leurs transnationales. Les provocations rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  coups de campagnes mĂ©diatiques contre la FĂ©dĂ©ration de Russie, la RĂ©publique Populaire de Chine, la RĂ©publique Islamique d’Iran ou d’autres mais aussi le soutien Ă  des dictatures comme en Irak aprĂšs avoir ravagĂ© le pays par la guerre, dans plusieurs pays d’Afrique ou l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan sont des illustrations de la tentation totalitaire du capitalisme. L’actuelle prĂ©sidence française, son Premier ministre et son gouvernement sont au diapason de ce qui se passe dans tous les pays capitalistes sans exception : atteintes rĂ©pĂ©tĂ©es aux libertĂ©s, vote de lois en faveur des grands possĂ©dants, rĂ©duction du rĂŽle des assemblĂ©es Ă©lues – par exemple, avec la volontĂ© de tenter de supprimer les communes ou les dĂ©partements en France ou en rĂ©duisant le rĂŽle du Parlement -, « dĂ©pĂ©nalisation du droit des affaires » qui a pour consĂ©quence de laisser faire le pillage de la nation par les grands propriĂ©taires privĂ©s de l’économie, retrait du rĂŽle de l’Etat dans ses fonctions essentielles de la santĂ©, de l’éducation, du logement, du dĂ©veloppement Ă©conomique et de l’emploi, engagement dans des guerres et occupations de pays contre l’intĂ©rĂȘt des peuples.

Geostrategie : La dĂ©gradation de la situation Ă©conomique ne dĂ©pend donc pas seulement de la crise comme les mĂ©dias de masse tentent d’en accrĂ©diter l’idĂ©e ?

J-L.I. : Comme je l’ai dit, la crise est liĂ©e Ă  la nature mĂȘme du capitalisme. Elle prend une ampleur que n’a jamais connue le systĂšme alors que le pouvoir politique n’a cessĂ© de border son lit. Par exemple l’actuel prĂ©sident français s’était engagĂ© lors de sa campagne Ă©lectorale Ă  mettre en oeuvre une politique de plein emploi. Mais l’explosion du chĂŽmage et de la misĂšre que nous connaissons aujourd’hui n’est pas le fait de la seule crise. Bien avant que celle-ci ne se manifeste brutalement, le gouvernement français UMP, Ă  peine installĂ©, procĂ©dait dĂ©jĂ  Ă  la suppression de dizaines de milliers d’emplois dans la fonction publique sur plusieurs annĂ©es tandis que les dirigeants de grandes sociĂ©tĂ©s privĂ©es en programmaient la liquidation de centaines de milliers d’autres dans tous les secteurs d’activitĂ©. Cette politique au service de la concentration du Capital n’est que la continuitĂ© des prĂ©cĂ©dentes politiques menĂ©es par les gouvernements de droite comme de gauche. En fait le rĂŽle de l’Etat bourgeois se borne Ă  protĂ©ger les intĂ©rĂȘts des grands possĂ©dants contre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral avec pour consĂ©quence l’aggravation du dĂ©ficit budgĂ©taire, l’endettement de l’Etat et une misĂšre grandissante pour le plus grand nombre.

Un exemple : les sociĂ©tĂ©s transnationales qui auraient dĂ» payer plus de 33 milliards d’euros d’impĂŽts pour la seule annĂ©e 2006 en ont rĂ©glĂ© 6,1 milliards avec la bĂ©nĂ©diction de l’Etat ! Dans le mĂȘme temps, ces entreprises qui ne crĂ©ent pratiquement pas d’emplois, organisent des plans de licenciements, exportent une partie de leurs bĂ©nĂ©fices pour Ă©chapper Ă  l’impĂŽt ont reçu de l’Etat 65 milliards d’euros d’aides de toutes sortes et bĂ©nĂ©ficiĂ© de milliards d’euros d’exonĂ©rations fiscales. Pour vous donner une idĂ©e, sur deux annĂ©es, cela reprĂ©sente environ 130 milliards d’euros soit pratiquement l’équivalent du budget annuel europĂ©en pour la pĂ©riode 2007-2013 ou le montant du dĂ©ficit record du budget de la France fin 2009 contre 56,3 milliards en 2008. La dette publique de la France atteint aujourd’hui des sommets en se situant, selon l’INSEE, Ă  1413,6 milliards d’euros pour le premier trimestre 2009 soit 72,9% du Produit IntĂ©rieur Brut (montant des richesses créées dans un pays sur une annĂ©e entiĂšre). De mĂȘme, l’Etat et les dirigeants des grandes sociĂ©tĂ©s privĂ©es doivent des milliards d’euros Ă  la SĂ©curitĂ© Sociale qui ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© payĂ©s par les salariĂ©s aux entreprises et les consommateurs mais ne sont toujours pas reversĂ©s Ă  l’organisation de solidaritĂ© nationale par le grand patronat.

VoilĂ  comment le gouvernement organise les dĂ©ficits. Quand le PrĂ©sident de la RĂ©publique et les ministres de l’IntĂ©rieur qui se succĂšdent affirment « qu’il n’y a pas de zone de non droit » en ciblant la jeunesse amputĂ©e d’avenir qui se rĂ©volte, ils se moquent ouvertement du monde. Les premiĂšres zones de non droit se situent au sein mĂȘme de structures de l’Etat et elles sont le fait de leur politique qui conduit le pays Ă  la ruine ! Ce n’est qu’un aspect qui explique aussi la violence du systĂšme vis-Ă -vis de toutes les rĂ©sistances qu’il rencontre et de celles qui en dĂ©coulent de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale dans les rapports sociaux.

Geopolitique : La violence est donc liée à la fin du systÚme ?

J-L.I. : Oui, un peu comme les derniers sursauts d’une bĂȘte blessĂ©e Ă  mort. Elle se manifeste par le rejet brutal de millions d’hommes et de femmes du systĂšme de production, leur mise Ă  l’écart de la vie sociale, du logement, de la santĂ©, de la culture. Elle se manifeste Ă©galement par la destruction de pans entiers de l’économie, de rĂ©gions et de pays comme en Yougoslavie, en Irak, en Palestine, en AmĂ©rique centrale ou en Afrique oĂč les derniers « rois-nĂšgres » ne doivent leur trĂŽne qu’à la corruption dĂ©bridĂ©e de transnationales et, parmi d’autres, au pouvoir Ă©lysĂ©en. Le capitalisme est un systĂšme criminel qui a fait la prospĂ©ritĂ© d’une caste de milliardaires sur la mort de centaines de millions d’ĂȘtres humains, sur les souffrances les plus atroces des peuples sur tous les continents par la famine, la surexploitation, le colonialisme, la guerre. Et cela continue. Au moment oĂč nous parlons, selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies, une personne meurt de faim – « seulement » de faim, Ă©pidĂ©mies et guerres non comprises – toutes les quatre secondes. Dans le mĂȘme temps les dirigeants occidentaux en sont Ă  faire payer les paysans par les contribuables Ă  coups de primes pour mettre leurs terres en friches, Ă  dĂ©truire des pĂȘches entiĂšres par des rĂšglements imbĂ©ciles dĂ©cidĂ©s par les bureaucrates de Bruxelles. Et au moment oĂč nous parlons ce sont plus de 350 millions d’enfants de 6 Ă  17 ans qui sont surexploitĂ©s par les transnationales capitalistes sur tous les continents dans presque tous les types d’industrie, de l’Asie aux Etats-Unis. Si ce n’est de la violence et de l’égoĂŻsme, qu’est-ce donc le capitalisme ?!

Une exigence de destruction

Geostrategie : Dans votre livre vous rapportez le témoignage de plusieurs intervenants de différents milieux et pays dont certains évoquent une crise totale contrairement aux précédentes. Quels changements avec les crises précédentes ?

J-L.I. : Effectivement la crise est presque mondiale par le fait qu’elle touche tout le systĂšme capitaliste. Des pays comme la FĂ©dĂ©ration de Russie, la RĂ©publique Populaire de Chine, Cuba, le Venezuela rĂ©volutionnaire du prĂ©sident Hugo Chavez, le BrĂ©sil, la RĂ©publique dĂ©mocratique du Vietnam ou d’autres comme la RĂ©publique Islamique d’Iran sont moins touchĂ©s car ils sont, pour des raisons diverses – historiques, politiques, culturelles, Ă©conomiques – moins imbriquĂ©s dans le systĂšme capitaliste, ses rĂ©seaux commerciaux, bancaires et financiers. Jusqu’à prĂ©sent nous devions faire face Ă  des crises conjoncturelles du capitalisme, des pĂ©riodes oĂč la concentration du Capital s’accĂ©lĂ©rait brusquement en mettant en difficultĂ© momentanĂ©e des monnaies, des Ă©conomies, des pays. Face Ă  cette situation inĂ©dite il Ă©tait important que je donne la parole Ă  des intervenants de diffĂ©rents milieux tous concernĂ©s par la banque, la finance, l’organisation d’entreprise et de la sociĂ©tĂ©.

Quelques français comme le PrĂ©sident du groupe CrĂ©dit Agricole SociĂ©tĂ© Anonyme, un commissaire aux comptes ou un important cabinet d’avocats d’affaires parisien ont refusĂ© de dĂ©battre de la situation et de rĂ©pondre Ă  des questions portant sur l’évolution de l’activitĂ© de leur secteur professionnel dans le contexte actuel. La plupart ont jouĂ© le jeu et apportent, comme vous avez pu le lire, une contribution importante Ă  mon travail par leur vĂ©cu mais Ă©galement par leur propre rĂ©flexion et leurs travaux. C’est le cas du prĂ©sident Etienne Pflimlin du groupe bancaire mutualiste CrĂ©dit Mutuel-CIC, de Pierre-Henry Leroy, fondateur et dirigeant de Proxinvest, l’une des plus importantes sociĂ©tĂ©s de conseil aux actionnaires, du prĂ©sident Alban d’Amours du Mouvement des Caisses Desjardins, l’un des plus importants instituts financiers du Canada de forme coopĂ©rative, d’HervĂ© SĂ©rieyx, haut fonctionnaire, dirigeant de sociĂ©tĂ©, chercheur et conseil en organisation d’entreprise, de Mark Schacter au Canada qui est conseil international en organisation d’entreprise, de l’Institut Canadien des Comptables Agréés faute de trouver un europĂ©en qui daigne rĂ©pondre Ă  de simples questions de droit sur la transparence de gestion et la validitĂ© des comptes des transnationales, du rĂ©seau SWIFT spĂ©cialisĂ© dans les transactions internationales, d’un syndicaliste de la CGT fin connaisseur du monde bancaire ou encore de magistrats comme Jean de Maillard, spĂ©cialisĂ© dans les nouvelles formes de criminalitĂ© financiĂšre, des avocats d’affaires et bien entendu des responsables du mouvement CoopĂ©ratif international.

La rencontre de tous ces acteurs de l’entreprise, de la finance, de la banque, du droit au sein d’un mĂȘme lieu – un livre -, la transmission aux lecteurs de leur expĂ©rience comme de leurs idĂ©es et de leurs propres travaux permet de dresser un tableau aussi prĂ©cis que possible de la situation actuelle pour mieux comprendre les origines et mettre en exergue les responsables de la crise. De mĂȘme cette dĂ©marche permet de mon point de vue de tenter d’esquisser les possibles d’un nouveau mode d’organisation et de gestion Ă©conomique et social. Ainsi que l’explique Sherron Watkins, l’ancienne vice-prĂ©sidente de la sociĂ©tĂ© Ă©tasunienne Enron, transnationale de l’énergie faillie en dĂ©cembre 2001, la crise du capitalisme est dĂ©sormais totale. Elle touche tout le systĂšme : Ă©conomie, finance, groupes de surveillance du monde des affaires et institutions internationales, politique, morale et idĂ©ologie. La continuitĂ© de ce systĂšme s’accompagne aujourd’hui d’une exigence de destruction de tout ce qui entrave la concentration des richesses par les grands possĂ©dants. Ils appellent cela « dĂ©rĂ©glementation », « privatisation », « libĂ©ralisation » ou « mondialisation » et couvrent la rĂ©pression, l’esclavage, le colonialisme et la dĂ©pendance des mots de « sĂ©curitĂ© », « libertĂ© », « droits de l’Homme » n’ayant plus que le mensonge, la tromperie et la falsification pour camoufler la fin de leur systĂšme.

Geostrategie : Mais ces pouvoirs sont l’émanation du suffrage universel, du vote des peuples. Si l’on pousse le raisonnement Ă  son terme doit-on en conclure que les peuples occidentaux souhaitent le capitalisme ?

J-L.I. : Effectivement, les peuples occidentaux se sont prononcĂ©s jusqu’à aujourd’hui en faveur de reprĂ©sentants du capitalisme, pratiquement sans rien connaĂźtre du reste de la nature de celui-ci ni mĂȘme envisager oĂč ce systĂšme les conduit Ă  l’heure actuelle. Prenons l’exemple de la France. En 1981, lors des Ă©lections prĂ©sidentielles puis des Ă©lections lĂ©gislatives qui ont suivi, le peuple français a eu l’occasion de choisir entre la continuitĂ© du systĂšme symbolisĂ©e par les partis conservateurs et la rupture que proposait Ă  l’époque le Parti Communiste Français avec le Programme commun de gouvernement des forces de gauche auquel Ă©tait associĂ© le Parti Socialiste et les radicaux de gauche. Ce Programme commun de gouvernement Ă©tait lui-mĂȘme l’aboutissement d’annĂ©es d’engagement des communistes français pour ouvrir une voie nouvelle dans la construction d’une dĂ©mocratie avancĂ©e. Ce programme venait en effet aprĂšs plusieurs grandes campagnes nationales du PCF et l’élaboration et la diffusion du propre programme du PCF Ă  des millions d’exemplaires sous le titre de « Changer de cap », programme pour un gouvernement dĂ©mocratique d’union populaire. Pour la prĂ©paration de celui-ci les militants communistes ont menĂ© Ă  l’époque de grandes campagnes d’information, de dĂ©bats, collectĂ© sur plusieurs mois avec « les cahiers de la misĂšre » le vĂ©cu et les espoirs du peuple dans les campagnes, les quartiers, les usines, les universitĂ©s. Tout cela a permis d’aider les gens dans leurs problĂšmes quotidiens – par exemple en s’opposant aux licenciements dans des entreprises qui rĂ©alisaient des profits ou Ă  empĂȘcher des saisies-expulsions – tout en dĂ©battant avec eux des changements Ă  mettre en Ɠuvre pour une nouvelle politique nationale.

Au moment du vote, lors des Ă©lections prĂ©sidentielles et des lĂ©gislatives qui ont suivi, une majoritĂ© de votants a cĂ©dĂ© aux campagnes mĂ©diatiques anticommunistes et s’est rĂ©fugiĂ©e dans le giron du Parti Socialiste. Une fois au pouvoir, celui-ci s’est empressĂ© d’abandonner ses engagements sous la pression de la bourgeoisie et du gouvernement Ă©tasunien qui s’opposait Ă  la prĂ©sence de ministres communistes dans le gouvernement français. Toutes les transformations radicales contenues dans le programme commun de gouvernement, tout particuliĂšrement les nationalisations des secteurs clĂ©s de l’économie, le dĂ©veloppement de la dĂ©mocratie et toute mesure qui permettait de rompre avec le systĂšme ont ainsi Ă©tĂ© abandonnĂ©es par la « gĂ©nĂ©ration Mitterrand ». DĂ©monstration a Ă©tĂ© faite une nouvelle fois que sans parti rĂ©volutionnaire, sans mobilisation et soutien Ă  des propositions de rupture avec le systĂšme, il ne peut y avoir de rĂ©el changement. Si les mesures prĂ©conisĂ©es par le PCF avaient reçu Ă  l’époque un large soutien populaire, le cours des choses aurait Ă©tĂ© bien diffĂ©rent, y compris la question europĂ©enne. Du reste, si vous relisez aujourd’hui « Changer de cap », le programme du PCF, ou mĂȘme le Programme commun de gouvernement de 1972, vous constaterez avec le recul du temps et en regard de la situation actuelle le bien fondĂ© des propositions de l’époque dont certaines ne demandent qu’à ĂȘtre actualisĂ©es. Chacun doit donc assumer ses responsabilitĂ©s face Ă  l’Histoire.

Le passage Ă  la construction d’une sociĂ©tĂ© socialiste ne peut se faire que sur la base d’un rapport des forces sociales et politiques favorables au peuple et ne peut ĂȘtre que le rĂ©sultat de sa volontĂ© et de sa lutte. Une trentaine d’annĂ©es plus tard le peuple français, sans tirer les leçons de ses expĂ©riences, continue de voter tantĂŽt Ă  gauche, tantĂŽt Ă  droite sans avoir encore conscience qu’il confie en rĂ©alitĂ© son pouvoir aux mĂȘmes maĂźtres de la finance et de l’économie. La politique qu’il vit au quotidien reste par consĂ©quent la mĂȘme et rien ne change dans l’entreprise, dans la vie Ă©conomique Ă  laquelle il consacre l’essentiel de son existence. Bien entendu, la situation s’est aggravĂ©e au fil des trois dĂ©cennies qui se sont Ă©coulĂ©es depuis 1981 et il commence Ă  payer chĂšrement sa marche « droite-gauche-droite-gauche » Ă  coups de chĂŽmage, d’impĂŽts, de taxes, d’exclusions, de restrictions, de lois liberticides et de guerres. Mais il ne peut s’en prendre qu’à lui-mĂȘme car c’est en dernier ressort lui qui dĂ©cide, par ses luttes et ses votes. Souvenons-nous toutefois que l’Histoire a montrĂ© que les rĂ©volutions ne sont pas prĂ©vues dans les calendriers Ă©lectoraux de la bourgeoisie.

La prioritĂ© est Ă  l’action sur des propositions rĂ©volutionnaires

Geostrategie : La responsabilitĂ© serait-elle uniquement le fait d’un peuple ignorant de la chose politique et de sa propre histoire ou plus prĂ©occupĂ© par ses « petits problĂšmes » que du devenir de la sociĂ©tĂ© et de la planĂšte ?

J-L.I. : Non, bien Ă©videmment. La crise n’incite pas Ă  la rĂ©flexion et Ă  l’action. Les mĂ©dias qui sont la propriĂ©tĂ© privĂ©e des milliardaires par banques et sociĂ©tĂ©s de communication interposĂ©es jouent un rĂŽle important dans la dĂ©sinformation et l’abrutissement des masses. Le fait qu’un navet comme le film « Bienvenue chez les Chtis » soit Ă©levĂ© au rang de succĂšs cinĂ©matographique ou que des foules honorent comme un dieu la mort d’un pantin mĂ©diatique comme Michael Jackson qui, en dehors du fait qu’il n’a rien apportĂ© d’essentiel Ă  la musique, se droguait, couchait avec des petits enfants et s’était fait tirer et blanchir la peau pour ne plus ĂȘtre noir en dit assez long sur le niveau culturel d’une frange des sociĂ©tĂ©s occidentales. Nous sommes bien loin des grands musiciens et chanteurs comme King Oliver, Sindey Bechet, Count Basie, Louis Armstrong, Ray Charles, Otis Redding ou d’autres dont les musiques populaires traversent les gĂ©nĂ©rations ! Ce n’est qu’un aspect des consĂ©quences des batailles que se livrent les transnationales Ă©tasuniennes, europĂ©ennes et japonaises pour le contrĂŽle des grands moyens de communication, des groupes de presse aux satellites en passant par les majors du cinĂ©ma. Sans doute le peuple sortira-t-il de son hibernation politique lorsque nous passerons de « Qui veut gagner des millions ? » Ă  « Qui va partir Ă  la guerre ? » 

Depuis les annĂ©es quatre-vingt, les dirigeants du PCF ont commis de lourdes erreurs stratĂ©giques. Comme s’ils n’avaient pas compris les leçons du passĂ©, ils continuent de rechercher des alliances Ă©lectorales avec d’autres partis rĂ©formistes au lieu de privilĂ©gier des propositions pour Ă©veiller les consciences, organiser de grands dĂ©bats nationaux sur les questions essentielles et rassembler dans l’action avec audace. Lorsqu’un parti ou un mouvement posera des questions comme « Comment contrĂŽler le systĂšme bancaire et financier ? », « Quelle organisation bancaire et financiĂšre pour l’économie ? », « Quelles mesures pour la gestion dĂ©mocratique des entreprises ? » ou « Comment rendre Ă  l’assemblĂ©e du peuple sa reprĂ©sentation nationale ? », questions dont les rĂ©ponses sont essentielles pour s’engager dans une rupture avec le systĂšme, alors la sociĂ©tĂ© commencera Ă  s’éveiller. Et dans l’immĂ©diat, il ne faut pas compter sur les Ă©tats-majors syndicaux qui sont surtout prĂ©occupĂ©s de canaliser le mĂ©contentement afin d’éviter les grandes colĂšres qui commencent Ă  gronder.

Il est particuliĂšrement lamentable de voir des reprĂ©sentants syndicaux nĂ©gocier la diminution du nombre de licenciĂ©s dans des entreprises en pleine santĂ© financiĂšre quand ceux-ci devraient non seulement appeler Ă  la lutte pour le maintien et le dĂ©veloppement de l’emploi, exiger des licencieurs l’ouverture des comptes de l’entreprise et se battre pour des droits nouveaux afin de participer Ă  leur gestion. Dites-moi un peu Ă  quoi servent les comitĂ©s d’entreprises quand des salariĂ©s dĂ©couvrent du jour au lendemain des plans de licenciements prĂ©vus de longue date ?! Avez-vous remarquĂ© comment le mouvement radical de sĂ©questration de responsables de ces plans de licenciements nĂ© Ă  la base a Ă©tĂ© enrayĂ© ? Ce type d’action trĂšs intĂ©ressant a pratiquement disparu des journaux tĂ©lĂ©visĂ©s et autres du jour au le demain. Dans l’immĂ©diat, entre des partis dits progressistes sans propositions rĂ©volutionnaires et des syndicats au minimum compatissants, le pouvoir des « compteurs de petits pois », pour reprendre la formule d’HervĂ© SĂ©rieyx, ne pouvait pas mieux espĂ©rer.

Geostrategie : Est-ce Ă  dire que la situation est politiquement bloquĂ©e et qu’il sera difficile de sortir de la crise ?

J-L.I. : L’idĂ©e selon laquelle il pourrait y avoir sortie de crise sans sortie du systĂšme qui l’engendre est une hĂ©rĂ©sie. Autant vouloir soigner une grippe sans tuer son virus. Cette chimĂšre ne vise, une nouvelle fois, qu’à berner le peuple en lui faisant croire que l’avenir sera meilleur s’il accepte de nouvelles mesures antisociales comme par exemple le report de l’ñge de la retraite Ă  65 ans. Ce n’est que la suite logique du « travailler plus pour gagner plus » dĂ©veloppĂ© par l’UMP. Il n’y aura pas de sortie de crise pour la simple raison que le capitalisme ne peut plus ĂȘtre amĂ©nagĂ©. Vous avez pu remarquer combien les mĂ©dias des puissances financiĂšres se font silencieux tant sur l’origine de la crise, ses consĂ©quences gĂ©nĂ©rales et son extension dans d’autres pays. Il faut surtout Ă©viter que les masses prennent conscience de l’ampleur des dĂ©gĂąts comme des responsables de la situation pour mieux les enfermer dans la fatalitĂ© et le renoncement Ă  la lutte.

Nous ne sommes plus en démocratie

Geostrategie : Cela signifie-t-il que l’appauvrissement continu de la sociĂ©tĂ© va se poursuivre de maniĂšre plus brutale au dĂ©triment de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et au seul profit des grands propriĂ©taires privĂ©s de l’économie ?

J-L.I. : Oui. Nous entrons dans une nouvelle pĂ©riode oĂč le chĂŽmage s’accroĂźt de maniĂšre considĂ©rable et oĂč des millions de citoyens supplĂ©mentaires sont Ă©cartĂ©s du droit de vivre dignement de leur travail, oĂč la collectivitĂ© humaine dĂ©jĂ  menacĂ©e va encore s’appauvrir tandis que le clan des grands propriĂ©taires privĂ©s de l’économie va continuer de s’enrichir. Selon le World Wealth Report publiĂ© par la banque d’affaires Ă©tasunienne Merrill Lynch et Cap Gemini « la croissance de la richesse des grands fortunes financiĂšres privĂ©es devrait ĂȘtre de 7,7% par an pour atteindre 59100 milliards de dollars Ă  l’horizon 2012 ». VoilĂ  des gens qui sont, eux, dispensĂ©s de l’allongement de la durĂ©e du travail comme de l’effort national que les gouvernements occidentaux tentent d’imposer aux peuples pour leur faire payer une crise dont ils ne sont pas responsables. Deux options se prĂ©sentent : la continuitĂ© du systĂšme et la guerre ou la rĂ©volution.

La premiĂšre hypothĂšse va se traduire par un renforcement du caractĂšre autoritaire du pouvoir politique, dernier stade de l’impĂ©rialisme avant la dictature et la guerre, la guerre Ă©conomique conduisant toujours Ă  la guerre totale. C’est ce Ă  quoi nous assistons en France comme dans la plupart des pays capitalistes. Le pouvoir politique devient plus autoritaire, toutes les libertĂ©s sont graduellement rĂ©duites sous prĂ©texte de prĂ©vention, de sĂ©curitĂ© et d’ordre, les assemblĂ©es Ă©lues sont amoindries dans leur pouvoir de dĂ©cision et d’intervention, qu’il s’agisse des collectivitĂ©s, des comitĂ©s d’entreprise et autres. A ce stade, la bourgeoisie dispose encore des moyens de diviser le peuple en favorisant des « faux-nez » d’opposition comme le Parti Socialiste en France et en introduisant dans la vie politique des courants rĂ©trogrades dont elle sait qu’ils contribueront Ă  jeter le trouble dans la bataille d’idĂ©es. C’est le cas du mouvement Vert ou prĂ©tendument Ă©cologiste qui a germĂ© sur une consĂ©quence du capitalisme – la dĂ©tĂ©rioration de l’environnement humain par les transnationales – et grandit sur son fumier sans remettre en cause le systĂšme, les causes profondes de cette dĂ©tĂ©rioration.

Geostrategie : Pourtant le mouvement Ă©cologiste dĂ©nonce la destruction de l’environnement ?

J-L.I. : Bien sĂ»r et le Parti Socialiste dit vouloir s’opposer Ă  la politique du Premier ministre de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa. Mais vous pouvez dĂ©noncer tout ce que vous voulez, cela ne gĂȘne nullement la bourgeoisie du moment que vous ne vous en prenez pas Ă  l’essentiel, Ă  la cause, Ă  l’origine de cette destruction : son pouvoir politique et celui des puissances financiĂšres, son systĂšme et son mode de gestion des entreprises et des sociĂ©tĂ©s humaines. Le discours de ces Ă©cologistes opposĂ©s, par exemple, Ă  la maĂźtrise et au dĂ©veloppement de l’énergie nuclĂ©aire rappelle ces mentalitĂ©s arriĂ©rĂ©es qui accusaient dans les annĂ©es 1830 les premiers trains Ă  vapeur de rĂ©pandre la tuberculose dans les campagnes. Quant Ă  la LCR-NPA, quelle que soit ses changements de nom, cette organisation a toujours contribuĂ© Ă  diviser et affaiblir le mouvement populaire avec une phrasĂ©ologie pseudo-rĂ©volutionnaire et elle doit ĂȘtre combattue comme telle. Elle est du reste complĂštement absente des mobilisations ouvriĂšres contre la crise.

La question du Front National

Geostrategie : Et le Front National ?

J-L.I. : Il en va un peu de mĂȘme pour le Front National qui dĂ©nonce les puissances financiĂšres mais dont le programme politique n’envisage aucune mesure Ă©conomique radicale pour mettre un terme Ă  leur domination et contraindre les maĂźtres de l’économie Ă  rendre gorge. Contrairement aux campagnes de ce parti, ce ne sont pas les immigrĂ©s qui sont responsables du chĂŽmage. Je parle bien entendu de l’immigration qui vient travailler en France avec une qualification, s’y former dans le cadre de contrats avec des entreprises ou des universitĂ©s ou y est prĂ©sente depuis plusieurs gĂ©nĂ©ration et non de l’immigration clandestine issue de l’aggravation de la misĂšre qui dĂ©serte son combat national pour changer l’ordre des choses. Cette derniĂšre, la plupart du temps inculte, sans formation, analphabĂšte, parfois trafiquante au-lieu d’ĂȘtre parquĂ©e dans des camps de rĂ©tention aux frais des contribuables devrait ĂȘtre reconduite aux frontiĂšres sans atermoiements. Essayez donc comme français de vous rendre clandestinement, « sans papiers », dans un pays d’Afrique ou mĂȘme en Albanie pour juger de l’hospitalitĂ© qui vous sera rĂ©servĂ©e


Ce qui coĂ»te cher Ă  la France c’est le grand patronat qui attire et utilise cette main d’ouvre bon marchĂ© et inculte pour briser le tissu social et les avancĂ©es dĂ©mocratiques qui sont autant d’obstacles Ă  son enrichissement. Et quand cela lui est insuffisant, il dĂ©localise les entreprises, comme le groupe Michelin, pour faire du chĂŽmage en France et produire Ă  moindre coĂ»t et bien souvent Ă  qualitĂ© infĂ©rieure dans des pays Ă  la main d’Ɠuvre corvĂ©able Ă  merci. Je le rappelle : 350 millions d’enfants sont actuellement surexploitĂ©s par les transnationales Ă  travers le monde ! Je rappelle Ă©galement, puisque personne n’en parle, que le grand patronat français a reçu prĂšs de 65 milliards d’euros de subventions de l’Etat tout en bĂ©nĂ©ficiant de 8,5 milliards d’euros d’exonĂ©rations fiscales, de 25 milliards d’euros au titre d’une ribambelle de prĂȘts bonifiĂ©s et de la baisse du coĂ»t du travail, etc. Dans le mĂȘme temps l’Etat ne budgĂ©tisait que 6 milliards d’euros pour le logement et 5 pour une justice qui se situe dĂ©jĂ  parmi les derniers pays d’Europe par son budget !


Ce qui coĂ»te cher Ă  la France, c’est le grand patronat, le chĂŽmage qu’il fabrique et son organisation corrompue, le Medef. Le Front National ne reconnaĂźt pas la lutte des classes, condition essentielle du combat pour l’émancipation humaine, raison pour laquelle il ne pourra pas mener jusqu’au bout le combat qu’il prĂ©tend mener, ce qui ne veut pas dire qu’il n’aurait pas un rĂŽle Ă  jouer. Mais pour prĂ©tendre ĂȘtre « front » et « national » sans doute faudrait-il qu’il se rĂ©fĂšre plus Ă  l’avenir qu’au passĂ© dans son discours et ses propositions et que ses militants n’hĂ©sitent pas Ă  se trouver aux cĂŽtĂ©s des travailleurs en lutte pour la dĂ©fense de leur avenir au lieu de pratiquer un discours antisyndical d’un autre Ăąge. Quand le Front National dĂ©signera pour cible le clan des milliardaires qui pille la France au lieu des immigrĂ©s qui contribuent Ă  l’enrichir par leur travail, quand ce parti proposera et appellera Ă  la lutte pour nationaliser la haute finance, rendre Ă  la nation ce qui lui appartient, dĂ©velopper la dĂ©mocratie directe, alors celui-ci commencera Ă  ĂȘtre crĂ©dible comme « front national ». Cette logique s’inscrirait d’ailleurs dans la lignĂ©e de ses propositions pour une «Europe des peuples » par opposition Ă  « l’Europe des banques ».

Pour l’heure il reste enfermĂ© dans un discours anticommuniste, antisyndical, anti-fonctionnaire et s’accroche aux oripeaux du systĂšme comme l’église catholique – je parle bien entendu de l’institution et non de la croyance, mĂȘme si je suis athĂ©e – et s’oppose ainsi Ă  tout grand rassemblement national sur des propositions de rupture. Imaginez la force que reprĂ©senteraient le rassemblement et la mobilisation des organisations – partis politiques, syndicats, associations, etc. – agissant de concert sur des objectifs communs de rupture, chacun conservant, bien Ă©videmment, son identitĂ©. Un Front National ouvert, dĂ©mocratique, aux propositions novatrices, en prise avec la sociĂ©tĂ© en lutte pourrait jouer ce rĂŽle de rassembleur. AprĂšs chacun prendra ses responsabilitĂ©s de l’accompagner ou non sur les objectifs en question mais la clartĂ© serait faite dans la sociĂ©tĂ© sur qui dĂ©fend rĂ©ellement l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral des français. Pourquoi le Front National ne soutient-il pas les travailleurs qui sĂ©questrent les licencieurs dans des entreprises en bonne santĂ© pour exiger des droits nouveaux dans les entreprises ? Visiblement, les propositions de changement font dĂ©faut et se limitent plutĂŽt aux pĂ©riodes Ă©lectorales qu’au vĂ©cu quotidien des français. Bien entendu le rejet du Front National par la classe politique est injustifiable.

Mais pour une part, il porte la responsabilitĂ© de cette situation en ne dĂ©signant pas les vrais responsables de la crise et en restant enfermĂ© dans un carcan droitier et populiste qui l’empĂȘche, pour partie, de prĂ©tendre Ă  devenir national et populaire. Des dirigeants trop souvent issus de partis bourgeois ou Ă  « l’idĂ©ologie de reclus » s’identifient par leur propos et leur image plus aux forces du passĂ© qu’à une force porteuse d’avenir et de changement radical. MĂȘme si aucune perspective de changement rĂ©elle n’existe Ă  l’heure actuelle, la grande bourgeoisie est trĂšs prĂ©occupĂ©e par la rĂ©duction de son assise populaire. Plusieurs faits en attestent comme ses tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es de faire voter plusieurs fois les peuples ou de remplacer un vote populaire sur des questions qui engagent toute la nation par celui du Parlement lorsque leurs votes ne lui conviennent pas, la tentative de se fabriquer des circonscriptions sur mesure, etc. Nous ne sommes plus en dĂ©mocratie


Les forces vives de la nation absentes du Parlement

Geostrategie : 
Parlement dont les membres sont pourtant élus par le peuple ?

J-L.I. : Oui, mais les Parlements ne reprĂ©sentent plus vraiment les peuples dans les pays occidentaux et leurs Ă©lus nationaux sont de plus en plus coupĂ©s des citoyens. Je n’évoque mĂȘme pas le cas du SĂ©nat français qui est une assemblĂ©e inutile et coĂ»teuse qui devra ĂȘtre supprimĂ©e afin de renforcer les moyens et l’efficacitĂ© de l’assemblĂ©e des reprĂ©sentants de la nation. Si vous vous intĂ©ressez Ă  la composition de l’AssemblĂ©e Nationale française, vous constaterez que sur les 577 dĂ©putĂ©s, ne figure qu’un seul dĂ©putĂ© issu de la classe ouvriĂšre, le dĂ©putĂ© communiste Maxime Gremetz, et un seul salariĂ© agricole, le dĂ©putĂ© des PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques Jean Lassalle qui est technicien agricole. Quant aux artisans, la « premiĂšre entreprise de France », selon leur slogan, ne compte que deux Ă©lus ! Par contre vous trouvez vingt-deux « sans profession dĂ©clarĂ©e » parmi lesquels dix-neuf UMP, la plupart fils et filles de petits bourgeois, quinze permanents politiques, tous de l’UMP et du PS, qui faute de faire mĂ©tier ont fait carriĂšre dans la fonction d’élu et n’ont jamais participĂ© aux forces vives de la nation, trente-huit avocats et, toutes catĂ©gories confondues, 184 fonctionnaires dont l’essentiel n’est pas reprĂ©sentatif de la fonction publique, exception faite des enseignants qui forme le gros de cette troupe avec les hauts fonctionnaires. Dans les faits, ce Parlement français n’est pas reprĂ©sentatif de la sociĂ©tĂ© française dans sa composition socioprofessionnelle.

Les forces vives, classe ouvriĂšre en tĂȘte, celles qui font le pays et connaissent les problĂšmes du quotidien, les drames de la vie sont quasiment absentes du lieu oĂč se dĂ©cident les lois ! OĂč sont les ouvriers, les marins-pĂȘcheurs, les paysans, les ingĂ©nieurs, cadres et techniciens ? Ceux qui font vivre la France dans ce qu’elle a d’essentiel, de gĂ©nĂ©reux, de gĂ©nie crĂ©ateur dĂ©lĂšguent en masse leur voix et leur pouvoir Ă  de petits bourgeois et Ă  des politiciens carriĂ©ristes qui, une fois Ă©lus, ont tĂŽt fait de les oublier ! De plus, le mode de scrutin ne permet pas une vĂ©ritable reprĂ©sentation du peuple. L’AssemblĂ©e Nationale française est bien moins dĂ©mocratique dans sa composition et son fonctionnement que la Douma en FĂ©dĂ©ration de Russie dans laquelle tous les partis ayant obtenus un minimum de suffrages sont reprĂ©sentĂ©s. En France, lors du premier tour des Ă©lections lĂ©gislatives de juin 2007, l’UMP s’est attribuĂ© 98 dĂ©putĂ©s avec 10,28 millions de suffrages alors qu’il en a fallu 6,43 millions au Parti Socialiste pour en obtenir un seul ! Quant au PCF et au Front National ils n’en obtenaient aucun avec un peu plus de 1,11 millions chacun ! Le propos n’est pas de savoir si l’on est d’accord ou pas avec la politique proposĂ©e par ces partis mais de constater que le mode de scrutin ne permet pas une reprĂ©sentation Ă©quitable des courants de pensĂ©e de notre sociĂ©tĂ©. Le second tour de scrutin avec ses alliances opportunistes et politiciennes ne fait qu’aggraver la situation en excluant des millions d’électeurs de leurs choix et de la reprĂ©sentation nationale. Faute de proportionnelle intĂ©grale, un français sur trois n’est pas reprĂ©sentĂ© au Parlement.

Geostrategie : S’il n’y a pas grand-chose Ă  attendre des partis politiques et des assemblĂ©es Ă©lues, comment les citoyens peuvent-ils modifier le cours des choses ?

J-L.I. : La dĂ©mocratie est d’abord ce que les citoyens en font. Ils peuvent intervenir auprĂšs des maires des communes, gĂ©nĂ©ralement plus accessibles pour changer la donne sur des problĂšmes locaux mais Ă©galement auprĂšs des dĂ©putĂ©s pour des questions qui relĂšvent de la politique nationale. Les citoyens peuvent trĂšs bien se grouper et agir sur des objectifs de rupture avec le systĂšme – par exemple, refuser tout licenciement dans les entreprises qui font des profits, s’opposer aux dĂ©localisations, exiger la construction de nouveaux logements, l’embauche de professeurs pour les Ă©coles, de personnels pour les hĂŽpitaux, les services postaux, etc. – et obliger leurs Ă©lus Ă  s’engager sur leurs revendications, Ă  leur rendre des comptes sur leurs votes dans les assemblĂ©es, ce qui ne sa fait pratiquement plus. Mais les questions fondamentales du passage Ă  une dĂ©mocratie politique avancĂ©e et du contrĂŽle des grands moyens de production, de financement et d’échange reste toujours Ă  conquĂ©rir. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, de mon point de vue, les luttes sociales demeurent encore bien en retrait dans leur contenu et leur combativitĂ© pour faire front aux attaques dont le monde du travail est l’objet.

Mais l’entreprise reste le cƓur des batailles Ă  venir : c’est lĂ  que les salariĂ©s doivent agir pour obtenir de nouveaux droits leur permettant de participer Ă  la gestion et de bĂ©nĂ©ficier des bons rĂ©sultats auxquels ils contribuent. Dans les faits comme l’explique HervĂ© SĂ©rieyx dans mon livre, « il s’agit de passer du « personnel-instrument » au service de l’organisation Ă  « l’organisation-instrument » au service des personnes. » Il s’agit de cheminer d’une organisation d’entreprise destinĂ©e Ă  gĂ©rer la docilitĂ© Ă  une organisation qui suscite chez chacun de ses membres le dĂ©sir d’y devenir un acteur engagĂ©. La route est difficile mais les partis politiques classĂ©s habituellement comme « progressistes » ont failli Ă  leur tĂąche. Il ne suffit pas que le monde capitaliste s’écroule pour qu’une nouvelle sociĂ©tĂ© prenne le relais. L’émancipation du peuple sera l’Ɠuvre du peuple lui-mĂȘme et Ă  ce jour l’absence d’un courant rĂ©volutionnaire important fait dĂ©faut pour Ă©clairer les citoyens sur des propositions de rupture avec le systĂšme finissant. C’est l’outil qui manque pour favoriser cette transformation politique et sociale. Le peuple est Ă©garĂ©, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas en attente ou demandeur de solutions pour changer la vie.

Des premiĂšres mesures d’un gouvernement rĂ©volutionnaire

Geostrategie : Quelle seraient les premiÚres mesures que devrait prendre un gouvernement révolutionnaire ?

J-L.I. : Le pouvoir devra immĂ©diatement stopper toutes transactions financiĂšres internationales le temps de procĂ©der immĂ©diatement Ă  la nationalisation de la Banque de France et du secteur bancaire et financier, exception faite des sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives de banque qui prĂ©sentent dans leurs principes de critĂšres de gestion dĂ©mocratiques. L’un des premiers objectifs du nouveau pouvoir devrait Ă©galement consister Ă  donner de nouveaux droits aux sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives, tout particuliĂšrement afin que leurs sociĂ©taires disposent des moyens rĂ©els de faire respecter les principes de gestion par les dirigeants quand ce n’est pas le cas. La banque et la finance sont le cƓur de l’activitĂ© Ă©conomique et c’est d’abord lĂ  que des mesures nationales et radicales doivent ĂȘtre prises avant d’envisager par la suite une action de proposition plus importante au niveau europĂ©en et international, Ă  l’ONU par exemple ou par d’autres organisations internationales.

De mĂȘme, il devra formuler dans un second temps des propositions pour changer ces vieux outils du capitalisme (Fonds MonĂ©taire International, Banque Mondiale, Organisation Mondiale du Commerce, etc.) Sur ces points, le gouvernement de Vladimir Poutine de la FĂ©dĂ©ration de Russie peut permettre d’avancer rapidement puisqu’il est dĂ©jĂ  prĂȘt Ă  agir, Ă  proposer et Ă  soumettre au dĂ©bat des solutions. Il ne faut pas perdre de vue que les mesures qui permettraient d’envisager un avenir meilleur sont Ă©galement valables pour tous les peuples. Parler de la « rĂ©glementation de la vie Ă©conomique » ou de « rĂ©guler les marchĂ©s financiers » comme le prĂ©sident français et ses homologues occidentaux en passant sous silence la nationalisation du secteur bancaire et financier ou la gestion dĂ©mocratique des entreprises, en ne s’attaquant pas aux puissances financiĂšres c’est tromper les gens en discourant sur des promesses que l’on est dĂ©cidĂ© Ă  l’avance Ă  ne pas tenir. Comment peut-on prĂ©tendre contrĂŽler et rĂ©glementer l’économie sans contrĂŽler et rĂ©glementer les banques, le cƓur de la vie Ă©conomique, sans unifier la « comptabilitĂ© financiĂšre » de l’Etat ?!

Geostrategie : Mais la nationalisation démocratique des banques est une opération difficile qui prendra du temps ?

J-L.I. : C’est l’idĂ©e que distillent dans l’opinion les milliardaires avec leurs mĂ©dias qui ont pardessus tout peur de perdre ainsi la maĂźtrise de l’économie et leurs privilĂšges. Dans les faits cette opĂ©ration qui ne prĂ©sente pas de grande difficultĂ© sur le plan technique peut aller trĂšs vite. L’individu qui aura 1500 euros sur son livret d’épargne comme celui qui possĂ©dera 15 millions d’euros sous forme d’actions, d’obligations ou autre garderont chacun ce qu’ils possĂšdent aprĂšs la nationalisation. Ceux qui propagent l’idĂ©e inverse sont uniquement motivĂ©s par le fait d’entretenir la confusion entre nationalisation et confiscation des biens privĂ©s pour protĂ©ger leurs privilĂšges. Dans un premier temps, le nouveau pouvoir devra surtout voter des lois favorisant la dĂ©mocratie dans les entreprises par de nouveaux droits pour la gestion et l’élection des dirigeants sur la base de leur formation, de leur compĂ©tence et de leur expĂ©rience. Les sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives seront des outils prĂ©cieux pour insuffler la dĂ©mocratie dans l’économie. Comme vous avez pu le lire, je mets en valeur dans mon livre la contribution importante des sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives au mouvement pour la gestion dĂ©mocratique des entreprises en comparant leurs principes de gestion et leur vĂ©cu avec les critĂšres des sociĂ©tĂ©s classiques ou capitalistes si vous prĂ©fĂ©rez. C’est un chantier immense, ardu et passionnant.

Geostrategie : Qu’est-ce qui changerait si une telle mesure Ă©tait mise en Ɠuvre ?

J-L.I. : Disons que nous ouvririons la porte de la rupture avec le capitalisme en donnant aux acteurs de l’économie, et en premier lieu Ă  la classe ouvriĂšre et Ă  ses alliĂ©s qui font fructifier le Capital par leur travail, des ouvriers des chantiers aux analystes financiers, les moyens de dĂ©finir et contrĂŽler la marche des entreprises auxquelles ils sont associĂ©s, la possibilitĂ© de s’intĂ©resser Ă  leur organisation, d’intervenir pour participer Ă  leur transformation. Ce serait le dĂ©but d’un long mouvement d’émancipation, d’appel aux intelligences, d’appropriation de l’économie par tous ses acteurs au profit de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Par exemple, concernant les banques, comme j’en fais la dĂ©monstration dans mon livre avec l’intervention de spĂ©cialistes de la comptabilitĂ© des grandes entreprises, aucun contrĂŽle effectif de ces Ă©tablissement n’est actuellement rĂ©ellement possible tant les capitalistes jouent sur des procĂ©dĂ©s extrĂȘmement complexes et subtils pour en Ă©tablir les bilans, les faire « contrĂŽler », fonder des structures dans des places off shore, Ă©viter l’impĂŽt, spĂ©culer Ă  hauts risques avec des produits financiers ultrasophistiquĂ©s. Pourquoi avoir tant de banques qui offrent les mĂȘmes produits financiers quand leur rĂ©union en une seule – exception faite des banques coopĂ©ratives oĂč se trouvent en germe les principes d’une gestion authentiquement dĂ©mocratique -, laissant Ă  chacun ce qu’il possĂšde, permettrait le contrĂŽle rĂ©el du mouvement des capitaux au profit de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ? Cette nationalisation dĂ©mocratique accompagnĂ©e de la dĂ©mocratisation des coopĂ©ratives permettrait Ă  l’Etat de savoir oĂč et comment circulent les capitaux, au profit de qui et de les faire revenir Ă  l’économie rĂ©elle sous contrĂŽle populaire. Ce serait un vĂ©ritable poumon d’oxygĂšne pour la sociĂ©tĂ© toute entiĂšre quand on sait qu’un niveau mondial les pertes annuelles de recettes fiscales par les gouvernements du monde provenant du seul Ă©vitement fiscal – fraude et blanchiment non compris – sont estimĂ©es Ă  plus de 255 milliards de dollars.

Geostrategie : Les banques ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© nationalisĂ©es ainsi que des sociĂ©tĂ©s transnationales. Pourtant rien n’a vraiment beaucoup changĂ© Ă  l’époque ?

J-L.I. : C’est exact et c’est la raison pour laquelle j’insiste sur l’aspect dĂ©mocratique que devront avoir les nationalisations. Il ne s’agit pas de remplacer des dirigeants de droite par des dirigeants de gauche Ă  la tĂȘte de ces entreprises pour que ceux-ci les gĂšrent de maniĂšre identique, comme des « compteurs de petits pois », sur la base de seuls critĂšres financiers de profit maximum immĂ©diat avec des hiĂ©rarchies bardĂ©es de prĂ© carrĂ©, des atteintes rĂ©pĂ©tĂ©es aux libertĂ©s dĂ©mocratiques, une opacitĂ© de gestion et de trucage des comptes incompatibles avec la dĂ©mocratie. Les dirigeants auront Ă  mettre en Ɠuvre immĂ©diatement les dĂ©crets et lois du pouvoir rĂ©volutionnaire donnant de nouveaux droits aux salariĂ©s pour qu’ils puissent intervenir complĂštement dans la gestion, mettre un terme au dĂ©tournement d’une partie des bĂ©nĂ©fices par les dirigeants actuels des entreprises des secteurs clĂ©s de l’économie, dĂ©mocratiser toutes les fonctions jusqu’à changer l’entreprise, faire que l’entreprise soit un outil au service de ses acteurs et de son environnement et non l’inverse comme aujourd’hui. C’est une Ă©tape dĂ©cisive qui implique une Ă©lĂ©vation quantitative et qualitative de la conscience de ses acteurs mais Ă©galement de l’environnement des professionnels qui l’accompagnent dans sa crĂ©ation et son dĂ©veloppement : commissaires aux comptes, auditeurs, experts comptables, etc. Sans cela les nationalisations resteront lettre morte et deviendront, comme nous l’avons connu, des « Ă©tatisations ». C’est la raison pour laquelle ces grandes orientations du pouvoir pour aller vers une dĂ©mocratie avancĂ©e doivent s’accompagner de ce que Pierrre-Henry Leroy, fondateur et dirigeant de Proxinvest, la principale sociĂ©tĂ© de conseil aux actionnaires, appelle « les petits pas ». Ainsi qu’il l’explique, il faudra initier des rĂ©formes plus modestes et locales qui vont dans le bon sens.

Geostrategie : Par exemple ?

J-L.I. : Par exemple d’abord dĂ©courager le grĂ©gaire et encourager la diversitĂ© d’opinion dans les marchĂ©s en mettant fin aux conflits d’intĂ©rĂȘts des Ă©tablissements financiers des groupes lors des opĂ©rations de marchĂ©. Comme le souligne Pierre-Henry Leroy, « ceci impose de recourir Ă  des experts vraiment indĂ©pendants et non pas, comme aujourd’hui, payĂ©s et nommĂ©s par les intĂ©ressĂ©s. Une dĂ©finition prĂ©cise des conflits d’intĂ©rĂȘts, des interdictions et des sanctions s’imposent. » Ou encore abolir les rĂšglements qui alourdissent l’épanouissement de l’économie au profit de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, ce qui est d’autant plus facilement envisageable Ă  partir du moment oĂč ses acteurs disposent des moyens lĂ©gaux et culturels favorisant leur intervention.

La seule issue pacifique à la crise : une révolution nationale et radicale

Geostrategie : Mais les Ă©conomies Ă©tant aujourd’hui trĂšs liĂ©es d’un pays Ă  l’autre avec la mondialisation capitaliste, pensez-vous qu’il soit possible de tenir tĂȘte aux dispositions europĂ©ennes, aux rĂšglements internationaux et aux pressions qui ne manqueraient pas de s’exercer sur une seule nation qui s’engagerait dans cette voie de rupture ?

J-L.I. : Votre question porte sur un point essentiel : le soutien du peuple Ă  des rĂ©formes radicales. Un changement social de cette ampleur ne peut ĂȘtre le fait d’une seule avant-garde, aussi Ă©clairĂ©e soit-elle. Si celle-ci est nĂ©cessaire pour formuler des propositions, porter le niveau de conscience Ă  la hauteur des mesures indispensables, ouvrir le dĂ©bat sur les questions essentielles, seul un grand soutien populaire Ă  celles-ci peut permettre de rompre avec la situation actuelle, quelle que soit la voie de transition choisie par le peuple, Ă©lectorale ou non. Le passage de la RĂ©publique du Venezuela d’un Etat sous domination Ă©tasunienne Ă  un Etat dĂ©mocratique, indĂ©pendant et progressiste est l’un des exemples les plus intĂ©ressants Ă  Ă©tudier de notre Ă©poque. Toutes les attaques menĂ©es contre le gouvernement rĂ©volutionnaire du Venezuela, de l’intĂ©rieur par le grand patronat et les Ă©lĂ©ments conservateurs de l’église catholique et de l’extĂ©rieur par les Etats-Unis et d’autres pays avec certaines associations plus ou moins liĂ©es aux services Ă©tasuniens n’ont pu empĂȘcher le processus de rupture de suivre son cours.

Aujourd’hui le pays s’engage sur la construction d’une sociĂ©tĂ© socialiste en faisant l’apprentissage d’une authentique dĂ©mocratie directe. Les secteurs clĂ©s de l’économie ont Ă©tĂ© nationalisĂ©s, les capitaux qui s’exportaient dans la poche de gros actionnaires Ă©tasuniens sont aujourd’hui injectĂ©s dans la modernisation des entreprises et des rĂ©gions, des dizaines de milliers de coopĂ©ratives se sont créées dans tous les domaines de l’activitĂ© Ă©conomique et le pays se modernise au profit de ses citoyens. Ce qui paraissait impensable Ă  une grande majoritĂ© du peuple se rĂ©alise aujourd’hui avec son soutien actif. Pourquoi cela a-t-il Ă©tĂ© possible malgrĂ© les accords rĂ©gionaux, les rĂšglements internationaux et les pressions de toutes sortes, jusqu’à des tentatives de coup d’Etat orchestrĂ©es par les Etats-Unis ? Parce que le peuple a su se constituer une avant-garde rĂ©volutionnaire exemplaire en bien des domaines, se rassembler, se mobiliser et le rester sur ses objectifs principaux de transformation politique et sociale radicale. Vos comprenez face Ă  ces succĂšs pourquoi le Venezuela rĂ©volutionnaire n’existe pratiquement pas dans les mĂ©dias occidentaux. Le gouvernement français devrait se souvenir qu’il a plus besoin du Venezuela que le Venezuela n’a besoin de la France.

Geostrategie : Est-il possible de faire une telle révolution nationale et radicale en France ?

J-L.I. : Bien Ă©videmment et c’est mĂȘme la seule issue pacifique pour sortir de la crise et rompre avec le systĂšme actuel. Il est envisageable d’organiser en France le contrĂŽle de toute la vie Ă©conomique, d’opĂ©rer sa « rĂ©glementation » en la « dĂ©bureaucratisant », de faire retourner Ă  l’économie les capitaux que les capitalistes Ă©vitent de l’impĂŽt et du dĂ©veloppement des entreprises sans qu’il leur soit possible de dissimuler des biens et des revenus. Il n’y a nul besoin d’un appareil spĂ©cial de l’Etat puisque les salariĂ©s et les directeurs pourraient rĂ©aliser eux-mĂȘmes la fusion immĂ©diate de toutes les banques capitalistes en quelques semaines, par exemple sous l’autoritĂ© du ministĂšre des Finances avec des congrĂšs de travail rĂ©unissant les professionnels, cadres-dirigeants, reprĂ©sentants des propriĂ©taires du Capital, salariĂ©s, syndicats, associations de consommateurs, etc. par banque, par rĂ©gion et nationalement. Il est Ă©vident que ceux qui s’y opposeraient ou feraient traĂźner les choses en longueur pour se livrer Ă  des opĂ©rations malhonnĂȘtes de derniĂšre minute et entraver le processus de rupture en seraient exclus. Les avantages de la nationalisation du secteur bancaire seraient dĂ©cisifs pour les PME, les collectivitĂ©s et le peuple entier qui pourrait ainsi s’approprier les richesses qu’il crĂ©e et lui Ă©chappent. Un gouvernement qui arriverait au pouvoir avec la volontĂ© de rompre avec le capitalisme ne peut ĂȘtre que nationaliste et radical.

Être nationaliste, cela veut dire donner la prioritĂ© Ă  l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral de la communautĂ© de territoire, de langue et de culture Ă  laquelle on appartient. Concernant les accords rĂ©gionaux ou internationaux que vous Ă©voquiez, la petite Europe de Maastricht n’est pas un problĂšme puisque pour ceux qui en doutaient l’expĂ©rience montre, Ă  moins d’ĂȘtre complĂštement aveugle, qu’elle n’est qu’une organisation au service des grandes banques et des gros propriĂ©taires privĂ©s de l’économie. Elle ne pouvait par consĂ©quent rĂ©soudre aucun problĂšme, quel qu’il soit, dans les sociĂ©tĂ©s qui la composent, qu’il s’agisse d’économie, de social, de culture, de libertĂ©, de dĂ©mocratie ou de droits de l’Homme. Vous remarquerez du reste que les promesses faite sur cette construction europĂ©enne par les dirigeants bourgeois et socialistes sur la fin du chĂŽmage, l’ouverture des marchĂ©s, le dĂ©veloppement des entreprises, la solidaritĂ© entre les peuples, les libertĂ©s n’ont jamais vu le jour et que c’est mĂȘme le contraire qui s’est produit. Je dresse dans mon livre un descriptif de la situation de cette petite Europe en m’appuyant sur des documents de synthĂšse de ses propres organismes peu connus du public. Il apparaĂźt que celle-ci, dont les dirigeants sont si prompts Ă  donner des leçons Ă  d’autres peuples, est en recul sur tous les fronts. Il faut se prĂ©parer dĂšs maintenant Ă  construire l’Europe des peuples de Dublin Ă  Vladivostock qui donnera la prioritĂ© aux qualitĂ©s et Ă  l’identitĂ© de chaque peuple par la recherche de coopĂ©rations mutuellement avantageuses, mettra un terme Ă  la bureaucratie de Bruxelles engendrĂ©e par les puissances financiĂšres. Cela veut dire rompre avec l’actuelle « construction europĂ©enne », avec le traitĂ© de Maastricht et ceux qui ont suivi. Etre radical c’est avoir conscience que la classe dominante – la grande bourgeoisie – s’accrochera au pouvoir et Ă  ses privilĂšges par tous les moyens et que seules des mesures radicales bĂ©nĂ©ficiant d’un fort soutien populaire permettront de la contraindre Ă  respecter les lois nouvelles, de la renvoyer dans ses foyers et de rompre avec son systĂšme.

Le capitalisme a besoin de la guerre pour survivre

Geostrategie : La dĂ©mocratie est-elle possible dans l’entreprise et tout particuliĂšrement dans des sociĂ©tĂ©s transnationales Ă  l’organisation complexe ?

J-L.I. : Je montre dans mon livre comment la gestion des sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives se distingue – du moins dans celles dont les principes de gestion sont respectĂ©s – des entreprises classiques. Les entreprises coopĂ©ratives sont des exemples de gestion Ă  partir du moment oĂč ses acteurs font respecter leurs critĂšres de gestion par les dirigeants qu’ils Ă©lisent. Cela fonctionne dans de grandes banques comme le CrĂ©dit Mutuel en France ou le Mouvement des caisses Desjardins au Canada et peut donc trĂšs bien se mettre en place dans des PME. Chacun doit avoir conscience de la gravitĂ© de la situation car le systĂšme a aujourd’hui besoin de la guerre pour subsister. Le gĂ©nĂ©ral russe Leonid Ivashov a mis en garde Ă  plusieurs reprises contre la volontĂ© des Etats-Unis de dĂ©clencher un conflit militaire majeur


Geostrategie : 
Vous voulez dire une troisiùme guerre mondiale ?

J-L.I. : Je dis « conflit militaire majeur » c’est-Ă -dire pouvant entraĂźner rapidement plusieurs pays dans des conflits bien plus graves que la guerre contre l’Irak ou contre la RĂ©publique fĂ©dĂ©rative de Yougoslavie. C’est du reste ce qu’ont tentĂ© les Etats-Unis en foulant le droit international et en tentant de constituer une alliance de guerre contre l’Irak en passant outre l’ONU. Les Etats-Unis sont en pleine faillite, leur dette financiĂšre n’est plus remboursable et ne peut plus qu’ĂȘtre remise. Comme le rappelle le gĂ©nĂ©ral Ivashov dans mon livre, tout se qui se trouve aux Etats-Unis – industries, immeubles, technologies de pointe, etc. – a Ă©tĂ© hypothĂ©quĂ© plus de dix fois partout dans le monde et nous sommes au bord d’un krach du systĂšme financier international sur le dollar Ă©tasunien. Le gĂ©nĂ©ral Ivashov, qui est vice-prĂ©sident de l’AcadĂ©mie russe des problĂšmes gĂ©opolitiques, estime que « les banquiers mondiaux » en faillite ont besoin d’un Ă©vĂ©nement de force majeure de proportions mondiales pour s’en sortir ». Selon son analyse, « l’importance des Ă©vĂ©nements Ă  venir est rĂ©ellement Ă©pique. (
) Les conflits rĂ©gionaux comme ceux dĂ©clenchĂ©s contre la Yougoslavie, l’Irak et l’Afghanistan ne donnent que des effets Ă  court terme. Ils ont besoin de quelque chose de beaucoup plus important et ce besoin est urgent ». Les Etats-Unis et leurs sujets anglo-saxons n’ont pas rĂ©ussi Ă  entraĂźner les pays occidentaux dans leur croisade contre l’Irak. Ils tentent aujourd’hui de renouveler leur opĂ©ration contre l’Afghanistan et la RĂ©publique Islamique d’Iran avec l’OTAN et vont de provocation en provocation pour tenter de renverser le rĂ©gime lĂ©gitime du peuple Iranien.

Au nom de quoi l’Occident serait-il à l’abri des guerres qu’il provoque ?

Geostrategie : Est-ce à dire que les conflits régionaux actuels peuvent gagner en ampleur ?

J-L.I. : Malheureusement l’heure est Ă  la guerre et les dirigeants occidentaux en portent la responsabilitĂ©. Ils font rĂ©guliĂšrement la dĂ©monstration de leur recherche d’un conflit majeur, pour sauver leur systĂšme en faillite. Ils multiplient les provocations mĂ©diatiques, Ă©conomiques et armĂ©es de maniĂšre rĂ©pĂ©tĂ©e contre plusieurs Etats depuis quelques annĂ©es. Par exemple, les dirigeants Français mĂšnent des opĂ©rations militaires hors frontiĂšres contre des peuples (Comores, Afrique, Albanie, Kosovo, Bosnie, Afghanistan, etc.) avec une structure militaire, le Commandement des OpĂ©rations SpĂ©ciales dont le siĂšge est basĂ© Ă  Villacoublay (Yvelines) en rĂ©gion parisienne, la plupart du temps sans consultation du Parlement. L’armĂ©e n’est plus au service de la dĂ©fense du pays tous azimuts mais des besoins des sociĂ©tĂ©s transnationales et des guerres Ă©tasuniennes. Il semble que le prĂ©sident Sarközy de Nagy-Bocsa n’ait pas compris que le retour en puissance sur la scĂšne internationale de la FĂ©dĂ©ration de Russie, de la RĂ©publique Populaire de Chine, de l’Inde et de l’AmĂ©rique latine et centrale mette un terme aux schĂ©mas idĂ©ologiques et aux alliances des annĂ©es soixante-dix. Les français peuvent du reste interpeller leurs dĂ©putĂ©s sur ces opĂ©rations militaires en se servant de mon livre puisque celles-ci vont leur coĂ»ter en 2009 plus d’un milliard d’euros avec l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan. Aujourd’hui, le mot d’ordre des militants nationalistes et rĂ©volutionnaires doit ĂȘtre « Troupes françaises hors d’Afrique ! », « Troupes françaises hors d’Afghanistan ! » L’action doit se dĂ©velopper afin d’entraver par tous les moyens le fonctionnement des troupes d’invasion et les centres nerveux des Etats qui participent Ă  ces opĂ©rations militaires meurtriĂšres dans lesquelles pĂ©rissent de nombreux civils. Le temps de la guerre qui se dĂ©roule Ă  plusieurs heures d’avion des capitales occidentales sans rĂ©percussions pour l’agresseur est rĂ©volu.

Geostrategie : Selon vous ces conflits sont donc susceptibles aujourd’hui d’avoir des rĂ©percussions en Occident mĂȘme ?

J-L.I. : Les occidentaux doivent comprendre que les bombes qu’ils lĂąchent sur les autres peuples, que l’uranium appauvri que les armĂ©es Ă©tasuniennes, françaises et anglaises n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  utiliser en 1991 lors de la guerre du Golfe, puis en Bosnie en 1995, puis encore contre la Serbie en 1999, puis Ă  nouveau contre l’Irak en 2003 avec les consĂ©quences dramatiques pour les ĂȘtres humains et l’environnement peut aussi se rĂ©pandre au cƓur de leurs propres villes, de leurs repaires Ă©conomiques, financiers et militaires. Comme le rapporte le contre-amiral Claude Gaucherand, Ă  l’hĂŽpital pour enfants de Bassorah, en Irak, l’une des plus modernes maternitĂ© du monde arabo-musulman avant la guerre, oĂč naissaient 12000 enfants par an, les femmes qui accouchent ne disent plus « fille ou garçon » mais « monstre ou ĂȘtre humain ? » Les cas de leucĂ©mie ont Ă©tĂ© multipliĂ©s par 13 et les cancers par 6 en douze ans et ces chiffres ne font qu’augmenter. Il faut Ă©galement savoir que le plus moderne institut de production de vaccins du Proche-Orient qui fĂ»t créé dans les annĂ©es 1980 par une coopĂ©ration de l’Irak avec les Ă©tablissements MĂ©rieux a Ă©tĂ© dĂ©truit par l’ONU et ses envoyĂ©s de l’UNISCOM avec des consĂ©quences dramatiques pour les populations et les animaux bien au-delĂ  de l’Irak et de sa rĂ©gion. L’utilisation de telles armes comme le dĂ©clenchement des guerres sans consultation du Parlement fait des dirigeants de l’époque des criminels de guerre. Donnez-moi une seule raison qui justifierait que les populations occidentales soient Ă  l’abri des guerres offensives qu’elles laissent financer avec leurs deniers par leurs dirigeants et leurs reprĂ©sentants sans sourciller ? Les bombes ne seraient-elles bonnes que pour les enfants Serbes, Palestiniens, Irakiens, Africains ou Afghans ? Ce temps lĂ  est bien fini.

Les fraudeurs ne sont pas Ă  TĂ©hĂ©ran mais Ă  l’UMP

Geostrategie : Les politiciens et mĂ©dias occidentaux parlent de « dictature » et de « rĂ©volution manquĂ©e » contre le rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran, menaçant d’intervenir pour la protection des droits de l’Homme. Quel est votre avis sur l’évolution de la situation en Iran ?

J-L.I. : PremiĂšrement, le peuple Iranien a réélu le prĂ©sident Ahmadinedjad avec une Ă©crasante majoritĂ©, bien plus large que celle que le peuple français a donnĂ©e au prĂ©sident français lors de l’élection prĂ©sidentielle de 2006. Permettez-moi de souligner au passage que l’élection du prĂ©sident français ne respecte mĂȘme pas la loi qui prĂ©voit qu’aucun citoyen ne peut porter de nom autre que celui exprimĂ© dans son acte de naissance, Ă  savoir pour ce fils d’émigrĂ©s juifs hongrois, Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa. Visiblement, « de Nagy-Bocsa » est restĂ© de l’autre cĂŽtĂ© de la frontiĂšre du bulletin de vote. Ensuite, je ne pense pas que le prĂ©sident français et son parti, l’UMP, dont une ribambelle d’élus ont vu leur Ă©lection annulĂ©e dans diffĂ©rents scrutins parce qu’ils avaient trichĂ© – Serge Dassault le « jeune » sĂ©nateur-maire UMP de 84 ans de Corbeil-Essonne, fabricant d’armes, a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© inĂ©ligible pour un an par le Conseil d’Etat et accusĂ© d’avoir achetĂ© des voix ! – soient en mesure de donner des leçons de dĂ©mocratie Ă©lectorale Ă  l’Iran. Ils le sont d’autant moins que d’autres Ă©lus de l’UMP ont Ă©tĂ© Ă©galement dĂ©boutĂ©s de leur tentative de remettre en cause plusieurs rĂ©sultats de scrutin au prĂ©texte que ceux-ci ne leur Ă©taient pas favorables. Le parti des fraudeurs n’est pas Ă  TĂ©hĂ©ran mais bien en France. L’UMP est d’ailleurs coutumier de «putsch » contre le peuple et la dĂ©mocratie.

Geostrategie : « Putsch » contre la dĂ©mocratie, c’est-Ă -dire ?

J-L.I. : Je rappelle que le 23 mars 1999, les reprĂ©sentants des dix-neuf pays de l’OTAN ont dĂ©clenchĂ© les frappes aĂ©riennes contre la RĂ©publique FĂ©dĂ©rative de Yougoslavie sans consultation des parlements. Puis, ils ont violĂ© une nouvelle fois la Constitution française en 2001 quand le Premier ministre « socialiste » Lionel Jospin a, d’un commun accord avec le prĂ©sident UMP Jacques Chirac, dĂ©cidĂ© de participer Ă  l’invasion et Ă  l’occupation de l’Afghanistan. Depuis les choses n’ont fait que s’aggraver et les opĂ©rations militaires extĂ©rieures pĂšsent de plus en plus lourdement dans le budget de l’Etat. J’ajoute que la France participe au soutien de dictatures sur le continent Africain oĂč elle n’a rien Ă  faire et dont elle ne conteste du reste pas les Ă©lections de dirigeants, rĂ©ellement truquĂ©es celles-ci. Et voilĂ  qu’aujourd’hui, avec leurs homologues de la petite Europe de Maastricht, ils s’entendent pour faire revoter les Irlandais qui se sont prononcĂ©s majoritairement contre le traitĂ© de Lisbonne et dont le vote ne leur convient pas ! Et ce sont ces dirigeants français qui ont la prĂ©tention de donner des leçons de dĂ©mocratie Ă  l’Iran ? Ce n’est pas sĂ©rieux. Cette rĂ©alitĂ© n’est que celle d’une classe sociale, la grande bourgeoisie, qui s’accroche au pouvoir par tous les moyens, jusqu’à la guerre, pour sauvegarder ses privilĂšges

Un fait dont personne ne parle

Geostrategie : Les reproches formulĂ©s au gouvernement iranien par les dirigeants occidentaux procĂšdent-ils de la volontĂ© de chercher un conflit majeur ? S’agit-il d’une opĂ©ration concertĂ©e ?

J-L.I. : Oui. Plusieurs Ă©lĂ©ments prouvent que nous assistons Ă  une tentative de dĂ©stabilisation du gouvernement Iranien rĂ©parĂ©e de longue date par les services Ă©tasuniens avec la collaboration de membres de services occidentaux et sionistes. La stratĂ©gie est la mĂȘme que celle employĂ©e pour la prĂ©tendue « rĂ©volution orange » en Ukraine ou dans d’autres pays comme la GĂ©orgie avec d’autres couleurs et d’autres valets. Vous retrouvez derriĂšre ces « candidats de la libertĂ© » les mĂȘmes associations financĂ©es par des annexes des services Ă©tasuniens, les mĂȘmes bailleurs de fonds, les mĂȘmes campagnes mĂ©diatiques spontanĂ©es avec manifestations, pancartes, mots d’ordre en anglais, provocations, etc. Malheureusement les occidentaux, tous particuliĂšrement les Ă©tasuniens, les anglais et les français, devront se faire Ă  l’idĂ©e que le prĂ©sident Ahmadinejad jouit d’un fort soutien populaire et de la confiance des forces rĂ©volutionnaires d’Iran. J’attire du reste votre attention sur un fait dont personne ne parle : ces conservateurs petits bourgeois qui se prĂ©sentent comme des dĂ©fenseurs de la « libertĂ© », de la « dĂ©mocratie » et des « droits de l’Homme » ont tous le mĂȘme programme politique : « libĂ©rer » l’économie.

Cela signifie privatiser avec les consĂ©quences qui s’en suivraient pour le peuple, tout particuliĂšrement dans le domaine de l’énergie puisque l’Iran est un grand pays producteur de pĂ©trole. Avez-vous remarquĂ© le silence entretenu par les mĂ©dias occidentaux sur le programme politique de cette opposition ? Je ferai le reproche aux dirigeants iraniens de ne pas suffisamment mettre en avant les acquis de la RĂ©volution islamique qui a libĂ©rĂ© le pays du joug de l’étranger et a permis de consacrer au dĂ©veloppement Ă©conomique et social des capitaux qui partaient auparavant dans la poche des gros actionnaires des sociĂ©tĂ©s occidentales. La RĂ©publique Islamique d’Iran se modernise, y compris par la maĂźtrise de l’énergie nuclĂ©aire, et contrĂŽle son activitĂ© Ă©conomique au profit de toute la sociĂ©tĂ© : voilĂ  ce que ne supportent pas les occidentaux, français compris, dont les milliardaires dirigeants des sociĂ©tĂ©s transnationales convoitent les richesses et la place stratĂ©gique. Il est Ă©vident qu’un Hossein Moussavi comme tout autre dirigeant soutenu par les occidentaux permettrait Ă  IsraĂ«l de poursuivre tranquillement le gĂ©nocide du peuple Palestinien sans que cette entitĂ© ait Ă  rĂ©pondre rĂ©gionalement et internationalement de ses crimes. La politique de paix dĂ©veloppĂ©e par l’Iran s’accompagne forcĂ©ment d’une dĂ©nonciation de la rĂ©alitĂ© de la politique raciste et belliciste de l’entitĂ© sioniste, que cela plaise ou non. Il ne peut y avoir d’aboutissement Ă  plus de soixante annĂ©es de conflit sans que la rĂ©alitĂ© des faits soit posĂ©e sur la table.

Il est temps d’en finir avec « l’Etat » raciste israĂ©lien

Geostrategie : La communauté internationale peut-elle encore jouer un rÎle dans le rÚglement de la question juive au Proche Orient ?

J-L.I. : La communautĂ© internationale n’existe plus depuis longtemps Pour qu’elle existe encore faudrait-il qu’il y ait une volontĂ© politique commune de rĂ©gler les conflits dans l’intĂ©rĂȘt des peuples, ce qui n’est plus le cas, tout particuliĂšrement avec ce que l’on appelle « l’Etat » d’IsraĂ«l. Le prĂ©sident Ahmadinejad a soulignĂ© avec raison, lors de son intervention Ă  la tribune des Nations Unies Ă  GenĂšve le 11 avril dernier qu’ « aprĂšs la deuxiĂšme guerre mondiale, sous prĂ©texte « des souffrances des juifs », un groupe de pays puissants a eu recours Ă  l’agression militaire pour faire d’une nation entiĂšre une population sans abri. Ces pays ont envoyĂ© des migrants d’Europe, des Etats-Unis et d’ailleurs pour Ă©tablir un gouvernement totalement raciste en Palestine occupĂ©e. Il est tout Ă  fait regrettable qu’un certain nombre de gouvernements occidentaux ainsi que les Etats-Unis aient entrepris de dĂ©fendre ces racistes auteurs de gĂ©nocide. Ils ont toujours soutenu les actes odieux du rĂ©gime sioniste ou sont restĂ© silencieux face Ă  ces actes ». Tout cela n’est que la triste vĂ©ritĂ© et nous sommes aujourd’hui confrontĂ©s Ă  une peste sioniste qui se rĂ©pand comme un poison de maniĂšre analogue Ă  celles des nazis : puretĂ© de la « race » qui place le juif , « peuple Ă©lu », au-dessus de tout autre ĂȘtre humain – et je vous renvoie sur ce point Ă  La question juive Ă©crit par le juif allemand Karl Marx -, implantation de colonies qui rĂ©pond au besoin d’espace vital Ă  l’image de l’ancien Reich allemand, populations chassĂ©es Ă  coups d’interventions militaires, villages rasĂ©s, terres spoliĂ©es, torture, etc. L’ouvrage de Serge Thion, Le terrorisme sioniste, est sur ce point rĂ©vĂ©lateur de la terreur qui accompagne l’occupation de la Palestine par l’entitĂ© sioniste depuis 1947. IsraĂ«l n’est pas un Etat mais une entitĂ© raciste sans frontiĂšres dĂ©finies et sans constitution. C’est l’amie assassine du prĂ©sident Sarközy de Nagy-Bocsa dont l’historien Paul-Eric Blanrue dĂ©crit fort bien l’introduction dans l’appareil d’Etat français dans son ouvrage Sarkozy, IsraĂ«l et les juifs.

Geostrategie : Vous ĂȘtes l’un des rares journalistes français Ă  soutenir l’intervention du prĂ©sident Ahmadinejad. Selon vous, le prĂ©sident Iranien n’a fait que rapporter la rĂ©alitĂ© des faits Ă  la tribune de l’ONU ?

J-L.I. : L’un des rares Ă  le soutenir ? Je ne pense pas. Sans doute dans les salons dorĂ©s des capitales occidentales et de l’ONU Ă  GenĂšve – et encore car il y fĂ»t applaudi par la grande majoritĂ© des participants Ă  la dĂ©ception des reprĂ©sentants occidentaux. Je renvoie ceux qui doutent de la triste rĂ©alitĂ© de la Palestine occupĂ©e et du racisme de l’entitĂ© sioniste Ă  se rendre dans les pays arabes. Je ne parle pas de descendre dans les hĂŽtels cinq Ă©toiles pour l’interview d’une personnalitĂ© et de partager le reste de son temps entre le bar et la piscine de l’hĂŽtel comme le font certains journalistes occidentaux. Je parle de vivre avec le peuple, d’aller Ă  sa rencontre, de l’écouter, d’essayer de le comprendre. Ils verront alors que le prĂ©sident iranien jouit d’une grande popularitĂ© dans le monde arabo-musulman. Par ailleurs, un rapport de la FĂ©dĂ©ration Internationale des Droits de l’Homme qui fait suite Ă  une importante mission d’enquĂȘte en IsraĂ«l rapporte, je cite, « les nombreuses discriminations raciales (
) tant lĂ©galisĂ©es qu’empiriques, sans aucun fondement de quelque nature que ce soit » qui constituent « une violation Ă  la DĂ©claration universelle des droits de l’homme, au Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, au Pacte international relatif aux droits Ă©conomiques, sociaux et culturels et Ă  la Convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale ».

Il est Ă©vident que si les occidentaux continuent de soutenir une telle entitĂ© raciste, ils devront finir par assumer Ă©galement la responsabilitĂ© du gĂ©nocide du peuple Palestinien et de la guerre qui se prĂ©pare. Depuis 62 ans cette entitĂ© viole toutes les lois internationales, procĂšde Ă  une vĂ©ritable Ă©puration ethnique de la Palestine, refuse d’appliquer les rĂ©solutions de l’ONU et poursuit sa guerre d’occupation et d’expansion Ă  l’abri du discours trompeur de ses dirigeants. Vous seriez enfant Palestinien et vous auriez vu votre famille dĂ©cimĂ©e sous les bombes sionistes ou chassĂ©e de sa terre, pensez-vous que vous continueriez d’applaudir aux rencontres diplomatiques sans lendemain avec un occupant qui piĂ©tine la diplomatie et les pactes internationaux jusqu’au sein de l’ONU ? Quant aux dirigeants des pays arabes au pouvoir qui ne sont, exception faite de la Syrie, que des modĂ©rĂ©s corrompus agenouillĂ©s devant les occidentaux, ils portent une lourde responsabilitĂ© dans l’extermination du peuple Palestinien et la prĂ©sence coloniale dans cette rĂ©gion du monde.

Geopolitique : Dans de telles conditions, pensez-vous qu’aprĂšs tant d’annĂ©es une solution diplomatique puisse encore ĂȘtre trouvĂ©e ?

J-L.I. : En refusant toute vĂ©ritable nĂ©gociation pour que la Palestine retrouve l’intĂ©gralitĂ© de sa terre et ses droits, l’entitĂ© sioniste empoisonne la vie politique internationale et diplomatique depuis plus d’un demi-siĂšcle. Ce racisme religieux que les occidentaux et l’ONU refusent de combattre oblige Ă  considĂ©rer que la seule alternative qui reste dĂ©sormais pour en finir avec IsraĂ«l est la guerre. Que voulez-vous qu’il reste quand des dirigeants refusent de voir la rĂ©alitĂ© des choses, d’entendre la voie de la diplomatie et donc de la sagesse ? Ainsi que je le rapporte dans mon livre, une mission d’enquĂȘte de la FĂ©dĂ©ration Internationale des Droits de l’Homme conclut que « le projet politique fondateur de l’Etat d’IsraĂ«l, l’instauration d’un « Etat juif » est porteur d’une discrimination Ă  l’égard de la population non juive ». Si « l’Etat d’IsraĂ«l est « l’Etat des juifs » comme le stipule l’article 7 de la loi fondamentale sur la Knesset, alors tout juif qui se trouve en dehors de cet Etat doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme immigrĂ©. Une liste noire des Etats et sociĂ©tĂ©s qui commercent avec IsraĂ«l, fournissent Ă  cette entitĂ© du gaz, du pĂ©trole – comme la FĂ©dĂ©ration de Russie, la Turquie, la GĂ©orgie et quelques autres -, des armes et autres bien de consommation doit ĂȘtre dressĂ©e afin de dĂ©noncer publiquement leur participation au massacre du peuple Palestinien et d’organiser un boycott progressif et massif de leur commerce. Il faut ainsi s’opposer comme le font une centaine d’organisations, de partis politiques, d’associations, y compris juives, Ă  l’implantation de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne Agrexco Ă  SĂšte et ailleurs en France. Ce n’est qu’un aspect du combat qu’il faut aujourd’hui mener contre cette entitĂ© raciste jusqu’à la contraindre Ă  la raison car chaque jour elle vole la vie et la terre des Palestiniens.

Renforcer l’action commune des peuples contre l’impĂ©rialisme

Geostrategie : Revenons Ă  l’Iran. Pensez-vous que la RĂ©publique Islamique d’Iran puisse affronter la crise provoquĂ©e par les occidentaux ?

J-L.I. : Crise est un bien grand mot. Je parlerai plutĂŽt de nouvelle provocation occidentale et d’ingĂ©rence dans les affaires du peuple iranien. Non seulement elle le peut mais elle en sortira renforcĂ©e. Il faut savoir qu’ au-delĂ  d’un appareil d’Etat en pleine modernisation, la RĂ©publique Islamique d’Iran dispose de militants rĂ©volutionnaires aguerris Ă  la lutte contre les provocations occidentales, d’une jeunesse formĂ©e dans les Ă©coles et UniversitĂ©s ouvertes Ă  toutes les couches de la population qui soutient majoritairement le rĂ©gime contrairement Ă  ce que diffusent les mĂ©dias occidentaux, de penseurs et d’intellectuels riches de la culture perse, d’une religion avec laquelle la corruption et l’enrichissement personnel contre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ne sont pas compatibles. Il ne faut pas oublier qu’en aoĂ»t 1953 les occidentaux ont eux-mĂȘmes prĂ©parĂ© le coup d’Etat pour renverser le rĂ©gime dĂ©mocratique de Mohammad Mossadegh afin d’installer au pouvoir la dictature des Pahlavi qui a plongĂ© l’Iran dans un bain de sang. Quelques mois aprĂšs son installation au pouvoir par les occidentaux, en 1954, un consortium composĂ© de compagnies Ă©tasuniennes, anglaises, françaises et hollandaises se mettait en place pour gĂ©rer l’exploitation pĂ©troliĂšre de l’Iran au profit des actionnaires des grandes compagnies occidentales. Un vĂ©ritable pillage de l’Iran s’est ainsi opĂ©rĂ© pendant prĂšs de vingt-six annĂ©es de dictature jusqu’à la RĂ©volution islamique en 1978 et 1979. Il est Ă©vident que les dirigeants occidentaux entendent aujourd’hui dicter de nouveau Ă  l’Iran sa politique Ă©conomique tantĂŽt en lui interdisant d’utiliser l’énergie nuclĂ©aire, tantĂŽt en le menaçant, tantĂŽt en exerçant des pressions Ă©conomiques ou en essayant de dĂ©stabiliser son rĂ©gime dĂ©mocratiquement Ă©lu pour imposer une marionnette Ă  leur solde afin de s’approprier ses richesses.

Geostrategie : Mais vous ĂȘtes vous-mĂȘme athĂ©e et vous soutenez le pouvoir religieux de TĂ©hĂ©ran ?

J-L.I. : OĂč est le problĂšme ? Notre foi n’est pas la mĂȘme mais je constate que le rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran dĂ©fend l’indĂ©pendance Ă©conomique du pays, les nationalisations – mĂȘme si celles-ci doivent aujourd’hui passer Ă  un niveau qualitatif supĂ©rieur – et donc la possibilitĂ© pour le peuple Iranien d’amĂ©liorer ses conditions d’existence en participant plus fortement Ă  la vie Ă©conomique. On ne peut en dire de mĂȘme du Vatican ou de l’entitĂ© sioniste qui sont deux des principales destinations du blanchiment de l’argent du crime organisĂ© et du commerce des armes, ni des Etats-Unis avec leurs 60 millions de pauvres oĂč la misĂšre, contrairement Ă  la RĂ©publique Islamique d’Iran, est en pleine expansion ! Quant Ă  l’Union EuropĂ©enne, donneuse de leçon de droits de l’Homme elle devrait commencer par s’occuper de ses 20 millions de chĂŽmeurs, de ses 70 millions de citoyens mal logĂ©s, de ses 80 millions d’autres qui courent un risque de pauvretĂ© dont « la moitiĂ© d’entre eux est dans une situation de pauvretĂ© durable » si j’en crois le Rapport conjoint 2008 sur la protection sociale et l’inclusion sociale de la Commission europĂ©enne ! OĂč sont les droits de l’homme pour ces habitants de la petite Europe ?

Par ailleurs, la France a fait le choix de servir de refuge Ă  une organisation armĂ©e logĂ©e Ă  Auvers-sur-Oise, en rĂ©gion parisienne, qui Ă©tait, voici peu de temps, classĂ© sur la liste noire des mouvements terroristes du DĂ©partement d’Etat Ă©tasunien et de l’Union EuropĂ©enne. Elle vient d’en ĂȘtre retirĂ©e car les dirigeants anglo-saxons ont rĂ©alisĂ© qu’ils avaient besoin de l’instrumentaliser pour dĂ©velopper une grande campagne contre la RĂ©publique Islamique d’Iran. Tout ce qui peut leur servir contre l’Iran rĂ©volutionnaire est bon. Il serait du reste intĂ©ressant de savoir de qui cette organisation reçoit des fonds et des armes en quantitĂ© impressionnante
 Le gouvernement français devrait prendre garde. Que n’entendrait-on si l’Iran abritait sur son sol une organisation dont le but avouĂ© serait de renverser le gouvernement français ?! Sans intervenir dans les affaires intĂ©rieures iraniennes, je pense que les dirigeants iraniens devraient revoir les conditions des Ă©changes avec les pays de l’Union EuropĂ©enne, tout particuliĂšrement la France, et choisir des partenaires commerciaux plus fiables et respectueux de l’indĂ©pendance des peuples. Cela vaut pour l’Iran comme pour tous les peuples qui se lĂšvent sur tous les continents et qui doivent, au-delĂ  de leurs croyances diffĂ©rentes, se rapprocher pour agir en commun contre l’impĂ©rialisme.

Geostrategie : Le conflit majeur dont vous parlez pourrait prendre des formes nouvelles ?

J-L.I. : Je le pense car les occidentaux semblent oublier qu’il ne peut y avoir de second Hiroshima puisque cela signifierait la fin de l’HumanitĂ©. Le prĂ©sident Ă©tasunien Obama qui a pris un ton aux relents de guerre froide vis-Ă -vis de la FĂ©dĂ©ration de Russie devrait bien rĂ©flĂ©chir Ă  changer d’attitude contre le cƓur de l’Eurasie. De mĂȘme, son implication et celle de son administration – CIA, Institut de l’hĂ©misphĂšre occidental pour la sĂ©curitĂ© et la coopĂ©ration et Commandement Sud des Etats-Unis (Southcom) – dans le coup d’Etat en juin dernier contre Manuel Zelaya, prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu du Honduras, ne fait que confirmer la poursuite de la politique belliciste et agressive de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Vous constaterez au passage la disproportion du traitement dans les mĂ©dias français entre le coup d’Etat Ă©tasunien au Honduras avec des centaines de morts et des milliers d’arrestations qui n’ont eu droit qu’à quelques toutes petites minutes d’antenne et le coup d’Etat manquĂ© des occidentaux en Iran qui a fait chaque jour l’objet de commentaires aussi faux qu’abondants. Les Etats-Unis ne sont plus en Ă©tat de dicter leur volontĂ© au monde et leur prĂ©sident va devoir faire front sur le plan intĂ©rieur aux dĂ©ceptions qui vont naĂźtre des promesses qu’il a faites pour ĂȘtre Ă©lu et qu’il ne pourra tenir.

Sur le plan extĂ©rieur les guerres qu’il entretient et les nouvelles qu’il cherche Ă  provoquer vont accroĂźtre l’endettement et contribuer au processus d’affaiblissement majeur des Etats-Unis et du capitalisme en faillite. Imaginez ce qu’il adviendrait de la sociĂ©tĂ© Ă©tasunienne dans un tel contexte politique, Ă©conomique et social si son prĂ©sident noir Ă©tait victime d’un odieux attentat raciste perpĂ©trĂ© par un groupe sioniste ou des miliciens extrĂ©mistes blancs ?!
 Imaginez ce qu’il adviendrait demain si les images captĂ©es par satellite et camĂ©ras sur le prĂ©tendu attentat contre le Pentagone en septembre 2001 Ă©taient publiĂ©es ? Certains responsables du Federal Bureau of Investigation en ont une idĂ©e pour avoir fait saisir aux Etats-Unis certaines de ces bandes vidĂ©os
Il est Ă©trange, ne trouvez-vous pas, que cette manipulation et mise en scĂšne hollywoodienne ait Ă©chappĂ© aux « yeux du ciel » pour l’un des bĂątiments les plus surveillĂ©s de la planĂšte ? Sans doute faut-il encore laisser du temps au temps. Les occidentaux ne sont plus les seuls Ă  maĂźtriser les nouvelles technologies et les peuples Ă  qui ils ont pris leurs familles, leurs terres, leurs richesses, leur espoir, leur avenir n’ont plus rien Ă  perdre. Ces « terroristes » lĂ  seront les libĂ©rateurs d’aujourd’hui comme l’étaient hier communistes et sans partis dans la RĂ©sistance contre le nazisme. A mains nues ou en costume cravate nous devons ĂȘtre Ă  leurs cĂŽtĂ©s car pour eux comme pour nous, l’avenir c’est aujourd’hui la rĂ©volution ou la guerre.

Source: GéostratÚgie

Merci de nous faire part de vos commentaires sur le Forum Mecanopolis.

août 29 2009

L’humanitĂ© pourrait-elle abriter deux races bien distinctes ?

Serait-il possible que la race humaine soit, en rĂ©alitĂ©, fondamentalement scindĂ©e en deux ? Serait-il concevable qu’au-delĂ  des apparences physionomiques l’humanitĂ© abrite, en vĂ©ritĂ©, deux races humanoĂŻdes bien distinctes ?

  

bv000001

 

L’idĂ©e qu’il y ait effectivement deux races diffĂ©rentes d’ĂȘtres humains peut surprendre car, bien entendu, ceci ne fait habituellement pas les manchettes. De plus, cette notion, Ă  premiĂšre vue, ne semble pas concorder directement avec nos expĂ©riences quotidiennes. Nous sommes accoutumĂ©s Ă  penser en termes de physionomie : il y a des Asiatiques, des Blancs (caucasiens), des Noirs (nĂ©groĂŻdes)… Nous y voyons donc, depuis toujours, plusieurs « races » fragmentant l’humanitĂ© en groupes identifiables. Les rĂ©centes poussĂ©es technologiques entourant le gĂ©nome ont d’ailleurs tĂŽt fait de catĂ©goriser, dresser l’historique, ainsi qu’Ă©tablir des tableaux de caractĂ©ristiques pour chacune de celles-ci.

 

Mais il existe une connaissance, parfois dissimulĂ©e dans certains enseignements dits « Ă©sotĂ©riques » ou « occultes », selon laquelle l’ĂȘtre humain est, Ă  la base, issu de deux races bien distinctes. Cette rĂ©alitĂ©, bien que peu connue, est Ă©tudiĂ©e et analysĂ©e par certains, et ce, dans diffĂ©rents domaines tels que la politique, la sociologie et la psychologie, et ils en sont tous venus plus ou moins Ă  la mĂȘme rĂ©alisation : il y a certains humains qui ne sont pas vraiment… « humains » !

 

Mais alors, qu’est-ce qu’un humain ? Qu’est-ce qui dĂ©finit l’humanitĂ© d’un ĂȘtre ?

 

Voici ce que l’on peut trouver dans le dictionnaire : 

 

Humain, adj. : Qui est sensible Ă  ce que peut ressentir son prochain.

Synonymes d’humain : Charitable – altruiste, bon, charitable, compatissant, fraternel, gĂ©nĂ©reux, humanitaire, qui a bon cƓur.

HumanitĂ©, n.f. 1) Bienveillance ou compassion pour les malheurs d’autrui. (Traiter quelqu’un avec humanitĂ©). 2) CaractĂšre d’une personne dont la nature humaine est trĂšs manifeste.

Synonymes d’humanitĂ© : Altruisme – aide, allocentrisme, altruisme, amour (d’autrui), assistance, bĂ©nĂ©volat, bienveillance, bontĂ©, charitĂ©, compassion, dĂ©vouement, don de soi, empathie, entraide, extraversion, fraternitĂ©, gĂ©nĂ©rositĂ©, gentillesse, pitiĂ©, sensibilitĂ©, serviabilitĂ©, solidaritĂ©, sollicitude. SensibilitĂ© – affectivitĂ©, Ăąme, attendrissement, coeur, compassion, Ă©motivitĂ©, empathie, pitiĂ©, romantisme, sensibilitĂ©, sentiment, sentimentalitĂ©, sympathie, tendresse, vulnĂ©rabilitĂ©.

 

En bref, ce sont les Ă©motions qui caractĂ©risent notre race : la facultĂ© de ressentir de l’empathie, de l’amour pour son voisin, son prochain, l’aptitude Ă  la bontĂ©, Ă  la sensibilitĂ©, aux sentiments d’entraide, de fraternitĂ©, de solidaritĂ©, etc., la capacitĂ© de la considĂ©ration externe, de se « mettre Ă  la place » d’un autre (qu’il soit humanoĂŻde ou non) et de guider ainsi nos actions (qui ont immanquablement des rĂ©percussions) qui nous distinguent.

 

Naturellement, nous avons tous la sincĂšre conviction que tous les ĂȘtres humains ont cette prĂ©disposition particuliĂšre. Nous croyons tous, Ă  quelque niveau que ce soit, que tous les hommes et toutes les femmes sur cette planĂšte possĂšdent cette tendance Ă  la bontĂ©, que tous ressentent les Ă©motions caractĂ©ristiques de notre quotidien : amour, peine, joie, honte, regret, amitiĂ©, etc. La plupart d’entre nous sont mĂȘme convaincus que peu importe les actions commises et les paroles dites par certains individus, qu’ils « ne sont qu’humains, aprĂšs tout ». Que ce soit G.W. Bush, Hitler ou Jack l’Éventreur, nous sommes persuadĂ©s qu’il y a en eux un « enfant blessĂ© » ou simplement qu’ils ont une carence affective quelconque ou qu’ils ont besoin d’une aide psychologique.

 

Nous le croyons, car nous faisons de la projection.

 

Pourtant, certains « criminels » nous paraissent tellement « inhumains » que nous avons de la difficultĂ© Ă  concevoir le comment et le pourquoi de leurs actions. Et si, aprĂšs tout, ils Ă©taient rĂ©ellement « inhumains » ? S’il existait un type d’humanoĂŻde qui ne soit pas dotĂ© d’Ă©motions ?

 

Boris Mouravieff, auteur de Gnosis, traite ainsi de cette réalité, dans la terminologie particuliÚre des enseignements de la Tradition :

 

Dans le premier tome de Gnosis, nous avons dĂ©jĂ  fait rĂ©fĂ©rence plusieurs fois Ă  la coexistence de deux races essentiellement diffĂ©rentes : l’une constituĂ©e d’Hommes, et l’autre d’AnthropoĂŻdes.

[...] Les Écritures Saintes contiennent plus d’une rĂ©fĂ©rence au sujet de la coexistence sur notre planĂšte de ces deux humanitĂ©s, qui sont maintenant de forme similaire mais d’essence diffĂ©rente.

[...] L’ivraie humaine, les ĂȘtres de la race anthropoĂŻde, sont les descendants de l’humanitĂ© prĂ©-adamique. La principale diffĂ©rence entre l’homme prĂ©-adamique contemporain et l’homme adamique – une diffĂ©rence qui n’est pas perçue par les sens – est que le premier ne possĂšde pas les centres supĂ©rieurs dĂ©veloppĂ©s [la conscience Ă©motionnelle] qui existent chez le second et qui, bien que dĂ©connectĂ©s de sa conscience ordinaire depuis la Chute [l'ÉvĂ©nement marquant l'arrivĂ©e de la race d'hommes], lui offrent cependant une possibilitĂ© rĂ©elle d’Ă©volution Ă©sotĂ©rique [d'Ă©veil]. Mis Ă  part cela, les deux races sont similaires : elles possĂšdent les mĂȘmes centres infĂ©rieurs [la conscience matĂ©rielle/matĂ©rialiste], la mĂȘme structure de la PersonnalitĂ© et le mĂȘme corps physique, bien que la plupart du temps cela soit plus prononcĂ© chez l’homme prĂ©-adamique que chez l’homme adamique… (p. 108-109).

 

Une race, littĂ©ralement, dont la physionomie est la mĂȘme, mais Ă  laquelle il manquerait totalement la facultĂ© Ă©motionnelle ?

 

La majoritĂ© d’entre nous argumenterait qu’il est impossible qu’il en soit ainsi sans que nous nous en apercevions. En effet, un ĂȘtre humain n’ayant aucune Ă©motion ne ressemblerait-il pas Ă  un robot : sans intonation dans la voix, sans expression faciale et sans langage corporel ?

 

Cette conclusion hĂątive tend Ă  oublier un fait pourtant bien connu : l’Ă©norme facultĂ© mimĂ©tique des ĂȘtres humains. En effet, nos connaissances Ă  ce sujet nous dĂ©montrent que, bien au contraire, ces personnes sont des plus « normales » et qu’il nous est pratiquement impossible de les reconnaĂźtre.

 

Ce savoir ancien refait surface – de plus en plus – dans divers domaines et sous diverses appellations telles que : psychopathie, sociopathie, pathocratie, etc. Évidemment, la premiĂšre image que nous avons du psychopathe est celle qui se limite au tueur en sĂ©rie, au dĂ©traquĂ© dĂ©ment assoiffĂ© de sang, mais cette notion est trĂšs pernicieuse car elle est, dans la majoritĂ© des cas, totalement fausse, puisque seul un faible pourcentage des psychopathes deviennent manifestement ces grands criminels. En effet, le psychopathe standard a tout de l’humain ordinaire : il rit, il pleure, il a un(e) conjoint(e), des enfants, un emploi et paie habituellement ses taxes ! Comme le dit Mouravieff , il y a une « diffĂ©rence qui n’est pas perçue par les sens ».

 

H. Cleckley, dans son ouvrage Le masque de santé mentale, en dit ceci :

 

L’observateur est confrontĂ© Ă  un masque convaincant de bonne santĂ© mentale. Toutes les caractĂ©ristiques extĂ©rieures de ce masque sont parfaites. Il ne peut ĂȘtre enlevĂ© ou pĂ©nĂ©trĂ© par l’effet de questions dirigĂ©es vers des niveaux de personnalitĂ© plus profonds.

[
] Les processus mentaux conservent leur normalitĂ© lors des enquĂȘtes psychiatriques et des tests techniques conçus pour mettre en Ă©vidence la preuve, pas toujours claire, d’un dĂ©rangement.

L’examen ne rĂ©vĂšle pas seulement un masque ordinaire Ă  deux dimensions mais aussi ce qui semble ĂȘtre l’image structurelle solide et substantielle d’une personnalitĂ© saine et rationnelle.

[
] De plus, cette structure de la personnalitĂ© fonctionne dans toutes les situations thĂ©oriques d’une maniĂšre apparemment identique Ă  celle d’une personnalitĂ© dotĂ©e d’un fonctionnement normal et sain.

[
] En outre, l’observateur reconnaĂźt les expressions verbales et faciales, les tons de la voix, et tous les autres signes que nous avons coutume de considĂ©rer comme manifestant la conviction, l’Ă©motion et la conduite d’une vie normale telle que nous la connaissons nous-mĂȘmes et la supposons chez les autres.

Toutes les Ă©valuations Ă©motionnelles et les jugements de valeur sont sains et appropriĂ©s quand le psychopathe est testĂ© lors d’examens oraux.

C’est seulement trĂšs lentement et Ă  la suite d’un processus complexe d’estimation ou de jugement basĂ© sur une multitude de petites impressions que nous finissons par ĂȘtre convaincus qu’en dĂ©pit de ces processus rationnels inaltĂ©rĂ©s, de ces manifestations Ă©motionnelles normales et de leur dĂ©roulement cohĂ©rent dans toutes les situations, nous avons affaire ici, non pas Ă  un homme complet, mais Ă  ce qui pourrait ĂȘtre un automate subtilement agencĂ© pouvant imiter Ă  la perfection la personnalitĂ© humaine.

Cette appareillage psychique à la mécanique bien huilée reproduit de façon cohérente, non seulement des raisonnements humain convaincants, mais simule également de maniÚre appropriée les émotions humaines classiques en réponse à la presque totalité des divers stimuli de la vie.

Cette rĂ©plique d’un homme complet et normal est tellement parfaite qu’aucune personne l’examinant en milieu clinique ne peut indiquer en termes scientifiques ou objectifs pourquoi ou en quoi cet homme n’est pas rĂ©el.

Et pourtant nous finissons par savoir ou par avoir la sensation de savoir que la notion de rĂ©alitĂ©, en tant qu’expĂ©rience pleine et saine de la vie, est ici absente.

En effet, par expĂ©rience, les psychopathes sont des ĂȘtres, Ă  premiĂšre vue, attachants, sympathiques et souvent trĂšs humoristiques. Ce sont aussi rĂ©guliĂšrement des gens qui nous semblent en pleine possession de leurs moyens, confiants et « en contrĂŽle de la situation ». D’ailleurs, il n’est pas rare de les envier pour ces derniĂšres caractĂ©ristiques. Nous verrons plus tard pourquoi, en rĂ©alitĂ©, ils sont si sĂ»rs d’eux.

 

Mais comment expliquer alors qu’un ĂȘtre sans conscience Ă©motionnelle puisse ĂȘtre attachant, aimable et agrĂ©able ? Regardons Ă  nouveau ce que H. Cleckley en dit :

 


Nous avons affaire ici, non pas Ă  un homme complet, mais Ă  ce qui pourrait ĂȘtre un automate subtilement agencĂ© pouvant imiter Ă  la perfection la personnalitĂ© humaine.

 

Afin de tenter de comprendre les raisons sous-jacentes d’un tel mimĂ©tisme (expressions de regret, d’amour, de tristesse, etc.) alors qu’il n’y a aucun rĂ©el sentiment derriĂšre les agissements des psychopathes, il faut considĂ©rer un aspect important de cette « race » : leur nombre. Selon Andrew M. Lobaczewski (auteur de PonĂ©rologie Politique : une Science sur la Nature du Mal adaptĂ©e Ă  des Buts Politiques), seulement 6% de la population est de nature psychopathique, c’est-Ă -dire sans « humanitĂ© ». Ce chiffre – variant d’une Ă©tude et d’un auteur Ă  l’autre – reprĂ©sente une rĂ©alitĂ© clĂ© qui rĂ©git le fonctionnement des psychopathes : ils sont minoritaires, trĂšs minoritaires. Pourquoi alors rĂ©ellement s’en soucier puisqu’ils sont en si petit nombre ? Parce que les implications sous-jacentes d’un tel type d’humain dans nos sociĂ©tĂ©s sont hautement importantes et ceci nous concerne tous.

 

Comme le dit Mouravieff :

 

À partir de lĂ , la coexistence de ces deux types d’humains et la compĂ©tition qui en fut le rĂ©sultat, devinrent la norme. [...] Nous pouvons constater qu’au cours des siĂšcles, et mĂȘme encore Ă  notre Ă©poque, les hommes adamiques, dans leur condition postĂ©rieure Ă  la chute, ont Ă©tĂ© et sont encore gĂ©nĂ©ralement dans une position infĂ©rieure Ă  celle des hommes prĂ©-adamiques [les psychopathes].

 

Pourquoi en serait-il ainsi, alors que l’humain, qui possĂšde une conscience morale, une conscience Ă©motionnelle, est largement majoritaire ?

 

Voici comment Martha Stout, auteure de The sociopath next door, nous amÚne à y réfléchir :

 

Imaginez – si vous pouvez – ne pas avoir de conscience, pas du tout, aucun sentiment de culpabilitĂ© ou de remords peu importe ce que vous faites, aucun sens de limitation, d’attention pour le bien-ĂȘtre des Ă©trangers, des amis, ou mĂȘme des membres de la famille. Imaginez aucune lutte avec la honte, pas une seule dans toute votre vie, peu importe quel genre d’action Ă©goĂŻste, paresseuse, nuisible, ou immorale vous aviez fait.

Et feignez que le concept de responsabilité vous soit inconnu, sauf comme un fardeau que les autres semblent accepter sans se poser de questions, comme des imbéciles crédules.

Ajoutez maintenant Ă  cette fantaisie Ă©trange la capacitĂ© de cacher aux autres que votre conformation psychologique diffĂšre radicalement de la leur. Puisque chacun suppose simplement que la conscience est universelle parmi les gens, cacher le fait d’ĂȘtre sans conscience vous est presque facile.

Vous ne vous retenez pas de vos dĂ©sirs par la culpabilitĂ© ou la honte et vous n’ĂȘtes jamais confrontĂ© par d’autres pour votre sang-froid. L’eau glacĂ©e dans vos veines est si bizarre, si complĂštement en dehors de leur expĂ©rience personnelle, qu’ils devinent mĂȘme rarement votre condition.

Autrement dit, vous ĂȘtes complĂštement sans contraintes internes et votre souveraine libertĂ© de faire comme il vous plaĂźt, sans tourments de conscience, est fort Ă  propos invisible au monde.

Vous pouvez faire tout, et mĂȘme votre avantage Ă©trange sur la majoritĂ© des gens, qui sont tenus en ligne par leurs consciences, restera trĂšs probablement non dĂ©couvert.

Comment vivrez-vous votre vie ?

Que ferez-vous avec votre avantage énorme et secret et avec le handicap correspondant des autres gens (la conscience) ?

 

En effet, que ferions-nous ? Pour répondre à cette question et comprendre un peu plus en profondeur le monde des psychopathes, il faut remonter à leur naissance. Imaginons que 6 enfants sur 100 viennent au monde ainsi : sans conscience émotionnelle, sans capacité de remord, de compassion et de regret.

 

Peu de temps leur sera nĂ©cessaire avant de se rendre compte qu’ils sont diffĂ©rents. Ils ne comprendront pas – car ils n’en ont pas la possibilitĂ©, les mĂ©canismes internes – les raisons qui poussent les gens Ă  des comportements « Ă©tranges » tels que la honte et la culpabilitĂ©, mais ils comprendront rapidement que s’ils veulent « survivre » dans cet environnement incomprĂ©hensible (oĂč ils sont minoritaires), ils se doivent de cacher leur diffĂ©rence, ils se doivent de « jouer le jeu » par imitation afin de ne pas ĂȘtre identifiĂ©s comme « diffĂ©rents ». Ainsi, en trĂšs peu de temps ils sauront 1) se reconnaĂźtre entre eux et se regrouper et 2) duper habilement (avec de fausses rĂ©actions Ă©motionnelles) leur entourage. Qui plus est, les « fardeaux inutiles » de la majoritĂ© (honte, regret, compassion, etc.) deviendront rapidement pour eux un terrain de jeu, une caractĂ©ristique « amusante » avec laquelle ils peuvent se jouer astucieusement de nous. Avec le temps, ce qui n’Ă©tait qu’un simple jeu afin d’obtenir certains avantages deviendra un art, littĂ©ralement une façon de vivre. Ces ĂȘtres deviendront des manipulateurs hors pair, des menteurs chevronnĂ©s pour qui les arnaques les plus subtiles n’auront aucun secret. Abus de confiance, duperies, chantage Ă©motionnel, impostures et escroqueries seront pour eux, littĂ©ralement, un art de vivre.

 

Cette façon d’ĂȘtre ne fera que croĂźtre et se raffiner avec les annĂ©es, au fur et Ă  mesure que leur maturitĂ© intellectuelle grandira. Ainsi, il en rĂ©sultera des ĂȘtres dont la position, Ă  l’intĂ©rieur de leur classe sociale, sera issue de cette mĂ©canique d’imposture et de chantage subtil. Ils n’auront pas gravi les Ă©chelons par dĂ©vouement honnĂȘte, mais bien par tricherie et manipulation.

 

N’ayant aucune conscience Ă©motionnelle, la vie spirituelle n’a pour eux aucune signification. Bien que certains utiliseront pleinement la naĂŻvetĂ© des autres pour devenir des gourous et autres types de charlatans, ce n’est que l’aspect matĂ©riel qu’ils percevront en toutes choses. L’incomprĂ©hensible compassion des gens se transformera pour eux, s’ils savent bien l’utiliser (et ils le savent !), en un avantage matĂ©riel, qu’il soit sous forme de sommes d’argent, de position de pouvoir, de cĂ©lĂ©britĂ© ou tout simplement d’une voiture de luxe.

 

À petite Ă©chelle, que ce soit dans la cellule familiale ou dans le voisinage, il ne pourrait s’agir que d’ĂȘtre vigilant face Ă  ce type d’individu, sans plus, mais cette rĂ©alitĂ© est tout simplement inconnue de la majoritĂ© d’entre nous et de ce fait nous avons, envers tous les gens que nous connaissons, l’intime conviction qu’ils sont « humains ». Cette situation prend une inquiĂ©tante dimension lorsque nous devons admettre qu’il y aura donc plus ou moins 6% de psychopathes dans toutes les classes de la sociĂ©tĂ© et, Ă©tant donnĂ© leur nature, en pourcentage probablement plus Ă©levĂ© dans des milieux d’influence et de pouvoir tels que : la mĂ©decine conventionnelle (par opposition Ă  la mĂ©decine holistique), les Ă©tablissements d’enseignements, la haute direction des institutions financiĂšres et des multinationales (qui ne pensent qu’en termes de rentabilitĂ©), ainsi que – Ă  notre grand malheur – les systĂšmes juridiques, les forces de l’ordre et les gouvernements. Ne perdons pas de vue que cette situation existe depuis des temps immĂ©moriaux et pourrait bien ĂȘtre Ă  la source de tout le concept de la lutte entre le « bien et le mal ».

 

Des manipulateurs de premier ordre, connaissant toutes nos faiblesses et les utilisant de façon quotidienne pour atteindre leurs buts matĂ©rialistes et se reconnaissant entre eux dĂšs l’enfance : n’y aurait-il pas lieu de parler d’« Ă©lite » ? Non pas de race supĂ©rieure, mais bien de race dominante et contrĂŽlante ?

 

La haute incidence de la sociopathie dans la sociĂ©tĂ© humaine a un effet profond sur le reste d’entre nous qui devons, aussi, vivre sur cette planĂšte, mĂȘme ceux de nous qui n’avons pas Ă©tĂ© cliniquement traumatisĂ©s. Les individus qui constituent ces 4 pour cent drainent nos relations, nos comptes bancaires, nos accomplissements, notre respect de soi, notre paix mĂȘme sur Terre. [Martha Stout, The sociopath next door]

 

Nous n’avons qu’Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  l’Ă©tat actuel de la sociĂ©tĂ© nord-amĂ©ricaine, dont l’influence envahissante a tendance Ă  infecter tout le reste de la planĂšte : une sociĂ©tĂ© basĂ©e sur le plaisir que procurent les biens matĂ©riels, sur une consommation Ă  outrance, sur la performance et l’accomplissement matĂ©riel, dont la valeur de chaque individu est estimable en $ et pour qui les coutumes Ă©trangĂšres doivent ĂȘtre remodelĂ©es et façonnĂ©es Ă  leur image. Nous n’avons qu’Ă  observer les grands courants de ce monde pour nous rendre compte qu’il y a quelque chose qui cloche : la mondialisation Ă©crasante, le commerce sauvage et la pauvretĂ© qui s’ensuit, l’importance dĂ©mesurĂ©e de l’apparence du corps au dĂ©triment d’une beautĂ© et d’une profondeur intĂ©rieures, la dĂ©pendance aux biens matĂ©riels et aux services de l’État, les sommes phĂ©nomĂ©nales mises dans des recherches telles que les mĂ©thodes de contrĂŽle des masses, l’industrie des armes, l’industrie pharmaceutique issue d’une mĂ©decine devenue uniquement mĂ©canique, etc. Tout cela nous fait comprendre que quelque chose ne tourne pas rond avec ladite race « humaine ». Lorsque nous voyons un reportage couvrant une catastrophe naturelle et qu’on nous annonce que « les dĂ©gĂąts matĂ©riels s’Ă©lĂšvent Ă  plusieurs millions ou milliards de $ », il y a de quoi se demander oĂč est l’humain lĂ -dedans. D’ailleurs, oĂč est-il ?

 

Selon Lobaczewski, cette affection de l’Ăąme – si nous pouvons le dire ainsi – qu’est la psychopathie est contagieuse. Le manque total de conscience Ă©motionnelle chez certains se propage, tels une maladie ou un virus, aux personnes qui sont directement en contact avec ce type d’individu. C’est par un processus de dĂ©shumanisation graduelle que les personnes qui cĂŽtoient des psychopathes sont lentement « assimilĂ©es » Ă  leur mode de pensĂ©e matĂ©rialiste et sans Ă©gard pour autrui. Toujours selon Lobaczewski, environ 12% de la population devient ainsi des « psychopathes par contagion ». Lorsque trop longtemps soumis Ă  des influences dĂ©shumanisantes, surtout dĂšs le jeune Ăąge, c’est plus d’un dixiĂšme de la population qui perd ainsi son « humanitĂ© ». Ce sont des psychopathes sociaux par opposition aux psychopathes authentiques. Dans la plupart des cas, cette rĂ©gression est irrĂ©versible. (Nous retrouvons d’ailleurs plusieurs mentions Ă  ce sujet – la croissance de l’Ăąme – dans les enseignements traditionnels).

 

Il en rĂ©sulte donc, socialement, une « Ă©lite » matĂ©rialiste, sans Ăąme et sans conscience Ă©motionnelle dont une partie significative se retrouve dans des positions de pouvoir. Il va sans dire que, peu Ă  peu, la sociĂ©tĂ© se moulera Ă  leur vision des choses, car par tromperies, duperies et tricheries ils parviendront Ă  nous convaincre du bien-fondĂ© de leur perception du monde. Puisque l’immatĂ©riel, la sentimentalitĂ© et l’aptitude pour l’intangible ne font pas partie de leurs facultĂ©s cognitives, ils ont une propension marquĂ©e pour l’ordre et le contrĂŽle concret, palpable et matĂ©riel. Ainsi naissent des concepts tels que le besoin d’imposer l’ordre, d’implanter une forme de lĂ©galitĂ©, etc., puisque leurs actions ne sont nullement basĂ©es sur une comprĂ©hension Ă©motionnelle des relations interpersonnelles, mais bien uniquement sur des avantages d’ordre matĂ©riel. Pour ne parler que d’un exemple, pensons Ă  tout l’aspect juridique, avec ses lois, ses interdictions et ses sanctions, qui prend indĂ©niablement racine dans une mentalitĂ© qui, Ă  la base, n’est pas « humaniste ». Les accusĂ©s seront sentenciĂ©s selon des rĂšgles préétablies, des normes lĂ©gales et des codes de conduites bien dĂ©terminĂ©s et non selon un rĂ©el jugement d’« humain Ă  humain ».

 

En conclusion, lorsque nous prenons un peu de recul, avec ces nouvelles donnĂ©es en main, il devient Ă©vident que le processus de dĂ©shumanisation sociale de la race « humaine » va bon train et que ceci remonte trĂšs loin dans notre Histoire. Mais sans saisir cette notion essentielle qu’est la division des humains en deux races bien distinctes, il est impossible d’avoir un regard juste sur les raisons sous-jacentes Ă  tous les problĂšmes sociaux croissants que nos sociĂ©tĂ©s connaissent prĂ©sentement. Cette rĂ©alitĂ© met en lumiĂšre un aspect fondamental de la dynamique en place sur notre planĂšte et nous permet d’y jeter un regard nouveau et plus Ă©clairĂ©.

 

Les incidences de la psychopathie – de l’« autre race » – sont Ă©normes et extrĂȘmement complexes, et elles dĂ©passent largement la portĂ©e de cet article qui ne se veut que le point de dĂ©part d’une rĂ©flexion et d’une recherche beaucoup plus approfondies. De nombreux ouvrages sont disponibles sur le sujet et il est d’une importance capitale de prendre davantage conscience des implications de cette rĂ©alitĂ© qui nous affecte tous.

 

La prĂ©sence ou l’absence de conscience est une division humaine profonde, probablement plus significative que l’intelligence, la race, ou mĂȘme le sexe.

 

Ce qui distingue tous ces gens du reste d’entre nous est un trou tout Ă  fait vide dans le psychisme, oĂč il devrait y avoir la plus dĂ©veloppĂ©e de toutes les fonctions d’humanisation.

 

Source: Zone-7 

août 15 2009

Les conséquences dramatiques des délocalisations

La mondialisation libĂ©rale consiste principalement en la suppression de toute entrave Ă  la circulation des marchandises et des capitaux, rendant possible les dĂ©localisations, les chantages Ă  l’emploi, et les profits sans prĂ©cĂ©dent des multinationales. Au risque de causer la dĂ©sindustrialisation et le dĂ©clin gĂ©opolitique des pays occidentaux…

 

png_dessin429_titom_crise_capitalistes_unis

  

Faire baisser le « coĂ»t du travail »

Pour maximiser le profit des entreprises, la solution la plus facile et la plus efficace est de faire baisser le « coĂ»t du travail ». Il existe d’autres moyens pour accroĂźtre les profits (l’innovation, la recherche et dĂ©veloppement…), mais leurs rĂ©sultats sont incertains et ne peuvent ĂȘtre obtenus qu’Ă  long-terme, alors que la rĂ©duction du « coĂ»t du travail » permet de gĂ©nĂ©rer une augmentation des profits de façon certaine et immĂ©diate.

La baisse du « coĂ»t du travail » est obtenue en rĂ©duisant les salaires et les charges sociales, et en augmentant le temps de travail.

Et pour que les salariĂ©s acceptent des conditions moins avantageuses, il est nĂ©cessaire d’augmenter la concurrence sur le marchĂ© du travail.

 

Le but central de la mondialisation: augmenter la concurrence sur le marché du travail

Les dĂ©localisations et les chantages Ă  l’emploi ont rĂ©vĂ©lĂ© l’objectif principal de la « mondialisation »: instituer un nouvel esclavage en mettant en concurrence directe les salariĂ©s de tous les pays, grĂące Ă  la suppression des barriĂšres douaniĂšres et des restrictions Ă  la circulation des capitaux.

A travers une sĂ©rie d’accords internationaux (Ă©tablis depuis 1995 dans le cadre de l’OMC), cette dĂ©rĂ©glementation a permis aux multinationales de dissocier totalement le lieu de production du lieu de vente, en dĂ©localisant les usines en Chine pour vendre les produits en AmĂ©rique du Nord ou en Europe, lĂ  oĂč se trouvaient les consommateurs et le pouvoir d’achat.

Au dĂ©but, les dĂ©localisations ne concernaient que les emplois industriels. Aujourd’hui, elles touchent tous les secteurs, y compris le tertiaire (comptabilitĂ©, services informatiques, call-centers…) la haute technologie, ou la recherche et dĂ©veloppement.

Les dĂ©localisations continueront tant que les entreprises auront le moindre profit Ă  y gagner, c’est Ă  dire tant que le salariĂ© europĂ©en ou nord-amĂ©ricain n’aura pas acceptĂ© les mĂȘmes conditions que le salariĂ© chinois, en travaillant 70 heures par semaine, 6 jours sur 7, avec une semaine de vacances par an, sans protection sociale, le tout pour un salaire de moins de 150 euros par mois.

Certains espĂšrent qu’avec le temps, les salaires des pays Ă©mergents rejoindront ceux des pays occidentaux. Mais cet espoir est illusoire tant que l’absence de dĂ©mocratie dans les pays Ă©mergents empĂȘche toute revendication sociale pour l’amĂ©lioration des salaires et des conditions de travail. De mĂȘme, tant que la surpopulation assure une surabondance de main d’oeuvre disponible, l’Ă©galisation des conditions de travail et des salaires ne peut se faire que par le bas.

Cette baisse massive et durable du coĂ»t du travail pour les entreprises rend moins utiles les investissements dans la robotisation des moyens de production, les esclaves coĂ»tant encore moins cher que les robots. Ainsi, les usines dĂ©localisĂ©es en Europe de l’Est ou en Chine ressemblent aux usines des annĂ©es 70, avec un retour au travail Ă  la chaine des ouvriers.

 

Paupérisation et enrichissement

La paupĂ©risation des consommateurs occidentaux pourrait sembler ĂȘtre un mauvais calcul de la part des multinationales, car au bout du compte, la baisse des revenus entraĂźnera l’effondrement de la consommation. Mais en rĂ©alitĂ©, dans les prĂ©visions des multinationales, la consommation globale ne sera pas affectĂ©e. Tout d’abord parce que l’appauvrissement des classes moyennes est compensĂ©e par un enrichissement sans prĂ©cĂ©dent des « classes supĂ©rieures » qui profitent Ă  plein du libĂ©ralisme. Ces 10 derniĂšres annĂ©es, pendant que les classes moyennes s’appauvrissaient, le revenu des 1% les plus riches n’a jamais autant augmentĂ©. Ce que les uns ont perdu, les autres l’ont gagnĂ©, selon le principe bien connu des vases communicants.

Par ailleurs, la baisse de la consommation des classes moyennes en Occident est Ă©quilibrĂ©e par l’accroissement massif du nombre de consommateurs dans les pays Ă©mergents. MĂȘme si les revenus y sont faibles, cette faiblesse est compensĂ©e par le nombre (la population additionnĂ©e de l’Inde et la Chine est de 2,2 milliards d’habitants).

 

Le prix écologique de la mondialisation

L’intensification de la circulation des marchandises d’un continent Ă  l’autre entre les lieux de fabrication, d’assemblage et de vente se fait au prix d’un accroissement considĂ©rable des transports (par avions, bateaux, ou camions) et donc de la pollution au CO2. Une pollution Ă©galement accrue par l’entrĂ©e des pays Ă©mergents dans l’Ăąge industriel et la « sociĂ©tĂ© de consommation », avec la gĂ©nĂ©ralisation de la voiture et du mode de vie occidental polluant.

Outre la pollution globale au CO2, les pays Ă©mergents payent au prix fort les consĂ©quences Ă©cologiques de leur croissance Ă©conomique effrĂ©nĂ©e. Les pollutions causĂ©es par les accidents industriels se multiplient en Chine, oĂč les habitants des villes portent souvent des masques, protection dĂ©risoire contre une pollution de l’air qui tue 400.000 chinois chaque annĂ©e.

 

Epuisement et dépression collective des citoyens occidentaux

Pendant que la Chine ou l’Inde faisaient des efforts massifs et continus pour l’Ă©ducation de sa population et utilisait l’argent public de façon optimale pour dĂ©velopper ses infrastructures et son industrie, les dirigeants des pays occidentaux comme les Etats-Unis et la France se sont ingĂ©niĂ©s Ă  abrutir leur population (pour la rendre plus facilement manipulable), Ă  affaiblir les Ă©nergies individuelles, Ă  saboter l’Ă©ducation et les services publics (pour justifier ensuite leur privatisation), et Ă  dilapider et dĂ©tourner l’argent public.

Au moment oĂč les citoyens devraient redoubler d’imagination et de crĂ©ativitĂ© pour relever le « dĂ©fi de la mondialisation », ils sont Ă©puisĂ©s, dĂ©primĂ©s, vidĂ©s de leur Ă©nergie par leurs dirigeants qui n’ont cessĂ© de les vampiriser et de les brimer (au nom de la « tolĂ©rance zĂ©ro »).

L’avantage majeur dont disposait l’Occident jusqu’Ă  prĂ©sent Ă©tait son avance dans les industries technologiques et culturelles. L’Ă©puisement des Ă©nergies, l’abĂȘtisation, et une sociĂ©tĂ© de plus en plus Ă©touffante et rĂ©pressive ont affaibli les capacitĂ©s d’innovation et rĂ©duit les atouts des pays occidentaux, en voie d’ĂȘtre rattrapĂ©s puis dĂ©passĂ©s par la Chine, l’Inde, et d’autres pays Ă©mergents.

 

DĂ©sindustrialisation et dĂ©clin de l’Occident

Les dĂ©localisations reprĂ©sentent un danger stratĂ©gique pour les pays occidentaux, en particulier pour les pays europĂ©ens. L’affaiblissement des secteurs industriels entraĂźne Ă  sa pĂ©riphĂ©rie celui des « services Ă  l’industrie », de la recherche et dĂ©veloppement, et finalement des siĂšges sociaux qui tendront Ă  se rapprocher des nouveaux centres de production et de consommation. BientĂŽt le savoir-faire ainsi que la capacitĂ© d’initiative seront perdus dans un ensemble de secteurs dont certains sont essentiels pour le rang que ces pays souhaitent occuper dans le monde. La puissance gĂ©opolitique et militaire repose sur la puissance Ă©conomique et technologique. Une fois appauvris et dĂ©sindustrialisĂ©s, les pays occidentaux devront renoncer Ă  leur leadership mondial, au bĂ©nĂ©fice des actuels « pays Ă©mergents », au premier rang desquels se trouvent la Chine et l’Inde.

Les Etats-Unis et surtout l’Europe de l’Ouest sont en voie de dĂ©sindustrialisation (d’oĂč la stagnation du PNB europĂ©en, avec une croissance infĂ©rieure Ă  2% par an contre 12 Ă  14% pour la Chine). Depuis 10 ans, les capitaux occidentaux se sont investis massivement en Chine, avec pour consĂ©quence des infrastructures et un appareil productif vieillissant dans les pays occidentaux oĂč les investissements ont manquĂ©. Les villes et les usines des pays Ă©mergents sont souvent plus modernes que dans les pays europĂ©ens dĂ©sormais en voie de sous-dĂ©veloppement, tandis que les anciens « pays en voie de dĂ©veloppement » sont en train de devenir les pays riches des prochaines dĂ©cennies. BientĂŽt, les rĂŽles seront inversĂ©s, et les citoyens europĂ©ens rĂ©duits Ă  la misĂšre deviendront les esclaves qui fabriqueront Ă  bas coĂ»t les produits consommĂ©s en Chine.

L’ironie du sort, c’est que ce sont les « forces vives » du capitalisme (les entreprises) qui sont en train de transformer la Chine en superpuissance, alors que c’est la derniĂšre grande dictature communiste de la planĂšte.

Car la Chine est toujours dirigĂ©e par un parti unique, sans Ă©lections libres, et ses dirigeants ont toujours affirmĂ© que la phase actuelle n’Ă©tait qu’un moyen transitoire pour parvenir Ă  la victoire du « socialisme ».

Les dirigeants chinois ont parfaitement mis en pratique la stratĂ©gie des arts martiaux et de la sagesse orientale: utiliser la force de l’adversaire contre lui-mĂȘme.

La Chine a analysĂ© mĂ©thodiquement les faiblesses de l’Occident, en identifiant parfaitement le point faible principal, Ă  savoir l’incroyable cupiditĂ© des multinationales et le dĂ©voiement du pouvoir politique par les Ă©lites Ă©conomiques. La Chine a peut-ĂȘtre aussi Ă©tĂ© inspirĂ©e par cette citation de LĂ©nine: « Les capitalistes Ă©trangers font tout pour l’argent. Ils essaient mĂȘme de nous vendre la corde avec laquelle nous les pendrons. »

Le 21Ăš siĂšcle sera donc asiatique, et les deux premiĂšres puissances Ă©conomiques mondiales seront la Chine et l’Inde. AprĂšs avoir dillapidĂ© leurs ressources dans les guerres, dĂ©testĂ©s du monde entier, les Etats-Unis seront sur la voie du dĂ©clin, sauf si ils dĂ©cident une guerre nuclĂ©aire contre la Chine pour sauvegarder leur position dominante. Quant Ă  l’Europe, elle est durablement affaiblie par un Ă©largissement sans fin, par les dĂ©localisations, et par l’impuissance Ă©conomique volontaire des Ă©tats.

 

Consommateurs irresponsables

Les dĂ©localisations n’auraient pas Ă©tĂ© possibles sans l’inconscience et l’irresponsabilitĂ© des consommateurs qui achĂštent des produits sans se soucier des conditions de production et de leurs consĂ©quences.

Les citoyens ont encore le moyen de mettre en Ă©chec les dĂ©localisations en boycottant totalement les productions dĂ©localisĂ©es, ce qui implique une grĂšve quasi totale de la consommation de produits manufacturĂ©s (produits Ă©lectroniques et informatiques, vĂštements, chaussures, articles de sport, de jouets, etc). Le lieu de fabrication est indiquĂ© sur les produits. La mention « made in PRC » (signifiant « Popular Republic of China ») est souvent utilisĂ©e pour dissimuler l’origine chinoise au consommateur non-averti.

Pour ĂȘtre efficace, cette grĂšve doit avoir lieu tant que les consommateurs occidentaux reprĂ©sentent encore la part majoritaire du chiffre d’affaire des multinationales.

 

Restaurer les barriĂšres douaniĂšres

Chaque pays est dans une situation diffĂ©rente, avec une culture et une histoire diffĂ©rentes. Il est donc normal que les systĂšmes sociaux soient diffĂ©rents. De mĂȘme qu’une cellule est pourvue d’une membrane pour maintenir les conditions nĂ©cessaires Ă  son milieu intĂ©rieur, la seule maniĂšre pour un pays de sauvegarder son systĂšme social est d’Ă©tablir des barriĂšres douaniĂšres, pour Ă©quilibrer les conditions Ă©conomiques diffĂ©rentes des pays d’oĂč proviennent les produits importĂ©s.

Il n’existe donc que deux solutions pour mettre fin aux dĂ©localisations et au dĂ©clin industriel des pays occidentaux: l’alignement des conditions sociales sur celles en vigueur dans les pays Ă©mergents, ou bien, le rĂ©tablissement des barriĂšres douaniĂšres proportionnellement aux diffĂ©rences de salaires, de droits sociaux, et de lĂ©gislation environnementale.

 

Dernier moment pour agir

La pĂ©riode actuelle est le dernier moment pour agir. Il n’y aura en effet plus de retour en arriĂšre possible lorsque les machines, les capitaux, et le savoir-faire seront partis ailleurs. Il sera Ă©galement trop tard lorsque la capacitĂ© d’action des Ă©tats (et donc des citoyens) aura Ă©tĂ© totalement neutralisĂ©e par les accords multilatĂ©raux, les traitĂ©s europĂ©ens, et surtout, par l’effet conjuguĂ© de l’endettement (dont le remboursement reprĂ©sente dĂ©jĂ  le quart des dĂ©penses de l’Ă©tat en France) et de la rĂ©duction des recettes de l’Ă©tat, du fait de la dĂ©sindustrialisation et de l’appauvrissement des salariĂ©s.

 

CoĂ»t de la main d’oeuvre dans l’industrie manufacturiĂšre en dollar par heure, charges sociales incluses:

 

1990      1995      2000      2001
Etats-Unis
14,9        17,2      19,7         20,3
Japon
12,8       23,8       22,0        19,6
Europe des 15
17,2       21,8       18,5         18,4
Allemagne
    -           30,3      23,0         22,9
Royaume-Uni
12,7       13,8       16,4          16,1
France
15,5       19,4       15,7          15,9
Italie
17,5       16,2         14,0        13,8
Espagne
11,4        12,8        10,8         10,9
Pologne
  -            2,8        4,1             -
Hongrie
  -            2,6       3,4             -
République tchÚque
 -            2,2          3,0              -
Corée
3,7         7,3            8,5             8,1
Hong Kong
3,2         4,9            5,6             6,0

Taiwan
3,9         5,9            5,9             5,7
 

Chine
  -           -           0,5            0,4

Inde
  -            -            0,3            0,3

Brésil
  -          -            3,6           3,0

Mexique
1,6        1,7          2,1               2,3

 

Source des chiffres: MinistÚre américain du Travail

 

L’entreprise vampire

À cause de leur inefficience croissante, les grandes entreprises ne sont plus capables de crĂ©er de la valeur, mais seulement « d’aspirer » la richesse des autres acteurs Ă©conomiques, du corps social, et des Ă©tats…

Pour satisfaire les exigences des marchĂ©s financiers, les entreprises doivent afficher une croissance annuelle des bĂ©nĂ©fices d’au moins 20%. Pour la plupart des entreprises, une telle performance est impossible avec une croissance Ă©conomique globale qui n’est que de 2 Ă  4%.

De plus, Ă  cause leurs mĂ©thodes de gestion (downsizing, pression constante sur les salariĂ©s, recherche de la rentabilitĂ© immĂ©diate, encouragement du conformisme et refus du risque
) les entreprises sont devenues incapables de crĂ©er la vraie valeur Ă©conomique, qui naĂźt de l’innovation, dont les matiĂšres premiĂšres sont l’intelligence, l’imagination, l’anticonformisme, et le temps.

Faute de crĂ©er des richesses sur un rythme de 20%, les entreprises doivent donc augmenter leurs profits en « aspirant » de la richesse supplĂ©mentaire qui est prĂ©levĂ©e sur la nature et sur les autres acteurs Ă©conomiques, c’est Ă  dire au dĂ©triment du reste de la sociĂ©tĂ© et de la vĂ©ritable richesse du monde.

Les entreprises prĂ©lĂšvent de la richesse sur les salariĂ©s par une rĂ©duction des salaires et des avantages sociaux, ou en exigeant une plus grande quantitĂ© de travail pour le mĂȘme salaire, ou encore par les « restructurations » et les « dĂ©localisations », c’est Ă  dire en remplaçant les salariĂ©s occidentaux par des esclaves du Tiers-Monde. La misĂšre dans laquelle sont plongĂ©s les chĂŽmeurs et les sans-abris est le rĂ©sultat d’un transfert de richesse, selon le principe des vases communicants.

Les entreprises prélÚvent aussi de la richesse sur leurs clients en augmentant les prix et en abaissant la qualité des produits et des services, ou bien sur leurs fournisseurs en exigeant des prix toujours plus bas, et en organisant la baisse des cours des matiÚres premiÚres miniÚres ou agricoles.

Les entreprises prĂ©lĂšvent Ă©galement de la richesse sur la nature et sur les populations qui ont Ă©tĂ© spoliĂ©es de leurs terres ou de leurs ressources, condamnĂ©s Ă  rejoindre les bidonvilles et Ă  devenir esclaves dans les « ateliers de la sueur » des multinationales.

Enfin, les entreprises prĂ©lĂšvent de la richesse sur les Ă©tats, c’est Ă  dire sur les contribuables, en obtenant toujours davantage de subventions injustifiĂ©es et d’exonĂ©rations de cotisations sociales ou d’impĂŽts, tout cela grĂące au « lobbying » et au contrĂŽle des partis politiques par des organisations et rĂ©seaux occultes qui transforment les gouvernements en serviteurs d’intĂ©rĂȘts particuliers au lieu de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

Les entreprises prĂ©tendent « crĂ©er des richesses ». En rĂ©alitĂ©, leurs profits ne sont qu’un tour de passe-passe, rĂ©alisĂ© en oubliant de comptabiliser le coĂ»t des destructions, de la pollution et du malheur humain qui auront Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour permettre les « profits ». Pour les entreprises, tous ces coĂ»ts ont une valeur nulle. Une autre erreur dĂ©libĂ©rĂ©e est la sous-estimation du coĂ»t rĂ©el des ressources naturelles utilisĂ©es. Si tous ces coĂ»ts Ă©taient pris en compte, il y aurait un chiffre astronomiquement nĂ©gatif dans la colonne « profit » des entreprises. En vĂ©ritĂ©, les entreprises devraient ĂȘtre rebaptisĂ©es « centre d’esclavage et de nuisance »…

Mais Ă  long-terme, un capitalisme qui ne respecte pas l’homme et l’environnement se condamne lui-mĂȘme. Comme un virus ou un cancer, le capitalisme-vampire est en train de tuer son support, la Terre, son Ă©cosystĂšme, et ses habitants.

 

Citation

« Je dĂ©finirais la mondialisation comme la libertĂ© pour mon groupe de s’implanter oĂč il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant oĂč il veut, et en ayant Ă  supporter le moins de contraintes possibles en matiĂšre de droit du travail et de conventions sociales. »

Percy Barnevick, PDG d’ABB, 1995

 

Les salaires des patrons

Alors que l’on demande au citoyen ordinaire de travailler plus pour un salaire de misĂšre, dans une prĂ©caritĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e, et sous la menace permanente d’une « restructuration » ou d’une dĂ©localisation », les entreprises engrangent des bĂ©nĂ©fices record. Le bĂ©nĂ©fice net totalisĂ© par les 40 plus grandes entreprises françaises a Ă©tĂ© de 57 milliards d’euros en 2004. Mais le coĂ»t humain de ces profits n’a pas Ă©tĂ© chiffrĂ©.

Pendant que les salariĂ©s s’appauvrissent, les dirigeants de ces entreprises s’octroient des augmentations souvent Ă  deux chiffres, alors mĂȘme que leur salaire est dĂ©jĂ  500 fois supĂ©rieur au salaire moyen de leurs employĂ©s…

Pour exemple, voici le salaire des patrons des 40 entreprises françaises du CAC 40, le principal indice de la Bourse de Paris. (chiffres 2003)

 

Nom du PDG

Entreprise

Salaire annuel

Variation annuelle

 

Lindsay Owen-Jones

L’OrĂ©al

6.570.000 euros

+ 4,9 %

 

Edouard Michelin

Michelin

4.260.000 euros

+ 146 %

 

Antoine Zacharias

Vinci

3,020.000 euros

 

Daniel Bernard

Carrefour

2.960.000 euros

+ 11 %

 

Daniel Bouton

Société générale

2.950.000 euros

+ 63 %

 

Igor Landau

Aventis

2.770.000 euros

+ 38 %

 

Patrick Le Lay

TF1

2.590.000 euros

+ 66 %

 

Thierry Desmarest

Total

2.520.000 euros

+ 5 %

 

Frank Riboud

Danone

2.490.000 euros

+ 3,9 %

 

Martin Bouygues

Bouygues

2.420.000 euros

+ 25 %

 

Jean-René Fourtou

Vivendi Universal

2.250.000 euros

 

Jean-François Dehecq

Sanofi-Synthélabo

2.100.000 euros

+ 10,5 %

 

Henri de Castries

Axa

2.090.000 euros

+ 57 %

 

Philippe Camus

EADS

2.060.000 euros

+ 13 %

 

Louis Schweitzer

Renault

1.970.000 euros

+ 19 %

 

Bernard Arnault

LVMH

1.930.000 euros

+ 35 %

 

Patrick Ricard

Pernod Ricard

1.880.000 euros

- 20 %

 

Serge Weinberg

PPR

1.860.000 euros

+ 7,2 %

 

Bertrand Collomb

Lafarge

1.780.000 euros

+ 26 %

 

Gérard Mestrallet

Suez

1.770.000 euros

- 22 %

 

Christian Couvreux

Casino Guichard

1.750.000 euros

+ 4 %

 

Michel Pébereau

BNP Paribas

1.720.000 euros

- 13 %

 

Jean-Louis Beffa

Saint-Gobain

1.660.000 euros

+ 3,7 %

 

BenoĂźt Potier

Air liquide

1.640.000 euros

+ 27 %

 

Jean-Martin Folz

Peugeot

1.620.000 euros

- 15 %

 

Henri Proglio

Veolia Environnement

1.610.000 euros

+ 23 %

 

Jean-Marc Espalioux

Accor

1.530.000 euros

- 5 %

 

Serge Tchuruk

Alcatel

1.530.000 euros

+ 0,4 %

 

Arnaud LagardĂšre

LagardĂšre

1.430.000 euros

 

Pierre Richard

Dexia

1.410.000 euros

+ 6,4 %

 

Thierry Breton

France Télécom

1.340.000 euros

 

Henri Lachmann

Schneider Electric

1.320.000 euros

+ 50 %

 

Paul Hermelin

Cap Gemini

1.210.000 euros

+ 32 %

 

Denis Ranque

Thales

1.170.000 euros

+ 26 %

 

Pasquale Pistorio

STMicroelectronics

1.090.000 euros

- 9 %

 

Charles Dehelly

Thomson

960.000 euros

 

Jean-Philippe Thierry

AGF

890.000 euros

- 10 %

 

Guy Dollé

Arcelor

780.000 euros

 

Pierre Bellon

Sodexho Alliance

640.000 euros

+ 17 %

 

René Carron

Crédit agricole

250.000 euros

 

Source: Syti.net

août 12 2009

La fabrique d’esclaves des dĂ©mocraties vertueuses

Par Stephen Lendman

Le bouclage des frontiĂšres, les lois sur l’immigration de plus en plus drastiques, les « accords » commerciaux scĂ©lĂ©rats avec les pays pauvres, le « libre Ă©change », la demande constante pour une main-d’Ɠuvre pas chĂšre et docile, et d’autres facteurs favorisent automatiquement les trafics de toutes sortes. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans le monde occidental oĂč l’appĂąt du gain et le pillage de la planĂšte ont fini par primer sur toute autre considĂ©ration, devrait-elle ĂȘtre teintĂ©e d’humanisme.

 Planche2.qxp

Dans cet article « Modern Slavery in America », paru dans Dissident Voice le 7 mars 2009, Stephen Lendman passe en revue les diffĂ©rents secteurs oĂč hommes, femmes et enfants sont rĂ©duits Ă  la servitude par des patrons sans scrupules.

L’esclavage moderne en AmĂ©rique

Qu’on l’appelle traite des ĂȘtres humains ou travail forcĂ©, l’esclavage moderne est en plein essor en AmĂ©rique, oĂč il Ă©chappe Ă  tout contrĂŽle. Une Ă©tude de l’universitĂ© de Berkeley en 2004 situe ce phĂ©nomĂšne principalement dans 5 secteurs d’activitĂ©:

- La prostitution et l’industrie du sexe: 46%

- le travail domestique: 27%

– l’agriculture: 10%

– les ateliers clandestins ( »sweatshops ») ou les usines: 5%

- la restauration / l’hĂŽtellerie: 4%

Le reste concerne l’exploitation sexuelle des enfants, les divertissements, et la vente d’Ă©pouses par correspondance.

Tout cela persiste Ă  cause du manque de rĂ©glementation, de l’insuffisance de contrĂŽles par l’inspection du travail, et d’une demande croissante pour une main d’oeuvre bon marchĂ© qui permet aux employeurs sans scrupules et aux rĂ©seaux criminels d’exploiter des travailleurs sans dĂ©fense Ă  des fins lucratives.

L’Organisation Internationale du travail (OIT) dĂ©finit le travail forcĂ© par: « tout travail ou service extorquĂ© Ă  quiconque sous la menace d’une sanction quelle qu’elle soit, et pour lequel ladite personne ne s’est pas portĂ©e volontaire ».

Le travail forcĂ© des enfants, c’est:

1. Toute forme d’esclavage ou de pratiques similaires assimilables Ă  de l’esclavage tels que la vente et la traite d’enfants, la servitude pour dettes et le servage, et le travail forcĂ© ou obligatoire, comprenant, entre autres, le recrutement forcĂ© ou obligatoire d’enfants dans les conflits armĂ©s.

2. Utiliser, se procurer un enfant ou lui proposer de l’embaucher avec pour objectif la prostitution, la production de pornographie ou de spectacles pornographiques.

3. Utiliser, se procurer un enfant ou lui proposer des activités illégales, en particulier le trafic de drogue tel que défini dans les traités internationaux appropriés.

4. Tout travail qui, par sa nature ou les circonstances dans lesquelles il est rĂ©alisĂ©, susceptible de porter atteinte Ă  la santĂ©, la sĂ©curitĂ© ou l’intĂ©gritĂ© des enfants.

La dĂ©finition de « Free the Slaves.net » (site « libĂ©rez les esclaves ») est : « ĂȘtre forcĂ© de travailler sans rĂ©munĂ©ration sous la menace de reprĂ©sailles et sans possibilitĂ© de s’en aller ».

image1_youth_full

Selon le site:

- On estime Ă  27 millions le nombre de personnes rĂ©duites Ă  l’esclavage dans le monde, plus qu’Ă  toute autre pĂ©riode de l’histoire;

- Des milliers de personnes sont victimes de trafic tous les ans dans 90 villes diffĂ©rentes; environ 17.000 selon certaines estimations et jusqu’Ă  50.000 selon la CIA; sont victimes de travail forcĂ© ou de servitude sexuelle: des Ă©trangers, des citoyens amĂ©ricains ou des rĂ©sidents permanents;

- Ces activitĂ©s gĂ©nĂšrent plus de 9,5 milliards de dollars de profits par an; – Les victimes sont souvent des femmes et des enfants;

- La majoritĂ© d’entre elles rĂ©sident en Inde et dans les pays africains;

- L’esclavage est illĂ©gal mais a lieu « partout »;

- Les esclaves sont employĂ©s dans les travaux agricoles ou domestiques, les mines, la restauration, les bordels, et partout oĂč les trafiquants peuvent les utiliser: ils ne coĂ»tent presque rien, ils sont nombreux, ils sont jetables et remplaçables;

- 90 dollars, c’est le coĂ»t de revient moyen d’un esclave dans le monde par rapport aux 40.000 dollars en 1850 traduits en monnaie actuelle.

- La croissance dĂ©mographique, essentiellement dans les centres urbains oĂč il n’y a ni protection sociale ni lĂ©gislation du travail facilite ces pratiques;

- La corruption des gouvernements, le manque de contrĂŽle et l’indiffĂ©rence sont responsables de cet Ă©tat de fait.

Les différentes mesures prises aux Etats-Unis pour lutter contre les trafics

La lĂ©gislation interdit toute forme de trafic humain grĂące Ă  des lois existantes ou renforcĂ©es par la loi de 2000, « Victims of Trafficking and Violence Protection Act (VTVPA), qui prĂ©voit des peines allant jusqu’Ă  20 ans et plus d’emprisonnement ainsi que d’autres sanctions.

En avril 2003, Ă©tait adoptĂ©e la loi Protect Act (contre l’exploitation des enfants, NDT). Cette loi qui protĂšge les enfants punit sĂ©vĂšrement les contrevenants quand elle est appliquĂ©e. Elle est destinĂ©e Ă  poursuivre les citoyens amĂ©ricains et les rĂ©sidents permanents qui voyagent Ă  l’Ă©tranger dans le but d’exploiter sexuellement des enfants sans mĂȘme qu’il aient Ă  prouver leur intention de commettre l’acte.

La loi de 2000 (reconduite en 2005) offre des outils pour lutter contre les trafics qui ont lieu dans le monde entier. Ont Ă©tĂ© créés des services pour contrĂŽler et combattre le trafic d’ĂȘtres humains (Office to Monitor and Combat Trafficking in Persons – TIP Office) ainsi que « the President’s Interagency Task Force » qui permet de coordonner les luttes contre les trafics. Il y a Ă©galement un service pour protĂ©ger les victimes « State Department’s Bureau of Population, Refugees, and Migration (PRM »). En outre, diffĂ©rentes autres agences sont engagĂ©es, comme, entre autres, le MinistĂšre de la SantĂ© et le MinistĂšre de la Justice, qui se charge d’engager les poursuites.

MalgrĂ© cela, il y a peu ou pas de poursuites, Ă  la fois au niveau fĂ©dĂ©ral et Ă  celui des Ă©tats, car les criminels sont puissants et que ceux qui en sont victimes sont les « damnĂ©s de la terre », pour la plupart des Noirs pauvres, des Latinos et des Asiatiques. En consĂ©quence, ces pratiques sont largement rĂ©pandues et en augmentation.

En voici des exemples:

Esclavage dans l’agriculture

Oxfam America s’inquiĂ©tait de ce problĂšme croissant dans un rapport intitulĂ© « Comme des machines dans les champs; les travailleurs sans droits de l’agriculture en AmĂ©rique » et publiĂ© en mars 2004.

Ce compte-rendu rĂ©voltant montre que « derriĂšre les images heureuses et lustrĂ©es des sempiternelles publicitĂ©s du secteur de la restauration rapide, se dissimule une autre rĂ©alitĂ© »:

- PrĂšs de 2 millions d’ouvriers agricoles surmenĂ©s vivent « bien en dessous du seuil de pauvretĂ©, sans aides sociales, sans avoir droit aux heures supplĂ©mentaires », sans un salaire dĂ©cent, sans aucune protection, y compris pour les enfants;

- En Floride, il n’est pas inhabituel de retrouver des travailleurs enchaĂźnĂ©s Ă  des poteaux, enfermĂ©s dans des camions, battus et qu’on a privĂ©s de salaire; c’est tellement courant qu’un procureur fĂ©dĂ©ral a dĂ©crit dans un article du New Yorker cet Ă©tat comme Ă©tant la base de l’esclavage moderne;

- John Bowe, auteur de “Nobodies: Modern American Slave Labor and the Dark Side of the New Global Economy” ( »Les moins que rien, le travail d’esclave dans l’AmĂ©rique actuelle et la face cachĂ©e de la nouvelle Ă©conomie mondialisĂ©e »), qualifie l’agriculture en Floride de « monde rĂ©pugnant » oĂč des travailleurs comme Adan Ortiz ont peur de parler de leurs patrons parce qu’ils pourraient, comme dans les cauchemars d’Ortiz, « les poursuivre avec des machettes ou autres objets 
 ».

La lĂ©gislation du travail aux US ne concerne pas les travailleurs agricoles, comme, par exemple, le simple droit de se syndiquer; des lois comme la National Labor Relations Act (NLRB) de 1935 et la « Fair Labor Standards Act (FLSA) » de 1938 ou les protections dans le domaine du travail garanties par l’OSHA ( »Occupational Safety and Health Administration » – organisation gouvernementale des États-Unis dont la mission est la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des travailleurs, NDT) ne les concernent pas;

la loi de 1983 sur la protection des travailleurs saisonniers (Migrant and Seasonal Agricultural Worker Protection Act – AWPA or MSPA) apporte une aide modeste mais inappropriĂ©e, voire aucune quand elle n’est pas appliquĂ©e;

Oxfam explique que, sauf, modestement, en Californie, « les lois des Ă©tats pĂ©rennisent les inĂ©galitĂ©s », en particulier et surtout en Floride et en Caroline du Nord; Un dans l’autre, les contrĂŽles sont trĂšs insuffisants, au niveau fĂ©dĂ©ral et Ă  celui des Ă©tats, et sont encore plus laxistes ces derniĂšres annĂ©es Ă  cause surtout du manque d’inspections, de poursuites et de subventions pour les mener Ă  bien; dans le cas des travailleurs sans papiers, aucune loi ne les protĂšge vĂ©ritablement; – Beaucoup effectuent du travail forcĂ© contre leur grĂ© dans cette version moderne de l’esclavage: terrorisĂ©s par des employeurs violents , surveillĂ©s par des hommes armĂ©s, vivant dans des conditions proches de l’incarcĂ©ration, entassĂ©s dans des baraques ou des caravanes sordides, souvent rongĂ©es par la rouille ou la moisissure et Ă©quipĂ©es de matĂ©riel inutilisable, avec des toits qui s’affaissent ou qui fuient, des douches qui ne fonctionnent pas, et occupĂ©es par une multitude de personnes qui paient aux employeurs sans scrupules le prix exorbitant de 200 dollars par semaine;

Mais les travailleurs sont bien obligĂ©s de s’accommoder de ces conditions parce que, disent-ils: « Si nous ne travaillons pas, nous ne mangeons pas »;

Le pouvoir marchand de clients importants comme Wal-Mart (19% de parts de marchés dans la grande distribution aux Etats-Unis) et Yum Brands (leader mondial de la restauration rapide) forcent les producteurs et les grossistes à réduire leurs prix au plus bas;

La concurrence croissante avec les produits importĂ©s a eu le mĂȘme effet, surtout pendant les mois d’hiver;

Et alors que les prix et les salaires des producteurs sont calculés au plus serré, les bénéfices grimpent la chaßne de distribution pour arriver directement au sommet remplir les poches des géants de la distribution;

Ce sont les saisonniers qui en ont donc pĂąti en premier et ce sont probablement les travailleurs les plus pauvres et les plus mal traitĂ©s aux Etats-Unis. Environ la moitiĂ© d’entre eux gagne moins de 7500 dollars par an. Les plus chanceux atteignent les 10 000 dollars, mais dans les deux cas, c’est bien en deçà du seuil de pauvretĂ© aux Etats-Unis, et leurs salaires stagnent depuis les annĂ©es 1970. Alors qu’ils effectuent les tĂąches les plus difficiles et les plus dangereuses (car ils sont en contact avec des produits toxiques et exposĂ©s aux accidents du travail), ils sont forcĂ©s de vivre dans des taudis, d’accepter des emplois Ă  court terme, de se dĂ©placer de plus en plus et de subir la sĂ©paration familiale.

En plus d’avoir des salaires de misĂšre, environ 95% d’entre eux n’ont droit ni aux aides sociales, ni Ă  l’assurance maladie (a fortiori aux congĂ©s payĂ©s et Ă  la retraite) pour eux-mĂȘmes et pour leurs familles. Les femmes qui travaillent dans l’agriculture sont confrontĂ©es Ă  d’autres violences comme le sexisme, le harcĂšlement sexuel, voire pire, tout en devant Ă©galement s’occuper des tĂąches au sein de leur famille.

Il y a du travail dans l’agriculture et l’Ă©levage partout aux US, mais plus de la moitiĂ© des emplois sont concentrĂ©s en Californie, en Floride, au Texas, en Caroline du Nord et dans l’Ă©tat de Washington. La plupart des ouvriers agricoles sont jeunes (entre 18 et 44 ans, voire plus jeunes), de sexe masculin (80%), et originaires d’AmĂ©rique Latine. Ils sont peu instruits, et beaucoup sont des immigrĂ©s sans papiers (majoritairement en provenance du Mexique) forcĂ©s d’Ă©migrer vers le nord Ă  cause de lois criminelles sur les Ă©changes commerciaux comme l’ALENA.

Les luttes pour s’organiser ont remportĂ© des victoires importantes mais pas suffisantes pour permettre aux travailleurs de peser davantage dans les nĂ©gociations dans un systĂšme fondamentalement injuste. Et donc, alors que les succĂšs de syndicats comme la « Coalition of Immokalee Workers » (*CIW) en Floride (qui comprend plus de 2000 adhĂ©rents) sont impressionnants, ils ne reprĂ©sentent rien Ă  cĂŽtĂ© des puissants gĂ©ants de l’agrobusiness ou de Wal-Mart.

Pas plus qu’ils ne peuvent amĂ©liorer les conditions de travail dans un des secteurs d’activitĂ© du pays les plus dangereux. Les taux d’invaliditĂ© sont trois fois plus Ă©levĂ©s que pour l’ensemble de la population active. Il y a chaque annĂ©e environ 300.000 travailleurs qui souffrent d’empoisonnement aux pesticides et beaucoup d’autres sont victimes d’accidents, souffrent de lĂ©sions de l’appareil locomoteur ou d’autres (dont certaines sont chroniques).

Une Ă©tude effectuĂ©e en 1990 en Caroline du Nord indique que 4% seulement de ces travailleurs ont accĂšs Ă  de l’eau potable, Ă  des lavabos ou Ă  des toilettes, une situation particuliĂšrement critique pour les enfants et les femmes enceintes. Oxfam dĂ©crit les conditions de travail dans les champs actuellement comme Ă©tant l’Ă©quivalent de ce qui se passait dans les plantations au XIX°s, avec des ouvriers agricoles, un matĂ©riel rudimentaire, de longues heures de travail, peu de rĂ©munĂ©ration, pas d’aides sociales, dans un systĂšme fondamentalement inhumain et anachronique qui nĂ©cessite des rĂ©formes urgentes. Mais comment faire quand, Ă  tous les niveaux de responsabilitĂ©, on ferme les yeux sur les pires abus, et que quand il s’agit de sans papiers, on les rend responsables de leurs propres malheurs?

Esclavage domestique en Amérique

445879

Chaque annĂ©e des milliers de personnes, essentiellement des femmes, arrivent en AmĂ©rique avec des visas temporaires pour travailler comme domestiques (pour des riches diplomates Ă©trangers, ou d’autres hauts responsables, Ă©trangers ou amĂ©ricains). Elles (et ils) viennent pour fuir la misĂšre et pour gagner de l’argent pour l’envoyer Ă  leur famille. Elles sont souvent exploitĂ©es ou persĂ©cutĂ©es par des trafiquants sans scrupules qui les rĂ©duisent Ă  l’esclavage, les font travailler jusqu’Ă  19 heures par jour, les gardent pratiquement prisonniĂšres, les payent moins de 100 dollars par jour, et leur font souvent subir des sĂ©vices sexuels.

Les immigrĂ©s sans-papiers ne sont pas protĂ©gĂ©s par la loi, mais mĂȘme les immigrĂ©s qui sont entrĂ©s lĂ©galement ne le sont pas beaucoup. Parce que les visas ne sont accordĂ©s que si on a un contrat d’embauche, les employĂ©es sont les obligĂ©s de leur employeur, aussi brutal soit-il, et si elles le quittent, elles perdent leur statut d’immigrĂ©es et sont expulsĂ©es.

En consĂ©quence, peu d’entre elles portent plainte. Et celles qui le font sont rarement protĂ©gĂ©es parce que les agences gouvernementales sont peu empressĂ©es en matiĂšre de contrĂŽles ou d’application de la loi.

Les domestiques qui vivent chez leur employeur sont également exclues de la législation du travail en ce qui concerne la rémunération des heures supplémentaires, le droit de se syndiquer, de faire grÚve, et de négocier collectivement.

En outre, elles ne sont pas protĂ©gĂ©es par l’OSHA et, donc, contre le harcĂšlement sexuel, car l’article sur la protection des employĂ©s sur leur lieu de travail ne s’applique que pour les employeurs de 15 personnes ou plus. Pour ce qui est des employeurs Ă©trangers, ils jouissent de l’immunitĂ© diplomatique, quelle que soit la gravitĂ© des faits qui leur sont reprochĂ©s.

Et c’est ainsi que les domestiques qui ont un visa spĂ©cial pour sĂ©journer aux Etats-Unis, subissent des violations de leurs droits d’ĂȘtres humains. Les employeurs sont protĂ©gĂ©s tandis que leurs employĂ©s sont sans dĂ©fense face Ă  des abus tels que:

- Les coups et blessures. Les violences physiques ou les menaces de violences;

- La libertĂ© de mouvement limitĂ©e, dont la perte de libertĂ© arbitraire et forcĂ©e avec l’utilisation de serrures, de barreaux, la confiscation du passeport et de papiers officiels, l’emploi de chaĂźnes et les menaces de reprĂ©sailles Ă  l’encontre de membres de leur famille;

- Les problĂšmes de santĂ© et de sĂ©curitĂ© qui peuvent dĂ©couler des conditions imposĂ©es par l’employeur, comme, par exemple: devoir dormir dans des sous-sols, des buanderies ou d’autres endroits inappropriĂ©s; avoir des conditions de travail dangereuses; ĂȘtre privĂ© de nourriture ou ne pas recevoir une alimentation saine; se voir refuser des soins mĂ©dicaux ou ĂȘtre contraint de travailler mĂȘme quand on est malade;

- ProblĂšmes de salaires et d’horaires de travail: le code du travail aux Etats-Unis ne les protĂ©geant pas, il est donc courant que les employĂ©es de maison effectuent de longues heures de travail, aient droit Ă  peu de repos et reçoivent un salaire dĂ©risoire;

- Immixtions dans la vie privĂ©e: le Pacte international relatif aux droits civils et politiques adoptĂ© le 16 dĂ©cembre 1966 par l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies qui spĂ©cifie que « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires ou illĂ©gales dans sa vie privĂ©e, sa famille, son domicile ou sa correspondance » concerne tout ĂȘtre humain, mĂȘme les domestiques logĂ©s nourris avec un visa spĂ©cial; nĂ©anmoins, les violations de leurs droits sont courantes et les migrants n’ont, lĂ  encore, aucune chance d’obtenir rĂ©paration;

- Les pressions psychologiques – caractĂ©ristiques de la relation dominant-dominĂ© entre l’employeur et leurs employĂ©s qui font craindre Ă  ces derniers d’aller porter plainte; Parmi les autres abus, il y a: les insultes, la privation de nourriture, le refus de leur fournir des vĂȘtements adaptĂ©s, et diverses autres pratiques avilissantes.

- La servitude, le travail forcĂ© et les trafics: ils sont interdits par le Pacte de l’ONU et d’autres lois et rĂšglements internationaux, qui ne font pas clairement la distinction entre « servitude » et esclavage.

Et donc, les sĂ©vices que font subir les employeurs sont inĂ©vitables; le trafic d’ĂȘtres humains, en particulier, est interdit par le Protocole des Nations Unies, adoptĂ© en 2000, visant Ă  prĂ©venir, rĂ©primer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, ainsi que par le protocole plus rĂ©cent (Convention des Nations Unies contre la criminalitĂ© transnationale organisĂ©e) qui cible les trafiquants et les proxĂ©nĂštes. MalgrĂ© cela, ces pratiques sont trĂšs rĂ©pandues et en expansion; et en ce qui concerne les employĂ©es domestiques Ă©trangĂšres, les mauvais traitements sont courants et trĂšs peu mĂ©diatisĂ©s.

L’esclavage sexuel en AmĂ©rique

C’est la catĂ©gorie la plus nombreuse de travail forcĂ© aux Etats–Unis et pour des raisons simples:

- Il est liĂ© au crime organisĂ© et rapporte Ă©normĂ©ment d’argent;

- La demande pour les services sexuels, y compris avec des enfants, est importante et en augmentation;

- Les lois strictes restreignant l’immigration facilitent le trafic.

Le DĂ©partement de la Justice des Etats-Unis indique que la moyenne d’ñge d’entrĂ©e en prostitution se situe entre 12 et 14 ans.

« Shared Hope International » (une ONG qui s’occupe des femmes et des enfants victimes de la traite, NDT) fournit des informations sur le trafic sexuel actuel et examine les conditions dans lesquelles il existe.

L’organisation confirme que la plupart des victimes de la traite sont des filles mineures.

Une enquĂȘte du CongrĂšs indique qu’entre 100.000 et 300.000 enfants peuvent y ĂȘtre exposĂ©s Ă  tout moment. Le DĂ©partement de la Justice estime que les proxĂ©nĂštes contrĂŽlent au moins 75% de mineurs exploitĂ©s, prenant pour cible les enfants vulnĂ©rables et utilisant la violence et l’intimidation psychologique pour les retenir.

L’Internet est un outil de recrutement frĂ©quent. Les autres cibles privilĂ©giĂ©es sont les enfants qui vivent dans des centres d’hĂ©bergement ou dans la rue, parmi lesquels des enfants qui ont fuguĂ©. On estime Ă  2,8 millions le nombre d’enfants qui vivent dans la rue, dont un tiers d’entre eux sont approchĂ©s dans les 48 heures qui suivent leur fugue. La prostitution familiale est Ă©galement courante, oĂč on vend un membre de la famille pour acheter de la drogue, pour payer un hĂ©bergement, ou tout simplement pour se procurer de l’argent.

Le marchĂ© du sexe comprend la prostitution, y compris enfantine, la pornographie, le striptease, les danses Ă©rotiques et les peep-shows, et est souvent entre les mains de la mafia. L’ensemble des activitĂ©s sexuelles, lĂ©gales ou non, font partie d’une gamme de produits et de services plus large, dont la drogue et le trafic de drogue.

Les trafiquants du sexe recrutent en gĂ©nĂ©ral des personnes de leur propre pays ou de leur ethnie, et le passage en fraude de migrants facilite le trafic. En outre, les lois fĂ©dĂ©rales et celles des Ă©tats sont trop souvent contradictoires, et permettent, ainsi, de refuser le statut de victimes Ă  ceux et celles qui ont subi des sĂ©vices, ralentissent les poursuites et se traduisent in fine par des sanctions peu sĂ©vĂšres, quand il y en a. Egalement, il est rare que les clients des prostituĂ©-es (mĂȘme s’il s’agit de mineurs) soient arrĂȘtĂ©s et poursuivis, et globalement, les agences du maintien de l’ordre se retrouvent confrontĂ©es Ă  des questions systĂ©miques lĂ©gales qui font obstacle Ă  leur aptitude ou Ă  leur penchant Ă  poursuivre les clients. La sociĂ©tĂ© offre peu de protection aux victimes, comme, par exemple, des foyers d’accueil pour les jeunes enfants en difficultĂ©, et, c’est ainsi que les services sexuels sont en plein essor aux Etats-Unis.

Les ateliers clandestins et les usines.

D’aprĂšs le syndicat des travailleurs du textile et des travaux d’aiguille (Union of Needle Trades and Industrial Textile Employees), 75% des fabriques de vĂȘtements sont des ateliers clandestins ( »sweatshops’ »). Le ministĂšre du travail indique que plus de 50% de tous les ateliers sur le territoire amĂ©ricain sont clandestins, la majoritĂ© Ă©tant situĂ©s dans les centres textiles de New York, Californie, Dallas, Miami, et Atlanta, d’autres Ă©tant Ă©galement installĂ©s dans les territoires amĂ©ricains comme l’Ăźle de Saipan, Guam ou les Samoa amĂ©ricaines, oĂč la production porte la mention: ‘“Made in the USA.”

La concurrence avec les producteurs Ă©trangers Ă  faibles coĂ»ts incite Ă  faire pression sur les producteurs US pour qu’ils rĂ©duisent leurs coĂ»ts le plus possible, quitte Ă  violer la rĂ©glementation du travail, et parfois manifestement grĂące au travail forcĂ©.

Comme l’agriculture et l’Ă©conomie domestique, ce secteur est particuliĂšrement vulnĂ©rable car il s’organise au sein d’une Ă©conomie informelle oĂč les contrĂŽles sont peu nombreux, voire inexistants. En consĂ©quence, l’exploitation des travailleurs perdure. Les salaires sont en deçà du seuil de pauvretĂ©. La rĂ©munĂ©ration des heures supplĂ©mentaires est exceptionnelle, et les conditions de travail oscillent entre mauvaises et dangereuses. Les travailleurs qui se plaignent et tentent de s’organiser sont gĂ©nĂ©ralement licenciĂ©s et remplacĂ©s par de plus mallĂ©ables.

Des salaires de misĂšre, des horaires Ă  rallonge, des conditions de travail dangereuses et pas de protection sociale sont des pratiques courantes dans un secteur oĂč les violations de la lĂ©gislation du travail sont notoires.

En 1995, deux Ă©normes scandales ont fait la une des journaux, un a eu lieu ici, aux US, l’autre Ă  l’Ă©tranger.

Le 2 aoĂ»t, la police faisait irruption dans un immeuble d’El Monte, Californie, oĂč 72 immigrĂ©s thaĂŻs sans papiers Ă©taient retenus prisonniers derriĂšre des barbelĂ©s et des chaĂźnes.

Cela faisait plus de 17 ans qu’ils Ă©taient enfermĂ©s lĂ , travaillant Ă  la confection de vĂȘtements pour les plus grands manufacturiers et distributeurs du pays.

Ils Ă©taient entassĂ©s les uns sur les autres dans des logements sordides. Des gardes armĂ©s imposaient la discipline, faisant pression sur eux et les intimidant pour les obliger Ă  travailler tous les jours, Ă  raison de 84 heures par semaine pour 70 cts l’heure. Les ouvriers Ă©taient forcĂ©s de travailler, de manger, de dormir et de vivre en captivitĂ©. Les coups de fil Ă©taient obligatoirement surveillĂ©s, le courrier censurĂ©, et tout ce qui venait de l’extĂ©rieur Ă©tait achetĂ© par leurs geĂŽliers qui faisaient payer la marchandise Ă  des prix exorbitants.

Sept responsables Ă©taient alors arrĂȘtĂ©s et, plus tard, condamnĂ©s pour travail souterrain, kidnapping, servitude involontaire, trafic et hĂ©bergement de clandestins.

Egalement, en 1995, les inspecteurs du « ComitĂ© national du travail » (National Labor Committee) ont surpris des adolescentes, dont certaines Ă©taient ĂągĂ©es de 13 ans Ă  peine, en train de confectionner des vĂȘtements pour la ligne de vĂȘtements de Kathy Lee Gifford au Honduras.

Elles gagnaient entre 6 et 9 cents de l’heure dans des conditions de travail Ă©pouvantables. Les heures supplĂ©mentaires obligatoires Ă©taient imposĂ©es pour respecter les dĂ©lais. Elle n’avaient droit Ă  se rendre aux toilettes que deux fois par jour. Les surveillants et les gardes en armes faisaient pression sur elles et les intimidaient pour les inciter Ă  travailler plus vite sur des machines rongĂ©es par la rouille et susceptibles de provoquer des accidents. Les tentatives des ouvriĂšres de faire valoir leurs droits avaient Ă©tĂ© contrecarrĂ©es. La production Ă©tait destinĂ©e Ă  des grands distributeurs comme Wal-Mart.

Les employĂ©s dans la restauration et l’hĂŽtellerie aux Etats-Unis connaissent Ă©galement des conditions de travail pĂ©nibles et des salaires infĂ©rieurs Ă  la normale.

Dans les hĂŽtels, presque tous les agents de service sont des femmes Ă  qui on demande de nettoyer un minimum de 15 chambres par jour. Souvent, elles doivent sauter un repas, renoncer Ă  leur temps de pause, travailler en dehors de leurs heures pour remplir leur quota, et ont, en consĂ©quence, un taux d’accidents de 40% plus Ă©levĂ© que les autres employĂ©s dans le secteur des services. Selon les statistiques du MinistĂšre du travail US, elles gagnent en moyenne 8,67 dollars de l’heure, c’est-Ă -dire 17.340 dollars par an si elles travaillent Ă  temps plein.

Les immigrĂ©s, essentiellement des femmes, sont particuliĂšrement vulnĂ©rables dans les hĂŽtels et restaurants. Un communiquĂ© de presse de l’Union amĂ©ricaine pour les libertĂ©s civiles (American Civil Liberties Union – ACLU) citait en juin 2005 une action en justice parmi beaucoup d’autres engagĂ©e par deux serveuses immigrĂ©es contre un restaurant chinois du New Jersey pour discrimination sexuelle et exploitation.

Ayant portĂ© plainte en juin 2003, Mei Ying Liu et Shu Fang Chen accusaient leurs employeurs d’avoir, entre mai 2000 et novembre 2001, exercĂ© une surveillance totale sur les employĂ©s, de les avoir contraints Ă  travailler en moyenne 80 heures par semaine sans salaire, ni rĂ©munĂ©ration pour les heures supplĂ©mentaires, d’avoir prĂ©levĂ© un pourcentage sur leurs pourboires, d’avoir pratiquĂ© la discrimination raciale et sexuelle, de les avoir logĂ©es dans un appartement insalubre oĂč elles Ă©taient entassĂ©es et d’avoir profĂ©rĂ© des menaces de mort quand elles ont cessĂ© de travailler au restaurant.

Le trafic des *travailleurs « invitĂ©s » sur les bases militaires

1003714976_small

En plus de l’armĂ©e de dizaines de milliers d’immigrĂ©s US exploitĂ©s qui ont Ă©tĂ© engagĂ©s par Halliburton en Irak, en Afghanistan et ailleurs, le National Labor Committee –le NLC – (une ONG amĂ©ricaine de dĂ©fense des droits des travailleurs, NDT) a publiĂ© en juillet dernier un rapport qui indique que « des centaines de milliers de travailleurs « invitĂ©s » – parmi lesquels 240.000 originaires du Bangladesh – ont Ă©tĂ© passĂ©s clandestinement au KoweĂŻt (en leur faisant miroiter la perspective d’emplois bien rĂ©munĂ©rĂ©s) et forcĂ©s de travailler sur une base amĂ©ricaine 7 jours par semaine, 11 heures par jour sans des conditions Ă©pouvantables.

On leur confisque leurs passeports dĂšs leur arrivĂ©e, ils sont entassĂ©s dans des dortoirs sordides, oĂč 7 personnes partagent une piĂšce de 10 m sur 10, sont payĂ©s entre 14 et 36 cents de l’heure, rouĂ©s de coups et menacĂ©s d’ĂȘtre mis aux arrĂȘts s’ils protestent, et contraints de dĂ©penser la majeure partie de leur salaire pour payer leurs repas Ă  des prix exorbitants.

Le cas de “M. Sabur” est significatif. EmbauchĂ© par la « Compagnie Koweitienne de Ramassage et de Recyclage des dĂ©chets » pour travailler dans le camp Arifjan du Pentagone, il devait effectuer le nettoyage de la base – toute la base, depuis les bureaux et les lieux de vie jusqu’aux tanks, aux lance-roquettes et aux missiles. Il travaillait 11 heures par jour, sept jours sur sept, et avait droit Ă  une heure de pause Ă  minuit pour le souper. Pour cela, il gagnait 34,72 dollars par semaine, bien moins que ce qu’on lui avait annoncĂ©, et devait rembourser 185.000 taka (monnaie du Bengladesh), l’Ă©quivalent de 2697 dollars, Ă  une agence d’intĂ©rim du Bengladesh pour son contrat de travail de trois ans. Sa famille a vendu tout ce qu’elle a pu pour rassembler l’argent, mais comme ce n’Ă©tait pas suffisant, elle a dĂ» Ă©galement emprunter Ă  un voisin.

Quand il a commencĂ© Ă  travailler, la compagnie koweĂŻtienne a refusĂ© illĂ©galement de lui verser son salaire les trois premiers mois, l’obligeant Ă  emprunter pour survivre. Quand il a demandĂ© Ă  ĂȘtre payĂ©, il a Ă©tĂ© battu et aprĂšs une grĂšve oĂč 80.000 travailleurs ont cessĂ© le travail, il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, incarcĂ©rĂ© pendant 5 jours, battu quand il Ă©tait en prison, puis expulsĂ© au Bangladesh dans ses vĂȘtements dĂ©chirĂ©s encore tachĂ©s de sang.

Il n’a jamais touchĂ© les milliers de dollars de rappel de salaire qui lui avaient Ă©tĂ© promis.

Ce qui s’est passĂ© pour lui est loin d’ĂȘtre exceptionnel. Le NLC estime Ă  1,2 milliards de dollars les sommes extorquĂ©es aux 240.000 ressortissants du Bangladesh, et le Pentagone est complice de ces exactions. Ce genre d’abus a Ă©galement lieu sur les bases US en Irak, en Afghanistan et probablement dans d’autres sites Ă  l’Ă©tranger.

Selon les termes d’un travailleur sri lankais qui travaille pour un sous-traitant d’Halliburton en Irak:  » Ils nous ont promis monts et merveilles, mais nous avons, au lieu de cela, les sales boulots, les horaires Ă  rallonge, les bas salaires, la nourriture malsaine, et pendant les trois premiers mois, nous sommes retenus en captivitĂ© dans des hangars sans fenĂȘtres prĂšs de l’aĂ©roport de Bagdad, sans argent, et parmi eux, certains seront, par la suite, logĂ©s dans des tentes dans des conditions encore pires que les hangars. »

 

Conclusion

VoilĂ  les Ă©preuves des personnes vulnĂ©rables en AmĂ©rique et de ceux que nous exploitons Ă  l’Ă©tranger, que ce soit dans les restaurants, les hĂŽtels, l’agriculture, le travail domestique, le commerce du sexe, ou sur les bases amĂ©ricaines Ă  l’Ă©tranger, et il est rare que les tribunaux leur rendent justice. C’est la face cachĂ©e de l’AmĂ©rique qui accumule les crimes et les abus, parmi lesquelles les guerres impĂ©riales, la torture, et le pillage des richesses nationales pour les donner Ă  des banquiers criminels et aux riches aux dĂ©pens de millions de citoyens dans le besoin qui sont laissĂ©s pour compte dans la pĂ©riode la plus horrible de notre histoire. Une tradition ancienne dĂ©rangeante, dont on n’a pas du tout de quoi ĂȘtre fiers.

Stephen Lendman rĂ©side Ă  Chicago. Il anime une Ă©mission de radio « The Global Research News Hour » sur RepublicBroadcasting.org le lundi de 11H Ă  13h.

Source: Des bassines et du zĂšle

août 03 2009

Le Nouvel Ordre Mondial pourrait-il échouer ?

Par Régis Mex

La marche du progrĂšs n’est pas impossible Ă  ralentir, mais ne peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©e en aucun cas. Ainsi, on peut prendre Ă  ceux qui n’ont pas et donner Ă  ceux qui ont sans que cela ne bouleverse qui que ce soit, car il s’agit lĂ  de ce que le commun des mortels considĂšre comme le fonctionnement normal des choses. En effet, les pauvres considĂšrent comme « normal » d’ĂȘtre pauvres s’ils sont dans cette situation depuis leur naissance, tout comme ils ne s’attendent pas, dans une conjoncture « normale », Ă  recevoir quoi que ce soit de quelqu’un « qui a ». Ils ne sont donc susceptibles de ressentir aucun sentiment de rĂ©bellion. De mĂȘme, celui qui vit dans l’aisance ne nourrira nulle intention de rĂ©volte, puisqu’il possĂšde tout ce qui sert Ă  son confort et Ă  son bon plaisir, et n’imaginerait en aucun cas qu’il puisse en ĂȘtre autrement, Ă©tant donnĂ© que cet Ă©tat de fait est aprĂšs tout entiĂšrement « normal ». Or, si l’on malmĂšne ce prĂ©sent Ă©tat de fait, la sociĂ©tĂ© toute entiĂšre peut s’attendre Ă  de violentes secousses.

87954862

L’Histoire est faite de civilisations qui ont eu leurs pĂ©riodes de stabilitĂ© et leurs pĂ©riodes de crise. Le plus souvent, les crises Ă©taient l’occasion d’exprimer les mĂ©contentements divers qui s’étaient accumulĂ©s dans une ou plusieurs couche(s) de la sociĂ©tĂ©, et de soulager ces derniers grĂące aux propositions de rĂ©formes que la situation permettait. Soit des concessions Ă©taient faites de la part du pouvoir pour satisfaire les mĂ©contents, soit leur soulĂšvement servait de prĂ©texte Ă  la classe dirigeante pour dĂ©crĂ©ter l’état d’urgence et faire naĂźtre ou renforcer un totalitarisme qui ne pouvait qu’aggraver les exaspĂ©rations populaires diverses qui, sur le long terme, auront raison de lui Ă  la moindre opportunitĂ© venue. De fait, puisque ce sont gĂ©nĂ©ralement les classes populaires et moyennes qui ont des raisons de s’insurger, et qu’elles finissent toujours par obtenir ce qu’elles veulent Ă  un moment ou Ă  un autre, la voie vers la concrĂ©tisation de leurs aspirations multiples est un passage obligĂ©.

 

Le problĂšme est que ces « masses » (mot qui comprend, dans ce contexte, toute personne de classe populaire ou moyenne qui correspond aux  caractĂ©ristiques dĂ©finies ci-dessous), n’aspirent aucunement Ă  des idĂ©aux Ă©levĂ©s de justice, de bienveillance ou de stabilitĂ©. Il est alors simple de perpĂ©tuer l’inexistence de ces Ă©lĂ©ments dans la sociĂ©tĂ©, pourtant nĂ©cessaires, parmi d’autres, Ă  la crĂ©ation d’un systĂšme valable oĂč il ferait bon vivre pour l’ĂȘtre humain qui pourrait y trouver Ă©quilibre et plĂ©nitude. Non, la majoritĂ© Ă©crasante de la population que je dĂ©finis comme Ă©tant les « masses » (terme pĂ©joratif Ă  juste titre) se prĂ©occupent de choses autrement plus futiles. Elles se passionnent pour tout ce qui est immĂ©diatement accessible aux cinq sens, tout ce qui est du domaine du matĂ©riel et du plaisir, ce qui leur exclut tout accĂšs aux qualitĂ©s qui sont supĂ©rieures Ă  cet univers de l’instantanĂ©itĂ©, et les dĂ©pourvoit donc de quelque sens moral et spirituel que ce soit. ConformĂ©ment Ă  leurs aspirations, et enfermĂ©es inĂ©luctablement dans une sphĂšre d’égoĂŻsme et d’inconscience d’une ampleur telle qu’elles frĂŽlent la psychopathie, voire qu’elles embrassent le sadisme, les masses n’ont cure que de leur propre confort. Un confort qui consiste purement et simplement dans l’obtention de ce qui est nĂ©cessaire Ă  la perpĂ©tuation des plaisirs vulgaires tirĂ©s de l’excitation des seuls cinq sens, Ă  leur maintien dans la grossiĂšretĂ© de leur personnalitĂ©, et Ă  l’affirmation de leur absence de conscience. D’autres comprennent la nature mauvaise des politiques humaines, mais se donnent bonne conscience en se persuadant qu’il n’y a de toute façon aucun moyen d’y changer quoi que ce soit, et quand bien mĂȘme cela serait-il possible, ce ne serait pas eux-mĂȘmes qui pourraient le faire. Ceux-lĂ  sont donc partisans du systĂšme par le soutien qu’ils lui tĂ©moignent du fait de leur attitude passive et rĂ©signĂ©e, et finissent par ĂȘtre absorbĂ© par ce mĂȘme systĂšme au moment oĂč ils en arrivent Ă  se dire qu’aprĂšs tout, puisque le fonctionnement du monde est purement Ă©goĂŻste, il n’y a pas de raison pour qu’ils ne mĂšnent pas eux aussi une vie Ă©gocentrique. Cet Ă©tat de bassesse et de vide spirituel peut Ă©videmment se retrouver dans tout individu, quel que soit sa classe sociale, mais il aurait Ă©tĂ© Ă  non-sens d’inclure la classe aisĂ©e dans ma dĂ©finition des « masses », puisque ces derniĂšres reprĂ©sentent le peuple, qui s’oppose par dĂ©finition Ă  la minoritĂ© des classes riches et privilĂ©giĂ©es. Il n’y a donc que deux situations qui peuvent rĂ©volter les masses : soit elles ne trouvent pas les conditions qui leur permettent de vivre leur nature purement hĂ©doniste dans leur environnement, soit elles ne disposent pas de moyens de survie suffisants pour atteindre le seuil minimum de dignitĂ© qu’elles convoitent.

 

Cependant, malgrĂ© la mĂ©diocritĂ© de l’homme commun, qui, habituĂ© Ă  ĂȘtre esclave de lui-mĂȘme et de plusieurs maĂźtres extĂ©rieurs, se laisse volontiers marcher dessus et enfoncer dans une plus grande servitude encore tout en demeurant d’une passivitĂ© totale, si un peu des possessions futiles ou du confort auxquels il est attachĂ© lui est retirĂ©, il considĂ©rera cela comme un vol et une atteinte Ă  sa personne, et en sera courroucĂ©. En effet, il arrive souvent que de nombreuses manifestations aient lieu en France pour des motifs tout Ă  fait lĂ©gers ; protester contre la suppression d’un jour de congĂ©, par exemple, alors que des mesures autrement plus graves passent sans susciter la moindre rĂ©action. Des mesures qui peuvent ĂȘtre Ă  l’origine de futures hausses des prix, de licenciements, de rĂ©ductions de dĂ©penses sociales, contre lesquelles les gens protesteront encore, mais en dĂ©pit de tout bon sens, puisqu’ils n’auront rĂ©agi qu’une fois qu’ils auront Ă©tĂ© personnellement touchĂ©s, et aprĂšs avoir laissĂ© passer les mesures ayant causĂ© ces effets sans broncher. L’ardeur de la plupart des manifestants Ă  dĂ©fendre une cause est d’ailleurs aussi souvent inexistente que leur colĂšre est totalement Ă©phĂ©mĂšre ; aprĂšs avoir soulagĂ© un surplus d’énergie lors de la manifestation Ă  laquelle ils ont participĂ©, et occupĂ© par la mĂȘme occasion un jour qu’ils ne savaient comment combler, ils rentrent chez eux et oublient rapidement la raison pour laquelle ils se sont vaguement rebellĂ©s. Á moins qu’ils ne l’aient jamais su.

nouvel-ordre-mondial

Or, si le peuple se sent trop amplement volĂ©, et ne dispose plus des moyens nĂ©cessaires pour subsister et vivre de la façon qui le conduit vers l’état de bonheur qui lui convient, il se soulĂšvera, et l’État devra faire face aux problĂšmes que lui cause la base sur laquelle il repose, de peur d’ĂȘtre emportĂ© dans son agitation, et dĂ©truit. En effet, le but premier de tout un chacun est aprĂšs tout de se construire un environnement dans lequel il puisse mener une vie heureuse, quelles que soient les conditions, variant d’aprĂšs les individus, qui permettent d’y accĂ©der. Bien que beaucoup de gens n’atteignent pas cet Ă©tat, ils ne sont pas pour autant affectĂ©s d’un quelconque malheur ; ils vivent plutĂŽt dans la bĂ©atitude, un mĂ©lange confus de sentiments, de dĂ©sirs et de plaisirs divers, dans lequel ils ont du mal Ă  cerner leur propre personnalitĂ© et leur conscience. Autrement dit, un stade oĂč ils sont mĂȘlĂ©s Ă  l’inconscient collectif, et oĂč leur individualitĂ© est donc trĂšs peu marquĂ©e. Mais lorsque la souffrance survient, l’individu va rĂ©agir de deux façons : soit il va se sentir impuissant face Ă  sa douleur et va somatiser, soit il va vouloir agir sur son environnement extĂ©rieur de sorte Ă  le modeler de la façon qui servira Ă  soulager son Ă©tat d’esprit prĂ©sent, que ce soit sur le court ou le long terme. Si une personne souffre, directement ou non, des rĂ©alitĂ©s de notre monde actuel, elle voudra changer ou supprimer ce qui lui cause du tort ne serait-ce que par instinct de survie, pour se protĂ©ger. Donc, si un nombre suffisant de gens sont mĂ©contents pour les mĂȘmes raisons Ă  un degrĂ© signifiant, elles vont spontanĂ©ment crĂ©er un mouvement qui sera chaotique du fait de sa nature Ă©motionnelle, jusqu’à ce qu’il se cristallise autour d’un « leader » qui saura canaliser ses impulsions et diriger ses forces vers un but rationnel. Toute la question est de savoir si ce mouvement possĂšde assez de puissance et de pertinence pour surpasser la rĂ©sistance de ceux qui protĂšgent l’ordre des choses, rĂ©sistance qui peut s’exprimer de diverses maniĂšres ; qui du peuple ou du pouvoir sera le plus fort, donc.

 

L’écrasante majoritĂ© des rĂ©voltes de l’Histoire, avec violence ou non, ont Ă©tĂ© causĂ©es par un peuple insatisfait, mais cette tendance s’est inversĂ©e lors des soixante derniĂšres annĂ©es. En effet, les Ă©lites politique et financiĂšre avaient jusque lĂ  l’habitude de rentrer en conflits ouverts par l’intermĂ©diaire des guerres entre États et/ou Nations pour les mĂȘmes raisons que leurs peuples entraient en conflit avec elles ; parce qu’il y avait des acquis Ă  dĂ©fendre ou que, comparĂ©es Ă  leurs rivaux, elles Ă©taient insatisfaites de leur situation. Ce conflit Ă©tait une lutte pour plus de possessions, de pouvoir, d’influence ; une lutte pour ĂȘtre supĂ©rieur Ă  son rival. Ce n’est effectivement pas le fait d’avoir peu qui dĂ©clenche la convoitise de possĂ©der plus, tant que l’on imagine pas ce que serait notre vie avec plus de possessions. L’envie d’avoir mieux que ce que l’on a prĂ©sentement survient lorsque l’on a connu, dans le passĂ©, une situation meilleure que prĂ©sentement, ou que l’on constate qu’une quantitĂ© de richesses qui amĂ©liorerait notre niveau de vie est accaparĂ©e par une poignĂ©e de personnes. Par exemple, les habitants de pays sous-dĂ©veloppĂ©s ne sont gĂ©nĂ©ralement pas malheureux Ă  cause de la vie primitive qu’ils doivent mener, mais dĂ©veloppent une frustration qui se transforme facilement en haine vis-Ă -vis des pays riches lorsqu’ils prennent connaissance de leurs conditions de vie enviables. Les Ă©lites dirigeantes n’échappent pas aux effets de cet Ă©tat de fait, ce qui explique bon nombre de guerres. Mais depuis ces soixante derniĂšres annĂ©es, donc, la tendance des conflits a eu tendance Ă  changer de nature ; en effet, les oligarques financiers Ă©tant de plus en plus unis grĂące Ă  la mondialisation, et les buts des politiciens convergeant toujours davantage vers un but similaire du fait du mondialisme, leurs diffĂ©rends s’attĂ©nuent et les motifs de conflits disparaissent peu Ă  peu, puisqu’il ne peut y avoir de conflit au sein d’un ensemble uni. Par consĂ©quent, les Ă©lites ne se battent plus entre elles mais luttent contre les avantages que leurs peuples ont su acquĂ©rir au cours des siĂšcles ; elles veulent trouver le profit lĂ  oĂč il en reste Ă  gagner. Élite et peuple s’opposent d’ailleurs tout comme les classes aisĂ©es s’opposent aux classes populaires dans leurs aspirations, ou comme le jour s’oppose Ă  la nuit…

 

En effet, le New Deal a tardĂ© Ă  ĂȘtre adoptĂ© parce qu’il allait dans le sens de l’aide au peuple et non aux financiers, mais ces derniers ont finalement dĂ» l’accepter Ă  contrecoeur, car le discours communiste se faisait de plus en plus sĂ©duisant pour un nombre croissant de citoyens, nombreux Ă  avoir Ă©tĂ© lĂ©sĂ©s par la Grande DĂ©pression. Les mesures sociales qui sont apparues, tant avant qu’aprĂšs le New Deal, n’ont donc jamais Ă©tĂ© des actes de pure charitĂ© et de philanthropie, mais bien des nĂ©cessitĂ©s stratĂ©giques. En effet, en donnant aux gens suffisamment d’assistance pour qu’ils n’en demandent pas plus et cessent d’ĂȘtre mĂ©contents, on Ă©vitait leur ralliement Ă  la cause des socialistes d’abord, et des communistes ensuite, quitte Ă  devoir distiller quelques-uns de leurs principes dans le systĂšme capitaliste. Le socialisme a d’ailleurs Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© aux États-Unis comme la voie qui mĂšne inĂ©luctablement au communisme pendant la Guerre froide, de sorte Ă  dissuader de nouvelles mesures sociales, comme une socialisation de la mĂ©decine ou un renforcement de la SĂ©curitĂ© Sociale. AprĂšs la fin de la Guerre froide, notamment entre 1993 et 1995, on utilisa l’argument des difficultĂ©s causĂ©es par la dette pour justifier de nombreuses compressions budgĂ©taires, privatisations et rĂ©ductions de services sociaux (chĂŽmage, retraite, santĂ©, allocations, 
) dans les pays occidentaux. Le capitalisme n’avait maintenant plus d’opposant idĂ©ologique sĂ©rieux ; il pouvait donc laisser librement sa vĂ©ritable nature s’exprimer. Les magnats de l’économie et de la finance voulaient maintenant voir le New Deal dĂ©truit.

2502050366_33fa676ccd

Le 11 septembre 2001 et la crise financiĂšre commencĂ©e en 2007 doublĂ©e de la crise Ă©conomique qui l’a suivie ont Ă©tĂ© les autres Ă©vĂ©nements marquant l’avancĂ©e du capitalisme dĂ©bridĂ©. En ce qui concerne l’arme qu’est la crise, deux citations officielles de personnages hauts placĂ©s rĂ©sument bien les vertus qu’ils lui trouvent, que ce soit dans le cadre de crises provoquĂ©es Ă  l’étranger ou Ă  l’intĂ©rieur de la nation. Le 13 janvier 1993, au cours d’une confĂ©rence tenue au dixiĂšme Ă©tage du palais des congrĂšs Carnegie, John Williamson, crĂ©ateur du « Consensus de Washington », dit ceci : « On peut se demander s’il y aurait lieu de songer Ă  provoquer dĂ©libĂ©rĂ©ment une crise dans l’intention de supprimer les obstacles politiques Ă  la rĂ©forme. Dans le cas du BrĂ©sil, par exemple, on laisse parfois entendre qu’il faudrait attiser l’hyperinflation pour effrayer les gens et les obliger Ă  accepter ces changements. Au milieu des annĂ©es 1930, aucune personne ayant la capacitĂ© de prĂ©dire l’histoire n’aurait osĂ© affirmer que l’Allemagne et le Japon devaient entrer en guerre pour profiter des avantages de la supercroissance qui a suivi leur dĂ©faite. Mais une crise de moindre envergure aurait-elle pu avoir le mĂȘme effet ? Peut-on imaginer qu’une fausse crise serve les mĂȘmes fins sans entraĂźner les coĂ»ts d’une crise rĂ©elle ? ». Autre tĂ©moignage de leur immoralité : dans une communication prĂ©sentĂ©e devant l’Association internationale des sciences Ă©conomiques, Ă  Tunis, en 1995, et dont le texte fut publiĂ© plus tard par la Banque mondiale, Michael Bruno, Ă©conomiste en chef Ă  la Banque mondiale, dĂ©clara devant 500 Ă©conomistes venus de 68 pays que « l’idĂ©e selon laquelle une crise suffisamment grave pouvait pousser des dĂ©cideurs jusque-lĂ  rĂ©calcitrants Ă  instaurer des rĂ©formes susceptibles d’accroĂźtre la productivité » faisait l’objet d’un consensus de plus en plus grand. Bruno ajouta : « Je tiens Ă  rĂ©itĂ©rer l’importance d’un thĂšme majeur : l’économie politique des crises graves tend Ă  dĂ©boucher sur des rĂ©formes radicales aux rĂ©sultats positifs. »

DanzigerCostPlus

Enlever un acquis à quelqu’un est pire que de lui faire miroiter un bien qu’il n’a jamais connu. Le peuple, qui bĂ©nĂ©ficie d’un confort tel depuis les Trente Glorieuses qu’il s’intĂ©resse encore moins Ă  la politique qu’autrefois ou Ă  quelque autre domaine que ce soit d’autre qui puisse avoir un impact sur sa vie prĂ©sente ou future sans qu’il ne puisse rĂ©sister s’il n’y prend pas garde, est Ă  la fois plus satisfait et plus manipulable que jamais. Mais les tensions et les mĂ©contentements vont croissants depuis la crise financiĂšre, et les masses, aussi stupides soient-elles, ne se laisseront pas vider le frigidaire et se faire mettre Ă  la rue sans rĂ©agir. La chute du niveau de vie promet effectivement d’ĂȘtre si radicale que les gens prĂ©fĂ©reront lutter, avec tous les risques que cela comprend, plutĂŽt que d’accepter un Ă©tat de vie prĂ©caire. Il y aura donc inĂ©vitablement des rĂ©voltes, et peut-ĂȘtre de nouvelles guerres faites par des gouvernements qui voudront diriger les tensions vers l’extĂ©rieur, susciter la crainte, et s’octroyer une part encore plus importante de la sphĂšre Ă©conomique au niveau mondial. La rĂ©action populaire sera probablement si puissante qu’il y aura peu de chances pour que nos dirigeants puissent tirer profit de leurs programmes et rĂ©primer les rĂ©voltes sans trop de dommages. Qui plus est, les aberrations du systĂšme sont telles qu’un nombre croissant de personnes sont conscientes de ses mĂ©faits, que ce soit grĂące Ă  des mĂ©dias qui, bien que contrĂŽlĂ©s, ne peuvent pas cacher toutes les failles si flagrantes de cette sociĂ©tĂ©, ou bien par le dĂ©veloppement des sites d’information libre et non contrĂŽlĂ©s, ce qui fait que la lutte contre les Ă©lites ne s’arrĂȘtera probablement pas aux exigences de rĂ©instaurer les conditions de vie de 2007, mais prendra aussi une tournure idĂ©ologique qui imposera de revoir bien des aspects du systĂšme. En outre, les ambitions de l’élite sont d’une telle ampleur qu’elles ont dĂ» prĂ©parer bien des verrouillages pour avoir des chances d’arriver Ă  leurs fins, car elle projette tant de changements radicaux qu’elle a besoin d’un Ă©norme pouvoir pour espĂ©rer ne pas ĂȘtre emportĂ©e avec ses rĂ©formes. MalgrĂ© tout, la disproportion de leurs attentes est telle que certains points dĂ©cisifs de leur projet ne peuvent qu’avorter.

 

Il est clair que l’ampleur croissante de la gravité de la pandĂ©mie et de la crise Ă©conomique, peut-ĂȘtre couplĂ©es Ă  de futures catastrophes, donneront bien des prĂ©textes pour l’Ă©tablissement d’une gouvernance mondiale. Tout comme l’Union EuropĂ©enne, l’OTAN et l’ONU furent créés aprĂšs la deuxiĂšme Guerre Mondiale, pour qu’un tel dĂ©sastre ne se reproduise plus jamais, on instaurera ici des organismes internationaux plus larges encore (tels que la communautĂ© transatlantique, qui aura pour objectif d’unir l’Union nord-amĂ©ricaine et l’Union europĂ©enne sous une seule entitĂ© aux politiques et aux rĂšgles Ă©conomiques identiques), pour Ă©viter, soi-disant, d’autres drames du mĂȘme genre Ă  l’avenir. Un avantage rĂ©el d’une gouvernance mondiale, prĂ©lude Ă  l’avĂšnement d’un gouvernement mondial, aurait au moins le mĂ©rite d’effacer les probabilitĂ©s de guerre entre les diffĂ©rents États qui le composeraient. Il est effectivement vrai que la crĂ©ation de l’Union EuropĂ©enne empĂȘche l’apparition de toute guerre en son sein depuis 64 ans, ce qui est un temps record de paix sur le continent europĂ©en. On sait cependant pertinemment bien que ce qui intĂ©resse vĂ©ritablement l’Ă©lite n’est rien d’autre que la crĂ©ation d’un vaste marchĂ© mondial sans limites d’action ni rĂ©gulation, protĂ©gĂ© par une dictature mondiale. Pour que les tenants de ces ambitions gardent un minimum de crĂ©dibilitĂ© et de chances de rĂ©ussite, il est Ă©galement Ă©vident que les dĂ©sastres qui affectent notre sociĂ©tĂ© (bien qu’ils n’en soient pour l’instant qu’au stade bĂ©nin) doivent ĂȘtre, aux yeux du public, des Ă©vĂ©nements dĂ»s Ă  la malchance qui lĂšsent tout autant les gouvernements que les peuples. En ce qui concerne la pandĂ©mie de grippe A, je pense qu’elle aura surtout un impact psychotique, qui consistera Ă  faire mourir un nombre suffisant de personnes davantage dans le but de crĂ©er la panique et de contribuer Ă  rendre plus manipulables les populations en Ă©tat de choc que dans l’optique d’une rĂ©elle rĂ©duction de la population. Quant Ă  la crise Ă©conomique, elle justifiera, tout comme la pandĂ©mie, l’application de mesures politiques fortes et servira aussi, entre autres, de prĂ©texte au fait que les services sociaux ne pourront plus ĂȘtre assumĂ©s comme autrefois.

dfce7dd0aa85b2c8fd51fa656f332852

MĂȘme si cela rĂ©duira les velleitĂ©s de contestation, on peut toutefois se douter que des personnes excĂ©dĂ©es d’avoir perdu leurs Ă©conomies et de se retrouver dans la prĂ©caritĂ© n’aient pas rĂ©ellement cure de savoir d’oĂč viennent les problĂšmes, et s’attaquent aveuglement Ă  l’État qui, dans leur vision des choses, est responsable de les protĂ©ger contre tout mal que ce soit et les trahit s’il faillit Ă  ce devoir. Les mouvements de rĂ©volte, s’ils ne se cristallisent pas autour d’un groupe de « leaders » qui aura Ă  la fois les moyens matĂ©riels et les talents pour prĂ©tendre les diriger efficacement, ne pourront de toute maniĂšre pas constituer de vĂ©ritables menaces pour les États, car le chaos qui rĂ©sulte de leur spontanĂ©ité rend toujours toute action des mĂ©contents inefficaces, ces derniers se lassant gĂ©nĂ©ralement rapidement de lutter pour une cause. Malgré tout, de petites rĂ©bellions peuvent ĂȘtre gĂȘnantes si elles se renouvellent constamment et parasitent la bonne concrĂ©tisation de l’agenda de l’Ă©lite, ce qui fait que j’imagine mal que cette mĂȘme Ă©lite puisse vaincre tous les obstacles qui se dresseront devant elle sans une guerre d’une certaine ampleur. Une grande guerre obligerait effectivement la population Ă  se prĂ©occuper de sa survie dans une situation plus dĂ©licate que jamais et Ă  lutter contre un ennemi qui pourrait lui ravir le peu qu’elle possĂšde encore Ă  tout moment, ce qui fait qu’elle sera bien trop concentrĂ©e sur ce qui tourne autour de sa propre vie pour se mĂȘler de quoi que ce soit d’autre. Tout ceci contribuera assurĂ©ment Ă  faire triompher une gouvernance mondiale dans un monde faussement multipolaire, les diffĂ©rents « pĂŽles » faisant en fait partie du mĂȘme puzzle. Les moyens colossaux dont l’Ă©lite dispose pour parvenir Ă  ses fins sont de toute maniĂšre tels que l’on voit mal comment elle ne pourrait pas atteindre son but ultime. Cependant, elle peut trĂšs bien parvenir Ă  Ă©tablir une gouvernance mondiale tout en ayant eu Ă  faire plusieurs concessions pour y arriver. Les instabilitĂ©s qui menaceront Ă  tout instant de faire Ă©crouler l’Ă©lite en place, qu’elles viennent de l’intĂ©rieur du pays ou que soient celles qui naĂźtront opportunĂ©ment Ă  l’extĂ©rieur pour profiter de la situation,  la victoire totale semble rĂ©ellement difficile Ă  obtenir pour les mondialistes amĂ©ricano-europĂ©ens. Ces derniers parviendront probablement Ă  maĂźtriser les pulsions populaires tant que la gravitĂ© de la situation permettra de tenir les consciences en Ă©tat de choc, mais cet Ă©tat d’urgence a une durĂ©e limitĂ©e, et Ă  moins d’instaurer une dictature calquĂ©e sur l’URSS, on ne pourra faire indĂ©finiment accepter Ă  la population, qui est obsĂ©dĂ©e par son confort matĂ©riel bien qu’elle se contrefiche de tout le reste, un Ă©tat de prĂ©caritĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e, surtout pas aprĂšs qu’elle ait connu le confort de la pĂ©riode 1970-2007.

FEMAcamp_H1N1

Personnellement, je pense que notre sociĂ©tĂ© ne peut de toute façon plus continuer en Ă©tant ce qu’elle est aujourd’hui; trop de poisons la gangrĂšnent et risquent de causer des dommages pires que ce que nous allons connaĂźtre dans les six prochaines annĂ©es si nous la laissons perdurer telle qu’elle encore longtemps. Il me semble que nous avons tout simplement atteint les limites de notre systĂšme actuel, de nos moyens de production, de fournir de l’Ă©nergie, etc. : c’est pourquoi nous stagnons dans tous les domaines autres que le secteur technologique depuis les environs de l’annĂ©e 2000. La crise actuelle est une crise systĂ©mique, et le choc considĂ©rable que nous allons recevoir d’ici peu permettra de remodeler de nombreux aspects de notre sociĂ©tĂ© et de retrouver une croissance forte, tout comme les Trente Glorieuses ont suivi la deuxiĂšme Guerre Mondiale. De nombreuses modifications peuvent se faire de façon fortuite, car, comme je l’ai dit, je pense qu’un gouvernement mondial se concrĂ©tisera un jour ou l’autre, ce qui fait que les gens ne seront pas plus libres Ă  l’avenir qu’ils ne l’ont Ă©tĂ© dans le passĂ©, mais je pense Ă©galement que les points les plus dommageables de l’agenda mondialiste pour notre avenir Ă©choueront. En effet, les sociĂ©tĂ©s ont toujours progressĂ© ; il n’y a pas d’exemple dans l’Histoire d’une sociĂ©tĂ© qui ait pris, au contraire, le chemin de la rĂ©gression sans que ce choc ne l’amĂšne Ă  un « boom » qui lui fait ensuite rattraper et dĂ©passer les progrĂšs perdus. L’Histoire nous enseigne aussi qu’il y a toujours une bonne part de la tournure que prennent les Ă©vĂ©nements, dans les situations dĂ©cisives, qui est due au destin, et que les Ă©lites qui s’engagent sur un chemin fonciĂšrement opposĂ© Ă  la progression des connaissances de la civilisation Ă©chouent et sont remplacĂ©es. MĂȘme si notre monde ne sera probablement pas plus moral dans dix ans qu’il ne l’est aujourd’hui, je pense que l’on peut ralentir et tenter d’empĂȘcher de grands progrĂšs, mais sans espoir de succĂšs sur le long terme, car le progrĂšs triomphe toujours. Ce que nous connaĂźtrons dans dix ans sera certainement radicalement diffĂ©rent de ce que nous connaissons maintenant, mais aura sans doute vu une nouvelle rĂ©volution de notre civilisation, n’en dĂ©plaise Ă  notre Ă©lite actuelle et Ă  ses voeux malsains.

annuit-coeptis

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.