Pour Jean-Loup Izambert, journaliste indĂ©pendant et Ă©crivain, qui publie son septiĂšme ouvrage sous le titre de Pourquoi la crise ? aux Ă©ditions AmalthĂ©e, la crise du capitalisme est devenue totale. Contrairement aux dĂ©clarations de certains Ă©conomistes et politiciens, il affirme quâil nây aura pas de sortie de crise. Pour lâauteur de la seule investigation journalistique sur les origines de la crise, le systĂšme capitaliste ne peut survivre que par la guerre. Quelle alternative pour les peuples ? Entretien.

Geostrategie : Vous dĂ©montrez dans votre livre Pourquoi la crise ? que le capitalisme ne peut plus supporter la dĂ©mocratie parlementaire avec laquelle il sâest dĂ©veloppĂ©. Sommes-nous Ă un point de rupture avec ce systĂšme et les valeurs de libertĂ©, dâĂ©galitĂ©, de fraternitĂ© ?
Jean-Loup Izambert : Câest Ă©vident. Pourquoi et quelles donnĂ©es changent par rapport aux derniĂšres dĂ©cennies ? Dans ce systĂšme les grands propriĂ©taires privĂ©s de lâĂ©conomie contrĂŽlent lâĂ©conomie et tentent de lâimposer par tous les moyens comme rĂ©gime aux peuples de la planĂšte, y compris par la guerre. Câest ce quâils ont toujours fait avec la seule prĂ©occupation de sâenrichir et de faire main basse sur les richesses des peuples au seul profit des sociĂ©tĂ©s transnationales quâils dirigent. Mais parvenu au stade de lâimpĂ©rialisme, pĂ©riode actuelle du dĂ©veloppement du capitalisme, les grands possĂ©dants ont besoin dâun pouvoir politique qui leur soit totalement dĂ©vouĂ© pour protĂ©ger et accroĂźtre encore la concentration des richesses quâils cumulent. Il faut bien comprendre quâil sâagit pour eux dâune question de survie, de rester maĂźtres du pouvoir et bien sĂ»r de leur privilĂšges. Lâune des contradictions quâils doivent gĂ©rer vient justement du fait que lâaccumulation du Capital et la concentration des richesses quâils sont contraints de perpĂ©tuer sous peine de perdre pouvoir et privilĂšges implique aujourdâhui des centres de dĂ©cisions de plus en plus fermĂ©s, dans lâentreprise comme dans la sociĂ©tĂ©. Or, cette tendance Ă la centralisation va Ă lâinverse de mouvement des sociĂ©tĂ©s qui pousse vers plus dâouverture, de dĂ©mocratie, de participation, de culture notamment avec le dĂ©veloppement des sciences et des techniques.
Geostrategie : Quels faits caractĂ©risent aujourdâhui cette concentration des richesses ?
J-L.I. : Aujourdâhui 200 sociĂ©tĂ©s transnationales contrĂŽlent plus de 23% du commerce mondial et 1% des plus riches dĂ©tient plus de 57% des richesses produites. Lâaugmentation des richesses conduit-elle Ă lâenrichissement des peuples ? Non. Au niveau mondial 103 200 personnes, pour la plupart propriĂ©taires privĂ©s de lâĂ©conomie, dĂ©tiennent un patrimoine financier de plus de 30 millions de dollars, hors rĂ©sidence principale et biens de consommation. Mais, si lâon se rĂ©fĂšre aux statistiques de lâOrganisation des Nations Unies, plus de 80 pays ont aujourdâhui un revenu par habitant plus bas quâil y a dix ans. Dâune part les peuples prennent de plus en plus conscience quâils ne profitent pas de lâaugmentation des richesses produites, que plus les richesses se concentrent entre quelques mains plus la misĂšre sâaccroĂźt dans les sociĂ©tĂ©s mais Ă©galement que ce phĂ©nomĂšne touche aujourdâhui le cĆur mĂȘme de lâOccident capitaliste qui sâen croyait Ă lâabri. Selon les chiffres du fisc Ă©tasunien, Ă la veille de lâaggravation de la crise 60 millions de personnes « vivaient » aux Etats-Unis avec moins de sept dollars par jour. Bien que dissimulĂ©e par les mĂ©dias qui appartiennent aux milliardaires, la situation est analogue dans la petite Europe de Maastricht de 20 millions de chĂŽmeurs oĂč 80 millions de citoyens â soit quand mĂȘme 16% de ses 495 millions dâhabitants â courent un risque de pauvretĂ©, 17 millions sont rĂ©pertoriĂ©es comme « trĂšs pauvres » et 70 millions dâautres nâont pas accĂšs Ă un logement dĂ©cent selon les propres statistiques publiĂ©es par la Commission europĂ©enne et dâautres organismes « europĂ©ens ». Dans ce contexte, les grands possĂ©dants de lâĂ©conomie ont besoin de faire courber la tĂȘte aux peuples pour maintenir leur systĂšme dâexploitation.
Les dirigeants bourgeois organisent le déficit des nations
Geostrategie : Comment le pouvoir politique favorise-t-il ces grands propriĂ©taires privĂ©s de lâĂ©conomie ?
J-L.I.: De diffĂ©rentes maniĂšres. Cela va du vote de lois en faveur de la grande bourgeoisie, Ă une complicitĂ© Ă©vidente avec le systĂšme dâĂ©vitement fiscal qui appauvrit la collectivitĂ© jusquâau vote de crĂ©dit pour des guerres rĂ©gionales dans lesquelles vous voyez apparaĂźtre et se dĂ©velopper des SociĂ©tĂ©s Militaires PrivĂ©es (SMP) liĂ©es aux armĂ©es et services occidentaux et financĂ©es par les Etats et leurs transnationales. Les provocations rĂ©pĂ©tĂ©es Ă coups de campagnes mĂ©diatiques contre la FĂ©dĂ©ration de Russie, la RĂ©publique Populaire de Chine, la RĂ©publique Islamique dâIran ou dâautres mais aussi le soutien Ă des dictatures comme en Irak aprĂšs avoir ravagĂ© le pays par la guerre, dans plusieurs pays dâAfrique ou lâinvasion et lâoccupation de lâAfghanistan sont des illustrations de la tentation totalitaire du capitalisme. Lâactuelle prĂ©sidence française, son Premier ministre et son gouvernement sont au diapason de ce qui se passe dans tous les pays capitalistes sans exception : atteintes rĂ©pĂ©tĂ©es aux libertĂ©s, vote de lois en faveur des grands possĂ©dants, rĂ©duction du rĂŽle des assemblĂ©es Ă©lues â par exemple, avec la volontĂ© de tenter de supprimer les communes ou les dĂ©partements en France ou en rĂ©duisant le rĂŽle du Parlement -, « dĂ©pĂ©nalisation du droit des affaires » qui a pour consĂ©quence de laisser faire le pillage de la nation par les grands propriĂ©taires privĂ©s de lâĂ©conomie, retrait du rĂŽle de lâEtat dans ses fonctions essentielles de la santĂ©, de lâĂ©ducation, du logement, du dĂ©veloppement Ă©conomique et de lâemploi, engagement dans des guerres et occupations de pays contre lâintĂ©rĂȘt des peuples.
Geostrategie : La dĂ©gradation de la situation Ă©conomique ne dĂ©pend donc pas seulement de la crise comme les mĂ©dias de masse tentent dâen accrĂ©diter lâidĂ©e ?
J-L.I. : Comme je lâai dit, la crise est liĂ©e Ă la nature mĂȘme du capitalisme. Elle prend une ampleur que nâa jamais connue le systĂšme alors que le pouvoir politique nâa cessĂ© de border son lit. Par exemple lâactuel prĂ©sident français sâĂ©tait engagĂ© lors de sa campagne Ă©lectorale Ă mettre en oeuvre une politique de plein emploi. Mais lâexplosion du chĂŽmage et de la misĂšre que nous connaissons aujourdâhui nâest pas le fait de la seule crise. Bien avant que celle-ci ne se manifeste brutalement, le gouvernement français UMP, Ă peine installĂ©, procĂ©dait dĂ©jĂ Ă la suppression de dizaines de milliers dâemplois dans la fonction publique sur plusieurs annĂ©es tandis que les dirigeants de grandes sociĂ©tĂ©s privĂ©es en programmaient la liquidation de centaines de milliers dâautres dans tous les secteurs dâactivitĂ©. Cette politique au service de la concentration du Capital nâest que la continuitĂ© des prĂ©cĂ©dentes politiques menĂ©es par les gouvernements de droite comme de gauche. En fait le rĂŽle de lâEtat bourgeois se borne Ă protĂ©ger les intĂ©rĂȘts des grands possĂ©dants contre lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral avec pour consĂ©quence lâaggravation du dĂ©ficit budgĂ©taire, lâendettement de lâEtat et une misĂšre grandissante pour le plus grand nombre.
Un exemple : les sociĂ©tĂ©s transnationales qui auraient dĂ» payer plus de 33 milliards dâeuros dâimpĂŽts pour la seule annĂ©e 2006 en ont rĂ©glĂ© 6,1 milliards avec la bĂ©nĂ©diction de lâEtat ! Dans le mĂȘme temps, ces entreprises qui ne crĂ©ent pratiquement pas dâemplois, organisent des plans de licenciements, exportent une partie de leurs bĂ©nĂ©fices pour Ă©chapper Ă lâimpĂŽt ont reçu de lâEtat 65 milliards dâeuros dâaides de toutes sortes et bĂ©nĂ©ficiĂ© de milliards dâeuros dâexonĂ©rations fiscales. Pour vous donner une idĂ©e, sur deux annĂ©es, cela reprĂ©sente environ 130 milliards dâeuros soit pratiquement lâĂ©quivalent du budget annuel europĂ©en pour la pĂ©riode 2007-2013 ou le montant du dĂ©ficit record du budget de la France fin 2009 contre 56,3 milliards en 2008. La dette publique de la France atteint aujourdâhui des sommets en se situant, selon lâINSEE, Ă 1413,6 milliards dâeuros pour le premier trimestre 2009 soit 72,9% du Produit IntĂ©rieur Brut (montant des richesses créées dans un pays sur une annĂ©e entiĂšre). De mĂȘme, lâEtat et les dirigeants des grandes sociĂ©tĂ©s privĂ©es doivent des milliards dâeuros Ă la SĂ©curitĂ© Sociale qui ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© payĂ©s par les salariĂ©s aux entreprises et les consommateurs mais ne sont toujours pas reversĂ©s Ă lâorganisation de solidaritĂ© nationale par le grand patronat.
VoilĂ comment le gouvernement organise les dĂ©ficits. Quand le PrĂ©sident de la RĂ©publique et les ministres de lâIntĂ©rieur qui se succĂšdent affirment « quâil nây a pas de zone de non droit » en ciblant la jeunesse amputĂ©e dâavenir qui se rĂ©volte, ils se moquent ouvertement du monde. Les premiĂšres zones de non droit se situent au sein mĂȘme de structures de lâEtat et elles sont le fait de leur politique qui conduit le pays Ă la ruine ! Ce nâest quâun aspect qui explique aussi la violence du systĂšme vis-Ă -vis de toutes les rĂ©sistances quâil rencontre et de celles qui en dĂ©coulent de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale dans les rapports sociaux.
Geopolitique : La violence est donc liée à la fin du systÚme ?
J-L.I. : Oui, un peu comme les derniers sursauts dâune bĂȘte blessĂ©e Ă mort. Elle se manifeste par le rejet brutal de millions dâhommes et de femmes du systĂšme de production, leur mise Ă lâĂ©cart de la vie sociale, du logement, de la santĂ©, de la culture. Elle se manifeste Ă©galement par la destruction de pans entiers de lâĂ©conomie, de rĂ©gions et de pays comme en Yougoslavie, en Irak, en Palestine, en AmĂ©rique centrale ou en Afrique oĂč les derniers « rois-nĂšgres » ne doivent leur trĂŽne quâĂ la corruption dĂ©bridĂ©e de transnationales et, parmi dâautres, au pouvoir Ă©lysĂ©en. Le capitalisme est un systĂšme criminel qui a fait la prospĂ©ritĂ© dâune caste de milliardaires sur la mort de centaines de millions dâĂȘtres humains, sur les souffrances les plus atroces des peuples sur tous les continents par la famine, la surexploitation, le colonialisme, la guerre. Et cela continue. Au moment oĂč nous parlons, selon les chiffres de lâOrganisation des Nations Unies, une personne meurt de faim â « seulement » de faim, Ă©pidĂ©mies et guerres non comprises â toutes les quatre secondes. Dans le mĂȘme temps les dirigeants occidentaux en sont Ă faire payer les paysans par les contribuables Ă coups de primes pour mettre leurs terres en friches, Ă dĂ©truire des pĂȘches entiĂšres par des rĂšglements imbĂ©ciles dĂ©cidĂ©s par les bureaucrates de Bruxelles. Et au moment oĂč nous parlons ce sont plus de 350 millions dâenfants de 6 Ă 17 ans qui sont surexploitĂ©s par les transnationales capitalistes sur tous les continents dans presque tous les types dâindustrie, de lâAsie aux Etats-Unis. Si ce nâest de la violence et de lâĂ©goĂŻsme, quâest-ce donc le capitalisme ?!
Une exigence de destruction
Geostrategie : Dans votre livre vous rapportez le témoignage de plusieurs intervenants de différents milieux et pays dont certains évoquent une crise totale contrairement aux précédentes. Quels changements avec les crises précédentes ?
J-L.I. : Effectivement la crise est presque mondiale par le fait quâelle touche tout le systĂšme capitaliste. Des pays comme la FĂ©dĂ©ration de Russie, la RĂ©publique Populaire de Chine, Cuba, le Venezuela rĂ©volutionnaire du prĂ©sident Hugo Chavez, le BrĂ©sil, la RĂ©publique dĂ©mocratique du Vietnam ou dâautres comme la RĂ©publique Islamique dâIran sont moins touchĂ©s car ils sont, pour des raisons diverses â historiques, politiques, culturelles, Ă©conomiques â moins imbriquĂ©s dans le systĂšme capitaliste, ses rĂ©seaux commerciaux, bancaires et financiers. JusquâĂ prĂ©sent nous devions faire face Ă des crises conjoncturelles du capitalisme, des pĂ©riodes oĂč la concentration du Capital sâaccĂ©lĂ©rait brusquement en mettant en difficultĂ© momentanĂ©e des monnaies, des Ă©conomies, des pays. Face Ă cette situation inĂ©dite il Ă©tait important que je donne la parole Ă des intervenants de diffĂ©rents milieux tous concernĂ©s par la banque, la finance, lâorganisation dâentreprise et de la sociĂ©tĂ©.
Quelques français comme le PrĂ©sident du groupe CrĂ©dit Agricole SociĂ©tĂ© Anonyme, un commissaire aux comptes ou un important cabinet dâavocats dâaffaires parisien ont refusĂ© de dĂ©battre de la situation et de rĂ©pondre Ă des questions portant sur lâĂ©volution de lâactivitĂ© de leur secteur professionnel dans le contexte actuel. La plupart ont jouĂ© le jeu et apportent, comme vous avez pu le lire, une contribution importante Ă mon travail par leur vĂ©cu mais Ă©galement par leur propre rĂ©flexion et leurs travaux. Câest le cas du prĂ©sident Etienne Pflimlin du groupe bancaire mutualiste CrĂ©dit Mutuel-CIC, de Pierre-Henry Leroy, fondateur et dirigeant de Proxinvest, lâune des plus importantes sociĂ©tĂ©s de conseil aux actionnaires, du prĂ©sident Alban dâAmours du Mouvement des Caisses Desjardins, lâun des plus importants instituts financiers du Canada de forme coopĂ©rative, dâHervĂ© SĂ©rieyx, haut fonctionnaire, dirigeant de sociĂ©tĂ©, chercheur et conseil en organisation dâentreprise, de Mark Schacter au Canada qui est conseil international en organisation dâentreprise, de lâInstitut Canadien des Comptables Agréés faute de trouver un europĂ©en qui daigne rĂ©pondre Ă de simples questions de droit sur la transparence de gestion et la validitĂ© des comptes des transnationales, du rĂ©seau SWIFT spĂ©cialisĂ© dans les transactions internationales, dâun syndicaliste de la CGT fin connaisseur du monde bancaire ou encore de magistrats comme Jean de Maillard, spĂ©cialisĂ© dans les nouvelles formes de criminalitĂ© financiĂšre, des avocats dâaffaires et bien entendu des responsables du mouvement CoopĂ©ratif international.
La rencontre de tous ces acteurs de lâentreprise, de la finance, de la banque, du droit au sein dâun mĂȘme lieu â un livre -, la transmission aux lecteurs de leur expĂ©rience comme de leurs idĂ©es et de leurs propres travaux permet de dresser un tableau aussi prĂ©cis que possible de la situation actuelle pour mieux comprendre les origines et mettre en exergue les responsables de la crise. De mĂȘme cette dĂ©marche permet de mon point de vue de tenter dâesquisser les possibles dâun nouveau mode dâorganisation et de gestion Ă©conomique et social. Ainsi que lâexplique Sherron Watkins, lâancienne vice-prĂ©sidente de la sociĂ©tĂ© Ă©tasunienne Enron, transnationale de lâĂ©nergie faillie en dĂ©cembre 2001, la crise du capitalisme est dĂ©sormais totale. Elle touche tout le systĂšme : Ă©conomie, finance, groupes de surveillance du monde des affaires et institutions internationales, politique, morale et idĂ©ologie. La continuitĂ© de ce systĂšme sâaccompagne aujourdâhui dâune exigence de destruction de tout ce qui entrave la concentration des richesses par les grands possĂ©dants. Ils appellent cela « dĂ©rĂ©glementation », « privatisation », « libĂ©ralisation » ou « mondialisation » et couvrent la rĂ©pression, lâesclavage, le colonialisme et la dĂ©pendance des mots de « sĂ©curitĂ© », « libertĂ© », « droits de lâHomme » nâayant plus que le mensonge, la tromperie et la falsification pour camoufler la fin de leur systĂšme.
Geostrategie : Mais ces pouvoirs sont lâĂ©manation du suffrage universel, du vote des peuples. Si lâon pousse le raisonnement Ă son terme doit-on en conclure que les peuples occidentaux souhaitent le capitalisme ?
J-L.I. : Effectivement, les peuples occidentaux se sont prononcĂ©s jusquâĂ aujourdâhui en faveur de reprĂ©sentants du capitalisme, pratiquement sans rien connaĂźtre du reste de la nature de celui-ci ni mĂȘme envisager oĂč ce systĂšme les conduit Ă lâheure actuelle. Prenons lâexemple de la France. En 1981, lors des Ă©lections prĂ©sidentielles puis des Ă©lections lĂ©gislatives qui ont suivi, le peuple français a eu lâoccasion de choisir entre la continuitĂ© du systĂšme symbolisĂ©e par les partis conservateurs et la rupture que proposait Ă lâĂ©poque le Parti Communiste Français avec le Programme commun de gouvernement des forces de gauche auquel Ă©tait associĂ© le Parti Socialiste et les radicaux de gauche. Ce Programme commun de gouvernement Ă©tait lui-mĂȘme lâaboutissement dâannĂ©es dâengagement des communistes français pour ouvrir une voie nouvelle dans la construction dâune dĂ©mocratie avancĂ©e. Ce programme venait en effet aprĂšs plusieurs grandes campagnes nationales du PCF et lâĂ©laboration et la diffusion du propre programme du PCF Ă des millions dâexemplaires sous le titre de « Changer de cap », programme pour un gouvernement dĂ©mocratique dâunion populaire. Pour la prĂ©paration de celui-ci les militants communistes ont menĂ© Ă lâĂ©poque de grandes campagnes dâinformation, de dĂ©bats, collectĂ© sur plusieurs mois avec « les cahiers de la misĂšre » le vĂ©cu et les espoirs du peuple dans les campagnes, les quartiers, les usines, les universitĂ©s. Tout cela a permis dâaider les gens dans leurs problĂšmes quotidiens â par exemple en sâopposant aux licenciements dans des entreprises qui rĂ©alisaient des profits ou Ă empĂȘcher des saisies-expulsions â tout en dĂ©battant avec eux des changements Ă mettre en Ćuvre pour une nouvelle politique nationale.
Au moment du vote, lors des Ă©lections prĂ©sidentielles et des lĂ©gislatives qui ont suivi, une majoritĂ© de votants a cĂ©dĂ© aux campagnes mĂ©diatiques anticommunistes et sâest rĂ©fugiĂ©e dans le giron du Parti Socialiste. Une fois au pouvoir, celui-ci sâest empressĂ© dâabandonner ses engagements sous la pression de la bourgeoisie et du gouvernement Ă©tasunien qui sâopposait Ă la prĂ©sence de ministres communistes dans le gouvernement français. Toutes les transformations radicales contenues dans le programme commun de gouvernement, tout particuliĂšrement les nationalisations des secteurs clĂ©s de lâĂ©conomie, le dĂ©veloppement de la dĂ©mocratie et toute mesure qui permettait de rompre avec le systĂšme ont ainsi Ă©tĂ© abandonnĂ©es par la « gĂ©nĂ©ration Mitterrand ». DĂ©monstration a Ă©tĂ© faite une nouvelle fois que sans parti rĂ©volutionnaire, sans mobilisation et soutien Ă des propositions de rupture avec le systĂšme, il ne peut y avoir de rĂ©el changement. Si les mesures prĂ©conisĂ©es par le PCF avaient reçu Ă lâĂ©poque un large soutien populaire, le cours des choses aurait Ă©tĂ© bien diffĂ©rent, y compris la question europĂ©enne. Du reste, si vous relisez aujourdâhui « Changer de cap », le programme du PCF, ou mĂȘme le Programme commun de gouvernement de 1972, vous constaterez avec le recul du temps et en regard de la situation actuelle le bien fondĂ© des propositions de lâĂ©poque dont certaines ne demandent quâĂ ĂȘtre actualisĂ©es. Chacun doit donc assumer ses responsabilitĂ©s face Ă lâHistoire.
Le passage Ă la construction dâune sociĂ©tĂ© socialiste ne peut se faire que sur la base dâun rapport des forces sociales et politiques favorables au peuple et ne peut ĂȘtre que le rĂ©sultat de sa volontĂ© et de sa lutte. Une trentaine dâannĂ©es plus tard le peuple français, sans tirer les leçons de ses expĂ©riences, continue de voter tantĂŽt Ă gauche, tantĂŽt Ă droite sans avoir encore conscience quâil confie en rĂ©alitĂ© son pouvoir aux mĂȘmes maĂźtres de la finance et de lâĂ©conomie. La politique quâil vit au quotidien reste par consĂ©quent la mĂȘme et rien ne change dans lâentreprise, dans la vie Ă©conomique Ă laquelle il consacre lâessentiel de son existence. Bien entendu, la situation sâest aggravĂ©e au fil des trois dĂ©cennies qui se sont Ă©coulĂ©es depuis 1981 et il commence Ă payer chĂšrement sa marche « droite-gauche-droite-gauche » Ă coups de chĂŽmage, dâimpĂŽts, de taxes, dâexclusions, de restrictions, de lois liberticides et de guerres. Mais il ne peut sâen prendre quâĂ lui-mĂȘme car câest en dernier ressort lui qui dĂ©cide, par ses luttes et ses votes. Souvenons-nous toutefois que lâHistoire a montrĂ© que les rĂ©volutions ne sont pas prĂ©vues dans les calendriers Ă©lectoraux de la bourgeoisie.
La prioritĂ© est Ă lâaction sur des propositions rĂ©volutionnaires
Geostrategie : La responsabilitĂ© serait-elle uniquement le fait dâun peuple ignorant de la chose politique et de sa propre histoire ou plus prĂ©occupĂ© par ses « petits problĂšmes » que du devenir de la sociĂ©tĂ© et de la planĂšte ?
J-L.I. : Non, bien Ă©videmment. La crise nâincite pas Ă la rĂ©flexion et Ă lâaction. Les mĂ©dias qui sont la propriĂ©tĂ© privĂ©e des milliardaires par banques et sociĂ©tĂ©s de communication interposĂ©es jouent un rĂŽle important dans la dĂ©sinformation et lâabrutissement des masses. Le fait quâun navet comme le film « Bienvenue chez les Chtis » soit Ă©levĂ© au rang de succĂšs cinĂ©matographique ou que des foules honorent comme un dieu la mort dâun pantin mĂ©diatique comme Michael Jackson qui, en dehors du fait quâil nâa rien apportĂ© dâessentiel Ă la musique, se droguait, couchait avec des petits enfants et sâĂ©tait fait tirer et blanchir la peau pour ne plus ĂȘtre noir en dit assez long sur le niveau culturel dâune frange des sociĂ©tĂ©s occidentales. Nous sommes bien loin des grands musiciens et chanteurs comme King Oliver, Sindey Bechet, Count Basie, Louis Armstrong, Ray Charles, Otis Redding ou dâautres dont les musiques populaires traversent les gĂ©nĂ©rations ! Ce nâest quâun aspect des consĂ©quences des batailles que se livrent les transnationales Ă©tasuniennes, europĂ©ennes et japonaises pour le contrĂŽle des grands moyens de communication, des groupes de presse aux satellites en passant par les majors du cinĂ©ma. Sans doute le peuple sortira-t-il de son hibernation politique lorsque nous passerons de « Qui veut gagner des millions ? » à « Qui va partir Ă la guerre ? »âŠ
Depuis les annĂ©es quatre-vingt, les dirigeants du PCF ont commis de lourdes erreurs stratĂ©giques. Comme sâils nâavaient pas compris les leçons du passĂ©, ils continuent de rechercher des alliances Ă©lectorales avec dâautres partis rĂ©formistes au lieu de privilĂ©gier des propositions pour Ă©veiller les consciences, organiser de grands dĂ©bats nationaux sur les questions essentielles et rassembler dans lâaction avec audace. Lorsquâun parti ou un mouvement posera des questions comme « Comment contrĂŽler le systĂšme bancaire et financier ? », « Quelle organisation bancaire et financiĂšre pour lâĂ©conomie ? », « Quelles mesures pour la gestion dĂ©mocratique des entreprises ? » ou « Comment rendre Ă lâassemblĂ©e du peuple sa reprĂ©sentation nationale ? », questions dont les rĂ©ponses sont essentielles pour sâengager dans une rupture avec le systĂšme, alors la sociĂ©tĂ© commencera Ă sâĂ©veiller. Et dans lâimmĂ©diat, il ne faut pas compter sur les Ă©tats-majors syndicaux qui sont surtout prĂ©occupĂ©s de canaliser le mĂ©contentement afin dâĂ©viter les grandes colĂšres qui commencent Ă gronder.
Il est particuliĂšrement lamentable de voir des reprĂ©sentants syndicaux nĂ©gocier la diminution du nombre de licenciĂ©s dans des entreprises en pleine santĂ© financiĂšre quand ceux-ci devraient non seulement appeler Ă la lutte pour le maintien et le dĂ©veloppement de lâemploi, exiger des licencieurs lâouverture des comptes de lâentreprise et se battre pour des droits nouveaux afin de participer Ă leur gestion. Dites-moi un peu Ă quoi servent les comitĂ©s dâentreprises quand des salariĂ©s dĂ©couvrent du jour au lendemain des plans de licenciements prĂ©vus de longue date ?! Avez-vous remarquĂ© comment le mouvement radical de sĂ©questration de responsables de ces plans de licenciements nĂ© Ă la base a Ă©tĂ© enrayĂ© ? Ce type dâaction trĂšs intĂ©ressant a pratiquement disparu des journaux tĂ©lĂ©visĂ©s et autres du jour au le demain. Dans lâimmĂ©diat, entre des partis dits progressistes sans propositions rĂ©volutionnaires et des syndicats au minimum compatissants, le pouvoir des « compteurs de petits pois », pour reprendre la formule dâHervĂ© SĂ©rieyx, ne pouvait pas mieux espĂ©rer.
Geostrategie : Est-ce Ă dire que la situation est politiquement bloquĂ©e et quâil sera difficile de sortir de la crise ?
J-L.I. : LâidĂ©e selon laquelle il pourrait y avoir sortie de crise sans sortie du systĂšme qui lâengendre est une hĂ©rĂ©sie. Autant vouloir soigner une grippe sans tuer son virus. Cette chimĂšre ne vise, une nouvelle fois, quâĂ berner le peuple en lui faisant croire que lâavenir sera meilleur sâil accepte de nouvelles mesures antisociales comme par exemple le report de lâĂąge de la retraite Ă 65 ans. Ce nâest que la suite logique du « travailler plus pour gagner plus » dĂ©veloppĂ© par lâUMP. Il nây aura pas de sortie de crise pour la simple raison que le capitalisme ne peut plus ĂȘtre amĂ©nagĂ©. Vous avez pu remarquer combien les mĂ©dias des puissances financiĂšres se font silencieux tant sur lâorigine de la crise, ses consĂ©quences gĂ©nĂ©rales et son extension dans dâautres pays. Il faut surtout Ă©viter que les masses prennent conscience de lâampleur des dĂ©gĂąts comme des responsables de la situation pour mieux les enfermer dans la fatalitĂ© et le renoncement Ă la lutte.
Nous ne sommes plus en démocratie
Geostrategie : Cela signifie-t-il que lâappauvrissement continu de la sociĂ©tĂ© va se poursuivre de maniĂšre plus brutale au dĂ©triment de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et au seul profit des grands propriĂ©taires privĂ©s de lâĂ©conomie ?
J-L.I. : Oui. Nous entrons dans une nouvelle pĂ©riode oĂč le chĂŽmage sâaccroĂźt de maniĂšre considĂ©rable et oĂč des millions de citoyens supplĂ©mentaires sont Ă©cartĂ©s du droit de vivre dignement de leur travail, oĂč la collectivitĂ© humaine dĂ©jĂ menacĂ©e va encore sâappauvrir tandis que le clan des grands propriĂ©taires privĂ©s de lâĂ©conomie va continuer de sâenrichir. Selon le World Wealth Report publiĂ© par la banque dâaffaires Ă©tasunienne Merrill Lynch et Cap Gemini « la croissance de la richesse des grands fortunes financiĂšres privĂ©es devrait ĂȘtre de 7,7% par an pour atteindre 59100 milliards de dollars Ă lâhorizon 2012 ». VoilĂ des gens qui sont, eux, dispensĂ©s de lâallongement de la durĂ©e du travail comme de lâeffort national que les gouvernements occidentaux tentent dâimposer aux peuples pour leur faire payer une crise dont ils ne sont pas responsables. Deux options se prĂ©sentent : la continuitĂ© du systĂšme et la guerre ou la rĂ©volution.
La premiĂšre hypothĂšse va se traduire par un renforcement du caractĂšre autoritaire du pouvoir politique, dernier stade de lâimpĂ©rialisme avant la dictature et la guerre, la guerre Ă©conomique conduisant toujours Ă la guerre totale. Câest ce Ă quoi nous assistons en France comme dans la plupart des pays capitalistes. Le pouvoir politique devient plus autoritaire, toutes les libertĂ©s sont graduellement rĂ©duites sous prĂ©texte de prĂ©vention, de sĂ©curitĂ© et dâordre, les assemblĂ©es Ă©lues sont amoindries dans leur pouvoir de dĂ©cision et dâintervention, quâil sâagisse des collectivitĂ©s, des comitĂ©s dâentreprise et autres. A ce stade, la bourgeoisie dispose encore des moyens de diviser le peuple en favorisant des « faux-nez » dâopposition comme le Parti Socialiste en France et en introduisant dans la vie politique des courants rĂ©trogrades dont elle sait quâils contribueront Ă jeter le trouble dans la bataille dâidĂ©es. Câest le cas du mouvement Vert ou prĂ©tendument Ă©cologiste qui a germĂ© sur une consĂ©quence du capitalisme â la dĂ©tĂ©rioration de lâenvironnement humain par les transnationales â et grandit sur son fumier sans remettre en cause le systĂšme, les causes profondes de cette dĂ©tĂ©rioration.
Geostrategie : Pourtant le mouvement Ă©cologiste dĂ©nonce la destruction de lâenvironnement ?
J-L.I. : Bien sĂ»r et le Parti Socialiste dit vouloir sâopposer Ă la politique du Premier ministre de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa. Mais vous pouvez dĂ©noncer tout ce que vous voulez, cela ne gĂȘne nullement la bourgeoisie du moment que vous ne vous en prenez pas Ă lâessentiel, Ă la cause, Ă lâorigine de cette destruction : son pouvoir politique et celui des puissances financiĂšres, son systĂšme et son mode de gestion des entreprises et des sociĂ©tĂ©s humaines. Le discours de ces Ă©cologistes opposĂ©s, par exemple, Ă la maĂźtrise et au dĂ©veloppement de lâĂ©nergie nuclĂ©aire rappelle ces mentalitĂ©s arriĂ©rĂ©es qui accusaient dans les annĂ©es 1830 les premiers trains Ă vapeur de rĂ©pandre la tuberculose dans les campagnes. Quant Ă la LCR-NPA, quelle que soit ses changements de nom, cette organisation a toujours contribuĂ© Ă diviser et affaiblir le mouvement populaire avec une phrasĂ©ologie pseudo-rĂ©volutionnaire et elle doit ĂȘtre combattue comme telle. Elle est du reste complĂštement absente des mobilisations ouvriĂšres contre la crise.
La question du Front National
Geostrategie : Et le Front National ?
J-L.I. : Il en va un peu de mĂȘme pour le Front National qui dĂ©nonce les puissances financiĂšres mais dont le programme politique nâenvisage aucune mesure Ă©conomique radicale pour mettre un terme Ă leur domination et contraindre les maĂźtres de lâĂ©conomie Ă rendre gorge. Contrairement aux campagnes de ce parti, ce ne sont pas les immigrĂ©s qui sont responsables du chĂŽmage. Je parle bien entendu de lâimmigration qui vient travailler en France avec une qualification, sây former dans le cadre de contrats avec des entreprises ou des universitĂ©s ou y est prĂ©sente depuis plusieurs gĂ©nĂ©ration et non de lâimmigration clandestine issue de lâaggravation de la misĂšre qui dĂ©serte son combat national pour changer lâordre des choses. Cette derniĂšre, la plupart du temps inculte, sans formation, analphabĂšte, parfois trafiquante au-lieu dâĂȘtre parquĂ©e dans des camps de rĂ©tention aux frais des contribuables devrait ĂȘtre reconduite aux frontiĂšres sans atermoiements. Essayez donc comme français de vous rendre clandestinement, « sans papiers », dans un pays dâAfrique ou mĂȘme en Albanie pour juger de lâhospitalitĂ© qui vous sera rĂ©servĂ©eâŠ
Ce qui coĂ»te cher Ă la France câest le grand patronat qui attire et utilise cette main dâouvre bon marchĂ© et inculte pour briser le tissu social et les avancĂ©es dĂ©mocratiques qui sont autant dâobstacles Ă son enrichissement. Et quand cela lui est insuffisant, il dĂ©localise les entreprises, comme le groupe Michelin, pour faire du chĂŽmage en France et produire Ă moindre coĂ»t et bien souvent Ă qualitĂ© infĂ©rieure dans des pays Ă la main dâĆuvre corvĂ©able Ă merci. Je le rappelle : 350 millions dâenfants sont actuellement surexploitĂ©s par les transnationales Ă travers le monde ! Je rappelle Ă©galement, puisque personne nâen parle, que le grand patronat français a reçu prĂšs de 65 milliards dâeuros de subventions de lâEtat tout en bĂ©nĂ©ficiant de 8,5 milliards dâeuros dâexonĂ©rations fiscales, de 25 milliards dâeuros au titre dâune ribambelle de prĂȘts bonifiĂ©s et de la baisse du coĂ»t du travail, etc. Dans le mĂȘme temps lâEtat ne budgĂ©tisait que 6 milliards dâeuros pour le logement et 5 pour une justice qui se situe dĂ©jĂ parmi les derniers pays dâEurope par son budget !âŠ
Ce qui coĂ»te cher Ă la France, câest le grand patronat, le chĂŽmage quâil fabrique et son organisation corrompue, le Medef. Le Front National ne reconnaĂźt pas la lutte des classes, condition essentielle du combat pour lâĂ©mancipation humaine, raison pour laquelle il ne pourra pas mener jusquâau bout le combat quâil prĂ©tend mener, ce qui ne veut pas dire quâil nâaurait pas un rĂŽle Ă jouer. Mais pour prĂ©tendre ĂȘtre « front » et « national » sans doute faudrait-il quâil se rĂ©fĂšre plus Ă lâavenir quâau passĂ© dans son discours et ses propositions et que ses militants nâhĂ©sitent pas Ă se trouver aux cĂŽtĂ©s des travailleurs en lutte pour la dĂ©fense de leur avenir au lieu de pratiquer un discours antisyndical dâun autre Ăąge. Quand le Front National dĂ©signera pour cible le clan des milliardaires qui pille la France au lieu des immigrĂ©s qui contribuent Ă lâenrichir par leur travail, quand ce parti proposera et appellera Ă la lutte pour nationaliser la haute finance, rendre Ă la nation ce qui lui appartient, dĂ©velopper la dĂ©mocratie directe, alors celui-ci commencera Ă ĂȘtre crĂ©dible comme « front national ». Cette logique sâinscrirait dâailleurs dans la lignĂ©e de ses propositions pour une «Europe des peuples » par opposition à « lâEurope des banques ».
Pour lâheure il reste enfermĂ© dans un discours anticommuniste, antisyndical, anti-fonctionnaire et sâaccroche aux oripeaux du systĂšme comme lâĂ©glise catholique â je parle bien entendu de lâinstitution et non de la croyance, mĂȘme si je suis athĂ©e â et sâoppose ainsi Ă tout grand rassemblement national sur des propositions de rupture. Imaginez la force que reprĂ©senteraient le rassemblement et la mobilisation des organisations â partis politiques, syndicats, associations, etc. â agissant de concert sur des objectifs communs de rupture, chacun conservant, bien Ă©videmment, son identitĂ©. Un Front National ouvert, dĂ©mocratique, aux propositions novatrices, en prise avec la sociĂ©tĂ© en lutte pourrait jouer ce rĂŽle de rassembleur. AprĂšs chacun prendra ses responsabilitĂ©s de lâaccompagner ou non sur les objectifs en question mais la clartĂ© serait faite dans la sociĂ©tĂ© sur qui dĂ©fend rĂ©ellement lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral des français. Pourquoi le Front National ne soutient-il pas les travailleurs qui sĂ©questrent les licencieurs dans des entreprises en bonne santĂ© pour exiger des droits nouveaux dans les entreprises ? Visiblement, les propositions de changement font dĂ©faut et se limitent plutĂŽt aux pĂ©riodes Ă©lectorales quâau vĂ©cu quotidien des français. Bien entendu le rejet du Front National par la classe politique est injustifiable.
Mais pour une part, il porte la responsabilitĂ© de cette situation en ne dĂ©signant pas les vrais responsables de la crise et en restant enfermĂ© dans un carcan droitier et populiste qui lâempĂȘche, pour partie, de prĂ©tendre Ă devenir national et populaire. Des dirigeants trop souvent issus de partis bourgeois ou à « lâidĂ©ologie de reclus » sâidentifient par leur propos et leur image plus aux forces du passĂ© quâĂ une force porteuse dâavenir et de changement radical. MĂȘme si aucune perspective de changement rĂ©elle nâexiste Ă lâheure actuelle, la grande bourgeoisie est trĂšs prĂ©occupĂ©e par la rĂ©duction de son assise populaire. Plusieurs faits en attestent comme ses tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es de faire voter plusieurs fois les peuples ou de remplacer un vote populaire sur des questions qui engagent toute la nation par celui du Parlement lorsque leurs votes ne lui conviennent pas, la tentative de se fabriquer des circonscriptions sur mesure, etc. Nous ne sommes plus en dĂ©mocratieâŠ
Les forces vives de la nation absentes du Parlement
Geostrategie : âŠParlement dont les membres sont pourtant Ă©lus par le peuple ?
J-L.I. : Oui, mais les Parlements ne reprĂ©sentent plus vraiment les peuples dans les pays occidentaux et leurs Ă©lus nationaux sont de plus en plus coupĂ©s des citoyens. Je nâĂ©voque mĂȘme pas le cas du SĂ©nat français qui est une assemblĂ©e inutile et coĂ»teuse qui devra ĂȘtre supprimĂ©e afin de renforcer les moyens et lâefficacitĂ© de lâassemblĂ©e des reprĂ©sentants de la nation. Si vous vous intĂ©ressez Ă la composition de lâAssemblĂ©e Nationale française, vous constaterez que sur les 577 dĂ©putĂ©s, ne figure quâun seul dĂ©putĂ© issu de la classe ouvriĂšre, le dĂ©putĂ© communiste Maxime Gremetz, et un seul salariĂ© agricole, le dĂ©putĂ© des PyrĂ©nĂ©es-Atlantiques Jean Lassalle qui est technicien agricole. Quant aux artisans, la « premiĂšre entreprise de France », selon leur slogan, ne compte que deux Ă©lus ! Par contre vous trouvez vingt-deux « sans profession dĂ©clarĂ©e » parmi lesquels dix-neuf UMP, la plupart fils et filles de petits bourgeois, quinze permanents politiques, tous de lâUMP et du PS, qui faute de faire mĂ©tier ont fait carriĂšre dans la fonction dâĂ©lu et nâont jamais participĂ© aux forces vives de la nation, trente-huit avocats et, toutes catĂ©gories confondues, 184 fonctionnaires dont lâessentiel nâest pas reprĂ©sentatif de la fonction publique, exception faite des enseignants qui forme le gros de cette troupe avec les hauts fonctionnaires. Dans les faits, ce Parlement français nâest pas reprĂ©sentatif de la sociĂ©tĂ© française dans sa composition socioprofessionnelle.
Les forces vives, classe ouvriĂšre en tĂȘte, celles qui font le pays et connaissent les problĂšmes du quotidien, les drames de la vie sont quasiment absentes du lieu oĂč se dĂ©cident les lois ! OĂč sont les ouvriers, les marins-pĂȘcheurs, les paysans, les ingĂ©nieurs, cadres et techniciens ? Ceux qui font vivre la France dans ce quâelle a dâessentiel, de gĂ©nĂ©reux, de gĂ©nie crĂ©ateur dĂ©lĂšguent en masse leur voix et leur pouvoir Ă de petits bourgeois et Ă des politiciens carriĂ©ristes qui, une fois Ă©lus, ont tĂŽt fait de les oublier ! De plus, le mode de scrutin ne permet pas une vĂ©ritable reprĂ©sentation du peuple. LâAssemblĂ©e Nationale française est bien moins dĂ©mocratique dans sa composition et son fonctionnement que la Douma en FĂ©dĂ©ration de Russie dans laquelle tous les partis ayant obtenus un minimum de suffrages sont reprĂ©sentĂ©s. En France, lors du premier tour des Ă©lections lĂ©gislatives de juin 2007, lâUMP sâest attribuĂ© 98 dĂ©putĂ©s avec 10,28 millions de suffrages alors quâil en a fallu 6,43 millions au Parti Socialiste pour en obtenir un seul ! Quant au PCF et au Front National ils nâen obtenaient aucun avec un peu plus de 1,11 millions chacun ! Le propos nâest pas de savoir si lâon est dâaccord ou pas avec la politique proposĂ©e par ces partis mais de constater que le mode de scrutin ne permet pas une reprĂ©sentation Ă©quitable des courants de pensĂ©e de notre sociĂ©tĂ©. Le second tour de scrutin avec ses alliances opportunistes et politiciennes ne fait quâaggraver la situation en excluant des millions dâĂ©lecteurs de leurs choix et de la reprĂ©sentation nationale. Faute de proportionnelle intĂ©grale, un français sur trois nâest pas reprĂ©sentĂ© au Parlement.
Geostrategie : Sâil nây a pas grand-chose Ă attendre des partis politiques et des assemblĂ©es Ă©lues, comment les citoyens peuvent-ils modifier le cours des choses ?
J-L.I. : La dĂ©mocratie est dâabord ce que les citoyens en font. Ils peuvent intervenir auprĂšs des maires des communes, gĂ©nĂ©ralement plus accessibles pour changer la donne sur des problĂšmes locaux mais Ă©galement auprĂšs des dĂ©putĂ©s pour des questions qui relĂšvent de la politique nationale. Les citoyens peuvent trĂšs bien se grouper et agir sur des objectifs de rupture avec le systĂšme â par exemple, refuser tout licenciement dans les entreprises qui font des profits, sâopposer aux dĂ©localisations, exiger la construction de nouveaux logements, lâembauche de professeurs pour les Ă©coles, de personnels pour les hĂŽpitaux, les services postaux, etc. â et obliger leurs Ă©lus Ă sâengager sur leurs revendications, Ă leur rendre des comptes sur leurs votes dans les assemblĂ©es, ce qui ne sa fait pratiquement plus. Mais les questions fondamentales du passage Ă une dĂ©mocratie politique avancĂ©e et du contrĂŽle des grands moyens de production, de financement et dâĂ©change reste toujours Ă conquĂ©rir. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, de mon point de vue, les luttes sociales demeurent encore bien en retrait dans leur contenu et leur combativitĂ© pour faire front aux attaques dont le monde du travail est lâobjet.
Mais lâentreprise reste le cĆur des batailles Ă venir : câest lĂ que les salariĂ©s doivent agir pour obtenir de nouveaux droits leur permettant de participer Ă la gestion et de bĂ©nĂ©ficier des bons rĂ©sultats auxquels ils contribuent. Dans les faits comme lâexplique HervĂ© SĂ©rieyx dans mon livre, « il sâagit de passer du « personnel-instrument » au service de lâorganisation à « lâorganisation-instrument » au service des personnes. » Il sâagit de cheminer dâune organisation dâentreprise destinĂ©e Ă gĂ©rer la docilitĂ© Ă une organisation qui suscite chez chacun de ses membres le dĂ©sir dây devenir un acteur engagĂ©. La route est difficile mais les partis politiques classĂ©s habituellement comme « progressistes » ont failli Ă leur tĂąche. Il ne suffit pas que le monde capitaliste sâĂ©croule pour quâune nouvelle sociĂ©tĂ© prenne le relais. LâĂ©mancipation du peuple sera lâĆuvre du peuple lui-mĂȘme et Ă ce jour lâabsence dâun courant rĂ©volutionnaire important fait dĂ©faut pour Ă©clairer les citoyens sur des propositions de rupture avec le systĂšme finissant. Câest lâoutil qui manque pour favoriser cette transformation politique et sociale. Le peuple est Ă©garĂ©, ce qui ne veut pas dire quâil nâest pas en attente ou demandeur de solutions pour changer la vie.
Des premiĂšres mesures dâun gouvernement rĂ©volutionnaire
Geostrategie : Quelle seraient les premiÚres mesures que devrait prendre un gouvernement révolutionnaire ?
J-L.I. : Le pouvoir devra immĂ©diatement stopper toutes transactions financiĂšres internationales le temps de procĂ©der immĂ©diatement Ă la nationalisation de la Banque de France et du secteur bancaire et financier, exception faite des sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives de banque qui prĂ©sentent dans leurs principes de critĂšres de gestion dĂ©mocratiques. Lâun des premiers objectifs du nouveau pouvoir devrait Ă©galement consister Ă donner de nouveaux droits aux sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives, tout particuliĂšrement afin que leurs sociĂ©taires disposent des moyens rĂ©els de faire respecter les principes de gestion par les dirigeants quand ce nâest pas le cas. La banque et la finance sont le cĆur de lâactivitĂ© Ă©conomique et câest dâabord lĂ que des mesures nationales et radicales doivent ĂȘtre prises avant dâenvisager par la suite une action de proposition plus importante au niveau europĂ©en et international, Ă lâONU par exemple ou par dâautres organisations internationales.
De mĂȘme, il devra formuler dans un second temps des propositions pour changer ces vieux outils du capitalisme (Fonds MonĂ©taire International, Banque Mondiale, Organisation Mondiale du Commerce, etc.) Sur ces points, le gouvernement de Vladimir Poutine de la FĂ©dĂ©ration de Russie peut permettre dâavancer rapidement puisquâil est dĂ©jĂ prĂȘt Ă agir, Ă proposer et Ă soumettre au dĂ©bat des solutions. Il ne faut pas perdre de vue que les mesures qui permettraient dâenvisager un avenir meilleur sont Ă©galement valables pour tous les peuples. Parler de la « rĂ©glementation de la vie Ă©conomique » ou de « rĂ©guler les marchĂ©s financiers » comme le prĂ©sident français et ses homologues occidentaux en passant sous silence la nationalisation du secteur bancaire et financier ou la gestion dĂ©mocratique des entreprises, en ne sâattaquant pas aux puissances financiĂšres câest tromper les gens en discourant sur des promesses que lâon est dĂ©cidĂ© Ă lâavance Ă ne pas tenir. Comment peut-on prĂ©tendre contrĂŽler et rĂ©glementer lâĂ©conomie sans contrĂŽler et rĂ©glementer les banques, le cĆur de la vie Ă©conomique, sans unifier la « comptabilitĂ© financiĂšre » de lâEtat ?!
Geostrategie : Mais la nationalisation démocratique des banques est une opération difficile qui prendra du temps ?
J-L.I. : Câest lâidĂ©e que distillent dans lâopinion les milliardaires avec leurs mĂ©dias qui ont pardessus tout peur de perdre ainsi la maĂźtrise de lâĂ©conomie et leurs privilĂšges. Dans les faits cette opĂ©ration qui ne prĂ©sente pas de grande difficultĂ© sur le plan technique peut aller trĂšs vite. Lâindividu qui aura 1500 euros sur son livret dâĂ©pargne comme celui qui possĂ©dera 15 millions dâeuros sous forme dâactions, dâobligations ou autre garderont chacun ce quâils possĂšdent aprĂšs la nationalisation. Ceux qui propagent lâidĂ©e inverse sont uniquement motivĂ©s par le fait dâentretenir la confusion entre nationalisation et confiscation des biens privĂ©s pour protĂ©ger leurs privilĂšges. Dans un premier temps, le nouveau pouvoir devra surtout voter des lois favorisant la dĂ©mocratie dans les entreprises par de nouveaux droits pour la gestion et lâĂ©lection des dirigeants sur la base de leur formation, de leur compĂ©tence et de leur expĂ©rience. Les sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives seront des outils prĂ©cieux pour insuffler la dĂ©mocratie dans lâĂ©conomie. Comme vous avez pu le lire, je mets en valeur dans mon livre la contribution importante des sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives au mouvement pour la gestion dĂ©mocratique des entreprises en comparant leurs principes de gestion et leur vĂ©cu avec les critĂšres des sociĂ©tĂ©s classiques ou capitalistes si vous prĂ©fĂ©rez. Câest un chantier immense, ardu et passionnant.
Geostrategie : Quâest-ce qui changerait si une telle mesure Ă©tait mise en Ćuvre ?
J-L.I. : Disons que nous ouvririons la porte de la rupture avec le capitalisme en donnant aux acteurs de lâĂ©conomie, et en premier lieu Ă la classe ouvriĂšre et Ă ses alliĂ©s qui font fructifier le Capital par leur travail, des ouvriers des chantiers aux analystes financiers, les moyens de dĂ©finir et contrĂŽler la marche des entreprises auxquelles ils sont associĂ©s, la possibilitĂ© de sâintĂ©resser Ă leur organisation, dâintervenir pour participer Ă leur transformation. Ce serait le dĂ©but dâun long mouvement dâĂ©mancipation, dâappel aux intelligences, dâappropriation de lâĂ©conomie par tous ses acteurs au profit de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Par exemple, concernant les banques, comme jâen fais la dĂ©monstration dans mon livre avec lâintervention de spĂ©cialistes de la comptabilitĂ© des grandes entreprises, aucun contrĂŽle effectif de ces Ă©tablissement nâest actuellement rĂ©ellement possible tant les capitalistes jouent sur des procĂ©dĂ©s extrĂȘmement complexes et subtils pour en Ă©tablir les bilans, les faire « contrĂŽler », fonder des structures dans des places off shore, Ă©viter lâimpĂŽt, spĂ©culer Ă hauts risques avec des produits financiers ultrasophistiquĂ©s. Pourquoi avoir tant de banques qui offrent les mĂȘmes produits financiers quand leur rĂ©union en une seule â exception faite des banques coopĂ©ratives oĂč se trouvent en germe les principes dâune gestion authentiquement dĂ©mocratique -, laissant Ă chacun ce quâil possĂšde, permettrait le contrĂŽle rĂ©el du mouvement des capitaux au profit de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ? Cette nationalisation dĂ©mocratique accompagnĂ©e de la dĂ©mocratisation des coopĂ©ratives permettrait Ă lâEtat de savoir oĂč et comment circulent les capitaux, au profit de qui et de les faire revenir Ă lâĂ©conomie rĂ©elle sous contrĂŽle populaire. Ce serait un vĂ©ritable poumon dâoxygĂšne pour la sociĂ©tĂ© toute entiĂšre quand on sait quâun niveau mondial les pertes annuelles de recettes fiscales par les gouvernements du monde provenant du seul Ă©vitement fiscal â fraude et blanchiment non compris â sont estimĂ©es Ă plus de 255 milliards de dollars.
Geostrategie : Les banques ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© nationalisĂ©es ainsi que des sociĂ©tĂ©s transnationales. Pourtant rien nâa vraiment beaucoup changĂ© Ă lâĂ©poque ?
J-L.I. : Câest exact et câest la raison pour laquelle jâinsiste sur lâaspect dĂ©mocratique que devront avoir les nationalisations. Il ne sâagit pas de remplacer des dirigeants de droite par des dirigeants de gauche Ă la tĂȘte de ces entreprises pour que ceux-ci les gĂšrent de maniĂšre identique, comme des « compteurs de petits pois », sur la base de seuls critĂšres financiers de profit maximum immĂ©diat avec des hiĂ©rarchies bardĂ©es de prĂ© carrĂ©, des atteintes rĂ©pĂ©tĂ©es aux libertĂ©s dĂ©mocratiques, une opacitĂ© de gestion et de trucage des comptes incompatibles avec la dĂ©mocratie. Les dirigeants auront Ă mettre en Ćuvre immĂ©diatement les dĂ©crets et lois du pouvoir rĂ©volutionnaire donnant de nouveaux droits aux salariĂ©s pour quâils puissent intervenir complĂštement dans la gestion, mettre un terme au dĂ©tournement dâune partie des bĂ©nĂ©fices par les dirigeants actuels des entreprises des secteurs clĂ©s de lâĂ©conomie, dĂ©mocratiser toutes les fonctions jusquâĂ changer lâentreprise, faire que lâentreprise soit un outil au service de ses acteurs et de son environnement et non lâinverse comme aujourdâhui. Câest une Ă©tape dĂ©cisive qui implique une Ă©lĂ©vation quantitative et qualitative de la conscience de ses acteurs mais Ă©galement de lâenvironnement des professionnels qui lâaccompagnent dans sa crĂ©ation et son dĂ©veloppement : commissaires aux comptes, auditeurs, experts comptables, etc. Sans cela les nationalisations resteront lettre morte et deviendront, comme nous lâavons connu, des « Ă©tatisations ». Câest la raison pour laquelle ces grandes orientations du pouvoir pour aller vers une dĂ©mocratie avancĂ©e doivent sâaccompagner de ce que Pierrre-Henry Leroy, fondateur et dirigeant de Proxinvest, la principale sociĂ©tĂ© de conseil aux actionnaires, appelle « les petits pas ». Ainsi quâil lâexplique, il faudra initier des rĂ©formes plus modestes et locales qui vont dans le bon sens.
Geostrategie : Par exemple ?
J-L.I. : Par exemple dâabord dĂ©courager le grĂ©gaire et encourager la diversitĂ© dâopinion dans les marchĂ©s en mettant fin aux conflits dâintĂ©rĂȘts des Ă©tablissements financiers des groupes lors des opĂ©rations de marchĂ©. Comme le souligne Pierre-Henry Leroy, « ceci impose de recourir Ă des experts vraiment indĂ©pendants et non pas, comme aujourdâhui, payĂ©s et nommĂ©s par les intĂ©ressĂ©s. Une dĂ©finition prĂ©cise des conflits dâintĂ©rĂȘts, des interdictions et des sanctions sâimposent. » Ou encore abolir les rĂšglements qui alourdissent lâĂ©panouissement de lâĂ©conomie au profit de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, ce qui est dâautant plus facilement envisageable Ă partir du moment oĂč ses acteurs disposent des moyens lĂ©gaux et culturels favorisant leur intervention.
La seule issue pacifique à la crise : une révolution nationale et radicale
Geostrategie : Mais les Ă©conomies Ă©tant aujourdâhui trĂšs liĂ©es dâun pays Ă lâautre avec la mondialisation capitaliste, pensez-vous quâil soit possible de tenir tĂȘte aux dispositions europĂ©ennes, aux rĂšglements internationaux et aux pressions qui ne manqueraient pas de sâexercer sur une seule nation qui sâengagerait dans cette voie de rupture ?
J-L.I. : Votre question porte sur un point essentiel : le soutien du peuple Ă des rĂ©formes radicales. Un changement social de cette ampleur ne peut ĂȘtre le fait dâune seule avant-garde, aussi Ă©clairĂ©e soit-elle. Si celle-ci est nĂ©cessaire pour formuler des propositions, porter le niveau de conscience Ă la hauteur des mesures indispensables, ouvrir le dĂ©bat sur les questions essentielles, seul un grand soutien populaire Ă celles-ci peut permettre de rompre avec la situation actuelle, quelle que soit la voie de transition choisie par le peuple, Ă©lectorale ou non. Le passage de la RĂ©publique du Venezuela dâun Etat sous domination Ă©tasunienne Ă un Etat dĂ©mocratique, indĂ©pendant et progressiste est lâun des exemples les plus intĂ©ressants Ă Ă©tudier de notre Ă©poque. Toutes les attaques menĂ©es contre le gouvernement rĂ©volutionnaire du Venezuela, de lâintĂ©rieur par le grand patronat et les Ă©lĂ©ments conservateurs de lâĂ©glise catholique et de lâextĂ©rieur par les Etats-Unis et dâautres pays avec certaines associations plus ou moins liĂ©es aux services Ă©tasuniens nâont pu empĂȘcher le processus de rupture de suivre son cours.
Aujourdâhui le pays sâengage sur la construction dâune sociĂ©tĂ© socialiste en faisant lâapprentissage dâune authentique dĂ©mocratie directe. Les secteurs clĂ©s de lâĂ©conomie ont Ă©tĂ© nationalisĂ©s, les capitaux qui sâexportaient dans la poche de gros actionnaires Ă©tasuniens sont aujourdâhui injectĂ©s dans la modernisation des entreprises et des rĂ©gions, des dizaines de milliers de coopĂ©ratives se sont créées dans tous les domaines de lâactivitĂ© Ă©conomique et le pays se modernise au profit de ses citoyens. Ce qui paraissait impensable Ă une grande majoritĂ© du peuple se rĂ©alise aujourdâhui avec son soutien actif. Pourquoi cela a-t-il Ă©tĂ© possible malgrĂ© les accords rĂ©gionaux, les rĂšglements internationaux et les pressions de toutes sortes, jusquâĂ des tentatives de coup dâEtat orchestrĂ©es par les Etats-Unis ? Parce que le peuple a su se constituer une avant-garde rĂ©volutionnaire exemplaire en bien des domaines, se rassembler, se mobiliser et le rester sur ses objectifs principaux de transformation politique et sociale radicale. Vos comprenez face Ă ces succĂšs pourquoi le Venezuela rĂ©volutionnaire nâexiste pratiquement pas dans les mĂ©dias occidentaux. Le gouvernement français devrait se souvenir quâil a plus besoin du Venezuela que le Venezuela nâa besoin de la France.
Geostrategie : Est-il possible de faire une telle révolution nationale et radicale en France ?
J-L.I. : Bien Ă©videmment et câest mĂȘme la seule issue pacifique pour sortir de la crise et rompre avec le systĂšme actuel. Il est envisageable dâorganiser en France le contrĂŽle de toute la vie Ă©conomique, dâopĂ©rer sa « rĂ©glementation » en la « dĂ©bureaucratisant », de faire retourner Ă lâĂ©conomie les capitaux que les capitalistes Ă©vitent de lâimpĂŽt et du dĂ©veloppement des entreprises sans quâil leur soit possible de dissimuler des biens et des revenus. Il nây a nul besoin dâun appareil spĂ©cial de lâEtat puisque les salariĂ©s et les directeurs pourraient rĂ©aliser eux-mĂȘmes la fusion immĂ©diate de toutes les banques capitalistes en quelques semaines, par exemple sous lâautoritĂ© du ministĂšre des Finances avec des congrĂšs de travail rĂ©unissant les professionnels, cadres-dirigeants, reprĂ©sentants des propriĂ©taires du Capital, salariĂ©s, syndicats, associations de consommateurs, etc. par banque, par rĂ©gion et nationalement. Il est Ă©vident que ceux qui sây opposeraient ou feraient traĂźner les choses en longueur pour se livrer Ă des opĂ©rations malhonnĂȘtes de derniĂšre minute et entraver le processus de rupture en seraient exclus. Les avantages de la nationalisation du secteur bancaire seraient dĂ©cisifs pour les PME, les collectivitĂ©s et le peuple entier qui pourrait ainsi sâapproprier les richesses quâil crĂ©e et lui Ă©chappent. Un gouvernement qui arriverait au pouvoir avec la volontĂ© de rompre avec le capitalisme ne peut ĂȘtre que nationaliste et radical.
Ătre nationaliste, cela veut dire donner la prioritĂ© Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral de la communautĂ© de territoire, de langue et de culture Ă laquelle on appartient. Concernant les accords rĂ©gionaux ou internationaux que vous Ă©voquiez, la petite Europe de Maastricht nâest pas un problĂšme puisque pour ceux qui en doutaient lâexpĂ©rience montre, Ă moins dâĂȘtre complĂštement aveugle, quâelle nâest quâune organisation au service des grandes banques et des gros propriĂ©taires privĂ©s de lâĂ©conomie. Elle ne pouvait par consĂ©quent rĂ©soudre aucun problĂšme, quel quâil soit, dans les sociĂ©tĂ©s qui la composent, quâil sâagisse dâĂ©conomie, de social, de culture, de libertĂ©, de dĂ©mocratie ou de droits de lâHomme. Vous remarquerez du reste que les promesses faite sur cette construction europĂ©enne par les dirigeants bourgeois et socialistes sur la fin du chĂŽmage, lâouverture des marchĂ©s, le dĂ©veloppement des entreprises, la solidaritĂ© entre les peuples, les libertĂ©s nâont jamais vu le jour et que câest mĂȘme le contraire qui sâest produit. Je dresse dans mon livre un descriptif de la situation de cette petite Europe en mâappuyant sur des documents de synthĂšse de ses propres organismes peu connus du public. Il apparaĂźt que celle-ci, dont les dirigeants sont si prompts Ă donner des leçons Ă dâautres peuples, est en recul sur tous les fronts. Il faut se prĂ©parer dĂšs maintenant Ă construire lâEurope des peuples de Dublin Ă Vladivostock qui donnera la prioritĂ© aux qualitĂ©s et Ă lâidentitĂ© de chaque peuple par la recherche de coopĂ©rations mutuellement avantageuses, mettra un terme Ă la bureaucratie de Bruxelles engendrĂ©e par les puissances financiĂšres. Cela veut dire rompre avec lâactuelle « construction europĂ©enne », avec le traitĂ© de Maastricht et ceux qui ont suivi. Etre radical câest avoir conscience que la classe dominante â la grande bourgeoisie â sâaccrochera au pouvoir et Ă ses privilĂšges par tous les moyens et que seules des mesures radicales bĂ©nĂ©ficiant dâun fort soutien populaire permettront de la contraindre Ă respecter les lois nouvelles, de la renvoyer dans ses foyers et de rompre avec son systĂšme.
Le capitalisme a besoin de la guerre pour survivre
Geostrategie : La dĂ©mocratie est-elle possible dans lâentreprise et tout particuliĂšrement dans des sociĂ©tĂ©s transnationales Ă lâorganisation complexe ?
J-L.I. : Je montre dans mon livre comment la gestion des sociĂ©tĂ©s coopĂ©ratives se distingue â du moins dans celles dont les principes de gestion sont respectĂ©s â des entreprises classiques. Les entreprises coopĂ©ratives sont des exemples de gestion Ă partir du moment oĂč ses acteurs font respecter leurs critĂšres de gestion par les dirigeants quâils Ă©lisent. Cela fonctionne dans de grandes banques comme le CrĂ©dit Mutuel en France ou le Mouvement des caisses Desjardins au Canada et peut donc trĂšs bien se mettre en place dans des PME. Chacun doit avoir conscience de la gravitĂ© de la situation car le systĂšme a aujourdâhui besoin de la guerre pour subsister. Le gĂ©nĂ©ral russe Leonid Ivashov a mis en garde Ă plusieurs reprises contre la volontĂ© des Etats-Unis de dĂ©clencher un conflit militaire majeurâŠ
Geostrategie : âŠVous voulez dire une troisiĂšme guerre mondiale ?
J-L.I. : Je dis « conflit militaire majeur » câest-Ă -dire pouvant entraĂźner rapidement plusieurs pays dans des conflits bien plus graves que la guerre contre lâIrak ou contre la RĂ©publique fĂ©dĂ©rative de Yougoslavie. Câest du reste ce quâont tentĂ© les Etats-Unis en foulant le droit international et en tentant de constituer une alliance de guerre contre lâIrak en passant outre lâONU. Les Etats-Unis sont en pleine faillite, leur dette financiĂšre nâest plus remboursable et ne peut plus quâĂȘtre remise. Comme le rappelle le gĂ©nĂ©ral Ivashov dans mon livre, tout se qui se trouve aux Etats-Unis â industries, immeubles, technologies de pointe, etc. â a Ă©tĂ© hypothĂ©quĂ© plus de dix fois partout dans le monde et nous sommes au bord dâun krach du systĂšme financier international sur le dollar Ă©tasunien. Le gĂ©nĂ©ral Ivashov, qui est vice-prĂ©sident de lâAcadĂ©mie russe des problĂšmes gĂ©opolitiques, estime que « les banquiers mondiaux » en faillite ont besoin dâun Ă©vĂ©nement de force majeure de proportions mondiales pour sâen sortir ». Selon son analyse, « lâimportance des Ă©vĂ©nements Ă venir est rĂ©ellement Ă©pique. (âŠ) Les conflits rĂ©gionaux comme ceux dĂ©clenchĂ©s contre la Yougoslavie, lâIrak et lâAfghanistan ne donnent que des effets Ă court terme. Ils ont besoin de quelque chose de beaucoup plus important et ce besoin est urgent ». Les Etats-Unis et leurs sujets anglo-saxons nâont pas rĂ©ussi Ă entraĂźner les pays occidentaux dans leur croisade contre lâIrak. Ils tentent aujourdâhui de renouveler leur opĂ©ration contre lâAfghanistan et la RĂ©publique Islamique dâIran avec lâOTAN et vont de provocation en provocation pour tenter de renverser le rĂ©gime lĂ©gitime du peuple Iranien.
Au nom de quoi lâOccident serait-il Ă lâabri des guerres quâil provoque ?
Geostrategie : Est-ce à dire que les conflits régionaux actuels peuvent gagner en ampleur ?
J-L.I. : Malheureusement lâheure est Ă la guerre et les dirigeants occidentaux en portent la responsabilitĂ©. Ils font rĂ©guliĂšrement la dĂ©monstration de leur recherche dâun conflit majeur, pour sauver leur systĂšme en faillite. Ils multiplient les provocations mĂ©diatiques, Ă©conomiques et armĂ©es de maniĂšre rĂ©pĂ©tĂ©e contre plusieurs Etats depuis quelques annĂ©es. Par exemple, les dirigeants Français mĂšnent des opĂ©rations militaires hors frontiĂšres contre des peuples (Comores, Afrique, Albanie, Kosovo, Bosnie, Afghanistan, etc.) avec une structure militaire, le Commandement des OpĂ©rations SpĂ©ciales dont le siĂšge est basĂ© Ă Villacoublay (Yvelines) en rĂ©gion parisienne, la plupart du temps sans consultation du Parlement. LâarmĂ©e nâest plus au service de la dĂ©fense du pays tous azimuts mais des besoins des sociĂ©tĂ©s transnationales et des guerres Ă©tasuniennes. Il semble que le prĂ©sident Sarközy de Nagy-Bocsa nâait pas compris que le retour en puissance sur la scĂšne internationale de la FĂ©dĂ©ration de Russie, de la RĂ©publique Populaire de Chine, de lâInde et de lâAmĂ©rique latine et centrale mette un terme aux schĂ©mas idĂ©ologiques et aux alliances des annĂ©es soixante-dix. Les français peuvent du reste interpeller leurs dĂ©putĂ©s sur ces opĂ©rations militaires en se servant de mon livre puisque celles-ci vont leur coĂ»ter en 2009 plus dâun milliard dâeuros avec lâinvasion et lâoccupation de lâAfghanistan. Aujourdâhui, le mot dâordre des militants nationalistes et rĂ©volutionnaires doit ĂȘtre « Troupes françaises hors dâAfrique ! », « Troupes françaises hors dâAfghanistan ! » Lâaction doit se dĂ©velopper afin dâentraver par tous les moyens le fonctionnement des troupes dâinvasion et les centres nerveux des Etats qui participent Ă ces opĂ©rations militaires meurtriĂšres dans lesquelles pĂ©rissent de nombreux civils. Le temps de la guerre qui se dĂ©roule Ă plusieurs heures dâavion des capitales occidentales sans rĂ©percussions pour lâagresseur est rĂ©volu.
Geostrategie : Selon vous ces conflits sont donc susceptibles aujourdâhui dâavoir des rĂ©percussions en Occident mĂȘme ?
J-L.I. : Les occidentaux doivent comprendre que les bombes quâils lĂąchent sur les autres peuples, que lâuranium appauvri que les armĂ©es Ă©tasuniennes, françaises et anglaises nâont pas hĂ©sitĂ© Ă utiliser en 1991 lors de la guerre du Golfe, puis en Bosnie en 1995, puis encore contre la Serbie en 1999, puis Ă nouveau contre lâIrak en 2003 avec les consĂ©quences dramatiques pour les ĂȘtres humains et lâenvironnement peut aussi se rĂ©pandre au cĆur de leurs propres villes, de leurs repaires Ă©conomiques, financiers et militaires. Comme le rapporte le contre-amiral Claude Gaucherand, Ă lâhĂŽpital pour enfants de Bassorah, en Irak, lâune des plus modernes maternitĂ© du monde arabo-musulman avant la guerre, oĂč naissaient 12000 enfants par an, les femmes qui accouchent ne disent plus « fille ou garçon » mais « monstre ou ĂȘtre humain ? » Les cas de leucĂ©mie ont Ă©tĂ© multipliĂ©s par 13 et les cancers par 6 en douze ans et ces chiffres ne font quâaugmenter. Il faut Ă©galement savoir que le plus moderne institut de production de vaccins du Proche-Orient qui fĂ»t créé dans les annĂ©es 1980 par une coopĂ©ration de lâIrak avec les Ă©tablissements MĂ©rieux a Ă©tĂ© dĂ©truit par lâONU et ses envoyĂ©s de lâUNISCOM avec des consĂ©quences dramatiques pour les populations et les animaux bien au-delĂ de lâIrak et de sa rĂ©gion. Lâutilisation de telles armes comme le dĂ©clenchement des guerres sans consultation du Parlement fait des dirigeants de lâĂ©poque des criminels de guerre. Donnez-moi une seule raison qui justifierait que les populations occidentales soient Ă lâabri des guerres offensives quâelles laissent financer avec leurs deniers par leurs dirigeants et leurs reprĂ©sentants sans sourciller ? Les bombes ne seraient-elles bonnes que pour les enfants Serbes, Palestiniens, Irakiens, Africains ou Afghans ? Ce temps lĂ est bien fini.
Les fraudeurs ne sont pas Ă TĂ©hĂ©ran mais Ă lâUMP
Geostrategie : Les politiciens et mĂ©dias occidentaux parlent de « dictature » et de « rĂ©volution manquĂ©e » contre le rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran, menaçant dâintervenir pour la protection des droits de lâHomme. Quel est votre avis sur lâĂ©volution de la situation en Iran ?
J-L.I. : PremiĂšrement, le peuple Iranien a réélu le prĂ©sident Ahmadinedjad avec une Ă©crasante majoritĂ©, bien plus large que celle que le peuple français a donnĂ©e au prĂ©sident français lors de lâĂ©lection prĂ©sidentielle de 2006. Permettez-moi de souligner au passage que lâĂ©lection du prĂ©sident français ne respecte mĂȘme pas la loi qui prĂ©voit quâaucun citoyen ne peut porter de nom autre que celui exprimĂ© dans son acte de naissance, Ă savoir pour ce fils dâĂ©migrĂ©s juifs hongrois, Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa. Visiblement, « de Nagy-Bocsa » est restĂ© de lâautre cĂŽtĂ© de la frontiĂšre du bulletin de vote. Ensuite, je ne pense pas que le prĂ©sident français et son parti, lâUMP, dont une ribambelle dâĂ©lus ont vu leur Ă©lection annulĂ©e dans diffĂ©rents scrutins parce quâils avaient trichĂ© â Serge Dassault le « jeune » sĂ©nateur-maire UMP de 84 ans de Corbeil-Essonne, fabricant dâarmes, a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© inĂ©ligible pour un an par le Conseil dâEtat et accusĂ© dâavoir achetĂ© des voix ! â soient en mesure de donner des leçons de dĂ©mocratie Ă©lectorale Ă lâIran. Ils le sont dâautant moins que dâautres Ă©lus de lâUMP ont Ă©tĂ© Ă©galement dĂ©boutĂ©s de leur tentative de remettre en cause plusieurs rĂ©sultats de scrutin au prĂ©texte que ceux-ci ne leur Ă©taient pas favorables. Le parti des fraudeurs nâest pas Ă TĂ©hĂ©ran mais bien en France. LâUMP est dâailleurs coutumier de «putsch » contre le peuple et la dĂ©mocratie.
Geostrategie : « Putsch » contre la dĂ©mocratie, câest-Ă -dire ?
J-L.I. : Je rappelle que le 23 mars 1999, les reprĂ©sentants des dix-neuf pays de lâOTAN ont dĂ©clenchĂ© les frappes aĂ©riennes contre la RĂ©publique FĂ©dĂ©rative de Yougoslavie sans consultation des parlements. Puis, ils ont violĂ© une nouvelle fois la Constitution française en 2001 quand le Premier ministre « socialiste » Lionel Jospin a, dâun commun accord avec le prĂ©sident UMP Jacques Chirac, dĂ©cidĂ© de participer Ă lâinvasion et Ă lâoccupation de lâAfghanistan. Depuis les choses nâont fait que sâaggraver et les opĂ©rations militaires extĂ©rieures pĂšsent de plus en plus lourdement dans le budget de lâEtat. Jâajoute que la France participe au soutien de dictatures sur le continent Africain oĂč elle nâa rien Ă faire et dont elle ne conteste du reste pas les Ă©lections de dirigeants, rĂ©ellement truquĂ©es celles-ci. Et voilĂ quâaujourdâhui, avec leurs homologues de la petite Europe de Maastricht, ils sâentendent pour faire revoter les Irlandais qui se sont prononcĂ©s majoritairement contre le traitĂ© de Lisbonne et dont le vote ne leur convient pas ! Et ce sont ces dirigeants français qui ont la prĂ©tention de donner des leçons de dĂ©mocratie Ă lâIran ? Ce nâest pas sĂ©rieux. Cette rĂ©alitĂ© nâest que celle dâune classe sociale, la grande bourgeoisie, qui sâaccroche au pouvoir par tous les moyens, jusquâĂ la guerre, pour sauvegarder ses privilĂšges
Un fait dont personne ne parle
Geostrategie : Les reproches formulĂ©s au gouvernement iranien par les dirigeants occidentaux procĂšdent-ils de la volontĂ© de chercher un conflit majeur ? Sâagit-il dâune opĂ©ration concertĂ©e ?
J-L.I. : Oui. Plusieurs Ă©lĂ©ments prouvent que nous assistons Ă une tentative de dĂ©stabilisation du gouvernement Iranien rĂ©parĂ©e de longue date par les services Ă©tasuniens avec la collaboration de membres de services occidentaux et sionistes. La stratĂ©gie est la mĂȘme que celle employĂ©e pour la prĂ©tendue « rĂ©volution orange » en Ukraine ou dans dâautres pays comme la GĂ©orgie avec dâautres couleurs et dâautres valets. Vous retrouvez derriĂšre ces « candidats de la libertĂ© » les mĂȘmes associations financĂ©es par des annexes des services Ă©tasuniens, les mĂȘmes bailleurs de fonds, les mĂȘmes campagnes mĂ©diatiques spontanĂ©es avec manifestations, pancartes, mots dâordre en anglais, provocations, etc. Malheureusement les occidentaux, tous particuliĂšrement les Ă©tasuniens, les anglais et les français, devront se faire Ă lâidĂ©e que le prĂ©sident Ahmadinejad jouit dâun fort soutien populaire et de la confiance des forces rĂ©volutionnaires dâIran. Jâattire du reste votre attention sur un fait dont personne ne parle : ces conservateurs petits bourgeois qui se prĂ©sentent comme des dĂ©fenseurs de la « libertĂ© », de la « dĂ©mocratie » et des « droits de lâHomme » ont tous le mĂȘme programme politique : « libĂ©rer » lâĂ©conomie.
Cela signifie privatiser avec les consĂ©quences qui sâen suivraient pour le peuple, tout particuliĂšrement dans le domaine de lâĂ©nergie puisque lâIran est un grand pays producteur de pĂ©trole. Avez-vous remarquĂ© le silence entretenu par les mĂ©dias occidentaux sur le programme politique de cette opposition ? Je ferai le reproche aux dirigeants iraniens de ne pas suffisamment mettre en avant les acquis de la RĂ©volution islamique qui a libĂ©rĂ© le pays du joug de lâĂ©tranger et a permis de consacrer au dĂ©veloppement Ă©conomique et social des capitaux qui partaient auparavant dans la poche des gros actionnaires des sociĂ©tĂ©s occidentales. La RĂ©publique Islamique dâIran se modernise, y compris par la maĂźtrise de lâĂ©nergie nuclĂ©aire, et contrĂŽle son activitĂ© Ă©conomique au profit de toute la sociĂ©tĂ© : voilĂ ce que ne supportent pas les occidentaux, français compris, dont les milliardaires dirigeants des sociĂ©tĂ©s transnationales convoitent les richesses et la place stratĂ©gique. Il est Ă©vident quâun Hossein Moussavi comme tout autre dirigeant soutenu par les occidentaux permettrait Ă IsraĂ«l de poursuivre tranquillement le gĂ©nocide du peuple Palestinien sans que cette entitĂ© ait Ă rĂ©pondre rĂ©gionalement et internationalement de ses crimes. La politique de paix dĂ©veloppĂ©e par lâIran sâaccompagne forcĂ©ment dâune dĂ©nonciation de la rĂ©alitĂ© de la politique raciste et belliciste de lâentitĂ© sioniste, que cela plaise ou non. Il ne peut y avoir dâaboutissement Ă plus de soixante annĂ©es de conflit sans que la rĂ©alitĂ© des faits soit posĂ©e sur la table.
Il est temps dâen finir avec « lâEtat » raciste israĂ©lien
Geostrategie : La communauté internationale peut-elle encore jouer un rÎle dans le rÚglement de la question juive au Proche Orient ?
J-L.I. : La communautĂ© internationale nâexiste plus depuis longtemps Pour quâelle existe encore faudrait-il quâil y ait une volontĂ© politique commune de rĂ©gler les conflits dans lâintĂ©rĂȘt des peuples, ce qui nâest plus le cas, tout particuliĂšrement avec ce que lâon appelle « lâEtat » dâIsraĂ«l. Le prĂ©sident Ahmadinejad a soulignĂ© avec raison, lors de son intervention Ă la tribune des Nations Unies Ă GenĂšve le 11 avril dernier quâ « aprĂšs la deuxiĂšme guerre mondiale, sous prĂ©texte « des souffrances des juifs », un groupe de pays puissants a eu recours Ă lâagression militaire pour faire dâune nation entiĂšre une population sans abri. Ces pays ont envoyĂ© des migrants dâEurope, des Etats-Unis et dâailleurs pour Ă©tablir un gouvernement totalement raciste en Palestine occupĂ©e. Il est tout Ă fait regrettable quâun certain nombre de gouvernements occidentaux ainsi que les Etats-Unis aient entrepris de dĂ©fendre ces racistes auteurs de gĂ©nocide. Ils ont toujours soutenu les actes odieux du rĂ©gime sioniste ou sont restĂ© silencieux face Ă ces actes ». Tout cela nâest que la triste vĂ©ritĂ© et nous sommes aujourdâhui confrontĂ©s Ă une peste sioniste qui se rĂ©pand comme un poison de maniĂšre analogue Ă celles des nazis : puretĂ© de la « race » qui place le juif , « peuple Ă©lu », au-dessus de tout autre ĂȘtre humain â et je vous renvoie sur ce point Ă La question juive Ă©crit par le juif allemand Karl Marx -, implantation de colonies qui rĂ©pond au besoin dâespace vital Ă lâimage de lâancien Reich allemand, populations chassĂ©es Ă coups dâinterventions militaires, villages rasĂ©s, terres spoliĂ©es, torture, etc. Lâouvrage de Serge Thion, Le terrorisme sioniste, est sur ce point rĂ©vĂ©lateur de la terreur qui accompagne lâoccupation de la Palestine par lâentitĂ© sioniste depuis 1947. IsraĂ«l nâest pas un Etat mais une entitĂ© raciste sans frontiĂšres dĂ©finies et sans constitution. Câest lâamie assassine du prĂ©sident Sarközy de Nagy-Bocsa dont lâhistorien Paul-Eric Blanrue dĂ©crit fort bien lâintroduction dans lâappareil dâEtat français dans son ouvrage Sarkozy, IsraĂ«l et les juifs.
Geostrategie : Vous ĂȘtes lâun des rares journalistes français Ă soutenir lâintervention du prĂ©sident Ahmadinejad. Selon vous, le prĂ©sident Iranien nâa fait que rapporter la rĂ©alitĂ© des faits Ă la tribune de lâONU ?
J-L.I. : Lâun des rares Ă le soutenir ? Je ne pense pas. Sans doute dans les salons dorĂ©s des capitales occidentales et de lâONU Ă GenĂšve â et encore car il y fĂ»t applaudi par la grande majoritĂ© des participants Ă la dĂ©ception des reprĂ©sentants occidentaux. Je renvoie ceux qui doutent de la triste rĂ©alitĂ© de la Palestine occupĂ©e et du racisme de lâentitĂ© sioniste Ă se rendre dans les pays arabes. Je ne parle pas de descendre dans les hĂŽtels cinq Ă©toiles pour lâinterview dâune personnalitĂ© et de partager le reste de son temps entre le bar et la piscine de lâhĂŽtel comme le font certains journalistes occidentaux. Je parle de vivre avec le peuple, dâaller Ă sa rencontre, de lâĂ©couter, dâessayer de le comprendre. Ils verront alors que le prĂ©sident iranien jouit dâune grande popularitĂ© dans le monde arabo-musulman. Par ailleurs, un rapport de la FĂ©dĂ©ration Internationale des Droits de lâHomme qui fait suite Ă une importante mission dâenquĂȘte en IsraĂ«l rapporte, je cite, « les nombreuses discriminations raciales (âŠ) tant lĂ©galisĂ©es quâempiriques, sans aucun fondement de quelque nature que ce soit » qui constituent « une violation Ă la DĂ©claration universelle des droits de lâhomme, au Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, au Pacte international relatif aux droits Ă©conomiques, sociaux et culturels et Ă la Convention internationale pour lâĂ©limination de toutes les formes de discrimination raciale ».
Il est Ă©vident que si les occidentaux continuent de soutenir une telle entitĂ© raciste, ils devront finir par assumer Ă©galement la responsabilitĂ© du gĂ©nocide du peuple Palestinien et de la guerre qui se prĂ©pare. Depuis 62 ans cette entitĂ© viole toutes les lois internationales, procĂšde Ă une vĂ©ritable Ă©puration ethnique de la Palestine, refuse dâappliquer les rĂ©solutions de lâONU et poursuit sa guerre dâoccupation et dâexpansion Ă lâabri du discours trompeur de ses dirigeants. Vous seriez enfant Palestinien et vous auriez vu votre famille dĂ©cimĂ©e sous les bombes sionistes ou chassĂ©e de sa terre, pensez-vous que vous continueriez dâapplaudir aux rencontres diplomatiques sans lendemain avec un occupant qui piĂ©tine la diplomatie et les pactes internationaux jusquâau sein de lâONU ? Quant aux dirigeants des pays arabes au pouvoir qui ne sont, exception faite de la Syrie, que des modĂ©rĂ©s corrompus agenouillĂ©s devant les occidentaux, ils portent une lourde responsabilitĂ© dans lâextermination du peuple Palestinien et la prĂ©sence coloniale dans cette rĂ©gion du monde.
Geopolitique : Dans de telles conditions, pensez-vous quâaprĂšs tant dâannĂ©es une solution diplomatique puisse encore ĂȘtre trouvĂ©e ?
J-L.I. : En refusant toute vĂ©ritable nĂ©gociation pour que la Palestine retrouve lâintĂ©gralitĂ© de sa terre et ses droits, lâentitĂ© sioniste empoisonne la vie politique internationale et diplomatique depuis plus dâun demi-siĂšcle. Ce racisme religieux que les occidentaux et lâONU refusent de combattre oblige Ă considĂ©rer que la seule alternative qui reste dĂ©sormais pour en finir avec IsraĂ«l est la guerre. Que voulez-vous quâil reste quand des dirigeants refusent de voir la rĂ©alitĂ© des choses, dâentendre la voie de la diplomatie et donc de la sagesse ? Ainsi que je le rapporte dans mon livre, une mission dâenquĂȘte de la FĂ©dĂ©ration Internationale des Droits de lâHomme conclut que « le projet politique fondateur de lâEtat dâIsraĂ«l, lâinstauration dâun « Etat juif » est porteur dâune discrimination Ă lâĂ©gard de la population non juive ». Si « lâEtat dâIsraĂ«l est « lâEtat des juifs » comme le stipule lâarticle 7 de la loi fondamentale sur la Knesset, alors tout juif qui se trouve en dehors de cet Etat doit ĂȘtre considĂ©rĂ© comme immigrĂ©. Une liste noire des Etats et sociĂ©tĂ©s qui commercent avec IsraĂ«l, fournissent Ă cette entitĂ© du gaz, du pĂ©trole â comme la FĂ©dĂ©ration de Russie, la Turquie, la GĂ©orgie et quelques autres -, des armes et autres bien de consommation doit ĂȘtre dressĂ©e afin de dĂ©noncer publiquement leur participation au massacre du peuple Palestinien et dâorganiser un boycott progressif et massif de leur commerce. Il faut ainsi sâopposer comme le font une centaine dâorganisations, de partis politiques, dâassociations, y compris juives, Ă lâimplantation de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne Agrexco Ă SĂšte et ailleurs en France. Ce nâest quâun aspect du combat quâil faut aujourdâhui mener contre cette entitĂ© raciste jusquâĂ la contraindre Ă la raison car chaque jour elle vole la vie et la terre des Palestiniens.
Renforcer lâaction commune des peuples contre lâimpĂ©rialisme
Geostrategie : Revenons Ă lâIran. Pensez-vous que la RĂ©publique Islamique dâIran puisse affronter la crise provoquĂ©e par les occidentaux ?
J-L.I. : Crise est un bien grand mot. Je parlerai plutĂŽt de nouvelle provocation occidentale et dâingĂ©rence dans les affaires du peuple iranien. Non seulement elle le peut mais elle en sortira renforcĂ©e. Il faut savoir quâ au-delĂ dâun appareil dâEtat en pleine modernisation, la RĂ©publique Islamique dâIran dispose de militants rĂ©volutionnaires aguerris Ă la lutte contre les provocations occidentales, dâune jeunesse formĂ©e dans les Ă©coles et UniversitĂ©s ouvertes Ă toutes les couches de la population qui soutient majoritairement le rĂ©gime contrairement Ă ce que diffusent les mĂ©dias occidentaux, de penseurs et dâintellectuels riches de la culture perse, dâune religion avec laquelle la corruption et lâenrichissement personnel contre lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ne sont pas compatibles. Il ne faut pas oublier quâen aoĂ»t 1953 les occidentaux ont eux-mĂȘmes prĂ©parĂ© le coup dâEtat pour renverser le rĂ©gime dĂ©mocratique de Mohammad Mossadegh afin dâinstaller au pouvoir la dictature des Pahlavi qui a plongĂ© lâIran dans un bain de sang. Quelques mois aprĂšs son installation au pouvoir par les occidentaux, en 1954, un consortium composĂ© de compagnies Ă©tasuniennes, anglaises, françaises et hollandaises se mettait en place pour gĂ©rer lâexploitation pĂ©troliĂšre de lâIran au profit des actionnaires des grandes compagnies occidentales. Un vĂ©ritable pillage de lâIran sâest ainsi opĂ©rĂ© pendant prĂšs de vingt-six annĂ©es de dictature jusquâĂ la RĂ©volution islamique en 1978 et 1979. Il est Ă©vident que les dirigeants occidentaux entendent aujourdâhui dicter de nouveau Ă lâIran sa politique Ă©conomique tantĂŽt en lui interdisant dâutiliser lâĂ©nergie nuclĂ©aire, tantĂŽt en le menaçant, tantĂŽt en exerçant des pressions Ă©conomiques ou en essayant de dĂ©stabiliser son rĂ©gime dĂ©mocratiquement Ă©lu pour imposer une marionnette Ă leur solde afin de sâapproprier ses richesses.
Geostrategie : Mais vous ĂȘtes vous-mĂȘme athĂ©e et vous soutenez le pouvoir religieux de TĂ©hĂ©ran ?
J-L.I. : OĂč est le problĂšme ? Notre foi nâest pas la mĂȘme mais je constate que le rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran dĂ©fend lâindĂ©pendance Ă©conomique du pays, les nationalisations â mĂȘme si celles-ci doivent aujourdâhui passer Ă un niveau qualitatif supĂ©rieur â et donc la possibilitĂ© pour le peuple Iranien dâamĂ©liorer ses conditions dâexistence en participant plus fortement Ă la vie Ă©conomique. On ne peut en dire de mĂȘme du Vatican ou de lâentitĂ© sioniste qui sont deux des principales destinations du blanchiment de lâargent du crime organisĂ© et du commerce des armes, ni des Etats-Unis avec leurs 60 millions de pauvres oĂč la misĂšre, contrairement Ă la RĂ©publique Islamique dâIran, est en pleine expansion ! Quant Ă lâUnion EuropĂ©enne, donneuse de leçon de droits de lâHomme elle devrait commencer par sâoccuper de ses 20 millions de chĂŽmeurs, de ses 70 millions de citoyens mal logĂ©s, de ses 80 millions dâautres qui courent un risque de pauvretĂ© dont « la moitiĂ© dâentre eux est dans une situation de pauvretĂ© durable » si jâen crois le Rapport conjoint 2008 sur la protection sociale et lâinclusion sociale de la Commission europĂ©enne ! OĂč sont les droits de lâhomme pour ces habitants de la petite Europe ?
Par ailleurs, la France a fait le choix de servir de refuge Ă une organisation armĂ©e logĂ©e Ă Auvers-sur-Oise, en rĂ©gion parisienne, qui Ă©tait, voici peu de temps, classĂ© sur la liste noire des mouvements terroristes du DĂ©partement dâEtat Ă©tasunien et de lâUnion EuropĂ©enne. Elle vient dâen ĂȘtre retirĂ©e car les dirigeants anglo-saxons ont rĂ©alisĂ© quâils avaient besoin de lâinstrumentaliser pour dĂ©velopper une grande campagne contre la RĂ©publique Islamique dâIran. Tout ce qui peut leur servir contre lâIran rĂ©volutionnaire est bon. Il serait du reste intĂ©ressant de savoir de qui cette organisation reçoit des fonds et des armes en quantitĂ© impressionnante⊠Le gouvernement français devrait prendre garde. Que nâentendrait-on si lâIran abritait sur son sol une organisation dont le but avouĂ© serait de renverser le gouvernement français ?! Sans intervenir dans les affaires intĂ©rieures iraniennes, je pense que les dirigeants iraniens devraient revoir les conditions des Ă©changes avec les pays de lâUnion EuropĂ©enne, tout particuliĂšrement la France, et choisir des partenaires commerciaux plus fiables et respectueux de lâindĂ©pendance des peuples. Cela vaut pour lâIran comme pour tous les peuples qui se lĂšvent sur tous les continents et qui doivent, au-delĂ de leurs croyances diffĂ©rentes, se rapprocher pour agir en commun contre lâimpĂ©rialisme.
Geostrategie : Le conflit majeur dont vous parlez pourrait prendre des formes nouvelles ?
J-L.I. : Je le pense car les occidentaux semblent oublier quâil ne peut y avoir de second Hiroshima puisque cela signifierait la fin de lâHumanitĂ©. Le prĂ©sident Ă©tasunien Obama qui a pris un ton aux relents de guerre froide vis-Ă -vis de la FĂ©dĂ©ration de Russie devrait bien rĂ©flĂ©chir Ă changer dâattitude contre le cĆur de lâEurasie. De mĂȘme, son implication et celle de son administration â CIA, Institut de lâhĂ©misphĂšre occidental pour la sĂ©curitĂ© et la coopĂ©ration et Commandement Sud des Etats-Unis (Southcom) â dans le coup dâEtat en juin dernier contre Manuel Zelaya, prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu du Honduras, ne fait que confirmer la poursuite de la politique belliciste et agressive de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Vous constaterez au passage la disproportion du traitement dans les mĂ©dias français entre le coup dâEtat Ă©tasunien au Honduras avec des centaines de morts et des milliers dâarrestations qui nâont eu droit quâĂ quelques toutes petites minutes dâantenne et le coup dâEtat manquĂ© des occidentaux en Iran qui a fait chaque jour lâobjet de commentaires aussi faux quâabondants. Les Etats-Unis ne sont plus en Ă©tat de dicter leur volontĂ© au monde et leur prĂ©sident va devoir faire front sur le plan intĂ©rieur aux dĂ©ceptions qui vont naĂźtre des promesses quâil a faites pour ĂȘtre Ă©lu et quâil ne pourra tenir.
Sur le plan extĂ©rieur les guerres quâil entretient et les nouvelles quâil cherche Ă provoquer vont accroĂźtre lâendettement et contribuer au processus dâaffaiblissement majeur des Etats-Unis et du capitalisme en faillite. Imaginez ce quâil adviendrait de la sociĂ©tĂ© Ă©tasunienne dans un tel contexte politique, Ă©conomique et social si son prĂ©sident noir Ă©tait victime dâun odieux attentat raciste perpĂ©trĂ© par un groupe sioniste ou des miliciens extrĂ©mistes blancs ?!⊠Imaginez ce quâil adviendrait demain si les images captĂ©es par satellite et camĂ©ras sur le prĂ©tendu attentat contre le Pentagone en septembre 2001 Ă©taient publiĂ©es ? Certains responsables du Federal Bureau of Investigation en ont une idĂ©e pour avoir fait saisir aux Etats-Unis certaines de ces bandes vidĂ©osâŠIl est Ă©trange, ne trouvez-vous pas, que cette manipulation et mise en scĂšne hollywoodienne ait Ă©chappĂ© aux « yeux du ciel » pour lâun des bĂątiments les plus surveillĂ©s de la planĂšte ? Sans doute faut-il encore laisser du temps au temps. Les occidentaux ne sont plus les seuls Ă maĂźtriser les nouvelles technologies et les peuples Ă qui ils ont pris leurs familles, leurs terres, leurs richesses, leur espoir, leur avenir nâont plus rien Ă perdre. Ces « terroristes » lĂ seront les libĂ©rateurs dâaujourdâhui comme lâĂ©taient hier communistes et sans partis dans la RĂ©sistance contre le nazisme. A mains nues ou en costume cravate nous devons ĂȘtre Ă leurs cĂŽtĂ©s car pour eux comme pour nous, lâavenir câest aujourdâhui la rĂ©volution ou la guerre.
Source: GéostratÚgie
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