Category: Politique

fév 09 2010

Et si la GrĂšce montrait la voie de la rĂ©volte contre l’UE et le FMI ?

La ruine financiĂšre totale, autrefois un problĂšme rĂ©servĂ© aux pays en dĂ©veloppement, frappe maintenant l’Europe. Le FMI impose ses «mesures d’austĂ©rité» aux pays pĂ©riphĂ©riques de l’UE, la GrĂšce, l’Islande et la Lettonie Ă©tant les plus touchĂ©es. Mais ce ne sont pas nos habituels solliciteurs du tiers monde. Historiquement, l’Islande a Ă©tĂ© colonisĂ©e par les Vikings qui envahirent avec succĂšs la Grande-Bretagne. Les tribus lettones repoussĂšrent mĂȘme les Vikings. Les Grecs, quant Ă  eux, conquirent tout l’Empire perse.

grece

Des dizaines de pays ont Ă©tĂ© dans l’incapacitĂ© de payer leurs dettes au cours des rĂ©centes dĂ©cennies, le dernier Ă©tant Dubai, qui a de­mandĂ© le 26 novembre un moratoire sur sa dette. Si l’émirat arabe naguĂšre hyper-riche peut le faire, des pays dont la situation est plus dĂ©sespĂ©rĂ©e le peuvent Ă©galement. Et quand l’alternative est de dĂ©truire l’économie indi­gĂšne, il est difficile de prĂ©tendre qu’ils devraient s’en abstenir. C’est particuliĂšrement vrai lorsque les crĂ©anciers sont largement responsables et qu’on a de bonnes raisons de penser que les dettes n’ont pas lieu d’ĂȘtre. Les problĂšmes de la GrĂšce ont commencĂ© quand de faibles taux d’intĂ©rĂȘts inadaptĂ©s Ă  la GrĂšce ont Ă©tĂ© maintenus pour sauver l’Allemagne de l’effondrement Ă©conomique. Et l’Islande comme la Lettonie se sont retrouvĂ©es responsables de dettes privĂ©es qui ne les concernaient pas. L’économiste Michael Hudson Ă©crit:

«L’Union europĂ©enne et le Fonds monĂ©taire international leur ont dit de remplacer les dettes privĂ©es par des obligations publiques et de les financer en augmentant les impĂŽts, en rĂ©duisant les dĂ©penses publiques et en obligeant les citoyens Ă  dĂ©penser leurs Ă©conomies. Les gens en veulent de plus en plus non seulement Ă  ceux qui ont fait ces dettes mais Ă©galement aux conseillers nĂ©olibĂ©raux et au crĂ©anciers Ă©trangers qui ont fait pression sur leurs gouvernements pour qu’ils vendent les banques et leurs infrastructures publiques Ă  des initiĂ©s.»1

Mauvais fonctionnement de l’UE: Ă©chec de la monnaie commune

La GrĂšce pourrait ĂȘtre le premier des pays pĂ©riphĂ©rique Ă  se rĂ©volter. Ambrose Evans-Pritchard Ă©crit dans le «Daily Telegraph» du 13 dĂ©cembre dernier que «la GrĂšce est le premier pays en crise aux marges de l’union monĂ©taire europĂ©enne Ă  dĂ©fier Bruxelles et Ă  rejeter ce remĂšde moyenĂągeux qu’est la baisse des salaires. Le Premier ministre PapandhrĂ©ou a dĂ©clarĂ© le 11 dĂ©cembre:

«Les salariĂ©s ne feront pas les frais de la situation: nous n’allons pas procĂ©der Ă  un gel ou Ă  une baisse des salaires. Nous ne sommes pas venus au pouvoir pour dĂ©manteler l’Etat social.»

Evans-Pritchard note que «M. Papan­dhrĂ©ou a de bonnes raisons de dĂ©fier l’UE. On a dit Ă  la GrĂšce d’adopter des mesures d’austĂ©ritĂ© sans la dĂ©valuation qui est au centre des plans du FMI. Cette demande est ruineuse et manifestement contraire au but recherchĂ©.»

La monnaie ne peut pas ĂȘtre dĂ©valuĂ©e parce que le mĂȘme euro a cours partout. Cela sig­nifie que, comme la capacitĂ© du pays Ă  rembourser sa dette est paralysĂ©e par les mesures d’austĂ©ritĂ©, il n’y a pas moyen de rĂ©duire le coĂ»t de la dette. Evans-Pritchard conclut:

«La vĂ©ritĂ© que peu de personnes dans la zone euro sont prĂȘtes Ă  considĂ©rer est que l’Union monĂ©taire europĂ©enne pose de graves problĂšmes 
 Ă  la GrĂšce, Ă  l’Allemagne, Ă  tous les pays membres.»2

C’est pourquoi l’Islande, qui n’est pas encore membre de l’UE, a de bonnes raisons de reconsidĂ©rer sa position. On met comme condition Ă  son adhĂ©sion qu’elle rembourse les investisseurs hollandais et britanniques qui ont perdu de l’argent dans la faillite d’IceSave, filiale en ligne de la plus grande banque privĂ©e islandaise. Eva Joly, juge norvĂ©go-française engagĂ©e pour enquĂȘter sur la faillite de la banque islandaise, parle de chantage. Pour elle, cĂ©der aux demandes de l’UE, ce serait ponctionner les ressources du pays et de ses habitants qui sont contraints d’émigrer pour trouver du travail.3

La Lettonie est membre de l’UE et devrait adopter l’euro, mais elle n’en est pas encore Ă  ce stade. L’UE et le FMI ont demandĂ© au gouvernement d’emprunter des monnaies Ă©trangĂšres pour stabiliser le taux de change de sa monnaie afin d’aider les emprunteurs Ă  payer les hypothĂšques souscrites en monnaies Ă©trangĂšres dans des banques Ă©trangĂšres. On exige que le gouvernement, pour obtenir de l’argent du FMI, procĂšde aux Ă©conomies habituelles. Selon Nils Muiznieks, directeur de l’Advanced Social and Political Institute de Riga, « le reste du monde applique des plans de relance allant de 1 Ă  10% du PIB mais en mĂȘme temps, on demande Ă  la Lettonie de faire d’importantes coupes budgĂ©taires qui se montent cette annĂ©e Ă  38% dans le secteur public et Ă  augmenter les impĂŽts afin de rĂ©duire le dĂ©ficit. »4

En novembre, le gouvernement letton a adoptĂ© le budget le plus rigoureux de ces derniĂšres annĂ©es, avec des coupes de prĂšs de 11%. Il a dĂ©jĂ  augmentĂ© les impĂŽts, taillĂ© dans les dĂ©penses publiques, diminuĂ© les salaires des fonctionnaires et fermĂ© des di­zaines d’écoles et d’hĂŽpitaux. Il en rĂ©sulte que la Banque nationale prĂ©voit un recul de l’économie de 17,5% cette annĂ©e5 alors que le pays aurait besoin d’une Ă©conomie productive pour se remettre d’aplomb. En Islande, l’économie a subi un recul de 7,2% au cours du troisiĂšme trimestre,6 taux le plus important jamais enregistrĂ©. Comme dans les autres pays saignĂ©s Ă  blanc par les restrictions nĂ©olibĂ©rales de productivitĂ©, l’emploi et la production sont paralysĂ©s, ce qui met l’économie Ă  genoux.

Si l’on est cynique, on dira que c’était bien lĂ  l’intention. Au lieu d’aider les pays post-soviĂ©tiques Ă  dĂ©velopper des Ă©conomies indĂ©pendantes, Ă©crit Marshall Auerback, « l’Occident les a considĂ©rĂ©s comme des huĂźtres Ă©conomiques Ă  briser et Ă  endetter afin d’en tirer profit, laissant des coquilles vides .»7

Mais les gens ne se soumettent pas sans mot dire. En Lettonie, au dĂ©but dĂ©cembre 2009, alors que le Parlement dĂ©battait de la dette publique, des milliers d’étudiants et d’enseignants dĂ©filaient dans les rues pour protester contre la fermeture de centaines d’écoles et des baisses de salaires allant jusqu’à 60%. Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: «Ils ont vendu leur Ăąme au diable» et « Nous sommes contre la pauvretĂ© ». Au Parlement islandais, le dĂ©bat sur IceSave a durĂ©, aux der­niĂšres nouvelles, plus de 140 heures, un nouveau record. Et une proportion croissante de la population refuse d’assumer une dette qui, Ă  son avis, n’est pas celle de l’Etat.

Le 3 dĂ©cembre, dans un article du «Daily Mail» intitulĂ© «Ce que l’Islande peut ap­prendre aux Tories», Mary Ellen Synon Ă©crivait que depuis que l’économie islandaise s’était effondrĂ©e, l’annĂ©e derniĂšre, « les bĂątisseurs d’empire de Bruxelles espĂ©raient que les Islandais ruinĂ©s et effrayĂ©s seraient finalement prĂȘts Ă  Ă©changer leur indĂ©pendance contre la stabilitĂ© que leur offrait l’adhĂ©sion Ă  l’UE ». Mais le mois dernier, un sondage d’opinion montrait que 54% des Islandais Ă©taient opposĂ©s Ă  l’adhĂ©sion alors que seuls 29% y Ă©taient favorables. Synon Ă©crivait:

« Bien que les Islandais aient pu avoir une peur bleue l’annĂ©e derniĂšre, ils se dĂ©gagent maintenant des ruines de leur prospĂ©ritĂ© et ont dĂ©cidĂ© que la chose la plus prĂ©cieuse qui leur reste est leur indĂ©pendance. Ils ne sont pas disposĂ©s Ă  l’échanger, mĂȘme dans la perspective d’un sauvetage de la Banque centrale europĂ©enne. »8

L’Islande, la Lettonie et la GrĂšce sont toutes en situation de mettre le FMI et l’UE au pied du mur. Dans un article paru le 1er octobre et intitulĂ© «Lettonie, la folie continue», Marshall Auerback affirmait que le problĂšme de la dette de la Lettonie pouvait ĂȘtre rĂ©glĂ© au cours d’un week-end au moyen d’une sĂ©rie de mesures: 1) ne pas rĂ©pondre au tĂ©lĂ©phone lorsque des crĂ©anciers Ă©trangers appellent le gouvernement; 2) dĂ©clarer les banques insol­vables, convertir leur dette extĂ©rieure en capital propre, les rouvrir et leur permettre de garantir les dĂ©pĂŽts en monnaie locale; 3) accorder Ă  toutes les personnes disposĂ©es et capables de travailler un emploi payĂ© Ă  un sa­laire minimum en monnaie locale avec sĂ©curitĂ© sociale, comme l’a fait l’Argentine aprĂšs que le rĂ©gime Kirchner eut repoussĂ© le plan toxique de remboursement de sa dette imposĂ© par le FMI.»9

Evans-Pritchard suggĂšre un remĂšde similaire pour la GrĂšce qui pourrait lui per­mettre de faire sauter le carcan mortel oĂč elle se trouve en suivant l’exemple de l’Argentine. Elle pourrait «rĂ©tablir sa monnaie, la dĂ©valuer, adopter une loi transformant les dettes en euro en monnaie locale et en « restructurant les contrats avec l’étranger ».

Un moyen peu utilisé: dire non au FMI

RĂ©sister au FMI n’est pas un moyen trĂšs uti­lisĂ©, mais l’Argentine a montrĂ© la voie. En 2001, au vu des pronostics dĂ©sastreux selon lesquels l’économie pourrait s’effondrer en l’absence de crĂ©dits Ă©trangers, elle a dĂ©fiĂ© ses crĂ©anciers et s’est dĂ©tournĂ©e de ses dettes. A l’automne 2004, trois ans aprĂšs un dĂ©faut de payement record de plus de 100 milliards de dollars, le pays Ă©tait sur la voie du redressement et il avait rĂ©ussi cette prouesse sans aide Ă©tran­gĂšre. La croissance Ă©conomique fut de 8% pendant deux annĂ©es consĂ©cutives. Le volume des exportations augmenta, la monnaie Ă©tait stable, les investisseurs revenaient et le chĂŽmage diminua. Selon l’économiste Mark Weisbrot interrogĂ© en 2004 par le New York Times, « c’est un Ă©vĂ©nement historique remarquable qui remet en cause 25 ans de mauvaise politique. Alors que d’autres pays avancent cahin-caha, l’Argentine vit une croissance trĂšs saine dont rien ne permet de penser qu’elle ne durera pas, et elle l’a rĂ©ussie sans faire aucune concession pour attirer des capitaux Ă©trangers. »

Weisbrot est le co-directeur du laboratoire d’idĂ©es Center for Economic and Policy Research basĂ© Ă  Washington qui a publiĂ© en octobre 2009 une Ă©tude sur les 41 pays dĂ©biteurs du FMI. Selon cette Ă©tude, les politiques d’austĂ©ritĂ© imposĂ©es par le FMI, notamment la rĂ©duction des dĂ©penses et le resserrement de la politique monĂ©taire, risquaient de faire plus de mal que de bien aux Ă©conomies de ces pays.

C’est Ă©galement la conclusion d’une Ă©tude publiĂ©e en fĂ©vrier 2009 et due Ă  Yonka Özemir de la Middle East Technical University d’Ankara, qui compare l’assistance du FMI Ă  l’Argentine et Ă  la Turquie.10 Ces deux marchĂ©s Ă©mergents ont subi en 2001 de graves crises Ă©conomiques prĂ©cĂ©dĂ©es de dĂ©ficits budgĂ©taires chroniques, d’une croissance insuffisante des exportations, d’un important endettement, d’une instabilitĂ© politique et d’une inĂ©galitĂ© dans la rĂ©partition des richesses.

Tandis que l’Argentine faisait bande Ă  part, la Turquie suivait les conseils du FMI. Le rĂ©sultat final a Ă©tĂ© que l’Argentine a rebondi alors que la Turquie connaĂźt encore la crise financiĂšre. La confiance de la Turquie dans les investissements Ă©trangers l’a rendue trĂšs vulnĂ©rable Ă  la rĂ©cession mondiale. L’Argentine, elle, a choisi d’investir dans le pays, de dĂ©velopper l’économie indigĂšne.

Pour trouver l’argent nĂ©cessaire, elle n’a pas eu besoin d’investisseurs Ă©trangers. Sa banque centrale a Ă©mis sa propre monnaie et accordĂ© ses crĂ©dits. Lorsque la monnaie nationale s’est totalement effondrĂ©e en 1995, puis une nouvelle fois en 2000, les gouvernements locaux ont Ă©mis des obligations locales qui ont Ă©tĂ© nĂ©gociĂ©es comme de la monnaie. Les provinces ont payĂ© leurs fonctionnaires avec des « obligations d’annulation de dette » Ă©quivalentes au peso. Ces obligations annulaient les dettes des provinces envers leurs fonctionnaires et pouvaient ĂȘtre dĂ©pensĂ©es comme de l’argent. Les provinces avaient «monĂ©tisé» leurs dettes en transformant leurs obligations en monnaie lĂ©gale.

L’Argentine est un vaste pays dont les ressources sont plus importantes que celles de l’Islande, de la Lettonie ou de la GrĂšce, mais les nouvelles technologies permettent Ă©galement Ă  des petits pays de devenir autosuffisants. (cf. David Blume: alcoholcanbeagas)11

Des monnaies locales pour un développement local

Les gouvernements ont le droit souverain d’émettre et de prĂȘter de la monnaie et l’Islande le perdra si elle rejoint l’UE qui interdit aux Etats membres d’emprunter de l’argent Ă  leurs propres banques centrales. Pourtant les habitants de ces pays frappĂ©s par la crise pourraient continuer de dĂ©velopper leurs res­sources s’ils disposaient des crĂ©dits nĂ©ces­saires. Un contrĂŽle souverain sur leur monnaie locale leur permettrait d’obtenir des crĂ©dits simplement en les crĂ©ant dans la comptabilitĂ© de leurs banques d’Etat.

En rĂ©alitĂ©, cette proposition n’a rien d’extraordinaire. Toutes les banques privĂ©es obtiennent les crĂ©dits qu’elles accordent Ă  leurs clients en les crĂ©ant dans leur comptabilitĂ©. Contrairement aux idĂ©es reçues, les banques ne prĂȘtent pas leur propre argent ou celui de leurs dĂ©posants. Comme le confirme la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine,12 les banques prĂȘtent de l’argent neuf créé par une comptabilitĂ© en partie double sous la forme de dĂ©pĂŽts des emprunteurs d’un cĂŽtĂ© et d’actifs de la banque de l’autre.

Outre le fait qu’ils permettent de lutter contre le gel des crĂ©dits, les crĂ©dits accordĂ©s par les gouvernements ont l’avantage de pouvoir ĂȘtre sans intĂ©rĂȘt. En Ă©liminant les intĂ©rĂȘts, on rĂ©duit considĂ©rablement les coĂ»ts de production.13

L’argent Ă©mis par les gouvernements pour financer des projets publics a une longue histoire couronnĂ©e de succĂšs qui remonte au moins au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, lorsque la colonie amĂ©ricaine de Pennsylvanie Ă©mit une monnaie qui Ă©tait Ă  la fois prĂȘtĂ©e et dĂ©pensĂ©e par le gouvernement local dans l’économie locale. Il en rĂ©sulta une pĂ©riode de prospĂ©ritĂ© sans prĂ©cĂ©dent obtenue sans inflation ni impĂŽts.14

L’Etat insulaire de Guernesey, situĂ© dans la Manche, a financĂ© ses infrastructures avec de l’argent Ă©mis par le gouvernement il y a plus de 200 ans sans inflation des prix ni dette publique.

Durant la PremiĂšre Guerre mondiale, lorsque les banques demandaient des intĂ©rĂȘts de 6%, la Commonwealth Bank, Ă©tablissement de l’Etat australien, a financĂ© l’effort de guerre du pays Ă  un taux d’intĂ©rĂȘt infĂ©rieur Ă  1%, Ă©conomisant aux Australiens 12 millions de dollars de frais bancaires. AprĂšs la guerre, le gouverneur de la banque a Ă©pargnĂ© aux Australiens la dĂ©pression qui rĂ©gnait dans d’autres pays en finançant la production, la construction de logements et en accordant des crĂ©dits Ă  des gouvernements locaux pour la construction de routes, de lignes de trams, de ports, d’usines Ă  gaz et de centrales Ă©lectriques. Les profits de la banque Ă©taient reversĂ©s Ă  l’Etat.

AprĂšs avoir Ă©lu son premier gouvernement travailliste dans les annĂ©es 1930, la Nou­velle-ZĂ©lande mit en place avec succĂšs un programme d’infrastructures financĂ© grĂące Ă  un crĂ©dit national sans intĂ©rĂȘt. Le crĂ©dit accordĂ© par la banque centrale nationalisĂ©e permit Ă  la Nouvelle-ZĂ©lande de prospĂ©rer Ă  une Ă©poque oĂč le reste du monde Ă©tait en proie Ă  la pauvretĂ© et au manque de productivitĂ©.

L’argument contre l’émission et le prĂȘt d’argent par les gouvernements pour les infrastructures est que cela provoque l’inflation, mais ce n’est pas nĂ©cessairement le cas. L’inflation des prix se produit lorsque la «de­mande» (l’argent) augmente plus rapidement que l’«offre» (biens et services). Quand on augmente la masse monĂ©taire nationale pour financer des projets productifs, l’offre augmente avec la demande, sans affecter les prix.

De toute façon, comme nous l’avons dit plus haut, les banques privĂ©es crĂ©ent elles-mĂȘmes l’argent qu’elles prĂȘtent. Le processus par lequel elles crĂ©ent de la monnaie est inflationniste parce qu’elles ne prĂȘtent que le capital, pas les intĂ©rĂȘts nĂ©cessaires Ă  rembourser leurs emprunts. Pour payer les intĂ©rĂȘts, il faut faire de nouveaux emprunts.

L’important, c’est d’utiliser la monnaie nouvellement créée ou le crĂ©dit pour des projets productifs qui augmentent les biens et les services plutĂŽt que pour la spĂ©culation et pour payer les dettes publiques en monnaies Ă©trangĂšres (le piĂšge dans lequel est tombĂ© le Zimbabwe). On peut protĂ©ger la monnaie nationale contre les spĂ©culateurs15 en imposant des contrĂŽles des changes, comme l’a fait la Malaisie en 1998, en imposant des con­trĂŽles des capitaux, comme le font actuellement le BrĂ©sil et Taiwan, en interdisant les instruments financiers Ă  terme ou en imposant une «taxe Tobin» sur les transactions monĂ©taires internationales.

Guérir les créanciers

Si les crĂ©anciers souhaitent vraiment rĂ©cupĂ©rer leurs prĂȘts, ils comprendront qu’il est sage de laisser le pays dĂ©biteur dĂ©velopper son Ă©conomie pour lui permettre de rembourser ses dettes. Si les crĂ©anciers ne tiennent pas vraiment Ă  ĂȘtre remboursĂ©s mais utilisent la dette comme un moyen d’exploiter le pays dĂ©biteur et de le priver de ses actifs, il faut dĂ©noncer le bluff des crĂ©anciers.

Lorsque le pays dĂ©biteur refuse de payer, le fardeau pousse les crĂ©anciers Ă  se guĂ©rir eux-mĂȘmes. L’économiste britannique Michael Rowbotham suggĂšre que dans le monde de la monnaie Ă©lectronique, cela peut ĂȘtre effectuĂ© par des rĂ©gulateurs bancaires crĂ©atifs simplement en modifiant les rĂšgles comptables. Aujourd’hui, on peut crĂ©er des dettes Ă  l’aide d’écritures comptables et les annuler de la mĂȘme maniĂšre. Rowbotham esquisse deux moyens permettant de changer les rĂšgles afin d’annuler des dettes impossibles Ă  rembourser:

«La premiĂšre option consiste Ă  libĂ©rer les banques de l’obligation de maintenir la paritĂ© entre l’actif et le passif. Ainsi, si une banque commerciale dĂ©tient pour 10 millions de dollars de crĂ©ances d’un pays en dĂ©veloppement, elle pourrait ĂȘtre autorisĂ©e Ă  avoir Ă  perpĂ©tuitĂ©, aprĂšs annulation, 10 millions de dollars de dĂ©ficit dans son bilan. C’est une simple question d’écritures.

La seconde option consiste Ă  annuler les crĂ©ances tout en permettant aux banques de les conserver pour des raisons comptables. Les dettes seraient annulĂ©es pour les pays en dĂ©veloppement mais conservĂ©es Ă  des fins de comptabilitĂ© bancaire. Ces crĂ©ances seraient conservĂ©es Ă  leur valeur nominale en tant qu’actifs permanents, non nĂ©gociables.»16

Si les banques étaient autorisées soit à porter en compte les crédits non remboursables ou à se faire rembourser en monnaies locales, leurs actifs et leur solvabilité seraient préservés.

Source : Web Of Debt

Traduction : Horizons et Débats

Notes :

1 Recovering from Neoliberal Disaster. Why Iceland and Latvia Won’t (and Can’t) Pay the EU for the Kleptocrats’ Ripoffs. Prof. Michael Hudson. www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14800
2 Ambrose Evans-Pritchard. Greece defies Europe as EMU crisis turns deadly serious. www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/
3 Eva Joly: Iceland is being blackmailed. icelandweatherreport.com/2009/08/eva-joly-iceland-is-being-blackmailed.html
4 Zit. In: Pavol Stracansky. G20: IMF Finds a New Unpopularity. ipsnews.net/news.asp?idnews=48594
5 Ilmars RimĆĄevics, Governor, Bank of Latvia. Recent Economic Developments and Banking in Latvia. www.bank.lv/eng/main/all/sapinfo/presrunas/receco/
6 Kay Murchie. Iceland’s economy shrinks at record pace. www.financemarkets.co.uk/2009/12/07/icelands-economy-shrinks-at-record-pace/
7 Marshall Auerback. Latvia: The Insanity continues. www.creditwritedowns.com/2009/10/latvia-the-insanity-continues.html
8 Mary Ellen Synon. What Iceland can teach the Tories. synonblog.dailymail.co.uk/2009/12/what-iceland-can-teach-the-tories.html
9 Marshall Auerback, a.a.O.
10 More a Curse than a Cure? The Role of the IMF after the Argentine and Turkish Financial Crises. Von Yonca Özdemir. Political Science & International Relations Program. Middle East Technical University, Northern Cyprus Campus. Paper prepared for delivery at the 2009 Annual Convention of the International Studies Association (ISA), February 15–18, 2009, New York.
11 alcoholcanbeagas.com/node/587
12 ModernMoneyMechanics. Federal Bank of Chicago. www.rayservers.com/images/.pdf
13 The McKleever Institute of Economic Policy
Analysis. There are Alternatives. (T.A.A.)
Project winning Essay. Margrit Kennedy
inspires New Zealand Groups to Establish
Regional Money Systems. By Deidre Kent.
www.mkeever.com/kent.html
14 Ellen Brown. Sustainable Energy Development: How Costs Can Be Cut in Half.
www..com/articles/energy-costs.php
15 A Debt Moratorium for Iceland.
www.actindependent.org/icelandprogram.pdf
16 How to Cancel Third World Debt. by Michael Rowbotham. www.prosperityuk.com/prosperity/articles/cantwd.html

fév 05 2010

Le compte à rebours est lancé

Article mis Ă  jour Ă  14h57 avec l’analyse de Paul Jorion

Le piĂšge s’est refermĂ© sur la GrĂšce. MalgrĂ© les mesures drastiques prises ces derniers jours par le gouvernement PapandrĂ©ou, la faillite du pays semble inĂ©luctable. Elle ne manquera pas d’enclencher une rĂ©action en chaĂźne aux consĂ©quences pour l’heure incalculables. L’Allemagne Ă  beau dire que la pĂ©ninsule hellĂ©nique jouit « du soutien total de l’Union europĂ©enne », l’incendie gagne maintenant l’Espagne, le Portugal la Grande-Bretagne et l’Irlande qui ont laissĂ© pendant trop longtemps gonfler des bulles de crĂ©dit qui sont aujourd’hui sur le point d’exploser.

La nuit est en train de tomber sur l’Europe.

Mecanopolis

europenuit

Il rĂšgne un silence assourdissant parmi les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, alors que la crise dans la crise que connaĂźt l’Europe est en train de progressivement s’élargir. CentrĂ©e initialement sur la GrĂšce, elle est en train de s’étendre rĂ©solument en Espagne et au Portugal. Nous Ă©tions suspendus Ă  un signal, qui aurait pu ĂȘtre donnĂ© par Jean-Claude Trichet, le prĂ©sident de la BCE – dont une rĂ©union des gouverneurs avait lieu aujourd’hui – mais il n’est pas venu.

La GrĂšce doit continuer Ă  ne compter que sur elle-mĂȘme. Jean-Claude Trichet s’est contentĂ© de dĂ©clarer que le gouvernement grec avait fait « des pas dans la bonne direction », ce qui impliquait qu’il allait devoir en faire d’autres. Cherchant Ă  relativiser la crise actuelle, comparant le dĂ©ficit public de la zone euro Ă  celui des Etats-Unis ou du Japon : 6% pour la premiĂšre et 10% pour les seconds. Une faible parade, puisque ce sont les maillons faibles de la zone euro qui sont menacĂ©s (et elle dans son entier, par ricochet) et qu’aucune manifestation de solidaritĂ© financiĂšre de sa part n’est donc toujours annoncĂ©e.

Analyse de Paul Jorion



Car il y a dans la situation actuelle une nouveautĂ© importante : ce ne sont plus seulement les situations particuliĂšrement pĂ©rilleuses de tel ou tel pays de la zone euro qui semblent motiver les marchĂ©s, mais aussi l’inaction et le silence des principaux pays membres, l’Allemagne et la France. Car il est clair que les efforts qui sont demandĂ©s Ă  la GrĂšce, vu leur importance extrĂȘme, ne pourront ĂȘtre rĂ©ellement accomplis que si une aide financiĂšre lui est par ailleurs accordĂ©e. Sa fragilitĂ© de dĂ©part est accentuĂ©e par sa solitude dans l’épreuve, et non le contraire.

Les dĂ©clarations prononcĂ©es par Joaquim Almunia, commissaire aux affaires Ă©conomiques sortant, avaient aggravĂ© hier la tension. « Certains membres de la zone euro, avec des positions de dĂ©part diffĂ©rentes, des caractĂ©ristiques diffĂ©rentes, partagent des problĂšmes communs », avait-il dĂ©clarĂ© Ă  propos de la GrĂšce, du Portugal et de l’Espagne. Un autre son de cloche prĂ©valait aujourd’hui, afin de tenter de calmer le jeu. Le chef de file de l’Eurogroup, Jean-Claude Junker, dĂ©clarait que l’Espagne et le Portugal « ne posent pas de risque ». Caroline Aktinson, la porte-parole du FMI, choisissait pour sa part de dĂ©cerner un satisfecit aux Grecs: « Nous pensons assurĂ©ment que les objectifs du plan sont bien choisis ».

Les regards se tournent dĂ©sormais vers Madrid, qui a prĂ©ventivement annoncĂ© un plan d’austĂ©ritĂ© de 50 milliards d’euro sur trois ans, accueilli avec scepticisme tant en raison de son montant et des mesures qu’il implique que des prĂ©visions de croissance sur lequel il repose. Or, les rumeurs se multiplient Ă  propos d’un abaissement de la note de la dette publique espagnole par une nouvelle agence de notation, emboĂźtant le pas de Standard & Poor’s, qui l’a fait en dĂ©cembre dernier. Le taux des obligations Ă  trois ans passant en moyenne Ă  2,61% Ă  l’occasion d’une nouvelle Ă©mission, au lieu de 2,13% dĂ©but dĂ©cembre. L’Espagne a un autre poids Ă©conomique au sein de la zone euro que la GrĂšce, elle en est la 4 Ă©me puissance Ă©conomique, et tout problĂšme l’atteignant aurait d’importantes rĂ©percussions dans toute la zone.

Faute d’informations, on en est rĂ©duit Ă  faire des suppositions, afin de comprendre les raisons de l’attitude des principaux pays de la zone euro. Il a Ă©tĂ© largement fait Ă©tat de discussions, dans un premier temps, puis plus rien n’est sorti
. On sait seulement qu’une des solutions qui aurait pu ĂȘtre trouvĂ©e Ă©tait la crĂ©ation d’euro-obligations, mais qu’elle a Ă©tĂ© refusĂ©e, depuis dĂ©jĂ  des mois, tout Ă  la fois par les Allemands, les Français et les NĂ©erlandais. Car elle reviendrait, tous les pays de la zone Ă©mettant ce nouveau type d’obligations bĂ©nĂ©ficiant du mĂȘme taux, Ă  faire profiter de celui-ci les pays les plus vulnĂ©rables sur le marchĂ© de la dette, au dĂ©triment des plus forts, qui obtiennent actuellement de meilleurs taux que ceux qu’obtiendraient des euro-obligations. On a Ă©galement envisagĂ© de rĂ©unir des soutiens d’Etats isolĂ©s ou de groupes d’Etats, ainsi qu’une intervention de la Banque europĂ©enne d’investissement (BEI), qui a aussi Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e.

En rĂ©alitĂ©, le dossier n’est pas technique mais politique. Les mesures qui pourraient ĂȘtre adoptĂ©es pour soutenir la GrĂšce seront inĂ©vitablement appelĂ©es, en effet, Ă  faire jurisprudence. Les sommes qui devraient ĂȘtre engagĂ©es et levĂ©es suivant des modalitĂ©s ad hoc seraient plus que consĂ©quentes et entraĂźneraient ceux qui les garantiraient, de jure ou de facto, plus loin qu’ils ne sont prĂȘts Ă  l’envisager. CrĂ©ant par ailleurs une sorte d’alĂ©a moral qu’il est hors de question d’accorder aux gouvernements (alors qu’il l’a Ă©tĂ© aux banques). Risquant de les induire Ă  chercher Ă  esquiver la mise en vigueur de plans d’austĂ©ritĂ©, l’objectif numĂ©ro 1.

Ce calcul risque d’ĂȘtre de plus en plus difficile Ă  tenir, si l’Espagne et le Portugal entrent Ă  leur tour dans la zone de tempĂȘte, risquant de dĂ©stabiliser celle de l’euro bien au-delĂ  de ce que pourrait faire la GrĂšce. En rĂ©alitĂ©, la soliditĂ© de la zone euro est menacĂ©e dans les deux cas de figure possibles, en cas d’un secours gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  tous ses membres (mutualisant le coĂ»t d’une dette devenue Ă©norme), ou en cas d’abandon des pays les plus faibles, ce qui sera trĂšs probablement illusoire. Il faut donc choisir entre deux risques.

Car qui dit que les marchĂ©s en resteraient lĂ  ? N’ont-ils pas compris que, dans la crise actuelle, c’est l’Europe en entier – zone euro et Grande-Bretagne – qui est le maillon faible qu’il faut attaquer ? Que l’éclatement de la zone euro ouvrirait un terrain spĂ©culatif d’élection, permettant d’élargir le champ d’action du Forex (l’énorme marchĂ© hautement spĂ©culatif des devises) ? Ils feraient ainsi coup double, disposant de nouveaux leviers pour leurs opĂ©rations financiĂšres et obligeant les gouvernements Ă  entrer dans la dynamique vertueuse – de leur point de vue – de la rĂ©sorption de leurs dĂ©ficits, et de leur sollicitation moindre du marchĂ© obligataire. Laissant aux Ă©tablissements financiers la place pour se financer Ă  moindre coĂ»t.

Le compte à rebours est lancé.

François Leclerc

Télécharger le document pdf Zone Euro

logo forum




fév 03 2010

La conférence de Londres a fixé le prix de la défaite occidentale en Afghanistan

Un fond de 360 millions d’euros sera bientĂŽt disponible pour essayer de « ramener Ă  la raison » les « talibans modĂ©rĂ©s », de sorte Ă  ce qu’ils dĂ©posent les armes et cessent d’infliger des pertes aux armĂ©es d’occupation de l’Afghanistan. Un somme jugĂ©e dĂ©risoire par le Pentagone qui, selon le New-York Times, estime Ă  1 milliard de dollars l’effort nĂ©cessaire pour convaincre la rĂ©sistance afghane de rejoindre la vie civile.

khost2

Des sommes qui seront dĂ©pensĂ©es en pure perte puisque, comme nous l’avons indiquĂ© par plusieurs articles sur Mecanopolis (1), la rĂ©sistance afghane ne compte pas nĂ©gocier quoi que ce soit. MalgrĂ© tout, l’OTAN, avec le mĂ©pris du « riche militaire » qui le caractĂ©rise, continue de croire – ou de feindre de croire – que « l’adversaire » demeure achetable et que seule sa pauvretĂ© l’aurait incitĂ© Ă  prendre les armes.

Pour le New York Times, si populations afghanes soutiennent aussi fermement les talibans, c’est surtout « en raison de l’incompĂ©tence du gouvernement KarzaĂŻ, empĂȘtrĂ© jusqu’au cou dans des affaires de corruption et de trafic de drogue ».

Face Ă  une insurrection qui ne cesse de croĂźtre, Obama et ses « stratĂšges » ont dĂ©cidĂ© d’envoyer 30′000 hommes en renfort, et demandĂ© aux « alliĂ©s » un « effort supplĂ©mentaire ». L’objectif des amĂ©ricains est en effet d’obtenir que leurs subalternes europĂ©ens alignent d’avantage d’hommes sur le terrain.

Les 4 et 5 fĂ©vrier prochains, ministres de la DĂ©fense et chefs militaires parleront chiffres au QG de l’OTAN, Ă  Mons (Belgique). L’Allemagne a dĂ©jĂ  promis un renfort de 850 soldats et la Roumanie 600, pour une contribution qui devrait s’Ă©lever Ă  10′000 hommes au total. (2)

Mensonges d’État

Selon l’Ă©dition de ce mercredi du Canard enchaĂźnĂ©, des officiers et des sous-officiers français seront bientĂŽt dĂ©pĂȘchĂ©s en Afghanistan, comme semble l’avoir dĂ©jĂ  confirmĂ© le gĂ©nĂ©ral Georgelin, chef d’Ă©tat-major, en rendant visite Ă  l’amiral amĂ©ricain James Staridis, commandant suprĂȘme des forces militaires en Europe, la semaine derniĂšre. Selon l’hebdomadaire, ils seront directement placĂ©s sous les ordres directs du gĂ©nĂ©ral de l’armĂ©e amĂ©ricaine William Caldwell. Une prĂ©cision que le prĂ©sident Sarkozy cache soigneusement au Parlement et Ă  l’opinion publique.

Autre joli « mensonge d’État », le prĂ©sident français affirme depuis plusieurs mois que la France n’enverrait pas de combattants supplĂ©mentaires en Afghanistan. Des propos confirmĂ©s par Kouchner dans un entretien publiĂ© par Le Figaro du 1er fĂ©vrier : « Le prĂ©sident a dĂ©cidĂ© de ne pas augmenter le nombre de nos forces combattantes ». Or, c’est faux. Tous les instructeurs français, prĂ©sents et futurs, participent aux combats. Ils sont intĂ©grĂ©s dans les unitĂ© afghanes, ils les conseillent dans leurs missions et ils les accompagnent au feu. D’ailleurs, souligne encore Le Canard : « les trois Français rĂ©cemment morts au combat en Afghanistan Ă©taient des instructeurs ».

Agata Kovacs, pour Mecanopolis

Notes :

1. Voir notre article : Obama s’apprĂȘte Ă  demander Ă  l’OTAN 10′000 soldats supplĂ©mentaires pour l’Afghanistan

2. Voir notre article : Les Talibans nient tout contact avec l’occupant

khost

khost4

khost3

jan 30 2010

L’Islam, une Foi inadaptĂ©e et inadaptable au puzzle du mondialisme (vidĂ©o)

Par HISNOULMUSLIM

Le 21 janvier 2009 Ă  la salle Colbert de l’AssemblĂ©e Nationale, le groupe de rĂ©flexion GĂ©nĂ©ration France créé par Jean-François CopĂ© recevait la prĂ©sidence du think tank amĂ©ricain l’Hudson Institut1.

image_sorties_id.php

Il est fort Ă©tonnant qu’un cercle comme celui de GĂ©nĂ©ration France qui se targuait lors de sa crĂ©ation d’inspirer un nouvel Ă©lan Ă  l’identitĂ© française, reçoive en la personne de Kenneth Weinstein, un groupe de rĂ©flexion impĂ©rialiste amĂ©ricain dont le but avouĂ© est de consolider l’atlantisme au sein de l’Union europĂ©enne et de faire reculer l’Islam « isme »2.

C’est prĂ©cisĂ©ment dans le recoupement de ces informations que l’on prend conscience de la tromperie des mots.

Jean-François Copé :

« Au cƓur de cette dĂ©marche de rĂ©flexion commune, j’ai souhaitĂ© placer le mot «France ». Parce que je suis convaincu que la question essentielle, c’est celle de notre identitĂ©. »3.

Nul doute que la premiĂšre partie de la citation est correcte mais concernant la seconde il s’agit au minimum d’un double sens et reste Ă  chacun la sensibilitĂ© de dĂ©terminer de quelle identitĂ© il s’agit quand on dĂ©balle le tapis rouge Ă  des groupes dont les seules intĂ©rĂȘts sont d’imposer leur hĂ©gĂ©monie et leurs influences Ă  travers le monde.

Moins d’un an aprĂšs cette rencontre, Ă  n’en pas douter « pour les intĂ©rĂȘts de la France », le prĂ©sident du groupe UMP Ă  l’AssemblĂ©e prenait tout le monde de vitesse en annonçant le dĂ©pĂŽt dĂšs janvier 2010 d’une proposition de loi visant Ă  interdire le voile intĂ©gral dans l’espace public4.

Le 09 janvier 2010 le grand imam de l’UMP, « Shaykh CopĂ© » nous expliquait dans l’Ă©mission de Thierry Ardisson, Salut Les Terriens – CopĂ©-Burqa Le Face Ă  Face, que le voile intĂ©gral ne faisait pas partie de l’Islam selon lui.

Affirmation nĂ©cessaire pour passer Ă  l’Ă©tape supĂ©rieure consistante Ă  statuer prochainement sur la lĂ©galitĂ© de la libertĂ© de penser de ces fameux « talibans de quartier  » qui contrĂŽleraient le phĂ©nomĂšne du niqab en France5.

Le 5 septembre 2006 le prĂ©sident amĂ©ricain de l’Ă©poque, George W. Bush, mettait en garde le monde contre un Khalifat Islamique aux portes de l’Europe6.

Le 27 aout 2007 c’Ă©tait au tour du PrĂ©sident de la RĂ©publique Française Nicolas Sarkozy, Ă  l’occasion de la confĂ©rence des Ambassadeurs, de mettre en garde contre le Khalifat7.

Il devient alors Ă©vident dans le temps, que la volontĂ© de faire peur avec l’Islam est nourrie et voulue dans le but de se doter d’un droit universel de modeler cette religion selon les convenances d’un « Grand Occident CoalisĂ© » contre un monde Musulman qui, refusant obstinĂ©ment de dĂ©laisser une partie de son Coran et de son mode d’emploi qu’est la Tradition du ProphĂšte Muahmmad, n’est toujours pas incorporable en l’Ă©tat dans leur projet tant couvĂ© d’une gouvernance mondiale et qui commence depuis quelques annĂ©es Ă  Ă©clore de sa coquille.

Qu’avons-nous lĂ  ? Une Foi inadaptĂ©e et inadaptable au puzzle du mondialisme.

Sans mĂȘme Ă©voquer le facteur eschatologique de la situation, c’est prĂ©cisĂ©ment Ă  ce moment de la rĂ©flexion que peut se justifier la stigmatisation, l’hypocrisie et la calomnie Ă  l’encontre de l’Islam ainsi que la prĂ©sence d’une coalition forte de plusieurs centaines de milliers d’Hommes en terre musulmane8 ; dĂ©barquĂ©e lĂ  bas pour expliquer Ă  l’autochtone local Ă  coup de bombe, la supĂ©rioritĂ© de l’Ă©laboration de lois humaines sur leur conception de lois divines exemptes de toutes imperfections.

Le fait est que la plupart des volontĂ©s politiques du monde coalisĂ© sur la question de l’Islam converge vers l’objectif Ă©vident de le modeler comme toutes les autres religions l’ont Ă©tĂ©, quitte Ă  s’autoproclamer les droits et devoirs d’ingĂ©rences sur les populations que l’on aurait dĂ©cidĂ© au prĂ©alable d’affubler du titre de « MĂ©chant ».

HISNOULMUSLIM, pour Mecanopolis

Télécharger ce film au format DVIX

Notes :

jan 28 2010

Le « dĂ©but de la fin » pour Nicolas Sarkozy

Mis Ă  jour le 29.01 Ă  12h00

Nicolas Sarkozy avait prĂ©vu de se « payer » Dominique de Villepin, ce jeudi 28 janvier, jour de son 55Ăšme anniversaire. Ce sera la douche froide pour le prĂ©sident français qui s’Ă©tait constituĂ© partie civile dans le procĂšs Clearstream, affaire dans laquelle il se posait en victime en dĂ©signant l’ancien Premier ministre comme coupable d’avoir organisĂ© cette « machination » contre lui. AprĂšs trois heures d’audience, ce matin au tribunal de Paris, Dominique de Villepin a Ă©tĂ© relaxĂ©.

villepin

« Je salue le courage du tribunal qui a su faire triompher la justice et le droit sur la politique » a indiquĂ© Dominique de Villepin, dans un brĂšve dĂ©claration accordĂ©e aux journalistes, en sortant du Palais de justice. Il doit ĂȘtre le premier surpris de sa relaxe, lui qui hier encore, dans en entretien accordĂ© au quotidien suisse Le Temps, s’attendait Ă  ĂȘtre condamnĂ©. Nul doute qu’il n’y aura pas de rĂ©conciliation entre l’ancien premier ministre et le chef de l’État, et que cette victoire judiciaire sera l’acte fondateur d’une marche vers la prĂ©sidentielle de 2012

Nous avons tous en mĂ©moire la dĂ©claration courageuse de Dominique de Villepin,  alors ministre des Affaire Ă©trangĂšres sous la prĂ©sidence de Jacques Chirac, qui avait, devant le Conseil de sĂ©curitĂ© d l’ONU, refusĂ© l’engagement de la France dans la guerre en Irak. Un acte de rĂ©bellion gaulliste qu’il confirme dans un livre paru cette semaine, Villepin, La verticale du fou, oĂč il va mĂȘme jusqu’Ă  se comparer Ă  un « chef de rĂ©seau » de la RĂ©sistance durant l’occupation allemande.

Il ne faut nĂ©anmoins pas se tromper. Dominique de Villepin ne sera pas le candidat de l’anti-mondialisme. Mais, s’il est Ă©lu prĂ©sident, il saura redonner Ă  la France son vĂ©ritable rang dans les dĂ©cisions internationales qui lui reviennent. Un rang qui, depuis l’arrivĂ©e de Nicolas Sarkozy Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique, est devenu synonyme de soumission aux diktats des intĂ©rĂȘts amĂ©ricano-sionistes.

Le Parquet fait appel

« La dĂ©cision est une dĂ©cision de nature politique (…) Elle montre qu’un homme, Nicolas Sarkozy, le prĂ©sident de la RĂ©publique prĂ©fĂšre persĂ©vĂ©rer dans son acharnement, dans sa haine plutĂŽt que d’assumer la responsabilitĂ© de sa fonction en tant que garant de la justice française », a dĂ©clarĂ© l’ancien Premier ministre, Ă  peine annoncĂ© l’appel du parquet.

Le procureur de Paris Jean-Claude Marin, qui a dĂ©cidĂ© de faire appel, est « sous l’autoritĂ© hiĂ©rarchique du Garde des Sceaux et du prĂ©sident de la RĂ©publique », a-t-il relevĂ©, ajoutant: « il savait qu’il n’y avait rien dans ce dossier Ă  me reprocher ».

Nicolas Sarkozy « s’enferme dans sa haine ce qui n’est pas, je crois, la vocation d’un prĂ©sident de la RĂ©publique », a aussi dĂ©clarĂ© M. de Villepin.

L’ancien Premier ministre a Ă©voquĂ© « un dĂ©tournement de la fonction prĂ©sidentielle, un dĂ©tournement du pouvoir ». « Je regrette que ce spectacle pitoyable soit donnĂ© aux Français, je regrette que la justice soit instrumentalisĂ©e ».

Sarkozy s’est couchĂ© Ă  Davos

Cette semaine sera dĂ©cidĂ©ment trĂšs mauvaise pour Nicolas Sarkozy qui, lors de son passage au Forum Ă©conomique de Davos (WEF) hier, s’est littĂ©ralement couchĂ© dans l’affaire de la liste des comptes de la banque HSBC.

Au sortir d’une entrevue avec la ministre française de l’Economie Christine Lagarde et celui du Budget Eric Woerth, en fin d’aprĂšs-midi, le chef du DĂ©partement fĂ©dĂ©ral des finances (DFF) a pu assurer que la question Ă©tait rĂ©glĂ©e. Les autoritĂ©s de l’Hexagone ont promis qu’elles ne feraient aucun usage de la liste des 130′000 comptes de clients qu’HervĂ© Falciani avait dĂ©robĂ©e Ă  la  HSBC Ă  GenĂšve. Cette mesure faisait suite Ă  la dĂ©cision de la Suisse, quelque jours plus tĂŽt, de suspendre la procĂ©dure de ratification de la Convention de double imposition (CDI) nĂ©gociĂ©e l’Ă©tĂ© dernier entre les deux pays. MalgrĂ© les dĂ©clarations intempestives de Sarkozy sur le secret bancaire, lors du dernier G20, tous les commentateurs admettent aujourd’hui que la Suisse Ă  gagnĂ© le bras de fer qui l’opposait Ă  la France.

Le pire reste à venir pour le président français

L’affaire de « l’attentat de Karachi » pourrait trĂšs vite se transformer en un vĂ©ritable « sarkogate ». Selon nos informations, le nom du prĂ©sident français, qui Ă©tait Ă  ministre du Budget Ă  l’époque des faits, ressortirait Ă  plusieurs reprises dans le volet suisse de l’enquĂȘte, instruite actuellement par la justice genevoise, qui porte sur des versements suspects lors de la vente de sous-marins français au Pakistan.

Pour Nicolas Sarkozy, l’annĂ©e de ses 55 ans s’annonce difficile.

Frédéric Courvoisier, pour Mecanopolis

Frédéric Courvoisier |

jan 19 2010

Lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin (vidéo)

Dans le pseudo dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale, Jean Claude Gaudin, maire de Marseille, a regrettĂ© d’avoir vu, au soir du match AlgĂ©rie-Egypte, « 15 Ă  20 000 musulmans dĂ©ferler sur Marseille avec des drapeaux algĂ©riens mais pas de drapeaux français« .

Faut il parler de dĂ©rapage ? Rien n’est moins sĂ»r quand il s’agit d’individus comme Jean Claude Gaudin, qui n’en est pas Ă  son premier propos ouvertement raciste et disant ici son mĂ©pris de l’arabe forcĂ©ment musulman.

C’est l’expression d’un racisme assumĂ© et d’un rejet des musulmans qui jette le trouble, y compris dans son camp, comme le dĂ©montre la vidĂ©o… Ă  l’exception des Ă©ternels valets prĂȘts Ă  tout justifier, hĂ©las.

BENSAADA Mohamed


Monsieur le Maire,

Tout le monde ne parle plus que de votre dernier « dĂ©rapage », celui oĂč vous parlez de « musulmans qui ont dĂ©ferlĂ© dans les rues de Marseille
 ». Je dis dernier parce que ce n’est pas le premier dans le genre et que vous avez indubitablement un mal fou a nommer une certaine catĂ©gorie de la population que vous administrez. Pour votre dĂ©fense vous n’ĂȘtes pas le seul Ă  avoir du mal Ă  le faire et cette difficultĂ© en dit long sur les dĂ©gĂąts de ce passif post colonial non soldĂ©, qui ressurgit avec brutalitĂ© comme un non dit trop longtemps refoulĂ©.

gaudin1-864d0Depuis que M. Besson, en bonne intelligence avec Mr Sarkozy a dĂ©cidĂ© d’instrumentaliser politiquement le dĂ©bat sur l’identitĂ© nationale il ne se passe pas un jour sans que l’on entende une dĂ©claration outranciĂšre et stigmatisante Ă  l’égard de la population de confession musulmane en France. Je ne souhaite pas participer Ă  ce dĂ©bat qui ressemble de plus en plus a une mise en accusation publique des musulmans de France. D’ailleurs puisque nous en sommes aux calculs nous verrons bien si cette tactique sera payante pour vous
nous verrons bien Ă  qui profite la manƓuvre et qui se dĂ©lectera de la tessiture poisseuse de tout ce dĂ©bat, nous verrons bien assez vite ressurgir les remugles fĂ©tides de ces annĂ©es (pas si lointaines) oĂč le FN prospĂ©rait, nous verrons bien que les mots en politique ne sont pas sans consĂ©quences et que des dĂ©clarations comme celles que vous avez faĂźtes sont autant d’électrochocs salutaires appliquĂ©s au corps lĂ©thargique de l’extrĂȘme droite française.

Loin de revenir sur vos propos vous rĂ©pondez au jeune homme, militant de votre parti, avec une condescendance et un paternalisme consternant, parce que Ă©videmment il ne peut pas comprendre les subtilitĂ©s de la langue française que vous maitrisez au-delĂ  de la moyenne et qui font que lorsque vous dites une Ă©normitĂ©, celle-ci n’en est une que dans l’oreille et dans le cƓur de celles et ceux que vous blessez !

Vous dĂźtes, Monsieur le Maire, que Marseille a vu dĂ©ferler 15000 musulmans dans ces rues, avez-vous idĂ©e de l’imagerie d’épouvante que vous projetez dans l’inconscient collectif de vos concitoyens ? Ce sont les vagues (d’un Tsunami) qui dĂ©ferlent, les hordes de barbares ou les rats qui dĂ©ferlent, ce ne sont pas les « braves gens » qui dĂ©ferlent !!! Vous dites dans votre rĂ©ponse que Marseille subit l’immigration et que vous vous efforcez « d’assimiler » les couches successives de population qui y dĂ©barquent et lĂ  encore vous persistez et vous signez votre rĂ©solution sans Ă©quivoque Ă  utiliser un raisonnement et une sĂ©mantique propre a la tradition rĂ©actionnaire.

Vous dites, a mots couverts, que lorsqu’on est Français depuis pas trĂšs longtemps il y a des us et des coutumes Ă  respecter et que pour « bien s’intĂ©grer » il faut brosser l’autochtone dans le sens du poil et user de forts symboles pour « amadouer » l’hĂŽte, et on atteint lĂ  un degrĂ© de surrĂ©alisme rarement Ă©galĂ© depuis les Marx Brothers ou les Monty python, parce que au-delĂ  de la mauvaise foi qui ne vous a fait voir que des drapeaux algĂ©riens ce soir lĂ , cet argument frĂŽle l’indĂ©cence. Que nous demandez vous au juste ? De rĂ©affirmer notre FrancitĂ© quel que soit le contexte et de façon permanente, faut il pour vous complaire se draper dans un drapeau tricolore en toute circonstance ?

J’ajoute que nous Ă©tions partie prenante de ce « dĂ©ferlement » et que je m’inscris en faux contre l’affirmation que vous avez maintenue et rĂ©itĂ©rĂ©e qu’il n’y avait que des drapeaux algĂ©riens, c’était un soir de fĂȘte Ă  la Marseillaise, plein de joie, de gouaille populaire et cosmopolite, il y avait des drapeaux algĂ©riens , français, marocains, tunisiens, des drapeaux berbĂšres et des drapeaux turcs et des drapeaux connus et inconnus
toutes et tous Ă©taient lĂ  dans un esprit festif avec cette folle envie de communier dans la joie. Ce que vous interprĂ©tez comme une offense Ă  la terre d’accueil n’est pas l’expression d’un nationalisme algĂ©rien exacerbĂ©, ni mĂȘme le signe d’une double allĂ©geance ! Ce n’est que la volontĂ© de faire la fĂȘte et de l’exprimer dans un cadre informel et permissif que seul le sport, et en particulier, le football est capable de produire.

M. Besson regrette que les dĂ©bordements marginaux qui ont eu lieu lors de ces manifestations spontanĂ©es de joie populaire, n’ait pas subit un traitement mĂ©diatique aussi consĂ©quent que la fameuse « main de Thierry Henry », et venant de lui peu de choses m’étonnent encore, sachant que la juxtaposition de ces deux Ă©vĂ©nements est totalement incongrue et que si il lui reste une parcelle d’honnĂȘtetĂ© intellectuelle il sera d’accord pour analyser les exactions commises lors de cette soirĂ©e comme Ă©tant le fait d’une frange de « hooligans » qui sĂ©vissent Ă  chaque soir de grands match Ă  Marseille, qu’il s’agisse de l’équipe de l’OM, de la France ou de l’AlgĂ©rie.

Pour en finir et vous laisser vaquer Ă  vos occupations de 1er magistrat de notre bonne ville, je vous dirais que nous nous mĂ©fions de toutes les tentatives d’instrumentalisation du nationalisme quel qu’il soit et que la devise de la RĂ©publique reste encore « LibertĂ©, EgalitĂ©, FraternitĂ© » et qu’en consĂ©quence nous vous demandons de continuer Ă  dĂ©battre de l’identitĂ© nationale, si vous le souhaitez, dans le cadre que lui confĂšre le triptyque rĂ©publicain et en gardant Ă  l’esprit que l’unitĂ© ne se fait jamais dans la polĂ©mique, la stigmatisation et l’exclusion.

Comme les interventions dans la salle vous l’ont dĂ©jĂ  signifiĂ© il n’y a pas eu de « dĂ©ferlement de musulmans sur Marseille » ce soir lĂ , il n’y a eu que des marseillaises et des marseillais, Français, pour la plupart qui ont manifestĂ© leur joie et leur attachement a leur pays d’origine sans aucune volontĂ© de signifier leur dĂ©samour de la France, parce qu’en Amour l’exclusive est parfois une entrave ; Oui on peut sans problĂšme aimer l’AlgĂ©rie et la France, L’Italie et la France, l’ArmĂ©nie et la France, le reste du monde et la France, comme on aime son pĂšre et sa mĂšre


Recevez, Monsieur le Maire, l’expression de notre indignation courroucĂ©e.

BENSAADA Mohamed

Pour Quartiers Nord/Quartiers Forts

jan 11 2010

Travaille, fais du fric et ferme-la !

Régis Mex, pour Mecanopolis

Dans notre sociĂ©tĂ© actuelle, il est de bon ton d’estimer que nous avons l’honneur et la chance incommensurables de vivre dans un systĂšme dĂ©mocratique soucieux des droits de l’homme et de la justice. Il se passe rarement une semaine, d’ailleurs, sans que les mĂ©dias ne nous rappellent Ă  tous Ô combien nous serions ingrats d’émettre des critiques envers un systĂšme qui peut se targuer de tant de mĂ©rites, Ă  tel point qu’il serait malsain de manquer une occasion de lui dresser un panĂ©gyrique. Or, la dimension humaine et le bien-ĂȘtre de tous sont-ils rĂ©ellement les prĂ©occupations majeures de notre sociĂ©tĂ©, ou n’est-elle pas plutĂŽt essentiellement vouĂ©e Ă  la consommation, aux dĂ©pens des droits humains fondamentaux ?

chuuut

Pour pouvoir juger la valeur d’une sociĂ©tĂ©, il me semble que le critĂšre prĂ©dominant est le niveau du respect du genre humain, ce qui ne peut s’apprĂ©cier que par les actions que met en Ɠuvre cette mĂȘme sociĂ©tĂ©, et non par ce qu’elle est censĂ©e appliquer. En effet, quel est le but premier d’une sociĂ©tĂ©, quelle est sa raison d’ĂȘtre ? La dĂ©finition qu’en donne le Larousse est une « association de personnes soumises Ă  un rĂšglement commun ou rĂ©unies pour une activitĂ© commune, la dĂ©fense de leurs intĂ©rĂȘts, etc. Milieu humain dans lequel chaque personne est intĂ©grĂ©e. » On peut supposer que, d’aprĂšs cette notion, plus une sociĂ©tĂ© dĂ©fendra les intĂ©rĂȘts des personnes qui la constituent, plus l’intĂ©gration qu’elle permettra Ă  ces derniers sera profonde, plus le nombre d’activitĂ©s communes qu’elle mettra Ă  leur disposition sera Ă©levĂ©, et plus cette sociĂ©tĂ© sera de meilleure qualitĂ©. Comment pouvons-nous Ă©valuer notre sociĂ©tĂ© si nous faisons des observations en rapport avec ces critĂšres, et quel contraste pouvons-nous constater entre ce qu’elle prĂ©tend faire ou est censĂ©e faire et ce qu’elle fait rĂ©ellement ?

Partons d’un constat simple : chez les deux pays les plus riches et les plus industrialisĂ©s (les Etats-Unis et le Japon) et dans l’ensemble de l’Union europĂ©enne, le taux de suicide est plus Ă©levĂ© que partout ailleurs, au point que le suicide y est une des principales causes de dĂ©cĂšs. La consommation d’antidĂ©presseurs et de tant d’autres mĂ©dicaments luttant contre les idĂ©es noires, dĂ©jĂ  portĂ©e Ă  un niveau anormalement haut, ne cesse de progresser. Ce simple fait montre d’une façon assez Ă©loquente que peu de personnes vivant dans nos sociĂ©tĂ©s de consommation peuvent prĂ©tendre bĂ©nĂ©ficier d’un bien-ĂȘtre toujours satisfaisant et inaltĂ©rable. Si notre sociĂ©tĂ© faillit Ă  dĂ©fendre correctement le bonheur humain, assure-t-elle les intĂ©rĂȘts matĂ©riels de chacun d’entre nous ? Face Ă  la disparition de la classe moyenne qui a lieu depuis les annĂ©es 1975 et Ă  la paupĂ©risation de la population qui en rĂ©sulte, nous pouvons difficilement prĂ©tendre que notre sociĂ©tĂ© rĂ©ussit mieux dans ce domaine. En effet, une majoritĂ© des personnes qui Ă©taient considĂ©rĂ©es comme faisant partie de la classe moyenne a Ă©tĂ© relĂ©guĂ©e vers les classes populaires de 1975 Ă  aujourd’hui, alors qu’une moindre part accĂ©dait Ă  la classe aisĂ©e. Au-delĂ  de ses implications Ă©conomiques, ce phĂ©nomĂšne est Ă©galement une menace inquiĂ©tante pour la bonne marche de la dĂ©mocratie. Si les richesses sont de plus en plus concentrĂ©es entre les mains d’un petit nombre de possesseurs de multinationales, de banques, d’industries de la santĂ© et autres, ne peut-on pas lĂ©gitimement craindre que le systĂšme dans lequel nous vivons ne se transforme en ploutocratie, oĂč une minoritĂ© oppresse et exploite une majoritĂ© servile et impuissante, qui doit s’efforcer de produire pour assurer, tant bien que mal, sa survie ? Le taux de chĂŽmage, qui dĂ©passait les 10% en France avant la crise Ă©conomique, n’est pas non plus un indicateur de bonne intĂ©gration de tous dans la sociĂ©tĂ©.

Nous venons de mettre en exergue des failles flagrantes de notre société. Maintenant, interrogeons-nous sur les causes qui ont provoqué ces effets.

Si la sociĂ©tĂ© ne rĂ©pond pas de façon dĂ©cente aux attentes que l’on est en droit d’avoir de la part d’États si riches et si dĂ©sireux de paraĂźtre bienveillants que les nĂŽtres, n’est-ce pas parce que cette mĂȘme sociĂ©tĂ© est fondĂ©e sur des bases qui n’ont rien Ă  voir avec l’éthique et l’humanisme ? Le fluide qui circule dans les veines de notre sociĂ©tĂ© et qui lui permet de subsister est-il autre chose que l’argent ? Or, comment est obtenu cet argent ? N’est-ce pas Ă  la fois par les moyens les plus nobles, comme le travail de chacun de nous, et par des procĂ©dĂ©s plus discutables, comme le blanchiment de l’argent du commerce de la drogue, qui est la troisiĂšme source de revenus mondiaux (aprĂšs le commerce des hydrocarbures et celui des armes. Les revenus obtenus sont de 5,65 milliards de dollars par jour, ce dont l’économie mondiale ne saurait se passer) et ce, malgrĂ© la soi-disant et hypocrite guerre contre la drogue ? Que dire des dĂ©localisations qui ne visent que plus de profits immĂ©diats et travaillent Ă  la perte de nombre d’emplois et au dĂ©clin de l’industrie de nos pays ? Que dire, aussi, de l’innovation potentiellement crĂ©atrice d’emplois qui est muselĂ©e par le rachat de brevets de nouvelles inventions par des entreprises puissantes qui, d’un commun accord, souhaitent Ă©touffer malhonnĂȘtement toute concurrence qui serait rĂ©ellement dangereuse pour leurs intĂ©rĂȘts et leur servie ? En somme, peu importe la façon dont les richesses affluent dans les bras des ploutocrates, occidentaux ou internationaux ; seul le fait de toujours avoir plus d’argent compte, alors que les seuls pays du G20 possĂšdent un PIB de 48 000 milliards sur un total de 54 000 pour l’ensemble du monde.

En conclusion, nous pouvons dire que notre sociĂ©tĂ© europĂ©enne fonctionne comme une post-dĂ©mocratie (pour reprendre les mots du prĂ©sident tchĂšque Vaclav Klaus, poussĂ© par les pressions exercĂ©es sur lui Ă  parapher le traitĂ© de Lisbonne) depuis le passage de nos pays d’une sociĂ©tĂ© de production Ă  une sociĂ©tĂ© de consommation. Le processus dĂ©mocratique est en voie de disparition, et seules des apparences dĂ©magogiques Ă  l’hypocrisie suave peuvent encore convaincre les moins informĂ©s d’entre nous de la rĂ©alitĂ© de l’application de la dĂ©mocratie. Un nombre toujours croissant de secteurs doivent devenir rentables parce qu’ils sont privatisĂ©s : on se soucie de moins en moins de l’aide sociale. Chacun d’entre nous doit devenir un automate, formatĂ© par les diverses formes d’enseignement pour accomplir des tĂąches prĂ©cises et prĂ©dĂ©terminĂ©es avec une rĂ©gularitĂ© mĂ©canique. Il y a de moins en moins de possibilitĂ©s de s’accomplir personnellement et, n’y ayant pas de recours possible, la dĂ©pression fait des ravages. Cela continuera d’arriver, tant que tout ce que notre sociĂ©tĂ© espĂ©rera de nous sera que nous nous renfermions dans une bulle de naĂŻvetĂ©, de docilitĂ© et d’ignorance pour pouvoir travailler, faire du fric et la fermer sans se rebeller, comme il se doit.

Régis Mex, pour Mecanopolis

jan 01 2010

Les cachotteries de Copenhague

Par Michel-François Clerin et GeneviÚve Azam

Est-il exact que les intĂ©rĂȘts qui promeuvent les thĂšses du rĂ©chauffement climatique et financent ceux qui les exposent sont ceux-lĂ  mĂȘmes qui dĂ©fendent depuis plus de 30 ans la dĂ©rĂ©gulation et les privatisations financiĂšres ?

16466

Prenons le cas d’Al Gore, dont le film « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range » peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le catalyseur de la peur et du pessimisme pour les gĂ©nĂ©rations futures du rĂ©chauffement climatique. Savez-vous que sa famille a possĂ©dĂ© la plus grande mine de zinc amĂ©ricaine au Tennessee, et notoirement connu comme un des sites les plus polluants des USA ? Al Gore est aussi l’agent intĂ©ressĂ© des spĂ©culateurs financiers de la City. Il est le porte parole qui permet de faire le lien entre le Premier ministre Gordon Brown, l’ancien Premier ministre Tony Blair et le milliardaire ex-patron d’E-Bay, Jeff Skoll. Les principales sources de financement du documentaire « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range » sont Mr Skoll en personne ainsi que le Hedge Fund « Generation Investment Management » gĂ©rĂ© par Mr. David Bloom, ex-directeur de Goldman Sachs. Al Gore est, de plus, un associĂ© de Zac Goldsmith, le fils du cĂ©lĂšbre Jimmy Goldschmit.

Mais quel est le coeur du systĂšme ?

Il s’agit du systĂšme de crĂ©ation de droits Ă  Ă©mettre du CO2 Ă©changĂ©s sur des marchĂ©s. Ce marchĂ© n’est en fait rien d’autre qu’un nouveau marchĂ© relativement opaque. C’est Gordon Brown, alors chancelier de l’Echiquier, qui a promu un systĂšme permettant la nĂ©gociation de 100 milliards de droits Ă  l’émission de CO2 Ă  travers toute l’économie. La City s’est assurĂ© une position dominante en contrĂŽlant le « Emission Trading Scheme » (Organisation EuropĂ©enne des droits Ă©changeables) par lequel passe plus de 60 % du volume de CO2 Ă©changĂ© dans le monde dont 80 % de sa valeur.

Toutefois, en raison de la crise et du surplus de droits Ă©mis, la valeur de ces droits n’a-t-elle pas chutĂ© ?

Effectivement, cela est correct mais Ă  la suite du COP15, on s’attend Ă  une baisse du nombre de droits Ă©mis, donc Ă  une forte hausse du marchĂ© par tarissement de l’offre. Dans une ambiance agitĂ©e de rĂ©chauffement climatique entretenue de toutes parts par les mĂȘmes banques d’affaires, grandement responsables de la crise financiĂšre, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, celles-ci se sont positionnĂ©es en tant que « Market Makers », dans la prĂ©vision d’immenses profits. D’aprĂšs le Daily Telegraph, Al Gore serait le premier milliardaire du carbone.

De quelle maniùre cela s’opùre-t-il ?

L’International Continental Exchange (ICE) créé en 2000 par des banquiers internationaux autour de Goldman Sachs et de compagnies pĂ©troliĂšres comme Shell et BP dominent les marchĂ©s Ă  terme du gaz et du pĂ©trole. ICE a achetĂ© l’International Petroleum Exchange (IPE) de Londres qui est un marchĂ© opaque et pratiquement dĂ©rĂ©gulĂ© sans qu’aucun registre sur les Ă©changes ne soit tenu. Bien que le siĂšge d’ICE soit Ă  Atlanta, la sociĂ©tĂ© opĂšre Ă  partir de Londres sous la forme d’un centre financier offshore. ICE contrĂŽle de fait le Chicago Climate Exchange (CCX) et sa filiale londonienne, le London Climate Exchange (LCX).Un des associĂ©s et fondateurs de l’ICE, Mr. Richard Sandor est l’inventeur des produits dĂ©rivĂ©s et des droits d’émissions Ă©changeables sur le CO2. Goldman Sachs est de son cĂŽtĂ© le plus gros actionnaire de CCX et le numĂ©ro deux de ICE. Or c’est Goldman Sachs qui a lancĂ© Al Gore dans le business des Hedge Funds lorsqu’en 2003, Mr. David Bloom, ancien CEO de Goldman Sachs Assets Management a constituĂ© « General Investment Management » avec Al Gore et deux anciens associĂ©s de GS. En Europe, Mr. Yann Arthus-Bertrand est un protĂ©gĂ© de la famille Pinault et Nicolas Hulot est sponsorisĂ© par Bouygues et TF1 mais ils font petit jeu comparĂ© Ă  l’ensemble. du dispositif de la mondialisation financiĂšre des droits d’émission.

Y a-t-il une sorte de conspiration et d’apartheid technologique lancĂ© contre les pays pauvres ?

Mr. Lawrence Summers, principal conseiller Ă©conomique du PrĂ©sident Barack Obama, fut le fossoyeur de toutes les rĂ©glementations financiĂšres aux USA (en particulier de la loi Glass Steagall). Il est actuellement ami et protecteur des comportementalistes amĂ©ricains et dĂ©fenseur des droits d’émission de CO2. Mr Summers a Ă©tĂ© en faveur de l’envoi des dĂ©chets des pays dĂ©veloppĂ©s dans les pays du tiers monde, sous prĂ©texte que ceux-ci Ă©taient moins polluĂ©s. Le groupement intergouvernemental d’experts sur le rĂ©chauffement climatique (GIEC) qui a partagĂ© le Prix Nobel avec Mr. Al Gore a Ă©tĂ© constituĂ© en novembre 1988. Au mois de novembre 2009, une fuite d’emails dans un des centres de recherches en Angleterre a créé une sorte de « Climategate » qui n’a toutefois pas Ă©tĂ© capable de bloquer ou de minimiser le Copenhague COP15 et les conclusions du GIEC. Le GIEC Ă©touffe le dĂ©bat scientifique (non tranchĂ© par l’AcadĂ©mie des Sciences en France) et refuse la critique. Ce qui est pour le moins anti-scientifique. Le coefficient de corrĂ©lation entre tempĂ©ratures et CO2 sur 1998-2007 est de 0,02 soit le constat avĂ©rĂ© d’aucune corrĂ©lation statistique. Le cĂ©lĂšbre Ă©cologiste Maurice Strong est directeur du Climate Exchange de Chicago (CCX) et le patron du GIEC, Mr. Rajendra Pachauri figure au comitĂ© consultatif : cela ne constitue t-il pas un conflit d’intĂ©rĂȘt ? Par ailleurs, la mise en place d’une taxe carbone signifie qu’un protectionnisme empĂȘchera les pays pauvres, notamment l’Afrique d’échanger avec les pays riches, ce qui Ă©touffera leur dĂ©veloppement.

On peut douter que le systĂšme de compensation de Copenhague puisse compenser quand on connait dĂ©jĂ  l’échec de l’aide internationale depuis trois gĂ©nĂ©rations dĂ» Ă  l’inefficacitĂ© et la corruption. Les milliards qui seront dĂ©pensĂ©s pour la lutte contre le rĂ©chauffement ne seront malheureusement pas utilisĂ©s contre la famine, la pollution des eaux et les ressources aquifĂšres, c’est-Ă -dire autant de problĂšmes vitaux pour les pays en dĂ©veloppement. , Ă©conomiste, UniversitĂ© de Chicago.

Michel-François Clerin

Silence, la finance carbone va sauver le climat !

Les marchĂ©s du carbone constituent depuis les annĂ©es 1990 la rĂ©ponse majeure de politique internationale pour rĂ©soudre la crise climatique. Leur conception est un produit de la rhĂ©torique nĂ©olibĂ©rale, alors Ă  son acmĂ©, ardemment dĂ©fendue par les États-Unis lors des nĂ©gociations devant aboutir au protocole de Kyoto en 1997, que ces derniers n’ont finalement pas ratifiĂ©.

Depuis les annĂ©es 2000, l’essentiel de l’Ă©nergie de l’Union europĂ©enne s’est dĂ©ployĂ©e pour la mise en place du premier marchĂ© du carbone en 2005. L’Union est aujourd’hui le plus ferme dĂ©fenseur de cette politique, alors que le marchĂ© europĂ©en du carbone est un exemple de la volatilitĂ© et de l’instabilitĂ© du prix du carbone et de son incapacitĂ© Ă  rĂ©guler la crise climatique.

Ces marchĂ©s ont vu leur taille doubler chaque annĂ©e entre 2005 et 2008. MĂȘme s’ils ne sont pas comparables par leur taille, approximativement Ă©quivalente Ă  100 milliards de dollars, aux marchĂ©s financiers dĂ©jĂ  en place, il sont promis Ă  connaĂźtre des volumes voisins des dĂ©rivĂ©s de crĂ©dit dans une dizaine d’annĂ©es selon James Kanter du New York Times (06-07-2007).

Au bonheur des fonds spéculatifs

La « finance carbone », surtout aprĂšs les dĂ©boires de l’immobilier, a rapidement attirĂ© les fonds spĂ©culatifs, les traders du secteur de l’Ă©nergie (comme EDF trading, Shell trading, Rhodia Energy
), des entreprises industrielles comme Arcelor-Mittal et les grandes banques d’investissement, Citigroup, Goldman Sachs, CrĂ©dit suisse, BNP-Paribas, Merrill Lynch, autant d’institutions dĂ©sormais connues du grand public pour leur prudence financiĂšre et leur souci du bien commun !

Car le marchĂ© du carbone n’est pas un simple commerce de droits et crĂ©dits d’Ă©mission Ă©changĂ©s entre entreprises pour satisfaire Ă  leurs obligations. Ces titres sont en effet dĂ©tenus aussi par d’autres acteurs, dont le but est de spĂ©culer sur leur valeur. Ainsi un marchĂ© secondaire s’est rapidement dĂ©veloppĂ©, avec des spĂ©cialistes de la spĂ©culation qui Ă©laborent des produits financiers complexes, Ă  partir des savants modĂšles de produits dĂ©rivĂ©s qui ont dĂ©jĂ  fait la preuve de leur dangerositĂ©, avec le risque d’une bulle financiĂšre.

Les contrats sur des « Ă©missions Ă©vitĂ©es », qui circulent dĂ©jĂ  sur les marchĂ©s Ă  terme, portent des risques importants de ne pas ĂȘtre rĂ©alisĂ©s. Alors que la crise climatique exige une transformation rapide des modĂšles de production et de consommation les plus polluants, elle se trouve ainsi entre les mains d’opĂ©rateurs qui en ont fait une nouvelle opportunitĂ© pour s’enrichir.

Le marchĂ© des quotas d’Ă©mission (ou encore droits Ă  polluer) est trĂšs singulier, car s’y Ă©change un titre Ă©mis par les États, les droits d’Ă©mission. Une fois ces droits en circulation, le marchĂ© dĂ©termine leur distribution finale et leur prix. Mais l’Ă©change de ces droits suppose une unitĂ© commune, c’est la tonne Ă©quivalent carbone : un quota d’Ă©mission Ă©gale toujours une tonne d’Ă©quivalent carbone Ă©mise, quelle que soit son origine. De cette rĂ©duction, dĂ©coulent des consĂ©quences Ă©cologiques et sociales alarmantes.

Un étalon unique

Cet Ă©talon unique est construit sur des rĂšgles de rĂ©duction entre les diffĂ©rents gaz Ă  effet de serre, ramenĂ©s Ă  un « Ă©quivalent carbone », alors que ces derniers contribuent diffĂ©remment au rĂ©chauffement global, et qu’ils devraient avoir des traitements diffĂ©renciĂ©s. C’est le cas du mĂ©thane, largement oubliĂ©, alors que des techniques assez simples et bon marchĂ© pourraient permettre de le rĂ©cupĂ©rer, notamment dans les pays du Sud. Par ailleurs, les solutions comme les agrocarburants, le nuclĂ©aire, le stockage du carbone, qui Ă  court terme peuvent certes faire baisser les Ă©missions, reprĂ©sentent potentiellement des catastrophes Ă©cologiques et sociales futures.

De mĂȘme, en posant comme Ă©quivalents une tonne de carbone Ă©mise et un quota obtenu n’importe oĂč et n’importe comment, la dĂ©forestation de la forĂȘt primaire peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme Ă©quivalente, en termes de tonnes Ă©quivalent carbone, Ă  son remplacement par une plantation nouvelle Ă  croissance rapide, la biodiversitĂ© et les droits des peuples indigĂšnes n’entrant pas dans l’unitĂ© de compte.

Et puisque toutes les rĂ©ductions sont ainsi Ă©quivalentes, il est logique de rechercher celles au moindre coĂ»t, par le dit « mĂ©canisme de dĂ©veloppement propre » et par la compensation carbone qui autorisent les entreprises des pays industriels Ă  gagner des droits d’Ă©mission en investissant dans les pays du Sud et en s’exonĂ©rant des rĂ©ductions domestiques. Ainsi, le passage Ă  des systĂšmes de production et de consommation soutenables, se trouvent retardĂ© d’autant dans les pays les plus pollueurs. Une tonne d’Ă©quivalent carbone Ă©vitĂ©e en Éthiopie aura la mĂȘme « valeur » qu’une rĂ©duction d’une tonne en Europe ou aux États-Unis !

Le climat devient une abstraction

Le choix du développement mondial du marché du carbone, avec son unité de compte en tonne équivalent carbone, fait du climat une pure abstraction, déliée des conditions sociales, historiques et technologiques de son équilibre. Le silence actuel sur ces mécanismes écologiquement inefficaces et économiquement dangereux, inventés dans les années 1990 en pleine euphorie financiÚre pour poursuivre les logiques de croissance infinie, est inquiétant.

Il se renforce d’un silence gĂȘnĂ© portĂ© par des « entrepreneurs du bien » selon l’expression de Gunter Anders, qui, face Ă  la dĂ©route, s’inscrivent dans le « c’est tout de mĂȘme mieux que rien ». Une forme de « l’empire du moindre mal » (Jean Claude Michea). Ce silence demande Ă  ĂȘtre levĂ© si nous ne voulons pas nous rĂ©veiller douloureusement.

GeneviĂšve Azam, Conseil scientifique d’Attac.

Source: Mondialisation.ca

déc 21 2009

Qu’en est-il de la libertĂ© de la presse en France ?

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La libertĂ© de la presse est l’un des principes fondamentaux des systĂšmes dĂ©mocratiques, qui reposent sur la libertĂ© d’opinion, la libertĂ© mentale et d’expression. En France, elle a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e pour la premiĂšre fois dans la DĂ©claration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il y est stipulĂ© que « La libre communication des pensĂ©es et des opinions est un des droits les plus prĂ©cieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, Ă©crire, imprimer librement, sauf Ă  rĂ©pondre Ă  l’abus de cette libertĂ© dans les cas dĂ©terminĂ©s par la Loi ». S’il est habituellement consensuel de dire que la libertĂ© de la presse est fortement bridĂ©e dans la plupart des pays du monde, nous pourrions lĂ©gitimement Ă©mettre de sĂ©rieuses interrogations quant au respect de cette derniĂšre dans nos pays dits dĂ©mocratiques que nous considĂ©rons habituellement comme un havre de civilisation qui se doit de dispenser ses inĂ©galables lumiĂšres au reste du globe. Pour disposer d’une vue d’ensemble sur la question, nous allons aborder trois points essentiels, qui sont les censures de la libertĂ© d’expression en France, le fonctionnement gĂ©nĂ©ral des mĂ©dias et leur financement, pour terminer par une vue globale de la nature de ces derniers.

Libertédelapresse

La notion mĂȘme de libertĂ© est passablement floue dans la langue française. Si le plus grand nombre de gens s’accorderait Ă  dire que la libertĂ© consiste Ă  faire ce que l’on veut quand on le veut sans ĂȘtre entravĂ© par quelque contrainte que ce soit, le bon sens dirait plutĂŽt qu’ĂȘtre libre, c’est savoir agir de la meilleure maniĂšre possible dans l’observance des rĂšgles auxquelles notre marge d’action est soumise. En somme, c’est dans l’accroissement de ses responsabilitĂ©s que l’on trouve plus de libertĂ©. Dans le cas de la presse, donc, il s’agit de repĂ©rer les responsabilitĂ©s et les rĂšgles que l’on impose aux journalistes pour pouvoir se faire une idĂ©e un tant soit peu pertinente de sa marge de manƓuvre.

Pour ce qui est de la presse Ă©crite, il est essentiel de savoir que la matiĂšre premiĂšre des quotidiens est fournie par la majeure agence de presse, l’Agence France-Presse (AFP). Elle a donc une influence considĂ©rable, car beaucoup de journaux se contentent souvent de rĂ©cupĂ©rer ses nouvelles pour toucher leur public. L’AFP Ă©tait un Ă©tablissement d’État jusqu’en 1957. Elle dispose aujourd’hui d’un nouveau statut censĂ© garantir son indĂ©pendance rĂ©dactionnelle, mais ses recettes proviennent pour moitiĂ© de ses clients, pour moitiĂ© de l’État. Les batailles homĂ©riques qui entourent la nomination trĂšs politique de son prĂ©sident ont tendance Ă  montrer que l’AFP n’est pas rĂ©ellement neutre.

D’autre part, le travail des journalistes de tous bords est soumis au contrĂŽle de leur rĂ©dacteur en chef, qui veille au respect de la ligne Ă©ditoriale d’une publication ou d’un journal audiovisuel. S’il juge qu’une partie de la production qui lui est prĂ©sentĂ©e est indĂ©cente, il peut la supprimer, ce qui est une forme de censure indirecte. Le contrĂŽle des rĂ©dactions passe par la rĂ©duction de leur nombre. On a assistĂ© Ă  une concentration sans prĂ©cĂ©dent de la presse quotidienne depuis la LibĂ©ration. Les journalistes, s’ils sont enregistrĂ©s par la Commission de la carte oĂč siĂšgent des reprĂ©sentants du Premier ministre, ou si l’administration le dĂ©cide discrĂ©tionnairement, font bĂ©nĂ©ficier leurs employeurs de cotisations sociales rĂ©duites et en bĂ©nĂ©ficient eux-mĂȘmes, ainsi que d’une dĂ©duction fiscale supplĂ©mentaire. Les journaux doivent, eux, ĂȘtre enregistrĂ©s par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP, instance dont le travail est peu mĂ©diatique mais qui a pourtant un rĂŽle capital) oĂč siĂšgent d’autres reprĂ©sentants du Premier ministre pour bĂ©nĂ©ficier du taux rĂ©duit de TVA Ă  2,1% au lieu de 19,6%. Ils bĂ©nĂ©ficient alors aussi de tarifs ultra-prĂ©fĂ©rentiels Ă  La Poste. À ce subventionnement indirect s’ajoute un subventionnement direct par les services du Premier ministre des quotidiens nationaux. Le refus ou le retrait d’un de ces agrĂ©ments vaut toutes les censures : il condamne gĂ©nĂ©ralement le journal concernĂ© Ă  la faillite immĂ©diate. Et s’il survit, il est rĂ©duit Ă  la marginalitĂ© sur un marchĂ© assistĂ© oĂč ne s’appliquent pas les rĂšgles de la libre concurrence.

Dans le cas de la publication de livres, il ne suffit pas de trouver un Ă©diteur : encore faut-il qu’il soit mis Ă  la disposition des libraires, ce qui est le travail des diffuseurs. Les sociĂ©tĂ©s assurant ce service peuvent trĂšs bien refuser d’afficher l’éventuel livre dans leur catalogue, condamnant ledit ouvrage Ă  ĂȘtre distribuĂ© quasiment sous le manteau par des rĂ©seaux improbables.

La libertĂ© de la presse ne peut s’apprĂ©cier qu’au regard de l’appareil judiciaire qui en garantit l’harmonieux fonctionnement. Au XIXe siĂšcle, Georges ClĂ©menceau se battit pour que les journaux ne soient pas jugĂ©s en correctionnelle par des magistrats nommĂ©s par l’État, mais par des jurys populaires. Cette procĂ©dure indispensable a Ă©tĂ© supprimĂ©e par le Gouvernement provisoire et jamais rĂ©tablie. LĂ  encore, si les chambres spĂ©cialisĂ©es sont tenues par de fins juristes, il suffit d’observer les batailles qui entourent la nomination de ces magistrats pour mesurer le caractĂšre politique de leur fonction.

Les journaux et Ă©missions tĂ©lĂ©visĂ©es, de leur cĂŽtĂ©, sont contrĂŽlĂ©s par le CSA, Conseil SupĂ©rieur de l’Audiovisuel, qui est un organisme de l’État français. Jouissant d’un statut d’autoritĂ© indĂ©pendante, il dĂ©livre des autorisations d’Ă©mettre aux radios privĂ©es et aux chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision privĂ©es, nationales, rĂ©gionales ou locales selon le bon vouloir de ses neuf conseillers nommĂ©s par l’État. En guise d’aperçu de ce que le CSA est capable de faire, il faut savoir qu’en avril 2002, le CSA a Ă©crit Ă  France TĂ©lĂ©visions aprĂšs le passage du journaliste Thierry Meyssan dans une Ă©mission de Thierry Ardisson et lui a ordonnĂ© de ne plus lui donner la parole Ă  propos des attentats du 11 septembre, dont il infĂ©rait la responsabilitĂ© au gouvernement des États-Unis. Une copie de cette lettre a Ă©tĂ© adressĂ©e Ă  tous les mĂ©dias audio-visuels sous convention. Depuis, Meyssan n’a plus Ă©tĂ© invitĂ© sur une chaĂźne française, y compris lorsque Arte a consacrĂ© une soirĂ©e complĂšte Ă  le mettre en cause.

Bien que les mĂ©dias privĂ©s soient importants aujourd’hui, il n’en a pas toujours Ă©tĂ© ainsi en France. Charles De Gaulle entrant dans Paris promulgue, le 26 aoĂ»t 1944, une ordonnance rĂ©digĂ©e Ă  Alger qui nationalise toute la presse Ă©crite et audiovisuelle. La France est le seul État non communiste Ă  avoir jamais procĂ©dĂ© de la sorte. L’idĂ©e de l’époque est que pour ĂȘtre objective, la presse doit ĂȘtre un service public. L’État devient le garant de la VĂ©ritĂ© Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre celui de l’esprit critique. Ce n’est qu’en 1954 que Pierre MendĂšs-France privatisera la presse Ă©crite. Il faudra attendre 1982 pour que François Mitterrand, devenu prĂ©sident de la RĂ©publique, privatise partiellement la radio, et 1986 pour que Jacques Chirac privatise partiellement la tĂ©lĂ©vision.

Au niveau du fonctionnement et du financement des agences de presse, nous allons à nouveau opérer une distinction entre presse écrite et audiovisuelle en prenant des exemples éloquents de médias privés.

Prenons l’exemple du Figaro pour la presse Ă©crite : Le Figaro est une filiale de la Socpresse dont le prĂ©sident est l’industriel et sĂ©nateur Serge Dassault. En 2009, selon le magazine Forbes, il est le 90e homme le plus riche du monde avec une fortune estimĂ©e Ă  plus de cinq milliards de dollars. Serge Dassault a expliquĂ©, en 2004, que les journaux doivent diffuser des « idĂ©es saines », car « nous sommes en train de crever Ă  cause des idĂ©es de gauche ». « J’espĂšre que vous allez cesser de former des journalistes de gauche ! » avait-il ainsi lancĂ© Ă  des responsables du Centre de formation des journalistes. Il refuse que son journal publie, en aoĂ»t 2004, un entretien avec Andrew Wang, dans le cadre de l’Affaire des frĂ©gates de TaĂŻwan (l’entretien est finalement publiĂ© dans le magazine Le Point du 9 septembre 2004). À la suite de ses propos sur la subordination du journal Ă  son propriĂ©taire, des troubles surgissent pendant quelques mois au sein de la rĂ©daction. En octobre 2008, le journal Le Monde rapporte des tĂ©moignages de journalistes du Figaro qui se plaignent de la pression exercĂ©e par Serge Dassault sur la rĂ©daction. En fĂ©vrier 2008, Pascale Pascariello, journaliste de France Inter, est prise Ă  partie par le service d’ordre, aprĂšs avoir posĂ© des questions lors d’une rĂ©union publique organisĂ©e par Serge Dassault. Le 19 juin 2008, Serge Dassault dĂ©clenche une nouvelle polĂ©mique en dĂ©clarant qu’il juge « anormal » d’aider les chĂŽmeurs, « des gens qui ne veulent pas travailler ». Sur iTĂ©lĂ©, en juillet 2008, il avait Ă©galement fait part de son admiration pour l’organisation chinoise du travail, a vantĂ© les mĂ©rites des ouvriers chinois « qui travaillent 45 heures par semaine et dorment dans leurs usines », s’est dĂ©solĂ© de l’existence des grĂšves et des syndicats et a dit soutenir une plus grande flexibilitĂ© pour les entreprises. Nous sommes en droit de nous demander quelle part de libertĂ© et d’objectivitĂ© existe dans un mĂ©dia qui est sous la coupe de quelqu’un comme Serge Dassault


MĂȘme un journal Ă  la rĂ©putation plus neutre comme Le Monde ne fait pas figure d’exception dans les critĂšres de rentabilitĂ©. Dans l’essai « La face cachĂ©e du Monde », Pierre PĂ©an affirmait, entre autres, que l’équipe dirigeante du journal avait pris le parti de s’orienter vers une logique commerciale, faisant fi des rĂšgles dĂ©ontologiques et usant des techniques de dĂ©sinformation. Les critiques pointaient Ă©galement du doigt certains partis-pris Ă©ditoriaux. D’autre part, un employĂ© du Monde avait Ă©tĂ© licenciĂ© peu de temps aprĂšs cette publication pour « cause rĂ©elle et sĂ©rieuse » portant « atteinte Ă  l’entreprise » dans laquelle il travaillait, pour avoir critiquĂ© l’absence de rĂ©action du Monde aux critiques de l’essai de Pierre PĂ©an.

Le 9 novembre 2005, selon Le Canard enchaĂźnĂ© du 16 novembre 2005, Nicolas Sarkozy convoque au ministĂšre de l’IntĂ©rieur le prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral des Éditions First, Vincent Barbare, pour le menacer de « foudres judiciaires et variĂ©es ». Cette maison d’Ă©dition s’apprĂȘtait Ă  publier le 24 novembre l’ouvrage signĂ© de ValĂ©rie Domain, journaliste Ă  Gala, et intitulĂ© CĂ©cilia Sarkozy, entre le cƓur et la raison. Dans une interview du Parisien publiĂ©e le 18 novembre 2005, CĂ©cila Sarkozy indique que c’est elle qui a alertĂ© son mari sur la sortie du livre. « Je ne souhaite pas que ma vie privĂ©e soit mĂ©diatisĂ©e », a-t-elle affirmĂ©. L’auteur affirme quant Ă  elle que CĂ©cilia Sarkozy Ă©tait parfaitement au courant de la teneur du livre. ValĂ©rie Domain souhaite que son ouvrage soit publiĂ© et est entrĂ©e en contact avec l’Ă©diteur Fayard. MalgrĂ© des pressions d’Arnaud LagardĂšre, directeur du groupe Hachette, sur Claude Durand, directeur de Fayard, la biographie de CĂ©cilia Sarkozy par ValĂ©rie Domain a Ă©tĂ© publiĂ©e le 8 fĂ©vrier 2006 et tirĂ©e Ă  100 000 exemplaires sous le titre Entre le cƓur et la raison sous forme de roman aux Ă©ditions Fayard. CĂ©cilia avait donnĂ© son accord pour cette biographie avant de se raviser aprĂšs de multiples entretiens avec l’auteur. Du fait des menaces de poursuites judiciaires par le couple Sarkozy, CĂ©cilia y apparaĂźt sous le nom de « CĂ©lia Michaut-Cordier, Ă©pouse d’un homme politique influent ». « Une femme quitte un homme pour un autre. Homme de pouvoir, cet autre la voit Ă  son tour lui Ă©chapper pour un troisiĂšme. DĂšs lors, il n’a de cesse de la reconquĂ©rir » rĂ©sume l’auteur.

Reprise d’un article de Yann Chollet, journaliste indĂ©pendant et auteur du livre « 7 jours sur 7 Ă  votre service »Â : « La censure existe sous couvert d’une relation allĂ©chante du genre « j’achĂšte une campagne de pub dans ton journal et tu me protĂšges sur cette affaire ». Et je comprends mieux pourquoi des journalistes de journaux dits de gauche (Canard EnchaĂźnĂ©, libĂ©ration…) prĂ©fĂšrent dĂ©molir la SNCF ou critiquer les mĂ©chantes multinationales US plutĂŽt que de s’attaquer Ă  nos gentilles multinationales françaises, toutes socialement responsables et Ă©thiques. Fin 2002, une journaliste dite  » d’investigation  » du magazine Capital, m’explique vouloir parler de mon livre et rĂ©vĂ©ler l’affaire des 60 procĂšs dont la chaĂźne Formule 1 est la mire. Au final, cette journaliste passera par la Tour Montparnasse, siĂšge du PDG ACCOR et Ă©crira un article exposant une image trĂšs positive du groupe. Mon livre n’est mĂȘme pas citĂ©, les arguments contradictoires invisibles. Je prĂ©viens la rĂ©daction du magazine que la mĂ©thode utilisĂ©e par leur journaliste ne respecte pas la dĂ©ontologie de la profession. Je menace de rĂ©vĂ©ler cette erreur et rapidement le rĂ©dacteur en chef m’offre un droit de rĂ©ponse. D’autres exemples identiques suivront concernant mon ouvrage, dans la presse française. Nicolas Beau du Canard EnchaĂźnĂ©, me dira de façon dĂ©daigneuse au tĂ©lĂ©phone :  » On ne se paye pas ACCOR comme ça « . Surprenant ! Le rĂ©dacteur en chef de  » Nouvel Ouest  » m’expliquera clairement, sans dĂ©tour, ĂȘtre en tractation  » partenariat publicitaire  » avec le groupe ACCOR et qu’il ne pourra pas parler de mon livre. Par Yann Chollet. Journaliste indĂ©pendant et auteur du livre  » 7 jours sur 7 Ă  votre service « . A travers un exemple simple et concret, exposons la subtilitĂ© de cette dĂ©rive. En 2002, j’Ă©cris un livre  » 7 jours sur 7 Ă  votre service  » aux Ă©ditions du Vent, qui dĂ©voile l’exploitation des humains dans l’hĂŽtellerie Ă©conomique. A travers mon tĂ©moignage, mes propres souffrances vĂ©cues, j’expose en 287 pages une rĂ©alitĂ© dĂ©nonçant l’esclavage des temps modernes. A plus de 80 heures par semaine pour un SMIC, le mot n’est peut-ĂȘtre pas assez fort. Comme contre-attaque,  » le groupe ACCOR, impliquĂ© dans l’ouvrage sous l’anagramme du groupe ROCCA  » comme l’expose Philippe Cohen dans un article publiĂ© dans Marianne, ne tente rien contre le livre directement, en connaissance de cause. Par contre, c’est Ă  travers une vĂ©ritable campagne de dĂ©sinformation que ce groupe impose le silence autour de mon ouvrage, qui par ailleurs se vend hors rĂ©seau traditionnel, Ă  plus de 1.800 exemplaires. Des dizaines de gĂ©rants me tĂ©moignent leur reconnaissance aprĂšs lecture. »

FondĂ© sous l’Ă©gide de Jean-Paul Sartre, le premier numĂ©ro paraĂźt le 18 avril 1973. PositionnĂ© Ă  l’extrĂȘme gauche Ă  ses dĂ©buts, LibĂ©ration Ă©volue vers la gauche sociale-dĂ©mocrate au dĂ©but des annĂ©es 1980, suite au dĂ©part de Jean-Paul Sartre. En 1978, le journal n’a dĂ©jĂ  plus rien de maoĂŻste : Serge July le dĂ©crit alors comme « libĂ©ral-libertaire ». Le journal reprend le titre d’un journal de la RĂ©sistance, LibĂ©ration qui Ă©tait dirigĂ© par Emmanuel d’Astier de la Vigerie. En proie Ă  de graves difficultĂ©s financiĂšres et Ă  une baisse de sa diffusion depuis le dĂ©but du XXIe siĂšcle, LibĂ©ration a aujourd’hui pour actionnaire de rĂ©fĂ©rence Édouard de Rothschild (38,87%), ancien membre de la commission exĂ©cutive du CNPF et grande fortune française. Son siĂšge social est au 11 rue BĂ©ranger Ă  Paris, dans le 3e arrondissement.

Au niveau de la presse tĂ©lĂ©visĂ©e, parlons de TF1, dont l’actionnaire principal est le groupe Bouygues, qui situe ses services dans les tĂ©lĂ©coms/mĂ©dias et la construction (routes, immobilier
). L’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, expliquait la mission de sa chaĂźne ainsi : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du tĂ©lĂ©spectateur soit disponible. Nos Ă©missions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-Ă -dire de le divertir, de le dĂ©tendre pour le prĂ©parer entre deux messages. Ce que nous vendons Ă  Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Au vu du programme nettement commercial de TF1, on ne peut douter que c’est effectivement cette stratĂ©gie-lĂ  que la premiĂšre chaĂźne de France met en application. Or, on peut se demander quelle est la crĂ©dibilitĂ© d’un journal tĂ©lĂ©visĂ© paraissant sur une chaĂźne qui affirme un tel Ă©tat d’esprit, d’autant plus qu’une personne qui a Ă©tĂ© divertie avant de regarder un journal parlĂ© sera sans doute plus susceptible d’en avaler tout le contenu sans faire appel Ă  la rĂ©flexion.

Toutes les autres chaĂźnes privĂ©es connues et une multitude d’autres de moindre importance sont, comme TF1, possĂ©dĂ©es par des entreprises puissantes qui ont diversifiĂ© leurs actions dans plusieurs secteurs rentables, comme Bouygues. Par exemple, les chaĂźnes de radio et de tĂ©lĂ©vision RTL font partie de RTL Group, le plus grand groupe de tĂ©lĂ©vision et radiodiffusion europĂ©en et premier producteur d’Ă©mission du monde, avec 45 chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision et 33 rĂ©seaux de radio dans onze pays europĂ©ens. Ce groupe est lui-mĂȘme dĂ©tenu par le gĂ©ant des mĂ©dias allemand Bertelsmann. Cette mĂȘme multinationale est spĂ©cialisĂ©e dans la presse Ă©crite, et possĂšde notamment Random House, la premiĂšre maison d’édition au monde. Barack Obama a notamment choisi Random House comme Ă©diteur pour ses mĂ©moires intitulĂ©es « Les rĂȘves de mon pĂšre ». Il est aussi bon de savoir que le n°2 mondial de l’édition, Hachette, est dĂ©tenu par le groupe LagardĂšre, dont les deux principales sociĂ©tĂ©s sont LagardĂšre MĂ©dia (Europe 1, Virgin Radio, Virgin 17, Hachette Filipacchi MĂ©dias, MCM, RFM, …) et EADS, qui occupe la deuxiĂšme place mondiale dans l’industrie spatiale, aĂ©ronautique et de dĂ©fense). Bertelsmann possĂšde aussi une cinquantaine de magazines dont Stern, Capital, Geo, Gala.

dormez-citoyens

À la lumiĂšre de toutes ces informations, nous pouvons nous faire une idĂ©e pertinente de la nature de la presse, et si je devais la rĂ©sumer en deux principes, je les nommerais rentabilitĂ© et justification du pouvoir en place. Pour ce qui est de la premiĂšre assertion, suivons une rĂ©flexion Ă©lĂ©mentaire qui nous fait effectivement savoir que personne ne se lance dans une activitĂ© qui ne lui rapporte rien ou qui le fait travailler Ă  perte, et que les grands vecteurs de la presse doivent assurĂ©ment bĂ©nĂ©ficier de bases financiĂšres solides pour bĂ©nĂ©ficier des moyens qu’ils possĂšdent. Et il se trouve qu’en effet, comme nous l’avons dit, les plus grands mĂ©dias, ceux qui touchent le plus grand nombre de personnes et qui jouissent de la plus grande estime, sont soit dĂ©tenus par des entreprises qui recherchent bel et bien le profit, soit par l’État, et lorsqu’il s’agit de chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision, cela implique le contrĂŽle du type d’informations qui apparaĂźt dans leurs journaux parlĂ©s et du recrutement de ses journalistes. En plus de cela, nous avons vu que de multiples processus de censure plus ou moins directs existent tant dans la presse Ă©crite que dans le domaine de l’audiovisuel. Il faut donc que l’information diffusĂ©e ait, d’une part, une teneur commerciale, ce qui implique qu’elle fasse part Ă  son public de messages destinĂ©s Ă  le toucher, comme de la vulgarisation de l’information fortement axĂ©e sur l’émotivitĂ©, des faits divers de toutes sortes, ainsi que des nouvelles sur les sports ou mĂȘme sur des cĂ©lĂ©britĂ©s. Cette stratĂ©gie commune Ă  tous les mĂ©dias importants sert leur deuxiĂšme but essentiel : la justification du pouvoir en place. On aurait effectivement tort de penser que le secteur privĂ© permet plus de libertĂ© d’expression que l’État : si l’État a intĂ©rĂȘt Ă  dissimuler les informations qui sont susceptibles de remettre en cause la politique qu’il mĂšne, il n’en va pas diffĂ©remment avec les entreprises qui possĂšdent des pans de l’information. Ce qu’elles font est tout Ă  fait similaire, Ă  la seule diffĂ©rence que le rĂ©sultat est pire encore. L’orientation clairement pro-capitaliste de leur ligne Ă©ditoriale a Ă©galement pour but de dĂ©fendre l’élite des ultra-libĂ©raux et de ne pas permettre de critiques significatives du systĂšme en place. La presse d’État et la presse privĂ©e partagent donc le mĂȘme intĂ©rĂȘt existentiel, qui est la prĂ©servation des politiques Ă©conomiques et sociĂ©tales sur lesquelles les secteurs public et privĂ© s’entendent parfaitement. Elles dĂ©tournent alors majoritairement l’attention de leurs lecteurs et de leur auditoire sur des faits et des problĂšmes futiles, vulgarisĂ©s ou dĂ©formĂ©s Ă  coups de propagande, ce dont ces derniers raffolent par ailleurs le plus.

De ce systĂšme discrĂštement verrouillĂ©, il rĂ©sulte une presse fade et rĂ©vĂ©rencieuse dont le public se dĂ©sintĂ©resse, prĂ©fĂ©rant souvent s’informer par d’autres moyens. On estime que 57% de la population lit les journaux. Ces mĂȘmes journaux en sont rĂ©duits Ă  combler leurs colonnes par des faits divers des plus courants aux plus sordides, choisis arbitrairement parmi tant d’autres, ou encore par des rubriques entiĂšres consacrĂ©es aux sports, pour compenser toute la rĂ©tention d’informations et le manque cruel d’analyse qui concernent les sujets politique et Ă©conomique qui devraient ĂȘtre l’une des prĂ©occupations majeures des citoyens dignes de ce nom. Malheureusement, l’écrasante majoritĂ© de la population n’a cure de ce qui se fait d’important : elle se moque Ă©perdument des idĂ©aux de justice et d’équitĂ©, et rĂ©agit trĂšs peu aux injustices qui la frappent de plein fouet, mĂȘme lorsqu’elle voit nettement les droits pour lesquels ses ancĂȘtres se sont battus si longtemps et si ardemment leur Ă©chapper. Les gens prĂ©fĂšrent se laisser aller au cortĂšge d’émotions et de niaiseries par lesquelles on les dirige aisĂ©ment dans le sens que l’on dĂ©sire, et qui est l’instrument principal sur lequel se sont toujours appuyĂ©es les propagandes de tous bords.

Ils ont besoin que l’on pense pour eux, de se rassurer de la logique manichĂ©enne internationale qui leur est si abondamment diffusĂ©e et qui leur dit qu’il y a, dans le monde, un axe du bien, dans lequel ils ont la chance inestimable de vivre, et de l’autre un axe du mal, peuplĂ© de mĂ©chants qui ne rĂȘvent que de dĂ©truire leur joli paradis. Ils ont besoin de voir un homme providentiel faire son apparition soudaine pour rĂ©soudre miraculeusement tous les problĂšmes, qu’ils acclament avec vĂ©hĂ©mence pour le mettre au pouvoir mais pour se dĂ©sintĂ©resser ensuite de ce que leur messie y fait, et ne se rendent alors pas compte que, comme tous ses prĂ©dĂ©cesseurs, il trompe les serments qu’il leur avait tenus. Cette bĂȘtise permet Ă  la censure de la presse de se radicaliser. Depuis l’accession de Nicolas Sarkozy Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique, la France est devenue le premier pays europĂ©en en termes de perquisitions dans les rĂ©dactions et de journalistes mis en examen ou placĂ©s en garde-Ă -vue. Mais Ă©videmment, la population accorde trop peu d’importance Ă  ses acquis et Ă  sa libertĂ© pour daigner les dĂ©fendre. Ce n’est pas que la libertĂ© d’expression ne soit pas absolue qui est choquant, car il serait normal de laisser, en toutes circonstances, des rĂšgles de base qui empĂȘcheraient la diffusion d’idĂ©es haineuses, diffamatoires ou extrĂ©mistes. Mais au vu de tout ce dont nous avons parlĂ©, il est clair que la libertĂ© de la presse se trouve aujourd’hui si limitĂ©e qu’elle est devenue un vecteur de propagande oĂč seules les idĂ©es utiles Ă  l’appui d’idĂ©ologies sĂ©lectionnĂ©es sont autorisĂ©es. Pourtant, la subtilitĂ© de notre systĂšme est de faire croire que le fait que des scandales liĂ©s Ă  la corruption de politiciens puissent faire la une des journaux, ou encore que chacun soit en mesure de critiquer la personne du prĂ©sident sont autant de preuves de libertĂ© d’expression. Cela rassurera alors les gens, et les esprits petits bourgeois diront alors : « Vous voyez que nous sommes libres, puisque nous pouvons nous exprimer ainsi. » On trouvera nos dirigeants bien bons de tolĂ©rer de telles excentricitĂ©s, qui sont en rĂ©alitĂ© aussi futiles que vaines. Nous ne manquerons pas non plus de voir moult personnages rĂ©putĂ©s proposer des solutions humanistes et miraculeuses aux problĂšmes qui surviennent en temps de crises (qui, rappelons-le, ne sont dues qu’aux alĂ©as incontrĂŽlables d’un systĂšme et non pas aux Ă©lites dirigeants qui n’ont soi-disant plus Ă©tĂ© maĂźtres de la situation). Mais cela n’en restera jamais qu’au stade de proposition hypothĂ©tique, car aucune information ou idĂ©e qui pourrait rĂ©ellement changer le systĂšme, et donc menacer les privilĂšges auxquels ceux qui en bĂ©nĂ©ficient s’agrippent, ne pourra filtrer ou ĂȘtre appliquĂ©e sans leur consentement. On ne peut donc plus parler de libertĂ©, et ceux qui sont encore sĂ©duits par l’argument d’autoritĂ© et la preuve sociale qui sont associĂ©es aux mĂ©dias puissants et Ă  leurs Ă©minents journalistes sont soit mal informĂ©s, soit trĂšs naĂŻfs.

Régis Mex, pour Mecanopolis

déc 17 2009

Copenhague, la gouvernance mondiale de l’écologie entre ethnocentrisme et anthropocentrisme ?

Par Julien Teil

En date du 2 dĂ©cembre 2009, le journal Le Monde a publiĂ© le point de vue de Martine Aubry sur Copenhague. (1) Celle-ci invitait Ă  un renouveau Ă©cologique sous la formule « À Copenhague, il faut inventer la solidaritĂ© Ă©cologique du XXIe siĂšcle ». La gouvernance mondiale de l’écologie telle qu’elle s’amorce confirme les dĂ©clarations de Martine Aubry qui supposaient « l’Ă©mergence d’une gouvernance globale plus forte et mieux coordonnĂ©e, faisant place Ă  une organisation mondiale de l’environnement dotĂ©e de pouvoirs contraignants ».

wwf-journal-des-plages

Affiche du WWF, qui milite pour la nĂ©cessitĂ© d’inscrire la question dĂ©mographique, soit une rĂ©duction importante des populations, dans la liste des prĂ©occupations Ă©cologiques

Ces « pouvoirs contraignants » ont dĂ©jĂ  pour projet d’institutionnaliser mondialement le marchĂ© du carbone ou Emission Trading. Ce concept est en rĂ©alitĂ© issu de l’Agence de protection de l’environnement U.S sous la prĂ©sidence de Jimmy Carter. Bill Drayton, qui tout comme Jacques Attali, se prĂ©sente lui aussi comme un prophĂšte du social business, revendique son rĂŽle dans la genĂšse ce cette idĂ©e. (2)

La gouvernance mondiale Ă©cologique telle qu’elle se structure actuellement, comporte un dĂ©ficit dĂ©mocratique considĂ©rable, qui risque de permettre par la mĂȘme occasion l’instauration de mesures reposant sur des thĂšses malthusiennes.

Longtemps mise Ă  l’écart des sujets qui seraient abordĂ©s lors du sommet de Copenhague, la « dĂ©mographie verte » pose dĂ©sormais des questions jusque dans les mĂ©dias. Pourtant, les travaux d’organismes engagĂ©s dans les discussions sur le climat, abordaient la question depuis des mois, voire des annĂ©es. (3) C’est notamment le cas de WWF, ou de l’Optimum Trust Population et du Club de Rome, pour qui la dĂ©mographie est un sujet pour lequel ils ont bien prĂ©parĂ© leur plaidoirie. En ce qui concerne le traitement mĂ©diatique de la question: il se rĂ©sumerait Ă  la nĂ©cessitĂ© d’inscrire la question dĂ©mographique dans la liste des prĂ©occupations Ă©cologiques.

Greenpeace a opté pour une position différente, le Courrier International du 19 Novembre 2009 indiquait :

« Pour Greenpeace, aborder la question dé­mographique Ă  Copenhague ou lors d’au­tres sommets prĂ©liminaires serait contre-productif. “Le dĂ©bat entre les pays industrialisĂ©s et ceux qui le sont moins est si sensible et si gangrenĂ© par la mĂ©fiance qu’y introduire une question comme la croissance dĂ©mographique ne ferait que susciter la colĂšre”, insiste Stephanie Tunmore, la porte-parole de Greenpeace International. » (4)

NĂ©anmoins, et cela est particuliĂšrement Ă©quivoque: pour Greenpeace ce serait l’incomprĂ©hension qu’un tel sujet provoquerait qui l’exclut du dĂ©bat. Autrement dit le problĂšme ne semble pas relever du fait qu’il devrait engager un dĂ©bat dĂ©mocratique autour de l’historique des thĂšses malthusiennes, et de leur socle scientifique.

En outre, cette dĂ©claration peut ĂȘtre rĂ©vĂ©latrice sur la conception que prĂ©sente Mme Tunmore de l’histoire. On y retrouve l’ethnocentrisme qui suggĂšre qu’une Ă©lite d’États (dĂ©nommĂ©e G20 pour l’occasion) conduit un peuple d’États (dĂ©nommĂ© G77 pour l’occasion). Cette conception donne libre cours Ă  l’idĂ©e selon laquelle les solutions apportĂ©es par les occidentaux, bien qu’elles invitent Ă  la critique, sont incontournables, comme le soutiennent les acteurs du microcrĂ©dit. (6) D’autre part, l’idĂ©e exprime que la totalitĂ© des rapports de forces entretenus autour d’une question mondiale se rĂ©sument Ă  cette Ă©quation.

Or ces rapports de forces intĂšgrent Ă©galement les OSC (Organismes de la SociĂ©tĂ© Civile), dont font partie les ONG, parmi lesquelles Greenpeace. Puis, il faut compter parmi ces ONG, les fondations accrĂ©ditĂ©es en tant qu’ONG et qui reprĂ©sentent parfois des intĂ©rĂȘts loin de reflĂ©ter une rĂ©elle volontĂ© Ă©cologique. Les entreprises, autres reprĂ©sentants des OSC, sont elles aussi de la partie, bien qu’elles soient dĂ©jĂ  indirectement reprĂ©sentĂ©es par beaucoup d’ONG. (7)

Enfin il faut ajouter Ă  l’inexactitude de la dĂ©claration de Stephanie Tunmore, son manque soit d’honnĂȘtetĂ©, soit de connaissance des relations internationales. Que nous apprennent donc un examen des relations internationales ?

Les mĂ©canismes de la gouvernance europĂ©enne qui intĂšgrent eux aussi les OSC dans leurs modes de rĂ©gulation sont particuliĂšrement parlants et reprĂ©sentatifs de la rĂ©alitĂ© des relations interĂ©tatiques. En rĂ©alitĂ©, les relations interĂ©tatiques europĂ©ennes sont en grande partie Ă©laborĂ©es sous la responsabilitĂ© des think-tanks et lobbys idĂ©ologiques. (8) Parfois mandatĂ©s et consultĂ©s, ces organismes ne reprĂ©sentent aucun intĂ©rĂȘt dĂ©mocratique, pourtant ils participent Ă  la politique de l’Europe. Il en est de mĂȘme pour l’Ă©laboration des lois relatives au marchĂ©, Ă  l’Ă©conomie, aux mesures sociales, pour lesquelles ce sont les lobbys industriels qui se partagent le gĂąteau bruxellois. D’ailleurs Greenpeace n’est pas ignorant des pratiques des lobbys bruxellois puisque l‘association s’est opposĂ©e, lors d’une session, Ă  la puissante Table Ronde des Industriels EuropĂ©ens. (9)

Or les mesures lentement mises en place pour aboutir Ă  une gouvernance mondiale sont non seulement calquĂ©es sur le modĂšle de la gouvernance europĂ©enne, mais elles sont encore plus antidĂ©mocratiques et bien plus prĂ©datrices. Cette gouvernance mondiale, telle qu’elle s’institutionnalise Ă  travers les Ă©tapes qu’elle traverse depuis au moins un siĂšcle, portent les traits d’une gouvernance dont est exclus les peuples et la dĂ©mocratie. Les propos de Martine Aubry ne sont que ceux d’un intermĂ©diaire, mais auront au moins le mĂ©rite d’éclaircir la situation pour certains.

Un nombre incalculable de procĂ©dĂ©s et d’Ă©tapes a participĂ© Ă  la mutation des relations internationales vers une gouvernance mondiale, parmi lesquels les guerres, le marchĂ© mondialisĂ©, la crise Ă©conomique, etc. Les rapports entre l’État, en tant que reprĂ©sentant du bien public, et les entreprises ont eux aussi mutĂ©s. Et, l’ensemble des biens publics sont dĂ©sormais privatisĂ©s, concĂ©dĂ©s par ceux que, conformĂ©ment aux principes de nos constitutions, nous avions Ă©lus pour nous servir et nous reprĂ©senter.

Les ONG, quant Ă  elles, en dehors de leur notoriĂ©tĂ©, jouissent dĂ©sormais d’une reconnaissance, et d’un statut, elles sont mandatĂ©es pour reprĂ©senter le bien public Ă  travers le concept de sociĂ©tĂ© civile. Or, aucun processus dĂ©mocratique n’expose en quoi elles nous reprĂ©sentent.

De plus, beaucoup d’entre elles sont en rĂ©alitĂ© contrĂŽlĂ©es par les fondations, les think-tanks, les multinationales et les banques. (10) Greenpeace qui exclut les dons des fondations et des multinationales fait partie des quelques ONG Ă©pargnĂ©es. (11) Seulement, pour qu’elles se rĂ©vĂšlent assurĂ©ment intĂšgres, il faut aussi compter sur leur non adhĂ©sion aux thĂšses, qui aprĂšs greenwashing, deviennent soudainement des vĂ©ritĂ©s scientifiques. Il est aujourd’hui difficile de dire du rĂ©chauffement climatique anthropique qu’il est une vĂ©ritĂ© scientifique incontestable. C’est d’ailleurs ce fait qui devrait intĂ©resser en premier lieu les associations qui rĂ©clament le bien public et la dĂ©mocratie. On est ainsi en droit d’attendre d’elles qu’elles procĂšdent Ă  un examen des diffĂ©rents champs d’expression autour de la question du climatgate.

Il faudrait aussi que ces quelques ONG repensent leur rĂŽle de protecteur des biens publics, car cette action elle, est parfaitement concrĂšte. Aujourd’hui, que gouverne l’État ? En fait plus grand chose, puisque les biens publics ont majoritairement Ă©tĂ© privatisĂ©s. Et la France, est une exception qui a su jusqu’Ă  prĂ©sent prĂ©server une partie de ses biens publics et de ses acquis de souverainetĂ©. Par contre, pour certains biens publics, cela fait longtemps que la privatisation ne s’opĂšre plus au niveau de l’État mais directement Ă  travers les organes de la gouvernance mondiale, et sans que l’on en soit informĂ©: la privatisation de l’eau est dĂ©jĂ  copieusement engagĂ©e. (12) Et, c’est bientĂŽt le vivant qui le sera dans son intĂ©gralitĂ© comme l’exposent notamment les sessions de la commission du Codex Alimentarius. (13)

Ce qui s’opposera rĂ©ellement Ă  cela n’est pas une intervention de Greenpeace dans l’arĂšne de la gouvernance mondiale, comme ce fut le cas Ă  Bruxelles. Ce genre d’interventions efficaces dans les arĂšnes de la gouvernance europĂ©enne se compte sur les doigts d’une main. Quels pronostics pouvons nous faire de ces interventions dans l’arĂšne de la gouvernance mondiale ?

Cette arĂšne, nous sommes dĂ©jĂ  dedans, et Copenhague est un de ses rendez vous. Car, cette rencontre internationale est un de ces fameux processus nĂ©cessaires Ă  l’accĂ©lĂ©ration de la mise en place de la gouvernance mondiale. C’est sa premiĂšre vocation. Les autres ne sont que secondaires, voir inexistantes et relĂšvent purement du fantasme engendrĂ© par une fabuleuse campagne mĂ©diatique et beaucoup d’argent.

Les mesures dĂ©cidĂ©es Ă  Copenhague profiteront Ă  ceux qui participent Ă  l’élaboration de la « justice climatique », car ils sont Ă  la fois tĂ©moins, juges et parties .Elles n’appartiennent ni Ă  Greenpeace, ni au peuple, mais Ă  ceux qui ont les moyens de les apporter: c’est Ă  dire ceux qui contrĂŽlent les biens publics, devenus de simples richesses privĂ©es. Ce ne sont donc dĂ©finitivement pas le G20 et le G77 qui n’ont qu’un rĂŽle d’intermĂ©diaire afin de mieux projeter l’illusion des antagonistes. On ne peut manifestement pas non plus conclure des rapports qu’ils se rĂ©sument Ă  l’interprĂ©tation subjective que pourrait gĂ©nĂ©rer un dĂ©bat autour de la question « dĂ©mographique » au sein du G20 et du G77. Par contre il est Ă©vident que Copenhague est une Ă©tape de plus, intĂ©grant « l’Ă©cologie » au menu des questions « politiques ». Or ce qu’on dĂ©finissait auparavant et Ă  juste titre, comme « la politique », par dĂ©finition inhĂ©rente Ă  la dĂ©mocratie, a mutĂ© vers ce qu’on appelle la « gouvernance ».

La vĂ©ritable vocation de Copenhague semble ĂȘtre de s’accaparer un domaine pour le moment libĂ©rĂ© d’une institution mondiale. Et cela afin d’aboutir Ă  une gouvernance mondiale de l’écologie anti-dĂ©mocratique. Il s’agit entres autres, de la confiscation d’un domaine d’expression au sein duquel une Ă©cologie concrĂšte et dĂ©mocratique est possible, en particulier par la dĂ©nonciation des mĂ©canismes Ă©voquĂ©s ci-dessus. Dans cette optique de dĂ©nonciation des parasites de la dĂ©mocratie, les ONG seraient, sur le long terme, amenĂ©es Ă  l’abandon de leur statut au profit d’une dĂ©mocratie plus rĂ©aliste.

A l’opposĂ©, Jacques Attali considĂšre que le rĂŽle miraculeux des ONG invite Ă  la crĂ©ation d’une Organisation Mondiale des ONG, qui dĂ©fendrait « la mise en Ɠuvre des fondements de la dĂ©mocratie : la libertĂ© d’expression, la protection des femmes et des enfants, la lutte contre la peine de mort, le droit au travail, le droit au crĂ©dit, le droit au logement. » (15)

Mais Ă  Copenhague, il est avant tout question de poursuivre les mesures engagĂ©es et qui annoncent inĂ©vitablement une gouvernance du vivant, une gouvernance de la dĂ©mographie et une gouvernance plus aiguisĂ©e de l’Ă©nergie. (16) Ces prĂ©dictions appartiennent Ă  une perception anthropocentriste, qui au nom d’une objectivitĂ© sur la nature, exclut l’homme de celle-ci. Pour les tenants de ces thĂšses, il serait ainsi possible d’entreprendre un parfait examen des problĂ©matiques Ă©cologiques.

Cela pose inĂ©vitablement la question du rapport qu’à l’homme Ă  la nature, tout comme le reflĂštent Ă©galement les idĂ©es de Mihail Roco (17) concernant le Transhumanisme et les nanotechnologies. (18)

Enfin, il est surprenant que les Ă©lĂ©ments rĂ©vĂ©lĂ©s par le Climatgate ne soient pas au sommaire des discussions de Copenhague, ni des inquiĂ©tudes du monde associatif. Pourtant, leur authenticitĂ© a Ă©tĂ© confirmĂ©e par le CRU (Climat Research Unit), qui n’est pas revenu sur cette dĂ©claration Ă  ce stade. Phil Jones, directeur du CRU, dont les travaux constituent le socle scientifique des questions abordĂ©es au sommet, a Ă©tĂ© suspendu provisoirement de ses fonctions, avec son accord, le temps de l’enquĂȘte. (19)

Que pouvons nous conclure de la future gouvernance mondiale de l’écologie Ă©tant donnĂ© que les doutes soulevĂ©s par sa consistance scientifique ne sont pas abordĂ©s ? Et, dans cette perspective, que nous apprend la volontĂ© de mettre en place une « organisation mondiale de l’environnement avec des pouvoirs contraignants » dans le contexte d’une gouvernance mondiale antidĂ©mocratique ?

Julien Teil, pour Mecanopolis

julienliste@hotmail.com

Notes et sources :

(1)    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/02/a-copenhague-il-faut-inventer-la-solidarite-ecologique-du-xxie-siecle-par-martine-aubry_1275025_3232.html
(2)    William « Bill »Drayton, tout comme Mr Attali, estime que l’entreprenariat social permet de rĂ©soudre les problĂšmes de pauvretĂ©. Ainsi, il a fondĂ© en 1981 le fond Ashoka afin de dĂ©velopper cette activitĂ©. Il a Ă©tĂ© sous l’administration Carter, assistant administrateur de l’Agence de l’Environnement U.S. C’est Ă  ce titre qu’il lança le principe de marchĂ© du Carbone. On voit aussi apparaĂźtre un membre du CFR en 1985, sous le nom de « William Drayton ».  Nous ne pouvons en conclure que c’est bien lui, mais aucun autre William Drayton ne bĂ©nĂ©ficiait d’une renommĂ©e particuliĂšre Ă  l’époque.
(3)    Voire le site PlanÚte-Attitude, plate-forme de la communauté WWF en France : http://www.planete-attitude.fr/
(4)    http://www.courrierinternational.com/article/2009/11/19/demographie-le-grand-tabou
(5)    Ce modÚle de développement est encouragé, entres autres, par Jacques Attali, fondateur de Planet Finance, qui y voit notamment une solution à la crise économique
(6)    A ce propos, lire « Organisations non ( ? ) gouvernementales , La lettre du Forum de Delphes, Novembre 2007 par Thibault Le Texier. http://tibo.lt.free.fr/article.php3?id_article=84
(7)    Voir « La Marche irrĂ©sistible du nouvel ordre mondial, sous-titre : Destination Babel, Éditions François-Xavier de Guibert, 2007 » Par Pierre Hillard.
(8)    In « Europe Inc – Comment les multinationales construisent l’Europe et l’Ă©conomie mondiale » Collectif, Agone, 2005. Il semble qu’un fait similaire impliquant Greenpeace face Ă  l’ERT soit relatĂ© ici : http://archive.corporateeurope.org/observer9/stockholm.html
(9)    Voir à ce propos « Les ONG, instruments des gouvernements et des transnationales ? » par Julien Teil, Réseau Voltaire, 30 juillet 2009 : http://www.voltairenet.org/article161139.html#article161139
(10)    La politique de financement de Greenpeace est indiquée ici : http://www.greenpeace.org/france/transparence-financiere/ressources-greenpeace
(11)    En France, la gestion de l’eau se fait Ă  travers des organismes publics qui ont des contrats avec le secteur privĂ© . C’est notamment le cas du SEDIF dirigĂ© par AndrĂ© Santini. Pour de plus amples informations, consulter le site de l’association S-EAU-S : http://seaus.free.fr/
(12)    Les Ă©crits de Dominique Guillet, fondateur de l’association Kokopelli Ă©clairent parfaitement sur le sujet. Certains sont disponibles sur le site de l’association : http://www.kokopelli.asso.fr/
(13)     Discours de Jacques Attali au sommet mondial des ONG, 10 septembre 2004. http://www.voltairenet.org/article161364.html
(14)    Il est notamment question, au sein de l’élaboration de la politique Ă©nergĂ©tique « responsable » de dĂ©velopper massivement les agro carburants. Jean Ziegler, Rapporteur spĂ©cial sur le droit Ă  l’alimentation auprĂšs de l’ONU, estime que la culture des agro carburants est dĂ©jĂ  vectrice de malnutrition : http://www.notre-planete.info/actualites/actu_1394_biocarburants_crime_contre_humanite.php . L’association Survie quant Ă  elle relate les actions entreprises par Daewoo au Madagascar : http://survie31.over-blog.com/article-25402693-6.html
(15)    Mihail Roco est le co-auteur du rapport « Converging Technologies for improving human performance » ( »Technologies convergentes pour amĂ©liorer les performances humaines »), publiĂ© avec William S. Bainbridge, son collĂšgue de la NSF. Ce dernier milite avec les Transhumanistes pour le dĂ©passement de l’humanitĂ© par une post-humanitĂ© « augmentĂ©e » via implants corporels, hybridation homme-machine et autres tĂ©lĂ©chargement de la conscience sur ordinateur.
(16)    Le transhumanisme est une idéologie traitée dans les ouvrages du collectif grenoblois PiÚces et
Main d’Ɠuvre. Mais aussi sur leur site internet : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?article24
(17)    Voir l’article du journal Le Monde : http://www.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/12/02/climategate-le-directeur-du-centre-de-recherche-demissionne-temporairement_1275245_1270066.html