Category: Ordre Mondial

jan 17 2010

Obama bombarde plus que Bush

Dix jours avant la confĂ©rence internationale sur l’Afghanistan, prĂ©vue Ă  Londres le 28 janvier prochain, les Ă©tats-majors subalternes des États-Unis ont en main un rapport alarmant de l’OTAN qui dĂ©montre que Barack Obama s’engage de plus en plus dans cette guerre lointaine et multiplie les bombardements, puis les opĂ©rations clandestines, bien au-delĂ  des frontiĂšres du seul Afghanistan.

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« Bush est dĂ©passĂ© par son successeur », remarque un diplomate français, citĂ© dans la derniĂšre Ă©dition de l’hebdomadaire Le Canard enchaĂźnĂ©. « Cette Ă©volution de la stratĂ©gie, on peut l’approuver ou la critiquer… Mais force est de constater que nous sommes impliquĂ©s dans ces opĂ©rations, sans y participer et sans avoir et consultĂ©s. »

Un document rĂ©cent de l’OTAN, qui a Ă©tĂ© escamotĂ© par les mĂ©dias, donne raison Ă  ce diplomate. Les analystes de « l’Alliance » se sont notamment intĂ©ressĂ©s aux « engins explosifs improvisĂ©s », utilisĂ©s par la rĂ©sistance afghane. En 2009, ils en ont recensĂ© 6′440, soit 17 ou 18 attentats quotidiens, et « quatre-vingt fois plus » qu’en 2003. Quant au dĂ©compte des militaires alliĂ©s tuĂ©s en Afghanistan, il a augmentĂ© de 400% en deux ans, et le nombre de blessĂ©s de 700%. Pas de quoi pavoiser, donc « et cette guerre ne fait que commencer » selon un analyste des services français de renseignement, citĂ© par Le Canard enchainĂ©.

Tueurs Ă  distance

AprĂšs avoir envoyĂ© 30′000 soldats supplĂ©mentaires, Obama vient d’autoriser une intensification des bombardements par avion sans pilote. Ces drones, sorte de robots espions guidĂ©s Ă  distance par la CIA ou les armĂ©es US, peuvent surveiller plusieurs zones, enregistrer des conversations, filmer des cibles et tuer quand on leur en donne l’ordre.

Aujourd’hui, ces engins perfectionnĂ©s se promĂšnent au-dessus de l’Afghanistan, bien sĂ»r, mais aussi dans le ciel du Pakistan et du YĂ©men, qu’ils bombardent de temps Ă  autre, ou de la Somalie, qui connaitra sans doute bientĂŽt le mĂȘme sort que que l’Afghanistan.

« Assassinats ciblés »

« L’AmĂ©rique est en guerre ». Les diplomates français en poste Ă  Washington se l’entendent dire aujourd’hui plus souvent qu’au temps de Bush. Et le recours aux « assassinats ciblĂ©s », apanage de ces drones, est en train de devenir la politique officielle des États-Unis. Un exemple, dĂ©couvert dans une Ă©tude d’un centre de recherche US, New America Foundation : celui de l’assassinat de Baithullah Meshud, prĂ©sumĂ© chef des talibans au Pakistan. Il aura fallu neuf bombardements guidĂ©s par la CIA, et on e ne sait combien de victimes civiles non comptabilisĂ©es, pour « atteindre la cible ». Mais, au pays du hamburger, quand on dĂ©teste, on ne compte pas.

Agata Kovacs, pour Mecanopolis

Avec les informations du Canard enchainé du 13 janvier 2010, dont nous vous conseillons vivement la lecture

AgĂĄta Kovacs

nov 29 2009

La privatisation de l’Etat

Un oxymore, une contradiction dans les termes ? Et pourtant c’est bien Ă  ce phĂ©nomĂšne politique que nous assistons aujourd’hui.

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La dĂ©rive libĂ©rale du systĂšme marchand, caractĂ©risĂ©e par le dĂ©sengagement Ă©conomique et social de l’Etat, la liquidation des services publics et son accaparement par un clan, 
 aboutit Ă  une vĂ©ritable mutation de la nature de l’Etat en parfaite contradiction avec les principes rĂ©publicains.

ETAT ET CLASSES SOCIALES

Ce n’est pas nouveau d’affirmer que dans une sociĂ©tĂ© divisĂ©e en classes sociales, aux intĂ©rĂȘts antagonistes et contradictoires, l’Etat reprĂ©sente la force coercitive qui garanti les intĂ©rĂȘts de la classe des possĂ©dants

Ce n’est pas nouveau, mais il est urgent et indispensable de le rappeler aujourd’hui.

Ce n’est certes pas l’apanage du systĂšme marchand. En effet, tous les systĂšmes d’organisation sociale de l’Histoire ont fonctionnĂ© sur cette logique
 sauf peut-ĂȘtre les sociĂ©tĂ©s dites « primitives ».

L’Etat garanti les intĂ©rĂȘts des possĂ©dants en tenant compte des rapports de forces, des Ă©vĂšnements historiques, des Ă©volutions de la sociĂ©tĂ© qu’il domine. Il peut apparaĂźtre Ă  certains moments conciliant, voire donner l’apparence de la mĂ©diation, comme il peut apparaĂźtre parfaitement autoritaire, voire dictatorial – le 20e siĂšcle est une parfaite illustration de ces facultĂ©s d’adaptation de l’institution « Etat ».

LE MYTHE REPUBLICAIN

L’effondrement de l’Ancien RĂ©gime, en Europe au 18e et 19e siĂšcle a laissĂ© la place au systĂšme marchand, capitalisme, salariat, qui s’est fondĂ© sur une ambiguĂŻtĂ© dont nous payons encore aujourd’hui les consĂ©quences politiques.

Les discours philosophico-humanistes des penseurs des LumiÚres, et de certains des philosophes de la Révolution Française ont vite laissé la place au discours « réaliste » des affairistes et des marchands.

Les intĂ©rĂȘts des nouveaux possĂ©dants se sont bien vite heurtĂ©s aux valeurs que ceux-ci avaient prĂ©cipitamment mais imprudemment gravĂ©es dans la pierre des frontons des Ă©difices publics. L’écrasement des rĂ©voltes ouvriĂšres dĂšs le dĂ©but du 19e siĂšcle, la Commune de Paris, n’ont Ă©tĂ© que le prĂ©lude des grandes rĂ©pressions du 20e siĂšcle.

Le mythe de la RĂ©publique pour tous, pour le peuple, d’une RĂ©publique garante et dĂ©fenseuse des opprimĂ©s s’est trĂšs vite avĂ©rĂ© ĂȘtre une remarquable et efficace escroquerie.

Le systĂšme Ă©lectoral, c’est-Ă -dire le moyen de tenir compte des dĂ©sirs et de la volontĂ© du peuple, en nommant des reprĂ©sentant a Ă©tĂ© depuis longtemps parfaitement dĂ©tournĂ© ce qui a permis l’émergence d’une nouvelle « aristocratie » qui a pris possession du Pouvoir et l’a gardĂ©,
 quels que soient les modifications apportĂ©es aux modes de scrutins.

Il suffisait, pour entretenir l’illusion d’assĂ©ner rĂ©guliĂšrement et systĂ©matiquement le « bon peuple » de slogans bien conçus pour lui faire croire que « les promesses seront bien tenues », « les Ă©lus sont responsables devant leurs Ă©lecteurs » et,
 cerise sur le gĂąteau « le vote est non seulement un droit mais aussi un devoir ». Ainsi l’Etat, « bien commun » du Peuple (ce qu’il n’a jamais Ă©tĂ©), s’est donnĂ© le beau rĂŽle :

- donner l’illusion de la dĂ©mocratie,

- demeurer le garant d’un systĂšme fondamentalement inĂ©galitaire et exploiteur.

La force, mais aussi les faiblesses et les ambiguĂŻtĂ©s politiques du mouvement ouvrier vont, au 19e siĂšcle, et surtout au 20e, entretenir le mythe de l‘ « Etat dĂ©mocratique » avant un dĂ©but de renversement de la tendance au dĂ©but du 21e siĂšcle.

L’ETAT ET LE MOUVEMENT OUVRIER

TrĂšs tĂŽt, les ouvriers, les salariĂ©s ont eu Ă  pĂątir de la politique de l’Etat dans le systĂšme marchand,
 mais ils ont su aussi l’utiliser.

Les multiples et sanglantes rĂ©voltes ouvriĂšres montrent, s’il en Ă©tait besoin, que tous les discours « dĂ©mocratiques » s’arrĂȘtent oĂč commencent les intĂ©rĂȘts du systĂšme marchand. Pourtant, n’en dĂ©plaisent aux « rĂ©volutionnaires professionnels », jamais, dans aucun pays dĂ©veloppĂ©, la classe ouvriĂšre n’a voulu et n’a pris le pouvoir. Au contraire elle a luttĂ©, et efficacement, pour amĂ©liorer ses conditions de travail et de vie, rencontrant en cela un Etat, prĂȘt Ă  faire des concessions pour s’acheter la « paix sociale ».

Ainsi l’illusion d’un Etat dĂ©fendant l’ « intĂ©rĂȘt public » s’est peu Ă  peu fait jour, au point que les organisations politiques ouvriĂšres sont allĂ©es elles mĂȘmes gĂ©rer le capitalisme dans « l’intĂ©rĂȘt des travailleurs ». Le mythe du « systĂšme dĂ©mocratique », de l’ « Etat dĂ©fenseur de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral » Ă©tait nĂ©, y compris et surtout parmi ses plus dĂ©terminĂ©s dĂ©tracteurs, les salariĂ©s.

Les rapports de forces, les Ă©vĂšnements historiques (les guerres), les cultures nationales ont permis aux salariĂ©s d’acquĂ©rir des avantages consĂ©quents qui existent encore – pas pour longtemps – aujourd’hui, les acquis sociaux. Cette situation a renforcĂ© la vision « dĂ©mocratique » de l’Etat, la soumission des salariĂ©s Ă  un systĂšme qui savait leur accorder des miettes substantielles, bref, la croyance aujourd’hui encore profondĂ©ment ancrĂ©e en un Etat neutre, mĂ©diateur et dĂ©fenseur de l’intĂ©rĂȘt public.

Cette croyance a produit et continue de produire, le rĂ©formisme des organisations « rĂ©volutionnaires » et « contestataires » – qui ne jurent que par les Ă©lections, mĂȘme si elles ont un discours opportunĂ©ment radical, de mĂȘme que des syndicats partenaires de l’Etat dans la gestion du capitalisme.

VERS LA PRIVATISATION DE L’ETAT

Tout ce bel agencement Ă©conomico-politique a Ă©tĂ© bouleversĂ© par la mondialisation marchande. Les petites affaires, les nĂ©gociations, les compromis, entre classes antagonistes dans le cadre d’un « Etat-nation »,
 c’est terminĂ©. Le Capital, dĂ©sormais intĂ©gralement mondialisĂ©, aussi bien dans sa valorisation, que dans sa gestion, n’est plus Ă  mĂȘme d’accorder des miettes aux classes salariĂ©es des « anciens pays industriels », il peut mĂȘme s’en passer ayant de multiples ressources, et moins chĂšres, ailleurs.

L’Etat, sans changer de nature – toujours garant des intĂ©rĂȘts du systĂšme -, a Ă©videmment changĂ© de tactique et de politique.

La notion de « bien public », d’ « intĂ©rĂȘt public », bref de « service public », perd de son sens. On garde ces termes pour les discours Ă©lectoraux afin de tromper l’électeur naĂŻf. Dans les faits on livre toutes ces activitĂ©s juteuses aux appĂ©tits du Capital. OpĂ©ration d’autant plus facile que le « bon peuple », consciencieusement endormi par les mĂ©dias et la classe politique ne sait absolument pas comment rĂ©agir sinon par des manifestations, pĂ©titions et autres « votations » ridicules et inefficaces.

L’Etat se rĂ©duit de plus en plus Ă  ses fonctions rĂ©galiennes qui n’ont qu’un seul et unique but : maintenir contre « vents et marĂ©es » le systĂšme en place. La classe politique devient une « aristocratie » au renouvellement limitĂ©, via les partis qu’elle contrĂŽle, Ă  partir d’élections complĂštement sous contrĂŽle. Quand le « bon peuple » « vote mal », on recommence ou on contourne le scrutin (voit le rĂ©fĂ©rendum sur l’Europe). Cette « aristocratie », divisĂ©e en clans se partage le Pouvoir oĂč rĂšgne la voyoucratie (des noms ?), l’incompĂ©tence (des noms ?), le nĂ©potisme (des noms ?), l’impunitĂ© (des noms ?),
 Le tout protĂ©gĂ© par une milice armĂ©e de plus en plus efficace, bĂ©nĂ©ficiant d’une quasi impunitĂ©, abusivement baptisĂ©e « police rĂ©publicaine »( ?).

L’Etat n’a plus ainsi Ă  « dĂ©fendre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral » dĂ©sormais soumis aux lois du marchĂ©, mais Ă  dĂ©fendre les privilĂšges de la classe politique qui sait intĂ©grer et corrompre tout ce qui peut apparaĂźtre comme une opposition dangereuse
 Ainsi, les uns aprĂšs les autres, les « contestataires » accĂšdent Ă  des postes grassement rĂ©munĂ©rĂ©s donnant accĂšs Ă  privilĂšges exorbitants.

L’Etat n’est plus qu’une affaire de clans et un instrument coercitif destinĂ© Ă  faire respecter l’ordre marchand.

Toutes les « grandes dĂ©mocraties » glissent sur cette pente qui ne peut conduire qu’au dĂ©clin et Ă  la dĂ©cadence. Les cas les plus significatifs, parmi celles –ci, et caricaturaux sont aujourd’hui la France et l’Italie.

Le citoyen, si tant est que ce terme ait encore un sens, n’a plus rien Ă  attendre des institutions Ă©tatiques qui ne sont lĂ  que pour l’asservir Ă  des contraintes qui correspondent non pas Ă  ses intĂ©rĂȘts mais Ă  ceux de la classe politique dĂ©fenseuse des intĂ©rĂȘt du Capital – le sens et la teneur des mesures prises lors de la crise que nous traversons en est la plus parfaite illustration.

En l’absence d’une alternative crĂ©dible, ce qui est actuellement le cas, la situation ne peut qu’empirer ouvrant la voie Ă  toutes les aventures


Octobre 2009 Patrick MIGNARD

nov 24 2009

Récapitulatif des implications du Traité de Lisbonne

Étant donnĂ© que l’on a beaucoup parlĂ© du traitĂ© de Lisbonne au cours de ces deux derniĂšres annĂ©es, mais que l’on a nettement moins souvent exposĂ© son contenu, je vous propose cette synthĂšse non-exhaustive de ses implications, en espĂ©rant que cela aide certains Ă  avoir un point de vue plus clair sur ce traitĂ©.

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Rappel de la nature du traité de Lisbonne et bref historique de sa ratification:

D’aprĂšs ValĂ©ry Giscard d’Estaing, il ne s’agit que d’une « pĂąle copie » du TraitĂ© Ă©tablissant une Constitution pour l’Europe [aussi nommĂ© TraitĂ© de Rome, rejetĂ© en 2004], dans laquelle seule la forme a Ă©tĂ© changĂ©e, mais pas le contenu :

« La conclusion vient d’elle-mĂȘme Ă  l’esprit. Dans le traitĂ© de Lisbonne, rĂ©digĂ© exclusivement Ă  partir du projet de traitĂ© constitutionnel, les outils sont exactement les mĂȘmes. Seul l’ordre a Ă©tĂ© changĂ© dans la boĂźte Ă  outils. La boĂźte, elle-mĂȘme, a Ă©tĂ© redĂ©corĂ©e, en utilisant un modĂšle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche. »

Il affirme toutefois : « Au lieu d’ĂȘtre de tonalitĂ© constitutionnelle, il modifie les anciens traitĂ©s, ce qui constitue une diffĂ©rence fondamentale. »

Selon Bertie Ahern, Premier ministre de la RĂ©publique d’Irlande, « 90 % [de la Constitution] est toujours là
 ces changements n’ont apportĂ© aucune modification spectaculaire Ă  l’accord de 2004. », signifiant que 90 % des dĂ©cisions du TraitĂ© de Rome seront toujours prĂ©sentes, notamment le transfert de certaines compĂ©tences Ă  l’Union europĂ©enne (dont une partie de la politique Ă©trangĂšre).

L’extension de la rĂšgle de la majoritĂ© qualifiĂ©e puis de la double majoritĂ© (calculĂ©es selon le poids dĂ©mographique des États) demandant un nombre important d’États pour modifier un article ayant trait Ă  l’Union europĂ©enne, n’empĂȘchera pas l’Union d’Ă©voluer, mais bloquera toute tentative de modification d’actes dĂ©jĂ  adoptĂ©s (notamment de nombreux projets d’ordre Ă©conomiques, politiques ou sĂ©curitaires).

GenÚse du traité:

En raison du rejet par rĂ©fĂ©rendum, en 2005, du traitĂ© de Rome de 2004 par la majoritĂ© des Ă©lecteurs français et nĂ©erlandais, une pĂ©riode dite de rĂ©flexion s’était ouverte. En janvier 2007, alors qu’elle prenait la prĂ©sidence de l’Union europĂ©enne, l’Allemagne a dĂ©clarĂ© cette pĂ©riode close.

En mars 2007, lors des célébrations du 50e anniversaire des traités de Rome de 1957, une déclaration de Berlin a été signée afin de donner un nouvel élan à la construction européenne, avant les élections du Parlement européen, en juin 2009.

À la suite du rejet rĂ©fĂ©rendaire, un groupe Amato (ComitĂ© d’action pour la dĂ©mocratie europĂ©enne, prĂ©sidĂ© par Giuliano Amato, officiellement en anglais Action Committee for European Democracy, ACED), composĂ© de « sages » et soutenu par la Commission Barroso, a travaillĂ© de façon non-officielle, en réécrivant le traitĂ©. Le 4 juin 2007, le groupe arrĂȘta un texte en français, constituĂ© aux trois quarts de l’ancien TraitĂ© constitutionnel auquel quelques modifications ont Ă©tĂ© rajoutĂ©es. Il a Ă©tĂ© certes allĂ©gĂ© en Ă©paisseur, non en contenu.

Le Parlement européen a approuvé le 20 février 2008 le traité à une trÚs forte majorité :

525 votes favorables (82 %), 115 défavorables, 29 abstentions

Processus de ratification:

Les quatre premiers États Ă  avoir ratifiĂ© le traitĂ© font partie des pays adhĂ©rents rĂ©cents Ă  l’Union europĂ©enne : la Hongrie, Malte et la SlovĂ©nie parmi les Etats entrĂ©s en 2004 dans l’Union europĂ©enne ; la Roumanie entrĂ©e en 2007.

En France : aprĂšs le rejet par 55 % des français du rĂ©fĂ©rendum sur la Constitution en 2004, la France n’a pas proposĂ© de nouveau rĂ©fĂ©rendum Ă  ses citoyens au motif que ce nouveau traitĂ© n’est pas une Constitution europĂ©enne. Une rĂ©vision de la Constitution française, effectuĂ©e par la voie du CongrĂšs le 4 fĂ©vrier 2008, a permis la ratification du traitĂ© lui-mĂȘme par la voie parlementaire le 8 fĂ©vrier.

L’Irlande:

Un premier référendum qui a lieu en Irlande le 12 juin 2008 aboutit au rejet du traité de Lisbonne par 53,4 % des voix.

Au 6 mai 2009, un seul État n’avait pas encore ratifiĂ© le traitĂ©. Il s’agissait de l’Irlande, pourtant membre de la zone euro. C’est le seul pays Ă  s’ĂȘtre prononcĂ© par la voie rĂ©fĂ©rendaire, du fait de sa constitution qui l’oblige Ă  consulter la population. Des dĂ©marches ont toutefois Ă©tĂ© entreprises pour l’amener Ă  revoter sur ce traitĂ©.

Le prĂ©sident du Parlement europĂ©en, Jerzy Buzek, s’est rendu en Irlande le 8 septembre. « Ce rĂ©fĂ©rendum n’est pas un test de popularitĂ© de votre gouvernement, il concerne notre avenir commun dans l’Union europĂ©enne »

Le 19 septembre, JosĂ© Manuel Barroso a fait « un geste » en direction de l’Irlande en proposant le vote d’une aide de 14,8 millions € pour la reconversion des 2 400 salariĂ©s de l’usine Dell de Limerick rĂ©cemment licenciĂ©s. « L’Union europĂ©enne est fondĂ©e sur la solidaritĂ©. Notre rĂ©ponse naturelle est de venir en aide Ă  ceux qui connaissent des difficultĂ©s » a-t-il dĂ©clarĂ©.

Un nouveau rĂ©fĂ©rendum a Ă©tĂ© organisĂ© le 2 octobre 2009. L’Irlande, qui connait depuis un an une grave crise Ă©conomique, notamment du fait de l’ampleur de sa crise immobiliĂšre, a Ă©tĂ© aidĂ©e par l’UE. Les Irlandais ont votĂ© en grande majoritĂ© pour le oui, avec 67,13% des voix au rĂ©fĂ©rendum.

« Il est Ă©vident qu’un 2Ăšme vote « non » au traitĂ© de Lisbonne aurait des consĂ©quences sĂ©rieuses et dommageables pour l’Irlande, surtout maintenant que nos partenaires nous ont accordĂ© ce que nous demandions » a dĂ©clarĂ© le Premier ministre Brian Cowen.

La République TchÚque:

Le gouvernement tchĂšque a dĂ©jĂ  signĂ© le traitĂ© de Lisbonne et les deux chambres du Parlement l’ont ratifiĂ©. Mais cette ratification devait ĂȘtre promulguĂ©e par le PrĂ©sident Vaclav Klaus, rĂ©putĂ© eurosceptique. Des recours contre le texte approuvĂ© par le Parlement Ă©taient possibles de la part de certains sĂ©nateurs ODS, sĂ©nateurs qui ont in fine attaquĂ© le texte devant la Cour constitutionnelle tchĂšque en septembre 2009. Le 9 octobre, Klaus demande Ă  la prĂ©sidence suĂ©doise de tenir compte du fait que les dĂ©crets BeneĆĄ pourraient ĂȘtre remis en cause sur la base du traitĂ© de Lisbonne et notamment de la Charte des droits fondamentaux qu’il contient. Le 14 octobre 2009, M. Klaus dĂ©clare Ă  Moscou qu’il n’est pas prĂȘt Ă  revenir sur les objections qu’il a formulĂ©es Ă  l’encontre du traitĂ© de Lisbonne : « J’ai expliquĂ© que je crains et que je ne suis pas seul Ă  craindre un approfondissement de l’intĂ©gration de l’Union europĂ©enne. Pour moi c’est une chose d’importance vitale. À mon avis, les conditions que j’ai formulĂ©es pour signer l’accord sont sĂ©rieuses et l’idĂ©e que je peux oublier mes objections est mal fondĂ©e » tandis que JosĂ© Manuel Barroso l’exhorte Ă  ne pas prendre le reste de l’Europe en otage et Ă  respecter « les valeurs et principes » de l’Union europĂ©enne.

14.10.2009 Journal « HospodĂĄrskĂ© Noviny »: Courrier International:

La RĂ©publique tchĂšque est le dernier pays Ă  n’avoir pas ratifiĂ© le traitĂ© de Lisbonne. Le prĂ©sident Vaclav Klaus, un eurosceptique, rechigne Ă  signer le texte, dĂ©jĂ  votĂ© par le Parlement. Au sein du pays, on cherche la parade. Alena Gajduskova, la vice-prĂ©sidente du SĂ©nat, suggĂšre de destituer Klaus pour trahison.

14.10.2009 @Novinky.cz: La sĂ©natrice GajdĆŻĆĄkovĂĄ veut se dĂ©barrasser des pouvoirs de Klaus.La Vice-PrĂ©sidente du SĂ©nat Alena GajdĂčskovĂą est prĂȘte Ă  proposer que le PrĂ©sident VĂĄclav Klaus soit privĂ© de pouvoirs. Le document de ratification pourrait alors ĂȘtre signĂ© par le Premier ministre Jan Fischer, qui prendrait les pouvoirs du prĂ©sident.

« Si la Cour constitutionnelle dĂ©cide que le traitĂ© de Lisbonne est conforme Ă  la Charte des Droits et LibertĂ©s et si le PrĂ©sident continue de soutenir que la ratification ne peut ĂȘtre signĂ©, Vaclav Klaus ne peut donc plus exercer son mandat conformĂ©ment Ă  l’article 66 de la Constitution qui dit que si le prĂ©sident ne peut exercer son autoritĂ©, sa compĂ©tence en matiĂšre de traitĂ©s internationaux passe au Premier ministre » a-t-elle dĂ©clarĂ©.

Au dĂ©but de dĂ©cembre 2008, le prĂ©sident tchĂšque a pu se rendre compte de la maniĂšre dont l’UE traitait ceux qui ne veulent pas se soumettre aux diktats de Berlin, Paris, Londres et Bruxelles. Un groupe de dĂ©putĂ©s du Parlement europĂ©en est allĂ© le voir et l’a forcĂ© Ă  publier, aprĂšs la rencontre, le procĂšs-verbal de leurs entretiens.2 On peut y lire notamment les propos du parlementaire Daniel Cohn-Bendit: «Votre avis sur le TraitĂ© de Lisbonne ne m’intĂ©resse pas. Vous allez devoir le ratifier. En outre, je veux que vous m’expliquiez le degrĂ© de votre amitiĂ© avec Monsieur Ganley [le chef du parti irlandais Libertas dont la campagne a considĂ©rablement contribuĂ© au succĂšs du non lors du rĂ©fĂ©rendum de mai 2008]. Comment pouvez-vous rencontrer un homme dont on ne sait pas qui le finance ? Etant donnĂ© votre fonction, vous ne deviez pas le rencontrer.»

Le prĂ©sident tchĂšque a rĂ©agi d’une maniĂšre trĂšs comprĂ©hensible: «Depuis 6 ans [depuis qu’il est prĂ©sident], personne ne m’a jamais parlĂ© sur ce ton. Nous ne sommes pas sur les barricades de Paris. Je croyais que ces mĂ©thodes avaient cessĂ© pour nous il y a 19 ans. Je vois que je me suis trompĂ©. [
] Je ne me doutais pas qu’une telle chose Ă©tait possible. Je n’avais pas vĂ©cu cela depuis 19 ans. Je croyais que cela appartenait au passĂ©, que nous vivions en dĂ©mocratie, mais l’UE fonctionne vraiment comme une post-dĂ©mocratie. Vous avez parlĂ© de valeurs europĂ©ennes. Ce sont avant tout la libertĂ© et la dĂ©mocratie et c’est surtout Ă  ces valeurs que sont attachĂ©s les citoyens de l’UE, mais aujourd’hui elles disparaissent de plus en plus.»

Le 17 octobre, il dĂ©clare toutefois lors d’un entretien au LidovĂ© noviny qu’il pourrait sans doute signer le traitĂ© dans le mois qui vient mĂȘme s’il demeure opposĂ© Ă  ce texte : « Au train oĂč vont les choses, c’est-Ă -dire trĂšs vite, il n’est plus possible d’arrĂȘter le traitĂ© ni de faire marche arriĂšre, quand bien mĂȘme certains d’entre nous le voudrions » et « Je n’ai jamais dit qu’il Ă©tait nĂ©cessaire que ma note de bas de page soit ratifiĂ©e par l’ensemble des États membres, ce qui impliquerait que l’on recommence tout le processus de ratification de Lisbonne ».

Le 3 novembre, la Cour constitutionnelle tchĂšque donne son feu vert pour poursuivre la derniĂšre Ă©tape de ratification malgrĂ© une plainte d’un groupe de sĂ©nateurs, proches du prĂ©sident, qui entendaient faire vĂ©rifier qu’il Ă©tait bien conforme Ă  la loi fondamentale tchĂšque. Quelques heures plus tard, Vaclav Klaus signe finalement le traitĂ©.


Allocution de Vaclav Klaus au Parlement européen
 
  
 
La Pologne:

De son cĂŽtĂ©, en Pologne, le PrĂ©sident Lech KaczyƄski, conservateur, avait dĂ©clarĂ© le 1er juillet 2008 que le rejet du texte par les Ă©lecteurs irlandais lors d’un rĂ©fĂ©rendum le 12 juin rendait « inutile » sa ratification, pourtant acceptĂ©e Ă  une large majoritĂ© (380+77 oui, 54+17 non) par le parlement en avril. Le prĂ©sident polonais Lech KaczyƄski avait finalement signĂ© le traitĂ© le 10 octobre 2009, comme il avait promis de le faire en cas de « oui » irlandais. Le traitĂ© de Lisbonne avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© ratifiĂ© par le Sejm et le SĂ©nat polonais.

1) ÉlĂ©ments essentiels du traitĂ© de Lisbonne:

       Que contient le traité de Lisbonne ?

  • Il permet d’accueillir de nouveaux États membres afin d’approfondir le projet de rĂ©conciliation europĂ©enne engagĂ© au dĂ©but des annĂ©es 50 ;
  • Concernant les dispositions institutionnelles (partie 1 de la « Constitution »), le traitĂ© de Lisbonne retient les dispositions suivantes :

− octroi de la personnalitĂ© juridique Ă  l’Union ;

− fusion des trois piliers ;

− nouvelle rĂšgle de la double majoritĂ©

− affirmation du principe de codĂ©cision entre le Parlement europĂ©en et le Conseil des ministres comme procĂ©dure lĂ©gislative ordinaire ;

− prĂ©sidence stable du Conseil europĂ©en (pendant 2 ans et demi) renouvelable une fois ;

− crĂ©ation du poste de « haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ© » ;

− droit d’initiative citoyenne ;

− renforcement de la dĂ©mocratie participative, etc.

- obtiention d’une personnalitĂ© juridique, qui donne la capacitĂ© de contracter, notamment d’ĂȘtre partie d’une convention internationale ou d’ĂȘtre membre d’une organisation internationale.

Piliers de l’Union europĂ©enne

Le TraitĂ© de Maastricht a organisĂ© l’Union europĂ©enne autour de trois piliers :

  • Premier pilier : le pilier communautaire qui correspond aux trois communautĂ©s :

− la CommunautĂ© europĂ©enne (CE).

− la CommunautĂ© europĂ©enne de l’Ă©nergie atomique (EURATOM).

− et l’ancienne CommunautĂ© europĂ©enne du charbon et de l’acier (CECA), qui avait Ă©tĂ© créée pour 50 ans et qui n’existe plus depuis le 22 juillet 2002.

  • DeuxiĂšme pilier : le pilier consacrĂ© Ă  la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune.
  •  TroisiĂšme pilier : le pilier consacrĂ© Ă  la coopĂ©ration policiĂšre et judiciaire en matiĂšre pĂ©nale.

Le systÚme de double majorité

Les dispositions relatives Ă  l’extension de la nouvelle rĂšgle de la double majoritĂ© Ă  un nombre croissant de domaines (par exemple les visas et le contrĂŽle de la circulation des Ă©trangers, le systĂšme commun d’asile, la politique commune de l’immigration et encore la coopĂ©ration judiciaire en matiĂšre pĂ©nale, etc.) sont reprises de la partie 3 de la Constitution. Jusqu’Ă  maintenant, la majoritĂ© qualifiĂ©e est dĂ©finie selon un systĂšme complexe de pondĂ©ration des voix selon lequel les États membres bĂ©nĂ©ficient d’un certain nombre de voix, pour une large part en fonction de leur poids dĂ©mographique. Le traitĂ© de Lisbonne y substituera un systĂšme fondĂ© sur une double majoritĂ© d’États et de population, selon lequel une « loi » sera adoptĂ©e au sein du Conseil si elle obtient au moins l’accord de 55% des États de l’Union (soit 15 États membres dans une Union composĂ©e de 27 États membres) reprĂ©sentant au moins 65% de la population de l’Union.

Le traitĂ© de Lisbonne prĂ©voit l’extension du vote Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e Ă  33 nouveaux articles. Avec les 63 articles qui relĂšvent dĂ©jĂ  de la majoritĂ© qualifiĂ©e, 96 articles sont dĂ©sormais concernĂ©s par le vote Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e.

Pour ce qui concerne les dispositions concernant la procĂ©dure de rĂ©vision, la rĂšgle de l’unanimitĂ© est maintenue.

NĂ©anmoins, le traitĂ© de Lisbonne prĂ©voit des possibilitĂ©s d’adaptation des traitĂ©s, permettant d’éviter des procĂ©dures de rĂ©vision lourdes :

  • les « clauses passerelles » (qui permettent au Conseil europĂ©en de dĂ©cider – Ă  l’unanimitĂ© et sauf en matiĂšre de dĂ©fense – le passage au vote dans tel ou tel domaine Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e).
  • les « clauses de flexibilitĂ© » pour Ă©tendre les compĂ©tences de l’Union.

2) Le traitĂ© de Lisbonne n’est plus la « Constitution europĂ©enne »

La « Constitution europĂ©enne » proposait d’abroger l’ensemble des traitĂ©s actuels et de les remplacer par un texte unique dont la vocation constitutionnelle Ă©tait affirmĂ©e. Le traitĂ© de Lisbonne se borne Ă  modifier les traitĂ©s existants, d’oĂč le nom de « traitĂ© modificatif » ou « rĂ©formateur ».

Une commission réduite

La Commission européenne conserve un rÎle central.

AprĂšs l’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne :

  • La premiĂšre Commission investie (2009-2014) comprendra, comme c’est le cas aujourd’hui, un commissaire issu de chaque État membre.
  • À partir de 2014, le nombre de commissaires correspondra aux deux tiers des États

membres (soit 18 dans une Union composĂ©e de 27 États membres). Les membres seront sĂ©lectionnĂ©s selon un systĂšme de rotation Ă©galitaire entre les États.

L’innovation la plus importante rĂ©side dans la crĂ©ation d’une prĂ©sidence stable. Comme le Parlement europĂ©en et comme la Commission, le Conseil europĂ©en aura un prĂ©sident Ă  plein temps, qui ne pourra pas exercer de mandat national. Il sera Ă©lu Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e par le Conseil europĂ©en pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois.

Le président du Conseil européen :

  • donne une voix et un visage Ă  l’Union europĂ©enne ;
  • assure la reprĂ©sentation de l’Union sur la scĂšne internationale ;
  • prĂ©side et coordonne les travaux du Conseil europĂ©en.

Un nouveau mode de décision au conseil des ministres

Le Conseil des ministres des États membres de l’Union (qui comprend diffĂ©rentes formations en fonction des secteurs concernĂ©s comme l’économie et les finances, l’agriculture, etc.) a pour rĂŽle principal de voter les actes de l’Union europĂ©enne.

La rÚgle de vote est modifiée.

En effet, Ă  la diffĂ©rence du Parlement europĂ©en, oĂč l’on vote Ă  la majoritĂ© simple, la rĂšgle de vote au Conseil prend en compte le poids respectif de chaque État de maniĂšre Ă  ce que les « lois » votĂ©es reflĂštent Ă  la fois la volontĂ© de la majoritĂ© des citoyens europĂ©ens mais aussi la rĂ©alitĂ© du poids des États membres de l’Union. C’est ce que l’on appelle la « double majoritĂ© » des États et des citoyens.

Un haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ©

Le traitĂ© de Lisbonne crĂ©e un Haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ©.

  • Il fusionnera les fonctions actuelles de Haut reprĂ©sentant de l’Union europĂ©enne pour la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune (poste occupĂ© aujourd’hui par Javier Solana) et de Commissaire europĂ©en chargĂ© des relations extĂ©rieures (poste occupĂ© actuellement par Benita Ferrero-Waldner)
  • NommĂ© par le Conseil europĂ©en et investi par le Parlement europĂ©en, il sera Vice-PrĂ©sident de la Commission europĂ©enne et prĂ©sidera le Conseil des affaires Ă©trangĂšres du Conseil des ministres.

Le Parlement européen: une institution encore plus influente

Les pouvoirs du Parlement européen sont étendus :

  • Les pouvoirs du Parlement sont renforcĂ©s en matiĂšre lĂ©gislative, budgĂ©taire mais aussi de contrĂŽle politique.
  • Le Parlement investit le PrĂ©sident de la Commission sur proposition du Conseil europĂ©en, « en tenant compte des Ă©lections du Parlement europĂ©en ».

En matiÚre législative:

- Extension de la procédure de codécision législative (Conseil des ministres et Parlement) à prÚs de 50 nouveaux domaines. Cette procédure donne au Parlement européen des pouvoirs législatifs comparables à ceux du Conseil des ministres.

- Cette procĂ©dure est principalement appliquĂ©e aux domaines de compĂ©tences actuels de l’Union europĂ©enne (marchĂ© intĂ©rieur et gouvernance Ă©conomique en particulier) et aux quelques compĂ©tences nouvelles qui lui sont attribuĂ©es. Dans ce dernier cas, on peut par exemple noter que les pouvoirs lĂ©gislatifs du Parlement europĂ©en portent dĂ©sormais sur le contrĂŽle des personnes aux frontiĂšres, aux dispositions rĂ©gissant l’accueil et le traitement des demandeurs d’asile, ainsi qu’à la lutte contre l’immigration clandestine.

En matiÚre budgétaire:

- Le Parlement europĂ©en se voit reconnaĂźtre un droit de dĂ©cision Ă©gal Ă  celui du Conseil des ministres, notamment pour l’adoption de l’ensemble du budget annuel (alors que le Conseil a aujourd’hui le dernier mot sur les dĂ©penses dites « obligatoires » qui reprĂ©sentent une large part du budget europĂ©en et notamment les dĂ©penses agricoles). Avec le traitĂ© de Lisbonne, le Parlement europĂ©en, qui est la seule institution de l’Union Ă  ĂȘtre Ă©lue au suffrage universel direct, voit donc ses pouvoirs et son poids politique fortement accrus au sein du « triangle institutionnel » (la Commission, le Conseil des ministres et le Parlement europĂ©en). Le traitĂ© de Lisbonne clarifie le partage des pouvoirs entre l’Union europĂ©enne et les États membres. Il apporte une rĂ©ponse Ă  la question « Qui fait quoi ? » dans l’Union europĂ©enne, ce qui renforce la responsabilitĂ© des diffĂ©rents niveaux de pouvoir.

Le Compromis de Ioannina

La nouvelle rĂšgle de vote issue du traitĂ© de Lisbonne (la double majoritĂ©) ne s’appliquera qu’en 2014, voire en 2017.

En effet, afin de rallier dĂ©finitivement la Pologne au cours de la nĂ©gociation, un dispositif transitoire (compromis de Ioannina, qui tire son nom d’une rĂ©union informelle des ministres des Affaires Ă©trangĂšres Ă  Ioannina, en GrĂšce, en 1994) a Ă©tĂ© prĂ©vu, par lequel si les États membres qui s’opposent Ă  un texte franchissent un certain seuil significatif tout en Ă©tant insuffisant pour bloquer la dĂ©cision (1/3 des États membres ou 25% de la population), l’ensemble des États membres s’engagent Ă  rechercher une solution pour rallier les opposants tout en se rĂ©servant la possibilitĂ© de passer Ă  tout moment au vote.

Quels principes de partage des compétences ?

Le partage des compĂ©tences entre l’Union europĂ©enne et les États membres est Ă©tabli ainsi :

  • L’Union dispose des compĂ©tences que les États lui attribuent dans le TraitĂ© de Lisbonne ;
  • Toutes les autres compĂ©tences continuent d’appartenir aux États.

Le traité de Lisbonne distingue trois grandes catégories de compétences :

  • Les compĂ©tences exclusives de l’Union dans les domaines oĂč celle-ci lĂ©gifĂšre seule :

− Union douaniùre ;

− Établissement des rĂšgles de concurrence nĂ©cessaires au fonctionnement du marchĂ© intĂ©rieur ;

− Politique monĂ©taire pour les États membres dont la monnaie est l’euro ;

− Conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique  commune de la pĂȘche ;

− Politique commerciale commune ;

− Conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prĂ©vue dans un acte lĂ©gislatif de l’Union, ou est nĂ©cessaire pour lui permettre d’exercer sa compĂ©tence interne, ou dans la mesure oĂč elle est susceptible d’affecter des rĂšgles communes ou d’en altĂ©rer la portĂ©e.

  • Les compĂ©tences partagĂ©es entre l’Union et les États membres, les États exerçant leur compĂ©tence dans la mesure oĂč l’Union n’a pas exercĂ© la sienne :

− MarchĂ© intĂ©rieur ;

− Politique sociale, pour les aspects dĂ©finis dans le prĂ©sent traitĂ© ;

− CohĂ©sion Ă©conomique, sociale et territoriale ;

− Agriculture et la pĂȘche, Ă  l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer ;

− Environnement ;

− Protection des consommateurs ;

− Transports ;

− RĂ©seaux transeuropĂ©ens ;

− Énergie ;

− Espace de libertĂ©, de sĂ©curitĂ© et de justice ;

− Enjeux communs de sĂ©curitĂ© en matiĂšre de santĂ© publique, pour les aspects dĂ©finis dans le traitĂ© de Lisbonne ;

− Recherche, dĂ©veloppement technologique, espace ;

− CoopĂ©ration au dĂ©veloppement et aide humanitaire.

  • Enfin, les domaines oĂč les États membres demeurent totalement compĂ©tents mais oĂč l’Union peut mener des actions d’appui ou de coordination (excluant toute harmonisation) du point de vue de l’aspect europĂ©en de ces domaines :

− Protection et amĂ©lioration de la santĂ© humaine ;

− Industrie ;

− Culture ;

− Tourisme ;

− Éducation, formation professionnelle, jeunesse et sport ;

− Protection civile ;

− CoopĂ©ration administrative.

Notons que les États coordonnent leurs politiques Ă©conomiques et celles de l’emploi au sein de l’Union et que la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune bĂ©nĂ©ficie d’un rĂ©gime spĂ©cifique.

Au niveau économique

Avant le traitĂ© de Lisbonne (Avec le traitĂ© de Nice – 2001):

  • Politique monĂ©taire :

- La Banque centrale europĂ©enne (BCE) est compĂ©tente pour les États de la zone euro.

- Chacun des États non membres de la zone euro reste seul compĂ©tent de sa politique monĂ©taire.

  • Politiques budgĂ©taire et fiscale :

- Les États membres sont seuls compĂ©tents.

- Ils sont nĂ©anmoins tenus de coordonner leurs politiques avec les autres États membres et de veiller au respect des rĂšgles du pacte de stabilitĂ© et de croissance.

Les apports du traité de Lisbonne :

  • Les modifications sont peu nombreuses mais elles consacrent l’existence officielle de l’Eurogroupe. La structuration des liens des États membres ayant adoptĂ© l’euro est clarifiĂ©e afin de coordonner plus Ă©troitement leurs politiques Ă©conomiques budgĂ©taires et fiscales.

Eurogroupe

L’Eurogroupe est une rĂ©union mensuelle informelle des ministres de l’économie et des finances des États membres de la zone euro. Ces rĂ©unions leur permettent de se concerter, notamment en matiĂšre de politique budgĂ©taire.

Il est présidé depuis le 1er janvier 2005 par Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.

Vers une politique de défense européenne

Le traitĂ© de Lisbonne comprend des avancĂ©es importantes en matiĂšre de « politique de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense commune » et constitue un pas essentiel vers le dĂ©veloppement d’une dĂ©fense europĂ©enne.

  • Il introduit une « clause de dĂ©fense mutuelle »: si l’un des États membres de l’Union europĂ©enne fait l’objet d’une agression, les autres ont un devoir d’assistance Ă  son Ă©gard.
  • Il introduit Ă©galement une « clause de solidaritĂ© »: elle assigne Ă  l’Union et Ă  chaque État membre le devoir de porter assistance, par tous les moyens, Ă  un État membre touchĂ© par une catastrophe d’origine humaine ou naturelle ou par une attaque terroriste.
  • Il Ă©tend aussi les possibilitĂ©s d’actions de l’Union Ă  la lutte contre le terrorisme, aux missions de prĂ©vention des conflits, aux missions de stabilisation postconflit, etc.
  • Il introduit la « coopĂ©ration structurĂ©e permanente », ouverte aux États qui s’engageront Ă  participer aux principaux programmes europĂ©ens d’Ă©quipement militaire et Ă  fournir des unitĂ©s de combat immĂ©diatement disponibles pour l’Union europĂ©enne.
  • Il consacre l’existence de l’Agence europĂ©enne de dĂ©fense, dans la perspective de dĂ©velopper une rĂ©elle politique europĂ©enne de l’armement et de coordonner l’effort d’Ă©quipement des diffĂ©rentes armĂ©es nationales, ce qui constitue une innovation importante.

Le traitĂ© de Lisbonne Ă©tend son champ d’activitĂ© aux questions industrielles et commerciales dans le domaine de l’armement. Ces États seront ainsi en mesure de remplir les missions militaires les plus exigeantes pour le compte de l’Union europĂ©enne, en particulier pour rĂ©pondre Ă  des demandes des Nations Unies.

Passage controversé concernant la peine de mort

L’article 2 («droit Ă  la vie») de la nouvelle Charte des droits fondamentaux dispose que «nul ne peut ĂȘtre condamnĂ© Ă  la peine de mort ni exĂ©cutĂ©.» Cela paraĂźt incontestable, mais dans un passage en petits caractĂšres on trouve les exceptions:

«La mort n’est pas considĂ©rĂ©e comme infligĂ©e en violation de cet article dans les cas oĂč elle rĂ©sulterait d’un recours Ă  la force rendu absolument nĂ©cessaire:

a)    pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b)    pour effectuer une arrestation rĂ©guliĂšre ou pour empĂȘcher l’évasion d’une personne rĂ©guliĂšrement dĂ©tenue;
c)    pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
»

3) Les nominations du prĂ©sident permanent du Conseil europĂ©en, du Haut reprĂ©sentant et du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne:

La prĂ©sidence suĂ©doise de l’Union europĂ©enne a ouvert, le jeudi 19 novembre au soir, le dĂźner de travail des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union en proposant la dĂ©signation du premier ministre belge au poste de prĂ©sident permanent du Conseil, et celle de la Britannique Catherine Ashton comme chef de la diplomatie. Cette proposition a Ă©tĂ© soumise pour approbation aux 27 dirigeants europĂ©ens Ă  l’occasion d’un tour de table. La dĂ©cision est tombĂ©e rapidement car aucune voix ne s’est Ă©levĂ©e contre cette proposition.

Herman Van Rompuy:

La presse belge le cite comme l’un des favoris sollicitĂ©s par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union europĂ©enne pour devenir le premier prĂ©sident permanent du Conseil europĂ©en, et Ă©voque les problĂšmes de gouvernement que son dĂ©part poserait Ă  la Belgique.

Herman Van Rompuy

Le 11 novembre 2009, Mario Borghezio, membre italien (MEP Ligue du Nord) du parlement europĂ©en Ă©voque la possibilitĂ© que les candidats aux postes de prĂ©sident et ministre des Affaires Ă©trangĂšres, comme Jan Peter Balkenende, David Miliband, Herman Van Rompuy parmi d’autres, pourraient ĂȘtre ceux des « groupes occultes » Bilderberg et Commission TrilatĂ©rale et non simplement ceux des forces politiques des pays. Le lendemain, Herman Van Rompuy se rend au ChĂąteau de Val Duchesse pour une rĂ©union du Groupe Bilderberg oĂč il donne, dans un discours, sa vision quant Ă  la gouvernance de l’Europe. Il y exprime l’idĂ©e selon laquelle l’Europe devrait ĂȘtre fĂ©dĂ©raliste Ă  l’image des États-Unis, et devrait pouvoir prĂ©lever un impĂŽt au niveau europĂ©en.

L’exercice de cette fonction commence thĂ©oriquement le 1er dĂ©cembre 2009, date d’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne. Selon ce traitĂ©, le prĂ©sident permanent ne peut assumer de mandat national le temps de sa prĂ©sidence. Herman Van Rompuy doit donc quitter son poste de Premier ministre le 30 novembre au plus tard. Exceptionnellement, de maniĂšre Ă  permettre au Premier ministre suĂ©dois (prĂ©sident tournant du Conseil europĂ©en jusqu’au 31 dĂ©cembre 2009) de terminer son mandat, il est dĂ©cidĂ© qu’Herman Van Rompuy dĂ©butera son mandat au 1er janvier 2010.

« L’horloger des compromis impossibles » est nommĂ© le 19 novembre 2009 au poste de premier prĂ©sident permanent, en mĂȘme temps que les deux autres titulaires des nouveaux postes créés par l’Union : le Haut reprĂ©sentant (Catherine Ashton) et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne (Pierre de Boissieu).

« Il n’est encore jamais arrivĂ© que des nĂ©gociations n’aboutissent pas Ă  l’adhĂ©sion de l’État en question Ă  l’Union europĂ©enne et cela n’arrivera pas non plus cette fois-ci. » ; intĂ©grer la Turquie, « pays important pour l’Europe », pose la question de l’attitude Ă  adopter pour d’autres pays comme l’Ukraine par exemple ; « L’Ă©largissement Ă  la Turquie n’est en rien comparable aux prĂ©cĂ©dentes vagues d’Ă©largissement. La Turquie n’est pas l’Europe et ne le sera jamais. Dire que l’Europe chrĂ©tienne est opposĂ©e Ă  cet Ă©largissement, c’est travestir la vĂ©ritĂ©. L’on peut en effet dire la mĂȘme chose d’autres familles et groupes politiques dans d’autres pays. Le fait est que l’adhĂ©sion d’un grand pays islamique comme la Turquie entraĂźnera une dilution des valeurs universelles sur lesquelles l’Europe repose et qui jouent par ailleurs un rĂŽle fondamental dans la doctrine chrĂ©tienne. »

« L’Europe est une Union de valeurs. C’est pourquoi nous avons la responsabilitĂ© de jouer un rĂŽle important dans le monde. [...] D’ailleurs, j’espĂšre que notre Union s’élargira encore pendant les prochains 2 ans et demi Ă  des pays qui, bien sĂ»r, rempliront les conditions. »

Catherine Ashton:

Née le 20 mars 1956, elle est une personnalité politique britannique, économiste de formation.

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Elle est nommĂ©e pair Ă  vie en tant que baronne Ashton of Upholland en 1999. Membre du Parti travailliste, elle devient en juin 2001 secrĂ©taire d’État au ministĂšre de l’Éducation, puis en septembre 2004, au dĂ©partement des Affaires constitutionelles, et enfin au ministĂšre de la Justice en 2007. Elle devient leader de la Chambre des Lords, pour le Parti travailliste. Politicienne de l’annĂ©e 2006, elle est dĂ©signĂ©e par Gordon Brown le 27 juin 2007 comme leader de la Chambre des Lords et Lord-prĂ©sidente du Conseil. AgĂ©e de 53 ans, cette travailliste est moins connue dans son pays qu’Ă  Bruxelles, oĂč elle a succĂ©dĂ© avec succĂšs, l’an dernier, Ă  son compatriote Peter Mandelson, comme commissaire europĂ©enne au commerce. Elle est rĂ©putĂ©e apprĂ©ciĂ©e par le prĂ©sident de la Commission, JosĂ© Manuel Barroso.

Pierre de Boissieu:

Pour le quotidien d’information spĂ©cialisĂ© Europolitique, « Bien plus qu’un acteur clĂ© de la construction europĂ©enne, Pierre de Boissieu est quasiment une lĂ©gende pour toute une gĂ©nĂ©ration de diplomates, d’eurocrates et de journalistes qui ont arpentĂ© les couloirs de l’Europe entre le milieu des annĂ©es 1970 et la fin de la derniĂšre dĂ©cennie. »

Pierre de Boissieu

Pierre de Boissieu, diplomate de formation, a Ă©tĂ© membre du cabinet du français François-Xavier Ortoli, vice prĂ©sident de la Commission europĂ©enne. A cette fonction, « il ne sera pas Ă©tranger au succĂšs de deux initiatives qui ont pavĂ© le chemin de l’euro : la fondation du SystĂšme monĂ©taire europĂ©en et la crĂ©ation de l’unitĂ© de compte europĂ©enne : l’Ă©cu », selon le quotidien spĂ©cialisĂ© Europolitique.

Il a alors Ă©tĂ© l’un des principaux nĂ©gociateurs et rĂ©dacteur du traitĂ© de Maastricht conclu en dĂ©cembre 1991. Il est l’inventeur de l’organisation en trois piliers (JAI, PESC, UEM), qui a fini par s’imposer. « Poids trĂšs lourd dans les enceintes du conseil », il devint « le conseiller trĂšs Ă©coutĂ© tant de François Mitterrand que de Jacques Chirac ».

Pierre de Boissieu a Ă©tĂ© ambassadeur de France auprĂšs de l’Union europĂ©enne (ou « ReprĂ©sentant permanent », ou « RP ») de 1993 Ă  1999, battant le record de longĂ©vitĂ© dans ce poste.

Il devint secrĂ©taire adjoint du Conseil de l’Union europĂ©enne le 18 octobre 1999. Selon Europolitique, alors que le secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale Javier Solana se consacrait aux affaires internationales, Pierre de Boissieu « est devenu le patron absolu de l’institution. Sa connaissance des dossiers, des mĂ©canismes institutionnels, du personnel politique des Etats membres de l’UE l’ont rendu incontournable ». Pour Le Figaro en 2001, « dans les faits, Pierre de Boissieu est seul maĂźtre Ă  bord de ce qui est devenu, depuis l’affaiblissement de la Commission, le navire-amiral de l’Union. »

Le 19 novembre 2009, Pierre de Boissieu a Ă©tĂ© choisi comme SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne. Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral joue un rĂŽle crucial pour l’organisation des travaux europĂ©ens dans il assure la coordination. « De Boissieu a Ă©tĂ© nommĂ© pour deux ans jusqu’Ă  l’Ă©tĂ© 2011 », a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident français.

Note: Le texte intégral du traité de Lisbonne est disponible ici.

Sources: Fondation Robert Schuman

MecanoForums

Wikipédia

nov 15 2009

Pourquoi l’Union EuropĂ©enne ne convient pas Ă  la Suisse

Il existe une quasi infinitĂ© de raisons pour lesquelles l’UE ne convient pas Ă  la Suisse et la Suisse Ă  l’UE. A vrai dire, aucun Etat ne convient Ă  ce colosse antidĂ©mocratique Ă©loignĂ© des citoyens, bureaucratique et corrompu, et surtout pas la Suisse, petit pays aux structures trĂšs diffĂ©renciĂ©es et proches des citoyens. On n’entre pas dans une entreprise pourrie.

suisse

Rade de GenĂšve, photo de Aldo Mariano

Nous allons Ă©voquer quelques aspects qui expliquent pourquoi une nette majoritĂ© du peuple suisse ne souhaite pas l’adhĂ©sion. Nous nous limiterons aux deux piliers que sont la neutralitĂ© et la dĂ©mocratie directe. D’autres caractĂ©ristiques de notre Etat sont le fĂ©dĂ©ralisme et l’autonomie des communes, liĂ©s au principe de subsidiaritĂ©, ainsi que le systĂšme de milice dans l’armĂ©e, les com­munes et les parlements (cantons et ConfĂ©dĂ©ration). Tous ces atouts du systĂšme politique suisse sont incompatibles avec une affiliation Ă  l’UE: Cette derniĂšre a besoin, dit-on, d’unitĂ©s administratives centralisĂ©es et professionnelles et non pas de petites collectivitĂ©s autonomes oĂč s’investissent de nombreux citoyens Ă  titre bĂ©nĂ©vole.

La neutralité armée perpétuelle

Depuis 200 ans, la Suisse se tient avec succĂšs Ă  l’écart des guerres et des alliances militaires et offre aux peuples victimes des guerres et des crises une aide non militaire tels que les bons offices, la Croix-Rouge internationale et toutes sortes d’engagements humanitaires. Il est Ă©vident que le principe de neutralitĂ© armĂ©e perpĂ©tuelle est totalement Ă©tranger Ă  l’esprit de la puissance militaire qu’est l’UE. Le Conseil national (Chambre basse du Parlement) a le grand mĂ©rite de s’ĂȘtre opposĂ© rĂ©cemment Ă  la participation de la Suisse Ă  la mission de lutte contre le piratage Atalanta. Comme on l’a appris rĂ©cemment par la presse, la frĂ©gate allemande Karlsruhe a arrĂȘtĂ©, au large de la Somalie, sept pirates qui venaient d’attaquer un chalut. Il y aurait eu sĂ»rement des soldats suisses sur ce navire de guerre allemand si le Parlement ne s’était pas opposĂ© Ă  la participation de notre pays Ă  la politique de guerre de l’UE. Rappelons qu’il y a un mois, les partisans d’une participation ont essayĂ© de faire croire aux parlementaires qu’il Ă©tait «extrĂȘmement peu probable» que les soldats ­suisses soient impliquĂ©s dans une opĂ©ration militaire au large de la Somalie. Or ce n’était pas si improbable.

Si la Suisse Ă©tait membre de l’UE, ses parlementaires ne pourraient plus prendre de dĂ©cisions autonomes sur des opĂ©rations militaires comme celle d’Atalanta; ils de­vraient se plier aux ordres de Bruxelles. Et le peuple ne pourrait bien entendu pas faire savoir qu’il ne veut plus de tels engagements Ă  l’étranger. Actuellement, le peuple peut en tout temps dĂ©poser une initiative populaire signĂ©e par 100 000 citoyens pour demander que l’armĂ©e suisse se limite Ă  la dĂ©fense du pays et aux interventions en cas de catastrophe. Lors de la votation, la majoritĂ© du peuple et des cantons emporterait la dĂ©cision. Il est Ă©vident que cela serait inimaginable en cas d’adhĂ©sion. L’UE ne connaĂźt pas le droit d’initiative.

En dĂ©mocratie directe, c’est le peuple qui dĂ©cide et non l’exĂ©cutif

Aux trois niveaux politiques (ConfĂ©dĂ©ration/cantons/communes), l’exĂ©cutif a relativement peu de pouvoir. Aussi la base assume-t-elle la responsabilitĂ© des dĂ©cisions et en supporte les consĂ©quences. En Suisse, il n’y a pas, comme en France ou en Allemagne, un chef de l’Etat qui peut prendre des dĂ©cisions. Les sept conseillers fĂ©dĂ©raux constituent un gouvernement collĂ©gial, ils sont sur le mĂȘme plan et doivent trouver ensemble des solutions et des compromis. Aucun n’a davantage de pouvoir que les autres. Le PrĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration est le primus inter pares et ses missions supplĂ©mentaires sont uniquement d’ordre organisationnel et reprĂ©sentatif. Son mandat n’est que d’une annĂ©e, cela afin qu’il ne puisse pas asseoir son pouvoir. C’est pourquoi mĂȘme les Suisses qui s’intĂ©ressent Ă  la politique connaissent certainement le nom du prĂ©sident des Etats-Unis ou de la ChanceliĂšre allemande mais pas forcĂ©ment celui du PrĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration. Quand le PrĂ©sident Merz signe un accord fiscal avec un autre Etat, rien n’est encore acquis: le Conseil national et le Conseil des Etats peuvent encore s’y opposer et s’ils l’acceptent, 50 000 citoyens ont le droit de recourir au rĂ©fĂ©rendum facultatif, c’est-Ă -dire d’exiger une consultation populaire Ă  ce sujet.

Les mĂȘmes rĂšgles sont valables pour les gouvernements cantonaux et communaux: ce sont toujours des gouvernements collĂ©giaux sans chef possĂ©dant des compĂ©tences supplĂ©mentaires. Le peuple est souverain aux trois niveaux (ConfĂ©dĂ©ration, cantons et com­munes) et a toujours le dernier mot. C’est pourquoi les tentatives des autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales de renforcer le pouvoir central rencontrent des obstacles: Chaque transfert de compĂ©tence des cantons Ă  la ConfĂ©dĂ©ration doit ĂȘtre approuvĂ© par une consultation populaire: la base doit vouloir le changement.

Cette limitation du pouvoir des exĂ©cutifs ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme une «faiblesse». Des affirmations comme «Nous avons besoin d’un gouvernement fort» sont contraires aux principes de la dĂ©mocratie directe. Le Conseil fĂ©dĂ©ral sera d’autant plus fort que la population s’y sentira liĂ©e et qu’il sera conscient que c’est le peuple qui dĂ©cide en derniĂšre analyse. Il ne fera plus de promesses qu’il ne peut pas tenir Ă  des gouvernements Ă©trangers mais conclura une alliance avec les citoyens selon la devise «Tous ensemble, nous rĂ©ussirons.»

Cette limitation des pouvoirs du Conseil fĂ©dĂ©ral gĂȘne Ă©normĂ©ment Bruxelles. Elle souhaite un exĂ©cutif puissant avec un chef d’Etat, un interlocuteur unique qui prend les dĂ©cisions importantes et non pas un collĂšge de 7 conseillers qui doivent se mettre d’accord et dont les dĂ©cisions doivent ĂȘtre approuvĂ©es par le Parlement et le peuple. Mais c’est ça, la dĂ©mocratie.
Pour se rapprocher des vues de l’UE, le Conseil fĂ©dĂ©ral s’efforce, depuis des annĂ©es, d’imposer une rĂ©forme de la tĂȘte de l’Etat: un gouvernement avec un PrĂ©sident de la ­ConfĂ©dĂ©ration dont le mandat serait de quatre ans et qui aurait plus de compĂ©tences en matiĂšre dĂ©cisionnelle. Jusqu’ici, les Chambres s’y sont opposĂ©es, et cela Ă  juste titre. Evidemment, toute modification de la structure politique est soumise au rĂ©fĂ©rendum obligatoire. Plus le temps passe, moins le peuple et les cantons seront disposĂ©s Ă  approuver une telle rĂ©forme.

La participation aux affaires de la collectivitĂ© correspond Ă  la nature de l’homme

Nous autres citoyens politiquement actifs savons ce que signifie la dĂ©mocratie directe. Ceux qui participent aux affaires communales, cantonales ou fĂ©dĂ©rales sont plus heureux, se sentent plus responsables devant la collectivitĂ© et ont moins un sentiment d’impuissance face aux grands problĂšmes du monde. Nous, le peuple, sommes souverains; nous avons le droit et le devoir de gĂ©rer notre pays et le monde et de veiller Ă  ce que la vie des gĂ©nĂ©rations futures vaille encore la peine d’ĂȘtre vĂ©cue. A ce sujet, il vaut la peine de relire l’étude de l’UniversitĂ© de Saint-Gall publiĂ©e par Gebhard KirchgĂ€ssner sous le titre «Die direkte Demokratie: modern, erfolgreich, entwicklungs- und exportfĂ€hig» (ISBN 978-3-8006-2517-8). Pour donner une idĂ©e de l’extraordinaire vitalitĂ© de la dĂ©mocratie suisse, nous mentionnerons ici quelques exemples.

Depuis la fondation de l’Etat fĂ©dĂ©ral en 1848, le peuple a pu se prononcer sur 559 projets fĂ©dĂ©raux dont la moitiĂ© environ ont Ă©tĂ© acceptĂ©s et les autres refusĂ©s.
8 amendements de la Constitution ont Ă©chouĂ© Ă  cause du principe de la majoritĂ© des cantons, c’est-Ă -dire qu’une majoritĂ© de petits cantons l’ont emportĂ© sur les cantons trĂšs peuplĂ©s comme ceux de Zurich, Berne et Vaud.
Actuellement, on rĂ©colte des signatures pour 7 initiatives populaires fĂ©dĂ©rales, par exemple «Oui Ă  la mĂ©decine de famille» et «DĂ©fendons la Suisse, inscrivons le secret bancaire dans la Constitution fĂ©dĂ©rale». 9 initiatives ayant abouti sont pendantes auprĂšs du Conseil fĂ©dĂ©ral, par exemple «Accords internationaux: la parole au peuple!» et l’«Initiative pour le paysage». 9 sont aux mains du Parlement, notamment «Eaux vivantes (initiative pour la renaturation)» et «AccĂ©der Ă  la propriĂ©tĂ© grĂące Ă  l’épargne logement». 4, finalement, sont prĂȘtes Ă  ĂȘtre votĂ©es et sur 2 d’entre elles, le peuple et les cantons se prononceront le 29 novembre: «Contre la construction de minarets» et «Pour l’interdiction d’exporter du matĂ©riel de guerre».

En ce qui concerne 7 lois fédérales adoptées par le Parlement, le délai référendaire court encore, ce qui signifie que 50 000 signataires peuvent demander une consultation populaire.

Deux rĂ©fĂ©rendums facultatifs sont prĂȘts Ă  ĂȘtre soumis au peuple, notamment un arrĂȘtĂ© fĂ©dĂ©ral sur la reprise automatique du droit europĂ©en en matiĂšre d’adoption des passeports biomĂ©triques.

Bien que la collecte de 50 000 ou de 100 000 ne soit pas une partie de plaisir, des milliers de personnes appartenant Ă  des groupes de citoyens, Ă  des partis politiques ou Ă  des associations ne reculent devant aucun effort et bravent le froid pour informer et motiver la population, cela Ă  titre bĂ©nĂ©vole et pendant leurs loisirs. Pourquoi? Une ou deux heures passĂ©es Ă  rĂ©colter des signatures donnent lieu Ă  de nombreuses discussions trĂšs animĂ©es avec nos concitoyens. Certaines personnes qui commençaient par dĂ©clarer qu’«à Berne, ils font de toute façon ce qu’ils veulent», reprennent courage et constatent qu’ensemble, nous pouvons faire quelque chose. Et, quelques listes de signatures remplies en poche, on rentre chez soi avec le sentiment d’avoir accompli son devoir et le cƓur plus lĂ©ger.

Une adhĂ©sion Ă  l’UE aurait pour consĂ©quence de nous empĂȘcher de lancer la plupart des initiatives populaires parce qu’elles seraient contraires Ă  l’un ou l’autre des ­textes de Bruxelles. Comme les parlements nationaux des pays membres de l’UE se voient imposer environ 70 Ă  80% des lois par Bruxelles, nous ne pourrions plus recourir au rĂ©fĂ©rendum pour nous y opposer. Le dĂ©mantĂšlement prĂ©visible des droits politiques du peuple suisse est une des raisons principales pour lesquelles la plupart des Suisses tiennent absolument Ă  ce que leur pays reste un Etat indĂ©pendant.

La démocratie référendaire est lente et économe

En Suisse, le travail lĂ©gislatif ne s’effectue pas Ă  la va-vite. Il faut du temps pour qu’un projet de loi ou un traitĂ© international entre en vigueur. C’est un effet de la dĂ©mocratie directe. Le systĂšme lĂ©gislatif suisse, trĂšs souple, ne pourrait pas subsister au sein de l’UE, qui impose rapidement ses nouveaux projets.

Dans tous les manuels d’éducation civique suisses, on apprend comment on crĂ©e une loi. Tout d’abord, des spĂ©cialistes prĂ©parent un projet, puis on procĂšde Ă  une consultation: le Conseil fĂ©dĂ©ral envoie le projet aux cantons, aux partis politiques et aux associations afin qu’ils se prononcent. MĂȘme les simples citoyens peuvent donner leur avis. Cette procĂ©dure est un rĂ©sultat de la dĂ©mocratie directe. S’il apparaĂźt dĂšs cette phase qu’une loi ou un traitĂ© international est refusĂ© par une majoritĂ©, il est absurde que les autoritĂ©s cherchent Ă  imposer leur projet en l’état. En effet, le Conseil fĂ©dĂ©ral et l’AssemblĂ©e fĂ©dĂ©rale ont conscience qu’il pourrait faire l’objet d’un rĂ©fĂ©rendum. Actuellement, une douzaine de procĂ©dures de consultation sont en cours dont la derniĂšre en date – qui doit durer quatre mois – concerne une loi sur l’aide au suicide. Toutes les personnes et organisations concernĂ©es pourront s’exprimer.

AprÚs avoir tenu compte des résultats de la consultation, le Conseil fédéral élabore un projet définitif et rédige un message destiné au Parlement. Ensuite le projet est débattu séparément au Conseil national et au Conseil des Etats qui y apportent tous les amendements souhaités par leurs membres. Si aprÚs trois discussions, des divergences subsistent entre les Chambres, une commission de conciliation est créée dans laquelle les deux Chambres envoient des représentants. Ces derniers cherchent un compromis sur lequel les Chambres devront voter séparément. Si le projet est approuvé par les deux Conseils, il est considéré comme adopté par le Parlement. Dans le cas contraire, il est refusé. Une fois le projet adopté, commence le délai référendaire de 100 jours, ce qui signifie que les citoyens suisses peuvent recueillir 50 000 signatures pour demander un référendum.

L’ensemble de cette procĂ©dure peut durer deux Ă  trois ans, ce que certains politiques considĂšrent comme un trop long dĂ©lai. Mais il faut tenir compte du fait que le droit des citoyens de recourir au rĂ©fĂ©rendum contre une loi ou un traitĂ© international reprĂ©sente une procĂ©dure lĂ©gislative prudente et Ă©conome qui est impensable dans une dĂ©mocratie reprĂ©sentative et Ă  plus forte raison dans ce colosse qu’est l’UE.

Le fait qu’en ces temps de crise financiĂšre et Ă©conomique la Suisse se porte (Ă©conomiquement) beaucoup mieux que les autres pays et que les Suisses aient un meilleur moral ne s’explique pas uniquement par des raisons Ă©conomiques. N’importe quel pays ou commune au monde se porterait mieux si sa population pouvait contrĂŽler la politique et notamment la politique financiĂšre, avec autant de soin que les Suisses aux niveaux fĂ©dĂ©ral, cantonal et communal. PlutĂŽt que de chercher Ă  absorber le dernier bastion d’Europe, les politiciens de Bruxelles pourraient, particuliĂšrement dans ce domaine, s’inspirer du modĂšle helvĂ©tique et laisser les Suisses vivre leur dĂ©mocratie authentique comme ils l’entendent.

Marianne WĂŒthrich

Marianne WĂŒthrich est docteur en droit Ă  Zurich

Pour poursuivre sur ce sujet, consulter le site de Hans-Peter Martin

nov 09 2009

Les conséquences de politiques antéchristiques

C’est que tu ne sais pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouvernĂ©
Pape Jules III

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Les politiques Ă©conomiques de mondialisation et de libĂ©ralisme effrĂ©nĂ© que nous connaissons ont beau remporter de multiples victoires Ă  court terme pour le plus grand plaisir de leurs instigateurs, fort est de constater que la situation mondiale actuelle nous donne toujours plus d’élĂ©ments dĂ©montrant que les consĂ©quences Ă  long terme de ces mĂȘmes politiques renforcent les effets contraires que le capitalisme mondialiste est censĂ© avoir. En effet, partout oĂč les populations sont lĂ©sĂ©es par la perte forcĂ©e de leur patrimoine due aux ponctions violentes qui rĂ©sultent d’une stratĂ©gie irrationnelle de libĂ©ralisme sauvage, le mĂ©contentement contre, entre autres, les mesures d’ouverture des frontiĂšres et de libre-Ă©change qui sont propres Ă  la mondialisation croĂźt, et avec lui, les nationalismes. Plus les peuples, quels qu’ils soient, se sentent menacĂ©s par l’influence de ce qui est Ă©tranger, et plus le dĂ©goĂ»t des caractĂ©ristiques du systĂšme en place grandit, au point qu’un nombre exponentiel d’individus rejettent ce mĂȘme systĂšme dans son intĂ©gralitĂ© et se prĂ©cipitent dans les bras de « l’opposition », anti-libĂ©raliste, raciste, voire parfois mĂȘme anti-moderniste et anti-dĂ©mocratique. Des groupuscules Ă  l’idĂ©ologie musclĂ©e voient alors leur importance s’élargir considĂ©rablement. L’extrait suivant de l’introduction du livre Soleil Noir, dĂ©diĂ© Ă  l’explication des causes de la montĂ©e des mouvements nĂ©onazis, rĂ©sume prĂ©cisĂ©ment cette problĂ©matique :

« En 1900, les races europĂ©ennes blanches constituaient quelque 35% de la population mondiale. En raison du dĂ©clin de la natalitĂ© parmi la population blanche des pays industrialisĂ©s, couplĂ© avec l’explosion dĂ©mographique du tiers-monde due aux progrĂšs de la mĂ©decine, ce chiffre est aujourd’hui juste sous les 10% au niveau mondial. Les travailleurs immigrĂ©s, les immigrants, les migrants Ă©conomiques, les rĂ©fugiĂ©s et les demandeurs d’asile constituent un flux de population important, amenant la population excĂ©dentaire des pays en voie de dĂ©veloppement vers des territoires traditionnellement habitĂ©s par des EuropĂ©ens blancs. Ces Ă©conomies industrielles avancĂ©es absorbent des taux d’immigrants plus Ă©levĂ©s que jamais, et leur engagement politique envers la mixitĂ© raciale est maintenant une profession de foi. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la plupart des pays europĂ©ens font face Ă  un changement dĂ©mographique qui fait perdre Ă  leurs habitants de souche leur position majoritaire. La question qui en dĂ©coule pour l’identitĂ© blanche est identique au dilemme des Austro-Allemands qui craignaient une perte de l’influence du vieil Empire des Habsbourg.

La rĂ©action Ă  ce phĂ©nomĂšne rĂ©sulte dans une rĂ©surgence des idĂ©ologies radicales, qui se nourrissent des menaces de la globalisation Ă©conomique, des mesures de discrimination positive et de l’immigration en provenance du tiers-monde. Cela se manifeste essentiellement parmi les jeunes Blancs aliĂ©nĂ©s et la population Ă  faibles revenus, de plus en plus marginalisĂ©s par les nouvelles industries high-tech et l’intĂ©gration croissante de minoritĂ©s ethniques dans leur communautĂ©. Aux Etats-Unis, l’augmentation rapide de l’immigration hispanique et des pays du tiers-monde, tout comme en Europe l’immigration en provenance des pays en voie de dĂ©veloppement vers l’Europe de l’Ouest, ont ravivĂ© de nouvelles peurs d’inondation raciale. La chute de l’Union soviĂ©tique et de la Yougoslavie a poussĂ© plus loin les migrations vers l’Europe de l’Ouest, notamment parmi les populations de l’Europe de l’Est et les gitans. Les accords de libre-Ă©change, le dĂ©clin des industries manufacturiĂšres traditionnelles et l’exportation de mĂ©tiers de service Ă  l’étranger, comme dans le domaine des communications et de l’informatique, stimulent le racisme et l’hostilitĂ© envers le libĂ©ralisme. »

De fait, le racisme latent habitant chaque reprĂ©sentant du commun des mortels Ă©troit d’esprit, craignant de regarder au-delĂ  de l’horizon que lui offre son patelin et effrayĂ© Ă  l’idĂ©e qu’une cohabitation avec des personnes de culture diffĂ©rente pourrait modifier un tantinet la vie placide et bĂ©ate qu’il a l’habitude de mener, se voit significativement excitĂ©. Pour cet archĂ©type du citoyen moyen qui est tout aussi incapable de chercher des causes par lui-mĂȘme, au-delĂ  des faits qu’il constate de façon simpliste, que de concevoir des valeurs telles que la tolĂ©rance, la faute de son Ă©ventuel licenciement Ă©choit moins Ă  la politique que mĂšne l’entreprise ou l’État pour lequel il travaille qu’à l’immigrĂ© polonais qui est prĂ©tendument arrivĂ© sur son sol pour lui dĂ©rober son emploi. Ainsi, la haine que les Nords-AmĂ©ricains et les EuropĂ©ens peuvent Ă©prouver Ă  l’encontre des injustices du systĂšme se focalise sur les Ă©trangers Ă  leur territoire, ces mĂȘmes Ă©trangers qui volent soi-disant l’emploi de ceux qui en cherchent, sont prĂȘts Ă  travailler Ă  plus bas salaire et dans des conditions moins confortables, et qui accentuent plus ou moins indirectement la montĂ©e du taux de chĂŽmage du fait des dĂ©localisations des industries dans leurs pays d’origine oĂč les prix de travail sont diaboliquement peu Ă©levĂ©s. Le terrain est alors tout prĂ©parĂ© pour que certains plongent dans des dĂ©lires racistes dualistes oĂč un peuple, qui reprĂ©sente le bien, est supĂ©rieur Ă  tous les autres, sources de tous ses maux, qu’il combat, ou qu’il doit carrĂ©ment Ă©liminer. Cette idĂ©ologie raciste peut aussi ĂȘtre relayĂ©e, plus ou moins inconsciemment, par des « spiritualitĂ©s » creuses de types New Age, dans lesquels les mythes qu’inventent des Ă©sotĂ©ristes dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s racontent souvent des histoires de surhommes ou de peuple supĂ©rieur.

Il y a deux maniĂšres de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force. La premiĂšre est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bĂȘtes
Nicolas Machiavel

Si les consĂ©quences sociales de cette « invasion » sont dĂ©jĂ  considĂ©rables, elles grandissent encore en ampleur si les immigrĂ©s en question importent une religion qui n’est pas celle du sol national. Effectivement, rien ne terrifie plus les hĂ©ritiers du christianisme qu’une « islamisation rampante » de leur contrĂ©e, christianisme que la plupart d’entre eux ont pourtant abandonnĂ© depuis longtemps, ainsi que ses valeurs. Il ne se passe donc pas un mois sans que le gros de la plĂšbe ne vomisse ses mĂ©diocres prĂ©jugĂ©s Ă  la vision de faits oĂč leur culture, si ce n’est leur « race », est confrontĂ©e Ă  une autre, Ă©trangĂšre, par le relais de mĂ©dias complaisants. Ils se gardent gĂ©nĂ©ralement bien d’exposer leurs vues trop publiquement, cependant, car ce n’est pas politiquement correct. En effet, il faut respecter son conditionnement et rester « politiquement correct », et donc conforme Ă  la forme en laquelle cette sociĂ©tĂ© nous a modelĂ©s, car en quoi cela pourrait-il bien ĂȘtre logique de tenir la ploutocratie mondialiste comme responsable des Ă©checs de sa politique cosmopolite ?

Il paraĂźt Ă©vident que l’enrichissement d’une Ă©lite et la paupĂ©risation des classes moyennes et populaires sont dus Ă  la façon dont les politiques libĂ©rales sont actuellement appliquĂ©es, et non aux immigrĂ©s, qui ne sont pas responsables de la mauvaise gestion du systĂšme d’immigration et sont victimes des fautes que l’on rejette sur eux. En outre, on peut difficilement les blĂąmer de chercher de meilleures conditions dans des pays qui les accueillent pour combler une manque de main-d’Ɠuvre dans certains secteurs et un dĂ©ficit dĂ©mographique. Le taux de chĂŽmage français actuel, supĂ©rieur Ă  10%, trouve son origine dans le fait que la population marginalisĂ©e par les attentes prĂ©sentes du capitalisme n’ont pas suffisamment de secteurs nouveaux dans lesquels se rĂ©insĂ©rer, Ă©tant donnĂ© que l’innovation est rĂ©primĂ©e et non encouragĂ©e. Évidemment, nos dirigeants prĂ©fĂ©reront toujours renvoyer la faute sur quelqu’un d’autre qu’eux-mĂȘmes, et ne pas mettre en question les points discutables du systĂšme.

En plus du fait que l’antagonisme entre les prĂ©tendues « races » trompe la population d’adversaire, et lui permet de trouver un bouc-Ă©missaire sur lequel reporter son attention et sa haine, il contribue aussi largement Ă  amenuiser la cohĂ©sion nationale des États d’Europe et Ă  appauvrir toutes les cultures coexistant dans les pays par l’incompatibilitĂ© qui est entretenue entre elles, plutĂŽt que de faire en sorte qu’elles s’enrichissent rĂ©ciproquement. Ainsi, Ă  nouveau, les rĂ©actions nationalistes des peuples d’Europe dues Ă  la perte « d’identitĂ© blanche » servent les stratĂ©gies mondialistes dont ces mĂȘmes peuples craignent pourtant les effets dont ils mĂ©connaissent l’origine. Les populations Ă©tant trop occupĂ©es par les rivalitĂ©s ethniques et les gouvernements devant s’échiner Ă  gĂ©rer ces problĂšmes, le pouvoir Ă©tatique est d’autant plus affaibli et laisse cours plus docilement aux desseins des acteurs Ă©conomiques.

Les penchants racistes exacerbĂ©s d’une majoritĂ© de Nords-AmĂ©ricains et d’EuropĂ©ens font aussi en sorte que l’opinion publique n’éprouve pas trop de scrupules lorsque leurs pays sont en guerre au Moyen-Orient, Ă©tant donnĂ© que beaucoup d’entre eux se rassurent par l’intime conviction que ce ne sont lĂ  que des « bougnoules » et des « sauvages » qui meurent, pour l’hypothĂ©tique bien de leur petite sĂ©curitĂ©. Au contraire, plutĂŽt que d’ĂȘtre offusquĂ©s par les effets de guerres faciles et injustes, leur haine ne se trouve que renforcĂ©e par le fait qu’ils sont convaincus que leur pays a dĂ» intervenir pour effacer une « menace » qui Ă©manait d’eux, et va jusqu’à les tenir responsables des consĂ©quences de cette guerre. Le problĂšme palestinien suscite pourtant plus de rĂ©actions gĂ©nĂ©ralement, mais la raison est sans doute moins liĂ©e au fait que le conflit en question dure depuis une soixantaine d’annĂ©es qu’à l’antisĂ©mitisme qui est lui aussi prĂ©sent, comme les autres formes de racismes, chez une part croissante et non nĂ©gligeable de la population. D’autre part, beaucoup de personnes parmi les peuples arabes, exaspĂ©rĂ©s par prĂšs deux siĂšcles d’occupations et d’influences subversives venant des EuropĂ©ens, depuis les colonisations jusqu’à la situation actuelle de l’Irak en passant par la tromperie des accords de Sykes-Picot qui ont suivi la dissection de l’Empire Ottoman, ont nourri un fort ressentiment anti-europĂ©en et anti-chrĂ©tien, sentiments dĂ©sormais fortement imprĂ©gnĂ©s dans leur conscience nationale. Il en rĂ©sulte que la cohabitation entre EuropĂ©ens de souches et immigrĂ©s arabes n’en est que plus compliquĂ©e encore.

Celui qui ne sait pas et qui n’agit pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui n’agit pas est un criminel
Bertolt Brecht

Nos gouvernements ne semblent donc pas rĂ©ellement dĂ©rangĂ©s par la radicalisation ambiante des comportements, n’ayant eux-mĂȘmes qu’assez peu de conviction quant Ă  l’importance du respect des principes dĂ©mocratiques. Il n’en est pas moins que la multiplication des messages simplistes Ă©manant d’une plĂ©thore de mouvements et de sites internet qui sont, ou non, liĂ©s entre eux est problĂ©matique pour la bonne santĂ© de ce qui reste des valeurs de notre sociĂ©tĂ©. En effet, au-delĂ  du racisme, les explications caricaturales de conspirations juives ou maçonniques pour expliquer l’état d’un monde sous le joug du « Nouvel Ordre Mondial » contentent un nombre croissant de personnes au fur et Ă  mesure que le mĂ©contentement envers le systĂšme s’accroĂźt. Ces derniers croient avoir compris le fonctionnement du monde et bĂ©nĂ©ficier du savoir que le reste de la population n’a pas, alors qu’ils ne font que plonger tĂȘte la premiĂšre dans la bĂȘtise et font souvent le jeu de mouvements de contestation douteux, qui sont soit composĂ©s d’illuminĂ©s, de fascistes ou de personnes dĂ©sireuses de servir des intĂ©rĂȘts extĂ©rieurs au pays dans lequel elles opĂšrent.

Pour prendre l’exemple de l’expression « Nouvel Ordre Mondial », qui a Ă©tĂ© reprise par plusieurs personnalitĂ©s de la scĂšne politique française rĂ©cemment, beaucoup ignorent qu’elle fut Ă©galement utilisĂ©e au dĂ©but de la Guerre Froide pour dĂ©signer la sĂ©paration du monde en trois parties : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union soviĂ©tique, et le Tiers-Monde. Elle fut Ă  nouveau utilisĂ©e Ă  la fin de la Guerre Froide avec la chute du communisme, et rĂ©apparaĂźt aujourd’hui, sans doute pour signifier la victoire dĂ©finitive du capitalisme sur le globe avec la gouvernance mondiale qui s’ensuivra. Or, lorsque quelqu’un qui prĂ©tend s’opposer au systĂšme entend « Nouvel Ordre Mondial », il a tendance Ă  ne penser qu’à un vaste projet mondialiste, stigmatise ceux qui en font la promotion et rejoint ceux qui sont censĂ©s le dĂ©noncer. Mais quand les prĂ©sidents Chavez et Ahmadinejad parlent de Nouvel Ordre Mondial, par exemple, on se doute qu’il s’agit, pour eux, d’espĂ©rer un monde multipolaire oĂč l’union de plusieurs pays permettraient de contrer la seule hĂ©gĂ©monie des Etats-Unis, plutĂŽt, justement, qu’un monde unifiĂ© aux critĂšres libĂ©raux. D’autre part, il est facile, pour les pseudo-mouvements de contestation, de jouer sur le terrain des points auxquels le public auquel ils s’adressent est sensible. Ainsi, en usant de critiques rĂ©pandues et consensuelles du systĂšme, ils s’attireront l’attention de ceux qui penseront que les personnes qui tiennent un discours qui leur convient doivent ĂȘtre des gens biens. Or, il est facile de dĂ©noncer, mais ceux qui prĂ©tendent le faire disent rarement pourquoi ils le font, et ont rarement de meilleures solutions aux problĂšmes dont ils traitent, exagĂ©rĂ©s ou rĂ©els, que les mesures qui sont dĂ©jĂ  en place pour les gĂ©rer. Cette propagande dont l’ampleur grandit n’atteindra probablement pas une influence suffisante pour ĂȘtre un tant soit peu dangereuse pour le bien public, mais elle abrutit ceux qui y prĂȘtent oreille et discrĂ©dite le travail de ceux qui tentent de faire de l’information rĂ©elle.

Ce n’est pas rejeter en bloc le systĂšme qui pourra ĂȘtre d’une quelconque utilitĂ© pour nous-mĂȘmes comme pour le bien commun, ce qui ne peut ĂȘtre fait que par des gens qui se laissent dominer par leurs sentiments de frustration et de mĂ©contentement sans tenter de discerner prĂ©cisĂ©ment ce qui les gĂȘne dans le systĂšme et ce qu’il est bon de conserver. PlutĂŽt que cela, il faudrait justement trouver un consensus sur ce qui tourne mal dans nos sociĂ©tĂ©s, et proposer des solutions. Bien sĂ»r, ce n’est pas en faisant de longs discours que quiconque parmi ceux qui ont le pouvoir de changer quoi que ce soit au systĂšme sera convaincu qu’il doit revoir la politique qu’il mĂšne depuis des annĂ©es, mais je suis personnellement convaincu que les travers d’un systĂšme sont comme des chaĂźnes pesantes que quelqu’un devrait traĂźner au prix de son Ă©nergie et du ralentissement qu’ils lui causent, jusqu’au moment oĂč la gĂȘne deviendra trop lourde pour ĂȘtre supportable, et oĂč il faudra se dĂ©mener pour se dĂ©barrasser de ses parasites. En clair, les imperfections ne peuvent que miner le systĂšme le plus obstinĂ© jusqu’au jour oĂč elles crĂ©eront des Ă©vĂ©nements d’une ampleur suffisante pour l’amener Ă  revoir impĂ©rativement les zones d’ombre de sa structure, le tout Ă©chappant aux hommes qui tenaient jusque lĂ  les rennes. Mais lorsque cela arrivera, si cela arrive, encore faudra-t-il que des programmes ambitieux aient Ă©tĂ© pensĂ©s et que ce soient des alternatives justes qui prĂ©valent.

J’ai aimĂ© la justice et j’ai haĂŻ l’iniquitĂ© : c’est pour cela que je meurs en exil.
Pape Jean XIV

En l’occurrence, prĂ©sentement, le problĂšme principal de notre systĂšme me semble ĂȘtre le musellement de l’innovation. En effet, la ploutocratie Ă©tablie prĂ©fĂšre s’assurer la conservation des privilĂšges qu’elle a acquis sur les critĂšres de rĂ©ussite actuellement appliquĂ©s plutĂŽt que d’aider, au moyen de ses immenses possessions financiĂšres, des projets qui pourraient bĂ©nĂ©ficier grandement aux citoyens de leur pays et aider ses scientifiques, ses philosophes et autres intellectuels dans leur quĂȘte de connaissance. Ce facteur me paraĂźt ĂȘtre le principal responsable du taux de chĂŽmage Ă©levĂ©, ainsi que du grand nombre de personnes dĂ©primĂ©es et de suicides. En effet, cela ne convient pas Ă  tout le monde de mener une existence terne, partagĂ©e entre plaisirs du divertissement et travail, nĂ©cessitant le plus souvent l’utilisation de personnes conditionnĂ©es comme des machines, du fait qu’elles ont Ă©tĂ© formĂ©es pour accomplir un travail bien spĂ©cifique et que la plus grande partie de leur vie se rĂ©sume Ă  cela. Si personne ne trouve la paix dans une sociĂ©tĂ© guerriĂšre, privilĂ©giant les valeurs masculines de force et d’expansion, l’autre extrĂȘme, une sociĂ©tĂ© qui se complait dans la passivitĂ© et la stagnation, croyant qu’il ne reste plus rien Ă  accomplir dans ce monde, pourrit assurĂ©ment. L’idĂ©al serait d’associer l’harmonie fĂ©minine Ă  la propension plus masculine Ă  l’expansion, mais dans le domaine de la connaissance, soit profiter de la paix pour parfaire la sociĂ©tĂ© humaine grĂące Ă  l’acquisition d’encore plus de savoirs.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

oct 31 2009

L’odyssĂ©e de l’espĂšce [troisiĂšme partie]

Nous vivons les premiĂšres consĂ©quences de la transition du systĂšme technique. La rĂ©volution industrielle avait chassĂ© l’homme de sa terre. La concurrence des robots le chasse de son lieu de travail. Les entreprises se prĂ©occupent partout d’Ă©laguer leur personnel excĂ©dentaire. À court terme, on ne voit que souffrance, exclusion, imprĂ©voyance, mĂȘme si, Ă  plus long terme, on peut se fĂ©liciter que les travaux rĂ©pĂ©titifs et dĂ©qualifiĂ©s soient repris en charge par des automates. L’Homme retrouvera, mais plus tard, une valorisation de son talent dans le contact humain : la vente, les loisirs, la crĂ©ation, les soins aux personnes ĂągĂ©es et aux enfants… Le mouvement est tellement massif qu’il faut le voir comme une grande vague historique. Les transitions antĂ©rieures ont aussi Ă©tĂ© accompagnĂ©es de dĂ©placements non volontaires. À la rĂ©volution industrielle, le peuple des campagnes a dĂ» migrer vers les villes, contre son grĂ©. L’expulsion, quelque regret qu’on en ait, est un principe moteur. D’un point de vue psychanalytique, nous commençons tous notre vie par une expulsion du ventre maternel, aprĂšs quoi il nous faut reconfigurer notre univers perceptif. L’innovation commence aussi par une sorte de « seconde naissance », suivie d’une reconstruction du monde.

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Avertissement: Thierry Gaudin est un polytechnicien et ingĂ©nieur des Mines, expert auprĂšs de l’OCDE, des Nations unies et de la Commission europĂ©enne. Il est aussi prĂ©sident de l’association Prospective 2100. Dans son livre « 2100 : l’OdyssĂ©e de l’espĂšce », publiĂ© en 1993, il s’appuie sur une recherche et une connaissance personnelle des mĂ©canismes de l’innovation et des interactions technique de la sociĂ©tĂ©. Il s’agit d’un travail de prospective, rĂ©sultat de dix annĂ©es d’échanges avec des centaines de personnes, qui s’appuie sur les mĂ©canismes du passĂ© pour tenter d’apprĂ©hender ceux du futur. L’auteur nous livre des scĂ©narios viables pour sortir de problĂšmes sociĂ©taux divers, encourageant principalement le recours Ă  l’innovation et Ă  l’esprit d’entreprendre. Cependant, imaginer qu’il puisse y avoir une remise en question des pouvoirs Ă©tablis qui dĂ©coulerait de la libre application de la crĂ©ativitĂ© de chacun ne serait sans doute pas raisonnable avant la deuxiĂšme moitiĂ© du 21Ăšme siĂšcle. Il n’en demeure pas moins que les pistes proposĂ©es par Thierry Gaudin pour amĂ©liorer le fonctionnement du monde ainsi que ses constats sur le passĂ© et le prĂ©sent de nos civilisations sont difficilement critiquables, Ă  l’exception d’un regard qui me paraĂźt trop optimiste sur les bienfaits Ă©ventuels du mondialisme et sur l’attente d’une bonne et sincĂšre volontĂ© politique en matiĂšre de progrĂšs. Nous reprendrons en trois articles les extraits du livre qui sont les plus pertinents et les plus liĂ©s au domaine dont Mecanopolis traite.

Ainsi, l’expulsion engendre Ă  la fois des souffrances et des innovateurs. Comme il faut rĂ©inventer d’autres mĂ©tiers pour Ă©chapper Ă  la concurrence des machines, il y a bien une troisiĂšme voie : ni le socialisme, ni le capitalisme, la politique d’innovation.

Dans la sociĂ©tĂ© innovatrice, les organisations sont des ĂȘtres vivants mortels. La collectivitĂ© aide la naissance et la croissance des nouvelles institutions. Elle aide aussi les anciennes Ă  mourir, notamment en protĂ©geant les droits des individus qui pourraient en souffrir. L’innovateur est comme Ă©tranger, mĂȘme au milieu des siens. Il voit des choses que les autres ne voient pas, et il ne peut mĂȘme pas encore les leur faire comprendre. Santos Dumont, pionnier du dirigeable et de l’aviation, le dit, en tĂ©moignant de sa jeunesse : « MĂ©ditant sur l’exploration du grand ocĂ©an cĂ©leste, moi aussi je crĂ©ais des aĂ©ronefs, j’inventais des machines. Ces imaginations, je les gardais pour moi. À cette Ă©poque, au BrĂ©sil, parler d’inventer une machine volante, un ballon dirigeable, c’eĂ»t Ă©tĂ© se signaler comme un dĂ©sĂ©quilibrĂ© et un visionnaire. Des aĂ©ronautes montant des ballons sphĂ©riques Ă©taient considĂ©rĂ©s comme de hardis professionnels, pas trĂšs diffĂ©rents des acrobates ; et que le fils d’un planteur songeĂąt Ă  devenir leur Ă©mule, c’eĂ»t Ă©tĂ© presque un pĂȘchĂ© social. »

Seule la preuve concrĂšte peut Ă©tablir la validitĂ© de ce que l’innovateur a devinĂ©. ExpulsĂ© de son ĂȘtre social, il ressemble Ă  un amant esseulĂ© en quĂȘte d’un amour perdu. Il refait alors son unitĂ© avec le monde en reconstruisant un monde Ă  l’image de sa vision.

Celui qui veut aider l’innovation doit donc avoir le courage de tendre la main Ă  ce qu’il pressent, sans vraiment le comprendre tout Ă  fait, et de dĂ©fendre des idĂ©es hors norme, qui en plus gĂȘnent des intĂ©rĂȘts Ă©tablis. La libertĂ© de crĂ©er est Ă  ce prix.

Les forces qui s’opposent Ă  l’innovation sont si diverses et puissantes qu’on peut inverser le sens de cette question : l’Ă©tat « normal » d’une institution ne serait-il pas la stabilitĂ© et le refus du changement ? Les organisations subiraient-elles les innovations comme les individus attrapent la grippe ? Face au danger, elles dĂ©ploieraient alors des rĂ©sistances immunitaires. Elles manifesteraient pour rĂ©sister au changement une ingĂ©niositĂ© et une Ă©nergie sans commune mesure avec celles qu’elles mobilisent pour le promouvoir.

Cependant, les protections excessives dont s’entourent nos contemporains, leur quĂȘte implicite d’un bonheur vĂ©gĂ©tatif, leur avachissement dans le confort sont aussi contre nature. La Nature a besoin de nouveautĂ©. Elle joue, elle combat, elle engendre en suivant des processus amoureux. Quand il ne se passe plus rien dans une vie, ce n’est pas le bonheur que l’on trouve, mais l’ennui et la dĂ©prime. Notre sociĂ©tĂ© a fait, quelque part, un contresens : mais oĂč donc ?

Si les institutions sont des ĂȘtres vivants, il faut admettre qu’elles naissent et meurent comme tout ce qui vit. La plupart des rĂ©sistances au changement sont des rĂ©flexes de survie institutionnels, cherchant Ă  dĂ©fendre l’existant, l’acquis, le dĂ©jĂ  lĂ  contre une menace, mĂȘme lointaine et hypothĂ©tique.

Imaginez une grande compagnie. Elle a dĂ©veloppĂ© une gamme de produits, comprenant chacun des milliers de composants, et embauchĂ© des milliers de travailleurs. Un petit concurrent arrive, et propose de rendre le mĂȘme service avec un objet dix fois plus simple, et demandant vingt fois moins de travail Ă  fabriquer. Que croyez vous qu’il se passe ? La grande entreprise va essayer de faire pression sur les fournisseurs, les clients, les banquiers pour qu’ils lui refusent leurs commandes, leur soutien et leur crĂ©dit. Eventuellement, elle financera des propagandes perfides pour le discrĂ©diter. Ce faisant, elle quitte l’Ă©conomie de marchĂ© pour entrer dans l’Ă©conomie maffieuse. Par rĂ©flexe de survie, elle triche avec la rĂšgle de loyautĂ© de la concurrence, qui est pourtant l’essence mĂȘme de l’idĂ©e libĂ©rale.

Ce rĂ©flexe, il faut aussi le dĂ©cliner Ă  tous les niveaux : un service technique voyant arriver une idĂ©e Ă  laquelle il n’avait pas pensĂ©, en provenance d’un nouveau venu, n’ayant ni les diplĂŽmes ni le statut autorisant Ă  prendre la parole ; un mouvement politique ou social face Ă  des initiatives de terrain, menĂ©es par des inconnus, avec les moyens du bord ; un laboratoire de recherche ayant pignon sur rue, Ă©quipĂ© d’un puissant matĂ©riel et consommant force subventions voit arriver un jeune impertinent qui, Ă  partir de concepts nouveaux, prĂ©tend rĂ©soudre le problĂšme sur lequel il s’escrime depuis vingt ans, avec le soutien sans faille des fonds publics…

Chaque fois, l’institution entre en lutte, et en mĂȘme temps en contradiction avec les principes qui justifient son existence mĂȘme. L’exemple vient de haut. C’est celui de l’Eglise au Moyen Age. Devant l’hĂ©rĂ©sie, elle a prĂ©fĂ©rĂ© sacrifier des vies humaines (Inquisition, croisade contre les albigeois), plutĂŽt que de tolĂ©rer d’autres approches de la spiritualitĂ©. Alors a commencĂ© son lent dĂ©clin.

Il est possible de repĂ©rer, dĂšs les premiĂšres minutes, les attitudes conformistes. Elles sont inavouĂ©es, mais perceptibles par un regard exercĂ©. L’homme d’appareil (l’apparatchik) se conduit intĂ©rieurement comme s’il portait un uniforme (ou une soutane). Il manifeste son respect pour les pouvoirs instituĂ©s et les compĂ©tences reconnues. Les preuves logiques et les dĂ©monstrations factuelles et concrĂštes l’intĂ©ressent moins. Le fait que ça marche est une donnĂ©e parmi d’autres. Pour lui, l’important n’est pas la chose, mais ce que l’on pourrait en dire. Les jeux d’influence sont la rĂ©alitĂ© qui retient son attention, et dans laquelle il veut se placer. Il n’est plus tout Ă  fait un ĂȘtre humain. Il incarne l’institution. Il est comme possĂ©dĂ© par elle. Il ne peut plus entendre que ce qui vient d’autres institutions, portant de surcroĂźt un label respectable.

Si quelque fait nouveau lui est rapportĂ© par une personne, il regarde d’abord sa carte de visite. Il n’accepte de mĂ©moriser que si elle rappelle un univers connu et respectable. Si deux personnes convenables lui parlent du mĂȘme fait, ce fait devient possible. Trois, il est vraisemblable. Quatre, il est certain. Aussi l’innovateur avisĂ© fait-il parvenir la mĂȘme information Ă  la mĂȘme personne de quatre sources assez diffĂ©rentes pour qu’elle ne puisse dĂ©tecter l’origine commune.

Cette attitude s’explique par la saturation. L’homme d’appareil, craignant sans doute de ne pas ĂȘtre assez reconnu, habitĂ© par un doute existentiel secret, s’est mis instinctivement en situation d’ĂȘtre sollicitĂ©. Ayant alors Ă  traiter plus d’informations qu’il ne peut en Ă©cluser il cherche des Ă©crans qui lui Ă©conomisent son temps mental. Et il trouve en rĂ©ponse des rĂ©fĂ©rences, des diplĂŽmes, des mĂ©dailles et des titres qui remplacent la rĂ©alitĂ© de l’ĂȘtre. Plus les dirigeants montent dans la hiĂ©rarchie, plus ils saturent, et plus ils se croient obligĂ©s de faire semblant, d’oĂč les contre performances des grandes organisations et la formidable inertie des Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es.

La rĂ©sistance Ă  l’innovation s’exerce d’abord comme refus de la preuve, dĂ©tournement du regard devant les faits nouveaux, surprenants, gĂȘnants, contraires aux attentes officielles le rĂ©flexe de l’autruche. Potemkine faisait peindre des dĂ©cors le long des routes pour que sa souveraine, Catherine II, ne soit pas gĂȘnĂ©e par le spectacle de la misĂšre. Le couple Ă©ternel de la majestĂ© soutenue par l’illusionniste se reproduit Ă  travers les rĂ©gimes politiques et les modes de gestion. MalgrĂ© la compĂ©tition, dur rappel Ă  la rĂ©alitĂ©, les entreprises aussi ont besoin de se raconter des histoires pour garder le moral. Or, l’innovation commence par un retour aux fondements, un doute salutaire, un refus des « allant de soi » et des lieux communs. DĂšs le dĂ©but, elle dĂ©range. En fait, le principal ennemi de l’innovation, c’est la peur et le silence qu’elle engendre.

Sur les ailes de la Raison

La vraie Raison n’est pas la « rĂ©quisition » de Heidegger, ni un instrument au service de la cupiditĂ©. Elle est au contraire ce qui libĂšre, d’abord des vĂ©ritĂ©s toutes faites, telles que les prodiguent les religions, les sectes et les idĂ©ologies, ensuite des attachements maladifs, des appropriations et des possessions, au sens des sorciers. Le vingtiĂšme siĂšcle a fait le premier pas dans cette direction, en introduisant, au moyen de la psychanalyse, la libido dans le champ de la raison discursive. Il a commencĂ© une guĂ©rison, qui est encore loin d’ĂȘtre terminĂ©e. Mais on entrevoit derriĂšre cette mise en rationalitĂ© de l’irrationnel un grand basculement des valeurs : l’ancien concept de pouvoir, dissous par les nouvelles communications, laisserait place Ă  un comportement moins pathologique, fondĂ© sur la comprĂ©hension et la recherche de la beautĂ©.

Dans ce mouvement, la logique du « pourquoi ? » est complĂ©tĂ©e par une logique du « pourquoi pas ? ». La connaissance et la crĂ©ation progressent en imaginant des choses qui paraissaient impossibles ou inacceptables. HĂ©las, ce prĂ©cieux secret est dissimulĂ© au public. On ne lui montre que des rĂ©sultats acquis. On lui demande, non pas d’imiter l’indiscipline des crĂ©ateurs d’autrefois, mais au contraire de vĂ©nĂ©rer leurs rĂ©sultats et de se discipliner l’esprit pour mieux les assimiler, telles des osties.

Les mathĂ©matiques elles-mĂȘmes, dont l’enseignement est si souvent rĂ©barbatif, ont progressĂ© en crĂ©ant des ĂȘtres incroyables, dans un dĂ©fi permanent Ă  la raison raisonnante et au discours des institutions. Dans la GrĂšce antique, les pythagoriciens s’Ă©taient aperçus que racine de deux ne pouvait se rĂ©duire Ă  une fraction, bien qu’on puisse trouver des fractions qui l’approchent d’aussi prĂšs que l’on veut. EffrayĂ©s par cette dĂ©couverte, ils ont qualifiĂ© ce nombre d’ »irrationnel », autrement dit Ă©chappant Ă  la Raison, et conservĂ© secrĂšte cette irrationalitĂ©. Ce qui aurait pu ĂȘtre le point de dĂ©part d’une Ă©closion de nombres nouveaux est restĂ© un secret d’initiĂ©s, recouvrant les manoeuvres souterraines d’une secte. On n’ose imaginer ce qu’aurait produit ce comportement dĂ©lĂ©tĂšre si les transfinis, les nombres imaginaires, les catĂ©gories et l’analyse hyper complexe, qui sont tous des Ă©closions rĂ©centes d’ĂȘtres mathĂ©matiques incroyables, comme l’Ă©taient les irrationnels, avaient Ă©tĂ© capturĂ©s de la sorte !

La critique des vĂ©ritĂ©s toutes faites Ă©tait la spĂ©cialitĂ© de Descartes, dont la vie mouvementĂ©e fut Ă©maillĂ©e de joutes de langue et d’Ă©pĂ©e. Il cherchait Ă  pourfendre les positions d’autoritĂ©, et visait sans le dire l’Eglise, qu’il a, de mon point de vue, atteint mortellement dans ses profondeurs. Je vis en un autre siĂšcle, oĂč la Science rĂšgne. J’ai, pendant des annĂ©es, accueilli les innovateurs, meurtris par l’incrĂ©dulitĂ© ambiante, tels des fleurs mourant de soif. Maintenant, ce n’est plus le trop plein de foi, c’est le vide qui nous mine. Et l’esprit critique, rĂ©cupĂ©rĂ© par des positions conformistes, jette, Ă  partir des institutions et des discours de la Science, l’anathĂšme sur les nouveautĂ©s. Il faut rĂ©apprendre Ă  Ă©couter les silences de l’imaginaire. Le mouvement crĂ©ateur est comme une respiration.

Il comprend d’abord des phases de distinction : on classifie, on discerne et distingue avec une finesse accrue ce qui Ă©tait confondu. Nul ne peut nier la nĂ©cessitĂ© de ces mises en ordre, ni l’Ă©conomie de pensĂ©e qu’elles permettent. Sans distinction, il n’y a pas de mĂ©thode possible. Si elle n’est pas suffisante, l’esprit ne peut s’extraire de la confusion. Mais il y a aussi des phases de rĂ©union : ce sont les analogies, les mĂ©taphores, les idĂ©es poĂ©tiques, les Ă©lans amoureux. Ils vont en sens inverse, mais sont tout aussi indispensables. Ils alimentent la passion, le rĂȘve, le voyage en esprit, donc la crĂ©ation et la vie. L’innovation y trouve sa source.

Les Ă©sotĂ©ristes appellent ces deux phases respectivement diaboliques (de dia : en deux et ballein : jeter) et symboliques (de sun : ensemble, et ballein). Ils reprĂ©sentent en effet la sĂ©paration et la rĂ©union, au sens le plus fort de ces mots, comme un vĂ©cu intime du rapport de l’ĂȘtre au monde, qui se distingue et se reconnaĂźt successivement. Ces moments sont bien comme les deux phases d’une respiration. Les anciens disaient « le souffle de l’esprit ». Dans l’inscription de la Techno Nature, il faut s’attendre aussi Ă  ce double mouvement : des phases de mise en coupe rĂ©glĂ©e et des phases crĂ©atrices, les unes se nourrissant des autres.

Jardin planétaire

Le passage au jardinage planĂ©taire est l’expression du nouveau systĂšme technique, celui qui suit l’industrialisation. Il se caractĂ©rise par une recherche de qualitĂ© et une limitation des dĂ©gĂąts dĂ»s aux exploitations intensives. On ne manque pas de terres. Sur les treize milliards d’hectares de la planĂšte (2,6 ha par habitant), un tiers est couvert par des forĂȘts, 45% est inutilisable (ce sont des dĂ©serts -28%- des rĂ©gions froides, montagneuses ou inondĂ©es). Reste environ un quart de cultivable (6000 mĂštres carrĂ©s par personne), dont nous utilisons seulement moins de la moitiĂ© (11%, soit un hectare pour trois personnes). En particulier, l’Afrique et l’AmĂ©rique du Sud n’exploitent que 6 et 7% de leur territoire, soit le cinquiĂšme de ce qui serait cultivable, mĂȘme sans toucher Ă  la forĂȘt.

Les besoins alimentaires de l’espĂšce humaine ne sont pas excessifs au point de menacer l’Ă©quilibre Ă©cologique. La consommation par habitant et par an est de :

Céréales: 300 Kg

Légumes: 183 Kg

Viande: 28 Kg

Poisson: 14 Kg

Total: 525 Kg

MĂȘme en remĂ©diant Ă  la sous alimentation (ces chiffres Ă©quivalent Ă  une moyenne de 1,4 Kg par jour, ce qui est peu), nous resterions trĂšs en dessous du potentiel agricole (3 tonnes par an) et surtout de la production de boiomasse par les forĂȘts : 133 milliards de tonnes, soit 27 tonnes par habitant et par an, dont nous ne consommons que 0,6 : la moitiĂ© pour les usages industriels (papier, construction, ameublement..), l’autre moitiĂ© pour le chauffage et la cuisine (bois de feu) surtout dans les pays en dĂ©veloppement. La plus grande partie de la biomasse n’est pas utilisĂ©e pour la nourriture. Et les besoins nutritionnels, environ une demi tonne par habitant et par an sont trois fois moins importants que la consommation d’Ă©nergie : 1,4 tonne d’Ă©quivalent pĂ©trole.

Le grand vivier des espĂšces, le chaudron oĂč fermente la soupe crĂ©atrice, c’est la forĂȘt, plus prĂ©cisĂ©ment la forĂȘt tropicale humide. Au total, il y a encore plus de trois milliards d’hectares boisĂ©s sur la planĂšte, soit un peu plus d’un hectare pour deux personnes. La forĂȘt contient les trois quarts de la biomasse terrestre, soit 950 miliards de tonnes au total, 190 tonnes par habitant, un cube de six mĂštres de cotĂ©. La rĂ©serve de biomasse est encore Ă©norme. En gros, elle reprĂ©sente trois mille fois le poids de l’espĂšce humaine.

AprĂšs avoir Ă©tĂ© surexploitĂ©es pour fabriquer du papier, les forĂȘts du Nord (Europe et AmĂ©rique) sont stabilisĂ©es. Des lois favorables ont mĂȘme suscitĂ© un dĂ©but de reboisement (au total 2 millions d’hectares par an pendant les annĂ©es 80). Par contre, la dĂ©forestation tropicale est un scandale planĂ©taire, une insulte Ă  la vie, une irresponsabilitĂ© dangereuse. Elle met en pĂ©ril le patrimoine biologique, c’est Ă  dire la diversitĂ© des espĂšces, diversitĂ© que nous ne connaissons mĂȘme pas encore, puisque les estimations varient entre cinq et trente millions, et que seul 1,4 million a Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©. Au rythme oĂč nous allons, nous risquons de n’avoir mĂȘme pas le temps de connaĂźtre celles qui sont en train de disparaĂźtre. Elles seront mortes avant que nous ayions pu les recenser.

Douze programmes pour le 21Ăšme siĂšcle :

Culture technique

Les systĂšmes Ă©ducatifs, construits initialement pour enseigner, en sont arrivĂ©s Ă  sĂ©lectionner puis exclure. Au lieu de diffuser des connaissances utiles Ă  tous, ils ont favorisĂ© la constitution de savoirs Ă©sotĂ©riques, confisquĂ©s par des Ă©lites. Or, tous les humains doivent pouvoir accĂ©der Ă  la maĂźtrise des techniques nouvelles et progresser librement dans la voie de la connaissance. À long terme, la prospĂ©ritĂ© est la fille de l’Ă©ducation de la base, et non du savoir des Ă©lites. Il faut que les mĂ©dias enseignent des savoirs directement utiles. Le langage des spĂ©cialistes ne doit plus ĂȘtre un moyen sournois et pervers de sĂ©grĂ©gation. Il faut aussi Ă©liminer l’illettrisme, principal moyen d’exclusion.

Métrologie du quotidien

Chacun doit pouvoir Ă©valuer, dans la vie quotidienne, l’Ă©tat de sa santĂ© et de son environnement. La mĂ©trologie vient aider la connaissance de soi et de la Nature, en lui fournissant des repĂšres et des moyens de vĂ©rification. Il faut les instruments adĂ©quats et portables pour mesurer la qualitĂ© de l’eau, de l’air, des aliments, l’Ă©tat de son corps (autoanalyses), celle aussi des plantes et des animaux. De la sorte, la responsabilitĂ© de la vie sera rĂ©partie entre tous, chacun Ă©tant le gardien de son jardin et de lui-mĂȘme. À plus grande Ă©chelle, il faut des rĂ©seaux mondiaux d’analyse, d’essais et de mĂ©trologie industrielle, de tĂ©lĂ©surveillance de l’environnement par satellite, dont les rĂ©sultats soient accessibles Ă  tous. Il faut aussi Ă©tablir un droit de chacun Ă  l’information sur ce qu’il mange, ce qu’il respire, et tous les produits qu’on lui vend, et aussi Ă  l’information sur l’information.

Industrialiser l’Espace

Chaque activitĂ© dans l’Espace Ă©largit la conscience, offrant une vision nouvelle de ce qui se passe sur terre. Vues de lĂ  haut, les frontiĂšres paraissent dĂ©risoires, la Nature fragile et les grands Ă©quipements insuffisants. Techniquement, l’Espace est un grand miroir de la terre. Il rĂ©flĂ©chit les communications et renvoie l’image de l’Ă©tat de la PlanĂšte (mĂ©tĂ©o, couverture vĂ©gĂ©tale, pollutions). Demain, il s’agira aussi de rendre possible la vie dans le Cosmos, indĂ©pendamment de la prĂ©sence d’une planĂšte accueillante telle que la Terre. D’oĂč la construction de modĂšles rĂ©duits, les « biosphĂšres », Ă©cosystĂšmes complets en Ă©quilibre. La vie dans l’Espace sera l’aboutissement de toute une sĂ©quence technologique : l’avion spatial, l’utilisation de matĂ©riaux issus de l’Espace (Lune ou ceinture d’astĂ©roĂŻdes) les centrales solaires spatiales, enfin des planĂštes creuses artificielles avec des biosphĂšres embarquĂ©es.

Habiter les mers

Depuis un siĂšcle, la population s’est dĂ©placĂ©e vers les cĂŽtes. Celles-ci sont maintenant surpeuplĂ©es et dĂ©figurĂ©es. On va sauter le pas et s’installer sur l’eau. Ce seront des citĂ©s flottantes, sur remblais ou sur pilotis de plusieurs milliers, voire millions, d’habitants. Les composants techniques sont prĂȘts : Ă©nergies du soleil, des vents et de la houle, aquaculture, agriculture hydroponique, dessalement, tĂ©lĂ©communications par satellites. On peut maĂźtriser leur dĂ©veloppement pour Ă©viter de polluer l’ocĂ©an. Ces citĂ©s marines auront diverses vocations : loisirs nautiques, production d’aliments issus de la mer, enseignement, recherche et industries de pointe (technopoles). L’habitat maritime offrira une qualitĂ© de vie accrue. La circulation, l’approvisionnement en eau, le traitement des dĂ©chets seront simplifiĂ©s. FabriquĂ© en sĂ©rie, cet urbanisme sera plus Ă©conomique prĂšs des cĂŽtes oĂč le prix des terrains est devenu exorbitant (baie de Tokyo, cĂŽte d’azur…). Mais il faut en premier lieu rĂ©viser la lĂ©gislation du domaine maritime, conçue autrefois pour d’autres technologies.

MaĂźtriser l’Ă©nergie

La maĂźtrise de l’Ă©nergie est cohĂ©rente avec le nouveau systĂšme technique. Elle utilise les ressources de maniĂšre plus fine et prĂ©cise. Mais il faut l’accĂ©lĂ©rer par l’intervention d’agences, alimentĂ©es par des taxes sur les consommations d’Ă©nergie, et utilisant le produit de ces taxes pour promouvoir les nouvelles technologies plus « soutenables ». Par exemple, celles de la « civilisation de l’hydrogĂšne » : le remplacement des combustibles par l’hydrogĂšne Ă©vite l’effet de serre. Il ne produit que quelques nuages de plus en brĂ»lant. Il n’est pas polluant. On peut l’obtenir Ă  partir de n’importe quelle source d’Ă©lectricitĂ© (solaire, Ă©olienne, nuclĂ©aire…). Quelques amĂ©nagements (sĂ©curitĂ©, corrosion..) suffisent pour que les moteurs et les brĂ»leurs actuels puissent l’accepter. Il faut donc, dans tous les pays, amĂ©nager un passage graduel au combustible hydrogĂšne, en mĂȘme temps qu’un dĂ©veloppement massif de l’Ă©lectrification et des Ă©nergies nouvelles (solaire, Ă©olienne, biomasse..), ainsi que des Ă©conomies d’Ă©nergie.

Transformer la planĂšte en jardin

La grande richesse de la vie, la diversitĂ© du patrimoine Ă©cologique, doit ĂȘtre prĂ©servĂ©e. Bien plus, l’Homme doit constater qu’Ă©tant dĂ©sormais maĂźtre de la Nature, il en assume aussi la responsabilitĂ©. Il est le gardien de la vie. Il a le pouvoir de la supprimer, mais aussi celui de la prĂ©server et de l’enrichir. Il faut donc un programme mondial de parcs naturels, de protection des espĂšces rares, de conservation du patrimoine gĂ©nĂ©tique et de dĂ©forestation. Il faut aussi mettre en place une gestion planĂ©taire des eaux, comprenant irrigation, dessalement, Ă©puration, recyclages. Il faut, tout en y prĂ©servant la Nature, Ă©quiper en barrages les deux plus grands massifs montagneux du monde : les Andes et surtout l’Himalaya qui se trouve au voisinage de l’Inde et de la Chine, grands consommateurs potentiels d’Ă©lectricitĂ© au 21Ăšme siĂšcle. Il faut aussi constituer un systĂšme de lacs, de barrages et de canaux en Afrique, dans la pĂ©ninsule indienne (Bangla Desh…), en AmĂ©rique du Sud, et amĂ©nager intelligemment le cours des grands fleuves sibĂ©riens dans la perspective du rĂ©chauffement planĂ©taire. Le systĂšme agricole, autrefois exclusivement dĂ©diĂ© Ă  la production marchande de nourriture, Ă©volue vers une fonction reconnue de prĂ©servation, d’entretien et d’amĂ©nagement de la Nature. L’exploitant, alors, se mue en artiste. Il accompagne la fĂ©conditĂ© de la terre. Un des grands dĂ©fis de cet amĂ©nagement est la reconquĂȘte des espaces dĂ©sertifiĂ©s par l’homme, Ă  la suite de surexploitations, de dĂ©forestations ou d’abandons. Les outils institutionnels de ces rĂ©alisations ne sont pas seulement les administrations Ă©tatiques, mais aussi une lĂ©gislation mondiale appropriĂ©e, s’imposant aux Ă©tats, et un rĂ©seau transnational d’agences, construites sur le modĂšle des agences de bassin, gĂ©rĂ©es par des professionnels, qui prĂ©lĂšvent des taxes sur les dommages causĂ©s Ă  la Nature, rendent des services au public, et utilisent leurs ressources au service de la Nature.

Communication : un réseau pour tous

L’infrastructure de communication est le systĂšme nerveux du monde futur. Actuellement, seuls les pays dĂ©veloppĂ©s ont un Ă©quipement tĂ©lĂ©phonique touchant l’ensemble de la population, soit environ cinquante lignes pour cent habitants. Il en rĂ©sulte que l’Ă©conomie de la plupart des rĂ©gions de la planĂšte est hors jeu des Ă©changes, et ne peut valoriser ses immenses talents. La conscience mondialiste prend du retard, et les particularismes peuvent rĂ©activer leurs intransigeantes agitations. Il faut donner corps aux « villages planĂ©taires ». Dans n’importe quel endroit du monde, y compris dans la forĂȘt ou sur mer, chacun doit pouvoir appeler n’importe quel correspondant et ĂȘtre appelĂ© en cas d’urgence au moyen d’un radiotĂ©lĂ©phone miniaturisĂ© portable. Une infrastructure puissante et fiable de tĂ©lĂ©communications est la condition du dĂ©veloppement des petites entreprises, donc de la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique, et du maintien de la dĂ©mocratie. Ce programme comprend, en plus des « lignes » tĂ©lĂ©phoniques, un ensemble de services d’information, non seulement les services publics de premiĂšre nĂ©cessitĂ© (transports, annuaires (Ă  quand l’annuaire mondial !), secourisme), mais aussi des bases de donnĂ©es pour l’Ă©tudiant, le consommateur, l’artisan et les autres professionnels des villages transnationaux en cours de constitution.

Structurer les villes

Les villes modernes sont devenues des broyeurs d’hommes, dont les banlieues invivables engendrent l’exclusion et la rĂ©volte. Elles sont comme hantĂ©es par la sĂ©grĂ©gation et les rapports de force. Ce sont des lieux d’embouteillages monstrueux, oĂč les pertes de temps se chiffrent en milliards d’heures par jour, bien supĂ©rieures au temps de travail qu’il faudrait pour les amĂ©nager. Elles deviennent des espaces dangereux, oĂč l’insalubritĂ©, la dĂ©linquance et les maffias gagnent du terrain. Il faut donc restructurer les grandes villes du monde, avec une architecture adaptĂ©e aux vrais besoins de l’homme, que l’Ă©thologie permet d’Ă©valuer, des transports en commun puissants et fiables (mĂ©tro souterrain ou aĂ©rien…), des rĂ©seaux interurbains rapides (autoroutes et TGV mondial), des rĂ©seaux d’eau, d’assainissement et d’Ă©lectricitĂ© accessibles Ă  tous. Il faut aussi crĂ©er de toutes piĂšces des villes nouvelles tout Ă©quipĂ©es, Ă  une Ă©chelle suffisante pour absorber l’excĂ©dent mondial des migrants ruraux. Certaines de ces villes seront bĂąties dans les rĂ©gions rendues plus habitables par le rĂ©chauffement dĂ» Ă  l’effet de serre (Canada, Scandinavie, SibĂ©rie..), d’autres dans des rĂ©gions oĂč se trouvent de grandes richesses naturelles, mais actuellement peu peuplĂ©es (Australie, Afrique centrale, AmĂ©rique du sud).

Humanisme industriel

L’automation et la communication vont permettre aux entreprises de s’Ă©tablir dans leur vĂ©ritable rĂŽle : elles sont la forme de socialisation de l’avenir, succĂ©dant aux formes anciennes, le village et la tribu. En consĂ©quence, elles doivent donner du travail Ă  tous ; permettre le meilleur dĂ©ploiement des capacitĂ©s crĂ©atrices de chacun ; faire place Ă  l’innovation, au design et Ă  la crĂ©ation artistique ; servir le client dans les meilleures conditions de qualitĂ© et de fiabilitĂ© ; adapter les objets aux vrais besoins de l’homme, y compris ceux des enfants, des malades, des handicapĂ©s et des personnes ĂągĂ©es ; maintenir partout une compĂ©tition qui incite chacun Ă  donner le meilleur de ses possibilitĂ©s ; combattre la confiscation et les comportements maffieux ; prĂ©server la libertĂ© de crĂ©er des entreprises nouvelles, concurrentes de celles qui existent. Le respect de chacune de ces finalitĂ©s nĂ©cessite un cadre juridique international solide, qui Ă©tablisse les entreprises (associations, fondations…) comme sujets de droit, limite les ententes et positions dominantes, fasse obstacle aux manoeuvres corporatistes, assure Ă  chacun le respect des engagements de ses partenaires, maintienne un droit d’innover, dĂ©finisse les conditions de la mort des entreprises et institue un cadre comptable mondialement normalisĂ©. Dans un monde de petites entreprises artisanales, organisĂ©es en rĂ©seau, il faut des infrastructures appropriĂ©es.

Le programme « humanisme industriel » consiste d’abord Ă  tirer les consĂ©quences de ce que l’entreprise devient la forme dominante de socialisation. Or, elle est encore, au contraire, celui de son exclusion. Il y a lĂ  un coĂ»teux paradoxe, comme si les employeurs voulaient Ă  la fois « le beurre et l’argent du beurre ». Ils dĂ©finissent les postes de travail Ă  leur convenance, en thĂ©orie, sans mĂȘme regarder les humains. AprĂšs quoi, ils sĂ©lectionnent les « meilleurs candidats » disponibles, compte tenu de la modestie des rĂ©munĂ©rations qu’ils sont prĂȘts Ă  consentir. Il en rĂ©sulte de mauvaises relations, et de mĂ©diocres rĂ©sultats. Ils font semblant de croire que, si ça ne marche pas, ils pourront toujours licencier les responsables et en embaucher d’autres. Mais ce ne serait que rĂ©pĂ©ter le mĂȘme scĂ©nario, avec d’autres acteurs, et qui ne connaissent pas encore les rĂŽles. Si la vocation des entreprises est d’intĂ©grer, il leur faut quitter leur allure sinistre et prĂ©datrice, pour se dĂ©cider Ă  adapter le travail aux hommes, et non plus seulement les hommes au travail.

Solidarité et partage

L’exercice de la solidaritĂ©, s’il est convenablement soutenu par des lois et des financements appropriĂ©s, peut devenir une expression de l’activitĂ© humaine aussi reconnue, diverse et crĂ©ative que celle de l’Ă©conomie de marchĂ©. Le mode d’organisation qui convient pour ces activitĂ©s est celui de quasi-entreprises. Autrement dit, ce sont des personnes morales reconnues, autonomes, obligĂ©es, sous peinez de disparaĂźtre, d’Ă©quilibrĂ©es leurs recettes et leurs dĂ©penses, mais n’ayant pas pour but principal le profit. En raison des finalitĂ©s collectives qu’elles prennent en charge, elles peuvent ĂȘtre destinataires de ressources fiscales ou parafiscales, avec une certaine libertĂ© de choix du contribuable donateur, introduisant une forme attĂ©nuĂ©e mais stimulante de concurrence. Par ailleurs, une grande infrastructure mondiale est Ă  construire : celle du systĂšme de santĂ©, ainsi qu’une chaĂźne mondiale d’organisations de solidaritĂ©, prenant chacune la forme la plus adaptĂ©e au lieu et aux modalitĂ©s de sa mission.

SystĂšme judiciaire mondial

Le principe de territorialitĂ© du droit a vĂ©cu. Il faut y renoncer, et procĂ©der, en mĂȘme temps qu’on les internationalise, Ă  une radicale simplification des lĂ©gislations et des procĂ©dures. Il est de moins en moins possible de lutter contre les maffias, la drogue, les escroqueries, les malfaçons et contrefaçons, ni d’arbitrer les litiges d’entreprises dans un cadre strictement national. Tout en respectant les droits locaux, qui reflĂštent l’Ăąme des diffĂ©rents peuples, il faut des procĂ©dures d’appel vers des tribunaux internationalement reconnus, et une lĂ©gislation minimale commune (protection des droits de l’homme et de l’environnement), un droit international des entreprises. Tous les citoyens du monde doivent ĂȘtre effectivement en mesure d’accĂ©der Ă  des recours internationaux contre les excĂšs de pouvoir, les oppressions et les spoliations qu’exercent encore ici ou lĂ  des puissants abusifs, qu’ils soient publics ou privĂ©s.

Le respect des lois et de la dignitĂ© des magistrats est l’indicateur central de qualitĂ© d’une organisation sociale. Les grands penseurs politiques, Machiavel comme Montesquieu, l’ont fait observer il y a dĂ©jĂ  plusieurs siĂšcles. L’internationalisation Ă  laquelle nous assistons rend cette question plus pertinente encore. L’indĂ©pendance du pouvoir judiciaire est une mesure de l’Ă©tat de la sĂ©paration des pouvoirs et de la dĂ©mocratie. AprĂšs la seconde guerre mondiale et la dĂ©colonisation se sont installĂ©s des rĂ©gimes politiques autoritaires, dans les pays de l’Est et dans les pays en dĂ©veloppement. Les abus et l’impunitĂ© des dirigeants sont devenus Ă©normes et visibles. Des situations scandaleuses se sont Ă©tablies, soutenues par la complicitĂ© d’intĂ©rĂȘts occidentaux. Au dĂ©but des annĂ©es 90, la notion de « devoir d’ingĂ©rence » s’est imposĂ©e. C’est une premiĂšre remise en cause, encore bien timide, de ce pourrissement. Mais elle perpĂ©tue sans le dire, Ă  l’Ă©chelle mondiale, un Ă©tat de confusion des pouvoirs. Quand les Nations Unies s’Ă©tablissent comme exĂ©cutif en organisant des opĂ©rations militaires, dans le Golfe, en Somalie, en Bosnie ou au Cambodge, et Ă  la fois comme lĂ©gislatif par les rĂ©solutions du conseil de sĂ©curitĂ© sur ce qui devrait ĂȘtre, en Palestine par exemple, et aussi comme judiciaire en dĂ©cidant des sanctions Ă  prendre contre les manquements de l’Irak, elles lĂ©gitiment par leur exemple mĂȘme la confusion des pouvoirs. Au lieu de se faire porteur de justice, elles entĂ©rinent la faiblesse mondiale du judiciaire.

Fiscalité incitative

La fiscalitĂ© du 21Ăšme siĂšcle ne peut plus se fonder sur les mĂȘmes principes qu’autrefois. Elle est obligĂ©e de s’internationaliser, pour respecter une Ă©galitĂ© des chances des acteurs Ă©conomiques. L’harmonisation fiscale entre les Ă©tats, dĂ©jĂ  en cours, est un facteur puissant d’Ă©volution. Elle entraĂźne derriĂšre elle une harmonisation des comptabilitĂ©s, des dĂ©clarations, et un travail de traduction en toutes langues menant Ă  une simplification des impĂŽts usuels. En plus, dĂšs lors qu’on se trouve dans un univers de petites entreprises, avec une tĂ©lĂ©matique gĂ©nĂ©ralisĂ©e, la technique fiscale doit aussi s’adapter dans ses modes de calcul, de prĂ©lĂšvement et de vĂ©rification. Mais le changement le plus important concerne les principes sur lesquels s’appuie l’impĂŽt. Ils ne peuvent plus ĂȘtre, comme par le passĂ©, exclusivement rĂ©galiens. Il leur faut entrer dans l’Ăąge de la rationalitĂ©. Autrement dit, justifier l’existence de chaque contribution par les effets qui en sont attendus, non seulement du cĂŽtĂ© des rentrĂ©es fiscales, mais aussi par l’incitation qu’elle imprime aux acteurs Ă©conomiques, et par les choix dĂ©mocratiques qu’elle permet d’exprimer. Il faut donc imaginer une multiplication de financements parafiscaux d’agences (de l’environnement des Ă©conomies d’Ă©nergie, de la mĂ©trologie…) correspondants aux programmes prĂ©cĂ©dents, et aussi un relatif libre choix du contribuable pour l’affectation du produit de certains impĂŽts (Ă  des organismes de solidaritĂ© humanitaire, d’enseignement ou de recherche technique…). Beaucoup de ces organismes et agences seront transnationaux.

Le treiziĂšme programme

On fera observer qu’il faudrait prĂ©ciser encore davantage comment seront financĂ©s ces douze programmes. Leur situation est trĂšs variable. Certains peuvent produire des recettes suffisantes pour qu’un « tour de table » financier y trouve son intĂ©rĂȘt. C’est le cas des grands barrages hydroĂ©lectriques. D’autres sont des services publics sans revenus. D’autres enfin sont mixtes, et ne peuvent ĂȘtre que partiellement autofinancĂ©s.

En fait, tout dĂ©pend du futur systĂšme monĂ©taire. La monnaie est dĂ©sormais fiduciaire, c’est Ă  dire fondĂ©e sur la confiance, mais le monde ne sait pas encore s’en servir. Les « autoritĂ©s » monĂ©taires vivent dans la crispation. Elles restreignent la circulation, alors que le besoin de liquiditĂ©s, dĂ» Ă  l’ouverture du monde au commerce, est de plus en plus manifeste. L’unification de l’Allemagne a dĂ©clenchĂ© un spasme monĂ©tariste. La demande allemande pour des capitaux d’Ă©quipement a dĂ©sĂ©quilibrĂ© le marchĂ©, et obligĂ© ce pays Ă  maintenir des taux d’intĂ©rĂȘts Ă©levĂ©s, pour rester attractif. Ceci a contribuĂ© Ă  entraĂźner dans la crise des autres pays capitalistes, crise portant sur l’immobilier d’abord (marchĂ© sensible aux taux), puis sur l’ensemble de l’Ă©conomie.

En Europe, au dĂ©but des annĂ©es 90, la meilleure maniĂšre de faire de l’argent Ă©tait de ne rien faire avec son argent (autrement dit, de le placer en monĂ©taire). Ce fut une pĂ©riode d’anesthĂ©sie, alors que la situation demandait un regain de dynamisme. Il fallait des investisseurs, on privilĂ©gia les rentiers. Comme l’ouverture Ă  l’Ă©conomie de marchĂ© concerne maintenant non seulement l’Allemagne de l’Est, soit moins de vingt millions d’habitants, mais aussi l’ensemble de l’Europe de l’Est, la Chine et l’Inde, soit au total plus de la moitiĂ© de l’espĂšce humaine, il est temps de s’organiser pour satisfaire l’immense besoin de liquiditĂ©s que reprĂ©sente cette immense chance. Il faut mettre la monnaie au service de l’Homme et non pas l’inverse. Le systĂšme de « Bretton Woods » doit ĂȘtre renĂ©gociĂ©. En assouplissant la convertibilitĂ©, il avait donnĂ© un ballon d’oxygĂšne Ă  l’Ă©conomie des pays dĂ©veloppĂ©s, et facilitĂ© la reconstruction de l’aprĂšs guerre. Mais la situation n’est maintenant plus tenable. Elle est devenue trop vulnĂ©rable aux rumeurs. Le crĂ©dit entraĂźne le crĂ©dit, et le discrĂ©dit accentue le discrĂ©dit.

Dans ce monde conformiste, il faut un dĂ©vouement d’apĂŽtre, comme celui de la Grameen bank, pour que des pauvres accĂšdent au crĂ©dit. Un fouillis de monnaies nationales, expression de particularismes archaĂŻques, une dette permanente du tiers monde, des vagues spĂ©culatives planĂ©taires : le Capital, soi disant triomphant, est comme une cargaison mal amarrĂ©e dans la soute d’un bateau. Il est en permanence sujet au mal de mer, pris de malaises et de vomissements qui jettent Ă  la rue des millions de travailleurs, qu’ils soient qualifiĂ©s ou non. PiĂštre victoire ! Et comme tout cela paraĂźt injuste et futile en regard du travail Ă  faire : la construction du jardin planĂ©taire.

HĂ©las, il semble bien que les particularismes nationaux s’accrochent. Les rĂ©formes, dans ce domaine se dĂ©cident sous la pression de troubles spĂ©culatifs, pour restaurer une confiance perdue dans un capitalisme erratique. Il est nĂ©anmoins nĂ©cessaire d’en prĂ©voir l’aboutissement inĂ©vitable : une monnaie mondiale (qui n’exclut pas les monnaies particuliĂšres, d’Etats ou d’entreprises).

Le rĂŽle de l’Institut d’Ă©mission planĂ©taire et du systĂšme fiscal associĂ© sera le rĂ©glage du fonctionnement Ă©conomique. Il devra d’un cĂŽtĂ© injecter suffisamment de monnaie (dans les grands programmes) pour rĂ©duire le chĂŽmage, et de l’autre ponctionner suffisamment de liquiditĂ©s pour Ă©viter les crises inflationnistes. Alors, par ces deux moyens combinĂ©s, cet Institut financera des rĂ©alisations rapides et saines. Ce sera un treiziĂšme programme, qui rendra possibles et facilitera tous les autres : un systĂšme monĂ©taire mondial.

Le livre entier est disponible en format PDF Ă  cette adresse: 2100: OdyssĂ©e de l’espĂšce.

La premiĂšre partie de ce texte est disponible ici.

La deuxiĂšme partie de ce texte est disponible ici.

oct 16 2009

OdyssĂ©e de l’espĂšce [premiĂšre partie]

Si vous ne croyez pas au futur, essayez donc le passé !

Le passĂ©isme nationaliste s’exacerbe dans les Balkans. Le passĂ©isme thĂ©ologique enflamme les intĂ©grismes dans toutes les religions (islamique, chrĂ©tienne, juive, hindouiste…). La politique et les affaires s’engluent dans des contentieux. Faute d’ĂȘtre en mesure de regarder l’avenir, les annĂ©es 90 foncent tĂȘte baissĂ©e vers leur passĂ©. C’est un mouvement comprĂ©hensible. Les psychanalystes l’appellent une rĂ©gression. Face au « choc du futur » 2, on va chercher des solutions toutes faites. On rejoue les drames d’autrefois, on boit la coupe jusqu’Ă  la lie. Alors seulement, une fois ce mouvement accompli, on peut accepter que reviennent les temps crĂ©ateurs et tourner Ă  nouveau son regard vers l’avenir. J’invite Ă  le faire le plus tĂŽt possible.

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Thierry Gaudin est un polytechnicien et ingĂ©nieur des Mines, expert auprĂšs de l’OCDE, des Nations unies et de la Commission europĂ©enne. Il est aussi prĂ©sident de l’association Prospective 2100. Dans son livre « 2100 : l’OdyssĂ©e de l’espĂšce », publiĂ© en 1993, il s’appuie sur une recherche et une connaissance personnelle des mĂ©canismes de l’innovation et des interactions technique de la sociĂ©tĂ©. Il s’agit d’un travail de prospective, rĂ©sultat de dix annĂ©es d’échanges avec des centaines de personnes, qui s’appuie sur les mĂ©canismes du passĂ© pour tenter d’apprĂ©hender ceux du futur. L’auteur nous livre des scĂ©narios viables pour sortir de problĂšmes sociĂ©taux divers, encourageant principalement le recours Ă  l’innovation et Ă  l’esprit d’entreprendre. Cependant, imaginer qu’il puisse y avoir une remise en question des pouvoirs Ă©tablis qui dĂ©coulerait de la libre application de la crĂ©ativitĂ© de chacun ne serait sans doute pas raisonnable avant la deuxiĂšme moitiĂ© du 21Ăšme siĂšcle. Il n’en demeure pas moins que les pistes proposĂ©es par Thierry Gaudin pour amĂ©liorer le fonctionnement du monde ainsi que ses constats sur le passĂ© et le prĂ©sent de nos civilisations sont difficilement critiquables, Ă  l’exception d’un regard qui me paraĂźt trop optimiste sur les bienfaits Ă©ventuels du mondialisme et sur l’attente d’une bonne et sincĂšre volontĂ© politique en matiĂšre de progrĂšs. Nous reprendrons en trois articles les extraits du livre qui sont les plus pertinents et les plus liĂ©s au domaine dont Mecanopolis traite.

Estimer la vitesse des changements

Si l’on compare notre travail aux prospectives « mĂ©canistes », il apparaĂźt une diffĂ©rence majeure, que j’appelle ‘l’hypothĂšse de la conscience ». Elle s’Ă©nonce ainsi : un systĂšme vivant ne se laisse pas mettre en pĂ©ril sans rĂ©agir. On peut certes observer dans la Nature des comportements suicidaires. Mais ils sont rares. Que ce soit par la guerre ou la destruction de l’environnement, le scĂ©nario d’un suicide collectif de l’EspĂšce humaine n’est pas le plus vraisemblable : Ă  titre d’illustration -mais non de preuve-, je constate que, depuis quarante ans, l’humanitĂ© a les moyens (nuclĂ©aires) de se dĂ©truire en quelques heures, et qu’elle ne s’en est pas servi.

Une difficultĂ© de la prospective Ă  long terme est d’estimer la vitesse des changements. On trouve en effet sur ce point les positions les plus excessives et les moins Ă©tayĂ©es. Certains maintiennent qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et continuent Ă  regarder l’avenir comme une reproduction des intrigues et des luttes d’autrefois. D’autres mythifient l’accĂ©lĂ©ration de l’Histoire, et rĂ©pĂštent, par exemple, sans aucune justification que, d’ici dix ans, la moitiĂ© des produits que nous consommerons ne sont pas encore sur le marchĂ©.

En observant plus attentivement, on peut estimer quelques ordres de grandeur : Le dĂ©lai de renouvellement est variable d’un secteur Ă  l’autre. L’habillement suit une mode qui se dĂ©finit deux fois par an, les collections d’Ă©tĂ© et d’hiver. Mais un modĂšle d’automobile, tel que la Coccinelle Volkswagen ou la Renault 5, a une durĂ©e de vie qui se compte en dizaines d’annĂ©es. Comme un wagon de chemin de fer peut servir pendant trente ans, l’Ă©volution des formes est encore plus lente pour le matĂ©riel ferroviaire. Les grandes installations industrielles, telles que les cimenteries, sont renouvelĂ©es par morceaux en une trentaine d’annĂ©es. La tour Eiffel a fĂȘtĂ© son centenaire. Le canal de Panama, qui, date de la mĂȘme Ă©poque, est lĂ  pour mille ans.

En dĂ©finitive, ce sont les croyances humaines qui changent le plus lentement. L’Ăąge de nos religions se compte en millĂ©naires, mais peut-ĂȘtre vont-elle bientĂŽt Ă©voluer.

On ne parle pas de la mĂȘme chose selon les Ă©chĂ©ances :

À trois mois, ce sont les fluctuations erratiques de la conjoncture.

À trois ans, ce sont les mouvements de mode et les dĂ©rives Ă©conomiques.

À trente ans, ce sont les renouvellements des gĂ©nĂ©rations, avec leurs styles de vie diffĂ©rents, et aussi les achats mĂ©nagers. Par exemple, la pĂ©riode des trente glorieuses (1950-1980) en Europe est caractĂ©risĂ©e par deux vagues d’investissements : la reconstruction de l’aprĂšs guerre et le premier Ă©quipement des mĂ©nages en rĂ©frigĂ©rateurs, cuisiniĂšres, machines Ă  laver, tĂ©lĂ©viseurs et automobiles. Chacune de ces vagues, crĂ©atrice d’emplois et porteuse de prospĂ©ritĂ©, s’Ă©tend sur une gĂ©nĂ©ration. Lorsque les mĂ©nages ont Ă©tĂ© Ă©quipĂ©s Ă  plus de 80%, la demande s’est ralentie, le chĂŽmage a augmentĂ© et l’Ă©conomie est devenue plus hĂ©sitante.

À cent ans, ce sont les infrastructures, tels que les ports, les autoroutes, les voies ferrĂ©es, les grands amĂ©nagements urbains. Ce sont aussi les rĂ©seaux, par exemple le rĂ©seau Ă©lectrique. Les premiĂšres Ă©lectrifications urbaines datent du siĂšcle dernier. Mais il faut attendre vingt ans aprĂšs la seconde guerre mondiale pour que l’Ă©lectricitĂ© soit partout dans les campagnes en Europe. Or, c’est Ă  partir du moment oĂč les mĂ©nages disposent chez eux de l’Ă©nergie Ă©lectrique qu’ils peuvent s’Ă©quiper en Ă©lectromĂ©nager. À l’Ă©chelle mondiale, mĂȘme si aucun pays n’est totalement dĂ©pourvu de rĂ©seau, la majoritĂ© de la population n’est pas encore connectĂ©e. Si l’on prolonge les tendances actuelles, il faut attendre la seconde moitiĂ© du 21Ăšme siĂšcle pour que tout le monde ait l’Ă©lectricitĂ© Ă  domicile. La vague de prospĂ©ritĂ© que nous voyons actuellement se dessiner en Chine, en Inde et en Asie du Sud Est correspond Ă  nos trente glorieuses, mais seulement pour une fraction urbaine des deux milliards et demi d’habitants de cette rĂ©gion -la moitiĂ© de l’espĂšce humaine-, qui s’Ă©quipe avec aviditĂ©.

Toutefois, le dĂ©lai d’accoutumance de l’usager limite la vitesse de diffusion des nouvelles technologies. Les fabricants de micro-ordinateurs croyaient, au dĂ©but des annĂ©es 80, inonder le marchĂ© en une dĂ©cennie. Il n’en a rien Ă©tĂ©. DĂšs 1985, ils ont dĂ» rĂ©viser en baisse leurs prĂ©visions. Ce n’est pas que les clients manquaient de ressources pour acheter leurs machines. Elles coĂ»taient dĂ©jĂ  moins cher qu’une auto. Mais les usagers n’y Ă©taient pas encore habituĂ©s, et ce nouvel instrument modifiait sensiblement leur façon de travailler. Il a donc fallu attendre une gĂ©nĂ©ration d’accoutumance, et l’apparition de logiciels plus conviviaux. On peut conjecturer que, si un nouveau produit suppose une Ă©volution des façons de faire, alors il faut au moins une gĂ©nĂ©ration pour qu’il s’impose au public, mĂȘme si ses avantages sont Ă©vidents.

Un regard mondialiste :

Certains, autrefois, ont fait Ă©voluer le regard : Les philosophes, qui travaillent avec les hommes d’action. Leurs visions ont structurĂ© la sociĂ©tĂ©. Ainsi, au dĂ©but du dix-neuviĂšme siĂšcle, Saint-Simon, le maĂźtre Ă  penser des ingĂ©nieurs, disait : « L’ancien pouvoir spirituel, c’Ă©tait l’Eglise. L’ancien pouvoir temporel, c’Ă©tait la noblesse, caste de guerriers devenue inutile… Le nouveau pouvoir spirituel, c’est la Science, et le nouveau pouvoir temporel, c’est l’Industrie. » N’est-ce pas ce qui s’est rĂ©alisĂ© depuis, dans le monde entier ? La « rĂ©volution industrielle » n’est-elle pas tout entiĂšre dans cette formule, complĂ©tĂ©e Ă  l’Ă©poque par des Ă©noncĂ©s prĂ©curseurs, articulant un grand projet social : exploiter la Nature pour procurer aux hommes les bienfaits de la Science et de la Technique, sa fille.

En quoi sommes-nous dĂ©jĂ  diffĂ©rents de nos prĂ©dĂ©cesseurs ? En cela que nous quittons la vision tribale de l’Histoire pour une vision universelle. Les distinctions entre nations, ethnies, religions ne sont pas effacĂ©es, mais remises Ă  leur place : celle de modalitĂ©s culturelles, vouĂ©es, non plus Ă  entrer en conflit, mais Ă  s’enrichir mutuellement. Car, au-delĂ  des particularismes, il y a l’unitĂ© mondiale de la Science qui proclame dĂ©sormais l’unitĂ© du vivant « de l’amibe Ă  l’Ă©lĂ©phant », et l’unitĂ© des technologies, qui crĂ©ent un systĂšme de communication mondial, sorte de « cerveau planĂ©taire » dont la conscience devient chaque annĂ©e plus perceptible par la voie des mĂ©dias et des tĂ©lĂ©communications.

Le mondialisme, au vingtiĂšme siĂšcle, paraissait rĂ©servĂ© Ă  de doux rĂȘveurs, rĂ©guliĂšrement dĂ©mentis par l’atrocitĂ© des guerres et des persĂ©cutions. Au tournant du troisiĂšme millĂ©naire, les conditions techniques sont rĂ©unies pour qu’il entre dans les faits, insensiblement. Mais cette mĂ©tamorphose inĂ©luctable s’accompagne de craquements et de dĂ©chirements. Les vieux particularismes et les attachements anciens sont rĂ©activĂ©s. Ils luttent avant de cĂ©der la place.

L’ingĂ©nieur Legrand, dĂšs 1840, proposait une carte mondiale des voies ferrĂ©es.

Les EuropĂ©ens, au XIX° siĂšcle, avaient un projet mondialiste, Ă©tayĂ© par une philosophie constructive, le positivisme. Leur doctrine se rĂ©sumait en deux idĂ©es : la libertĂ©, plus les infrastructures. Actuellement, avec le vent de libĂ©ralisme qui souffle sur le monde, il est de bon ton de faire semblant de croire que la libertĂ© Ă©conomique apporte la solution de tous nos maux. Or, une sociĂ©tĂ© Ă©conomiquement libre sans infrastructure est une sociĂ©tĂ© d’embouteillage oĂč tout le monde perd son temps. Pire, sans infrastructure Ă©ducative, c’est une sociĂ©tĂ© d’exclusion qui nourrit en son sein les germes de sa propre destruction.

Allons-nous, au 21Ăšme siĂšcle, retrouver des visions planĂ©taires ? Certainement, car le maillage des communications facilite la montĂ©e et l’Ă©mergence d’une conscience globale. On commence Ă  voir apparaĂźtre de grandes idĂ©es : des idĂ©es Ă©cologiques (transformer la planĂšte en jardin) et des idĂ©es techniques, comme, par exemple, au Japon, celle de citĂ©s marines pour plusieurs centaines de milliers d’habitants (Le projet prĂ©sentĂ© par la sociĂ©tĂ© Taisei (la citĂ© volcan) a la forme du mont Fuji. Cette citĂ© ferait 6500m de diamĂštre Ă  la base et 4000 mĂštres de haut. Elle accueillerait 700000 personnes (Futurist, Mai-Juin 93). La planĂšte creuse artificielle proposĂ©e par physicien amĂ©ricain O’Neill, sorte de LĂ©onard de Vinci contemporain, est un cylindre d’un kilomĂštre de diamĂštre. Pour crĂ©er Ă  sa pĂ©riphĂ©rie une gravitĂ© Ă©quivalente Ă  celle de la terre, elle fait un tour sur elle-mĂȘme en une minute. Elle contient des lacs, des petites montagnes, des bois, tout un espace « naturel ». Lorsque les films de fiction26 nous montrent des vaisseaux spatiaux qui ressemblent Ă  des immeubles de bureaux, c’est un non sens. Bien qu’il domine les autres espĂšces, l’homme ne peut se passer de la Nature.

Il en est solidaire, il a besoin d’elle pour recycler l’oxygĂšne, l’eau… Il appartient Ă  la biosphĂšre. Il est solidaire des plantes et des animaux. Dans l’Espace, il faut qu’il emmĂšne avec lui une nature organisĂ©e, une « Techno Nature » placĂ©e sous sa protection.

D’oĂč l’importance de l’expĂ©rience amĂ©ricaine « BiosphĂšre 2″ oĂč huit personnes passent deux ans dans un Ă©cosystĂšme fermĂ© complet sous une bulle Ă©tanche, ne communiquant avec l’extĂ©rieur que par des informations, sans apport de matiĂšre. Au-dedans, on voit non pas une forĂȘt vierge, mais un potager moderniste, dans lequel tout est recyclĂ©. Ce morceau de Nature est destinĂ©, ultĂ©rieurement, Ă  ĂȘtre placĂ© en orbite puis contrĂŽlĂ© dans son Ă©volution. Puis, dans les siĂšcles Ă  venir, les planĂštes creuses artificielles iront vers d’autres systĂšmes solaires, de sorte que l’homme deviendra le messager de la vie Ă  travers les Ă©toiles, mĂȘme aprĂšs la mort du soleil.

Une référence : le milieu du 19Úme siÚcle

Alors, que se passera-t-il au 21Ăšme siĂšcle ?

Les prochaines dĂ©cennies sont trĂšs durement menacĂ©es par les consĂ©quences de l’implosion des villes, la montĂ©e de l’exclusion et des systĂšmes maffieux. Les premiers scĂ©narios qui viennent Ă  l’esprit sont noirs. Ils ont l’odeur du chaos. On n’arrive pas Ă  voir au-delĂ  des confrontations entre une sociĂ©tĂ© officielle affaiblie, rongĂ©e de luttes intestines, sans vĂ©ritable projet, et des exclus qui frappent Ă  la porte de plus en plus durement.

NĂ©anmoins, l’Histoire relativise nos visions catastrophistes. L’espĂšce humaine en a vu d’autres. Et elle s’en est tirĂ©e. Nos ancĂȘtres, au XIX° siĂšcle, sont en Europe devant une situation comparable Ă  celle du monde Ă  la fin du vingtiĂšme siĂšcle : En 1848, la classe dirigeante perd ses illusions. Face Ă  un prolĂ©tariat subissant des conditions de pauvretĂ© et d’insalubritĂ© lamentables, elle se divise en deux courants d’opinion : un courant humaniste et un courant conservateur.

Les humanistes disent : « Nous n’avons pas le droit de laisser des ĂȘtres humains vivre dans de pareilles conditions, c’est inadmissible ». Ils ont raison. Et les conservateurs ajoutent : « Mais, attention, ils deviennent dangereux ! ». Ils ont raison aussi. Les uns et les autres aboutissent Ă  la mĂȘme conclusion : Il faut faire quelque chose.

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Des moyens Ă©normes sont alors mobilisĂ©s. On passe d’une petite bourgeoisie frileuse, Ă  l’esprit Ă©troit, qui compte ses sous, fait du contentieux, envoie ses dĂ©biteurs en prison, Ă  une grande bourgeoisie au long cours, qui investit massivement, construit les chemins de fer, les grands magasins, les banques, l’industrie lourde, les routes, le canal de Suez et celui de Panama. Elle prend des risques immenses, manifeste une vision mondialiste et, pour mener Ă  bien ses projets, crĂ©e de la monnaie par « transformation du crĂ©dit » (cette expression dĂ©signe l’utilisation de l’argent des dĂ©pĂŽts exigibles Ă  court terme pour des investissements Ă  long terme, en espĂ©rant que les dĂ©posants ne rĂ©clameront pas tous leur dĂ» en mĂȘme temps. Ce genre de pratique crĂ©e de la monnaie. De nos jours, elle est attentivement contrĂŽlĂ©e par les autoritĂ©s monĂ©taires (ratio Cooke…). Mais des Ă©missions en monnaies Ă©trangĂšres (euro-dollars, euro-yens) Ă©chappent encore Ă  ces limitations).

Nos ancĂȘtres structurent les villes (Haussmann) et structurent les esprits (Jules Ferry). Dans l’Angleterre de la Reine Victoria, et dans l’Allemagne de Bismarck, c’est le mĂȘme mouvement que dans la France de NapolĂ©on III : des investissements d’urbanisme, d’Ă©ducation et de contrĂŽle social d’une ampleur formidable. Et ça rĂ©ussit ! Au lieu de la rĂ©volution prĂ©vue par Marx, et malgrĂ© deux guerres mondiales, l’Europe de l’Ouest connaĂźt au vingtiĂšme siĂšcle la plus grande prospĂ©ritĂ© de son histoire.

Les villes europĂ©ennes abordent les annĂ©es 1900 avec des avenues assez larges pour accueillir l’automobile, bien que tracĂ©es avant son invention, et une population assez instruite pour s’intĂ©grer dans l’Ă©conomie industrielle. L’Europe doit son dĂ©veloppement actuel Ă  la structuration urbaine du siĂšcle dernier, qui d’ailleurs n’Ă©tait pas sans arriĂšre-pensĂ©e de maintien de l’ordre, et aussi Ă  sa structuration Ă©ducative qui n’Ă©tait pas non plus sans intention de contrĂŽle social.

Cette rĂ©fĂ©rence nous place dans une prospective de la rupture. Si les mĂȘmes causes produisent les mĂȘmes effets, alors, quand la situation devient intolĂ©rable, la classe dirigeante prend peur et fait ce qu’il faut pour que ça cesse. La rĂ©ponse du siĂšcle dernier prĂ©sente un caractĂšre universel : on structure l’espace ; on structure les esprits. Elle est faite de grands programmes, menĂ©s avec les meilleures technologies de l’Ă©poque. On peut conjecturer que la rĂ©ponse du dĂ©but du 21Ăšme siĂšcle Ă  la montĂ©e des dangers sera de mĂȘme nature, mais avec des moyens techniques autrement puissants.

1980-2020 : La société du spectacle.

Le soulagement suivant la chute du mur de Berlin est de courte durĂ©e. L’ordre bipolaire de la guerre froide recouvrait une toute autre rĂ©alitĂ©. L’ocĂ©an des pouvoirs des blocs se retire, dĂ©litĂ© par les tĂ©lĂ©communications. Les particularismes tribaux et religieux refont surface, tels de vieux rochers qu’on avait oubliĂ©s.

Le monde de la fin du vingtiĂšme siĂšcle est une mosaĂŻque d’ethnies irascibles, attachĂ©es Ă  des valeurs du passĂ©, comme fĂ©tichisant la possession de territoires ou de positions privilĂ©giĂ©es. AprĂšs le Liban, la Yougoslavie, l’Inde, l’Asie centrale, l’Afrique sont saisis de pulsions intĂ©gristes et de persĂ©cutions ethniques. L’Asie se rĂ©arme. Des affrontements raciaux, sporadiques et complexes, Ă©clatent ici et lĂ , comme des bulles de haine Ă  la surface du chaudron du diable.

On croyait avoir dĂ©finitivement banni de telles atrocitĂ©s. C’Ă©tait oublier trop vite le dĂ©sarroi des illettrĂ©s, le dĂ©sespoir du chĂŽmage, la rĂ©action Ă  l’exclusion. Sans avenir crĂ©dible, on se jette dans les bras des forces du passĂ©. Dans les pays de l’Est, les chefs ont Ă©tĂ© chassĂ©s, mais les sous chefs sont encore lĂ . Ils reprĂ©sentent un recours, d’esprit plus Ă©troit.

NĂ©anmoins, le nouveau systĂšme technique continue sa progression, apportant avec lui de nouvelles façons de faire. La technique est, dans ce monde troublĂ©, le lieu oĂč l’intelligence a raison de la force, et cela jusqu’au cƓur du domaine d’Ă©lection de la force brute : celui des armements.

Par ailleurs, la technique moderne relie les hommes, par-dessus les croyances et les frontiĂšres. Bien qu’inventĂ©e aprĂšs le tĂ©lĂ©phone, la tĂ©lĂ©vision est mise en place avant. Elle institue une sociĂ©tĂ© du spectacle, planĂ©taire, oĂč la rĂ©alitĂ© est transfigurĂ©e, conditionnĂ©e pour capter une attention fugitive. Elle injecte subrepticement des messages publicitaires dans le mental du public, entretient des confusions en mĂȘme temps qu’elle apporte de vraies informations, sollicite les pulsions en mĂȘme temps qu’elle fait place aux arts et ouvre Ă  la connaissance de la Nature.

Le monde est ivre. Il a perdu ses repĂšres. La surinformation produit des effets hallucinogĂšnes. Des individus s’isolent au moyen de leur baladeur ou se livrent Ă  un dialogue compulsif avec leur jeu vidĂ©o. Comme celle de la fascination, l’habitude de la manipulation des esprits s’installe insensiblement et devient comme naturelle. Avec un « reality show », un inconnu peut en quelques jours ĂȘtre adulĂ© de millions de tĂ©lĂ©spectateurs. Il peut aussi vite retomber dans le purgatoire de la rĂ©probation. On joue « Dallas » Ă  tous les Ă©tages.

Les mĂ©dias enseignent sans le vouloir la passivitĂ©. Ils absorbent l’Ă©nergie du spectateur dans des intrigues Ă©trangĂšres. Ayant vĂ©cu par procuration des Ă©vĂ©nements hors du commun, l’individu n’a plus le dĂ©sir d’entreprendre Ă  sa propre mesure. Il devient soit mĂ©galomane, soit dĂ©primĂ©. Des millions de personnes cherchent un emploi. Il y a de moins en moins d’entrepreneurs pour les embaucher. Partout, on manque d’employeurs plus que d’employĂ©s.

Les milieux financiers sont touchĂ©s. Ils interfĂšrent avec le mĂ©diatique. Les grands entrepreneurs rachĂštent des chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision. L’argent et la crĂ©dibilitĂ© s’enchevĂȘtrent. Les fortunes se font et se dĂ©font de plus en plus vite. Un raider peut lever en trois coups de tĂ©lĂ©phone l’Ă©quivalent du salaire annuel d’un million de paysans indiens. Les places financiĂšres, interconnectĂ©es, ballottent des milliards de dollars Ă  travers la planĂšte au grĂ© des vagues spĂ©culatives. Les rĂ©gions et les mĂ©tiers sont Ă  la merci d’ouragans imprĂ©visibles, aux causes lointaines, insaisissables et alĂ©atoires. L’exclusion s’accroĂźt. Les troubles aussi. La crainte du danger monte. On sent comme des forces telluriques qui fermentent dans les banlieues, s’apprĂȘtant Ă  faire craquer l’ancien monde. La chrysalide se prĂ©pare Ă  accoucher, mais de quoi ?

2020-2060 : La sociĂ©tĂ© d’enseignement.

Le capitalisme avait gagnĂ©. L’Europe de l’Est, puis la Chine, puis l’Inde s’Ă©taient lancĂ©es avec un zĂšle de nĂ©ophyte dans la recherche effrĂ©nĂ©e du profit. Mais, dĂšs la fin du vingtiĂšme siĂšcle, un milliard d’ĂȘtres humains ont Ă©tĂ© chassĂ©s de leurs terres par la concurrence des agricultures industrialisĂ©es. Leurs enfants sont dans l’errance. Ils ne peuvent plus retourner cultiver la terre, car le savoir-faire de leurs ancĂȘtres ne leur a pas Ă©tĂ© transmis. Ils ne peuvent pas non plus s’intĂ©grer Ă  la sociĂ©tĂ© technologique moderne, car l’Ă©cole n’Ă©tait pas prĂȘte Ă  les accueillir. Ce sont des « sauvages urbains », des femmes et des hommes Ă©levĂ©s hors de toute culture, revenus en quelque sorte Ă  l’Ă©tat de Nature, obligĂ©s de considĂ©rer la ville comme une jungle et d’y inventer de nouveaux moyens de survie. Plus de la moitiĂ© de l’espĂšce humaine est maintenant urbanisĂ©e. L’insĂ©curitĂ© gagne le centre des mĂ©galopoles, Ă  Los Angeles comme Ă  Mexico, Ă  Bombay comme Ă  Alger. Il n’y a plus des pays riches d’un cĂŽtĂ© et des pays pauvres de l’autre, mais des riches et des pauvres Ă  cent mĂštres les uns des autres, sur toute la planĂšte.

Les Ă©vĂ©nements dramatiques et destructeurs des annĂ©es 2010 saisissent de peur la classe dirigeante. Le marchĂ© des blindages, des serrures et des camĂ©ras de protection n’a jamais Ă©tĂ© aussi florissant. AprĂšs quelques annĂ©es de rĂ©pression et de protection, il lui faut se rendre Ă  l’Ă©vidence : on ne peut pas endiguer cette marĂ©e de violence. Il faut s’attaquer Ă  sa cause et changer complĂštement de stratĂ©gie. On croyait Ă  l’Ă©conomie libĂ©rale. Il s’avĂšre qu’elle sert de feuille de vigne Ă  des maffias. Les rapports de force perdurent, mais transfigurĂ©s. Ils s’appuient dĂ©sormais sur des « systĂšmes drogue ». Aux stupĂ©fiants anciens sont venus s’ajouter de multiples accoutumances et asservissements, imprĂ©gnant le commerce ordinaire, qui enfoncent l’individu dans des comportements auto destructeurs, sur fond de dĂ©sespoir.

Les dĂ©fenses des humains sont prises en dĂ©faut par cette attaque de leur volontĂ© mĂȘme. Aussi la rĂ©action est-elle Ă  la mesure de la menace. Le laisser-faire libĂ©ral est accusĂ© de laisser aller. Les formidables moyens de la technique, en particulier les univers virtuels, sont rĂ©quisitionnĂ©s au nom de la vertu. Les valeurs anciennes sont rejetĂ©es. En situation d’urgence, l’ambiguĂŻtĂ© n’a plus sa place. Les dĂ©licats dosages politiques et la tolĂ©rance d’autrefois sont considĂ©rĂ©s comme dĂ©cadents, plus dangereux que la force brute, qui au moins s’affiche clairement.

Structurant le mental et les comportements, la sociĂ©tĂ© d’enseignement s’Ă©tablit alors, en rĂ©action Ă  la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente, perçue comme laxiste. Elle normalise comme l’Ă©cole de Jules Ferry ou de l’empereur Meiji, mais avec des moyens autrement puissants. Les esprits sont mis au carrĂ© par des logiciels d’entraĂźnement mental. Les tests de conditionnement sont rendus obligatoires, en prĂ©alable mĂȘme Ă  des gestes quotidiens, tels des retraits bancaires.

AidĂ© d’une technologie appropriĂ©e, le contrĂŽle social se fait beaucoup plus strict.

L’utilisation de badges magnĂ©tiques dĂ©tectĂ©s par radar est gĂ©nĂ©ralisĂ©e. L’ouverture des portes des bureaux, des commerces et mĂȘme de certains lieux publics se fait automatiquement, mais seulement devant le porteur du sĂ©same prĂ©vu.

AprĂšs la dure prise de conscience de la classe dirigeante, la sociĂ©tĂ© s’organise autour d’un projet global : la domestication de l’homme par l’homme.

Nous ne pouvons pas espĂ©rer maĂźtriser les techniques modernes avec des humains sauvages restĂ©s biologiquement au niveau d’un primate des savanes, pense-t-on. On ne sait pas non plus modifier le gĂ©nome de l’homme pour en faire un ĂȘtre adaptĂ© Ă  ce nouvel environnement. Il faut donc le domestiquer. La plasticitĂ© de son comportement s’y prĂȘte. Elle est due Ă  la « nĂ©otĂ©nie », ce retard de maturation qui lui permet de conserver jusqu’Ă  l’Ăąge adulte l’adaptabilitĂ© des enfants. Les marchands l’avaient exploitĂ©e pour fidĂ©liser le client. Il faut maintenant le mettre au service d’un processus Ă©nergique d’adaptation : l’enseignement.

Les grands projets techniques sont lancĂ©s. D’abord des citĂ©s marines, pour dĂ©sengorger les cĂŽtes saturĂ©es, et accueillir des masses de population errantes, puis d’immenses opĂ©rations d’urbanisme. On supprime les quartiers insalubres. On construit dans des lieux isolĂ©s des citĂ©s d’enseignement, capables d’intĂ©grer les « animaux humains » dans un environnement scientifique et technique.

Les espaces ruraux dĂ©laissĂ©s par suite des migrations vers les villes sont rĂ©appropriĂ©s par des organismes d’amĂ©nagement, qui Ă©tablissent un programme planĂ©taire de reboisement et de rĂ©habilitation de la Nature. On se met d’accord sur un immense projet de vie dans l’Espace, dans un esprit de conquĂȘte, comme la plus grande dĂ©monstration des capacitĂ©s de l’espĂšce humaine, dĂ©sormais capable d’Ă©chapper mĂȘme Ă  la mort du soleil. On veut aussi y transporter des performances. Dans une planĂšte creuse tournant au ralenti, oĂč rĂšgne une pesanteur dix fois plus faible que sur terre, le patinage artistique, le saut Ă  ski et le vol libre deviennent des spectacles fabuleux. Ce sont des cathĂ©drales mĂ©diatiques, Ă  la gloire du corps humain.

Mais les dirigeants conservent aussi une arriĂšre-pensĂ©e. Le jour venu, les citĂ©s lointaines et isolĂ©es, les villes marines et mĂȘme les planĂštes creuses artificielles ne seraient-elles pas bien utiles pour se dĂ©barrasser des personnages indĂ©sirables sur terre ? La colonisation du nouveau monde s’Ă©tait grossie des marginaux et dĂ©linquants dont ne voulait plus la vieille Europe. Il y a des hĂ©ros chez les pionniers. Il y a aussi des desperados qui s’Ă©chappent d’un monde hostile.

2060-2100 : La société de création.

Les contradictions de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente deviennent sensibles. L’Ă©ducation de masse, dĂ©multipliĂ©e par les formidables moyens techniques de l’industrie hallucinogĂšne, a mis au moule les cerveaux. La paix sociale se paye en baisse de crĂ©ativitĂ©. Les dangers sont Ă©loignĂ©s. Mais les nouvelles gĂ©nĂ©rations, Ă©duquĂ©es aux disciplines du corps et de l’esprit, sont beaucoup mieux armĂ©es qu’autrefois. Elles veulent exercer leur autonomie. Le conformisme de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente est accusĂ© de contrarier les pulsions, de s’opposer au mouvement de la vie mĂȘme.

On se mĂ©fie dĂ©sormais des performances intellectuelles machinales. La compĂ©tition homme/machine, avec ses jeux dĂ©lirants, Ă©tait allĂ©e jusqu’aux olympiades. Trop d’exercice mental ferme la voie du cƓur. On s’affirme dĂ©sormais autrement, par des dĂ©monstrations d’indĂ©pendance et d’universalitĂ©. L’homme veut organiser le monde, dit-on, mais il n’est mĂȘme plus capable de survivre Ă  la lisiĂšre de la forĂȘt oĂč vĂ©curent nos ancĂȘtres, prĂ©cisĂ©ment lĂ  oĂč l’espĂšce humaine s’est biologiquement constituĂ©e.

Les nouvelles cellules de vie sont petites, portables et autonomes. Elles peuvent s’installer n’importe oĂč : dans le dĂ©sert, sur la banquise, au fond des mers, dans une planĂšte creuse. La qualitĂ© de l’expĂ©rience vĂ©cue, la capacitĂ© de rĂ©soudre la survie avec les moyens du bord, le talent Ă  transformer des contraintes en dĂ©fis, la crĂ©ation d’environnements nouveaux, adaptĂ©s Ă  l’Ă©thologie humaine, sont perçus comme vraiment porteurs de valeurs universelles. L’homme se prĂ©pare Ă  un destin cosmique. Ainsi, la sociĂ©tĂ© de crĂ©ation se constitue en refus des contraintes des formations musclĂ©es de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Elle recherche la libertĂ© Ă  la fois par plaisir et par nĂ©cessitĂ© : le plaisir de crĂ©er et la thĂ©rapie de la crĂ©ativitĂ©, vĂ©cue comme un bol d’air au sortir d’une norme Ă©touffante.

La deuxiĂšme partie de ce texte est disponible ici.

La troisiÚme partie de ce texte est disponible ici.

oct 13 2009

Le point sur la domination des banquiers au coeur des États

La crise Ă©conomique qui s’est dĂ©clenchĂ©e en 2008 Ă©tait prĂ©vue depuis longtemps par de nombreux Ă©conomistes, notamment Ă  cause de la bulle financiĂšre liĂ©e Ă  la spĂ©culation. Mais concernant les dĂ©rives de l’économie capitaliste, la responsabilitĂ© des banques, de la dette et des paradis fiscaux est Ă  la fois plus profonde et plus ancienne qu’on ne l’évoque gĂ©nĂ©ralement. Au cƓur de l’Etat et de la gouvernance Ă©conomique et politique, domine le pouvoir financier de maniĂšre lĂ©gale, mais aussi parfois sous des formes illĂ©gales et souvent peu dĂ©mocratiques.

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Dans le cadre de cet article nous allons exposer diffĂ©rents mĂ©canismes centraux du pouvoir des banquiers sur le monde. Les banques et les paradis fiscaux, sont des accĂ©lĂ©rateurs de la gouvernance nĂ©olibĂ©rale. Cette dĂ©rĂ©gulation vient alors renforcer les dĂ©lits politico-financiers, du fait de la carence et de la dissolution des rĂšgles de contrĂŽle. La dette, en particulier celles des PED, est un instrument de domination des pays riches sur les PED. Tandis que la privatisation du pouvoir de crĂ©ation monĂ©taire par les banques privĂ©es, conduit Ă  un vol l’égal d’un bien public.

1-LES BANQUES DES PARADIS FISCAUX, ACCELERATEURS DE LA GOUVERNANCE NEOLIBERALE ET DES DELITS POLITICO-FINANCIERS

Les banques et les propriĂ©taires des grandes banques (Rockefeller, Rothschild, Morgan, City Group, Goldman Sachs…) reprĂ©sentent un des pivots du pouvoir mondial. D’une part parce que ces propriĂ©taires disposent de sommes Ă©normes. Le magazine Forbes dĂ©comptait 1125 milliardaires en 2008 (Kroll, 2008). Au classement Forbes de 2005, Bill Gates Ă©tait l’homme le plus riche du monde avec 46,5 Mds $ et Warren Buffet 44 Mds $. La fortune des plus grandes banques dĂ©passent largement celles des plus riches individus, puisque la fortune de City Group Ă©tait de 10 fois supĂ©rieure Ă  celle de Bill Gates et celle de la Bank of America l’était de 16 fois. On trouvait au classement Forbes 2005, cinq banques, dont Citigroup (484,10 Mds $ d’actifs), Bank of America (776,42 Mds $ d’actifs), puis HSBC, ING Group et UBS. Ceci leur permet d’acheter potentiellement absolument, tout ce qui peut servir leur objectif de puissance: entreprises, mĂ©dias, biens divers et ce jusqu’à corrompre si besoin est les dirigeants politiques, qui sont susceptibles de se laisser soudoyer.

Les flux financiers illégaux et massifs dans les paradis fiscaux

Les paradis fiscaux et les chambres de compensation (Clearstream) sont un instrument majeur de la corruption politique et de la spoliation Ă©conomique des citoyens. Les estimations concernant l’importance des capitaux licites ou illicites drainĂ©s par les paradis fiscaux sont assez difficiles Ă  Ă©tablir. On estimait, en 2000, que les capitaux, dĂ©tenus hors frontiĂšres, s’élevaient Ă  plus de 5000 milliards de dollars, soit 54% des capitaux mondiaux (EAEF, 2001). De son cĂŽtĂ©, le FMI estimait, en 2003, que 50% des flux de capitaux passent dans les places off-shore, que circule dans le monde entre 600 et 1500 milliards/an d’argents sales, que le blanchiment reprĂ©sente 5% du PIB mondial. Selon l’office des Nations Unies pour le contrĂŽle des drogues et la prĂ©vention du crime, en 1999; 50% des 4800 Mds de francs annuels dĂ©gagĂ©s par l’ensemble des activitĂ©s criminelles du monde (trafics de drogue, prostitution, fausse monnaie…) seraient blanchis dans les paradis fiscaux (ODCCP, 2000).

Pour la France, le conseil scientifique d’Attac France mentionnait qu’en 1999, 350 milliards de dollars Ă©taient blanchis pour ĂȘtre rĂ©investis dans l’économie lĂ©gale. Il Ă©valuait ainsi un manque Ă  gagner pour les caisses des Etats de plus de 300 milliards d’euros auxquels s’ajoutent la fraude et l’évasion fiscale. Ces derniĂšres reprĂ©sentaient, en 2003, environ 50 milliards d’euros pour la France, c’est-Ă -dire 17% du budget de l’Etat soit l’équivalent du dĂ©ficit budgĂ©taire (Attac, 2004). Pour les PED, l’évasion fiscale conduit Ă  un manque Ă  gagner dans les recettes fiscales de 50 milliards de dollars. L’équivalent de l’APD annuelle de l’ensemble des pays de l’OCDE. La quasi‑totalitĂ© des grandes banques et entreprises europĂ©ennes ou amĂ©ricaines a ouvert des succursales dans des paradis fiscaux. C’est par exemple le cas de la BNP Pari­bas, prĂ©sente aux Bahamas et aux Ăźles CaĂŻman, idem pour le CrĂ©dit Agricole, la CIC, le CrĂ©dit Lyonnais, Natexis Ban­que Populaire, la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, etc. Total rĂ©alise la plus grande partie de ses bĂ©nĂ©fices dans des filiales enregistrĂ©es aux Ăźles Bermudes et autres terri­toires off shore. (Foutoyet, 2005).

Contrairement aux idĂ©es reçues, les paradis fiscaux ne sont donc pas un « sous­ systĂšme» Ă  la marge de la machine Ă©conomique : ils en sont l’un des roua­ges. En effet, on estime que plus de la moitiĂ© des transactions financiĂšres internationales transite par les para­dis fiscaux. Les paradis fiscaux facilitent donc:

- l’évasion fiscale, la limitation du systĂšme fiscal,

- le blanchiment de l’argent sale,

- les opérations occultes,

- le secret bancaire,

- l’immunitĂ© judiciaire, l’absence de coopĂ©ration judiciaire internationale sous la responsabilitĂ© et l’accord du G8,

- C’est un accĂ©lĂ©rateur de la criminalitĂ© grĂące au blanchiment de l’argent liĂ© au trafic de drogue, Ă  la prostitution, Ă  la fabrication de fausse monnaie, au racket…).

Les sociĂ©tĂ©s-Ă©crans sont des instruments utilisĂ©s contre la transparence dĂ©mocratique. Une sociĂ©tĂ©-Ă©cran est une pseudo-entreprise qui cache son vĂ©ritable propriĂ©taire par l’utilisation de prĂȘte-noms. Elle est trĂšs uti­lisĂ©e, la fraude fiscale. Selon l’office des Nations Unies pour le contrĂŽle des drogues et la prĂ©vention du crime, les paradis fiscaux abri­teraient quelque 3 millions de sociĂ©tĂ©s-Ă©crans. (ODCCP, 2000).

Les détournements et le blanchiment par les banques grùce aux paradis fiscaux

En 1991, le scandale international de la BCCI (Bank of CrĂ©dit and Commerce International), conduit Ă  sa fermeture par la justice, a montrĂ© la liaison pouvant exister entre le trafic de drogue, le terrorisme, la haute finance et les services spĂ©ciaux. EnregistrĂ©e au Luxembourg, la BCCI recueillait pĂȘle‑mĂȘle les comptes d’Abou Nidal, de Saddam Hussein, du gĂ©nĂ©ral Noriega, des services de la CIA et des sociĂ©tĂ©s liĂ©es au trafic international de la drogue, du marchand Kashoggi, entre mille autres places de mĂȘme nature. Des connexions apparaissent entre Ben Laden (hĂ©ritier multimillionnaire d’une grande famille saoudienne) et la BCCI. Ces pratiques litigieuses ont creusĂ© un passif de 13 milliards de dollars (Verschave, 2003).

Les banques sont au cƓur du pouvoir financier, ce sont les lieux de dĂ©pĂŽt de l’argent et le lieu de transit des flux financiers qui sont l’Ă©nergie, le sang du systĂšme. Le blanchiment d’argent sale passait autrefois par les banques des pays dĂ©veloppĂ©s notamment: Ă  prĂ©sent cet argent transite plutĂŽt prĂ©alablement par les banques des paradis fiscaux (Andorre, CaĂŻmans, Luxembourg, Jersey…) ou encore au sein de Clearstream (la banque des banques), comme le soutient Denis Robert (2001). De plus, quasiment toutes les grandes banques disposent de comptes dans les paradis fiscaux (Foutoyet, 2005). Ainsi, certaines, telle la FIBA d’Elf ont blanchi de l’argent, ou participĂ© Ă  l’Ă©vasion fiscale (Verschave, 2001 : 73). Mais, au cƓur mĂȘme de Londres, la City qui accueille les plus grandes banques britanniques a des pratiques analogues, aux banques des paradis fiscaux.

Les banques suisses, luxembourgeoises, notamment, avec les paradis fiscaux, renforcent les dĂ©rives du capitalisme illĂ©gal et la corruption, en blanchissant de l’argent sale, notamment grĂące Ă  la culture du secret, au refus de faire la transparence sur l’ensemble des comptes prĂ©sents et des virements qui s’y dĂ©roulent.

Denis Robert (2001), a mis Ă  jour une des techniques de blanchiment, dans son ouvrage RĂ©vĂ©lation, en analysant le fonctionnement des banques Clearstream et Euroclear. Or, concernant, les mĂ©dias se limitent Ă  Ă©voquer « l’affaire Clearstream », c’est-Ă -dire l’intrigue Villepin-Sarkozy, en n’évoquant quasiment jamais, le vĂ©ritable dossier Clearstream. Cette derniĂšre, grĂące Ă  un « mĂ©canisme de compensation », fait ainsi disparaĂźtre certaines transactions douteuses. Denis Robert, estime que les chambres de compensation, parce qu’elles sont au cƓur de la finance mondiale, blanchissent des sommes largement plus importantes que ne le font les paradis fiscaux. Par consĂ©quent, elles sont encore plus puissantes et dangereuses pour le maintien de l’Etat de droit dans l’économie mondiale. Par exemple, Denis, Robert, affirme que la BGPI, filiale du CrĂ©dit Agricole Indosuez, possĂšde elle aussi un compte S0418, chez Clearstream (Robert, 2007).

Le rÎle des banques et des intermédiaires mafieux dans le Kremlingate

L’Angola – Ă  travers les contrats de l’entreprise publique Simportex (anciennement Ematec), qui impliquent le sommet de ses structures gouvernementales, financiĂšres et militaires – a payĂ© Ă  l’entrepreneur franco-russe Arkadi Gaydamak 135 millions de dollars en plus de ce qu’il devait recevoir pour une livraison de matĂ©riel militaire, fin 1996. L’affaire a Ă©tĂ© bouclĂ©e par un ensemble d’institutions bancaires presque toutes europĂ©ennes (France, Suisse, Allemagne, Autriche…) sous le leadership de la banque Paribas – une des banques que Luanda a utilisĂ©es de façon de plus en plus frĂ©quente pour ses transactions et emprunts ces derniĂšres annĂ©es. La Banque of New York sert aussi beaucoup pour ces transactions (Verschave, 2001 : 129-132). Deux dirigeants de la Banque Paribas ont Ă©tĂ© inculpĂ©s en France, pour ces transactions illĂ©gales durant le procĂšs de l’Angolagate en 2008.

Le paiement des 135 millions de dollars Ă  Gaidamak a Ă©tĂ© effectuĂ© Ă  travers un compte ouvert par la Sonangol Ă  la Bank of New York – institution suspectĂ©e de relation avec le blanchiment d’argent qui attire l’attention de l’enquĂȘte internationale sur le scandale du “Kremlingate”» (Mendes, 2000).

Il s’avĂšre que tous les comptes concernĂ©s par le scandale du Kremlingate ont Ă©tĂ© ouverts dans cinq banques new-yorkaises. Les enquĂȘteurs pensent que la Menatep fut le “point d’origine principal de l’argent blanchi » (Rousselot, 31/08/1999). « Menatep aurait continuĂ© Ă  fonctionner en sous-main en 1998 et transfĂ©rĂ© des fonds suspects [...] vers des compagnies offshore basĂ©es sur des territoires aussi lointains que les Ăźles Vierges » (Rousselot, 31/08/1999). Alors que Menatep est officiellement en faillite depuis 1998, Ernest Backes a trouvĂ© dans le rĂ©pertoire 2000 de la sociĂ©tĂ© internationale de compensation Clearstream un compte non publiĂ© n° 81738 au nom de Menatep, client « non rĂ©fĂ©rencĂ© ». Sa partenaire en blanchiment (15 milliards de dollars dans la seule annĂ©e 1998), la Bank of New York, possĂšde de nombreux comptes non publiĂ©s dans la nĂ©buleuse sociĂ©tĂ© de compensation financiĂšre Clearstream (Robert, 2001 : 216).

La banque Russe Menatep, la Bank of New York et la société Glencore (Kremlingate)

En aoĂ»t 1999 Ă©clate le “Kremlingate”. Il s’avĂšre que tous les comptes concernĂ©s par ce scandale ont Ă©tĂ© ouverts dans cinq banques new-yorkaises. Les enquĂȘteurs pensent que la Menatep fut le “point d’origine principal de l’argent blanchi” (Rousselot, 31/08/1999)». « Arcadi Gaydamac a des liens Ă©troits avec cette banque » Menatep (Smith, 13/01/2001)».

AprĂšs la chute du mur de Berlin, la sociĂ©tĂ© Glencore a gagnĂ© des milliards de francs suisses sur le pĂ©trole de l’ex-URSS, en association avec Menatep, la banque russe au cƓur du “Kremlingate”

« Plusieurs grands groupes angolais ont leurs comptes Ă  la Bank of New York qui est accusĂ©e par le FBI d’avoir “recyclĂ©â€ 10 milliards $ d’argent russe. [...] Des sociĂ©tĂ©s liĂ©es Ă  Menatep ont aussi opĂ©rĂ© dans les circuits de financement du pĂ©trole angolais (LDC, 30/09/1999).

En Russie, la mafia captait l’essentiel des prĂȘts du FMI, elle a “recyclĂ©â€ 10 milliards de dollars d’aide internationale, elle s’est mĂȘme permise, avec cet argent, de circonvenir l’une des plus vieilles banques amĂ©ricaines, la Bank of New York (Verschave, 2001 : 140). Le FMI est gĂ©nĂ©ralement conscient des dĂ©tournements de l’aide public au dĂ©veloppement et il laisse faire, explique Stiglitz, qui a travaillĂ© Ă  la Banque Mondiale (Stiglitz, 2002).

Selon le quotidien amĂ©ricain USA Today du 26 aoĂ»t 1999, citant des responsables amĂ©ricains, britanniques et russes, le Kremlingate reprĂ©sente un total de 15 milliards de dollars qui auraient Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©s lors d’opĂ©rations complexes impliquant des proches de Boris Eltsine et une sĂ©rie de membres de ses gouvernements successifs (une douzaine).

Depuis lors ont Ă©tĂ© publiĂ©s, par Le Parisien du 23 mars 2001, des documents de la DGSE – une autre bĂȘte noire de Gaydamak – dĂ©crivant une chaĂźne d’« opĂ©rations de blanchiment ». Le pĂ©trole angolais est fourni en compensation des achats d’armes russes, par l’entremise de Paribas et serait « revendu sous l’étiquette brut russe par Brenco », avec l’assistance de Glencore (Verschave, 2001 : 142). Glencore a gagnĂ© des milliards sur le pĂ©trole russe, de concert avec les hĂ©ritiers de la nomenklatura soviĂ©tique. L’immense bradage des hydrocarbures est l’une des causes de la faillite de la Russie. Le mĂȘme groupe d’hĂ©ritiers sans scrupules a aussi dilapidĂ© l’arsenal de l’ArmĂ©e rouge, les Ă©normes stocks d’aluminium, d’engrais , etc. avec des profits astronomiques, mais aussi les crĂ©ances du pays et les milliards de dollars du FMI (Gattegno, 2000).

Une part de ces flux ( pĂ©trole, armes, dettes) a pu ĂȘtre brassĂ©e entre la Bank of New York et les recettes du pĂ©trole angolais, grĂące Ă  la gestion parfaitement occulte du rĂ©gime de Luanda. Pierre Falcone est constamment en affaires avec Glencore et Paribas – entre lesquels Jean-Didier Maille a fait la navette. Arkadi Gaidamak et son associĂ© français Pierre Falcone ont assurĂ©, depuis 1993, la fourniture d’armements (ou “matĂ©riel lĂ©tal”) aux Forces armĂ©es angolaises. Ainsi, 84 % des crĂ©ances russes ont disparu ! L’Angola a commencĂ© Ă  payer le solde, par tranches de 40 millions de dollars : dĂ©jĂ  1 milliard de dollars (7 milliards FF). Or cet argent s’est lui aussi volatilisĂ© ! (Mendes,2000).

La sociĂ©tĂ© suisse Glencore et la banque française Paribas (chef de file d’un pool d’une dizaine de banques dont la BNP, Worms, la Banque populaire… ) (LDC, 14/12/2000) sont quant Ă  eux, au cƓur du systĂšme de prĂȘts gagĂ©s sur le pĂ©trole futur de l’Angola Ă  des taux extrĂȘmement Ă©levĂ©s. Au printemps 2000, Glencore a encore levĂ© 3 milliards de dollars de prĂȘts gagĂ©s Ă  l’Angola, avec des banques comme Paribas, la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale, la Dresdner Bank Luxembourg, etc. (Verschave, 2001 : 140-142).

La responsabilité du FMI et de la Banque Mondiale dans les détournements de fonds

Dans son livre « La grande dĂ©sillusion », Joseph Stiglitz (2002) dĂ©nonce la responsabilitĂ© du FMI et du TrĂ©sor amĂ©ricain qui ont soutenu, conseillĂ© et orientĂ© les bureaucrates russes convertis au capitalisme, notamment le prĂ©sident Boris Eltsine. « Quand la crise frappa, le FMI prit la direction des opĂ©rations et il demanda Ă  la Banque mondiale de contribuer au sauvetage » pour 22,6 milliards de dollars. La Banque mondiale subissait une pression politique Ă©norme de l’administration Clinton qui voulait absolument qu’elle prĂȘte Ă  la Russie.

Si l’on s’en tient aux chiffres de Rosa MendĂšs, 84 % du remboursement de la dette de l’Angola envers la Russie se sont Ă©vaporĂ©s ! Ainsi le milliard de dollars dĂ©jĂ  remboursĂ© ne se retrouve pas, pour la plus grande part, dans les caisses de l’Etat Russe. (Verschave, 2001 : 170- 171). Cette est donc venu enrichir les poches des vendeurs d’armes, des intermĂ©diaires et des politiques en Angola, en France (Pasqua) et sans doute en Russie.

Or, Joseph Stiglitz ajoute que la direction de la Banque mondiale lui a interdit de rencontrer l’inspecteur gĂ©nĂ©ral de la Douma en visite Ă  Washington qui dĂ©nonçait dĂ©jĂ  Ă  l’époque l’ampleur de la corruption. “A la Banque mondiale, on m’avait donnĂ© l’instruction de ne pas le rencontrer : on avait peur que nous soyons convaincus par ses propos.” (Stiglitz, 2002).

Stiglitz, prix nobel d’économie en 2001 et ex-prĂ©sident Ă©conomique de la Banque Mondiale, affirme qu’au FMI, lors de la signature d’un prĂȘt, officiellement, la « cĂ©rĂ©monie  » Ă©tait la signature d’une lettre d’accord -, or, ses termes sont dictĂ©s par le FMI mais, par artifice, on fait comme si la  » lettre d’intention  » venait du gouvernement concernĂ© !  » (Stiglitz, 2002, 71). Il explique que la premiĂšre Ă©tape du plan de prĂȘt au PED, relĂšve de la « subordination » selon ses propres mots. Cela consiste Ă  faire pression sur les gouvernements des PED afin qu’ils privatisent leurs entreprises publiques en les vendant Ă  des prix ridiculement bas. En Ă©change, ils ont la possibilitĂ© de recevoir une commission de 10% sur un compte en suisse, versĂ© par l’entreprise du Nord qui rachĂštera celle du Sud. Stiglitz reprend Ă  nouveau pour exemple de ce mĂ©canisme de subordination illĂ©gal, la liquidation du patrimoine de l’Etat russe en 1995 (Stiglitz, 2003). Ainsi, on observe une collusion entre la Banque Mondiale, ses Etats membres les plus influents, les dirigeants des PED, les banques et les entreprises privĂ©es du Nord, au dĂ©triment des peuples des PED. Si la Banque Mondiale et le FMI, n’accomplissent pas d’action illĂ©gale, ils en sont complices car ils connaissent le mĂ©canisme de corruption et poussent dans cette direction, en forçant la main aux gouvernements du Sud.

Selon Laura Ramos, « on estime que la corruption augmente en moyenne, de 20 Ă  30 % le coĂ»t des marchandises acquises », or «on estime qu’une commission lĂ©gitime ne surpasse pas la valeur de 2 Ă  3 % du coĂ»t total du projet ». (Ramos, 2008, 92 et 94) Tandis que les communautĂ©s internationales exigent des PED l’éradication de la pauvretĂ© comme condition de nouveaux prĂȘts, les banques du Nord et les organisations internationales dirigĂ©es par les pays du G8, tels le FMI et la Banque Mondiale sont au cƓur de ces pratiques illĂ©gales.

La responsabilité des banques (privées, FMI et BM) et des entreprises dans les dettes de corruption

« Ces dettes Ă©galement qualifiĂ©es d’illĂ©gitimes s’accumulent en consĂ©quence d’actes de corruption, parce que les fonds empruntĂ©s par les Etats sont directement dĂ©viĂ©s vers les comptes personnels de gouvernement » (Ramos, 2008, 87), ou en Ă©change de services divers rendus par exemple Ă  des intermĂ©diaires au service d’une entreprise transnationale et qui viennent augmenter la dette extĂ©rieure des pays endettĂ©s.

« Souvent les banques qui reçoivent les prĂȘts illĂ©gaux sont complices de ces manƓuvres parce qu’en gĂ©nĂ©ral ce sont elles qui financent la corruption » (
) et « qui octroient le prĂȘt Ă  l’origine de l’acte de corruption et qui gonflent la dette extĂ©rieure que paieront le peuple du Sud concernĂ© » (Ramos, 2008, 89).

Fin 2002, une enquĂȘte du dĂ©partement du trĂ©sor des Etats-Unis, sur le dictateur chilien, Augusto Pinochet, rĂ©vĂ©la qu’au moins pendant huit annĂ©es, la Banque Riggs, aux États-Unis avait cachĂ© l’existence de comptes bancaires Ă  son nom avec des dĂ©pĂŽts de 4 Ă  8 millions de $. Et aussi qu’elle avait participĂ© Ă  la crĂ©ation de deux entreprises fantĂŽmes, appartenant au dictateur, dans le paradis fiscal des Bahamas, pour cacher des comptes ouverts dans des banques de Washington notamment. Cet argent a sans doute Ă©tĂ© dĂ©tournĂ© par Pinochet et a accru la dette extĂ©rieure du pays qui a quintuplĂ© durant sa pĂ©riode au pouvoir (Ramos, 2008, 90-91).

Les dettes d’élites : le coĂ»t de la mauvaise gestion et des intĂ©rĂȘts de classe

« Dette illĂ©gitime qui s’accumule suite aux emprunts de l’Etat pour le bĂ©nĂ©fice d’une minoritĂ© de la population et de groupes Ă©conomiques locaux ou Ă©trangers » telle l’entreprise Texaco en Equateur (Ramos, 2008, 101). La socialisation des dettes privĂ©es participe de cette dette des Ă©lites. Ferdinant Marcos a vendu des entreprises d’Etat aux Philippines Ă  ses amis, puis ses entreprises revinrent ensuite dans le giron de l’Etat avec une dette trĂšs importante. Marcos se retira ensuite en Autriche et laissa les banques publiques du pays rembourser cette dette (Adams, 1993, in Ramos, 2008, 107)

L’appui des banques Ă  la rĂ©pression des populations et le soutien aux dictateurs

Bien que dĂšs 1973, les Nations Unis aient qualifiĂ© l’apartheid de crime contre l’humanitĂ©, la communautĂ© financiĂšre a continuĂ© Ă  concĂ©der des prĂȘts au gouvernement sud-africain. C’est majoritairement les fonds publics, mais par l’aide bilatĂ©rale qui ont financĂ© l’Afrique du Sud: en 1993, l’Afrique du Sud devait 90% de ses aides extĂ©rieures Ă  long terme Ă  quatre pays : Etats-Unis, la France, l’Allemagne et la Suisse. « Durant toute la pĂ©riode d’apartheid, au moins 30 grandes banques et 230 de moindre envergure furent engagĂ©es pour financement du rĂ©gime » (Ramos, 2008, 82-83). Cette aide financiĂšre Ă©tait rĂ©alisĂ©e en parallĂšle au soutien des Etats-Unis, via la France, Ă  la crĂ©ation de la bombe nuclĂ©aire sud-africaine.

L’appui des banques fit l’objet de plaintes, notamment Ă  New York, par les victimes de ce rĂ©gime d’apartheid, en 2002, par l’apartheid Kumlumani Support Group. La plainte portait contre 21 banques et entreprises Ă©trangĂšres. Parmi ces banques on compte Barclay National Bank, CrĂ©dit Suisse, Deutsche Bank AG, Ford, J.P Morgan Chase (Bank) et parmi les entreprises BP, Chevron Texaco, Shell, et Total Fina-Elf pour la France. Une autre plainte avait Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e pour le mĂȘme motif, dĂšs 1992, par d’autres victimes (Ramos, 2008, 84).

Le soutien des banques, des marchands d’armes à la guerre et la dette de guerre

« Les dettes de guerre considĂ©rĂ©es comme illĂ©gitimes dĂ©rivent de prĂȘts qui ont financĂ© des plans belliqueux Ă  des fins impĂ©rialistes (Ă©tendre la domination d’un pays sur un autre par la force) » Ă  des fins d’annexion ou de conquĂȘte d’un pays, par le moyens d’opĂ©ration de guerre (Ramos, 2008, 86).

L’invasion du Timor Oriental par le dictateur indonĂ©sien Suharto (1965-1998) fit 60 000 morts en 1976, puis 200 000 morts en 1979,prĂšs du tiers de la population du Timor Oriental (Le monde diplomatique, 2008). Cette invasion a Ă©tĂ© soutenue financiĂšrement par les Etats-Unis et leurs alliĂ©s (Australie, Grande Bretagne
) et la Banque Mondiale. Les Etats–Unis quadruplĂšrent son aide Ă©conomique durant cette pĂ©riode (Toussaint, dĂ©c. 2004).

2-LE POUVOIR DES BANQUES DANS LA GOUVERNANCE ECONOMIQUE ET POLITIQUE

A-LE POUVOIR DE CREATION MONETAIRE PRIVE : UN VOL LEGAL D’UN BIEN PUBLIC

Actuellement, nous n’utilisons presque plus d’argent « fiduciaire », c’est-Ă -dire des billets et les piĂšces frappĂ©es par les Etats, mais de la monnaie scripturale matĂ©rialisĂ©e par les chĂšques et la monĂ©tique créée par les banques elles-mĂȘmes. Maurice Allais, prix Nobel d’Économie, explique que « fondamentalement, le mĂ©canisme du crĂ©dit aboutit Ă  une crĂ©ation de moyens de paiements ex nihilo [(Ă  partir de rien] (
). À chaque opĂ©ration de crĂ©dit, il y a ainsi duplication monĂ©taire. Au total, le mĂ©canisme de crĂ©dit aboutit Ă  une crĂ©ation de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écritures» Maurice (Allais, 1999 : 63). Ainsi, les banquiers s’enrichissent avec de l’argent qu’ils n’ont pas entiĂšrement, mais l’emprunteur privĂ© ou public (l’Etat), doit nĂ©anmoins rembourser. Pour ĂȘtre plus prĂ©cis, les banques privĂ©es ne peuvent en fait crĂ©er qu’environ 8 Ă  9 fois plus d’argent qu’elles n’en disposent rĂ©ellement. Ainsi, si une banque privĂ©e reçoit 1 million d’euros de la banque centrale, elle dĂ©tient le droit de crĂ©er 9 millions d’euros en les proposant en crĂ©dit.

Maurice Allais dĂ©clare que « dans son essence la crĂ©ation de monnaie ex nihilo actuelle par le systĂšme bancaire est identique (
) Ă  la crĂ©ation de monnaie par des faux monnayeurs. ConcrĂštement, elle aboutit aux mĂȘmes rĂ©sultats. La seule diffĂ©rence est que ceux qui en profitent sont diffĂ©rents » (Allais, 1999 :110). C’est pourquoi l’industriel Henri Ford dĂ©clara, « si les gens de cette nation comprenaient notre systĂšme bancaire et monĂ©taire, je crois qu’il y aurait une rĂ©volution avant demain matin ».

Si le prĂ©sident Pompidou n’avait pas supprimĂ© en 1973 le droit rĂ©galien de l’Etat français d’Ă©mettre la monnaie, les contribuables français n’auraient pas Ă  rembourser 40 Ă  50 milliards d’euros d’impĂŽts chaque annĂ©e et la dette publique française serait totalement remboursĂ©e depuis 2006 ! estime Holbecq. Cette argent vient donc enrichir les banquiers et autres crĂ©anciers privĂ©s, alors que si le gouvernement français Ă©tait en droit d’emprunter sans intĂ©rĂȘt via sa Banque centrale publique, la dette publique aurait disparu en 2008 (Holbecq, 2008).

Magrit Kennedy a ainsi calculĂ© que les prix payĂ©s par les consommateurs sont constituĂ©s entre 40-45 % du seul poids des intĂ©rĂȘts. Par consĂ©quent, le pouvoir des financiers privĂ©s ne s’exerce pas seulement par la plus value sur les salaires, mais aussi trĂšs largement sur la consommation (Kennedy, 1996).

C’est pourquoi, Ă  la suite de la dĂ©claration de Thomas Jefferson, M. Phillip A. Benson, PrĂ©sident de l’association American Bankers’ Association, dĂ©clarait le 8 juin 1939, qu’ « il n’existe pas de moyens plus efficaces pour prendre le contrĂŽle d’une nation que de diriger son systĂšme de crĂ©dit (monĂ©taire)». William Lyon Mackenzie King, ex-premier ministre du Canada renchĂ©rissait : « jusqu’à ce que le contrĂŽle de l’émission de devises et de crĂ©dit soit restaurĂ© au gouvernement et reconnue comme sa responsabilitĂ© la plus flagrante et la plus sacrĂ©e, tout discours sur la souverainetĂ© du Parlement et la dĂ©mocratie est vain et futile
 Une fois qu’une nation abandonne le contrĂŽle de ses crĂ©dits, il n’importe plus qui fait ses lois
L’usure, une fois aux commandes, coule n’importe quelle nation».

Aux Etats-Unis, de maniĂšre relativement analogue, de 1861 Ă  1913, l’Etat amĂ©ricain disposait du contrĂŽle de l’émission et de la circulation d’une monnaie sans intĂ©rĂȘts. Mais le prĂ©sident du pays, Woodrow Wilson, signa l’acte de la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale du 23 dĂ©cembre 1913, le transformant en loi. Ainsi, la propriĂ©tĂ© et le pouvoir de dĂ©cision et la capacitĂ© de crĂ©ation monĂ©taire de la rĂ©serve fĂ©dĂ©rale (la banque centrale) passait du CongrĂšs des Etats-Unis, composĂ©s des Ă©lus du peuple, aux plus puissantes banques privĂ©es amĂ©ricaines. Woodrow Wilson, prĂ©sident des Etats-Unis de 1913 Ă  1921, dĂ©clarait avant d’ĂȘtre assassinĂ© : « Je suis un homme des plus malheureux. J’ai inconsciemment ruinĂ© mon pays. Une grande nation industrielle est contrĂŽlĂ©e par son systĂšme de crĂ©dit. Notre systĂšme de crĂ©dit est concentrĂ© dans le privĂ©. La croissance de notre nation, en consĂ©quence, ainsi que toutes nos activitĂ©s, sont entre les mains de quelques hommes. Nous en sommes venus Ă  ĂȘtre un des gouvernements les plus mal dirigĂ©s du monde civilisĂ©, un des plus contrĂŽlĂ©s et dominĂ©s, non pas par la conviction et le vote de la majoritĂ©, mais par l’opinion et la force d’un petit groupe d’hommes dominants», c’est-Ă -dire les banquiers privĂ©s. Selon Eric Samuelson, depuis novembre 1997, la Banque new-yorkaise de la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale dĂ©tient la majoritĂ© des actions. Cette derniĂšre est sous la propriĂ©tĂ© majoritaire de la Chase Manhattan Bank appartenant aux Rockefeller avec 32,35% des actions et de la Citibank Ă  20,51%. Ces deux banques privĂ©es contrĂŽlent donc Ă  elles seules la FED, qui est censĂ©e ĂȘtre un bien public aux Etats-Unis (Carmack, 2007).

Contre ce type de dĂ©rive, Maurice Allais estime que « la crĂ©ation monĂ©taire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute crĂ©ation monĂ©taire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit ĂȘtre rendue impossible, de maniĂšre que disparaissent les « faux droits» rĂ©sultant actuellement de la crĂ©ation de monnaie bancaire (Allais, 1999 : 95). Selon A.-J. Holbecq : “ Toute la monnaie nĂ©cessaire au dĂ©veloppement de l’Ă©conomie doit ĂȘtre produite par la Banque centrale europĂ©enne (BCE) (
) et tous les intĂ©rĂȘts de toute la monnaie créée dans le passĂ© par les banques commerciales et par la BCE doit revenir aux États de la zone euro et donc Ă  la population… » C’est certainement plus de 350 milliards d’euros par an Ă  l’échelon europĂ©en (Holbecq, 2008).

B-LE POUVOIR HISTORIQUE DES BANQUES SUR L’ETAT FRANCAIS

Les banquiers financent le coup d’Etat de NapolĂ©on en Ă©change de la crĂ©ation monĂ©taire privĂ©e

En Europe, on estime l’origine de la Banque moderne au 17e siĂšcle avec la crĂ©ation des premiĂšres banques centrales. Sans doute aprĂšs avoir reçu de l’argent des banquiers, NapolĂ©on Bonaparte (1769-1821) confessait que : « Lorsqu’un gouvernement est dĂ©pendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrĂŽlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. [
] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de dĂ©cence ; leur unique objectif est le gain ». Celui-ci savait ce qu’il disait, car ce sont un ou des banquiers qui avaient financĂ© le coup d’Ă©tat de NapolĂ©on contre l’acceptation des statuts d’une nouvelle banque qui progressivement se verrait octroyer le monopole de l’Ă©mission de la monnaie. Jean-Pierre Collot (1764-1853) est un financier qui « aurait prĂȘtĂ© 800 000 francs-or pour financer le coup d’Etat de brumaire », et qui deviendra ensuite « directeur de fabrication de la Monnaie de Paris sous la Restauration » (Monnaie de Paris, 2004).

« FondĂ©e le 13 fĂ©vrier 1800, quelques semaines seulement aprĂšs le coup d’Etat, la Banque de France devient une sociĂ©tĂ© privĂ©e par actions dirigĂ©e par des rĂ©gents ». Elle reçoit alors le monopole de l’Ă©mission de la monnaie de papier en 1803 (Marseille). Les 200 membres de son AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale avaient ainsi le pouvoir de dĂ©signer 15 membres du Conseil de rĂ©gence de la Banque de France (Wolff, 1995).

Amchel Mayer Rothschild (1743-1812), dont la famille siĂ©geait parmi les rĂ©gents de la Banque de France et prospĂ©rait dĂ©jĂ  depuis des dizaines d’annĂ©es grĂące Ă  ses banques privĂ©es affirmait ainsi : « donnez-moi le contrĂŽle sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas Ă  me soucier de ceux qui font ses lois ». Thomas Jefferson, le 3e prĂ©sident des Etats-Unis, dĂ©clara aussi Ă  ce propos : “Je crois sincĂšrement que des institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos privilĂšges que des armĂ©es institutionnelles. DĂ©jĂ  ils ont Ă©levĂ© au sommet une riche aristocratie qui a dĂ©fiĂ© le Gouvernement. Le pouvoir d’Ă©mission devrait ĂȘtre pris aux banques et redonnĂ© au peuple Ă  qui il appartient” (Jefferson, 1802).

Les banquiers privĂ©s placent leurs hommes au cƓur des Etats et privatisent Ă  nouveau la crĂ©ation monĂ©taire

George Pompidou, avant d’ĂȘtre prĂ©sident de la RĂ©publique, Ă©tait un banquier. De 1945 Ă  son Ă©lection comme prĂ©sident de la RĂ©publique en 1969, Pompidou exercera des fonctions au sein du gouvernement français tout en continuant durant plusieurs pĂ©riodes Ă  travailler au service de la banque Rotschild de 1954 Ă  1958 et de 1959 Ă  1962. Le 8 janvier 1959, il devient Directeur gĂ©nĂ©ral de la Banque Rothschild. Pourtant, il sera nĂ©anmoins nommĂ© en mars 1959 au Conseil constitutionnel oĂč il siĂ©gera jusqu’en 1962. On observe donc Ă  nouveau un grave manque d’indĂ©pendance entre les intĂ©rĂȘts de l’Etat français et ceux des intĂ©rĂȘts privĂ©s des banques. La banque de France avait Ă©tĂ© nationalisĂ©e en 1945 par le GĂ©nĂ©ral de Gaule, donc durant cette pĂ©riode l’Etat retrouve le contrĂŽle sur le crĂ©dit et sur la monnaie. Mais le prĂ©sident Pompidou, l’homme des banquiers de l’époque, ne l’a pas entendu de cette oreille. L’article 25 de la loi du 3 janvier 1973, de Pompidou et Giscard d’Estaing, « interdit au TrĂ©sor public d’ĂȘtre prĂ©sentateur de ses propres effets Ă  l’escompte de la Banque de France ». L’Etat français bascule donc Ă  nouveau sous l’emprise financiĂšre directe des banquiers privĂ©s.

Quand les 200 familles les plus riches tenaient les finances de la France

Revenons, Ă  prĂ©sent, un peu en arriĂšre, pendant l’Entre-deux-guerres, afin de comprendre comment l’emprise des industriels et des banquiers s’exerçait dĂ©jĂ  sur l’Etat français. A cette Ă©poque, le terme les « deux cents familles » dĂ©signait les deux cents plus gros actionnaires (sur prĂšs de 40.000) de la Banque de France. Édouard Daladier, prĂ©sident du Conseil, lors du CongrĂšs radical de Nantes en 1934, dĂ©clarait que « deux cents familles sont maĂźtresses de l’Ă©conomie française et, en fait, de la politique française (
) Les deux cents familles placent au pouvoir leurs dĂ©lĂ©guĂ©s. Elles interviennent sur l’opinion publique, car elles contrĂŽlent la presse» (Daladier, 1934).

Dans les annĂ©es 1920-1930, ce sont alors « les 200 familles » qui gouvernaient dans les faits, qui mettaient une politique extĂ©rieure au service d’une politique intĂ©rieure consacrĂ©e Ă  la guerre des salaires. Parmi les plus riches, on comptait dĂ©jĂ  la famille SeilliĂšre (32 millions). C’est le «comitĂ© des forges (acier) et des houillĂšres qui disposait de la plus grande influence avec la Famille De Wendel en premier lieu, mais aussi les Schneider, les Rothschild, les Wendel… (Ernest Antoine SeiliĂšres et Françoise de Panafieu sont descendants des « De Wendel ») (SĂ©dillot, 1989). Le comitĂ© des forges est l’ancĂȘtre de l’UIMM (Union des mĂ©tiers et industries de la mĂ©tallurgie), qui est actuellement un des organes patronaux les plus puissants.

Le rĂŽle des banquiers dans la crĂ©ation de l’Etat fasciste de Vichy

L’action de la Banque Worms (membre du rĂ©seau de la synarchie) pendant la guerre de 1940 est assez analogue aux rĂŽles des autres banques dans les gouvernements, notamment dans les Etats fascistes de l’époque. Le groupe Worms, un gĂ©ant du transport international, des compagnies miniĂšres et des sociĂ©tĂ©s financiĂšres et immobiliĂšres, tenait sous sa coupe directe plus de la moitiĂ© de l’industrie française avant le 2e guerre mondiale. L’historienne Annie Lacroix Riz, profitant de l’ouverture des archives officielles, a dĂ©couvert qu’en France, la quasi-totalitĂ© des hommes qui arrivent au pouvoir avec le marĂ©chal PĂ©tain avaient appartenu Ă  l’équipe Worms, l’un des Ă©lĂ©ments clĂ©s de cette organisation des financiers en France (Lacroix-Riz, 2006). Les services de renseignements britanniques durant la 2e guerre mondiale avaient dĂ©jĂ  repĂ©rĂ© le rĂŽle du groupe Worms sur le gouvernement de Vichy.

Ensuite, la synarchie se repose sur la Cagoule, une sorte de regroupement de membres des anciennes ligues. Cette derniĂšre Ă©tait une organisation secrĂšte fondĂ©e par EugĂšne Deloncle et financĂ©e par le patron de l’OrĂ©al, EugĂšne Schuller. La synarchie mise sur le duo PĂ©tain-Laval jusqu’en 1941-1942, quand le vent commence Ă  tourner avec l’entrĂ©e en guerre des Etats-Unis. AprĂšs cela, la synarchie se rabat sur Darlan, qui devient le n°2 du gouvernement de Vichy, successeur attendu de PĂ©tain, avant d’ĂȘtre – fort opportunĂ©ment – assassinĂ© en dĂ©cembre 1942. Pendant son passage Ă  Vichy, il a fait rentrer toute une part de la banque Worms dans le gouvernement (Lacroix-Riz, 2006).

Dans le gouvernement du Front populaire de 1936, et malgrĂ© le fait que LĂ©on Blum prĂŽnait une alliance avec Roosevelt, la synarchie s’était infiltrĂ©e dans le ministĂšre de l’Economie nationale (
). L’une des premiĂšres tĂąches sera la mise en coupe rĂ©glĂ©e de l’économie en faveur des financiers. C’est ici qu’entre en scĂšne le groupe Worms, dont trois membres participent Ă  la rĂ©daction du texte de la loi du 16 aoĂ»t 1940 : RenĂ© Belin, Jacques Barnaud, Bichellone. Elle instaure une vĂ©ritable dictature Ă©tatiste de l’économie, avec des comitĂ©s d’organisations pour chaque branche de l’industrie, dirigĂ©s par un seul chef et qui fait l’intermĂ©diaire entre l’Etat et les entreprises. Cette loi du 16 aoĂ»t donne tout pouvoir Ă  l’Etat sur le patronat. Avec la loi du 16 aoĂ»t 1940, « la synarchie bancaire se voit attribuer la totalitĂ© du pouvoir Ă©conomique aux dĂ©pens de ceux qui en tenaient jusqu’alors les principaux leviers, c’est-Ă -dire le patronat industriel et ses organisations professionnelles. Tout se passe comme si, le 16 aoĂ»t 1940, Ă  la faveur de la dĂ©faite, le patronat Ă©tait passĂ© entiĂšrement sous la coupe des mafias bancaires » explique Lacroix-Riz (2006).

On retrouve encore la Banque Worms Ă  prĂ©sent. La sociĂ©tĂ© suisse Glencore et la banque française Paribas (chef de file d’un pool d’une dizaine de banques, dont la BNP, Worms, la Banque populaire… ) sont au coeur du systĂšme de prĂȘts gagĂ©s sur le pĂ©trole futur de l’Angola (Verschave, 2001). Certains des membres et des reprĂ©sentants de ces diffĂ©rentes entreprises ont Ă©tĂ© inculpĂ©s dans le cadre du procĂšs de l’Angolagate qui a dĂ©butĂ© en 2008.

C-LE POUVOIR POLITIQUE ET IDEOLOGIQUE DES BANQUIERS

Le groupe Bilderberg fut créé en 1954, grĂące Ă  un cofinancement de Unilever et de la CIA . Selon un ancien dĂ©lĂ©guĂ© du groupe, le consensus Ă©laborĂ© au sein de ce forum sert de base Ă  l’évolution des politiques internationales. Bilderberg “compose la toile de fond des politiques qui sont mises en place par la suite. Ainsi, le Forum Ă©conomique mondial Ă  Davos en fĂ©vrier, les rencontres Bilderberg et du G8 en avril-mai et la confĂ©rence annuelle du FMI et de la Banque Mondiale en septembre. Une sorte de consensus international Ă©merge (…). Ce consensus devient la toile de fond des communiquĂ©s du G8; il inspire le FMI lorsqu’il impose le programme de rĂ©ajustement Ă  l’IndonĂ©sie, et la politique que le PrĂ©sident amĂ©ricain propose au congrĂšs” (Armstrong, 1998).

Le banquier, David Rockefeller fut le fondateur du Bilderberg, puis de la Commission TrilatĂ©rale. « Ces deux lobbies sont les vĂ©ritables architectes de la mondialisation nĂ©o-libĂ©rale” selon M. R. Jennar (2005). D. Rockefeller a dĂ©clarĂ© Ă  Newsweek international, “quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privĂ© me semble l’entitĂ© adĂ©quate pour le faire” (Rockefeller, 1999). “Ce mĂȘme personnage avait dĂ©clarĂ© huit ans plus tĂŽt devant la Commission TrilatĂ©rale: « la souverainetĂ© supranationale d’une Ă©lite intellectuelle et de banquiers est prĂ©fĂ©rable au principe d’autodĂ©termination des peuples” (Jennar, 2005 : 17). En effet, ces derniers sont considĂ©rĂ©s par certaines Ă©lites, tels les certains experts de la gouvernance europĂ©enne, comme “ignorants, Ă©motifs et versatiles, comme nous le rapporte Hermet (2003 : 16). C’est donc pour leur Ă©viter de commettre des erreurs nuisant Ă  l’intĂ©rĂȘt du peuple lui-mĂȘme que les Ă©lites proposent d’ériger la gouvernance, par les seuls experts et les Ă©lites Ă©conomiques et politiques.

La banque Mondiale est souvent dirigĂ©e par d’anciens membres, issus des plus grandes banques privĂ©es des Etats-Unis, ou de grandes transnationales. Par consĂ©quent, les intĂ©rĂȘts capitalistes des banquiers et des Ă©lites Ă©conomiques ont leurs gardiens et cheminent au cƓur des pouvoirs publics internationaux. Robert Strange McNamara fut prĂ©sident de la Banque Mondiale d’avril 1968 Ă  juin 1981. Les annĂ©es prĂ©cĂ©dant sa nomination, McNamara Ă©tait considĂ©rĂ© comme l’un des plus importants hommes d’affaires des Etats-Unis et devient, Ă  l’Ăąge de 44 ans, prĂ©sident de la Ford Motor Company. Depuis le 1er juillet 2007, Robert Zoellick est le 10e prĂ©sident de la Banque Mondiale. En 1997, il a Ă©tĂ© conseiller aux affaires internationales de la banque Goldman Sachs. Paul Wolfowitz fut le neuviĂšme prĂ©sident de la Banque mondiale. Auparavant, il a Ă©tĂ© homme d’affaires et a menĂ© une carriĂšre de banquier. Puis a Ă©tĂ© poussĂ© Ă  la dĂ©mission pour nĂ©potisme en 2007.

A la Banque Mondiale, l’idĂ©ologie nĂ©o-libĂ©rale est hĂ©gĂ©monique, c’est donc dans le cadre de cette politique qu’elle entend exercer ce qu’elle nomme une “bonne gouvernance”. La « bonne gouvernance », pour la Banque mondiale est aussi synonyme de bonne gestion du dĂ©veloppement” (World Bank, 1992). Marie Claude Smouts la qualifie “d’outil idĂ©ologique pour une politique de l’Etat minimum” (1998). Cependant, si cette politique se limite aux fonctions rĂ©galiennes, cela ne signifie pas un État faible. Il s’agit en rĂ©alitĂ© d’un “État gendarme” visant thĂ©oriquement Ă  faire respecter les rĂšgles d’un marchĂ© concurrentiel et les libertĂ©s individuelles.

Les institutions de Breton Woods exercent un pouvoir politique et culturel. Le rĂŽle financier et Ă©conomique n’est que la partie Ă©mergĂ©e de l’iceberg. La partie immergĂ©e relĂšve donc de la foi, de la croyance, de la doctrine, du leadership intellectuel. Comme le dirait Pierre Bourdieu, la Banque est puissante parce qu’elle est capable d’Ă©changer constamment du capital Ă©conomique contre du capital symbolique et vice versa.

Susan George dĂ©crit la Banque comme « la main invisible du « programme » planĂ©taire mis en oeuvre par le capitalisme libĂ©ral ». Dans son livre CrĂ©dits Sans FrontiĂšres, elle attribue donc au Fonds monĂ©taire international et Ă  la Banque des attributs un fonctionnement quasi religieux. La doctrine remplace alors l’argumentation: malgrĂ© le discours qui se veut scientifique, c’est bien d’idĂ©ologie qu’il s’agit.

Un autre instrument de l’hĂ©gĂ©monie idĂ©ologique des nĂ©o-libĂ©raux est leur aptitude Ă  la rĂ©cupĂ©ration et Ă  la manipulation conceptuelle, qui est relativement proche de la novlangue. La Banque utilise « des mots solennels et des formules magiques pour transformer la rĂ©alitĂ© (George, 1994 : 207). Face aux dĂ©fenseurs de l’environnement qui risquaient de mettre un terme Ă  la philosophie de la croissance illimitĂ©e, la Banque a utilisĂ© la notion de dĂ©veloppement durable en dĂ©crĂ©tant « la croissance durable ». Celle-ci n’Ă©tait dĂšs lors plus menaçante, l’idĂ©e de durabilitĂ© neutralisant le danger de destruction. « Le mouvement de dĂ©fense de l’environnement qui craint pour son avenir s’est vu ainsi privĂ© de ses armes conceptuelles » (George, 94 :208).

DerriĂšre la politique de “bonne gouvernance”, la Banque Mondiale cherche aussi Ă  contraindre les pays Ă  bas salaires Ă  mener une bonne gestion, c’est-Ă -dire Ă  appliquer les plans d’ajustements structurels (privatisations, restrictions des budgets sociaux…), basĂ©s sur une politique Ă©conomique nĂ©o-libĂ©rale. Ainsi, du fait du principe de conditionnalitĂ© auquel sont soumis les États pour recevoir des prĂȘts de la Banque Mondiale, ceux-ci perdent la souverainetĂ© sur leur politique nationale (George, 1994 : 184). Cette entorse Ă  la souverainetĂ© du peuple est “camouflĂ©e par les qualificatifs “d’empowerement” (la participation) et de “consensus » avec la sociĂ©tĂ© civile (Hidouci, 2003 : 6).

La corruption limite la dĂ©mocratisation des États. Pourtant, les institutions financiĂšres internationales (IFI) agissent peu contre la corruption des dirigeants (lorsque les prĂȘts qu’elles octroient sont dĂ©tournĂ©s) (Gueye 2003 : 38). La Banque Mondiale ne remet pas ou peu en cause sa politique Ă©conomique nĂ©o-libĂ©rale, si ce n’est dans le discours. Elle se contente par exemple de rajouter Ă  la marge quelques “filets de sĂ©curitĂ©â€ pour les plus dĂ©munis. Ainsi a-t-elle dĂ©veloppĂ© une approche plus politique, la « bonne gouvernance ».

Les directeurs de la Banque Mondiale ont quant Ă  eux aussi interrompu les prĂȘts Ă  diffĂ©rents pays lorsqu’ils se heurtaient aux intĂ©rĂȘts des Etats Unis (mĂȘme si officiellement c’Ă©tait pour d’autres motifs) prĂ©cise Eric Toussaint.. Dans le mĂȘme ordre d’idĂ©e, la Banque Mondiale a systĂ©matiquement tentĂ© de mettre en Ă©chec les rĂ©gimes considĂ©rĂ©s comme des menaces pour les intĂ©rĂȘts amĂ©ricains. Ce fut le cas contre le gouvernement du Guatemala de Jacobo Arbenz en 1954. A l’inverse, la Banque Mondiale soutiendra ensuite la junte militaire qui renversera Jacobo Arbenz (Toussaint, Millet, 2007). Parmi d’autres exemples les plus connus en Afrique, citons la dictature de Mobutu au Zaire, celle de Idi Amin Dada en Ouganda, d’Habyarimana au Rwanda Ă  partir de 1973, d’Idris DĂ©by au Tchad (Toussaint, 2006).

RĂŽle du Franc-CFA dans la domination africaine

La politique monĂ©taire permet de jouer sur les importations et exportations. C’est un outil fondamental de la souverainetĂ©, comme l’est l’indĂ©pendance militaire par exemple. Or, les Etats africains n’ont pas cette libertĂ© d’action et donc cette indĂ©pendance Ă©conomique et politique. La Banque de France et maintenant la Banque centrale europĂ©enne avec l’euro ont dĂ©cidĂ© des dĂ©valuations et du moment oĂč elles ont eu lieu. Un gouverneur de la Banque de France dispose du droit de veto sur les politiques de la Banque Centrale africaine francophone en matiĂšre monĂ©taire. L’Afrique francophone est donc ainsi dĂ©possĂ©dĂ©e de se souverainetĂ© monĂ©taire et donc Ă©conomique.

3-LA DETTE: INSTRUMENT DE DOMINATION DES PAYS RICHES

La dette publique : une opportunité pour les rentiers

L’accroissement de la dette publique en France bĂ©nĂ©ficie aussi aux actionnaires, aux rentiers (que Keynes qualifiait de parasites) parce qu’ils s’enrichissent grĂące Ă  la production concrĂšte des autres acteurs (industrie, agriculture, ouvriers…) et cela simplement parce qu’ils disposent de biens financiers.

La dette des PED: un instrument d’enrichissement des pays industrialisĂ©s

Contrairement Ă  ce que l’opinion publique pense gĂ©nĂ©ralement, les flux financiers les plus importants vont donc du Sud vers le Nord. Ce sont finalement les plus pauvres qui aident les plus riches. En 2002, les flux (transfert des ressources (dons et prĂȘts) du Sud vers les Nord reprĂ©sentaient 200 milliards $ en 2002. En 2004, tandis que l’aide publique au dĂ©veloppement de l’OCDE pour les PED s’Ă©levait Ă  78 milliards $, le service de la dette extĂ©rieure des PED reprĂ©sentait 374 milliards $: par consĂ©quent, les flux financiers allant du Sud vers le Nord Ă©taient 4,7 fois supĂ©rieurs aux flux allant du Nord vers le Sud (Banque Mondiale, 2005). En 2003, l’APD l’Ă©levait Ă  54 Mds $ et le remboursement Ă  436 Mds, soit 8 fois plus (Ziegler, 2005).

La dette gérée par la Banque mondiale est parfois illégale

« Au moment de l’indĂ©pendance du Gabon en 1960, la Banque Mondiale a transfĂ©rĂ© Ă  ce pays les dettes prĂ©cĂ©demment contractĂ©es par la France pour la colonisation du Gabon, ce qui est en violation complĂšte des rĂšgles du droit international. Depuis, la mainmise des dirigeants français sur l’économie gabonaise ne s’est jamais dĂ©mentie : Omar Bongo en est avant tout le garant. Une dette constituĂ©e dans ces conditions est illĂ©gitime et n’a pas Ă  ĂȘtre remboursĂ©e » (Toussaint, 2006).

Les narcodollars au service de la dette

Enfin, de nombreux pays considĂ©rĂ©s comme les bons Ă©lĂšves du FMI et de la Banque Mondiale n’ont vraisemblablement rĂ©ussi Ă  Ă©quilibrer leur Ă©conomie que grĂące Ă  la production et Ă  la vente de la drogue. Concernant la Bolivie par exemple, selon Patrick PIRO «aucun Ă©conomiste n’est dupe de ce miracle, c’est bien grĂące Ă  la coca et Ă  la cocaĂŻne que le pays n’a pas volĂ© en Ă©clat. Le trafic de la drogue a donnĂ© au pays des devises nĂ©cessaires au paiement de la dette. Il a aussi permis d’Ă©viter une explosion sociale, en offrant des emplois Ă  des dizaines de milliers de chĂŽmeurs » (Piro, 1994 : 8  )

Les dirigeants des pays de l’OCDE sont informĂ©s de cette rĂ©alitĂ©. Mais le service de la dette reste apparemment prioritaire pour eux, par rapport Ă  la mise en oeuvre de leur dĂ©claration visant Ă  lutter contre le dĂ©veloppement du marchĂ© de la drogue et Ă  son blanchiment dans des paradis fiscaux.

Une aide aux pays industrialisĂ©s (APD), plutĂŽt qu’aux PED

Boisgallais Ă©value entre 1 Ă  5% l’aide publique bilatĂ©rale qui parvient rĂ©ellement Ă  la population, le reste partant en direction de construction d’infrastructures destinĂ©es Ă  servir nos intĂ©rĂȘts. Moins de 1% de l’APD bilatĂ©rale est consacrĂ©e aux ONG (Boisgallais, 1994).

Selon Politis, le reste de l’aide bilatĂ©rale française se rĂ©partit globalement ainsi:

- 30 Ă  40% environ, pour les opĂ©rations de rééchelonnement de la dette ou rĂ©vision des taux d’intĂ©rĂȘts et parfois annulation partielle de dette.

- 20 à 25 % pour le salaire des coopérants pour des projets techniques, scientifiques, ou culturels, avec un salaire moyen de 4500 à 23 000 euros par mois. On comptait 3250 coopérants en 2001.

- 15 Ă  25 % pour la promotion de la francophonie.

- 5 Ă  10 % pour l’aide financiĂšre aux projets pour l’Ă©tude et la rĂ©alisation d’Ă©quipements, d’infrastructures des transnationales françaises.

- 3 % destinĂ© Ă  l’armĂ©e, avec l’envoi de professionnels français pour former l’armĂ©e locale, la gendarmerie…

- 1 % pour l’aide budgĂ©taire, c’est Ă  dire, les dons versĂ©s directement Ă  un Etat, mais le parlement français n’en n’ est jamais informĂ©.

- 1 % pour le soutien au PAS (les plans d’ajustement structurels) de la Banque Mondiale et du FMI ( Politis, 1998).

La COFACE assure les risques des entreprises françaises investissant Ă  l’Ă©tranger. Elle permet une privatisation des gains et la mutualisation des pertes. Or, l’Etat français qui engage chaque annĂ©e 9,2 milliards d’euros d’argent public au travers de la COFACE (dont une grande partie de l’APD), a ainsi payĂ© plus de 15 milliards d’euros en 20 ans pour couvrir les dĂ©ficits de cette agence, sans que personne n’ait vĂ©rifiĂ© l’efficacitĂ© des contrats passĂ©s » (Brun, Politis, 1998).

Les dettes de développement : le coût des « éléphants blancs »

« Ce sont des dettes contractĂ©es pour rĂ©aliser des projets de dĂ©veloppement qui ont Ă©chouĂ© ou dont les consĂ©quences humaines ou environnementales se sont rĂ©vĂ©lĂ©es nĂ©fastes Ă  cause d’un manque d’études prĂ©alables » (Ramos, 2008 : 108). C’est-Ă -dire ce que l’on qualifie parfois « d’élĂ©phant blanc », de grand projets qui bĂ©nĂ©ficient au gouvernement et Ă  l’entreprise privĂ©e, mais pas aux populations. Par exemple, les hopitaux high tech, oĂč l’Etat n’a pas prĂ©vu le financement des salaires et de la maintenance et qui sont laissĂ©s Ă  l’abandon.

C’est aussi le cas d’Africa ONE, un projet de 2 milliards de dollars mis en place dans le cadre d’un partenariat AT&T – UIT – opĂ©rateurs privĂ©s et États africains, qui a complĂštement Ă©chouĂ©, engloutissant des dizaines de millions de dollars. De mĂȘme, WorldCom, vĂ©ritable effigie nĂ©olibĂ©rale devenue premier opĂ©rateur mondial en capitalisation boursiĂšre et grand prĂ©dateur des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©communications et qui a causĂ© la plus grande faillite de l’histoire des USA et le plus grand dĂ©tournement financier jamais enregistrĂ©, plus de 11 milliards de dollars (Fullsack, fĂ©vrier 2005).

DĂ©lits d’initiĂ©s au service d’opĂ©ration spĂ©culative sur la dette publique

Dans les annĂ©es 90, la Fiba, la banque d’Elf (fermĂ©e suite au procĂšs Elf) a rachetĂ© au rabais les crĂ©ances du Congo dĂ©tenues par les banques Ă©trangĂšres, afin de se les faire rembourser par la Caisse congolaise d’amortissement. AprĂšs avoir rĂ©cupĂ©rĂ© ces dettes gagĂ©es sur pĂ©trole, elle empoche le rabais, une dĂ©cote de 90, Ă  95% ! (LDC, 2.10.1997). GrĂące Ă  ses appuis au sein de l’Etat Congolais et Ă  « la complicitĂ© de toutes les parties prenantes, sur le dos des finances publiques », Elf savait qu’elle pourrait se faire rembourser (Verschave, 2001 : 43).

Les ETN aux commandes des Etats grĂące Ă  la gestion de la dette publique

L’Ă©tĂ© 1994, Lissouba, le prĂ©sident du Congo-B confie Ă  Elf la responsabilitĂ© de gĂ©rer la dette pĂ©troliĂšre du pays. On observe un total manque d’indĂ©pendance de l’Etat. En effet, Elf devient ainsi Ă  la fois client de l’Etat et gestionnaire de son budget. (Verschave, 2001 : 44). Une entreprise capitaliste privĂ©e a ainsi fait main mise sur un Etat.

L’association Survie (2006) a ainsi proposĂ© plusieurs propositions pour dĂ©mocratiser la coopĂ©ration française, tel que rĂ©aliser un audit sur l’aide publique au dĂ©veloppement, contrĂŽler et rendre plus transparente la coopĂ©ration française et intĂ©grer la sociĂ©tĂ© civile dans les politiques bilatĂ©rales de coopĂ©ration.

Conclusion

Ce sont autant le pouvoir et les causes politico-idĂ©ologiques que le pouvoir et les causes Ă©conomiques qui peuvent expliquer les inĂ©galitĂ©s actuelles mondiales. En particulier, c’est le pouvoir politique des propriĂ©taires des biens Ă©conomiques (finance et moyens de production, les capitalistes), qui domine largement le pouvoir politique des dirigeants des pouvoirs publics. Il s’agit de la gouvernance Ă©conomique, financiĂšre, idĂ©ologique et de la gouvernance par les pouvoirs publics (nationaux et internationaux).

Le second niveau du pouvoir ou de la gouvernance regroupe la gouvernance par la violence (policiĂšre, militaire…), le pouvoir relationnel (les rĂ©seaux) et la gouvernance nationaliste (impĂ©rialiste).

La dimension illĂ©gale vient donc renforcer les carences de la gouvernance non-dĂ©mocratique, mais reste finalement secondaire au plan quantitatif, mĂȘme si elle semble largement sous-estimĂ©e. De plus, un dĂ©lit, mĂȘme petit et rare, commis par un Ă©lu du peuple devrait faire rĂ©agir les citoyens et les mĂ©dias. Or, en particulier en France, c’est souvent passĂ© sous silence.

Enfin, si le capitalisme Ă©conomique et politique peut expliquer la situation mondiale actuelle d’inĂ©galitĂ© extrĂȘme, le libĂ©ralisme (avec sa dĂ©rĂ©gulation) ne vient que le renforcer, en accentuant encore les tendances vers le non respect des rĂšgles de certains des Ă©lites (la corruption).

Source: Mondialisation.ca

oct 11 2009

Les religions dans la mondialisation

Conférence inaugurale de Régis Debray

Séminaire sur Les Religions dans la mondialisation, organisé par le CERI et le PÎle Religions de la Direction de la prospective du MAEE.

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Il a fallu quatre-vingts jours au vieux Phileas Fogg pour faire le tour du monde. En avion, vingt-quatre heures. Quarante minutes, c’est le temps d’une poignĂ©e de thĂšses apĂ©ritives, forcĂ©ment tendancieuse. Chacun sait qu’entre le rejet du et le retour au, le phĂ©nomĂšne dit « religieux » est ambivalent, et qu’à toute grille d’analyse, on peut en opposer valablement une autre de sans contraire. Mais pour stimuler une discussion, mieux vaut quelques impertinences.

Je poserai donc imprudemment quatre questions:

1. L’Europe, fenĂȘtre sur l’avenir du globe ou bien oeillĂšre pour ne pas le voir ?

2. Le tout-monde, comme dit Edouard Glissant, sera-t-il créole ou bien tribal ?

3. La condition diasporique engendre-t-elle une dilution ou un durcissement des identités collectives ?

4. Notre « post-modernité » appelle-t-elle une évanescence ou une résurrection des archaïsmes fondateurs ?

I. Le cas européen : voie de garage ou avant-poste ?

Je ne vais pas reprendre ici les analyses que vous connaissez tous. L’exculturation catholique, la sortie de religion, la panne de transmission, et tous les dĂ©calages entre believing et belonging (Grace Davie), qui jouent d’ailleurs dans les deux sens (croire sans appartenir, appartenir sans croire). Elles sont convaincantes. On connaĂźt les indicateurs assez vertigineux des Ă©croulement institutionnels et mentaux. 54% des Français dĂ©claraient croire en Dieu en 1999, dont 20% de façon certaine. En 1952, 74%, dont 51% de façon certaine. Ça dĂ©gringole, mais ça ne peut faire oublier les 93% aux USA, avec 1% d’athĂ©es dĂ©clarĂ©s. Ni que les 50% des fidĂšles catholiques vivent en AmĂ©rique latine (450 millions), et qu’il y a 1300 Ă©glises et sectes protestantes prospĂ©rant au Guatemala.

Tout invite Ă  souscrire, localement, Ă  « l’ébranlement du fond civilisationnel religieux » (Hervieu LĂ©ger). Au passage d’une mĂ©moire vivante Ă  une mĂ©moire morte, ou plus exactement dĂ©lĂ©guĂ©e Ă  des clergĂ©s investis, par concession officielle, ou tacite d’un service public de requiem, mariage ou baptĂȘme, mĂ©moire ethnique Ă  sortir dans les grandes occasions.

On peut convenir que le religieux chez nous (Québec inclus) se survit « pour mémoire ». Non comme emprise mais comme empreinte, un dépÎt sédimentaire, dessinant au mieux un style de vie et de mort, un folklore pour jours fériés (Scandinavie luthérienne, Angleterre anglicane, France catholique, etc.).

Cela dit, les plaques tectoniques bougent encore et peuvent secouer. Protestants et catholiques en Irlande, musulmans et orthodoxes dans l’ex-Yougoslavie, uniates et orthodoxes en Ukraine, flamands cathos et wallons laĂŻques en Belgique, etc., ce n’est pas exactement du folklore. Pas plus que n’est anecdotique l’élection du patriarche Kyril Ă  Moscou. Rappelons Ă©galement, sans parler des sectes, l’essor des religiositĂ©s de substitution, comme la religion civile de la Shoah, spĂ©cialement dans les pays anciennement occupĂ©s par le nazisme (para- ou pseudo-religion peut-ĂȘtre, mais culte Ă  la fois Ă©motionnel et instituĂ© trĂšs officiellement).

LĂ  oĂč la singularitĂ© europĂ©enne peut tourner Ă  l’obstacle Ă©pistĂ©mologique, c’est par l’adoption d’un cadre de pensĂ©e en porte-Ă -faux avec ce que nous appelons « religion » (terme exclusivement latin refaçonnĂ© Ă  sa convenance par le mouvement chrĂ©tien) mais qu’ailleurs on appelle la Loi, l’Enseignement ou la Voie.

Il y a une façon de clĂ©ricaliser et thĂ©ologiser la religion qui transforme un mode de vie et une matrice mentale collective en un choix individuel ou une « option spirituelle ». Le religieux chrĂ©tien implique une idĂ©e logique, hellĂ©nique, de la VĂ©ritĂ© (dont chacun sait qu’elle est unique alors que l’erreur est multiple – ce qui faisait dire Ă  certains esprits pieux : il n’est pas Ă©tonnant que les paĂŻens professent le pluralisme, sur le ton dont Simone de Beauvoir disait : « Il n’est pas Ă©tonnant que la droite professe le pluralisme »).

Ce postulat hĂ©ritĂ© du dualisme grec (et biblique) laisse Ă©chapper ce qu’ont d’essentiel et en l’occurrence d’existentiel (respiration, gymnastique, nutrition, mĂ©decine, etc.), la Bhakti indienne, l’Harmonie confucĂ©enne, les bouddhismes theravada et mahayana, les animismes africains ou les panvitalismes subsahariens (dogons, bambaras ou sĂ©rĂšres). Les cultes athĂ©ologiques n’ont pas moins d’adeptes dans le monde que les religions rĂ©vĂ©lĂ©es. Dieu peut-il mourir lĂ  oĂč il n’est pas nĂ© ? « Moise ou la Chine », disait Pascal. Difficile de comprendre la seconde Ă  partir du premier. Nous avons fait, en octobre 2003, un colloque de deux jours, l’IESR et le MAE, sur Politique et religion en Asie.

Comme nous le rappelait alors un spĂ©cialiste du tao, John Lagerwey, il est nĂ©cessaire de connaĂźtre par le menu l’histoire religieuse de la Chine pour comprendre ce qui s’y passe aujourd’hui : « On dit souvent qu’en Chine l’État a toujours contrĂŽlĂ© l’Église. Il faudrait plutĂŽt dire que l’État Ă©tait l’Église et que l’empereur Ă©tait en mĂȘme temps pape : comme entre Ciel et Terre, entre le divin et l’humain, les frontiĂšres qui, en Occident, allaient de soi, Ă©taient poreuses. C’est Ă  la lumiĂšre de ces faits qu’il faut lire le culte de la personnalitĂ© sous Mao et les pĂšlerinages de ses successeurs.

La sĂ©paration des Ă©glises et de l’État, c’est notre modernitĂ©, mais si le dualisme des pouvoirs politiques et religieux existe en Chine, surtout aprĂšs l’arrivĂ©e du bouddhisme, le dualisme conceptuel qui, chez nous, le confirme et l’enracine, n’existe pas : la Chine est rĂ©solument moniste, avec pour rĂ©sultat, que la sĂ©paration des pouvoirs est littĂ©ralement impensable, donc irrĂ©alisable. L’État est dĂ©jĂ  l’Église, c’est donc son rĂŽle et mĂȘme son devoir de dĂ©finir l’orthodoxie (et l’orthopraxie). »

Je crois savoir que laĂŻc est difficile Ă  traduire en hĂ©breu (hilani = profane) et encore plus en arabe (alemani = Ă©rudit, savant). Et que si CĂ©sar n’a pas attendu JĂ©sus pour exister, c’est l’Islam qui a créé l’État, lequel n’existait pas avant lui. À l’inverse, Siddharta, vouĂ© Ă  la politique par sa naissance princiĂšre, y a renoncĂ© en devenant bouddha. Ce qui n’empĂȘche pas qu’en ThaĂŻlande (oĂč n’importe qui peut passer de l’état laĂŻc Ă  l’état de bonze et vice-versa), oĂč il n’y a pas de religion d’État, la Constitution stipule que le roi doit ĂȘtre bouddhiste et « protecteur de l’enseignement ». Dans la RĂ©publique laĂŻque de Syrie, le prĂ©sident doit ĂȘtre musulman, par rĂšgle constitutionnelle.

« Nous sommes chrĂ©tiens au mĂȘme titre que nous sommes pĂ©rigourdins ou alemans. » Le mot de Montaigne reste valide, anthropologiquement, pour les deux tiers de l’humanitĂ©, oĂč les ismes sont des blasons d’appartenance, comme c’était le cas jadis dans notre orbite (l’arianisme germain, le monophysisme Ă©gyptien, etc.).

Le sionisme des fondateurs entendait sĂ©parer lĂ©galement le judaĂŻsme de l’israĂ©litĂ©, mais l’État juif, et se revendiquant comme tel, n’a encore pas d’autre Constitution que la Thora. On a intĂ©rĂȘt, me semble-t-il, Ă  raccorder les « religions », non pas Ă  la rubrique idĂ©ologie mais Ă  la rubrique ethnologie, dans la mesure oĂč elles constituent l’élĂ©ment le plus vital, le plus ancien, et donc le plus rĂ©sistant des idiosyncrasies culturelles.

C’est cet agrĂ©gateur premier d’identitĂ©s (au pluriel), ce catalyseur de communautĂ©, qui, au final, resurgit et s’impose assez souvent en cas de crise majeure, de dĂ©tresse, d’exil ou d’occupation prolongĂ©e. L’archaĂŻque n’étant pas ce qui est rĂ©volu mais ce qui fait racine, et donc retour. ArchĂš = commencement et commandement.

En somme, tout le monde n’est pas Claude HagĂšge, mais, nous EuropĂ©ens, il nous faudrait ĂȘtre polyglotte pour accĂ©der aux expĂ©riences du temps, aux pratiques de salut, aux conceptions du cosmos, de l’individu, de la communautĂ©, qui prĂ©valent aux quatre coins ou plutĂŽt aux quatre centres du monde de demain. Soit la Chine, les USA, le BrĂ©sil, l’Inde – auxquels il Ă©tait naguĂšre question d’ajouter un cinquiĂšme centre, le petit cap de l’Asie (l’Europe + QuĂ©bec), ambition apparemment exagĂ©rĂ©e.

II. La mondialisation balkanisante

On a rĂȘvĂ© que le « global village » effacerait les dĂ©marcations entre quartiers. Le retour des lieux (et des lieux saints) est en fait le corollaire de la dĂ©localisation et des ouvertures Ă©conomiques.

Les villes globales qui se ressemblent de plus en plus multiplient les ghettos ethniques, et dans les townships de Johannesburg on a fait la chasse aux ZimbabwĂ©ens (malgrĂ© ce que stipule, la constitution de la nation arc-en-ciel : « sont Sud africains tous ceux qui vivent sur cette terre »). À la mondialisation techno-Ă©conomique, correspond l’insurrection identitaire – et les religions, ne l’oublions pas, sont le noyau dur des personnalitĂ©s historiques bafouĂ©es ou superficiellement assimilĂ©es.

La remontĂ©e des inconscients sĂ©paratistes peut se lire comme le contrecoup d’une Ă©galisation relative des conditions matĂ©rielles –laissant le champ libre aux dĂ©marcations imprenables, comme coups d’arrĂȘt Ă  l’uniformisation technique et dĂ©mographique (le rapprochement des indices de fĂ©conditĂ©, comme on le voit entre le nord et le sud de la MĂ©diterranĂ©e).

Le surinvestissement imaginaire du local compensant la dĂ©localisation physique du profit. La carte bleue n’a pas chassĂ© la carte d’identitĂ©. Le mondialisme subi redouble au contraire l’appĂ©tence patrimoniale. Comme si le dĂ©ficit d’appartenance appelait une surenchĂšre compensatoire. Et un certain affaissement des repĂšres civiques (la Nation, l’État, la Classe), un affairement communautaire certain.

Il faut apprĂ©hender la mondialisation sous son double aspect de repliement micro et de redĂ©ploiement macro, de perte et d’invention des traditions. La production de localismes avec leur recherche de signes discriminants ne nie pas la globalisation, elle est produite par elle. Chaque nouveau dispositif de dĂ©racinement libĂšre un contre-enracinement territorial fantasmatique, lĂ©gendaire ou ritualiste.

Il y aurait lĂ  Ă  l’oeuvre comme un thermostat de l’appartenance, qui viendrait corriger par de l’intĂ©grisme les atteintes portĂ©es Ă  l’intĂ©gritĂ© perdue du groupe traditionnel. Disons que l’élĂ©vation quantitative des facteurs de « progrĂšs » augmente l’intensitĂ© qualitative des « rĂ©gressions ».

La dialectique Coca-Cola/Ayatollah Ă  quoi s’emballe avec les intrusions occidentales et un droit d’ingĂ©rence impĂ©rial qui « talibanise » dans les arriĂšres pays l’occupĂ© et le bombardĂ©. La pulsion de morcellement qui a disloquĂ© l’URSS et menace le Nigeria, n’épargne pas les plus « civilisĂ©s » des pays europĂ©ens, pensons Ă  la Belgique et Ă  l’Espagne, au sein mĂȘme de l’Union europĂ©enne. En dĂ©pit des dialogues interreligieux surmĂ©diatisĂ©s, les intransigeances doctrinales s’affirment au coeur mĂȘme de l’indiffĂ©rentisme individuel.

Malraux n’a peut-ĂȘtre pas dit que le XXIe siĂšcle sera religieux, ou ne sera pas. Ce dont on est sĂ»r en revanche c’est qu’il ne sera pas oecumĂ©nique. La spiritualitĂ© accorte et multicarte des bobos planĂ©taires ne saurait voiler ce fait : il y aura demain moins de catholiques mais ils seront plus cathos, moins de luthĂ©riens, mais qui seront plus luthĂ©riens, et le patriarche de Moscou verra les uniates d’un encore plus mauvais oeil.

Tout se passe comme si l’abaissement des barriĂšres commerciales suscitait une remontĂ©e du protectionnisme mental, y compris dans le cadre d’une Union europĂ©enne en dĂ©ficit de charge Ă©motionnelle et symbolique. L’affaissement de ce mythe unificateur risque de faire appel d’air.

Et pensons à ce que pourrait apporter demain le retour des grandes peurs, des insécurités, et des pandémies, ou encore une nette diminution des nourritures terrestres, qui fait toujours remonter le cours des nourritures célestes.

III. La bombe diasporique

On devine en quel sens la mondialisation travaille Ă  son insu pour les religions. Au sens d’abord oĂč Lacan disait que GalilĂ©e avait travaillĂ© pour le pape (Rome, 1974).

La science dĂ©pouillant le monde de son sens, fabriquant Ă  ce titre du rĂ©el insupportable, du rĂ©el brut sans valeur ajoutĂ©e –appelle le triomphe du sens sur le fait, de l’illusion rĂ©paratrice sur l’intolĂ©rable psychique. Mais aussi par ceci qu’elle met du frottement lĂ  oĂč il n’y en avait pas.

Quand l’espace s’unifie au point devenir, tout entier, zone-frontiĂšre, alors le monde entier devient une zone irritable. Les lignes de contact sont des lignes de front. On dit : « les franges extrĂ©mistes » et, on a bien raison. Les expatriĂ©s, colons, dĂ©placĂ©s, pionniers ne sont pas du genre serein, et les lisiĂšres sont plus fanatiques que les centres. La dĂ©fense immunitaire du fanatisme, allergie quasiphysiologique au contact et plus encore Ă  la greffe, revient au premier plan.

Et tout le drame est lĂ  : une sociĂ©tĂ© peut fermer les yeux et la bouche, elle peut se boucher les oreilles et le nez, elle ne peut pas soustraire sa peau au contact. Si le fondamentalisme affecte les sociĂ©tĂ©s comme une maladie de peau, les plus mystĂ©rieuses et rebelles au traitement comme le savent les mĂ©decins, le « dialogue des civilisations » devrait ĂȘtre confiĂ© scientifiquement aux dermatologues. Ce qui est Ă  craindre, c’est que les mouvements de population et la nomadisation portent en eux l’inflammation identitaire comme la greffe, le rejet. Tous frontaliers, tous sentinelles ? L’ensauvagement du monde, c’est aussi la rĂ©volution des transports, qui facilite l’essaimage des minoritĂ©s tout autour du monde (asiatiques dans le Golfe, musulmanes en Europe, chinoises en Asie du sud est, etc.).

La mobilitĂ© physique avive la fixation mentale, soit sous forme piĂ©tiste, façon Tabligh ou soufi, soit sous forme offensive, façon salafiste. Sans doute les communications et les dĂ©placements, le portable et l’avion peuvent-ils banaliser et dĂ©dramatiser la dispersion physique, qui n’est plus vĂ©cue comme un arrachement ou un exil.

Rome n’est plus dans Rome, ni La Mecque Ă  la Mecque, ni le Mormon en Utah. On peut dĂ©sormais se sentir chez soi hors de chez soi, mais en redoublant de quant-Ă -soi parce que confrontĂ© et frottĂ© Ă  d’autres entre-soi rivaux, oppressants ou menaçants. Une communautĂ© religieuse en vadrouille ou Ă  claire-voie, sans protection institutionnelle ou territoriale, n’est pas une communautĂ© laxiste (c’est Ă  Londres qu’on a brĂ»lĂ© le livre de Salman Rushdie).

Une religion qui se dĂ©localise se sanctuarise du mĂȘme coup, au moins par des signes extĂ©rieurs d’appartenance. Plus le contenu doctrinal s’estompe, plus on a besoin d’exhiber son imaginaire, de dĂ©signer un ennemi et de s’adonner au « narcissisme de la petite diffĂ©rence ». C’est le ressort du nĂ©ofondamentalisme sectaire, d’autant plus ulturaliste qu’inculte. Sa fonction : positiver Ă  peu de frais, intellectuellement s’entend, une nĂ©gation ou une dĂ©perdition identitaire.

IV. La modernisation archaĂŻsante

La post-modernitĂ© renforce beaucoup de traits prĂ©-modernes, et le jeu Ă  somme nulle postulĂ© par les enfants de Victor Hugo – plus de savoir, moins de croyance, plus d’école, moins d’églises – fait Ă  prĂ©sent sourire. Les PC en 1950 Ă©taient sĂ»rs de mettre la religion au musĂ©e, c’est la religion, en 2000, qui les a mis au musĂ©e.

Faut-il rappeler ce qui devenait Ă©vident dĂšs les annĂ©es 70 (les chancelleries et les caricaturistes ont eu du retard Ă  l’allumage) : les cadres intĂ©gristes provenaient des facultĂ©s de sciences et des instituts de technologie. Les informaticiens de Bombay font de trĂšs bons hindouistes. Et les espaces d’utopie sectaire sont plus Ă  l’aise dans la Silicom Valley que dans le Middle West. Les cadres d’Al Quaida, nĂ©e en Bosnie sous l’égide et Ă  l’ombre de nos croisades humanitaires, sont des enfants du numĂ©rique (comme Khomeiny, des audiocassettes) et le cyber-djihad est aussi une forme de mondialisation, comme l’apparition d’instruments financiers islamiques trĂšs sophistiquĂ©s.

Cela est banal, mais il y a vingt ans, quand vous disiez cela, on vous riait au nez. Le transnational, cela fait fort bien l’affaire du bouddhiste radical, du salafiste sans programme territorial, du nĂ©o-Ă©vangĂ©lique en Asie centrale
 Le dĂ©senchantement du monde n’est donc pas un obstacle au feu sacrĂ© : c’est son combustible. L’individualisation de notre rapport au sens, ainsi que la naissance d’un Islam de consommateurs, dĂ©complexĂ©s ne dĂ©mentent pas le fait que les mouvements religieux qui attirent le plus sont ceux qui rĂ©sistent le mieux, ou qui s’adaptent le moins bien Ă  la modernitĂ©.

Il n’est pas indiffĂ©rent qu’en Uttar Pradesh, au nord de l’Inde, les musulmans aient dĂ©cidĂ© d’entrer en politique sous leurs propres couleurs, mais la distinction entre hindouisme et indianitĂ© va moins de soi aujourd’hui qu’il y a un demi-siĂšcle. Je connais quelques bons reprĂ©sentants de la gauche laĂŻque indienne qui regrettent d’avoir si longtemps dĂ©daignĂ© l’indologie traditionnelle, qu’ils jugeaient folklorique et rĂ©actionnaire. L’indologie « coloniale », elle, leur revient aujourd’hui en pleine figure, et par le bas. Ne parlons pas des militants blancs de l’ANC, des anciens travaillistes israĂ©liens et des inventeurs du Pancasila indonĂ©sien, religion civile Ă©clectique qui n’a pas survĂ©cu au retour du refoulĂ©.

On peut considĂ©rer l’ethnicisation des luttes politiques, qui ne fait qu’un, dans beaucoup de cas, avec leur confessionnalisation, comme un contre-effet de la mondialisation nĂ©o-libĂ©rale.

Celle-ci affaiblit les États-nations, et quand elle ne les Ă©limine pas manu militari, dĂ©lĂ©gitime leur autoritĂ© ou ridiculise leur souverainetĂ©. Joint Ă  la faillite des messianismes sĂ©culiers et du mouvement ouvrier international, joint Ă  la dĂ© ou reculturation des classes moyennes urbaines ainsi qu’à l’érosion des chaĂźnes de transmission insĂ©rant les jeunes gĂ©nĂ©rations dans une lignĂ©e traditionnelle, c’est le terreau idĂ©al pour la montĂ©e en charge de religions sans culture (Olivier Roy), avec un Dieu en accĂšs direct, Ă  portĂ©e de clic, sans thĂ©ologie ni Ă©tudes prĂ©alables. L’histoire de France nous a appris la formule (ou la balançoire) : État fort, clergĂ© faible, clergĂ© fort, État faible.

En Chine, aussi, quand l’ordre central faiblit, la nĂ©buleuse mystico-sectaire revient en force (le Falungong, derniĂšrement). Dans les moments de recul du politique, l’instance religieuse devient ou redevient l’organisateur collectif des laissĂ©s pour compte, leur derniĂšre assurance vie, en leur offrant Ă  la fois sĂ©curitĂ©, protection, entraide sociale, estime de soi et dignitĂ©. Cette vicariance, on la voit bien avec les chiites du Liban et d’Irak (et aussi chez les intouchables indiens, victimes du systĂšme de caste). La banlieue sud de Beyrouth est Ă  cet Ă©gard une leçon de choses.

N’oublions jamais, cela dit, que les communautĂ©s ethno-confessionnelles ne sont pas homogĂšnes mais profondĂ©ment divisĂ©es (surtout lĂ  et quand la religion est la continuation de la politique par d’autres moyens). Confondre les phalangistes avec les maronites libanais Ă©tait aussi inepte que de confondre aujourd’hui les adeptes d’Aminajedah avec les chiites iraniens.

Istiglal, NĂ©o-destour, nasserisme, Baath irakien et syrien, travaillisme israĂ©lien, CongrĂšs indien, Pancasila indonĂ©sien, etc. L’érosion des mouvements laĂŻcs et progressistes qui ont prĂ©sidĂ© Ă  la dĂ©colonisation de l’aprĂšs-guerre et Ă  la destruction ou au discrĂ©dit desquels les occidentaux, dans leur proverbial, colonial et faussement universaliste, aveuglement n’ont pas peu contribuĂ©, de Suez Ă  Kaboul, de 1956 Ă  2009, laisse la place libre au retour dĂ©fensif du refoulĂ©. Le nationalisme change de monture, et de gĂ©nĂ©ration.

En Palestine, armĂ©, financĂ© et requinquĂ© par l’Occident, le Fatah assiste, impuissant, au passage de relais patriotique vers le Hamas, dernier rempart avant l’installation d’Al Quaida (le djihad national Ă©tant le pire ennemi du djihad global). La reprise de flambeau se fait ici et lĂ  de la gauche vers la droite. Beaucoup de petits-enfants vont Ă  la mosquĂ©e, Ă  la synagogue ou au temple, quand les grands parents s’en fichaient royalement. La photo officielle du gouvernement israĂ©lien au complet en 1949 ne laisse voir aucune kippa sur les tĂȘtes. À comparer avec la mĂȘme en 2009.

C’était mĂ©connaĂźtre la nature de l’animal symbolique, autant que l’incomplĂ©tude des collectifs (pas d’inter sans mĂ©ta) que de s’imaginer que le sacrĂ© social partirait avec l’institution religieuse, et qu’une fois envolĂ©s les mythes majuscules de l’Occident sĂ©cularisĂ© (Nation, rĂ©volution, progrĂšs, Classe, Émancipation, etc.), nos sociĂ©tĂ©s allaient enfin toucher terre, en alignant le politique sur l’économique, sans illusions ni valeurs ajoutĂ©es. Ce rĂ©alisme de riches amnĂ©siques Ă©tait irrĂ©aliste : nos reprĂ©sentations subjectives du monde informent le rĂ©el objectif.

Les communions humaines ont horreur du vide. Aussi, plus la promesse politique se dĂ©leste de ses anciennes connotations messianiques, et mĂȘme dĂ©sormais de tout grand dessein, plus voit-on la promesse religieuse se recharger d’exubĂ©rances politiques.

C’est, Ă  l’échelle de la planĂšte, un jeu de vases communiquants, auquel un neuro-physiologiste ne trouvera rien d’étonnant s’il est vrai que les pĂ©doncules du « cerveau reptilien » contrĂŽlent Ă  la fois les rituels religieux, les tĂ©moignages d’affiliation politique et les olas du stade. Il est d’autres interprĂ©tations de ce phĂ©nomĂšne assez catastrophique, mais une note d’humour, pour terminer, n’est jamais de trop.

Source: CERI-SciencesPo

oct 09 2009

Révolution Verte Eugénique ou Génocidaire?

Par Dominique Guillet

Genocide

Cette question va sans doute susciter des rĂ©actions indignĂ©es, mais qu’importe. Faites-vous confiance Ă  l’OMS? Pas moi. Et encore moins depuis que je sais que, depuis 2005, le directeur du SAGE (ComitĂ© consultatif mondial sur la sĂ©curitĂ© vaccinale Ă  l’OMS [145]) est le Docteur David Salisbury, responsable du groupe de vaccination et des maladies infectieuses au MinistĂšre de la santĂ© du gouvernement britannique. Le Docteur David Salisbury est trĂšs sĂ©rieusement impliquĂ© dans le scandale d’une campagne massive de vaccination des enfants avec le vaccin ROR (rougeole-oreillon-rubĂ©ole) fabriquĂ© par le prĂ©dĂ©cesseur de GlaxoSmithKline et qui a gĂ©nĂ©rĂ© de multiples pathologies chez les enfants. [146]

L’acharnement vaccinal de l’OMS Ă  l’encontre de la gripette bĂ©nigne H1N1 est plus que suspect tout autant que le sont les rĂ©unions secrĂštes entre l’OMS et les multinationales de Big Pharma. Et bien sĂ»r tout autant que la totale immunitĂ© accordĂ©e aux fabricants de vaccins contre la grippe H1N1, en cas de poursuite judiciaire.N’ayons pas la mĂ©moire courte. Souvenons nous de ces campagnes de vaccination au Mexique, au Nicaragua et dans les Philippines. Voici ce qu’en dit William Engdahl dans son ouvrage “Semences de destruction” [207]:«La Fondation Rockefeller est l’un des soutiens financiers d’un programme de l’OMS en “santĂ© de la reproduction” qui a dĂ©veloppĂ© un vaccin contre le tĂ©tanos qui contiendrait des hormones cachĂ©es de contrĂŽle de naissance. Selon un rapport du Global Vaccine Institute, l’OMS a mis en place des campagnes de vaccination massives au Nicaragua, au Mexique et aux Philippines depuis le dĂ©but des annĂ©es 1990. Le ComitĂ© Pro Vida de Mexico, une organisation catholique, a testĂ© de nombreuses fioles du vaccin et a dĂ©couvert qu’elles contenaient une Gonadotrophine chorionique humaine (hCG), une hormone naturelle nĂ©cessaire au maintien d’une grossesse. Lorsque cette hormone est associĂ©e avec un vecteur de toxoĂŻde tĂ©tanique, elle stimule une formation d’anticorps contre la hCG, ce qui interrompt la grossesse humaine. Des rapports similaires de vaccins truffĂ©s d’hormones hCG ont Ă©tĂ© reçus des Philippines et du Nicaragua.

Cette organisation a mis en valeur plusieurs autres phĂ©nomĂšnes troublants concernant les programmes de vaccination de l’OMS. Le vaccin anti-tĂ©tanique n’était donnĂ© qu’à des femmes ĂągĂ©es de 15 Ă  45 ans, mais ni Ă  des hommes ni Ă  des enfants. La prĂ©sence de hCG est la preuve irrĂ©futable d’une contamination du vaccin. Elle ne fait sinon aucun sens. Avec le soutien financier de la Fondation Rockefeller, de la Banque Mondiale, du Population Council, de la Fondation Ford, parmi d’autres, l’OMS a oeuvrĂ© durant 20 ans pour dĂ©velopper un vaccin anti-fertilitĂ© en utilisant la hCG avec le tĂ©tanos, et d’autres vaccins, selon des articles scientifiques publiĂ©s sur ces campagnes de l’OMS. Tout cela a Ă©tĂ© certifiĂ© par l’OMS et par d’autres, dont la revue mĂ©dicale Britannique respectĂ©e , le Lancet, le 11 juin 1988: “Essais cliniques d’un vaccin de contrĂŽle des naissances de l’OMS”.

Jusqu’en 1993, l’OMS a dĂ©pensĂ© un total de 365 millions de dollars sur de telles recherches en “santĂ© de la reproduction” dont la recherche sur l’intĂ©gration de hCG au vaccin anti-tĂ©tanique. L’OMS n’a pas pu rĂ©pondre aux questions concernant la prĂ©sence d’élĂ©ments anti-hCG chez les femmes vaccinĂ©es. Leur rĂ©ponse discrĂšte a Ă©tĂ© que cette prĂ©sence Ă©tait “non significative”. Le vaccin Ă©tait fabriquĂ© par les Laboratoires Connaught (Rhone-Poulenc) au Canada et les Laboratoires Intervex et CSL en Australie.

Depuis les annĂ©es 1920, la Fondation Rockefeller est l’un des principaux sponsors des programmes mondiaux de rĂ©duction de la population. Si les rapports concernant les vaccins de contrĂŽle des naissances sont vĂ©ridiques, il n’est pas difficile de soupçonner que la Fondation Rockefeller fait partie de ceux qui ont programmĂ© d’utiliser la technologie des semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es comme un moyen potentiel de contrĂŽler la population mondiale par l’entremise du contrĂŽle futur des ressources alimentaires».

Il n’est donc pas anodin, rappelons-le, de trouver dans les soutiens financiers de la grosse ONG “Millenium Promise”, créée par Jeffrey Sachs pour dĂ©velopper la “seconde rĂ©volution verte” en Afrique, la clique des multinationales de la pharmacie (et donc des vaccins): Procter et Gamble, GlaxoSmithKline, Merck, Novartis, Pfizer, Sanofi-Aventis et dont quatre d’entre elles sont justement les pourvoyeurs actuels du vaccin contre la “pandĂ©mie” H1N1, dite “maladie du cochon volant”: Sanofi-Aventis, Novartis, Merck et GlaxoSmithKline.Sanofi Pasteur, le N°1 mondial, vient d’ouvrir une nouvelle usine de production de vaccin contre la grippe saisonniĂšre aux USA, une nouvelle unitĂ© de remplissage en France et une nouvelle usine en Chine pour 2012. La tambouille des grippes en tous genres – “de saison”, “poulet laquĂ©â€, “cochon caramel” – est en pleine prospĂ©ritĂ©. Selon l’OMS, pour la grippe de saison, la production de vaccins Ă©tait de 350 millions de doses en 2006, 565 millions de doses en 2007 [94], et sera d’1 milliard de doses l’an prochain. [95] Quant Ă  la grippe H1N1, l’OMS vient de revoir quelque peu Ă  la baisse son chiffre de 5 milliards de doses pour 2009. Les multinationales de Big Pharma n’avaient pas prĂ©vu un tel engouement pour ce nouveau “cocktail pandĂ©mique” dont la recette est Ă  ce point hĂ©tĂ©roclite qu’on la croirait tout droit issue de la cuisine d’un savant fou… [102] [103] Mais elles seront rĂ©compensĂ©es de leurs diligents efforts puisqu’elles vont toucher la coquette somme de 40 milliards de dollars.

Le 16 juin 2008, Sanofi Pasteur a publiĂ© un communiquĂ© annonçant qu’elle allait «donner 60 millions de doses de vaccin H5N1 Ă  l’Organisation mondiale de la SantĂ© (OMS) sur trois ans pour la constitution d’un stock de rĂ©serve international.» Le prĂ©sident directeur gĂ©nĂ©ral de Sanofi Pasteur, Wayne Pisano, a dĂ©clarĂ© dans le communiquĂ© que «le virus H5N1 circule actuellement dans certaines rĂ©gions parmi les plus pauvres du monde et l’irruption d’une grippe pandĂ©mique pourrait frapper des populations ayant un accĂšs limitĂ© aux vaccins. Cette donation de vaccin H5N1 a pour but de rĂ©pondre aux besoins des populations les plus vulnĂ©rables. En plus de soutenir les efforts des gouvernements, il est essentiel que l’industrie collabore avec les organisations internationales telles que l’OMS, la Fondation Bill et Melinda Gates et d’autres organismes de santĂ© mondiale. Ainsi, il sera possible de constituer un stock de rĂ©serve de vaccins pour les pays en voie de dĂ©veloppement, prĂȘt Ă  ĂȘtre dĂ©ployĂ© sur le terrain dans le cas oĂč une pandĂ©mie de grippe viendrait Ă  ĂȘtre dĂ©clarĂ©e.» [90]

Sur le mĂȘme communiquĂ©, nous avons relevĂ© cet aveu de la multinationale: «… Dans cette Ă©ventualitĂ©, toutes les usines de production de vaccin contre la grippe de sanofi pasteur basculeraient de la production de vaccin contre la grippe saisonniĂšre Ă  celle de vaccin contre la grippe pandĂ©mique.» Allons-y, appelons-la, donc, la “grippe de sanofi pasteur”!!

La collaboration, appelĂ©e par Sanofi-Pasteur, entre “l’industrie”, l’OMS et le Fondation Gates fait frĂ©mir, surtout lorsqu’elle est se met en place chez les pauvres “vulnĂ©rables” et beaucoup trop nombreux selon les nĂ©o-Malthusiens. Surtout lorsque l’on sait que la Fondation Gates, en partenariat avec la Fondation Rockefeller, est trĂšs activement engagĂ©e dans des programmes de “contrĂŽle de la population”. [91] Surtout lorsque l’on sait que la Fondation Gates est l’un des plus gros financeurs de l’OMS [93] et que ses plus grandes largesses financiĂšres vont vers des organisations spĂ©cialisĂ©es dans les vaccins: “PATH” et “GAVI” (Global Alliance for Vaccines and Immunisation). Et cette annĂ©e, le H8 s’est retrouvĂ© Ă  Seattle, qui est le siĂšge de la Fondation Gates. Le H8, c’est: la Fondation Gates, l’OMS, la Banque Mondiale, l’UNICEF, le GAVI, le Fonds des Nations unies pour la population, ONU-Sida, le Fond Global de lutte contre le sida, la malaria et la tuberculose. [92]

SincĂšrement, pourquoi les programmes de gĂ©nocides, ou “campagnes de vaccination stĂ©rilisante”, que nous avons Ă©voquĂ©s ci-dessus, seraient-ils plus choquants que l’outil gĂ©opolitique de la faim utilisĂ©, tous les jours de l’annĂ©e, pour dĂ©peupler la planĂšte de plus de 30 000 ĂȘtres humains?

L’avenir proche nous dira si la vaccination H1N1 n’était seulement qu’un cocktail de “virus vivants attĂ©nuĂ©s” et d’adjuvants archi-toxiques, le but n’ayant Ă©tĂ©, bien sĂ»r, que de gĂ©nĂ©rer encore un peu plus de panique et, en effet collatĂ©ral, de remplir gĂ©nĂ©reusement les caisses des multinationales de Big Pharma. Car en cette fin d’annĂ©e 2009, avec le trĂšs mĂ©diatisĂ© Sommet de Copenhague, ce sont, sur le ring mĂ©diatique de la dĂ©route programmĂ©e, deux fiĂšvres qui luttent pour la premiĂšre place de l’hystĂ©rie et de la panique collectives: d’une part le virus de la fiĂšvre climatique, dĂ©nommĂ© “syndrome d’Al Gore”, et d’autre part le virus H1N1, dĂ©nommĂ© “grippe du Goret”. Que la plus chaude gagne!

FiĂšvre climatique ou “Syndrome d’Al Gore”: des vĂ©ritĂ©s qui dĂ©rangent

Ce n’est pas mon propos d’analyser le film de science-fiction de Mr Gore “Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range” et de dĂ©cliner les quelque trente erreurs climatiques grotesques, et grosses comme des icebergs, qui en ruinent toute la crĂ©dibilitĂ© si tant est qu’on espĂšre dĂ©celer une once de crĂ©dibilitĂ© dans un film de rĂ©alitĂ© virtuelle. [160] D’ailleurs, dans un interview de mai 2006, Al Gore n’hĂ©site pas Ă  affirmer qu’il ne faut pas hĂ©siter Ă  “amplifier” certains faits pour faire passer le message (“amplifier” Ă©tant un euphĂ©misme pour “mentir”, nous l’aurons tous compris). [167] A l’arrachĂ©e, tout comme le directeur de Greenpeace Angleterre qui avoue, Ă  la tĂ©lĂ©vision, les mensonges de son organisation: c’était pour la bonne cause, pour faire peur. [168]

Ce n’est pas non plus mon propos d’évoquer, en longueur, les alĂ©as de la mine de zinc de Mr Gore [169] qui dĂ©truisait tout l’environnement local, dans le Tennessee, et ni mĂȘme ses amitiĂ©s pĂ©troliĂšres:- ses actions (ou celles de ses parents) qui ont pu atteindre prĂšs d’1 million de dollars dans Occidental Petroleum. [170]

- ses relations trĂšs intimes avec Occidental Petroleum qui ont permis Ă  l’une des compagnies les plus polluantes au monde (scandale, par exemple, du dĂ©versement de milliers de tonnes de dĂ©chets chimiques toxiques Ă  Love Canal) de tripler ses rĂ©serves de pĂ©trole lorsqu’Al Gore “facilita” l’acquisition, par cette sociĂ©tĂ© pĂ©troliĂšre, de droits de forage en Californie prĂšs de Bakersfield dans la rĂ©serve naturelle “Elk Hills National Petroleum Reserve” [36] [204] (c’est mĂȘme sur wikipedia!). Bush pĂšre et Nixon n’avaient jamais rĂ©ussi un tel prodige. En l’espace de cinq annĂ©es, plus de cent sites archĂ©ologiques AmĂ©rindiens furent Ă©radiquĂ©s. [35] Toujours dans le dossier Occidental Petroleum, il faudrait Ă©galement mentionner le scandale des puits de pĂ©trole en Colombie sur les terres du peuple U’was et les relations intimes, qui sont de notoriĂ©tĂ© publique [55], entre l’administration Clinton-Gore de l’époque et Occidental Petroleum. [201] Pour la petite histoire, cela demanda 5 annĂ©es de lobbying pour que l’administration Clinton/Al Gore arrive Ă  ses fins, Ă  savoir permettre les forages pĂ©troliers d’Occidental Petroleum dans la rĂ©serve naturelle de Elk Hills: le jour mĂȘme oĂč la vente des terres de la rĂ©serve naturelle fut scellĂ©e, Al Gore dĂ©livra un discours Ă  la Maison Blanche sur les perspectives terrifiantes du rĂ©chauffement climatique anthropique en raison de l’usage inconsidĂ©rĂ© des combustibles fossiles. [203] Quels sont les qualificatifs les plus adĂ©quats pour dĂ©crire ce type de fourberies?

- le fait que son directeur de campagne prĂ©sidentielle, un juriste, Mr Tony Coelho, Ă©tait un lobbyiste trĂšs impliquĂ© dans l’ouverture de ces nouveaux forages pĂ©troliers en Californie.

- son partenariat actif depuis 2008 [53] avec la sociĂ©tĂ© Kleiner Perkins Caulfield & Byers [54]. Sont Ă©galement actionnaires dans Kleiner Perkins, John Doerr, le fondateur de Google, et Colin Powell, l’ancien secrĂ©taire d’état sous Bush. Dans le port-folio de la sociĂ©tĂ© Kleiner Perkins [58] se trouvent trois compagnies intrinsĂšquement impliquĂ©es dans le business des “combustibles fossiles”:

1. Terralliance Technologies [56], dont l’autre investisseur principal est Goldman Sach, est spĂ©cialisĂ©e dans les forages pĂ©troliers. Selon le rapport Forbes, [59] Terralliance Technologies aurait dĂ©jĂ  forĂ© plus d’une centaine de puits sur la planĂšte entiĂšre. Ce sont 65 millions de dollars qui ont Ă©tĂ© investis dans cette compagnie par Kleiner Perkins. Mais Kleiner Perkins ne s’en vante pas publiquement. [60]

2. GreatPoint Energy (Cambridge, Massachussetts) qui est dans la conversion de charbon en gaz naturel.

3. GloriOil, qui selon la rapport Forbes [57] â€œĂ©labore des microbes qui, lorsqu’ils sont injectĂ©s dans les puits pĂ©troliers, accroissent la production de pĂ©trole”.

J’invite donc trĂšs cordialement tous les Ă©cologistes et autres “rĂ©chauffistes” amnĂ©siques, qui ont considĂ©rĂ© mes deux articles prĂ©cĂ©dents sur l’arnaque climatique comme des soutiens aux pĂ©troliers, d’aller faire le mĂ©nage devant la porte de leur idole, et de ne pas oublier l’aspirateur (et la calculette pour compenser l’empreinte carbone de l’aspirateur car le processus risque d’ĂȘtre laborieux).

Je ne vais pas m’appesantir Ă©galement sur le fait que Mr Al Gore, considĂ©rĂ© par certains medias US comme un prophĂšte, le ProphĂšte de l’Apocalypse Climatique, le RĂ©dempteur PlanĂ©taire – Ă  l’image des monothĂ©istes, proclamant la religion de l’Amour IncarnĂ©, qui ont tout dĂ©truit dans leur sillage pendant 2000 ans – promeut le retour Ă  la corde Ă  sĂ©cher le linge pendant qu’il circule en jet, roule en limousine, possĂšde “quelques” maisons, consomme autant d’électricitĂ© que 20 familles moyennes US, demande des cachets de 150 000/170 000 dollars pour venir donner une confĂ©rence, etc. Le principal n’est-il pas qu’il compense ses Ă©missions de carbone? Et peut-ĂȘtre, comme le dirait un prĂ©sident, est-il gĂ©nĂ©tiquement programmĂ© pour ĂȘtre trĂšs riche pendant que d’autres sont gĂ©nĂ©tiquement programmĂ©s pour crever de faim. Ainsi va la Roue de la Vie. (La fortune personnelle de Mr Gore Ă©tait de 2 millions de dollars en 2001, elle Ă©tait “officiellement” de 100 millions en 2007.) Il y en a qui prĂȘchent pendant que d’autres trinquent. Certains compensent leurs Ă©missions de carbone pendant que d’autres font le sacrifice de leurs corps et de leur vie pour mettre fin, radicalement, Ă  leurs Ă©missions de carbone. C’est la division des tĂąches, en toute “fraternitĂ© climatique”.

Dans le cadre de cet article sur la “rĂ©volution verte gĂ©nocidaire”, il est beaucoup plus instructif de se pencher sur les amitiĂ©s particuliĂšres de Mr Al Gore avec “le monde selon Monsanto”:

- Mr Al Gore, lorsqu’il Ă©tait au CongrĂšs US, fut le prĂ©sident de la commission chargĂ©e d’enquĂȘter sur les relations “trĂšs intimes” entre Monsanto et les grandes universitĂ©s US. Il va sans dire que la commission d’enquĂȘte lava Monsanto de tout soupçon de corruption de scientifiques et de tentative de mise sous sĂ©questre de grandes universitĂ©s US


- Mr Charles W. Burson, procureur gĂ©nĂ©ral du Tennessee pendant 10 ans, fut le conseiller spĂ©cial de Mr Al Gore et puis le chef de cabinet de Mr Al Gore et puis, ensuite, vice-prĂ©sident de Monsanto, jusqu’en 2006. [75]

- Mr Mickey Kantor, directeur de campagne prĂ©sidentielle pour Clinton, ministre du commerce sous Clinton/Al Gore, partit comme directeur chez Monsanto en 1997. Ce fut lui qui, en 1998, activa la chaudiĂšre pour que Clinton/Al Gore fassent cĂ©der l’Europe sur les OGMs. [179]

- Last but not least: Mr Michael Taylor. [32] [76] Il est, par excellence, le symbole aux USA des “revolving doors”, des portes tournantes entre Monsanto et l’administration US. [78]. (Pour plus d’informations, voir l’ouvrage de Marie-Monique Robin “Le Monde selon Monsanto” [185]). Michael Taylor entra Ă  la FDA (Food and Drug Administration) en 1976, puis travailla dans le cabinet de juristes King and Spaulding comme reprĂ©sentant de Monsanto (pour faire passer l’hormone bovine transgĂ©nique); il retourna Ă  la FDA en 1991, jusqu’en 1994, pour y rĂ©diger les lois permettant Ă  l’hormone bovine de Monsanto d’ĂȘtre imposĂ©e Ă  l’agriculture US. Durant l’administration Clinton/Al Gore, c’est lui qui “oublia” oĂč avaient Ă©tĂ© rangĂ©s 40 000 pages de dossiers archivĂ©s “confidentiels OGMs” de la FDA! De 1994 Ă  1996, il fut au MinistĂšre de l’Agriculture US. Il repartit ensuite chez Monsanto comme vice-prĂ©sident de 1998 Ă  2001. Et le prĂ©sident Obama vient de le rappeler Ă  la FDA dont il est l’un des conseillers suprĂȘmes! [184]

Nous allons ainsi le retrouver dans une autre partie de cet exposĂ© car Michel Taylor rĂ©sume, en sa personne, toute la problĂ©matique de la corruption des hauts fonctionnaires et de la collusion entre les multinationales, les fondations, les ONGs d’assistance aux pays pauvres et les agences gouvernementales.

Et cerise sur le gĂąteau, Michael Taylor est le cousin de l’épouse d’Al Gore! Une simple coĂŻncidence, bien Ă©videmment, car on ne choisit pas ses cousins.

Durant la prĂ©sidence Clinton-Al Gore, de 1993 Ă  2000, et Mr Al Gore fut l’un des vice-prĂ©sidents les plus influents du siĂšcle passĂ©:

- L’hormone de croissance bovine transgĂ©nique de Monsanto fut imposĂ©e Ă  l’agriculture US en 1993 par la FDA. [77]

- Les OGMs furent imposĂ©s de force au peuple des Etats-Unis, sans Ă©tiquetage, Ă  la fin de l’annĂ©e 1992 par la FDA. Mr Al Gore n’a pas remis en question cet Ă©tat de fait et il fallut l’action en justice d’un juriste pour que la FDA (Food and Drug Administration) “libĂšre”, en 1999, sur demande expresse du tribunal, plus de 40 000 pages de dossiers archivĂ©s confidentiels prouvant que les techniciens et scientifiques de la FDA avaient Ă©mis d’innombrables rĂ©serves quant Ă  la sĂ©curitĂ© sanitaire des OGMs. Le responsable de ce dossier, le cĂ©lĂšbre Michael Taylor, les avait bien soigneusement rangĂ©s Ă  l’ombre.

- En 1998, le quartet Clinton – Al Gore – Dan Glickman (ministre de l’agriculture) – William Daley (ministre du commerce) lança une campagne forcenĂ©e pour obliger l’Europe Ă  accepter les chimĂšres gĂ©nĂ©tiques. On voudra bien se rappeler que Mr Jospin (premier ministre), Mr Glavany (ministre de l’agriculture) et Mme Voynet (ministre de l’environnement) signĂšrent, Ă  cette Ă©poque, l’introduction en France des premier maĂŻs transgĂ©niques.

Mr Al Gore, avec Madeleine Albright, secrĂ©taire d’état, forcĂšrent la main Ă  Mr Jospin pour que les OGMs de Monsanto soient accueillis en Europe. [33] C’est ce dont se vanta Toby Moffett au St Louis Post Dispatch. [34] Toby Moffett, ex-vice-prĂ©sident de Monsanto, qui, lors de la campagne prĂ©sidentielle de 2000, Ă©tait chargĂ© de drainer les voix “vertes” de Ralph Nader vers Al Gore [44] (alors mĂȘme que Ralph Nader dĂ©nonçait avec vĂ©hĂ©mence l’infĂ©odation d’Al Gore-Clinton Ă  l’empire Monsanto [40] [202]). Et ce n’est pas vraiment de la vantardise parce que l’Agence Reuters publia un communiquĂ© le mardi 21 juillet 1998 stipulant que Mr Al Gore venait de tĂ©lĂ©phoner personnellement Ă  Mr Jospin. «On peut dire sans problĂšmes que le premier ministre [Mr Lionel Jospin] a trĂšs bien compris l’importance de cette problĂ©matique pour les agriculteurs US» aprĂšs sa conversation tĂ©lĂ©phonique avec Gore, dit Kay Casstevens, une assistante juridique du vice-prĂ©sident. Jospin a prĂ©cisĂ© Ă  Gore qu’il n’avait pas fini d’évaluer la situation «mais qu’il prendrait une dĂ©cision sous peu.» [37]

Mr Mendelson rĂ©sume ainsi la situation dans son long article sur le Roundup paru en 1999 dans la revue l’Ecologiste: «L’UE n’a pas donnĂ© son accord complet pour l’importation de maĂŻs rR. Devant les rĂ©ticences de l’opinion publique, Al Gore, vice-prĂ©sident des Etats-Unis, ainsi que des reprĂ©sentants du ministĂšre de l’Agriculture, ont aussitĂŽt fourni une bĂ©quille Ă  Monsanto, dĂ©plorant que l’Europe, si elle n’autorisait pas l’importation de maĂŻs transgĂ©nique, mette en pĂ©ril 250 millions de dollars d’exportations . La France a rĂ©pondu qu’elle ouvrirait la voie Ă  l’entrĂ©e du maĂŻs transgĂ©nique en Europe, plutĂŽt que d’engager une guerre commerciale Ă  l’Organisation mondiale du commerce (OMC).[par arrĂȘtĂ© du 3 aoĂ»t 98, la France a inscrit ce maĂŻs au catalogue des variĂ©tĂ©s vĂ©gĂ©tales lui permettant d’ĂȘtre commercialisĂ© en UE.] »

Mr Al Gore considĂ©rait les chimĂšres gĂ©nĂ©tiques comme â€œĂ©quivalentes en substance” selon la formule consacrĂ©e. Cela m’a Ă©tĂ© confirmĂ©, par courrier, par Jeffrey Smith, l’auteur des ouvrages “Semences de tromperie” et “Roulette gĂ©nĂ©tique”. Mr Al Gore considĂ©rait le glyphosate de Monsanto, le Roundup, comme le moins dangereux des herbicides. [45] [166] C’est en fait l’un des pesticides les plus toxiques [38] et une grande partie des variĂ©tĂ©s gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es de Monsanto sont “rĂ©sistantes” Ă  cet herbicide, Ă  savoir elles le digĂšrent fort bien. C’est Ă©galement l’administration Clinton/Al Gore qui supprima l’un des derniers remparts de la protection alimentaire US: la “Delaney Clause” de 1958 qui interdisait la prĂ©sence de pesticides dans les aliments. [205]

Mr Al Gore a soutenu les biotechnologies lorsqu’il Ă©tait sĂ©nateur. [46] Il rĂ©digea en 1991 “Planning a New Biotechnology Policy”, (Harvard Journal of Law and Technology, Vol. 5, Fall 1991, pp. 19-30). Pour la petite histoire [42], le 9 avril 1998, Al Gore embaucha comme son conseiller spĂ©cial aux affaires intĂ©rieures David W. Beier, le lobbyiste de Genentech Inc / Hoffman La Roche, le mĂȘme La Roche [178] qui fabrique, contre la grippe, le cĂ©lĂšbre Tamiflu [83] (complĂštement inefficace, archi-toxique [147] et que l’on retrouve dans les eaux de riviĂšre [104] [105]) pour le compte d’une entreprise de biotechnologie basĂ©e aux États-Unis, Gilead Sciences Inc. dont Mr Rumsfeld (Ministre de la DĂ©fense de George W. Bush) Ă©tait le principal actionnaire. Et nous trouvons Ă©galement, au capital de La Roche, la multinationale Novartis/Syngenta, le fabricant du vaccin contre H1N1. La grande famille que voilĂ .

On ne peut omettre, bien sĂ»r, de mentionner l’ouvrage â€œĂ©cologique” d’Al Gore “Urgence planĂšte Terre” en 1992. De deux choses l’une, ou les deux, cet ouvrage a Ă©tĂ© Ă©crit partiellement par quelqu’un d’autre [197] ou Mr Al Gore souffre peut-ĂȘtre de schizophrĂ©nie, ce qui est un syndrome courant dans le monde politique. Il est difficile, en effet, de vivre Ă  la fois dans un monde de promesses dĂ©bridĂ©es au peuple, et dans un autre monde d’allĂ©geances serviles Ă  la dictature des cartels.

En opposition totale avec les grands principes de son ouvrage, Al Gore, durant ses 8 ans de vice-prĂ©sidence, conduisit une politique environnementale dĂ©sastreuse au point qu’en juillet 2000, 61 leaders d’associations de protection environnementale, de 18 Ă©tats, créÚrent une coalition “Environmentalists Against Gore”. [41]

C’est Ă©galement en 1999 que Pusztai (un des scientifiques les plus rĂ©putĂ©s au monde, auteur de trois ouvrages et de 270 Ă©tudes scientifiques) publia ses recherches sur les rats nourris avec des pommes de terres gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es de Monsanto. Une simple chaĂźne d’appels tĂ©lĂ©phoniques Monsanto/Clinton/Tony Blair vira l’éminent professeur en l’espace de quelques heures. A cette Ă©poque, l’un des membres seniors de l’administration Bill Clinton/Al Gore dĂ©clara que la dĂ©cade des annĂ©es 90 serait «la dĂ©cade de la commercialisation triomphante des produits biotechnologiques». L’administration Bill Clinton/Al Gore dĂ©pensa des milliards de dollars pour la promotion des chimĂšres gĂ©nĂ©tiques.

C’est durant la pĂ©riode-clĂ© de 1993 Ă  2000 que les chimĂšres gĂ©nĂ©tiques se rĂ©pandirent sur toute la planĂšte et que les humains et les animaux en furent gavĂ©s. Les trois personnes responsables de cet Ă©tat de fait, politiquement et stratĂ©giquement, sont Bill Clinton, Al Gore et Michael Taylor (FDA/USDA/Monsanto). Ce sont Bill Clinton, Al Gore et Michael Taylor qui ont ouvert la route de la “seconde rĂ©volution verte transgĂ©nique” qui gangrĂšne prĂ©sentement tous les Ă©cosystĂšmes planĂ©taires. Et Al Gore et Michael Taylor continuent prĂ©sentement de paver cette route: Michael Taylor de par le fait qu’il est de nouveau le maillon entre Monsanto et le gouvernement US (pour l’Afrique) et Al Gore de par sa croisade climatique pour refroidir la planĂšte. De brĂ»ler des cierges “carbone-zĂ©ro”, pour exorciser le mal et pour gĂ©nĂ©rer un magnifique Ă©cran de fumĂ©e, ne changera rien Ă  cette situation.

Je mets au dĂ©fi n’importe quel zĂ©lote hystĂ©rique, de la secte des Al Gorites, de me prouver le contraire.

AprĂšs le pĂ©trole, le roundup et les chimĂšres gĂ©nĂ©tiques, abordons maintenant la problĂ©matique des “crĂ©dits carbone”.

Mr Al Gore, en 2006, crĂ©a sa Fondation “The Alliance for Climate Protection”, l’Alliance pour la Protection du Climat [49], avec le directeur de la banque Lehman Brothers. AprĂšs avoir créé sa fondation et son cabinet Londonien “Generation Investment Management” [50], il lança son film best-seller “Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range”. PrĂ©cisons que “Generation Investment Management”, spĂ©cialisĂ© dans la gestion des “crĂ©dits carbone”, a Ă©tĂ© créé en partenariat avec David Blood, ancien directeur de “Goldman Sachs”, Mark Ferguson, ancien prĂ©sident de “Goldman Sachs Assets Management pan-European Research” et Peter Harris, ancien directeur de “Goldman Sachs Assets Management”.

Le 2 fĂ©vrier 1988, Al Gore, dans un dĂ©bat prĂ©sidentiel dĂ©clara: «Mon premier engagement sera de restaurer l’intĂ©gritĂ© de la Maison Blanche. Et je vais virer toute personne ayant menti au peuple AmĂ©ricain et au CongrĂšs». J’invite les lecteurs Ă  juger par eux-mĂȘmes de l’accomplissement de cet engagement solennel et j’invite ceux qui parlent anglais Ă  visionner les vidĂ©os, sur la toile, des auditions “climatiques” d’Al Gore au CongrĂšs, au printemps 2009 (et sous serment, bien sĂ»r!). [156] [157] [158] [159] DĂ©conseillĂ© Ă  toute personne ne souhaitant pas remettre en question ses croyances dans le rĂ©dempteur atmosphĂ©rique.

En conclusion, je pose la question Ă  tous les Ă©cologistes qui luttent contre les chimĂšres gĂ©nĂ©tiques et contre les pesticides depuis de trĂšs nombreuses annĂ©es: pouvons-nous faire confiance Ă  l’homme de Monsanto, celui-lĂ  mĂȘme qui, avec Bill Clinton et Michael Taylor, a piĂ©gĂ© la totalitĂ© de l’humanitĂ© dans le cercle infernal des chimĂšres gĂ©nĂ©tiques? De quel droit son film de science-fiction a-t-il Ă©tĂ© imposĂ© Ă  des dizaines de milliers d’écoles?

Ecologistes de tous les pays, rĂ©veillez-vous! Le rĂ©chauffement climatique anthropique est une farce, c’est une arnaque monumentale permettant d’ouvrir de nouveaux et gigantesques marchĂ©s: crĂ©dits carbone, taxes carbone, nĂ©cro-carburants “refroidissants”, chimĂšres gĂ©nĂ©tiques, fertilisants de synthĂšse et pesticides! D’ailleurs, aux USA, la lĂ©gislation “cap and trade” est surnommĂ©e “Al Gore enrichment act”!

Crédits de Carbone:

Un marchĂ© climatique qui gĂ©nĂšre des revenus Ă  partir de l’air du temps!

Le marchĂ© du carbone, ce n’est pas une bagatelle puisqu’il se chiffre Ă  135 milliards de dollars pour 2008. Ce qui fait quasiment s’étrangler le trĂšs placide Jacques Diouf, directeur de la FAO, qui se demande bien pourquoi on peut gĂ©nĂ©rer un tel marchĂ© de carbone planĂ©taire et ne pas ĂȘtre capable de lui confier 30 petits milliards de dollars pour rĂ©gler le problĂšme de la faim dans le monde. Mais Mr Diouf a sĂ»rement compris, depuis belle lurette, que ce ne sont pas les mĂȘmes caisses. Il posa Ă©galement la mĂȘme question pour le “coĂ»t de la crise financiĂšre” qui vient, d’ailleurs, d’ĂȘtre revu Ă  la baisse, le 30 septembre 2009, par le FMI, le Fonds MonĂ©taire International: il ne serait que de 3400 milliards de dollars. [39] Il avait Ă©tĂ© estimĂ© auparavant Ă  4000 milliards de dollars. Mr Strauss-Kahn, un grand ami de Condoleezza Rice, qui a Ă©tĂ© placĂ© par les AutoritĂ©s Ă  la tĂȘte de cette institution, en rĂ©compense de ses loyaux services [136], sait jouer de la calculette virtuelle. Les communiquĂ©s officiels cajoleurs omettent de prĂ©ciser qui “finance” le coĂ»t! C’est bien Ă©videmment de l’argent public: des sommes astronomiques qui partent Ă  fond perdu pour renflouer les banques et le systĂšme financier. D’oĂč la nĂ©cessitĂ© de lever de nouveaux impĂŽts aux USA, dits “taxes carbone” ou “U.S. cap-and-trade bill”.

Et en attendant que le petit peuple soit une nouvelle fois carbo-taxĂ©, pour la bonne cause climatique, les multinationales se gavent sur le marchĂ© du carbone gĂ©rĂ© par le Chicago Climate Exchange et le European Climate Exchange: Barclays, le pĂ©trolier BP, Fortis, Goldman Sachs, Morgan Stanley, le pĂ©trolier Shell, etc. Parmi les fondateurs du Chicago Climate Exchange, nous retrouvons American Electric Power (AEP), DuPont, Baxter International (vaccins H1N1), etc. Et dans le comitĂ© de conseillers « Ă  la stratĂ©gie » du Chicago Climate Exchange, nous retrouvons Ă©galement Mr Rajendra K. Pachauri, le prĂ©sident du GIEC. [209]Aux USA, Goldman Sachs est le plus gros actionnaire (avec 10 %) du Chicago Climate Exchange. Je convie de nouveau les lecteurs intĂ©ressĂ©s Ă  consulter le courageux article de Matt Taibbi, paru dans Rolling Stones, “Goldman Sachs – La grande machine Ă  bulles” [51] dont le dernier volet s’intitule “Bulle 6: le rĂ©chauffement global”. [52]

Lehman Brothers, qui a aidĂ© Al Gore Ă  capitaliser son business “vert”, s’était fait l’apĂŽtre de la croisade du rĂ©chauffement climatique pour que ses actionnaires continuent de toucher de gĂ©nĂ©reuses plus-values sur le marchĂ© du carbone. Ils avaient publiĂ© un “rapport Lehman”, la bible de jeunes activistes, sur le rĂ©chauffement climatique et le chaos qu’il allait gĂ©nĂ©rer. Manifestement, Lehman Brothers fut capable de prĂ©dire le climat un siĂšcle Ă  l’avance mais ne fut pas capable de prĂ©dire sa faillite spectaculaire, une annĂ©e Ă  l’avance. La vĂ©ritable raison de la faillite de Lehman Brothers, nĂ©anmoins, n’est sans doute pas celle que l’on croit! [79]

Ainsi, d’un coup de baguette virtuelle, le capitalisme dĂ©cadent vient de sortir un nouveau lapin de son chapeau feutrĂ©: un marchĂ© climatique qui gĂ©nĂšre des revenus Ă  partir de l’air du temps!

Et Maurice Strong fut l’un des principaux prestidigitateurs qui a prĂ©sidĂ© Ă  la crĂ©ation du Chicago Climate Exchange et il y siĂšge. Il faudrait des pages entiĂšres pour Ă©numĂ©rer les “fonctions” de Maurice Strong, le trĂšs bon ami d’Al Gore. Membre Ă©minent des Bilderberg, de la Commission TrilatĂ©rale, du Council on Foreign Relations (CFR) et du Club de Rome; directeur de la Fondation Rockefeller; Conseiller spĂ©cial du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU sous Kofi Annan; Conseiller senior du PrĂ©sident de la Banque Mondiale; Premier directeur exĂ©cutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE); A la tĂȘte du Sommet de la Terre qui a eu lieu Ă  Rio en 1992 et dont est issue la Convention sur la diversitĂ© biologique, etc, etc. [66]

La “Convention sur la diversitĂ© biologique” n’est qu’une dĂ©claration pathĂ©tique, (que les multinationales de la semence ont joyeusement interprĂ©tĂ©e comme un pillage lĂ©galisĂ© des ressources gĂ©nĂ©tiques), Ă  l’image du Protocole de CarthagĂšne, dit “Protocole de Cartes Ă  GĂšnes”, un jeu de poker gĂ©nĂ©tique dont la nation gagnante est celle qui fait entrer le plus de chimĂšres gĂ©nĂ©tiques tout en prĂ©tendant s’en prĂ©server!

Maurice Strong se dĂ©finit comme socialiste en idĂ©ologie et capitaliste dans la vie quotidienne. Ce qui est clair, c’est que, Ă  l’image d’Al Gore, c’est un grand donneur de leçons d’ascĂ©tisme mais impliquĂ© jusqu’au cou depuis des dizaines d’annĂ©es dans une plĂ©thore d’aventures capitalistes dont nous ne prĂ©fĂ©rons pas mentionner certaines des liaisons trĂšs sulfureuses ni des faillites financiĂšres suspectes.

Maurice Strong est considĂ©rĂ© par certains comme le pĂšre du mouvement environnemental et on se demande bien de quel mouvement environnemental il s’agit car il est depuis fort longtemps l’apĂŽtre du Nouvel Ordre Mondial. Il est vrai qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  prĂ©sent au premier “Jour de la Terre” en 1970 lorsque le professeur d’études environnementales Kenneth Watt dĂ©clara: “si la tendance prĂ©sente se poursuit, le monde sera environ 4 degrĂ©s plus froid en 1990 et 11 degrĂ©s plus froid d’ici l’annĂ©e 2000”. EspĂ©rons au moins, pour sa rĂ©putation, qu’il parlait en degrĂ©s Fahrenheit, mais cela fait encore beaucoup. On lui pardonnera d’autant plus qu’à l’époque tous les medias se faisaient l’écho de l’extrĂȘme danger du “refroidissement global” qui allait ruiner l’agriculture mondiale: Newsweek, 28 avril 1975 [67]; Peter Gwynne, Newsweek 1976 [68], etc. Tout comme Nicolas Hulot et Kofi Annan Ă©voquent des centaines de milliers de morts tous les ans en raison du rĂ©chauffement climatique anthropique, Lowell Ponte “The Cooling”, 1976, annonçait lui aussi le mĂȘme nombre de dĂ©cĂšs annuels en raison du “refroidissement global”: «Le refroidissement actuel a dĂ©jĂ  tuĂ© des centaines de milliers de personnes. S’il continue, et si personne ne prend des mesures Ă©nergiques, il provoquera une famine mondiale, un chaos gĂ©nĂ©ralisĂ© et mĂȘme une nouvelle guerre mondiale. Tout cela pourrait survenir avant l’an 2000».

En fait, Maurice Strong aurait dĂ©jĂ  pu crĂ©er en 1970 son Chicago Climate Exchange pour les crĂ©dits de carbone car Kenneth Watt (University of California Ă  Davis) dĂ©clarait Ă  l’époque que c’est l’excĂšs de CO2 qui allait provoquer un refroidissement global catastrophique!

Mais tout cela ne nous Ă©loigne-t-il pas un peu de la rĂ©volution verte eugĂ©nique? Pas du tout car les multinationales de l’agrochimie et de la semence font bien Ă©videmment partie de ce marchĂ© de dupes. MĂȘme Monsanto a rejoint le Chicago Climate Exchange en dĂ©cembre 2007. (Ce qui est dans la bonne logique capitaliste: si le rĂ©chauffement climatique anthropique gĂ©nĂšre des fortunes, Monsanto veut avoir sa part du gĂąteau). Richard Sandor, le prĂ©sident du Chicago Climate Exchange en a profitĂ© pour saluer le rĂŽle de “leadership climatique” de Monsanto. [138] (Car, en effet, en 2006, 20 scientifiques de Monsanto se sont penchĂ©s sur le problĂšme climatique et en ont dĂ©duit que la tempĂ©rature montait, ce qui n’est pas un scoop, vu que nous sommes dans une pĂ©riode de rĂ©chauffement naturel lĂ©ger, et non-linĂ©aire, depuis 1860!). [173] (Monsanto en 2009 a rĂ©guliĂšrement placĂ© des pages entiĂšres de publicitĂ© dans les grands journeaux US avec le titre: “9 Milliards de personnes Ă  nourrir. Un changement climatique. Et maintenant?” et comme texte: «Les semences amĂ©liorĂ©es de Monsanto non seulement augmentent la productivitĂ© de façon consĂ©quente mais elles utilisent moins de ressources essentielles telles que le sol et le combustible: tout le monde y gagne y compris la Terre»). Saint Monsanto, le sauveur de la planĂšte!

Mais Monsanto n’en reste pas lĂ . Un de ses vice-prĂ©sidents, Will Ferretti, affirma que les agriculteurs US pourraient revendiquer annuellement de 4 Ă  6 milliards de dollars en crĂ©dits carbone Ă  cause de leur bonnes pratiques agricoles [139]. Et par “bonnes pratiques agricoles”, Monsanto entend les techniques de non-labour (car le non-labour libĂšre moins de CO2 que le labour) avec des variĂ©tĂ©s OGMs rĂ©sistantes au Roundup de Monsanto. Un autre de ses vice-prĂ©sidents, Jerry Steiner, affirma qu’en utilisant les techniques de non-labour, les agriculteurs peuvent augmenter leurs ressources financiĂšres en vendant des crĂ©dits carbones Ă  d’autres entreprises au travers du Chicago Climate Exchange.

En 2007, les techniques de non-labour chimique aux herbicides (Roundup principalement) couvraient 30 millions d’hectares aux USA et 26 millions d’hectares pour le seul BrĂ©sil. David Miller, le responsable scientifique du AgraGate Climate Credits Corporation, une filiale du Iowa Farm Bureau Federation (une coalition d’agriculteurs dans l’Iowa, l’état-empire du maĂŻs et du soja transgĂ©niques aux USA) espĂšre que bientĂŽt ce soient 85 millions d’hectares agricoles aux USA en non-labour chimique Ă  la sauce Monsanto.

Pour une analyse dĂ©taillĂ©e de cette arnaque agricole, je renvoie les lecteurs vers mon article de mars 2007 “Le non-labour dans les sillons de l’agro-chimie” [137]. Pour rĂ©sumer briĂšvement, les agriculteurs en non-labour chimique sĂšment des variĂ©tĂ©s de Monsanto qui sont rĂ©sistantes au glyphosate. Les sols sont archi-brĂ»lĂ©s par la chimie et les pesticides, et sont tellement biologiquement morts qu’ils ne peuvent plus digĂ©rer la bio-masse restante aprĂšs la rĂ©colte! Ce n’est pas grave, c’est une nouvelle manne financiĂšre pour les agriculteurs qui vendent leur biomasse, refusant de se composter, aux centrales d’éthanol. En AmĂ©rique latine, les sols sont tellement brĂ»lĂ©s par le Roundup, de par les techniques de non-labour, que les agriculteurs doivent appliquer un engrais azotĂ© pour la culture du soja, qui Ă©tant une lĂ©gumineuse, n’en a normalement pas besoin puisqu’il fixe l’azote tout seul.

Donc, si l’on suit le raisonnement de Monsanto, tous les agriculteurs cultivant des nĂ©cro-carburants ou des aliments pour bĂ©tail ou poulets, par la technique du non-labour, vont pouvoir revendiquer des crĂ©dits carbones Ă  hauteur de dizaines de milliards de dollars.

Si l’on rĂ©sume briĂšvement la situation en AmĂ©rique latine: on dĂ©foreste l’Amazonie (ce qui libĂšre de gigantesques quantitĂ©s de CO2) pour cultiver des nĂ©cro-carburants (dont le bilan CO2 est pire que les combustibles fossiles) pour en fin de compte revendiquer des crĂ©dits carbones (pour raison de bonne pratique de non-labour). Ce raisonnement est tout autant spĂ©cieux que celui de Kofi Annan qui veut financer la modulation climatique de l’Afrique grĂące aux apports du marchĂ© des crĂ©dits carbone.

La rĂ©alitĂ©, c’est que la petite paysannerie est ruinĂ©e, spoliĂ©e, cancĂ©risĂ©e, mutagĂ©nĂ©e. La rĂ©alitĂ©, c’est que des dizaines de millions d’hectares de forĂȘt Amazonienne ont Ă©tĂ© dĂ©forestĂ©s (chiffres de 2007: 21 millions d’hectares au BrĂ©sil, 14 millions d’hectares en Argentine, 2 millions hectares au Paraguay et 600 000 hectares en Bolivie) pour les nĂ©cro-carburants (et le soja aliment bĂ©tail pour l’Europe et la Chine) et qu’il est envisagĂ© d’en dĂ©forester encore 60 millions. La rĂ©alitĂ©, c’est que plus 300 espĂšces d’adventices, sur la planĂšte, sont entrĂ©es en “guĂ©rilla gĂ©nĂ©tique” et sont devenues “rĂ©sistantes” au Roundup et autres herbicides, ce qui veut dire qu’elle le “digĂšrent” trĂšs bien. La rĂ©alitĂ©, c’est qu’il existe une nouvelle classe d’esclaves, de serfs, dans les plantations des nĂ©cro-carburants. [144] L’essence verte est rougie par le sang.

Les marchĂ©s de crĂ©dits-carbone sont-ils rĂ©ellement la solution Ă  notre “empreinte Ă©cologique plus noire que le pĂ©chĂ©â€, pour emprunter une formule favorite de James Lovelock?

Une arme de dĂ©population massive: l’eugĂ©nisme

L’autrefois gĂ©nial concepteur de la thĂ©orie GaĂŻa, James Lovelock, monta au crĂ©neau, fin aoĂ»t 2009, pour traiter les environnementalistes qui font campagne contre le rĂ©chauffement climatique anthropique, sans prendre en compte la croissance de population, “d’irrationnels et d’ignorants”. James Lovelock, qui venait d’ĂȘtre nommĂ© parrain de l’ONG “Optimum Population Trust”, en appela aux Verts pour qu’ils «disent la vĂ©ritĂ© et qu’ils s’expriment en public»: «Ceux qui ne veulent pas voir que la croissance de la population et le changement climatique sont les deux faces d’une mĂȘme piĂšce soit sont ignorants, soit se voilent la face. Ces deux gigantesques problĂšmes environnementaux sont insĂ©parables et Ă©voquer l’un tout en ignorant l’autre est irrationnel. (…) Comment pouvons-nous rĂ©ellement dĂ©croĂźtre les Ă©missions de carbone, et l’utilisation des terres, alors que le nombre d’émetteurs, et l’espace qu’ils occupent, s’accroissent sans remords. Quand les environnementalistes qui prĂ©tendent ĂȘtre Verts vont-ils reconnaĂźtre la vĂ©ritĂ© et se prononcer publiquement?» [150] L’Apocalypse selon James Lovelock stipule que le dĂ©chaĂźnement climatique Ă  venir va rĂ©duire la population de la Terre Ă  seulement un demi-milliard d’habitants.

Rappelons que James Lovelock participait Ă  la confĂ©rence de 1975, en Caroline du Nord, organisĂ©e par l’anthropologue Margaret Mead. La confĂ©rence s’intitulait “The atmosphere: endangered and endangering”. Intervenaient Ă  cette confĂ©rence Paul Ehrlich, ultra-malthusien et auteur de la “Bombe P.” (qui avait prophĂ©tisĂ© la disparition de l’Angleterre d’ici l’an 2000) et Stephen Schneider qui faisait la promotion du scĂ©nario du “Refroidissement Global”, vers 1970. Stephen Schneider est connu pour avoir dĂ©clarĂ© en 1996, Ă  un journaliste: «Afin de capturer l’imagination du public, nous devons promouvoir des scĂ©narios de panique, profĂ©rer des dĂ©clarations dramatiques, et trĂšs simplifiĂ©es, et faire abstraction de tout doute que nous puissions avoir… »Roger Martin, le prĂ©sident de Optimum Population Trust dĂ©clara: «Il est tragique que le mouvement Vert ait choisi d’occulter ce phĂ©nomĂšne. Avec l’aide de personnes Ă©minentes, telles que James Lovelock, nous allons faire de notre mieux pour leur rafraĂźchir la mĂ©moire». Cette ONG vient de demander publiquement aux nĂ©gociateurs qui vont se rĂ©unir Ă  Copenhague, en dĂ©cembre 2009, d’inscrire dans les politiques de chaque nation des programmes de contrĂŽle de la population pour lutter contre le changement climatique. Elle prĂ©cise que les programmes de contrĂŽle de la population dans les pays pauvres devraient ĂȘtre “subventionnĂ©s au titre de la modulation climatique”.

Le raisonnement de Roger Martin et du fondateur de cette ONG, Jonathon Porritt (un ancien directeur des Amis de la Terre et ancien administrateur du WWF, au Royaume-Uni) [192], est d’autant plus frauduleux que si on raisonne en terme d’empreinte carbone, celle d’un citoyen US ou Britannique est de 75 Ă  300 fois plus grande que celle d’un paysan de la zone SahĂ©lienne ou un paysan de l’Inde, qui ne “gagnent” qu’un dollar par jour, quand ils le gagnent.

Mon premier conseil Ă  tous ceux qui prĂ©conisent des contrĂŽles de la population draconiens, en raison du rĂ©chauffement climatique anthropique, serait qu’ils donnent l’exemple! Qu’ils dĂ©gagent avant l’orage!

Rappelons encore une fois, pour donner “bonne mesure” que les 300 personnes les plus riches du monde possùdent autant que les 3 milliards de personnes les plus pauvres.

Ce dĂ©bat dĂ©mographique n’est pas sans Ă©voquer le conflit entre RenĂ© Dumont, qui dĂ©nonçait la surpopulation en Afrique et prĂ©conisait l’usage de l’agriculture chimique, et Pierre Rabhi [206], le promoteur des techniques agro-Ă©cologiques en Afrique qui a toujours affirmĂ© que ce continent n’était pas surpeuplĂ©. Pierre Rabhi et le prĂ©sident Sankara auraient fait du Burkina le premier pays Africain “bio” si Sankara n’avait pas Ă©tĂ© assassinĂ©, en 1987, par les AutoritĂ©s, afin que tout rentre dans leur Ordre. Cela aurait peut-ĂȘtre changĂ© le visage de l’Afrique qui ne serait pas en train de succomber aux nĂ©cro-carburants et aux chimĂšres gĂ©nĂ©tiques de Kofi Annan, de Monsanto et de toute la clique mafieuse des multinationales.

Deux chercheurs de l’UniversitĂ© de l’Oregon viennent de publier une Ă©tude “scientifique” dĂ©montrant que si une femme recycle, conduit une voiture Ă  faible consommation, utilise les bonnes ampoules, etc, elle va Ă©conomiser 456 tonnes des CO2 dans sa vie entiĂšre. Cependant, si elle a deux enfants (et en prenant en compte les gĂ©nĂ©rations subsĂ©quentes avec un taux de reproduction de 1,85 par femme d’ici 2050) elle va rajouter Ă  son hĂ©ritage d’empreinte carbone 18 882 tonnes de CO2, ruinant ainsi tous les efforts qu’elle aura dĂ©ployĂ©s pour vivre Ă©conome en carbone.

A quand donc la taxe carbone sur les bĂ©bĂ©s? S’il est clair que le consumĂ©risme effrĂ©nĂ© de la sociĂ©tĂ© occidentale est une pathologie terminale en raison des ressources limitĂ©es de notre planĂšte Terre, le fait d’assimiler une future maman Ă  l’empreinte carbone de ses descendants jusqu’à 2050 manque pour le moins de poĂ©sie et il y a fort Ă  penser que ce type de dĂ©marche soit complĂštement contre-productive, eu Ă©gard Ă  la remise en cause des fondements de notre sociĂ©tĂ© occidentale mortifĂšre. Et ce d’autant plus, si le climat tarde encore un quart de siĂšcle avant de faire mine de commencer Ă  s’échauffer pour de bon!

Tout cela nous rappelle les rapports annuels de la Fondation Rockefeller datant de plus de 40 annĂ©es! Jurriaan Maessen, dans son article “Le programme Ă  long terme de la Fondation Rockefeller: au-delĂ  du riz dorĂ© et des aliments chimĂ©riques” [148] fait une rĂ©fĂ©rence aux “politiques dĂ©mographiques et aux programmes de contrĂŽle de la population” Ă©voquĂ©s Ă  la page 54 de ce rapport annuel 1968 de la Fondation Rockefeller.

«Comme nous le savons, l’appel Ă  une intensification du planning familial au nom de l’environnement a Ă©tĂ© promu de façon croissante par l’élite Malthusienne. Il est Ă©vident que l’une des autres modalitĂ©s mentionnĂ©es par le rapport [annuel 1968 de la Fondation Rockefeller] a Ă©tĂ© dĂ©couverte et exploitĂ©e, de fond en comble: le grand mythe du RĂ©chauffement Global Anthropique fut créé et recouvert d’une sauce subtile de science afin de donner Ă  tout le ragoĂ»t un air de crĂ©dibilitĂ©. Et le programme eugĂ©nique suit son chemin. »

Cela fait prĂšs d’un siĂšcle que la Fondation Rockefeller est archi-impliquĂ©e dans les programmes de contrĂŽle de la population: c’est elle qui a créé aux USA, et de par le monde, des ONGs de contrĂŽle dĂ©mographique. Et nous ne souhaitons pas, dans le cadre restreint de cet article, Ă©voquer son soutien considĂ©rable aux pratiques eugĂ©nistes Nazis et l’organisation de congrĂšs eugĂ©nistes auxquels participĂšrent le pĂšre de John Kennedy, Winston Churchill, les Nazis, et toute une palette de “personnalitĂ©s”. N’oublions pas que les Etats-Unis et la SuĂšde, en dĂ©but de siĂšcle passĂ©, n’ont pas attendu les Nazis pour mettre en place des lĂ©gislations de stĂ©rilisation des citoyens “non conformes”.

Tout ce dossier pue la mort et nous convions les lecteurs intĂ©ressĂ©s Ă  enquĂȘter sur la toile. Ils trouveront sur le site de Liberterre quelques articles dans la rubrique “eugĂ©nisme” qui offrent dĂ©jĂ  un certain nombre de pistes de recherche. [152]NĂ©anmoins, dans les annĂ©es qui viennent, nous n’allons pas pouvoir faire l’économie d’un dĂ©bat fondamental sur l’eugĂ©nisme et le contrĂŽle de la dĂ©mographie alors que des voix de plus en plus nombreuses s’élĂšvent, soit pour dĂ©noncer l’usage qui est fait du rĂ©chauffement climatique anthropique pour invoquer la nĂ©cessitĂ© de contrĂŽles drastiques de la population planĂ©taire, soit, tout au contraire, pour brandir le spectre de l’apocalypse climatique si l’on n’impose pas des contrĂŽles de la population. [151]

Ce qui est clair, c’est que les rĂ©volutions vertes, la premiĂšre et la seconde, sont dĂ©jĂ  Ă  l’oeuvre pour mettre en place des dynamiques de dĂ©lestage dĂ©mographique:

- suicides des paysans qui utilisent les “bienfaits” de la rĂ©volution verte pour mettre fin Ă  leurs jours, Ă  savoir ils boivent du pesticide. On estime Ă  200 000 le nombre de paysans suicidĂ©s en Inde, durant ces dix derniĂšres annĂ©es, et plus particuliĂšrement en raison des Ă©chec rĂ©pĂ©tĂ©s du coton transgĂ©nique de Monsanto. En Inde, deux paysans se suicident toutes les heures. Et ailleurs sur la planĂšte? [153]

- processus de stĂ©rilitĂ© inexorable en raison de l’agriculture chimique et des pesticides. En Inde, prĂ©sentement, ce sont 20 % des jeunes couples qui sont stĂ©riles. A cet Ă©gard, les constats du Professeur Dominique Belpomme sont Ă©galement trĂšs alarmants pour l’Occident et devraient rĂ©jouir tous les nĂ©o-Malthusiens.

- cancĂ©risation de la population en raison de l’alimentation toxique et bien sĂ»r en raison de l’agriculture chimique et pesticidĂ©e. En Inde, ce sont encore 75 % des gens qui vivent de la terre et qui en meurent lorsque la terre se transforme en poison. PrĂ©cisons que les paysans pauvres du Tiers-monde ne bĂ©nĂ©ficient pas de l’arsenal thĂ©rapeutique moderne occidental si tant est que l’on puisse qualifier de “thĂ©rapeutique” la machine infernale de la mĂ©decine allopathique (Il meurt aux USA, tous les ans, 800 000 personnes victimes des effets directs ou collatĂ©raux de cette forme de mĂ©decine. Et en Europe?).

- campagnes de vaccination. Sur ce dossier toutes les supputations sont possibles. Ainsi que Jean-Pierre Berlan le dĂ©crit trĂšs souvent, lorsqu’il analyse les corrĂ©lations entre les deux guerres mondiales et l’agriculture moderne de guerre: l’objectif de la guerre, ce n’est pas de tuer, c’est de produire des handicapĂ©s qui coĂ»tent trĂšs cher Ă  l’Etat. Il en est de mĂȘme avec les vaccinations. L’abomination de cette technologie, c’est qu’elle dĂ©truit le systĂšme immunitaire et qu’elle produit beaucoup de maladifs et d’handicapĂ©s qui font la fortune des multinationales de la pharmacie qui vendent d’autant plus de “remĂšdes” pour pallier aux pathologies qu’ils ont eux-mĂȘmes créées. Car si ce n’est pas cela, pourquoi sont-elles toutes en train de se prĂ©cipiter vers l’Afrique alors que jusqu’à ces derniĂšres annĂ©es, les trois-quarts des thĂ©rapies utilisĂ©es par les paysans de ce continent Ă©taient encore Ă  base de plantes mĂ©dicinales?

Dans cet article, j’ai approfondi un peu plus la situation de l’Afrique. J’aurais pu, bien sĂ»r, exposer le fait que le responsable Ă  l’IRRI, dans l’Asie du sud-est, du riz transgĂ©nique Ă  la vitamine A “de jonquille” (financĂ© par la Fondation Rockefeller) est sous la responsabilitĂ© d’un ancien directeur de chez Monsanto, Gerard Barry [174]. J’aurais pu Ă©voquer la visite de trois reprĂ©sentants de Monsanto, il y a quelques annĂ©es, chez l’un des inspirateurs du mouvement paysan bio dans le sud de l’Inde, Nadayan Reddy: ils lui proposĂšrent 35 000 dollars, cash sur la table, pour qu’il fasse un tout petit discours afin de vanter le coton transgĂ©nique de Monsanto. Nadayan Reddy, un paysan d’inspiration Gandhienne, les reconduisit poliment Ă  la porte.

J’ai tentĂ© de jeter un peu plus de lumiĂšre sur l’Afrique car c’est le laboratoire, par excellence, de la seconde rĂ©volution verte gĂ©nĂ©tique, eugĂ©nique et gĂ©nocidaire.

«[148]

L’Afrique est le jouet des multinationales qui vont oeuvrer pour Ă©liminer du continent jusqu’à la derniĂšre semence libre, la derniĂšre semence paysanne traditionnelle.

Monsanto vient d’annoncer, en aoĂ»t 2009, que l’augmentation du prix de vente de ses semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es atteindrait 42% en 2010! [43]

Le mĂȘme Monsanto qui avec Syngenta, DuPont/Pioneer Hi-Bred, la Fondation Bill Gates, la Fondation Rockefeller, et le CGIAR, sont en train d’investir dans une banque de semences Ă  l’intĂ©rieur d’une montagne sur l’üle de Spitsberg, (Svalbard) en NorvĂšge, pour le “futur de l’humanitĂ©â€. Quelle humanitĂ© et quel futur? C’est lĂ -mĂȘme que le secrĂ©taire de l’ONU, Ban Ki-moon a donnĂ© son discours larmoyant en septembre 2009 sur la “fonte catastrophique de la banquise”. [155] En fait, ce que les journalistes ne disent pas, c’est que son bateau ne pouvait pas aller plus loin car la mer Ă©tait bloquĂ©e par les glaces!

«Le projet du Svalbard sera gĂ©rĂ© par un organisme appelĂ© “Trust Mondial pour la DiversitĂ© VĂ©gĂ©tale” (GCDT). Qui sont-ils pour dĂ©tenir une responsabilitĂ© aussi considĂ©rable sur la diversitĂ© des semences de la planĂšte entiĂšre ? Le GCDT a Ă©tĂ© fondĂ© par la FAO et par Bioversity International (anciennement International Plant Genetic Research Institute), une ramification du CGIAR.

Le GCDT est basĂ© Ă  Rome. Son conseil est prĂ©sidĂ© par Margaret Catley-Carlson, une Canadienne Ă©galement prĂ©sente au comitĂ© consultatif du groupe Suez Lyonnaise des Eaux, l’une des plus grandes sociĂ©tĂ©s privĂ©es de l’eau. Jusqu’en 1998, Catley-Carlson Ă©tait aussi prĂ©sidente du ComitĂ© sur la Population (Population Council) Ă©tabli Ă  New York, l’organisation de rĂ©duction des populations de John D. Rockefeller, créé en 1952 pour accĂ©lĂ©rer le programme d’eugĂ©nisme de la famille Rockefeller, sous couvert de promouvoir le planning familial, le systĂšme de contrĂŽle des naissances, la stĂ©rilisation et le “contrĂŽle de la population” des pays en voie de dĂ©veloppement.

Les autres membres du conseil de GCDT comptent l’ancien cadre de Bank of America, actuellement chef de Hollywood DreamWorks Animation, Lewis Coleman. Coleman est aussi administrateur de Northrup Grumman Corporation, l’un des plus grands entrepreneurs de l’industrie militaire du Pentagone.» [153]

Il faut encore prĂ©ciser que l’objectif des centres du CGIAR (créé par la Fondation Rockefeller) Ă©tait de conserver, dans diverses “banques de semences”, les ressources gĂ©nĂ©tiques de l’humanitĂ©. Mais, il y a quelques annĂ©es, les centres du CGIAR ont “confiĂ©â€ toutes ces ressources aux multinationales de la semence. Ce qui n’est pas sans rappeler les manifestations paysannes en Inde, en dĂ©cembre 2002, pour empĂȘcher l’universitĂ© de Raipur de “vendre” la collection du Professeur Richcharia de 22 972 variĂ©tĂ©s de riz Ă  la multinationale Syngenta. [181]

L’alerte n’est pas climatique, elle est humanitaire

Il n’y pas d’injustice climatique mais il y a, par contre, une injustice alimentaire criante. Il n’y a pas de Titanic climatique, le Titanic est strictement agricole. Il n’y pas d’alerte climatique, l’alerte est humanitaire.

Les pleurnicheries de Mr Kofi Annan sont une insulte Ă  la misĂšre rĂ©elle, et non virtuelle, d’une grande partie de l’humanitĂ©. Lorsque Mr Kofi Annan affirme que «le changement climatique est une crise humaine silencieuse… et que cela constitue le dĂ©fi humanitaire Ă©mergent le plus grand de notre Ă©poque», de qui se moque-t-il? Son chiffre de 325 000 personnes mourant du “changement climatique” tous les ans, c’est de l’esbroufe.Un milliard d’affamĂ©s sur la planĂšte et plus de 30 000 personnes dĂ©cĂ©dant tous les jours de faim, voilĂ  LA crise humaine silencieuse dont jamais personne ne parle (ou bien alors une fois tous les 10 ans Ă  Rome lorsque toute la clique se rĂ©unit pour faire de grandes dĂ©clarations pompeuses et hypocrites qui ne seront suivies d’aucun effet. N’en dĂ©plaise Ă  Mr Kofi Annan, il n’existe pas de “rĂ©fugiĂ©s climatiques”, il existe, par contre, des rĂ©fugiĂ©s de la faim et c’est dans la mort que se rĂ©fugient plus de 30 000 ĂȘtres humains tous les jours.

Ce sont 2,6 milliards d’humains qui sont sans assainissement, et ce sont 1,3 milliards d’humains qui sont sans accĂšs Ă  l’eau potable. Tous les ans, 2 millions d’enfants de moins de cinq ans meurent de maladies diarrhĂ©iques liĂ©es au manque d’eau potable. Il faudrait seulement investir 1,5 milliard de dollars chaque annĂ©e pendant 10 ans pour que les 300 millions d’Africains, qui n’ont pas d’eau potable, puissent y accĂ©der et pour que 80% d’entre eux puissent accĂ©der Ă  l’assainissement. Une bagatelle.

Le rĂ©chauffement climatique anthropique n’a rien Ă  voir avec la destruction de l’Afrique, ou des autres continents d’ailleurs. Les responsabilitĂ©s incombent au colonialisme, Ă  la monoculture, Ă  la dĂ©forestation et Ă  la dĂ©sertification qui s’ensuivirent. La seconde rĂ©volution verte gĂ©nĂ©tique, c’est un nouveau colonialisme transgĂ©nique de monocultures de nĂ©cro-carburants ou d’aliments pour les animaux esclaves de l’homme occidental.

Il faut Ă©galement souligner que la course aux gĂšnes climatiques rĂ©sistants Ă  la sĂ©cheresse est concomitante avec un reverdissement spectaculaire des zones SahĂ©liennes, ce qui constitue un sujet de dĂ©bats acharnĂ©s entre les climatologistes. [134] [135] Et alors mĂȘme que les “scientifiques” du GIEC ont prĂ©dit une rĂ©duction des rĂ©coltes de 50 % d’ici 2020 en Afrique!

Les solutions pour l’agriculture de l’Afrique, et pour tous les pays dits du Tiers-Monde, sont simples, trop simples: reforestation, pratiques agro-Ă©cologiques et semences de vie. Elles ne pourront, cependant, ĂȘtre mises en oeuvre que le jour oĂč tous les colonialistes seront expulsĂ©s: les multinationales, les pĂ©troliers, les extracteurs de diamant, de zinc, d’uranium, et toutes les ONGs dont une bonne partie constitue l’avant-garde de l’empire, et bien sĂ»r tous les roitelets et dictateurs, marionnettes contrĂŽlĂ©es, en bonne et due forme, par les AutoritĂ©s.

Distinguer le rĂ©el de l’imaginaire et la vĂ©ritĂ© de la propagande.

Michael Crichton, qui dans les derniĂšres annĂ©es de sa vie dĂ©nonça avec virulence l’imposture climatique, avait dit: «Le plus grand dĂ©fi auquel l’humanitĂ© soit confrontĂ© est celui de distinguer le rĂ©el de l’imaginaire et la vĂ©ritĂ© de la propagande.» L’erreur fondamentale qui semble avoir Ă©tĂ© implantĂ©e dans la psychĂ© humaine, depuis fort longtemps, ne serait-ce pas l’illusion que l’homme puisse dominer la Nature et y compris mĂȘme en contrĂŽler le Climat?

La “science” Ă  façon du GIEC est basĂ©e sur d’énormes fraudes dont l’une vient d’éclater au grand jour en fin de septembre 2009. La crosse de hockey, l’emblĂšme, le logo du rĂ©chauffement climatique anthropique, est basĂ©e sur une fraude scientifique qui vient d’ĂȘtre dĂ©voilĂ©e. [140] [141] [142] [143] [149] Une dĂ©ferlante, mais pas celle prĂ©dite par le GIEC, va bientĂŽt laminer le chĂąteau de sable de cette pseudo-science. Elle est tout autant crĂ©dible, cette science, que les dĂ©clarations de Mr Sarkozy qui confond encore la couche d’ozone avec l’effet de serre [161] [162] [200]; les dĂ©clarations de Mr Rocard, l’ambassadeur des pĂŽles, qui confond encore la couche d’ozone avec l’effet de serre et le dioxyde de carbone avec le monoxyde de carbone [163]; les dĂ©clarations de Mr Al Gore, qui confond encore la banquise et la calotte polaire. [164] [165] Ce qui lui a fait dire rĂ©cemment que la calotte de glace polaire aurait intĂ©gralement fondu dans quelques annĂ©es! [180] Peut-ĂȘtre devrait-il postuler au GIEC? Car il y a de la dĂ©fection dans l’air!J’en profite pour tirer ma rĂ©vĂ©rence Ă  Vaclav Klaus, le prĂ©sident TchĂšque, qui dans le dĂ©bat sur le climat a su garder son intĂ©gritĂ© et ne pas succomber aux sirĂšnes des caniculs-bĂ©nis. Il est pathĂ©tique que certains mouvements â€œĂ©cologiques” se ridiculisent Ă  promouvoir de telles berludondaines et se rendent, par lĂ -mĂȘme, complices de la destruction des communautĂ©s humaines des pays les plus pauvres par les nĂ©cro-carburants et les chimĂšres gĂ©nĂ©tiques. Quant aux organisations “non-gouvernementales” qui en ont fait leur fonds de commerce, on sait de quel cĂŽtĂ© elles se situent, du cĂŽtĂ© de l’argent et parfois mĂȘme, si on soulĂšve le paillasson, du cĂŽtĂ© de l’eugĂ©nisme ou de la dĂ©population.

En attendant (que les calottes de glace se dĂ©sintĂšgrent), aux quelques intĂ©gristes qui m’ont accusĂ© de complicitĂ© avec les pĂ©troliers, Ă  la suite de mes deux premiers articles, je dirai que nous sommes tous complices des pĂ©troliers, dĂšs que nous ouvrons le robinet Ă  la pompe Ă  essence, dĂšs que nous consommons des aliments issus de la pĂ©tro-agriculture, dĂšs que nous consommons des aliments “bios” qui arrivent d’Inde ou d’Afrique (et qui ont Ă©tĂ© cultivĂ©s par des travailleurs Ă  1 dollar par jour!), dĂšs que nous achetons des “choses” qui ont Ă©tĂ© produites Ă  l’autre bout de la planĂšte par des enfants ou par des paysans chassĂ©s de leur terre par les multinationales.

La taxe “carbonette-mignonette” n’a rien de rĂ©volutionnaire. Ce qui serait vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire, c’est de confisquer les 14 milliards d’euros de bĂ©nĂ©fice de Total, pour l’annĂ©e 2008, pour les attribuer Ă  la reforestation de l’Afrique ou Ă  la recherche sur les Ă©nergies alternatives (au lieu que Total les investissent dans les centrales nuclĂ©aires). Ce qui serait encore plus rĂ©volutionnaire, c’est de dĂ©manteler les cartels pĂ©troliers qui volent les ressources collectives planĂ©taires, car le pĂ©trole ne leur appartient pas. Ce qui serait encore plus rĂ©volutionnaire, c’est de dĂ©manteler les cartels financiers qui ont confisquĂ© un bien public, Ă  savoir le privilĂšge de crĂ©er de la monnaie [195] (et bien sĂ»r de dĂ©manteler ces deux structures mafieuses que sont le FMI et la Banque Mondiale). Ce qui serait encore plus rĂ©volutionnaire, c’est de mettre fin Ă  la dictature de tous les cartels sur la planĂšte.

Et ce qui serait encore trĂšs rĂ©volutionnaire, ce serait d’éclaircir tous les mystĂšres qui planent au-dessus des fins de vie de Nikola Tesla, de Wilhelm Reich et de Victor Schauberger car il semblerait que ces trois dĂ©couvreurs gĂ©niaux aient suscitĂ© beaucoup de tracas aux AutoritĂ©s en ce qui concerne les â€œĂ©nergies alternatives”. L’un mourut dans la misĂšre, aprĂšs que ses dĂ©couvertes aient Ă©tĂ© torpillĂ©es par Edison, Marconi et les trusts de l’énergie; l’autre mourut assassinĂ© dans les prisons des USA; et le dernier mourut 5 jours aprĂšs qu’il eut Ă©tĂ© ramenĂ© en Autriche des USA aprĂšs y avoir abandonnĂ© les droits de tous ses brevets qui n’ont jamais rĂ©apparu depuis.

C’est tout un programme et il faut y aller sans doute par Ă©tapes afin de ne pas choquer les AutoritĂ©s. PremiĂšre phase: lancer un boycott de la taxe carbone et seconde phase: requĂ©rir du prĂ©sident de la France qu’il confisque les 14 milliards d’euros de bĂ©nĂ©fice de Total pour abus et vol de ressources communautaires. On peut encore rĂȘver.

Pour Ă©viter de choquer les Ăąmes sensibles, je me suis gardĂ©, dans cet article, de prononcer le mot “conspiration”. Et pourtant, pour parler de climat, de carbone et d’atmosphĂšre, ce terme est le bienvenu car il signifie en latin “respirer avec”. L’humanitĂ© partage son atmosphĂšre avec tous les ĂȘtres vivants de la biosphĂšre et tous les Ă©lĂ©ments non vivants Ă  la surface de la planĂšte. Nous partageons tous du mĂȘme oxygĂšne et du mĂȘme dioxyde de carbone. Nous sommes tous en “conspiration”.

Donc je ne parlerai pas de conspiration mais je parlerai d’un systĂšme mafieux, et mĂȘme “panmafieux”, qui a pris toute l’humanitĂ© en otage. Ce qui serait rĂ©volutionnaire, c’est de faire juger par les tribunaux la poignĂ©e de quelques centaines de terroristes pĂ©troliers, de terroristes alimentaires, de terroristes financiers, de terroristes vaccinalistes… tous membres de ce rĂ©seau “panmafieux”.

Mais il est vrai qu’ils contrĂŽlent les tribunaux… et que parfois mĂȘme ils possĂšdent les prisons. Il faudra donc s’en remettre aux Insurrections qui ne manqueront pas de venir… ou bien Ă  GaĂŻa.

Car ce serait vraiment un non-sens cosmique que GaĂŻa, la Terre-MĂšre, nous ait fait Ă©merger de son berceau, nous l’espĂšce humaine, pour qu’une poignĂ©e de criminels, dĂ©ments et inhumains, dĂ©vaste sa biosphĂšre.

Dominique Guillet

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