Category: Ordre Mondial

juin 15 2010

Vladimir Poutine et l’Empire eurasiatique de la Fin, par Jean Parvulesco

La parution du dernier livre de Jean Parvulesco, La confirmation borĂ©ale, est un Ă©vènement littĂ©raire majeur qui a bien sur Ă©tĂ© totalement occultĂ© par les « mĂ©dias autorisĂ©s ». Pour tous ceux qui veulent comprendre le monde – celui dans lequel nous sommes et celui vers lequel nous nous dirigeons – cet ouvrage, pour lequel Michel Mourlet Ă©crivait il y a peu qu’il « est comme un obus de la Grosse Bertha par rapport aux balles en caoutchouc des forces de l’ordre », sera incontournable.

C’est avec l’aimable autorisation des Editions Alexipharmaque que nous vous prĂ©sentons, en exclusivitĂ©, un chapitre complet de La confirmation borĂ©ale.

Mecanopolis

oeil

Vladimir Poutine et l’Empire eurasiatique de la Fin

Par Jean Parvulesco

Que l’on en soit réellement conscients ou pas, nous nous trouvons à présent sur la ligne du partage des eaux de la « grande histoire », soudain proche de son terme : quelque chose y prend fin définitivement, et quelque chose d’autre va bientôt s’y passer, abyssalement, quelque chose d’absolument nouveau.

La terreur sournoise et dégradante exercée, à l’échelle planétaire, par la subversion suractivée de la conspiration mondialiste qu’arme, justifie et n’en finit plus d’imposer sa doctrine du « politiquement correct » soi-disant démocratique, atteint, à l’heure présente, les ultimes limites dé l’insupportable, du cauchemar permanent et total. Arrivant, ainsi, en ces extrémités, à ce paroxysme final de l’affirmation active, des impositions subversives et totalitaires de la conspiration mondialiste en place et de sa terreur démocratique incapacitante, l’histoire mondiale semble s’être momentanément arrêtée dans sa marche, comme auto-immobilisée dans l’attente de l’instant fatal où il lui faudra basculer, inéluctablement, dans un état absolument contraire à celui de son actuel blocage négatif total, changer entièrement de sens.

Car une nouvelle forme spécifique de changement est à présent apparue dans le devenir visible de l’histoire mondiale, une nouvelle forme ontologique d’action directe dans le cours immédiat de l’histoire, qui implique et décide, à terme, quand l’heure en vient, l’auto-destitution aussi totale qu’instantanée, sans la moindre intervention extérieure, de toute situation de pouvoir fondamentalement constituée, s’affirmant politiquement et fût-elle apparemment inexpugnable en ses assises du moment : ce qui semblait ainsi devoir durer indéfiniment, disparaîtra alors d’une mystérieuse manière soudaine, sans laisser de trace, effacé à jamais du courant de l’histoire ; comme si rien il n’y avait eu.

Comprendre ce qui fait avancer l’histoire par en-dessous…

C’est que, lors de ses grands changements, lors de ses grands tournants décisifs, imprévisibles, soudains, l’histoire se trouve forcée de muer, de se transformer de par le mystère même de ses propres profondeurs irrationnelles, mystère en action que seules mènent, depuis l’invisible, les décisions révolutionnaires occultes de la Divine Providence toujours là, toujours dissimulée derrière les événements immédiatement visibles. Comprendre l’histoire dans sa marche, ce n’est pas en pénétrer les raisons objectives, qui ne sont jamais que des apparences arrangées, mais ne pas méconnaître l’identité abyssale de ce qui la mène et fait avancer vraiment, par en-dessous, suivant un dessein providentiellement conçu et conduit d’en dehors des temps.

Ainsi en avait-il Ă©tĂ© de la fin abrupte du communisme soviĂ©tique et de l’ensemble de ses conspirations subversives de dimensions planĂ©taires : sans la moindre intervention visible venant de l’extĂ©rieur de ce qui Ă©tait en train de se passer au moment dĂ©cisif, sans absolument aucune raison objective, Ă  l’heure prĂ©vue – et que personne n’attendait, parce qu’il s’agissait d’une heure occulte, supra-historique – il s’en Ă©tait produit comme un brusque effondrement total, de l’intĂ©rieur de celui-ci, comme un soudain Ă©clair noir, annulant tout, et la plus grande puissance politico-militaire du monde a cessĂ© d’exister, s’est trouvĂ©e comme aspirĂ©e par le nĂ©ant qu’elle portait secrètement en elle, instantanĂ©ment. Et tout Ă  fait dĂ©finitivement, sans trĂŞve ni recours.

L’histoire démocratique de l’Europe est morte

Or cette mĂŞme nouvelle structure ontologique d’auto-destitution instantanĂ©e, mystĂ©rieuse dans ses apparences, vient Ă©galement de frapper l’ensemble de l’actuelle situation politique europĂ©enne. Disparues, dans le nĂ©ant de leur propre auto-destitution, les toutes-puissantes dĂ©mocraties chrĂ©tiennes italienne et allemande, tout comme semble s’être Ă©vanoui le grand rĂŞve impĂ©rial europĂ©en du « gaullisme de la fin » et, en France aussi, le vaste mouvement de mobilisation populaire qu’avait mis en place le Front National, ainsi que le Parti Communiste lui-mĂŞme, Ă©clatĂ©, de l’intĂ©rieur, en des morceaux disparates. Alors que, sous les apparences mĂŞmes de leur pouvoir, Ă  l’heure prĂ©sente inconditionnellement encore en place – en France, en Allemagne, en Italie – la social-dĂ©mocratie, sous-traitance locale de la conspiration mondialiste, installĂ©e partout en Europe, ainsi qu’en Grande Bretagne, se trouve malgrĂ© tout, elle-mĂŞme, dĂ©sormais, Ă  la merci du brusque mouvement sismique des profondeurs qui va la renvoyer, d’un moment Ă  l’autre, Ă  son trou noir d’origine. Ainsi, de Bucarest Ă  Lisbonne, un immense dĂ©sert vide, calcinĂ©, morne, immobile, « suintant des malĂ©fices secrets, imprĂ©visibles », s’étend au comble de la dĂ©solation, au comble de l’impuissance. L’histoire dĂ©mocratique de l’Europe est morte, qui est en train de devenir sa propre fosse commune.

Or c’est bien au-dessus de cette fosse commune déliquescente que va devoir se lever, bientôt, et de quelle manière inattendue, l’immense tourbillon de feu de l’entreprise révolutionnaire grand-européenne de salut et de libération visant à mettre en piste, politiquement et historiquement, ce qu’il est déjà convenu d’appeler l’Empire Eurasiatique de la Fin.

Car, si, dĂ©sormais, en ces temps d’interrègne, sans heure ni espĂ©rance ni plus aucune attente lĂ©gitime, quand l’évidence de l’abdication politique de l’Europe fait fonction d’un champ d’épandage final, seule risque encore d’avoir cours, prĂ©cisĂ©ment, l’ontologie de l’auto-destitution instantanĂ©e de cet ensemble politique en situation terminale – ainsi que cela s’était dĂ©jĂ  vu avec l’auto-destitution politique de l’Union SoviĂ©tique, ou avec le mystĂ©rieux Ă©vanouissement sur place des dĂ©mocratie chrĂ©tiennes europĂ©ennes – il n’est pas moins certain que le mouvement dialectiquement contraire, celui d’une ontologie de renversement total et de reconstitution abyssale, d’une soudaine remontĂ©e paroxystique de l’Être originel, d’une Ă©mergence de renversement absolu et de recommencement absolu d’une situation apparemment fermĂ©e sans recours puisse Ă©galement avoir, lieu, Ă  tout instant. Et tout faire basculer, d’un seul coup.

Un prochain basculement

Aujourd’hui, partout, dans l’espace intérieur propre de la plus Grande Europe, de l’Europe en tant qu’avant-garde révolutionnaire du Grand Continent Eurasiatique, le feu du retour à l’être, du redressement politique révolutionnaire de l’ensemble du continent couve souterrainement, se maintient envers et contre tout, clandestinement disponible dans l’attente de cette « émergence de renversement absolu et de recommencement absolu » qui doit marquer le prochain basculement de l’actuelle situation politique européenne en son propre contraire. Cela, c’est bien la dialectique agissante de la nouvelle forme d’intervention ontologique dans l’histoire qui l’exige, à travers son double commandement de l’auto-destitution du passé, des formes condamnées et déjà révolues, et de la mobilisation abyssale de ce qui, soudain, sera appelé à donner son nouveau visage à l’avenir déjà, secrètement, en marche.

Du projet océanique fondamental de l’Amiral Gorchkov

En conclusion Ă  un travail de recherche politico-rĂ©volutionnaire que je faisais paraĂ®tre, en 1976, sous le titre de La ligne gĂ©opolitique de l’URSS et le « projet ocĂ©anique fondamental » de l’Amiral G. S. Gorchkov, j’avais placĂ©, prophĂ©tiquement – Ă  prĂ©sent je m’en rends compte – les lignes suivantes, dont l’actualitĂ© me paraĂ®t tout Ă  fait saisissante, plus que jamais immĂ©diatement opĂ©ratoire :

«  C’est sous le jour de cette conception intĂ©riorisante de l’histoire qu’il faudra savoir – savoir d’avance, tout est lĂ  – qui, en Union SoviĂ©tique, finira par l’emporter, Ă  l’heure voulue, sur l’autre camp, implacablement, pour s’engager aussitĂ´t Ă  changer – dans un sens ou dans l’autre – la direction et jusqu’à la face mĂŞme de l’histoire du monde. Aujourd’hui comme hier, tel est le but unique : changer la face du monde. Cependant, dans la perspective du but unique, lequel des deux camps l’emportera sur l’autre? Celui qui saura laisser apparaĂ®tre, en son sein, la volontĂ© de destin de l’homme providentiel, qui sera, aussi, l’homme de la dernière bataille. Quand viendra-t-il, celui-lĂ  ? InĂ©luctablement, Ă  l’heure prĂ©vue. »

Or c’est très prĂ©cisĂ©ment l’apparition – l’avènement – de ce que j’appelais, alors, l’« homme providentiel » que, aujourd’hui que les temps sont prĂŞts, va devoir provoquer le basculement final de l’actualitĂ© politique europĂ©enne immĂ©diate dans le sens de son retour rĂ©volutionnaire Ă  l’Être, fournir – au-delĂ  de l’actuel dĂ©sastre de celle-ci – sa forme ontologique dĂ©cisive Ă  un autre recommencement total de l’histoire et de la conscience politique europĂ©ennes, de leurs structures d’affirmation et de prĂ©sence agissante propres, renouvelĂ©es depuis leurs profondeurs originelles retrouvĂ©es.

Car c’est un fait : la déflagration révolutionnaire finale est à présent prête à éclater. Partout en Europe, des « groupes géopolitiques » de conscience et d’intervention politique clandestine impériale grand-européenne, agissant déjà sur des dimensions continentales eurasiatiques, se trouvent à l’affût de l’imminent changement de l’histoire proche de sa fin, changement qui est en train de s’amorcer souterrainement et dont ces « groupes géopolitiques » mobilisés sur place constituent la masse explosive, à laquelle l’apparition de l’« homme providentiel », du nouveau « concept absolu » de l’histoire arrivant à son point critique suprême, apportera le détonateur prédestiné.

La définition idéologico-doctrinale de ce changement annoncé, on peut la trouver, exhaustivement arrêtée, dans un récent document émanant d’une des centrales opérationnelles à l’œuvre, à demi-clandestinement, de ce vaste mouvement politique souterrain, dont celle-ci représente une des actuelles instances décisives d’affirmation révolutionnaire immédiate. De cette définition idéologico-doctrinale, en voici donc, ci-dessous, le document faisant état de son projet opérationnel de base, document connu plus ou moins confidentiellement sous le titre de « Pacte Impérial Eurasiatique ». Je cite, textuellement.

Un document fondationnel : « Le Pacte Impérial Eurasiatique »

« C’est de la confrontation de nos doctrines impériales et catholiques avec la réalité politico-historique actuelle, directe, à laquelle celles-ci s’adressent révolutionnairement, qu’il va en résulter, dialectiquement, l’émergence finale du Grand Empire catholique constituant notre objectif ultime, l’Imperium Ultimum, du Regnum Sanctum, qui devra comporter, en principe, trois stades opérationnels, trois étapes édificationnelles prévues.

Le premier de ces trois stades opĂ©rationnels, celui de l’acte mĂŞme de la mise en piste du projet impĂ©rial final, concernera la crĂ©ation de l’axe Paris-Berlin-Moscou, pĂ´le europĂ©en grand-continental impĂ©rial Ă  venir. Ne devant pas comporter d’intĂ©gration politique Ă  proprement parler de la France, de l’Allemagne et de la Russie, l’axe Paris-Berlin-Moscou n’aura qu’une première fonction de mise en convergence dĂ©finitive et totale de la communion de destin – de la prĂ©destination – des trois pays du pĂ´le fondationnel grand-continental mobilisĂ©s en avant par une mĂŞme vision impĂ©riale irrĂ©vocable, par la dĂ©cision du Pacte Fondamental.

Le deuxième des trois stades opérationnels de l’IMPERIUM ULTIMUM vers la réalisation effective de l’Empire Eurasiatique de la Fin, constitué par l’intégration politico-historique totale de l’Europe de l’Ouest et de l’Est, de la Russie et de la Grande-Sibérie, de l’Inde et du Japon.

Une deuxième Guerre de Sécession

Quant au troisième stade opĂ©rationnel de l’édification rĂ©volutionnaire impĂ©riale catholique de ce monde et de son histoire finale, il devra inclure, aussi, après la rĂ©duction dĂ©finitive de la conspiration dĂ©mocratique mondialiste menĂ©e par la « Superpuissance PlanĂ©taire des États-Unis » et la libĂ©ration rĂ©volutionnaire de celle-ci, la double instance gĂ©opolitique intĂ©grĂ©e des deux AmĂ©riques, l’AmĂ©rique du Sud et l’AmĂ©rique du Nord. Le troisième stade impĂ©rial de l’histoire finale du monde sera celui de l’apparition de l’Archipel PlanĂ©taire unifiĂ©, entitĂ© suprahistorique, transcendantale, placĂ©e sous la lumière rĂ©vĂ©latrice, parousiale, du REGNUM SANCTUM.

Aussi la conspiration mondialiste de la Superpuissance Planétaire des États-Unis devra-t-elle prendre fin en s’auto-dé-truisant elle-même, dans les termes d’une guerre civile continentale qui sera la répétition à rebours de la Guerre de Sécession américaine, de son propre acte fondationnel des origines (1861-1865).

Lors de cette seconde Guerre de SĂ©cession, ce sera la majoritĂ© nationale oppressĂ©e de la Superpuissance PlanĂ©taire des États-Unis, sa majoritĂ© « sudiste », traditionnelle et spiritualiste, catholique, d’hĂ©ritage europĂ©en en continuitĂ©, qui va devoir l’emporter, irrĂ©versiblement, sur la partie « nordiste », anti-traditionnelle, gauchiste et matĂ©rialiste du continent nord-amĂ©ricain.

Et ce sera la mission prĂ©destinĂ©e de l’AmĂ©rique du Sud qui, entre temps, sous l’impulsion rĂ©volutionnaire de l’Argentine et du Chili, aura dĂ©jĂ  su faire, accomplir sa propre intĂ©gration continentale, que de soutenir, politiquement et stratĂ©giquement, l’effort de la majoritĂ© nationale, « sudiste », des États-Unis dans son entreprise de nettoyage rĂ©volutionnaire final du continent nord-amĂ©ricain lors de la deuxième Guerre de SĂ©cession.

Et c’est ainsi qu’à la fin de l’histoire actuelle de ce monde et au-delà de celle-ci, l’Archipel Planétaire dans sa totalité géopolitiquement intégrale va se trouver identifié, d’une manière transcendantale, supra-historique, avec le concept agissant du Grand Empire Catholique de la Fin, avec le Regnum Sanctum. C’est en cela aussi que nous reconnaissons, et affirmons tout haut, la mission, la prédestination révolutionnaire transcendantale de notre propre génération choisie pour qu’elle prenne sur elle d’accomplir le changement apocalyptique de ce monde, suivant un dessein conçu dans l’invisible. »

Le « signe du départ » : l’apparition d’un nouveau « concept absolu », d’un nouvel « homme providentiel »

Ce sont donc les « groupes géopolitiques » de l’ensemble révolutionnaire grand-européen en situation souterraine qui constituent, à l’heure présente, le dispositif d’émergence, déjà en place, du futur mouvement de basculement sismique, du futur renversement ontologique du sens de l’histoire actuelle à son terme final. Renversement qui marquera le nouveau recommencement révolutionnaire de la nouvelle histoire mondiale s’apprêtant à faire sa soudaine apparition. Laquelle, pour apparaître, n’attend plus que le « signal du départ » de son nouveau destin, l’événement fondamental qui sera celui de l’avènement-là du « concept absolu », de l’« homme providentiel », dans lequel il lui est demandé de s’incarner pour qu’elle puisse agir au niveau de l’histoire visible, encristalliser brusquement, en polariser suractivement sa nouvelle identité révolutionnaire à venir, ou plutôt qui est déjà en train de nous en venir.

Or, avec l’accession de Vladimir Poutine à la magistrature politique suprême de la « Nouvelle Russie », le « concept absolu » de la nouvelle histoire mondiale déjà souterrainement en cours, l’« homme providentiel » du recommencement abyssal de celle-ci, vient assez mystérieusement d’apparaître à la lumière du jour, et faire de par cela même que tout se jette, brusquement, en avant vers cette Totale Weltrevolution dont secrètement nous attendions tous, et depuis si longtemps, la venue définitive, l’« affirmation polaire de la fin ».

Poutine : émanation des conseils secrets des Forces Armées ?

Mais qui est, en fait, Vladimir Poutine? Vladimir Poutine, c’est avant tout et très essentiellement l’émanation directe des conseils secrets rĂ©volutionnaires permanents des Forces ArmĂ©es de l’Union SoviĂ©tique, qui se cherchaient, et qui guettaient l’occasion de faire surface, de franchir la ligne du passage Ă  l’histoire visible, active, depuis dĂ©jĂ  les annĂ©es 1948-1952, quand il y avait eu les premières manifestations de taille de leur action, de leur prĂ©sence combattante, de leur volontĂ© d’affirmation politique propre, non pas contre l’État SoviĂ©tique, mais confidentiellement au sein mĂŞme des structures de pouvoir propres de celui-ci. C’est depuis lors que l’on a pu parler d’une doctrine national-rĂ©volutionnaire immanente des Forces ArmĂ©es de l’Union SoviĂ©tique, doctrine qui est allĂ©e en se prĂ©cisant d’une manière de plus en plus dĂ©cisive Ă  partir des annĂ©es soixante, et dont les thèses gĂ©opolitiques de base se sont trouvĂ©es confidentiellement soutenues par L. I. Brejnev et, par la suite, ouvertement – ou presque – par Y. V. Andropov.

Chtemenko et Ogarkov

Deux personnalités militaires de tout premier plan passent pour avoir été, et restent encore des représentants emblématiques de pointe de la doctrine politico-militaire immanente des Forces Armées Soviétiques, doctrine globale, à demi-clandestine, ou plutôt implicite, mais, dans son temps, de plus en plus active et suractivante là où elle parvenait à agir, et qui, aujourd’hui, est en passe de devenir, effectivement, et tout à fait à découvert cette fois-ci, la doctrine géopolitique officielle de la « Nouvelle Russie ». Ces deux personnalités militaires soviétiques, sont l’ancien chef du CRU et, par la suite, de l’État-major Général des Forces Armées de l’URSS, ainsi que ultérieurement, commandant en chef des forces du Pacte de Varsovie, le Général-Colonel S. M. Chtemenko, et le Maréchal N. V. Ogarkov qui, lui aussi, tout comme le Général-Colonel S. M. Chtemenko, devait accéder, quelques années après, à la tête de l’État-major Général des Forces Armées soviétiques. C’est en tant que chef de l’État-major Général des Forces Armées de l’URSS que le maréchal N. V. Ogarkov avait tenté, et failli même réussir, une prise de contrôle totale de la direction politique de l’URSS par les Forces Armées, ayant finalement échoué à cause de la contre-conspiration rivale, qui allait amener au pouvoir, à travers le secrétariat général du Parti Communiste, Mikhaïl Gorbatchev, pour aboutir, en dernière instance, à l’auto-destitution politique irréversible de l’ancienne Union Soviétique.

Dans son livre capital, qui avait dĂ©finitivement comptĂ© pour toute une gĂ©nĂ©ration de chercheurs, GRU, le plus secret des services soviĂ©tiques, 1918-1988 (Stock, Paris 1988), Pierre de Villemarest appelait le gĂ©nĂ©ral-colonel S. M. Chtemenko « un des premiers gĂ©opoliticiens de l’URSS, peut-ĂŞtre mĂŞme le premier de tous ». Aussi, sur le gĂ©nĂ©ral-colonel S. M. Chtemenko, Pierre de Villemarest Ă©crira-t-il que celui-ci « appartient Ă  un clan d’officiers supĂ©rieurs, certainement « soviĂ©tiques », mais avant tout grand-russiens d’esprit, et parfaitement expansionnistes. » Et aussi : « Pour cette caste, l’URSS est un empire appelĂ© Ă  dominer le continent eurasiatique, non seulement de l’Oural Ă  Brest, mais de l’Oural Ă  la Mongolie, de la Centre-Asie Ă  la MĂ©diterranĂ©e. » Et ensuite : « Sur ce dernier point, Chtemenko est en effet l’homme qui a proprement inventĂ©, de 1948 Ă  1952, non l’invasion Ă©ventuelle de l’Afghanistan, mais son absorption lente par interpĂ©nĂ©tration Ă©conomique continue, avec subversion assortie. Et, parallèlement, l’irruption de l’URSS dans les capitales arabes, Ă  Beyrouth, Damas, Le Caire, Alger. Fin 1948, il exposait dĂ©jĂ  qu’à l’intersection de l’Orient et de l’Asie, l’Afghanistan offrait le moyen stratĂ©gique de couvrir les flottes que commençait Ă  dĂ©velopper l’amiral Serge Gorchkov – un de ses amis personnels – pour dĂ©boucher de la Mer Noire vers la MĂ©diterranĂ©e. » La puissance visionnaire de la gĂ©opolitique d’avant-garde du gĂ©nĂ©ral-colonel S. M. Chtemenko nourrit, encore aujourd’hui, la dĂ©marche active des positions gĂ©opolitiques armant les bases idĂ©ologiques rĂ©volutionnaires de la « Nouvelle Russie » dont Vladimir Poutine incarne et assume les destinĂ©es, le projet impĂ©rial grand-continental eurasiatique et la mission eschatologique finale.

En allant donc à l’essentiel, on peut effectivement avancer que, par dessus l’état de fait du régime soviétique en place, et néanmoins de l’intérieur même de celui-ci, la doctrine politico-militaire immanente des Forces Armées de l’URSS comportait une double perspective opérationnelle intérieure, à la fois géopolitique et transcendantale. Sa doctrine géopolitique comprenait le projet fondamental d’une intégration politique finale, « totale », « impériale », du grand continent eurasiatique dans son ensemble, alors que sa doctrine transcendantale ne faisait que reprendre, renouveler les grands objectifs supra-historiques du tsarisme et d’une certaine conception visionnaire eschatologique, « polaire », de la prédestination spirituelle salvatrice finale, « apocalyptique », de la plus Grande Russie.

Militarisation intégrale et mobilisation générale permanente

Ainsi, quand, vers la fin des annĂ©es soixante, le marĂ©chal N. V. Ogarkov, alors chef de l’État-major GĂ©nĂ©ral de l’URSS, lançait l’appel – et tentait d’en imposer la doctrine – de la « militarisation intĂ©grale » et de la « mobilisation gĂ©nĂ©rale et permanente » de l’appareil de production industrielle et de l’économie soviĂ©tique dans son ensemble, le tout petit nombre de ceux que l’on dit « au courant des choses qu’il ne faut surtout pas savoir » – « tout petit groupe » prĂ©sent, et confidentiellement Ă  l’œuvre en URSS aussi bien qu’en Europe de l’Est, ou en Europe de l’Ouest – n’avait pas manquĂ© de comprendre que l’« Ordre Secret » s’apprĂŞtait Ă  passer Ă  l’offensive finale, dĂ©cisive, l’« Ordre Secret » de la grande conspiration immanente des Forces ArmĂ©es soviĂ©tiques en place, agissant au cĹ“ur mĂŞme du pouvoir soviĂ©tique, qu’elles comptaient changer de l’intĂ©rieur. D’oĂą, alors, presque sur le coup mĂŞme, le limogeage du marĂ©chal N. V. Ogarkov, rentrĂ© provisoirement – mais ne faut-il pas plutĂ´t dire subversivement – dans l’ombre, en attendant la suite. Car l’heure, il faudrait bien le croire, n’en Ă©tait pas encore tout Ă  fait venue de cette « offensive finale » ni, surtout, de ce que celle-ci eĂ»t impliquĂ© et, du coup, rendu irrĂ©versible sur le plan encore non entamĂ© des grandes stratĂ©gies politico-militaires soviĂ©tiques renouvelĂ©es par la reprise Ă  dĂ©couvert de la ligne grand-continentale eurasiatique.

Or, si tout cela n’avait pas pu se faire à ce moment-là, c’est très certainement à présent que cela va devoir se faire, à travers tout ce que signifie la prise du pouvoir, à Moscou, par Vladimir Poutine et le grand renversement révolutionnaire que celle-ci implique depuis les profondeurs.

Retrouver les principes suractivants de l’Empire russe

Cette évidence est fondamentale pour ce qui est là, réellement, en jeu : la thèse immédiatement opérationnelle de la mobilisation totale, de la « mobilisation révolutionnaire » des structures politico-administratives, sociales et culturelles, voire religieuses de la Russie en vue d’un « grand dessein » supra-historique, constituait le noyau central de la doctrine révolutionnaire immanente des Forces Armées russes d’hier et d’aujourd’hui, retrouvant ainsi les principes suractivants de l’Empire Russe des origines, suivant son identité missionnaire, « romaine, impériale », de ses premiers débuts en armes, suivant son « identité abyssale, occulte », « polaire ».

Or c’est bien de cette vision politico-historique visionnaire et de ses grandes thèses opérationnelles géopolitique et transcendantales que Vladimir Poutine est, lui, aujourd’hui, l’héritier, le porteur direct, l’« homme providentiel » appelé à une tâche prédestinée, qu’il lui appartiendra de mener jusqu’au bout.

Et c’est bien dans la lumière révolutionnaire de cette vision qu’il s’agit à présent de situer le véritable sens, tout le sens des récentes déclarations de Vladimir Poutine concernant la mission prédestinée des Forces Armées russes dans le travail de redressement et de salut révolutionnaire de la Russie et partant de l’ensemble du grand continent eurasiatique en tant qu’Empire Eurasiatique de la Fin que lui, Vladimir Poutine, se sait tenu d’assumer, d’une manière inspirée, et sans plus tarder. Car les portes du destin se sont refermées sur lui, et il faudra qu’il fasse ce qu’il incombe désormais de faire. Sans la moindre hésitation.

L’ombre protectrice des Forces Armées

En effet, Vladimir Poutine, le « De Gaulle russe », déclarait récemment que le redressement de la société russe, « actuellement au bord de l’abîme », passe, pour lui, par une réorganisation générale, en profondeur, du pays dans son ensemble, axée sur la priorité d’urgence accordée aux Forces Armées et à leur modèle d’agencement et de fonctionnement structurel, qui doivent devenir l’ossature organisationnelle du renouveau révolutionnaire de la « Nouvelle Russie », le noyau agissant de la naissance même des « temps nouveaux », l’expression des « temps nouveaux » étant en passe d’apparaître comme une rengaine obsessionnelle des bouleversements en cours ou à venir, le nouveau mot de passe. Et cela à telle enseigne que la future reprise industrielle de la Russie devra se trouver soutenue, dans un premier temps, sur l’exploitation suivie, intensive, du fonds des « technologies spéciales d’avant-garde » dont disposeraient actuellement les Forces Armées.

Induire une conception hautaine et « romaine » de l’État

Ainsi l’ombre protectrice de celles-ci s’étend-elle à nouveau sur l’ensemble de la société russe : les « nouveaux temps » de Vladimir Poutine viennent de ramener l’obligation formelle de la préparation militaire à l’école, et celle-ci suivie de près par les nominations en masse de militaires aux postes-clefs, aux postes stratégiques du renouvellement, de la réorganisation de la situation politico-administrative, sociale, économique et industrielle de la Russie ainsi poussée vers l’ère des changements accélérés, vers son abrupte « normalisation ». Reconstituer l’État, refaire et imposer une continuité, une volonté, une conception hautaine, « romaine » de l’État, tel semblerait être le but principal et immédiat de Vladimir Poutine, qui, par ailleurs, entretient le culte du secret, du non-dévoilement de ses plans d’action (culte du secret révélateur d’une ancienne habitude impériale russe, reprise en continuité par le pouvoir soviétique).

D’autre part, on n’ignore pas l’influence directe et profonde exercée, sur les milieux proches du groupe de commandement politico-militaire personnel de Vladimir Poutine, par le « manuel de géopolitique » impériale grand-européenne, eurasiatique et « transcendantale », « polaire », d’Alexandre Douguine, conseiller politique du Président de l’Assemblée Nationale de la Russie, chargé plus particulièrement de la direction active de la « cellule géopolitique » de celle-ci, entité responsable de la définition des grandes lignes de force géopolitiques actuelles et à venir de cette « Russie naissante » dont Vladimir Poutine entend forger les nouvelles destinées révolutionnaires.

Aussi l’importance qu’Alexandre Douguine et ses conceptions géopolitiques impériales eurasiatiques sont en train de gagner actuellement auprès du groupe de commandement politico-militaire de Vladimir Poutine apparaît-elle comme extrêmement significative, lourde de promesses d’avenir, parce que la pensée de notre camarade Alexandre Douguine est celle, précisément, de l’ensemble de nos « groupes géopolitiques » actuellement en action, les positions de combat et les thèses opérationnelles d’Alexandre Douguine sont les mêmes que celles avancées par le « Pacte Impérial Eurasiatique » cité déjà dans lé courant du présent article. Là, une boucle est bouclée, qui va profondément marquer les futures destinées politico-spirituelles du continent eurasiatique, et plus particulièrement de la plus Grande Europe.

Les anciennes républiques musulmanes d’URSS : une chaîne d’instabilité sur laquelle il ne faut pas céder

Il est d’autre part certain que si Vladimir Poutine a choisi d’axer sa propre prise de pouvoir politique sur le problème d’un règlement intégral et définitif du conflit de Tchétchénie, il avait parfaitement compris que, céder en Tchétchénie, ce serait devoir céder, ultérieurement, sur toute la ligne face au permanent complot suscité par la conspiration mondialiste, à travers la Turquie et derrière les manigances de l’islamisme fondamentaliste, sur le flanc méridional du continent eurasiatique, tout le long de la chaîne d’instabilité des républiques islamistes de l’ancienne Union Soviétique. Dans mon for intérieur, j’ai décidé que ma mission, que ma mission historique consisterait à régler le problème du Caucase-Nord, affirmait Vladimir Poutine dans un entretien avec la revue Kommersant de Moscou.

Or, si, comme il n’arrête pas de le dire, pour Vladimir Poutine, la guerre de Tchétchénie, guerre de déstabilisation et d’infiltration aux objectifs essentiellement subversifs, représente la ligne d’opposition de l’Islam et de la Chrétienté, il ne pouvait pas non plus ne pas comprendre, aussi, que, dans une guerre de religions, il s’agit de la confrontation irréductible de deux religions qui ne saurait prendre fin que par l’abdication de l’une devant l’autre de ces religions, et par conséquent d’une guerre totale.

Mais ce n’est certes pas lĂ  seulement la raison pour laquelle Vladimir Poutine ne cesse d’accentuer la nĂ©cessitĂ© de l’intĂ©gration Ă  part entière de l’orthodoxie dans le bloc actuel du patrimoine rĂ©volutionnaire de la « Nouvelle Russie ». C’est qu’en mĂŞme temps qu’il n’y a pas d’Empire sans une religion d’Empire, que l’acte fondationnel de la crĂ©ation – ou du renouvellement – d’un Empire ne saurait ĂŞtre que d’une nature exclusivement religieuse. Et que la grande mission eschatologique finale de la « Nouvelle Russie » se doit d’être, en dernière analyse, une mission religieuse.

Dans l’entretien déjà cité avec la revue Kommersant, Vladimir Poutine déclarait, aussi, que, quelques années après la mort de sa mère, qui l’avait fait baptiser clandestinement dans la religion orthodoxe, celle-ci lui avait donné sa croix de baptême, pour que, lors d’un voyage qu’il lui avait fallu faire en Israël, il la fasse bénir « sur le tombeau du Christ ». Et, ajoute-t-il, « pour ne pas la perdre, je l’ai mise autour de mon cou. Et, depuis, je l’y ai gardée. »

De toutes les façons, la « Russie Nouvelle » doit absolument se souvenir, sans cesse, qu’elle doit le miracle inconcevable de sa brusque libération du communisme, « comme par enchantement », au fait que, en communion avec tous les Évêques du monde, le Pape Jean Paul II avait consacré la Russie au Cœur Immaculé de Marie, suivant le vœu et la promesse sous condition qu’avaient prononcés la Vierge Marie lors de son apparition à Fatima, au Portugal, en 1917, l’année même où la Russie sombrait dans le cauchemar halluciné, dans le cauchemar sanglant et sombre de soixante-dix années de terreur communiste.

Mais il y a plus. Suivant la prophétie de Saint Maximilien Kolbe, le martyr de la charité d’Auschwitz, pour que la « Nouvelle Russie » puisse être vraiment au rendez-vous de ses retrouvailles prévues avec ses plus grandes destinées à venir, il faudrait que, sur la plus haute tour du Kremlin, l’Étoile Rouge soit remplacée par une statue votive de la Vierge Marie, symbole annonciateur du Regnum Mariae. Ce n’est qu’un symbole, mais c’est sans doute de ce symbole que dépend entièrement l’avenir eschatologie de la Russie et partant de l’ensemble impérial du grand-continent eurasiatique Cela, je ne sais pas si Vladimir Poutine le sait. Mais il faudra le lui faire savoir.

Pour le moment, la somme maximale des efforts à déployer par les « groupes géopolitiques », et par les formations politiques européennes que ceux-ci pourraient influencer, doit concerner la mise en piste de l’axe Paris-Berlin-Moscou. En même temps, si la plus Grande Europe est, désormais, à cause de la Russie, à la fois catholique et orthodoxe, il faudra s’empresser d’arriver à une réintégration des deux religions, catholique et orthodoxe, revenir en arrière jusqu’aux temps où leur séparation n’avait pas été consommée. Ce qui à présent paraît impossible, une volonté transcendantale le fera, soutenue par certaines centrales occultes à l’œuvre, et par la sainteté.

Jean Parvulesco

PubliĂ© sur Mecanopolis avec l’aimable autorisation des Editions Alexipharmaque.

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Reproduction autorisée avec indication des sources

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mar 30 2010

Le diable est dans la place ! (vidéos)

Par HISNOULMUSLIM

Peut-on dire que « l’influence dĂ©moniaque » ou encore la « pactisation » avec d’obscures forces sont quantifiables dans l’actualitĂ© ou bien la moindre allusion Ă  ces phĂ©nomènes ne renverrait-elle pas tout simplement Ă  la psychanalyse ?

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Comment aborder le sujet ainsi sans l’entacher des dĂ©rives et bĂŞtises d’un « Malleus Maleficarum », outil d’une inquisition qui chassait alors les « pas très Catholiques » au sens littĂ©ral du terme et autres Juifs et Musulmans du cĂ´tĂ© de l’Espagne ?

Dans un monde qui a niĂ© en apparence le thème des sciences occultes on pourrait pourtant se demander pourquoi le sujet est tant reprĂ©sentĂ© dans les mĂ©dias (sĂ©ries TV, dessins animĂ©s, clip musicaux, jeux vidĂ©os etc…).

Certes il fascine mais alors comment expliquer le rapport entre celui-ci et une pub pour les produits laitiers oĂą l’usage d’un symbolisme ancien Ă  connotation sacrificielle s’y diffuse de façon subversive ?

Loin de moi l’idĂ©e que cela se soit fait intentionnellement mais alors comment l’expliquer sans citer le hasard et sans pour autant jeter l’anathème sur les vĂ©hicules de ce phĂ©nomène.

En rĂ©alitĂ©, vous qui lisez ces quelques lignes, que vous y croyez ou non n’est pas tellement le sujet de cette introduction qui n’a pas non plus pour vocation de convaincre. Mais si vous, vous n’y croyez pas alors sachez que ce n’est pas forcĂ©ment le cas de ceux qui dĂ©cident de la conduite Ă  tenir sur le plan gĂ©opolitique. Le sujet est plutĂ´t de prendre conscience que certaines dĂ©cisions capitales sur la scène internationale pour exemple ont parfois pour source une vision intĂ©gralement eschatologique.

Pour preuve, un « Code EzĂ©chiel » ou comment le prĂ©sident de la plus grande puissance militaro-industrielle du monde de l’Ă©poque appelle par tĂ©lĂ©phone un autre prĂ©sident pour lui expliquer que les prophĂ©ties apocalyptiques se manifestent et qu’elles nĂ©cessitent par consĂ©quent une intervention des forces du bien contre l’axe du mal.

C’est bien ainsi que s’est dĂ©roulĂ© les tentatives de Georges W. Bush en vue de motiver Jacques Chirac de participer Ă  l’invasion de l’Irak en 2003 (lire le document George W. Bush et le Code EzĂ©chiel, UniversitĂ© de Lausanne, 2007). Si le commun des peuples n’est pas conscient de la prise en considĂ©ration d’un tel facteur par ceux qui les dirigent n’est-il pas tout de mĂŞme Ă©trange de constater la persistance de la manifestation d’un symbolisme occulte qui suggère le sang, et qui traverse les âges pour rĂ©apparaitre dans nos mĂ©dias sous ses formes originelles ?

Vous aussi dĂ©sormais balancez des Ĺ“ufs sur ceux qui sonnent Ă  vos portes la nuit du 31 octobre avant que ce ne soit eux qui le fassent sous prĂ©texte que vous n’ayez de bonbons Ă  sacrifier en vue de commĂ©morer un rite druidique en l’honneur d’un panthĂ©on d’entitĂ©s divines. Certes dĂ©tournĂ© au fil des siècles Ă  des fins commerciales mais toujours dans l’optique d’asservissement Ă  une idole [Mammon] sous couvert de divertissement.

Plaisanterie mise Ă  part les vidĂ©os « Le Symboles des Deux Cornes » et « Clarification » n’ont pour but que de prĂ©senter une autre vision, Ă  travers la Foi, de l’interprĂ©tation du phĂ©nomène de la rĂ©apparition des symboles occultes.

HISNOULMUSLIM, pour Mecanopolis






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jan 17 2010

Obama bombarde plus que Bush

Dix jours avant la confĂ©rence internationale sur l’Afghanistan, prĂ©vue Ă  Londres le 28 janvier prochain, les Ă©tats-majors subalternes des États-Unis ont en main un rapport alarmant de l’OTAN qui dĂ©montre que Barack Obama s’engage de plus en plus dans cette guerre lointaine et multiplie les bombardements, puis les opĂ©rations clandestines, bien au-delĂ  des frontières du seul Afghanistan.

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« Bush est dĂ©passĂ© par son successeur », remarque un diplomate français, citĂ© dans la dernière Ă©dition de l’hebdomadaire Le Canard enchaĂ®nĂ©. « Cette Ă©volution de la stratĂ©gie, on peut l’approuver ou la critiquer… Mais force est de constater que nous sommes impliquĂ©s dans ces opĂ©rations, sans y participer et sans avoir et consultĂ©s. »

Un document rĂ©cent de l’OTAN, qui a Ă©tĂ© escamotĂ© par les mĂ©dias, donne raison Ă  ce diplomate. Les analystes de « l’Alliance » se sont notamment intĂ©ressĂ©s aux « engins explosifs improvisĂ©s », utilisĂ©s par la rĂ©sistance afghane. En 2009, ils en ont recensĂ© 6′440, soit 17 ou 18 attentats quotidiens, et « quatre-vingt fois plus » qu’en 2003. Quant au dĂ©compte des militaires alliĂ©s tuĂ©s en Afghanistan, il a augmentĂ© de 400% en deux ans, et le nombre de blessĂ©s de 700%. Pas de quoi pavoiser, donc « et cette guerre ne fait que commencer » selon un analyste des services français de renseignement, citĂ© par Le Canard enchainĂ©.

Tueurs Ă  distance

Après avoir envoyĂ© 30′000 soldats supplĂ©mentaires, Obama vient d’autoriser une intensification des bombardements par avion sans pilote. Ces drones, sorte de robots espions guidĂ©s Ă  distance par la CIA ou les armĂ©es US, peuvent surveiller plusieurs zones, enregistrer des conversations, filmer des cibles et tuer quand on leur en donne l’ordre.

Aujourd’hui, ces engins perfectionnĂ©s se promènent au-dessus de l’Afghanistan, bien sĂ»r, mais aussi dans le ciel du Pakistan et du YĂ©men, qu’ils bombardent de temps Ă  autre, ou de la Somalie, qui connaitra sans doute bientĂ´t le mĂŞme sort que que l’Afghanistan.

« Assassinats ciblés »

« L’AmĂ©rique est en guerre ». Les diplomates français en poste Ă  Washington se l’entendent dire aujourd’hui plus souvent qu’au temps de Bush. Et le recours aux « assassinats ciblĂ©s », apanage de ces drones, est en train de devenir la politique officielle des États-Unis. Un exemple, dĂ©couvert dans une Ă©tude d’un centre de recherche US, New America Foundation : celui de l’assassinat de Baithullah Meshud, prĂ©sumĂ© chef des talibans au Pakistan. Il aura fallu neuf bombardements guidĂ©s par la CIA, et on e ne sait combien de victimes civiles non comptabilisĂ©es, pour « atteindre la cible ». Mais, au pays du hamburger, quand on dĂ©teste, on ne compte pas.

Agata Kovacs, pour Mecanopolis

Avec les informations du Canard enchainé du 13 janvier 2010, dont nous vous conseillons vivement la lecture

Agáta Kovacs

nov 29 2009

La privatisation de l’Etat

Un oxymore, une contradiction dans les termes ? Et pourtant c’est bien à ce phénomène politique que nous assistons aujourd’hui.

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La dérive libérale du système marchand, caractérisée par le désengagement économique et social de l’Etat, la liquidation des services publics et son accaparement par un clan, … aboutit à une véritable mutation de la nature de l’Etat en parfaite contradiction avec les principes républicains.

ETAT ET CLASSES SOCIALES

Ce n’est pas nouveau d’affirmer que dans une société divisée en classes sociales, aux intérêts antagonistes et contradictoires, l’Etat représente la force coercitive qui garanti les intérêts de la classe des possédants

Ce n’est pas nouveau, mais il est urgent et indispensable de le rappeler aujourd’hui.

Ce n’est certes pas l’apanage du système marchand. En effet, tous les systèmes d’organisation sociale de l’Histoire ont fonctionné sur cette logique… sauf peut-être les sociétés dites « primitives ».

L’Etat garanti les intérêts des possédants en tenant compte des rapports de forces, des évènements historiques, des évolutions de la société qu’il domine. Il peut apparaître à certains moments conciliant, voire donner l’apparence de la médiation, comme il peut apparaître parfaitement autoritaire, voire dictatorial – le 20e siècle est une parfaite illustration de ces facultés d’adaptation de l’institution « Etat ».

LE MYTHE REPUBLICAIN

L’effondrement de l’Ancien Régime, en Europe au 18e et 19e siècle a laissé la place au système marchand, capitalisme, salariat, qui s’est fondé sur une ambiguïté dont nous payons encore aujourd’hui les conséquences politiques.

Les discours philosophico-humanistes des penseurs des Lumières, et de certains des philosophes de la Révolution Française ont vite laissé la place au discours « réaliste » des affairistes et des marchands.

Les intérêts des nouveaux possédants se sont bien vite heurtés aux valeurs que ceux-ci avaient précipitamment mais imprudemment gravées dans la pierre des frontons des édifices publics. L’écrasement des révoltes ouvrières dès le début du 19e siècle, la Commune de Paris, n’ont été que le prélude des grandes répressions du 20e siècle.

Le mythe de la République pour tous, pour le peuple, d’une République garante et défenseuse des opprimés s’est très vite avéré être une remarquable et efficace escroquerie.

Le système Ă©lectoral, c’est-Ă -dire le moyen de tenir compte des dĂ©sirs et de la volontĂ© du peuple, en nommant des reprĂ©sentant a Ă©tĂ© depuis longtemps parfaitement dĂ©tournĂ© ce qui a permis l’émergence d’une nouvelle « aristocratie » qui a pris possession du Pouvoir et l’a gardĂ©,… quels que soient les modifications apportĂ©es aux modes de scrutins.

Il suffisait, pour entretenir l’illusion d’asséner régulièrement et systématiquement le « bon peuple » de slogans bien conçus pour lui faire croire que « les promesses seront bien tenues », « les élus sont responsables devant leurs électeurs » et,… cerise sur le gâteau « le vote est non seulement un droit mais aussi un devoir ». Ainsi l’Etat, « bien commun » du Peuple (ce qu’il n’a jamais été), s’est donné le beau rôle :

- donner l’illusion de la démocratie,

- demeurer le garant d’un système fondamentalement inégalitaire et exploiteur.

La force, mais aussi les faiblesses et les ambiguĂŻtĂ©s politiques du mouvement ouvrier vont, au 19e siècle, et surtout au 20e, entretenir le mythe de lâ€Â Â«Â Etat dĂ©mocratique » avant un dĂ©but de renversement de la tendance au dĂ©but du 21e siècle.

L’ETAT ET LE MOUVEMENT OUVRIER

Très tôt, les ouvriers, les salariés ont eu à pâtir de la politique de l’Etat dans le système marchand,… mais ils ont su aussi l’utiliser.

Les multiples et sanglantes révoltes ouvrières montrent, s’il en était besoin, que tous les discours « démocratiques » s’arrêtent où commencent les intérêts du système marchand. Pourtant, n’en déplaisent aux « révolutionnaires professionnels », jamais, dans aucun pays développé, la classe ouvrière n’a voulu et n’a pris le pouvoir. Au contraire elle a lutté, et efficacement, pour améliorer ses conditions de travail et de vie, rencontrant en cela un Etat, prêt à faire des concessions pour s’acheter la « paix sociale ».

Ainsi l’illusion d’un Etat défendant l’ « intérêt public » s’est peu à peu fait jour, au point que les organisations politiques ouvrières sont allées elles mêmes gérer le capitalisme dans « l’intérêt des travailleurs ». Le mythe du « système démocratique », de l’ « Etat défenseur de l’intérêt général » était né, y compris et surtout parmi ses plus déterminés détracteurs, les salariés.

Les rapports de forces, les Ă©vènements historiques (les guerres), les cultures nationales ont permis aux salariĂ©s d’acquĂ©rir des avantages consĂ©quents qui existent encore – pas pour longtemps – aujourd’hui, les acquis sociaux. Cette situation a renforcĂ© la vision « dĂ©mocratique » de l’Etat, la soumission des salariĂ©s Ă  un système qui savait leur accorder des miettes substantielles, bref, la croyance aujourd’hui encore profondĂ©ment ancrĂ©e en un Etat neutre, mĂ©diateur et dĂ©fenseur de l’intĂ©rĂŞt public.

Cette croyance a produit et continue de produire, le rĂ©formisme des organisations « rĂ©volutionnaires » et « contestataires » – qui ne jurent que par les Ă©lections, mĂŞme si elles ont un discours opportunĂ©ment radical, de mĂŞme que des syndicats partenaires de l’Etat dans la gestion du capitalisme.

VERS LA PRIVATISATION DE L’ETAT

Tout ce bel agencement économico-politique a été bouleversé par la mondialisation marchande. Les petites affaires, les négociations, les compromis, entre classes antagonistes dans le cadre d’un « Etat-nation »,… c’est terminé. Le Capital, désormais intégralement mondialisé, aussi bien dans sa valorisation, que dans sa gestion, n’est plus à même d’accorder des miettes aux classes salariées des « anciens pays industriels », il peut même s’en passer ayant de multiples ressources, et moins chères, ailleurs.

L’Etat, sans changer de nature – toujours garant des intérêts du système -, a évidemment changé de tactique et de politique.

La notion de « bien public », d’ « intérêt public », bref de « service public », perd de son sens. On garde ces termes pour les discours électoraux afin de tromper l’électeur naïf. Dans les faits on livre toutes ces activités juteuses aux appétits du Capital. Opération d’autant plus facile que le « bon peuple », consciencieusement endormi par les médias et la classe politique ne sait absolument pas comment réagir sinon par des manifestations, pétitions et autres « votations » ridicules et inefficaces.

L’Etat se réduit de plus en plus à ses fonctions régaliennes qui n’ont qu’un seul et unique but : maintenir contre « vents et marées » le système en place. La classe politique devient une « aristocratie » au renouvellement limité, via les partis qu’elle contrôle, à partir d’élections complètement sous contrôle. Quand le « bon peuple » « vote mal », on recommence ou on contourne le scrutin (voit le référendum sur l’Europe). Cette « aristocratie », divisée en clans se partage le Pouvoir où règne la voyoucratie (des noms ?), l’incompétence (des noms ?), le népotisme (des noms ?), l’impunité (des noms ?),… Le tout protégé par une milice armée de plus en plus efficace, bénéficiant d’une quasi impunité, abusivement baptisée « police républicaine »( ?).

L’Etat n’a plus ainsi à « défendre l’intérêt général » désormais soumis aux lois du marché, mais à défendre les privilèges de la classe politique qui sait intégrer et corrompre tout ce qui peut apparaître comme une opposition dangereuse… Ainsi, les uns après les autres, les « contestataires » accèdent à des postes grassement rémunérés donnant accès à privilèges exorbitants.

L’Etat n’est plus qu’une affaire de clans et un instrument coercitif destiné à faire respecter l’ordre marchand.

Toutes les « grandes démocraties » glissent sur cette pente qui ne peut conduire qu’au déclin et à la décadence. Les cas les plus significatifs, parmi celles –ci, et caricaturaux sont aujourd’hui la France et l’Italie.

Le citoyen, si tant est que ce terme ait encore un sens, n’a plus rien à attendre des institutions étatiques qui ne sont là que pour l’asservir à des contraintes qui correspondent non pas à ses intérêts mais à ceux de la classe politique défenseuse des intérêt du Capital – le sens et la teneur des mesures prises lors de la crise que nous traversons en est la plus parfaite illustration.

En l’absence d’une alternative crédible, ce qui est actuellement le cas, la situation ne peut qu’empirer ouvrant la voie à toutes les aventures…

Octobre 2009 Patrick MIGNARD

nov 24 2009

Récapitulatif des implications du Traité de Lisbonne

Étant donnĂ© que l’on a beaucoup parlĂ© du traitĂ© de Lisbonne au cours de ces deux dernières annĂ©es, mais que l’on a nettement moins souvent exposĂ© son contenu, je vous propose cette synthèse non-exhaustive de ses implications, en espĂ©rant que cela aide certains Ă  avoir un point de vue plus clair sur ce traitĂ©.

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Rappel de la nature du traité de Lisbonne et bref historique de sa ratification:

D’après ValĂ©ry Giscard d’Estaing, il ne s’agit que d’une « pâle copie » du TraitĂ© Ă©tablissant une Constitution pour l’Europe [aussi nommĂ© TraitĂ© de Rome, rejetĂ© en 2004], dans laquelle seule la forme a Ă©tĂ© changĂ©e, mais pas le contenu :

« La conclusion vient d’elle-mĂŞme Ă  l’esprit. Dans le traitĂ© de Lisbonne, rĂ©digĂ© exclusivement Ă  partir du projet de traitĂ© constitutionnel, les outils sont exactement les mĂŞmes. Seul l’ordre a Ă©tĂ© changĂ© dans la boĂ®te Ă  outils. La boĂ®te, elle-mĂŞme, a Ă©tĂ© redĂ©corĂ©e, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche. »

Il affirme toutefois : « Au lieu d’être de tonalité constitutionnelle, il modifie les anciens traités, ce qui constitue une différence fondamentale. »

Selon Bertie Ahern, Premier ministre de la RĂ©publique d’Irlande, « 90 % [de la Constitution] est toujours là… ces changements n’ont apportĂ© aucune modification spectaculaire Ă  l’accord de 2004. », signifiant que 90 % des dĂ©cisions du TraitĂ© de Rome seront toujours prĂ©sentes, notamment le transfert de certaines compĂ©tences Ă  l’Union europĂ©enne (dont une partie de la politique Ă©trangère).

L’extension de la règle de la majoritĂ© qualifiĂ©e puis de la double majoritĂ© (calculĂ©es selon le poids dĂ©mographique des États) demandant un nombre important d’États pour modifier un article ayant trait Ă  l’Union europĂ©enne, n’empĂŞchera pas l’Union d’Ă©voluer, mais bloquera toute tentative de modification d’actes dĂ©jĂ  adoptĂ©s (notamment de nombreux projets d’ordre Ă©conomiques, politiques ou sĂ©curitaires).

Genèse du traité:

En raison du rejet par référendum, en 2005, du traité de Rome de 2004 par la majorité des électeurs français et néerlandais, une période dite de réflexion s’était ouverte. En janvier 2007, alors qu’elle prenait la présidence de l’Union européenne, l’Allemagne a déclaré cette période close.

En mars 2007, lors des célébrations du 50e anniversaire des traités de Rome de 1957, une déclaration de Berlin a été signée afin de donner un nouvel élan à la construction européenne, avant les élections du Parlement européen, en juin 2009.

Ă€ la suite du rejet rĂ©fĂ©rendaire, un groupe Amato (ComitĂ© d’action pour la dĂ©mocratie europĂ©enne, prĂ©sidĂ© par Giuliano Amato, officiellement en anglais Action Committee for European Democracy, ACED), composĂ© de « sages » et soutenu par la Commission Barroso, a travaillĂ© de façon non-officielle, en réécrivant le traitĂ©. Le 4 juin 2007, le groupe arrĂŞta un texte en français, constituĂ© aux trois quarts de l’ancien TraitĂ© constitutionnel auquel quelques modifications ont Ă©tĂ© rajoutĂ©es. Il a Ă©tĂ© certes allĂ©gĂ© en Ă©paisseur, non en contenu.

Le Parlement européen a approuvé le 20 février 2008 le traité à une très forte majorité :

525 votes favorables (82 %), 115 défavorables, 29 abstentions

Processus de ratification:

Les quatre premiers États Ă  avoir ratifiĂ© le traitĂ© font partie des pays adhĂ©rents rĂ©cents Ă  l’Union europĂ©enne : la Hongrie, Malte et la SlovĂ©nie parmi les Etats entrĂ©s en 2004 dans l’Union europĂ©enne ; la Roumanie entrĂ©e en 2007.

En France : après le rejet par 55 % des français du rĂ©fĂ©rendum sur la Constitution en 2004, la France n’a pas proposĂ© de nouveau rĂ©fĂ©rendum Ă  ses citoyens au motif que ce nouveau traitĂ© n’est pas une Constitution europĂ©enne. Une rĂ©vision de la Constitution française, effectuĂ©e par la voie du Congrès le 4 fĂ©vrier 2008, a permis la ratification du traitĂ© lui-mĂŞme par la voie parlementaire le 8 fĂ©vrier.

L’Irlande:

Un premier référendum qui a lieu en Irlande le 12 juin 2008 aboutit au rejet du traité de Lisbonne par 53,4 % des voix.

Au 6 mai 2009, un seul État n’avait pas encore ratifiĂ© le traitĂ©. Il s’agissait de l’Irlande, pourtant membre de la zone euro. C’est le seul pays Ă  s’ĂŞtre prononcĂ© par la voie rĂ©fĂ©rendaire, du fait de sa constitution qui l’oblige Ă  consulter la population. Des dĂ©marches ont toutefois Ă©tĂ© entreprises pour l’amener Ă  revoter sur ce traitĂ©.

Le prĂ©sident du Parlement europĂ©en, Jerzy Buzek, s’est rendu en Irlande le 8 septembre. « Ce rĂ©fĂ©rendum n’est pas un test de popularitĂ© de votre gouvernement, il concerne notre avenir commun dans l’Union europĂ©enne »

Le 19 septembre, JosĂ© Manuel Barroso a fait « un geste » en direction de l’Irlande en proposant le vote d’une aide de 14,8 millions € pour la reconversion des 2 400 salariĂ©s de l’usine Dell de Limerick rĂ©cemment licenciĂ©s. « L’Union europĂ©enne est fondĂ©e sur la solidaritĂ©. Notre rĂ©ponse naturelle est de venir en aide Ă  ceux qui connaissent des difficultĂ©s » a-t-il dĂ©clarĂ©.

Un nouveau rĂ©fĂ©rendum a Ă©tĂ© organisĂ© le 2 octobre 2009. L’Irlande, qui connait depuis un an une grave crise Ă©conomique, notamment du fait de l’ampleur de sa crise immobilière, a Ă©tĂ© aidĂ©e par l’UE. Les Irlandais ont votĂ© en grande majoritĂ© pour le oui, avec 67,13% des voix au rĂ©fĂ©rendum.

« Il est Ă©vident qu’un 2ème vote « non » au traitĂ© de Lisbonne aurait des consĂ©quences sĂ©rieuses et dommageables pour l’Irlande, surtout maintenant que nos partenaires nous ont accordĂ© ce que nous demandions » a dĂ©clarĂ© le Premier ministre Brian Cowen.

La République Tchèque:

Le gouvernement tchèque a dĂ©jĂ  signĂ© le traitĂ© de Lisbonne et les deux chambres du Parlement l’ont ratifiĂ©. Mais cette ratification devait ĂŞtre promulguĂ©e par le PrĂ©sident Vaclav Klaus, rĂ©putĂ© eurosceptique. Des recours contre le texte approuvĂ© par le Parlement Ă©taient possibles de la part de certains sĂ©nateurs ODS, sĂ©nateurs qui ont in fine attaquĂ© le texte devant la Cour constitutionnelle tchèque en septembre 2009. Le 9 octobre, Klaus demande Ă  la prĂ©sidence suĂ©doise de tenir compte du fait que les dĂ©crets Beneš pourraient ĂŞtre remis en cause sur la base du traitĂ© de Lisbonne et notamment de la Charte des droits fondamentaux qu’il contient. Le 14 octobre 2009, M. Klaus dĂ©clare Ă  Moscou qu’il n’est pas prĂŞt Ă  revenir sur les objections qu’il a formulĂ©es Ă  l’encontre du traitĂ© de Lisbonne : « J’ai expliquĂ© que je crains et que je ne suis pas seul Ă  craindre un approfondissement de l’intĂ©gration de l’Union europĂ©enne. Pour moi c’est une chose d’importance vitale. Ă€ mon avis, les conditions que j’ai formulĂ©es pour signer l’accord sont sĂ©rieuses et l’idĂ©e que je peux oublier mes objections est mal fondĂ©e » tandis que JosĂ© Manuel Barroso l’exhorte Ă  ne pas prendre le reste de l’Europe en otage et Ă  respecter « les valeurs et principes » de l’Union europĂ©enne.

14.10.2009 Journal « HospodárskĂ© Noviny »: Courrier International:

La RĂ©publique tchèque est le dernier pays Ă  n’avoir pas ratifiĂ© le traitĂ© de Lisbonne. Le prĂ©sident Vaclav Klaus, un eurosceptique, rechigne Ă  signer le texte, dĂ©jĂ  votĂ© par le Parlement. Au sein du pays, on cherche la parade. Alena Gajduskova, la vice-prĂ©sidente du SĂ©nat, suggère de destituer Klaus pour trahison.

14.10.2009 @Novinky.cz: La sénatrice Gajdůšková veut se débarrasser des pouvoirs de Klaus.La Vice-Présidente du Sénat Alena Gajdùskovâ est prête à proposer que le Président Václav Klaus soit privé de pouvoirs. Le document de ratification pourrait alors être signé par le Premier ministre Jan Fischer, qui prendrait les pouvoirs du président.

« Si la Cour constitutionnelle dĂ©cide que le traitĂ© de Lisbonne est conforme Ă  la Charte des Droits et LibertĂ©s et si le PrĂ©sident continue de soutenir que la ratification ne peut ĂŞtre signĂ©, Vaclav Klaus ne peut donc plus exercer son mandat conformĂ©ment Ă  l’article 66 de la Constitution qui dit que si le prĂ©sident ne peut exercer son autoritĂ©, sa compĂ©tence en matière de traitĂ©s internationaux passe au Premier ministre » a-t-elle dĂ©clarĂ©.

Au début de décembre 2008, le président tchèque a pu se rendre compte de la manière dont l’UE traitait ceux qui ne veulent pas se soumettre aux diktats de Berlin, Paris, Londres et Bruxelles. Un groupe de députés du Parlement européen est allé le voir et l’a forcé à publier, après la rencontre, le procès-verbal de leurs entretiens.2 On peut y lire notamment les propos du parlementaire Daniel Cohn-Bendit: «Votre avis sur le Traité de Lisbonne ne m’intéresse pas. Vous allez devoir le ratifier. En outre, je veux que vous m’expliquiez le degré de votre amitié avec Monsieur Ganley [le chef du parti irlandais Libertas dont la campagne a considérablement contribué au succès du non lors du référendum de mai 2008]. Comment pouvez-vous rencontrer un homme dont on ne sait pas qui le finance ? Etant donné votre fonction, vous ne deviez pas le rencontrer.»

Le président tchèque a réagi d’une manière très compréhensible: «Depuis 6 ans [depuis qu’il est président], personne ne m’a jamais parlé sur ce ton. Nous ne sommes pas sur les barricades de Paris. Je croyais que ces méthodes avaient cessé pour nous il y a 19 ans. Je vois que je me suis trompé. […] Je ne me doutais pas qu’une telle chose était possible. Je n’avais pas vécu cela depuis 19 ans. Je croyais que cela appartenait au passé, que nous vivions en démocratie, mais l’UE fonctionne vraiment comme une post-démocratie. Vous avez parlé de valeurs européennes. Ce sont avant tout la liberté et la démocratie et c’est surtout à ces valeurs que sont attachés les citoyens de l’UE, mais aujourd’hui elles disparaissent de plus en plus.»

Le 17 octobre, il dĂ©clare toutefois lors d’un entretien au LidovĂ© noviny qu’il pourrait sans doute signer le traitĂ© dans le mois qui vient mĂŞme s’il demeure opposĂ© Ă  ce texte : « Au train oĂą vont les choses, c’est-Ă -dire très vite, il n’est plus possible d’arrĂŞter le traitĂ© ni de faire marche arrière, quand bien mĂŞme certains d’entre nous le voudrions » et « Je n’ai jamais dit qu’il Ă©tait nĂ©cessaire que ma note de bas de page soit ratifiĂ©e par l’ensemble des États membres, ce qui impliquerait que l’on recommence tout le processus de ratification de Lisbonne ».

Le 3 novembre, la Cour constitutionnelle tchèque donne son feu vert pour poursuivre la dernière Ă©tape de ratification malgrĂ© une plainte d’un groupe de sĂ©nateurs, proches du prĂ©sident, qui entendaient faire vĂ©rifier qu’il Ă©tait bien conforme Ă  la loi fondamentale tchèque. Quelques heures plus tard, Vaclav Klaus signe finalement le traitĂ©.


Allocution de Vaclav Klaus au Parlement européen
 
  
 
La Pologne:

De son cĂ´tĂ©, en Pologne, le PrĂ©sident Lech KaczyĹ„ski, conservateur, avait dĂ©clarĂ© le 1er juillet 2008 que le rejet du texte par les Ă©lecteurs irlandais lors d’un rĂ©fĂ©rendum le 12 juin rendait « inutile » sa ratification, pourtant acceptĂ©e Ă  une large majoritĂ© (380+77 oui, 54+17 non) par le parlement en avril. Le prĂ©sident polonais Lech KaczyĹ„ski avait finalement signĂ© le traitĂ© le 10 octobre 2009, comme il avait promis de le faire en cas de « oui » irlandais. Le traitĂ© de Lisbonne avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© ratifiĂ© par le Sejm et le SĂ©nat polonais.

1) Éléments essentiels du traité de Lisbonne:

       Que contient le traité de Lisbonne ?

  • Il permet d’accueillir de nouveaux États membres afin d’approfondir le projet de rĂ©conciliation europĂ©enne engagĂ© au dĂ©but des annĂ©es 50 ;
  • Concernant les dispositions institutionnelles (partie 1 de la « Constitution »), le traitĂ© de Lisbonne retient les dispositions suivantes :

⒠octroi de la personnalité juridique à l’Union ;

â’ fusion des trois piliers ;

⒠nouvelle règle de la double majorité

⒠affirmation du principe de codécision entre le Parlement européen et le Conseil des ministres comme procédure législative ordinaire ;

⒠présidence stable du Conseil européen (pendant 2 ans et demi) renouvelable une fois ;

⒠création du poste de « haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » ;

⒠droit d’initiative citoyenne ;

⒠renforcement de la démocratie participative, etc.

- obtiention d’une personnalitĂ© juridique, qui donne la capacitĂ© de contracter, notamment d’être partie d’une convention internationale ou d’être membre d’une organisation internationale.

Piliers de l’Union européenne

Le Traité de Maastricht a organisé l’Union européenne autour de trois piliers :

  • Premier pilier : le pilier communautaire qui correspond aux trois communautĂ©s :

⒠la Communauté européenne (CE).

â’ la CommunautĂ© europĂ©enne de l’Ă©nergie atomique (EURATOM).

â’ et l’ancienne CommunautĂ© europĂ©enne du charbon et de l’acier (CECA), qui avait Ă©tĂ© créée pour 50 ans et qui n’existe plus depuis le 22 juillet 2002.

  • Deuxième pilier : le pilier consacrĂ© Ă  la politique Ă©trangère et de sĂ©curitĂ© commune.
  •  Troisième pilier : le pilier consacrĂ© Ă  la coopĂ©ration policière et judiciaire en matière pĂ©nale.

Le système de double majorité

Les dispositions relatives Ă  l’extension de la nouvelle règle de la double majoritĂ© Ă  un nombre croissant de domaines (par exemple les visas et le contrĂ´le de la circulation des Ă©trangers, le système commun d’asile, la politique commune de l’immigration et encore la coopĂ©ration judiciaire en matière pĂ©nale, etc.) sont reprises de la partie 3 de la Constitution. Jusqu’Ă  maintenant, la majoritĂ© qualifiĂ©e est dĂ©finie selon un système complexe de pondĂ©ration des voix selon lequel les États membres bĂ©nĂ©ficient d’un certain nombre de voix, pour une large part en fonction de leur poids dĂ©mographique. Le traitĂ© de Lisbonne y substituera un système fondĂ© sur une double majoritĂ© d’États et de population, selon lequel une « loi » sera adoptĂ©e au sein du Conseil si elle obtient au moins l’accord de 55% des États de l’Union (soit 15 États membres dans une Union composĂ©e de 27 États membres) reprĂ©sentant au moins 65% de la population de l’Union.

Le traité de Lisbonne prévoit l’extension du vote à la majorité qualifiée à 33 nouveaux articles. Avec les 63 articles qui relèvent déjà de la majorité qualifiée, 96 articles sont désormais concernés par le vote à la majorité qualifiée.

Pour ce qui concerne les dispositions concernant la procédure de révision, la règle de l’unanimité est maintenue.

Néanmoins, le traité de Lisbonne prévoit des possibilités d’adaptation des traités, permettant d’éviter des procédures de révision lourdes :

  • les « clauses passerelles » (qui permettent au Conseil europĂ©en de dĂ©cider – Ă  l’unanimitĂ© et sauf en matière de dĂ©fense – le passage au vote dans tel ou tel domaine Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e).
  • les « clauses de flexibilitĂ© » pour Ă©tendre les compĂ©tences de l’Union.

2) Le traitĂ© de Lisbonne n’est plus la « Constitution europĂ©enne »

La « Constitution européenne » proposait d’abroger l’ensemble des traités actuels et de les remplacer par un texte unique dont la vocation constitutionnelle était affirmée. Le traité de Lisbonne se borne à modifier les traités existants, d’où le nom de « traité modificatif » ou « réformateur ».

Une commission réduite

La Commission européenne conserve un rôle central.

Après l’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne :

  • La première Commission investie (2009-2014) comprendra, comme c’est le cas aujourd’hui, un commissaire issu de chaque État membre.
  • Ă€ partir de 2014, le nombre de commissaires correspondra aux deux tiers des États

membres (soit 18 dans une Union composée de 27 États membres). Les membres seront sélectionnés selon un système de rotation égalitaire entre les États.

L’innovation la plus importante réside dans la création d’une présidence stable. Comme le Parlement européen et comme la Commission, le Conseil européen aura un président à plein temps, qui ne pourra pas exercer de mandat national. Il sera élu à la majorité qualifiée par le Conseil européen pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois.

Le président du Conseil européen :

  • donne une voix et un visage Ă  l’Union europĂ©enne ;
  • assure la reprĂ©sentation de l’Union sur la scène internationale ;
  • prĂ©side et coordonne les travaux du Conseil europĂ©en.

Un nouveau mode de décision au conseil des ministres

Le Conseil des ministres des États membres de l’Union (qui comprend différentes formations en fonction des secteurs concernés comme l’économie et les finances, l’agriculture, etc.) a pour rôle principal de voter les actes de l’Union européenne.

La règle de vote est modifiée.

En effet, à la différence du Parlement européen, où l’on vote à la majorité simple, la règle de vote au Conseil prend en compte le poids respectif de chaque État de manière à ce que les « lois » votées reflètent à la fois la volonté de la majorité des citoyens européens mais aussi la réalité du poids des États membres de l’Union. C’est ce que l’on appelle la « double majorité » des États et des citoyens.

Un haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangères et la politique de sĂ©curitĂ©

Le traité de Lisbonne crée un Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

  • Il fusionnera les fonctions actuelles de Haut reprĂ©sentant de l’Union europĂ©enne pour la politique Ă©trangère et de sĂ©curitĂ© commune (poste occupĂ© aujourd’hui par Javier Solana) et de Commissaire europĂ©en chargĂ© des relations extĂ©rieures (poste occupĂ© actuellement par Benita Ferrero-Waldner)
  • NommĂ© par le Conseil europĂ©en et investi par le Parlement europĂ©en, il sera Vice-PrĂ©sident de la Commission europĂ©enne et prĂ©sidera le Conseil des affaires Ă©trangères du Conseil des ministres.

Le Parlement européen: une institution encore plus influente

Les pouvoirs du Parlement européen sont étendus :

  • Les pouvoirs du Parlement sont renforcĂ©s en matière lĂ©gislative, budgĂ©taire mais aussi de contrĂ´le politique.
  • Le Parlement investit le PrĂ©sident de la Commission sur proposition du Conseil europĂ©en, « en tenant compte des Ă©lections du Parlement europĂ©en ».

En matière législative:

- Extension de la procédure de codécision législative (Conseil des ministres et Parlement) à près de 50 nouveaux domaines. Cette procédure donne au Parlement européen des pouvoirs législatifs comparables à ceux du Conseil des ministres.

- Cette procĂ©dure est principalement appliquĂ©e aux domaines de compĂ©tences actuels de l’Union europĂ©enne (marchĂ© intĂ©rieur et gouvernance Ă©conomique en particulier) et aux quelques compĂ©tences nouvelles qui lui sont attribuĂ©es. Dans ce dernier cas, on peut par exemple noter que les pouvoirs lĂ©gislatifs du Parlement europĂ©en portent dĂ©sormais sur le contrĂ´le des personnes aux frontières, aux dispositions rĂ©gissant l’accueil et le traitement des demandeurs d’asile, ainsi qu’à la lutte contre l’immigration clandestine.

En matière budgétaire:

- Le Parlement europĂ©en se voit reconnaĂ®tre un droit de dĂ©cision Ă©gal Ă  celui du Conseil des ministres, notamment pour l’adoption de l’ensemble du budget annuel (alors que le Conseil a aujourd’hui le dernier mot sur les dĂ©penses dites « obligatoires » qui reprĂ©sentent une large part du budget europĂ©en et notamment les dĂ©penses agricoles). Avec le traitĂ© de Lisbonne, le Parlement europĂ©en, qui est la seule institution de l’Union Ă  ĂŞtre Ă©lue au suffrage universel direct, voit donc ses pouvoirs et son poids politique fortement accrus au sein du « triangle institutionnel » (la Commission, le Conseil des ministres et le Parlement europĂ©en). Le traitĂ© de Lisbonne clarifie le partage des pouvoirs entre l’Union europĂ©enne et les États membres. Il apporte une rĂ©ponse Ă  la question « Qui fait quoi ? » dans l’Union europĂ©enne, ce qui renforce la responsabilitĂ© des diffĂ©rents niveaux de pouvoir.

Le Compromis de Ioannina

La nouvelle règle de vote issue du traitĂ© de Lisbonne (la double majoritĂ©) ne s’appliquera qu’en 2014, voire en 2017.

En effet, afin de rallier dĂ©finitivement la Pologne au cours de la nĂ©gociation, un dispositif transitoire (compromis de Ioannina, qui tire son nom d’une rĂ©union informelle des ministres des Affaires Ă©trangères Ă  Ioannina, en Grèce, en 1994) a Ă©tĂ© prĂ©vu, par lequel si les États membres qui s’opposent Ă  un texte franchissent un certain seuil significatif tout en Ă©tant insuffisant pour bloquer la dĂ©cision (1/3 des États membres ou 25% de la population), l’ensemble des États membres s’engagent Ă  rechercher une solution pour rallier les opposants tout en se rĂ©servant la possibilitĂ© de passer Ă  tout moment au vote.

Quels principes de partage des compétences ?

Le partage des compétences entre l’Union européenne et les États membres est établi ainsi :

  • L’Union dispose des compĂ©tences que les États lui attribuent dans le TraitĂ© de Lisbonne ;
  • Toutes les autres compĂ©tences continuent d’appartenir aux États.

Le traité de Lisbonne distingue trois grandes catégories de compétences :

  • Les compĂ©tences exclusives de l’Union dans les domaines oĂą celle-ci lĂ©gifère seule :

⒠Union douanière ;

⒠Établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur ;

⒠Politique monétaire pour les États membres dont la monnaie est l’euro ;

⒠Conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique  commune de la pêche ;

â’ Politique commerciale commune ;

⒠Conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prévue dans un acte législatif de l’Union, ou est nécessaire pour lui permettre d’exercer sa compétence interne, ou dans la mesure où elle est susceptible d’affecter des règles communes ou d’en altérer la portée.

  • Les compĂ©tences partagĂ©es entre l’Union et les États membres, les États exerçant leur compĂ©tence dans la mesure oĂą l’Union n’a pas exercĂ© la sienne :

⒠Marché intérieur ;

⒠Politique sociale, pour les aspects définis dans le présent traité ;

⒠Cohésion économique, sociale et territoriale ;

⒠Agriculture et la pêche, à l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer ;

â’ Environnement ;

â’ Protection des consommateurs ;

â’ Transports ;

⒠Réseaux transeuropéens ;

⒠Énergie ;

⒠Espace de liberté, de sécurité et de justice ;

⒠Enjeux communs de sécurité en matière de santé publique, pour les aspects définis dans le traité de Lisbonne ;

⒠Recherche, développement technologique, espace ;

⒠Coopération au développement et aide humanitaire.

  • Enfin, les domaines oĂą les États membres demeurent totalement compĂ©tents mais oĂą l’Union peut mener des actions d’appui ou de coordination (excluant toute harmonisation) du point de vue de l’aspect europĂ©en de ces domaines :

⒠Protection et amélioration de la santé humaine ;

â’ Industrie ;

â’ Culture ;

â’ Tourisme ;

⒠Éducation, formation professionnelle, jeunesse et sport ;

â’ Protection civile ;

⒠Coopération administrative.

Notons que les États coordonnent leurs politiques économiques et celles de l’emploi au sein de l’Union et que la politique étrangère et de sécurité commune bénéficie d’un régime spécifique.

Au niveau économique

Avant le traité de Lisbonne (Avec le traité de Nice – 2001):

  • Politique monĂ©taire :

- La Banque centrale européenne (BCE) est compétente pour les États de la zone euro.

- Chacun des États non membres de la zone euro reste seul compétent de sa politique monétaire.

  • Politiques budgĂ©taire et fiscale :

- Les États membres sont seuls compétents.

- Ils sont néanmoins tenus de coordonner leurs politiques avec les autres États membres et de veiller au respect des règles du pacte de stabilité et de croissance.

Les apports du traité de Lisbonne :

  • Les modifications sont peu nombreuses mais elles consacrent l’existence officielle de l’Eurogroupe. La structuration des liens des États membres ayant adoptĂ© l’euro est clarifiĂ©e afin de coordonner plus Ă©troitement leurs politiques Ă©conomiques budgĂ©taires et fiscales.

Eurogroupe

L’Eurogroupe est une rĂ©union mensuelle informelle des ministres de l’économie et des finances des États membres de la zone euro. Ces rĂ©unions leur permettent de se concerter, notamment en matière de politique budgĂ©taire.

Il est présidé depuis le 1er janvier 2005 par Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.

Vers une politique de défense européenne

Le traitĂ© de Lisbonne comprend des avancĂ©es importantes en matière de « politique de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense commune » et constitue un pas essentiel vers le dĂ©veloppement d’une dĂ©fense europĂ©enne.

  • Il introduit une « clause de dĂ©fense mutuelle »: si l’un des États membres de l’Union europĂ©enne fait l’objet d’une agression, les autres ont un devoir d’assistance Ă  son Ă©gard.
  • Il introduit Ă©galement une « clause de solidaritĂ© »: elle assigne Ă  l’Union et Ă  chaque État membre le devoir de porter assistance, par tous les moyens, Ă  un État membre touchĂ© par une catastrophe d’origine humaine ou naturelle ou par une attaque terroriste.
  • Il Ă©tend aussi les possibilitĂ©s d’actions de l’Union Ă  la lutte contre le terrorisme, aux missions de prĂ©vention des conflits, aux missions de stabilisation postconflit, etc.
  • Il introduit la « coopĂ©ration structurĂ©e permanente », ouverte aux États qui s’engageront Ă  participer aux principaux programmes europĂ©ens d’Ă©quipement militaire et Ă  fournir des unitĂ©s de combat immĂ©diatement disponibles pour l’Union europĂ©enne.
  • Il consacre l’existence de l’Agence europĂ©enne de dĂ©fense, dans la perspective de dĂ©velopper une rĂ©elle politique europĂ©enne de l’armement et de coordonner l’effort d’Ă©quipement des diffĂ©rentes armĂ©es nationales, ce qui constitue une innovation importante.

Le traitĂ© de Lisbonne Ă©tend son champ d’activitĂ© aux questions industrielles et commerciales dans le domaine de l’armement. Ces États seront ainsi en mesure de remplir les missions militaires les plus exigeantes pour le compte de l’Union europĂ©enne, en particulier pour rĂ©pondre Ă  des demandes des Nations Unies.

Passage controversé concernant la peine de mort

L’article 2 («droit à la vie») de la nouvelle Charte des droits fondamentaux dispose que «nul ne peut être condamné à la peine de mort ni exécuté.» Cela paraît incontestable, mais dans un passage en petits caractères on trouve les exceptions:

«La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire:

a)    pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b)    pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue;
c)    pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
»

3) Les nominations du prĂ©sident permanent du Conseil europĂ©en, du Haut reprĂ©sentant et du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne:

La prĂ©sidence suĂ©doise de l’Union europĂ©enne a ouvert, le jeudi 19 novembre au soir, le dĂ®ner de travail des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union en proposant la dĂ©signation du premier ministre belge au poste de prĂ©sident permanent du Conseil, et celle de la Britannique Catherine Ashton comme chef de la diplomatie. Cette proposition a Ă©tĂ© soumise pour approbation aux 27 dirigeants europĂ©ens Ă  l’occasion d’un tour de table. La dĂ©cision est tombĂ©e rapidement car aucune voix ne s’est Ă©levĂ©e contre cette proposition.

Herman Van Rompuy:

La presse belge le cite comme l’un des favoris sollicitĂ©s par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union europĂ©enne pour devenir le premier prĂ©sident permanent du Conseil europĂ©en, et Ă©voque les problèmes de gouvernement que son dĂ©part poserait Ă  la Belgique.

Herman Van Rompuy

Le 11 novembre 2009, Mario Borghezio, membre italien (MEP Ligue du Nord) du parlement europĂ©en Ă©voque la possibilitĂ© que les candidats aux postes de prĂ©sident et ministre des Affaires Ă©trangères, comme Jan Peter Balkenende, David Miliband, Herman Van Rompuy parmi d’autres, pourraient ĂŞtre ceux des « groupes occultes » Bilderberg et Commission TrilatĂ©rale et non simplement ceux des forces politiques des pays. Le lendemain, Herman Van Rompuy se rend au Château de Val Duchesse pour une rĂ©union du Groupe Bilderberg oĂą il donne, dans un discours, sa vision quant Ă  la gouvernance de l’Europe. Il y exprime l’idĂ©e selon laquelle l’Europe devrait ĂŞtre fĂ©dĂ©raliste Ă  l’image des États-Unis, et devrait pouvoir prĂ©lever un impĂ´t au niveau europĂ©en.

L’exercice de cette fonction commence thĂ©oriquement le 1er dĂ©cembre 2009, date d’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne. Selon ce traitĂ©, le prĂ©sident permanent ne peut assumer de mandat national le temps de sa prĂ©sidence. Herman Van Rompuy doit donc quitter son poste de Premier ministre le 30 novembre au plus tard. Exceptionnellement, de manière Ă  permettre au Premier ministre suĂ©dois (prĂ©sident tournant du Conseil europĂ©en jusqu’au 31 dĂ©cembre 2009) de terminer son mandat, il est dĂ©cidĂ© qu’Herman Van Rompuy dĂ©butera son mandat au 1er janvier 2010.

« L’horloger des compromis impossibles » est nommĂ© le 19 novembre 2009 au poste de premier prĂ©sident permanent, en mĂŞme temps que les deux autres titulaires des nouveaux postes créés par l’Union : le Haut reprĂ©sentant (Catherine Ashton) et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne (Pierre de Boissieu).

« Il n’est encore jamais arrivĂ© que des nĂ©gociations n’aboutissent pas Ă  l’adhĂ©sion de l’État en question Ă  l’Union europĂ©enne et cela n’arrivera pas non plus cette fois-ci. » ; intĂ©grer la Turquie, « pays important pour l’Europe », pose la question de l’attitude Ă  adopter pour d’autres pays comme l’Ukraine par exemple ; « L’Ă©largissement Ă  la Turquie n’est en rien comparable aux prĂ©cĂ©dentes vagues d’Ă©largissement. La Turquie n’est pas l’Europe et ne le sera jamais. Dire que l’Europe chrĂ©tienne est opposĂ©e Ă  cet Ă©largissement, c’est travestir la vĂ©ritĂ©. L’on peut en effet dire la mĂŞme chose d’autres familles et groupes politiques dans d’autres pays. Le fait est que l’adhĂ©sion d’un grand pays islamique comme la Turquie entraĂ®nera une dilution des valeurs universelles sur lesquelles l’Europe repose et qui jouent par ailleurs un rĂ´le fondamental dans la doctrine chrĂ©tienne. »

« L’Europe est une Union de valeurs. C’est pourquoi nous avons la responsabilitĂ© de jouer un rĂ´le important dans le monde. [...] D’ailleurs, j’espère que notre Union s’élargira encore pendant les prochains 2 ans et demi Ă  des pays qui, bien sĂ»r, rempliront les conditions. »

Catherine Ashton:

Née le 20 mars 1956, elle est une personnalité politique britannique, économiste de formation.

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Elle est nommĂ©e pair Ă  vie en tant que baronne Ashton of Upholland en 1999. Membre du Parti travailliste, elle devient en juin 2001 secrĂ©taire d’État au ministère de l’Éducation, puis en septembre 2004, au dĂ©partement des Affaires constitutionelles, et enfin au ministère de la Justice en 2007. Elle devient leader de la Chambre des Lords, pour le Parti travailliste. Politicienne de l’annĂ©e 2006, elle est dĂ©signĂ©e par Gordon Brown le 27 juin 2007 comme leader de la Chambre des Lords et Lord-prĂ©sidente du Conseil. AgĂ©e de 53 ans, cette travailliste est moins connue dans son pays qu’Ă  Bruxelles, oĂą elle a succĂ©dĂ© avec succès, l’an dernier, Ă  son compatriote Peter Mandelson, comme commissaire europĂ©enne au commerce. Elle est rĂ©putĂ©e apprĂ©ciĂ©e par le prĂ©sident de la Commission, JosĂ© Manuel Barroso.

Pierre de Boissieu:

Pour le quotidien d’information spĂ©cialisĂ© Europolitique, « Bien plus qu’un acteur clĂ© de la construction europĂ©enne, Pierre de Boissieu est quasiment une lĂ©gende pour toute une gĂ©nĂ©ration de diplomates, d’eurocrates et de journalistes qui ont arpentĂ© les couloirs de l’Europe entre le milieu des annĂ©es 1970 et la fin de la dernière dĂ©cennie. »

Pierre de Boissieu

Pierre de Boissieu, diplomate de formation, a Ă©tĂ© membre du cabinet du français François-Xavier Ortoli, vice prĂ©sident de la Commission europĂ©enne. A cette fonction, « il ne sera pas Ă©tranger au succès de deux initiatives qui ont pavĂ© le chemin de l’euro : la fondation du Système monĂ©taire europĂ©en et la crĂ©ation de l’unitĂ© de compte europĂ©enne : l’Ă©cu », selon le quotidien spĂ©cialisĂ© Europolitique.

Il a alors Ă©tĂ© l’un des principaux nĂ©gociateurs et rĂ©dacteur du traitĂ© de Maastricht conclu en dĂ©cembre 1991. Il est l’inventeur de l’organisation en trois piliers (JAI, PESC, UEM), qui a fini par s’imposer. « Poids très lourd dans les enceintes du conseil », il devint « le conseiller très Ă©coutĂ© tant de François Mitterrand que de Jacques Chirac ».

Pierre de Boissieu a Ă©tĂ© ambassadeur de France auprès de l’Union europĂ©enne (ou « ReprĂ©sentant permanent », ou « RP ») de 1993 Ă  1999, battant le record de longĂ©vitĂ© dans ce poste.

Il devint secrĂ©taire adjoint du Conseil de l’Union europĂ©enne le 18 octobre 1999. Selon Europolitique, alors que le secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale Javier Solana se consacrait aux affaires internationales, Pierre de Boissieu « est devenu le patron absolu de l’institution. Sa connaissance des dossiers, des mĂ©canismes institutionnels, du personnel politique des Etats membres de l’UE l’ont rendu incontournable ». Pour Le Figaro en 2001, « dans les faits, Pierre de Boissieu est seul maĂ®tre Ă  bord de ce qui est devenu, depuis l’affaiblissement de la Commission, le navire-amiral de l’Union. »

Le 19 novembre 2009, Pierre de Boissieu a Ă©tĂ© choisi comme SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne. Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral joue un rĂ´le crucial pour l’organisation des travaux europĂ©ens dans il assure la coordination. « De Boissieu a Ă©tĂ© nommĂ© pour deux ans jusqu’Ă  l’Ă©tĂ© 2011 », a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident français.

Note: Le texte intégral du traité de Lisbonne est disponible ici.

Sources: Fondation Robert Schuman

MecanoForums

Wikipédia

nov 15 2009

Pourquoi l’Union EuropĂ©enne ne convient pas Ă  la Suisse

Il existe une quasi infinité de raisons pour lesquelles l’UE ne convient pas à la Suisse et la Suisse à l’UE. A vrai dire, aucun Etat ne convient à ce colosse antidémocratique éloigné des citoyens, bureaucratique et corrompu, et surtout pas la Suisse, petit pays aux structures très différenciées et proches des citoyens. On n’entre pas dans une entreprise pourrie.

suisse

Rade de Genève, photo de Aldo Mariano

Nous allons évoquer quelques aspects qui expliquent pourquoi une nette majorité du peuple suisse ne souhaite pas l’adhésion. Nous nous limiterons aux deux piliers que sont la neutralité et la démocratie directe. D’autres caractéristiques de notre Etat sont le fédéralisme et l’autonomie des communes, liés au principe de subsidiarité, ainsi que le système de milice dans l’armée, les com­munes et les parlements (cantons et Confédération). Tous ces atouts du système politique suisse sont incompatibles avec une affiliation à l’UE: Cette dernière a besoin, dit-on, d’unités administratives centralisées et professionnelles et non pas de petites collectivités autonomes où s’investissent de nombreux citoyens à titre bénévole.

La neutralité armée perpétuelle

Depuis 200 ans, la Suisse se tient avec succès à l’écart des guerres et des alliances militaires et offre aux peuples victimes des guerres et des crises une aide non militaire tels que les bons offices, la Croix-Rouge internationale et toutes sortes d’engagements humanitaires. Il est évident que le principe de neutralité armée perpétuelle est totalement étranger à l’esprit de la puissance militaire qu’est l’UE. Le Conseil national (Chambre basse du Parlement) a le grand mérite de s’être opposé récemment à la participation de la Suisse à la mission de lutte contre le piratage Atalanta. Comme on l’a appris récemment par la presse, la frégate allemande Karlsruhe a arrêté, au large de la Somalie, sept pirates qui venaient d’attaquer un chalut. Il y aurait eu sûrement des soldats suisses sur ce navire de guerre allemand si le Parlement ne s’était pas opposé à la participation de notre pays à la politique de guerre de l’UE. Rappelons qu’il y a un mois, les partisans d’une participation ont essayé de faire croire aux parlementaires qu’il était «extrêmement peu probable» que les soldats ­suisses soient impliqués dans une opération militaire au large de la Somalie. Or ce n’était pas si improbable.

Si la Suisse était membre de l’UE, ses parlementaires ne pourraient plus prendre de décisions autonomes sur des opérations militaires comme celle d’Atalanta; ils de­vraient se plier aux ordres de Bruxelles. Et le peuple ne pourrait bien entendu pas faire savoir qu’il ne veut plus de tels engagements à l’étranger. Actuellement, le peuple peut en tout temps déposer une initiative populaire signée par 100 000 citoyens pour demander que l’armée suisse se limite à la défense du pays et aux interventions en cas de catastrophe. Lors de la votation, la majorité du peuple et des cantons emporterait la décision. Il est évident que cela serait inimaginable en cas d’adhésion. L’UE ne connaît pas le droit d’initiative.

En démocratie directe, c’est le peuple qui décide et non l’exécutif

Aux trois niveaux politiques (Confédération/cantons/communes), l’exécutif a relativement peu de pouvoir. Aussi la base assume-t-elle la responsabilité des décisions et en supporte les conséquences. En Suisse, il n’y a pas, comme en France ou en Allemagne, un chef de l’Etat qui peut prendre des décisions. Les sept conseillers fédéraux constituent un gouvernement collégial, ils sont sur le même plan et doivent trouver ensemble des solutions et des compromis. Aucun n’a davantage de pouvoir que les autres. Le Président de la Confédération est le primus inter pares et ses missions supplémentaires sont uniquement d’ordre organisationnel et représentatif. Son mandat n’est que d’une année, cela afin qu’il ne puisse pas asseoir son pouvoir. C’est pourquoi même les Suisses qui s’intéressent à la politique connaissent certainement le nom du président des Etats-Unis ou de la Chancelière allemande mais pas forcément celui du Président de la Confédération. Quand le Président Merz signe un accord fiscal avec un autre Etat, rien n’est encore acquis: le Conseil national et le Conseil des Etats peuvent encore s’y opposer et s’ils l’acceptent, 50 000 citoyens ont le droit de recourir au référendum facultatif, c’est-à-dire d’exiger une consultation populaire à ce sujet.

Les mêmes règles sont valables pour les gouvernements cantonaux et communaux: ce sont toujours des gouvernements collégiaux sans chef possédant des compétences supplémentaires. Le peuple est souverain aux trois niveaux (Confédération, cantons et com­munes) et a toujours le dernier mot. C’est pourquoi les tentatives des autorités fédérales de renforcer le pouvoir central rencontrent des obstacles: Chaque transfert de compétence des cantons à la Confédération doit être approuvé par une consultation populaire: la base doit vouloir le changement.

Cette limitation du pouvoir des exécutifs ne doit pas être interprétée comme une «faiblesse». Des affirmations comme «Nous avons besoin d’un gouvernement fort» sont contraires aux principes de la démocratie directe. Le Conseil fédéral sera d’autant plus fort que la population s’y sentira liée et qu’il sera conscient que c’est le peuple qui décide en dernière analyse. Il ne fera plus de promesses qu’il ne peut pas tenir à des gouvernements étrangers mais conclura une alliance avec les citoyens selon la devise «Tous ensemble, nous réussirons.»

Cette limitation des pouvoirs du Conseil fédéral gêne énormément Bruxelles. Elle souhaite un exécutif puissant avec un chef d’Etat, un interlocuteur unique qui prend les décisions importantes et non pas un collège de 7 conseillers qui doivent se mettre d’accord et dont les décisions doivent être approuvées par le Parlement et le peuple. Mais c’est ça, la démocratie.
Pour se rapprocher des vues de l’UE, le Conseil fédéral s’efforce, depuis des années, d’imposer une réforme de la tête de l’Etat: un gouvernement avec un Président de la ­Confédération dont le mandat serait de quatre ans et qui aurait plus de compétences en matière décisionnelle. Jusqu’ici, les Chambres s’y sont opposées, et cela à juste titre. Evidemment, toute modification de la structure politique est soumise au référendum obligatoire. Plus le temps passe, moins le peuple et les cantons seront disposés à approuver une telle réforme.

La participation aux affaires de la collectivité correspond à la nature de l’homme

Nous autres citoyens politiquement actifs savons ce que signifie la démocratie directe. Ceux qui participent aux affaires communales, cantonales ou fédérales sont plus heureux, se sentent plus responsables devant la collectivité et ont moins un sentiment d’impuissance face aux grands problèmes du monde. Nous, le peuple, sommes souverains; nous avons le droit et le devoir de gérer notre pays et le monde et de veiller à ce que la vie des générations futures vaille encore la peine d’être vécue. A ce sujet, il vaut la peine de relire l’étude de l’Université de Saint-Gall publiée par Gebhard Kirchgässner sous le titre «Die direkte Demokratie: modern, erfolgreich, entwicklungs- und exportfähig» (ISBN 978-3-8006-2517-8). Pour donner une idée de l’extraordinaire vitalité de la démocratie suisse, nous mentionnerons ici quelques exemples.

Depuis la fondation de l’Etat fédéral en 1848, le peuple a pu se prononcer sur 559 projets fédéraux dont la moitié environ ont été acceptés et les autres refusés.
8 amendements de la Constitution ont échoué à cause du principe de la majorité des cantons, c’est-à-dire qu’une majorité de petits cantons l’ont emporté sur les cantons très peuplés comme ceux de Zurich, Berne et Vaud.
Actuellement, on récolte des signatures pour 7 initiatives populaires fédérales, par exemple «Oui à la médecine de famille» et «Défendons la Suisse, inscrivons le secret bancaire dans la Constitution fédérale». 9 initiatives ayant abouti sont pendantes auprès du Conseil fédéral, par exemple «Accords internationaux: la parole au peuple!» et l’«Initiative pour le paysage». 9 sont aux mains du Parlement, notamment «Eaux vivantes (initiative pour la renaturation)» et «Accéder à la propriété grâce à l’épargne logement». 4, finalement, sont prêtes à être votées et sur 2 d’entre elles, le peuple et les cantons se prononceront le 29 novembre: «Contre la construction de minarets» et «Pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre».

En ce qui concerne 7 lois fédérales adoptées par le Parlement, le délai référendaire court encore, ce qui signifie que 50 000 signataires peuvent demander une consultation populaire.

Deux référendums facultatifs sont prêts à être soumis au peuple, notamment un arrêté fédéral sur la reprise automatique du droit européen en matière d’adoption des passeports biométriques.

Bien que la collecte de 50 000 ou de 100 000 ne soit pas une partie de plaisir, des milliers de personnes appartenant à des groupes de citoyens, à des partis politiques ou à des associations ne reculent devant aucun effort et bravent le froid pour informer et motiver la population, cela à titre bénévole et pendant leurs loisirs. Pourquoi? Une ou deux heures passées à récolter des signatures donnent lieu à de nombreuses discussions très animées avec nos concitoyens. Certaines personnes qui commençaient par déclarer qu’«à Berne, ils font de toute façon ce qu’ils veulent», reprennent courage et constatent qu’ensemble, nous pouvons faire quelque chose. Et, quelques listes de signatures remplies en poche, on rentre chez soi avec le sentiment d’avoir accompli son devoir et le cœur plus léger.

Une adhésion à l’UE aurait pour conséquence de nous empêcher de lancer la plupart des initiatives populaires parce qu’elles seraient contraires à l’un ou l’autre des ­textes de Bruxelles. Comme les parlements nationaux des pays membres de l’UE se voient imposer environ 70 à 80% des lois par Bruxelles, nous ne pourrions plus recourir au référendum pour nous y opposer. Le démantèlement prévisible des droits politiques du peuple suisse est une des raisons principales pour lesquelles la plupart des Suisses tiennent absolument à ce que leur pays reste un Etat indépendant.

La démocratie référendaire est lente et économe

En Suisse, le travail législatif ne s’effectue pas à la va-vite. Il faut du temps pour qu’un projet de loi ou un traité international entre en vigueur. C’est un effet de la démocratie directe. Le système législatif suisse, très souple, ne pourrait pas subsister au sein de l’UE, qui impose rapidement ses nouveaux projets.

Dans tous les manuels d’éducation civique suisses, on apprend comment on crée une loi. Tout d’abord, des spécialistes préparent un projet, puis on procède à une consultation: le Conseil fédéral envoie le projet aux cantons, aux partis politiques et aux associations afin qu’ils se prononcent. Même les simples citoyens peuvent donner leur avis. Cette procédure est un résultat de la démocratie directe. S’il apparaît dès cette phase qu’une loi ou un traité international est refusé par une majorité, il est absurde que les autorités cherchent à imposer leur projet en l’état. En effet, le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale ont conscience qu’il pourrait faire l’objet d’un référendum. Actuellement, une douzaine de procédures de consultation sont en cours dont la dernière en date – qui doit durer quatre mois – concerne une loi sur l’aide au suicide. Toutes les personnes et organisations concernées pourront s’exprimer.

Après avoir tenu compte des résultats de la consultation, le Conseil fédéral élabore un projet définitif et rédige un message destiné au Parlement. Ensuite le projet est débattu séparément au Conseil national et au Conseil des Etats qui y apportent tous les amendements souhaités par leurs membres. Si après trois discussions, des divergences subsistent entre les Chambres, une commission de conciliation est créée dans laquelle les deux Chambres envoient des représentants. Ces derniers cherchent un compromis sur lequel les Chambres devront voter séparément. Si le projet est approuvé par les deux Conseils, il est considéré comme adopté par le Parlement. Dans le cas contraire, il est refusé. Une fois le projet adopté, commence le délai référendaire de 100 jours, ce qui signifie que les citoyens suisses peuvent recueillir 50 000 signatures pour demander un référendum.

L’ensemble de cette procédure peut durer deux à trois ans, ce que certains politiques considèrent comme un trop long délai. Mais il faut tenir compte du fait que le droit des citoyens de recourir au référendum contre une loi ou un traité international représente une procédure législative prudente et économe qui est impensable dans une démocratie représentative et à plus forte raison dans ce colosse qu’est l’UE.

Le fait qu’en ces temps de crise financière et économique la Suisse se porte (économiquement) beaucoup mieux que les autres pays et que les Suisses aient un meilleur moral ne s’explique pas uniquement par des raisons économiques. N’importe quel pays ou commune au monde se porterait mieux si sa population pouvait contrôler la politique et notamment la politique financière, avec autant de soin que les Suisses aux niveaux fédéral, cantonal et communal. Plutôt que de chercher à absorber le dernier bastion d’Europe, les politiciens de Bruxelles pourraient, particulièrement dans ce domaine, s’inspirer du modèle helvétique et laisser les Suisses vivre leur démocratie authentique comme ils l’entendent.

Marianne WĂĽthrich

Marianne WĂĽthrich est docteur en droit Ă  Zurich

Pour poursuivre sur ce sujet, consulter le site de Hans-Peter Martin

nov 09 2009

Les conséquences de politiques antéchristiques

C’est que tu ne sais pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouverné
Pape Jules III

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Les politiques économiques de mondialisation et de libéralisme effréné que nous connaissons ont beau remporter de multiples victoires à court terme pour le plus grand plaisir de leurs instigateurs, fort est de constater que la situation mondiale actuelle nous donne toujours plus d’éléments démontrant que les conséquences à long terme de ces mêmes politiques renforcent les effets contraires que le capitalisme mondialiste est censé avoir. En effet, partout où les populations sont lésées par la perte forcée de leur patrimoine due aux ponctions violentes qui résultent d’une stratégie irrationnelle de libéralisme sauvage, le mécontentement contre, entre autres, les mesures d’ouverture des frontières et de libre-échange qui sont propres à la mondialisation croît, et avec lui, les nationalismes. Plus les peuples, quels qu’ils soient, se sentent menacés par l’influence de ce qui est étranger, et plus le dégoût des caractéristiques du système en place grandit, au point qu’un nombre exponentiel d’individus rejettent ce même système dans son intégralité et se précipitent dans les bras de « l’opposition », anti-libéraliste, raciste, voire parfois même anti-moderniste et anti-démocratique. Des groupuscules à l’idéologie musclée voient alors leur importance s’élargir considérablement. L’extrait suivant de l’introduction du livre Soleil Noir, dédié à l’explication des causes de la montée des mouvements néonazis, résume précisément cette problématique :

« En 1900, les races européennes blanches constituaient quelque 35% de la population mondiale. En raison du déclin de la natalité parmi la population blanche des pays industrialisés, couplé avec l’explosion démographique du tiers-monde due aux progrès de la médecine, ce chiffre est aujourd’hui juste sous les 10% au niveau mondial. Les travailleurs immigrés, les immigrants, les migrants économiques, les réfugiés et les demandeurs d’asile constituent un flux de population important, amenant la population excédentaire des pays en voie de développement vers des territoires traditionnellement habités par des Européens blancs. Ces économies industrielles avancées absorbent des taux d’immigrants plus élevés que jamais, et leur engagement politique envers la mixité raciale est maintenant une profession de foi. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la plupart des pays européens font face à un changement démographique qui fait perdre à leurs habitants de souche leur position majoritaire. La question qui en découle pour l’identité blanche est identique au dilemme des Austro-Allemands qui craignaient une perte de l’influence du vieil Empire des Habsbourg.

La réaction à ce phénomène résulte dans une résurgence des idéologies radicales, qui se nourrissent des menaces de la globalisation économique, des mesures de discrimination positive et de l’immigration en provenance du tiers-monde. Cela se manifeste essentiellement parmi les jeunes Blancs aliénés et la population à faibles revenus, de plus en plus marginalisés par les nouvelles industries high-tech et l’intégration croissante de minorités ethniques dans leur communauté. Aux Etats-Unis, l’augmentation rapide de l’immigration hispanique et des pays du tiers-monde, tout comme en Europe l’immigration en provenance des pays en voie de développement vers l’Europe de l’Ouest, ont ravivé de nouvelles peurs d’inondation raciale. La chute de l’Union soviétique et de la Yougoslavie a poussé plus loin les migrations vers l’Europe de l’Ouest, notamment parmi les populations de l’Europe de l’Est et les gitans. Les accords de libre-échange, le déclin des industries manufacturières traditionnelles et l’exportation de métiers de service à l’étranger, comme dans le domaine des communications et de l’informatique, stimulent le racisme et l’hostilité envers le libéralisme. »

De fait, le racisme latent habitant chaque représentant du commun des mortels étroit d’esprit, craignant de regarder au-delà de l’horizon que lui offre son patelin et effrayé à l’idée qu’une cohabitation avec des personnes de culture différente pourrait modifier un tantinet la vie placide et béate qu’il a l’habitude de mener, se voit significativement excité. Pour cet archétype du citoyen moyen qui est tout aussi incapable de chercher des causes par lui-même, au-delà des faits qu’il constate de façon simpliste, que de concevoir des valeurs telles que la tolérance, la faute de son éventuel licenciement échoit moins à la politique que mène l’entreprise ou l’État pour lequel il travaille qu’à l’immigré polonais qui est prétendument arrivé sur son sol pour lui dérober son emploi. Ainsi, la haine que les Nords-Américains et les Européens peuvent éprouver à l’encontre des injustices du système se focalise sur les étrangers à leur territoire, ces mêmes étrangers qui volent soi-disant l’emploi de ceux qui en cherchent, sont prêts à travailler à plus bas salaire et dans des conditions moins confortables, et qui accentuent plus ou moins indirectement la montée du taux de chômage du fait des délocalisations des industries dans leurs pays d’origine où les prix de travail sont diaboliquement peu élevés. Le terrain est alors tout préparé pour que certains plongent dans des délires racistes dualistes où un peuple, qui représente le bien, est supérieur à tous les autres, sources de tous ses maux, qu’il combat, ou qu’il doit carrément éliminer. Cette idéologie raciste peut aussi être relayée, plus ou moins inconsciemment, par des « spiritualités » creuses de types New Age, dans lesquels les mythes qu’inventent des ésotéristes dégénérés racontent souvent des histoires de surhommes ou de peuple supérieur.

Il y a deux manières de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bĂŞtes
Nicolas Machiavel

Si les conséquences sociales de cette « invasion » sont déjà considérables, elles grandissent encore en ampleur si les immigrés en question importent une religion qui n’est pas celle du sol national. Effectivement, rien ne terrifie plus les héritiers du christianisme qu’une « islamisation rampante » de leur contrée, christianisme que la plupart d’entre eux ont pourtant abandonné depuis longtemps, ainsi que ses valeurs. Il ne se passe donc pas un mois sans que le gros de la plèbe ne vomisse ses médiocres préjugés à la vision de faits où leur culture, si ce n’est leur « race », est confrontée à une autre, étrangère, par le relais de médias complaisants. Ils se gardent généralement bien d’exposer leurs vues trop publiquement, cependant, car ce n’est pas politiquement correct. En effet, il faut respecter son conditionnement et rester « politiquement correct », et donc conforme à la forme en laquelle cette société nous a modelés, car en quoi cela pourrait-il bien être logique de tenir la ploutocratie mondialiste comme responsable des échecs de sa politique cosmopolite ?

Il paraît évident que l’enrichissement d’une élite et la paupérisation des classes moyennes et populaires sont dus à la façon dont les politiques libérales sont actuellement appliquées, et non aux immigrés, qui ne sont pas responsables de la mauvaise gestion du système d’immigration et sont victimes des fautes que l’on rejette sur eux. En outre, on peut difficilement les blâmer de chercher de meilleures conditions dans des pays qui les accueillent pour combler une manque de main-d’œuvre dans certains secteurs et un déficit démographique. Le taux de chômage français actuel, supérieur à 10%, trouve son origine dans le fait que la population marginalisée par les attentes présentes du capitalisme n’ont pas suffisamment de secteurs nouveaux dans lesquels se réinsérer, étant donné que l’innovation est réprimée et non encouragée. Évidemment, nos dirigeants préféreront toujours renvoyer la faute sur quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes, et ne pas mettre en question les points discutables du système.

En plus du fait que l’antagonisme entre les prétendues « races » trompe la population d’adversaire, et lui permet de trouver un bouc-émissaire sur lequel reporter son attention et sa haine, il contribue aussi largement à amenuiser la cohésion nationale des États d’Europe et à appauvrir toutes les cultures coexistant dans les pays par l’incompatibilité qui est entretenue entre elles, plutôt que de faire en sorte qu’elles s’enrichissent réciproquement. Ainsi, à nouveau, les réactions nationalistes des peuples d’Europe dues à la perte « d’identité blanche » servent les stratégies mondialistes dont ces mêmes peuples craignent pourtant les effets dont ils méconnaissent l’origine. Les populations étant trop occupées par les rivalités ethniques et les gouvernements devant s’échiner à gérer ces problèmes, le pouvoir étatique est d’autant plus affaibli et laisse cours plus docilement aux desseins des acteurs économiques.

Les penchants racistes exacerbés d’une majorité de Nords-Américains et d’Européens font aussi en sorte que l’opinion publique n’éprouve pas trop de scrupules lorsque leurs pays sont en guerre au Moyen-Orient, étant donné que beaucoup d’entre eux se rassurent par l’intime conviction que ce ne sont là que des « bougnoules » et des « sauvages » qui meurent, pour l’hypothétique bien de leur petite sécurité. Au contraire, plutôt que d’être offusqués par les effets de guerres faciles et injustes, leur haine ne se trouve que renforcée par le fait qu’ils sont convaincus que leur pays a dû intervenir pour effacer une « menace » qui émanait d’eux, et va jusqu’à les tenir responsables des conséquences de cette guerre. Le problème palestinien suscite pourtant plus de réactions généralement, mais la raison est sans doute moins liée au fait que le conflit en question dure depuis une soixantaine d’années qu’à l’antisémitisme qui est lui aussi présent, comme les autres formes de racismes, chez une part croissante et non négligeable de la population. D’autre part, beaucoup de personnes parmi les peuples arabes, exaspérés par près deux siècles d’occupations et d’influences subversives venant des Européens, depuis les colonisations jusqu’à la situation actuelle de l’Irak en passant par la tromperie des accords de Sykes-Picot qui ont suivi la dissection de l’Empire Ottoman, ont nourri un fort ressentiment anti-européen et anti-chrétien, sentiments désormais fortement imprégnés dans leur conscience nationale. Il en résulte que la cohabitation entre Européens de souches et immigrés arabes n’en est que plus compliquée encore.

Celui qui ne sait pas et qui n’agit pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui n’agit pas est un criminel
Bertolt Brecht

Nos gouvernements ne semblent donc pas réellement dérangés par la radicalisation ambiante des comportements, n’ayant eux-mêmes qu’assez peu de conviction quant à l’importance du respect des principes démocratiques. Il n’en est pas moins que la multiplication des messages simplistes émanant d’une pléthore de mouvements et de sites internet qui sont, ou non, liés entre eux est problématique pour la bonne santé de ce qui reste des valeurs de notre société. En effet, au-delà du racisme, les explications caricaturales de conspirations juives ou maçonniques pour expliquer l’état d’un monde sous le joug du « Nouvel Ordre Mondial » contentent un nombre croissant de personnes au fur et à mesure que le mécontentement envers le système s’accroît. Ces derniers croient avoir compris le fonctionnement du monde et bénéficier du savoir que le reste de la population n’a pas, alors qu’ils ne font que plonger tête la première dans la bêtise et font souvent le jeu de mouvements de contestation douteux, qui sont soit composés d’illuminés, de fascistes ou de personnes désireuses de servir des intérêts extérieurs au pays dans lequel elles opèrent.

Pour prendre l’exemple de l’expression « Nouvel Ordre Mondial », qui a été reprise par plusieurs personnalités de la scène politique française récemment, beaucoup ignorent qu’elle fut également utilisée au début de la Guerre Froide pour désigner la séparation du monde en trois parties : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union soviétique, et le Tiers-Monde. Elle fut à nouveau utilisée à la fin de la Guerre Froide avec la chute du communisme, et réapparaît aujourd’hui, sans doute pour signifier la victoire définitive du capitalisme sur le globe avec la gouvernance mondiale qui s’ensuivra. Or, lorsque quelqu’un qui prétend s’opposer au système entend « Nouvel Ordre Mondial », il a tendance à ne penser qu’à un vaste projet mondialiste, stigmatise ceux qui en font la promotion et rejoint ceux qui sont censés le dénoncer. Mais quand les présidents Chavez et Ahmadinejad parlent de Nouvel Ordre Mondial, par exemple, on se doute qu’il s’agit, pour eux, d’espérer un monde multipolaire où l’union de plusieurs pays permettraient de contrer la seule hégémonie des Etats-Unis, plutôt, justement, qu’un monde unifié aux critères libéraux. D’autre part, il est facile, pour les pseudo-mouvements de contestation, de jouer sur le terrain des points auxquels le public auquel ils s’adressent est sensible. Ainsi, en usant de critiques répandues et consensuelles du système, ils s’attireront l’attention de ceux qui penseront que les personnes qui tiennent un discours qui leur convient doivent être des gens biens. Or, il est facile de dénoncer, mais ceux qui prétendent le faire disent rarement pourquoi ils le font, et ont rarement de meilleures solutions aux problèmes dont ils traitent, exagérés ou réels, que les mesures qui sont déjà en place pour les gérer. Cette propagande dont l’ampleur grandit n’atteindra probablement pas une influence suffisante pour être un tant soit peu dangereuse pour le bien public, mais elle abrutit ceux qui y prêtent oreille et discrédite le travail de ceux qui tentent de faire de l’information réelle.

Ce n’est pas rejeter en bloc le système qui pourra être d’une quelconque utilité pour nous-mêmes comme pour le bien commun, ce qui ne peut être fait que par des gens qui se laissent dominer par leurs sentiments de frustration et de mécontentement sans tenter de discerner précisément ce qui les gêne dans le système et ce qu’il est bon de conserver. Plutôt que cela, il faudrait justement trouver un consensus sur ce qui tourne mal dans nos sociétés, et proposer des solutions. Bien sûr, ce n’est pas en faisant de longs discours que quiconque parmi ceux qui ont le pouvoir de changer quoi que ce soit au système sera convaincu qu’il doit revoir la politique qu’il mène depuis des années, mais je suis personnellement convaincu que les travers d’un système sont comme des chaînes pesantes que quelqu’un devrait traîner au prix de son énergie et du ralentissement qu’ils lui causent, jusqu’au moment où la gêne deviendra trop lourde pour être supportable, et où il faudra se démener pour se débarrasser de ses parasites. En clair, les imperfections ne peuvent que miner le système le plus obstiné jusqu’au jour où elles créeront des événements d’une ampleur suffisante pour l’amener à revoir impérativement les zones d’ombre de sa structure, le tout échappant aux hommes qui tenaient jusque là les rennes. Mais lorsque cela arrivera, si cela arrive, encore faudra-t-il que des programmes ambitieux aient été pensés et que ce soient des alternatives justes qui prévalent.

J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité : c’est pour cela que je meurs en exil.
Pape Jean XIV

En l’occurrence, présentement, le problème principal de notre système me semble être le musellement de l’innovation. En effet, la ploutocratie établie préfère s’assurer la conservation des privilèges qu’elle a acquis sur les critères de réussite actuellement appliqués plutôt que d’aider, au moyen de ses immenses possessions financières, des projets qui pourraient bénéficier grandement aux citoyens de leur pays et aider ses scientifiques, ses philosophes et autres intellectuels dans leur quête de connaissance. Ce facteur me paraît être le principal responsable du taux de chômage élevé, ainsi que du grand nombre de personnes déprimées et de suicides. En effet, cela ne convient pas à tout le monde de mener une existence terne, partagée entre plaisirs du divertissement et travail, nécessitant le plus souvent l’utilisation de personnes conditionnées comme des machines, du fait qu’elles ont été formées pour accomplir un travail bien spécifique et que la plus grande partie de leur vie se résume à cela. Si personne ne trouve la paix dans une société guerrière, privilégiant les valeurs masculines de force et d’expansion, l’autre extrême, une société qui se complait dans la passivité et la stagnation, croyant qu’il ne reste plus rien à accomplir dans ce monde, pourrit assurément. L’idéal serait d’associer l’harmonie féminine à la propension plus masculine à l’expansion, mais dans le domaine de la connaissance, soit profiter de la paix pour parfaire la société humaine grâce à l’acquisition d’encore plus de savoirs.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

oct 31 2009

L’odyssĂ©e de l’espèce [troisième partie]

Nous vivons les premières consĂ©quences de la transition du système technique. La rĂ©volution industrielle avait chassĂ© l’homme de sa terre. La concurrence des robots le chasse de son lieu de travail. Les entreprises se prĂ©occupent partout d’Ă©laguer leur personnel excĂ©dentaire. Ă€ court terme, on ne voit que souffrance, exclusion, imprĂ©voyance, mĂŞme si, Ă  plus long terme, on peut se fĂ©liciter que les travaux rĂ©pĂ©titifs et dĂ©qualifiĂ©s soient repris en charge par des automates. L’Homme retrouvera, mais plus tard, une valorisation de son talent dans le contact humain : la vente, les loisirs, la crĂ©ation, les soins aux personnes âgĂ©es et aux enfants… Le mouvement est tellement massif qu’il faut le voir comme une grande vague historique. Les transitions antĂ©rieures ont aussi Ă©tĂ© accompagnĂ©es de dĂ©placements non volontaires. Ă€ la rĂ©volution industrielle, le peuple des campagnes a dĂ» migrer vers les villes, contre son grĂ©. L’expulsion, quelque regret qu’on en ait, est un principe moteur. D’un point de vue psychanalytique, nous commençons tous notre vie par une expulsion du ventre maternel, après quoi il nous faut reconfigurer notre univers perceptif. L’innovation commence aussi par une sorte de « seconde naissance », suivie d’une reconstruction du monde.

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Avertissement: Thierry Gaudin est un polytechnicien et ingĂ©nieur des Mines, expert auprès de l’OCDE, des Nations unies et de la Commission europĂ©enne. Il est aussi prĂ©sident de l’association Prospective 2100. Dans son livre « 2100 : l’OdyssĂ©e de l’espèce », publiĂ© en 1993, il s’appuie sur une recherche et une connaissance personnelle des mĂ©canismes de l’innovation et des interactions technique de la sociĂ©tĂ©. Il s’agit d’un travail de prospective, rĂ©sultat de dix annĂ©es d’échanges avec des centaines de personnes, qui s’appuie sur les mĂ©canismes du passĂ© pour tenter d’apprĂ©hender ceux du futur. L’auteur nous livre des scĂ©narios viables pour sortir de problèmes sociĂ©taux divers, encourageant principalement le recours Ă  l’innovation et Ă  l’esprit d’entreprendre. Cependant, imaginer qu’il puisse y avoir une remise en question des pouvoirs Ă©tablis qui dĂ©coulerait de la libre application de la crĂ©ativitĂ© de chacun ne serait sans doute pas raisonnable avant la deuxième moitiĂ© du 21ème siècle. Il n’en demeure pas moins que les pistes proposĂ©es par Thierry Gaudin pour amĂ©liorer le fonctionnement du monde ainsi que ses constats sur le passĂ© et le prĂ©sent de nos civilisations sont difficilement critiquables, Ă  l’exception d’un regard qui me paraĂ®t trop optimiste sur les bienfaits Ă©ventuels du mondialisme et sur l’attente d’une bonne et sincère volontĂ© politique en matière de progrès. Nous reprendrons en trois articles les extraits du livre qui sont les plus pertinents et les plus liĂ©s au domaine dont Mecanopolis traite.

Ainsi, l’expulsion engendre Ă  la fois des souffrances et des innovateurs. Comme il faut rĂ©inventer d’autres mĂ©tiers pour Ă©chapper Ă  la concurrence des machines, il y a bien une troisième voie : ni le socialisme, ni le capitalisme, la politique d’innovation.

Dans la sociĂ©tĂ© innovatrice, les organisations sont des ĂŞtres vivants mortels. La collectivitĂ© aide la naissance et la croissance des nouvelles institutions. Elle aide aussi les anciennes Ă  mourir, notamment en protĂ©geant les droits des individus qui pourraient en souffrir. L’innovateur est comme Ă©tranger, mĂŞme au milieu des siens. Il voit des choses que les autres ne voient pas, et il ne peut mĂŞme pas encore les leur faire comprendre. Santos Dumont, pionnier du dirigeable et de l’aviation, le dit, en tĂ©moignant de sa jeunesse : « MĂ©ditant sur l’exploration du grand ocĂ©an cĂ©leste, moi aussi je crĂ©ais des aĂ©ronefs, j’inventais des machines. Ces imaginations, je les gardais pour moi. Ă€ cette Ă©poque, au BrĂ©sil, parler d’inventer une machine volante, un ballon dirigeable, c’eĂ»t Ă©tĂ© se signaler comme un dĂ©sĂ©quilibrĂ© et un visionnaire. Des aĂ©ronautes montant des ballons sphĂ©riques Ă©taient considĂ©rĂ©s comme de hardis professionnels, pas très diffĂ©rents des acrobates ; et que le fils d’un planteur songeât Ă  devenir leur Ă©mule, c’eĂ»t Ă©tĂ© presque un pĂŞchĂ© social. »

Seule la preuve concrète peut Ă©tablir la validitĂ© de ce que l’innovateur a devinĂ©. ExpulsĂ© de son ĂŞtre social, il ressemble Ă  un amant esseulĂ© en quĂŞte d’un amour perdu. Il refait alors son unitĂ© avec le monde en reconstruisant un monde Ă  l’image de sa vision.

Celui qui veut aider l’innovation doit donc avoir le courage de tendre la main Ă  ce qu’il pressent, sans vraiment le comprendre tout Ă  fait, et de dĂ©fendre des idĂ©es hors norme, qui en plus gĂŞnent des intĂ©rĂŞts Ă©tablis. La libertĂ© de crĂ©er est Ă  ce prix.

Les forces qui s’opposent Ă  l’innovation sont si diverses et puissantes qu’on peut inverser le sens de cette question : l’Ă©tat « normal » d’une institution ne serait-il pas la stabilitĂ© et le refus du changement ? Les organisations subiraient-elles les innovations comme les individus attrapent la grippe ? Face au danger, elles dĂ©ploieraient alors des rĂ©sistances immunitaires. Elles manifesteraient pour rĂ©sister au changement une ingĂ©niositĂ© et une Ă©nergie sans commune mesure avec celles qu’elles mobilisent pour le promouvoir.

Cependant, les protections excessives dont s’entourent nos contemporains, leur quĂŞte implicite d’un bonheur vĂ©gĂ©tatif, leur avachissement dans le confort sont aussi contre nature. La Nature a besoin de nouveautĂ©. Elle joue, elle combat, elle engendre en suivant des processus amoureux. Quand il ne se passe plus rien dans une vie, ce n’est pas le bonheur que l’on trouve, mais l’ennui et la dĂ©prime. Notre sociĂ©tĂ© a fait, quelque part, un contresens : mais oĂą donc ?

Si les institutions sont des ĂŞtres vivants, il faut admettre qu’elles naissent et meurent comme tout ce qui vit. La plupart des rĂ©sistances au changement sont des rĂ©flexes de survie institutionnels, cherchant Ă  dĂ©fendre l’existant, l’acquis, le dĂ©jĂ  lĂ  contre une menace, mĂŞme lointaine et hypothĂ©tique.

Imaginez une grande compagnie. Elle a dĂ©veloppĂ© une gamme de produits, comprenant chacun des milliers de composants, et embauchĂ© des milliers de travailleurs. Un petit concurrent arrive, et propose de rendre le mĂŞme service avec un objet dix fois plus simple, et demandant vingt fois moins de travail Ă  fabriquer. Que croyez vous qu’il se passe ? La grande entreprise va essayer de faire pression sur les fournisseurs, les clients, les banquiers pour qu’ils lui refusent leurs commandes, leur soutien et leur crĂ©dit. Eventuellement, elle financera des propagandes perfides pour le discrĂ©diter. Ce faisant, elle quitte l’Ă©conomie de marchĂ© pour entrer dans l’Ă©conomie maffieuse. Par rĂ©flexe de survie, elle triche avec la règle de loyautĂ© de la concurrence, qui est pourtant l’essence mĂŞme de l’idĂ©e libĂ©rale.

Ce rĂ©flexe, il faut aussi le dĂ©cliner Ă  tous les niveaux : un service technique voyant arriver une idĂ©e Ă  laquelle il n’avait pas pensĂ©, en provenance d’un nouveau venu, n’ayant ni les diplĂ´mes ni le statut autorisant Ă  prendre la parole ; un mouvement politique ou social face Ă  des initiatives de terrain, menĂ©es par des inconnus, avec les moyens du bord ; un laboratoire de recherche ayant pignon sur rue, Ă©quipĂ© d’un puissant matĂ©riel et consommant force subventions voit arriver un jeune impertinent qui, Ă  partir de concepts nouveaux, prĂ©tend rĂ©soudre le problème sur lequel il s’escrime depuis vingt ans, avec le soutien sans faille des fonds publics…

Chaque fois, l’institution entre en lutte, et en mĂŞme temps en contradiction avec les principes qui justifient son existence mĂŞme. L’exemple vient de haut. C’est celui de l’Eglise au Moyen Age. Devant l’hĂ©rĂ©sie, elle a prĂ©fĂ©rĂ© sacrifier des vies humaines (Inquisition, croisade contre les albigeois), plutĂ´t que de tolĂ©rer d’autres approches de la spiritualitĂ©. Alors a commencĂ© son lent dĂ©clin.

Il est possible de repĂ©rer, dès les premières minutes, les attitudes conformistes. Elles sont inavouĂ©es, mais perceptibles par un regard exercĂ©. L’homme d’appareil (l’apparatchik) se conduit intĂ©rieurement comme s’il portait un uniforme (ou une soutane). Il manifeste son respect pour les pouvoirs instituĂ©s et les compĂ©tences reconnues. Les preuves logiques et les dĂ©monstrations factuelles et concrètes l’intĂ©ressent moins. Le fait que ça marche est une donnĂ©e parmi d’autres. Pour lui, l’important n’est pas la chose, mais ce que l’on pourrait en dire. Les jeux d’influence sont la rĂ©alitĂ© qui retient son attention, et dans laquelle il veut se placer. Il n’est plus tout Ă  fait un ĂŞtre humain. Il incarne l’institution. Il est comme possĂ©dĂ© par elle. Il ne peut plus entendre que ce qui vient d’autres institutions, portant de surcroĂ®t un label respectable.

Si quelque fait nouveau lui est rapportĂ© par une personne, il regarde d’abord sa carte de visite. Il n’accepte de mĂ©moriser que si elle rappelle un univers connu et respectable. Si deux personnes convenables lui parlent du mĂŞme fait, ce fait devient possible. Trois, il est vraisemblable. Quatre, il est certain. Aussi l’innovateur avisĂ© fait-il parvenir la mĂŞme information Ă  la mĂŞme personne de quatre sources assez diffĂ©rentes pour qu’elle ne puisse dĂ©tecter l’origine commune.

Cette attitude s’explique par la saturation. L’homme d’appareil, craignant sans doute de ne pas ĂŞtre assez reconnu, habitĂ© par un doute existentiel secret, s’est mis instinctivement en situation d’ĂŞtre sollicitĂ©. Ayant alors Ă  traiter plus d’informations qu’il ne peut en Ă©cluser il cherche des Ă©crans qui lui Ă©conomisent son temps mental. Et il trouve en rĂ©ponse des rĂ©fĂ©rences, des diplĂ´mes, des mĂ©dailles et des titres qui remplacent la rĂ©alitĂ© de l’ĂŞtre. Plus les dirigeants montent dans la hiĂ©rarchie, plus ils saturent, et plus ils se croient obligĂ©s de faire semblant, d’oĂą les contre performances des grandes organisations et la formidable inertie des Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es.

La rĂ©sistance Ă  l’innovation s’exerce d’abord comme refus de la preuve, dĂ©tournement du regard devant les faits nouveaux, surprenants, gĂŞnants, contraires aux attentes officielles le rĂ©flexe de l’autruche. Potemkine faisait peindre des dĂ©cors le long des routes pour que sa souveraine, Catherine II, ne soit pas gĂŞnĂ©e par le spectacle de la misère. Le couple Ă©ternel de la majestĂ© soutenue par l’illusionniste se reproduit Ă  travers les rĂ©gimes politiques et les modes de gestion. MalgrĂ© la compĂ©tition, dur rappel Ă  la rĂ©alitĂ©, les entreprises aussi ont besoin de se raconter des histoires pour garder le moral. Or, l’innovation commence par un retour aux fondements, un doute salutaire, un refus des « allant de soi » et des lieux communs. Dès le dĂ©but, elle dĂ©range. En fait, le principal ennemi de l’innovation, c’est la peur et le silence qu’elle engendre.

Sur les ailes de la Raison

La vraie Raison n’est pas la « rĂ©quisition » de Heidegger, ni un instrument au service de la cupiditĂ©. Elle est au contraire ce qui libère, d’abord des vĂ©ritĂ©s toutes faites, telles que les prodiguent les religions, les sectes et les idĂ©ologies, ensuite des attachements maladifs, des appropriations et des possessions, au sens des sorciers. Le vingtième siècle a fait le premier pas dans cette direction, en introduisant, au moyen de la psychanalyse, la libido dans le champ de la raison discursive. Il a commencĂ© une guĂ©rison, qui est encore loin d’ĂŞtre terminĂ©e. Mais on entrevoit derrière cette mise en rationalitĂ© de l’irrationnel un grand basculement des valeurs : l’ancien concept de pouvoir, dissous par les nouvelles communications, laisserait place Ă  un comportement moins pathologique, fondĂ© sur la comprĂ©hension et la recherche de la beautĂ©.

Dans ce mouvement, la logique du « pourquoi ? » est complĂ©tĂ©e par une logique du « pourquoi pas ? ». La connaissance et la crĂ©ation progressent en imaginant des choses qui paraissaient impossibles ou inacceptables. HĂ©las, ce prĂ©cieux secret est dissimulĂ© au public. On ne lui montre que des rĂ©sultats acquis. On lui demande, non pas d’imiter l’indiscipline des crĂ©ateurs d’autrefois, mais au contraire de vĂ©nĂ©rer leurs rĂ©sultats et de se discipliner l’esprit pour mieux les assimiler, telles des osties.

Les mathĂ©matiques elles-mĂŞmes, dont l’enseignement est si souvent rĂ©barbatif, ont progressĂ© en crĂ©ant des ĂŞtres incroyables, dans un dĂ©fi permanent Ă  la raison raisonnante et au discours des institutions. Dans la Grèce antique, les pythagoriciens s’Ă©taient aperçus que racine de deux ne pouvait se rĂ©duire Ă  une fraction, bien qu’on puisse trouver des fractions qui l’approchent d’aussi près que l’on veut. EffrayĂ©s par cette dĂ©couverte, ils ont qualifiĂ© ce nombre d’ »irrationnel », autrement dit Ă©chappant Ă  la Raison, et conservĂ© secrète cette irrationalitĂ©. Ce qui aurait pu ĂŞtre le point de dĂ©part d’une Ă©closion de nombres nouveaux est restĂ© un secret d’initiĂ©s, recouvrant les manoeuvres souterraines d’une secte. On n’ose imaginer ce qu’aurait produit ce comportement dĂ©lĂ©tère si les transfinis, les nombres imaginaires, les catĂ©gories et l’analyse hyper complexe, qui sont tous des Ă©closions rĂ©centes d’ĂŞtres mathĂ©matiques incroyables, comme l’Ă©taient les irrationnels, avaient Ă©tĂ© capturĂ©s de la sorte !

La critique des vĂ©ritĂ©s toutes faites Ă©tait la spĂ©cialitĂ© de Descartes, dont la vie mouvementĂ©e fut Ă©maillĂ©e de joutes de langue et d’Ă©pĂ©e. Il cherchait Ă  pourfendre les positions d’autoritĂ©, et visait sans le dire l’Eglise, qu’il a, de mon point de vue, atteint mortellement dans ses profondeurs. Je vis en un autre siècle, oĂą la Science règne. J’ai, pendant des annĂ©es, accueilli les innovateurs, meurtris par l’incrĂ©dulitĂ© ambiante, tels des fleurs mourant de soif. Maintenant, ce n’est plus le trop plein de foi, c’est le vide qui nous mine. Et l’esprit critique, rĂ©cupĂ©rĂ© par des positions conformistes, jette, Ă  partir des institutions et des discours de la Science, l’anathème sur les nouveautĂ©s. Il faut rĂ©apprendre Ă  Ă©couter les silences de l’imaginaire. Le mouvement crĂ©ateur est comme une respiration.

Il comprend d’abord des phases de distinction : on classifie, on discerne et distingue avec une finesse accrue ce qui Ă©tait confondu. Nul ne peut nier la nĂ©cessitĂ© de ces mises en ordre, ni l’Ă©conomie de pensĂ©e qu’elles permettent. Sans distinction, il n’y a pas de mĂ©thode possible. Si elle n’est pas suffisante, l’esprit ne peut s’extraire de la confusion. Mais il y a aussi des phases de rĂ©union : ce sont les analogies, les mĂ©taphores, les idĂ©es poĂ©tiques, les Ă©lans amoureux. Ils vont en sens inverse, mais sont tout aussi indispensables. Ils alimentent la passion, le rĂŞve, le voyage en esprit, donc la crĂ©ation et la vie. L’innovation y trouve sa source.

Les Ă©sotĂ©ristes appellent ces deux phases respectivement diaboliques (de dia : en deux et ballein : jeter) et symboliques (de sun : ensemble, et ballein). Ils reprĂ©sentent en effet la sĂ©paration et la rĂ©union, au sens le plus fort de ces mots, comme un vĂ©cu intime du rapport de l’ĂŞtre au monde, qui se distingue et se reconnaĂ®t successivement. Ces moments sont bien comme les deux phases d’une respiration. Les anciens disaient « le souffle de l’esprit ». Dans l’inscription de la Techno Nature, il faut s’attendre aussi Ă  ce double mouvement : des phases de mise en coupe rĂ©glĂ©e et des phases crĂ©atrices, les unes se nourrissant des autres.

Jardin planétaire

Le passage au jardinage planĂ©taire est l’expression du nouveau système technique, celui qui suit l’industrialisation. Il se caractĂ©rise par une recherche de qualitĂ© et une limitation des dĂ©gâts dĂ»s aux exploitations intensives. On ne manque pas de terres. Sur les treize milliards d’hectares de la planète (2,6 ha par habitant), un tiers est couvert par des forĂŞts, 45% est inutilisable (ce sont des dĂ©serts -28%- des rĂ©gions froides, montagneuses ou inondĂ©es). Reste environ un quart de cultivable (6000 mètres carrĂ©s par personne), dont nous utilisons seulement moins de la moitiĂ© (11%, soit un hectare pour trois personnes). En particulier, l’Afrique et l’AmĂ©rique du Sud n’exploitent que 6 et 7% de leur territoire, soit le cinquième de ce qui serait cultivable, mĂŞme sans toucher Ă  la forĂŞt.

Les besoins alimentaires de l’espèce humaine ne sont pas excessifs au point de menacer l’Ă©quilibre Ă©cologique. La consommation par habitant et par an est de :

Céréales: 300 Kg

Légumes: 183 Kg

Viande: 28 Kg

Poisson: 14 Kg

Total: 525 Kg

MĂŞme en remĂ©diant Ă  la sous alimentation (ces chiffres Ă©quivalent Ă  une moyenne de 1,4 Kg par jour, ce qui est peu), nous resterions très en dessous du potentiel agricole (3 tonnes par an) et surtout de la production de boiomasse par les forĂŞts : 133 milliards de tonnes, soit 27 tonnes par habitant et par an, dont nous ne consommons que 0,6 : la moitiĂ© pour les usages industriels (papier, construction, ameublement..), l’autre moitiĂ© pour le chauffage et la cuisine (bois de feu) surtout dans les pays en dĂ©veloppement. La plus grande partie de la biomasse n’est pas utilisĂ©e pour la nourriture. Et les besoins nutritionnels, environ une demi tonne par habitant et par an sont trois fois moins importants que la consommation d’Ă©nergie : 1,4 tonne d’Ă©quivalent pĂ©trole.

Le grand vivier des espèces, le chaudron oĂą fermente la soupe crĂ©atrice, c’est la forĂŞt, plus prĂ©cisĂ©ment la forĂŞt tropicale humide. Au total, il y a encore plus de trois milliards d’hectares boisĂ©s sur la planète, soit un peu plus d’un hectare pour deux personnes. La forĂŞt contient les trois quarts de la biomasse terrestre, soit 950 miliards de tonnes au total, 190 tonnes par habitant, un cube de six mètres de cotĂ©. La rĂ©serve de biomasse est encore Ă©norme. En gros, elle reprĂ©sente trois mille fois le poids de l’espèce humaine.

Après avoir Ă©tĂ© surexploitĂ©es pour fabriquer du papier, les forĂŞts du Nord (Europe et AmĂ©rique) sont stabilisĂ©es. Des lois favorables ont mĂŞme suscitĂ© un dĂ©but de reboisement (au total 2 millions d’hectares par an pendant les annĂ©es 80). Par contre, la dĂ©forestation tropicale est un scandale planĂ©taire, une insulte Ă  la vie, une irresponsabilitĂ© dangereuse. Elle met en pĂ©ril le patrimoine biologique, c’est Ă  dire la diversitĂ© des espèces, diversitĂ© que nous ne connaissons mĂŞme pas encore, puisque les estimations varient entre cinq et trente millions, et que seul 1,4 million a Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©. Au rythme oĂą nous allons, nous risquons de n’avoir mĂŞme pas le temps de connaĂ®tre celles qui sont en train de disparaĂ®tre. Elles seront mortes avant que nous ayions pu les recenser.

Douze programmes pour le 21ème siècle :

Culture technique

Les systèmes Ă©ducatifs, construits initialement pour enseigner, en sont arrivĂ©s Ă  sĂ©lectionner puis exclure. Au lieu de diffuser des connaissances utiles Ă  tous, ils ont favorisĂ© la constitution de savoirs Ă©sotĂ©riques, confisquĂ©s par des Ă©lites. Or, tous les humains doivent pouvoir accĂ©der Ă  la maĂ®trise des techniques nouvelles et progresser librement dans la voie de la connaissance. Ă€ long terme, la prospĂ©ritĂ© est la fille de l’Ă©ducation de la base, et non du savoir des Ă©lites. Il faut que les mĂ©dias enseignent des savoirs directement utiles. Le langage des spĂ©cialistes ne doit plus ĂŞtre un moyen sournois et pervers de sĂ©grĂ©gation. Il faut aussi Ă©liminer l’illettrisme, principal moyen d’exclusion.

Métrologie du quotidien

Chacun doit pouvoir Ă©valuer, dans la vie quotidienne, l’Ă©tat de sa santĂ© et de son environnement. La mĂ©trologie vient aider la connaissance de soi et de la Nature, en lui fournissant des repères et des moyens de vĂ©rification. Il faut les instruments adĂ©quats et portables pour mesurer la qualitĂ© de l’eau, de l’air, des aliments, l’Ă©tat de son corps (autoanalyses), celle aussi des plantes et des animaux. De la sorte, la responsabilitĂ© de la vie sera rĂ©partie entre tous, chacun Ă©tant le gardien de son jardin et de lui-mĂŞme. Ă€ plus grande Ă©chelle, il faut des rĂ©seaux mondiaux d’analyse, d’essais et de mĂ©trologie industrielle, de tĂ©lĂ©surveillance de l’environnement par satellite, dont les rĂ©sultats soient accessibles Ă  tous. Il faut aussi Ă©tablir un droit de chacun Ă  l’information sur ce qu’il mange, ce qu’il respire, et tous les produits qu’on lui vend, et aussi Ă  l’information sur l’information.

Industrialiser l’Espace

Chaque activitĂ© dans l’Espace Ă©largit la conscience, offrant une vision nouvelle de ce qui se passe sur terre. Vues de lĂ  haut, les frontières paraissent dĂ©risoires, la Nature fragile et les grands Ă©quipements insuffisants. Techniquement, l’Espace est un grand miroir de la terre. Il rĂ©flĂ©chit les communications et renvoie l’image de l’Ă©tat de la Planète (mĂ©tĂ©o, couverture vĂ©gĂ©tale, pollutions). Demain, il s’agira aussi de rendre possible la vie dans le Cosmos, indĂ©pendamment de la prĂ©sence d’une planète accueillante telle que la Terre. D’oĂą la construction de modèles rĂ©duits, les « biosphères », Ă©cosystèmes complets en Ă©quilibre. La vie dans l’Espace sera l’aboutissement de toute une sĂ©quence technologique : l’avion spatial, l’utilisation de matĂ©riaux issus de l’Espace (Lune ou ceinture d’astĂ©roĂŻdes) les centrales solaires spatiales, enfin des planètes creuses artificielles avec des biosphères embarquĂ©es.

Habiter les mers

Depuis un siècle, la population s’est dĂ©placĂ©e vers les cĂ´tes. Celles-ci sont maintenant surpeuplĂ©es et dĂ©figurĂ©es. On va sauter le pas et s’installer sur l’eau. Ce seront des citĂ©s flottantes, sur remblais ou sur pilotis de plusieurs milliers, voire millions, d’habitants. Les composants techniques sont prĂŞts : Ă©nergies du soleil, des vents et de la houle, aquaculture, agriculture hydroponique, dessalement, tĂ©lĂ©communications par satellites. On peut maĂ®triser leur dĂ©veloppement pour Ă©viter de polluer l’ocĂ©an. Ces citĂ©s marines auront diverses vocations : loisirs nautiques, production d’aliments issus de la mer, enseignement, recherche et industries de pointe (technopoles). L’habitat maritime offrira une qualitĂ© de vie accrue. La circulation, l’approvisionnement en eau, le traitement des dĂ©chets seront simplifiĂ©s. FabriquĂ© en sĂ©rie, cet urbanisme sera plus Ă©conomique près des cĂ´tes oĂą le prix des terrains est devenu exorbitant (baie de Tokyo, cĂ´te d’azur…). Mais il faut en premier lieu rĂ©viser la lĂ©gislation du domaine maritime, conçue autrefois pour d’autres technologies.

MaĂ®triser l’Ă©nergie

La maĂ®trise de l’Ă©nergie est cohĂ©rente avec le nouveau système technique. Elle utilise les ressources de manière plus fine et prĂ©cise. Mais il faut l’accĂ©lĂ©rer par l’intervention d’agences, alimentĂ©es par des taxes sur les consommations d’Ă©nergie, et utilisant le produit de ces taxes pour promouvoir les nouvelles technologies plus « soutenables ». Par exemple, celles de la « civilisation de l’hydrogène » : le remplacement des combustibles par l’hydrogène Ă©vite l’effet de serre. Il ne produit que quelques nuages de plus en brĂ»lant. Il n’est pas polluant. On peut l’obtenir Ă  partir de n’importe quelle source d’Ă©lectricitĂ© (solaire, Ă©olienne, nuclĂ©aire…). Quelques amĂ©nagements (sĂ©curitĂ©, corrosion..) suffisent pour que les moteurs et les brĂ»leurs actuels puissent l’accepter. Il faut donc, dans tous les pays, amĂ©nager un passage graduel au combustible hydrogène, en mĂŞme temps qu’un dĂ©veloppement massif de l’Ă©lectrification et des Ă©nergies nouvelles (solaire, Ă©olienne, biomasse..), ainsi que des Ă©conomies d’Ă©nergie.

Transformer la planète en jardin

La grande richesse de la vie, la diversitĂ© du patrimoine Ă©cologique, doit ĂŞtre prĂ©servĂ©e. Bien plus, l’Homme doit constater qu’Ă©tant dĂ©sormais maĂ®tre de la Nature, il en assume aussi la responsabilitĂ©. Il est le gardien de la vie. Il a le pouvoir de la supprimer, mais aussi celui de la prĂ©server et de l’enrichir. Il faut donc un programme mondial de parcs naturels, de protection des espèces rares, de conservation du patrimoine gĂ©nĂ©tique et de dĂ©forestation. Il faut aussi mettre en place une gestion planĂ©taire des eaux, comprenant irrigation, dessalement, Ă©puration, recyclages. Il faut, tout en y prĂ©servant la Nature, Ă©quiper en barrages les deux plus grands massifs montagneux du monde : les Andes et surtout l’Himalaya qui se trouve au voisinage de l’Inde et de la Chine, grands consommateurs potentiels d’Ă©lectricitĂ© au 21ème siècle. Il faut aussi constituer un système de lacs, de barrages et de canaux en Afrique, dans la pĂ©ninsule indienne (Bangla Desh…), en AmĂ©rique du Sud, et amĂ©nager intelligemment le cours des grands fleuves sibĂ©riens dans la perspective du rĂ©chauffement planĂ©taire. Le système agricole, autrefois exclusivement dĂ©diĂ© Ă  la production marchande de nourriture, Ă©volue vers une fonction reconnue de prĂ©servation, d’entretien et d’amĂ©nagement de la Nature. L’exploitant, alors, se mue en artiste. Il accompagne la fĂ©conditĂ© de la terre. Un des grands dĂ©fis de cet amĂ©nagement est la reconquĂŞte des espaces dĂ©sertifiĂ©s par l’homme, Ă  la suite de surexploitations, de dĂ©forestations ou d’abandons. Les outils institutionnels de ces rĂ©alisations ne sont pas seulement les administrations Ă©tatiques, mais aussi une lĂ©gislation mondiale appropriĂ©e, s’imposant aux Ă©tats, et un rĂ©seau transnational d’agences, construites sur le modèle des agences de bassin, gĂ©rĂ©es par des professionnels, qui prĂ©lèvent des taxes sur les dommages causĂ©s Ă  la Nature, rendent des services au public, et utilisent leurs ressources au service de la Nature.

Communication : un réseau pour tous

L’infrastructure de communication est le système nerveux du monde futur. Actuellement, seuls les pays dĂ©veloppĂ©s ont un Ă©quipement tĂ©lĂ©phonique touchant l’ensemble de la population, soit environ cinquante lignes pour cent habitants. Il en rĂ©sulte que l’Ă©conomie de la plupart des rĂ©gions de la planète est hors jeu des Ă©changes, et ne peut valoriser ses immenses talents. La conscience mondialiste prend du retard, et les particularismes peuvent rĂ©activer leurs intransigeantes agitations. Il faut donner corps aux « villages planĂ©taires ». Dans n’importe quel endroit du monde, y compris dans la forĂŞt ou sur mer, chacun doit pouvoir appeler n’importe quel correspondant et ĂŞtre appelĂ© en cas d’urgence au moyen d’un radiotĂ©lĂ©phone miniaturisĂ© portable. Une infrastructure puissante et fiable de tĂ©lĂ©communications est la condition du dĂ©veloppement des petites entreprises, donc de la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique, et du maintien de la dĂ©mocratie. Ce programme comprend, en plus des « lignes » tĂ©lĂ©phoniques, un ensemble de services d’information, non seulement les services publics de première nĂ©cessitĂ© (transports, annuaires (Ă  quand l’annuaire mondial !), secourisme), mais aussi des bases de donnĂ©es pour l’Ă©tudiant, le consommateur, l’artisan et les autres professionnels des villages transnationaux en cours de constitution.

Structurer les villes

Les villes modernes sont devenues des broyeurs d’hommes, dont les banlieues invivables engendrent l’exclusion et la rĂ©volte. Elles sont comme hantĂ©es par la sĂ©grĂ©gation et les rapports de force. Ce sont des lieux d’embouteillages monstrueux, oĂą les pertes de temps se chiffrent en milliards d’heures par jour, bien supĂ©rieures au temps de travail qu’il faudrait pour les amĂ©nager. Elles deviennent des espaces dangereux, oĂą l’insalubritĂ©, la dĂ©linquance et les maffias gagnent du terrain. Il faut donc restructurer les grandes villes du monde, avec une architecture adaptĂ©e aux vrais besoins de l’homme, que l’Ă©thologie permet d’Ă©valuer, des transports en commun puissants et fiables (mĂ©tro souterrain ou aĂ©rien…), des rĂ©seaux interurbains rapides (autoroutes et TGV mondial), des rĂ©seaux d’eau, d’assainissement et d’Ă©lectricitĂ© accessibles Ă  tous. Il faut aussi crĂ©er de toutes pièces des villes nouvelles tout Ă©quipĂ©es, Ă  une Ă©chelle suffisante pour absorber l’excĂ©dent mondial des migrants ruraux. Certaines de ces villes seront bâties dans les rĂ©gions rendues plus habitables par le rĂ©chauffement dĂ» Ă  l’effet de serre (Canada, Scandinavie, SibĂ©rie..), d’autres dans des rĂ©gions oĂą se trouvent de grandes richesses naturelles, mais actuellement peu peuplĂ©es (Australie, Afrique centrale, AmĂ©rique du sud).

Humanisme industriel

L’automation et la communication vont permettre aux entreprises de s’Ă©tablir dans leur vĂ©ritable rĂ´le : elles sont la forme de socialisation de l’avenir, succĂ©dant aux formes anciennes, le village et la tribu. En consĂ©quence, elles doivent donner du travail Ă  tous ; permettre le meilleur dĂ©ploiement des capacitĂ©s crĂ©atrices de chacun ; faire place Ă  l’innovation, au design et Ă  la crĂ©ation artistique ; servir le client dans les meilleures conditions de qualitĂ© et de fiabilitĂ© ; adapter les objets aux vrais besoins de l’homme, y compris ceux des enfants, des malades, des handicapĂ©s et des personnes âgĂ©es ; maintenir partout une compĂ©tition qui incite chacun Ă  donner le meilleur de ses possibilitĂ©s ; combattre la confiscation et les comportements maffieux ; prĂ©server la libertĂ© de crĂ©er des entreprises nouvelles, concurrentes de celles qui existent. Le respect de chacune de ces finalitĂ©s nĂ©cessite un cadre juridique international solide, qui Ă©tablisse les entreprises (associations, fondations…) comme sujets de droit, limite les ententes et positions dominantes, fasse obstacle aux manoeuvres corporatistes, assure Ă  chacun le respect des engagements de ses partenaires, maintienne un droit d’innover, dĂ©finisse les conditions de la mort des entreprises et institue un cadre comptable mondialement normalisĂ©. Dans un monde de petites entreprises artisanales, organisĂ©es en rĂ©seau, il faut des infrastructures appropriĂ©es.

Le programme « humanisme industriel » consiste d’abord Ă  tirer les consĂ©quences de ce que l’entreprise devient la forme dominante de socialisation. Or, elle est encore, au contraire, celui de son exclusion. Il y a lĂ  un coĂ»teux paradoxe, comme si les employeurs voulaient Ă  la fois « le beurre et l’argent du beurre ». Ils dĂ©finissent les postes de travail Ă  leur convenance, en thĂ©orie, sans mĂŞme regarder les humains. Après quoi, ils sĂ©lectionnent les « meilleurs candidats » disponibles, compte tenu de la modestie des rĂ©munĂ©rations qu’ils sont prĂŞts Ă  consentir. Il en rĂ©sulte de mauvaises relations, et de mĂ©diocres rĂ©sultats. Ils font semblant de croire que, si ça ne marche pas, ils pourront toujours licencier les responsables et en embaucher d’autres. Mais ce ne serait que rĂ©pĂ©ter le mĂŞme scĂ©nario, avec d’autres acteurs, et qui ne connaissent pas encore les rĂ´les. Si la vocation des entreprises est d’intĂ©grer, il leur faut quitter leur allure sinistre et prĂ©datrice, pour se dĂ©cider Ă  adapter le travail aux hommes, et non plus seulement les hommes au travail.

Solidarité et partage

L’exercice de la solidaritĂ©, s’il est convenablement soutenu par des lois et des financements appropriĂ©s, peut devenir une expression de l’activitĂ© humaine aussi reconnue, diverse et crĂ©ative que celle de l’Ă©conomie de marchĂ©. Le mode d’organisation qui convient pour ces activitĂ©s est celui de quasi-entreprises. Autrement dit, ce sont des personnes morales reconnues, autonomes, obligĂ©es, sous peinez de disparaĂ®tre, d’Ă©quilibrĂ©es leurs recettes et leurs dĂ©penses, mais n’ayant pas pour but principal le profit. En raison des finalitĂ©s collectives qu’elles prennent en charge, elles peuvent ĂŞtre destinataires de ressources fiscales ou parafiscales, avec une certaine libertĂ© de choix du contribuable donateur, introduisant une forme attĂ©nuĂ©e mais stimulante de concurrence. Par ailleurs, une grande infrastructure mondiale est Ă  construire : celle du système de santĂ©, ainsi qu’une chaĂ®ne mondiale d’organisations de solidaritĂ©, prenant chacune la forme la plus adaptĂ©e au lieu et aux modalitĂ©s de sa mission.

Système judiciaire mondial

Le principe de territorialitĂ© du droit a vĂ©cu. Il faut y renoncer, et procĂ©der, en mĂŞme temps qu’on les internationalise, Ă  une radicale simplification des lĂ©gislations et des procĂ©dures. Il est de moins en moins possible de lutter contre les maffias, la drogue, les escroqueries, les malfaçons et contrefaçons, ni d’arbitrer les litiges d’entreprises dans un cadre strictement national. Tout en respectant les droits locaux, qui reflètent l’âme des diffĂ©rents peuples, il faut des procĂ©dures d’appel vers des tribunaux internationalement reconnus, et une lĂ©gislation minimale commune (protection des droits de l’homme et de l’environnement), un droit international des entreprises. Tous les citoyens du monde doivent ĂŞtre effectivement en mesure d’accĂ©der Ă  des recours internationaux contre les excès de pouvoir, les oppressions et les spoliations qu’exercent encore ici ou lĂ  des puissants abusifs, qu’ils soient publics ou privĂ©s.

Le respect des lois et de la dignitĂ© des magistrats est l’indicateur central de qualitĂ© d’une organisation sociale. Les grands penseurs politiques, Machiavel comme Montesquieu, l’ont fait observer il y a dĂ©jĂ  plusieurs siècles. L’internationalisation Ă  laquelle nous assistons rend cette question plus pertinente encore. L’indĂ©pendance du pouvoir judiciaire est une mesure de l’Ă©tat de la sĂ©paration des pouvoirs et de la dĂ©mocratie. Après la seconde guerre mondiale et la dĂ©colonisation se sont installĂ©s des rĂ©gimes politiques autoritaires, dans les pays de l’Est et dans les pays en dĂ©veloppement. Les abus et l’impunitĂ© des dirigeants sont devenus Ă©normes et visibles. Des situations scandaleuses se sont Ă©tablies, soutenues par la complicitĂ© d’intĂ©rĂŞts occidentaux. Au dĂ©but des annĂ©es 90, la notion de « devoir d’ingĂ©rence » s’est imposĂ©e. C’est une première remise en cause, encore bien timide, de ce pourrissement. Mais elle perpĂ©tue sans le dire, Ă  l’Ă©chelle mondiale, un Ă©tat de confusion des pouvoirs. Quand les Nations Unies s’Ă©tablissent comme exĂ©cutif en organisant des opĂ©rations militaires, dans le Golfe, en Somalie, en Bosnie ou au Cambodge, et Ă  la fois comme lĂ©gislatif par les rĂ©solutions du conseil de sĂ©curitĂ© sur ce qui devrait ĂŞtre, en Palestine par exemple, et aussi comme judiciaire en dĂ©cidant des sanctions Ă  prendre contre les manquements de l’Irak, elles lĂ©gitiment par leur exemple mĂŞme la confusion des pouvoirs. Au lieu de se faire porteur de justice, elles entĂ©rinent la faiblesse mondiale du judiciaire.

Fiscalité incitative

La fiscalitĂ© du 21ème siècle ne peut plus se fonder sur les mĂŞmes principes qu’autrefois. Elle est obligĂ©e de s’internationaliser, pour respecter une Ă©galitĂ© des chances des acteurs Ă©conomiques. L’harmonisation fiscale entre les Ă©tats, dĂ©jĂ  en cours, est un facteur puissant d’Ă©volution. Elle entraĂ®ne derrière elle une harmonisation des comptabilitĂ©s, des dĂ©clarations, et un travail de traduction en toutes langues menant Ă  une simplification des impĂ´ts usuels. En plus, dès lors qu’on se trouve dans un univers de petites entreprises, avec une tĂ©lĂ©matique gĂ©nĂ©ralisĂ©e, la technique fiscale doit aussi s’adapter dans ses modes de calcul, de prĂ©lèvement et de vĂ©rification. Mais le changement le plus important concerne les principes sur lesquels s’appuie l’impĂ´t. Ils ne peuvent plus ĂŞtre, comme par le passĂ©, exclusivement rĂ©galiens. Il leur faut entrer dans l’âge de la rationalitĂ©. Autrement dit, justifier l’existence de chaque contribution par les effets qui en sont attendus, non seulement du cĂ´tĂ© des rentrĂ©es fiscales, mais aussi par l’incitation qu’elle imprime aux acteurs Ă©conomiques, et par les choix dĂ©mocratiques qu’elle permet d’exprimer. Il faut donc imaginer une multiplication de financements parafiscaux d’agences (de l’environnement des Ă©conomies d’Ă©nergie, de la mĂ©trologie…) correspondants aux programmes prĂ©cĂ©dents, et aussi un relatif libre choix du contribuable pour l’affectation du produit de certains impĂ´ts (Ă  des organismes de solidaritĂ© humanitaire, d’enseignement ou de recherche technique…). Beaucoup de ces organismes et agences seront transnationaux.

Le treizième programme

On fera observer qu’il faudrait prĂ©ciser encore davantage comment seront financĂ©s ces douze programmes. Leur situation est très variable. Certains peuvent produire des recettes suffisantes pour qu’un « tour de table » financier y trouve son intĂ©rĂŞt. C’est le cas des grands barrages hydroĂ©lectriques. D’autres sont des services publics sans revenus. D’autres enfin sont mixtes, et ne peuvent ĂŞtre que partiellement autofinancĂ©s.

En fait, tout dĂ©pend du futur système monĂ©taire. La monnaie est dĂ©sormais fiduciaire, c’est Ă  dire fondĂ©e sur la confiance, mais le monde ne sait pas encore s’en servir. Les « autoritĂ©s » monĂ©taires vivent dans la crispation. Elles restreignent la circulation, alors que le besoin de liquiditĂ©s, dĂ» Ă  l’ouverture du monde au commerce, est de plus en plus manifeste. L’unification de l’Allemagne a dĂ©clenchĂ© un spasme monĂ©tariste. La demande allemande pour des capitaux d’Ă©quipement a dĂ©sĂ©quilibrĂ© le marchĂ©, et obligĂ© ce pays Ă  maintenir des taux d’intĂ©rĂŞts Ă©levĂ©s, pour rester attractif. Ceci a contribuĂ© Ă  entraĂ®ner dans la crise des autres pays capitalistes, crise portant sur l’immobilier d’abord (marchĂ© sensible aux taux), puis sur l’ensemble de l’Ă©conomie.

En Europe, au dĂ©but des annĂ©es 90, la meilleure manière de faire de l’argent Ă©tait de ne rien faire avec son argent (autrement dit, de le placer en monĂ©taire). Ce fut une pĂ©riode d’anesthĂ©sie, alors que la situation demandait un regain de dynamisme. Il fallait des investisseurs, on privilĂ©gia les rentiers. Comme l’ouverture Ă  l’Ă©conomie de marchĂ© concerne maintenant non seulement l’Allemagne de l’Est, soit moins de vingt millions d’habitants, mais aussi l’ensemble de l’Europe de l’Est, la Chine et l’Inde, soit au total plus de la moitiĂ© de l’espèce humaine, il est temps de s’organiser pour satisfaire l’immense besoin de liquiditĂ©s que reprĂ©sente cette immense chance. Il faut mettre la monnaie au service de l’Homme et non pas l’inverse. Le système de « Bretton Woods » doit ĂŞtre renĂ©gociĂ©. En assouplissant la convertibilitĂ©, il avait donnĂ© un ballon d’oxygène Ă  l’Ă©conomie des pays dĂ©veloppĂ©s, et facilitĂ© la reconstruction de l’après guerre. Mais la situation n’est maintenant plus tenable. Elle est devenue trop vulnĂ©rable aux rumeurs. Le crĂ©dit entraĂ®ne le crĂ©dit, et le discrĂ©dit accentue le discrĂ©dit.

Dans ce monde conformiste, il faut un dĂ©vouement d’apĂ´tre, comme celui de la Grameen bank, pour que des pauvres accèdent au crĂ©dit. Un fouillis de monnaies nationales, expression de particularismes archaĂŻques, une dette permanente du tiers monde, des vagues spĂ©culatives planĂ©taires : le Capital, soi disant triomphant, est comme une cargaison mal amarrĂ©e dans la soute d’un bateau. Il est en permanence sujet au mal de mer, pris de malaises et de vomissements qui jettent Ă  la rue des millions de travailleurs, qu’ils soient qualifiĂ©s ou non. Piètre victoire ! Et comme tout cela paraĂ®t injuste et futile en regard du travail Ă  faire : la construction du jardin planĂ©taire.

HĂ©las, il semble bien que les particularismes nationaux s’accrochent. Les rĂ©formes, dans ce domaine se dĂ©cident sous la pression de troubles spĂ©culatifs, pour restaurer une confiance perdue dans un capitalisme erratique. Il est nĂ©anmoins nĂ©cessaire d’en prĂ©voir l’aboutissement inĂ©vitable : une monnaie mondiale (qui n’exclut pas les monnaies particulières, d’Etats ou d’entreprises).

Le rĂ´le de l’Institut d’Ă©mission planĂ©taire et du système fiscal associĂ© sera le rĂ©glage du fonctionnement Ă©conomique. Il devra d’un cĂ´tĂ© injecter suffisamment de monnaie (dans les grands programmes) pour rĂ©duire le chĂ´mage, et de l’autre ponctionner suffisamment de liquiditĂ©s pour Ă©viter les crises inflationnistes. Alors, par ces deux moyens combinĂ©s, cet Institut financera des rĂ©alisations rapides et saines. Ce sera un treizième programme, qui rendra possibles et facilitera tous les autres : un système monĂ©taire mondial.

Le livre entier est disponible en format PDF Ă  cette adresse: 2100: OdyssĂ©e de l’espèce.

La première partie de ce texte est disponible ici.

La deuxième partie de ce texte est disponible ici.

oct 16 2009

OdyssĂ©e de l’espèce [première partie]

Si vous ne croyez pas au futur, essayez donc le passé !

Le passĂ©isme nationaliste s’exacerbe dans les Balkans. Le passĂ©isme thĂ©ologique enflamme les intĂ©grismes dans toutes les religions (islamique, chrĂ©tienne, juive, hindouiste…). La politique et les affaires s’engluent dans des contentieux. Faute d’ĂŞtre en mesure de regarder l’avenir, les annĂ©es 90 foncent tĂŞte baissĂ©e vers leur passĂ©. C’est un mouvement comprĂ©hensible. Les psychanalystes l’appellent une rĂ©gression. Face au « choc du futur » 2, on va chercher des solutions toutes faites. On rejoue les drames d’autrefois, on boit la coupe jusqu’Ă  la lie. Alors seulement, une fois ce mouvement accompli, on peut accepter que reviennent les temps crĂ©ateurs et tourner Ă  nouveau son regard vers l’avenir. J’invite Ă  le faire le plus tĂ´t possible.

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Thierry Gaudin est un polytechnicien et ingĂ©nieur des Mines, expert auprès de l’OCDE, des Nations unies et de la Commission europĂ©enne. Il est aussi prĂ©sident de l’association Prospective 2100. Dans son livre « 2100 : l’OdyssĂ©e de l’espèce », publiĂ© en 1993, il s’appuie sur une recherche et une connaissance personnelle des mĂ©canismes de l’innovation et des interactions technique de la sociĂ©tĂ©. Il s’agit d’un travail de prospective, rĂ©sultat de dix annĂ©es d’échanges avec des centaines de personnes, qui s’appuie sur les mĂ©canismes du passĂ© pour tenter d’apprĂ©hender ceux du futur. L’auteur nous livre des scĂ©narios viables pour sortir de problèmes sociĂ©taux divers, encourageant principalement le recours Ă  l’innovation et Ă  l’esprit d’entreprendre. Cependant, imaginer qu’il puisse y avoir une remise en question des pouvoirs Ă©tablis qui dĂ©coulerait de la libre application de la crĂ©ativitĂ© de chacun ne serait sans doute pas raisonnable avant la deuxième moitiĂ© du 21ème siècle. Il n’en demeure pas moins que les pistes proposĂ©es par Thierry Gaudin pour amĂ©liorer le fonctionnement du monde ainsi que ses constats sur le passĂ© et le prĂ©sent de nos civilisations sont difficilement critiquables, Ă  l’exception d’un regard qui me paraĂ®t trop optimiste sur les bienfaits Ă©ventuels du mondialisme et sur l’attente d’une bonne et sincère volontĂ© politique en matière de progrès. Nous reprendrons en trois articles les extraits du livre qui sont les plus pertinents et les plus liĂ©s au domaine dont Mecanopolis traite.

Estimer la vitesse des changements

Si l’on compare notre travail aux prospectives « mĂ©canistes », il apparaĂ®t une diffĂ©rence majeure, que j’appelle ‘l’hypothèse de la conscience ». Elle s’Ă©nonce ainsi : un système vivant ne se laisse pas mettre en pĂ©ril sans rĂ©agir. On peut certes observer dans la Nature des comportements suicidaires. Mais ils sont rares. Que ce soit par la guerre ou la destruction de l’environnement, le scĂ©nario d’un suicide collectif de l’Espèce humaine n’est pas le plus vraisemblable : Ă  titre d’illustration -mais non de preuve-, je constate que, depuis quarante ans, l’humanitĂ© a les moyens (nuclĂ©aires) de se dĂ©truire en quelques heures, et qu’elle ne s’en est pas servi.

Une difficultĂ© de la prospective Ă  long terme est d’estimer la vitesse des changements. On trouve en effet sur ce point les positions les plus excessives et les moins Ă©tayĂ©es. Certains maintiennent qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et continuent Ă  regarder l’avenir comme une reproduction des intrigues et des luttes d’autrefois. D’autres mythifient l’accĂ©lĂ©ration de l’Histoire, et rĂ©pètent, par exemple, sans aucune justification que, d’ici dix ans, la moitiĂ© des produits que nous consommerons ne sont pas encore sur le marchĂ©.

En observant plus attentivement, on peut estimer quelques ordres de grandeur : Le dĂ©lai de renouvellement est variable d’un secteur Ă  l’autre. L’habillement suit une mode qui se dĂ©finit deux fois par an, les collections d’Ă©tĂ© et d’hiver. Mais un modèle d’automobile, tel que la Coccinelle Volkswagen ou la Renault 5, a une durĂ©e de vie qui se compte en dizaines d’annĂ©es. Comme un wagon de chemin de fer peut servir pendant trente ans, l’Ă©volution des formes est encore plus lente pour le matĂ©riel ferroviaire. Les grandes installations industrielles, telles que les cimenteries, sont renouvelĂ©es par morceaux en une trentaine d’annĂ©es. La tour Eiffel a fĂŞtĂ© son centenaire. Le canal de Panama, qui, date de la mĂŞme Ă©poque, est lĂ  pour mille ans.

En dĂ©finitive, ce sont les croyances humaines qui changent le plus lentement. L’âge de nos religions se compte en millĂ©naires, mais peut-ĂŞtre vont-elle bientĂ´t Ă©voluer.

On ne parle pas de la même chose selon les échéances :

Ă€ trois mois, ce sont les fluctuations erratiques de la conjoncture.

À trois ans, ce sont les mouvements de mode et les dérives économiques.

Ă€ trente ans, ce sont les renouvellements des gĂ©nĂ©rations, avec leurs styles de vie diffĂ©rents, et aussi les achats mĂ©nagers. Par exemple, la pĂ©riode des trente glorieuses (1950-1980) en Europe est caractĂ©risĂ©e par deux vagues d’investissements : la reconstruction de l’après guerre et le premier Ă©quipement des mĂ©nages en rĂ©frigĂ©rateurs, cuisinières, machines Ă  laver, tĂ©lĂ©viseurs et automobiles. Chacune de ces vagues, crĂ©atrice d’emplois et porteuse de prospĂ©ritĂ©, s’Ă©tend sur une gĂ©nĂ©ration. Lorsque les mĂ©nages ont Ă©tĂ© Ă©quipĂ©s Ă  plus de 80%, la demande s’est ralentie, le chĂ´mage a augmentĂ© et l’Ă©conomie est devenue plus hĂ©sitante.

Ă€ cent ans, ce sont les infrastructures, tels que les ports, les autoroutes, les voies ferrĂ©es, les grands amĂ©nagements urbains. Ce sont aussi les rĂ©seaux, par exemple le rĂ©seau Ă©lectrique. Les premières Ă©lectrifications urbaines datent du siècle dernier. Mais il faut attendre vingt ans après la seconde guerre mondiale pour que l’Ă©lectricitĂ© soit partout dans les campagnes en Europe. Or, c’est Ă  partir du moment oĂą les mĂ©nages disposent chez eux de l’Ă©nergie Ă©lectrique qu’ils peuvent s’Ă©quiper en Ă©lectromĂ©nager. Ă€ l’Ă©chelle mondiale, mĂŞme si aucun pays n’est totalement dĂ©pourvu de rĂ©seau, la majoritĂ© de la population n’est pas encore connectĂ©e. Si l’on prolonge les tendances actuelles, il faut attendre la seconde moitiĂ© du 21ème siècle pour que tout le monde ait l’Ă©lectricitĂ© Ă  domicile. La vague de prospĂ©ritĂ© que nous voyons actuellement se dessiner en Chine, en Inde et en Asie du Sud Est correspond Ă  nos trente glorieuses, mais seulement pour une fraction urbaine des deux milliards et demi d’habitants de cette rĂ©gion -la moitiĂ© de l’espèce humaine-, qui s’Ă©quipe avec aviditĂ©.

Toutefois, le dĂ©lai d’accoutumance de l’usager limite la vitesse de diffusion des nouvelles technologies. Les fabricants de micro-ordinateurs croyaient, au dĂ©but des annĂ©es 80, inonder le marchĂ© en une dĂ©cennie. Il n’en a rien Ă©tĂ©. Dès 1985, ils ont dĂ» rĂ©viser en baisse leurs prĂ©visions. Ce n’est pas que les clients manquaient de ressources pour acheter leurs machines. Elles coĂ»taient dĂ©jĂ  moins cher qu’une auto. Mais les usagers n’y Ă©taient pas encore habituĂ©s, et ce nouvel instrument modifiait sensiblement leur façon de travailler. Il a donc fallu attendre une gĂ©nĂ©ration d’accoutumance, et l’apparition de logiciels plus conviviaux. On peut conjecturer que, si un nouveau produit suppose une Ă©volution des façons de faire, alors il faut au moins une gĂ©nĂ©ration pour qu’il s’impose au public, mĂŞme si ses avantages sont Ă©vidents.

Un regard mondialiste :

Certains, autrefois, ont fait Ă©voluer le regard : Les philosophes, qui travaillent avec les hommes d’action. Leurs visions ont structurĂ© la sociĂ©tĂ©. Ainsi, au dĂ©but du dix-neuvième siècle, Saint-Simon, le maĂ®tre Ă  penser des ingĂ©nieurs, disait : « L’ancien pouvoir spirituel, c’Ă©tait l’Eglise. L’ancien pouvoir temporel, c’Ă©tait la noblesse, caste de guerriers devenue inutile… Le nouveau pouvoir spirituel, c’est la Science, et le nouveau pouvoir temporel, c’est l’Industrie. » N’est-ce pas ce qui s’est rĂ©alisĂ© depuis, dans le monde entier ? La « rĂ©volution industrielle » n’est-elle pas tout entière dans cette formule, complĂ©tĂ©e Ă  l’Ă©poque par des Ă©noncĂ©s prĂ©curseurs, articulant un grand projet social : exploiter la Nature pour procurer aux hommes les bienfaits de la Science et de la Technique, sa fille.

En quoi sommes-nous dĂ©jĂ  diffĂ©rents de nos prĂ©dĂ©cesseurs ? En cela que nous quittons la vision tribale de l’Histoire pour une vision universelle. Les distinctions entre nations, ethnies, religions ne sont pas effacĂ©es, mais remises Ă  leur place : celle de modalitĂ©s culturelles, vouĂ©es, non plus Ă  entrer en conflit, mais Ă  s’enrichir mutuellement. Car, au-delĂ  des particularismes, il y a l’unitĂ© mondiale de la Science qui proclame dĂ©sormais l’unitĂ© du vivant « de l’amibe Ă  l’Ă©lĂ©phant », et l’unitĂ© des technologies, qui crĂ©ent un système de communication mondial, sorte de « cerveau planĂ©taire » dont la conscience devient chaque annĂ©e plus perceptible par la voie des mĂ©dias et des tĂ©lĂ©communications.

Le mondialisme, au vingtième siècle, paraissait rĂ©servĂ© Ă  de doux rĂŞveurs, rĂ©gulièrement dĂ©mentis par l’atrocitĂ© des guerres et des persĂ©cutions. Au tournant du troisième millĂ©naire, les conditions techniques sont rĂ©unies pour qu’il entre dans les faits, insensiblement. Mais cette mĂ©tamorphose inĂ©luctable s’accompagne de craquements et de dĂ©chirements. Les vieux particularismes et les attachements anciens sont rĂ©activĂ©s. Ils luttent avant de cĂ©der la place.

L’ingĂ©nieur Legrand, dès 1840, proposait une carte mondiale des voies ferrĂ©es.

Les EuropĂ©ens, au XIX° siècle, avaient un projet mondialiste, Ă©tayĂ© par une philosophie constructive, le positivisme. Leur doctrine se rĂ©sumait en deux idĂ©es : la libertĂ©, plus les infrastructures. Actuellement, avec le vent de libĂ©ralisme qui souffle sur le monde, il est de bon ton de faire semblant de croire que la libertĂ© Ă©conomique apporte la solution de tous nos maux. Or, une sociĂ©tĂ© Ă©conomiquement libre sans infrastructure est une sociĂ©tĂ© d’embouteillage oĂą tout le monde perd son temps. Pire, sans infrastructure Ă©ducative, c’est une sociĂ©tĂ© d’exclusion qui nourrit en son sein les germes de sa propre destruction.

Allons-nous, au 21ème siècle, retrouver des visions planĂ©taires ? Certainement, car le maillage des communications facilite la montĂ©e et l’Ă©mergence d’une conscience globale. On commence Ă  voir apparaĂ®tre de grandes idĂ©es : des idĂ©es Ă©cologiques (transformer la planète en jardin) et des idĂ©es techniques, comme, par exemple, au Japon, celle de citĂ©s marines pour plusieurs centaines de milliers d’habitants (Le projet prĂ©sentĂ© par la sociĂ©tĂ© Taisei (la citĂ© volcan) a la forme du mont Fuji. Cette citĂ© ferait 6500m de diamètre Ă  la base et 4000 mètres de haut. Elle accueillerait 700000 personnes (Futurist, Mai-Juin 93). La planète creuse artificielle proposĂ©e par physicien amĂ©ricain O’Neill, sorte de LĂ©onard de Vinci contemporain, est un cylindre d’un kilomètre de diamètre. Pour crĂ©er Ă  sa pĂ©riphĂ©rie une gravitĂ© Ă©quivalente Ă  celle de la terre, elle fait un tour sur elle-mĂŞme en une minute. Elle contient des lacs, des petites montagnes, des bois, tout un espace « naturel ». Lorsque les films de fiction26 nous montrent des vaisseaux spatiaux qui ressemblent Ă  des immeubles de bureaux, c’est un non sens. Bien qu’il domine les autres espèces, l’homme ne peut se passer de la Nature.

Il en est solidaire, il a besoin d’elle pour recycler l’oxygène, l’eau… Il appartient Ă  la biosphère. Il est solidaire des plantes et des animaux. Dans l’Espace, il faut qu’il emmène avec lui une nature organisĂ©e, une « Techno Nature » placĂ©e sous sa protection.

D’oĂą l’importance de l’expĂ©rience amĂ©ricaine « Biosphère 2″ oĂą huit personnes passent deux ans dans un Ă©cosystème fermĂ© complet sous une bulle Ă©tanche, ne communiquant avec l’extĂ©rieur que par des informations, sans apport de matière. Au-dedans, on voit non pas une forĂŞt vierge, mais un potager moderniste, dans lequel tout est recyclĂ©. Ce morceau de Nature est destinĂ©, ultĂ©rieurement, Ă  ĂŞtre placĂ© en orbite puis contrĂ´lĂ© dans son Ă©volution. Puis, dans les siècles Ă  venir, les planètes creuses artificielles iront vers d’autres systèmes solaires, de sorte que l’homme deviendra le messager de la vie Ă  travers les Ă©toiles, mĂŞme après la mort du soleil.

Une référence : le milieu du 19ème siècle

Alors, que se passera-t-il au 21ème siècle ?

Les prochaines dĂ©cennies sont très durement menacĂ©es par les consĂ©quences de l’implosion des villes, la montĂ©e de l’exclusion et des systèmes maffieux. Les premiers scĂ©narios qui viennent Ă  l’esprit sont noirs. Ils ont l’odeur du chaos. On n’arrive pas Ă  voir au-delĂ  des confrontations entre une sociĂ©tĂ© officielle affaiblie, rongĂ©e de luttes intestines, sans vĂ©ritable projet, et des exclus qui frappent Ă  la porte de plus en plus durement.

NĂ©anmoins, l’Histoire relativise nos visions catastrophistes. L’espèce humaine en a vu d’autres. Et elle s’en est tirĂ©e. Nos ancĂŞtres, au XIX° siècle, sont en Europe devant une situation comparable Ă  celle du monde Ă  la fin du vingtième siècle : En 1848, la classe dirigeante perd ses illusions. Face Ă  un prolĂ©tariat subissant des conditions de pauvretĂ© et d’insalubritĂ© lamentables, elle se divise en deux courants d’opinion : un courant humaniste et un courant conservateur.

Les humanistes disent : « Nous n’avons pas le droit de laisser des ĂŞtres humains vivre dans de pareilles conditions, c’est inadmissible ». Ils ont raison. Et les conservateurs ajoutent : « Mais, attention, ils deviennent dangereux ! ». Ils ont raison aussi. Les uns et les autres aboutissent Ă  la mĂŞme conclusion : Il faut faire quelque chose.

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Des moyens Ă©normes sont alors mobilisĂ©s. On passe d’une petite bourgeoisie frileuse, Ă  l’esprit Ă©troit, qui compte ses sous, fait du contentieux, envoie ses dĂ©biteurs en prison, Ă  une grande bourgeoisie au long cours, qui investit massivement, construit les chemins de fer, les grands magasins, les banques, l’industrie lourde, les routes, le canal de Suez et celui de Panama. Elle prend des risques immenses, manifeste une vision mondialiste et, pour mener Ă  bien ses projets, crĂ©e de la monnaie par « transformation du crĂ©dit » (cette expression dĂ©signe l’utilisation de l’argent des dĂ©pĂ´ts exigibles Ă  court terme pour des investissements Ă  long terme, en espĂ©rant que les dĂ©posants ne rĂ©clameront pas tous leur dĂ» en mĂŞme temps. Ce genre de pratique crĂ©e de la monnaie. De nos jours, elle est attentivement contrĂ´lĂ©e par les autoritĂ©s monĂ©taires (ratio Cooke…). Mais des Ă©missions en monnaies Ă©trangères (euro-dollars, euro-yens) Ă©chappent encore Ă  ces limitations).

Nos ancĂŞtres structurent les villes (Haussmann) et structurent les esprits (Jules Ferry). Dans l’Angleterre de la Reine Victoria, et dans l’Allemagne de Bismarck, c’est le mĂŞme mouvement que dans la France de NapolĂ©on III : des investissements d’urbanisme, d’Ă©ducation et de contrĂ´le social d’une ampleur formidable. Et ça rĂ©ussit ! Au lieu de la rĂ©volution prĂ©vue par Marx, et malgrĂ© deux guerres mondiales, l’Europe de l’Ouest connaĂ®t au vingtième siècle la plus grande prospĂ©ritĂ© de son histoire.

Les villes europĂ©ennes abordent les annĂ©es 1900 avec des avenues assez larges pour accueillir l’automobile, bien que tracĂ©es avant son invention, et une population assez instruite pour s’intĂ©grer dans l’Ă©conomie industrielle. L’Europe doit son dĂ©veloppement actuel Ă  la structuration urbaine du siècle dernier, qui d’ailleurs n’Ă©tait pas sans arrière-pensĂ©e de maintien de l’ordre, et aussi Ă  sa structuration Ă©ducative qui n’Ă©tait pas non plus sans intention de contrĂ´le social.

Cette rĂ©fĂ©rence nous place dans une prospective de la rupture. Si les mĂŞmes causes produisent les mĂŞmes effets, alors, quand la situation devient intolĂ©rable, la classe dirigeante prend peur et fait ce qu’il faut pour que ça cesse. La rĂ©ponse du siècle dernier prĂ©sente un caractère universel : on structure l’espace ; on structure les esprits. Elle est faite de grands programmes, menĂ©s avec les meilleures technologies de l’Ă©poque. On peut conjecturer que la rĂ©ponse du dĂ©but du 21ème siècle Ă  la montĂ©e des dangers sera de mĂŞme nature, mais avec des moyens techniques autrement puissants.

1980-2020 : La société du spectacle.

Le soulagement suivant la chute du mur de Berlin est de courte durĂ©e. L’ordre bipolaire de la guerre froide recouvrait une toute autre rĂ©alitĂ©. L’ocĂ©an des pouvoirs des blocs se retire, dĂ©litĂ© par les tĂ©lĂ©communications. Les particularismes tribaux et religieux refont surface, tels de vieux rochers qu’on avait oubliĂ©s.

Le monde de la fin du vingtième siècle est une mosaĂŻque d’ethnies irascibles, attachĂ©es Ă  des valeurs du passĂ©, comme fĂ©tichisant la possession de territoires ou de positions privilĂ©giĂ©es. Après le Liban, la Yougoslavie, l’Inde, l’Asie centrale, l’Afrique sont saisis de pulsions intĂ©gristes et de persĂ©cutions ethniques. L’Asie se rĂ©arme. Des affrontements raciaux, sporadiques et complexes, Ă©clatent ici et lĂ , comme des bulles de haine Ă  la surface du chaudron du diable.

On croyait avoir dĂ©finitivement banni de telles atrocitĂ©s. C’Ă©tait oublier trop vite le dĂ©sarroi des illettrĂ©s, le dĂ©sespoir du chĂ´mage, la rĂ©action Ă  l’exclusion. Sans avenir crĂ©dible, on se jette dans les bras des forces du passĂ©. Dans les pays de l’Est, les chefs ont Ă©tĂ© chassĂ©s, mais les sous chefs sont encore lĂ . Ils reprĂ©sentent un recours, d’esprit plus Ă©troit.

NĂ©anmoins, le nouveau système technique continue sa progression, apportant avec lui de nouvelles façons de faire. La technique est, dans ce monde troublĂ©, le lieu oĂą l’intelligence a raison de la force, et cela jusqu’au cĹ“ur du domaine d’Ă©lection de la force brute : celui des armements.

Par ailleurs, la technique moderne relie les hommes, par-dessus les croyances et les frontières. Bien qu’inventĂ©e après le tĂ©lĂ©phone, la tĂ©lĂ©vision est mise en place avant. Elle institue une sociĂ©tĂ© du spectacle, planĂ©taire, oĂą la rĂ©alitĂ© est transfigurĂ©e, conditionnĂ©e pour capter une attention fugitive. Elle injecte subrepticement des messages publicitaires dans le mental du public, entretient des confusions en mĂŞme temps qu’elle apporte de vraies informations, sollicite les pulsions en mĂŞme temps qu’elle fait place aux arts et ouvre Ă  la connaissance de la Nature.

Le monde est ivre. Il a perdu ses repères. La surinformation produit des effets hallucinogènes. Des individus s’isolent au moyen de leur baladeur ou se livrent Ă  un dialogue compulsif avec leur jeu vidĂ©o. Comme celle de la fascination, l’habitude de la manipulation des esprits s’installe insensiblement et devient comme naturelle. Avec un « reality show », un inconnu peut en quelques jours ĂŞtre adulĂ© de millions de tĂ©lĂ©spectateurs. Il peut aussi vite retomber dans le purgatoire de la rĂ©probation. On joue « Dallas » Ă  tous les Ă©tages.

Les mĂ©dias enseignent sans le vouloir la passivitĂ©. Ils absorbent l’Ă©nergie du spectateur dans des intrigues Ă©trangères. Ayant vĂ©cu par procuration des Ă©vĂ©nements hors du commun, l’individu n’a plus le dĂ©sir d’entreprendre Ă  sa propre mesure. Il devient soit mĂ©galomane, soit dĂ©primĂ©. Des millions de personnes cherchent un emploi. Il y a de moins en moins d’entrepreneurs pour les embaucher. Partout, on manque d’employeurs plus que d’employĂ©s.

Les milieux financiers sont touchĂ©s. Ils interfèrent avec le mĂ©diatique. Les grands entrepreneurs rachètent des chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision. L’argent et la crĂ©dibilitĂ© s’enchevĂŞtrent. Les fortunes se font et se dĂ©font de plus en plus vite. Un raider peut lever en trois coups de tĂ©lĂ©phone l’Ă©quivalent du salaire annuel d’un million de paysans indiens. Les places financières, interconnectĂ©es, ballottent des milliards de dollars Ă  travers la planète au grĂ© des vagues spĂ©culatives. Les rĂ©gions et les mĂ©tiers sont Ă  la merci d’ouragans imprĂ©visibles, aux causes lointaines, insaisissables et alĂ©atoires. L’exclusion s’accroĂ®t. Les troubles aussi. La crainte du danger monte. On sent comme des forces telluriques qui fermentent dans les banlieues, s’apprĂŞtant Ă  faire craquer l’ancien monde. La chrysalide se prĂ©pare Ă  accoucher, mais de quoi ?

2020-2060 : La sociĂ©tĂ© d’enseignement.

Le capitalisme avait gagnĂ©. L’Europe de l’Est, puis la Chine, puis l’Inde s’Ă©taient lancĂ©es avec un zèle de nĂ©ophyte dans la recherche effrĂ©nĂ©e du profit. Mais, dès la fin du vingtième siècle, un milliard d’ĂŞtres humains ont Ă©tĂ© chassĂ©s de leurs terres par la concurrence des agricultures industrialisĂ©es. Leurs enfants sont dans l’errance. Ils ne peuvent plus retourner cultiver la terre, car le savoir-faire de leurs ancĂŞtres ne leur a pas Ă©tĂ© transmis. Ils ne peuvent pas non plus s’intĂ©grer Ă  la sociĂ©tĂ© technologique moderne, car l’Ă©cole n’Ă©tait pas prĂŞte Ă  les accueillir. Ce sont des « sauvages urbains », des femmes et des hommes Ă©levĂ©s hors de toute culture, revenus en quelque sorte Ă  l’Ă©tat de Nature, obligĂ©s de considĂ©rer la ville comme une jungle et d’y inventer de nouveaux moyens de survie. Plus de la moitiĂ© de l’espèce humaine est maintenant urbanisĂ©e. L’insĂ©curitĂ© gagne le centre des mĂ©galopoles, Ă  Los Angeles comme Ă  Mexico, Ă  Bombay comme Ă  Alger. Il n’y a plus des pays riches d’un cĂ´tĂ© et des pays pauvres de l’autre, mais des riches et des pauvres Ă  cent mètres les uns des autres, sur toute la planète.

Les Ă©vĂ©nements dramatiques et destructeurs des annĂ©es 2010 saisissent de peur la classe dirigeante. Le marchĂ© des blindages, des serrures et des camĂ©ras de protection n’a jamais Ă©tĂ© aussi florissant. Après quelques annĂ©es de rĂ©pression et de protection, il lui faut se rendre Ă  l’Ă©vidence : on ne peut pas endiguer cette marĂ©e de violence. Il faut s’attaquer Ă  sa cause et changer complètement de stratĂ©gie. On croyait Ă  l’Ă©conomie libĂ©rale. Il s’avère qu’elle sert de feuille de vigne Ă  des maffias. Les rapports de force perdurent, mais transfigurĂ©s. Ils s’appuient dĂ©sormais sur des « systèmes drogue ». Aux stupĂ©fiants anciens sont venus s’ajouter de multiples accoutumances et asservissements, imprĂ©gnant le commerce ordinaire, qui enfoncent l’individu dans des comportements auto destructeurs, sur fond de dĂ©sespoir.

Les dĂ©fenses des humains sont prises en dĂ©faut par cette attaque de leur volontĂ© mĂŞme. Aussi la rĂ©action est-elle Ă  la mesure de la menace. Le laisser-faire libĂ©ral est accusĂ© de laisser aller. Les formidables moyens de la technique, en particulier les univers virtuels, sont rĂ©quisitionnĂ©s au nom de la vertu. Les valeurs anciennes sont rejetĂ©es. En situation d’urgence, l’ambiguĂŻtĂ© n’a plus sa place. Les dĂ©licats dosages politiques et la tolĂ©rance d’autrefois sont considĂ©rĂ©s comme dĂ©cadents, plus dangereux que la force brute, qui au moins s’affiche clairement.

Structurant le mental et les comportements, la sociĂ©tĂ© d’enseignement s’Ă©tablit alors, en rĂ©action Ă  la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente, perçue comme laxiste. Elle normalise comme l’Ă©cole de Jules Ferry ou de l’empereur Meiji, mais avec des moyens autrement puissants. Les esprits sont mis au carrĂ© par des logiciels d’entraĂ®nement mental. Les tests de conditionnement sont rendus obligatoires, en prĂ©alable mĂŞme Ă  des gestes quotidiens, tels des retraits bancaires.

AidĂ© d’une technologie appropriĂ©e, le contrĂ´le social se fait beaucoup plus strict.

L’utilisation de badges magnĂ©tiques dĂ©tectĂ©s par radar est gĂ©nĂ©ralisĂ©e. L’ouverture des portes des bureaux, des commerces et mĂŞme de certains lieux publics se fait automatiquement, mais seulement devant le porteur du sĂ©same prĂ©vu.

Après la dure prise de conscience de la classe dirigeante, la sociĂ©tĂ© s’organise autour d’un projet global : la domestication de l’homme par l’homme.

Nous ne pouvons pas espĂ©rer maĂ®triser les techniques modernes avec des humains sauvages restĂ©s biologiquement au niveau d’un primate des savanes, pense-t-on. On ne sait pas non plus modifier le gĂ©nome de l’homme pour en faire un ĂŞtre adaptĂ© Ă  ce nouvel environnement. Il faut donc le domestiquer. La plasticitĂ© de son comportement s’y prĂŞte. Elle est due Ă  la « nĂ©otĂ©nie », ce retard de maturation qui lui permet de conserver jusqu’Ă  l’âge adulte l’adaptabilitĂ© des enfants. Les marchands l’avaient exploitĂ©e pour fidĂ©liser le client. Il faut maintenant le mettre au service d’un processus Ă©nergique d’adaptation : l’enseignement.

Les grands projets techniques sont lancĂ©s. D’abord des citĂ©s marines, pour dĂ©sengorger les cĂ´tes saturĂ©es, et accueillir des masses de population errantes, puis d’immenses opĂ©rations d’urbanisme. On supprime les quartiers insalubres. On construit dans des lieux isolĂ©s des citĂ©s d’enseignement, capables d’intĂ©grer les « animaux humains » dans un environnement scientifique et technique.

Les espaces ruraux dĂ©laissĂ©s par suite des migrations vers les villes sont rĂ©appropriĂ©s par des organismes d’amĂ©nagement, qui Ă©tablissent un programme planĂ©taire de reboisement et de rĂ©habilitation de la Nature. On se met d’accord sur un immense projet de vie dans l’Espace, dans un esprit de conquĂŞte, comme la plus grande dĂ©monstration des capacitĂ©s de l’espèce humaine, dĂ©sormais capable d’Ă©chapper mĂŞme Ă  la mort du soleil. On veut aussi y transporter des performances. Dans une planète creuse tournant au ralenti, oĂą règne une pesanteur dix fois plus faible que sur terre, le patinage artistique, le saut Ă  ski et le vol libre deviennent des spectacles fabuleux. Ce sont des cathĂ©drales mĂ©diatiques, Ă  la gloire du corps humain.

Mais les dirigeants conservent aussi une arrière-pensĂ©e. Le jour venu, les citĂ©s lointaines et isolĂ©es, les villes marines et mĂŞme les planètes creuses artificielles ne seraient-elles pas bien utiles pour se dĂ©barrasser des personnages indĂ©sirables sur terre ? La colonisation du nouveau monde s’Ă©tait grossie des marginaux et dĂ©linquants dont ne voulait plus la vieille Europe. Il y a des hĂ©ros chez les pionniers. Il y a aussi des desperados qui s’Ă©chappent d’un monde hostile.

2060-2100 : La société de création.

Les contradictions de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente deviennent sensibles. L’Ă©ducation de masse, dĂ©multipliĂ©e par les formidables moyens techniques de l’industrie hallucinogène, a mis au moule les cerveaux. La paix sociale se paye en baisse de crĂ©ativitĂ©. Les dangers sont Ă©loignĂ©s. Mais les nouvelles gĂ©nĂ©rations, Ă©duquĂ©es aux disciplines du corps et de l’esprit, sont beaucoup mieux armĂ©es qu’autrefois. Elles veulent exercer leur autonomie. Le conformisme de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente est accusĂ© de contrarier les pulsions, de s’opposer au mouvement de la vie mĂŞme.

On se mĂ©fie dĂ©sormais des performances intellectuelles machinales. La compĂ©tition homme/machine, avec ses jeux dĂ©lirants, Ă©tait allĂ©e jusqu’aux olympiades. Trop d’exercice mental ferme la voie du cĹ“ur. On s’affirme dĂ©sormais autrement, par des dĂ©monstrations d’indĂ©pendance et d’universalitĂ©. L’homme veut organiser le monde, dit-on, mais il n’est mĂŞme plus capable de survivre Ă  la lisière de la forĂŞt oĂą vĂ©curent nos ancĂŞtres, prĂ©cisĂ©ment lĂ  oĂą l’espèce humaine s’est biologiquement constituĂ©e.

Les nouvelles cellules de vie sont petites, portables et autonomes. Elles peuvent s’installer n’importe oĂą : dans le dĂ©sert, sur la banquise, au fond des mers, dans une planète creuse. La qualitĂ© de l’expĂ©rience vĂ©cue, la capacitĂ© de rĂ©soudre la survie avec les moyens du bord, le talent Ă  transformer des contraintes en dĂ©fis, la crĂ©ation d’environnements nouveaux, adaptĂ©s Ă  l’Ă©thologie humaine, sont perçus comme vraiment porteurs de valeurs universelles. L’homme se prĂ©pare Ă  un destin cosmique. Ainsi, la sociĂ©tĂ© de crĂ©ation se constitue en refus des contraintes des formations musclĂ©es de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Elle recherche la libertĂ© Ă  la fois par plaisir et par nĂ©cessitĂ© : le plaisir de crĂ©er et la thĂ©rapie de la crĂ©ativitĂ©, vĂ©cue comme un bol d’air au sortir d’une norme Ă©touffante.

La deuxième partie de ce texte est disponible ici.

La troisième partie de ce texte est disponible ici.

oct 13 2009

Le point sur la domination des banquiers au coeur des États

La crise économique qui s’est déclenchée en 2008 était prévue depuis longtemps par de nombreux économistes, notamment à cause de la bulle financière liée à la spéculation. Mais concernant les dérives de l’économie capitaliste, la responsabilité des banques, de la dette et des paradis fiscaux est à la fois plus profonde et plus ancienne qu’on ne l’évoque généralement. Au cœur de l’Etat et de la gouvernance économique et politique, domine le pouvoir financier de manière légale, mais aussi parfois sous des formes illégales et souvent peu démocratiques.

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Dans le cadre de cet article nous allons exposer différents mécanismes centraux du pouvoir des banquiers sur le monde. Les banques et les paradis fiscaux, sont des accélérateurs de la gouvernance néolibérale. Cette dérégulation vient alors renforcer les délits politico-financiers, du fait de la carence et de la dissolution des règles de contrôle. La dette, en particulier celles des PED, est un instrument de domination des pays riches sur les PED. Tandis que la privatisation du pouvoir de création monétaire par les banques privées, conduit à un vol l’égal d’un bien public.

1-LES BANQUES DES PARADIS FISCAUX, ACCELERATEURS DE LA GOUVERNANCE NEOLIBERALE ET DES DELITS POLITICO-FINANCIERS

Les banques et les propriĂ©taires des grandes banques (Rockefeller, Rothschild, Morgan, City Group, Goldman Sachs…) reprĂ©sentent un des pivots du pouvoir mondial. D’une part parce que ces propriĂ©taires disposent de sommes Ă©normes. Le magazine Forbes dĂ©comptait 1125 milliardaires en 2008 (Kroll, 2008). Au classement Forbes de 2005, Bill Gates Ă©tait l’homme le plus riche du monde avec 46,5 Mds $ et Warren Buffet 44 Mds $. La fortune des plus grandes banques dĂ©passent largement celles des plus riches individus, puisque la fortune de City Group Ă©tait de 10 fois supĂ©rieure Ă  celle de Bill Gates et celle de la Bank of America l’était de 16 fois. On trouvait au classement Forbes 2005, cinq banques, dont Citigroup (484,10 Mds $ d’actifs), Bank of America (776,42 Mds $ d’actifs), puis HSBC, ING Group et UBS. Ceci leur permet d’acheter potentiellement absolument, tout ce qui peut servir leur objectif de puissance: entreprises, mĂ©dias, biens divers et ce jusqu’à corrompre si besoin est les dirigeants politiques, qui sont susceptibles de se laisser soudoyer.

Les flux financiers illégaux et massifs dans les paradis fiscaux

Les paradis fiscaux et les chambres de compensation (Clearstream) sont un instrument majeur de la corruption politique et de la spoliation Ă©conomique des citoyens. Les estimations concernant l’importance des capitaux licites ou illicites drainĂ©s par les paradis fiscaux sont assez difficiles Ă  Ă©tablir. On estimait, en 2000, que les capitaux, dĂ©tenus hors frontières, s’élevaient Ă  plus de 5000 milliards de dollars, soit 54% des capitaux mondiaux (EAEF, 2001). De son cĂ´tĂ©, le FMI estimait, en 2003, que 50% des flux de capitaux passent dans les places off-shore, que circule dans le monde entre 600 et 1500 milliards/an d’argents sales, que le blanchiment reprĂ©sente 5% du PIB mondial. Selon l’office des Nations Unies pour le contrĂ´le des drogues et la prĂ©vention du crime, en 1999; 50% des 4800 Mds de francs annuels dĂ©gagĂ©s par l’ensemble des activitĂ©s criminelles du monde (trafics de drogue, prostitution, fausse monnaie…) seraient blanchis dans les paradis fiscaux (ODCCP, 2000).

Pour la France, le conseil scientifique d’Attac France mentionnait qu’en 1999, 350 milliards de dollars Ă©taient blanchis pour ĂŞtre rĂ©investis dans l’économie lĂ©gale. Il Ă©valuait ainsi un manque Ă  gagner pour les caisses des Etats de plus de 300 milliards d’euros auxquels s’ajoutent la fraude et l’évasion fiscale. Ces dernières reprĂ©sentaient, en 2003, environ 50 milliards d’euros pour la France, c’est-Ă -dire 17% du budget de l’Etat soit l’équivalent du dĂ©ficit budgĂ©taire (Attac, 2004). Pour les PED, l’évasion fiscale conduit Ă  un manque Ă  gagner dans les recettes fiscales de 50 milliards de dollars. L’équivalent de l’APD annuelle de l’ensemble des pays de l’OCDE. La quasi‑totalitĂ© des grandes banques et entreprises europĂ©ennes ou amĂ©ricaines a ouvert des succursales dans des paradis fiscaux. C’est par exemple le cas de la BNP Pari­bas, prĂ©sente aux Bahamas et aux Ă®les CaĂŻman, idem pour le CrĂ©dit Agricole, la CIC, le CrĂ©dit Lyonnais, Natexis Ban­que Populaire, la SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, etc. Total rĂ©alise la plus grande partie de ses bĂ©nĂ©fices dans des filiales enregistrĂ©es aux Ă®les Bermudes et autres terri­toires off shore. (Foutoyet, 2005).

Contrairement aux idĂ©es reçues, les paradis fiscaux ne sont donc pas un « sous­ système» Ă  la marge de la machine Ă©conomique : ils en sont l’un des roua­ges. En effet, on estime que plus de la moitiĂ© des transactions financières internationales transite par les para­dis fiscaux. Les paradis fiscaux facilitent donc:

- l’évasion fiscale, la limitation du système fiscal,

- le blanchiment de l’argent sale,

- les opérations occultes,

- le secret bancaire,

- l’immunité judiciaire, l’absence de coopération judiciaire internationale sous la responsabilité et l’accord du G8,

- C’est un accĂ©lĂ©rateur de la criminalitĂ© grâce au blanchiment de l’argent liĂ© au trafic de drogue, Ă  la prostitution, Ă  la fabrication de fausse monnaie, au racket…).

Les sociĂ©tĂ©s-Ă©crans sont des instruments utilisĂ©s contre la transparence dĂ©mocratique. Une sociĂ©tĂ©-Ă©cran est une pseudo-entreprise qui cache son vĂ©ritable propriĂ©taire par l’utilisation de prĂŞte-noms. Elle est très uti­lisĂ©e, la fraude fiscale. Selon l’office des Nations Unies pour le contrĂ´le des drogues et la prĂ©vention du crime, les paradis fiscaux abri­teraient quelque 3 millions de sociĂ©tĂ©s-Ă©crans. (ODCCP, 2000).

Les détournements et le blanchiment par les banques grâce aux paradis fiscaux

En 1991, le scandale international de la BCCI (Bank of CrĂ©dit and Commerce International), conduit Ă  sa fermeture par la justice, a montrĂ© la liaison pouvant exister entre le trafic de drogue, le terrorisme, la haute finance et les services spĂ©ciaux. EnregistrĂ©e au Luxembourg, la BCCI recueillait pĂŞle‑mĂŞle les comptes d’Abou Nidal, de Saddam Hussein, du gĂ©nĂ©ral Noriega, des services de la CIA et des sociĂ©tĂ©s liĂ©es au trafic international de la drogue, du marchand Kashoggi, entre mille autres places de mĂŞme nature. Des connexions apparaissent entre Ben Laden (hĂ©ritier multimillionnaire d’une grande famille saoudienne) et la BCCI. Ces pratiques litigieuses ont creusĂ© un passif de 13 milliards de dollars (Verschave, 2003).

Les banques sont au cĹ“ur du pouvoir financier, ce sont les lieux de dĂ©pĂ´t de l’argent et le lieu de transit des flux financiers qui sont l’Ă©nergie, le sang du système. Le blanchiment d’argent sale passait autrefois par les banques des pays dĂ©veloppĂ©s notamment: Ă  prĂ©sent cet argent transite plutĂ´t prĂ©alablement par les banques des paradis fiscaux (Andorre, CaĂŻmans, Luxembourg, Jersey…) ou encore au sein de Clearstream (la banque des banques), comme le soutient Denis Robert (2001). De plus, quasiment toutes les grandes banques disposent de comptes dans les paradis fiscaux (Foutoyet, 2005). Ainsi, certaines, telle la FIBA d’Elf ont blanchi de l’argent, ou participĂ© Ă  l’Ă©vasion fiscale (Verschave, 2001 : 73). Mais, au cĹ“ur mĂŞme de Londres, la City qui accueille les plus grandes banques britanniques a des pratiques analogues, aux banques des paradis fiscaux.

Les banques suisses, luxembourgeoises, notamment, avec les paradis fiscaux, renforcent les dérives du capitalisme illégal et la corruption, en blanchissant de l’argent sale, notamment grâce à la culture du secret, au refus de faire la transparence sur l’ensemble des comptes présents et des virements qui s’y déroulent.

Denis Robert (2001), a mis Ă  jour une des techniques de blanchiment, dans son ouvrage RĂ©vĂ©lation, en analysant le fonctionnement des banques Clearstream et Euroclear. Or, concernant, les mĂ©dias se limitent Ă  Ă©voquer « l’affaire Clearstream », c’est-Ă -dire l’intrigue Villepin-Sarkozy, en n’évoquant quasiment jamais, le vĂ©ritable dossier Clearstream. Cette dernière, grâce Ă  un « mĂ©canisme de compensation », fait ainsi disparaĂ®tre certaines transactions douteuses. Denis Robert, estime que les chambres de compensation, parce qu’elles sont au cĹ“ur de la finance mondiale, blanchissent des sommes largement plus importantes que ne le font les paradis fiscaux. Par consĂ©quent, elles sont encore plus puissantes et dangereuses pour le maintien de l’Etat de droit dans l’économie mondiale. Par exemple, Denis, Robert, affirme que la BGPI, filiale du CrĂ©dit Agricole Indosuez, possède elle aussi un compte S0418, chez Clearstream (Robert, 2007).

Le rôle des banques et des intermédiaires mafieux dans le Kremlingate

L’Angola – Ă  travers les contrats de l’entreprise publique Simportex (anciennement Ematec), qui impliquent le sommet de ses structures gouvernementales, financières et militaires – a payĂ© Ă  l’entrepreneur franco-russe Arkadi Gaydamak 135 millions de dollars en plus de ce qu’il devait recevoir pour une livraison de matĂ©riel militaire, fin 1996. L’affaire a Ă©tĂ© bouclĂ©e par un ensemble d’institutions bancaires presque toutes europĂ©ennes (France, Suisse, Allemagne, Autriche…) sous le leadership de la banque Paribas – une des banques que Luanda a utilisĂ©es de façon de plus en plus frĂ©quente pour ses transactions et emprunts ces dernières annĂ©es. La Banque of New York sert aussi beaucoup pour ces transactions (Verschave, 2001 : 129-132). Deux dirigeants de la Banque Paribas ont Ă©tĂ© inculpĂ©s en France, pour ces transactions illĂ©gales durant le procès de l’Angolagate en 2008.

Le paiement des 135 millions de dollars à Gaidamak a été effectué à travers un compte ouvert par la Sonangol à la Bank of New York – institution suspectée de relation avec le blanchiment d’argent qui attire l’attention de l’enquête internationale sur le scandale du “Kremlingate”» (Mendes, 2000).

Il s’avère que tous les comptes concernés par le scandale du Kremlingate ont été ouverts dans cinq banques new-yorkaises. Les enquêteurs pensent que la Menatep fut le “point d’origine principal de l’argent blanchi » (Rousselot, 31/08/1999). « Menatep aurait continué à fonctionner en sous-main en 1998 et transféré des fonds suspects [...] vers des compagnies offshore basées sur des territoires aussi lointains que les îles Vierges » (Rousselot, 31/08/1999). Alors que Menatep est officiellement en faillite depuis 1998, Ernest Backes a trouvé dans le répertoire 2000 de la société internationale de compensation Clearstream un compte non publié n° 81738 au nom de Menatep, client « non référencé ». Sa partenaire en blanchiment (15 milliards de dollars dans la seule année 1998), la Bank of New York, possède de nombreux comptes non publiés dans la nébuleuse société de compensation financière Clearstream (Robert, 2001 : 216).

La banque Russe Menatep, la Bank of New York et la société Glencore (Kremlingate)

En août 1999 éclate le “Kremlingate”. Il s’avère que tous les comptes concernés par ce scandale ont été ouverts dans cinq banques new-yorkaises. Les enquêteurs pensent que la Menatep fut le “point d’origine principal de l’argent blanchi” (Rousselot, 31/08/1999)». « Arcadi Gaydamac a des liens étroits avec cette banque » Menatep (Smith, 13/01/2001)».

Après la chute du mur de Berlin, la société Glencore a gagné des milliards de francs suisses sur le pétrole de l’ex-URSS, en association avec Menatep, la banque russe au cœur du “Kremlingate”

« Plusieurs grands groupes angolais ont leurs comptes à la Bank of New York qui est accusée par le FBI d’avoir “recyclé” 10 milliards $ d’argent russe. [...] Des sociétés liées à Menatep ont aussi opéré dans les circuits de financement du pétrole angolais (LDC, 30/09/1999).

En Russie, la mafia captait l’essentiel des prêts du FMI, elle a “recyclé” 10 milliards de dollars d’aide internationale, elle s’est même permise, avec cet argent, de circonvenir l’une des plus vieilles banques américaines, la Bank of New York (Verschave, 2001 : 140). Le FMI est généralement conscient des détournements de l’aide public au développement et il laisse faire, explique Stiglitz, qui a travaillé à la Banque Mondiale (Stiglitz, 2002).

Selon le quotidien américain USA Today du 26 août 1999, citant des responsables américains, britanniques et russes, le Kremlingate représente un total de 15 milliards de dollars qui auraient été détournés lors d’opérations complexes impliquant des proches de Boris Eltsine et une série de membres de ses gouvernements successifs (une douzaine).

Depuis lors ont été publiés, par Le Parisien du 23 mars 2001, des documents de la DGSE – une autre bête noire de Gaydamak – décrivant une chaîne d’« opérations de blanchiment ». Le pétrole angolais est fourni en compensation des achats d’armes russes, par l’entremise de Paribas et serait « revendu sous l’étiquette brut russe par Brenco », avec l’assistance de Glencore (Verschave, 2001 : 142). Glencore a gagné des milliards sur le pétrole russe, de concert avec les héritiers de la nomenklatura soviétique. L’immense bradage des hydrocarbures est l’une des causes de la faillite de la Russie. Le même groupe d’héritiers sans scrupules a aussi dilapidé l’arsenal de l’Armée rouge, les énormes stocks d’aluminium, d’engrais , etc. avec des profits astronomiques, mais aussi les créances du pays et les milliards de dollars du FMI (Gattegno, 2000).

Une part de ces flux ( pétrole, armes, dettes) a pu être brassée entre la Bank of New York et les recettes du pétrole angolais, grâce à la gestion parfaitement occulte du régime de Luanda. Pierre Falcone est constamment en affaires avec Glencore et Paribas – entre lesquels Jean-Didier Maille a fait la navette. Arkadi Gaidamak et son associé français Pierre Falcone ont assuré, depuis 1993, la fourniture d’armements (ou “matériel létal”) aux Forces armées angolaises. Ainsi, 84 % des créances russes ont disparu ! L’Angola a commencé à payer le solde, par tranches de 40 millions de dollars : déjà 1 milliard de dollars (7 milliards FF). Or cet argent s’est lui aussi volatilisé ! (Mendes,2000).

La sociĂ©tĂ© suisse Glencore et la banque française Paribas (chef de file d’un pool d’une dizaine de banques dont la BNP, Worms, la Banque populaire… ) (LDC, 14/12/2000) sont quant Ă  eux, au cĹ“ur du système de prĂŞts gagĂ©s sur le pĂ©trole futur de l’Angola Ă  des taux extrĂŞmement Ă©levĂ©s. Au printemps 2000, Glencore a encore levĂ© 3 milliards de dollars de prĂŞts gagĂ©s Ă  l’Angola, avec des banques comme Paribas, la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale, la Dresdner Bank Luxembourg, etc. (Verschave, 2001 : 140-142).

La responsabilité du FMI et de la Banque Mondiale dans les détournements de fonds

Dans son livre « La grande désillusion », Joseph Stiglitz (2002) dénonce la responsabilité du FMI et du Trésor américain qui ont soutenu, conseillé et orienté les bureaucrates russes convertis au capitalisme, notamment le président Boris Eltsine. « Quand la crise frappa, le FMI prit la direction des opérations et il demanda à la Banque mondiale de contribuer au sauvetage » pour 22,6 milliards de dollars. La Banque mondiale subissait une pression politique énorme de l’administration Clinton qui voulait absolument qu’elle prête à la Russie.

Si l’on s’en tient aux chiffres de Rosa Mendès, 84 % du remboursement de la dette de l’Angola envers la Russie se sont évaporés ! Ainsi le milliard de dollars déjà remboursé ne se retrouve pas, pour la plus grande part, dans les caisses de l’Etat Russe. (Verschave, 2001 : 170- 171). Cette est donc venu enrichir les poches des vendeurs d’armes, des intermédiaires et des politiques en Angola, en France (Pasqua) et sans doute en Russie.

Or, Joseph Stiglitz ajoute que la direction de la Banque mondiale lui a interdit de rencontrer l’inspecteur général de la Douma en visite à Washington qui dénonçait déjà à l’époque l’ampleur de la corruption. “A la Banque mondiale, on m’avait donné l’instruction de ne pas le rencontrer : on avait peur que nous soyons convaincus par ses propos.” (Stiglitz, 2002).

Stiglitz, prix nobel d’économie en 2001 et ex-prĂ©sident Ă©conomique de la Banque Mondiale, affirme qu’au FMI, lors de la signature d’un prĂŞt, officiellement, la « cĂ©rĂ©monie  » Ă©tait la signature d’une lettre d’accord -, or, ses termes sont dictĂ©s par le FMI mais, par artifice, on fait comme si la  » lettre d’intention  » venait du gouvernement concernĂ© !  » (Stiglitz, 2002, 71). Il explique que la première Ă©tape du plan de prĂŞt au PED, relève de la « subordination » selon ses propres mots. Cela consiste Ă  faire pression sur les gouvernements des PED afin qu’ils privatisent leurs entreprises publiques en les vendant Ă  des prix ridiculement bas. En Ă©change, ils ont la possibilitĂ© de recevoir une commission de 10% sur un compte en suisse, versĂ© par l’entreprise du Nord qui rachètera celle du Sud. Stiglitz reprend Ă  nouveau pour exemple de ce mĂ©canisme de subordination illĂ©gal, la liquidation du patrimoine de l’Etat russe en 1995 (Stiglitz, 2003). Ainsi, on observe une collusion entre la Banque Mondiale, ses Etats membres les plus influents, les dirigeants des PED, les banques et les entreprises privĂ©es du Nord, au dĂ©triment des peuples des PED. Si la Banque Mondiale et le FMI, n’accomplissent pas d’action illĂ©gale, ils en sont complices car ils connaissent le mĂ©canisme de corruption et poussent dans cette direction, en forçant la main aux gouvernements du Sud.

Selon Laura Ramos, « on estime que la corruption augmente en moyenne, de 20 à 30 % le coût des marchandises acquises », or «on estime qu’une commission légitime ne surpasse pas la valeur de 2 à 3 % du coût total du projet ». (Ramos, 2008, 92 et 94) Tandis que les communautés internationales exigent des PED l’éradication de la pauvreté comme condition de nouveaux prêts, les banques du Nord et les organisations internationales dirigées par les pays du G8, tels le FMI et la Banque Mondiale sont au cœur de ces pratiques illégales.

La responsabilité des banques (privées, FMI et BM) et des entreprises dans les dettes de corruption

« Ces dettes également qualifiées d’illégitimes s’accumulent en conséquence d’actes de corruption, parce que les fonds empruntés par les Etats sont directement déviés vers les comptes personnels de gouvernement » (Ramos, 2008, 87), ou en échange de services divers rendus par exemple à des intermédiaires au service d’une entreprise transnationale et qui viennent augmenter la dette extérieure des pays endettés.

« Souvent les banques qui reçoivent les prêts illégaux sont complices de ces manœuvres parce qu’en général ce sont elles qui financent la corruption » (…) et « qui octroient le prêt à l’origine de l’acte de corruption et qui gonflent la dette extérieure que paieront le peuple du Sud concerné » (Ramos, 2008, 89).

Fin 2002, une enquête du département du trésor des Etats-Unis, sur le dictateur chilien, Augusto Pinochet, révéla qu’au moins pendant huit années, la Banque Riggs, aux États-Unis avait caché l’existence de comptes bancaires à son nom avec des dépôts de 4 à 8 millions de $. Et aussi qu’elle avait participé à la création de deux entreprises fantômes, appartenant au dictateur, dans le paradis fiscal des Bahamas, pour cacher des comptes ouverts dans des banques de Washington notamment. Cet argent a sans doute été détourné par Pinochet et a accru la dette extérieure du pays qui a quintuplé durant sa période au pouvoir (Ramos, 2008, 90-91).

Les dettes d’élites : le coût de la mauvaise gestion et des intérêts de classe

« Dette illégitime qui s’accumule suite aux emprunts de l’Etat pour le bénéfice d’une minorité de la population et de groupes économiques locaux ou étrangers » telle l’entreprise Texaco en Equateur (Ramos, 2008, 101). La socialisation des dettes privées participe de cette dette des élites. Ferdinant Marcos a vendu des entreprises d’Etat aux Philippines à ses amis, puis ses entreprises revinrent ensuite dans le giron de l’Etat avec une dette très importante. Marcos se retira ensuite en Autriche et laissa les banques publiques du pays rembourser cette dette (Adams, 1993, in Ramos, 2008, 107)

L’appui des banques à la répression des populations et le soutien aux dictateurs

Bien que dès 1973, les Nations Unis aient qualifié l’apartheid de crime contre l’humanité, la communauté financière a continué à concéder des prêts au gouvernement sud-africain. C’est majoritairement les fonds publics, mais par l’aide bilatérale qui ont financé l’Afrique du Sud: en 1993, l’Afrique du Sud devait 90% de ses aides extérieures à long terme à quatre pays : Etats-Unis, la France, l’Allemagne et la Suisse. « Durant toute la période d’apartheid, au moins 30 grandes banques et 230 de moindre envergure furent engagées pour financement du régime » (Ramos, 2008, 82-83). Cette aide financière était réalisée en parallèle au soutien des Etats-Unis, via la France, à la création de la bombe nucléaire sud-africaine.

L’appui des banques fit l’objet de plaintes, notamment à New York, par les victimes de ce régime d’apartheid, en 2002, par l’apartheid Kumlumani Support Group. La plainte portait contre 21 banques et entreprises étrangères. Parmi ces banques on compte Barclay National Bank, Crédit Suisse, Deutsche Bank AG, Ford, J.P Morgan Chase (Bank) et parmi les entreprises BP, Chevron Texaco, Shell, et Total Fina-Elf pour la France. Une autre plainte avait été déposée pour le même motif, dès 1992, par d’autres victimes (Ramos, 2008, 84).

Le soutien des banques, des marchands d’armes à la guerre et la dette de guerre

« Les dettes de guerre considérées comme illégitimes dérivent de prêts qui ont financé des plans belliqueux à des fins impérialistes (étendre la domination d’un pays sur un autre par la force) » à des fins d’annexion ou de conquête d’un pays, par le moyens d’opération de guerre (Ramos, 2008, 86).

L’invasion du Timor Oriental par le dictateur indonésien Suharto (1965-1998) fit 60 000 morts en 1976, puis 200 000 morts en 1979,près du tiers de la population du Timor Oriental (Le monde diplomatique, 2008). Cette invasion a été soutenue financièrement par les Etats-Unis et leurs alliés (Australie, Grande Bretagne…) et la Banque Mondiale. Les Etats–Unis quadruplèrent son aide économique durant cette période (Toussaint, déc. 2004).

2-LE POUVOIR DES BANQUES DANS LA GOUVERNANCE ECONOMIQUE ET POLITIQUE

A-LE POUVOIR DE CREATION MONETAIRE PRIVE : UN VOL LEGAL D’UN BIEN PUBLIC

Actuellement, nous n’utilisons presque plus d’argent « fiduciaire », c’est-Ă -dire des billets et les pièces frappĂ©es par les Etats, mais de la monnaie scripturale matĂ©rialisĂ©e par les chèques et la monĂ©tique créée par les banques elles-mĂŞmes. Maurice Allais, prix Nobel d’Économie, explique que « fondamentalement, le mĂ©canisme du crĂ©dit aboutit Ă  une crĂ©ation de moyens de paiements ex nihilo [(Ă  partir de rien] (…). Ă€ chaque opĂ©ration de crĂ©dit, il y a ainsi duplication monĂ©taire. Au total, le mĂ©canisme de crĂ©dit aboutit Ă  une crĂ©ation de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écritures» Maurice (Allais, 1999 : 63). Ainsi, les banquiers s’enrichissent avec de l’argent qu’ils n’ont pas entièrement, mais l’emprunteur privĂ© ou public (l’Etat), doit nĂ©anmoins rembourser. Pour ĂŞtre plus prĂ©cis, les banques privĂ©es ne peuvent en fait crĂ©er qu’environ 8 Ă  9 fois plus d’argent qu’elles n’en disposent rĂ©ellement. Ainsi, si une banque privĂ©e reçoit 1 million d’euros de la banque centrale, elle dĂ©tient le droit de crĂ©er 9 millions d’euros en les proposant en crĂ©dit.

Maurice Allais dĂ©clare que « dans son essence la crĂ©ation de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique (…) Ă  la crĂ©ation de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement, elle aboutit aux mĂŞmes rĂ©sultats. La seule diffĂ©rence est que ceux qui en profitent sont diffĂ©rents » (Allais, 1999 :110). C’est pourquoi l’industriel Henri Ford dĂ©clara, « si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monĂ©taire, je crois qu’il y aurait une rĂ©volution avant demain matin ».

Si le prĂ©sident Pompidou n’avait pas supprimĂ© en 1973 le droit rĂ©galien de l’Etat français d’Ă©mettre la monnaie, les contribuables français n’auraient pas Ă  rembourser 40 Ă  50 milliards d’euros d’impĂ´ts chaque annĂ©e et la dette publique française serait totalement remboursĂ©e depuis 2006 ! estime Holbecq. Cette argent vient donc enrichir les banquiers et autres crĂ©anciers privĂ©s, alors que si le gouvernement français Ă©tait en droit d’emprunter sans intĂ©rĂŞt via sa Banque centrale publique, la dette publique aurait disparu en 2008 (Holbecq, 2008).

Magrit Kennedy a ainsi calculé que les prix payés par les consommateurs sont constitués entre 40-45 % du seul poids des intérêts. Par conséquent, le pouvoir des financiers privés ne s’exerce pas seulement par la plus value sur les salaires, mais aussi très largement sur la consommation (Kennedy, 1996).

C’est pourquoi, à la suite de la déclaration de Thomas Jefferson, M. Phillip A. Benson, Président de l’association American Bankers’ Association, déclarait le 8 juin 1939, qu’ « il n’existe pas de moyens plus efficaces pour prendre le contrôle d’une nation que de diriger son système de crédit (monétaire)». William Lyon Mackenzie King, ex-premier ministre du Canada renchérissait : « jusqu’à ce que le contrôle de l’émission de devises et de crédit soit restauré au gouvernement et reconnue comme sa responsabilité la plus flagrante et la plus sacrée, tout discours sur la souveraineté du Parlement et la démocratie est vain et futile… Une fois qu’une nation abandonne le contrôle de ses crédits, il n’importe plus qui fait ses lois…L’usure, une fois aux commandes, coule n’importe quelle nation».

Aux Etats-Unis, de manière relativement analogue, de 1861 Ă  1913, l’Etat amĂ©ricain disposait du contrĂ´le de l’émission et de la circulation d’une monnaie sans intĂ©rĂŞts. Mais le prĂ©sident du pays, Woodrow Wilson, signa l’acte de la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale du 23 dĂ©cembre 1913, le transformant en loi. Ainsi, la propriĂ©tĂ© et le pouvoir de dĂ©cision et la capacitĂ© de crĂ©ation monĂ©taire de la rĂ©serve fĂ©dĂ©rale (la banque centrale) passait du Congrès des Etats-Unis, composĂ©s des Ă©lus du peuple, aux plus puissantes banques privĂ©es amĂ©ricaines. Woodrow Wilson, prĂ©sident des Etats-Unis de 1913 Ă  1921, dĂ©clarait avant d’être assassinĂ© : « Je suis un homme des plus malheureux. J’ai inconsciemment ruinĂ© mon pays. Une grande nation industrielle est contrĂ´lĂ©e par son système de crĂ©dit. Notre système de crĂ©dit est concentrĂ© dans le privĂ©. La croissance de notre nation, en consĂ©quence, ainsi que toutes nos activitĂ©s, sont entre les mains de quelques hommes. Nous en sommes venus Ă  ĂŞtre un des gouvernements les plus mal dirigĂ©s du monde civilisĂ©, un des plus contrĂ´lĂ©s et dominĂ©s, non pas par la conviction et le vote de la majoritĂ©, mais par l’opinion et la force d’un petit groupe d’hommes dominants», c’est-Ă -dire les banquiers privĂ©s. Selon Eric Samuelson, depuis novembre 1997, la Banque new-yorkaise de la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale dĂ©tient la majoritĂ© des actions. Cette dernière est sous la propriĂ©tĂ© majoritaire de la Chase Manhattan Bank appartenant aux Rockefeller avec 32,35% des actions et de la Citibank Ă  20,51%. Ces deux banques privĂ©es contrĂ´lent donc Ă  elles seules la FED, qui est censĂ©e ĂŞtre un bien public aux Etats-Unis (Carmack, 2007).

Contre ce type de dĂ©rive, Maurice Allais estime que « la crĂ©ation monĂ©taire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute crĂ©ation monĂ©taire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit ĂŞtre rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits» rĂ©sultant actuellement de la crĂ©ation de monnaie bancaire (Allais, 1999 : 95). Selon A.-J. Holbecq : “ Toute la monnaie nĂ©cessaire au dĂ©veloppement de l’Ă©conomie doit ĂŞtre produite par la Banque centrale europĂ©enne (BCE) (…) et tous les intĂ©rĂŞts de toute la monnaie créée dans le passĂ© par les banques commerciales et par la BCE doit revenir aux États de la zone euro et donc Ă  la population… » C’est certainement plus de 350 milliards d’euros par an Ă  l’échelon europĂ©en (Holbecq, 2008).

B-LE POUVOIR HISTORIQUE DES BANQUES SUR L’ETAT FRANCAIS

Les banquiers financent le coup d’Etat de Napoléon en échange de la création monétaire privée

En Europe, on estime l’origine de la Banque moderne au 17e siècle avec la crĂ©ation des premières banques centrales. Sans doute après avoir reçu de l’argent des banquiers, NapolĂ©on Bonaparte (1769-1821) confessait que : « Lorsqu’un gouvernement est dĂ©pendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrĂ´lent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. […] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de dĂ©cence ; leur unique objectif est le gain ». Celui-ci savait ce qu’il disait, car ce sont un ou des banquiers qui avaient financĂ© le coup d’Ă©tat de NapolĂ©on contre l’acceptation des statuts d’une nouvelle banque qui progressivement se verrait octroyer le monopole de l’Ă©mission de la monnaie. Jean-Pierre Collot (1764-1853) est un financier qui « aurait prĂŞtĂ© 800 000 francs-or pour financer le coup d’Etat de brumaire », et qui deviendra ensuite « directeur de fabrication de la Monnaie de Paris sous la Restauration » (Monnaie de Paris, 2004).

« FondĂ©e le 13 fĂ©vrier 1800, quelques semaines seulement après le coup d’Etat, la Banque de France devient une sociĂ©tĂ© privĂ©e par actions dirigĂ©e par des rĂ©gents ». Elle reçoit alors le monopole de l’Ă©mission de la monnaie de papier en 1803 (Marseille). Les 200 membres de son AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale avaient ainsi le pouvoir de dĂ©signer 15 membres du Conseil de rĂ©gence de la Banque de France (Wolff, 1995).

Amchel Mayer Rothschild (1743-1812), dont la famille siĂ©geait parmi les rĂ©gents de la Banque de France et prospĂ©rait dĂ©jĂ  depuis des dizaines d’annĂ©es grâce Ă  ses banques privĂ©es affirmait ainsi : « donnez-moi le contrĂ´le sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas Ă  me soucier de ceux qui font ses lois ». Thomas Jefferson, le 3e prĂ©sident des Etats-Unis, dĂ©clara aussi Ă  ce propos : “Je crois sincèrement que des institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos privilèges que des armĂ©es institutionnelles. DĂ©jĂ  ils ont Ă©levĂ© au sommet une riche aristocratie qui a dĂ©fiĂ© le Gouvernement. Le pouvoir d’Ă©mission devrait ĂŞtre pris aux banques et redonnĂ© au peuple Ă  qui il appartient” (Jefferson, 1802).

Les banquiers privés placent leurs hommes au cœur des Etats et privatisent à nouveau la création monétaire

George Pompidou, avant d’être prĂ©sident de la RĂ©publique, Ă©tait un banquier. De 1945 Ă  son Ă©lection comme prĂ©sident de la RĂ©publique en 1969, Pompidou exercera des fonctions au sein du gouvernement français tout en continuant durant plusieurs pĂ©riodes Ă  travailler au service de la banque Rotschild de 1954 Ă  1958 et de 1959 Ă  1962. Le 8 janvier 1959, il devient Directeur gĂ©nĂ©ral de la Banque Rothschild. Pourtant, il sera nĂ©anmoins nommĂ© en mars 1959 au Conseil constitutionnel oĂą il siĂ©gera jusqu’en 1962. On observe donc Ă  nouveau un grave manque d’indĂ©pendance entre les intĂ©rĂŞts de l’Etat français et ceux des intĂ©rĂŞts privĂ©s des banques. La banque de France avait Ă©tĂ© nationalisĂ©e en 1945 par le GĂ©nĂ©ral de Gaule, donc durant cette pĂ©riode l’Etat retrouve le contrĂ´le sur le crĂ©dit et sur la monnaie. Mais le prĂ©sident Pompidou, l’homme des banquiers de l’époque, ne l’a pas entendu de cette oreille. L’article 25 de la loi du 3 janvier 1973, de Pompidou et Giscard d’Estaing, « interdit au TrĂ©sor public d’être prĂ©sentateur de ses propres effets Ă  l’escompte de la Banque de France ». L’Etat français bascule donc Ă  nouveau sous l’emprise financière directe des banquiers privĂ©s.

Quand les 200 familles les plus riches tenaient les finances de la France

Revenons, Ă  prĂ©sent, un peu en arrière, pendant l’Entre-deux-guerres, afin de comprendre comment l’emprise des industriels et des banquiers s’exerçait dĂ©jĂ  sur l’Etat français. A cette Ă©poque, le terme les « deux cents familles » dĂ©signait les deux cents plus gros actionnaires (sur près de 40.000) de la Banque de France. Édouard Daladier, prĂ©sident du Conseil, lors du Congrès radical de Nantes en 1934, dĂ©clarait que « deux cents familles sont maĂ®tresses de l’Ă©conomie française et, en fait, de la politique française (…) Les deux cents familles placent au pouvoir leurs dĂ©lĂ©guĂ©s. Elles interviennent sur l’opinion publique, car elles contrĂ´lent la presse» (Daladier, 1934).

Dans les annĂ©es 1920-1930, ce sont alors « les 200 familles » qui gouvernaient dans les faits, qui mettaient une politique extĂ©rieure au service d’une politique intĂ©rieure consacrĂ©e Ă  la guerre des salaires. Parmi les plus riches, on comptait dĂ©jĂ  la famille Seillière (32 millions). C’est le «comitĂ© des forges (acier) et des houillères qui disposait de la plus grande influence avec la Famille De Wendel en premier lieu, mais aussi les Schneider, les Rothschild, les Wendel… (Ernest Antoine Seilières et Françoise de Panafieu sont descendants des « De Wendel ») (SĂ©dillot, 1989). Le comitĂ© des forges est l’ancĂŞtre de l’UIMM (Union des mĂ©tiers et industries de la mĂ©tallurgie), qui est actuellement un des organes patronaux les plus puissants.

Le rôle des banquiers dans la création de l’Etat fasciste de Vichy

L’action de la Banque Worms (membre du réseau de la synarchie) pendant la guerre de 1940 est assez analogue aux rôles des autres banques dans les gouvernements, notamment dans les Etats fascistes de l’époque. Le groupe Worms, un géant du transport international, des compagnies minières et des sociétés financières et immobilières, tenait sous sa coupe directe plus de la moitié de l’industrie française avant le 2e guerre mondiale. L’historienne Annie Lacroix Riz, profitant de l’ouverture des archives officielles, a découvert qu’en France, la quasi-totalité des hommes qui arrivent au pouvoir avec le maréchal Pétain avaient appartenu à l’équipe Worms, l’un des éléments clés de cette organisation des financiers en France (Lacroix-Riz, 2006). Les services de renseignements britanniques durant la 2e guerre mondiale avaient déjà repéré le rôle du groupe Worms sur le gouvernement de Vichy.

Ensuite, la synarchie se repose sur la Cagoule, une sorte de regroupement de membres des anciennes ligues. Cette dernière Ă©tait une organisation secrète fondĂ©e par Eugène Deloncle et financĂ©e par le patron de l’OrĂ©al, Eugène Schuller. La synarchie mise sur le duo PĂ©tain-Laval jusqu’en 1941-1942, quand le vent commence Ă  tourner avec l’entrĂ©e en guerre des Etats-Unis. Après cela, la synarchie se rabat sur Darlan, qui devient le n°2 du gouvernement de Vichy, successeur attendu de PĂ©tain, avant d’être – fort opportunĂ©ment – assassinĂ© en dĂ©cembre 1942. Pendant son passage Ă  Vichy, il a fait rentrer toute une part de la banque Worms dans le gouvernement (Lacroix-Riz, 2006).

Dans le gouvernement du Front populaire de 1936, et malgré le fait que Léon Blum prônait une alliance avec Roosevelt, la synarchie s’était infiltrée dans le ministère de l’Economie nationale (…). L’une des premières tâches sera la mise en coupe réglée de l’économie en faveur des financiers. C’est ici qu’entre en scène le groupe Worms, dont trois membres participent à la rédaction du texte de la loi du 16 août 1940 : René Belin, Jacques Barnaud, Bichellone. Elle instaure une véritable dictature étatiste de l’économie, avec des comités d’organisations pour chaque branche de l’industrie, dirigés par un seul chef et qui fait l’intermédiaire entre l’Etat et les entreprises. Cette loi du 16 août donne tout pouvoir à l’Etat sur le patronat. Avec la loi du 16 août 1940, « la synarchie bancaire se voit attribuer la totalité du pouvoir économique aux dépens de ceux qui en tenaient jusqu’alors les principaux leviers, c’est-à-dire le patronat industriel et ses organisations professionnelles. Tout se passe comme si, le 16 août 1940, à la faveur de la défaite, le patronat était passé entièrement sous la coupe des mafias bancaires » explique Lacroix-Riz (2006).

On retrouve encore la Banque Worms Ă  prĂ©sent. La sociĂ©tĂ© suisse Glencore et la banque française Paribas (chef de file d’un pool d’une dizaine de banques, dont la BNP, Worms, la Banque populaire… ) sont au coeur du système de prĂŞts gagĂ©s sur le pĂ©trole futur de l’Angola (Verschave, 2001). Certains des membres et des reprĂ©sentants de ces diffĂ©rentes entreprises ont Ă©tĂ© inculpĂ©s dans le cadre du procès de l’Angolagate qui a dĂ©butĂ© en 2008.

C-LE POUVOIR POLITIQUE ET IDEOLOGIQUE DES BANQUIERS

Le groupe Bilderberg fut créé en 1954, grâce Ă  un cofinancement de Unilever et de la CIA . Selon un ancien dĂ©lĂ©guĂ© du groupe, le consensus Ă©laborĂ© au sein de ce forum sert de base Ă  l’évolution des politiques internationales. Bilderberg “compose la toile de fond des politiques qui sont mises en place par la suite. Ainsi, le Forum Ă©conomique mondial Ă  Davos en fĂ©vrier, les rencontres Bilderberg et du G8 en avril-mai et la confĂ©rence annuelle du FMI et de la Banque Mondiale en septembre. Une sorte de consensus international Ă©merge (…). Ce consensus devient la toile de fond des communiquĂ©s du G8; il inspire le FMI lorsqu’il impose le programme de rĂ©ajustement Ă  l’IndonĂ©sie, et la politique que le PrĂ©sident amĂ©ricain propose au congrès” (Armstrong, 1998).

Le banquier, David Rockefeller fut le fondateur du Bilderberg, puis de la Commission TrilatĂ©rale. « Ces deux lobbies sont les vĂ©ritables architectes de la mondialisation nĂ©o-libĂ©rale” selon M. R. Jennar (2005). D. Rockefeller a dĂ©clarĂ© Ă  Newsweek international, “quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privĂ© me semble l’entitĂ© adĂ©quate pour le faire” (Rockefeller, 1999). “Ce mĂŞme personnage avait dĂ©clarĂ© huit ans plus tĂ´t devant la Commission TrilatĂ©rale: « la souverainetĂ© supranationale d’une Ă©lite intellectuelle et de banquiers est prĂ©fĂ©rable au principe d’autodĂ©termination des peuples” (Jennar, 2005 : 17). En effet, ces derniers sont considĂ©rĂ©s par certaines Ă©lites, tels les certains experts de la gouvernance europĂ©enne, comme “ignorants, Ă©motifs et versatiles, comme nous le rapporte Hermet (2003 : 16). C’est donc pour leur Ă©viter de commettre des erreurs nuisant Ă  l’intĂ©rĂŞt du peuple lui-mĂŞme que les Ă©lites proposent d’ériger la gouvernance, par les seuls experts et les Ă©lites Ă©conomiques et politiques.

La banque Mondiale est souvent dirigĂ©e par d’anciens membres, issus des plus grandes banques privĂ©es des Etats-Unis, ou de grandes transnationales. Par consĂ©quent, les intĂ©rĂŞts capitalistes des banquiers et des Ă©lites Ă©conomiques ont leurs gardiens et cheminent au cĹ“ur des pouvoirs publics internationaux. Robert Strange McNamara fut prĂ©sident de la Banque Mondiale d’avril 1968 Ă  juin 1981. Les annĂ©es prĂ©cĂ©dant sa nomination, McNamara Ă©tait considĂ©rĂ© comme l’un des plus importants hommes d’affaires des Etats-Unis et devient, Ă  l’âge de 44 ans, prĂ©sident de la Ford Motor Company. Depuis le 1er juillet 2007, Robert Zoellick est le 10e prĂ©sident de la Banque Mondiale. En 1997, il a Ă©tĂ© conseiller aux affaires internationales de la banque Goldman Sachs. Paul Wolfowitz fut le neuvième prĂ©sident de la Banque mondiale. Auparavant, il a Ă©tĂ© homme d’affaires et a menĂ© une carrière de banquier. Puis a Ă©tĂ© poussĂ© Ă  la dĂ©mission pour nĂ©potisme en 2007.

A la Banque Mondiale, l’idĂ©ologie nĂ©o-libĂ©rale est hĂ©gĂ©monique, c’est donc dans le cadre de cette politique qu’elle entend exercer ce qu’elle nomme une “bonne gouvernance”. La « bonne gouvernance », pour la Banque mondiale est aussi synonyme de bonne gestion du dĂ©veloppement” (World Bank, 1992). Marie Claude Smouts la qualifie “d’outil idĂ©ologique pour une politique de l’Etat minimum” (1998). Cependant, si cette politique se limite aux fonctions rĂ©galiennes, cela ne signifie pas un État faible. Il s’agit en rĂ©alitĂ© d’un “État gendarme” visant thĂ©oriquement Ă  faire respecter les règles d’un marchĂ© concurrentiel et les libertĂ©s individuelles.

Les institutions de Breton Woods exercent un pouvoir politique et culturel. Le rĂ´le financier et Ă©conomique n’est que la partie Ă©mergĂ©e de l’iceberg. La partie immergĂ©e relève donc de la foi, de la croyance, de la doctrine, du leadership intellectuel. Comme le dirait Pierre Bourdieu, la Banque est puissante parce qu’elle est capable d’Ă©changer constamment du capital Ă©conomique contre du capital symbolique et vice versa.

Susan George dĂ©crit la Banque comme « la main invisible du « programme » planĂ©taire mis en oeuvre par le capitalisme libĂ©ral ». Dans son livre CrĂ©dits Sans Frontières, elle attribue donc au Fonds monĂ©taire international et Ă  la Banque des attributs un fonctionnement quasi religieux. La doctrine remplace alors l’argumentation: malgrĂ© le discours qui se veut scientifique, c’est bien d’idĂ©ologie qu’il s’agit.

Un autre instrument de l’hĂ©gĂ©monie idĂ©ologique des nĂ©o-libĂ©raux est leur aptitude Ă  la rĂ©cupĂ©ration et Ă  la manipulation conceptuelle, qui est relativement proche de la novlangue. La Banque utilise « des mots solennels et des formules magiques pour transformer la rĂ©alitĂ© (George, 1994 : 207). Face aux dĂ©fenseurs de l’environnement qui risquaient de mettre un terme Ă  la philosophie de la croissance illimitĂ©e, la Banque a utilisĂ© la notion de dĂ©veloppement durable en dĂ©crĂ©tant « la croissance durable ». Celle-ci n’Ă©tait dès lors plus menaçante, l’idĂ©e de durabilitĂ© neutralisant le danger de destruction. « Le mouvement de dĂ©fense de l’environnement qui craint pour son avenir s’est vu ainsi privĂ© de ses armes conceptuelles » (George, 94 :208).

Derrière la politique de “bonne gouvernance”, la Banque Mondiale cherche aussi Ă  contraindre les pays Ă  bas salaires Ă  mener une bonne gestion, c’est-Ă -dire Ă  appliquer les plans d’ajustements structurels (privatisations, restrictions des budgets sociaux…), basĂ©s sur une politique Ă©conomique nĂ©o-libĂ©rale. Ainsi, du fait du principe de conditionnalitĂ© auquel sont soumis les États pour recevoir des prĂŞts de la Banque Mondiale, ceux-ci perdent la souverainetĂ© sur leur politique nationale (George, 1994 : 184). Cette entorse Ă  la souverainetĂ© du peuple est “camouflĂ©e par les qualificatifs “d’empowerement” (la participation) et de “consensus » avec la sociĂ©tĂ© civile (Hidouci, 2003 : 6).

La corruption limite la dĂ©mocratisation des États. Pourtant, les institutions financières internationales (IFI) agissent peu contre la corruption des dirigeants (lorsque les prĂŞts qu’elles octroient sont dĂ©tournĂ©s) (Gueye 2003 : 38). La Banque Mondiale ne remet pas ou peu en cause sa politique Ă©conomique nĂ©o-libĂ©rale, si ce n’est dans le discours. Elle se contente par exemple de rajouter Ă  la marge quelques “filets de sĂ©curité” pour les plus dĂ©munis. Ainsi a-t-elle dĂ©veloppĂ© une approche plus politique, la « bonne gouvernance ».

Les directeurs de la Banque Mondiale ont quant Ă  eux aussi interrompu les prĂŞts Ă  diffĂ©rents pays lorsqu’ils se heurtaient aux intĂ©rĂŞts des Etats Unis (mĂŞme si officiellement c’Ă©tait pour d’autres motifs) prĂ©cise Eric Toussaint.. Dans le mĂŞme ordre d’idĂ©e, la Banque Mondiale a systĂ©matiquement tentĂ© de mettre en Ă©chec les rĂ©gimes considĂ©rĂ©s comme des menaces pour les intĂ©rĂŞts amĂ©ricains. Ce fut le cas contre le gouvernement du Guatemala de Jacobo Arbenz en 1954. A l’inverse, la Banque Mondiale soutiendra ensuite la junte militaire qui renversera Jacobo Arbenz (Toussaint, Millet, 2007). Parmi d’autres exemples les plus connus en Afrique, citons la dictature de Mobutu au Zaire, celle de Idi Amin Dada en Ouganda, d’Habyarimana au Rwanda Ă  partir de 1973, d’Idris DĂ©by au Tchad (Toussaint, 2006).

RĂ´le du Franc-CFA dans la domination africaine

La politique monétaire permet de jouer sur les importations et exportations. C’est un outil fondamental de la souveraineté, comme l’est l’indépendance militaire par exemple. Or, les Etats africains n’ont pas cette liberté d’action et donc cette indépendance économique et politique. La Banque de France et maintenant la Banque centrale européenne avec l’euro ont décidé des dévaluations et du moment où elles ont eu lieu. Un gouverneur de la Banque de France dispose du droit de veto sur les politiques de la Banque Centrale africaine francophone en matière monétaire. L’Afrique francophone est donc ainsi dépossédée de se souveraineté monétaire et donc économique.

3-LA DETTE: INSTRUMENT DE DOMINATION DES PAYS RICHES

La dette publique : une opportunité pour les rentiers

L’accroissement de la dette publique en France bĂ©nĂ©ficie aussi aux actionnaires, aux rentiers (que Keynes qualifiait de parasites) parce qu’ils s’enrichissent grâce Ă  la production concrète des autres acteurs (industrie, agriculture, ouvriers…) et cela simplement parce qu’ils disposent de biens financiers.

La dette des PED: un instrument d’enrichissement des pays industrialisĂ©s

Contrairement Ă  ce que l’opinion publique pense gĂ©nĂ©ralement, les flux financiers les plus importants vont donc du Sud vers le Nord. Ce sont finalement les plus pauvres qui aident les plus riches. En 2002, les flux (transfert des ressources (dons et prĂŞts) du Sud vers les Nord reprĂ©sentaient 200 milliards $ en 2002. En 2004, tandis que l’aide publique au dĂ©veloppement de l’OCDE pour les PED s’Ă©levait Ă  78 milliards $, le service de la dette extĂ©rieure des PED reprĂ©sentait 374 milliards $: par consĂ©quent, les flux financiers allant du Sud vers le Nord Ă©taient 4,7 fois supĂ©rieurs aux flux allant du Nord vers le Sud (Banque Mondiale, 2005). En 2003, l’APD l’Ă©levait Ă  54 Mds $ et le remboursement Ă  436 Mds, soit 8 fois plus (Ziegler, 2005).

La dette gérée par la Banque mondiale est parfois illégale

« Au moment de l’indĂ©pendance du Gabon en 1960, la Banque Mondiale a transfĂ©rĂ© Ă  ce pays les dettes prĂ©cĂ©demment contractĂ©es par la France pour la colonisation du Gabon, ce qui est en violation complète des règles du droit international. Depuis, la mainmise des dirigeants français sur l’économie gabonaise ne s’est jamais dĂ©mentie : Omar Bongo en est avant tout le garant. Une dette constituĂ©e dans ces conditions est illĂ©gitime et n’a pas Ă  ĂŞtre remboursĂ©e » (Toussaint, 2006).

Les narcodollars au service de la dette

Enfin, de nombreux pays considĂ©rĂ©s comme les bons Ă©lèves du FMI et de la Banque Mondiale n’ont vraisemblablement rĂ©ussi Ă  Ă©quilibrer leur Ă©conomie que grâce Ă  la production et Ă  la vente de la drogue. Concernant la Bolivie par exemple, selon Patrick PIRO «aucun Ă©conomiste n’est dupe de ce miracle, c’est bien grâce Ă  la coca et Ă  la cocaĂŻne que le pays n’a pas volĂ© en Ă©clat. Le trafic de la drogue a donnĂ© au pays des devises nĂ©cessaires au paiement de la dette. Il a aussi permis d’Ă©viter une explosion sociale, en offrant des emplois Ă  des dizaines de milliers de chĂ´meurs » (Piro, 1994 : 8  )

Les dirigeants des pays de l’OCDE sont informés de cette réalité. Mais le service de la dette reste apparemment prioritaire pour eux, par rapport à la mise en oeuvre de leur déclaration visant à lutter contre le développement du marché de la drogue et à son blanchiment dans des paradis fiscaux.

Une aide aux pays industrialisés (APD), plutôt qu’aux PED

Boisgallais Ă©value entre 1 Ă  5% l’aide publique bilatĂ©rale qui parvient rĂ©ellement Ă  la population, le reste partant en direction de construction d’infrastructures destinĂ©es Ă  servir nos intĂ©rĂŞts. Moins de 1% de l’APD bilatĂ©rale est consacrĂ©e aux ONG (Boisgallais, 1994).

Selon Politis, le reste de l’aide bilatĂ©rale française se rĂ©partit globalement ainsi:

- 30 Ă  40% environ, pour les opĂ©rations de rééchelonnement de la dette ou rĂ©vision des taux d’intĂ©rĂŞts et parfois annulation partielle de dette.

- 20 à 25 % pour le salaire des coopérants pour des projets techniques, scientifiques, ou culturels, avec un salaire moyen de 4500 à 23 000 euros par mois. On comptait 3250 coopérants en 2001.

- 15 Ă  25 % pour la promotion de la francophonie.

- 5 Ă  10 % pour l’aide financière aux projets pour l’Ă©tude et la rĂ©alisation d’Ă©quipements, d’infrastructures des transnationales françaises.

- 3 % destinĂ© Ă  l’armĂ©e, avec l’envoi de professionnels français pour former l’armĂ©e locale, la gendarmerie…

- 1 % pour l’aide budgĂ©taire, c’est Ă  dire, les dons versĂ©s directement Ă  un Etat, mais le parlement français n’en n’ est jamais informĂ©.

- 1 % pour le soutien au PAS (les plans d’ajustement structurels) de la Banque Mondiale et du FMI ( Politis, 1998).

La COFACE assure les risques des entreprises françaises investissant Ă  l’Ă©tranger. Elle permet une privatisation des gains et la mutualisation des pertes. Or, l’Etat français qui engage chaque annĂ©e 9,2 milliards d’euros d’argent public au travers de la COFACE (dont une grande partie de l’APD), a ainsi payĂ© plus de 15 milliards d’euros en 20 ans pour couvrir les dĂ©ficits de cette agence, sans que personne n’ait vĂ©rifiĂ© l’efficacitĂ© des contrats passĂ©s » (Brun, Politis, 1998).

Les dettes de développement : le coût des « éléphants blancs »

« Ce sont des dettes contractĂ©es pour rĂ©aliser des projets de dĂ©veloppement qui ont Ă©chouĂ© ou dont les consĂ©quences humaines ou environnementales se sont rĂ©vĂ©lĂ©es nĂ©fastes Ă  cause d’un manque d’études prĂ©alables » (Ramos, 2008 : 108). C’est-Ă -dire ce que l’on qualifie parfois « d’élĂ©phant blanc », de grand projets qui bĂ©nĂ©ficient au gouvernement et Ă  l’entreprise privĂ©e, mais pas aux populations. Par exemple, les hopitaux high tech, oĂą l’Etat n’a pas prĂ©vu le financement des salaires et de la maintenance et qui sont laissĂ©s Ă  l’abandon.

C’est aussi le cas d’Africa ONE, un projet de 2 milliards de dollars mis en place dans le cadre d’un partenariat AT&T – UIT – opĂ©rateurs privĂ©s et États africains, qui a complètement Ă©chouĂ©, engloutissant des dizaines de millions de dollars. De mĂŞme, WorldCom, vĂ©ritable effigie nĂ©olibĂ©rale devenue premier opĂ©rateur mondial en capitalisation boursière et grand prĂ©dateur des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©communications et qui a causĂ© la plus grande faillite de l’histoire des USA et le plus grand dĂ©tournement financier jamais enregistrĂ©, plus de 11 milliards de dollars (Fullsack, fĂ©vrier 2005).

DĂ©lits d’initiĂ©s au service d’opĂ©ration spĂ©culative sur la dette publique

Dans les annĂ©es 90, la Fiba, la banque d’Elf (fermĂ©e suite au procès Elf) a rachetĂ© au rabais les crĂ©ances du Congo dĂ©tenues par les banques Ă©trangères, afin de se les faire rembourser par la Caisse congolaise d’amortissement. Après avoir rĂ©cupĂ©rĂ© ces dettes gagĂ©es sur pĂ©trole, elle empoche le rabais, une dĂ©cote de 90, Ă  95% ! (LDC, 2.10.1997). Grâce Ă  ses appuis au sein de l’Etat Congolais et Ă  « la complicitĂ© de toutes les parties prenantes, sur le dos des finances publiques », Elf savait qu’elle pourrait se faire rembourser (Verschave, 2001 : 43).

Les ETN aux commandes des Etats grâce à la gestion de la dette publique

L’Ă©tĂ© 1994, Lissouba, le prĂ©sident du Congo-B confie Ă  Elf la responsabilitĂ© de gĂ©rer la dette pĂ©trolière du pays. On observe un total manque d’indĂ©pendance de l’Etat. En effet, Elf devient ainsi Ă  la fois client de l’Etat et gestionnaire de son budget. (Verschave, 2001 : 44). Une entreprise capitaliste privĂ©e a ainsi fait main mise sur un Etat.

L’association Survie (2006) a ainsi proposé plusieurs propositions pour démocratiser la coopération française, tel que réaliser un audit sur l’aide publique au développement, contrôler et rendre plus transparente la coopération française et intégrer la société civile dans les politiques bilatérales de coopération.

Conclusion

Ce sont autant le pouvoir et les causes politico-idĂ©ologiques que le pouvoir et les causes Ă©conomiques qui peuvent expliquer les inĂ©galitĂ©s actuelles mondiales. En particulier, c’est le pouvoir politique des propriĂ©taires des biens Ă©conomiques (finance et moyens de production, les capitalistes), qui domine largement le pouvoir politique des dirigeants des pouvoirs publics. Il s’agit de la gouvernance Ă©conomique, financière, idĂ©ologique et de la gouvernance par les pouvoirs publics (nationaux et internationaux).

Le second niveau du pouvoir ou de la gouvernance regroupe la gouvernance par la violence (policière, militaire…), le pouvoir relationnel (les rĂ©seaux) et la gouvernance nationaliste (impĂ©rialiste).

La dimension illégale vient donc renforcer les carences de la gouvernance non-démocratique, mais reste finalement secondaire au plan quantitatif, même si elle semble largement sous-estimée. De plus, un délit, même petit et rare, commis par un élu du peuple devrait faire réagir les citoyens et les médias. Or, en particulier en France, c’est souvent passé sous silence.

Enfin, si le capitalisme Ă©conomique et politique peut expliquer la situation mondiale actuelle d’inĂ©galitĂ© extrĂŞme, le libĂ©ralisme (avec sa dĂ©rĂ©gulation) ne vient que le renforcer, en accentuant encore les tendances vers le non respect des règles de certains des Ă©lites (la corruption).

Thierry BRUGVIN

Source: Mondialisation.ca