Category: Crise Mondiale

août 31 2010

L’avenir de « l’ordre mondial » se construit sur nos vies

Tous les curseurs sont maintenant au rouge et les agences mondialistes prĂ©voient les pires scĂ©narios. Après la pause estivale, il est Ă  craindre que la crise Ă©conomique ne connaisse une nouvelle phase. Mais l’impasse dans laquelle nous nous trouvons ne serait-elle pas le moyen de reconfigurer notre monde, et l’Occident en premier lieu ?

globalist1

Lors d’un discours devant la Chambre de Commerce de San Antonio, le 29 juillet, Richard Fisher, président de la Réserve fédérale de Dallas (une des 12 branches régionales de la Fed), a décrié l’impasse monétariste dans laquelle sont pris les Etats-Unis, et donc, par extension, le monde. Déjà, au printemps, Fisher s’était fait remarquer en soutenant le retour à la Loi Glass-Steagall de Franklin Roosevelt et l’interdiction des produits dérivés. D’après le reporter du SanAntonio Express-News présent sur place, Fisher a déclaré qu’il n’était pas possible pour la Fed d’émettre de la monnaie pour tenter de combler le déficit américain. « On sait ce qui arrive lorsque les banques centrales accèdent à ce type de demandes : cela nous embarque sur la pente glissante de la dévaluation de notre monnaie et nous met sur les rails de l’hyperinflation et de la destruction économique. Ni mes collègues ni moi ne sommes prêts à nous risquer sur cette voie. »

Apparemment, il ne doit pas considĂ©rer le gouverneur de la Fed comme un de ses collègues puisque Ben Bernanke, comme son confrère europĂ©en Jean-Claude Trichet, argue que les injections massives de liquiditĂ©s sont nĂ©cessaires pour la « stabilité ». En rĂ©alitĂ©, les Ă©changes interbancaires sont au point mort, et si les banques fĂ©dĂ©rales venaient Ă  cesser leur soutien, c’est toute la machine financière mondiale qui se gripperait. Cela risque bien d’arriver d’ici novembre prochain, car il est dĂ©sormais impossible que l’Espagne puisse faire face Ă  ses Ă©chĂ©ances, et sa dette publique et privĂ©e cumulĂ©e pourrait Ă  elle seule engloutir le plan d’aide europĂ©en de 750 milliards d’euros.

Vers 2020, il n’y aura plus de distinction entre « pays développés » et « pays en voie de développement »

Le dernier rapport de la Fondation Rockefeller, publiĂ© il y a deux mois, n’y va pas par quatre chemins, et prĂ©voit des « annĂ©es de malheur ». Le document, intitulĂ© « ScĂ©narios pour l’avenir de la technologie et le dĂ©veloppement global », prĂ©dit un cataclysme Ă©conomique qui entraĂ®nera des guerres civiles puis un effondrement des civilisations.

Des événements dévastateurs comme le 11 septembre, le tsunami en Asie du Sud en 2004, ou le tremblement de terre en Haïti en 2010, ont préparé les mentalités à des catastrophes inattendues,mais certainement pas à une succession sans relâche de catastrophes encore plus considérables. Quoique les catastrophes dont nous avons connaissance actuellement, tels les incendies en Russie ou les inondations au Bouthan et au Pakistan en paraissent un avant-goût.

L’étude décrit également les nations perdant le contrôle de leurs finances publiques et une incapacité à gérer l’ordre et la stabilité provoquant toujours plus de violence, de criminalité et de troubles au sein de la société. Vers 2020, il n’y aura plus de distinction entre « pays développés » et « pays en voie de développement ». Les gouvernements ne pourront plus surveiller, identifier ou restreindre ces activités illégales, indique le rapport, d’où la nécessité de mettre en œuvre un système de sécurité hautement sophistiqué afin de contrôler les intégrants du réseau ainsi que leurs activités à l’extérieur dudit réseau (Internet). « La différence entre les nantis et les plus défavorisés sera de plus en plus grande. Les plus riches auront encore les moyens financiers de se protéger. Les quartiers privés et sécurisés fleuriront partout dans le monde. Ce seront des sortes d’îlots entourés de bidonvilles. (…) Il sera de rigueur non pas de construire une maison, mais bien une forteresse avec de hauts murs et protégée par du personnel armé provenant d’entreprises de sécurité privées » précise encore la Fondation Rockefeller.

Les technologies de vérification de l’identité deviendront une routine de la vie quotidienne. Une base de données d’enregistrements de rétines, volée par des pirates en 2017, sera utilisée pour créer de nombreuses fausses identités dans le milieu des années 2020.


NOTRE MONDE EST UN JEU
envoyé par Mecanopolis.

En ligne de mire, « la société 20/80 »

Tandis que la technologie Internet est diabolisée dans ce scénario d’anticipation, l’étude de la Fondation mondialiste prévoit également une explosion sur le marché noir de récoltes d’aliments produits à partir d’OGM, appelés ici et pour l’occasion « progressistes », par les masses populaires décimées et appauvries.

Mais le rapport de la Fondation Rockefeller prĂ©conise Ă©galement des solutions pour contenir les populations plongĂ©es dans la pauvretĂ© : le « fearmongering » (propagande de la peur), qui peut ĂŞtre utilisĂ© Ă  propos du changement climatique, des catastrophes naturelles ainsi et des attaques terroristes Ă  grande Ă©chelle comme « outil de contrĂ´le des populations ». « Choc des civilisations », « axe du mal », « islamo-fascisme », « sĂ©curitĂ© intĂ©rieure »… Ces slogans et scĂ©narios catastrophes ne sont pas nouveaux, et ils ne visent qu’Ă  obtenir un consentement gĂ©nĂ©ral afin de remodeler l’Ă©conomie mondiale dans le but de la rendre plus efficace et sous le contrĂ´le d’une oligarchie financière totalitaire. En 1995 eut lieu le premier State Of The World Forum,Ă  l’HĂ´tel Fairmont, dans la ville de San Francisco. L’objectif de la rencontre Ă©tait d’analyser l’état du monde, de fixer des objectifs souhaitables et les moyens de les atteindre, et de dĂ©finir la politique globale utile Ă  leur mise en Ĺ“uvre. Les dirigeants rĂ©unis Ă  San Francisco (MikhaĂŻl Gorbatchev, George H.W. Bush, Margaret Thatcher, Zbigniew Brzezinski, Vaclav Havel, Bill Gates,Ted Turner, etc.) sont parvenus Ă  la conclusion que l’arrivĂ©e de la dĂ©nommĂ©e « sociĂ©tĂ© 20/80 » Ă©tait inĂ©luctable, Ă  savoir celle dans laquelle le travail de 20 % de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalitĂ© de l’appareil Ă©conomique de la planète. La population restante (80 %, donc) s’avèrera superflue, et, ne disposant pas de travail ni d’aucune forme d’occupation, nourrira une frustration croissante.

Tittytainment

C’est ici qu’entre en jeu le « tittytainment », concept de Zbigniew Brzezinski, présenté lors de la réunion à l’Hôtel Fairmont. Brzezinski a proposé le tittytainment, un mélange d’aliment physique et psychologique, pour endormir les masses et contrôler leurs frustrations et protestations prévisibles. Brzezinski définit le « tittytainment », comme une combinaison des mots anglais : tits (« nichons » en jargon américain) et entertainment qui, en aucun cas, ne doit être compris avec des connotations sexuelles,mais au contraire comme allusif à l’effet soporifique et léthargique que l’allaitement maternel produit chez le bébé quand il tète.

Puisque nos « élites » projettent de longue date d’établir cette loi de Pareto en véritable modèle de société,nous pouvons penser en toute logique qu’ils ne se gêneront pas pour utiliser des moyens peu scrupuleux afin de mettre en œuvre une méthode qui multipliera leurs profits et leur pouvoir. Entre autres,la détérioration des conditions de vie globales des citoyens peut y contribuer. En effet, les États ont privatisé tant de secteurs rentables et nationalisé tellement de secteurs coûteux, que les budgets de la Sécurité sociale, de l’enseignement et de ce que l’État possède encore dans le domaine de la médecine ne cessent de diminuer, tout simplement parce que l’État n’est plus capable de tenir le rythme des financements. Il n’est pas nouveau que la médecine soit majoritairement une affaire privée et qui doit donc prioritairement se montrer rentable, mais l’enseignement est lui aussi en début de privatisation, et qui sait ce qui sera enseigné dans les écoles lorsque ce processus aura abouti…

Clovis CASADUE, pour la revue FLASH

Publié  sur Mecanopolis, avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction.

Télécharger l’article de la revue au format PDF

Reproduction libre avec indication des sources

(Titre modifié par Mecanopolis)

août 24 2010

L’agence de notation Dagong abaisse l’ensemble de la note des pays occidentaux

L’agence de notation chinoise Dagong Global Credit Rating vient de revoir Ă  la baisse la note de la dette souveraine des pays occidentaux. Il n’y a que la Suisse, la Norvège et l’Australie qui conservent la note maximale AAA. Selon Andreas Höfert, chef Ă©conomiste d’United Bank of Switzerland (UBS), l’ensemble des agences de notation devrait rapidement emboiter le pas de Dagong et confirmer la dĂ©gradation de la note des pays concernĂ©s.

dagong

Un coup Dagong que les Etats ne peuvent ignorer

Par Andreas Höfert

Les Européens en rêvaient, les Chinois l’ont fait: une agence de notation non anglo-saxonne que les marchés devront prendre au sérieux. Alors que les Standard & Poors, Moody’s et autre Fitch s’évertuent à tirer sur les ambulances que sont les pays du sud de l’Europe – justifiant ainsi leur réputation d’être à la fois pompiers pyromanes et de ne prévoir qu’a posteriori un défaut de crédit – l’agence chinoise Dagong Global Credit Rating s’est penchée sur la dette souveraine des pays occidentaux.

Et là, plus de tabou. Les Etats-Unis se retrouvent avec une note de AA, le Royaume-Uni et la France avec AA –, l’Italie, l’Espagne et la Belgique avec A–. L’Allemagne, le Canada et les Pays-Bas s’en sortent un peu mieux avec la même note que la Chine: AA +. Le maximum, AAA, n’est accordé qu’à la Suisse, à la Norvège et à l’Australie ainsi qu’à quelques petits pays.

On pourra ironiser quant au bagage idéologique d’une telle démarche réalisée par une agence que nous Occidentaux soupçonnerons – probablement à juste titre – d’être dépendante du pouvoir chinois. Mais force est de constater qu’il s’agit bien d’un miroir très peu flatteur que nous tend l’Empire du Milieu. Avec des dettes d’Etat qui devraient atteindre les 100% du produit intérieur brut d’ici deux ou trois ans, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France vont probablement voir leurs notations réduites dans un avenir proche. En effet, il n’y a jusqu’à présent jamais eu d’Etat présentant des dettes supérieures à 100% de leur PIB et bénéficiant d’une notation AAA de leurs emprunts.

Dagong ne fait donc qu’anticiper. Et c’est bien la moindre des choses que l’on demandera à une agence de notation. Sur ce point, les Chinois se révèlent autrement plus crédibles que les agences anglo-saxonnes. Lorsqu’on sait en plus que la Chine est détentrice d’environ mille milliards de dollars de dette publique américaine, on pourra même s’étonner de la témérité de Dagong, tant sa notation pourrait avoir un impact négatif sur la valeur des avoirs publics chinois.

Enfin, ceux qui sourient à l’idée d’une agence chinoise susceptible un jour de peser sur les marchés ne devraient pas oublier que Dagong représente un pays créancier. Au contraire, S & P, Moody’s et Fitch viennent de pays débiteurs. Si vous prêtez de l’argent, préférez-vous vous-même juger de la qualité de l’emprunteur? Ou faites-vous confiance aux dires de celui-ci?

Les notations de Dagong sont un nouveau signe du glissement progressif et inexorable du pouvoir économique mondial vers l’Orient et les marchés émergents. En fin de compte, celui qui paye est toujours celui qui décide.

Andreas Höfert

Source : Le Temps, quotidien suisse


août 12 2010

Le temps est venu de prĂ©parer l’action

db

Sur la terre ravagĂ©e par mille catastrophes savamment provoquĂ©es, une guerre est dĂ©clarĂ©e contre chaque ĂŞtre humain. Une guerre qui ne dit pas son nom, mais qui instrumentalise partout la peur dans l’unique but de reconfigurer l’Ă©conomie mondialisĂ©e. Ce qui est rĂ©cemment arrivĂ© Ă  la Grèce nous arrivera bientĂ´t Ă  tous : c’est la tiers-mondialisation de l’Europe qui est en marche.

DĂ©sormais, seul l’inconcevable commande. Mais l’inconcevable, c’est aussi la rĂ©volte du petit nombre de ceux qui, ayant rĂ©ussi Ă  franchir eux-mĂŞmes, pour leur propre compte, clandestinement, la ligne de passage entre l’ĂŞtre et le non-ĂŞtre, se trouvent dĂ©jĂ  en Ă©tat d’assumer la tâche de veiller sur le nouveau recommencement de la rĂ©volution.

Nos camarades du mouvement DĂ©sobĂ©issance Civile ont compris cela mieux que quiconque. De toutes nos forces, avec nos moyens pourtant dĂ©risoires, nous soutiendrons leur action. Rien n’est plus important, car le temps est maintenant venu, sans plus tarder, de prĂ©parer l’action.

Frédéric Courvoisier, pour Mecanopolis



Le temps de l’action
envoyé par Mecanopolis.

Ne soyez plus spectateurs !

Par Désobéissance Civile

La situation économique, politique, écologique, humaine en ce début du XXIème siècle est une catastrophe pour qui a le courage de regarder la réalité en face: inégalités à tout niveau entre le Nord et le Sud, société basée sur le profit et la surconsommation, hommes réduits à l’état d’esclaves et de consommateurs (servitude moderne), guerres factices visant à favoriser le commerce des armes et la domination de l’Occident, domination des lobbies, manipulation des médias, politiciens et organismes internationaux (OMC, FMI, OTAN…) au service des multinationales, mise en œuvre des gouvernement par tous les moyens pour imposer la gouvernance mondiale (NWO), soumission des ex pays souverains d’Europe à l’Union Européenne …

« Désobéissance Civile Belgique » (DCB) est un groupe indépendant, refusant toute étiquette politique, qui vous propose de lutter pacifiquement, mais fermement, contre tout ce que le système a de négatif par la non soumission aux lois allant l’encontre de l’intérêt général et par des actions concrètes. Quand un infime pourcentage de la population mondiale détient le monopole sur la quasi totalité des richesses de la planète, quand les dirigeants n’ont aucun respect pour la vie, quand la société ne soucie plus de l’avenir de ses enfants, de l’avenir des générations futures, la désobéissance civile n’est plus un droit, elle est un devoir.

Parce que nous pensons que chaque être sur terre a droit à un minimum de respect, que tout homme, femme, enfant a droit à l’enseignement, à un logement décent, à un emploi correct, à une pension, à des soins de santé gratuits, parce que nous avons l’orgueil de penser que notre société peut être basée, non pas sur la compétition, la domination et le profit, mais sur la collaboration, le soutien mutuel et le partage, parce que nous pensons que nous somme tous égaux, que chaque homme a droit à la liberté, à la démocratie (participative), à choisir son destin, parce que nous pensons que la vie n’est pas à vendre, nous sommes entré en “résistance” contre cette société égoïste où tout est basé sur l’individualisme et le profit, quelles qu’en soient les conséquences pour les plus faibles.

Pour ce faire, nous employons et emploierons tous les moyens qui sont à notre disposition: interventions intempestives lors de meetings officiels, manifestations, distribution de tracts, support de diverses ONG (Amnesty, HRW…), collaboration avec des groupes partageant nos idéaux, actions de protestation (bâchages de panneaux publicitaires, déversement de stocks de journaux publicitaires, blocage de transports nucléaires…), boycott d’élections…

Si vous aussi vous désirez prendre part à ce combat, envoyez votre prénom et votre adresse email à desobeissance-civile-belgique [at] hotmail.com ou rejoignez-nous sur facebook. Vous serez averti automatiquement de nos futures actions publiques, réunions… et pourrez prendre part au changement de la société avec nous. Ne soyez plus spectateur, devenez acteur !

Thierry Duriau, pour Désobéissance Civile



La révolte qui vient
envoyĂ© par Mecanopolis. – L’actualitĂ© du moment en vidĂ©o.

juil 20 2010

Des banques européennes proches de la faillite

Deux jours avant la publication des « stress tests », qui visent Ă  Ă©valuer la soliditĂ© des banques europĂ©ennes en cas de nouvelle dĂ©gradation de l’environnement Ă©conomique, plusieurs informations circulent sur la nĂ©cessitĂ© urgente de recapitaliser des banques d’Ă©pargnes rĂ©gionales allemandes et espagnoles.

feito

Il y a quelques jours, Jean-Claude Trichet, le prĂ©sident de la Banque centrale europĂ©enne (BCE), expliquait au quotidien LibĂ©ration qu’un Ă©vĂ©nement très grave Ă©tait intervenu le 6 mai après-midi et le 7 mai (1). Quarante-huit heures après, l’Europe mettait au jour ce fameux plan de sauvetage de l’ensemble des États europĂ©ens de 750 milliards. Et le mĂŞme week-end, dans une urgence absolue et de manière totalement inĂ©dite, la BCE dĂ©cidait de reprendre Ă  son compte directement de la dette vĂ©rolĂ©e et notamment de la dette grecque.

DĂ©faut de paiement de l’Espagne

En rĂ©alitĂ©, comme le dĂ©montre le quotidien en ligne Libertad Digital (2), le 6 mai dernier, l’Espagne, incapable de refinancer sa dette, s’est retrouvĂ©e en dĂ©faut de paiement, entrainant dans son sillage les banques espagnoles puis le marchĂ© boursier national, qui a perdu 14% dans cette seule journĂ©e.

Les marchĂ©s financiers avaient donc bloquĂ© le robinet de la dette publique et privĂ©e de l’Espagne, faisant ainsi courir le risque d’une faillite quasi immĂ©diate des banques les plus fragilisĂ©es par la crise de l’immobilier qui sĂ©vit dans le pays, ce que confirme JosĂ© Luis Feito, prĂ©sident de l’Institut Économique Espagnol (IEE) qui n’hĂ©site pas Ă  qualifier de « dramatique » la situation qui existait entre le 3 et le 7 mai. « Ce jour lĂ , l’Espagne a Ă©tĂ© cassĂ©e, parce qu’il n’Ă©tait plus possible d’emprunter, que ce soit pour le secteur privĂ© ou public, et cela mĂŞme en offrant des taux d’intĂ©rĂŞt de 18 % », indique encore l’Ă©conomiste Ă  Libertad Digital.

Scénario à la « Lehman Brothers »

Ensuite, dans une rĂ©action en chaine, l’incapacitĂ© de l’Espagne Ă  refinancer sa dette aurait induit une probabilitĂ© importante de dĂ©fauts deux grandes banques commerciales de la zone euro fortement impliquĂ©es dans la dette publique des États, faisant craindre Ă  Bruxelles un scĂ©nario catastrophe Ă  la Lehman Brothers. La panique gagnant les marchĂ©s jusqu’Ă  Wall Street qui a perdu environ 10 % en 20 minutes – sa pire dĂ©gringolade depuis les annĂ©es 80 –, la BCE a ensuite rĂ©agit en prĂ©cipitant le plan de de sauvetage de 750 milliards d’euros, afin de sauver in extrĂ©mis l’Espagne et Ă©viter de faire plonger ses crĂ©anciers allemands et français.

Gagner du temps

Les « stress tests » visent Ă  Ă©valuer la soliditĂ© des banques en cas de nouvelle dĂ©gradation de l’environnement Ă©conomique, et Ă  repĂ©rer les Ă©tablissements insuffisamment capitalisĂ©s, donc susceptibles de faire faillite. Une note du CrĂ©dit Suisse qui circule depuis deux jours confirme que les Caisses d’Ă©pargne espagnoles et des banques rĂ©gionales allemandes sont toujours en difficultĂ©s, et qu’il sera nĂ©cessaire de les refinancer Ă  hauteur de 36 milliards d’euros pour les premières et de 34,5 milliards d’euros pour les secondes, et vraisemblablement encore 6 milliards pour des banques grecques. Soit Ă  peu près 80 milliards d’euros au total. Les rĂ©sultats seront publiĂ©s vendredi Ă  18h, de sorte Ă  ne pas affoler les bourses et de laisser le temps aux institutions europĂ©ennes d’appliquer les mesures nĂ©cessaires pendant le week-end.

Si le but de ces tests Ă©tait de rassurer sur l’Ă©tat des banques europĂ©ennes et d’assouplir les relations interbancaires, il n’est pas sĂ»r que l’effet escomptĂ© puisse ĂŞtre atteint. On peut sans doute gagner un peu de temps, mais, Ă  ce rythme, il ne sera pas possible de continuer Ă  refinancer les États de la zone euro et leurs banques très longtemps.

Spencer Delane, pour Mecanopolis

1. Article de Libération

2 Article de Libertad Digital

juil 02 2010

Il n’y a pas et il n’y aura pas de reprise Ă©conomique

Par Clovis Casadue

Alors que le G20 de Toronto n’a servi à rien, sinon à enterrer l’idée d’une taxe bancaire internationale, une troisième phase de la crise se profile, sur fond de bruits de bottes en Iran.

flash

Un G20 inutile de plus, avec son lot de promesses qui ne seront pas tenues, et l’abandon définitif de l’idée d’une taxe bancaire internationale, puisqu’elle est laissée au “libre arbitre des États” qui voudront bien s’en accommoder. C’est-à-dire à peu près personne, ou alors de manière symbolique, comme les États-Unis qui, dans le cadre de leur nouvelle réforme financière, vont instaurer une taxe sur les institutions bancaires qui devrait rapporter… 19 milliards de dollars. Une somme bien maigre en regard de ce que les contribuables ont dû payer depuis 2008.

Mais ces derniers n’ont pas fini d’en baver, car une troisième phase de la crise se profile, qui sera d’une violence extrême, puisque les finances publiques sont détruites et l’économie mondiale moribonde.

C’est la banque nationale suisse (BNS) qui tire la sonnette d’alarme (1), car les premiers symptômes d’emballement sont d’ores et déjà perceptibles. Dans son « Rapport sur la stabilité financière », publié le 17 juin dernier, la BNS n’y va pas par quatre chemins : la discipline à laquelle les banques s’étaient astreintes dans l’attribution de leurs crédits hypothécaires depuis la crise commence à s’étioler, estime-t-elle.

Il n’y a certes pas encore péril en la demeure, mais la situation pourrait rapidement dégénérer si l’économie devait replonger en récession, provoquant, comme il y a deux ans, une réaction en chaîne sur tous les pans de l’économie mondiale.

« Sub-subprimes »

Depuis le début de la crise en 2008, l’administration américaine a soutenu le marché immobilier sinistré en rachetant pour 1 425milliards de dollars d’actifs pourris. Pour cela, il aura fallu accorder des crédits d’impôts à hauteur de 8 000 milliards de dollars aux ménages américains qui, de fait, sont insolvables et faire tourner la « planche à billets », surévaluant ainsi le dollar de 35 fois sa valeur réelle. Ces 8 000 milliards d’impôts sont arrivés à terme en avril et en mai dernier. Ils ont été en partie couverts par les crédits hypothécaires d’emprunteurs insolvables, dit NINJA (No Income, No Job, NoAsset : sans revenu, sans emploi, sans garanties) ou en train de le devenir, pris en charge par FannieMae, FreddieMac et GinnieMae, qui couvrent la totalité des crédits hypothécaires privés aux États-Unis, garantis à 100 % par le gouvernement depuis 2009. L’administration américaine a donc mis une couche de subprimes sur les anciens ou nouveaux subprimes, ce que nous pourrions appeler les « sub-subprimes ».

Barack Obama a donc fait pire que l’ancien Directeur de la Fed, Alan Greenspan, et Georges Bush réunis. Cette troisième phase de la crise ne devrait plus tarder à se faire sentir. Ce n’est qu’une question de semaines.

Il n’y a pas et il n’y aura pas de reprise

Pendant trente ans, les États-Unis se sont permis de produire de la dette et de la vendre sur la planète qui en avait fait un objet de spéculation. Ce cycle létal est terminé, et la dette américaine ne vaut définitivement plus rien. En attendant, le niveau de consommation s’écroule, de même que la production. Les États-Unis ont perdu presque 12 millions d’emplois depuis 2007. Les chiffres réels du chômage doivent avoisiner les 18 ou 20 %, raison pour laquelle 52 sénateurs ont récemment voté contre un élargissement de l’allocation chômage, alors qu’il est le plus important depuis 1930.

Le 7 juin 2010, l’Allemagne a lancé son plus grand plan d’austérité depuis 1945. 80 milliards d’euros devraient être économisés d’ici 2014, et ce sont principalement les chômeurs et les familles percevant des allocations familiales qui seront touchés.

Pour assainir les finances des États,le FMI exige d’eux de rendre plus flexible le marché du travail et de réduire les aides au chômage pour y parvenir. En France, contrairement à ce qu’affirmait le Premier ministre François Fillon sur France télévision il y a quelques jours, la situation de la dette gouvernementale reste très tendue, et l’on peut s’attendre chaque matin à une dégradation de la note de la dette publique du pays par les agences de notation.

Bruits de bottes en Iran

Alors que la semaine dernière nous apprenions qu’une armada de navires de guerre américains et israéliens franchissait le Canal de Suez, puis prenaient la direction de la mer Rouge (2) – itinéraire le plus direct vers le Golfe persique depuis la Méditerranée – au moment où nous rédigeons ces lignes, Téhéran vient d’envoyer à sa frontière Nord des unités des Gardiens de la révolution afin de contrer “une attaque” (3).

La banqueroute des États-Unis serait-elle de nature à provoquer un nouveau conflit au Moyen-Orient ? Pour faire diversion ou pour s’emparer des fabuleuses réserves d’hydrocarbures de l’Iran ? Dans l’immédiat, si cette guerre éclate et, par extension, cause la fermeture du détroit d’Ormuz où transitent 30 % des exportations mondiales de pétrole, c’est toute l’économie mondiale qui sera mise à genoux. Pour le seul bénéfice des États-Unis ?

Clovis CASADUE, pour la revue FLASH

Publié  sur Mecanopolis, avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction.

Télécharger l’article de la revue au format PDF

Reproduction libre avec indication des sources

Note :

1. Le Temps (quotidien suisse) du 18 mai 2010

2. Lire Une armada de navires américains et israéliens se dirigent vers l’Iran

3. Lire Bruits de bottes à la frontière nord de l’Iran

flash

Tout se barre en sucette !
• Nicolas Gauthier condamne ces voyous au sommet de l’État.
• Novlangue et politiquement correct, par Topoline.
• Claude Camille Cornilleau, traducteur : “L’Académie française est
inadaptée à notre époque !”
• Entretien exclusif : Frédéric Martel, écrivain et producteur à
“France Culture”, analyse les dessous de la culture mondialisée.
• Retraites : “Enfumer pour mieux plumer, c’est la technique sarkozyste
encore une fois à l’œuvre !”
• Sur les traces de George Orwell, Nicolas Bonnal décrypte la
prolétarisation de la race blanche.
• Les commandos israéliens formés par les fascistes de la République de
Salo ! Par Christian Bouchet.
• Années de plomb et stratégie de la tension. Ou quand la CIA faisait
la loi en Italie…
• Les Chinois contre les racailles : tout le monde en a marre !
Reportage dans le 19e arrondissement de Paris
• Un G20 inutile de plus. Une troisième phase de la crise se profile
sur fond de bruit de bottes en Iran.
Pour vous abonner en ligne et en toute sécurité : www.flashmagazine.fr
Tout se barre en sucette ! Sommaire de FLASH n° 33

• Nicolas Gauthier condamne ces voyous au sommet de l’État.

• Novlangue et politiquement correct, par Topoline.

• Claude Camille Cornilleau, traducteur : “L’Académie française est inadaptée à notre époque !”

• Entretien exclusif : Frédéric Martel, écrivain et producteur à “France Culture”, analyse les dessous de la culture mondialisée.

• Retraites : “Enfumer pour mieux plumer, c’est la technique sarkozyste encore une fois à l’œuvre !”

• Les commandos israéliens formés par les fascistes de la République de Salo ! Par Christian Bouchet.

• Années de plomb et stratégie de la tension. Ou quand la CIA faisaitla loi en Italie…

• Les Chinois contre les racailles : tout le monde en a marre ! Reportage dans le 19e arrondissement de Paris

• Un G20 inutile de plus. Une troisième phase de la crise se profile sur fond de bruit de bottes en Iran.

Pour vous abonner en ligne et en toute sécurité : www.flashmagazine.fr


juin 27 2010

Encore un G20 pour rien, sur fond d’aggravation des conditions de survie (vidĂ©o)

Du G20 de Toronto, on ne retiendra que les images de violence (voir notre vidĂ©o ci-dessous), pour lesquelles ont voudrait nous faire croire qu’elles sont le fait de quelques provocateurs encagoulĂ©s – comme si l’ensemble des populations n’avait pas de quoi manifester sa lĂ©gitime colère. Aucune dĂ©cision capable d’enrayer le cours de la crise – ou plutĂ´t des crises successives – n’a Ă©tĂ© prise. Cela alors que les conditions de survie des plus pauvres ne cessent de s’aggraver.

g20

Les tenants de la rigueur, Angela Merkel en tĂŞte, ont fait valoir aux pays participants le principe d’une nĂ©cessaire cure d’austĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale, ce qui fait dire Ă  la chancelière allemande, ce soir, que ce G20 est un « succès » total. Un succès pour l’impĂ©rialisme germanique peut-ĂŞtre, qui impose, plus seulement Ă  l’Europe cette fois-ci mais Ă  l’ensemble des pays industrialisĂ©s et Ă©mergents, sa vision du monde.

Les mesures d’austĂ©ritĂ©, appelĂ©es pudiquement « mesures de consolidation » dans le communiquĂ© final du sommet de Toronto, vont donc continuer Ă  dĂ©ferler et, donc, les populations de payer ces crises, en travaillant plus longtemps pour gagner moins.

L’instauration d’une taxe bancaire est de fait enterrĂ©e, puisqu’elle est laissĂ©e au « libre arbitre des États » qui voudront bien s’en accommoder. Au mieux, elle sera un prĂ©texte Ă  nos gouvernants pour dire qu’ils ont fait quelque chose, comme le clown Sarkozy, qui ne perd dĂ©cidĂ©ment jamais une occasion de se ridiculiser, en annonçant ce soir  : « quelle que soit la dĂ©cision de nos partenaires, nous mettrons en Ĺ“uvre cette taxe ! ». Encore des promesses qui, comme celles de l’annĂ©e dernière, ne seront pas tenues.

Dans les faits, cette taxe, mĂŞme si elle se concrĂ©tise, au cas par cas, ne s’apparentera qu’Ă  des miettes. Et d’ailleurs, comme pour le confirmer, les États-Unis ont dĂ©jĂ  annoncĂ© la couleur, dans le cadre de leur nouvelle rĂ©forme financière : la taxe sur les banques rapportera… 19 milliards de dollars. En regard de ce que les banques ont coĂ»tĂ© aux contribuables depuis 2008, ce ne sont effectivement que quelques miettes.

Mais Sarkozy a grandement besoin de faire diversion, car la France va mal. Si mal que la situation sociale pourrait se révéler explosive a très brève échéance.


G20 de Toronto (3)
envoyé par Mecanopolis.

ExtrĂŞme aggravation des conditions de survie

La diminution annoncĂ©e des «dĂ©penses d’intervention de l’État» (dont le RSA) pour cause de plan d’austĂ©ritĂ© intervient sur un fond d’extrĂŞme aggravation des conditions de survie : un nombre de coupures d’Ă©lectricitĂ© multipliĂ© par 30 en deux ans et des tarifs sociaux inaccessibles.

Le nombre de bénéficiaires du tarif de première nécessité (TPN) en électricité a baissé de 30% sur les quatre premiers mois de l’année 2010, a indiqué EDF vendredi, en imputant notamment ce phénomène à la montée de la précarité.

Le nombre de bĂ©nĂ©ficiaires de ce tarif social est passĂ© de 940′000 Ă  la fin dĂ©cembre 2009 Ă  653′000 Ă  la fin du mois d’avril 2010, soit une chute de 30%, selon EDF.

«Cette diminution s’explique par la baisse, de 450′000, du nombre de bĂ©nĂ©ficiaires de la CMU», la couverture maladie universelle qui ouvre droit au TPN, a expliquĂ© une porte-parole du groupe public d’électricitĂ©.

Quelques 300′000 consommateurs pourraient ĂŞtre privĂ©s de gaz cette annĂ©e pour cause d’impayĂ©s, soit 30 fois plus qu’en 2008.

Les départements menacent de ne plus payer le RSA

Les bénéficiaires du RSA pourraient être privés d’allocations, cet automne. La menace a été lancée, cette semaine, par les cinquante-huit présidents des conseils généraux de gauche. Dans une lettre ouverte au président de la République, ils préviennent que certains d’entre eux (une trentaine) ne seront bientôt «plus en situation d’honorer le paiement des aides sociales».

Les Ă©lus veulent ainsi «alerter l’opinion publique sur la situation dramatique des dĂ©partements», selon Claudy Lebreton, prĂ©sident PS des CĂ´tes-d’Armor. Le patron de l’Association des dĂ©partements de France n’en est pas Ă  sa première alerte. Son diagnostic a Ă©tĂ© confirmĂ©, il y a quelques jours, par le très sĂ©rieux Observatoire national de l’action sociale dĂ©centralisĂ©e (Odas) : les dĂ©partements, dit-il, seront confrontĂ©s «à plus ou moins long terme Ă  une vĂ©ritable impasse financière».

En cause : l’explosion du montant des aides sociales. En 2009, indique l’Odas, les départements ont dépensé 21,5 milliards d’euros pour financer les trois allocations décidées par l’État : l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), le revenu de solidarité active (RSA), la prestation de compensation du handicap (PCH). En hausse de 6,5% en un an.

En face, les recettes fondent. Crise immobilière oblige : les droits de mutation ont baissĂ© de 2,5 milliards en deux ans. DĂ©penses en hausse, recettes en baisse : c’est «l’effet de ciseaux» qui plombe les budgets dĂ©partementaux. La loi prĂ©voit bien que l’État doit compenser le financement des aides sociales. Or, selon Claudy Lebreton, le compte n’y est pas. L’État a pris un retard de… deux milliards d’euros en deux ans.

Agata Kovacs, pour Mecanopolis

Lire également « Contre-le-Sommet » du G20 à Toronto (photos et vidéos)


juin 23 2010

Le capitalisme ne se satisfait d’aucune victoire

Par Alexandre Lentz (Bruxelles)

La certitude de dĂ©tenir absolument tout ce qu’il y a Ă  saisir en termes de vĂ©ritĂ© sur un sujet dĂ©terminĂ© est aussi illusoire qu’arrogante, et l’orgueil qui en rĂ©sulte forge une mentalitĂ© dont les raccourcis intellectuels simplistes qui la caractĂ©risent ne peuvent sĂ©duire que les niais. Par leur propension excessive Ă  estimer que ce qu’ils sont capables d’apprĂ©hender constitue une comprĂ©hension pertinente et suffisante de la rĂ©alitĂ©, ne peut-on lĂ©gitimement craindre que le peu de rĂ©flexion auquel laisse place cette logique n’enferme ses victimes dans une prison dorĂ©e, une doctrine qui ne tolère aucune hĂ©sitation et au-delĂ  de laquelle il n’y a, prĂ©tendument, qu’errances et mensonges ?

lentz

L’indiffĂ©rence populaire s’explique par le fait que l’écrasante majoritĂ© des gens sont bien trop occupĂ©s par les vanitĂ©s et les petites tracasseries de leur existence pour pouvoir ne serait-ce que tĂ©moigner de l’attention envers les problĂ©matiques les plus flagrantes de notre temps, qui sautent pourtant aux yeux de quiconque daigne les garder ouverts. Ces rĂ©alitĂ©s suffisent Ă  rendre profonde et permanente leur passivitĂ© Ă  l’égard de toute activitĂ© dont les effets ne se font pas sentir directement sur leur seule personne. Comme le disait si justement Adam Smith (1723-1790), père de la science Ă©conomique moderne, dans son livre « La thĂ©orie des sentiments moraux », « nous n’espĂ©rons d’autres avantages que d’ĂŞtre remarquĂ©s et considĂ©rĂ©s, rien que d’ĂŞtre regardĂ©s et considĂ©rĂ©s, rien que d’ĂŞtre regardĂ©s avec attention, avec sympathie et approbation. Il y va de notre vanitĂ©, non de nos aises ou de notre plaisir ». Une telle apathie envers toute problĂ©matique collective fait que, quand bien mĂŞme la population dans sa plus vaste part aurait-elle connaissance de plusieurs faits rĂ©voltants, elle ne trouverait gĂ©nĂ©ralement aucune raison de s’en indigner. Aussi la propagande de notre sociĂ©tĂ© s’attache-t-elle Ă  accentuer la propension innĂ©e du commun des mortels Ă  obĂ©ir et Ă  observer le conformisme, fut-ce-t-il aux dĂ©pens du bon sens ou de leurs propres intĂ©rĂŞts. Il n’est ainsi pas rare de rĂ©colter des opinions soumises parmi les petites gens, qui auront tendance Ă  s’indigner lĂ©gitimement devant tel ou tel scandale de corruption d’homme politique, lequel, en plus d’être moralement rĂ©primandable, constitue un dĂ©tournement des revenus issus de leurs impĂ´ts, mais vous expliqueront souvent, paradoxalement, que ce n’est qu’une exception, un dĂ©rapage alĂ©atoire et improbable d’un individu qui sera dĂ©sormais Ă©cartĂ© comme il se doit de tout poste d’influence. Il ne s’agirait que d’un fait isolĂ©, si dĂ©risoire qu’il ne ternirait en rien la rĂ©putation de leur sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique idĂ©ale, celle-ci ne souffrant, toujours selon eux, d’aucune problĂ©matique de plus grande envergure que ce genre d’évĂ©nements malheureux mais peu frĂ©quents. Comment une tache aussi insignifiante pourrait-elle salir une si belle façade ?

Selon la mĂŞme optique contradictoire, ils seront assez prompts Ă  admonester les dĂ©localisations ou d’autres pratiques discutables d’une quelconque multinationale, mais vous diront qu’il est tout Ă  fait normal qu’un certain PDG gagne bien plus d’argent par mois qu’ils n’en percevront au cours de l’entièretĂ© de leur existence [1], car « ces personnes travaillent beaucoup et sont d’une intelligence comme d’un niveau d’instruction largement supĂ©rieurs Ă  la moyenne », presque des demi-dieux sur Terre qu’il faut adorer sous peine d’être damnĂ© en somme. Nous avons donc lĂ  un exemple non exhaustif de rĂ©signation dangereuse ; au final, peu importera aux foules que des actes fortement rĂ©prĂ©hensibles soient commis pourvu que ceux qui en sont Ă  l’origine incarnent une autoritĂ© qui se donne des apparences respectables. D’après les conclusions que Stanley Migram a tirĂ© de sa fameuse expĂ©rience observant le rĂ´le de la figure d’autoritĂ© sur les comportements de tout un chacun, lorsque l’individu obĂ©it, il dĂ©lègue sa responsabilitĂ© Ă  la personne qui symbolise l’autoritĂ© et passe dans une sorte d’état second qualifiĂ© d’« agentique » ; l’individu en question ne bĂ©nĂ©ficie plus de sa propre autonomie, et n’est plus que l’« agent exĂ©cutif d’une volontĂ© Ă©trangère » aussi longtemps que les reprĂ©sentants de l’autoritĂ© n’affichent pas de divergences de point de vue entre eux ou n’entrent pas en conflit avec le comportement de groupe, le conformisme, et continuent donc d’exercer un pouvoir cohĂ©rent [2].

VoilĂ  qui soustrait aux attributs du peuple toute capacitĂ© de rĂ©flexion organisĂ©e et de responsabilité ; cela implique Ă©galement que l’on ait tenu l’éminence grise du nazisme pour seule fautive des maux qu’elle a causĂ©s, plutĂ´t que d’accuser les millions d’Allemands qui ont participĂ© aux meurtres et aux exactions de la Seconde Guerre Mondiale de s’être rendus complices de ces atrocitĂ©s en leur âme et conscience. Ce serait un non sens, car la foule, les phĂ©nomènes de masse, sont effectivement dans l’impossibilitĂ© de faire preuve d’une quelconque lueur de conscience. Edward Bernays [3] (1891-1995), neveu de Sigmund Freud Ă©migrĂ© aux Etats-Unis, en sait quelque chose puisqu’il Ă©crit dans son livre « Propaganda : Comment manipuler l’opinion en dĂ©mocratie » ce que tout bon adepte des « relations publiques » doit savoir. « Les relations publiques » consistent Ă  manipuler les nouvelles, les mĂ©dias, l’opinion, et Ă  pratiquer Ă  large Ă©chelle l’interprĂ©tation partisane des faits.

Ces quelques phrases donneront un aperçu de ce dont Bernays se fait l’adepte complaisant : « De nos jours, la propagande intervient nĂ©cessairement dans tout ce qui a un peu d’importance sur le plan social, que ce soit dans le domaine de la politique ou de la finance, de l’industrie, de l’agriculture, de la charitĂ© ou de l’enseignement. […] La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisĂ©es des masses joue un rĂ´le important dans une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique. Ceux qui manipulent ce mĂ©canisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige vĂ©ritablement le pays. […] D’oĂą, naturellement, la question suivante : si l’on parvenait Ă  comprendre le mĂ©canisme et les ressorts de la mentalitĂ© collective, ne pourrait-on pas contrĂ´ler les masses et les mobiliser Ă  volontĂ© sans qu’elles s’en rendent compte ? » Il adhère Ă  la vision d’une part importante des thĂ©oriciens des sciences sociales naissantes comme quoi la masse est incapable de juger correctement les problĂ©matiques collectives et que les individus qui la composent sont inaptes Ă  exercer le rĂ´le de citoyen en puissance qu’une dĂ©mocratie exige de chacun d’eux : bref, que le public, au fond, constitue pour la gouvernance de la sociĂ©tĂ© un obstacle Ă  contourner et une menace Ă  Ă©carter. La propagande produit ses rĂ©sultats en abusant des apparences, des clichĂ©s, des slogans [4]. La vie et l’œuvre de Bernays constituent un très prĂ©cieux tĂ©moignage des immenses efforts accomplis par l’Ă©lite pour limiter le dĂ©veloppement de la conscience sociale et des raisons pour lesquelles ces efforts ont Ă©tĂ© – et restent toujours – indispensables aux yeux de cette Ă©lite [5].

Cette machination perverse travaille Ă  crĂ©er le consentement populaire : de fait, les conclusions auxquelles parviendront les gens ne seront pas souvent les leurs, car les Ă©lĂ©ments qui bâtissent leurs schĂ©mas de pensĂ©e auront Ă©tĂ© insufflĂ©s subtilement dans leur inconscient par les propagandes de masse [6]. Comme il n’est pas dans les habitudes de ceux qui constituent les foules de se construire une pensĂ©e et une conscience solides, les stĂ©rĂ©otypes ingĂ©rĂ©s de manière subliminale s’exprimeront au travers des paroles et actions chaotiques de leurs personnes sans rĂ©elle rĂ©sistance. Certes, si tout le monde devait se contenter de ce qui suffit au plus grand nombre, l’humanitĂ© serait toujours rĂ©duite Ă  manger de la bouillasse de limaces Ă©crasĂ©es dans des cavernes humides et obscures. Les progrès de notre espèce ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s dans les domaines les plus divers par des petits groupes de personnes hors du commun ; scientifiques aux Ă©clairs de gĂ©nie fulgurants, philosophes d’une luciditĂ© incomparable, entrepreneurs ingĂ©nieux et innovateurs, et tant d’autres encore.

Le gros du troupeau n’a fait que suivre les chemins que traçaient des bergers qui leur promettaient, avec ou sans honnĂŞtetĂ©, de plus gras pâturages. Au cours de leurs pĂ©rĂ©grinations, ces moutons aveugles, gangrĂ©nĂ©s par l’Ă©goĂŻsme, l’inconstance et l’arrogance sont tombĂ©s dans bien des pièges. Les maĂ®tres du IIIe Reich comme les rĂ©sidents du Kremlin soviĂ©tique prĂ©tendaient faire preuve d’un ascĂ©tisme dĂ©vouĂ© au bien le plus exaltĂ© de leur peuple ; nous avons eu connaissance des rĂ©sultats. Ce qui est moins Ă©vident est de comprendre que nos sociĂ©tĂ©s dites dĂ©mocratiques n’échappent pas aux mĂ©canismes du mensonge et de la domination universels et intemporels : pourquoi ne subiraient-elles pas les mĂŞmes pressions cruciales que n’importe quel autre rĂ©gime et s’inscriraient-elles au-delĂ  du cycle infernal de la barbarie historique ? Pour la seule raison caricaturale qu’un jour, quelques braves gens ont dĂ©clarĂ© que dĂ©sormais, tout serait beau dans le monde de la dĂ©mocratie ? Absurde. Notre système n’a de dĂ©mocratique que l’apparence et cela suffit Ă  convaincre les masses de son bien fondĂ©, car leur absence de facultĂ© de penser ne les fait jamais hĂ©siter [7 et 8]. Qu’en est-il des stĂ©rĂ©otypes de l’élite ? Ils ne sont ni très diffĂ©rents, ni moins dangereux.

Les Ă©lites tant politiques qu’Ă©conomiques dĂ©tenant une influence significative seraient frustrĂ©es par un système rĂ©ellement dĂ©mocratique Ă  cause de la lente marche des processus de dĂ©cisions Ă  laquelle il contraindrait d’un cĂ´tĂ©, et par le fait que les attentes du peuple coĂŻncident rarement avec les leurs de l’autre. Ils voudront donc exercer leur pouvoir de manière plus arbitraire, opaque et expĂ©ditive. Cette situation rĂ©sulte en une application de stratĂ©gie des chaĂ®nes : lĂ  oĂą l’autoritĂ© officielle est trop entravĂ©e par des formalitĂ©s contraignantes, le vĂ©ritable centre de dĂ©cision migre vers une autre autoritĂ©, officieuse et plus dynamique. Ce ne sont alors plus ceux qui ont le plus de droits qui dĂ©tiennent le pouvoir, mais ceux qui ont le plus de moyens, financiers entre autres. La dĂ©mocratie telle que notre système le conçoit fragmente le pouvoir politique, mais laisse intact le pouvoir Ă©conomique. Elle permet donc tout Ă  fait cette dĂ©rive, car elle n’empĂŞche pas l’apparition d’une dictature financière, une ploutocratie, qui rĂ©sulte de la concentration massive de richesses par une poignĂ©e de personnes. Qu’on le veuille ou non, une seule autoritĂ© dominante finira toujours par surpasser en influence toutes les autres formes de gouvernance qui sont instituĂ©es par les lois, car les règles de la jungle qu’est notre monde veulent que la force prime sur le droit. Comme l’écrasante majoritĂ© des hommes politiques et autres parlementaires sont issus de la haute classe moyenne ou de la classe aisĂ©e, ils n’auront pas trop Ă  se plaindre de la collusion d’intĂ©rĂŞts entre le politique et l’Ă©conomique qui rĂ©sulte de cette situation [9].

L’argent n’est-il pas la principale valeur sur laquelle reposent tous les mĂ©canismes vitaux de notre système ? Que valent les plus grandes valeurs dĂ©clarĂ©es par nos pays dĂ©mocratiques en comparaison, et qui s’acharnera Ă  les dĂ©fendre plutĂ´t que de s’enrichir personnellement ? Aussi nos hommes politiques dĂ©pendent-ils des exigences de la ploutocratie, car ce serait non seulement leur propre ruine, mais surtout celle du pays qu’ils gouvernent s’ils venaient Ă  fâcher l’une ou l’autre grosse fortune prĂ©cĂ©demment amicale et que celle-ci leur retirait son soutien financier ou le bĂ©nĂ©fice de ses capitaux. Une telle interdĂ©pendance n’est Ă©videmment pas l’exclusivitĂ© de nos pays occidentaux ; elle affecte par le mĂŞme rapport de collusion tout endroit du globe et toute Ă©poque oĂą le pouvoir politique a cĂ©dĂ© aux pressions des groupes d’intĂ©rĂŞts hautement Ă©conomiques et financiers et s’est alors fait devancer par ces derniers. Il en va ainsi dans nos sociĂ©tĂ©s : une allĂ©geance certaine est dĂ©clarĂ©e avec solennitĂ© aux institutions bancaires, aux fonds spĂ©culatifs, aux entreprises, aux assurances, aux industries, et Ă  tant d’autres reprĂ©sentants des principes capitalistes et libĂ©raux dont se targue notre système avec tant de fiertĂ©. Il serait donc irrĂ©aliste de penser qu’un seul homme, en sa qualitĂ© de dirigeant, pourra jamais mener une politique entièrement indĂ©pendante de toute influence interne ou extĂ©rieure Ă  sa nation [10].

Le capitalisme effréné ne se satisfait cependant d’aucune victoire, et n’a de cesse d’abattre d’autres barrières gênant son expansion. Sa soif d’hégémonie oblige les États qui lui ont ouvert ses portes à faire de plus en plus de concessions ; au final, ils se retrouvent réduits à tenir davantage le rôle d’État policier que celui d’État providence car leur marge d’action est de plus en plus restreinte. Cette transformation progressive et déjà bien entamée trouve ses causes dans la réduction du budget des services sociaux qui est effectuée pour soulager une partie du poids de la dette et dans le fait que les ploutocrates, qui s’avèrent de plus en plus capables de dicter leur parole, considèrent l’État comme un simple gardien de l’ordre social et de la sécurité des transactions financières sans qu’il n’ait à intervenir dans celles-ci. Si le principe du « tout pour l’État » est typiquement fasciste, le « rien pour l’État » n’est pas moins caractéristique du fascisme financier.

Cette certitude de n’avoir d’autre devoir que de canaliser les appétits destructeurs de foules instables pour pouvoir ensuite s’élancer vers une recherche frénétique et permanente du profit plutôt que d’utiliser les richesses du pays pour guider la population vers de meilleures conditions de vie, tant sur le plan matériel que psychologique, est la principale errance de l’élite occidentale. Par quoi la justifie-t-elle ? Par sa prétendue supériorité naturelle.

James Madison (1752-1836), quatrième prĂ©sident des États-Unis d’AmĂ©rique de 1809 Ă  1817, assurait que « le vĂ©ritable pouvoir, celui que procure la richesse de la nation », doit demeurer entre les mains des « êtres les plus capables » et que la première et principale responsabilitĂ© du gouvernement est de « maintenir la minoritĂ© fortunĂ©e Ă  l’abri de la majorité ». De fait, il s’agit, selon Walter Lippmann (1889 – 1974), influent journaliste amĂ©ricain ayant popularisĂ© le terme de « guerre froide », qu’il employa pour la première fois en 1947, et l’expression « fabrique du consentement », de faire en sorte que la masse se contente de choisir, parmi les membres des « classes spĂ©cialisĂ©es », les « hommes responsables » auxquels il reviendra de protĂ©ger la richesse de la nation. Pour la limiter Ă  ce rĂ´le, il sera nĂ©cessaire d’opĂ©rer ce que Lippmann dĂ©crit comme « une rĂ©volution dans la pratique de la dĂ©mocratie », Ă  savoir la manipulation de l’opinion et la « fabrication des consentements », indispensables moyens de gouvernement du peuple. « Le public doit ĂŞtre mis Ă  sa place, Ă©crit Lippmann, afin que les hommes responsables puissent vivre sans craindre d’être piĂ©tinĂ©s ou encornĂ©s par le troupeau de bĂŞtes sauvages. » [11]

Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour remarquer que l’accroissement des richesses d’un pays par sa croissance profite rarement Ă  l’ensemble de sa sociĂ©tĂ© par un quelconque mĂ©canisme de redistribution. Les grandes rĂ©volutions de l’Histoire, mĂŞme celle de 1689 en Angleterre et de 1789 en France, ont Ă©tĂ© font faites par le haut et pour le haut de la sociĂ©tĂ©. Si les revendications des vainqueurs concernèrent essentiellement la promotion du libĂ©ralisme, le respect des droits individuels, et l’extension de l’autoritĂ© d’un Parlement dont les membres Ă©taient naturellement acquis Ă  leur idĂ©ologie, c’est parce que, derrière leurs apparences philanthropes, ces valeurs servaient avant tout Ă  assurer les intĂ©rĂŞts des plus aisĂ©s, Ă  abattre des barrières Ă  l’accroissement de leur patrimoine et Ă  fortifier, de fait, un capitalisme dont les maĂ®tres Ă  penser commençaient Ă  en Ă©tablir une doctrine officielle. En effet, dans des rĂ©gimes oĂą les lois jugulaient encore moins les rapports de force que maintenant, on comprend que de telles prĂ©rogatives ne pouvaient profiter qu’Ă  ceux qui avaient Ă  la fois l’utilitĂ© et la possibilitĂ© de dĂ©fendre ces droits. C’est l’apparition de la mouvance socialiste, et elle seule, nĂ©e de l’indignation qu’inspirait la misère ouvrière du XIXe siècle, qui a travaillĂ© Ă  faire valoir les droits du peuple et a forcĂ©, tant elle avait pris de l’ampleur, les dirigeants de l’Ă©poque Ă  concĂ©der, Ă  contrecĹ“ur, les premiers services sociaux.

Ce n’est certainement pas l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale que nous connaissons qui va Ĺ“uvrer Ă  fortifier la dĂ©mocratie et Ă  solidifier les programmes sociaux, au contraire ; cela fait plus de trente ans dĂ©jĂ  qu’elle s’attache Ă  dĂ©truire l’une et l’autre. Dans leur quĂŞte impĂ©rialiste, les vĂ©ritables bâtisseurs de la politique amĂ©ricaine n’auront de cesse d’excĂ©der les limites du raisonnable pour atteindre l’absolu [12], le ralliement de tous les pays aux dogmes amĂ©ricains par l’hĂ©gĂ©monie mondiale de cooptation que les plus influents politologues du monde dĂ©sirent tant, et qui est, d’ores et dĂ©jĂ , presque une rĂ©alitĂ© [13, 14 et 15]. Ce qui n’est pas immĂ©diatement flagrant lorsque l’on observe les rouages de notre système est que ses principaux acteurs poursuivent les mĂŞmes intĂ©rĂŞts ; les multinationales, qui dĂ©tiennent dĂ©sormais une puissance tout Ă  fait dĂ©mesurĂ©e [16 et 17] financent, pour certaines d’entre elles, des groupes de rĂ©flexion comme le « Council on Foreign Relations » [18] qui rassemblent la crème de l’élite du pays ; les meilleurs membres issus du milieu des affaires, du journalisme, de l’Ă©conomie et de la politique, tous partis confondus, pour un total de 5 000 personnes. Face Ă  cette concentration arbitraire du pouvoir, on comprend que la dĂ©mocratie n’existe qu’à condition que l’on vote comme le dĂ©sirent ceux qui se situent au sommet de la hiĂ©rarchie ; cela consiste en un système de libertĂ© soigneusement dirigĂ©e.

Il résulte de tout cela que, si nous sortons de la bulle de béatitude qu’entretient tant la médiocrité de nos penchants primitifs que la propagande sciemment exercée par l’élite, nous serons confrontés aux affres insoupçonnées d’un monde dont la réalité briserait nos illusions les plus candides [19, 20 et 21]. Il n’est effectivement pas nécessaire de porter une attention extraordinaire à ce qui se passe actuellement dans notre communauté euro-américaine pour se rendre compte que les droits y régressent bien plus qu’ils ne progressent. Non seulement les possibilités de maintenir les actuels niveaux européens de services sociaux deviennent de plus en plus incertaines pour des États criblés de dettes et de déficits, mais de surcroît, la propension politique du moment est d’ôter jusqu’aux rares référendums qui permettaient encore à la population de faire valoir significativement sa voix à la vigilance de tout un chacun. Le pire et le plus inquiétant, à la rigueur, est que tout cela suscite bien peu de réactions. Sans doute le peuple comme l’élite s’obstinent-ils trop à agir sans daigner remettre en question leurs schémas de pensée limités, et pêchent par manque d’hésitation.

Une constante demeure en notre monde, quels que soient l’époque et le système : une minoritĂ© peu scrupuleuse exploite sans vergogne les masses qui se situent Ă  un niveau social infĂ©rieur au leur. Une autoritĂ© s’impose et aspire Ă  l’orientation arbitraire du labeur de ceux qu’elle considère dĂ©sormais comme ses sujets. Plus les inĂ©galitĂ©s entre les diverses factions de la hiĂ©rarchie seront profondes, plus la fonction prĂ©dĂ©terminĂ©e de chaque classe sociale sera justifiĂ©e. Les dirigeants ne manqueront pas de rappeler Ă” combien leurs actions sont Ă©clairĂ©es et Ă  quel point ils mĂ©ritent par consĂ©quent les privilèges qu’ils dĂ©tiennent ; aussi ne manqueront-ils jamais une occasion, fondĂ©e ou non, de le dĂ©montrer. Ils prĂ©tendront Ă©galement que chacune de leurs pensĂ©es, que la moindre de leurs dĂ©cisions a pour seul objectif d’atteindre une plus vaste rĂ©alisation de la dĂ©mocratie ou d’obtenir un respect magnifiĂ© des droits de l’homme, et que les pouvoirs qu’ils utilisent ne sont qu’un moyen visant cet unique but plutĂ´t qu’une façon de servir leurs intĂ©rĂŞts personnels.

Les Ă©vĂ©nements montreront Ă  tout observateur capable de voir la rĂ©alitĂ© telle qu’elle l’est que cette affirmation est non seulement mensongère, mais que la situation qu’ils engendreront se situera, qui plus est, aux antipodes de ce qu’ils Ă©taient censĂ©s accomplir, donnant ainsi raison Ă  cet axiome d’Aldous Huxley (1894 – 1963), Ă©crivain britannique : « L’idĂ©alisme est la noble toge dont les hommes politiques drapent leur volontĂ© de puissance ». Comme l’exprimait Noam Chomsky, philosophe et linguiste amĂ©ricain, lorsqu’il a dit : « La propagande est Ă  la dĂ©mocratie ce que la violence est Ă  l’État totalitaire », lĂ  oĂą l’on contraignait autrefois les foules Ă  agir de la façon choisie par le pouvoir en place en usant de la coercition, la dictature subtile dans laquelle nous vivons sait que seule une minoritĂ© d’individus inoffensifs est capable de voir au-delĂ  des apparences parmi la population. Ceux qui afficheront trop de dĂ©saccords avec leur système seront automatiquement condamnĂ©s Ă  l’exclusion sociale, ce qui fera taire leur voix, et ira peut-ĂŞtre jusqu’Ă  les mener Ă  la dĂ©prime ou au suicide. Est-ce lĂ  la preuve de l’incommensurable sagesse que nos Ă©lites prĂ©tendent dĂ©tenir ? Tant de guerres et de sacrifices au cours de l’histoire europĂ©enne pour en arriver là ?

Alexandre Lentz (Bruxelles), pour Mecanopolis

Reproduction autorisée avec reproduction des sources et notes

Notes :

[1] : Alors que l’on demande au citoyen ordinaire de travailler plus pour un salaire qui s’amoindrit mais qu’il doit accepter sous la menace permanente d’une « restructuration » ou d’une « délocalisation », les entreprises engrangent des bénéfices record. Le bénéfice net totalisé par les 40 plus grandes entreprises françaises a été de 57 milliards d’euros en 2004. Les dirigeants de ces entreprises s’octroient même des augmentations ; la moyenne de leurs salaires est pourtant déjà 500 fois supérieure au salaire moyen de leurs employés. De fait, ils gagnent par mois ce que le salaire moyen mettrait des siècles à récolter. En 2003, le PDG de L’Oréal, Lindsay Owen-Jones, gagnait 6 570 000 euros par an, tandis qu’Edouard Michelin percevait 4 260 000 euros annuellement. Source : « La fin programmée de la démocratie », http://www.syti.net/Topics2.html

[2] : Le bilan de l’expérience de Milgram est le suivant : sur les 40 sujets qui ont participé à l’étude, dont le propos était soi-disant de constater l’impact bénéfique de la douleur sur les facultés d’apprentissage d’un élève, 62,5% d’entre eux menèrent l’expérience à terme en faisant subir à trois reprises les décharges électriques maximales et théoriquement mortelles de 450 volts à leur victime, qui était en fait un acteur simulant la douleur, sans savoir pour autant que les chocs infligés étaient fictifs et n’occasionnaient donc aucune souffrance. Globalement, la moyenne de l’intensité à laquelle s’arrêtent les volontaires est de 360 volts et tous les participants atteignirent le pallier des 135 volts. Le rapport ingrat de maître au presque esclave n’est cependant pas une exclusivité de notre époque, mais a toujours prévalu au cours du temps.

[3] : Conseiller pour de grandes compagnies américaines, Bernays a mis au point les techniques publicitaires modernes. Au début des années 1950, il orchestra des campagnes de déstabilisation politique en Amérique latine, qui accompagnèrent notamment le renversement du gouvernement du Guatemala, main dans la main avec la CIA. Un des premiers gestes de Jacobo Arbenz pour moderniser l’économie de son pays fut la réappropriation, avec compensation, de terres appartenant à la United Fruit Company mais qu’elle n’utilisait pas. La compagnie entreprend alors une vaste campagne de relations publiques pour les besoins de laquelle elle embauche Bernays. De ce mensonge et cette manipulation résultera une vaste opération de la CIA qui mettra au pouvoir l’homme qu’elle a choisi, le général Castillo Armas. Ce coup d’État marque le début d’un bain de sang qui fit plus de 100 000 morts dans ce pays au cours des cinq décennies qui suivirent. Source : « Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie ».

[4] : Par exemple, les noms des organismes créés pour servir d’intermĂ©diaire entre une cause et le public occultent voire contredisent la vĂ©ritable nature. C’est le cas de l’ « Oregonians for Food and Shelter » : qui pourrait objecter Ă  la dĂ©fense des sans-abri et Ă  ce que soit satisfait le besoin primaire de manger Ă  sa faim ? En rĂ©alitĂ©, pourtant, cet organisme est surtout prĂ©occupĂ© par les limitations que l’on veut apporter Ă  l’utilisation de produits chimiques en agriculture. Ce sont d’ailleurs des entreprises fabriquant de tels produits qui financent ce groupe (Chevron Chemical, DuPont, Western Agricultural Chemicals Association, etc.). Cette stratĂ©gie, qui consiste Ă  dissimuler la rĂ©alitĂ© derrière des apparences, peut s’appliquer Ă  n’importe quelle chose : justification d’une guerre pour « prĂ©server la dĂ©mocratie et la sĂ©curitĂ© nationale », prĂ©tendues « aides au Tiers-Monde » qui ne sont, en fait, que des prĂŞts auxquels sont associĂ©s de lourds intĂ©rĂŞts, voire des conditions nĂ©fastes Ă  l’Ă©conomie du pays receveur, etc. Source : « Propaganda : Comment manipuler l’opinion en dĂ©mocratie ».

[5] : En 1990, Stuart Ewen rencontre Bernays. Celui-ci lui fait notamment part d’une anecdote concernant son ancien chauffeur de taxi, Dumb Jack. Levé à cinq heures, Dumb Jack véhiculait toute la journée et jusqu’au soir Bernays, son épouse et leurs enfants. Il s’endormait souvent la tête entre les mains à la table du repas du soir, avant de manger et d’aller se coucher. Dumb Jack touchait 25 dollars par semaine et avait droit à un demi-jeudi toutes les deux semaines. « Pas une mauvaise affaire du tout », dit Bernays, avant de conclure, un brin de nostalgie dans la voix : « Mais c’était avant que les gens n’acquièrent une conscience sociale. » Source : « Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie ».

[6] : Une analyse par ordinateur des commentaires du PrĂ©sident Bush, après le 11 septembre, montre qu’Ă  la mi-fĂ©vrier 2003 – soit sur une pĂ©riode de quinze mois – il avait utilisĂ© dans ses interventions publiques une variante ou une autre de la phrase manichĂ©enne « qui n’est pas avec nous est contre nous » (une formule d’ailleurs popularisĂ©e par LĂ©nine) pas moins de 99 fois. Les AmĂ©ricains Ă©taient dĂ©sormais exhortĂ©s Ă  dĂ©fendre rien de moins que la civilisation elle-mĂŞme contre la menace apocalyptique posĂ©e par le terrorisme mondial. Dans les quinze mois suivant le 11 septembre, Bush a fait rĂ©fĂ©rence 224 fois aux « tueurs », 53 fois aux « meurtriers », etc., sans jamais spĂ©cifier leur identitĂ©. Il a aussi dĂ©clarĂ©: « Ils haĂŻssent les choses, nous aimons les choses » (le 29 aoĂ»t 2002). Le ministre de la Justice a, de son cĂ´tĂ©, renchĂ©ri, dĂ©clarant, par exemple: « Un mal calculĂ©, malfaisant et dĂ©vastateur s’est levĂ© dans notre monde » (Robert F. Worth, « Truth, right and the american way », New York Times, 24 fĂ©vrier 2002), sans identifier non plus de source Ă  la menace.

[7] Le cas du passage en force du traitĂ© de Lisbonne est un exemple parmi d’autres de violence psychologique tout Ă  fait antidĂ©mocratique : les responsables politiques des pays membres de l’Union europĂ©enne comme ceux qui Ă©taient Ă  la tĂŞte des institutions de celle-ci ont tout simplement fait abstraction de l’opinion qu’avaient les peuples europĂ©ens du traitĂ©, Ă  l’exception des Irlandais qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un referendum. Le vote nĂ©gatif des Français et des Hollandais Ă  l’Ă©gard du traitĂ© de Rome, qui entretenait de fortes ressemblances avec celui de Lisbonne, n’a pas eu d’influence. On n’a eu cure de sonder Ă  nouveau leur opinion lorsqu’il a Ă©tĂ© question de faire entrer ce dernier en vigueur. Seuls les Irlandais ont Ă©tĂ© sondĂ©s, et ont eux aussi rejetĂ© la requĂŞte une première fois. Cela n’a pas plu Ă  l’intelligentsia europĂ©iste, ni aux lourds intĂ©rĂŞts financiers qui encourageaient ce projet. Les dĂ©gâts d’une crise Ă©conomique et quelques coups de propagande plus tard, la rĂ©ponse Ă  un second vote qui n’avait normalement pas lieu d’être fut positive. Sans doute les Irlandais Ă©taient-ils enthousiasmĂ©s par les aides financières de l’Union europĂ©enne, apeurĂ©s par les consĂ©quences probables qu’aurait eu un second « non » en ces circonstances, et distraits autant qu’épuisĂ©s par les Ă©vĂ©nements.

[8] : L’USA PATRIOT Act : Sous le prĂ©texte de participation Ă  la lutte anti-terroriste, le FBI se voit attribuer le pouvoir d’espionner les associations politiques et religieuses sans que celles-ci soient suspectĂ©es d’activitĂ©s criminelles. Il peut faire procĂ©der Ă  des perquisitions et saisir les documents et effets possĂ©dĂ©s par des citoyens. Sans devoir se justifier, il peut faire emprisonner quiconque, y compris des citoyens, ce indĂ©finiment et sans procès, sans que ces personnes soient accusĂ©es, ni qu’elles puissent ĂŞtre confrontĂ©es Ă  celles qui auraient dĂ©posĂ© contre elles, de mĂŞme qu’elles pourraient ĂŞtre torturĂ©es physiquement et psychologiquement impunĂ©ment. Le FBI ni la CIA ne sont pas contraints de rĂ©pondre de leurs actions devant les Ă©lus. Il met en avant une dĂ©finition du « terrorisme interne » tellement vague qu’elle permettrait d’y inclure toute personne manifestant une opposition envers le gouvernement.

[9] : « Le Congrès serait bien en peine de poser les fondations de la politique Ă©trangère des États-Unis, d’autant plus qu’il est le champ d’affrontement d’intĂ©rĂŞts divergents, portĂ©s par des groupes de pression industriels ou ethniques les plus variĂ©s. Seul l’exĂ©cutif, avec son organisation hiĂ©rarchique soumise, en dernier recours, au prĂ©sident, est adaptĂ© Ă  la tâche, et dans l’intĂ©rĂŞt de la sĂ©curitĂ© nationale il se doit de l’assumer. Le risque existe que la reprĂ©sentation nationale joue le rĂ´le d’une simple chambre d’enregistrement des dĂ©cisions stratĂ©giques qui lui sont soumises sans dĂ©bat. » « Le vrai choix : Domination globale ou gestion globale », 2004, Zbigniew Brzezinski, politologue amĂ©ricain nĂ© en 1928.

[10] : À l’exception d’une réforme de la santé réussie, qui n’est cependant pas sans intérêts économiques du fait des millions de nouveaux clients dont l’industrie de la santé va profiter aux dépens des compagnies d’assurance, les espoirs que beaucoup ont placé en Obama se sont révélés désespérément illusoires. Le président a signé une extension du liberticide Patriot Act le 27 février 2010, et défend désormais le néolibéral Accord de Libre Échange Nord Américain (ALENA) qui fait l’objet de vives critiques sur le continent Nord-américain et qu’il avait promis d’abolir. Il poursuite les « signing statements », qui permettent d’introduire une loi de facto sans demander l’avis du Congrès, le Parlement américain, et qui avaient largement été utilisés par Bush. Il avait promis de laisser un délai de 5 jours au public pour qu’il puisse lire les lois soumises au Congrès ; en réalité, les membres du Congrès eux-mêmes n’ont pas souvent eu l’occasion de lire les moindres petites clauses de plusieurs textes importants de plus de 1 000 pages qui ont été soumis à leur attention à la dernière minute. Bref, Obama ne crée et ne créera aucune rupture avec l’empire financier. Source : http://www.washingtontimes.com/news/2010/feb/27/obama-signs-one-year-extension-patriot-act/

[11] : Influence idéologique : Dans la pensée de Léo Strauss (1899-1973), Dieu n’existe pas et l’homme n’est rien. Les concepts de moralité, de bien et de mal, ne sont que des billevesées. Seuls quelques hommes rares et supérieurs sont en mesure de s’affranchir de ces contraintes. En revanche, la masse que Nietzsche appelait « le troupeau » ou encore « les esclaves » n’est pas assez forte pour se passer de tous ces codes. Ce que Strauss appelle « le philosophe » doit fournir du foin à la multitude. Malgré ce décalage entre l’élite et la masse, ces croyances diverses insufflées aux populations sont des « mensonges nobles » selon le modèle straussien, sans aucune référence à la charité ou à la bonté permettant de mener les hommes vers des buts définis par « le philosophe ». Une morale est donc affichée, mais la réalité est une agapè inversée sur le plan des valeurs. L’influence déterminante de Léo Strauss a marqué les esprits des néo-conservateurs américains. En effet, il a formé des esprits et fait des émules. Aux États-Unis, des esprits, qui se trouvent désormais à la tête du pays dans les domaines politiques, militaires et juridiques, ont été façonnés par la pensée straussienne. L’administration Bush en était elle-même une création.

[12] : Le rapport très officiel paru en septembre 2000, publiĂ© par le PNAC, portant sur la stratĂ©gie militaire du pays Ă  promouvoir, nommĂ© « Rebuilding America’s Defenses », nous fait part de cette phrase parmi d’autres qui sont d’une portĂ©e tout aussi inquiĂ©tante : « De plus, le processus de transformation (les objectifs gĂ©opolitiques amĂ©ricains assurant sa suprĂ©matie), mĂŞme s’il apportera un changement rĂ©volutionnaire, sera probablement long en l’absence d’un Ă©vĂ©nement catastrophique et catalyseur – comme un nouveau Pearl Harbor ». Un an plus tard ont eu lieu les attentats du 11 septembre 2001, ce qui mène Ă  se poser de sĂ©rieuses questions sur les rĂ©els instigateurs de cette attaque. Le « Project for a New American Century » (PNAC) est un groupe de rĂ©flexion créé en 1997 dont un nombre imposant de membres sont devenus plus tard le noyau de l’administration de George W. Bush. Parmi beaucoup d’autres puissants, mais dont les noms sont moins connus, la liste comprend : Jeb Bush, Dick Cheney, I. Lewis Libby, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Leur objectif dĂ©clarĂ© est d’utiliser une Ă©norme expansion militaire Ă©tasunienne dans le plan de « domination mondiale des États-Unis. »

[13] : « La prĂ©pondĂ©rance amĂ©ricaine mondiale est vouĂ©e Ă  disparaĂ®tre. Ce qui pose une question cruciale: par quoi sera-t-elle remplacĂ©e ? Une fin brutale ouvrirait Ă  l’Ă©vidence une pĂ©riode de chaos et d’anarchie internationale, ponctuĂ©e d’Ă©ruptions dĂ©vastatrices. Un dĂ©clin progressif incontrĂ´lĂ© aurait des effets similaires sur une pĂ©riode prolongĂ©e. Une dĂ©volution de pouvoir maĂ®trisĂ©e et graduelle pourrait, en revanche, favoriser l’Ă©mergence d’une communautĂ© internationale d’intĂ©rĂŞts partagĂ©s, obĂ©issant Ă  des règles plus formalisĂ©es, et dans laquelle des accords supranationaux tendraient Ă  assumer certaines des fonctions spĂ©ciales de sĂ©curitĂ© assumĂ©es, de tradition, par les États-nations. Quoi qu’il en soit, la fin Ă©ventuelle de l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine ne conduira pas Ă  la redistribution d’un pouvoir multipolaire entre les grandes puissances qui ont dominĂ© les affaires internationales au cours des deux derniers siècles. [...] Il manquerait encore Ă  celle-ci la cohĂ©sion, la vigueur et l’Ă©nergie nĂ©cessaires pour renverser l’AmĂ©rique de son piĂ©destal et garantir la stabilitĂ© internationale. Il va d’ailleurs de soi que plusieurs de ces pays choisiraient l’alignement sur les États-Unis en cas de crise. De fait, aux premiers signes d’un dĂ©clin, les efforts se multiplieraient pour rĂ©tablir le leadership amĂ©ricain. Plus important, le ressentiment partagĂ© Ă  l’Ă©gard de l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine ne saurait annihiler les conflits d’intĂ©rĂŞt entre États. [...] Une communautĂ© mondiale d’intĂ©rĂŞts partagĂ©s ne doit pas ĂŞtre confondue avec l’idĂ©e d’un gouvernement mondial. Ă€ ce stade de l’histoire, rien ne permet de mettre sur pied ce dernier. L’AmĂ©rique – Ă  juste titre – n’est pas prĂŞte Ă  cĂ©der sa souverainetĂ© Ă  une autoritĂ© supranationale, dans un monde dĂ©nuĂ© du consensus minimal nĂ©cessaire Ă  la naissance d’un tel gouvernement. La seule forme de « gouvernement mondial » envisageable Ă  ce jour serait une dictature mondiale amĂ©ricaine – construction par essence instable et vouĂ©e Ă  l’Ă©croulement. On peut voir dans la notion de gouvernement mondial un doux rĂŞve ou un cauchemar, mais sĂ»rement pas une perspective crĂ©dible pour encore quelques gĂ©nĂ©rations. »  « Le vrai choix : Domination globale ou gestion globale », 2004, Zbigniew Brzezinski, politologue amĂ©ricain nĂ© en 1928.

[14] : « Sans l’Europe, l’AmĂ©rique conserve sa prĂ©pondĂ©rance mais ne jouit pas de l’omnipotence mondiale; sans l’AmĂ©rique, l’Europe conserve sa richesse mais souffre d’impuissance. [...] Seule la collaboration des deux rives de l’Atlantique peut permettre de dĂ©finir une orientation vĂ©ritablement mondiale, susceptible d’amĂ©liorer la situation internationale actuelle. [...] En outre, l’unification progressive de l’Europe ne menace en rien l’AmĂ©rique; elle ne peut qu’en tirer avantage en renforçant le poids de la communautĂ© atlantique. [...] » « Le vrai choix : Domination globale ou gestion globale », 2004, Zbigniew Brzezinski, politologue amĂ©ricain nĂ© en 1928.

[15] : « Quelques-uns croient même que nous (la famille Rockefeller) faisons partie d’une cabale secrète travaillant contre les meilleurs intérêts des États-Unis, caractérisant ma famille et moi en tant qu’internationalistes et conspirant avec d’autres autour de la Terre pour construire une politique globale plus intégrée ainsi qu’une structure économique – un seul monde si vous voulez. Si cela est l’accusation, je suis coupable et fier de l’être. » David Rockefeller, né en 1915, milliardaire dirigeant l’empire de sa famille et ancien président de la Chase Manhattan Bank, dans ses « Mémoires », page 405

[16] : Au dĂ©but des annĂ©es 1980, selon la ConfĂ©rence des Nations unies sur le commerce et le dĂ©veloppement (CNUCED), on comptait 7 000 multinationales. En 2002, elles Ă©taient 64 000, contrĂ´laient 870 000 filiales, employaient 54 millions de personnes et reprĂ©sentaient 70 % des flux commerciaux mondiaux. De mĂŞme, investissements directs Ă  l’Ă©tranger sont passĂ©s de 1 600 milliards de dollars en 1990 Ă  6 600 milliards en 2001. Certaines firmes sont dĂ©sormais considĂ©rĂ©es comme Ă©tant comparable Ă  des États. Selon le Programme des Nations unies pour le dĂ©veloppement (PNUD), en 1999, le chiffre d’affaires de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine Ford Ă©quivalait au PIB de la Norvège, et celui des sociĂ©tĂ©s japonaises Mitsui et Mitsubishi Ă©quivalaient respectivement au PIB de l’Arabie saoudite et de la Pologne. Ă€ cette Ă©poque, sur les 100 premiers acteurs Ă©conomiques mondiaux, 55 Ă©taient des multinationales.

[17] : Aux États-Unis, 1% de la population a retrouvĂ© leur poids du dĂ©but du XXe siècle: ils gagnent plus de 16% du revenu national, contre 7% après-guerre. Le Financial Times cite une Ă©tude: les grands Ă©tablissements financiers ont accumulĂ© presque 100 milliards de revenus pour 4000 milliards de pertes laissĂ©s Ă  la communautĂ©. Dans les annĂ©es 50, Renaut fabriquait 80% de la voiture qui Ă©tait livrĂ©e au concessionnaire. Aujourd’hui, elle n’en fabrique plus que 20% : le reste est issu des dĂ©localisations. John Pierpont Morgan disait en son temps qu’une entreprise oĂą le PDG gagne plus de vingt fois le salaire de ses employĂ©s ne peut pas bien fonctionner. Source : « La prospĂ©ritĂ© du vice », Daniel Cohen

[18] : http://www.cfr.org/

[19] : Henry Kissinger (nĂ© le 27 mai 1923 en Allemagne) est un diplomate amĂ©ricain. D’abord conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© nationale amĂ©ricaine, il reçoit le Prix Nobel de la paix en 1973 alors qu’il est secrĂ©taire d’État du gouvernement rĂ©publicain de Richard Nixon, poste qu’il occupe ensuite sous Gerald Ford. La justice de nombreux pays souhaite aujourd’hui l’interroger et il limite pour ces raisons ses voyages Ă  l’étranger. Citations : « Le pouvoir est le plus puissant des aphrodisiaques. » (The Guardian – 28 Novembre 1976), « Nous procĂ©dons Ă  l’illĂ©gal sur le champ, l’anticonstitutionnel prend un petit peu plus de temps. » (New York Times – Octobre 28 1973), « Les États-Unis n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intĂ©rĂŞts. ». « S’il est une chose que tous les hommes ont en commun, c’est la peur de l’inconnu. Lorsque, considĂ©rĂ©s Ă  l’intĂ©rieur d’un tel scĂ©nario, les droits individuels sont volontairement abandonnĂ©s pour la garantie de bien-ĂŞtre qui sera apportĂ© sur un plateau par leur gouvernement mondial. » Evian, France, 21 mai 1992. « C’est peut-ĂŞtre un fils de pute, mais c’est notre fils de pute », Ă  propos du prĂ©sident indonĂ©sien Suharto, responsable de 200 000 morts causĂ©s par l’annexion du Timor Oriental. (Yemen Times)

[20] : Selon des chiffres de l’Organisation Internationale du Travail, près de 3 milliards de personnes dans le monde vivent avec moins de 2 dollars par jour. « L’Ă©cart de revenus » entre les 20 pour cent les plus riches et les 20 pour cent les plus pauvres de la population mondiale ne cesse de se creuser. En 1960, l’Ă©cart Ă©tait de 1 Ă  30. En 1999, il avait atteint 1 Ă  74. MĂŞme dans les 20 pays les plus industrialisĂ©s, plus de 10 pour cent de la population vivent au-dessous d’un seuil de pauvretĂ© Ă©tabli Ă  moins de 50 pour cent du revenu mĂ©dian. Source : Organisation Internationale du Travail, http://www.ilo.org/wow/Articles/lang–fr/WCMS_081474/index.htm). Les États-Unis reprĂ©sentent 6% de la population mondiale mais consomment 25% des richesses de la planète. Les AmĂ©ricains consomment, par tĂŞte, cinq fois plus d’énergie que les autres habitants de la planète ; ce sont les plus gros producteurs de produits alimentaires, les principaux fournisseurs de haute technologie. Source : L’organisation de l’espace mondial. Ragnard LycĂ©es Paris, 1994. Selon des statistiques des Nations unies, alors que le PNB mondial augmentait de 40% entre 1970 et 1985, la pauvretĂ© progressait de 17% : de mĂŞme, le PIB des dix pays les plus riches du monde a doublĂ© entre 1985 et 1995, tandis que le PIB des dix pays les plus pauvres est tombĂ© de 30%. Dans la mĂŞme pĂ©riode, la distance entre le pays le plus riche du monde et le plus pauvre a Ă©tĂ© augmentĂ©e de 70 fois Ă  430 fois alors que 34.000 enfants meurent chaque jour de faim ou de maladies Ă©vitables.

[21] : Bruce de Palma, comme bien d’autres inventeurs, a conçu une machine Ă  Ă©nergie libre qu’il s’est vu confisquer par les autoritĂ©s officielles parce qu’il s’en servait pour alimenter en Ă©nergie Ă©lectrique toute sa maison gratuitement. Interdiction lui a Ă©tĂ© faite d’en reconstruire une. La dĂ©couverte du physicien vient d’une simple expĂ©rience : il fit tourner un roulement Ă  billes Ă  très grande vitesse, les lança en l’air et prit toute une sĂ©rie de photos en accĂ©lĂ©rĂ©. Il dĂ©couvrit qu’elles Ă©taient montĂ©es plus haut et retombĂ©es plus vite que des roulements Ă  billes qu’on n’avait pas fait tourner avant de lancer. De Palma finit par s’apercevoir qu’un objet puisait de l’énergie dans l’espace en tournant. Après de nombreuses recherches, il conçut une machine appelĂ©e N-Machine, utilisant des aimants super-puissants pour obtenir de l’électricitĂ©. Des tests en 1980 ont montrĂ© que le gĂ©nĂ©rateur produisait plus d’énergie qu’il n’en consommait. Source : www.infomysteres.com/fichiers/energies_alternatives.pdf

juin 15 2010

Vladimir Poutine et l’Empire eurasiatique de la Fin, par Jean Parvulesco

La parution du dernier livre de Jean Parvulesco, La confirmation borĂ©ale, est un Ă©vènement littĂ©raire majeur qui a bien sur Ă©tĂ© totalement occultĂ© par les « mĂ©dias autorisĂ©s ». Pour tous ceux qui veulent comprendre le monde – celui dans lequel nous sommes et celui vers lequel nous nous dirigeons – cet ouvrage, pour lequel Michel Mourlet Ă©crivait il y a peu qu’il « est comme un obus de la Grosse Bertha par rapport aux balles en caoutchouc des forces de l’ordre », sera incontournable.

C’est avec l’aimable autorisation des Editions Alexipharmaque que nous vous prĂ©sentons, en exclusivitĂ©, un chapitre complet de La confirmation borĂ©ale.

Mecanopolis

oeil

Vladimir Poutine et l’Empire eurasiatique de la Fin

Par Jean Parvulesco

Que l’on en soit réellement conscients ou pas, nous nous trouvons à présent sur la ligne du partage des eaux de la « grande histoire », soudain proche de son terme : quelque chose y prend fin définitivement, et quelque chose d’autre va bientôt s’y passer, abyssalement, quelque chose d’absolument nouveau.

La terreur sournoise et dégradante exercée, à l’échelle planétaire, par la subversion suractivée de la conspiration mondialiste qu’arme, justifie et n’en finit plus d’imposer sa doctrine du « politiquement correct » soi-disant démocratique, atteint, à l’heure présente, les ultimes limites dé l’insupportable, du cauchemar permanent et total. Arrivant, ainsi, en ces extrémités, à ce paroxysme final de l’affirmation active, des impositions subversives et totalitaires de la conspiration mondialiste en place et de sa terreur démocratique incapacitante, l’histoire mondiale semble s’être momentanément arrêtée dans sa marche, comme auto-immobilisée dans l’attente de l’instant fatal où il lui faudra basculer, inéluctablement, dans un état absolument contraire à celui de son actuel blocage négatif total, changer entièrement de sens.

Car une nouvelle forme spécifique de changement est à présent apparue dans le devenir visible de l’histoire mondiale, une nouvelle forme ontologique d’action directe dans le cours immédiat de l’histoire, qui implique et décide, à terme, quand l’heure en vient, l’auto-destitution aussi totale qu’instantanée, sans la moindre intervention extérieure, de toute situation de pouvoir fondamentalement constituée, s’affirmant politiquement et fût-elle apparemment inexpugnable en ses assises du moment : ce qui semblait ainsi devoir durer indéfiniment, disparaîtra alors d’une mystérieuse manière soudaine, sans laisser de trace, effacé à jamais du courant de l’histoire ; comme si rien il n’y avait eu.

Comprendre ce qui fait avancer l’histoire par en-dessous…

C’est que, lors de ses grands changements, lors de ses grands tournants décisifs, imprévisibles, soudains, l’histoire se trouve forcée de muer, de se transformer de par le mystère même de ses propres profondeurs irrationnelles, mystère en action que seules mènent, depuis l’invisible, les décisions révolutionnaires occultes de la Divine Providence toujours là, toujours dissimulée derrière les événements immédiatement visibles. Comprendre l’histoire dans sa marche, ce n’est pas en pénétrer les raisons objectives, qui ne sont jamais que des apparences arrangées, mais ne pas méconnaître l’identité abyssale de ce qui la mène et fait avancer vraiment, par en-dessous, suivant un dessein providentiellement conçu et conduit d’en dehors des temps.

Ainsi en avait-il Ă©tĂ© de la fin abrupte du communisme soviĂ©tique et de l’ensemble de ses conspirations subversives de dimensions planĂ©taires : sans la moindre intervention visible venant de l’extĂ©rieur de ce qui Ă©tait en train de se passer au moment dĂ©cisif, sans absolument aucune raison objective, Ă  l’heure prĂ©vue – et que personne n’attendait, parce qu’il s’agissait d’une heure occulte, supra-historique – il s’en Ă©tait produit comme un brusque effondrement total, de l’intĂ©rieur de celui-ci, comme un soudain Ă©clair noir, annulant tout, et la plus grande puissance politico-militaire du monde a cessĂ© d’exister, s’est trouvĂ©e comme aspirĂ©e par le nĂ©ant qu’elle portait secrètement en elle, instantanĂ©ment. Et tout Ă  fait dĂ©finitivement, sans trĂŞve ni recours.

L’histoire démocratique de l’Europe est morte

Or cette mĂŞme nouvelle structure ontologique d’auto-destitution instantanĂ©e, mystĂ©rieuse dans ses apparences, vient Ă©galement de frapper l’ensemble de l’actuelle situation politique europĂ©enne. Disparues, dans le nĂ©ant de leur propre auto-destitution, les toutes-puissantes dĂ©mocraties chrĂ©tiennes italienne et allemande, tout comme semble s’être Ă©vanoui le grand rĂŞve impĂ©rial europĂ©en du « gaullisme de la fin » et, en France aussi, le vaste mouvement de mobilisation populaire qu’avait mis en place le Front National, ainsi que le Parti Communiste lui-mĂŞme, Ă©clatĂ©, de l’intĂ©rieur, en des morceaux disparates. Alors que, sous les apparences mĂŞmes de leur pouvoir, Ă  l’heure prĂ©sente inconditionnellement encore en place – en France, en Allemagne, en Italie – la social-dĂ©mocratie, sous-traitance locale de la conspiration mondialiste, installĂ©e partout en Europe, ainsi qu’en Grande Bretagne, se trouve malgrĂ© tout, elle-mĂŞme, dĂ©sormais, Ă  la merci du brusque mouvement sismique des profondeurs qui va la renvoyer, d’un moment Ă  l’autre, Ă  son trou noir d’origine. Ainsi, de Bucarest Ă  Lisbonne, un immense dĂ©sert vide, calcinĂ©, morne, immobile, « suintant des malĂ©fices secrets, imprĂ©visibles », s’étend au comble de la dĂ©solation, au comble de l’impuissance. L’histoire dĂ©mocratique de l’Europe est morte, qui est en train de devenir sa propre fosse commune.

Or c’est bien au-dessus de cette fosse commune déliquescente que va devoir se lever, bientôt, et de quelle manière inattendue, l’immense tourbillon de feu de l’entreprise révolutionnaire grand-européenne de salut et de libération visant à mettre en piste, politiquement et historiquement, ce qu’il est déjà convenu d’appeler l’Empire Eurasiatique de la Fin.

Car, si, dĂ©sormais, en ces temps d’interrègne, sans heure ni espĂ©rance ni plus aucune attente lĂ©gitime, quand l’évidence de l’abdication politique de l’Europe fait fonction d’un champ d’épandage final, seule risque encore d’avoir cours, prĂ©cisĂ©ment, l’ontologie de l’auto-destitution instantanĂ©e de cet ensemble politique en situation terminale – ainsi que cela s’était dĂ©jĂ  vu avec l’auto-destitution politique de l’Union SoviĂ©tique, ou avec le mystĂ©rieux Ă©vanouissement sur place des dĂ©mocratie chrĂ©tiennes europĂ©ennes – il n’est pas moins certain que le mouvement dialectiquement contraire, celui d’une ontologie de renversement total et de reconstitution abyssale, d’une soudaine remontĂ©e paroxystique de l’Être originel, d’une Ă©mergence de renversement absolu et de recommencement absolu d’une situation apparemment fermĂ©e sans recours puisse Ă©galement avoir, lieu, Ă  tout instant. Et tout faire basculer, d’un seul coup.

Un prochain basculement

Aujourd’hui, partout, dans l’espace intérieur propre de la plus Grande Europe, de l’Europe en tant qu’avant-garde révolutionnaire du Grand Continent Eurasiatique, le feu du retour à l’être, du redressement politique révolutionnaire de l’ensemble du continent couve souterrainement, se maintient envers et contre tout, clandestinement disponible dans l’attente de cette « émergence de renversement absolu et de recommencement absolu » qui doit marquer le prochain basculement de l’actuelle situation politique européenne en son propre contraire. Cela, c’est bien la dialectique agissante de la nouvelle forme d’intervention ontologique dans l’histoire qui l’exige, à travers son double commandement de l’auto-destitution du passé, des formes condamnées et déjà révolues, et de la mobilisation abyssale de ce qui, soudain, sera appelé à donner son nouveau visage à l’avenir déjà, secrètement, en marche.

Du projet océanique fondamental de l’Amiral Gorchkov

En conclusion Ă  un travail de recherche politico-rĂ©volutionnaire que je faisais paraĂ®tre, en 1976, sous le titre de La ligne gĂ©opolitique de l’URSS et le « projet ocĂ©anique fondamental » de l’Amiral G. S. Gorchkov, j’avais placĂ©, prophĂ©tiquement – Ă  prĂ©sent je m’en rends compte – les lignes suivantes, dont l’actualitĂ© me paraĂ®t tout Ă  fait saisissante, plus que jamais immĂ©diatement opĂ©ratoire :

«  C’est sous le jour de cette conception intĂ©riorisante de l’histoire qu’il faudra savoir – savoir d’avance, tout est lĂ  – qui, en Union SoviĂ©tique, finira par l’emporter, Ă  l’heure voulue, sur l’autre camp, implacablement, pour s’engager aussitĂ´t Ă  changer – dans un sens ou dans l’autre – la direction et jusqu’à la face mĂŞme de l’histoire du monde. Aujourd’hui comme hier, tel est le but unique : changer la face du monde. Cependant, dans la perspective du but unique, lequel des deux camps l’emportera sur l’autre? Celui qui saura laisser apparaĂ®tre, en son sein, la volontĂ© de destin de l’homme providentiel, qui sera, aussi, l’homme de la dernière bataille. Quand viendra-t-il, celui-lĂ  ? InĂ©luctablement, Ă  l’heure prĂ©vue. »

Or c’est très prĂ©cisĂ©ment l’apparition – l’avènement – de ce que j’appelais, alors, l’« homme providentiel » que, aujourd’hui que les temps sont prĂŞts, va devoir provoquer le basculement final de l’actualitĂ© politique europĂ©enne immĂ©diate dans le sens de son retour rĂ©volutionnaire Ă  l’Être, fournir – au-delĂ  de l’actuel dĂ©sastre de celle-ci – sa forme ontologique dĂ©cisive Ă  un autre recommencement total de l’histoire et de la conscience politique europĂ©ennes, de leurs structures d’affirmation et de prĂ©sence agissante propres, renouvelĂ©es depuis leurs profondeurs originelles retrouvĂ©es.

Car c’est un fait : la déflagration révolutionnaire finale est à présent prête à éclater. Partout en Europe, des « groupes géopolitiques » de conscience et d’intervention politique clandestine impériale grand-européenne, agissant déjà sur des dimensions continentales eurasiatiques, se trouvent à l’affût de l’imminent changement de l’histoire proche de sa fin, changement qui est en train de s’amorcer souterrainement et dont ces « groupes géopolitiques » mobilisés sur place constituent la masse explosive, à laquelle l’apparition de l’« homme providentiel », du nouveau « concept absolu » de l’histoire arrivant à son point critique suprême, apportera le détonateur prédestiné.

La définition idéologico-doctrinale de ce changement annoncé, on peut la trouver, exhaustivement arrêtée, dans un récent document émanant d’une des centrales opérationnelles à l’œuvre, à demi-clandestinement, de ce vaste mouvement politique souterrain, dont celle-ci représente une des actuelles instances décisives d’affirmation révolutionnaire immédiate. De cette définition idéologico-doctrinale, en voici donc, ci-dessous, le document faisant état de son projet opérationnel de base, document connu plus ou moins confidentiellement sous le titre de « Pacte Impérial Eurasiatique ». Je cite, textuellement.

Un document fondationnel : « Le Pacte Impérial Eurasiatique »

« C’est de la confrontation de nos doctrines impériales et catholiques avec la réalité politico-historique actuelle, directe, à laquelle celles-ci s’adressent révolutionnairement, qu’il va en résulter, dialectiquement, l’émergence finale du Grand Empire catholique constituant notre objectif ultime, l’Imperium Ultimum, du Regnum Sanctum, qui devra comporter, en principe, trois stades opérationnels, trois étapes édificationnelles prévues.

Le premier de ces trois stades opĂ©rationnels, celui de l’acte mĂŞme de la mise en piste du projet impĂ©rial final, concernera la crĂ©ation de l’axe Paris-Berlin-Moscou, pĂ´le europĂ©en grand-continental impĂ©rial Ă  venir. Ne devant pas comporter d’intĂ©gration politique Ă  proprement parler de la France, de l’Allemagne et de la Russie, l’axe Paris-Berlin-Moscou n’aura qu’une première fonction de mise en convergence dĂ©finitive et totale de la communion de destin – de la prĂ©destination – des trois pays du pĂ´le fondationnel grand-continental mobilisĂ©s en avant par une mĂŞme vision impĂ©riale irrĂ©vocable, par la dĂ©cision du Pacte Fondamental.

Le deuxième des trois stades opérationnels de l’IMPERIUM ULTIMUM vers la réalisation effective de l’Empire Eurasiatique de la Fin, constitué par l’intégration politico-historique totale de l’Europe de l’Ouest et de l’Est, de la Russie et de la Grande-Sibérie, de l’Inde et du Japon.

Une deuxième Guerre de Sécession

Quant au troisième stade opĂ©rationnel de l’édification rĂ©volutionnaire impĂ©riale catholique de ce monde et de son histoire finale, il devra inclure, aussi, après la rĂ©duction dĂ©finitive de la conspiration dĂ©mocratique mondialiste menĂ©e par la « Superpuissance PlanĂ©taire des États-Unis » et la libĂ©ration rĂ©volutionnaire de celle-ci, la double instance gĂ©opolitique intĂ©grĂ©e des deux AmĂ©riques, l’AmĂ©rique du Sud et l’AmĂ©rique du Nord. Le troisième stade impĂ©rial de l’histoire finale du monde sera celui de l’apparition de l’Archipel PlanĂ©taire unifiĂ©, entitĂ© suprahistorique, transcendantale, placĂ©e sous la lumière rĂ©vĂ©latrice, parousiale, du REGNUM SANCTUM.

Aussi la conspiration mondialiste de la Superpuissance Planétaire des États-Unis devra-t-elle prendre fin en s’auto-dé-truisant elle-même, dans les termes d’une guerre civile continentale qui sera la répétition à rebours de la Guerre de Sécession américaine, de son propre acte fondationnel des origines (1861-1865).

Lors de cette seconde Guerre de SĂ©cession, ce sera la majoritĂ© nationale oppressĂ©e de la Superpuissance PlanĂ©taire des États-Unis, sa majoritĂ© « sudiste », traditionnelle et spiritualiste, catholique, d’hĂ©ritage europĂ©en en continuitĂ©, qui va devoir l’emporter, irrĂ©versiblement, sur la partie « nordiste », anti-traditionnelle, gauchiste et matĂ©rialiste du continent nord-amĂ©ricain.

Et ce sera la mission prĂ©destinĂ©e de l’AmĂ©rique du Sud qui, entre temps, sous l’impulsion rĂ©volutionnaire de l’Argentine et du Chili, aura dĂ©jĂ  su faire, accomplir sa propre intĂ©gration continentale, que de soutenir, politiquement et stratĂ©giquement, l’effort de la majoritĂ© nationale, « sudiste », des États-Unis dans son entreprise de nettoyage rĂ©volutionnaire final du continent nord-amĂ©ricain lors de la deuxième Guerre de SĂ©cession.

Et c’est ainsi qu’à la fin de l’histoire actuelle de ce monde et au-delà de celle-ci, l’Archipel Planétaire dans sa totalité géopolitiquement intégrale va se trouver identifié, d’une manière transcendantale, supra-historique, avec le concept agissant du Grand Empire Catholique de la Fin, avec le Regnum Sanctum. C’est en cela aussi que nous reconnaissons, et affirmons tout haut, la mission, la prédestination révolutionnaire transcendantale de notre propre génération choisie pour qu’elle prenne sur elle d’accomplir le changement apocalyptique de ce monde, suivant un dessein conçu dans l’invisible. »

Le « signe du départ » : l’apparition d’un nouveau « concept absolu », d’un nouvel « homme providentiel »

Ce sont donc les « groupes géopolitiques » de l’ensemble révolutionnaire grand-européen en situation souterraine qui constituent, à l’heure présente, le dispositif d’émergence, déjà en place, du futur mouvement de basculement sismique, du futur renversement ontologique du sens de l’histoire actuelle à son terme final. Renversement qui marquera le nouveau recommencement révolutionnaire de la nouvelle histoire mondiale s’apprêtant à faire sa soudaine apparition. Laquelle, pour apparaître, n’attend plus que le « signal du départ » de son nouveau destin, l’événement fondamental qui sera celui de l’avènement-là du « concept absolu », de l’« homme providentiel », dans lequel il lui est demandé de s’incarner pour qu’elle puisse agir au niveau de l’histoire visible, encristalliser brusquement, en polariser suractivement sa nouvelle identité révolutionnaire à venir, ou plutôt qui est déjà en train de nous en venir.

Or, avec l’accession de Vladimir Poutine à la magistrature politique suprême de la « Nouvelle Russie », le « concept absolu » de la nouvelle histoire mondiale déjà souterrainement en cours, l’« homme providentiel » du recommencement abyssal de celle-ci, vient assez mystérieusement d’apparaître à la lumière du jour, et faire de par cela même que tout se jette, brusquement, en avant vers cette Totale Weltrevolution dont secrètement nous attendions tous, et depuis si longtemps, la venue définitive, l’« affirmation polaire de la fin ».

Poutine : émanation des conseils secrets des Forces Armées ?

Mais qui est, en fait, Vladimir Poutine? Vladimir Poutine, c’est avant tout et très essentiellement l’émanation directe des conseils secrets rĂ©volutionnaires permanents des Forces ArmĂ©es de l’Union SoviĂ©tique, qui se cherchaient, et qui guettaient l’occasion de faire surface, de franchir la ligne du passage Ă  l’histoire visible, active, depuis dĂ©jĂ  les annĂ©es 1948-1952, quand il y avait eu les premières manifestations de taille de leur action, de leur prĂ©sence combattante, de leur volontĂ© d’affirmation politique propre, non pas contre l’État SoviĂ©tique, mais confidentiellement au sein mĂŞme des structures de pouvoir propres de celui-ci. C’est depuis lors que l’on a pu parler d’une doctrine national-rĂ©volutionnaire immanente des Forces ArmĂ©es de l’Union SoviĂ©tique, doctrine qui est allĂ©e en se prĂ©cisant d’une manière de plus en plus dĂ©cisive Ă  partir des annĂ©es soixante, et dont les thèses gĂ©opolitiques de base se sont trouvĂ©es confidentiellement soutenues par L. I. Brejnev et, par la suite, ouvertement – ou presque – par Y. V. Andropov.

Chtemenko et Ogarkov

Deux personnalités militaires de tout premier plan passent pour avoir été, et restent encore des représentants emblématiques de pointe de la doctrine politico-militaire immanente des Forces Armées Soviétiques, doctrine globale, à demi-clandestine, ou plutôt implicite, mais, dans son temps, de plus en plus active et suractivante là où elle parvenait à agir, et qui, aujourd’hui, est en passe de devenir, effectivement, et tout à fait à découvert cette fois-ci, la doctrine géopolitique officielle de la « Nouvelle Russie ». Ces deux personnalités militaires soviétiques, sont l’ancien chef du CRU et, par la suite, de l’État-major Général des Forces Armées de l’URSS, ainsi que ultérieurement, commandant en chef des forces du Pacte de Varsovie, le Général-Colonel S. M. Chtemenko, et le Maréchal N. V. Ogarkov qui, lui aussi, tout comme le Général-Colonel S. M. Chtemenko, devait accéder, quelques années après, à la tête de l’État-major Général des Forces Armées soviétiques. C’est en tant que chef de l’État-major Général des Forces Armées de l’URSS que le maréchal N. V. Ogarkov avait tenté, et failli même réussir, une prise de contrôle totale de la direction politique de l’URSS par les Forces Armées, ayant finalement échoué à cause de la contre-conspiration rivale, qui allait amener au pouvoir, à travers le secrétariat général du Parti Communiste, Mikhaïl Gorbatchev, pour aboutir, en dernière instance, à l’auto-destitution politique irréversible de l’ancienne Union Soviétique.

Dans son livre capital, qui avait dĂ©finitivement comptĂ© pour toute une gĂ©nĂ©ration de chercheurs, GRU, le plus secret des services soviĂ©tiques, 1918-1988 (Stock, Paris 1988), Pierre de Villemarest appelait le gĂ©nĂ©ral-colonel S. M. Chtemenko « un des premiers gĂ©opoliticiens de l’URSS, peut-ĂŞtre mĂŞme le premier de tous ». Aussi, sur le gĂ©nĂ©ral-colonel S. M. Chtemenko, Pierre de Villemarest Ă©crira-t-il que celui-ci « appartient Ă  un clan d’officiers supĂ©rieurs, certainement « soviĂ©tiques », mais avant tout grand-russiens d’esprit, et parfaitement expansionnistes. » Et aussi : « Pour cette caste, l’URSS est un empire appelĂ© Ă  dominer le continent eurasiatique, non seulement de l’Oural Ă  Brest, mais de l’Oural Ă  la Mongolie, de la Centre-Asie Ă  la MĂ©diterranĂ©e. » Et ensuite : « Sur ce dernier point, Chtemenko est en effet l’homme qui a proprement inventĂ©, de 1948 Ă  1952, non l’invasion Ă©ventuelle de l’Afghanistan, mais son absorption lente par interpĂ©nĂ©tration Ă©conomique continue, avec subversion assortie. Et, parallèlement, l’irruption de l’URSS dans les capitales arabes, Ă  Beyrouth, Damas, Le Caire, Alger. Fin 1948, il exposait dĂ©jĂ  qu’à l’intersection de l’Orient et de l’Asie, l’Afghanistan offrait le moyen stratĂ©gique de couvrir les flottes que commençait Ă  dĂ©velopper l’amiral Serge Gorchkov – un de ses amis personnels – pour dĂ©boucher de la Mer Noire vers la MĂ©diterranĂ©e. » La puissance visionnaire de la gĂ©opolitique d’avant-garde du gĂ©nĂ©ral-colonel S. M. Chtemenko nourrit, encore aujourd’hui, la dĂ©marche active des positions gĂ©opolitiques armant les bases idĂ©ologiques rĂ©volutionnaires de la « Nouvelle Russie » dont Vladimir Poutine incarne et assume les destinĂ©es, le projet impĂ©rial grand-continental eurasiatique et la mission eschatologique finale.

En allant donc à l’essentiel, on peut effectivement avancer que, par dessus l’état de fait du régime soviétique en place, et néanmoins de l’intérieur même de celui-ci, la doctrine politico-militaire immanente des Forces Armées de l’URSS comportait une double perspective opérationnelle intérieure, à la fois géopolitique et transcendantale. Sa doctrine géopolitique comprenait le projet fondamental d’une intégration politique finale, « totale », « impériale », du grand continent eurasiatique dans son ensemble, alors que sa doctrine transcendantale ne faisait que reprendre, renouveler les grands objectifs supra-historiques du tsarisme et d’une certaine conception visionnaire eschatologique, « polaire », de la prédestination spirituelle salvatrice finale, « apocalyptique », de la plus Grande Russie.

Militarisation intégrale et mobilisation générale permanente

Ainsi, quand, vers la fin des annĂ©es soixante, le marĂ©chal N. V. Ogarkov, alors chef de l’État-major GĂ©nĂ©ral de l’URSS, lançait l’appel – et tentait d’en imposer la doctrine – de la « militarisation intĂ©grale » et de la « mobilisation gĂ©nĂ©rale et permanente » de l’appareil de production industrielle et de l’économie soviĂ©tique dans son ensemble, le tout petit nombre de ceux que l’on dit « au courant des choses qu’il ne faut surtout pas savoir » – « tout petit groupe » prĂ©sent, et confidentiellement Ă  l’œuvre en URSS aussi bien qu’en Europe de l’Est, ou en Europe de l’Ouest – n’avait pas manquĂ© de comprendre que l’« Ordre Secret » s’apprĂŞtait Ă  passer Ă  l’offensive finale, dĂ©cisive, l’« Ordre Secret » de la grande conspiration immanente des Forces ArmĂ©es soviĂ©tiques en place, agissant au cĹ“ur mĂŞme du pouvoir soviĂ©tique, qu’elles comptaient changer de l’intĂ©rieur. D’oĂą, alors, presque sur le coup mĂŞme, le limogeage du marĂ©chal N. V. Ogarkov, rentrĂ© provisoirement – mais ne faut-il pas plutĂ´t dire subversivement – dans l’ombre, en attendant la suite. Car l’heure, il faudrait bien le croire, n’en Ă©tait pas encore tout Ă  fait venue de cette « offensive finale » ni, surtout, de ce que celle-ci eĂ»t impliquĂ© et, du coup, rendu irrĂ©versible sur le plan encore non entamĂ© des grandes stratĂ©gies politico-militaires soviĂ©tiques renouvelĂ©es par la reprise Ă  dĂ©couvert de la ligne grand-continentale eurasiatique.

Or, si tout cela n’avait pas pu se faire à ce moment-là, c’est très certainement à présent que cela va devoir se faire, à travers tout ce que signifie la prise du pouvoir, à Moscou, par Vladimir Poutine et le grand renversement révolutionnaire que celle-ci implique depuis les profondeurs.

Retrouver les principes suractivants de l’Empire russe

Cette évidence est fondamentale pour ce qui est là, réellement, en jeu : la thèse immédiatement opérationnelle de la mobilisation totale, de la « mobilisation révolutionnaire » des structures politico-administratives, sociales et culturelles, voire religieuses de la Russie en vue d’un « grand dessein » supra-historique, constituait le noyau central de la doctrine révolutionnaire immanente des Forces Armées russes d’hier et d’aujourd’hui, retrouvant ainsi les principes suractivants de l’Empire Russe des origines, suivant son identité missionnaire, « romaine, impériale », de ses premiers débuts en armes, suivant son « identité abyssale, occulte », « polaire ».

Or c’est bien de cette vision politico-historique visionnaire et de ses grandes thèses opérationnelles géopolitique et transcendantales que Vladimir Poutine est, lui, aujourd’hui, l’héritier, le porteur direct, l’« homme providentiel » appelé à une tâche prédestinée, qu’il lui appartiendra de mener jusqu’au bout.

Et c’est bien dans la lumière révolutionnaire de cette vision qu’il s’agit à présent de situer le véritable sens, tout le sens des récentes déclarations de Vladimir Poutine concernant la mission prédestinée des Forces Armées russes dans le travail de redressement et de salut révolutionnaire de la Russie et partant de l’ensemble du grand continent eurasiatique en tant qu’Empire Eurasiatique de la Fin que lui, Vladimir Poutine, se sait tenu d’assumer, d’une manière inspirée, et sans plus tarder. Car les portes du destin se sont refermées sur lui, et il faudra qu’il fasse ce qu’il incombe désormais de faire. Sans la moindre hésitation.

L’ombre protectrice des Forces Armées

En effet, Vladimir Poutine, le « De Gaulle russe », déclarait récemment que le redressement de la société russe, « actuellement au bord de l’abîme », passe, pour lui, par une réorganisation générale, en profondeur, du pays dans son ensemble, axée sur la priorité d’urgence accordée aux Forces Armées et à leur modèle d’agencement et de fonctionnement structurel, qui doivent devenir l’ossature organisationnelle du renouveau révolutionnaire de la « Nouvelle Russie », le noyau agissant de la naissance même des « temps nouveaux », l’expression des « temps nouveaux » étant en passe d’apparaître comme une rengaine obsessionnelle des bouleversements en cours ou à venir, le nouveau mot de passe. Et cela à telle enseigne que la future reprise industrielle de la Russie devra se trouver soutenue, dans un premier temps, sur l’exploitation suivie, intensive, du fonds des « technologies spéciales d’avant-garde » dont disposeraient actuellement les Forces Armées.

Induire une conception hautaine et « romaine » de l’État

Ainsi l’ombre protectrice de celles-ci s’étend-elle à nouveau sur l’ensemble de la société russe : les « nouveaux temps » de Vladimir Poutine viennent de ramener l’obligation formelle de la préparation militaire à l’école, et celle-ci suivie de près par les nominations en masse de militaires aux postes-clefs, aux postes stratégiques du renouvellement, de la réorganisation de la situation politico-administrative, sociale, économique et industrielle de la Russie ainsi poussée vers l’ère des changements accélérés, vers son abrupte « normalisation ». Reconstituer l’État, refaire et imposer une continuité, une volonté, une conception hautaine, « romaine » de l’État, tel semblerait être le but principal et immédiat de Vladimir Poutine, qui, par ailleurs, entretient le culte du secret, du non-dévoilement de ses plans d’action (culte du secret révélateur d’une ancienne habitude impériale russe, reprise en continuité par le pouvoir soviétique).

D’autre part, on n’ignore pas l’influence directe et profonde exercée, sur les milieux proches du groupe de commandement politico-militaire personnel de Vladimir Poutine, par le « manuel de géopolitique » impériale grand-européenne, eurasiatique et « transcendantale », « polaire », d’Alexandre Douguine, conseiller politique du Président de l’Assemblée Nationale de la Russie, chargé plus particulièrement de la direction active de la « cellule géopolitique » de celle-ci, entité responsable de la définition des grandes lignes de force géopolitiques actuelles et à venir de cette « Russie naissante » dont Vladimir Poutine entend forger les nouvelles destinées révolutionnaires.

Aussi l’importance qu’Alexandre Douguine et ses conceptions géopolitiques impériales eurasiatiques sont en train de gagner actuellement auprès du groupe de commandement politico-militaire de Vladimir Poutine apparaît-elle comme extrêmement significative, lourde de promesses d’avenir, parce que la pensée de notre camarade Alexandre Douguine est celle, précisément, de l’ensemble de nos « groupes géopolitiques » actuellement en action, les positions de combat et les thèses opérationnelles d’Alexandre Douguine sont les mêmes que celles avancées par le « Pacte Impérial Eurasiatique » cité déjà dans lé courant du présent article. Là, une boucle est bouclée, qui va profondément marquer les futures destinées politico-spirituelles du continent eurasiatique, et plus particulièrement de la plus Grande Europe.

Les anciennes républiques musulmanes d’URSS : une chaîne d’instabilité sur laquelle il ne faut pas céder

Il est d’autre part certain que si Vladimir Poutine a choisi d’axer sa propre prise de pouvoir politique sur le problème d’un règlement intégral et définitif du conflit de Tchétchénie, il avait parfaitement compris que, céder en Tchétchénie, ce serait devoir céder, ultérieurement, sur toute la ligne face au permanent complot suscité par la conspiration mondialiste, à travers la Turquie et derrière les manigances de l’islamisme fondamentaliste, sur le flanc méridional du continent eurasiatique, tout le long de la chaîne d’instabilité des républiques islamistes de l’ancienne Union Soviétique. Dans mon for intérieur, j’ai décidé que ma mission, que ma mission historique consisterait à régler le problème du Caucase-Nord, affirmait Vladimir Poutine dans un entretien avec la revue Kommersant de Moscou.

Or, si, comme il n’arrête pas de le dire, pour Vladimir Poutine, la guerre de Tchétchénie, guerre de déstabilisation et d’infiltration aux objectifs essentiellement subversifs, représente la ligne d’opposition de l’Islam et de la Chrétienté, il ne pouvait pas non plus ne pas comprendre, aussi, que, dans une guerre de religions, il s’agit de la confrontation irréductible de deux religions qui ne saurait prendre fin que par l’abdication de l’une devant l’autre de ces religions, et par conséquent d’une guerre totale.

Mais ce n’est certes pas lĂ  seulement la raison pour laquelle Vladimir Poutine ne cesse d’accentuer la nĂ©cessitĂ© de l’intĂ©gration Ă  part entière de l’orthodoxie dans le bloc actuel du patrimoine rĂ©volutionnaire de la « Nouvelle Russie ». C’est qu’en mĂŞme temps qu’il n’y a pas d’Empire sans une religion d’Empire, que l’acte fondationnel de la crĂ©ation – ou du renouvellement – d’un Empire ne saurait ĂŞtre que d’une nature exclusivement religieuse. Et que la grande mission eschatologique finale de la « Nouvelle Russie » se doit d’être, en dernière analyse, une mission religieuse.

Dans l’entretien déjà cité avec la revue Kommersant, Vladimir Poutine déclarait, aussi, que, quelques années après la mort de sa mère, qui l’avait fait baptiser clandestinement dans la religion orthodoxe, celle-ci lui avait donné sa croix de baptême, pour que, lors d’un voyage qu’il lui avait fallu faire en Israël, il la fasse bénir « sur le tombeau du Christ ». Et, ajoute-t-il, « pour ne pas la perdre, je l’ai mise autour de mon cou. Et, depuis, je l’y ai gardée. »

De toutes les façons, la « Russie Nouvelle » doit absolument se souvenir, sans cesse, qu’elle doit le miracle inconcevable de sa brusque libération du communisme, « comme par enchantement », au fait que, en communion avec tous les Évêques du monde, le Pape Jean Paul II avait consacré la Russie au Cœur Immaculé de Marie, suivant le vœu et la promesse sous condition qu’avaient prononcés la Vierge Marie lors de son apparition à Fatima, au Portugal, en 1917, l’année même où la Russie sombrait dans le cauchemar halluciné, dans le cauchemar sanglant et sombre de soixante-dix années de terreur communiste.

Mais il y a plus. Suivant la prophétie de Saint Maximilien Kolbe, le martyr de la charité d’Auschwitz, pour que la « Nouvelle Russie » puisse être vraiment au rendez-vous de ses retrouvailles prévues avec ses plus grandes destinées à venir, il faudrait que, sur la plus haute tour du Kremlin, l’Étoile Rouge soit remplacée par une statue votive de la Vierge Marie, symbole annonciateur du Regnum Mariae. Ce n’est qu’un symbole, mais c’est sans doute de ce symbole que dépend entièrement l’avenir eschatologie de la Russie et partant de l’ensemble impérial du grand-continent eurasiatique Cela, je ne sais pas si Vladimir Poutine le sait. Mais il faudra le lui faire savoir.

Pour le moment, la somme maximale des efforts à déployer par les « groupes géopolitiques », et par les formations politiques européennes que ceux-ci pourraient influencer, doit concerner la mise en piste de l’axe Paris-Berlin-Moscou. En même temps, si la plus Grande Europe est, désormais, à cause de la Russie, à la fois catholique et orthodoxe, il faudra s’empresser d’arriver à une réintégration des deux religions, catholique et orthodoxe, revenir en arrière jusqu’aux temps où leur séparation n’avait pas été consommée. Ce qui à présent paraît impossible, une volonté transcendantale le fera, soutenue par certaines centrales occultes à l’œuvre, et par la sainteté.

Jean Parvulesco

PubliĂ© sur Mecanopolis avec l’aimable autorisation des Editions Alexipharmaque.

Télécharger le texte au format pdf

Reproduction autorisée avec indication des sources

confirmationboreale




juin 08 2010

On ne pourra pas sauver le « soldat euro »…

Il y a quinze jours, le banquier suisse Alexandre Wohlwend annonçait avec fracas la fin de l’euro dans les médias suisses, et accusait les États-Unis d’avoir “contaminé l’Europe avec leur concept de mondialisation et de profit maximum à court terme”. Pour la revue Flash, notre camarade Clovis Casadue a rencontré ce financier qui ne pratique pas la langue de bois.

arabesque

Dans un rĂ©cent entretien accordĂ© au quotidien suisse la “Tribune de Genève”, vous avez annoncĂ© la fin de l’euro, rompant ainsi avec le discours feutrĂ© auquel vos banquiers nous ont habituĂ©s.

Je dois préciser que je n’appartiens à aucun parti politique, que je n’ai pas de tendance politique et que je suis viscéralement Suisse, donc neutre en ce domaine. Je ne suis pas non plus un donneur de leçons. Mon analyse est donc fondée sur une profonde réflexion. Je pense que l’euro est réellement malade, il n’y a rien de subversif dans tout cela, mais cette monnaie, par son essence plurinationale, et en raison des déséquilibres des pays la partageant, est vouée à disparaitre.

Et la fin de la devise européenne, ce serait pour quand ?

Je ne veux pas me hasarder dans un pronostic chiffré, mais cela pourrait être assez rapide. J’estime qu’avant cinq ans, les pays européens auront largement commencé à se retirer de la zone euro pour revenir à leur monnaie nationale. La fin de l’euro s’effectuera par paliers.

Cette monnaie restera un certain temps entre 1,20 et 1,26 dollar, puis viendra une période où elle s’échangera entre 1,12 et 1,14. Enfin, si la “ligne de flottaison” historique à 1,08 dollar est rompue… Ce sera alors le plongeon final…

Les pays de la zone euro pourraient-ils récupérer leur monnaie nationale ?

Je crois que cela est inexorable. C’est d’ailleurs le seul plan de sauvetage possible. L’euro tel qu’il a Ă©tĂ© conçu n’est qu’un leurre. Nous sommes entrĂ©s dans la seconde phase d’une crise mondiale. Une crise qui est structurelle et systĂ©mique.

On a voulu fabriquer une Europe sur le modèle des États-Unis et cela n’est absolument pas viable. Ce qui se passe aujourd’hui avec la Grèce est le premier symptôme du dysfonctionnement.

Quand un État connaît une évolution sociale, financière et salariale qui le met en porte-à-faux par rapport à ses pays partenaires en matière de commerce ou vis-à-vis d’une monnaie commune, on parle alors de “choc asymétrique”. Quand un pays est souverain, il peut régler ce problème par un réajustement, par une dépréciation ou une dévaluation de sa monnaie. Dans le cas présent c’est impossible.

Mais le pouvoir européen voudrait placer les pays de la zone euro – et les Allemands l’ensemble de l’Union européenne – sous tutelle, justement pour en ajuster les économies…

Cette harmonisation fiscale et salariale est impossible. C’est-à-dire placer tout le monde au même niveau pour liquider ce choc asymétrique. La Grande-Bretagne refuse catégoriquement. Les pays de l’Est ne sont pas entrés dans l’Union pour cela, et pour tous les autres, on risque de se retrouver avec une situation de révolte semblable à celle de Mai 68.

En ce moment, l’Europe est euphorique parce qu’elle est droguée à l’endettement. Or cette “solution” ne fait qu’augmenter la dose de drogue en créant encore plus de dettes !

On peut éventuellement créer une embellie temporaire sur les marchés boursiers mais on ne pourra pas sauver “le soldat euro” de cette façon. Tout cet argent sera finalement ponctionné auprès des contribuables. On va aller vers une paupérisation grandissante des peuples européens, ce qui risque d’entraîner une crise sociale importante. On le voit déjà aujourd’hui : les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux qui, comme le nôtre (la Suisse, Ndlr), ont conservé leur monnaie.

Quel est votre intérêt à vous exprimer dans les médias ?

Depuis l’article de La Tribune de Genève, je n’ai pris que des coups. J’essaie simplement de faire passer, dans le débat démocratique, un autre avis que celui qui est formulé par le consensus financier.

Mon combat est celui de la vérité et de l’honneur. Beaucoup de gens partagent mon opinion.

Parfois, le progrès, c’est de savoir revenir en arrière.

Propos recueillis par Clovis Casadue pour la revue Flash

Publié en exclusivité sur Mecanopolis, avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction

Télécharger l’article de la revue au format pdf

Reproduction libre avec indication des sources


Sommaire de FLASH n°41 :

• Contre la mondialisation : vive le vin français ! Entretien exclusif avec l’œnologue Alexandre Rougé, part en guerre contre le pinard Mc World !

• La basilique de Saint-Denis en ruine ? Karim Ouchikh vole au secours des tombeaux des rois de France. Flash relaie la pétition des Manants du Roi en page 7

• Bhoutan : le pays où l’immigration est interdite. L’Île de Sercq, du droit féodal aux prédateurs capitalistes… Les révélations de Christian Bouchet en pages 8 et 9

• Délinquances : Alain Soral fait le tri en page 11

• Les bois sculptés de Jean de Villiers, artisan français : Marie-Claire Roy les a vus pour vous en page 14

• Contre le fléau Lady Gaga, Nicolas Gauthier a trouvé l’antidote en page 15. C’est Corinne Bailey Rae !

• Clermont-Ferrand, champion de France de rugby ? Gabriel Fouquet salue l’exploit de cette équipe pas comme les autres en page 16…

Pour vous abonner en ligne et en toute sécurité : www.flashmagazine.fr

flash41

juin 01 2010

De l’echec des marchés au nouvel ordre économique mondial

La crise économique qui sévit depuis l’automne 2008 a des conséquences dans le monde entier. La menace d’insolvabilité de différents Etats en constitue actuellement le point culminant. Un redressement durable de l’économie n’est pas pour demain.

Alarmés par les effets dévastateurs de la crise, avant tout pour les pays en développement et parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec les tentatives de solution rapides de quelques pays du G 20, l’ex-président de l’Assemblée générale des Nations Unies Miguel d’Escoto Brockmann et Joseph Stiglitz ont convoqué l’été dernier un sommet de crise de l’ONU qui partait de l’idée que la crise concernait la totalité de la communauté internationale et que tous les peuples devaient avoir leur mot à dire dans la recherche de solutions. Beaucoup d’idées du rapport que Stiglitz avait élaboré avec d’autres personnes au sein d’une commission préparatoire ont été discutées et présentées dans une déclaration finale. Le rapport demandait des réformes profondes des marchés financiers internationaux, notamment un Conseil économique mondial représentatif et des contrôles éta­tiques de la circulation des capitaux. Ce rapport a été rejeté par les pays industrialisés.

Il est d’autant plus salutaire que Joseph Stiglitz publie maintenant un ouvrage inti­tulé «Le triomphe de la cupidité» dans lequel, inspiré par le respect de la souveraineté des Etat nations, il expose de manière claire ses vues sur la crise et ses causes: Les guerres qui, depuis le début des années 1990, ont coûté des sommes colossales et ont nécessité un gonflement artificiel de l’argent (cf. «Une guerre à 3000 milliards de dollars»), les effets dévastateurs des contraintes pour le tiers monde (cf. «La grande désillusion»), la déréglementation et le déchaînement des marchés qu’elle a entraîné, les mauvais stimulants et la répartition injuste des richesses ont mené le monde au bord de l’abîme.

Au lieu de proposer des mesures hâtives, Stiglitz invite à une réflexion commune approfondie. Désireux d’éviter les crises fu­tures, il expose dans toute leur complexité les tâches que nous impose l’avenir et il nous invite à trouver des solutions humaines. Après l’échec de toutes les solutions envisagées jusqu’ici, nous devons rassembler toutes les forces de la réflexion et le lecteur lui-même est appelé à prendre ses responsabilités. Sans accuser personne individuellement et avec une grande franchise, Stiglitz évoque les négligences et les mauvaises décisions qui ont conduit au désastre actuel. La question est de savoir si les pays pourront être assez indépendants et consensuels pour s’atteler ensemble à cette tâche.

Nous reproduisons ci-dessous la préface du livre de Stiglitz auquel nous souhaitons un large public. Il est à la portée de tout lecteur attentif.

Horizons et Débats*

noem

Dans la Grande Récession qui a commencé en 2008, plusieurs millions de personnes, en Amérique et dans le monde entier, ont perdu maison et emploi. Beaucoup plus ont été tenaillés par l’angoisse de les perdre aussi, et pratiquement tous ceux qui avaient fait quelques économies pour leur retraite ou les études de leurs enfants ont vu ces investissements se réduire à peau de chagrin. Née en Amérique, la crise a vite gagné toute la planète: des dizaines de millions de personnes dans le monde ont perdu leur travail – 20 millions pour la seule République populaire de Chine –, des dizaines de millions de vies ont sombré dans la pauvreté.1

Ce n’est pas ce qui était prévu. La théorie économique en vigueur, avec sa foi dans le libre marché et la mondialisation, avait promis la prospérité à tous. La «nouvelle économie» tant vantée – les innovations stupéfiantes des dernières décennies du XXe siècle, dont la déréglementation et l’ingénierie financière – devait nous permettre de mieux gérer le risque et mettre un point final au cycle des affaires. Et si, à elles deux, la nouvelle économie et la théorie économique moderne n’avaient pas totalement anéanti les fluctuations économiques, elles les avaient domptées. Du moins le disait-on.

La Grande Récession a pulvérisé ces illusions. C’est à l’évidence le pire effondrement économique depuis la Grande Dépression d’il y a soixante-quinze ans. Il nous contraint à repenser ce que nous avons si longtemps adoré. Cela fait un quart de siècle que règnent certaines idées: les marchés libres et sans entraves sont efficaces; s’ils font des erreurs, ils les corrigent vite; le meilleur Etat est le plus discret; la réglementation n’est qu’un obstacle à l’innovation; les banques centrales doivent être indépendantes et avoir pour seul souci de contenir l’inflation. Aujourd’hui, même le grand-prêtre de cette idéologie, Alan Greenspan, président du Federal Reserve Board à l’époque où prévalaient ces principes, reconnaît que quelque chose clochait dans ce raisonnement. Mais cet aveu arrive trop tard pour les très nombreuses victimes.

«Je suis persuadé que les marchés sont au cœur de toute économie dynamique mais ne fonctionnent pas bien tout seuls.»

Ce livre parle d’un combat d’idées: il porte sur les idées à l’origine des politiques désastreuses qui ont provoqué la crise, et sur les leçons que nous en tirons. Avec le temps, toute crise a une fin. Mais aucune, surtout lorsqu’elle est d’une telle gravité, ne disparait sans laisser d’héritage. Celle de 2008 nous léguera, entre autres, de nouveaux éclairages sur une vieille controverse: quel est le système économique le plus bénéfique? Le duel entre capitalisme et communisme est peut-être

fini, mais les économies de marché sont très diverses, et le débat fait rage à propos de leurs mérites respectifs.

Je suis persuadé que les marchés sont au cœur de toute économie dynamique mais ne fonctionnent pas bien tout seuls. Je m’inscris à cet égard dans la tradition inaugurée par l’illustre économiste britannique John Maynard Keynes, dont la haute stature domine la recherche économique de notre temps. L’Etat a un rôle, qui ne se réduit pas à venir sauver l’économie quand les marchés chancellent et à réglementer pour éviter le type d’effondrement que nous venons de vivre. Les économies ont besoin d’équilibrer le rôle du marché et celui de l’Etat – tout en recevant d’importantes contributions d’institutions qui ne relèvent ni du marché ni de l’Etat. Depuis vingt-cinq ans, l’Amérique a perdu cet équilibre, et elle a imposé sa vision déséquilibrée au monde entier.

Des idées fausses ont conduit à la crise, et c’est aussi à cause d’elles que les décideurs du secteur privé et les responsables de l’action publique ont eu du mal à voir que les problèmes

s’envenimaient, puis ont été incapables de gérer efficacement les retombées. C’est ce que ce livre va expliquer. La durée de la récession dépendra des politiques que nous suivrons. Les erreurs déjà commises vont la prolonger et l’aggraver. Mais la gestion de la crise n’est que l’une de mes préoccupations: je me soucie également de ce qui en sortira. Nous ne pouvons pas revenir et nous ne reviendrons pas à ce qui existait «avant».

«Les économies ont besoin d’équilibrer le rôle du marché et celui de l’Etat – tout en recevant d’importantes contributions d’institutions qui ne relèvent ni du marché ni de l’Etat.»

Avant la crise, les Etats-Unis, et le monde entier, étaient confrontés à de nombreux problèmes; la nécessité de s’adapter au réchauffement de la planète n’était pas le moindre; le rythme de la mondialisation imposait aux économies des changements structurels ra­pides qui mettaient nombre d’entre elles à rude épreuve. Après la crise, ces défis seront toujours là, encore plus importants, mais les ressources dont nous disposerons pour y faire face auront considérablement diminué.

La crise conduira, je l’espère, à un changement dans l’action publique et dans les idées. Si nous prenons les bonnes décisions, pas les plus commodes politiquement ou socialement, nous allons réduire les risques de nouvelles crises et peut-être même accélérer le type d’innovations réelles qui améliorent la vie dans le monde entier. Si nous prenons les mauvaises, nous sortirons de la récession avec une société plus divisée et une économie plus vulnérable aux crises, moins bien armée pour affronter les défis du XXIe siècle.

L’un des objectifs de ce livre est d’aider à se faire une meilleure idée de l’ordre mondial d’après crise qui finira par apparaître, et à mieux comprendre comment ce que nous faisons aujourd’hui contribue à le modeler, pour le meilleur ou pour le pire.

On aurait pu croire que la crise de 2008 mettrait fin au débat sur le fanatisme du marché – la doctrine «fondamentaliste» qui soutient que, si on ne lui impose aucune en­trave, le libre jeu des marchés peut assurer la prospérité et la croissance économiques. On aurait pu croire que personne ne soutiendrait plus jamais – ou du moins pas avant que le souvenir de cette crise se soit estompé dans le lointain passé – que les marchés se corrigent d’eux-mêmes et que nous pouvons faire confiance au comportement intéressé de leurs acteurs pour que tout se passe bien.

«En 1997, j’ai vu avec horreur le département américain du Trésor et le Fonds monétaire international (FMI) proposer, face à la crise asiatique, un ensemble de mesures qui faisaient retour aux politiques malavisées du président Herbert Hoover pendant la Grande Dépression et ne pouvaient qu’échouer.»

Mais ceux à qui le fanatisme du marché a si bien réussi interprètent la situation tout autrement. Selon certains, notre économie a eu un «accident», et les accidents, ça arrive. Nul ne suggère que nous cessions de conduire parce que, de temps en temps, il y a une collision. Pour les tenants de cette position, nous devons revenir au monde d’avant 2008 le plus vite possible. Les banquiers n’ont rien fait de mal, assurent-ils.2

Donnons aux banques l’argent qu’elles demandent, ajustons un peu les réglementations, signifions sans ménagement aux autorités de contrôle qu’elles ne doivent plus laisser les Bernie Madoff frauder impunément, ajoutons quelques cours d’éthique au programme des écoles d’affaires, et nous sortirons de la crise en pleine forme.

Je vais montrer dans ce livre que les problèmes sont plus profonds. Dans les vingt-cinq dernières années, notre système financier, ce mécanisme prétendument capable de s’autoréguler, a été sauvé de multiples fois par l’Etat. De sa survie, nous avons tiré une fausse leçon: qu’il fonctionnait tout seul. En réalité, pour la plupart des Américains, notre économie d’avant la crise n’était pas si efficace. Certains prospéraient, oui, mais pas l’Américain moyen.

L’économiste regarde une crise comme le médecin examine une pathologie: en observant ce qui se passe en situation anor­male, l’un et l’autre apprennent bien des choses sur l’état normal. Face à la crise de 2008, je me sentais mieux armé que d’autres observateurs: j’étais, en un sens, un «vétéran des crises», un «crisologue». Ce n’était évidemment pas la première crise majeure de ces dernières années. Dans les pays en développement, les crises éclatent avec une régularité alarmante – de 1970 à 2007, une étude en a dénombré 124.3 J’étais économiste en chef à la Banque mondiale pendant la dernière crise financière internationale, en 1997–1998. Je l’ai vue naître en Thaïlande, s’étendre à d’autres pays asiatiques, puis gagner l’Amérique latine et la Russie. C’était un cas classique de contagion: la défaillance d’une région du système économique mondial faisait tache d’huile dans d’autres. Les conséquences complètes d’une crise économique peuvent mettre des années à se manifester. La crise argentine a commencé en 1995 dans le sillage de la crise mexicaine, elle a été exacerbée par les crises asiatiques de 1997, puis par la crise brésilienne de 1998, mais l’effondrement total n’a eu lieu que fin 2001.

Les économistes sont peut-être fiers des progrès qu’a faits leur science dans les sept décennies qui nous séparent de la Grande Dépression, mais ils ne sont pas pour autant unanimes sur la bonne façon de gérer les crises. En 1997, j’ai vu avec horreur le département américain du Trésor et le Fonds monétaire international (FMI) proposer, face à la crise asiatique, un ensemble de mesures qui faisaient retour aux politiques malavisées du président Herbert Hoover pendant la Grande Dépression et ne pouvaient qu’échouer.

C’est donc avec un sentiment de déjà-vu que j’ai regardé, une fois de plus, le monde glisser vers la crise en 2007. Entre ce que j’ai observé alors et une décennie plus tôt, les similitudes étaient troublantes. Je n’en citerai qu’une: la négation initiale de la crise dans le discours public. Il y a dix ans, le Trésor et le Fonds monétaire avaient d’abord nié qu’il y eût une récession/dépression en Asie. Larry Summers, alors sous-secrétaire au Trésor et aujourd’hui premier conseiller économique du président Obama, est sorti de ses gonds quand Jean-Michel Severino, à l’époque vice-président de la Banque mondiale pour l’Asie orientale, a utilisé le mot en R (Récession) et le mot en D (Dépression) pour décrire ce qui se passait. Mais comment qualifier autrement un effondrement économique qui avait privé de leur emploi 40% des habitants de Java, l’île centrale de l’Indonésie?

Même tableau en 2008: l’administration Bush a commencé par nier tout problème sérieux. Nous avions simplement construit quelques maisons de trop, a suggéré le président.4 Dans les premiers mois de la crise, le Trésor et la Federal Reserve zigzaguaient comme des chauffeurs ivres: ils sauvaient certaines banques et en laissaient d’autres couler. Impossible de comprendre en vertu de quels principes ils prenaient leurs décisions. Les responsables de l’administration Bush disaient agir de façon pragmatique, et – soyons justes – ils étaient en terra incognita.

Tandis que les nuages commençaient à s’accumuler sur l’économie américaine, en 2007 et au début de 2008, une question était souvent posée aux économistes: une nouvelle dépression, ou même une récession grave, était-elle possible? NON! répondaient d’instinct la plupart d’entre eux. Avec les progrès de la science économique, y compris le savoir sur la façon de gérer l’économie mon­diale, de nombreux experts jugeaient une cata­strophe inconcevable. Pourtant, dix ans plus tôt, quand avait éclaté la crise asiatique, nous avions échoué, et lamentablement.

«Les théories économiques incorrectes avaient inspiré des mesures incorrectes […].»

Les théories économiques incorrectes avaient inspiré des mesures incorrectes, mais ceux qui les avaient préconisées pensaient, bien sûr, qu’elles allaient fonctionner. Ils ont eu tort. Ces mauvaises politiques ont non seulement déclenché, mais aggravé et prolongé la crise asiatique, et laissé des économies affaiblies et des montagnes de dettes.

L’échec d’il y a dix ans a été aussi, en partie, un échec de la politique mondiale. La crise avait frappé des pays en développement – la «périphérie» du système écono­mique mondial, comme on dit parfois. Ceux qui géraient ce système pensaient moins à protéger la vie et les moyens d’existence des habitants de ces pays qu’à sauver les banques occidentales qui leur avaient prêté de l’argent. Aujourd’hui, alors que l’Amérique et le reste du monde ne parviennent pas à rendre à leurs économies une croissance vigoureuse, l’échec est à nouveau technique et politique.

Chute libre

En 2008, quand l’économie mondiale a basculé dans le vide, nos convictions l’ont fait aussi. Des idées bien établies sur la théorie économique, sur l’Amérique, sur nos héros, sont tombées dans l’abîme. Au lendemain de la précédente crise financière d’enver­gure, le 15 février 1999, l’hebdomadaire Time avait représenté en couverture le président de la Federal Reserve, Alan Greenspan, et le secrétaire au Trésor, Robert Rubin (auxquels on avait longtemps attribué le mérite du boom des années 1990), en compagnie de leur protégé, Larry Summers, avec cette légende: «Le Comité pour sauver le monde.» Et la mentalité populaire les regardait bel et bien comme des dieux. En 2000, le journaliste d’investigation et auteur à succès Bob Woodward a publié une hagiographie de Greenspan intitulée «Maestro».5

Témoin direct de la gestion de la crise asia­tique, j’étais moins admiratif que Time ou que Bob Woodward. Pour moi, et pour la plupart des habitants des pays d’Asie orientale, les politiques imposées par le FMI et le Trésor sur ordre du «Comité pour sauver le monde» avaient considérablement aggravé les crises. Elles révélaient une incompréhension des fondamentaux de la macroéconomie mo­derne, qui, lorsque la situation d’une économie se dégrade, exigent des politiques budgétaire et monétaire expansionnistes.6

«En tant que société, nous avons à présent perdu tout respect pour nos anciens gourous économiques.»

En tant que société, nous avons à présent perdu tout respect pour nos anciens gourous économiques. Ces dernières années, pour demander conseil sur la gestion de ce système complexe qu’est notre économie, nous nous tournions vers Wall Street globalement – pas seulement vers les demi-dieux comme Rubin et Greenspan. Aujourd’hui, vers qui nous tourner? Pour l’essentiel, les économistes non plus n’ont pas été d’un grand secours. Beaucoup ont fourni l’armure intellectuelle qu’ont revêtue les politiques dans la marche à la déréglementation.

On détourne souvent notre attention du combat d’idées en l’attirant sur le rôle des individus: les voyous qui ont créé la crise, les héros qui nous ont sauvés. C’est regrettable. D’autres écriront (et ont d’ailleurs déjà écrit) des livres à charge contre tel ou tel politique, tel ou tel financier qui ont contribué à nous orienter vers la crise en cours. Cet ouvrage a un autre objectif. Il considère que la quasi-totalité des mesures cruciales, comme celles qui concernent la déréglementation, ont été dues à des «forces» politiques et écono­miques – des intérêts, des idées et des idéologies – qui transcendent tout individu.

En 1987, quand le président Ronald Reagan a nommé Greenspan à la tête de la Federal Reserve, il cherchait un partisan convaincu de la déréglementation. Paul Volcker, son prédécesseur, avait très brillamment réussi à la banque centrale en ramenant le taux d’inflation des Etats-Unis de 11,3% en 1979 à 3,6% en 1987.7 Normalement, après cet exploit, il aurait dû être automatiquement reconduit dans ses fonctions. Mais Volcker comprenait l’importance des réglementations, et Reagan voulait quelqu’un qui travaillerait à les démanteler. Si Greenspan n’avait pas été là, beaucoup d’autres auraient pu et voulu le faire. Le problème n’était pas tant Greenspan que l’idéologie de la déréglementation, qui avait établi son emprise.

«Trouver la racine du mal, c’est comme peler un oignon. Chaque explication soulève de nouvelles questions à un niveau inférieur.»

Il va être essentiellement question ici des croyances économiques et de la façon dont elles influencent l’action publique. Cela dit, pour voir le lien entre la crise et les cro­yances, il faut d’abord démêler l’écheveau des événements. Ce livre n’est pas un polar, mais d’importants éléments de ce qu’il raconte pourraient faire un bon roman policier. Comment la plus grande économie du monde a-t-elle coulé à pic? Quelles politiques et quels événements ont déclenché l’effondrement de 2008? Si nous ne pouvons nous entendre sur les réponses à ces questions, nous ne pourrons pas non plus nous mettre d’accord sur ce qu’il faut faire, tant pour sortir de cette crise que pour prévenir la prochaine. Mesurer le poids relatif de la mauvaise conduite des banques, de l’impéritie des autorités de contrôle et du lax­isme de la politique monétaire de la Federal Reserve n’est pas facile, mais j’expliquerai pourquoi les principaux responsables à mes yeux sont les institutions financières et les marchés financiers.

Trouver la racine du mal, c’est comme peler un oignon. Chaque explication sou­lève de nouvelles questions à un niveau inférieur. Des incitations perverses ont encouragé chez les banquiers un comportement risqué, à courte vue. Mais pourquoi y avait-il des incitations perverses? Une réponse s’impose aussitôt: les problèmes de gouver­nance d’entreprise, la façon dont étaient déterminées les incitations et les rémunérations. Mais pourquoi la discipline du marché ne s’est-elle pas exercée contre cette mauvaise gouver­nance d’entreprise, contre ces incitations mal structurées? La sélection naturelle est censée opérer par la survie du plus apte: les entreprises dont la gouvernance et les structures d’incitation étaient les plus aptes au succès durable auraient dû prospérer. Ce principe est l’une des victimes de cette crise. Quand on réfléchit aux problèmes qu’elle a révélés dans le monde financier, on voit clairement qu’ils sont d’ordre plus général, et qu’il y en a de comparables dans d’autres secteurs d’activité. Et il y a aussi cette vérité frappante, à savoir à quel point, lorsqu’on ne s’arrête pas à la surface des choses, lorsqu’on regarde au-delà des nouveaux produits financiers, des prêts hypothécaires subprime ou des collateralized debt instruments – les titres de cré­ance adossés à des actifs –, cette crise apparaît identique à beaucoup de celles qui l’ont précédée, aux Etats-Unis comme à l’étranger. Il y avait une bulle, et elle a éclaté, en apportant la dévastation dans son sillage. Cette bulle était alimentée par des prêts douteux des banques, qui acceptaient pour nantissement des actifs dont la valeur était gonflée par la bulle. Des innovations récentes ont permis aux banques de cacher une bonne partie de leurs prêts pourris, de les retirer de leur bilan, et d’accroître ainsi leur effet de levier – ce qui a rendu la bulle encore plus grosse et le chaos quand elle a éclaté en­core plus grave. De nouveaux instruments, les credit default swaps, prétendument conçus pour gérer le risque mais visant tout autant, en fait, à tromper les autorités régulatrices, se sont révélés si complexes qu’ils ont amplifié le danger. D’où la grande question, qui va nous occuper dans une bonne partie de ce livre –, comment et pourquoi avons-nous laissé ce mécanisme se reproduire une fois de plus, et à si grande échelle?

«Mais la crise n’est pas un cataclysme qui serait «arrivé» aux marchés financiers; elle est de fabrication humaine: Wall Street se l’est lui-même infligée, à lui et au reste de la société.»

Chercher les raisons profondes est diffi­cile, mais quelques explications simples peuvent être aisément rejetées. Les professionnels de Wall Street, je l’ai dit, veulent croire qu’à titre personnel ils n’ont rien fait de mal, et aussi que le système était fondamentalement juste. Ils sont persuadés d’être les malheureuses victimes d’un ouragan comme il s’en produit une fois tous les mille ans. Mais la crise n’est pas un cataclysme qui serait «arrivé» aux marchés financiers; elle est de fabrication humaine: Wall Street se l’est lui-même infligée, à lui et au reste de la société.

Pour ceux qui n’acceptent pas comme argument le «ça arrive», les défenseurs de Wall Street en ont d’autres. «C’est l’Etat qui nous a poussés à agir ainsi, en encourageant les gens à devenir propriétaires et les banques à prêter aux pauvres.» Ou encore: «L’Etat aurait dû nous arrêter; c’est la faute des autorités de contrôle.» Il y a quelque chose de particulièrement déplaisant dans ces efforts du système financier américain pour dévier le tir vers d’autres cibles, et, dans les chapitres qui suivent, nous verrons pourquoi ces arguments ne sont pas convaincants.

Les fidèles du système avancent aussi une troisième ligne de défense, la même qu’il y a quelques années, au temps des scandales Enron et Worldcom: tout système a ses brebis galeuses, et le nôtre – autorités de contrôle et investisseurs compris – n’a pas réussi à s’en protéger suffisamment; aux Ken Lay (PDG d’Enron) et Bernie Ebbers (PDG de Worldcom) des premières années de la décennie, nous devons ajouter aujourd’hui Bernie Madoff et beaucoup d’autres (dont Allen Stanford et Raj Rajaratnam), qui vont être traduits en justice. En réalité, alors comme aujourd’hui, la question ne se réduit pas aux méfaits de quelques-uns. Les défenseurs du secteur financier ne veulent pas comprendre que c’est leur tonneau qui était pourri.8, 9

«Les défenseurs du secteur financier ne veulent pas comprendre que c’est leur tonneau qui était pourri.»

Face à des problèmes aussi omniprésents et permanents que ceux qui ont accablé le système financier américain, on ne peut tirer qu’une seule conclusion: ils sont systémiques. Avec ses fortes rémunérations et son obsession du profit, Wall Street attire peut-être plus que sa part de personnages éthiquement faibles, mais l’universalité du problème indique qu’il y a des vices fondamentaux dans le système.

Difficultés d’interprétation

En matière d’action publique, il est encore plus difficile de déterminer s’il y a succès ou échec que de dire à qui ou à quoi en attribuer le mérite (ou la faute). Mais qu’est-ce que réussir ou échouer? Pour les observateurs américains et européens, les renflouements de 1997 en Asie ont été un succès parce que les Etats-Unis et l’Europe n’ont pas été touchés. Pour les habitants de la région, qui ont vu leurs économies ravagées, leurs rêves détruits, leurs entreprises liquidées et leurs pays accablés de milliards de dollars de dettes, ces renflouements ont été un terrible échec. Selon leurs adversaires, les politiques du FMI et du Trésor ont aggravé la situation. Selon leurs partisans, elles ont empêché le désastre. Et c’est là que leur raisonnement ne tient pas. Que se serait-il passé si nous avions suivi d’autres politiques? Les mesures du FMI et du Trésor ont-elles prolongé et exacerbé la récession, ou l’ont-elles abrégée et atténuée? Voilà les vraies questions. J’estime qu’elles ont une réponse claire: les hausses de taux d’intérêt et les réductions de dépenses pu­bliques imposées par le FMI et le Trésor (politiques diamétralement opposées à celles que l’on met en œuvre aux Etats-Unis et en Europe dans la crise actuelle) ont aggravé les choses.10 Les pays d’Asie orientale ont fini par se relever, mais malgré ces mesures, pas grâce à elles.

Voici une autre illusion comparable. Au vu de la longue expansion de l’économie mondiale à l’époque de la déréglementation, beaucoup ont conclu que les marchés laissés à eux-mêmes fonctionnaient bien – que la déréglementation avait permis cette croissance forte, qui serait durable. La réalité était tout à fait différente. La croissance reposait sur une montagne de dettes; ses fondements étaient fragiles, pour ne pas dire plus. Combien de fois les banques occidentales ont-elles été sauvées des extravagances de leurs pratiques de prêt par des renflouements? En Thaïlande, en Corée du Sud et en Indonésie, certes, mais aussi au Mexique, au Brésil, en Argentine, en Russie … – la liste serait sans fin ou presque.11 près chaque épisode, le monde continuait plus ou moins comme avant, et beaucoup en déduisaient que les marchés fonctionnaient parfaitement. Or c’était l’Etat qui, par ses interventions répétées, les sauvait de leurs bévues. Ceux qui avaient conclu que tout allait bien dans l’économie de marché avaient raisonné de travers, mais l’erreur n’est devenue «évidente» que lorsqu’une crise si gigantesque qu’on ne pouvait l’ignorer s’est produite ici.

Ces débats sur les effets de certaines poli­tiques aident à comprendre pourquoi les idées fausses peuvent se maintenir si longtemps. A mes yeux, la Grande Récession de 2008 était l’inévitable conséquence des politiques suivies les années précédentes.

Que ces politiques aient été modelées par des intérêts particuliers – les marchés financiers –, c’est évident. Le rôle de la théorie économique est plus complexe. Dans la longue liste de ceux qui sont à blâmer pour la crise, j’inclurai la profession des écono­mistes: elle a fourni aux intérêts particuliers des arguments sur l’efficacité et l’autorégulation des marchés – alors même que les progrès de la recherche au cours des vingt années précédentes avaient précisé les conditions fort restrictives dans lesquelles ces thèses étaient vérifiées. Il est à peu près certain que la crise va changer la science économique (sa théorie et sa pratique) autant que l’économie, et dans l’avant-dernier chapitre j’analyserai certains de ces changements.

«Il est à peu près certain que la crise va changer la science économique (sa théorie et sa pratique) autant que l’économie […].»

On me demande souvent comment la profession a pu se tromper à ce point. Il y a toujours eu des économistes «pessimistes», auxquels l’avenir paraît lourd de problèmes et qui ont prédit neuf des cinq dernières récessions. Mais il y avait un petit groupe d’économistes qui n’étaient pas seulement des pessimistes: ils partageaient aussi un ensemble d’idées expliquant pourquoi l’économie allait vers ces problèmes inévitables. Quand nous nous retrouvions lors de divers rassemblements annuels, tel le Forum économique mondial de Davos, chaque hiver, nous partagions nos diagnostics et tentions de déterminer pourquoi l’heure de vérité, que chacun de nous voyait si clairement arriver, n’avait pas encore sonné.

Nous, économistes, nous sommes bons pour repérer les forces profondes qui sont à l’œuvre; nous ne sommes pas bons pour prédire les dates avec précision. Au forum de 2007 à Davos, je me suis trouvé en position inconfortable. J’avais prédit de plus en plus vigoureusement, au cours des réunions annuelles précédentes, l’imminence de graves problèmes. Or l’expansion économique mondiale s’était poursuivie à bon rythme. Son taux de croissance, 7%, était quasiment sans précédent, et apportait même de bonnes nouvelles à l’Afrique et à l’Amérique latine. J’ai dit à l’assistance qu’il y avait deux interprétations possibles: soit mes principes théoriques étaient faux, soit la crise, quand elle frapperait, serait encore plus dure et plus longue. J’optais évidemment pour la seconde.

«La crise actuelle a révélé des vices fondamentaux du sy­stème capitaliste, ou du moins de la variante du capitalisme qui a émergé aux Etats-Unis dans les dernières décennies du XXe siècle […].»

La crise actuelle a révélé des vices fondamentaux du système capitaliste, ou du moins de la variante du capitalisme qui a émergé aux Etats-Unis dans les dernières décennies du XXe siècle (parfois nommée capitalisme «de style américain» ou «à l’américaine»). Il ne s’agit ni d’une question d’individus corrompus ou d’erreurs spécifiques, ni de quelques petits problèmes à résoudre ou ajustements à opérer.

Ces vices, nous, Américains, avons eu du mal à les voir. Nous voulions tant croire en notre système économique! «Notre équipe» avait fait tellement mieux que nos ennemis jurés du bloc soviétique! La force de notre système nous avait permis de triompher de la faiblesse du leur. Nous défendions notre équipe dans tous les matchs: Etats-Unis contre Europe, Etats-Unis contre Japon. Quand le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a dénigré la «vieille Europe» pour son opposition à notre guerre en Irak, le match qu’il avait à l’esprit était clair: la sclérose du modèle social européen contre le dynamisme américain. Dans les années 1980, les succès du Japon nous avaient fait un peu douter de notre supériorité. Notre système était-il vraiment meilleur que «Japon SA»? Cette an­goisse explique en partie pourquoi certains ont été si soulagés par la crise asiatique de 1997, par l’effondrement d’une Asie orien­tale où tant de pays avaient adopté des traits du modèle japonais.12 Nous nous sommes abstenus de tout triomphalisme ouvert à propos des dix ans de stagnation du Japon dans la décennie 1990, mais nous lui avons vivement conseillé d’adopter notre style de capita­lisme.

Les chiffres nous renforçaient dans nos fausses certitudes. Notre économie avait une croissance tellement plus rapide que la quasi-totalité des autres, sauf la Chine – et, avec les problèmes que nous pensions voir dans le système bancaire chinois, la Chine allait s’écrouler aussi, ce n’était qu’une question de temps.13 Du moins le croyions-nous.

Ce n’est pas la première fois que des jugements (dont ceux, éminemment faillibles, de Wall Street) ont été fondés sur une mauvaise lecture des chiffres. Dans la décennie 1990, on a exalté l’Argentine comme le grand succès de l’Amérique latine – le triomphe du «fanatisme du marché» dans le Sud. Ses statistiques de croissance ont paru bonnes pendant quelques années. Mais, comme aux Etats-Unis, cette croissance reposait sur une accumulation de dettes finançant une consommation d’une envergure insoutenable. Finalement, en décembre 2001, les dettes sont devenues si écrasantes que l’économie s’est effondrée.14

Aujourd’hui encore, beaucoup nient l’ampleur des problèmes qui se posent à notre économie de marché. Une fois surmontées nos épreuves actuelles – et toute récession a une fin –, ils s’attendent à la reprise d’une croissance solide. Mais un regard plus attentif sur l’économie américaine suggère qu’elle souffre de maux plus profonds: c’est une société de plus en plus inégalitaire, où même les classes moyennes voient leurs revenus stagner depuis dix ans; c’est un pays où, malgré des exceptions spectaculaires, les chances statistiques qu’a un Américain pauvre de parvenir au sommet sont plus faibles que dans la «vieille Europe»,15 et où les résultats moyens aux tests pédagogiques internationaux sont au mieux passables.16 Tout indique qu’aux Etats-Unis plusieurs secteurs économiques cruciaux autres que la finance sont en difficulté, notamment la santé, l’énergie et l’industrie manufacturière.

Mais les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne se trouvent pas seulement au sein de nos frontières. Les déséquilibres commerciaux planétaires qui existaient avant la crise ne vont pas s’évaporer. Il est impossible, dans une économie mondialisée, de résoudre pleinement les problèmes de l’Amérique sans les appréhender en contexte élargi. C’est la demande mondiale qui déterminera la croissance mondiale, et, sans une économie mondiale dynamique, les Etats-Unis auront du mal à réaliser une reprise robuste au lieu de glisser dans une stagnation à la japonaise. Or assurer le dynamisme de l’économie mondiale risque d’être difficile tant qu’une partie du monde continue à produire beaucoup plus qu’elle ne consomme et une autre à consommer beaucoup plus qu’elle ne produit (alors qu’elle devrait épargner pour répondre aux besoins de sa population vieillissante).

«Nombre de ceux qui travaillent dans ce secteur, en fait, se sentent tout aussi victimes que les autres. Ils ont perdu une grande partie des économies qu’ils avaient accumulées pendant leur vie.»

Quand j’ai commencé à écrire ce livre, l’heure était à l’espoir: le nouveau président, Barack Obama, allait corriger les politiques mal orientées de l’administration Bush, et nous allions avancer simultanément vers la reprise immédiate et le règlement de nos problèmes de fond. Le déficit budgétaire serait momentanément plus élevé, mais l’argent serait bien dépensé: on allait aider les familles à garder leur maison, faire des investissements qui augmenteraient la productivité à long terme et protégeraient l’environnement, et imposer aux banques, en échange de toute aide financière publique, d’indemniser la population du risque qu’elle assumait en lui versant une part de leurs futurs profits.

La rédaction de l’ouvrage a été pénible: mes espoirs n’ont été qu’en partie satisfaits. Certes, nous devons nous réjouir d’avoir été éloignés du bord de l’abîme, du désa­stre que tant de gens sentaient imminent à l’au­tomne 2008. Mais certains cadeaux faits aux banques ont été aussi néfastes que tout ce qu’avait fait le président Bush, et l’aide aux propriétaires en difficulté inférieure à ce que j’avais attendu. Dans le système financier en gestation, la concurrence a diminué et le problème des banques «trop grandes pour faire faillite» s’est encore amplifié. L’argent qu’on aurait pu consacrer à restructurer l’économie et à créer de nouvelles entreprises dynamiques a été dilapidé dans le sauvetage de vieilles firmes en faillite. D’autres aspects de la politique économique d’Obama s’ori­entent nettement dans la bonne direction. Mais après avoir reproché à Bush certaines mesures, il serait injuste de ne pas protester quand son successeur prend les mêmes.

Ecrire ce livre a été éprouvant pour une autre raison. Je critique – certains diront que je dénigre – les banques et les banquiers, ainsi que d’autres professionnels de la fi­nance. J’ai beaucoup d’amis dans ce secteur: des hommes et des femmes intelligents et dévoués, de bons citoyens qui cherchent sérieusement comment apporter leur contribution à une société qui les a si amplement rétribués. Lorsqu’ils croient à une cause, ils donnent généreusement et ils travaillent dur pour la promouvoir. Ils ne se reconnaîtront pas dans les caricatures que je dessine ici, et je ne reconnais pas en eux ces caricatures. Nombre de ceux qui travaillent dans ce secteur, en fait, se sentent tout aussi victimes que les autres. Ils ont perdu une grande partie des économies qu’ils avaient accumulées pendant leur vie. Au sein du monde financier, la plupart des économistes, qui s’efforçaient de prédire l’évolution de l’économie, les spécialistes du montage financier de transactions, qui tentaient d’accroître l’efficacité du secteur des biens et services, et les analystes, qui essayaient d’utiliser les techniques les plus sophistiquées pour prédire la rentabilité et garantir aux investisseurs le rendement le plus élevé possible, n’étaient pas engagés dans les mauvaises pratiques qui ont valu à la finance une si triste réputation.

«Cette crise a été le résultat d’actes, de décisions et de raisonnements des professionnels du secteur financier. Le système qui a si lamentablement échoué n’est pas ‹arrivé›. Il a été créé.»

Comme on semble le dire souvent dans notre société moderne si complexe, il y a «des choses qui arrivent».17 Des désastres qui ne sont de la faute de personne. Mais cette crise a été le résultat d’actes, de décisions et de raisonnements des professionnels du secteur financier. Le système qui a si lamentablement échoué n’est pas «arrivé». Il a été créé. Beaucoup ont d’ailleurs fait de gros efforts – et de grosses dépenses – pour qu’il prenne la forme qu’il avait. Quiconque a contribué à mettre en place et à gérer ce système – notamment ceux qu’il a si bien rémunérés – doit rendre des comptes.

Si nous parvenons à comprendre ce qui a provoqué la crise de 2008 et pourquoi certaines réponses initiales des pouvoirs publics ont été des échecs si patents, nous pourrons réduire la probabilité des futures crises, leur durée et le nombre de leurs innocentes victimes; peut-être aussi ouvrir la voie à une croissance robuste aux bases solides, à l’opposé de la croissance éphémère fondée sur les dettes de ces dernières années; et peut-être même faire en sorte que les fruits de cette croissance soient partagés par l’immense majorité des citoyens.

Nous avons la mémoire courte: dans trente ans apparaîtra une nouvelle génération, sûre de ne pas tomber dans les pièges du passé. L’ingéniosité de l’homme est sans limite: quel que soit le système que nous imaginerons, certains trouveront moyen de circonvenir les lois et réglementations mises en place pour nous protéger. Le monde aussi va changer, et les réglementations conçues pour la situation d’aujourd’hui fonctionneront imparfaitement dans l’économie du milieu du XXIe siècle. Mais, au lendemain de la Grande Dépression, nous avons réussi à créer une structure de réglementation qui nous a bien servis pendant un demi-siècle: elle nous a apporté la croissance et la stabilité. Ce livre est écrit dans l’espoir incertain que nous puissions encore le faire.

Joseph E. Stiglitz

Source : Horizons et Débats N°21

*Horizons et débats est un hebdomadaire suisse publié en allemand et en français.

Pour une lecture plus confortable qu’à l’écran, abonnez-vous à la version papier d’Horizons et débats. Tarifs 2010 :

- 6 mois : 105 FS ou 58 €

- 1 an : 198 FS ou 108 €

Horizons et débats, Case postale 729, CH-8044 Zurich. CCP 87-7484485-6

__________________________________________________________________

Joseph E. Stiglitz, économiste américain, l’un des principaux représentants du courant néokeynésien, dont les théories et prises de positions font le héros des mouvements altermondialistes.

Né en 1943 à Gary, Indiana (Etats-Unis) Joseph Eugene Stiglitz fait ses études à Amherst College puis au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston, où il obtint son doctorat en 1966. Très tôt reconnu par ses pairs, il est nommé professeur à 27 ans et entre, deux ans plus tard, à la Société d’économétrie, le panthéon de la profession. Il enseigne, en suite, dans de prestigieuses universités (MIT, Yale, Stanford, Princeton, Oxford). Il a notamment contribué à créer une nouvelle discipline, l’économie de l’information.

De 1993 à 1997, Joseph E. Stiglitz est le principal conseiller économique du président Clinton. En 1997, il intègre la Banque mondiale en tant qu’économiste en chef et vice-président. Il démissionne avec fracas de cette institution en 2000 dont il critique le rôle auprès des pays les plus pauvres. En 2001, Joseph Stiglitz reçoit le prix Nobel d’économie. En 2002, il publie la La Grande Désillusion (Globalization and Its Discontents), un ouvrage très critique à l’égard de la Banque mondiale et du Fond monétaire international (FMI) qui devient vite un best-seller mondial. Joe Stiglitz enseigne depuis 2000 dans la Graduate School of Business de l’Université de Columbia (New York).

Joseph Stiglitz collabore avec les forums sociaux et partage certaines analyses des mouvements altermondia listes: il est partisan d’une taxe de «type Tobin», de la réappropriation des ma tières premières par les Etats des pays les plus défavorisés. Joseph E. Stiglitz a chiffré le coût de la guerre en Irak à quelque 3000 milliards de dollars. En 2008 il publia Une guerre à 3000 milliards de dollars (Fayard) (The Three Trillion Dollar War: The True Cost of the Iraq Conflict).

En 2003, dans Quand le capitalisme perd la tête (Roaring Nineties), c’est en tant qu’ancien membre et président du Conseil économique du président Bill Clinton qu’il revient sur le rôle des décisions d’Alan Greenspan alors à la tête de la Réserve fédérale dans la récession économique de 2000 aux Etats-Unis.

En 2005, il publia Pour un commerce mondial plus juste (Fair Trade for All) et en 2006, Un autre monde: Contre le fanatisme du marché (Making Globalization Work).

Son dernier ouvrage Le triomphe de la cupidité (Freefall: America, Free Markets, and the Sinking of the World Economy) a paru au début de cette année.

Notes :
1 Sharon LaFraniere, «China Puts Joblessness for Migrants at 20 millions», New York Times, 2 fé­vrier 2009, p. A10. Le département des Affaires économiques et sociales du Secrétariat des
Nations Unies estime que, par rapport Ă  ce qui se serait passĂ© si la croissance d’avant la crise avait continuĂ©, 73 Ă  103 millions de personnes de plus vont rester pauvres ou basculer dans la pau­vretĂ© (Organisation des Nations Unies, «World Economic Situation and Prospects 2009» [Situation et perspectives de l’économie mondiale 2009], mai 2009, en ligne Ă  l’adresse www.un.org/esa/policy/wess/wesp2009files/wespO9update.pdf). L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que le chĂ´mage mondial pourrait augmenter de plus de 50 millions de personnes Ă  la fin de l’annĂ©e 2009, et que 200 millions de travailleurs vont retomber dans l’extrĂŞme pauvretĂ©. Voir le rapport du directeur gĂ©nĂ©ral, «Faire face Ă  la crise mondiale de l’emploi: une reprise centrĂ©e sur le travail dĂ©cent», prĂ©sentĂ© Ă  la ConfĂ©rence internationale du travail, juin 2009, en ligne Ă  l’adresse www.ilo.org/global/VVhat-we-do/Officialmeetingsfilc/ILCSessions/98thSession/ReportssubmittedtotheConference/lang–fr/docName–WCMS-106223/index.htm.
2 Alan Schwartz, qui dirigeait Bear Stearns, la première des grandes banques d’affaires à avoir sombré – mais d’une façon qui coûte malgré tout aux contribuables des milliards de dollars –, a répondu en ces termes au Comité du Sénat sur la banque qui lui demandait s’il pensait avoir commis des erreurs: «Je peux vous garantir que c’est une question à laquelle j’ai énormément réfléchi. En regardant en arrière, avec le recul, je me suis dit: ‹Si j’avais connu exactement les forces qui arrivaient, quelles mesures aurions-nous pu prendre à l’avance pour éviter cette situation?› Et je n’ai pas réussi à en ­trouver une seule […] qui aurait changé quelque chose à la situation où nous nous sommes trouvés.» (Déclaration devant le Comité du Sénat des Etats-Unis sur la banque, le logement et les affaires urbaines [U.S. Senate Committee on Banking, Housing, and Urban Affairs], audition de témoins concernant «la tourmente sur les marchés du crédit américains: examen des actions récentes des autorités fédé­rales de réglementation financière» [Turmoil in U.S. Credit Markets: Examining the Recent Actions of Federal Financial Regulators], Washington, DC, 3 avril 2008, cité in William D. Cohan, «A Tsunami of Excuses», New York Times, 11 mars 2009, p. A29).
3 Luc Laeven et Fabian Valencis, «Systemic Banking Crises: A New Database», document de travail du Fonds monétaire international, MT/08/224, Washington, DC, novembre 2008.
4 George W. Bush a déclaré dans une interview: «L’économie va mal parce que nous avons construit trop de maisons» (interview avec Ann Curry dans l’émission Today Show, NBC, 18 février 2008).
5 Bob Woodward, Maestro: Greenspans Fed and the American Boom, New York, Simon and Schuster, 2000.
6 Il y a une autre explication aux politiques suivies en Asie, si différentes de celles de la crise actuelle. Les Etats-Unis et l’Europe agissent conformément aux intérêts de leurs électorats – les politiques qui ont été imposées à l’Asie orientale auraient été jugées inacceptables par les Américains et les Européens. De même, en Asie orientale, le FMI et le Trésor ont, au moins en partie, agi conformément aux intérêts de leurs «mandants», les créanciers sur leurs marchés financiers, dont le seul souci était de se faire rembourser ce qu’ils avaient prêté à ces pays – même s’il fallait, pour ce faire, socialiser des dettes privées. Pour une analyse plus détaillée de ces événements, voir Joseph E. Stiglitz, La Grande Désillusion, trad. française de Paul Chemla, Paris, Fayard, 2002.
7 U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, Indice des prix à la consommation, tous consommateurs urbains, tous articles, en ligne à l’adresse ftp://ftp.bls.gov/pub/special.requests/cpi/cpiai.txt.
8 Voir Susan S. Silbey, «Rotten Apples or a Rotting Barrel: Unchallangeable Orthodoxies in Science», contribution présentée à l’Arizona-State University Law School, 19–20 mars 2009. Parmi ceux qui ont contribué à la crise, seul un petit pourcentage a franchi la ligne rouge et a eu un comportement illégal; les autres ont été bien conseillés par leurs avocats sur la façon d’éviter la prison, et leurs lobby­istes ont travaillé dur pour obtenir que les lois leur laissent une large liberté d’action. Néanmoins, la liste de ceux qui risquent une condamnation s’allonge. Allen Stanford encourt jusqu’à 375 ans de prison s’il est condamné sur 21 chefs d’accusation – fraude de plusieurs milliards de dollars, blanchiment d’argent et obstruction. Stanford a été aidé par son directeur financier James Davis, qui a plaidé coupable sur trois chefs d’accusation: ­fraude postale, complot dans le but de commettre une fraude et complot dans l’intention de faire obstruction à une enquête. Deux courtiers du Crédit Suisse ont été accusés de mensonges à leurs clients ayant provoqué des pertes de 900 millions de dollars; l’un a été condamné par un jury et l’autre a plaidé coupable.
9 Renversement de l’expression proverbiale qui définit les mauvais éléments comme des «pommes pourries» risquant de contaminer tout le tonneau, qui est sain [ndt.].
10 On peut évidemment rétorquer que les conditions sont différentes. Si ces pays avaient mené des politiques budgétaires expansionnistes, cela aurait eu un effet contre-productif (tel était l’argument avancé). Il est utile de noter qu’en réalité les pays d’Asie orientale qui ont suivi la Prescription keynésienne
traditionnelle (la Malaisie et la Chine) ont eu de bien meilleurs résultats que ceux qui ont été contraints d’obéir aux diktats du FMI. Pour avoir des taux d’intérêt plus faibles, la Malaisie a dû imposer des restrictions temporaires sur les flux de capitaux. Mais sa récession a été plus courte et moins grave que celle des autres pays d’Asie orientale, et elle en est sortie moins endettée. Voir Ethan Kaplan et Dani Rodrik, «Did the Malaysian Capital Controls Work?», in S. Edwards et J. Frankel (éd.), Preventing Currency Crisis in Emerging Markets, Boston, NBER, 2002.
11 Aux renflouements internationaux, il convient d’ajouter les renflouements «intérieurs», ceux où un Etat a dû sauver ses propres banques sans faire appel à l’assistance des autres. Sur cette longue liste, il faut inscrire la débâcle des caisses d’épargne (les savings and loan) aux Etats-Unis dans les années 1980, ainsi que les faillites de banques en Scandinavie à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
12 L’étroite coopération entre l’Etat et le secteur privé en Malaisie avait conduit de nombreux observateurs à parler de la «Malaisie SA». Avec la crise, la coopération Etat-secteur privé a été rebaptisée «capitalisme de connivence».
13 Voir Nicholas Lardy, Chinas Unfinished Economic Revolution, Washington, DC, Brookings Institution Press, 1998, pour l’interprétation orthodoxe.
[L’ironie de la suite n’a pas échappé aux observateurs sur les deux rives du Pacifique: ce sont les banques américaines qui se sont effondrées et non les banques chinoises.]
14 La production du pays a encore chuté de 10,9% en 2002 (par rapport à 2001), en plus d’une baisse cumulée de 8,4% depuis son année record précé­dente (1998). Au total, la perte de production a été de 18,4% et le revenu par habitant a baissé de plus de 23%. La crise a aussi provoqué une hausse du chômage, propulsé à 26% par l’énorme contraction de la consommation, de l’investissement et de la production. Voir Hector E. Maletta, «A Catastrophe Foretold: Economic Reform, Crisis, Recovery and Employment in Argentina», septembre 2007, en ligne à l’adresse ssm.com/abstract=903124.
15 Selon une étude de huit économies nord-améri­caines et européennes (Royaume-Uni, Etats-Unis, Allemagne occidentale, Canada, Norvège, Danemark, Suède et Finlande), les Etats-Unis ont la
mobilité intergénérationnelle du revenu la plus réduite. La corrélation partielle intergénération­nelle (une mesure de l’immobilité) des Etats-Unis est le double de celle des pays nordiques. Seul le Royaume-Uni s’approche d’une immobilité semblable. «La vision des Etats-Unis comme ‹le pays où l’on peut faire fortune› persiste, et parait clairement déplacée», conclut l’étude. Voir Jo Blanden, Paul Gregg et Stephen Machin, «Intergenerational Mobility in Europe and North America», London School of Economics, Centre for Economic Performance, avril 2005, en ligne à l’adresse www.suttontrust.com/reports/IntergenerationalMobility.pdf. La mobilité française dépasse aussi celle des Etats-Unis. Voir Arnaud Lefranc et Alain Trannoy,
«Intergenerational Earnings Mobility in France: Is France More Mobile than the US?», Annales d’économie et de statistique, no 78, avril–juin 2005, p. 57–77.
16 Le PISA (Program for International Student Assess­ment) est un système d’évaluation internatio­nale qui, tous les trois ans, mesure les connaissances de base des élèves de quinze ans en lecture, mathématiques et sciences. Les élèves américains, en moyenne, ont des notes inférieures à la moyenne de l’OCDE (celle des trente pays membres de l’Organisation de coopération et de développement
économiques), tant pour l’alphabétisation scientifique (489 contre 500) que pour l’alphabétisation mathématique (474 contre 498). En sciences, les
élèves américains se classent derrière 16 des 29 autres pays de l’OCDE; en mathématiques, derrière 23 pays de l’OCDE. Voir S. Baldi, Y Jin, M. Skemer, P J. Green et D. Herget, Highlights from PISA 2006: Performance of U.S. 15-Year-Old Students in Science and Mathematics Literacy in an International Context (NCES 2008-016), U.S. Department of Education, Washington, DC, National Center for Education Statistics, décembre 2007.
17 «Stuff happens.» C’est ce qu’avait répondu en avril 2003 le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld quand on l’avait interrogé sur le scandaleux pillage du musée archéologique de Bagdad et d’autres sites non protégés, aux premières heures de la présence américaine dans la ville [ndt.].