New-York Times
La bombe humaine qui a tué 7 agents de la CIA et un espion jordanien, la semaine passée (le 31 décembre, NdT), était, en fait, un agent double, retourné par al-Qaeda, qui avait été introduit dans la base Chapman, dans la province de Khost, au Sud de l’Afghanistan, parce que les Américains espéraient qu’il serait capable de livrer des membres de haut niveau du réseau al-Qaeda.

Humam Khalid Muhammed, alias Dujana Khorasani (photographie diffusĂ©e par l’organe mĂ©diatique al-Fajr, liĂ© Ă al-Qaeda)
Le terroriste avait été recruté par les services de renseignement jordaniens et envoyé en Afghanistan pour infiltrer al-Qaeda en se faisant passer pour un jihadiste étranger.
L’attentat contre la base de la CIA constitue un revers dévastateur pour les opérations de l’agence d’espionnage contre les groupes armés jihadistes dans les montagnes escarpées d’Afghanistan. Une équipe d’élite a été éliminée en utilisant une informateur disposant de sérieuses références jihadistes. L’attentat balaie les espoirs de pénétrer les rangs supérieurs d’al-Qaeda, et apparaît également comme la mise en évidence de la facilité des recrutés à se retourner contre leurs commanditaires américains.
Elle peut virtuellement miner les relations entre la CIA et les services d’espionnage jordaniens, dont on dit que les responsables se sont portés garants pour le soit-disant informateur.
Le service jordanien, appelé le Directoire du Renseignement Général, est, depuis des années, l’un des plus proches et des plus utiles alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient.
Dans une interview téléphonique, un porte-parole des Taliban pakistanais, a identifié le terroriste comme étant Humam Khalid Mohammed, un médecin jordanien. Des responsables occidentaux précisent qu’ils se trouvait en prison en Jordanie lorsqu’il a été recruté par les services jordaniens d’espionnage.
Le terroriste n’a pas été étroitement fouillé du fait de sa valeur perçue en tant que quelqu’un capable de guider les forces américaines contre de hauts dirigeants d’al-Qaeda, et parce que l’officier traitant du renseignement jordanien l’avait identifié comme un informateur potentiellement fiable.
Des responsables passés et actuels (de la CIA) ont raconté que, du fait de son expérience de médecin, il aurait été recruté pour s’approcher d’Ayman al Zawahiri, lui-même médecin égyptien et commandant en second d’al-Qaeda.
Les agents de la CIA se sont rendus de Kaboul à Khost pour une rencontre avec cet informateur, ce qui signifie que l’Agence en était arrivée à faire confiance à l’informateur et qu’il était devenu urgent d’apprendre ce qu’il était parvenu à glaner sur le terrain, selon un responsable de la CIA ayant une grande expérience en Afghanistan.
Un ancien responsable explique que le fait que les jihadistes soient capables de perpétrer un attentat avec un succès de cette ampleur démontre leur puissance subsistante, même après les nombreux tirs de missiles tirés par les drones de la CIA.
« Les opĂ©rations montĂ©es grâce Ă un agent double sont vĂ©ritablement complexes. Le fait qu’ils aient pu rĂ©alisĂ© un tel coup montre qu’ils ne sont pas rĂ©ellement sur la dĂ©fensive. Ils conservent la possibilitĂ© de rĂ©pliquer et de programmer de telles opĂ©rations ».
La mort de l’officier traitant du renseignement jordanien, le Capitaine Sharif Ali Ben Zeid a été rapportée, durant les derniers jours par les responsables jordaniens, mais ils n’ont pas précisément confirmé où il avait été tué ni ce qu’il faisait en Afghanistan.
Les responsables du renseignement jordanien sont profondément embarrassés par l’attentat, parce qu’ils ont transféré l’informateur aux Américains.
D’après les responsables américains, les Jordaniens ont telle excellente reputation au sein de la communauté américaine du renseignement que l’informateur n’a pas été sondé avant d’entrer dans le camp retranché.

CommuniquĂ© d’al-Qaeda revendiquant l’attentat (cliquer sur l’image pour l’agrandir)  traduction
Jarret Brachmann, auteur de “Jihadisme global : théorie et pratique” et consultant pour le gouvernement américain au sujet du terrorisme, a expliqué que Mohammed a utilisé le pseudo Abu Dujana al-Khorasani sur des forum internet et qu’il était une voix influente du Jihad sur la toile.
“Il est l’un des auteurs les plus revérés sur les forum jihadistes”, explique Brachman.
Dans beaucoup de posts publiés sous la signature de son pseudo, Mohammed employait un langage allusif nourri de références à la littérature et au Coran pour exprimer son soutien à tout emploi de la violence contre le rôle de meneur des Etats-Unis dans les guerres d’Afghanistan et d’Irak.
M. Brachman raconte qu’al Fajr Media, qui est le réseau médiatique officiel d’al-Qaeda, a conduit une interview avec Abu Dujana al-Khorasani publié dans le magazine internet d’al-Qaeda, appelé l’avantgarde de Khorasan.
Le nom du terroriste a d’abord été rapporté par al Jazeera qui l’a identifié sous le nom de Humam Khalil abu-Mulalal-Balawi. Le réseau audiovisuel a exposé que Balawi avait été envoyé en Afghanistan pour aider à traquer al-Zawahiri.
L’attentat embarrasse aussi le gouvernement jordanien parce qu’il ne souhaite pas que la profondeur de sa coopĂ©ration avec la CIA soit rĂ©vĂ©lĂ©e Ă ses propres citoyens ni Ă d’autres Arabes de la rĂ©gion.
Une déclaration officielle de l’agence de presse officielle jordanienne a mentionné que le Capitaine Zeid avait été tué en Afghanistan, mercredi”, alors qu’il remplissait « son devoir humanitaire avec le contingent jordanien des forces de paix des Nations-Unies”.
Les Etats-Unis et la CIA plus particulièrement, sont profondément impopulaires en Jordanie, où au moins la moitié de la population est d’origine palestinienne et où le soutien de Washington à Israël est vertement condamné.
Le Roi Abdallah II et son gouvernement, tout en travaillant étroitement avec Washington en matière d’opérations antiterroristes et en apportant un soutien stratégique pour les opérations en Irak, tente de garder secret la réalisation de ce travail.
Le Directoire du renseignement général a perçu des millions de $ de la CIA depuis l’invasion américaine en Irak, où l’agence d’espionnage jordanienne a joué un rôle central dans la campagne contre les insurgés irakiens.
Par le passĂ©, les responsables jordaniens ont frĂ©quemment critiquĂ© en privĂ© les services de renseignement amĂ©ricains, en disant qu’ils Ă©taient trop lourdement dĂ©pendants de la technologie et pas assez solides en matière d’agents capables d’opĂ©rations d’infiltration. En 2006, on a crĂ©ditĂ© les Jordaniens d’avoiir grandement contribuĂ© Ă localiser et Ă Ă©liminer Abu Mussab al-Zarqawi, dirigeant d’al-Qaeda en MĂ©sopotamie.
Des responsables actuels et passés du renseignement américain ont déclaré que la base de Khost était utilisée pour récolter des informations sur les réseaux terroristes de la région frontalière.
Les agents de la CIA de la base employaient ces informations pour programmer des frappes contre les dirigeants d’al-Qaeda et des Taliban, aux côtés des agents opérationnels de haut niveau du réseau Haqqani.
Les responsables américains ont fait pression sur le Gouvernement du Pakistan pour en finir avec le réseau Haqqani, dont les combattants ont une large influence sur différentes régions d’Afghanistan, incluant les provinces de Paktika, de Paktia et de Khost, et qui représentent une menace sérieuse pour les forces américaines.
Un autre ancien responsable de la CIA a déclaré que la présence de Zeid au sein de la base de Khost était un signe selon lequel l’agence de renseignement jordanienne employait un espion pour infiltrer les réseaux terroristes dans la région, et très certainement pour pénétrer les cellules de terroristes arabes d’al-Qaeda.
D’après lui, “Si l’officier traitant des renseignements jordaniens s’est porté garant pour ce type, la CIA a dû vouloir l’obtenir à tout prix au sein de sa base ».
Les dépouilles de 7 agents de la CIA sont arrivés par avion militaire, lundi à la base aérienne de Dover, où une cérémonie privée s’est déroulée, avec la présence de Léon E. Panetta, le directeur de la CIA, ainsi que par les membres des familles des agents tués.
Richard A. Oppel Jr, Mark Mazetti et Souad Mekhennet pour le New York Times (1)
Article traduit par Spencer Delane, pour Mecanopolis
1. Richard A. Oppel Jr. et Souad Mekhennet ont mené l’enquête depuis Islamabad, et Mark Mazzetti depuis Washington. Eric Schmitt a contribute au reportage depuis Washington, et Michael Slackman depuis Dubai, aux Emirats Arabes Unis. Nadia Taha a contribute aux recherché depuis New York.)