Category: Complots

juin 25 2010

11 septembre, psychologie des foules et propagande (vidéo)

« Bien sĂ»r, le peuple ne veut pas la guerre. C’est naturel et on le comprend. Mais aprĂšs tout ce sont les dirigeants du pays qui dĂ©cident des politiques. Qu’il s’agisse d’une dĂ©mocratie, d’une dictature fasciste, d’un parlement ou d’une dictature communiste, il sera toujours facile d’amener le peuple Ă  suivre. Qu’il ait ou non droit de parole, le peuple peut toujours ĂȘtre amenĂ© Ă  penser comme ses dirigeants. C’est facile. Il suffit de lui dire qu’il est attaquĂ©, de dĂ©noncer le manque de patriotisme des pacifistes et d’assurer qu’ils mettent le pays en danger. Les techniques restent les mĂȘmes, quel que soit le pays [1]. »
Hermann Göring lors de son procÚs à Nuremberg
« La manipulation consciente, intelligente des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rÎle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays [2]. »
Edward Bernays, pĂšre de la propagande

La couverture mĂ©diatique de la confĂ©rence sur le 11 septembre qui se tenait le 3 mai dernier Ă  MontrĂ©al a donnĂ© lieu au cirque habituel de propagande, de censure et de dĂ©nigrement, malgrĂ© une certaine ouverture et un poids mĂ©diatique plus important. Les deux confĂ©renciers vedettes, l’architecte Richard Gage, fondateur de Architects and Engineers for 9/11 Truth, et David Ray Griffin, membre de Scholars for 9/11 Truth, professeur Ă©mĂ©rite de thĂ©ologie et de philosophie de la religion Ă  la Claremont School of Theology et Ă  la Claremont Graduate University, auteur de neuf livres sur les Ă©vĂ©nements du 11 septembre, demandent une nouvelle enquĂȘte sur les attentats, car la version officielle des Ă©vĂ©nements, preuves Ă  l’appui, ne tient pas la route. Une question Ă©tait sur les lĂšvres de bien des journalistes : comment se fait-il qu’autant de gens ne croient pas la version officielle?

911

Posons la question inverse, puisque ceux que l’on appelle “truthers” ou, afin de les discrĂ©diter sans trop de finesse, les “adeptes du complot” ou les “thĂ©oriciens de conspirations”, se demandent pour leur part pourquoi autant de gens croient encore la version officielle, qui elle aussi, Ă  l’instar des trois tours du World Trade Center (WTC), s’est Ă©croulĂ©e sous la montagne de preuves factuelles, techniques et scientifiques rĂ©vĂ©lĂ©es au cours des 9 derniĂšres annĂ©es.

La réponse est somme toute assez simple. Une connaissance sommaire de la psychologie des foules et des mécanismes fondamentaux de la propagande permet facilement de comprendre ce phénomÚne qui se manifeste pour les raisons suivantes : la puissance des images et des mots, la persuasion et la pression sociale.

La force des images et des mots

Tout le monde se rappelle du 11 septembre, l’attentat le plus important commis en sol Ă©tasunien. Le choc a Ă©tĂ© d’une ampleur planĂ©taire. Nous avons tous vu les avions percuter les tours et l’effondrement des tours jumelles Ă  rĂ©pĂ©tition. Cette scĂšne a créé un effet de « choc et stupeur », nom donnĂ© aux premiers bombardements en Irak en 2003. Sous l’effet du choc, le raisonnement s’est Ă©clipsĂ© des cerveaux humains crĂ©ant ainsi un terreau fertile pour la suggestion.

La colĂšre s’est emparĂ©e des Étatsuniens qui ne voulaient qu’une chose : se venger. Le coupable, a-t-on appris quelques heures plus tard, sans qu’aucune enquĂȘte n’ait Ă©tĂ© mise sur pied, Ă©tait Oussama ben Laden, un fanatique musulman, un terroriste. Soudainement, le terrorisme islamique a dĂ©clenchĂ© une guerre sans frontiĂšre, puisque le terrorisme, ennemi idĂ©al de l’impĂ©rialisme, n’a pas de nationalitĂ©.

Depuis ce jour-là, en Occident, les termes « terrorisme » et « musulman » vont de pair. Bien des gens entendent « terroriste » et voient un musulman. Depuis ce jour là, nous acceptons que nos droits et libertés soient restreints pour éviter « un autre 11 septembre ». Depuis ce jour-là, « tout a changé ». Tout a changé? Pas la psychologie des foules ni les mécanismes de propagande.

Dans sa plus simple expression, la propagande consiste Ă  affirmer une chose, la rĂ©pĂ©ter et la propager [3]. Reconnu pour ses prouesses en la matiĂšre, Joseph Goebbels, ministre nazi de l’information et de la propagande disait ceci :

« À force de rĂ©pĂ©tition et Ă  l’aide d’une bonne connaissance du psychisme des personnes concernĂ©es, il devrait ĂȘtre tout Ă  fait possible de prouver qu’un carrĂ© est en fait un cercle. Car aprĂšs tout, que sont « cercle » et « carrĂ© »? De simples mots. Et les mots peuvent ĂȘtre façonnĂ©s jusqu’à rendre mĂ©connaissables les idĂ©es qu’ils vĂ©hiculent [4]. »

Les « adeptes du complot »

De plus en plus de gens ne croient plus la version officielle du 11 septembre. Pourquoi donc? se demande la presse dominante et l’élite intellectuelle, perplexes. Leur rĂ©ponse est simple : ce sont des « adeptes du complot » et des « thĂ©ories de conspiration ». Des gens qui se basent sur des blogues obscurs, qui n’ont aucune preuve solide de ce qu’ils affirment et n’ont pas de bonnes sources d’information. Pourtant, ils se basent sur les informations des mĂ©dias dominants pour relever les incohĂ©rences et des autoritĂ©s et des mĂ©dias. On va mĂȘme jusqu’à les qualifier de paranoĂŻaques, de schizoĂŻdes, bref d’individus Ă  la santĂ© mentale douteuse. Ces termes sont employĂ©s presque inĂ©vitablement dans les mĂ©dias traditionnels pour qualifier les sceptiques.

La couverture mĂ©diatique de la confĂ©rence de MM. Griffin et Gage est un rĂ©cent exemple de cette propagande. La confĂ©rence se tenait Ă  l’UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al, ce qui a créé un malaise au sein du corps professoral, comme on peut voir dans cet article de La Presse :

Julien Tourreille, chercheur Ă  l’Observatoire des États-Unis Ă  la chaire Raoul-Dandurand, les accuse d’ĂȘtre «intellectuellement malhonnĂȘtes» et les qualifie mĂȘme de «menteurs, imposteurs et escrocs». «Je trouve dommage de voir accolĂ© le nom de l’UQAM Ă  un tel mouvement, ça ne sert pas la crĂ©dibilitĂ© d’une institution de recherche qui essaie, sur la place publique, de dĂ©montrer qu’elle emploie des gens sĂ©rieux.» (C’est l’auteure qui souligne)

Pour un chercheur qui exige le sĂ©rieux de son institution, s’adonner Ă  d’aussi puissantes attaques ad hominem s’avĂšre assez paradoxal. Ce genre de comportement entache davantage la crĂ©dibilitĂ© d’une institution qu’une confĂ©rence oĂč deux acadĂ©miciens dĂ©montrent leurs arguments avec rigueur sans s’abaisser Ă  ce type de comportement puĂ©ril.

À l’émission Christianne Charrette Ă  la radio de Radio-Canada, le rĂ©seau public canadien, on a invitĂ© l’organisateur de l’évĂ©nement, Jean-François Ranger, Ă  discuter de la question avec des « experts » : le journaliste Alain Gravel et un spĂ©cialiste de la politique amĂ©ricaine Donald Cuccioletta. Cela a donnĂ© lieu Ă  un bel exemple d’appel Ă  l’autoritĂ© lorsque l’animatrice a demandĂ© : « Et vous M. Ranger, vous n’ĂȘtes pas un expert? Vous n’ĂȘtes pas journaliste, vous n’ĂȘtes pas
 qu’est-ce que vous ĂȘtes? Je suis un simple citoyen qui se pose des questions », a rĂ©pondu M. Ranger. Avec ce genre d’introduction, les dĂ©s sont pipĂ©s. Sans verser dans la rhĂ©torique de bas Ă©tage, on discrĂ©dite avant mĂȘme le dĂ©but de la discussion les arguments de la personne visĂ©e. Son tĂ©moignage ne fera pas le poids face Ă  celui des « experts ».

Évidemment, on nous a ensuite sorti l’argument ultime pour dĂ©nigrer ceux qui osent douter des versions officielles en gĂ©nĂ©ral : les extra-terrestres. On a comparĂ© la controverse qu’à suscitĂ© cet Ă©vĂ©nement Ă  une Ă©ventuelle confĂ©rence de RaĂ«l, fondateur du mouvement raĂ©lien, dont la doctrine repose sur l’origine extra-terrestre des humains. Comparez deux acadĂ©miciens rĂ©putĂ©s au gourou d’une secte controversĂ©e est de deux choses l’une : ou l’on tente dĂ©libĂ©rĂ©ment de discrĂ©diter une personne ou l’on masque son ignorance, une absence totale d’argument valide, ainsi qu’un haut degrĂ© de permĂ©abilitĂ© Ă  la propagande. À l’émission Denis LĂ©vesque au rĂ©seau de tĂ©lĂ©vision privĂ© TVA, M. Ranger a fait face Ă  la mĂȘme analogie absurde et totalement dĂ©nuĂ©e de fondement : en d’autres mots vous doutez de la version officielle donc vous ĂȘtes le genre de personne qui croit aux extra-terrestres.

Au lendemain de la confĂ©rence, Ă  l’émission Desautels Ă  Radio-Canada, le journaliste ayant couvert la confĂ©rence a fait un bel exercice de dĂ©boulonnage. D’abord il explique le succĂšs de la confĂ©rence Ă  cette « tradition de contestation des versions officielles, comme l’assassinat de Kennedy, sommes-nous allĂ©s sur la lune, etc ». Mais il ajoute, sans y voir de contradiction, que selon les sondages, la majoritĂ© des Étasuniens et un tiers des Canadiens sont sceptiques. Il fabrique ensuite un « homme de paille »: il prend quelques arguments des confĂ©renciers, qui, hors contexte et dĂ©formĂ©s, sont faciles Ă  dĂ©molir. Il en conclut que « ça fait bien des comploteurs » et dresse une longue liste de ces derniers, pour nommer ironiquement en terminant, les mĂ©dias, « qui depuis cette Ă©poque colportent des mensonges et camouflent la vĂ©rité ». De plus, ajoute l’animateur pour appuyer le dĂ©boulonnage de son collĂšgue, « personne parmi ces comploteurs ne s’est ouvert depuis et a racontĂ© la vĂ©rité ». « C’est peut-ĂȘtre les extra-terrestres tout ça », termine le journaliste. Encore les extra-terrestres.

Il est Ă©vident que ce reportage aux conclusions bancales, truffĂ© de dĂ©sinformation sert Ă  discrĂ©diter une opinion. Aucun des confĂ©renciers, ni l’hĂŽte de la soirĂ©e n’a dit que les mĂ©dias participaient Ă  un vaste complot, mais plutĂŽt qu’ils ne font pas leur travail, c’est Ă  dire remettre en question les affirmations des autoritĂ©s. De plus, rares sont les comploteurs qui se livrent eux-mĂȘmes Ă  la justice, donc cela ne peut en aucun cas servir de preuve qu’il n’y a pas eu de complot. Mais ce qu’il y a de plus dĂ©rangeant, c’est que ces journalistes se livrent au salissage dĂ©libĂ©rĂ© d’une majoritĂ© d’Étasuniens et du tiers des citoyens canadiens. Pour un rĂ©seau public d’information qui se veut la rĂ©fĂ©rence en journalisme, ce genre de comportement est inacceptable.

Mais tous ces journalistes et ces experts sont-ils des instruments de propagande agissant en toute connaissance de cause? Pas du tout. Il ne faut pas sous-estimer le despotisme insidieux de la pression sociale.

L’expĂ©rience d’Asch et le conformisme

L’expĂ©rience d’Asch dĂ©montre Ă  quel point les dĂ©cisions d’un individu sont soumises Ă  l’influence du groupe dans lequel il se trouve, comme on peut le voir dans la vidĂ©o suivante :



Cette expĂ©rience peut expliquer trois phĂ©nomĂšnes entourant le 11 septembre : la crĂ©dulitĂ© face Ă  l’explication officielle de l’effondrement des tours, la façon dont on dĂ©nigre les sceptiques de la version officielle et la popularitĂ© grandissante de ce scepticisme.

L’expĂ©rience le dĂ©montre magistralement : les gens sont fortement enclins Ă  nier ce qu’ils voient de leurs propres yeux pour se conformer Ă  l’opinion dominante. C’est ce qui semble se produire avec l’effondrement des trois tours, c’est-Ă -dire des deux tours jumelles et de la tour 7, talon d’Achille de la version officielle, dont on n’a fait aucune mention dans les rapports officiels originaux et longtemps ignorĂ©e par les mĂ©dias : chaque effondrement possĂšde toutes les caractĂ©ristiques d’une dĂ©molition contrĂŽlĂ©e et aucune des caractĂ©ristiques d’un Ă©difice dĂ©truit par le feu, explication officielle de l’organe gouvernemental, le National Institute of Standards and Technology (NIST).

En plus d’ĂȘtre les trois seuls Ă©difices Ă  avoir Ă©tĂ© complĂštement pulvĂ©risĂ© par le feu dans l’histoire de l’humanitĂ©, si l’on croit les explications incohĂ©rentes du NIST, qui par ailleurs a dĂ» modifier ses conclusions, ils sont les trois seuls Ă  s’ĂȘtre Ă©croulĂ©s exactement de la mĂȘme maniĂšre. Or, comme le souligne Richard Gage, les effondrements des Ă©difices en raison du feu sont uniques puisqu’ils ne sont pas planifiĂ©s. Toutefois, la similitude entre une dĂ©molition contrĂŽlĂ©e et les trois effondrements du WTC sont indĂ©niables.

Par ailleurs, la dĂ©traction dont sont victimes les sceptiques n’a pas de quoi attirer les foules. L’expĂ©rience d’Asch illustre bien comment bien des gens prĂ©fĂšrent ne pas Ă©mettre d’opinion contraire Ă  l’opinion dominante. Mais cette attitude change dĂšs lors que l’individu en question se sent appuyĂ© par une autre personne. Cela pourrait-il expliquer la popularitĂ© grandissante du mouvement pour la vĂ©ritĂ© sur le 11 septembre? Fort probablement.

À l’origine, la remise en question de l’attaque terroriste Ă©tait un phĂ©nomĂšne marginal auquel convenait admirablement la calomnie systĂ©matique. George W. Bush nous avait d’ailleurs mis en garde de « ne tolĂ©rer aucune thĂ©orie de conspiration relativement au 11 septembre ». À part bien sĂ»r, la conspiration islamiste. Son successeur, M. Obama a fait de mĂȘme. La presse dominante a obĂ©it au doigt et Ă  l’Ɠil.

MalgrĂ© le tissu de mensonge rĂ©vĂ©lĂ© par des chercheurs et journalistes indĂ©pendants, les mĂ©dias traditionnels n’ont d’autre choix que de soutenir la thĂšse officielle, puisqu’ils la dĂ©fendent avec acharnement depuis le dĂ©but. On connaĂźt l’inaptitude des mĂ©dias Ă  pratiquer l’autocritique et on l’a vu avec la « premiĂšre pandĂ©mie du siĂšcle » : le mea culpa est un concept qui leur est totalement Ă©tranger et ils n’admettent pratiquement jamais leur manque de rigueur et d’esprit critique face aux autoritĂ©s. Ils ont reconnus les liens entre l’Organisation mondiale de la SantĂ© et l’industrie pharmaceutique uniquement lorsque ceux-ci ont Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©s par une autre autoritĂ©, le Conseil de l’Europe. Mais c’était trop peu trop tard. Ils ont perdu Ă©normĂ©ment de crĂ©dibilitĂ© aux yeux du public, contrairement Ă  la presse indĂ©pendante, qui elle, ne s’est pas soumise aveuglĂ©ment Ă  l’autoritĂ©. Les mĂ©dias ont-ils oubliĂ© leur rĂŽle de contrepoids des autoritĂ©s?

Aujourd’hui, les gens ont de moins en moins peur d’exprimer leurs doutes face Ă  la thĂšse officielle des attentats du 11 septembre, en grande partie parce qu’ils se sentent moins seuls, mais aussi parce que les mĂ©dias et les autoritĂ©s ont tellement abusĂ© de l’argument ad hominem qu’il n’a plus aucune efficacitĂ©. Si cette tactique a servi Ă  Ă©vitĂ© de dĂ©battre de questions lĂ©gitimes sur l’évĂ©nement catalyseur des grandes guerres de cette dĂ©cennie, quiconque l’utilise aujourd’hui se tourne lui-mĂȘme en ridicule. Et celui qui use du ridicule, manipule un couteau Ă  deux tranchants qui finit toujours par se retourner contre lui-mĂȘme.

Donc pourquoi de plus en plus de gens ne croient pas la version officielle? Parce que « traditionnellement ce genre d’évĂ©nement donne lieu Ă  toutes sortes de thĂ©ories de conspiration », comme le rĂ©pĂšte jusqu’à plus soif les mĂ©dias et les autoritĂ©s? Non. Tout simplement parce que les faits, la logique et les lois de la physique le commandent. Pourquoi autant de personnes croient toujours la version officielle? Il faudrait que les mĂ©dias posent la question. Pour l’instant, l’expĂ©rience d’Asch apporte, certes, une partie de la rĂ©ponse.

Julie Lévesque, pour Mondialisation.ca

Julie Lévesque est journaliste et chercheuse au Centre de recherche sur la mondialisation.

Envoyé par Infoguerilla

Notes :

1. Hermann Göring, citĂ© dans Normand Baillargeon, Petit cours d’autodĂ©fense intellectuelle, MontrĂ©al, Lux Éditeur, 2005, p. 270.
2. Edward Bernays, Propaganda, MontrĂ©al, Lux Éditeur, 2008, p. 1.
3. Gustave Le Bon, Psychologie des foules, Paris, Presses universitaires de France, Paris, 1963. p.72. Le livre est disponible sur Internet.
4. Joseph Goebells, citĂ© dans Normand Baillargeon, Petit cours d’autodĂ©fense intellectuelle, MontrĂ©al, Lux Éditeur, 2005, p. 19.


jan 12 2010

Pierre Hillard : « l’Islam est le dernier rempart contre le nouvel ordre mondial » (vidĂ©o)

Pierre Hillard Ă©tait l’invitĂ© de Laurent Fendt, ce dimanche sur la radio Ici et Maintenant.

Hillard_d-monstration

Pierre Hillard, docteur en science politique et professeur de relations internationales

« L’Islam est l’ennemi du Nouvel ordre mondial », a indiquĂ© le gĂ©opoliticien, auteur du livre  La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale. « Les musulmans ne se concentrent pas sur la sociĂ©tĂ© de consommation (…) Ce principe existait chez les catholiques, mais depuis Vatican II, les catholiques sont paganisĂ© (…) L’Islam est le dernier carrĂ© Ă  s’opposer Ă  un esprit matĂ©rialiste mercantile. (…)  Il ne reste plus que l’Islam qui essaie de rĂ©sister au Nouvel ordre mondial »

Mecanopolis


Suite à la diffusion de ce document, Pierre Hillard nous a fait parvenir un courrier ou il précise son propos :

Pierre Hillard prĂ©cise son propos sur l’Islam, le Christianisme et le Nouvel ordre mondial

video

nov 13 2009

Comment expliquer la chute du mur de Berlin ?

Par Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Depuis des mois, la propagande politique dans le monde capitaliste tourne Ă  plein rĂ©gime Ă  l’occasion du 20Ăšme anniversaire de la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. À cette occasion, des cĂ©rĂ©monies et des festivitĂ©s ont Ă©tĂ© organisĂ©es un peu partout en Europe notamment dans la ville de Berlin qui a accueilli, entre autres, les deux caniches de l’impĂ©rialisme, Lech Walesa, l’ancien Ă©lectricien des chantiers de Gdansk et MikhaĂŻl Gorbatchev. Si l’on tente une psychanalyse de l’évĂ©nement, nous dirons que derriĂšre l’hystĂ©rie mĂ©diatico-politique, se cache une angoisse nĂ©vrotique provoquĂ©e par un capitalisme sĂ©nile et comateux et par un systĂšme impĂ©rialiste en Ă©tat de dĂ©composition avancĂ©. À en croire les sirĂšnes de la propagande capitaliste, notre monde est devenu, depuis la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc de l’Est, plus libre et plus dĂ©mocratique.

mur3
Célébration à Paris du 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin sur la place de la Concorde, le lundi 9 novembre 2009.

Dire que le monde est devenu plus libre et plus dĂ©mocratique aprĂšs la chute du mur de Berlin, c’est une bonne blague Ă  1 euro. Allez demander aux millions de chĂŽmeurs de l’ex-RDA, aux ouvriers roumains de DACIA, aux millions de chĂŽmeurs amĂ©ricains et europĂ©ens, aux millions de spoliĂ©s, d’exploitĂ©s et de bĂ©nĂ©ficiaires de la soupe populaire et des banques alimentaires,(on croirait au XIXĂš siĂšcle), s’ils sont devenus plus libres depuis la chute du mur de Berlin. Quant Ă  ceux qui claironnent Ă  longueur de journĂ©e et qui croient dur comme fer Ă  la fin du socialisme, ils vont un peu vite en besogne et prennent leurs dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s, car ils sont tout simplement victimes de la propagande capitaliste dont le travail a consistĂ© plus prĂ©cisĂ©ment depuis la chute du mur de Berlin Ă  enfoncer Ă  coup de marteau dans la tĂȘte des masses l’idĂ©e de la fin du socialisme et du communisme. La fin de l’histoire de Francis Fukuyama avec le triomphe dĂ©finitif du capitalisme sur le socialisme, c’est plutĂŽt une pure affabulation et une histoire drĂŽle que l’on raconte aux enfants pour les endormir. Dans cet article, nous allons proposer notre propre lecture de la chute du mur de Berlin, une version, Ă  n’en pas douter, diffĂ©rente de celle vĂ©hiculĂ©e par la machine de propagande capitaliste.

LA CHUTE DU MUR DE BERLIN, SÉQUENCE DE LA POLITIQUE DE CONTAINMENT

En faisant de la chute du mur de Berlin tout un symbole, la propagande officielle vise Ă  exploiter l’évĂ©nement Ă  son profit pour atteindre deux buts psychologiques inavouĂ©s : (1) renforcer davantage les dispositifs rĂ©pressifs et policiers dans les pays capitalistes tout en dissertant sur la soi-disant libertĂ© retrouvĂ©e aprĂšs la chute du mur de Berlin ; (2) cacher l’incapacitĂ© des dirigeants des États capitalistes Ă  faire face Ă  la cirse chronique et endĂ©mique de leur systĂšme. Aux derniĂšres nouvelles en provenance d’outre-Atlantique, les Etats-Unis ont perdu en un an 7 millions d’emplois et le groupe d’investissement CIT a fait faillite avec une perte de 71 milliards de dollars et une dette estimĂ©e Ă  65 milliards de dollars. Ils n’arrĂȘtent pas de nous dire que tout va bien Madame la Marquise.

Franchement, nous avons du mal Ă  croire qu’un mur en bĂ©ton fasse l’objet de tant de tapages et de tintamarres mĂ©diatiques. Nous l’avons tous compris, on n’a pas besoin de devins attitrĂ©s comme Ă  l’époque des Babyloniens, pour dĂ©chiffrer le sens de l’évĂ©nement cĂ©lĂ©brĂ© en grande pompe Ă  Berlin, le monde capitaliste nargue les esprits en cherchant Ă  faire croire que la loi de la jungle est la seule voie qui est qui est ouverte au genre humain. En examinant les choses de plus prĂšs, on dĂ©couvre que la chute du mur de Berlin est en elle-mĂȘme un Ă©vĂ©nement insignifiant voire mĂȘme un non-Ă©vĂ©nement au regard d’autres Ă©vĂ©nements qui ont bouleversĂ© la donne et prĂ©cipitĂ© la dislocation du bloc de l’Est. D’abord, la construction du mur de Berlin le 13 aoĂ»t 1961 n’a jamais entravĂ© ni la circulation des hommes ni celle des marchandises entre d’une part, les deux Allemagne et d’autre part entre l’ex-RDA et les Etats capitalistes de l’Ouest. Ce qui a fait de la chute du mur de Berlin un Ă©vĂ©nement et un symbole, c’est la propagande politique capitaliste dont le travail consiste Ă  dĂ©former et Ă  interprĂ©ter les faits et les Ă©vĂ©nements d’une façon tendancieuse et erronĂ©e. Ainsi la chute du mur de Berlin n’est-elle en rĂ©alitĂ© qu’une surperproduction hollywoodienne dont la mise en scĂšne et la rĂ©alisation ont Ă©tĂ© assurĂ©es par la machine de propagande amĂ©ricaine et europĂ©enne.

Deux Ă©vĂ©nements majeurs peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme annonciateurs de la fin imminente du socialisme est-europĂ©en. Le premier Ă©vĂ©nement a eu lieu le 10 septembre 1989 quand la Hongrie avait laissĂ© franchir les frontiĂšres autrichiennes aux 12 000 « rĂ©fugiĂ©s politiques » en majoritĂ© originaire de l’ex-RDA. Le deuxiĂšme Ă©vĂ©nement majeur est intervenu deux jours plus tard, c’est-Ă -dire le 12 septembre 1989, avec l’arrivĂ©e de Solidarnosc au pouvoir en Pologne qui revient ainsi Ă  la loi de la jungle capitalisme qui rĂ©gnait dans ce pays avant la Seconde Guerre mondiale. D’autres Ă©vĂ©nements de moindre importance ont marquĂ© la fin du socialisme existant comme l’assassinat de l’ancien prĂ©sident roumain Nicolae Ceausescu et de sa femme Helena dans une cour d’école prĂšs de Bucarest le 24 dĂ©cembre 1989 ou la rĂ©union Ă  Malte le mĂȘme mois, entre George Bush Senior et MikhaĂŻl Gorbatchev, une rĂ©union qui rappelle curieusement la confĂ©rence de Yalta (4-11 fĂ©vrier 1945) tenue entre Roosevelt, Staline et Churchill. La fissuration du « rideau de fer » a rĂ©ellement commencĂ© le 10 septembre 1989 et non pas le 9 novembre 1989 et le monde capitaliste aurait dĂ» fĂȘter sa victoire Ă  la Pyrrhus non pas un 9 novembre mais un 10 septembre.

Pour bien apprĂ©cier la portĂ©e rĂ©elle de la chute du mur de Berlin, il faudra replacer cet Ă©vĂ©nement dans le cadre de la politique de l’endiguement ou de containment dont les principes avaient Ă©tĂ© Ă©noncĂ©s et dĂ©finis par les deux discours de Harry Truman le 12 mars 1947 et de Winston Churchill Ă  Fulton. La politique de containment a pour but de contenir l’expansion communiste soviĂ©tique en Europe et dans le reste du monde par une sĂ©rie d’alliances militaires et Ă©conomiques. Une fois la Seconde Guerre mondiale terminĂ©e, les dirigeants AmĂ©ricains ne sont pas allĂ©s par quatre chemins pour affirmer haut et fort leur credo, celui d’en finit avec le pouvoir soviĂ©tique et du communisme non seulement sur le continent europĂ©en mais dans les autres rĂ©gions du monde. D’abord, les Etats-Unis n’ont jamais reconnu le statu quo en Europe orientale et centrale et leur objectif avouĂ© a toujours Ă©tĂ© la « libĂ©ration » par n’importe quel moyen des peuples est-europĂ©ens du « joug » et de « l’oppression » soviĂ©tique. Mais sur les maniĂšres et les moyens de contenir la puissance soviĂ©tique, les dirigeants amĂ©ricains n’étaient pas tous sur la mĂȘme longueur d’onde, car il y avait les « durs » et les « rĂ©alistes ». En effet, au camp des rĂ©alistes partisans des nĂ©gociations avec l’Union soviĂ©tique pour l’évacuation de l’ArmĂ©e Rouge d’Europe centrale et orientale, s’opposĂšrent les partisans de l’option militaire voire l’option nuclĂ©aire pour en dĂ©coudre avec le pouvoir soviĂ©tique. Parmi les durs, figurait, entre autres, Foster Dulles qui, lors de la campagne prĂ©sidentielle de 1952 et aprĂšs une longue confĂ©rence avec Eisenhower en aoĂ»t, dĂ©nonça le containement comme dĂ©pendant de l’espoir que « les dictatures communistes seraient tellement assouvis avec 800 millions de personnes qu’ils resteraient lĂ  ils Ă©taient ». Pour Dulles, tabler sur cette hypothĂšse irrĂ©aliste Ă©tait suicidaire pour les Etats-Unis qui devaient tout faire pour dĂ©tacher la Russie de ses satellites en brisant l’Union soviĂ©tique de l’intĂ©rieur. Pour George Kennan, la diplomatie (au sens de nĂ©gociation) Ă©tait inutile avec les SoviĂ©tiques et il pensait qu’il valait mieux avoir « une confrontation avec eux maintenant que plus tard ». Cette politique de containment visant Ă  encercler l’Union soviĂ©tique par des bastions militaires et Ă©conomiques installĂ©s sur le pourtour des frontiĂšres soviĂ©tiques a Ă©tĂ© traduite notamment par la crĂ©ation de l’Alliance Atlantique Nord en avril-juin 1949 et par la rĂ©surrection de la puissance Ă©conomique et militaire de l’Allemagne de l’Ouest devenue en mai 1955, lors de la ConfĂ©rence de Paris, membre Ă  part entiĂšre de l’OTAN. Huit jours plus tard, en riposte Ă  l’OTAN et Ă  l’entrĂ©e de l’Allemagne dans l’Alliance Atlantique, le Pacte de Varsovie Ă©tait signĂ© groupant la Pologne, la TchĂ©coslovaquie, l’Albanie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie. La politique de containment s’est illustrĂ©e Ă©galement par la lutte contre l’influence de l’Union soviĂ©tique en MĂ©diterranĂ©e avec la formation du pacte de Bagdad dirigĂ©e contre l’Egypte nassĂ©rienne qui s’était alignĂ©e sur la position soviĂ©tique aprĂšs la conclusion d’un contrat egypto-tchĂ©coslovaque de fourniture d’armement.

Le mur de Berlin n’est donc pas tombĂ© tout seul dans une nuit Ă©toilĂ©e sous la pression de peuples opprimĂ©s assoiffĂ©s de libertĂ© et de dĂ©mocratie comme le prĂ©tend la propagande capitaliste; il a tout simplement cĂ©dĂ© sous la pression de saboteurs et de comploteurs extĂ©rieurs et intĂ©rieurs, soutenus et financĂ©s par le gouvernement amĂ©ricain, la CIA, les services secrets occidentaux et par une myriade de groupements et d’institutions agissant souterrainement dont le seul but Ă©tait de combattre le communisme tant Ă  l’intĂ©rieur du continent europĂ©en que dans d’autres zones de la planĂšte notamment en AmĂ©rique latine considĂ©rĂ©e jadis et mĂȘme aujourd’hui comme la chasse gardĂ©e et l’arriĂšre cour(backyard) de l’impĂ©rialisme amĂ©ricain. Mais si les saboteurs et les comploteurs ont rĂ©ussi leur coup en faisant tomber mur de Berlin, c’est parce que les conditions s’y prĂȘtaient cette fois-ci et pas les autres fois, c’est-Ă -dire les effets de la guerre psychologique menĂ©e contre l’Union soviĂ©tique et le bloc de l’Est dans le cadre de la politique de containment commençaient Ă  se faire sentir. Sans une longue et intense guerre psychologique, il serait impossible d’expliquer le phĂ©nomĂšne de dissidence, le revirement idĂ©ologique et la reconversion Ă  l’anticommunisme et Ă  l’archĂ©o-libĂ©ralisme d’une partie de l’ancienne nomenklatura communiste. C’est la guerre psychologique menĂ©e par l’Occident contre l’Union soviĂ©tique et les pays de l’Est qui a entraĂźnĂ© l’émergence d’une nouvelle force centrifuge viscĂ©ralement anticommuniste et fonciĂšrement hostile aux rĂ©gimes socialistes en place. Ce phĂ©nomĂšne de reconversion d’intellectuels, on le trouve Ă©galement dans les pays capitalistes oĂč une bonne partie de l’intelligentsia occidentale a elle aussi virĂ© de bord et elle Ă©tĂ© contaminĂ© par le virus anticommuniste et archĂ©o-libĂ©ral. Aux Etats-Unis, par exemple, les principaux thĂ©oriciens de la rĂ©volution conservatrice Ă©taient des anciens marxistes et des militants communistes durant les annĂ©es 1950 et 1960.

mur2Célébration à Paris du 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin sur la place de la Concorde, le lundi 9 novembre 2009.

LE FAUX CONCEPT DE LA GUERRE FROIDE

Aujourd’hui le concept de la guerre froide est employĂ© Ă  tort et Ă  travers sans se demander s’il recouvre ou exprime une rĂ©alitĂ© politique avĂ©rĂ©e. Disons le tout de suite, le concept de la guerre froide est un faux concept, car il a Ă©tĂ© inventĂ© de toutes piĂšces pour maquiller les visĂ©es belliqueuses de l’Occident et la croisade capitaliste contre le communisme et l’Union soviĂ©tique. D’abord, qui dit guerre dit budget militaire et la soi-disant guerre froide a servi de prĂ©texte aux Etats-Unis pour augmenter vertigineusement leurs dĂ©penses militaires. Par exemple, dans les deux annĂ©es qui suivirent le dĂ©but de la soi-disant guerre froide, le budget amĂ©ricain de la dĂ©fense a explosĂ© atteignant la somme de 50 milliards de dollars au lieu de 13 milliards de dollars Ă  la sortie de la guerre, soit une augmentation de 325%. L’expression de guerre froide a Ă©tĂ© employĂ©e pour la premiĂšre fois par un journaliste amĂ©ricain, Walter Lippmann qui, dans une sĂ©rie d’articles publiĂ©s en septembre 1947, proposait aux dirigeants anglo-saxons sa propre vision des relations Est-Ouest et ainsi que des solutions pour en finir avec la prĂ©sence soviĂ©tique en Europe centrale et orientale. Face aux partisans de la ligne dure avec l’Union soviĂ©tique, Lippmann Ă©tait plutĂŽt partisan des thĂšses rĂ©alistes en partant de l’idĂ©e que l’Union soviĂ©tique Ă©tait affaiblie par la guerre et qu’elle Ă©tait plus encline Ă  nĂ©gocier le dĂ©part de son armĂ©e d’Europe de l’Est qu’à chercher la confrontation avec ses anciens alliĂ©s, notamment les Etats-Unis. Alors que Lippmann prĂ©conisait la voie de la nĂ©gociation comme seul moyen pour faire partir l’ArmĂ©e rouge de l’Europe centrale et orientale, les dirigeants occidentaux attendaient impatiemment et travaillaient dur pour l’effondrement de l’Union soviĂ©tique grĂące au renforcement de la politique de containment qui Ă©touffera l’Union soviĂ©tique de l’extĂ©rieur plutĂŽt qu’à encourager des forces saines de l’intĂ©rieur. Pour eux, la politique de containment promettait d’ĂȘtre doublement avantageuse, car elle renforcerait l’Ouest tout en encourageant le pouvoir soviĂ©tique, dĂ©jĂ  dangereusement tendu, Ă  s’étendre encore un peu plus et peut-ĂȘtre Ă  aller encore un peu plus loin, prĂ©cipitant par lĂ  son effondrement final.

Si nous disons que le concept de la guerre froide est un faux concept, c’est tout simplement pour faute de belligĂ©rants, car, pour qu’il y ait guerre, il faut au moins deux parties belligĂ©rantes, ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis et de l’Union soviĂ©tique du fait qu’il n’y avait qu’une seule partie qui cherchait dĂ©sespĂ©rĂ©ment la guerre, les Etats-Unis d’AmĂ©rique. D’ailleurs, l’Union soviĂ©tique n’avait strictement aucun intĂ©rĂȘt, ni stratĂ©gique, ni politique ni militaire Ă  provoquer des tensions et Ă  entrer en conflits ouverts avec qui que ce soit et surtout pas avec les Etats-Unis et cela pour trois raisons principales. Primo, Ă  la sortie de la Seconde Guerre, l’Union soviĂ©tique Ă©tait un pays exsangue Ă©conomiquement et humainement avec ses 20 millions de morts. Secondo, l’Union soviĂ©tique n’était pas assez puissante militairement pour affronter les Etats-Unis qui Ă©taient dĂ©jĂ  une puissance nuclĂ©aire. Tercio, l’Union soviĂ©tique cherchait absolument une pĂ©riode de rĂ©pit pour consolider ses positions tant Ă  l’intĂ©rieur de ses frontiĂšres et sa zone d’influence que sur la scĂšne internationale. L’histoire des relations politiques et diplomatiques d’aprĂšs-guerre montre que l’Union soviĂ©tique avait adoptĂ© un profil bas en multipliant les gestes conciliants envers les Occidentaux. MĂȘme Staline, quelques mois avant sa mort, disait que la victoire finale du communisme n’impliquait pas nĂ©cessairement un conflit armĂ©e entre l’Est et l’Ouest. Alors qu’en mĂȘme temps les partisans de la guerre totale contre le communisme et l’Union soviĂ©tique faisait rage aux Etats-Unis avec le maccarthysme. Quelques jours aprĂšs la mort de Staline, Malenkov dĂ©clarait qu’il n’existait pas de diffĂ©rend qui ne pĂ»t ĂȘtre rĂ©glĂ© d’une maniĂšre pacifique. Le 1er juin 1952, Moscou renonçait officiellement Ă  ses revendications territoriales sur deux districts anatoliens ; le 8 juin le contrĂŽle interzones de l’Autriche prenait Ă©galement fin. Le 26 janvier 1955, Moscou mit fin Ă  l’état de guerre avec l’Allemagne, couronnĂ© par une visite du chancelier Adenauer le 13 juin. Le 19 septembre, l’Union soviĂ©tique restitua Ă  la Finlande l’enclave de Porkkala. Nouvelle concession soviĂ©tique, la signature Ă  Vienne le 15 mai 1955, du « traitĂ© d’État » par lequel prenait fin l’occupation de l’Autriche, laquelle s’engageant Ă  son tour Ă  rester neutre et Ă  refuser toute union politique ou Ă©conomique avec l’Allemagne. Toutes ces initiatives positives de l’Union soviĂ©tique plaidaient en faveur d’une politique d’apaisement et de normalisation avec l’Occident et non pas de tensions et de confrontation. OĂč sont-elles les vellĂ©itĂ©s guerriĂšres de l’Union soviĂ©tique dans tous ces gestes que l’on vient d’énumĂ©rer ? En fait, ce sont les Etats capitalistes dirigĂ©s par les Etats-Unis qui Ă©taient emmurĂ©s dans leurs certitudes et dans ce qu’ils considĂ©raient comme leur chasse gardĂ©e, l’Europe orientale et centrale. A cet Ă©gard, il faudra dissiper un malentendu, concernant l’avĂšnement des dĂ©mocraties populaires en Europe centrale et orientale. La propagande politique capitaliste affirme que les dĂ©mocraties populaires et les rĂ©gimes socialistes nĂ©s en Europe centrale et orientale aprĂšs la Seconde Guerre mondiale ont Ă©tĂ© imposĂ©es par la torture, la terreur, l’arbitraire et les jugements sommaires. À cette affirmation, on peut opposer deux objections : la premiĂšre objection, c’est que tout pouvoir, quelque que soit sa nature, soit-elle la plus dĂ©mocratique, est fondĂ© d’abord et avant tout sur la violence et celui qui prĂ©tend le contraire qu’il montre un seul exemple oĂč un pouvoir a Ă©tĂ© fondĂ© d’une maniĂšre pacifique et contractuelle. La deuxiĂšme objection, que l’Union soviĂ©tique aidĂąt les communistes est-europĂ©ens Ă  prendre le pouvoir, c’est un fait mais cette prise de pouvoir n’a pas Ă©tĂ© faite avec l’ aide d’une force Ă©trangĂšre envahissante ayant des visĂ©es impĂ©rialistes. Avant la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviĂ©tique ne visait pas Ă  l’annexion de territoires en Europe centrale et orientale et Staline n’avait pas programmĂ© l’invasion des pays de l’Est pour y imposer des gouvernements communistes en TchĂ©coslovaquie, en Pologne, en Roumanie, en Albanie « ex-satellite d’Hitler », en Hongrie, en Bulgarie et en RĂ©publique dĂ©mocratique allemande. Alors que Ronald Reagan et George Bush junior avaient envoyĂ© les troupes amĂ©ricaines pour envahir la Grenade en 1983, l’Afghanistan en 2001 et l’Irak en 2003. L’ArmĂ©e Rouge s’est retrouvĂ©e devant le fait accompli dans les pays de l’Est dont les territoires avaient servi de lieu de passage Ă  l’armĂ©e nazie du TroisiĂšme Reich pour dĂ©truire l’Union soviĂ©tique et le pouvoir communiste. Ce sont donc les impĂ©ratifs de la guerre qui ont poussĂ© les SoviĂ©tiques Ă  entrer en Europe de l’Est. D’ailleurs, les États capitalistes n’étaient pas du tout mĂ©contents et ils voyaient bien au contraire d’un bon Ɠil l’invasion des pays d’Europe de l’Est par l’armĂ©e du troisiĂšme Reich, car il comptait sur Hitler pour faire le sale travail, pour conjurer la menace du communisme soviĂ©tique et pour dĂ©barrasser finalement le continent europĂ©en du communisme. Ce que ne disent pas la propagande politique capitaliste et les manuels d’histoire, c’est grĂące Ă  l’ArmĂ©e Rouge que les dĂ©mocraties populaires d’Europe orientale et centrale ont Ă©tĂ© libĂ©rĂ©es de l’occupation nazie et il Ă©tait donc normal que l’Union soviĂ©tique cherchĂąt Ă  aider les partis communistes des zones occupĂ©es par l’ArmĂ©e Rouge Ă  conquĂ©rir le pouvoir et Ă  y Ă©tablir sa propre zone d’influence. Les Etats-Unis et les Occidentaux ont bien leurs zones d’influence en Afrique, en AmĂ©rique latine et ua Moyen Orient, pourquoi refuseraient-ils ce droit Ă  l’Union soviĂ©tique?

mur1

Célébration à Paris du 20° anniversaire de la chute du Mur de Berlin sur la place de la Concorde, le lundi 9 novembre 2009.

CHUTE DU MUR DE BERLIN :

AVATAR D’UNE GUERRE PSYCHOLOGIQUE

La propagande capitaliste rĂ©pĂšte Ă  qui veut l’entendre que la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc de l’Est sont l’expression d’un rejet du socialisme et du communisme par les peuples est-europĂ©ens. C’est ce que disent les journalistes des mass medias, les propagandistes attitrĂ©s et les intellectuels des supermarchĂ©s mais la rĂ©alitĂ© est tout autre chose. Les peuples est-europĂ©ens ont-ils rĂ©ellement rejetĂ© le socialisme ? On ne peut qu’en douter, car les peuples est-europĂ©ens sont lĂ  pour faire uniquement de la figuration et ils sont incapables de discerner entre leurs propres intĂ©rĂȘts et ceux de leurs oppresseurs. Toutefois, il convient d’apporter une lĂ©gĂšre nuance Ă  cette affirmation concernant les peuples est-europĂ©ens du fait que ces derniers ont vĂ©cu sous deux systĂšmes sociaux diffĂ©rents et ils ont eu le loisir de comparer entre les avantages et les inconvĂ©nients de l’un et de l’autre. Ce qui n’est pas le cas des peuples dans les pays capitalistes qui n’ont jamais eu cette occasion historique pour comparer par eux-mĂȘmes entre deux sociaux et idĂ©ologiques diffĂ©rents puisqu’ils vivent depuis deux siĂšcles sous le rĂšgne et la domination de la bourgeoise. Ceux qui ont vĂ©cu sous un rĂ©gime socialiste avant de basculer dans le capitalisme sauvage ont pu voir la diffĂ©rence entre un systĂšme socialiste qui leur assurait la sĂ©curitĂ© de l’emploi de la naissance Ă  la mort et un capitalisme sauvage synonyme de chĂŽmage de masse et d’insĂ©curitĂ© psychologique permanente due plus prĂ©cisĂ©ment Ă  l’insĂ©curitĂ© d’emploi. Les personnes interrogĂ©es dans les sondages d’opinion rarement publiĂ©s ou divulguĂ©s en Occident avouent avoir Ă©tĂ© leurrĂ©es par la propagande politique de Free Europe et de Voice of America qui leur prĂ©sentaient l’Occident comme un havre de paix et de libertĂ©. A titre d’exemple, le quotidien amĂ©ricain USA Today a publiĂ© le 11 octobre 1999 un sondage dans lequel 51% des Allemands de l’est disent regretter le temps d’avant la chute du mur de Berlin et affirment que l’Occident qu’ils ont dĂ©couvert n’est pas celui dĂ©crit par la Radio Free Europe et la voix de l’AmĂ©rique.

Ceux qui ont contribuĂ© Ă  la chute du mur de Berlin et Ă  la dislocation du bloc de l’Est, ce ne sont pas les peuples est-europĂ©ens eux-mĂȘmes qui, comme tous les peuples de la terre, n’ont fait que suivre le mouvement mais une minoritĂ© de privilĂ©giĂ©s appartenant Ă  l’ancienne nomenklatura communiste. À force de matraquage et de viol psychique, cette minoritĂ© ex-communiste finit par cĂ©der aux sirĂšnes de la propagande capitaliste diffusĂ©e par radio Free Europe et par la Voix d l’AmĂ©rique. Ce phĂ©nomĂšne de reconversion d’anciens communistes Ă  l’anticommunisme et Ă  l’archĂ©o libĂ©ralisme a commencĂ© d’abord par le mouvement de dissidence avant de toucher une grande partie des cadres des partis communistes et de la nomenklatura communiste. Ce qui explique le revirement idĂ©ologique de cette minoritĂ©, c’est sa position privilĂ©giĂ©e par rapport aux autres couches sociales notamment par son niveau de vie moyen, son degrĂ© d’instruction et sa culture moyenne. Car il faut bien savoir, une propagande n’agit pas sur des individus incultes et sur des pauvres dĂ©munis matĂ©riellement, socialement et intellectuellement. Ceux qui sont les plus sensibles Ă  la propagande, ce sont gĂ©nĂ©ralement ceux qui ont fait des Ă©tudes secondaires ou universitaires, ceux qui possĂšdent un minimum vital et qui n’ont pas beaucoup de soucis concernant leurs moyens d’existence. Autrement dit, pour que la propagande soit efficace, il faut que ceux Ă  qui elle s’adresse aient une certaine aisance matĂ©rielle, un certain niveau d’instruction et une culture moyenne. Dans les pays occidentaux, c’est donc Ă  cette catĂ©gorie sociale mĂ©diane, souvent appelĂ©e classe moyenne, que s’adresse la propagande et c’est parce qu’elle est la masse la plus rĂ©ceptive aux thĂšmes et aux symboles vĂ©hiculĂ©s par les propagandistes. C’est d’ailleurs cette expĂ©rience dans la manipulation des foules et des masses en Occident qui a servi de laboratoire aux concepteurs et aux planificateurs de la guerre psychologique contre les pays socialistes en ciblant en particulier cette masse moyenne que formait la nomenklatura communiste. Les rĂ©volutions des velours qui ont eu lieu rĂ©publiques soviĂ©tiques recrutaient parmi des jeunes, des Ă©tudiants et des intellectuels.

La guerre psychologique menĂ©e contre les l’Union soviĂ©tique et les pays socialistes a dĂ©marrĂ© dĂšs 1945 lorsque les PrĂ©sidents Harry Truman et Dwight Eisenhower dĂ©cidĂšrent de transformer les agences de propagande créées durant la Seconde Guerre mondiale en leur assignant une nouvelle mission, combattre l’Union soviĂ©tique et les dĂ©mocraties populaires de l’Est et les mouvements d’émancipation dans les pays du Tiers-monde. Ainsi, des hommes et des rĂ©seaux travaillant jadis pour l’Allemagne nazie ont-ils Ă©tĂ© recrutĂ©s et enrĂŽlĂ©s dans les nouveaux services de propagande Ă©tats uniens pour fournir des Ă©tudes et des renseignements sur l’Union soviĂ©tique et les pays de l’Est. On peut citer Ă  titre d’exemple, l’organisation Gehlen, constituĂ©e et dirigĂ©e par Reinhold Gehlen et financĂ©e par la CIA. Gehlen qui appartenait Ă  la Reichwehr depuis 1920, avait Ă©tĂ© nommĂ© chef de la section d’espionnage de l’ArmĂ©e allemande sur le front russe en 1942 oĂč il obtint Ă  quarante-trois ans le grade de gĂ©nĂ©ral de division. AprĂšs la guerre, le gĂ©nĂ©ral Gehlen fut fait prisonnier par les AmĂ©ricains et on lui confia le commandement autonome d’une armĂ©e d’espions avec un Ă©tat-major choisi personnellement pour organiser l’espionnage dans la zone soviĂ©tique d’Allemagne pour le compte des Etats-Unis. Gehlen recevait 6 millions de dollars par pour financer ses opĂ©rations. Son organisation comprenait l’élite de l’ancien corps de contre-espionnage de l’armĂ©e allemande et des agents de diverses nationalitĂ©s Ă©parpillĂ©es en Europe Orientale et dans les Balkans.

Pour pouvoir retourner une partie de la nomenklatura communiste, la propagande capitaliste a menĂ© un long travail de sape psychologique s’étalant sur une quarantaine d’annĂ©es. Cette guerre psychologique a employĂ© des techniques extrĂȘmement sophistiquĂ©es combinant subversion, sabotage, opĂ©rations spĂ©ciales, guĂ©rilla, espionnage, pressions politiques, culturelles, Ă©conomiques. Ces diffĂ©rentes techniques de guerre psychologique Ă©taient adaptĂ©es et modifiĂ©es en fonction de chaque situation mais elles avaient au dĂ©but des ratĂ©s. Par exemple, c’est la technique de propagande blanche ou ouverte qui a fait Ă©chouer les tentatives des rĂ©formes de Wladdyslaw Gomulka en Pologne et d’Imre Nagy en Hongrie en 1956 quand Radio free Europe et Voice of America appelaient ouvertement les populations polonaises et hongroises aux soulĂšvements contre les gouvernements communistes en place. C’est cette propagande ouverte qui a donnĂ© des alibis a l’Union soviĂ©tique pour envoyer ses chars Ă  Budapest et pour Ă©craser le soulĂšvement hongrois. LĂ  oĂč la propagande de Radio free Europe s’est dĂ©masquĂ©e comme une propagande blanche ou propagande ouverte, c’est quand Imre Nagy avait appelĂ© le 24 octobre 1956 les populations hongroises au calme, Ă  l’ordre et Ă  la discipline alors que quelques jours plus tard, le 31 octobre 1956, l’expert militaire de radio free Europe proclamait « le ministĂšre de la DĂ©fense et le ministĂšre de l’intĂ©rieur sont encore aux mains des communistes. Ne laissez pas durer cette situation. Combattants de la LibertĂ©. N’accrochez pas vos armes au mur. Pas un morceau de charbon, pas une goutte d’essence pour le gouvernement de Budapest tant que l’IntĂ©rieur et la DĂ©fense ne sont pas entre vos mains ».

DeuxiĂšme exemple de technique de propagande blanche. En Ă©tĂ© 1980, lors des grĂšves des chantiers polonais de Gdansk, alors que le gouvernement polonais cĂ©dait Ă  toutes les revendications des ouvriers, Radio Free Europe, en langue polonaise, la BBC et Radio France internationale, devenues les porte-voix de Solidarnosc, du MKS de Gdansk du KOR de Jacek Kuron incitaient les grĂ©vistes Ă  continuer leur mouvement de protestation en leur disant en substance « Tenez bon, continuez la grĂšve, le monde entier est Ă  vous ». DĂšs les premiers jours de grĂšve d’aoĂ»t 1980, la propagande blanche capitaliste a tout fait pour pousser Ă  un affrontement sanglant entre le pouvoir et les grĂ©vistes. Cette propagande blanche s’est rĂ©vĂ©lĂ©e comme en Hongrie et en Pologne en 1956 contreproductive puisqu’elle a conduit finalement au pouvoir Ă  l’état d’urgence dĂ©crĂ©tĂ© par le gĂ©nĂ©ral Jarusalski en dĂ©cembre 1980.

Au fil du temps, la propagande blanche trop visible et contreproductive se transforme progressivement en propagande noire ou grise plus discrĂštes et plus insidieuses consistant Ă  mener des actions de sabotage Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres de l’adversaire communiste. Aujourd’hui, il est de notoriĂ©tĂ© publique que la ville de Berlin grouillait d’espions amĂ©ricains, français, anglais qui renseignaient leurs directions opĂ©rationnelles sur des actions subversives et de sabotage Ă  mener Ă  l’intĂ©rieur de l’ex-RDA et dans d’autres pays du bloc de l’ancien bloc communiste. La ville de Berlin a Ă©tĂ© souvent le théùtre d’actions de sabotage et de subversion comme par exemple, le plastiquage de transformateurs d’électricitĂ©, le sabotage d’usines, la dĂ©gradation de bĂątiments publics, le sabotage de ponts et de voies de communications, l’empoisonnement de 7000 vaches dans une coopĂ©rative de production de lait et de fromage est-allemande, la tentative d’empoisonnement des cigarettes, le sabotage d’une rencontre internationale pour la jeunesse Ă  Berlin-est par l’envoi de faux billets et de fausses invitations etc. D’ailleurs les actions subversives menĂ©es contre l’ex-RDA et Ă  Berlin-est remontent au tout dĂ©but de la crĂ©ation de la RDA quand les Occidentaux avaient poussĂ© en juin 1952 des Ă©meutiers armĂ©s de pierres Ă  ravager les bureaux du gouvernement en appelant la population berlinoise Ă  descendre dans les rues et Ă  rĂ©clamer la dĂ©mission du gouvernement communiste. Cette action subversive des Ă©meutiers fut sĂ©vĂšrement rĂ©primĂ©e par les chars russes stationnĂ©s alors Ă  Berlin.

Pour augmenter l’efficacitĂ© de ses actions, la guerre psychologique Ă©tait amenĂ©e Ă  connaĂźtre le terrain psychologique des groupes qu’elle cherche Ă  influencer psychiquement. Lorsque le propagandiste ignore le terrain psychologique de l’adversaire, il obtient l’effet inverse et sa propagande maque ses buts. Pour ce faire, il a fallu Ă©tudier Ă  fond les mythes, les symboles, les stĂ©rĂ©otypes, les schĂšmes gĂ©nĂ©raux de la culture des sociĂ©tĂ©s est-europĂ©ennes. Ce sont les disciplines acadĂ©miques qui ont Ă©tĂ© mises Ă  contribution pour fournir des Ă©tudes et des travaux sur l’Union soviĂ©tique et les pays de l’Est. DĂšs la fin de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs institutions et fondations amĂ©ricaines ont créé des centres de recherches spĂ©cialisĂ©s dans l’étude de l’Union soviĂ©tique et des États socialistes. Par exemple, 1947, la Fondation Carnegie finança la crĂ©ation du Russian Research center, suivie de la fondation Ford et de la Fondation Rockefeller qui fournirent des fonds aux universitĂ©s aux Etats-Unis et Ă  l’étranger pour aider des chercheurs et pour financer des centres de recherches sur les pays de l’Est. La Fondation Rockefeller a mĂȘme subventionnĂ© la crĂ©ation en France de la VI section de l’école pratique des hautes Ă©tudes devenue plus tard l’Ecole pratique des hautes Ă©tudes en sciences sociales(EHESS) produisant des travaux sur la Chine, la Russie et les pays de l’Est. Les innombrables travaux et Ă©tudes produits par ces institutions et centres de recherche ont permis aux stratĂšges de la propagande occidentale de connaĂźtre et de cerner de plus prĂšs la psychologie de l’individu ainsi que les mythes courants, les opinions et les stĂ©rĂ©otypes des groupes Ă  mobiliser. Aujourd’hui, des questions se posent pour savoir si le pape Jean Paul I n’a pas Ă©tĂ© empoisonnĂ© pour Ă©lire Ă  sa place un pape polonais dont la mission Ă©tait de rĂ©veiller et de rĂ©activer le catholicisme en Pologne pour en faire un moyen de lutte contre le communisme. En tout cas, le pape Jean Paul II et l’Eglise polonaise ont jouĂ© un rĂŽle dĂ©terminant dans le renversement du gouvernement communiste en Pologne et dans d’autres pays du bloc de l’Est.

Par ailleurs, les stratĂšges de la guerre psychologique ont eu recours Ă  la sociologie des conflits et des crises politiques, Ă  l’interaction stratĂ©gique, Ă  la dynamique de l’action collective et aux logiques de mobilisation multisectorielles. La sociologie des conflits et des crises politique a fourni aux stratĂšges de la guerre psychologique les armes et les technologies de mobilisation et de dĂ©sectorisation de l’espace social. Les principes de la dĂ©sectorisation de l’espace social et des mobilisations multisectorielles ont Ă©tĂ© mis en oeuvre lors des grĂšves de l’étĂ© polonais en 1980 quand les dirigeants du MKS et du KOR, aidĂ©s et conseillĂ©s par experts occidentaux de la guerre psychologique, cherchaient par des rumeurs rĂ©pandues, Ă  Ă©tendre la grĂšve des chantiers de Gdansk Ă  d’autres secteurs d’activitĂ©s et Ă  d’autres villes polonaises pour provoquer un soulĂšvement gĂ©nĂ©ral contre le gouvernement communiste. Cette mĂȘme tactique de dĂ©sectorisation et de mobilisations multisectorielles a Ă©galement Ă©tĂ© appliquĂ©e et mise en Ɠuvre dans d’autres pays de l’Est aprĂšs la chute du mur de Berlin et lors des rĂ©volutions des velours dans les ex-rĂ©publiques soviĂ©tiques.

CONCLUSION

Pour savoir pourquoi le monde capitaliste fĂȘte aujourd’hui en grande pompe les 20 ans de la chute du mur de Berlin, il faudra revenir Ă  la pĂ©riode ayant prĂ©cĂ©dĂ© la dislocation du bloc de l’Est. Dire que le monde capitaliste Ă©tait en crise avant la chute du mur de Berlin est tout simplement une tautologie, car le capitalisme est insĂ©parable de ses crises permanentes et chroniques. Personne n’est capable de dire quand le capitalisme est en crise et quand il ne l’est pas, car quand le capitalisme n’est pas en crise, des millions de chĂŽmeurs sont jetĂ©s dans les pavĂ©s. Dire, par ailleurs que la chute du mur de Berlin symbolise le triomphe dĂ©finitif de la libertĂ© sur la tyrannie communiste, c’est plutĂŽt une bonne blague Ă  un euro. La chute du mur de Berlin a redonnĂ© au Capital amĂ©ricain et europĂ©en une bouffĂ©e d’air frais en rĂ©cupĂ©rant une zone de 650 000 km2, c’est-Ă -dire une zone correspondant aux superficies de la France, de la Suisse, de la Belgique et du Danemark. En rĂ©cupĂ©rant ainsi cette zone de 650 000 km2 qui Ă©taient jadis sous l’influence de l’union soviĂ©tique, les capitalistes ont Ă©pargnĂ© Ă  l’Europe et au monde une guerre meurtriĂšre et destructrice. Car il faut savoir, quand le Capital n’a plus son oxygĂšne pour respirer, c’est-Ă -dire, ses marchĂ©s et ses matiĂšres premiĂšres, il devient, comme un lion affamĂ©, un fou furieux et dangereux pour l’humanitĂ© toute entiĂšre.

En faisant main basse sur les 650 000 km2 rĂ©cupĂ©rĂ©s aprĂšs la chute du mur de Berlin, le capital a ouvert sur le continent europĂ©en, une zone franche de rĂ©glementation libre du travail. GrĂące Ă  ces 650 000 km2 conquis sur l’union soviĂ©tique, le Capital respire provisoirement grĂące Ă  la dĂ©localisation de certains segments de la ligne de production et Ă  la modification des conditions de travail. La dĂ©localisation-segmentation peut ainsi se caractĂ©riser par une substitution de techniques favorisant l’utilisation abondante de main d’Ɠuvre et conduisant surtout Ă  son usure prĂ©coce. Deux avantages sont retirĂ©s de cette dĂ©localisation: l’un se traduit en terme de coĂ»t(bas salaires), l’autre en terme de productivitĂ©(dĂ©tĂ©rioration des conditions de travail). Cette stratĂ©gie de segmentation-dĂ©localisation a pour but de compenser une baisse de la rentabilitĂ© moyenne du capital et pour surmonter cette baisse tendancielle que rencontre l’accumulation du capital, il Ă©tait nĂ©cessaire de procĂ©der Ă  une redĂ©finition des conditions d’exploitation de la force de travail. La possibilitĂ© de trouver ailleurs des conditions meilleures pour exploiter la main-d’oeuvre permet d’allĂ©ger les difficultĂ©s que l’accumulation du capital rencontre. La possibilitĂ© de segmenter les lignes de production en adaptant les technologies aux conditions moyennes de production tend Ă  homogĂ©nĂ©iser les conditions de travail vers le bas. La possibilitĂ© d’obtenir des conditions de travail plus favorables au capital en dĂ©localisant des segments de production constitue une menace rĂ©elle sur des salariĂ©s des pays capitalistes du centre, car la menace de dĂ©localiser peut conduire Ă  une dĂ©tĂ©rioration des conditions de travail, Ă  une stagnation et Ă  une baisse des salaires rĂ©els. La chute du mur de Berlin a Ă©tĂ© un cadeau du ciel offert aux multinationales capitalistes qui sont Ă  la recherche de zones franches oĂč rĂšgne seulement la loi de la jungle avec des conditions de travail moyenĂągeuses et une main-d’oeuvre abondante, corvĂ©able et exploitable Ă  volontĂ©. Allez demander aux ouvriers roumains de chez DACIA qui gagnent un salaire mensuel de 240 s’ils croient toujours au paradis terrestre promis par la radio free Europe et la Voix de l’AmĂ©rique et s’ils vivent sous le rĂ©gime de la libertĂ© depuis la chute du mur de Berlin.

Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Nous vous recommandons de visiter le blog de Faouzi Elmir :

Le Bulletin de l’International

nov 03 2009

Fall of the Republic, d’Alex Jones (vostfr)

Le rĂ©alisateur Alex Jones affirme, dans son nouveau film « The Fall of The Republic » (la chute de la rĂ©publique) que les patriotes doivent s’unir et se battre contre les ennemis de la RĂ©publique, car ils risquent sinon de se retrouver tenu en esclavage par une Ă©lite dirigeante Ă  travers un contrĂŽle social tyrannique.

Fall of the Republic cover

Du plan de sauvetage Ă  la taxe sur le carbone, ainsi que la mort annoncĂ©e du dollar, il semble Ă©vident, selon Alex Jones, que Barack Obama et ses maĂźtres sont en train de mettre en place les conditions nĂ©cessaire Ă  la crĂ©ation d’un gouvernement mondial, fusse-t-il pour cela nĂ©cessaire de sacrifier des millions de vies.

Nos remerciement Ă  Hussardelamort pour son travail de traduction.


7Ăšme partie (mise en ligne le 5 novembre 2009)

8Ăšme partie (mise en ligne le 7 novembre 2009)

9Ăšme partie (mise en ligne le 8 novembre 2009)

10Ăšme partie (mise en ligne le 8 novembre 2009)


11Ăšme partie (mise en ligne le 9 novembre 2009)

12Ăšme partie (mise en ligne le 14 novembre 2009)

13Ăšme partie (mise en ligne le 14 novembre 2009)

12Ăšme partie (mise en ligne le 15 novembre 2009)

Nous placerons la suite du document dÚs la traduction réalisée

Read more »

oct 06 2009

Un abandon imminent du dollar ?

Existe-t-il un « complot » international pour remplacer le billet vert sur le marchĂ© de l’or noir ?

7896

Les pays arabes du Golfe envisagent, avec la Chine, la Russie, le Japon et la France, de remplacer le dollar dans les Ă©changes pĂ©troliers par un panier de monnaies incluant le yen, le yuan chinois, l’euro, l’or et la future monnaie commune du Golfe, a rĂ©vĂ©lĂ© mardi le quotidien The Independent.

« Des rĂ©unions secrĂštes ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© tenues par des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales en Russie, en Chine, au Japon et au BrĂ©sil, pour travailler Ă  ce projet, qui signifiera que le prix du pĂ©trole ne sera plus cotĂ© en dollars », affirme mardi le quotidien britannique, qui a eu la confirmation de ces informations par des sources bancaires Ă  Hong Kong.

« Combattre cette cabale internationale »

Ces projets « pourraient expliquer en partie la subite envolĂ©e des prix de l’or, mais ils augurent aussi d’un abandon extraordinaire du dollar dans les neuf prochaines annĂ©es », poursuit l’article. Les Etats-Unis savent que ces rĂ©unions ont eu lieu, sans en avoir dĂ©couvert les dĂ©tails, et « ils vont certainement combattre cette cabale internationale qui inclut des alliĂ©s jusqu’alors loyaux, le Japon et les pays arabes du Golfe », prĂ©dit-il.

En attendant que le dollar soit abandonnĂ©, « la monnaie de transition pourrait bien ĂȘtre l’or, selon des sources de banques chinoises », indique Ă©galement le quotidien. Cette transition impliquerait des montants colossaux: Abu Dhabi, l’Arabie saoudite, le KoweĂŻt et le Qatar dĂ©tiennent ensemble une rĂ©serve de 2,1 milliers de milliards de dollars, selon The Independent.

Source: 7sur7.be

Je ne saurais que trop, pour ma part, faire le rapprochement entre ceci et cet article que nous avons publié le 7 avril 2008. Ce passage est le plus intéressant:

« [...] La fin du dollar est plus proche qu’on ne l’imagine. Ce qui signifie que le dollar pourrait ĂȘtre remplacĂ© par une autre devise. La thĂ©orie la plus plausible est celle de l’AmĂ©ro, une devise nord-amĂ©ricaine pour le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. »

On ne peut que remarquer le timing parfait entre l’exhibition d’une Ă©bauche de nouvelle monnaie supranationale par le prĂ©sident russe Dimitri Medvedev, lors du G8 qui s’est dĂ©roulĂ© Ă  l’Aquila il y a quelques mois, le projet de former l’Union Nord-AmĂ©ricaine avec la monnaie unique que serait l’AmĂ©ro, et le projet ici prĂ©sent de remplacer le dollar par un panier de plusieurs monnaies. Au niveau national, les États-Unis pourraient effectivement profiter largement de la crise financiĂšre et de cette proposition qui est dĂ©sormais publique pour marquer la transition du dollar vers l’AmĂ©ro, tandis que la monnaie prĂ©sentĂ©e par Medvedev (et qui, prĂ©cisons-le, a Ă©tĂ© frappĂ©e Ă  Bruxelles) prĂ©vaudrait sur la scĂšne internationale, le tout accentuant d’autant plus l’interdĂ©pendance des États et la marche du Nouvel Ordre Mondial.

oct 02 2009

L’Irlande tombera-t-elle dans le piĂšge du TraitĂ© de Lisbonne ?‎ (Information en continu)

Un peu plus d’un an aprĂšs avoir rejetĂ© le traitĂ© de Lisbonne (1), les Irlandais votaient Ă  nouveau aujourd’hui sur ce texte rĂ©formant le fonctionnement de l’Union europĂ©enne, et autorisant la peine de mort, entre autres lois liberticides, comme nous l’indiquions dans un rĂ©cent article sur Mecanopolis.

european-fascism-be

Le gouvernement et presque tous les principaux partis ont soutenu le traitĂ©. Le Premier ministre Brian Cowen a exclu un troisiĂšme vote, ce qui signifie qu’un nouveau « non » irlandais pourrait enterrer dĂ©finitivement le traitĂ©.

Ce matin, un journal à grand tirage irlandais ouvrait ses colonnes à un des rares opposant qui appelle avec force à refuser ce traité. Nous en reproduisons la traduction ci-dessous, et placerons à la suite, tout au long du week-end, les informations qui nous parviennent.

Mecanopolis et JVT

1. En un peu plus d’un an (entre juin 2001 et hier), ce n’est pas 2 fois que les irlandais ont dĂ» se prononcer sur un traitĂ© europĂ©en mais 4 fois. C’est la 2Ăšme fois que les Irlandais sont appelĂ©s Ă  s’exprimer sur la ratification d’un traitĂ© europĂ©en aprĂšs avoir rejetĂ© le texte lors d’un 1er rĂ©fĂ©rendum. Le 19 octobre 2002, 62,89% des votants avaient approuvĂ© la ratification du traitĂ© de Nice aprĂšs avoir majoritairement votĂ© contre (par 53,87% des suffrages) le 7 juin 2001. Faire voter le peuple Ă  rĂ©pĂ©tition jusqu’Ă  ce que, Ă  coup de propagande, il fasse le choix de ce qui est dĂ©sormais convenu d’appeler la Gouvernance mondiale, est ce que l’on appelle « dĂ©mocratie » au 21Ăšme siĂšcle.

ProtĂ©gez l’indĂ©pendance de l’Irlande en votant NON !

DEMAIN, nous aurons Ă  faire le vote le plus important de nos vies. Voici mon opinion sur le sujet :

Garanties : Elles ne valent pas le papier sur lequel elles sont Ă©crites. Les plus grandes dĂ©cisions du Danemark aprĂšs leur vote du  » Non » sur Maastricht ont Ă©tĂ© depuis annulĂ©es par la Cour de Justice europĂ©enne.

L’article 48 : la clause d’escalator ou de clause s’amendant permet Ă  l’UE d’aggraver son pouvoir dans de nouvelles rĂ©gions sans revenir aux gens pour un vote sur n’importe quels changements. Donc ce que nous avons est un traitĂ© qui n’est pas mis dans la pierre, Ă  la diffĂ©rence de notre propre constitution.

C’est un traitĂ© flexible est prĂ©vu pour ĂȘtre amendĂ© par l’Ă©lite europĂ©enne comme ils le veulent. Cela rend les États membres extrĂȘmement vulnĂ©rables. Signeriez-vous un contrat avec quelqu’un qui pourrait le modifier juridiquement — aprĂšs sa signature ?

L’article 2 ECFR : “ Personne ne doit ĂȘtre condamnĂ© Ă  mort, tout le monde a droit Ă  la vie”. Le protocole 6 de l’article 2 de l’ECHR, qui fusionnera avec l’ECFR, dit : “ Un Ă©tat peut faire la disposition pour la peine de mort aux temps de menace de guerre ou imminente de guerre ”. LĂ  vous avez  » une porte dĂ©robĂ©e « ‘ par quoi l’article principal peut ĂȘtre diluĂ© ou niĂ© entiĂšrement. C’est typique de la tromperie que nous trouverons lors de l’Ă©tude du traitĂ© et de ses chartes. Pourrions-nous nous fier Ă  Tony Blair, qui a conduit sa nation dans la guerre sous de faux-semblants et qui est le favori, non Ă©lu, pour ĂȘtre le prĂ©sident de l’UE ?

Comme cela a été exposé par Commissaire européen Irlandais Charlie McCreevy, 95 % des européens voterait non à ce traité si on leur donnait la chance de le faire. Nous le leur devons, pour prendre la bonne décision demain.

L’UE n’a pas Ă©tĂ© bonne pour l’Irlande ? Nous avons donnĂ© Ă  l’UE notre stock de pĂȘche. L’industrie de pĂȘche a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©e par consĂ©quent. Maintenant, nos fermiers sont forcĂ©s de vendre du lait moins cher que le prix coĂ»tant, Ă©tant handicapĂ©s par le poids de la bureaucratie europĂ©enne.

Le totalitarisme de l’UE avance Ă  pas feutrĂ©s : avez-vous remarquĂ© comment, avec chaque traitĂ© europĂ©en successif, comment nous nous sommes dĂ©placĂ© de l’intĂ©gration Ă©conomique vers l’intĂ©gration politique ? Est cela la dĂ©mocratie qui consiste Ă  proposer aux gens le mĂȘme traitĂ© sur lequel nous avons dĂ©jĂ  votĂ© ? Est cela la dĂ©mocratie, refuser dans les États membres un rĂ©fĂ©rendum aux citoyens ? Était cela la dĂ©mocratie pour d’autres Ă©tats de ratifier le traitĂ© contre les vƓux de leurs propres citoyens ?

En parlant simplement, c’est donner de plus en plus de pouvoir dans de moins en moins de mains.

Nous devons garder notre indépendance remportée de haute lutte et protéger notre constitution.

Soyons du bon cĂŽtĂ© de l’Histoire 
 Votons NON Ă  Lisbonne.

Jim Corr, pour le Herald

Traduction : Fonzibrain

Suivre l’information en continu sur le Forum Mecanopolis

août 03 2009

Le Nouvel Ordre Mondial pourrait-il échouer ?

Par Régis Mex

La marche du progrĂšs n’est pas impossible Ă  ralentir, mais ne peut ĂȘtre arrĂȘtĂ©e en aucun cas. Ainsi, on peut prendre Ă  ceux qui n’ont pas et donner Ă  ceux qui ont sans que cela ne bouleverse qui que ce soit, car il s’agit lĂ  de ce que le commun des mortels considĂšre comme le fonctionnement normal des choses. En effet, les pauvres considĂšrent comme « normal » d’ĂȘtre pauvres s’ils sont dans cette situation depuis leur naissance, tout comme ils ne s’attendent pas, dans une conjoncture « normale », Ă  recevoir quoi que ce soit de quelqu’un « qui a ». Ils ne sont donc susceptibles de ressentir aucun sentiment de rĂ©bellion. De mĂȘme, celui qui vit dans l’aisance ne nourrira nulle intention de rĂ©volte, puisqu’il possĂšde tout ce qui sert Ă  son confort et Ă  son bon plaisir, et n’imaginerait en aucun cas qu’il puisse en ĂȘtre autrement, Ă©tant donnĂ© que cet Ă©tat de fait est aprĂšs tout entiĂšrement « normal ». Or, si l’on malmĂšne ce prĂ©sent Ă©tat de fait, la sociĂ©tĂ© toute entiĂšre peut s’attendre Ă  de violentes secousses.

87954862

L’Histoire est faite de civilisations qui ont eu leurs pĂ©riodes de stabilitĂ© et leurs pĂ©riodes de crise. Le plus souvent, les crises Ă©taient l’occasion d’exprimer les mĂ©contentements divers qui s’étaient accumulĂ©s dans une ou plusieurs couche(s) de la sociĂ©tĂ©, et de soulager ces derniers grĂące aux propositions de rĂ©formes que la situation permettait. Soit des concessions Ă©taient faites de la part du pouvoir pour satisfaire les mĂ©contents, soit leur soulĂšvement servait de prĂ©texte Ă  la classe dirigeante pour dĂ©crĂ©ter l’état d’urgence et faire naĂźtre ou renforcer un totalitarisme qui ne pouvait qu’aggraver les exaspĂ©rations populaires diverses qui, sur le long terme, auront raison de lui Ă  la moindre opportunitĂ© venue. De fait, puisque ce sont gĂ©nĂ©ralement les classes populaires et moyennes qui ont des raisons de s’insurger, et qu’elles finissent toujours par obtenir ce qu’elles veulent Ă  un moment ou Ă  un autre, la voie vers la concrĂ©tisation de leurs aspirations multiples est un passage obligĂ©.

 

Le problĂšme est que ces « masses » (mot qui comprend, dans ce contexte, toute personne de classe populaire ou moyenne qui correspond aux  caractĂ©ristiques dĂ©finies ci-dessous), n’aspirent aucunement Ă  des idĂ©aux Ă©levĂ©s de justice, de bienveillance ou de stabilitĂ©. Il est alors simple de perpĂ©tuer l’inexistence de ces Ă©lĂ©ments dans la sociĂ©tĂ©, pourtant nĂ©cessaires, parmi d’autres, Ă  la crĂ©ation d’un systĂšme valable oĂč il ferait bon vivre pour l’ĂȘtre humain qui pourrait y trouver Ă©quilibre et plĂ©nitude. Non, la majoritĂ© Ă©crasante de la population que je dĂ©finis comme Ă©tant les « masses » (terme pĂ©joratif Ă  juste titre) se prĂ©occupent de choses autrement plus futiles. Elles se passionnent pour tout ce qui est immĂ©diatement accessible aux cinq sens, tout ce qui est du domaine du matĂ©riel et du plaisir, ce qui leur exclut tout accĂšs aux qualitĂ©s qui sont supĂ©rieures Ă  cet univers de l’instantanĂ©itĂ©, et les dĂ©pourvoit donc de quelque sens moral et spirituel que ce soit. ConformĂ©ment Ă  leurs aspirations, et enfermĂ©es inĂ©luctablement dans une sphĂšre d’égoĂŻsme et d’inconscience d’une ampleur telle qu’elles frĂŽlent la psychopathie, voire qu’elles embrassent le sadisme, les masses n’ont cure que de leur propre confort. Un confort qui consiste purement et simplement dans l’obtention de ce qui est nĂ©cessaire Ă  la perpĂ©tuation des plaisirs vulgaires tirĂ©s de l’excitation des seuls cinq sens, Ă  leur maintien dans la grossiĂšretĂ© de leur personnalitĂ©, et Ă  l’affirmation de leur absence de conscience. D’autres comprennent la nature mauvaise des politiques humaines, mais se donnent bonne conscience en se persuadant qu’il n’y a de toute façon aucun moyen d’y changer quoi que ce soit, et quand bien mĂȘme cela serait-il possible, ce ne serait pas eux-mĂȘmes qui pourraient le faire. Ceux-lĂ  sont donc partisans du systĂšme par le soutien qu’ils lui tĂ©moignent du fait de leur attitude passive et rĂ©signĂ©e, et finissent par ĂȘtre absorbĂ© par ce mĂȘme systĂšme au moment oĂč ils en arrivent Ă  se dire qu’aprĂšs tout, puisque le fonctionnement du monde est purement Ă©goĂŻste, il n’y a pas de raison pour qu’ils ne mĂšnent pas eux aussi une vie Ă©gocentrique. Cet Ă©tat de bassesse et de vide spirituel peut Ă©videmment se retrouver dans tout individu, quel que soit sa classe sociale, mais il aurait Ă©tĂ© Ă  non-sens d’inclure la classe aisĂ©e dans ma dĂ©finition des « masses », puisque ces derniĂšres reprĂ©sentent le peuple, qui s’oppose par dĂ©finition Ă  la minoritĂ© des classes riches et privilĂ©giĂ©es. Il n’y a donc que deux situations qui peuvent rĂ©volter les masses : soit elles ne trouvent pas les conditions qui leur permettent de vivre leur nature purement hĂ©doniste dans leur environnement, soit elles ne disposent pas de moyens de survie suffisants pour atteindre le seuil minimum de dignitĂ© qu’elles convoitent.

 

Cependant, malgrĂ© la mĂ©diocritĂ© de l’homme commun, qui, habituĂ© Ă  ĂȘtre esclave de lui-mĂȘme et de plusieurs maĂźtres extĂ©rieurs, se laisse volontiers marcher dessus et enfoncer dans une plus grande servitude encore tout en demeurant d’une passivitĂ© totale, si un peu des possessions futiles ou du confort auxquels il est attachĂ© lui est retirĂ©, il considĂ©rera cela comme un vol et une atteinte Ă  sa personne, et en sera courroucĂ©. En effet, il arrive souvent que de nombreuses manifestations aient lieu en France pour des motifs tout Ă  fait lĂ©gers ; protester contre la suppression d’un jour de congĂ©, par exemple, alors que des mesures autrement plus graves passent sans susciter la moindre rĂ©action. Des mesures qui peuvent ĂȘtre Ă  l’origine de futures hausses des prix, de licenciements, de rĂ©ductions de dĂ©penses sociales, contre lesquelles les gens protesteront encore, mais en dĂ©pit de tout bon sens, puisqu’ils n’auront rĂ©agi qu’une fois qu’ils auront Ă©tĂ© personnellement touchĂ©s, et aprĂšs avoir laissĂ© passer les mesures ayant causĂ© ces effets sans broncher. L’ardeur de la plupart des manifestants Ă  dĂ©fendre une cause est d’ailleurs aussi souvent inexistente que leur colĂšre est totalement Ă©phĂ©mĂšre ; aprĂšs avoir soulagĂ© un surplus d’énergie lors de la manifestation Ă  laquelle ils ont participĂ©, et occupĂ© par la mĂȘme occasion un jour qu’ils ne savaient comment combler, ils rentrent chez eux et oublient rapidement la raison pour laquelle ils se sont vaguement rebellĂ©s. Á moins qu’ils ne l’aient jamais su.

nouvel-ordre-mondial

Or, si le peuple se sent trop amplement volĂ©, et ne dispose plus des moyens nĂ©cessaires pour subsister et vivre de la façon qui le conduit vers l’état de bonheur qui lui convient, il se soulĂšvera, et l’État devra faire face aux problĂšmes que lui cause la base sur laquelle il repose, de peur d’ĂȘtre emportĂ© dans son agitation, et dĂ©truit. En effet, le but premier de tout un chacun est aprĂšs tout de se construire un environnement dans lequel il puisse mener une vie heureuse, quelles que soient les conditions, variant d’aprĂšs les individus, qui permettent d’y accĂ©der. Bien que beaucoup de gens n’atteignent pas cet Ă©tat, ils ne sont pas pour autant affectĂ©s d’un quelconque malheur ; ils vivent plutĂŽt dans la bĂ©atitude, un mĂ©lange confus de sentiments, de dĂ©sirs et de plaisirs divers, dans lequel ils ont du mal Ă  cerner leur propre personnalitĂ© et leur conscience. Autrement dit, un stade oĂč ils sont mĂȘlĂ©s Ă  l’inconscient collectif, et oĂč leur individualitĂ© est donc trĂšs peu marquĂ©e. Mais lorsque la souffrance survient, l’individu va rĂ©agir de deux façons : soit il va se sentir impuissant face Ă  sa douleur et va somatiser, soit il va vouloir agir sur son environnement extĂ©rieur de sorte Ă  le modeler de la façon qui servira Ă  soulager son Ă©tat d’esprit prĂ©sent, que ce soit sur le court ou le long terme. Si une personne souffre, directement ou non, des rĂ©alitĂ©s de notre monde actuel, elle voudra changer ou supprimer ce qui lui cause du tort ne serait-ce que par instinct de survie, pour se protĂ©ger. Donc, si un nombre suffisant de gens sont mĂ©contents pour les mĂȘmes raisons Ă  un degrĂ© signifiant, elles vont spontanĂ©ment crĂ©er un mouvement qui sera chaotique du fait de sa nature Ă©motionnelle, jusqu’à ce qu’il se cristallise autour d’un « leader » qui saura canaliser ses impulsions et diriger ses forces vers un but rationnel. Toute la question est de savoir si ce mouvement possĂšde assez de puissance et de pertinence pour surpasser la rĂ©sistance de ceux qui protĂšgent l’ordre des choses, rĂ©sistance qui peut s’exprimer de diverses maniĂšres ; qui du peuple ou du pouvoir sera le plus fort, donc.

 

L’écrasante majoritĂ© des rĂ©voltes de l’Histoire, avec violence ou non, ont Ă©tĂ© causĂ©es par un peuple insatisfait, mais cette tendance s’est inversĂ©e lors des soixante derniĂšres annĂ©es. En effet, les Ă©lites politique et financiĂšre avaient jusque lĂ  l’habitude de rentrer en conflits ouverts par l’intermĂ©diaire des guerres entre États et/ou Nations pour les mĂȘmes raisons que leurs peuples entraient en conflit avec elles ; parce qu’il y avait des acquis Ă  dĂ©fendre ou que, comparĂ©es Ă  leurs rivaux, elles Ă©taient insatisfaites de leur situation. Ce conflit Ă©tait une lutte pour plus de possessions, de pouvoir, d’influence ; une lutte pour ĂȘtre supĂ©rieur Ă  son rival. Ce n’est effectivement pas le fait d’avoir peu qui dĂ©clenche la convoitise de possĂ©der plus, tant que l’on imagine pas ce que serait notre vie avec plus de possessions. L’envie d’avoir mieux que ce que l’on a prĂ©sentement survient lorsque l’on a connu, dans le passĂ©, une situation meilleure que prĂ©sentement, ou que l’on constate qu’une quantitĂ© de richesses qui amĂ©liorerait notre niveau de vie est accaparĂ©e par une poignĂ©e de personnes. Par exemple, les habitants de pays sous-dĂ©veloppĂ©s ne sont gĂ©nĂ©ralement pas malheureux Ă  cause de la vie primitive qu’ils doivent mener, mais dĂ©veloppent une frustration qui se transforme facilement en haine vis-Ă -vis des pays riches lorsqu’ils prennent connaissance de leurs conditions de vie enviables. Les Ă©lites dirigeantes n’échappent pas aux effets de cet Ă©tat de fait, ce qui explique bon nombre de guerres. Mais depuis ces soixante derniĂšres annĂ©es, donc, la tendance des conflits a eu tendance Ă  changer de nature ; en effet, les oligarques financiers Ă©tant de plus en plus unis grĂące Ă  la mondialisation, et les buts des politiciens convergeant toujours davantage vers un but similaire du fait du mondialisme, leurs diffĂ©rends s’attĂ©nuent et les motifs de conflits disparaissent peu Ă  peu, puisqu’il ne peut y avoir de conflit au sein d’un ensemble uni. Par consĂ©quent, les Ă©lites ne se battent plus entre elles mais luttent contre les avantages que leurs peuples ont su acquĂ©rir au cours des siĂšcles ; elles veulent trouver le profit lĂ  oĂč il en reste Ă  gagner. Élite et peuple s’opposent d’ailleurs tout comme les classes aisĂ©es s’opposent aux classes populaires dans leurs aspirations, ou comme le jour s’oppose Ă  la nuit…

 

En effet, le New Deal a tardĂ© Ă  ĂȘtre adoptĂ© parce qu’il allait dans le sens de l’aide au peuple et non aux financiers, mais ces derniers ont finalement dĂ» l’accepter Ă  contrecoeur, car le discours communiste se faisait de plus en plus sĂ©duisant pour un nombre croissant de citoyens, nombreux Ă  avoir Ă©tĂ© lĂ©sĂ©s par la Grande DĂ©pression. Les mesures sociales qui sont apparues, tant avant qu’aprĂšs le New Deal, n’ont donc jamais Ă©tĂ© des actes de pure charitĂ© et de philanthropie, mais bien des nĂ©cessitĂ©s stratĂ©giques. En effet, en donnant aux gens suffisamment d’assistance pour qu’ils n’en demandent pas plus et cessent d’ĂȘtre mĂ©contents, on Ă©vitait leur ralliement Ă  la cause des socialistes d’abord, et des communistes ensuite, quitte Ă  devoir distiller quelques-uns de leurs principes dans le systĂšme capitaliste. Le socialisme a d’ailleurs Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© aux États-Unis comme la voie qui mĂšne inĂ©luctablement au communisme pendant la Guerre froide, de sorte Ă  dissuader de nouvelles mesures sociales, comme une socialisation de la mĂ©decine ou un renforcement de la SĂ©curitĂ© Sociale. AprĂšs la fin de la Guerre froide, notamment entre 1993 et 1995, on utilisa l’argument des difficultĂ©s causĂ©es par la dette pour justifier de nombreuses compressions budgĂ©taires, privatisations et rĂ©ductions de services sociaux (chĂŽmage, retraite, santĂ©, allocations, 
) dans les pays occidentaux. Le capitalisme n’avait maintenant plus d’opposant idĂ©ologique sĂ©rieux ; il pouvait donc laisser librement sa vĂ©ritable nature s’exprimer. Les magnats de l’économie et de la finance voulaient maintenant voir le New Deal dĂ©truit.

2502050366_33fa676ccd

Le 11 septembre 2001 et la crise financiĂšre commencĂ©e en 2007 doublĂ©e de la crise Ă©conomique qui l’a suivie ont Ă©tĂ© les autres Ă©vĂ©nements marquant l’avancĂ©e du capitalisme dĂ©bridĂ©. En ce qui concerne l’arme qu’est la crise, deux citations officielles de personnages hauts placĂ©s rĂ©sument bien les vertus qu’ils lui trouvent, que ce soit dans le cadre de crises provoquĂ©es Ă  l’étranger ou Ă  l’intĂ©rieur de la nation. Le 13 janvier 1993, au cours d’une confĂ©rence tenue au dixiĂšme Ă©tage du palais des congrĂšs Carnegie, John Williamson, crĂ©ateur du « Consensus de Washington », dit ceci : « On peut se demander s’il y aurait lieu de songer Ă  provoquer dĂ©libĂ©rĂ©ment une crise dans l’intention de supprimer les obstacles politiques Ă  la rĂ©forme. Dans le cas du BrĂ©sil, par exemple, on laisse parfois entendre qu’il faudrait attiser l’hyperinflation pour effrayer les gens et les obliger Ă  accepter ces changements. Au milieu des annĂ©es 1930, aucune personne ayant la capacitĂ© de prĂ©dire l’histoire n’aurait osĂ© affirmer que l’Allemagne et le Japon devaient entrer en guerre pour profiter des avantages de la supercroissance qui a suivi leur dĂ©faite. Mais une crise de moindre envergure aurait-elle pu avoir le mĂȘme effet ? Peut-on imaginer qu’une fausse crise serve les mĂȘmes fins sans entraĂźner les coĂ»ts d’une crise rĂ©elle ? ». Autre tĂ©moignage de leur immoralité : dans une communication prĂ©sentĂ©e devant l’Association internationale des sciences Ă©conomiques, Ă  Tunis, en 1995, et dont le texte fut publiĂ© plus tard par la Banque mondiale, Michael Bruno, Ă©conomiste en chef Ă  la Banque mondiale, dĂ©clara devant 500 Ă©conomistes venus de 68 pays que « l’idĂ©e selon laquelle une crise suffisamment grave pouvait pousser des dĂ©cideurs jusque-lĂ  rĂ©calcitrants Ă  instaurer des rĂ©formes susceptibles d’accroĂźtre la productivité » faisait l’objet d’un consensus de plus en plus grand. Bruno ajouta : « Je tiens Ă  rĂ©itĂ©rer l’importance d’un thĂšme majeur : l’économie politique des crises graves tend Ă  dĂ©boucher sur des rĂ©formes radicales aux rĂ©sultats positifs. »

DanzigerCostPlus

Enlever un acquis à quelqu’un est pire que de lui faire miroiter un bien qu’il n’a jamais connu. Le peuple, qui bĂ©nĂ©ficie d’un confort tel depuis les Trente Glorieuses qu’il s’intĂ©resse encore moins Ă  la politique qu’autrefois ou Ă  quelque autre domaine que ce soit d’autre qui puisse avoir un impact sur sa vie prĂ©sente ou future sans qu’il ne puisse rĂ©sister s’il n’y prend pas garde, est Ă  la fois plus satisfait et plus manipulable que jamais. Mais les tensions et les mĂ©contentements vont croissants depuis la crise financiĂšre, et les masses, aussi stupides soient-elles, ne se laisseront pas vider le frigidaire et se faire mettre Ă  la rue sans rĂ©agir. La chute du niveau de vie promet effectivement d’ĂȘtre si radicale que les gens prĂ©fĂ©reront lutter, avec tous les risques que cela comprend, plutĂŽt que d’accepter un Ă©tat de vie prĂ©caire. Il y aura donc inĂ©vitablement des rĂ©voltes, et peut-ĂȘtre de nouvelles guerres faites par des gouvernements qui voudront diriger les tensions vers l’extĂ©rieur, susciter la crainte, et s’octroyer une part encore plus importante de la sphĂšre Ă©conomique au niveau mondial. La rĂ©action populaire sera probablement si puissante qu’il y aura peu de chances pour que nos dirigeants puissent tirer profit de leurs programmes et rĂ©primer les rĂ©voltes sans trop de dommages. Qui plus est, les aberrations du systĂšme sont telles qu’un nombre croissant de personnes sont conscientes de ses mĂ©faits, que ce soit grĂące Ă  des mĂ©dias qui, bien que contrĂŽlĂ©s, ne peuvent pas cacher toutes les failles si flagrantes de cette sociĂ©tĂ©, ou bien par le dĂ©veloppement des sites d’information libre et non contrĂŽlĂ©s, ce qui fait que la lutte contre les Ă©lites ne s’arrĂȘtera probablement pas aux exigences de rĂ©instaurer les conditions de vie de 2007, mais prendra aussi une tournure idĂ©ologique qui imposera de revoir bien des aspects du systĂšme. En outre, les ambitions de l’élite sont d’une telle ampleur qu’elles ont dĂ» prĂ©parer bien des verrouillages pour avoir des chances d’arriver Ă  leurs fins, car elle projette tant de changements radicaux qu’elle a besoin d’un Ă©norme pouvoir pour espĂ©rer ne pas ĂȘtre emportĂ©e avec ses rĂ©formes. MalgrĂ© tout, la disproportion de leurs attentes est telle que certains points dĂ©cisifs de leur projet ne peuvent qu’avorter.

 

Il est clair que l’ampleur croissante de la gravité de la pandĂ©mie et de la crise Ă©conomique, peut-ĂȘtre couplĂ©es Ă  de futures catastrophes, donneront bien des prĂ©textes pour l’Ă©tablissement d’une gouvernance mondiale. Tout comme l’Union EuropĂ©enne, l’OTAN et l’ONU furent créés aprĂšs la deuxiĂšme Guerre Mondiale, pour qu’un tel dĂ©sastre ne se reproduise plus jamais, on instaurera ici des organismes internationaux plus larges encore (tels que la communautĂ© transatlantique, qui aura pour objectif d’unir l’Union nord-amĂ©ricaine et l’Union europĂ©enne sous une seule entitĂ© aux politiques et aux rĂšgles Ă©conomiques identiques), pour Ă©viter, soi-disant, d’autres drames du mĂȘme genre Ă  l’avenir. Un avantage rĂ©el d’une gouvernance mondiale, prĂ©lude Ă  l’avĂšnement d’un gouvernement mondial, aurait au moins le mĂ©rite d’effacer les probabilitĂ©s de guerre entre les diffĂ©rents États qui le composeraient. Il est effectivement vrai que la crĂ©ation de l’Union EuropĂ©enne empĂȘche l’apparition de toute guerre en son sein depuis 64 ans, ce qui est un temps record de paix sur le continent europĂ©en. On sait cependant pertinemment bien que ce qui intĂ©resse vĂ©ritablement l’Ă©lite n’est rien d’autre que la crĂ©ation d’un vaste marchĂ© mondial sans limites d’action ni rĂ©gulation, protĂ©gĂ© par une dictature mondiale. Pour que les tenants de ces ambitions gardent un minimum de crĂ©dibilitĂ© et de chances de rĂ©ussite, il est Ă©galement Ă©vident que les dĂ©sastres qui affectent notre sociĂ©tĂ© (bien qu’ils n’en soient pour l’instant qu’au stade bĂ©nin) doivent ĂȘtre, aux yeux du public, des Ă©vĂ©nements dĂ»s Ă  la malchance qui lĂšsent tout autant les gouvernements que les peuples. En ce qui concerne la pandĂ©mie de grippe A, je pense qu’elle aura surtout un impact psychotique, qui consistera Ă  faire mourir un nombre suffisant de personnes davantage dans le but de crĂ©er la panique et de contribuer Ă  rendre plus manipulables les populations en Ă©tat de choc que dans l’optique d’une rĂ©elle rĂ©duction de la population. Quant Ă  la crise Ă©conomique, elle justifiera, tout comme la pandĂ©mie, l’application de mesures politiques fortes et servira aussi, entre autres, de prĂ©texte au fait que les services sociaux ne pourront plus ĂȘtre assumĂ©s comme autrefois.

dfce7dd0aa85b2c8fd51fa656f332852

MĂȘme si cela rĂ©duira les velleitĂ©s de contestation, on peut toutefois se douter que des personnes excĂ©dĂ©es d’avoir perdu leurs Ă©conomies et de se retrouver dans la prĂ©caritĂ© n’aient pas rĂ©ellement cure de savoir d’oĂč viennent les problĂšmes, et s’attaquent aveuglement Ă  l’État qui, dans leur vision des choses, est responsable de les protĂ©ger contre tout mal que ce soit et les trahit s’il faillit Ă  ce devoir. Les mouvements de rĂ©volte, s’ils ne se cristallisent pas autour d’un groupe de « leaders » qui aura Ă  la fois les moyens matĂ©riels et les talents pour prĂ©tendre les diriger efficacement, ne pourront de toute maniĂšre pas constituer de vĂ©ritables menaces pour les États, car le chaos qui rĂ©sulte de leur spontanĂ©ité rend toujours toute action des mĂ©contents inefficaces, ces derniers se lassant gĂ©nĂ©ralement rapidement de lutter pour une cause. Malgré tout, de petites rĂ©bellions peuvent ĂȘtre gĂȘnantes si elles se renouvellent constamment et parasitent la bonne concrĂ©tisation de l’agenda de l’Ă©lite, ce qui fait que j’imagine mal que cette mĂȘme Ă©lite puisse vaincre tous les obstacles qui se dresseront devant elle sans une guerre d’une certaine ampleur. Une grande guerre obligerait effectivement la population Ă  se prĂ©occuper de sa survie dans une situation plus dĂ©licate que jamais et Ă  lutter contre un ennemi qui pourrait lui ravir le peu qu’elle possĂšde encore Ă  tout moment, ce qui fait qu’elle sera bien trop concentrĂ©e sur ce qui tourne autour de sa propre vie pour se mĂȘler de quoi que ce soit d’autre. Tout ceci contribuera assurĂ©ment Ă  faire triompher une gouvernance mondiale dans un monde faussement multipolaire, les diffĂ©rents « pĂŽles » faisant en fait partie du mĂȘme puzzle. Les moyens colossaux dont l’Ă©lite dispose pour parvenir Ă  ses fins sont de toute maniĂšre tels que l’on voit mal comment elle ne pourrait pas atteindre son but ultime. Cependant, elle peut trĂšs bien parvenir Ă  Ă©tablir une gouvernance mondiale tout en ayant eu Ă  faire plusieurs concessions pour y arriver. Les instabilitĂ©s qui menaceront Ă  tout instant de faire Ă©crouler l’Ă©lite en place, qu’elles viennent de l’intĂ©rieur du pays ou que soient celles qui naĂźtront opportunĂ©ment Ă  l’extĂ©rieur pour profiter de la situation,  la victoire totale semble rĂ©ellement difficile Ă  obtenir pour les mondialistes amĂ©ricano-europĂ©ens. Ces derniers parviendront probablement Ă  maĂźtriser les pulsions populaires tant que la gravitĂ© de la situation permettra de tenir les consciences en Ă©tat de choc, mais cet Ă©tat d’urgence a une durĂ©e limitĂ©e, et Ă  moins d’instaurer une dictature calquĂ©e sur l’URSS, on ne pourra faire indĂ©finiment accepter Ă  la population, qui est obsĂ©dĂ©e par son confort matĂ©riel bien qu’elle se contrefiche de tout le reste, un Ă©tat de prĂ©caritĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e, surtout pas aprĂšs qu’elle ait connu le confort de la pĂ©riode 1970-2007.

FEMAcamp_H1N1

Personnellement, je pense que notre sociĂ©tĂ© ne peut de toute façon plus continuer en Ă©tant ce qu’elle est aujourd’hui; trop de poisons la gangrĂšnent et risquent de causer des dommages pires que ce que nous allons connaĂźtre dans les six prochaines annĂ©es si nous la laissons perdurer telle qu’elle encore longtemps. Il me semble que nous avons tout simplement atteint les limites de notre systĂšme actuel, de nos moyens de production, de fournir de l’Ă©nergie, etc. : c’est pourquoi nous stagnons dans tous les domaines autres que le secteur technologique depuis les environs de l’annĂ©e 2000. La crise actuelle est une crise systĂ©mique, et le choc considĂ©rable que nous allons recevoir d’ici peu permettra de remodeler de nombreux aspects de notre sociĂ©tĂ© et de retrouver une croissance forte, tout comme les Trente Glorieuses ont suivi la deuxiĂšme Guerre Mondiale. De nombreuses modifications peuvent se faire de façon fortuite, car, comme je l’ai dit, je pense qu’un gouvernement mondial se concrĂ©tisera un jour ou l’autre, ce qui fait que les gens ne seront pas plus libres Ă  l’avenir qu’ils ne l’ont Ă©tĂ© dans le passĂ©, mais je pense Ă©galement que les points les plus dommageables de l’agenda mondialiste pour notre avenir Ă©choueront. En effet, les sociĂ©tĂ©s ont toujours progressĂ© ; il n’y a pas d’exemple dans l’Histoire d’une sociĂ©tĂ© qui ait pris, au contraire, le chemin de la rĂ©gression sans que ce choc ne l’amĂšne Ă  un « boom » qui lui fait ensuite rattraper et dĂ©passer les progrĂšs perdus. L’Histoire nous enseigne aussi qu’il y a toujours une bonne part de la tournure que prennent les Ă©vĂ©nements, dans les situations dĂ©cisives, qui est due au destin, et que les Ă©lites qui s’engagent sur un chemin fonciĂšrement opposĂ© Ă  la progression des connaissances de la civilisation Ă©chouent et sont remplacĂ©es. MĂȘme si notre monde ne sera probablement pas plus moral dans dix ans qu’il ne l’est aujourd’hui, je pense que l’on peut ralentir et tenter d’empĂȘcher de grands progrĂšs, mais sans espoir de succĂšs sur le long terme, car le progrĂšs triomphe toujours. Ce que nous connaĂźtrons dans dix ans sera certainement radicalement diffĂ©rent de ce que nous connaissons maintenant, mais aura sans doute vu une nouvelle rĂ©volution de notre civilisation, n’en dĂ©plaise Ă  notre Ă©lite actuelle et Ă  ses voeux malsains.

annuit-coeptis

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

juil 31 2009

DĂ©-dollarisation : le dĂ©mantĂšlement de l’empire militaire et financier amĂ©ricain

Par Michael Hudson

Les membres de l’Organisation de CoopĂ©ration de Shanghai, rĂ©unis Ă  Iekaterinbourg avec l’Inde et le BrĂ©sil, n’ont guĂšre d’autre choix que de rechercher une alternative au dollar, juge l’économiste Michael Hudson. Continuer Ă  financer Ă  crĂ©dit la consommation amĂ©ricaine, les dĂ©penses du Pentagone et de ses 750 bases Ă  l’étranger, en accumulant des dollars et des bons du TrĂ©sor Ă©quivaudrait pour eux Ă  accumuler en parallĂšle les risques tant financiers que militaires. Ils sont dĂ©sormais contraints, estime-t-il, d’inventer une voie de sortie du dollar. « L’heure est venue pour un monde multipolaire » a affirmĂ© le PrĂ©sident russe Medvedev, et le prĂ©sident de la Banque centrale chinoise lui fait Ă©cho en dĂ©clarant que l’objectif est dĂ©sormais de crĂ©er une monnaie de rĂ©serve internationale qui ne serve pas les intĂ©rĂȘts exclusifs des USA. Hudson indique que les autoritĂ©s amĂ©ricaines se sont vues infliger une fin de non recevoir Ă  leur demande d’assister au sommet de l’OCS. Ce non, dit-il, c’est un mot que les amĂ©ricains vont entendre beaucoup plus souvent Ă  l’avenir.

614116545

La ville Russe de Iekaterinbourg, la plus importante Ă  l’est de l’Oural, pourrait dĂ©sormais ĂȘtre connue comme le lieu oĂč sont morts non seulement les tsars mais aussi l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine. Non pas uniquement l’endroit oĂč le pilote amĂ©ricain Gary Powers a Ă©tĂ© abattu en 1960, mais aussi celui oĂč l’ordre financier international dominĂ© par les USA a Ă©tĂ© mis Ă  bas.

La remise en cause de l’AmĂ©rique sera le thĂšme principal des rĂ©unions Ă©largies de Iekaterinbourg, en Russie (ex-Sverdlovsk) des 15 et 16 Juin rassemblant le prĂ©sident chinois Hu Jintao, le prĂ©sident russe Dmitri Medvedev et les reprĂ©sentants des six pays de l’ Organisation de CoopĂ©ration de Shanghai (OCS). Cette alliance regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’OuzbĂ©kistan. L’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie y ont le statut d’observateurs. Mardi, le BrĂ©sil s’y joindra pour les discussions commerciales entre les pays du BRIC (BrĂ©sil, Russie, Inde et Chine).

Les participants ont assurĂ© Ă  des diplomates amĂ©ricains que leur objectif n’était pas le dĂ©mantĂšlement de l’ empire financier et militaire des États-Unis. Ils veulent simplement discuter de l’aide mutuelle, indĂ©pendamment du rĂŽle des États-Unis, de l’OTAN ou du dollar amĂ©ricain en tant que support du commerce international. Les diplomates amĂ©ricains se demandent ce que cela signifie vraiment, si ce n’est une Ă©tape visant Ă  rendre l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine obsolĂšte. C’est ce que signifie « monde multipolaire », aprĂšs tout. Pour commencer, en 2005, l’OCS avait demandĂ© Ă  Washington d’établir un calendrier de retrait de ses bases militaires en Asie centrale. Deux ans plus tard, les pays de l’OCS se sont ralliĂ©s officiellement Ă  la position des ex-rĂ©publiques de la CEI appartenant Ă  l’Organisation du TraitĂ© de SĂ©curitĂ© Collective (OTSC), qui avait Ă©tĂ© fondĂ©e en 2002 en tant que contrepoids Ă  l’OTAN.

Pourtant, la rĂ©union n’a suscitĂ© que le dĂ©sintĂ©rĂȘt collectif de la presse aux États-Unis et mĂȘme en Europe, bien que l’ ordre du jour y soit de remplacer le standard mondial du dollar par un nouveau systĂšme financier, ainsi qu’un nouveau systĂšme de coopĂ©ration pour la dĂ©fense. Un porte-parole du Conseil des Relations ExtĂ©rieures (Un institut d’études gĂ©opolitiques amĂ©ricain, ndt) a dĂ©clarĂ© qu’il pouvait difficilement imaginer que la Russie et la Chine puissent surmonter leurs rivalitĂ©s gĂ©opolitiques, suggĂ©rant que l’AmĂ©rique peut pratiquer le « diviser pour rĂ©gner » que la Grande-Bretagne a si habilement utilisĂ© durant de nombreux siĂšcles pour fragmenter les oppositions dans son propre empire. Mais George W. Bush ( qui dĂ©clarait « Je suis un rassembleur, non un diviseur ») s’est placĂ© dans la continuitĂ© de l’administration Clinton pour pousser la Russie, la Chine et leurs voisins Ă  trouver un terrain d’entente, lorsqu’il s’agit de trouver une alternative au dollar, et du mĂȘme coup Ă  la possibilitĂ© pour les Etats-Unis de prolonger indĂ©finiment leur dĂ©ficit de la balance des paiements.

Cette sĂ©quence, qui pourrait reprĂ©senter les derniĂšres manifestations de l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine, a dĂ©butĂ© dĂšs le mois d’avril lors de la confĂ©rence du G-20, et est devenue encore plus explicite Ă  Saint-PĂ©tersbourg au Forum Ă©conomique international du 5 Juin, lorsque M. Medvedev a demandĂ© Ă  la Chine, la Russie et l’Inde de « construire un ordre mondial de plus en plus multipolaire. » Ce qui signifie en clair : nous avons atteint nos limites en ce qui concerne les subventions Ă  l’encerclement militaire de l’Eurasie par les Etats-Unis, tout en les laissant s’approprier nos exportations, nos entreprises, les actifs et les biens immobiliers en Ă©change d’une monnaie de papier de valeur douteuse.

« Le systĂšme unipolaire maintenu artificiellement » dont a parlĂ© M. Medvedev, est fondĂ© sur « un seul grand centre de consommation, financĂ© par un dĂ©ficit croissant, et donc de plus en plus de dettes, une monnaie de rĂ©serve jadis forte et une domination dans le systĂšme de l’évaluation des actifs et des risques. » A la racine de la crise financiĂšre mondiale, a t-il conclu, il y a le fait que les États-Unis produisent trop peu et dĂ©pensent trop. Leurs dĂ©penses militaires sont particuliĂšrement choquantes, comme par exemple le renforcement de l’aide militaire amĂ©ricaine Ă  la GĂ©orgie annoncĂ© la semaine derniĂšre, le bouclier de l’OTAN en Europe de l’Est, et la mainmise des États-Unis dans les rĂ©gions riches en pĂ©trole comme le Moyen-Orient et l’Asie centrale.

Le point de friction avec tous ces pays est celui de la capacitĂ© qu’ont les États-Unis de faire fonctionner indĂ©finiment la planche Ă  billets. Le surplus de dĂ©penses d’importations des consommateurs amĂ©ricains par rapport aux exportations, les rachats par les USA de quantitĂ©s de sociĂ©tĂ©s Ă©trangĂšres et de biens immobiliers, les dĂ©penses que le Pentagone effectue Ă  l’étranger : tous ces dollars aboutissent dans les banques centrales Ă©trangĂšres. Elles sont ensuite confrontĂ©es Ă  un choix difficile : soit recycler ces dollars aux États-Unis en achetant des bons du trĂ©sor amĂ©ricains, soit laisser le « marchĂ© libre » dĂ©terminer le cours de leur monnaie par rapport au dollar – et par lĂ  mĂȘme Ă  dĂ©terminer le prix de leurs exportations sur les marchĂ©s mondiaux, crĂ©ant ainsi du chĂŽmage et provoquant la faillite d’entreprises.

Lorsque la Chine et d’autres pays recyclent leurs flux de dollar US en achetant des bons du TrĂ©sor pour « investir » aux États-Unis, cette accumulation n’est pas vraiment volontaire. Cela ne reflĂšte pas une foi en l’économie amĂ©ricaine qui rĂ©munĂšrerait l’épargne des banques centrales, ni une quelconque prĂ©fĂ©rence d’investissement, mais tout simplement un manque d’alternatives. Les « marchĂ©s libres » Ă  la mode des USA piĂšgent les pays dans un systĂšme qui les obligent Ă  accepter indĂ©finiment des dollars. Mais dĂ©sormais, ils veulent en sortir.

Cela implique la crĂ©ation d’une nouvelle alternative. PlutĂŽt que de faire simplement « des changements cosmĂ©tiques comme certains pays et peut-ĂȘtre les organisations financiĂšres internationales pourraient le vouloir », comme l’a dit M. Medvedev Ă  Saint-PĂ©tersbourg : « ce dont nous avons besoin, ce sont des institutions financiĂšres d’un type tout Ă  fait nouveau, oĂč ne domineraient ni les problĂšmes politiques et les motivations [sous-jacentes], ni aucun pays en particulier. »

Lorsque les dĂ©penses militaires Ă  l’étranger ont provoquĂ© le dĂ©ficit, la balance des paiements US et ont conduit les Etats-Unis Ă  abandonner l’étalon or en 1971, les banques centrales se sont trouvĂ©es dĂ©munies de cet actif traditionnellement utilisĂ© pour solder les dĂ©sĂ©quilibres des paiements. La solution par dĂ©faut a consistĂ© Ă  investir les flux issus des paiements ultĂ©rieurs en obligations du TrĂ©sor amĂ©ricain, comme si celles-ci Ă©taient « aussi fiables que l’or ». Les banques centrales dĂ©tiennent maintenant pour 4 000 milliards de dollars de ces obligations dans leurs rĂ©serves internationales. Ces prĂȘts ont Ă©galement financĂ© la plupart des dĂ©ficits budgĂ©taires du gouvernement amĂ©ricain depuis maintenant plus de trois dĂ©cennies ! Etant donnĂ© que la moitiĂ© environ des dĂ©penses discrĂ©tionnaires du gouvernement amĂ©ricain est consacrĂ©e aux opĂ©rations militaires – dont plus de 750 bases militaires Ă  l’étranger et dans des opĂ©rations de plus en plus coĂ»teuses dans les pays producteurs de pĂ©trole et ceux qui permettent son transit – le systĂšme financier international est organisĂ© de maniĂšre Ă  financer le Pentagone, ainsi que les rachats par les États-Unis d’actifs Ă©trangers censĂ©s rapporter beaucoup plus que les bons du TrĂ©sor que les banques centrales Ă©trangĂšres dĂ©tiennent.

La principale question Ă  laquelle sont confrontĂ©es les banques centrales mondiales est donc de savoir comment Ă©viter d’ajouter encore plus de dollars US Ă  leurs rĂ©serves et, par consĂ©quent, de financer encore plus les dĂ©penses qui creusent le dĂ©ficit des États-Unis – y compris les dĂ©penses militaires Ă  leurs propres frontiĂšres ?

Pour commencer, les six pays de SCO et les pays du BRIC ont l’intention de commercer dans leurs propres monnaies afin de bĂ©nĂ©ficier mutuellement du crĂ©dit que les États-Unis avait monopolisĂ© jusqu’à prĂ©sent Ă  son profit. À cette fin, la Chine a passĂ© des accords bilatĂ©raux avec l’Argentine et le BrĂ©sil pour effectuer leur Ă©changes commerciaux en renminbi, la monnaie chinoise, plutĂŽt qu’en dollar, en livre sterling ou en euros. Il y a deux semaines, la Chine a Ă©galement conclu un accord avec la Malaisie pour que les deux pays commercent en renminbi. L’ancien Premier ministre, le Dr. Tun Mahathir Mohamad, m’a expliquĂ© en janvier qu’en tant que pays musulman la Malaisie voulait Ă©viter de faire tout ce qui pourrait faciliter l’action militaire amĂ©ricaine contre les pays islamiques, y compris la Palestine. La nation a trop d’actifs en dollars, ont expliquĂ© ses collĂšgues. Le gouverneur de la Banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, a Ă©crit officiellement sur son site Internet que l’objectif est maintenant de crĂ©er une monnaie de rĂ©serve « indĂ©pendante d’une nation particuliĂšre ». C’est l’objet des discussions Ă  Iekaterinbourg.

En plus d’éviter de financer la prise de contrĂŽle par les États-Unis de leur propre industrie et l’encerclement militaire amĂ©ricain de la planĂšte, la Chine, la Russie et d’autres pays voudraient certainement se dĂ©velopper comme l’AmĂ©rique l’a fait. En fait, ils considĂšrent les États-Unis comme une nation hors-la-loi, financiĂšrement et militairement. Comment caractĂ©riser autrement une nation qui promulgue un ensemble de lois pour les autres – sur la guerre, le remboursement de la dette et le traitement des dĂ©tenus – mais n’en tient pas compte elle-mĂȘme ? Les États-Unis sont maintenant le plus grand dĂ©biteur mais ont Ă©vitĂ© la punition des « ajustements structurels » imposĂ©s Ă  d’autres pays endettĂ©s. Les taux d’intĂ©rĂȘt US et les rĂ©ductions d’impĂŽt, alors que les dĂ©ficits commerciaux et budgĂ©taires explosent, sont considĂ©rĂ©s comme le comble de l’hypocrisie, lorsqu’ils sont comparĂ©s Ă  l’austĂ©ritĂ© que les programmes de Washington imposent aux autres pays par le biais du FMI et des officines de Washington.

Les États-Unis demandent aux pays endettĂ©s de vendre leurs services publics et leurs ressources naturelles, d’augmenter leurs taux d’intĂ©rĂȘts et d’augmenter les impĂŽts au dĂ©triment de la paix sociale pour dĂ©gager un maximum d’argent et payer les crĂ©anciers.

Et aux USA, le CongrĂšs a empĂȘchĂ© la sociĂ©tĂ© Chinoise CNOOK d’acheter Unocal pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale, tout comme il a empĂȘchĂ© DubaĂŻ d’acquĂ©rir des exploitations portuaires amĂ©ricaines et empĂȘchĂ© des fonds souverains d’acheter des infrastructures clĂ©s. Les Ă©trangers sont invitĂ©s Ă  imiter les japonais qui avaient investi dans des « Ă©lĂ©phants blancs » comme le Rockfeller Center, sur lequel les investisseurs ont rapidement perdu un milliard de dollars puis ont fini par se retirer.

À cet Ă©gard, les États-Unis n’ont pas vraiment laissĂ© Ă  la Chine et aux autres pays en situation d’excĂ©dent de la balance des paiements d’autres choix que de devoir trouver un moyen d’éviter de nouvelles accumulations de dollars. À ce jour, la Chine tente de diversifier ses avoirs en dollars ailleurs qu’en bons du TrĂ©sor US, qui ne se sont pas rĂ©vĂ©lĂ©s trĂšs fructueux. Hank Paulson, qui venait de la banque Goldman Sachs, avait conseillĂ© Ă  la banque centrale chinoise d’investir dans les titres Ă  haut rendement Ă©mis par Fannie Mae et Freddie Mac, en expliquant que ceux-ci Ă©taient de facto des obligations publiques. Ces titres se sont effondrĂ©s en 2008, mais au moins, le gouvernement amĂ©ricain a repris ces deux organismes de prĂȘt hypothĂ©caire, augmentant de facto de 5 200 milliards de dollars la dette nationale. En fait, ce renflouement a Ă©tĂ© rendu nĂ©cessaire en grande partie Ă  cause des investissements effectuĂ©s par les Etats Ă©trangers.

Infliger des pertes aux investisseurs gouvernementaux Ă©trangers aurait quelque peu atteint la rĂ©putation des bons du TrĂ©sor, non seulement en dĂ©truisant la crĂ©dibilitĂ© des États-Unis, mais aussi parce que les Ă©missions d’obligations par le gouvernement Ă©taient insuffisantes pour absorber les dollars qui coulaient Ă  flot dans l’économie mondiale avec la montĂ©e en flĂšche du solde dĂ©ficitaire de la balance des paiements des États-Unis.

En recherchant de nouveaux actifs pour protĂ©ger la valeur de leurs avoirs en dollars alors que la bulle de crĂ©dit de la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale se traduisait par une baisse des taux d’intĂ©rĂȘt, les fonds souverains chinois ont cherchĂ© Ă  se diversifier Ă  la fin de 2007. La Chine a pris des participations dans les fonds d’investissement Blackstone et Morgan Stanley Ă  Wall Street, Barclays en Grande-Bretagne, dans la Standard Bank d’Afrique du Sud (qui fut affiliĂ©e Ă  la Chase Manhattan du temps de l’apartheid dans les annĂ©es 1960) et dans le conglomĂ©rat financier belge Fortis proche de l’effondrement. Mais le secteur financier amĂ©ricain s’écroulait sous le poids de sa dette phĂ©nomĂ©nale, et la valeur des actions des banques et des firmes d’investissement a plongĂ© dans le monde entier.

Les Ă©trangers voient le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce comme les reprĂ©sentants de Washington dans un systĂšme financier soutenu par les bases militaires amĂ©ricaines et les porte-avions qui entourent la planĂšte. Mais cette domination militaire est un vestige d’un empire amĂ©ricain qui n’est plus en mesure de rĂ©gner par sa force Ă©conomique. La puissance militaire amĂ©ricaine est basĂ©e davantage sur des armes atomiques et les frappes aĂ©riennes Ă  longue distance que sur les opĂ©rations au sol, qu’il est devenu politiquement trop impopulaire de monter sur une grande Ă©chelle.

Sur le front Ă©conomique, on ne voit pas comment les États-Unis pourraient trouver les 4 000 milliards de dollars qu’ils doivent aux gouvernements Ă©trangers, Ă  leurs banques centrales et aux fonds souverains mis en place pour Ă©cluser la surabondance de dollars. L’AmĂ©rique est devenue un mauvais payeur et de fait, un mauvais payeur agressif sur le plan militaire, car elle cherche Ă  conserver le pouvoir sans pareil jadis gagnĂ© sur le plan Ă©conomique. La question qui se pose est de savoir comment peser sur son comportement. Yu Yongding, un ancien conseiller de la banque centrale de Chine dĂ©sormais membre de l’AcadĂ©mie des Sciences chinoise, a proposĂ© de faire remarquer au secrĂ©taire amĂ©ricain au TrĂ©sor Tim Geithner que les États-Unis devraient « Ă©pargner » d’abord et avant tout en pratiquant une rĂ©duction de leur budget militaire. « Les recettes fiscales des Etats-Unis ne sont pas susceptibles d’augmenter Ă  court terme en raison de la faible croissance Ă©conomique, de la rigiditĂ© des dĂ©penses et du coĂ»t de mener deux guerres. »

À l’heure actuelle, c’est l’épargne Ă©trangĂšre, et non pas celle des amĂ©ricains, qui finance le dĂ©ficit budgĂ©taire amĂ©ricain en achetant la plupart des bons du TrĂ©sor. Cela se traduit par un impĂŽt levĂ© sans la contrepartie d’une reprĂ©sentation des Ă©lecteurs Ă©trangers sur la maniĂšre dont le gouvernement des États-Unis utilise leur Ă©pargne forcĂ©e. Pour les « diplomates » du systĂšme financier, il est donc nĂ©cessaire d’élargir le champ d’application de leurs politiques, au-delĂ  du seul marchĂ© de secteur privĂ©. Les taux de change sont dĂ©terminĂ©s par de nombreux facteurs, en plus de celui des « consommateurs brandissant des cartes de crĂ©dit » , pour reprendre l’euphĂ©misme habituel qu’utilisent les mĂ©dias amĂ©ricains Ă  propos du dĂ©ficit de la balance des paiements. Depuis le 13Ăšme siĂšcle, la guerre a Ă©tĂ© un facteur dominant dans la balance des paiements des grandes nations – et de leurs dettes. Les obligations d’Etat financent essentiellement des dettes de guerre, dans la mesure ou en temps de paix les budgets ont tendance Ă  ĂȘtre Ă©quilibrĂ©s. Ceci relie directement le budget de la guerre Ă  la balance des paiements et aux taux de change.

Les pays Ă©trangers se voient encombrĂ©s de reconnaissances de dette qui ne seront pas honorĂ©es – dans des conditions telles que s’ils agissent afin de mettre fin au festin amĂ©ricain, le dollar va plonger et leurs avoirs en dollars vont chuter par rapport Ă  leur monnaie nationale et aux autres devises. Si la monnaie chinoise s’apprĂ©cie de 10% par rapport au dollar, sa banque centrale enregistrera l’équivalent de 200 milliards de dollars de pertes sur ses 2 000 milliards de dollars.

Cela explique pourquoi, quand les agences de notation envisagent que les titres du TrĂ©sor des États-Unis puissent perdre leur notation AAA, elles ne veulent pas signifier que le gouvernement ne serait pas en mesure d’imprimer des dollars papier pour honorer ses dettes. Elles indiquent plutĂŽt que la valeur du dollar va se dĂ©prĂ©cier internationalement. Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment. Lorsque M. Geithner prit un visage grave pour dĂ©clarer devant un auditoire Ă  l’UniversitĂ© de PĂ©kin au dĂ©but du mois de Juin qu’il croyait en un « dollar fort » et que les investissements de la Chine aux États-Unis Ă©taient sĂ»rs, il a Ă©tĂ© accueilli par des rires sarcastiques.

L’anticipation d’une hausse des taux de change de la Chine incite les spĂ©culateurs Ă  chercher Ă  emprunter des dollars pour acheter du renminbi et bĂ©nĂ©ficier de la hausse. Pour la Chine, le problĂšme est que ce flux spĂ©culatif deviendrait une prophĂ©tie auto-rĂ©alisatrice en faisant grimper sa monnaie. De ce fait, le problĂšme des rĂ©serves est intrinsĂšquement liĂ© Ă  celui des contrĂŽles de capitaux. Pourquoi la Chine devrait-elle voir ses compagnies rentables vendues pour des dollars fraĂźchement créés, que la banque centrale doit utiliser pour acheter Ă  faible taux des bons du trĂ©sor amĂ©ricain ou perdre encore plus d’argent Ă  Wall Street ? Pour Ă©viter ce dilemme, il est nĂ©cessaire d’inverser la philosophie de l’ouverture des marchĂ©s de capitaux que le monde a adoptĂ© depuis Bretton Woods en 1944.

A l’occasion de la visite de M. Geithner en Chine, « Zhou Xiaochuan, directeur de la Banque populaire de Chine, la banque centrale du pays, a dĂ©clarĂ© que c’était la premiĂšre fois depuis que les pourparlers semestriels ont commencĂ© en 2006, que la Chine avait besoin d’apprendre des erreurs de l’AmĂ©rique tout comme de ses succĂšs » lorsqu’il fut question de la dĂ©rĂ©glementation des marchĂ©s de capitaux et du dĂ©mantĂšlement des contrĂŽles.

Une Úre est donc arrivée à son terme. Face à des dépenses démesurées des Etats-Unis, la dé-dollarisation menace de forcer les pays à revenir aux doubles taux de change, qui furent fréquents entre les deux guerres mondiales : un taux de change pour le commerce des produits, un autre pour les mouvements de capitaux et les investissements, tout au moins pour les économies de la zone dollar.

MĂȘme sans contrĂŽle des capitaux, les pays rĂ©unis Ă  Iekaterinbourg prennent des mesures pour Ă©viter de recevoir involontairement de plus en plus de dollars. Voyant que l’hĂ©gĂ©monie globale des États-Unis ne peut pas se poursuivre en l’absence du pouvoir d’achat qu’ils leur procurent eux-mĂȘmes, ces gouvernements cherchent Ă  hĂąter ce que Chalmers Johnson a nommĂ© dans son ouvrage « les douleurs de l’empire » : la faillite de l’ordre mondial financier et militaire amĂ©ricain. Si la Chine, la Russie et leurs alliĂ©s non-alignĂ©s suivent leur propre chemin, les États-Unis ne pourront plus vivre grĂące Ă  l’épargne des autres (sous la forme de leurs propres dollars recyclĂ©s), ni disposer de cet argent pour financer des dĂ©penses militaires illimitĂ©es.

Des responsables amĂ©ricains voulaient assister Ă  la rĂ©union de Iekaterinbourg en tant qu’observateurs. On leur a rĂ©pondu : non. C’est un mot que les amĂ©ricains vont entendre beaucoup plus souvent Ă  l’avenir.

Michael Hudson est un Ă©conomiste spĂ©cialisĂ© dans le domaine de la balance des paiements. Il a Ă©tĂ© le conseiller Ă©conomique en chef du candidat DĂ©mocrate Ă  la prĂ©sidentielle Dennis Kucinich. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont : « Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire »

Source: Contre-Info

juil 29 2009

Le dĂ©sordre venu d’AmĂ©rique et la lutte obscure entre classes dominantes en Russie

Par Régis Mex

La politique amĂ©ricaine Ă  l’Ă©gard de la Russie

AprĂšs la chute de l’Union SoviĂ©tique, l’Ă©lite dominante aux Etats-Unis a considĂ©rĂ© que la Russie constituerait un obstacle Ă  ses plans de domination mondiale. Pour cette raison, l’Administration Clinton s’est fixĂ©e pour objectif d’affaiblir la Russie au maximum par une nouvelle politique d’endiguement ( »new containment policy »), par la crĂ©ation d’une situation de pauvretĂ© permanente et gĂ©nĂ©ralisĂ©e en Russie et par la paralysie de l’Ă©conomie russe, en particulier dans le secteur de la haute technologie. Ces objectifs, les AmĂ©ricains les ont atteints grĂące au gouvernement d’Eltsine. Les biens collectifs nationaux du peuple russe, les richesses nationales et les moyens financiers ont Ă©tĂ© transmis Ă  une poignĂ©e de personnes, proches du gouvernement. C’est ainsi qu’une strate rĂ©duite d’oligarques, dont la politique s’oriente sur les volontĂ©s amĂ©ricaines, est nĂ©e en Russie : du jour au lendemain, cette strate est devenue la propriĂ©taire de plus de 70% du capital russe tout entier. En revanche, quasi rien n’a Ă©tĂ© fait pour favoriser l’Ă©closion d’une classe moyenne et de petites entreprises. La pauvretĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e s’Ă©tend alors qu’Ă  l’arriĂšre-plan se concentrent d’immenses richesses et ressources dans le camp des oligarques; cette situation ruine et dĂ©truit l’Etat russe, assĂšche le trĂ©sor public et dĂ©sĂ©quilibre le budget (sous Eltsine, il a chutĂ© au point de se rĂ©duire Ă  35 milliards de dollars, c’est-Ă -dire Ă  peu prĂšs le budget de la CIA). Tout le potentiel Ă©conomique, scientifique et technologique du pays, sa dĂ©fense, son systĂšme scolaire, sa politique de la santĂ©, etc., se sont Ă©croulĂ©s. Le pire fut l’appauvrissement gĂ©nĂ©ralisĂ© de la population, avec, pour consĂ©quence, un recul catastrophique de la demande et de la production. Cette situation dĂ©sastreuse, que connaĂźt la Russie, est due Ă  la « thĂ©rapie de choc » que les AmĂ©ricains ont imposĂ©e au rĂ©gime d’Eltsine. Elle consiste Ă  procĂ©der Ă  des privatisations/criminalisations, façon TchoubaĂŻ, et Ă  d’autres mesures en Ă©conomie, qui conduisent Ă  des destructions d’ordre structurel.

Poutine1_affiche

DĂ©veloppement des Ă©vĂ©nements de l’Ăšre post-communiste

À bord de l’avion qui le conduisait Ă  Londres, oĂč se tenait le sommet du G-7 de juillet 1991, auquel il allait assister, MikhaĂŻl Gorbatchev s’attendait sans doute Ă  ĂȘtre accueilli en hĂ©ros. Depuis trois ans, il donnait l’impression de flotter au-dessus de la scĂšne internationale : il sĂ©duisait les mĂ©dias, signait des traitĂ©s de dĂ©sarmement et recevait des prix pour son travail en faveur de la paix, y compris le Nobel de 1990. L’homme rĂ©ussit mĂȘme un exploit jugĂ© impossible : gagner la sympathie du public amĂ©ricain. En 1987, le magazine Time risqua gros en faisant de lui son « Homme de l’annĂ©e ». Au contraire de ses prĂ©dĂ©cesseurs, expliqua la rĂ©daction, Gorbatchev Ă©tait le Ronald Reagan de la Russie – « le Grand Communicateur Ă  la mode du Kremlin ». GrĂące Ă  lui, dĂ©clara le comitĂ© Nobel, « nous espĂ©rons cĂ©lĂ©brer en ce moment mĂȘme la fin de la Guerre froide ».

m-Mikhail_Gorbachev

Au dĂ©but des annĂ©es 1990, Gorvatchev, guidĂ© par deux politiques jumelles, la glasnot (transparence) et la perestroĂŻka (restructuration), avait dĂ©jĂ  menĂ© Ă  bien un remarquable exercice de dĂ©mocratisation : la presse avait Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e, le Parlement, les conseils locaux, le prĂ©sident et le vice-prĂ©sident de la Russie avaient Ă©tĂ© Ă©lus, et la Cour constitutionnelle Ă©tait indĂ©pendante. Sur le plan Ă©conomique, Gorbatchev s’orientait vers le libre marchĂ© doublĂ© d’un solide filet de sĂ©curitĂ© sociale – dĂ©marche qui, estimait-il, prendrait de dix Ă  quinze ans -, le secteur public conservant sa mainmise sur les principales industries. Son but ultime Ă©tait de construire une social-dĂ©mocratie Ă  la scandinave, « un phare socialiste pour l’humanitĂ© tout entiĂšre ».

Au dĂ©but, on put croire que l’Occident souhaitait aussi que Gorbatchev parvĂźnt Ă  assouplir l’économie soviĂ©tique et Ă  la refaire sur le modĂšle suĂ©dois. Or, l’accueil qu’on lui rĂ©serva Ă  la rĂ©union du G-7 de 1991 le prit entiĂšrement par surprise. Le message quasi unanime des autres chefs d’État Ă©tait le suivant : si vous n’administrez pas immĂ©diatement la thĂ©rapie de choc radicale, nous allons couper la corde et vous laisser tomber. « À propos du rythme et des mĂ©thodes de la transition, leurs propositions Ă©taient ahurissantes », Ă©crirait plus tard Gorbatchev.

La Pologne venait tout juste de mener Ă  bien la premiĂšre ronde de sa thĂ©rapie de choc sous la houlette du FMI et de Jeffrey Sachs, et le consensus auquel en Ă©taient arrivĂ©s John Major, premier ministre de la Grande-Bretagne, George H.W. Bush, prĂ©sident des Etats-Unis, Brian Mulroney, premier ministre du Canada, et Toshiki Kaifu, premier ministre du Japon, Ă©tait que l’Union soviĂ©tique devait suivre l’exemple de la Pologne, selon un calendrier accĂ©lĂ©rĂ©. AprĂšs le sommet, Gorvatchev reçut les mĂȘmes ordres de la part du FMI, de la Banque mondiale et de toutes les autres grandes institutions de crĂ©dit. Plus tard, cette annĂ©e-lĂ , la Russie demanda une remise de dettes pour faire face Ă  une crise Ă©conomique catastrophique. On lui rĂ©pondit sĂšchement que les dettes devaient ĂȘtre honorĂ©es. Depuis l’époque oĂč Sachs avait obtenu de l’aide et un allĂšgement de la dette pour la Pologne, le climat politique avait changĂ© – et le ton s’était durci.

La Russie, comme la Chine, fut contrainte de choisir entre un programme Ă©conomique inspirĂ© de l’école de Chicago et une authentique rĂ©volution dĂ©mocratique. ConfrontĂ©s Ă  un tel choix, les dirigeants chinois s’étaient attaquĂ©s Ă  leur propre population sur la place Tienanmen pour empĂȘcher la dĂ©mocratie de nuire Ă  leurs projets Ă©conomiques. La Russie, oĂč la rĂ©volution dĂ©mocratique Ă©tait dĂ©jĂ  bien engagĂ©e, reprĂ©sentait un cas diffĂ©rent : pour que le programme Ă©conomique de l’école de Chicago fĂ»t appliquĂ©, la dĂ©marche paisible et prometteuse dĂ©finie par Gorbatchev dut ĂȘtre interrompue violemment, puis renversĂ©e de façon radicale.

Gorbatchev – au mĂȘme titre que de nombreux apĂŽtres du nĂ©olibĂ©ralisme en Occident – savait que la thĂ©rapie de choc dĂ©fendue par le G_7 et le FMI ne pouvait ĂȘtre imposĂ©e que par la force. Ainsi, le magazine The Economist, dans un article influent de 1990, pressait le prĂ©sident d’ « adopter la ligne dure, de supprimer les rĂ©sistances Ă  la vĂ©ritable rĂ©forme Ă©conomique ». À peine deux semaines aprĂšs que le comitĂ© Nobel eut dĂ©clarĂ© la fin de la Guerre froide, The Economist conseillait Ă  Gorbatchev de mdoeler sa conduite sur celle de l’un des meurtriers les plus infĂąmes de la Guerre froide. Sous le titre « Mikhail Sergeevich Pinochet ? », l’auteur concluait que mĂȘme si le fait de suivre ses conseils risquait de causer « une effusion de sang, le moment Ă©tait peut-ĂȘtre venu, pour l’Union soviĂ©tique, d’entreprendre une rĂ©forme nĂ©olibĂ©rale Ă  la Pinochet ». Favorable Ă  un coup d’État pour faire tomber Gorbatchev, jugĂ© trop lent, l’auteur, Michael Schrage, disait craindre que les opposants « n’aient ni le doigtĂ© ni les appuis nĂ©cessaires pour embrasser l’option Pinochet ».

Gorbatchev trouva bientĂŽt sur son chemin un adversaire tout Ă  fait disposĂ© Ă  jouer le rĂŽle d’un Pinochet russe. Bien que prĂ©sident de la Russie, Boris Eltsine occupait beaucoup moins de place que Gorbatchev, chef de toute l’Union soviĂ©tique. La situation se transforma radicalement le 19 aoĂ»t 1991, un mois aprĂšs le sommet du G-7. À bord de tanks, des membres de la vieille garde communiste foncĂšrent vers la Maison Blanche, nom donnĂ© Ă  l’immeuble qui abrite le Parlement russe. Dans l’intention de mettre un terme Ă  la dĂ©mocratisation, ils menaçaient d’attaquer le premier Parlement Ă©lu du pays. Au milieu d’une foule de Russes rĂ©solus Ă  dĂ©fendre leur nouvelle dĂ©mocratie, Eltsine se hissa sur l’un des tanks et qualifia l’agression de « tentative de coup d’État cynique fomentĂ©e par la droite ». Les tanks battirent en retraite, et Eltsine fit dĂšs lors figure de courageux dĂ©fenseur de la dĂ©mocratie. Pour le moment, du moins, il Ă©tait devenu un hĂ©ros populaire.

ph000101Sans perdre un instant, Eltsine utilisa l’épreuve de force qu’il venait de remporter pour faire fructifier son capital politique. Tant que l’Union soviĂ©tique demeurait intacte, il exercerait moins d’influence que Gorbatchev ; en dĂ©cembre 1991, quatre mois aprĂšs le coup d’État avortĂ©, Eltsine signait un vĂ©ritable coup de gĂ©nie politique. Il conclut une alliance avec deux autres rĂ©publiques soviĂ©tiques, geste qui eut pour effet de dissoudre abruptement l’Union soviĂ©tique et de contraindre Gorbatchev Ă  dĂ©missionner.

Si Moscou acceptait de se soumettre Ă  une sorte de « big bang » pour se convertir Ă  l’économie capitaliste, Sachs croyait ĂȘtre en mesure de rĂ©unir quinze milliards de dollars d’aide. À la fin de 1991, Eltsine fit au Parlement une proposition peu orthodoxe : si on lui concĂ©dait des pouvoirs spĂ©ciaux qui, pendant un an, lui permettraient de dĂ©crĂ©ter les lois au lieu de les soumettre au vote du Parlement, il rĂ©glerait la crise Ă©conomique et rendrait aux dĂ©putĂ©s un systĂšme sain et prospĂšre. Ce que rĂ©clamait Eltsine, c’était le genre de pouvoirs exĂ©cutifs qu’exercent les dictateurs, mais le Parlement lui Ă©tait toujours reconnaissant du rĂŽle qu’il avait jouĂ© au moment de la tentative de coup d’État et le pays avait dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin de l’aide Ă©trangĂšre. La rĂ©ponse fut oui.

Il constitua aussitĂŽt une Ă©quipe d’économistes. Plusieurs d’entre eux, au cours des derniĂšres annĂ©es du communisme, avaient formĂ© une sorte de club de lecture nĂ©olibĂ©ral, Ă©tudiĂ© les ouvrages fondamentaux des penseurs de l’école de Chicago et discutĂ© de leur application en Russie. Sans avoir Ă©tudiĂ© aux Etats-Unis, ils Ă©taient des partisans si dĂ©vouĂ©s de Milton Friedman que la presse russe prit l’habitude de les appeler les « Chicago Boys ». La figure de proue du groupe Ă©tait Egor GaĂŻdar, l’un des deux vice-premiers ministres d’Eltsine.

Pour fournir un soutien idĂ©ologique et technique aux Chicago Boys d’Eltsine, le gouvernement des Etats-Unis finança ses propres experts de la transition, Ă  qui furent confiĂ©es des tĂąches diverses : rĂ©diger des dĂ©crets de privatisation, crĂ©er une Bourse calquĂ©e sur celle de New York, Ă©laborer un marchĂ© des fonds communs de placement pour la Russie
 À l’automne 1992, USAID accorda un contrat de 2,1 millions de dollars au Harvard Institute for International Development, qui dĂ©pĂȘcha des Ă©quipes de jeunes avocats et Ă©conomistes chargĂ©s de suivre pas Ă  pas les membres de l’équipe GaĂŻdar. En mai 1995, Harvard nomma Sachs au poste de directeur de l’institut. Pendant la rĂ©forme de la Russie, ce dernier joua donc deux rĂŽles : d’abord conseiller free-lance d’Eltsine, il supervisa l’important avant-poste de Harvard en Russie, que finançait le gouvernement des États-Unis.

Le 28 octobre 1991, Eltsine annonça la levĂ©e des contrĂŽles des prix et prĂ©dit que la « libĂ©ralisation des prix remettrait les choses Ă  leur juste place ». Les « rĂ©formateurs » n’attendirent qu’une semaine aprĂšs la dĂ©mission de Gorbatchev pour lancer leur thĂ©rapie de choc Ă©conomique. Le programme comprenait Ă©galement des politiques de libre-Ă©change et la premiĂšre phase de privatisation accĂ©lĂ©rĂ©e de quelque 225 000 sociĂ©tĂ©s d’État du pays.

L’effet de surprise, tout Ă  fait voulu, s’inscrivait dans la stratĂ©gie mise au point par GaĂŻdar : le changement serait si imprĂ©vu et si rapide que personne ne pourrait s’y opposer. 67% des Russes ayant participĂ© Ă  un sondage en 1992 affirmĂšrent que les coopĂ©ratives de travailleurs Ă©taient la façon la plus dĂ©mocratique de privatiser les actifs de l’État communiste et 79% croyaient que le maintien du plein-emploi comptait au nombre des principales fonctions du gouvernement. C’est donc dire que si l’équipe d’Eltsine avait soumis ses projets au dĂ©bat dĂ©mocratique, au lieu de lancer une attaque surprise contre une population dĂ©jĂ  profondĂ©ment dĂ©sorientĂ©e, la rĂ©volution de l’école de Chicago n’aurait eu aucune chance d’aboutir.

Au bout d’une annĂ©e seulement, la thĂ©rapie du choc avait prĂ©levĂ© un trĂšs lourd tribut : des millions de Russes de la classe moyenne avaient vu l’épargne de toute une vie ĂȘtre engloutie par la dĂ©valuation de la monnaie ; en raison de l’élimination brutale des subventions, des millions de travailleurs n’étaient plus payĂ©s depuis des mois. En 1992, la consommation du Russe moyen avait diminuĂ© de 40% par rapport Ă  1991, et le tiers de la population vivait sous le seul de la pauvretĂ©.

Les Russes finirent par se ressaisir et Ă  proclamer la fin de l’aventure Ă©conomique sadique. Soumis Ă  la pression des citoyens, le Parlement Ă©lu, celui-lĂ  mĂȘme qui avait soutenu l’ascension au pouvoir d’Eltsine, dĂ©cida que le moment Ă©tait venu de serrer la bride au prĂ©sident et Ă  ses ersatz de Chicago Boys. En dĂ©cembre 1992, les parlements votĂšrent le limogeage d’Egor GaĂŻdar. Quelques mois plus tard, en mars 1993, ils abrogĂšrent les pouvoirs spĂ©ciaux qu’ils avaient accordĂ©s Ă  Eltsine pour lui permettre d’imposer les lois Ă©conomiques par dĂ©cret. En reprĂ©sailles contre la « mutinerie » du Parlement, Eltsine profita d’un discours tĂ©lĂ©visĂ© pour dĂ©crĂ©ter l’état d’urgence.

MĂȘme si la Cour constitutionnelle de Russie avait dĂ©clarĂ© le comportement d’Eltsine anticonstitutionnel, le prĂ©sident Clinton continua de le soutenir, et le CongrĂšs des Etats-Unis lui accorda une aide de 2,5 milliards de dollars. Enhardi, Eltsine fit encercler le Parlement par des troupes et ordonna Ă  la ville de couper l’électricitĂ©, le gaz et le tĂ©lĂ©phone au Parlement. Des partisans de la dĂ©mocratie russes arrivaient par milliers pour casser le blocus. Pendant deux semaines, les soldats et les policiers ont Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  des manifestations pacifiques qui se sont soldĂ©es par une levĂ©e partielle du blocus.

Mais Eltsine repoussa une Ă©ventuelle tenue d’élections anticipĂ©es et abandonna les nĂ©gociations. En Russie, il y avait tout simplement trop de richesses en jeu : d’énormes champs pĂ©trolifĂšres, environ 30% des rĂ©serves de gaz naturel du monde et 20% de celles de nickel, sans parler des usines d’armements et des mĂ©dias d’État grĂące auxquels le Parti communiste avait exercĂ© le contrĂŽle sur sa vaste population. Les troupes d’Eltsine finirent par tirer sur les manifestants Ă  la mitrailleuse, et une centaine d’entre eux ainsi qu’un militaire furent tuĂ©s. Ensuite, Eltsine abolit tous les conseils municipaux et rĂ©gionaux du pays. La jeune dĂ©mocratie russe Ă©tait dĂ©mantelĂ©e, piĂšce par piĂšce.

Un signal clair de la part de Washington ou de l’Union europĂ©enne eĂ»t peut-ĂȘtre contraint Eltsine Ă  engager des nĂ©gociations dignes de ce nom avec les parlementaires, mais il ne reçut de leur part que des encouragements. Eltsine prit le Parlement d’assaut Ă  l’aide de 5000 soldats, de dizaines de blindĂ©s, d’hĂ©licoptĂšres et de commandos d’élite armĂ©s de mitrailleuses – tout cela pour dĂ©fendre la nouvelle Ă©conomie capitaliste de la Russie contre une grave menace : la dĂ©mocratie. Á la fin des combats, 600 personnes Ă©taient mortes et prĂšs de 1000 furent blessĂ©es. Moscou n’avait pas connu une telle violence depuis 1917.

Les bĂ©nĂ©ficiaires du boom Ă©conomique de la Russie furent un club limitĂ© de Russes, dont bon nombre d’anciens apparatchiks du Parti communiste. Se forma ainsi une clique de nouveaux milliardaires, dont bon nombre, en raison de leur richesse et de leur pouvoir proprement impĂ©rial, allaient faire partie du groupe universellement connu comme celui des « oligarques » ; ces hommes s’associĂšrent aux Chicago Boys d’Eltsine et dĂ©pouillĂšrent le pays de la quasi-totalitĂ© de ses richesses.

On vendit Norilsk Nickel pour 170 millions de dollars, qui produisait le cinquiĂšme di nickel mondial, alors que ses seuls profits s’élevĂšrent bientĂŽt Ă  1,5 milliards de dollars par annĂ©e. La gigantesque sociĂ©tĂ© pĂ©troliĂšre Yukos, qui contrĂŽle plus de pĂ©trole que le KoweĂŻt, fut acquise au coĂ»t de 309 millions de dollars ; elle gĂ©nĂšre aujourd’hui des revenus de plus de trois milliards de dollars par annĂ©e. Les cas de ce genre furent multiples, mais le scandale, c’était non seulement que les richesses publiques de la Russie fussent liquidĂ©es Ă  une fraction de leur prix, mais aussi que, dans la plus pure tradition corporatiste, elles fussent acquises Ă  l’aide de fonds publics. Comme l’affirmĂšrent Matt Bivens et Jonas Bernstein, journalistes au Moscow Times, « sans dĂ©bourser un sou, quelques hommes triĂ©s sur le volet firent main basse sur les champs pĂ©trolifĂšres russes dĂ©veloppĂ©s par l’État, Ă  la faveur d’un tour de passe-passe monumental dans lequel une branche du gouvernement en pays une autre ».

En l’absence d’une famine, d’un flĂ©au ou d’une bataille de grande envergure, jamais un si grand nombre de personnes n’aura autant perdu en si peu de temps. En 1998, plus de 80% des exploitations agricoles russes Ă©taient en faillite, et environ 70 000 usines d’État avaient fermĂ© leurs portes, d’oĂč une vĂ©ritable Ă©pidĂ©mie de chĂŽmage. En 1989, avant la thĂ©rapie de choc, deux milliards d’habitants de la FĂ©dĂ©ration de Russie vivaient dans la pauvretĂ© avec moins de quatre dollars par jour. AprĂšs l’administration de la « pilule amĂšre », au milieu des annĂ©es 1990, 74 millions de Russes vivaient sous le seuil de la pauvretĂ©, selon les chiffres de la Banque mondiale. Sous le rĂ©gime capitaliste, les Russes boivent deux fois plus qu’avant. Alexandre MikhaĂŻlov, tsar de la lutte contre la drogue en Russie, affirme que le nombre de toxicomanes a augmentĂ© de 900% entre 1994 et 2004 : le pays en compte aujourd’hui plus de quatre millions, dont de nombreux accrocs Ă  l’hĂ©roĂŻne.

La thĂ©rapie de choc avait ouvert la Russie Ă  des flux de capitaux fĂ©briles – opĂ©rations de change et investissements spĂ©culatifs Ă  court terme, tous trĂšs rentables. À cause de cette spĂ©culation, la Russie, lorsque la crise asiatique Ă©clata, Ă©tait sans protection. Son Ă©conomie, dĂ©jĂ  vacillante, s’effondra pour de bon. La population fit d’Eltsine son bouc Ă©missaire, et la cote de popularitĂ© du prĂ©sident chuta Ă  6%, un seuil intenable. L’avenir de nombreux oligarques Ă©tait en jeu, et seul un autre choc violent sauverait le projet Ă©conomique et conjurerait la menace reprĂ©sentĂ©e par l’instauration d’une vĂ©ritable dĂ©mocratie en Russie.

En septembre 1989, le pays fut secouĂ© par une sĂ©rie d’attentats terroristes d’une extrĂȘme cruautĂ© : apparemment sans avertissement, quatre immeubles d’habitation explosĂšrent au milieu de la nuit, et prĂšs de 300 personnes perdirent la vie. Selon une trame familiĂšre aux AmĂ©ricains au lendemain du 11 septembre 2001, tous les enjeux politiques furent pulvĂ©risĂ©s par la seule force capable d’un tel exploit. De nombreux Russes attribuent la responsabilitĂ© de ces attentats au gouvernement russe lui-mĂȘme, la clique politique du pays n’Ă©tant pas Ă©trangĂšre Ă  ce genre de procĂ©dĂ© sinistre.

C’est au premier ministre de la Russie, l’inĂ©branlable et vaguement sinistre Vladimir Poutine, que l’on confia la tĂąche de traquer les « bĂȘtes sauvages ». Tout de suite aprĂšs les explosions, Ă  la fin de septembre 1999, Poutine ordonna des frappes aĂ©riennes contre des zones civiles de la TchĂ©tchĂ©nie. Dans le nouveau contexte de terreur, le fait que Poutine eĂ»t passĂ© dix-sept ans au KGB – le symbole le plus craint de l’ùre communiste – semblait soudain rassurer de nombreux Russes. Comme Eltsine sombrait de plus en plus dans l’alcoolisme, Poutine Ă©tait idĂ©alement placĂ© pour lui succĂ©der Ă  la prĂ©sidence. Le 31 dĂ©cembre 1999, au moment oĂč la guerre en TchĂ©tchĂ©nie interdisait tout dĂ©bat sĂ©rieux, quelques oligarques organisĂšrent une discrĂšte passation des pouvoirs d’Eltsine Ă  Poutine, sans Ă©lections Ă  la clĂ©. Avant de se retirer, Eltsine exigea l’immunitĂ©. Le premier geste de Poutine en tant que prĂ©sident fut donc de signer la loi qui mettait son prĂ©dĂ©cesseur Ă  l’abri de toute poursuite judiciaire, que ce fĂ»t pour des actes de corruption pour les assassinats de manifestants en faveur de la dĂ©mocratie commis par l’armĂ©e pendant qu’il Ă©tait au pouvoir.

Le lourd héritage de Poutine

Le PrĂ©sident Poutine a dĂ» accepter le lourd hĂ©ritage Ă©conomique et politique de l’Ăšre Eltsine. Aujourd’hui encore, le retrait volontaire (?) d’Eltsine et la nomination de Poutine comme son successeur sont encore entourĂ©s de bien des mystĂšres. Par exemple, comment se fait-il que Poutine ait Ă©tĂ© contraint de gouverner avec l’ancienne Ă©quipe d’Eltsine (Volochine, KaznaĂŻov, Christenko, JvudkoĂŻ, etc.) ? Qui a rabotĂ© si fortement les prĂ©rogatives prĂ©sidentielles dont Poutine aurait dĂ» normalement jouir ? La composition du pouvoir en Russie n’est pas naturelle parce que des reprĂ©sentants de l’ancienne Ă©quipe d’Eltsine occupent des postes gouvernementaux et gardent leur prĂ©sence dans la sphĂšre de la prĂ©sidence. Comme leurs protecteurs amĂ©ricains, ils sont fermement dĂ©cidĂ©s Ă  conserver intactes les structures de propriĂ©tĂ© Ă©tablies dans les annĂ©es 90, de mĂȘme que le nouvel ordre Ă©conomique, et sabotent systĂ©matiquement les mesures importantes prises par Poutine.

La « dictature de la loi »

6a00d8341c840853ef00e553b11d828833-800wi

Depuis son accession au pouvoir, Vladimir Poutine n’a cessĂ© d’Ɠuvrer au renforcement de l’autoritĂ© de l’Etat, conformĂ©ment Ă  ses premiĂšres dĂ©clarations d’intention. Dans ses discours, ce thĂšme constitue un objectif primordial, la condition sine qua non de tout dessein politique Ă  long terme. Il s’agit d’imposer aux divers dĂ©tenteurs de pouvoir susceptibles de contester l’autoritĂ© prĂ©sidentielle (milieux d’affaires, gouverneurs, hauts fonctionnaires, journalistes) des limites Ă  leurs prĂ©rogatives, ainsi que des rĂšgles gouvernant les relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Dans les annĂ©es 1990, les sources de la richesse et du pouvoir se trouvaient frĂ©quemment Ă  la portĂ©e de rĂ©seaux associant entrepreneurs et hauts fonctionnaires, y compris au sein des institutions rĂ©pressives. Dans certains cas, ces rĂ©seaux, situĂ©s Ă  la fois dans la fonction publique et l’économie privĂ©e, cherchaient Ă  possĂ©der leurs propres mĂ©dias, afin de gagner en influence et, Ă©ventuellement, intervenir dans les dĂ©bats politiques.

Pour Vladimir Poutine, de telles collusions sont intolĂ©rables : l’Etat doit ĂȘtre capable d’imposer des normes formelles et impersonnelles, d’établir et de faire respecter des frontiĂšres entre le licite et l’illicite, l’économique et le politique, le public et le privĂ©.

La rĂ©alisation de ce projet passe par un important programme de rĂ©formes, mais Ă©galement par l’usage de la force et de l’intimidation. La guerre menĂ©e en TchĂ©tchĂ©nie souligne la dĂ©termination gouvernementale et place l’usage de la violence au coeur de la politique menĂ©e.

On peut d’ailleurs considĂ©rer que le chef de l’Etat, en employant publiquement l’expression de «dictature de la loi », peu aprĂšs son Ă©lection au suffrage universel, n’a jamais rĂ©ellement souhaitĂ© s’en cacher. Dans ses discours, la prioritĂ© accordĂ©e au renforcement de l’Etat renvoie souvent dans un avenir lointain – une seconde phase – tout objectif de dĂ©mocratisation. Si l’on renverse ce raisonnement, il apparaĂźt que la rĂ©alisation de la premiĂšre phase du projet prĂ©sidentiel ne peut ĂȘtre conciliĂ©e avec des mĂ©thodes dĂ©mocratiques. Les mĂ©thodes employĂ©es par les dirigeants du pays afin d’éliminer leurs adversaires confirment ce constat. La « dictature de la loi » consiste Ă  exploiter l’état de vulnĂ©rabilitĂ© lĂ©gale qui caractĂ©rise l’ensemble des Ă©lites afin de rĂ©server, de maniĂšre Ă©minemment sĂ©lective, la stricte application du droit Ă  quelques ennemis emblĂ©matiques.

En d’autres termes, ceux qui contestent l’autoritĂ© prĂ©sidentielle s’exposent Ă  de lourdes sanctions, alors que ceux qui coopĂšrent suscitent l’indulgence, mĂȘme s’ils recourent Ă  des pratiques tout aussi illicites dans le cadre de leur activitĂ©. Pour l’heure, la maĂźtrise de l’espace audiovisuel national constitue la plus flagrante victoire prĂ©sidentielle, puisqu’il n’existe plus de chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision indĂ©pendantes du pouvoir politique fĂ©dĂ©ral et capables d’émettre sur la totalitĂ© du territoire russe. Dans le cas des relations avec les « oligarques », c’est-Ă -dire avec l’élite des milieux d’affaires, on ne peut parler d’une victoire, mais l’élimination de quelques figures emblĂ©matiques n’a pas conduit Ă  dĂ©grader les relations Ă©tablies entre les grands patrons et les principaux dirigeants politiques du pays.

Sous Poutine, entre 1999 et 2005, la Russie a connu une croissance Ă©conomique moyenne supĂ©rieure Ă  6%. GrĂące aux prix de plus en plus Ă©levĂ©s de l’Ă©nergie qui assure une rente en devise, la demande intĂ©rieure se dĂ©veloppe rapidement et une croissance du PIB de l’ordre de 6 Ă  8% par an se maintient jusqu’en 2008. Le pays est dĂ©sormais la huitiĂšme puissance Ă©conomique mondiale, et dispose de ressources naturelles inĂ©galĂ©es.

En 2007, le FMI tablait sur le maintien de la croissance russe dans les annĂ©es Ă  venir. Mais la crise Ă©conomique mondiale nĂ©e aux États-Unis, en 2008, annonce une baisse de la consommation mondiale d’hydrocarbures. Ceci entraĂźne inĂ©luctablement une baisse des cours des matiĂšres premiĂšres stratĂ©giques, et sans doute un coup d’arrĂȘt pour la longue pĂ©riode de croissance russe.

Poutine se retourne contre les oligarques pour s’affranchir de l’ingĂ©rence Ă©conomique occidentale

Normalement, un prĂ©sident nouvellement Ă©lu ne gouverne pas avec l’Ă©quipe de son prĂ©dĂ©cesseur. La constellation des forces au sein du gouvernement russe actuel indique qu’il y a dualitĂ© du pouvoir. L’opinion publique a bien perçu que Poutine cherche Ă  se libĂ©rer du pouvoir des eltsinistes. Il a rĂ©ussi Ă  placer ses hommes Ă  la tĂȘte de l’armĂ©e (SergueĂŻ Ivanov), du ministĂšre de l’intĂ©rieur (Boris Gruslov) et des services de sĂ©curitĂ© fĂ©dĂ©raux (NikolaĂŻ Patruchev).

Poutine a Ă©galement rĂ©ussi Ă  mettre hors d’Ă©tat de nuire et Ă  forcer Ă  l’exil des oligarques comme Berezovski et Goussinski, qui se mĂȘlaient ouvertement de la politique et tentaient d’imposer leurs vues au gouvernement. Mais leur tĂąche a Ă©tĂ© reprise, dĂ©but juillet 2003, par le plus riche des oligarques russes, MikhaĂŻl Khodorkovski, qui possĂšde le consortium du pĂ©trole Jukos. M. Khodorkovski s’est vantĂ© d’avoir pu bloquer Ă  la Douma des projets contraires Ă  ses intĂ©rĂȘts. Il finance toutes les oppositions afin de pouvoir tuer dans l’Ɠuf la lĂ©gislation prĂ©parĂ©e par le gouvernement pour augmenter les taxes sur les industries extractives au profit des PME et d’autres producteurs stratĂ©giques comme l’agriculture et la dĂ©fense. Non contents de privatiser le Parlement, les oligarques en font autant avec les services publics en finançant hĂŽpitaux, Ă©coles et transports de leur choix au lieu de payer leurs impĂŽts. Il a aussi dĂ©clarĂ© ouvertement ses intentions de financer l’ »alliance des forces justes » (Nemzov, TchoubaĂŻ, Gaidar, etc.) lors des prochaines Ă©lections pour la Douma et la PrĂ©sidence. La rĂ©action de Poutine ne s’est pas faite attendre. Le Procureur GĂ©nĂ©ral de la FĂ©dĂ©ration de Russie a lancĂ© une procĂ©dure judiciaire contre la Jukos, Ă  cause des activitĂ©s dĂ©lictueuses de son directeur Lebedev, qui se serait appropriĂ© frauduleusement 280 millions de dollars en 1994. Fait significatif : l’ambassadeur des Etats-Unis Ă  Moscou a dĂ©clarĂ© ĂȘtre prĂȘt Ă  prendre Khodorkovski et Lebedev sous sa protection !

Le prĂ©sident Poutine ne refuse pas l’entrĂ©e massive du capital Ă©tranger dans un secteur vital, mais il n’a pas encore choisi entre ExxonMobil et TexacoChevron. Et surtout le Kremlin veut que l’État contrĂŽle l’opĂ©ration : pas question de laisser un oligarque lĂ©gitimer les milliards qu’il a acquis.

M. Poutine a d’ailleurs confirmĂ© la prochaine privatisation des secteurs des transports et de la distribution d’énergie, Ă  l’exception des olĂ©oducs et gazoducs, qu’il veut maintenir sous contrĂŽle de l’Etat – car le dĂ©veloppement de ce vaste pays dĂ©pend de son infrastructure. DĂ©jĂ  M. Khodorkovski avait dĂ©clarĂ© son intĂ©rĂȘt pour Gazprom. Bref, faute d’un tournant, les oligarques allaient encore consolider leur pouvoir, contrariant les tentatives de diversification et l’un des grands enjeux de la seconde prĂ©sidence de M. Poutine : rĂ©duire un tant soit peu le fossĂ© entre riches et pauvres.

En fait, le boom Ă©conomique contraint le pays Ă  diversifier une Ă©conomie trop dĂ©pendante des matiĂšres premiĂšres et impose un choix entre « Ă©tatistes » et « libĂ©raux ». Selon l’expression du ministre des finances et vice-premier ministre AlexeĂŻ Koudrine, il serait dangereux que la Russie continue Ă  « dĂ©pendre des oligarques, du prix Ă©levĂ© du pĂ©trole, de banques artificiellement dopĂ©es et de fausses faillites ».

Services secrets contre oligarchie :

Dans ce bras de fer, le prĂ©sident souffre de son passĂ©. Il a accĂ©dĂ© au pouvoir sans « base », ni parti, ni cercle personnel. M. Eltsine lui a fait promettre de ne pas s’attaquer Ă  ses proches. Manquant de cadres, lui qui ne fait confiance Ă  personne s’entoure d’hommes dont l’origine le rassure, anciens de Saint-PĂ©tersbourg et des services secrets. Une rĂ©serve de gens dĂ©vouĂ©s Ă  leur pays, dotĂ©s d’un sens du devoir, dĂ©testant la corruption, mais dont le monolithisme projette cette image de clan qu’il voulait Ă©liminer avec la « famille ». Fuyant les conflits ouverts, il tarde Ă  se dĂ©barrasser d’officiels hĂ©ritĂ©s de son prĂ©dĂ©cesseur.

Il faudra attendre l’affaire Ioukos pour qu’il limoge M. Alexandre Volochine, le chef de l’administration prĂ©sidentielle, dont le dĂ©part symbolise le changement des Ă©lites. Ce n’est pas, en soi, le signe que le prĂ©sident s’est ralliĂ© Ă  un clan, que ce soit celui des siloviki (les hommes de la sĂ©curitĂ©) ou celui des dĂ©mocrates libĂ©raux. La nomination Ă  sa place de M. Dimitri Medvedev, secondĂ© par Dimitri Kozak, rĂ©vĂšle le poids de jeunes juristes de Saint-PĂ©tersbourg sans passĂ© dans les services secrets. Il n’empĂȘche que les anciens de ces derniers ont des contacts privilĂ©giĂ©s avec les entreprises de la dĂ©fense. Cette composante de l’élite Ă©conomique – la troisiĂšme avec l’énergie et la grande industrie – Ă©tait restĂ©e Ă  l’écart des premiĂšres privatisations et entend profiter de la prochaine vague.

L’aide amĂ©ricaine aux oligarques :

20080616MCainOligarchieAmericaineDroitsHommeÀ ce jour, une dizaine d’oligarques basĂ©s en Russie et en Ukraine profitent depuis trois ou quatre ans des  » recommandations  » d’avocats amĂ©ricains issus aussi bien du parti rĂ©publicain que du parti dĂ©mocrate.

En lisant les journaux financiers des États-Unis, on dĂ©couvre ainsi qu’un proche de Vladimir Poutine, Leonid Reiman, un oligarque en chasse pour accaparer le contrĂŽle des TĂ©lĂ©communications en Russie, en rivalitĂ© avec le groupe d’affaires Alfa, et dont le fisc amĂ©ricain et le FBI savent qu’il est impliquĂ© dans de vastes trafics d’argent sale, est dĂ©fendu par le cabinet d’avocats Barbour, Griffiths & Rogers.

Barbour est l’ancien gouverneur du Mississipi, le « Wall Street Journal » relĂšve qu’un de ses anciens collaborateurs, Mark d’Atanasio, Ă©tait un ami de Reiman, plus ou moins « mouillĂ© » avec lui dans des combines douteuses. Reiman a versĂ© au cabinet de Barbour plusieurs centaines de milliers de dollars. Il est mĂȘme question de deux millions de dollars. En Ă©change de quoi, Reiman peut circuler librement aux États-Unis, malgrĂ© son dossier pendant au FBI.

De son cĂŽtĂ©, M. Khodorkovski a toujours cru que son profil international le protĂ©gerait en cas de conflit avec le Kremlin – d’oĂč les efforts de ses avocats pour impliquer la communautĂ© internationale. Ses amis amĂ©ricains brossent le tableau apocalyptique d’une Russie retombant dans le totalitarisme, sous la botte d’un tchĂ©kiste et de ses sbires. Largement aux mains des oligarques, les journaux nationaux relaient les prises de position des ultraconservateurs ; l’influent Richard Perle, prĂ©sident du Defense Policy Board, propose d’expulser la Russie du G 8 ; M. Bruce Jackson, initiateur de la fameuse « Lettre des Dix de Vilnius » en faveur de l’intervention en Irak, dĂ©clare que M. Poutine menace les intĂ©rĂȘts des Etats-Unis dans la CommunautĂ© des Etats indĂ©pendants (CEI). MĂȘme M. Soros appelle Ă  la dĂ©fense de la dĂ©mocratie russe.

Un journal amĂ©ricain rĂ©vĂ©lera les coĂ»teux efforts de l’oligarque pour s’introduire dans les cercles fermĂ©s de Washington : il aurait dĂ©pensĂ© au minimum 50 millions de dollars par an depuis 2001, y compris 1 million donnĂ© Ă  la Librairie du CongrĂšs et 500 000 dollars Ă  la fondation Carnegie. CourtisĂ© par les instituts de recherche sur la Russie qu’ont dĂ©laissĂ©s les Ă©tudiants brillants Ă  la mode, il finance gĂ©nĂ©reusement plusieurs institutions nĂ©oconservatrices amĂ©ricaines et ouvre le conseil d’administration de sa fondation Ă  des hommes influents, de l’ancien sĂ©nateur dĂ©mocrate Bill Bradley Ă  M. Henry Kissinger aux Etats-Unis, en passant par lord Rothschild en Grande-Bretagne.

Qui l’emportera dans la lutte entre les eltsinistes et les forces autour de Poutine ? De mon point de vue, ces derniers ont toutes les chances de leur cĂŽtĂ© d’emporter la victoire Ă  la Douma et pour la PrĂ©sidence. MalgrĂ© les avantages dont a bĂ©nĂ©ficiĂ© son parti tout au long de la campagne, les pressions exercĂ©es sur certains candidats, et malgrĂ© les fraudes, Vladimir Poutine et le « parti du pouvoir » ne se sont pas imposĂ©s seulement par la force, mais ont aussi bĂ©nĂ©ficiĂ© du consentement d’une grande partie de la population.70% de la population les soutiennent. 70% de la population rĂ©clament aussi la rĂ©vision de la politique des privatisations, qui a conduit Ă  la criminalisation de la sociĂ©tĂ©.

Sources: Viatcheslav Dachitchev (article paru dans DNZ, MĂŒnchen, n°33/2003, transmis par le bureau de traduction de Synergies europĂ©enne)

La stratégie du choc, Naomi Klein

Le monde diplomatique

Recherches sur le terrorisme

Cairn

Chers amis, le forum Mecanopolis est maintenant ouvert, et nous vous invitons a y placer vos   réfléxions, articles et analyses.

FORUM MECANOPOLIS

juil 08 2009

L’appropriation du sens rĂ©el des spiritualitĂ©s comme arme contre la servitude (deuxiĂšme partie)

Par Régis Mex

On estime que 95 % des ĂȘtres humains ont accĂšs Ă  la « Sainte Bible » dans une langue qu’ils comprennent, de nos jours. Environ 40 millions de bibles sont distribuĂ©es chaque annĂ©e dans le monde; il s’agit du livre le plus lu de l’histoire de l’humanitĂ©. Si une partie de la Bible est dotĂ©e de sens, Ă  l’instar des Évangiles et d’autres passages du Nouveau Testament, on ne peut pas en dire autant de la version de la GenĂšse que l’on trouve dans l’Ancien Testament. Or, ce qui n’a pas de sens et a fortement contribuĂ© Ă  occulter toute chose plus subtile que ce qui est accessible par les cinq sens organiques a longtemps Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rĂ© au contenu plus intelligent et Ă©ducatif du grand livre chrĂ©tien.

3529082359_291e96643c

Voici quelques exemples de cette manipulation:

Ce document, conservé à la BibliothÚque nationale de France, contient certains conseils que les cardinaux donnÚrent au pape Jules III à son élection en 1550:

« La lecture de l’Evangile ne doit ĂȘtre permise que le moins possible, surtout en langue moderne et dans les pays soumis Ă  votre autoritĂ©. Le trĂšs peu qui est lu gĂ©nĂ©ralement Ă  la messe devrait suffire et il faudrait dĂ©fendre Ă  quiconque d’en lire plus. Tant que le peuple se contentera de ce peu, vos intĂ©rĂȘts prospĂ©reront, mais dĂšs l’instant qu’on voudra en lire plus, vos intĂ©rĂȘts commenceront Ă  en souffrir.

VoilĂ  le livre qui, plus qu’aucun autre, provoquera contre nous les rĂ©bellions, les tempĂȘtes qui ont risquĂ© de nous perdre. En effet, quiconque examine diligemment l’enseignement de la Bible et le compare Ă  ce qui se passe dans nos Eglises trouvera bien vite les contradictions et verra que nos enseignements s’Ă©cartent souvent de celui de la Bible et, plus souvent encore, s’opposent Ă  celle-ci. Si le peuple se rend compte de ceci, il nous provoquera jusqu’Ă  ce que tout soit rĂ©vĂ©lĂ© et alors nous deviendrons l’objet de la dĂ©rision et de la haine universelles. Il est donc nĂ©cessaire que la Bible soit enlevĂ©e et dĂ©robĂ©e des mains du peuple avec zĂšle, toutefois sans provoquer de tumulte ».

(Feuille BibliothĂšque nationale 1089. Volume II. Page 641-650 – rĂ©fĂ©rences Fond Latin n°12558 – AnnĂ©e 1550)

L’historique suivant est repris du travail de Mary Ann Collins:

L’Église Catholique a longtemps enchaĂźnĂ© la Bible en ne diffusant que sa traduction en latin, la Vulgate (qui remonte au dĂ©but du Ve siĂšcle), et en refusant qu’elle soit traduite dans les langues courantes, ce qui aurait permis que tout le monde la comprenne.

Dans l’empire romain, le latin Ă©tait devenu la langue universelle. La Bible a Ă©tĂ© Ă©crite en hĂ©breu pour l’Ancien Testament, et en grec pour le Nouveau Testament. Quand elle fut traduite en latin, davantage de gens purent la lire. Toutefois, avec l’effondrement de l’empire romain, le latin fut de moins en moins parlĂ©. Finalement, seuls les Ă©rudits pouvaient le comprendre. La grande majoritĂ© du peuple ne parlait plus le latin.

A partir de 1080, suite Ă  de nombreux incidents, le Pape, les Conciles de l’Eglise et les Ă©vĂȘques finirent par interdire la traduction de la Bible dans la langue vernaculaire, c’est-Ă -dire dans la langue parlĂ©e par tout le monde. Des hommes comme William Tyndale furent brĂ»lĂ©s comme hĂ©rĂ©tiques pour avoir traduit la Bible en anglais. 

L’interdiction portĂ©e par l’Église romaine de lire les livres saints remonte au concile de Toulouse en 1229. MĂȘme les laĂŻcs n’Ă©taient pas autorisĂ©s Ă  lire la Bible en latin. Le seul fait de lire la Bible Ă©tait considĂ©rĂ© comme une preuve d’hĂ©rĂ©sie. Des hommes et des femmes furent brĂ»lĂ©s vifs pour avoir lu la Bible en latin.

En 1582 fut publiĂ©e la premiĂšre traduction catholique du Nouveau Testament en anglais. Une traduction catholique de l’Ancien Testament fut publiĂ©e en 1609. Ces traductions ne furent pas faites Ă  partir des textes originaux hĂ©breu et grec, mais Ă  partir d’une version en latin.

Selon l’enseignement officiel de l’Église Catholique, les Catholiques ne sont pas autorisĂ©s Ă  croire ce qu’ils lisent eux-mĂȘmes dans la Bible, sans avoir consultĂ© d’abord les autoritĂ©s de l’Église Catholique. Ils doivent savoir de quelle maniĂšre les Ă©vĂȘques de l’Église interprĂštent ces passages, et ils doivent aussi accepter avec « docilitĂ© » les enseignements des Ă©vĂȘques, comme s’ils Ă©taient donnĂ©s par JĂ©sus-Christ lui-mĂȘme. Ils ne sont pas autorisĂ©s Ă  recourir Ă  leur propre jugement, ni Ă  suivre leur propre conscience. On leur demande de croire tout ce que leur diront leurs Ă©vĂȘques, sans rien remettre en question.

MalgrĂ© de nombreuses manipulations de traduction lors de passage de textes de l’hĂ©breu et du grec au latin, puis du latin en langue vernaculaire, le clergĂ© craignait donc les rĂ©vĂ©lations que contenaient le livre qui Ă©tait la pierre principale sur laquelle reposaient les fondations de leur Église. Le sens des textes relatifs Ă  la vie de JĂ©sus, par exemple, Ă©tait restĂ© intact, mais l’enseignement du Christ contrariait quelque peu les intentions du clergĂ©, Ă  mille lieues d’un message de fraternitĂ© et de paix. VoilĂ  pourquoi ils l’ont occultĂ© et ont auto-qualifiĂ© leur parole comme Ă©tant infaillible, ainsi que tant d’autres subterfuges qui ont servi Ă  manipuler les masses pour des buts exclusivement politiques.

Matthieu 15:8-9:

Ce peuple m’honore des lĂšvres, mais son cƓur est Ă©loignĂ© de moi. C’est en vain qu’ils m’honorent, en enseignant des prĂ©ceptes qui sont des commandements d’hommes.

Marc 7:8:

Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous observez la tradition des hommes.

Matthieu 13:11, 15:

Car le coeur de ce peuple est devenu insensible; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermĂ© leurs yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles, qu’ils ne comprennent de leur coeur.

Au-delĂ  de la gravitĂ© des faits qui ont eu lieu pendant 1500 ans de main-mise de l’Église catholique sur les affaires des pays europĂ©ens, la pensĂ©e empoisonnĂ©e qu’elle a dispensĂ©e s’est accrochĂ©e profondĂ©ment dans les fondements de la doctrine judĂ©o-chrĂ©tienne et dans l’esprit de tous ceux qui y ont baignĂ©, habituant les occidentaux Ă  penser en des termes rĂ©ducteurs, et façonnant sans doute en grande partie les raisons de l’avĂšnement de nos sociĂ©tĂ©s de consommation.

Pourtant, le travail remarquable de nombreux occultistes des Temps Modernes dĂ©sireux de retourner Ă  la source des spiritualitĂ©s n’a pas trouvĂ© de rĂ©el Ă©cho dans l’opinion publique, et peu d’entre nous sont au fait de leurs ouvrages. Dans la suite de cet article, je vais tenter de donner un aperçu de l’ampleur de la diffĂ©rence entre sens biblique et sens rĂ©el du SĂ©pher de MoĂŻse par comparaison entre les deux versions en reprenant la retraduction du SĂ©pher de MoĂŻse de Fabre d’Olivet et en m’appuyant sur les commentaires que Claude Le Moal en fait dans son livre « La vĂ©ritable histoire d’Adam et Eve, Tome 1: La Providence ». Bien sĂ»r, j’essaie de rĂ©sumer Ă  ma maniĂšre les idĂ©es et versets essentiels d’un livre de plus de 500 pages, ce qui ne peut qu’ĂȘtre approximatif, mais j’espĂšre que cela intĂ©ressera un maximum d’entre vous.

creation

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ 1‬ :

1.27.‭ ‬Dieu crĂ©a l’homme Ă  son image ‭; ‬il le crĂ©a Ă  l’image de Dieu,‭ ‬il crĂ©a l’homme et la femme.‭

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ C‬hapitre I :

27.‭ ‬Et Lui,‭ ‬L’Être des ĂȘtres,‭ ‬avait créé l’existence potentielle d’Adam,‭ ‬l’Homme universel,‭ ‬en son ombre rĂ©flĂ©chie ‭; ‬en son ombre divine il l’avait créé ‭; ‬et puissance collective,‭ ‬l’avait identifiĂ© ensemble mĂąle et femelle.‭

Dans cette premiĂšre comparaison, la diffĂ©rence entre ces deux extraits est moindre que dans les suivants. Mais elle n’en reste pas moins de taille. Fabre d’Olivet dit que Dieu a tout d’abord créé « l’existence potentielle d’Adam », donc le principe duquel dĂ©coule les lois propres Ă  l’Homme, une sorte d’archĂ©type qui fixerait les mĂ©canismes selon lesquels les hommes se comportent, leur raison d’ĂȘtre, ou encore leur destinĂ©e. Il prĂ©cise que cet « Homme universel » est Ă  la fois mĂąle et femelle, avant que ce principe ne se divise en deux autres principes, respectivement AĂźsh et AĂźshah (Eve), ce qui sera important pour la comprĂ©hension de certains des prochains extraits.

Le plus important dans ce passage est toutefois la diffĂ©rence entre « Dieu crĂ©a l’homme Ă  son image » et « Dieu crĂ©a l’Homme universel en son ombre rĂ©flĂ©chie, en son ombre divine ». La premiĂšre phrase sous-entend que « l’image » Ă  partir de laquelle Dieu a créé l’homme est purement visible, physique, ce qui a suscitĂ© par la suite la reprĂ©sentation de Dieu comme un vieillard barbu perchĂ© sur son nuage Ă©garĂ© dans le ciel. Or, la seconde version dit bien que c’est en terme de reflet divin, dans le domaine spirituel, que l’Homme est l’ombre de son CrĂ©ateur. Cette nuance change donc du tout au tout les perspectives de la destinĂ©e humaine; lĂ  oĂč la GenĂšse Biblique nous laisse entendre qu’il n’y a pas de rĂ©el but dans l’existence du genre humain, parce qu’il n’est soi-disant rien de plus que le plus intelligent des animaux, le SĂ©pher de MoĂŻse indique clairement que l’ĂȘtre humain se distingue du rĂšgne animal par les capacitĂ©s potentielles d’un esprit d’essence divine qu’il est le seul Ă  possĂ©der. J’ai bien dit que ces capacitĂ©s Ă©taient potentielles; leur activation dĂ©pend de l’effort qui est fait dans ce but. Plus l’on se dĂ©tĂąche des aspirations vulgaires et instinctives du matĂ©rialisme et des comportements vicieux, et plus l’on cultive au contraire les comportements vertueux, et plus l’esprit se rapproche de sa nature divine, puisqu’il suit les lois divines qui s’expriment dans la justice et la subtilitĂ© d’action, de pensĂ©e, et de parole, ou encore la qualitĂ© du discernement. Par « se dĂ©tĂącher du matĂ©rialisme », j’insiste bien sur le fait que j’entends par lĂ  se dĂ©tĂącher de tout mauvais penchant Ă  vouloir trop possĂ©der, ou Ă  dĂ©sirer des choses inutiles et malsaines; donc savoir utiliser le matĂ©riel simplement pour ce qu’il est, dans les proportions oĂč il le faut, et y trouver un juste milieu, ce qui n’a rien Ă  voir avec une vie ascĂ©tique ou quoique ce soit de ce genre. La dĂ©rive matĂ©rialiste survient lorsque le matĂ©riel et le confort de mĂȘme que le plaisir purement physiques qu’il procure deviennent les buts mĂȘmes de la vie de quelqu’un, auquel cas il est possĂ©dĂ© par ce qu’il possĂšde, comme le veut le dicton. Un autre dicton dit que l’on est ce qu’on mange; dire que l’on est ce qu’on pense est Ă©galement vrai. La voie de l’Ă©volution de l’homme est donc celle du bien; s’il ne l’emprunte pas, il stagne ou rĂ©gresse.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬2 :

2.7.‭ ‬L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussiĂšre de la terre,‭ ‬il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un ĂȘtre vivant.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ C‬hapitre II :

7.‭ ‬Or,‭ ‬l’Être des ĂȘtres,‭ ‬ayant formĂ© la substance d’Adam,‭ ‬de la sublimation des parties les plus subtiles de l’ÉlĂ©ment adamique,‭ ‬inspira dans son entendement une essence exhalĂ©e des Vies,‭ ‬et dĂšs lors Adam,‭ ‬l’Homme universel,‭ ‬devint une similitude de l’Âme vivante,‭ ‬universelle.‭

Ce verset rejoint le deuxiĂšme paragraphe du verset prĂ©cĂ©dent; par « inspira dans son entendement une essence exhalĂ©e des Vies », il faut comprendre que l’Homme universel possĂšde une intelligence spirituelle grĂące Ă  « l’essence exhalĂ©e des Vies », soit son essence d’origine divine. La prĂ©sence de cette intelligence spirituelle est possible du fait que l’Homme universel a Ă©tĂ© créé « des parties les plus subtiles de l’ÉlĂ©ment adamique », l’ÉlĂ©ment adamique reprĂ©sentant l’Ă©tat primordial des forces encore non-manifestĂ©es, non contractĂ©es en matiĂšre, soit les forces supĂ©rieures qui se sont Ă©tablient en principes dont les lois rĂ©gissent les manifestations qui en dĂ©coulent. De fait, Adam est semblable Ă  « l’Âme vivante, universelle », donc semblable Ă  Dieu d’aprĂšs les principes dont il est issu, tout comme n’importe quelle autre crĂ©ation, puisque Dieu est dans tout Ă©tant donnĂ© que tout est Ă©manĂ© de Dieu. Mais l’Homme universel, lui, a Ă©tĂ© manifestĂ© dans une forme humanoĂŻde dans la sphĂšre des manifestations, aprĂšs avoir Ă©tĂ© divisĂ© en deux polaritĂ©s mĂąle et femelle, et a Ă©tĂ© inspirĂ© de « l’entendement de l’essence exhalĂ©e des Vies ». Il se distingue donc de l’animal par ses facultĂ©s supĂ©rieures, qui lui permettent, entre autre, la crĂ©ation, le discernement, l’imagination, de mĂȘme que la possibilitĂ© d’apprĂ©hender l’aprĂšs-mort.

Si nous avons la notion d’un Au-DelĂ , c’est parce que la partie de nous qui tire son origine divine, l’esprit, n’est pas plus soumise au temps ni Ă  la mortalitĂ© que Dieu lui-mĂȘme. Or, Dieu est immortel puisqu’il est une sorte de champ de forces les plus subtiles et sublimĂ©es qui existent dans l’Univers; il est donc logique que l’esprit humain le soit aussi. Mais, puisque comme le disait Virgile,‭ «‏ Les choses d’ici-bas reçoivent autant de force et de vertu des cieux que la matiĂšre est disposĂ©e Ă  en recevoir ‭», le niveau de puretĂ© de l’esprit humain dĂ©pend de la conduite de son hĂŽte.

‭Nous pourrions faire une analogie intĂ©ressante entre la concentration des molĂ©cules d’un objet solide, d’un liquide et d’un gaz; plus les molĂ©cules sont concentrĂ©es, moins l’objet est subtil. Ce principe est Ă©galement valable pour le domaine de l’esprit; plus les pensĂ©es sont vulgaires, et plus leur action sur l’esprit est compressive, asservissante. En somme, plus l’individu est attachĂ© aux bassesses de ce monde, et plus sa libertĂ© vis-Ă -vis de lui-mĂȘme et ses facultĂ©s spirituelles sont dĂ©clinantes, voire absentes. Au contraire, plus il s’en dĂ©tache, et plus il devient indĂ©pendant des aspirations matĂ©rielles de son corps physique, et est donc plus apte Ă  connaĂźtre ses propres façons de fonctionner en profondeur et Ă  maĂźtriser ses pulsions. Il obtient plus de sens critique envers lui-mĂȘme et devient l’observateur et le garant de son propre comportement. Ce sont des consĂ©quences parmi d’autres de la stimulation de l’intelligence spirituelle, qui amĂšne au dĂ©veloppement des plus subtiles capacitĂ©s de l’ĂȘtre humain, car connaĂźtre les lois selon lesquelles on fonctionne, c’est ĂȘtre libre. Il me semble aussi appropriĂ© d’ajouter la citation « Connais toi toi-mĂȘme et tu connaĂźtras le monde et les dieux » dans ce contexte.

‭Cette Ă©volution est due au respect des rĂšgles divines par l’individu concernĂ©, et, s’Ă©tant engagĂ© sur cette voie qui l’a menĂ© vers la Conscience, les murmures de la Providence, selon les termes de Claude Le Moal, lui deviennent audibles. Cette Providence accorde la personne ayant atteint la libertĂ© intĂ©rieure sur des niveaux de pensĂ©e qui correspondent Ă  la puretĂ© de ses propres pensĂ©es, et lui suggĂšre quelques inspirations de mĂȘme ordre. La citation de Virgile ci-dessus ou l’adage « On est ce que l’on pense » expriment la mĂȘme chose. Quelqu’un qui resterait dans le domaine de l’instinctif animal et du raisonnement purement cĂ©rĂ©bral et matĂ©rialiste resterait prisonnier des « forces du Destin », ce qui signifie qu’il serait soumis Ă  ce que lui dicte son programme biologique, et suivrait donc des lois infĂ©rieures Ă  celles de la Providence, sans rĂ©el libre-arbitre.

‭Or, si l’on admet que chacun de nous est « connectĂ© » Ă  une « frĂ©quence » de pensĂ©es selon ses aspirations, et que cette « connexion » se passe dans le domaine de l’esprit, nous pouvons dĂ©duire que notre aprĂšs-mort sera constituĂ© de la sensation procurĂ©e par le « niveau de puretĂ© » que nous aurons atteint, puisque l’esprit est immortel.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬2 :

2.17.‭ ‬Mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal,‭ ‬car le jour oĂč tu en mangeras,‭ ‬tu mourras.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ C‬hapitre II :

17.‭ ‬Mais de la substance physique ‭(‬cinq sens organiques‭) ‬de la connaissance du bien et du mal,‭ ‬garde-toi de faire aucune satisfaction car au jour mĂȘme oĂč tu t’en alimenteras,‭ ‬tu deviendras muable,‭ ‬et tu mourras.

‭Ici, il est dĂ©conseillĂ© de se satisfaire de la « substance physique connaissance du bien et du mal », Ă©tant donnĂ© que quiconque considĂ©rant les cinq sens organiques comme seule vĂ©ritĂ© de la connaissance du bien et du mal se retrouverait de fait sous la domination du Destin. Il n’y a effectivement pas d’autres alternatives en se contentant de choses purement physiques.

‭Il est ensuite prĂ©cisĂ© que si l’on en vient Ă  se satisfaire de cet Ă©tat de soumission Ă  soi-mĂȘme qu’est le Destin, l’on devient « muable », et meurt. Ceci est Ă  remettre dans le vĂ©ritable contexte du SĂ©pher de MoĂŻse, car le concept de rĂ©incarnation y est compris, malgrĂ© le fait que la chrĂ©tientĂ© l’ait par la suite rejettĂ© et que ceux qui y adhĂ©raient Ă©taient dĂ©clarĂ©s hĂ©rĂ©tiques. Á l’instar du bouddhisme, donc, il est considĂ©rĂ© qu’une vie humaine n’est pas suffisante pour parvenir Ă  l’objectif de l’Ă©volution humaine qu’est l’Ă©lĂ©vation de la puretĂ© d’esprit Ă  un niveau digne d’atteindre le NirvĂąna ou le Paradis, qui sont des synonymes pour dĂ©crire la plus grande qualitĂ© d’ondes spirituelles Ă  laquelle l’on puisse parvenir. La logique est que l’on se rĂ©incarne dans d’autres corps humains (le SĂ©pher de MoĂŻse, contrairement Ă  la doctrine bouddhiste, exclut l’idĂ©e qu’un ĂȘtre humain puisse se rĂ©incarner en animal, ce qui induit une Ă©volution constante) dont les caractĂ©ristiques, que ce soit au niveau de la personnalitĂ©, de l’intellect, etc., dĂ©pendent du niveau d’Ă©volution de l’esprit qui le reçoit. Nous pourrions Ă  nouveau citer Virgile pour justifier ce phĂ©nomĂšne («‏ Les choses d’ici-bas reçoivent autant de force et de vertu des cieux que la matiĂšre est disposĂ©e Ă  en recevoir ‭»), de mĂȘme que ce prochain verset:

La Genùse Biblique,‭ ‬chapitre‭ ‬6 :

6.2.‭ ‬Les fils de Dieu virent que les filles des hommes Ă©taient belles,‭ ‬et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre VI :

2.‭ ‬Or,‭ ‬les ĂȘtres Ă©manĂ©s de l’Être des ĂȘtres,‭ ‬effluences spirituelles,‭ ‬ayant considĂ©rĂ© ces formes sensibles,‭ ‬les trouvĂšrent agrĂ©ables,‭ ‬et s’unirent comme Ă  des facultĂ©s gĂ©nĂ©ratrices,‭ ‬à toutes celles qui leur plurent de prĂ©fĂ©rence.‭

‭Il dĂ©coule donc de ceci que tant que l’on subit ce cycle des rĂ©incarnations, on est condamnĂ© Ă  poursuivre son Ă©volution sur Terre, seule maniĂšre de parfaire tous les aspects des individus dans leur intĂ©gralitĂ©, avec le lot de souffrances que cela implique. C’est donc pour cela que l’on « meurt » lorsque l’on est soumi au Destin, parce que l’on ne cesse d’ĂȘtre mortel. Peut-ĂȘtre ce sort est-il ce que certaines personnes dĂ©crivent par le mot « Enfer ».

La GenĂšse Biblique, Chapitre 2 :

2.21. Alors l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit; il prit une de ses cĂŽtes, et referma la chair Ă  sa place.

Le Sépher de Moïse, Chapitre II :

21. Alors l’Être des ĂȘtres laissa tomber un sommeil profond et sympathique sur cet Homme universel, qui s’endormit soudain; et rompant l’unitĂ© de ses enveloppes extĂ©rieures, il prit l’une d’elles, et revĂȘtit de forme et de beautĂ© corporelle sa faiblesse originelle.

De cette division qui donnera lieu Ă  la polarisation de l’Homme universel en AĂźsh et en AĂźshah dĂ©coule la nĂ©cessitĂ© de l’ĂȘtre humain de retrouver l’unitĂ© dĂ©sormais rompue de l’Homme universel, de sorte Ă  accĂ©der Ă  la Conscience et Ă  sortir de sa dĂ©pendance Ă  l’inconscient collectif, qui est l’Ă©tat de « sommeil profond » dans lequel il est plongĂ© jusqu’alors.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬2 :

2.23.‭ ‬Et l’homme dit :‭ «‏ Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ‭! ‬On l’appellera femme,‭ ‬parce qu’elle a Ă©tĂ© prise de l’homme. ‭»

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre II :

23.‭ ‬Et Adam,‭ ‬dĂ©clarant sa pensĂ©e,‭ ‬dit :‭ «‏ Celle-ci est vĂ©ritablement substance de ma substance,‭ ‬et forme de ma forme ‭; ‬et il l’appela AĂźshah,‭ ‬facultĂ© volitive efficiente,‭ ‬à cause du principe volitif intellectuel AĂźsh,‭ ‬dont elle avait Ă©tĂ© tirĂ©e en substance.‭

‭Tout comme la GenĂšse Biblique n’a pas fait mention de la crĂ©ation d’un archĂ©type androgyne du genre humain, elle ne parle pas non plus de la polarisation de l’Homme universel en deux nouveaux principes qui donneront respectivement Ă  l’homme et Ă  la femme manifestĂ©es certaines spĂ©cificitĂ©s. Les mĂ©canismes du principe fĂ©minin AĂźshah, lui donnent les caractĂ©ristiques d’ĂȘtre la « facultĂ© volitive efficiente », soit volontĂ©, clĂ© du libre-arbitre. l’attribut divin de la Conscience, passivitĂ©, intuitivitĂ©. Quant au principe masculin, ‬AĂźsh, ses attributs sont davantage axĂ©s sur l’intellect raisonneur, le mental. Or, tout comme chacun de nous a des parties cĂ©rĂ©brales masculines et fĂ©minines quel que soit son sexe, notre esprit possĂšde Ă©galement les deux faces de la piĂšce, un principe Ă©tant gĂ©nĂ©ralement laissĂ© latent par rapport Ă  l’autre plus actif, dans des proportions relatives Ă  un individu donnĂ©. La difficultĂ© survient lorsque l’on dĂ©sire activer les aspects des deux principes Ă  la fois; si l’on parvient Ă  une telle maĂźtrise, l’unitĂ© spirituelle de l’Homme universelle est alors retrouvĂ©e, ce qui permet d’avoir accĂšs Ă  toutes les facultĂ©s potentielles de notre ĂȘtre tout en trouvant la paix intĂ©rieure, l’arrivĂ©e Ă  un tel Ă©tat ne pouvant qu’aller de pair avec l’entendement de la Providence obtenu grĂące au perfectionnement de son esprit et au dĂ©tachement de ses aspirations matĂ©rielles inutiles.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬2 :

2.25.‭ ‬C’est pourquoi l’homme quittera son pĂšre et sa mĂšre,‭ ‬et s’attachera Ă  sa femme,‭ ‬et ils deviendront une seule chair.‭

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre II :

24.‭ ‬VoilĂ  pourquoi l’homme intellectuel,‭ ‬AĂźsh,‭ ‬doit se rĂ©unir Ă  sa compagne intellectuelle,‭ ‬AĂźshah,‭ ‬sa facultĂ© volitive ‭; ‬afin de ne faire avec elle qu’un seul ĂȘtre sous une mĂȘme forme.‭

Ce verset est dans la continuitĂ© de l’explication du prĂ©cĂ©dent, car il est dit qu’AĂźsh et AĂźshah doivent s’unir pour ne plus former qu’un seul ĂȘtre (toujours dans le domaine strictement spirituel).

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :

3.1.‭ ‬Le serpent Ă©tait le plus rusĂ© de tous les animaux des champs que l’Éternel Dieu avait faits.‭ ‬Il dit Ă  la femme :‭ ‬Dieu a-t-il rĂ©ellement dit :‭ «‏ Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ‭?‏ ‭»

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

1.‭ ‬Cependant,‭ ‬Nahash,‭ ‬l’attract originel,‭ ‬la CupiditĂ©,‭ ‬cette ardeur interne,‭ ‬appĂ©tente,‭ ‏était la passion entraĂźnante de la vie Ă©lĂ©mentaire,‭ ‬le principe intĂ©rieur de la Nature,‭ ‬ouvrage de l’Être des ĂȘtres.‭ ‬Or,‭ ‬cette Passion insidieuse dit Ă  AĂźshah,‭ ‬la facultĂ© volitive d’Adam: ‭«‏ Pourquoi vous a-t-il recommandĂ©,‭ ‬l’Être des Êtres,‭ ‬de ne pas vous alimenter de toute la substance de la sphĂšre organique ‭?‏ ‭»

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :

3.2.‭ ‬et‭ ‬3.3.‭ ‬La femme rĂ©pondit au serpent :‭ « ‬Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.‭ ‬Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin,‭ ‬Dieu a dit :‭ «‏ Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point,‭ ‬de peur que vous ne mouriez. ‭»

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

2.‭ ‬et‭ ‬3.‭ ‬Et la FacultĂ© volitive rĂ©pondit Ă  cette Ardeur cupide :‭ «‏ Nous pouvons sans crainte nous alimenter du fruit substantiel de l’enceinte organique. ‭» ‬Mais quant au fruit de la substance mĂȘme qui est au centre de cette enceinte,‭ ‬il nous a dit,‭ ‬l’Être des ĂȘtres ‭; «‏ Vous n’en ferez pas aliment,‭ ‬vous n’y aspirerez pas votre Ăąme,‭ ‬de peur que vous ne vous fassiez inĂ©vitablement mourir. ‭»

‭Nous retrouvons le mĂȘme principe que dans le verset 2.17 quant au danger de mortalitĂ© continue lorsqu’on s’alimente (au sens figurĂ©) exclusivement de substance physique, et que l’on aspire son Ăąme dans la matĂ©rialitĂ©. Il est cependant prĂ©cisĂ© ici qu’il n’y a pas de crainte Ă  avoir par rapport Ă  l’utilisation du « fruit substantiel de l’enceinte organique », car il faut bien passer, dans les premiers stades de l’Ă©volution, par un certain attrait vis-Ă -vis des aspects Ă©lĂ©mentaires de la vie. En effet, il n’y aurait pas d’Ă©volution s’il n’y avait que le bien ou que le mal sur Terre; l’existence du mal (le mal n’Ă©tant pas nĂ©cessairement de la mĂ©chancetĂ©, mais l’expression des penchants vulgaires qui existent sur Terre, sans discernement) est nĂ©cessaire dans un premier temps pour que l’individu puisse finalement prendre conscience, lorsque le fait qu’il n’est pas sur la bonne voie devient flagrant, que la meilleure solution est de s’engager sur le chemin qui mĂšne vers un plus grand bien. Ce bien finit toujours par remplacer l’imperfection qui est inhĂ©rente au mal, car les alternatives plus subtiles sont aussi les plus sophistiquĂ©es, et donc les meilleures. Le mal n’existe donc que pour servir de « tremplin » vers un Ă©tat de plus grand bien. Il n’existe que sur Terre car la Terre est le seul endroit oĂč il puisse y avoir une quelconque Ă©volution, grĂące Ă  l’activitĂ© incessante qui y a lieu. Mais moins on en est affectĂ©, et plus on s’Ă©carte de la soumission du Destin, pour s’approcher davantage de la Providence.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :

3.16.‭ ‬Il dit Ă  la femme :‭ «‏ J’augmenterai la souffrance de tes grossesses,‭ ‬tu enfanteras avec douleur,‭ ‬et tes dĂ©sirs se porteront vers ton mari,‭ ‬mais il dominera sur toi.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

16.‭ ‬S’adressant Ă  AĂźshah,‭ ‬la facultĂ© volitive,‭ ‬il lui dit :‭ «‏ Je multiplierai le nombre des obstacles physiques de toutes sortes,‭ ‬opposĂ©s Ă  l’exĂ©cution de tes dĂ©sirs,‭ ‬en augmentant en mĂȘme temps le nombre de tes conceptions mentales et de tes enfantements.‭ ‬Avec travail et douleur tu donneras l’ĂȘtre Ă  tes productions ‭; ‬et vers ton principe intellectuel,‭ ‬entraĂźnĂ© par ton penchant,‭ ‬tu subiras son empire,‭ ‬et il se reprĂ©sentera en toi.‭

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :‭

3.17.‭ ‬Il dit Ă  l’homme :‭ «‏ Puisque tu as Ă©coutĂ© la voix de ta femme,‭ ‬et que tu as mangĂ© de l’arbre au sujet duquel je t’avais donnĂ© cet ordre :‭ ‬Tu n’en mangeras point ‭! ‬Le sol sera maudit Ă  cause de toi.‭ ‬C’est Ă  force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

17.‭ ‬Et Ă  l’Homme universel,‭ ‬Adam,‭ ‬il dit ensuite :‭ ‬puisque tu as prĂȘtĂ© l’oreille Ă  la voix de ta facultĂ© volitive,‭ ‬et que tu t’es nourri de cette substance,‭ ‬de laquelle je t’avais expressĂ©ment recommandĂ© de ne t’alimenter nullement,‭ ‬maudit soit l’Ă©lĂ©ment adamique,‭ ‬homogĂšne et similaire Ă  toi,‭ ‬relativement Ă  toi ‭; ‬avec angoisse tu seras forcĂ© d’en alimenter tous les moments de ton existence.‭

‭Ce verset n’est que la claire consĂ©quence du pĂȘchĂ© originel que nous connaissons tous; ayant cĂ©dĂ© Ă  la « substance physique du centre de l’enceinte organique » par l’exercice de son libre-arbitre et en toute connaissance de cause, le chemin vers la rĂ©demption d’AĂźsh et AĂźshah sera long et angoisseux du fait de leur soumission au Destin.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :‭

3.19.‭ ‬C’est Ă  la sueur de ton visage que tu mangeras du pain,‭ ‬jusqu’Ă  ce que tu retournes dans la terre,‭ ‬d’oĂč tu as Ă©tĂ© pris ‭; ‬car tu es poussiĂšre,‭ ‬et tu retourneras dans la poussiĂšre.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

19.‭ ‬Tu te nourriras dans l’agitation continuelle de ton esprit,‭ ‬et jusqu’au moment de ta rĂ©intĂ©gration Ă  l’ÉlĂ©ment adamique,‭ ‬homogĂšne et similaire Ă  toi :‭ ‬car,‭ ‬comme tu as Ă©tĂ© tirĂ© de cet Ă©lĂ©ment,‭ ‬et que tu en es une Ă©manation spiritueuse,‭ ‬ainsi c’est Ă  cette Ă©manation spiritueuse que tu dois ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ©.‭

Nous terminons cette prĂ©sentation de versets du SĂ©pher de MoĂŻse retraduit par Fabre d’Olivet par cette rĂ©affirmation que l’ĂȘtre humain est une Ă©manation spiritueuse d’origine divine, et qu’il doit ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ© Ă  cet Ă©lĂ©ment divin Ă  la fin de son parcours d’Ă©volution sur Terre.

Pour ceux qui seraient intĂ©ressĂ©s par la lecture de l’ouvrage intĂ©gral avec commentaire, ils le trouveront en tĂ©lĂ©chargement gratuit en bas de cette page.

La premiĂšre partie de cet article est disponible ici.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.