Category: Washignton

déc 29 2009

De l’utilisation d’al-Qaeda au YĂ©men afin de promouvoir les intĂ©rĂŞts stratĂ©giques amĂ©ricains

Comme nous l’expliquions hier soir dans un article et cette nuit sur notre forum, la revendication d’Al-Qaeda  de l’attentat manquĂ© du vol Amsterdam-Detroit de vendredi dernier n’est pas un instant crĂ©dible. Tout indique que son vĂ©ritable objectif consiste Ă  lĂ©gitimer une plus large implication des États-Unis dans un conflit qui, depuis cinq ans, oppose des tribus chi’ites du Nord du YĂ©men, qui n’ont aucun lien avec al-Qaeda, au gouvernement de Saana, soutenu par l’Arabie Saoudite et la CIA. MalgrĂ© cette diversion crypto-terroriste, il n’est pas difficile de comprendre que c’est une fois de plus l’Iran qui est dans le collimateur des Etats-Unis et de leurs alliĂ©s.

La dernière phase paroxystique de la guerre qui dure depuis 5 années, au Yémen, contre les rebelles Houthis, a fait plus de 2000 morts en moins d’un mois et plus de 150 000 sans-abri. Les troupes du gouvernement yéménite se battent contre environ 15 000 rebelles Houthis, armés et entraînés par l’Iran et retranchés dans les montagnes du Nord, autour de Saada, sur la frontière de l’Arabie Saoudite. Les bombardiers de l’armée de l’air saoudienne tapissent les zones rebelles et civiles, et l’armée de l’air et la marine égyptienne transportent des munitions pour l’armée du Yémen avec les encouragements et le financement des Etats-Unis.

Ce pays pauvre de la Mer Rouge, mais stratégique par sa position, scène critique, depuis des années, de la guerre contre de soi-disant extrémistes islamistes, est désormais devenu un théâtre-clé où les Etats-Unis et l’Iran luttent pour la prédominance régionale. Eu égard à cela, le conflit au Yémen peut être comparé en importance avec la guerre du Liban de 2006 et le conflit de Gaza. Ses résultats pèseront lourdement sur les positions stratégiques respectives dans les régions du Golfe Persique et de la Mer Rouge, pour les Etats-Unis, aussi bien que pour l’Arabie Saoudite, l’Egypte et, indirectement Israël aussi, vis-à-vis de l’Iran.

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Les militaires saoudiens utilisent des bombes au phosphore américaines pendant des raids nocturnes (source : Forum Mecanopolis)

Plusieurs sources confirment huit traits saillants du conflit en cours au Yémen :

1. Au début septembre, l’armée du Président Ali Abdallah Saleh a lancé le 6è round de sa guerre depuis l’an 2000 contre les Houthis, en déployant environ 20 000 hommes dans une offensive majeure afin de déloger les 15 000 Houthis de leurs nids d’aigles dans les montagnes (entre 3 à 6000 m d’altitude) dans la province de Saada au nord.

2. Les Houthis sont des Zaydis qui revendiquent leur adhĂ©sion Ă  la forme la plus pure de l’Islam chi’ite. Ils se battent pour apporter « la vraie voie » au YĂ©men, et restaurer l’autoritĂ© de l’Imam Zaydi renversĂ© en 1962. Leur nom dĂ©coule de celui du fondateur du mouvement, Badreddin al-Houti, qui fut tuĂ© par l’armĂ©e yĂ©mĂ©nite en 2004. Les Chi’ites Houthis et le Chi’isme iranien n’ont rien d’autre en commun, sauf  l’aide logistique de TĂ©hĂ©ran apportĂ©e aux rebelles yĂ©mĂ©nites.

3. Les quantités de matériel lourd que les Iraniens sont parvenus à transférer aux Houthis en quelques semaines ont stupéfié Washington, Saana, Riyad et Le Caire. L’armée yéménite semble mise en difficulté de réprimer ces rebelles et même d’empêcher les combats de s’étendre au-delà de la région de Saada, vers d’autres parties du pays, y compris la capitale.

4. Craignant que le conflit et l’influence Zaydi puisse déborder par-delà la frontière du nord- Yémen vers les régions sud, saoudiennes de Najran et Asir, l’Arabie Saoudite a envoyé son armée de l’air aider l’armée yéménite en tapissant de bombes les bastions houthis dans les villages de montagne de Saada.

5. La petite armée yéménite de 66 000 hommes, manquant de stocks de matériel militaire organisés, a bientôt commencé à se trouver à court de munitions et d’équipement militaire. L’armée égyptienne s’est empressée de fournir cet approvisionnement nécessaire, en mettant en œuvre un corridor naval et aérien.

6. L’Administration Obama s’est lancée dans la mêlée, grâce à son assistance financière alimentant les efforts saoudiens et égyptiens pour venir en aide au Yémen. Elle a été tout dernièrement accordée lors de la rencontre entre les Présidents américain et égyptien à la Maison blanche, le mardi 18 août 2009. Selon cette modalité, le Président américain Barack Obama prend position contre l’Iran aux côtés d’Hosni Moubarak et du Roi Abdallah.

7. Autant que les Etats-Unis et Israël avaient été pris par surprise par les capacités militaires du Hezbollah, lors de la guerre du Liban en 2006, les Américains et ses alliés ont été stupéfaits par la maîtrise du champ de bataille des rebelles Houthi. La 1ère Division d’infanterie mécanisée de l’armée yéménite, renforcée par chacune de ses 6 brigades de commandos- parachutistes et le soutien aérien saoudien, s’est avérée incapable, depuis septembre, de briser la résistance des bastions de montagne des rebelles.

8. Sans la rĂ©alisation d’un accord global, le conflit menace de s’étendre et de conduire Ă  une escalade vers la plus importante et la plus dangereuse guerre ayant Ă©clatĂ© dans n’importe quelle partie du monde arabe depuis longtemps. Les Etats-Unis ont manifestement choisi la surenchère en manipulant la revendication par al-QaĂŻda de cet attentat manquĂ© du vol Amsterdam-Detroit du 25 septembre dernier.

Sur la guerre au Yémen, lire également notre article du 10 novembre dernier.

oct 23 2009

OdyssĂ©e de l’espèce [deuxième partie]

Tout système dirigeant, placĂ© en position de confort, tend Ă  se dĂ©sintĂ©resser de la vie concrète du peuple et de l’Ă©volution des connaissances et des techniques. Il consacre le maximum de son temps Ă  ses intrigues internes. Il conserve ses habitudes de pensĂ©e et ses explications du monde envers et contre l’Ă©vidence des faits, sauf s’il est menacĂ© dans sa survie ou dans son maintien au pouvoir. Ainsi, pouvoir et progrès font rarement bon mĂ©nage, comme nous allons le voir dans le cas de l’Europe.

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Après la stabilitĂ© chinoise et le dĂ©clin musulman, on peut se demander pourquoi l’extraordinaire explosion de crĂ©ation technique du monde moderne s’est produite en Europe, rĂ©gion qui, au dixième siècle, Ă©tait habitĂ©e d’une population rurale, gouvernĂ©e par une fĂ©odalitĂ© fruste et sportive, plongĂ©e dans l’incertitude après la dĂ©composition de l’Empire de Charlemagne. Rien ne la prĂ©disposait Ă  une pareille destinĂ©e.

Alors que les civilisations tendent Ă  stabiliser leur système technique, et peuvent vivre en harmonie, sans changer leur technologie, pendant plusieurs siècles, l’Europe a connu, dès la fin du onzième siècle, une profonde dĂ©stabilisation, la grande rĂ©volution agraire du moyen âge, puis une autre au dix huitième siècle, la rĂ©volution industrielle, et actuellement commence une troisième rĂ©volution, mondiale cette fois : celle de l’immatĂ©riel.

La faille qui permit au changement de s’introduire dans cette civilisation lĂ , alors que les autres y rĂ©sistaient, c’est, Ă  mon avis, l’absentĂ©isme du pouvoir. Les chevaliers Ă©taient partis en croisade, mais pourquoi ? Pas seulement pour les motifs officiels que nous a transmis l’hagiographie clĂ©ricale, mais aussi pour des raisons beaucoup plus concrètes, liĂ©es Ă  la situation objective de l’Ă©poque. Dès le onzième siècle apparaĂ®t un dĂ©saccord entre les deux moitiĂ©s de la classe dirigeante : le pouvoir temporel fĂ©odal d’une part, et le pouvoir spirituel de l’Eglise et des monastères d’autre part. Les trop nombreux enfants de la chevalerie, dĂ©sĹ“uvrĂ©s, se livrent Ă  des pillages. Ils font des chevauchĂ©es fantastiques Ă  travers champs, ce qui endommage les rĂ©coltes et pillent, mĂŞme les monastères. Après quelques tentatives infructueuses pour maĂ®triser ces dĂ©bordements, l’Eglise invente les croisades : allez donc voir en terre sainte si j’y suis ! IdĂ©e gĂ©niale, qui va canaliser l’excès de vitalitĂ© et la soif d’idĂ©al de cette jeunesse prĂ©datrice. Les croisĂ©s s’Ă©tant opportunĂ©ment absentĂ©s, les initiatives commencent Ă  fleurir. Les gestionnaires des domaines ruraux vont au marchĂ© (c’Ă©tait interdit), mettent de l’argent de cĂ´tĂ©, investissent, dĂ©frichent, essaient de nouvelles cultures. LibĂ©rĂ©e de sa classe dirigeante, l’Europe commence Ă  entreprendre.

Financièrement fragilisĂ©e, l’Eglise est en mĂŞme temps menacĂ©e dans son hĂ©gĂ©monie spirituelle. L’hĂ©rĂ©sie venue d’Orient, par les marchands, se propage dans le Nord de l’Europe, avant de gagner Ă  sa cause le comtĂ© de Toulouse et les « Albigeois ». C’est contre elle que sera construite l’inquisition. HĂ©ritiers d’une longue tradition dualiste, antĂ©rieure mĂŞme au christianisme, ces hĂ©rĂ©tiques, les Cathares, expliquent qu’il n’y a pas besoin de l’Eglise pour se rapprocher de la divinitĂ©. Bien plus, ils soupçonnent Rome d’ĂŞtre une manifestation des forces du mal, vu qu’elle prĂ©tend reprĂ©senter un Dieu pauvre, tout en faisant Ă©talage d’immenses richesses. En effet, les prĂ©lats et les moines de cette Ă©poque menaient grand train, dĂ©pensaient allègrement les redevances de leurs domaines, et se livraient Ă  de multiples frasques sans grands risques, leur statut privilĂ©giĂ© et sacralisĂ© les plaçant au-dessus des lois.

Alors, dans l’Eglise menacĂ©e, tout est mĂ»r pour qu’on s’en remette Ă  un ascète Ă  la poigne de fer : Bernard de Clairvaux, le futur Saint Bernard45. A partir de 1117, il impose ses idĂ©es. C’est la rĂ©volution cistercienne : travailler de ses mains, comme le veut la règle originelle de Saint BenoĂ®t, fuir la ville, nouvelle Babylone, lieu de corruption, bannir le luxe et la dĂ©coration, rendre des services concrets au peuple des campagnes. Les connaissances accumulĂ©es dans les manuscrits du rĂ©seau monastique, qui avait alors le monopole de la circulation du savoir, sont mobilisĂ©es au service du sauvetage de Cluny, qui se termine en triomphe. Des centaines de monastères se rallient Ă  cette nouvelle doctrine. De nouveaux Ă©tablissements sont construits dans des lieux inexploitĂ©s, au dĂ©sert comme on disait alors avec emphase.

Au total, sept cents abbayes filles en deux siècles. Pendant la pĂ©riode de plus grande expansion (1145-53), on en comptera une de plus par semaine ! Elles diffusent le savoir technique dans le monde rural environnant. La sĂ©lection des semences et des animaux, la gĂ©nĂ©ralisation des moulins, source d’Ă©nergie servant non seulement Ă  moudre, mais aussi Ă  scier le bois, fouler le drap, actionner des soufflets de forge, datent de cette Ă©poque, comme le soc de charrue en fer et le collier d’attelage, qui permettent les grands dĂ©frichements. Les marchĂ©s se dĂ©veloppent et s’internationalisent. Au treizième siècle, s’Ă©tablit autour des villes de la Baltique (LĂĽbeck, BrĂŞme, Cologne, Danzig, Goslar, Hambourg, Lunebourg, Reval, Riga, Rostock, Stralsund) une circulation d’Ă©changes internationaux qui prĂ©figure le grand capitalisme. C’est l’organisation « HansĂ©atique ». Elle donne lieu Ă  une forme de gouvernement « isonomique » (Ă©tymologiquement : qui se tient en Ă©quilibre par lui-mĂŞme. La collectivitĂ© des notables exerce un pouvoir collectif, dans lequel aucun n’est dominant, mais oĂą chacun doit rechercher du consentement des autres). Elle Ă©tablit des règles strictes de fonctionnement du commerce. Elle mobilise les meilleures techniques de navigation : les « cogge » atteignent les 120 tonnes et sont Ă©quipĂ©s pour la première fois du gouvernail d’Ă©tambot. Ils prĂ©figurent les vaisseaux qui partiront Ă  la conquĂŞte de l’AmĂ©rique aux siècles suivants. L’attachement des citĂ©s saxonnes Ă  leurs foires date de cette Ă©poque. La prospĂ©ritĂ© devient explosive. La population double entre 1100 et 1300.

Déclin, Renaissance et Révolution Industrielle

Malheureusement, cette expansion se termine mal, très mal. Au dĂ©but du quatorzième siècle, la densitĂ© atteint une quarantaine d’habitants au kilomètre carrĂ©. C’est le maximum que peut nourrir ce système technique rural. Les alĂ©as climatiques suffisent Ă  causer les premières famines (1316). La grande peste de 1348 arrive dans une population dĂ©jĂ  affaiblie. Elle tue en un an le tiers de la population europĂ©enne. Elle sera rĂ©currente et endĂ©mique jusque vers 1475. Arrive la guerre de cent ans. Au total deux siècles de malheur, qui ont marquĂ© la conscience europĂ©enne comme une sorte de faute originelle et mystĂ©rieuse, un Ă©cart des hommes par rapport Ă  l’ordre du monde qu’il faut s’attacher Ă  rattraper. Cette chute s’accompagne d’un durcissement. La technique est Ă  nouveau confisquĂ©e. Les corporations se reconstituent. Les territoires professionnels se prĂ©cisent. L’innovation devient de moins en moins possible Ă  mesure que le maillage des interdits se resserre. Les moyens de production sont confisquĂ©s par les institutions en place, lesquelles se maintiennent, faute de mieux, comme recours contre les malheurs.

La population est rĂ©duite de moitiĂ© entre 1300 et 1500. Elle revient Ă  son niveau d’avant la grande prospĂ©ritĂ© mĂ©diĂ©vale. Ce qu’on appelle la renaissance n’est que la fin de ce grand et douloureux dĂ©clin. L’essentiel avait Ă©tĂ© inventĂ© avant. Les grands ingĂ©nieurs, comme LĂ©onard de Vinci, mettent en forme des rĂ©alisations dĂ©jĂ  connues. Le fonds de la technique ne changera pas jusqu’au dix-huitième siècle, sauf sur deux points :

1- L’Espace : un Ă©largissement du monde, avec la conquĂŞte de l’AmĂ©rique et surtout l’installation des premiers circuits commerciaux planĂ©taires, dĂ©ploiement mondial de ce que le système hansĂ©atique avait inaugurĂ© dans la Baltique.

2-La communication : l’imprimerie a d’abord des consĂ©quences religieuses. MalgrĂ© l’inquisition, l’Eglise ne peut empĂŞcher les fidèles de lire et commenter par eux mĂŞmes le texte sacrĂ©. Ă€ cause de la diffusion du Texte, le protestantisme devient incontrĂ´lable. Deux siècles plus tard, l’imprimerie aura des consĂ©quences technologiques : par la publication de la grande encyclopĂ©die (24000 exemplaires), le savoir jalousement dĂ©tenu par les corporations est mis dans le domaine public. Il alimentera l’extraordinaire crĂ©ativitĂ© de la rĂ©volution industrielle.

Au dix-huitième siècle, le scĂ©nario de la rĂ©volution industrielle prĂ©sente des ressemblances troublantes avec celui du Moyen Age. Depuis Louis XIV, la classe dirigeante se trouve affaiblie et divisĂ©e. Celui-ci, dès sa jeunesse, rĂ©pond Ă  la Fronde en attirant les nobles Ă  sa Cour, fabuleuse mise en scène, merveilleux miroir aux alouettes. Ce faisant, il les Ă©loigne de leurs domaines ruraux, qu’ils sont censĂ©s gĂ©rer. Les intendants en profitent. Ă€ la seconde gĂ©nĂ©ration de jeux de cour, la noblesse est devenue incompĂ©tente, et le clergĂ© ne vaut guère mieux. Alors, dans cette classe dirigeante en lĂ©vitation, atteinte d’irrĂ©alitĂ©, se constitue un courant minoritaire novateur, comme autrefois les cisterciens de Saint Bernard, qui rĂ©clame un retour aux fondements. C’est le mouvement philosophique, dont les idĂ©es inspirent la RĂ©volution française. LĂ  encore, la dĂ©structuration du pouvoir prĂ©cède l’innovation technique et la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique, sa fille.

Dans le cas de l’Angleterre, oĂą la RĂ©volution industrielle s’est dĂ©clenchĂ©e avant la France, on constate aussi un affaiblissement du pouvoir central, doublĂ© d’une crise. La concurrence des soieries indiennes, travaillĂ©es -dĂ©jĂ - avec une main-d’œuvre Ă  très bas prix, menace la laine britannique. C’est toute une chaĂ®ne Ă©conomique, depuis le mouton jusqu’au tissage rural, qui est remise en cause. On interdit, on rĂ©glemente, on brĂ»le des cargaisons de marchandises. La pression subsiste. Elle cause une restructuration foncière agricole par la classe montante des landlords. Elle ouvre la voie aux inventions de l’industrie, qui s’Ă©tablit d’abord dans le textile, avec les filatures et tissages mĂ©caniques. La concurrence indienne est alors vaincue par l’avance technique des machines.

L’industrie, fière de la force de ses machines, comptait volontiers en tonnes. Au milieu du vingtième siècle, on mesurait encore la puissance des nations aux tonnages d’acier et de ciment qu’elles fabriquaient : plus d’une demi-tonne d’acier par habitant et par an !

Chacun pouvait ĂŞtre fier de consommer dix fois son propre poids de ce mĂ©tal, symbole de richesse et de pouvoir militaire. L’acier, c’Ă©taient aussi des canons, des obus, des blindages, des cuirassĂ©s et des chars. On sentait derrière cette Ă©valuation la prĂ©sence du travailleur de force, dĂ©multipliĂ© par des machines. Les regards des dirigeants, captivĂ©s par ces images titanesques de la terre fouillĂ©e par les engins, n’ont pas vu venir la bataille des matĂ©riaux fins. La fibre de carbone et le kevlar par exemple, qui rĂ©sistent Ă  la traction bien plus que l’acier, sont aussi plus lĂ©gers et moins repĂ©rables par les radars. Ces matĂ©riaux allĂ©gĂ©s Ă  haute rĂ©sistance sont dĂ©sormais Ă  la base de la puissance, mĂŞme militaire, alors que quelques millions de tonnes d’acier supplĂ©mentaires n’y changent plus rien.

C’est au dĂ©but du vingtième siècle que tout a silencieusement basculĂ©. La matière, mĂŞme vue au microscope, n’avait pas encore livrĂ© ses secrets. La lumière elle-mĂŞme, tantĂ´t onde, tantĂ´t corpuscule, laissait les savants dans l’embarras. Lorsqu’il devint possible de voir, non plus le millième de millimètre, mais le dix millionième, soit dix mille fois plus finement, la reprĂ©sentation de la matière commença la plus extraordinaire transfiguration.

Ă€ ce niveau de finesse, en effet, tout est vibration. L’impression de soliditĂ©, d’inertie, de duretĂ©, de cohĂ©sion, les rĂ©sistances Ă  la traction, Ă  l’Ă©crasement, aux chocs d’oĂą viennent les performances des « Ă©pĂ©es » comme celles des « boucliers », ne sont que l’expression de l’harmonie de minuscules vibrations Ă©lĂ©mentaires, celles des Ă©lectrons dans les atomes. Et ce sont les Ă©carts, les sauts vibratoires de ces Ă©lectrons, qui produisent les couleurs de nos objets familiers.

Toutes les bases de notre perception sensible sont Ă  revoir. Ce qui semble la clef de la puissance, ce qui paraĂ®t assurer la stabilitĂ©, la sĂ©curitĂ© et le poids des choses n’est autre qu’une collection d’oscillations entremĂŞlĂ©es qui sont associĂ©es aujourd’hui, et pourraient peut-ĂŞtre aussi bien se dissocier demain. Et c’est grâce au calcul vibratoire qu’on peut concevoir des matĂ©riaux modernes aux propriĂ©tĂ©s stupĂ©fiantes. Pendant que les physiciens et les chimistes dĂ©couvrent cet univers fantastique, les techniciens continuent leur savoir-faire ancien. Le dĂ©calage entre les deux n’est pas encore rĂ©sorbĂ©.

Au fond, osons le dire, chacun s’interroge : si tout est vibration, et si les diffĂ©rences vibratoires donnent de la lumière, que sommes nous, ĂŞtres vivants ? Peut ĂŞtre des porteurs de lumière, et certainement bien autre chose qu’un morceau de glaise parcouru d’un souffle, comme le voulaient les anciens mythes. Ainsi, rien qu’en regardant la matière, nous voyons non seulement les anciens prĂ©supposĂ©s matĂ©rialistes s’effacer, mais aussi les reprĂ©sentations traditionnelles du monde, issues de plusieurs milliers d’annĂ©es de tâtonnements, remises en cause.

Etoile et réseau, pouvoir et société civile

La tĂ©lĂ©vision a Ă©tĂ© mise en place avant le tĂ©lĂ©phone61. Partout, les gouvernements ont fait en sorte que la population ait la tĂ©lĂ©vision pour pouvoir Ă©couter leur message, mais n’ont pas Ă©tĂ© aussi pressĂ©s de poser le tĂ©lĂ©phone, toujours mĂ©fiants des complots que le peuple pourrait ourdir. C’est pourtant l’outil principal de la petite entreprise. Qu’est-ce qu’un entrepreneur, sinon quelqu’un qui dĂ©croche son tĂ©lĂ©phone pour mettre ses fournisseurs en concurrence, communiquer avec ses clients et avec ses banquiers ?

Tocqueville faisait observer que les hommes Ă©tant de plus en plus occupĂ©s d’affaires personnelles et particulières, ils consacraient moins de temps aux questions d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral. Il en dĂ©duisait que les pouvoirs dĂ©clinaient, et qu’il y aurait Ă  l’avenir moins de guerres. L’Histoire lui a donnĂ© tort jusqu’au milieu du vingtième siècle, mais on voit pointer maintenant les conditions nĂ©cessaires pour que sa prĂ©diction se rĂ©alise. L’agressivitĂ© se manifeste autrement. Les batailles sont commerciales, rĂ©glĂ©es comme dans un tournoi par les lois de la concurrence. N’est-ce pas aussi la phase de dissolution de l’Etat, pressentie par Marx ? La bureaucratie serait-elle soluble dans le tĂ©lĂ©phone ?

Et, si nous prolongeons Ă  Ă©chĂ©ance 2020, au rythme actuel d’Ă©quipements, tous les pays du monde, et notamment les plus peuplĂ©s, l’Inde et la Chine (Ă  eux deux 40% de la population mondiale), franchissent le seuil dit de la « transparence » (environ dix lignes pour cent habitants) au delĂ  duquel aucune Ă©conomie n’est plus contrĂ´lable par une bureaucratie centralisĂ©e. Ce qui en rĂ©sulte n’est pas le village planĂ©taire que pressentait Mac Luhan, mais une multiplicitĂ© de villages dĂ©localisĂ©s, professionnels en diaspora et une dissolution des anciens pouvoirs.

Le tĂ©lĂ©phone est si familier qu’on oublie vite ce qu’Ă©tait la vie sans lui. N’empĂŞche qu’il court-circuite les autoritĂ©s et rend le pouvoir Ă  ceux qui veulent bien le prendre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui entre-prennent (se placent entre, dans les interstices, lĂ  oĂą les autres ne voient pas, et prennent) ; autrement dit, Ă  ceux qui se dĂ©mènent pour traiter et faire circuler l’information, et non plus Ă  ceux qui s’endorment sur des situations acquises on des privilèges. Le pouvoir est Ă  prendre. Il est en permanence remis en cause.

Machiavel distinguait dĂ©jĂ  deux types d’organisation : dans les premières, centralisĂ©es (la Turquie Ă  son Ă©poque), tout procède du souverain. Les responsables sont nommĂ©s par lui, et rĂ©voquĂ©s sans dĂ©lai. Il en rĂ©sulte que le pouvoir est difficile Ă  prendre, car tout rĂ©agit avec unitĂ©, mais facile Ă  garder une fois qu’on l’a. Dans les secondes, dĂ©centralisĂ©es (la France Ă  son Ă©poque), la lĂ©gitimitĂ© est rĂ©partie entre des barons, qui ont chacun une assez grande autonomie. Il en rĂ©sulte, dit justement Machiavel, que le pouvoir est plus facile Ă  prendre, car on trouve aisĂ©ment des barons mĂ©contents Ă  qui s’allier, mais plus difficile Ă  garder, car les barons continuent Ă  comploter après que vous ayez accĂ©dĂ© au pouvoir. Il faut transposer cette analyse pertinente Ă  notre prospective. La communication en rĂ©seau crĂ©e une dĂ©centralisation de fait, et le foisonnement des mouvements d’information rend les activitĂ©s physiquement incontrĂ´lables. George Orwell dĂ©crivait dans son roman, « 1984″, un Ă©tat policier surveillant tout par visiophone. Dans une sociĂ©tĂ© dĂ©centralisĂ©e et interconnectĂ©e c’est un phantasme techniquement irrĂ©alisable, quelle que soit la volontĂ© du pouvoir en place. Comment imaginer concrètement une moitiĂ© de la population employĂ©e aux Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques pour surveiller l’autre moitiĂ© ? Qui Ă©coute alors ceux qui Ă©coutent, et qui prend le temps de lire le rĂ©sultat de ces intĂ©ressantes surveillances ?

Pour nous, depuis le milieu des annĂ©es 80, l’ouverture des pays de l’Est Ă©tait inĂ©vitable. Pourquoi ? Parce que le pouvoir central, mĂŞme avec tous les attributs de la force, ne peut rĂ©sister Ă  la montĂ©e des Ă©changes. Avant, rien n’Ă©tait possible en dehors de lui. Dès que les communications sont installĂ©es, presque tout peut se faire sans lui. Il se dissout dans la sociĂ©tĂ© civile, comme un sucre dans l’eau.

Le paysage institutionnel mondial se recompose. Il Ă©tait dominĂ© par les États- Nations. Ils dĂ©clinent, pendant que d’autres entitĂ©s montent en puissance : les entreprises d’abord. Non seulement les grandes multinationales, qu’on croyait destinĂ©es Ă  dominer la planète, mais surtout la cohorte des petites entreprises, fondĂ©es chacune sur un talent. Car on peut dĂ©sormais ĂŞtre multinational sans la lourdeur des grandes structures.

Le point sur la démographie :

Au dĂ©but des annĂ©es 80, les premiers rĂ©sultats de rĂ©gulation de la fertilitĂ© sont apparus. Sur tous les continents, la limitation volontaire des naissances a commencĂ©. Les perspectives sont devenues moins alarmistes. Dès le milieu des annĂ©es 80, les calculs des Nations Unies dĂ©crivaient un plafonnement de la population mondiale, aux environs de 10 milliards vers 2100. Nous avons repris ces travaux, en rĂ©ajustant leurs hypothèses, qui nous paraissaient trop optimistes, particulièrement pour la rĂ©gulation des naissances en Inde et en Chine. Le calcul donne une stabilisation Ă  environ 13 milliards d’habitants en 2140-2160 (au lieu de 10 en 2100). Il s’agit aussi d’une « transition dĂ©mographique », soit un passage d’un rĂ©gime ancien de forte fertilitĂ© et forte mortalitĂ© juvĂ©nile, Ă  un rĂ©gime nouveau de faible fertilitĂ© et faible mortalitĂ©.

Faible mortalitĂ©, dites-vous ? Et le SIDA ? Est-ce que l’espèce humaine risque d’ĂŞtre dĂ©cimĂ©e, comme autrefois par les grandes pestes ? Il est vrai que, dans certains pays d’Afrique, la proportion de sĂ©ropositifs semble telle (on parle de 30% de certaines classes d’âge) que la pyramide dĂ©mographique en portera sans doute la trace. Il faut nĂ©anmoins se souvenir que seuls des Ă©vĂ©nements cataclysmiques affectent sensiblement la dĂ©mographie. Les deux guerres mondiales n’ont fait que des entailles, maintenant effacĂ©e pour la première, dans la pyramide europĂ©enne. Or, le SIDA est loin d’ĂŞtre aussi contagieux que la grande peste de 1348, qui tua en un an le tiers d’une population europĂ©enne dĂ©sarmĂ©e. Il oblige Ă  contrĂ´ler sa sexualitĂ©. Sa prĂ©vention va donc accĂ©lĂ©rer la diffusion du contrĂ´le des naissances, la montĂ©e des valeurs fĂ©minines, et peut ĂŞtre baisser lĂ©gèrement le plateau de 13 milliards.

Si nous sommes 12 ou 13 milliards en 2100, plus du double de maintenant, une angoisse ancestrale monte aux lèvres : « Est-ce qu’il y aura Ă  manger pour tout le monde ? » Voyons d’abord la rĂ©partition actuelle de l’espèce humaine sur la planète. Voici une carte du peuplement sans frontière oĂą un petit point reprĂ©sente 1 million d’habitants, et un gros point une ville de plus de 5 millions. Il y a seulement quatre zones denses dans le monde : la Chine, l’Inde, l’Europe de l’Ouest et l’Est de l’AmĂ©rique du Nord jusqu’aux grands lacs. Le reste est relativement vide. MĂŞme l’Afrique n’est pas surpeuplĂ©e dans l’absolu, compte tenu de ses immenses ressources naturelles. DĂ©cimĂ©e par des famines scandaleuses, elle semble actuellement surpeuplĂ©e car sa technologie agricole est restĂ©e traditionnelle. Les progrès ont Ă©tĂ© appropriĂ©s par des systèmes prĂ©dateurs.

Globalement, il n’y a pas vraiment de quoi s’inquiĂ©ter, disent les agronomes. Un inventaire dĂ©taillĂ© a Ă©tĂ© fait au dĂ©but des annĂ©es 80 : Avec les techniques que nous connaissons, on pourrait nourrir dès aujourd’hui 30 Ă  40 milliards d’habitants. C’est deux fois plus qu’il n’en faut, et cela sans compter l’aquaculture et les possibilitĂ©s nouvelles de l’agriculture (plantes transgĂ©niques…). Les ressources naturelles inemployĂ©es sont Ă©normes. Partout, on voit des cultures en terrasses abandonnĂ©es, des terres en jachère et des zones fertiles dĂ©laissĂ©es. Les pays dĂ©veloppĂ©s souffrent de surproduction.

A l’Ă©chelle mondiale, les rĂ©gions dont la population risque de saturer les subsistances sont en fait peu nombreuses. Quand on met en regard les surfaces arables et les capacitĂ©s hydrologiques d’une part et les prĂ©visions dĂ©mographiques d’autre part, seuls les pays suivants risquent de saturer leurs subsistances dans les dĂ©cennies Ă  venir : le Burundi, le Bangla Desh, l’Egypte, le Kenya, le Malawi, le Rwanda, et les pays dĂ©sertiques du pourtour mĂ©diterranĂ©en, Ă  l’exception du Maroc. Contrairement Ă  une idĂ©e rĂ©pandue, les deux poids lourds de la dĂ©mographie (40 % de l’espèce humaine) pourraient nourrir une population plus nombreuse : 2 milliards de plus pour la Chine et 3 milliards pour l’Inde, sans compter les rĂ©coltes pluriannuelles. « Les pays en danger de rupture ne totalisent pas 300 millions d’habitants, soit moins de 6 % de la population mondiale. C’est un chiffre certes Ă©norme, mais trop faible en proportion de l’ensemble de la planète pour crier au feu. »

Préparer la société de création

Douter du pouvoir

Le dĂ©bat politique de l’ère industrielle s’est enfermĂ© dans un dialogue de sourds entre la « droite » et la « gauche ». L’une et l’autre se sont mobilisĂ©es pour « dĂ©fendre » des « acquis », et non pour aider l’innovation. Ne nous laissons pas entraĂ®ner par le tumulte des invectives. Elles sont dĂ©jĂ  dĂ©passĂ©es. L’affrontement droite-gauche correspond Ă  un moment particulier de l’Histoire, marquĂ© par un certain Ă©tat de la technique : l’industrialisation de masse.

En effet, si la production met l’Homme au service de la machine, le contraint Ă  des travaux rĂ©pĂ©titifs et dĂ©qualifiĂ©s qui le transforment Ă  son tour en machine – si la compĂ©tition exige de lui un rendement toujours accru, force son corps Ă  des performances contre nature – alors l’industrie est une oppression, quels que soient les avantages procurĂ©s par ailleurs.

L’Histoire s’Ă©crit comme un affrontement des oppresseurs et des opprimĂ©s, des riches et des pauvres. Elle s’Ă©crit aussi comme un mouvement dialectique au sens de Hegel. Dans la confrontation du « maĂ®tre » et de l’ »esclave », le second devient dĂ©positaire, puis dĂ©tenteur du savoir pratique, et la situation se retourne secrètement d’abord, puis visiblement Ă  son avantage. Le pouvoir change de mains, mais que fait le nouveau promu de son nouveau pouvoir ? Il reproduit, inversĂ©s, les schĂ©mas anciens. Le dialogue de sourds entre le pouvoir et le contre-pouvoir continue. La nouveautĂ© est prĂ©vue comme un horizon. Mais rien de solide ne l’Ă©tablit dans sa nĂ©cessitĂ©. On espĂ©rait la crĂ©ation, la montĂ©e de l’Esprit. Il n’y a qu’un jeu de bascule, des invectives morbides entre des politiciens tristes.

Or, dĂ©sormais, le changement est lĂ . Le nouveau système technique s’installe, entraĂ®nant dans son sillage une autre sociĂ©tĂ©. NĂ© Ă  la fin du vingtième siècle, il dĂ©roule ses possibles tout au long du vingt et unième. Tout ne se fera pas du jour au lendemain. Il faut du temps pour construire les infrastructures, et encore plus de temps (une Ă  deux gĂ©nĂ©rations) pour que les humains s’habituent aux technologies, et tirent parti de leurs immenses possibilitĂ©s. Au total, le dĂ©lai de mise en place sera comparable Ă  celui de la rĂ©volution industrielle : au moins un siècle. Mais ne sous estimons pas l’ampleur du changement. IntĂ©ressons-nous aux innovateurs. Ce sont les pro-grammeurs de l’avenir.

Avec l’ouverture des pays de l’Est, la crĂ©dibilitĂ© des Ă©conomies « planifiĂ©es » s’est effondrĂ©e. Les critiques Ă  l’Ă©gard du capitalisme ne sont pas pour autant abolies. Sans doute, il n’y a plus de force politique pour les divulguer. Cela a Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© comme un victoire dĂ©finitive du capitalisme sur le communisme. Si l’establishment du business se croit vainqueur et lavĂ© des critiques, il se trompe lourdement. Dans le registre de l’Esprit, ce ne sont pas les mouvements d’opinion ou les rapports de force qui font la loi. Ce n’est pas celui qui parle le plus fort qui a raison, ni mĂŞme celui qui a le micro. Les choses sont vraies ou fausses en elles-mĂŞmes, indĂ©pendamment du nombre ou de l’influence des gens qui y croient ou n’y croient pas. Il faut d’abord tirer la leçon des expĂ©riences avec honnĂŞtetĂ© intellectuelle.

Or, les Ă©conomies libĂ©rales ont Ă©tĂ© tout aussi incapables de rĂ©soudre les injustices et la pauvretĂ© que les Ă©conomies planifiĂ©es. Non seulement la proportion des chĂ´meurs a augmentĂ© (au delĂ  de 10 % de la population active), mais, en plus, de nouvelles catĂ©gories de pauvres sont apparues, encore plus dĂ©munies, parmi lesquelles beaucoup de jeunes. Le passage au capitalisme sauvage n’a pas apportĂ©, ni aux pays de l’Est, ni aux pays en dĂ©veloppement, la rĂ©solution de leurs difficultĂ©s. Les politiques de « dĂ©rĂ©gulation » et d’ »ajustement structurel » prĂ©conisĂ©es par les reprĂ©sentants internationaux d’un libĂ©ralisme doctrinaire ne font que laisser le champ libre Ă  des confiscations plus ou moins maffieuses.

En plus, confortĂ©s par l’Ă©chec du communisme, les Ă©conomistes occidentaux, comme ivres d’ĂŞtre dĂ©sormais seuls sur le terrain, se sont crus lĂ©gitimes Ă  enfourcher les idĂ©es les plus Ă©troites. Face Ă  la formidable demande de liquiditĂ©s rĂ©sultant de l’entrĂ©e de centaines de millions d’acteurs nouveaux dans l’Ă©conomie de marchĂ©, ils n’ont rien trouvĂ© de mieux que de prĂ©coniser la fermeture du robinet monĂ©taire, paralysant l’investissement et entraĂ®nant tout le monde dans la rĂ©cession.

Il n’y a vraiment pas de quoi ĂŞtre fier. On ne me fera pas croire qu’une sociĂ©tĂ© qui offre aux adolescents les perspectives actuelles d’errance et d’exclusion constitue un modèle universel ! Elle a perdu ses racines ; il faut les lui rappeler.

La recherche philosophique, en matière d’Ă©conomie, a Ă©tĂ© autrefois marquĂ©e par un banquier : John Locke, gouverneur de la banque d’Angleterre Ă  la fin du XVII° siècle. Au moment oĂą Louis XIV se complaisait dans les fastes et la mise en scène, superbe et ridicule, du pouvoir absolu, Locke se demandait comment l’on pourrait organiser les sociĂ©tĂ©s sur un autre principe que celui du pouvoir.

L’ami de l’innovation est en permanence ramenĂ© Ă  cette question : il doute du pouvoir. Pour lui, toute situation dominante est suspecte. Il s’oppose aux confiscations de marchĂ©s, de ressources naturelles, de positions sociales, toutes choses qui sont si convoitĂ©es. Il ne pense pas pour autant que toute forme de pouvoir doive ĂŞtre abolie. Il sait que les grandes choses ne se font pas sans grandes mobilisations, et que tout navire a besoin de la direction d’un capitaine. Mais il croit que tout, y compris le pouvoir, doit ĂŞtre mis en demeure de prouver son utilitĂ©, et qu’il vaut mieux, quand on le peut, se passer de rapports de force. Le principe lĂ©gitime structurant de la sociĂ©tĂ©, dès lors, est transactionnel. Il fait fonctionner, non plus la contrainte, mais le plaisir (d’oĂą « le futile prĂ©cède l’utile »), non plus l’obligation, mais le consentement, aussi Ă©clairĂ© que possible.

Mais ce n’est pas tout : le rĂ´le de l’Homme est d’assumer son pouvoir crĂ©ateur. Le seul vrai pouvoir est le pouvoir sur soi-mĂŞme, gĂ©niteur du talent. La crĂ©ation n’est pas seulement un acte isolĂ©, individuel. Elle se dĂ©ploie Ă  travers des institutions, telles que des entreprises, des associations, des organisations de toutes natures. On dĂ©veloppe les innovations en crĂ©ant des institutions nouvelles. Innover est donc un acte instituant, la naissance d’un ĂŞtre nouveau dans le paysage institutionnel. Il se heurte Ă  la rĂ©sistance de ceux qui sont dĂ©jĂ  lĂ , et qui veulent conserver leur territoire. Notre civilisation a gardĂ© la funeste habitude de considĂ©rer les institutions comme des ĂŞtres intemporels (Ă  l’image des anciennes tribus), destinĂ©es Ă  rester identiques Ă  elles-mĂŞmes pour l’Ă©ternitĂ©.

Les Ă©conomies capitalistes comme les socialistes ont rĂ©sistĂ© Ă  l’innovation. Les premières par l’Ă©tablissement de rapports de force et de confiscation de marchĂ©s au profit d’entreprises dominantes ou de chasses gardĂ©es corporatistes. Les secondes Ă©galement par des rĂ©flexes d’appropriation, au moyen des mille ruses dont la bureaucratie est capable.

S’il règne, Ă  l’Est comme Ă  l’Ouest, une telle complaisance pour les agissements maffieux, c’est sans doute parce que les acteurs Ă©conomiques s’y reconnaissent. La phrase cĂ©lèbre du « parrain » : « je vais lui faire une offre qu’il ne pourra pas refuser » a Ă©tĂ© reconnue comme un prĂ©cepte par les apparatchiks des deux bords. Elle est la bannière anti-innovatrice, le signe de ralliement des crĂ©aticides. Essayez donc d’innover, ou mĂŞme simplement de crĂ©er une entreprise en Sicile, dans une rĂ©gion ou une profession contrĂ´lĂ©e par la maffia. Vous m’en donnerez des nouvelles ! Dès que vous serez en concurrence avec un membre de la famille, on saura vous persuader de modĂ©rer votre audace. Le plus redoutable ennemi du capitalisme n’est pas le socialisme : il est en lui-mĂŞme, quand il se dĂ©grade en capitalisme maffieux.

La première partie de cet article est disponible ici.

La troisième partie de cet article est disponible ici.

oct 16 2009

OdyssĂ©e de l’espèce [première partie]

Si vous ne croyez pas au futur, essayez donc le passé !

Le passĂ©isme nationaliste s’exacerbe dans les Balkans. Le passĂ©isme thĂ©ologique enflamme les intĂ©grismes dans toutes les religions (islamique, chrĂ©tienne, juive, hindouiste…). La politique et les affaires s’engluent dans des contentieux. Faute d’ĂŞtre en mesure de regarder l’avenir, les annĂ©es 90 foncent tĂŞte baissĂ©e vers leur passĂ©. C’est un mouvement comprĂ©hensible. Les psychanalystes l’appellent une rĂ©gression. Face au « choc du futur » 2, on va chercher des solutions toutes faites. On rejoue les drames d’autrefois, on boit la coupe jusqu’Ă  la lie. Alors seulement, une fois ce mouvement accompli, on peut accepter que reviennent les temps crĂ©ateurs et tourner Ă  nouveau son regard vers l’avenir. J’invite Ă  le faire le plus tĂ´t possible.

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Thierry Gaudin est un polytechnicien et ingĂ©nieur des Mines, expert auprès de l’OCDE, des Nations unies et de la Commission europĂ©enne. Il est aussi prĂ©sident de l’association Prospective 2100. Dans son livre « 2100 : l’OdyssĂ©e de l’espèce », publiĂ© en 1993, il s’appuie sur une recherche et une connaissance personnelle des mĂ©canismes de l’innovation et des interactions technique de la sociĂ©tĂ©. Il s’agit d’un travail de prospective, rĂ©sultat de dix annĂ©es d’échanges avec des centaines de personnes, qui s’appuie sur les mĂ©canismes du passĂ© pour tenter d’apprĂ©hender ceux du futur. L’auteur nous livre des scĂ©narios viables pour sortir de problèmes sociĂ©taux divers, encourageant principalement le recours Ă  l’innovation et Ă  l’esprit d’entreprendre. Cependant, imaginer qu’il puisse y avoir une remise en question des pouvoirs Ă©tablis qui dĂ©coulerait de la libre application de la crĂ©ativitĂ© de chacun ne serait sans doute pas raisonnable avant la deuxième moitiĂ© du 21ème siècle. Il n’en demeure pas moins que les pistes proposĂ©es par Thierry Gaudin pour amĂ©liorer le fonctionnement du monde ainsi que ses constats sur le passĂ© et le prĂ©sent de nos civilisations sont difficilement critiquables, Ă  l’exception d’un regard qui me paraĂ®t trop optimiste sur les bienfaits Ă©ventuels du mondialisme et sur l’attente d’une bonne et sincère volontĂ© politique en matière de progrès. Nous reprendrons en trois articles les extraits du livre qui sont les plus pertinents et les plus liĂ©s au domaine dont Mecanopolis traite.

Estimer la vitesse des changements

Si l’on compare notre travail aux prospectives « mĂ©canistes », il apparaĂ®t une diffĂ©rence majeure, que j’appelle ‘l’hypothèse de la conscience ». Elle s’Ă©nonce ainsi : un système vivant ne se laisse pas mettre en pĂ©ril sans rĂ©agir. On peut certes observer dans la Nature des comportements suicidaires. Mais ils sont rares. Que ce soit par la guerre ou la destruction de l’environnement, le scĂ©nario d’un suicide collectif de l’Espèce humaine n’est pas le plus vraisemblable : Ă  titre d’illustration -mais non de preuve-, je constate que, depuis quarante ans, l’humanitĂ© a les moyens (nuclĂ©aires) de se dĂ©truire en quelques heures, et qu’elle ne s’en est pas servi.

Une difficultĂ© de la prospective Ă  long terme est d’estimer la vitesse des changements. On trouve en effet sur ce point les positions les plus excessives et les moins Ă©tayĂ©es. Certains maintiennent qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et continuent Ă  regarder l’avenir comme une reproduction des intrigues et des luttes d’autrefois. D’autres mythifient l’accĂ©lĂ©ration de l’Histoire, et rĂ©pètent, par exemple, sans aucune justification que, d’ici dix ans, la moitiĂ© des produits que nous consommerons ne sont pas encore sur le marchĂ©.

En observant plus attentivement, on peut estimer quelques ordres de grandeur : Le dĂ©lai de renouvellement est variable d’un secteur Ă  l’autre. L’habillement suit une mode qui se dĂ©finit deux fois par an, les collections d’Ă©tĂ© et d’hiver. Mais un modèle d’automobile, tel que la Coccinelle Volkswagen ou la Renault 5, a une durĂ©e de vie qui se compte en dizaines d’annĂ©es. Comme un wagon de chemin de fer peut servir pendant trente ans, l’Ă©volution des formes est encore plus lente pour le matĂ©riel ferroviaire. Les grandes installations industrielles, telles que les cimenteries, sont renouvelĂ©es par morceaux en une trentaine d’annĂ©es. La tour Eiffel a fĂŞtĂ© son centenaire. Le canal de Panama, qui, date de la mĂŞme Ă©poque, est lĂ  pour mille ans.

En dĂ©finitive, ce sont les croyances humaines qui changent le plus lentement. L’âge de nos religions se compte en millĂ©naires, mais peut-ĂŞtre vont-elle bientĂ´t Ă©voluer.

On ne parle pas de la même chose selon les échéances :

Ă€ trois mois, ce sont les fluctuations erratiques de la conjoncture.

À trois ans, ce sont les mouvements de mode et les dérives économiques.

Ă€ trente ans, ce sont les renouvellements des gĂ©nĂ©rations, avec leurs styles de vie diffĂ©rents, et aussi les achats mĂ©nagers. Par exemple, la pĂ©riode des trente glorieuses (1950-1980) en Europe est caractĂ©risĂ©e par deux vagues d’investissements : la reconstruction de l’après guerre et le premier Ă©quipement des mĂ©nages en rĂ©frigĂ©rateurs, cuisinières, machines Ă  laver, tĂ©lĂ©viseurs et automobiles. Chacune de ces vagues, crĂ©atrice d’emplois et porteuse de prospĂ©ritĂ©, s’Ă©tend sur une gĂ©nĂ©ration. Lorsque les mĂ©nages ont Ă©tĂ© Ă©quipĂ©s Ă  plus de 80%, la demande s’est ralentie, le chĂ´mage a augmentĂ© et l’Ă©conomie est devenue plus hĂ©sitante.

Ă€ cent ans, ce sont les infrastructures, tels que les ports, les autoroutes, les voies ferrĂ©es, les grands amĂ©nagements urbains. Ce sont aussi les rĂ©seaux, par exemple le rĂ©seau Ă©lectrique. Les premières Ă©lectrifications urbaines datent du siècle dernier. Mais il faut attendre vingt ans après la seconde guerre mondiale pour que l’Ă©lectricitĂ© soit partout dans les campagnes en Europe. Or, c’est Ă  partir du moment oĂą les mĂ©nages disposent chez eux de l’Ă©nergie Ă©lectrique qu’ils peuvent s’Ă©quiper en Ă©lectromĂ©nager. Ă€ l’Ă©chelle mondiale, mĂŞme si aucun pays n’est totalement dĂ©pourvu de rĂ©seau, la majoritĂ© de la population n’est pas encore connectĂ©e. Si l’on prolonge les tendances actuelles, il faut attendre la seconde moitiĂ© du 21ème siècle pour que tout le monde ait l’Ă©lectricitĂ© Ă  domicile. La vague de prospĂ©ritĂ© que nous voyons actuellement se dessiner en Chine, en Inde et en Asie du Sud Est correspond Ă  nos trente glorieuses, mais seulement pour une fraction urbaine des deux milliards et demi d’habitants de cette rĂ©gion -la moitiĂ© de l’espèce humaine-, qui s’Ă©quipe avec aviditĂ©.

Toutefois, le dĂ©lai d’accoutumance de l’usager limite la vitesse de diffusion des nouvelles technologies. Les fabricants de micro-ordinateurs croyaient, au dĂ©but des annĂ©es 80, inonder le marchĂ© en une dĂ©cennie. Il n’en a rien Ă©tĂ©. Dès 1985, ils ont dĂ» rĂ©viser en baisse leurs prĂ©visions. Ce n’est pas que les clients manquaient de ressources pour acheter leurs machines. Elles coĂ»taient dĂ©jĂ  moins cher qu’une auto. Mais les usagers n’y Ă©taient pas encore habituĂ©s, et ce nouvel instrument modifiait sensiblement leur façon de travailler. Il a donc fallu attendre une gĂ©nĂ©ration d’accoutumance, et l’apparition de logiciels plus conviviaux. On peut conjecturer que, si un nouveau produit suppose une Ă©volution des façons de faire, alors il faut au moins une gĂ©nĂ©ration pour qu’il s’impose au public, mĂŞme si ses avantages sont Ă©vidents.

Un regard mondialiste :

Certains, autrefois, ont fait Ă©voluer le regard : Les philosophes, qui travaillent avec les hommes d’action. Leurs visions ont structurĂ© la sociĂ©tĂ©. Ainsi, au dĂ©but du dix-neuvième siècle, Saint-Simon, le maĂ®tre Ă  penser des ingĂ©nieurs, disait : « L’ancien pouvoir spirituel, c’Ă©tait l’Eglise. L’ancien pouvoir temporel, c’Ă©tait la noblesse, caste de guerriers devenue inutile… Le nouveau pouvoir spirituel, c’est la Science, et le nouveau pouvoir temporel, c’est l’Industrie. » N’est-ce pas ce qui s’est rĂ©alisĂ© depuis, dans le monde entier ? La « rĂ©volution industrielle » n’est-elle pas tout entière dans cette formule, complĂ©tĂ©e Ă  l’Ă©poque par des Ă©noncĂ©s prĂ©curseurs, articulant un grand projet social : exploiter la Nature pour procurer aux hommes les bienfaits de la Science et de la Technique, sa fille.

En quoi sommes-nous dĂ©jĂ  diffĂ©rents de nos prĂ©dĂ©cesseurs ? En cela que nous quittons la vision tribale de l’Histoire pour une vision universelle. Les distinctions entre nations, ethnies, religions ne sont pas effacĂ©es, mais remises Ă  leur place : celle de modalitĂ©s culturelles, vouĂ©es, non plus Ă  entrer en conflit, mais Ă  s’enrichir mutuellement. Car, au-delĂ  des particularismes, il y a l’unitĂ© mondiale de la Science qui proclame dĂ©sormais l’unitĂ© du vivant « de l’amibe Ă  l’Ă©lĂ©phant », et l’unitĂ© des technologies, qui crĂ©ent un système de communication mondial, sorte de « cerveau planĂ©taire » dont la conscience devient chaque annĂ©e plus perceptible par la voie des mĂ©dias et des tĂ©lĂ©communications.

Le mondialisme, au vingtième siècle, paraissait rĂ©servĂ© Ă  de doux rĂŞveurs, rĂ©gulièrement dĂ©mentis par l’atrocitĂ© des guerres et des persĂ©cutions. Au tournant du troisième millĂ©naire, les conditions techniques sont rĂ©unies pour qu’il entre dans les faits, insensiblement. Mais cette mĂ©tamorphose inĂ©luctable s’accompagne de craquements et de dĂ©chirements. Les vieux particularismes et les attachements anciens sont rĂ©activĂ©s. Ils luttent avant de cĂ©der la place.

L’ingĂ©nieur Legrand, dès 1840, proposait une carte mondiale des voies ferrĂ©es.

Les EuropĂ©ens, au XIX° siècle, avaient un projet mondialiste, Ă©tayĂ© par une philosophie constructive, le positivisme. Leur doctrine se rĂ©sumait en deux idĂ©es : la libertĂ©, plus les infrastructures. Actuellement, avec le vent de libĂ©ralisme qui souffle sur le monde, il est de bon ton de faire semblant de croire que la libertĂ© Ă©conomique apporte la solution de tous nos maux. Or, une sociĂ©tĂ© Ă©conomiquement libre sans infrastructure est une sociĂ©tĂ© d’embouteillage oĂą tout le monde perd son temps. Pire, sans infrastructure Ă©ducative, c’est une sociĂ©tĂ© d’exclusion qui nourrit en son sein les germes de sa propre destruction.

Allons-nous, au 21ème siècle, retrouver des visions planĂ©taires ? Certainement, car le maillage des communications facilite la montĂ©e et l’Ă©mergence d’une conscience globale. On commence Ă  voir apparaĂ®tre de grandes idĂ©es : des idĂ©es Ă©cologiques (transformer la planète en jardin) et des idĂ©es techniques, comme, par exemple, au Japon, celle de citĂ©s marines pour plusieurs centaines de milliers d’habitants (Le projet prĂ©sentĂ© par la sociĂ©tĂ© Taisei (la citĂ© volcan) a la forme du mont Fuji. Cette citĂ© ferait 6500m de diamètre Ă  la base et 4000 mètres de haut. Elle accueillerait 700000 personnes (Futurist, Mai-Juin 93). La planète creuse artificielle proposĂ©e par physicien amĂ©ricain O’Neill, sorte de LĂ©onard de Vinci contemporain, est un cylindre d’un kilomètre de diamètre. Pour crĂ©er Ă  sa pĂ©riphĂ©rie une gravitĂ© Ă©quivalente Ă  celle de la terre, elle fait un tour sur elle-mĂŞme en une minute. Elle contient des lacs, des petites montagnes, des bois, tout un espace « naturel ». Lorsque les films de fiction26 nous montrent des vaisseaux spatiaux qui ressemblent Ă  des immeubles de bureaux, c’est un non sens. Bien qu’il domine les autres espèces, l’homme ne peut se passer de la Nature.

Il en est solidaire, il a besoin d’elle pour recycler l’oxygène, l’eau… Il appartient Ă  la biosphère. Il est solidaire des plantes et des animaux. Dans l’Espace, il faut qu’il emmène avec lui une nature organisĂ©e, une « Techno Nature » placĂ©e sous sa protection.

D’oĂą l’importance de l’expĂ©rience amĂ©ricaine « Biosphère 2″ oĂą huit personnes passent deux ans dans un Ă©cosystème fermĂ© complet sous une bulle Ă©tanche, ne communiquant avec l’extĂ©rieur que par des informations, sans apport de matière. Au-dedans, on voit non pas une forĂŞt vierge, mais un potager moderniste, dans lequel tout est recyclĂ©. Ce morceau de Nature est destinĂ©, ultĂ©rieurement, Ă  ĂŞtre placĂ© en orbite puis contrĂ´lĂ© dans son Ă©volution. Puis, dans les siècles Ă  venir, les planètes creuses artificielles iront vers d’autres systèmes solaires, de sorte que l’homme deviendra le messager de la vie Ă  travers les Ă©toiles, mĂŞme après la mort du soleil.

Une référence : le milieu du 19ème siècle

Alors, que se passera-t-il au 21ème siècle ?

Les prochaines dĂ©cennies sont très durement menacĂ©es par les consĂ©quences de l’implosion des villes, la montĂ©e de l’exclusion et des systèmes maffieux. Les premiers scĂ©narios qui viennent Ă  l’esprit sont noirs. Ils ont l’odeur du chaos. On n’arrive pas Ă  voir au-delĂ  des confrontations entre une sociĂ©tĂ© officielle affaiblie, rongĂ©e de luttes intestines, sans vĂ©ritable projet, et des exclus qui frappent Ă  la porte de plus en plus durement.

NĂ©anmoins, l’Histoire relativise nos visions catastrophistes. L’espèce humaine en a vu d’autres. Et elle s’en est tirĂ©e. Nos ancĂŞtres, au XIX° siècle, sont en Europe devant une situation comparable Ă  celle du monde Ă  la fin du vingtième siècle : En 1848, la classe dirigeante perd ses illusions. Face Ă  un prolĂ©tariat subissant des conditions de pauvretĂ© et d’insalubritĂ© lamentables, elle se divise en deux courants d’opinion : un courant humaniste et un courant conservateur.

Les humanistes disent : « Nous n’avons pas le droit de laisser des ĂŞtres humains vivre dans de pareilles conditions, c’est inadmissible ». Ils ont raison. Et les conservateurs ajoutent : « Mais, attention, ils deviennent dangereux ! ». Ils ont raison aussi. Les uns et les autres aboutissent Ă  la mĂŞme conclusion : Il faut faire quelque chose.

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Des moyens Ă©normes sont alors mobilisĂ©s. On passe d’une petite bourgeoisie frileuse, Ă  l’esprit Ă©troit, qui compte ses sous, fait du contentieux, envoie ses dĂ©biteurs en prison, Ă  une grande bourgeoisie au long cours, qui investit massivement, construit les chemins de fer, les grands magasins, les banques, l’industrie lourde, les routes, le canal de Suez et celui de Panama. Elle prend des risques immenses, manifeste une vision mondialiste et, pour mener Ă  bien ses projets, crĂ©e de la monnaie par « transformation du crĂ©dit » (cette expression dĂ©signe l’utilisation de l’argent des dĂ©pĂ´ts exigibles Ă  court terme pour des investissements Ă  long terme, en espĂ©rant que les dĂ©posants ne rĂ©clameront pas tous leur dĂ» en mĂŞme temps. Ce genre de pratique crĂ©e de la monnaie. De nos jours, elle est attentivement contrĂ´lĂ©e par les autoritĂ©s monĂ©taires (ratio Cooke…). Mais des Ă©missions en monnaies Ă©trangères (euro-dollars, euro-yens) Ă©chappent encore Ă  ces limitations).

Nos ancĂŞtres structurent les villes (Haussmann) et structurent les esprits (Jules Ferry). Dans l’Angleterre de la Reine Victoria, et dans l’Allemagne de Bismarck, c’est le mĂŞme mouvement que dans la France de NapolĂ©on III : des investissements d’urbanisme, d’Ă©ducation et de contrĂ´le social d’une ampleur formidable. Et ça rĂ©ussit ! Au lieu de la rĂ©volution prĂ©vue par Marx, et malgrĂ© deux guerres mondiales, l’Europe de l’Ouest connaĂ®t au vingtième siècle la plus grande prospĂ©ritĂ© de son histoire.

Les villes europĂ©ennes abordent les annĂ©es 1900 avec des avenues assez larges pour accueillir l’automobile, bien que tracĂ©es avant son invention, et une population assez instruite pour s’intĂ©grer dans l’Ă©conomie industrielle. L’Europe doit son dĂ©veloppement actuel Ă  la structuration urbaine du siècle dernier, qui d’ailleurs n’Ă©tait pas sans arrière-pensĂ©e de maintien de l’ordre, et aussi Ă  sa structuration Ă©ducative qui n’Ă©tait pas non plus sans intention de contrĂ´le social.

Cette rĂ©fĂ©rence nous place dans une prospective de la rupture. Si les mĂŞmes causes produisent les mĂŞmes effets, alors, quand la situation devient intolĂ©rable, la classe dirigeante prend peur et fait ce qu’il faut pour que ça cesse. La rĂ©ponse du siècle dernier prĂ©sente un caractère universel : on structure l’espace ; on structure les esprits. Elle est faite de grands programmes, menĂ©s avec les meilleures technologies de l’Ă©poque. On peut conjecturer que la rĂ©ponse du dĂ©but du 21ème siècle Ă  la montĂ©e des dangers sera de mĂŞme nature, mais avec des moyens techniques autrement puissants.

1980-2020 : La société du spectacle.

Le soulagement suivant la chute du mur de Berlin est de courte durĂ©e. L’ordre bipolaire de la guerre froide recouvrait une toute autre rĂ©alitĂ©. L’ocĂ©an des pouvoirs des blocs se retire, dĂ©litĂ© par les tĂ©lĂ©communications. Les particularismes tribaux et religieux refont surface, tels de vieux rochers qu’on avait oubliĂ©s.

Le monde de la fin du vingtième siècle est une mosaĂŻque d’ethnies irascibles, attachĂ©es Ă  des valeurs du passĂ©, comme fĂ©tichisant la possession de territoires ou de positions privilĂ©giĂ©es. Après le Liban, la Yougoslavie, l’Inde, l’Asie centrale, l’Afrique sont saisis de pulsions intĂ©gristes et de persĂ©cutions ethniques. L’Asie se rĂ©arme. Des affrontements raciaux, sporadiques et complexes, Ă©clatent ici et lĂ , comme des bulles de haine Ă  la surface du chaudron du diable.

On croyait avoir dĂ©finitivement banni de telles atrocitĂ©s. C’Ă©tait oublier trop vite le dĂ©sarroi des illettrĂ©s, le dĂ©sespoir du chĂ´mage, la rĂ©action Ă  l’exclusion. Sans avenir crĂ©dible, on se jette dans les bras des forces du passĂ©. Dans les pays de l’Est, les chefs ont Ă©tĂ© chassĂ©s, mais les sous chefs sont encore lĂ . Ils reprĂ©sentent un recours, d’esprit plus Ă©troit.

NĂ©anmoins, le nouveau système technique continue sa progression, apportant avec lui de nouvelles façons de faire. La technique est, dans ce monde troublĂ©, le lieu oĂą l’intelligence a raison de la force, et cela jusqu’au cĹ“ur du domaine d’Ă©lection de la force brute : celui des armements.

Par ailleurs, la technique moderne relie les hommes, par-dessus les croyances et les frontières. Bien qu’inventĂ©e après le tĂ©lĂ©phone, la tĂ©lĂ©vision est mise en place avant. Elle institue une sociĂ©tĂ© du spectacle, planĂ©taire, oĂą la rĂ©alitĂ© est transfigurĂ©e, conditionnĂ©e pour capter une attention fugitive. Elle injecte subrepticement des messages publicitaires dans le mental du public, entretient des confusions en mĂŞme temps qu’elle apporte de vraies informations, sollicite les pulsions en mĂŞme temps qu’elle fait place aux arts et ouvre Ă  la connaissance de la Nature.

Le monde est ivre. Il a perdu ses repères. La surinformation produit des effets hallucinogènes. Des individus s’isolent au moyen de leur baladeur ou se livrent Ă  un dialogue compulsif avec leur jeu vidĂ©o. Comme celle de la fascination, l’habitude de la manipulation des esprits s’installe insensiblement et devient comme naturelle. Avec un « reality show », un inconnu peut en quelques jours ĂŞtre adulĂ© de millions de tĂ©lĂ©spectateurs. Il peut aussi vite retomber dans le purgatoire de la rĂ©probation. On joue « Dallas » Ă  tous les Ă©tages.

Les mĂ©dias enseignent sans le vouloir la passivitĂ©. Ils absorbent l’Ă©nergie du spectateur dans des intrigues Ă©trangères. Ayant vĂ©cu par procuration des Ă©vĂ©nements hors du commun, l’individu n’a plus le dĂ©sir d’entreprendre Ă  sa propre mesure. Il devient soit mĂ©galomane, soit dĂ©primĂ©. Des millions de personnes cherchent un emploi. Il y a de moins en moins d’entrepreneurs pour les embaucher. Partout, on manque d’employeurs plus que d’employĂ©s.

Les milieux financiers sont touchĂ©s. Ils interfèrent avec le mĂ©diatique. Les grands entrepreneurs rachètent des chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision. L’argent et la crĂ©dibilitĂ© s’enchevĂŞtrent. Les fortunes se font et se dĂ©font de plus en plus vite. Un raider peut lever en trois coups de tĂ©lĂ©phone l’Ă©quivalent du salaire annuel d’un million de paysans indiens. Les places financières, interconnectĂ©es, ballottent des milliards de dollars Ă  travers la planète au grĂ© des vagues spĂ©culatives. Les rĂ©gions et les mĂ©tiers sont Ă  la merci d’ouragans imprĂ©visibles, aux causes lointaines, insaisissables et alĂ©atoires. L’exclusion s’accroĂ®t. Les troubles aussi. La crainte du danger monte. On sent comme des forces telluriques qui fermentent dans les banlieues, s’apprĂŞtant Ă  faire craquer l’ancien monde. La chrysalide se prĂ©pare Ă  accoucher, mais de quoi ?

2020-2060 : La sociĂ©tĂ© d’enseignement.

Le capitalisme avait gagnĂ©. L’Europe de l’Est, puis la Chine, puis l’Inde s’Ă©taient lancĂ©es avec un zèle de nĂ©ophyte dans la recherche effrĂ©nĂ©e du profit. Mais, dès la fin du vingtième siècle, un milliard d’ĂŞtres humains ont Ă©tĂ© chassĂ©s de leurs terres par la concurrence des agricultures industrialisĂ©es. Leurs enfants sont dans l’errance. Ils ne peuvent plus retourner cultiver la terre, car le savoir-faire de leurs ancĂŞtres ne leur a pas Ă©tĂ© transmis. Ils ne peuvent pas non plus s’intĂ©grer Ă  la sociĂ©tĂ© technologique moderne, car l’Ă©cole n’Ă©tait pas prĂŞte Ă  les accueillir. Ce sont des « sauvages urbains », des femmes et des hommes Ă©levĂ©s hors de toute culture, revenus en quelque sorte Ă  l’Ă©tat de Nature, obligĂ©s de considĂ©rer la ville comme une jungle et d’y inventer de nouveaux moyens de survie. Plus de la moitiĂ© de l’espèce humaine est maintenant urbanisĂ©e. L’insĂ©curitĂ© gagne le centre des mĂ©galopoles, Ă  Los Angeles comme Ă  Mexico, Ă  Bombay comme Ă  Alger. Il n’y a plus des pays riches d’un cĂ´tĂ© et des pays pauvres de l’autre, mais des riches et des pauvres Ă  cent mètres les uns des autres, sur toute la planète.

Les Ă©vĂ©nements dramatiques et destructeurs des annĂ©es 2010 saisissent de peur la classe dirigeante. Le marchĂ© des blindages, des serrures et des camĂ©ras de protection n’a jamais Ă©tĂ© aussi florissant. Après quelques annĂ©es de rĂ©pression et de protection, il lui faut se rendre Ă  l’Ă©vidence : on ne peut pas endiguer cette marĂ©e de violence. Il faut s’attaquer Ă  sa cause et changer complètement de stratĂ©gie. On croyait Ă  l’Ă©conomie libĂ©rale. Il s’avère qu’elle sert de feuille de vigne Ă  des maffias. Les rapports de force perdurent, mais transfigurĂ©s. Ils s’appuient dĂ©sormais sur des « systèmes drogue ». Aux stupĂ©fiants anciens sont venus s’ajouter de multiples accoutumances et asservissements, imprĂ©gnant le commerce ordinaire, qui enfoncent l’individu dans des comportements auto destructeurs, sur fond de dĂ©sespoir.

Les dĂ©fenses des humains sont prises en dĂ©faut par cette attaque de leur volontĂ© mĂŞme. Aussi la rĂ©action est-elle Ă  la mesure de la menace. Le laisser-faire libĂ©ral est accusĂ© de laisser aller. Les formidables moyens de la technique, en particulier les univers virtuels, sont rĂ©quisitionnĂ©s au nom de la vertu. Les valeurs anciennes sont rejetĂ©es. En situation d’urgence, l’ambiguĂŻtĂ© n’a plus sa place. Les dĂ©licats dosages politiques et la tolĂ©rance d’autrefois sont considĂ©rĂ©s comme dĂ©cadents, plus dangereux que la force brute, qui au moins s’affiche clairement.

Structurant le mental et les comportements, la sociĂ©tĂ© d’enseignement s’Ă©tablit alors, en rĂ©action Ă  la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente, perçue comme laxiste. Elle normalise comme l’Ă©cole de Jules Ferry ou de l’empereur Meiji, mais avec des moyens autrement puissants. Les esprits sont mis au carrĂ© par des logiciels d’entraĂ®nement mental. Les tests de conditionnement sont rendus obligatoires, en prĂ©alable mĂŞme Ă  des gestes quotidiens, tels des retraits bancaires.

AidĂ© d’une technologie appropriĂ©e, le contrĂ´le social se fait beaucoup plus strict.

L’utilisation de badges magnĂ©tiques dĂ©tectĂ©s par radar est gĂ©nĂ©ralisĂ©e. L’ouverture des portes des bureaux, des commerces et mĂŞme de certains lieux publics se fait automatiquement, mais seulement devant le porteur du sĂ©same prĂ©vu.

Après la dure prise de conscience de la classe dirigeante, la sociĂ©tĂ© s’organise autour d’un projet global : la domestication de l’homme par l’homme.

Nous ne pouvons pas espĂ©rer maĂ®triser les techniques modernes avec des humains sauvages restĂ©s biologiquement au niveau d’un primate des savanes, pense-t-on. On ne sait pas non plus modifier le gĂ©nome de l’homme pour en faire un ĂŞtre adaptĂ© Ă  ce nouvel environnement. Il faut donc le domestiquer. La plasticitĂ© de son comportement s’y prĂŞte. Elle est due Ă  la « nĂ©otĂ©nie », ce retard de maturation qui lui permet de conserver jusqu’Ă  l’âge adulte l’adaptabilitĂ© des enfants. Les marchands l’avaient exploitĂ©e pour fidĂ©liser le client. Il faut maintenant le mettre au service d’un processus Ă©nergique d’adaptation : l’enseignement.

Les grands projets techniques sont lancĂ©s. D’abord des citĂ©s marines, pour dĂ©sengorger les cĂ´tes saturĂ©es, et accueillir des masses de population errantes, puis d’immenses opĂ©rations d’urbanisme. On supprime les quartiers insalubres. On construit dans des lieux isolĂ©s des citĂ©s d’enseignement, capables d’intĂ©grer les « animaux humains » dans un environnement scientifique et technique.

Les espaces ruraux dĂ©laissĂ©s par suite des migrations vers les villes sont rĂ©appropriĂ©s par des organismes d’amĂ©nagement, qui Ă©tablissent un programme planĂ©taire de reboisement et de rĂ©habilitation de la Nature. On se met d’accord sur un immense projet de vie dans l’Espace, dans un esprit de conquĂŞte, comme la plus grande dĂ©monstration des capacitĂ©s de l’espèce humaine, dĂ©sormais capable d’Ă©chapper mĂŞme Ă  la mort du soleil. On veut aussi y transporter des performances. Dans une planète creuse tournant au ralenti, oĂą règne une pesanteur dix fois plus faible que sur terre, le patinage artistique, le saut Ă  ski et le vol libre deviennent des spectacles fabuleux. Ce sont des cathĂ©drales mĂ©diatiques, Ă  la gloire du corps humain.

Mais les dirigeants conservent aussi une arrière-pensĂ©e. Le jour venu, les citĂ©s lointaines et isolĂ©es, les villes marines et mĂŞme les planètes creuses artificielles ne seraient-elles pas bien utiles pour se dĂ©barrasser des personnages indĂ©sirables sur terre ? La colonisation du nouveau monde s’Ă©tait grossie des marginaux et dĂ©linquants dont ne voulait plus la vieille Europe. Il y a des hĂ©ros chez les pionniers. Il y a aussi des desperados qui s’Ă©chappent d’un monde hostile.

2060-2100 : La société de création.

Les contradictions de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente deviennent sensibles. L’Ă©ducation de masse, dĂ©multipliĂ©e par les formidables moyens techniques de l’industrie hallucinogène, a mis au moule les cerveaux. La paix sociale se paye en baisse de crĂ©ativitĂ©. Les dangers sont Ă©loignĂ©s. Mais les nouvelles gĂ©nĂ©rations, Ă©duquĂ©es aux disciplines du corps et de l’esprit, sont beaucoup mieux armĂ©es qu’autrefois. Elles veulent exercer leur autonomie. Le conformisme de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente est accusĂ© de contrarier les pulsions, de s’opposer au mouvement de la vie mĂŞme.

On se mĂ©fie dĂ©sormais des performances intellectuelles machinales. La compĂ©tition homme/machine, avec ses jeux dĂ©lirants, Ă©tait allĂ©e jusqu’aux olympiades. Trop d’exercice mental ferme la voie du cĹ“ur. On s’affirme dĂ©sormais autrement, par des dĂ©monstrations d’indĂ©pendance et d’universalitĂ©. L’homme veut organiser le monde, dit-on, mais il n’est mĂŞme plus capable de survivre Ă  la lisière de la forĂŞt oĂą vĂ©curent nos ancĂŞtres, prĂ©cisĂ©ment lĂ  oĂą l’espèce humaine s’est biologiquement constituĂ©e.

Les nouvelles cellules de vie sont petites, portables et autonomes. Elles peuvent s’installer n’importe oĂą : dans le dĂ©sert, sur la banquise, au fond des mers, dans une planète creuse. La qualitĂ© de l’expĂ©rience vĂ©cue, la capacitĂ© de rĂ©soudre la survie avec les moyens du bord, le talent Ă  transformer des contraintes en dĂ©fis, la crĂ©ation d’environnements nouveaux, adaptĂ©s Ă  l’Ă©thologie humaine, sont perçus comme vraiment porteurs de valeurs universelles. L’homme se prĂ©pare Ă  un destin cosmique. Ainsi, la sociĂ©tĂ© de crĂ©ation se constitue en refus des contraintes des formations musclĂ©es de la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Elle recherche la libertĂ© Ă  la fois par plaisir et par nĂ©cessitĂ© : le plaisir de crĂ©er et la thĂ©rapie de la crĂ©ativitĂ©, vĂ©cue comme un bol d’air au sortir d’une norme Ă©touffante.

La deuxième partie de ce texte est disponible ici.

La troisième partie de ce texte est disponible ici.

oct 04 2009

La société marchande est une religion

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La consommation des mĂ©nages est le moteur de l’Ă©conomie de nos sociĂ©tĂ©s occidentales depuis le triomphe du modèle capitaliste, mondialiste et libĂ©ral; ce n’est un secret pour personne. Ce qui est moins Ă©vident est que l’Ă©conomie, si elle est censĂ©e ĂŞtre le coeur de pierre qui alimente un pays au grĂ© des flux monĂ©taires suivant le cours des pertes et des profits, n’influence pas moins d’une façon certaine l’Ă©thique d’une sociĂ©tĂ©. Si le coeur est un organe sans morale, conscience ni intelligence propres, il est pourtant une part de l’ensemble dont il est issu et a des impacts inĂ©vitables sur la santĂ© de celui-ci: admettons un instant que le sang qu’il vĂ©hicule contienne du poison, et c’est l’entièretĂ© de ce qu’il sustente qui se mourra. L’analogie semble effectivement appropriĂ©e: bien que l’Ă©conomie soit un des piliers indispensables Ă  la marche d’un État, qui procède selon des lois de cause Ă  effet purement mathĂ©matiques et donc exemptes d’une quelconque morale par nature, il n’empĂŞche pas moins que les consĂ©quences de mĂ©canisme programmĂ© puissent attenter gravement Ă  la puretĂ© de l’esprit d’une sociĂ©tĂ© et des individus qui la constituent. Un produit n’est-il pas, par dĂ©finition, le rĂ©sultat de tous les Ă©lĂ©ments qui le composent ? Un bâtiment n’est-il pas dĂ©pendant des fondements sur lesquels il repose ? Ainsi, une part dĂ©fectueuse d’un ensemble affecte toujours la totalitĂ© et le bon fonctionnement de ce dernier.

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Le mot « religion » trouve son Ă©tymologie dans le verbe latin « religere », qui signifie « relier ». La fonction première de la religion est donc de relier les ĂŞtres. Par quoi sont-ils reliĂ©s au sein de celle-ci ? Essentiellement par l’appartenance Ă  une mĂŞme doctrine. Or, la sociĂ©tĂ© marchande ne relie-t-elle pas ses adhĂ©rents grâce Ă  une façon commune de penser et de percevoir le monde ? Le « mainstream », l’inconscient collectif du peuple qui fait partie d’une sociĂ©tĂ© donnĂ©e (littĂ©ralement « courant principal »), est formĂ© par la somme des idĂ©es, principes, cultures et valeurs de chaque personne qui constitue ce mĂŞme peuple. La grande majoritĂ© des individus ayant peu de personnalitĂ©, chacun est modelĂ© par l’idĂ©ologie de la sociĂ©tĂ© une fois qu’il y est intĂ©grĂ©. La voie de la facilitĂ© est effectivement la plus prisĂ©e par le commun des mortels, car le seul autre choix possible serait de vouloir modifier son environnement pour le faire correspondre Ă  des idĂ©aux que l’on juge Ă©levĂ©s, mais encore faudrait-il avoir les capacitĂ©s d’apprĂ©hender une telle possibilitĂ©; un exercice autrement plus ardu, en somme.

Il se trouve que la pensĂ©e dominante en AmĂ©rique du Nord et en Europe a dĂ©crĂ©tĂ© en ce dĂ©but de 21ème siècle que l’on ne doit croire que dans ce que l’on voit et peut ressentir directement par nos sens organiques. Cela implique de collectionner un maximum de plaisirs: puisque le corps est destinĂ© Ă  mourir, il serait invraisemblable qu’il y ait une quelconque vie après la mort, n’est-ce pas ? L’accession Ă  une profession aussi prestigieuse que rentable est une autre prioritĂ©, un autre Ă©lĂ©ment indispensable pour ĂŞtre socialement reconnu, ce qui est aussi important maintenant que l’obtention de « son paradis » l’Ă©tait au Moyen Ă‚ge: seuls les critères ont changĂ©. Le système conditionne aussi chacun d’entre nous dès le plus jeune âge pour que nous acceptions de nous vendre aux employeurs les plus divers pour le servir avec fiertĂ©.

Ce qui intĂ©resse rĂ©ellement la population est de s’acquitter des tâches qu’on lui impose pour vivre une vie « normale », plate, sans risques, et ainsi donner l’apparence d’avoir rĂ©ussi sa vie de sorte Ă  avoir bonne conscience. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que chacun a une conception personnelle et intime des critères qui lui permettraient d’ĂŞtre satisfait de la vie qu’il mène, et qu’il n’y a aucune loi universelle de rĂ©ussite qui puisse ĂŞtre trouvĂ©e (surtout pas par de simples humains).

C’est pourtant la conduite aveugle de principes Ă©tiquetĂ©s comme seuls valables qui prĂ©vaut, et ceux qui se targuent d’ĂŞtre les parfaits produits du système achètent compulsivement tout ce qui est Ă  leur portĂ©e et pourrait leur permettre de « profiter au maximum de la vie tant qu’il en est encore temps », dans le but d’Ă©prouver autant de plaisirs que possible. L’angoisse du nĂ©ant qu’il y aurait après la mort (pour peu qu’ils se soient jamais posĂ© ce genre de question existentielle) ne fait que renforcer cette envie de fuir en avant et de trouver des Ă©chappatoires Ă  l’absence de rĂ©ponses dans les plaisirs les plus divers.

Le statut officiellement dĂ©mocratique de nos sociĂ©tĂ©s est Ă©galement un atout considĂ©rable pour le mercantilisme, parce qu’aucune limite n’y entrave la consommation et que tout peut s’y vendre, parfois mĂŞme des choses qui pourraient nuire au pouvoir en place, et que la population peut se fondre dans des illusions de perfection et ne plus avoir d’autre prĂ©occupation que de se complaire dans le plaisir que les produits achetĂ©s lui procurent de sorte Ă  renforcer la rĂ©alitĂ© de son petit paradis, entre autres raisons. La dĂ©mocratie s’accompagnant du libĂ©ralisme Ă©conomique (censĂ©, comme son nom l’indique, permettre la libertĂ© alors qu’il provoque l’inverse dans les faits), du libre-Ă©change et du laisser-faire, le capitalisme ne peut qu’ĂŞtre enchantĂ© par un tel système, surtout lorsqu’il serait en rĂ©alitĂ© digne d’ĂŞtre nommĂ© dĂ©mocrature en raison de la nature de son pouvoir politique.

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Pire, le domaine du matĂ©riel finit par ĂŞtre la seule dimension d’existence de l’individu, ce qui implique qu’il adopte toutes sortes de comportements d’un niveau de sophistication digne de ce qui est matĂ©riel; autrement dit, le plus bas qui puisse exister. La sociĂ©tĂ© marchande contribue donc fortement Ă  dĂ©connecter l’homme de ses facultĂ©s spirituelles et Ă  le pousser dans un Ă©goĂŻsme et une mĂ©diocritĂ© toujours plus patentes. Il est vrai qu’un nombre consĂ©quent de personnes est de toute manière incapable d’envisager quoi que ce soit de plus Ă©voluĂ© que ce qui est purement tangible, visible, et cultiverait donc une grande proximitĂ© avec le cĂ´tĂ© animal, primitif et instinctif du genre humain, qu’il vive dans une sociĂ©tĂ© marchande ou non. Le problème est que l’inconscient collectif empoisonnĂ© par les valeurs inversĂ©es d’aujourd’hui peut conduire dès le plus jeune âge des gens intelligents et de bonne foi Ă  un mode de vie qui ne correspond pas Ă  leurs aspirations naturelles, ou les rendre malheureux parce qu’ils refusent ce système dans lequel ils ne trouvent pas une place qui leur est appropriĂ©e. Le système ne proposant pas vraiment d’alternatives Ă  sa politique de conditionnement et de mise au travail qui oblige presque tout un chacun Ă  se plier aux exigences de la sociĂ©tĂ© et qui laisse peu de temps et d’Ă©nergie Ă  ceux qui dĂ©sirent se dĂ©velopper intellectuellement et spirituellement par eux-mĂŞmes, il est clair que le gâchis de gĂ©nie et d’imagination qui pourrait contribuer Ă  amĂ©liorer l’ordre des choses est Ă©norme.

D’autre part, il est difficile d’imaginer que plusieurs religions dominantes puissent cohabiter; la vocation d’une religion est aussi d’Ă©liminer ses concurrents. Ainsi, le matĂ©rialisme qui pourrait ĂŞtre qualifiĂ© de religion sataniste et voleuse d’âmes, Ă©clipse toute autre religion de la scène principale, et les relègue au second plan. On Ă©rige dĂ©sormais le matĂ©riel comme dieu unique, et on rend des cultes Ă  un florilège de divinitĂ©s secondaires, telles des vedettes de cinĂ©ma ou de sport, toutes aussi creuses les unes que les autres. Cela se constate nettement avec le recul incontestable de l’importance du christianisme depuis l’avènement de la sociĂ©tĂ© marchande. L’amoindrissement de l’influence d’une Église qui s’Ă©tait depuis longtemps dĂ©crĂ©dibilisĂ©e n’est certes pas d’une rĂ©elle gravitĂ©, mais la perte de vue de l’idĂ©e mĂŞme d’un Dieu a grandement renforcĂ© l’ignorance de l’Homme de sa dimension spirituelle. Si je ne considère personnellement pas comme particulièrement positif d’ĂŞtre thĂ©iste, je pense qu’ĂŞtre dĂ©iste peut difficilement avoir des consĂ©quences nĂ©gatives, tant sur soi que sur les autres personnes.

Le système Ă©conomique occidental lui-mĂŞme fonctionne d’une façon tout Ă  fait Ă©goĂŻste et psychopathe, en ne se contentant pas de spolier la richesse des citoyens de son pays, mais en volant aussi celle des nations dans lesquelles il a une emprise sur la scène internationale. Ce modèle, comme le reste de la sociĂ©tĂ© dont il est issu, privilĂ©gie la pensĂ©e et l’action Ă  court terme, ce qui est plutĂ´t logique lorsque l’on est basĂ© sur le matĂ©riel. Le matĂ©riel est effectivement l’incarnation mĂŞme de ce qui est temporaire, et miser lĂ -dessus revient Ă  se baser sur ce qui est Ă©vanescent et ne peut que disparaĂ®tre. Comment penser qu’un pays qui, comme les États-Unis, affecte 651,2 milliards de dollars Ă  la DĂ©fense nationale, quand 330 milliards sont versĂ©s Ă  la Recherche et au DĂ©veloppement, 64 milliards pour l’Ă©ducation, et 18,1 pour la Nasa, pendant que des coupes dans les services sociaux et la santĂ© sont faites, puisse ĂŞtre en phase avec les rĂ©alitĂ©s de son temps ? Alors qu’investir dans les sciences paraĂ®trait le moyen le plus probable d’aboutir, entre autres perspectives allĂ©chantes, Ă  l’autonomie et Ă  l’abondance Ă©nergĂ©tique, ce qui serait très utile et rentable sur le long terme, mais coĂ»teux pendant la pĂ©riode de recherche qui prĂ©cède la dĂ©couverte, le gouvernement des États-Unis prĂ©fère, lui, investir prioritairement dans l’industrie de l’armement, y ajoutant une subvention de 100 milliards de dollars entre 2008 et 2009 malgrĂ© la crise Ă©conomique, parce que ce secteur est immĂ©diatement rentable et que seul le profit est recherchĂ©. Certains diront qu’il s’agit d’une mesure de protection nĂ©cessaire pour garder un poids dissuasif sur la scène internationale. Mais contre qui les États-Unis devraient-ils se protĂ©ger avec une velle vĂ©hĂ©mence, au juste ? MĂŞme la Chine, pourtant versĂ©e dans l’art de la brutalitĂ© et deuxième puissance militaire mondiale, n’affecte que 56 milliards à son budget militaire. La mort est tout simplement une affaire florissante. (Pour les intĂ©ressĂ©s, voir la rĂ©partition des dĂ©penses du gouvernement amĂ©ricain, en anglais)

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Un autre mĂ©fait de la sociĂ©tĂ© marchande telle qu’elle est organisĂ©e est qu’elle oblige le citoyen Ă  oeuvrer Ă  sa propre auto-destruction. Du fait qu’elle lui impose de penser sur le court terme et ne lui fait savoir que ce qu’elle estime qu’il doit savoir, elle l’habitue Ă  acheter sans se demander qui il contribue Ă  financer de la sorte. En effet, bien qu’il soit tout Ă  fait normal que le groupe assez volumineux des citoyens qui gagnent tout juste assez d’argent pour survivre minimise ses dĂ©penses au maximum et achète donc lĂ  oĂą les prix sont les moins Ă©levĂ©s, d’autres personnes plus aisĂ©es pourraient faire passer les justes valeurs avant la cupiditĂ©, ne serait-ce que par principe. En effet, en achetant lĂ  oĂą les prix sont les moins Ă©levĂ©s, donc dans la grande distribution, on enrichit forcĂ©ment les multinationales qui pourrissent le monde du fait des consĂ©quences de leurs actions, de mĂŞme que tant d’autres entreprises dont l’Ă©thique est discutable mais auxquelles le système force souvent bon nombre de gens Ă  avoir recours par la simple et logique motivation de la survie. De toute manière, peu d’entreprises peuvent encore se vanter d’ĂŞtre exemptes de reproches. Mais en favorisant la grande distribution, on accentue aussi quelque chose qui nous touche plus directement, Ă  savoir la destruction des classes moyennes, qui sont un pilier indispensable Ă  la dĂ©mocratie. RĂ©duire la classe moyenne dans des proportions incongrues, cela signifie diviser la sociĂ©tĂ© entre une classe aisĂ©e, dans laquelle les richesses et le pouvoir sont centralisĂ©s, et une classe pauvre, qui est si prĂ©occupĂ©e par sa survie qu’elle a peu d’occasions de se soucier de quoi que ce soit d’autre et dont les moyens ne permettraient de toute manière pas de causer la moindre incidence. Ce schĂ©ma illustre de manière Ă©loquente la disparition progressive de la classe moyenne depuis les 30 dernières annĂ©es:

Classe moyenne

Le pire est que les citoyens sont contraints par le système de disloquer cette petite bourgeoisie. Qui plus est, la sociĂ©tĂ© marchande a permis au secteur privĂ© des entreprises de s’approprier une telle quantitĂ© de richesses qu’elles se sont non seulement substituĂ©es aux États, mais les tiennent dĂ©sormais sous leur coupe grâce Ă  leur monopole de l’argent, et y trouvent un sympathique rĂ©servoir de subsides dans lequel elles peuvent se servir aux dĂ©triments du contribuable.

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Bien que tous les systèmes, mĂŞme ceux qui incluent les valeurs les plus nobles, sont dĂ©tournĂ©s par les dirigeants Ă  des fins qui leur sont avantageuses, et que ce qui se fait sur le reste du globe peut difficilement ĂŞtre considĂ©rĂ© comme plus apprĂ©ciable que ce qui existe en Occident, le nĂ´tre a ceci de particulièrement pervers qu’il essaie de revenir sur des droits durement acquis et veut se faire passer pour une dĂ©mocratie humaniste alors qu’il est une dĂ©mocrature qui penche de plus en plus vers la dictature. Prisonniers de leur propre logique, nos dirigeants nord-amĂ©ricains et europĂ©ens multiplient les mesures et les astuces extraordinaires pour conserver leur emprise hĂ©gĂ©monique sur le globe qui leur permet de faire prĂ©valoir leurs ambitions, obsĂ©dĂ©s Ă  l’idĂ©e de maintenir le système tel qu’il est pour sauvegarder leurs privilèges, alors que leurs « blocs »Â dĂ©clinent inexorablement et pourraient se retrouver balayĂ©s d’ici une quarantaine d’annĂ©es par le pĂ´le Russe, Indien et Chinois, mĂŞme si ceux-ci sont actuellement encore loin d’ĂŞtre rĂ©ellement menaçants Ă©conomiquement parlant, Ă  moins d’un Ă©ventuel effondrement brusque de l’Occident, quoiqu’il les emporterait probablement dans le mĂŞme gouffre. L’Union EuropĂ©enne des 27, les États-Unis et le Japon comptent effectivement pour un PIB d’environ 36 000 milliards sur un total de 54 000 pour l’ensemble du globe, tandis que la Chine atteint les 5 000 milliards et que la Russie et l’Inde tournent autour des 2000. Pourtant, ces derniers pays sont partisans d’un système capitaliste tout aussi immoral que celui du monde occidental (mĂŞme s’ils partagent aussi de nombreux diffĂ©rends avec ce dernier) que la Chine couple d’une ignoble politique communiste, et les droits des citoyens y stagnent Ă  un niveau auquel nos Ă©lites auraient toutes les peines du monde Ă  nous ramener, malgrĂ© leurs brillants efforts en ce sens.

Bien mieux qu’un effondrement du monde occidental, donc, il faudrait tout simplement espĂ©rer que l’issue des évĂ©nements Ă  venir dĂ©bouche sur un changement de pouvoir vers un gouvernement plus Ă©clairĂ©, ou permettent au minimum un retour Ă  une situation plus acceptable. Malheureusement, une amĂ©lioration de la vie au sein d’une sociĂ©tĂ© ne dĂ©pend que de la bonne volontĂ© de personnes hauts-placĂ©es, et peut brutalement disparaĂ®tre d’un jour Ă  l’autre avec ces mĂŞmes dirigeants bien intentionnĂ©s. Mais puisque la nature du genre humain est par nature imparfaite, l’ĂŞtre humain ne peut crĂ©er que des sociĂ©tĂ©s imparfaites, et c’est pourquoi attendre la perfection dans ce domaine ne pourrait que dĂ©cevoir tant que l’Homme sera tel qu’il est. Cependant, il nous est tout Ă  fait lĂ©gitime d’exiger une sociĂ©tĂ© aussi parfaite que possible, en ayant Ă  l’esprit que cette entitĂ© est le reflet de l’ensemble de ses constituants et que nous sommes par consĂ©quent les garants de son bon fonctionnement.

Régis Mex, pour Mecanopolis.

juin 03 2009

De l’abâtardissement des masses occidentales par la culture amĂ©ricaine

Par Régis Mex

« Tu seras solitaire parce que la culture est aussi une prison. »
Aldous Huxley

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Souvent, nous sommes habituĂ©s Ă  n’envisager que les menaces que nous percevons dans notre environnement extĂ©rieur. Nous craignons souvent que nos sociĂ©tĂ©s occidentales soient surclassĂ©es par les nouvelles puissances orientales, que des tensions ne nous prĂ©cipitent dans un conflit avec une faction Ă©trangère, que nos Ă©lites financières et politiques ne nous envoient elles-mĂŞmes dans le gouffre. Nous mĂ©prisons, et Ă  juste titre, les guerres quelles qu’elles soient et ceux qui les provoquent. Mais nous sous-estimons trop souvent l’ampleur dĂ©vastatrice de ce que les amĂ©ricains appellent le « soft power », qui est dĂ©fini comme la capacitĂ© d’un acteur politique – comme un État, une firme multinationale, une ONG, une institution internationale (comme l’ONU ou le FMI) voire un rĂ©seau de citoyens (comme le mouvement altermondialiste) – d’influencer indirectement le comportement d’un autre acteur ou la dĂ©finition par cet autre acteur de ses propres intĂ©rĂŞts Ă  travers des moyens non coercitifs (structurels, culturels ou idĂ©ologiques). Cette sĂ©duction du citoyen par des moyens culturo-idĂ©ologiques, que son effet soit perçu consciemment ou non, est principalement encouragĂ©e par les Etats-Unis, et ce de façon croissante depuis une trentaine d’annĂ©es.

Le problème est que la culture que nous vendent les amĂ©ricains est souvent des plus… infectes. Et plus elle l’est, mieux elle semble passer auprès de la moyenne du public europĂ©en, les jeunes Ă©tant les plus concernĂ©s. Au fur et Ă  mesure que nos sociĂ©tĂ©s « s’amĂ©ricanisent », nous sommes non seulement plus vulnĂ©rables Ă  la perte de notre identitĂ© nationale et de nos valeurs sĂ©culaires, mais la gangrène intellectuelle qui règne aux Etats-Unis nous contamine de Ă©galement de plus en plus gravement. Voici le rĂ©sumĂ© semi-amusant semi-inquiĂ©tant d’une Ă©tude Ă  propos du niveau moyen de gĂ©ographie des jeunes amĂ©ricains :

DĂ©pĂŞche de l’AFP du 3 mai 2006 :

« La majoritĂ© des jeunes AmĂ©ricains sont nuls en gĂ©ographie et sont incapables, par exemple, de situer l’Irak sur une carte, selon une Ă©tude effectuĂ©e pour la revue National Geographic.

Cette Ă©tude, rĂ©alisĂ©e par l’Institut Roper auprès de 510 jeunes âgĂ©s de 18 Ă  24 ans, montre Ă©galement que les jeunes AmĂ©ricains connaissent assez mal leur propre pays, la moitiĂ© d’entre eux Ă©tant incapables d’identifier sur une carte New York ou l’Etat de l’Ohio et 30% estimant que les Etats-Unis comptent entre 1 milliard et 2 milliards d’habitants.

La moitiĂ© des personnes interrogĂ©es estiment qu’il est « important mais pas absolument nĂ©cessaire » de savoir situer un pays ou de parler une langue Ă©trangère, a indiquĂ© l’Institut Roper mardi. La majoritĂ© des personnes interrogĂ©es, a Ă©galement relevĂ© l’Institut, ne se montrait pas prĂ©occupĂ©e par ces lacunes en gĂ©ographie.

Alors que des soldats amĂ©ricains se trouvent en Irak depuis mars 2003 et que ce pays fait la Une des mĂ©dias amĂ©ricains depuis maintenant plus de trois ans, 63% des personnes interrogĂ©es sont incapables de situer ce pays sur une carte. 75% ne savent pas non plus oĂą se trouvent IsraĂ«l et l’Iran. »

La situation intellectuelle et culturelle aux Etats-Unis est malheureusement bien plus grave encore que ce que montre cet article. Pour ceux qui comprennent l’anglais, la vidĂ©o ci-dessous oĂą des amĂ©ricains sont interrogĂ©s au hasard dans la rue est Ă©loquente :

Quant Ă  l’enseignement primaire et secondaire, qui est l’un des plus mauvais du monde (il y a en fait un grand contraste avec l’enseignement universitaire amĂ©ricain, qui, lui, est rĂ©putĂ© excellent) et dont la qualitĂ© a souffert d’une dĂ©gradation stupĂ©fiante sous la prĂ©sidence de George Bush. Voici un graphique tirĂ© de Zeitgeist et quelques chiffres :

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« Au dĂ©but des annĂ©es 1980, l’enseignement primaire et secondaire souffrait de graves dĂ©fauts : le niveau des Ă©lèves Ă©tait plutĂ´t mauvais et la violence faisait partie du quotidien. Les inĂ©galitĂ©s liĂ©es au statut social et Ă  l’origine ethnique Ă©taient très marquĂ©es. On accusait frĂ©quemment le corps professoral pour ces mauvais rĂ©sultats. C’est le rapport Nation at Risk (1983) qui fait prendre conscience des Ă©checs du système Ă©ducatif amĂ©ricain. »

« En 2000, 68 millions d’amĂ©ricains Ă©taient scolarisĂ©s. En 1967, la moitiĂ© des adultes avaient fait des Ă©tudes secondaires ; le chiffre est passĂ© Ă  61 % en 2000, 61% des adultes avaient fait des Ă©tudes secondaires. »

Qui plus est, comme nous l’avons dit prĂ©cĂ©demment, l’adoption de la culture amĂ©ricaine par les pays europĂ©ens leur font petit Ă  petit perdre leur identitĂ©, du fait qu’ils intègrent des Ă©lĂ©ments d’une culture Ă©trangère mais ne redynamisent pas la leur pour qu’elle puisse s’imposer tant sur le sol national qu’au niveau international. Elle a donc tendance Ă  mourir Ă  petit feu, en emportant avec elle une certaine partie de l’âme du pays dont elle provient. En atteste cet article de Vigile.net:

« La nouvelle a Ă©tĂ© sur toutes les lèvres depuis que le magazine Time en a fait l’annonce : la culture française dĂ©cline. La littĂ©rature française n’a plus d’impact, quasiment nulle en littĂ©rature, guère plus, tout bien pesĂ©, que son théâtre ou son cinĂ©ma. Et l’article Ă©nonce son verdict. La culture française dĂ©cline car elle est dĂ©sormais indigne d’intĂ©rĂŞt.

Le Time magazine a aussi fait ample Ă©cho au cours de l’annĂ©e Ă  la fameuse scène lors du Miss America Pageant. On a demandĂ© Ă  une concurrente, miss Upton, comment se faisait-il que les AmĂ©ricains, dans leur vaste majoritĂ©, Ă©taient incapables de situer les Etats-Unis d’AmĂ©rique sur une carte.

« C’est sans doute parce qu’ils n’ont pas de carte », a-t-elle rĂ©pondu.

On pourrait ajouter au commentaire de la belle madame Upton : « S’ils jugent indignes d’intĂ©rĂŞt de situer leur pays sur une mappemonde, ils ne doivent pas trouver d’Ă©nergie supplĂ©mentaire pour apprĂ©cier la culture française. »

Il faut noter Ă©galement que le prototype de sensibilitĂ© a changĂ© depuis trente ans et que cela touche aussi le cinĂ©ma. Ă€ force d’ĂŞtre hyper-stimulĂ©, le public a perdu des façons plus subtiles de percevoir. On a fait une expĂ©rience par exemple en prĂ©sentant de vieux films de Jean-Luc Godard Ă  de jeunes publics de vingt Ă  trente-deux ans. Tous habituĂ©s aux jeux vidĂ©o, aux sonogrammes qui signalent les bons coups dans les joutes, aux trames sonores des films, plusieurs se dirent effarĂ©s par les silences utilisĂ©s par ce cinĂ©aste. »

C’est dans ce contexte de surstimulation que le Time annonce le dĂ©clin de la culture française. L’auteur de l’article a presque l’air de s’en fĂ©liciter comme si après la dinde on ne pouvait pas souhaiter mieux. »

« Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’Histoire nous enseigne. »

Aldous Huxley

Une chose est sĂ»re : la dignitĂ© humaine la plus Ă©lĂ©mentaire n’est pas innĂ©e chez tout un chacun, et le seul moyen d’y remĂ©dier en partie est de vivifier la vie intellectuelle de son pays et en ressuscitant la culture en lui donnant de nouvelles formes de noblesse. Mais comme tout le monde le sait, c’est l’inverse qui a lieu. La culture Ă©mane bien plus, de nos jours, des multinationales que des initiatives d’un État et de ses intellectuels. De fait, celle-ci se rĂ©sume au « McDonald and Coca-Cola’s way of life ». Elle ne se contente pas seulement de faire perdre au citoyen les sens plus subtils que les cinq organiques, mais s’applique Ă©galement Ă  atrophier ces derniers en encourageant les gens Ă  manger de plus en plus mal, ce qui rend leur santĂ© plus fragile pour le plus grand bonheur des industries pharmaceutiques et leur personnalitĂ© plus grossière encore. On est ce que l’on pense tout comme on est ce que l’on mange.

En outre, les nouvelles gĂ©nĂ©rations semblent de plus en plus apprĂ©cier de faire vanitĂ© de leurs vices, et adopter les aspects les plus grossiers et Ă©goĂŻstes de l’homme comme seule rĂ©alitĂ© de l’existence. Le rejet des anciennes valeurs, qu’elles soient liĂ©es Ă  la hiĂ©rarchie dans la famille ou Ă  la religion, est le principal responsable de cela. Certaines coutumes ridicules disparaissent Ă  juste titre, mais les valeurs conduisant au respect, Ă  la luciditĂ©, Ă  la volontĂ© de dĂ©passement de soi-mĂŞme et autre ont aussi fortement tendance Ă  subir cet aveugle processus. Le mouvement de masse n’est effectivement pas dotĂ© d’assez de subtilitĂ© pour distinguer ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, et se contente de rejeter tout en bloc parce qu’il assimile certains Ă©lĂ©ments d’une mentalitĂ© au restant de tous les aspects de cette dernière. Il se bâtit ensuite sur les valeurs opposĂ©es Ă  celles qu’il a dĂ©truit.

DĂ©sormais, on ne respecte plus celui qui aime connaĂ®tre et comprendre les choses de la vie, mais on le discrĂ©dite et le craint, car le mouvement de masse considère comme plus appropriĂ© de profiter seulement de l’excitation des sens que procure certaines choses de la vie. De fait, on passe du rĂ©flĂ©chi au pur ressenti, et on tente d’accentuer ce dernier de la façon la plus forte et la plus grossière qui soit, c’est-Ă -dire en recourant aux alcools et aux drogues pour pimenter les joies d’une existence qui s’avère dès lors bien inutile…

La discipline, la pudeur et la sagesse sont abandonnĂ©es au profit de ce qui procure plus de sensations. Les chances d’accĂ©der Ă  la sagesse et Ă  une attitude digne sont elles-mĂŞmes rĂ©duites Ă  nĂ©ant par la destruction des facultĂ©s plus subtiles de percevoir les rĂ©alitĂ©s du monde, puisqu’on ne considère dĂ©sormais plus que ce qui est purement tangible et matĂ©riellement accessible, soit ce que l’on peut voir, toucher, sentir, entendre et goĂ»ter comme seule rĂ©alitĂ©.

Les gĂ©nĂ©rations passĂ©es considĂ©raient volontiers l’argent comme source première de pouvoir, mĂŞme si l’on peut se demander avec justesse quelle importance a le moyen d’avoir du pouvoir si l’on ne dispose pas des connaissances appropriĂ©es pour savoir comment bien s’en servir. Or, les jeunes d’aujourd’hui semblent se sentir peu concernĂ©s par les dignes perspectives d’avenir ; leur personnalitĂ© est si affaiblie par leur environnement extĂ©rieur que la majoritĂ© d’entre eux est plus que jamais disposĂ©e Ă  embrasser une mentalitĂ© d’esclave. Ce n’est pas tant que la volontĂ© de pouvoir leur manque, mais ils sont tellement perdu dans le tourbillon de leurs sens qu’ils n’ont aucune idĂ©e de ce qu’avoir sa destinĂ©e en main signifie vraiment.

« Ce n’est pas un gage de bonne santĂ© que d’ĂŞtre bien intĂ©grĂ© dans une sociĂ©tĂ© profondĂ©ment malade.« 

J.Krishnamurti

Les nouveaux courants culturels sont Ă©galement nombreux Ă  rĂ©clamer plus de « libertĂ© ». Après tout, ne sommes-nous pas en dĂ©mocratie ? Mais qu’est-ce au juste que la libertĂ© ? D’après le Larousse 2007, la libertĂ© est l’Ă©tat de quelqu’un qui n’est pas soumis Ă  la servitude, et peut donc agir sans entraves. Mais ne naĂ®t-il pas un certain danger en officialisant une dĂ©finition aussi vague ?

En effet, si les conditions dans lesquelles nous nous sentons libres sont celles oĂą nous pouvons faire ce que nous voulons, exaucer le moindre de nos dĂ©sirs, peut-on considĂ©rer qu’une telle libertĂ© appliquĂ©e chez tous aura des effets bĂ©nĂ©fiques sur la sociĂ©tĂ© ? Il paraĂ®t clair que non, car cette « libertĂ© » serait synonyme de chaos et conduirait rapidement Ă  une forme de servitude des plus perverses.

Comme le dit le dicton populaire « ta libertĂ© s’arrĂŞte lĂ  oĂą commence celle d’autrui », on ne peut plus parler de libertĂ© si l’exercice des dĂ©sirs d’une personne empĂŞche un autre individu d’ĂŞtre en condition de garder son confort et sa propre libertĂ©. Pour prendre un exemple simple, on ne pourra pas parler d’exercice de la libertĂ© si un habitant empĂŞche son voisin de dormir en faisant hurler de la musique en pleine nuit pour contenter son simple plaisir.

Il paraĂ®t donc bien plus rĂ©aliste de dire que la libertĂ© est la facultĂ© qui permet Ă  un individu de faire des choix qui permettent la satisfaction des besoins qui garantissent sa dignitĂ©, tout en respectant la dignitĂ© d’autrui. Karl Jaspers disait que « Lorsqu’on mutile la libertĂ© de l’homme, cette libertĂ© que Dieu a créée et qui se rapporte Ă  lui, on mutile prĂ©cisĂ©ment ce par quoi Dieu, indirectement, s’annonce. ». Il n’en reste pas moins que des conditions d’existence aussi fragiles sont difficiles Ă  faire appliquer au plus grand nombre…

Et c’est bien parce que cette difficultĂ© relève carrĂ©ment de l’impossibilitĂ© que notre sociĂ©tĂ© est plongĂ©e dans un plus grand chaos civil qu’autrefois. La majoritĂ© des gens confondent malheureusement les deux façons d’aborder la libertĂ© que nous avons citĂ©es ; une libertĂ© plus chaotique et Ă©goĂŻste, et une autre respectueuse des lois de la vie et de son entourage, qui est la seule qui soit digne de porter le nom de libertĂ©. Une libertĂ© qui a pour seul objectif la satisfaction sans entraves de tous les dĂ©sirs de l’individu n’est effectivement pas une libertĂ©, mais une forme de servitude. En effet, en s’habituant Ă  rĂ©pondre systĂ©matiquement Ă  leurs moindres envies sans considĂ©ration morale, les gens qui agissent ainsi deviennent esclaves d’eux-mĂŞmes, de leurs propres pulsions. Ainsi, en plongeant dans l’esclavage du dĂ©sir et de l’Ă©goĂŻsme, ils deviennent de plus en plus incapables d’avoir recours Ă  des façons plus subtiles de percevoir que les cinq sens, telles que la rĂ©flexion, l’empathie ou l’intuition.

Dans leur addiction, ils exigent de plus en plus de « libertĂ©s », qui les rendront encore plus esclaves d’eux-mĂŞmes, alors qu’ils ne se sont mĂŞme pas attachĂ©s Ă  cultiver leurs libertĂ©s fondamentales, comme le disait Sören Kierkegaard : « Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertĂ©s qu’ils possèdent, mais rĂ©clament celles qu’ils ne possèdent pas ». Mais puisqu’ils ont de la libertĂ© la dĂ©finition qu’elle est ce qui permet d’agir sans entraves, ils se pensent libres. Or, comme le disait Johann Wolfgang Von Goethe, « Nul n’est plus dĂ©sespĂ©rĂ©ment esclave que celui qui croit le plus faussement ĂŞtre libre ». Alors, ces « esclaves » empoisonnent la sociĂ©tĂ© qui devient de plus en plus chaotique au fur et Ă  mesure qu’elle est rongĂ©e par ce type de pensĂ©e. Ces nouveaux « esclaves » sont si dĂ©connectĂ©s des rĂ©alitĂ©s du monde et de la nature qu’un profond malaise finit par accompagner leur existence dĂ©pravĂ©e, malaise qui s’exprime par de nouveaux faits de criminalitĂ© et de dĂ©linquance de mĂŞme qu’une consommation accrue de drogues et d’alcools dans l’optique d’Ă©chapper aux souffrances causĂ©es par sa propre perdition au lieu de les affronter.

Ces conditions sont alors un terreau fertile Ă  l’Ă©tablissement d’une dictature implicite. Les « esclaves » sont perdus dans une cĂ©citĂ© si profonde et une bestialitĂ© telle qu’ils n’ont cure des problèmes de leur pays et encore moins de ceux du monde. Ils se contentent alors de faire tourner le moteur de la sociĂ©tĂ© de consommation en achetant de façon compulsive une quantitĂ© de choses dont la majoritĂ© d’entre elles ne servira qu’Ă  les pousser encore plus profondĂ©ment dans le matĂ©rialisme dans lequel ils se confortent et dont ils ne veulent surtout pas sortir car il serait trop douloureux de prendre conscience qu’ils ont bâti leur vie sur une erreur. Repoussant par instinct de survie tout ce qui pourrait le leur faire apparaĂ®tre clairement, ils deviennent plus mallĂ©ables que jamais par tous les dĂ©cideurs en matière de politique et d’Ă©conomie qui emmènent ce troupeau dans le sens qu’ils dĂ©sirent en lui promettant de conserver son innocence en n’inondant les moutons qui constituent ce troupeau que de mensonges qui concordent avec leur simplicitĂ© d’esprit. AndrĂ© Maurois disait que « Les abus de la libertĂ© tueront toujours la libertĂ© ». Un dictateur bien connu, Benito Mussolini, avait lui-mĂŞme dĂ©clarĂ© « Il y a des libertĂ©s ; la libertĂ© n’a jamais existĂ© ». RabindranĂ th Tagore, lui, a dit tout aussi justement que « Il est aisĂ© d’Ă©craser, au nom de la libertĂ© extĂ©rieure, la libertĂ© intĂ©rieure de l’homme ». Platon Ă©crivait dĂ©jĂ  Ă  son Ă©poque, dans « La RĂ©publique », que « si les citoyens n’ont plus de respect envers la sociĂ©tĂ© dans laquelle ils vivent, si les enfants ne respectent plus l’autoritĂ© de la hiĂ©rarchie familiale, alors, un pas dĂ©cisif vers la tyrannie a Ă©tĂ© franchi ».

« Les consĂ©quences de nos actions sont des Ă©pouvantails pour les lâches, et des rayons de lumière pour les sages. »

Aldous Huxley

Pour ce qui est de l’enseignement, il semble que ceux qui en ont la responsabilitĂ© soient dĂ©sireux d’Ă©tablir un certain fossĂ© entre l’enseignement primaire/secondaire et l’enseignement supĂ©rieur. L’Ă©cart s’agrandit donc entre les 15% de la population qui ont eu accès Ă  des Ă©tudes universitaires et les 85 autres %, ce qui contribue Ă  faciliter la domination implicite ou explicite des 15% sur les 85%. En effet, cette majoritĂ© de la population aura Ă©tĂ© bien peu Ă©duquĂ©e lors de leurs Ă©tudes secondaires, car mĂŞme dans la section gĂ©nĂ©rale, le programme proposĂ© est plus infantilisant qu’instructif. Ainsi, nombre d’Ă©lèves qui terminent leurs humanitĂ©s Ă  18 ans restent très insuffisamment formĂ©s Ă  la citoyennetĂ© et ont un niveau de culture mĂ©diocre, car les programmes scolaires n’ont jamais prĂ©tendu les Ă©duquer sur ces sujets pourtant importants, mais avaient plutĂ´t pour objectif d’en faire de bonnes machines Ă  travailler rĂ©ceptives aux attentes de l’État et des entreprises. Seuls ceux qui se sont cultivĂ©s sur le cĂ´tĂ© et ceux qui ont eu accès par la suite Ă  des Ă©tudes universitaires ont pu atteindre un bon niveau d’instruction. MalgrĂ© tout, le niveau de notre enseignement reste l’un des plus Ă©levĂ©s au monde… Et c’est presque inquiĂ©tant puisque bien peu de matières abordĂ©es contribuent rĂ©ellement Ă  construire la personnalitĂ© de l’Ă©lève sur de bonnes bases. En outre, ne doutons pas que les rĂ©sultats de sondages sur les connaissances gĂ©ographiques de jeunes français ne varieraient pas significativement des mĂ©diocres rĂ©sultats amĂ©ricains… Comment pourrait-on arriver Ă  une sociĂ©tĂ© juste et bien bâtie si 85% de la population ne comprend pas suffisamment notre sociĂ©tĂ© et n’en connaĂ®t pas assez d’aspects dĂ©cisifs ? Comment faire en sorte que ces 85% de la population ne soient pas extrĂŞmement mallĂ©ables et ne se laissent toujours manipuler par les politiciens et les entreprises pour en arriver Ă  un rĂ©sultat qui rĂ©jouit ces derniers mais dĂ©savantage tout Ă  fait les gens qui leur ont permis d’en arriver lĂ  ?

« L’idĂ©alisme est la noble toge dont les hommes politiques drapent leur volontĂ© de puissance. »

Aldous Huxley

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

mai 18 2009

La stratégie de Benoît XVI: « Une croisade pour le Nouvel Ordre Mondial »

Régis Mex, Mecanopolis

Suite aux divers Ă©vĂ©nements en provenance du Vatican, que ce soit la polĂ©mique autour des propos de BenoĂ®t XVI dĂ©courageant l’utilisation du prĂ©servatif ou son voyage auprès des communautĂ©s juives et musulmanes en Terre Sainte, il m’a paru intĂ©ressant de reprendre quelques informations visant Ă  cerner la stratĂ©gie du Vatican. Bien sĂ»r, il n’est aucunement dans mon intention de critiquer la religion en elle-mĂŞme, mais bien la politique (car c’est bien de cela qu’il s’agit) que mènent ses reprĂ©sentants par son biais.

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Christian Terras, catholique de 56 ans qui avait notamment dĂ©noncĂ© l’affaire des prĂŞtres pĂ©dophiles en Suisse, est le poil Ă  gratter du Vatican depuis maintenant 15 ans. Directeur de la revue progressiste «Golias», il explique ce qui sous-tend, selon lui, les propos de BenoĂ®t XVI:

« BenoĂ®t XVI propose un idĂ©al sectaire et totalitaire si l’on met en parallèle cette morale catholique en tant que telle et la situation africaine. Ce n’est malheureusement pas nouveau. L’an dernier, les ONG humanitaires catholiques ont Ă©tĂ© rĂ©unies Ă  Rome. Le Vatican voulait peser contre les campagnes qui font du prĂ©servatif un passage obligĂ©. Il faut lire cette volontĂ© dans le sens du message de BenoĂ®t XVI dans l’avion. Il ne veut pas tomber dans la mĂ©canisation Ă©thique du prĂ©servatif. »

3409248794_7857c359b0« Cela commence Ă  bien faire; depuis quatre ans, il y a une accumulation de gaffes. Sur les musulmans Ă  Ratisbonne, sur les Nazis Ă  Auschwitz, une «bande de criminels», sur les peuples d’AmĂ©rique du Sud qui n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s de manière violente… Puis la levĂ©e des excommunications des Lefebvristes, en janvier dernier, dont le nĂ©gationniste Williamson, et enfin l’excommunication par un prĂ©lat brĂ©silien d’une mère qui a fait avorter sa fille de 9 ans, violĂ©e par son beau-père et enceinte de lui, qu’il a approuvĂ©… »

« Il y a autre chose derrière l’irresponsabilitĂ© de ces dĂ©clarations. Il agit en fait dans le cadre d’une stratĂ©gie concertĂ©e. Il est en croisade pour un nouvel ordre mondial. Une croisade contre ce que BenoĂ®t XVI appelle le relativisme, une stratĂ©gie concertĂ©e contre le monde moderne et ses Ă©volutions en matière de famille, de bioĂ©thique, de santĂ© (le dĂ©bat sur l’euthanasie). Or, BenoĂ®t XVI n’a de cesse de remonter le temps, d’instrumentaliser la tradition chrĂ©tienne, la loi naturelle et Saint Thomas d’Aquin par exemple. Depuis plusieurs dĂ©cennies, les mĂ©decins chrĂ©tiens avaient commencĂ© Ă  faire bouger les lignes sur le prĂ©servatif. Un certain nombre d’Ă©vĂŞques avaient fait montre de pragmatisme: si le prĂ©servatif peut permettre de sauver des vies, bon… Mais Josef Ratzinger, lorsqu’il Ă©tait prĂ©fet de la congrĂ©gation et garant de l’orthodoxie romaine, avait mis Ă  mal ce travail progressiste, en faisant condamner 1.000 thĂ©ologiens, dont 200 thĂ©ologiens moralistes selon mes recherches. L’Eglise a laminĂ© toute la pensĂ©e thĂ©ologique qui travaillait sur une nouvelle morale catholique moderne et adaptĂ©e, en prenant en compte les progrès de la science, de l’anthropologie, le statut de la femme. C’est une stratĂ©gie suicidaire, je pense qu’il est dangereux. »

Les propos polĂ©miques sur l’usage du prĂ©servatif font donc partie, en fait, d’une stratĂ©gie de communication qui vise une certaine fortification de l’identitĂ© de l’Église, une certaine radicalisation. Ce qui est paradoxal, c’est l’ouverture que semble pourtant pĂ©riodiquement accorder BenoĂ®t XVI aux autres religions. Lors de son voyage en Jordanie, le Pape a effectivement prĂ©cisĂ© : « Nous pouvons dire que ces prĂ©cieuses initiatives ont obtenu de bons rĂ©sultats en favorisant la promotion d’une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman mettant en Ă©chec les prĂ©dications de ceux qui considèrent inĂ©vitables la violence et les conflits.» Il est indiscutable qu’Ă  l’heure oĂą les tensions entre communautĂ©s judĂ©o-chrĂ©tiennes et musulmanes sont grandes, l’initiative de BenoĂ®t XVI va dans le bon sens puisqu’elle s’inscrit dans la recherche d’une rĂ©conciliation. Cependant, il pourrait se cacher quelque chose de moins noble derrière cette volontĂ© de promouvoir « une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman ». Dans ces temps de mondialisme effrĂ©nĂ©, il n’est pas impossible que le mot « alliance » soit lourd de nuances. Pour se faire une meilleure idĂ©e sur la portĂ©e de ce terme, il faut se rĂ©fĂ©rer Ă  un extrait d’un ancien discours de NoĂ«l du Pape:

Le 24 dĂ©cembre 2005, BenoĂ®t XVI a dĂ©livrĂ© son message de NoĂ«l : « La force vivifiante de sa lumière (de Dieu) t’encourage Ă  t’engager dans l’Ă©dification d’un Nouvel Ordre Mondial, fondĂ© sur de justes relations Ă©thiques et Ă©conomiques. Que son amour guide les peuples et Ă©claire leur conscience commune d’ĂŞtre une famille appelĂ©e Ă  construire des relations de confiance et de soutien mutuel. L’humanitĂ© unie pourra affronter les problèmes nombreux et prĂ©occupants du monde prĂ©sent.»

Les propos du supĂ©rieur gĂ©nĂ©ral de l’Ordre des JĂ©suites, surnommĂ© le « Pape Noir », Peter-Hans Kolvenbach, n’en sont pas moins intriguants. Dans un discours tenu en 1997, ce prince de l’Église a rĂ©affirmĂ© la nĂ©cessitĂ© de l’unitĂ© dans des termes proches de l’ĂŠtre suprĂŞme : « L’homme de foi est intimement convaincu que l’histoire de l’union humaine peut ĂŞtre Ă©crite en collaboration avec le Seigneur de l’Histoire. L’Ă©chec de la tour de Babel n’est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phĂ©nomène pentecostal oĂą chacun, avec ses particularitĂ©s, se fait communion avec l’esprit.»

Mais les propensions de l’Église envers le Nouvel Ordre Mondial ne s’arrĂŞtent pas lĂ . Le rapport aux Ă©vĂŞques de la COMECE (Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne) intitulĂ© « Gouvernance mondiale: Notre responsabilitĂ© pour que la mondialisation devienne une opportunitĂ© pour tous», contient, entre autre, les lignes suivantes:

« Nous accueillons chaleureusement ce rapport, plus particulièrement, au nom de la Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne (COMECE) dont la tâche est de surveiller et de commenter la politique de l’Union europĂ©enne. Une conclusion clĂ© du texte suivant est que l’UE, Ă©tant donnĂ© sa genèse, son architecture, la comprĂ©hension qu’elle a d’elle-mĂŞme, ainsi que ses responsabilitĂ©s dans des domaines politiques comme le commerce, la concurrence et la coopĂ©ration au dĂ©veloppement, a un rĂ´le crucial Ă  jouer dans la transformation de l’ordre international existant en un système de gouvernance mondiale . Nous considĂ©rons que l’Union europĂ©enne est un modèle pionnier d’intĂ©gration rĂ©gionale et qu’elle constitue un exemple pour l’avenir de la gouvernance dans de nombreuses autres rĂ©gions du monde, malgrĂ© son expĂ©rience encore naissante et donc, contingente, dans certains domaines politiques. Nous espĂ©rons que ce rapport contribuera Ă©galement Ă  ranimer la rĂ©flexion et le dĂ©bat public sur la signification profonde de l’intĂ©gration europĂ©enne.»

« Les Ă©conomies ouvertes ne tiendront pas sans la volontĂ© des Etats de s’ouvrir Ă©galement sur le plan politique. Dans un monde marquĂ© par une interdĂ©pendance croissante, l’Union europĂ©enne est un exemple unique et convaincant d’un système de gouvernance basĂ© sur la coopĂ©ration politique supranationale et multilatĂ©rale. En outre, la volontĂ© politique d’aboutir Ă  un système de gouvernance mondiale et de le maintenir doit ĂŞtre soutenue par des convictions et des valeurs fermes.»

« L’ implication des Eglises et des autres communautĂ©s religieuses, des ONG et des entreprises privĂ©es, ainsi que des Etats et des blocs rĂ©gionaux dans la gouvernance mondiale: Les Eglises et les autres religions peuvent s’informer et informer leurs fidèles sur les dĂ©fis globaux et les encourager Ă  prendre leurs responsabilitĂ©s. Les problèmes de la gouvernance mondiale doivent ĂŞtre inclus dans des programmes d’enseignement et de catĂ©chèse. Les Eglises pourraient faire du thème de la gouvernance mondiale un sujet de dialogue oecumĂ©nique et interreligieux. Au sein de l’Eglise catholique, par exemple, le rĂ©seau d’universitĂ©s, les commissions â€Justice et Paix’ et les «Semaines sociales» pourraient ĂŞtre une ressource Ă  utiliser fidèles Ă  leurs mandats initiaux pour contrĂ´ler et analyser les dĂ©veloppements.»

Ă la lumière de ceci, les motivations mondialistes de l’Église nous apparaissent clairement, tout comme le fait que cette mĂŞme Église outrepasse le cadre purement spirituel dans lequel son pouvoir est censĂ© ĂŞtre restreint pour s’immiscer dans le domaine temporel, politique. Parmi les plus influentes personnalitĂ©s du Vatican règne donc une corruption manifeste, qui explique sans doute pourquoi les Ă©lites ecclĂ©siastiques oeuvrent de temps Ă  autres pour le rapprochement des communautĂ©s, et le reste du temps Ă  la solidification de leur identitĂ© propre. En effet, en ce qui concerne la radicalisation du christianisme, BenoĂ®t XVI mènerait sa propre politique, et serait influencĂ© par les pressions politiques qui sont exercĂ©es au sein du Vatican de sorte Ă  appuyer le mondialisme de temps Ă  autre, en donnant Ă  ce courant une touche religieuse qui permet de le faire d’autant mieux passer dans les pensĂ©es des croyants qui seront plus enclins Ă  considĂ©rer le mondialisme comme une bonne chose, voire Ă  le rendre inconsciemment acceptable au plus grand nombre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui ne sont de toute façon pas conscients de ce que reprĂ©sentent les dĂ©clarations du Pape sur le Nouvel Ordre Mondial.

En outre, bien que cela ne soit pas directement liĂ©, il n’est pas impossible que certains des reprĂ©sentants de notre Ă©lite occidentale veuillent encourager des mesures, dans les pays musulmans corrompus et dĂ©sireux de satisfaire les volontĂ©s de l’axe amĂ©ricano-europĂ©en, qui puissent rendre peu Ă  peu l’Islam assimilable Ă  l’esprit de consommation, tout comme le concile de Vatican II y avait contribuĂ© vis-Ă -vis du christianisme. En attestent les propos de Ralph Peters, auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratĂ©gie et des relations internationales:

« Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et MĂ©dine Ă©taient dirigĂ©s par un Conseil reprĂ©sentatif tournant issu des principales Ă©coles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un État sacrĂ© islamique – une sorte de super Vatican musulman – oĂą l’avenir de la foi serait dĂ©battu au lieu d’ĂŞtre arbitrairement fixĂ©. » Soit une sorte d’Islam des Lumières Ă©laborĂ© au cĹ“ur de cet État sacrĂ© islamique qui permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils Ă©pousent pleinement la philosophie mondialiste.

D’autres Ă©lĂ©ments contribuent Ă  renforcer le rĂ´le de la religion chrĂ©tienne en l’utilisant Ă  des fins politiques. Les actions en ce sens de Nicolas Sarkozy sont particulièrement connues parce qu’elles sont en dĂ©saccord avec le statut laĂŻc de la France.

On ne peut effectivement s’empĂŞcher de penser que la croyance et l’espĂ©rance, dont Nicolas Sarkozy parle benoit-xvi-21avec constance, sont prĂ©cisĂ©ment les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. « Pas de pouvoir sans croyance », disait Paul ValĂ©ry. L’exposition sans retenue de ses interrogations mĂ©taphysiques procède aussi de cette logique-lĂ . Qu’importent la rĂ©alitĂ© et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, Ă  laquelle les AmĂ©ricains sont habituĂ©s depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

Il a dĂ©taillĂ© ses convictions dans un livre, la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance » , paru en 2004, ouvrage qui s’insère dans une bibliographie dont les titres ont un Ă©trange parfum d’encyclique ou de prĂŞche Ă©sotĂ©rique : « Ensemble », « TĂ©moignage libre », « Au bout de la passion : l’Ă©quilibre ». Et s’il est vrai qu’un responsable politique Ă©crit gĂ©nĂ©ralement la biographie d’hommes auxquels il voudrait secrètement qu’on le compare, alors le titre de son ouvrage sur Georges Mandel, « Le Moine de la politique », laisse songeur.

Dès les premières pages de la RĂ©publique, tout est dit : « Je considère que, toutes ces dernières annĂ©es, on a surestimĂ© l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux et la question spirituelle ont Ă©tĂ© très largement sous-estimĂ©es.» On remarquera, en outre, que cette phrase opère un Ă©tonnant rapprochement entre le fait religieux, phĂ©nomène social qui ressort de la sphère publique, et la question spirituelle, en principe exclusivement privĂ©e, elle.

Explication de texte, par l’auteur : « Le fait religieux est un Ă©lĂ©ment primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrĂŞte pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laĂŻcitĂ©. Pas mĂŞme la vision d’une laĂŻcitĂ© indiffĂ©rente. Je crois au besoin religieux pour la majoritĂ© des femmes et des hommes de notre siècle. La place de la religion dans la France de ce dĂ©but de troisième millĂ©naire est centrale. »

Il faut Ă©voquer la rĂ©ception, en grande pompe, au ministère des Finances, de l’acteur Tom Cruise, dont personne n’ignorait alors qu’il Ă©tait le porte-parole de la scientologie.

Il faut lire Sarkozy, toujours dans la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance », lorsqu’il reconnaĂ®t « la lĂ©gitimitĂ© de certaines des nouvelles religiositĂ©s », estimant que le mot secte « est parfois utilisĂ© abusivement contre des mouvements spirituels nouveaux ». Nouveau mouvement spirituel, ce qualificatif est prĂ©cisĂ©ment celui dont se rĂ©clame la scientologie, secte pourtant parmi les plus dangereuses, aux dires mĂŞme des pouvoirs publics. Il est vrai, comme l’exprimera Nicolas Sarkozy, que les « sectaires » sont les autres, ceux qui ont fait de la laĂŻcitĂ© une « laĂŻcitĂ© de combat ». InquiĂ©tant dĂ©voiement du sens des mots.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

avr 22 2009

«The Obama Deception», un film d’Alex Jones (VOSTFR)

Chevalier Jedi, Mecanopolis

Le PrĂ©sident Barack Obama n’est-il qu’un instrument dans un plan concertĂ© ayant pour but de mettre en place un « gouvernement mondial » ? Quelle est la vraie nature de son programme ? Ce sont Ă  ces questions que tente de rĂ©pondre Alex Jones, le fondateur du site PrisonPlanet.com, avec son nouveau film « The Obama Deception ».

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Alex Jones pense que Barack Obama poursuit le processus de transformation de l’AmĂ©rique, afin de lui imposer un rĂ©gime tel que celui de l’Allemagne nazie. Une idĂ©e qui supposerait la mise en place d’un enrĂ´lement obligatoire dans le Service National, l’encouragement Ă  la dĂ©lation, l’espionnage des communications, la suppression du second amendement de la Constitution des Etats-unis, l’ouverture des camps d’internement de la FEMA et l’instauration de la Loi Martiale.

Selon Jones, ceux qui manipulent Obama annoncent dĂ©jĂ  ouvertement la crĂ©ation d’une nouvelle Banque Mondiale qui contrĂ´lera toutes les nations du monde grâce Ă  la taxe-carbone et le recourt aux forces armĂ©es. « L’internationale des banques » aurait orchestrĂ© et planifiĂ© la faillite financière gĂ©nĂ©ralisĂ©e pour mettre en place un « Gouvernement Mondial ».

L’objectif serait de piller les classes moyennes, de supprimer les retraites et d’imposer son contrĂ´le sur tous les Ă©tats d’AmĂ©rique, de sorte que les populations soient totalement dĂ©pendantes de Washington. Ainsi, les « élites » utiliseraient Obama pour endormir le public, afin de rĂ©aliser l’Union Nord-AmĂ©ricaine par surprise, initier une nouvelle « guerre-froide », et poursuivre l’occupation de l’Irak et l’Afghanistan.

Voici, dans les grandes lignes, les questions qu’aborde « The Obama Deception » d’Alex Jones, que nous vous proposons de dĂ©couvrir.

Il est possible de télécharger la vidéo au format DIVX sur mininova

Le document .srt est téléchargeable ici

Chevalier Jedi, pour Mecanopolis

avr 22 2009

Le progrès, moteur principal du capitalisme ?

Par Michel Musolino

Une des approches les plus fertiles du capitalisme et de sa dynamique est sans doute celle de Joseph Schumpeter. Cet Autrichien, Ă©phĂ©mère ministre de l’Ă©conomie et directeur de banque (avec des rĂ©sultats mitigĂ©s) puis professeur Ă  Harvard, entame sa rĂ©flexion par le constat de l’impossibilitĂ© d’avoir une quelconque analyse dynamique sur la base des schĂ©mas nĂ©oclassiques. L’essentiel de son Ĺ“uvre (« La ThĂ©orie de l’Ă©volution Ă©conomique » (1912) et « Capitalisme, socialisme et dĂ©mocratie » (1942), est consacrĂ© Ă  l’Ă©tude de la dynamique du capitalisme.

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Selon Schumpeter, la dynamique du capitalisme qui rompt avec des économies à « flux stationnaire » est due à trois éléments :

  1. La propriété privée
  2. L’innovation
  3. Le crédit

La propriĂ©tĂ© privĂ©e rompt avec un des caractères saillants des Ă©conomies stationnaires : la solidaritĂ©. Or la solidaritĂ© inhibe la prise de risque, puisqu’elle a comme but de le limiter (comme les corporations au Moyen Ă‚ge). Le capitalisme est au contraire fondĂ© sur l’acceptation du risque. L’innovation et le crĂ©dit sont deux formes de prise de risque. Dans les deux cas, il s’agit d’un pari sur l’avenir. On sait qu’il a fallu une triple rĂ©volution culturelle (la Renaissance, la RĂ©forme, les Lumières) pour en arriver lĂ . Les individus capables d’assumer ces risques sont, d’après une dĂ©finition de Keynes, « des hommes au tempĂ©rament sanguin et d’esprit constructif, jouant un jeu mixte d’adresse et de hasard ».

Dans ce jeu, l’entrepreneur et le banquier font la paire : l’un imagine et innove, l’autre calcule et pondère. L’innovation est mise en Ĺ“uvre par l’entrepreneur, vĂ©ritable hĂ©ros du capitalisme selon Schumpeter. L’innovation ne doit pas ĂŞtre confondue ni avec la dĂ©couverte ni avec l’invention. Elle ne peut ĂŞtre que l’introduction de celles-ci dans le processus productif ou marchand. Elle prend cinq formes :

  1. Introduction d’un bien nouveau
  2. Mise en Ĺ“uvre d’une nouvelle mĂ©thode de production
  3. Mise en Ĺ“uvre de nouvelles formes d’organisation
  4. Découverte de nouvelles sources de matières premières
  5. Conquête de nouveaux débouchés

La mise en Ĺ“uvre d’une innovation entraĂ®ne d’autres innovations : une diffusion en tâche d’huile s’opère dans l’Ă©conomie. C’est le phĂ©nomène des « grappes d’innovations ». On peut imaginer les innovations comme des cerises dans un panier, encore faut-il saisir ce qui les relie l’une Ă  l’autre. Si on prend le cas des innovations dans le textile au cours de la rĂ©volution industrielle, on a une bonne explication du phĂ©nomène.

Dans le textile, il existe deux activitĂ©s liĂ©es : la filature et le tissage. L’une travaille pour l’autre et ensemble elles doivent satisfaire une demande croissante. C’est cette pression de la demande qui pousse les entrepreneurs Ă  innover. Les tisserands savent que, s’ils rĂ©ussissent Ă  produire plus rapidement des tissus, ils vont les vendre sans problème. Ils cherchent, donc ils trouvent. La production de tissus s’accĂ©lère, mais un goulet d’Ă©tranglement se prĂ©sente : la filature ne suit pas. C’est maintenant au tour du fileur de ressentir les affres de son incapacitĂ© Ă  satisfaire la demande. Cette pression va le pousser Ă  innover Ă  son tour. Ă€ ce moment-lĂ , c’est de nouveau le tissage qui ne se fait pas assez vite… On assiste ainsi Ă  une sorte d’impĂ©ratif de l’innovation, qui fonctionne en cascade tant que la pression de la demande se maintient.

Ă€ la fin du XVIIIe siècle, les machines Ă  tisser les plus modernes avaient huit broches ; cinquante ans plus tard, elles en comptaient 1620 ! Le mĂŞme genre de synergie, avec une vitesse accrue, a touchĂ© les deux secteurs de l’informatique (hardware et software, matĂ©riel et logiciel), Ă  la fin du XXe siècle, Aujourd’hui, une voiture de gamme moyenne-supĂ©rieure a une capacitĂ© de traitement l’information d’un Airbus des annĂ©es 1980.

La mise en Ĺ“uvre des innovations a comme consĂ©quence l’apparition d’une pĂ©riode d’expansion. L’expansion, par la pression qu’elle exerce sur les matières premières, les salaires et, Ă©ventuellement, les taux d’intĂ©rĂŞt, entraĂ®ne la hausse des prix. Cette hausse des prix n’est supportĂ©e que par les entreprises ayant innovĂ©, puisque l’innovation leur assure de forts profits, notamment dans la phase d’exploitation exclusive de l’innovation, qui leur donne une situation de monopole. Les autres entreprises sont laminĂ©es par la hausse des prix : elles font faillite et disparaissent. Ce processus, oĂą les entreprises innovantes remplacent les entreprises routinières, est ce que Schumpeter appelle la « destruction crĂ©atrice » : « Ce processus de destruction crĂ©atrice constitue la donnĂ©e fondamentale du capitalisme ; c’est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon grĂ© mal grĂ©, s’y adapter. »

Rejetant la vision classique, inĂ©vitablement engluĂ©e dans un univers statique, Schumpeter critique le problème gĂ©nĂ©ralement posĂ© « d’Ă©tablir comment le capitalisme gère les structures existantes alors que le problème qui importe est celui de dĂ©couvrir comment il crĂ©e, puis dĂ©truit ces structures… » (J.Schumpeter, « Capitalisme, socialisme et dĂ©mocratie »)

Michel Musolino

Michel Musolino est professeur d’économie en classes préparatoires à HEC et auteur de L’imposture économique

jan 24 2009

L’indispensable rupture avec l’empire financier

Par Jacques Cheminade

Cette crise n’est pas seulement une crise financière, ni sociale, ni une rĂ©cession Ă©conomique. C’est plus qu’une dĂ©pression, c’est une crise de tout le système avec lequel nous vivons depuis plus de quarante ans. Il faut en expliquer l’enjeu pour ne pas tomber dans les pièges qui nous sont tendus.

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Ce qui s’effondre, c’est un casino monĂ©taire, financier et boursier, c’est un rĂ©gime de privatisation dans lequel quelques forts gagnent et les autres perdent toujours. Ce qui s’effondre, c’est une conception de l’homme dĂ©finie par le gain immĂ©diat et la possession. Comble de l’ignominie, les coupables, les Gordon Brown, les George W. Bush, les Henry Paulson et les Peter Mandelson, les croupiers du casino libĂ©ral anglo-amĂ©ricain, font intervenir les Etats pour sauver la banque. Ils crĂ©ent des holdings bancaires comme au temps de Benito Mussolini et de Hjalmar Schacht, et offrent du cash aux spĂ©culateurs pour les renflouer. Les Etats avalent ainsi leurs effets toxiques et vont s’empoisonner jusqu’Ă  devenir eux-mĂŞmes insolvables.

Pour effacer cette dette irremboursable, leur « solution » est l’hyperinflation. Au dĂ©triment des salariĂ©s, des retraitĂ©s, des titulaires de minima sociaux, qui deviendront encore plus victimes. Ils savent qu’ils crĂ©eront ainsi les conditions de rĂ©voltes allant des classes populaires jusqu’aux classes moyennes. C’est pourquoi ils divisent pour rĂ©gner, parrainent des provocateurs et mettent en place des moyens d’Etat policier (passeports biomĂ©triques, fichiers de toutes sortes, camĂ©ras de surveillance, drones et unitĂ©s de Robocop pour les banlieues). La City de Londres, centre des opĂ©rations financières mondiales, Wall Street et leurs associĂ©s ont en tĂŞte la mĂŞme logique que celle des annĂ©es trente, lorsqu’ils mirent le pied d’Hitler Ă  l’Ă©trier de l’histoire.
Cependant, cette fois, le fascisme financier qui vient opĂ©rera avec les moyens de contrĂ´le moderne, par le bourrage de crâne audiovisuel, la manipulation des images et la promotion d’une chasse aux boucs Ă©missaires comme dans les jeux vidĂ©o violents (Manhunt ou Army of Two), une culture de la mort et de la guerre.L’agenda des chefs d’Etat devrait ĂŞtre :

Pourvu que nous nous ressaisissions, la grande crise mondiale peut ĂŞtre l’occasion de construire un monde meilleur. Elle peut aussi ĂŞtre ce qui va nous entraĂ®ner vers l’abĂ®me. Le dĂ©fi est ainsi lancĂ© aux responsables politiques, mais nous savons tous qu’ils ne sont pas Ă  la hauteur. Nous devons donc, nous autres citoyens, monter sur la scène de l’histoire.

Il faut d’abord remettre l’Ă©conomie au service de ce que de Gaulle appelait en 1964, Ă  l’UniversitĂ© de Mexico, « la cause de l’humanitĂ© ». Cause animĂ©e par ce travail dans lequel les vrais socialistes et Jean Paul II, dans Laborem exercens, voient justement le moyen de « ressusciter les choses d’entre les morts ». Travail, c’est-Ă -dire crĂ©ation humaine, et non spĂ©culation avec l’argent des autres ; crĂ©ation humaine, c’est-Ă -dire dĂ©couverte et application de grands principes physiques universels, sous forme de technologies.

1. Un programme de grands travaux d’infrastructure Ă  l’Ă©chelle du monde, pour crĂ©er l’environnement d’une croissance rĂ©elle.

2. Leur financement avec l’Ă©mission d’argent par les Etats, sous forme de crĂ©dit productif, au-delĂ  de l’impĂ´t et de l’emprunt, comme nous pouvions le faire en France avant la loi Pompidou-Giscard du 3 janvier 1973 et comme la Constitution amĂ©ricaine autorise le PrĂ©sident Ă  le faire, avec le consentement des reprĂ©sentants du peuple. Des dispositions des traitĂ©s de Maastricht et de Lisbonne l’interdisent ; il faut les Ă©liminer pour retrouver notre souverainetĂ© nationale et refonder l’Europe.

3. DĂ©gager le terrain pour cette politique de banque nationale en organisant la banqueroute des spĂ©culations, c’est-Ă -dire de tout ce qui n’engendre pas de richesse humaine rĂ©elle.

4. Interdire toutes les spĂ©culations destructrices sur les produits dĂ©rivĂ©s et Ă©liminer les hedge funds hyperspĂ©culatifs en engageant la guerre contre les paradis fiscaux d’oĂą ils opèrent, et en particulier contre la City, mère de tous ces paradis.

5. Un système de parités fixes entre monnaies, par nature anti-spéculatif.

6. Un instrument de référence commun pour régler les soldes des échanges entre les Etats (or ou panier de biens de première nécessité).

Nicolas Sarkozy a critiquĂ© le système existant, mais en fait, il tente de le sauver puisqu’il n’a pas prononcĂ© les mots de « banqueroute organisĂ©e ». Or tant qu’on ne fera pas le triage des dettes illĂ©gitimes, on sera condamnĂ© Ă  faire celui des ĂŞtres humains.

C’est une guerre. C’est seulement si nous la gagnons qu’on pourra arrĂŞter chez nous les licenciements, la dĂ©gradation des minima sociaux, la chute de la part des salaires dans le produit intĂ©rieur brut, imposer la justice fiscale (sans bouclier pour les riches) et aller vers une vraie Europe, pas celle de la monnaie de singe et des cartels financiers.

La France peut et doit ĂŞtre le catalyseur de cette mutation.

Ă€ condition de rejeter le « plan de gouvernance mondiale » de Dominique Strauss-Kahn et des banques centrales, de rejeter la loi de la City, du FMI et de Wall Street. Et de comprendre que l’indispensable combinaison, suffisamment puissante pour reconstruire un monde juste, est celle rassemblant la Russie, l’Inde et la Chine avec des Etats-Unis revenus Ă  la politique de leurs pères fondateurs.

L’avantage des crises est qu’elles changent les règles du jeu. Il dĂ©pend de nous que ce ne soit pas pour le pire, mais pour le meilleur.

Jacques Cheminade, pour Solidarité & Progrès

oct 27 2008

Provocation américaine en Syrie

L’armĂ©e amĂ©ricaine a lancĂ© dimanche un raid hĂ©liportĂ© contre une ferme situĂ©e aux confins de la Syrie et de l’Irak, a annoncĂ© Damas qui fait Ă©tat de huit civils tuĂ©s, dont un père et ses quatre fils. Selon la tĂ©lĂ©vision publique syrienne, des militaires amĂ©ricains ont donnĂ© l’assaut Ă  un bâtiment du secteur.

A Washington, un porte-parole du Pentagone a affirmé ne détenir aucune information sur le sujet et procéder à des vérifications. La Maison blanche, de même que la CIA, ont refusé de faire le moindre commentaire.

Le silence embarassĂ© des autoritĂ©s amĂ©ricaines tendrait Ă  dĂ©montrer que cette opĂ©ration n’aurait pas Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e par l’Ă©tat-major, mais plus vraisemblablement par des rĂ©seaux occultes.

Souvent, par le passĂ©, des actions illĂ©gales ont eu pour but de faire monter la pression internationale, de sorte, par exemple, Ă  favoriser l’issue d’une Ă©lection en faveur du parti au pouvoir.

Le chargé d’affaires américain et son homologue irakien à Damas ont été convoqués au ministère syrien des Affaires étrangères, a annoncé l’agence de presse officielle Sana.

Le vice-ministre syrien des Affaires Ă©trangères a notifiĂ© au diplomate amĂ©ricain « la protestation et la condamnation par la Syrie de cette grave attaque ».

« La Syrie condamne cet acte d’agression et tient les forces amĂ©ricaines pour responsables de cette attaque et de l’ensemble de ses rĂ©percussions », a dĂ©clarĂ© un responsable syrien citĂ© par Sana.
Une source proche de la sécurité à Bagdad a confirmé la mort de huit personnes à la frontière syrienne, alors même que l’état-major de l’armée américaine stationnée dans l’ouest de l’Irak affirmait que ses forces n’y était pour rien.

Sana a précisé que quatre hélicoptères militaires américains avaient participé au raid contre un bâtiment civil en cours de construction dans le secteur de Bou Kamal, dans l’est de la Syrie frontalier de l’Irak.

Bou Kamal est le principal point de passage entre la Syrie et l’Irak.

Auparavant, des habitants avaient dit que deux ouvriers ainsi qu’un homme et ses quatre fils avaient Ă©tĂ© tuĂ©s. Leur maison a Ă©tĂ© dĂ©truite durant l’attaque. Des tĂ©moins ont affirmĂ© que le raid entrepris dans le village de Machahdeh, situĂ© Ă  sept km de la frontière irakienne et Ă  deux km de Bou Kamal, s’est produit Ă  05h00 heures locales (14h00 GMT). « Les hĂ©licoptères sont passĂ©s Ă  l’attaque contre un bâtiment civil en construction et ont ouvert le feu contre des ouvriers Ă  l’intĂ©rieur du bâtiment, y compris sur la femme du vigile. On dĂ©nombre la mort de huit civils », a indiquĂ© Sana.

Les aéronefs sont ensuite repartis en direction du territoire irakien, ajoute l’agence qui précise que la cible était la ferme d’Al Soukkari proche de la frontière.

Le directeur de l’hĂ´pital de Bou Kama, le Dr Souleymane Ghadbane, a dĂ©clarĂ© Ă  Reuters : « Notre Ă©tablissement a rĂ©ceptionnĂ© sept corps de personnes âgĂ©es de 16 Ă  50 ans, ainsi que trois blessĂ©s ».

Claude Covassi, fondateur de Mecanopolis