Category: Démocratie

fév 09 2010

Et si la Grèce montrait la voie de la révolte contre l’UE et le FMI ?

La ruine financière totale, autrefois un problème réservé aux pays en développement, frappe maintenant l’Europe. Le FMI impose ses «mesures d’austérité» aux pays périphériques de l’UE, la Grèce, l’Islande et la Lettonie étant les plus touchées. Mais ce ne sont pas nos habituels solliciteurs du tiers monde. Historiquement, l’Islande a été colonisée par les Vikings qui envahirent avec succès la Grande-Bretagne. Les tribus lettones repoussèrent même les Vikings. Les Grecs, quant à eux, conquirent tout l’Empire perse.

grece

Des dizaines de pays ont été dans l’incapacité de payer leurs dettes au cours des récentes décennies, le dernier étant Dubai, qui a de­mandé le 26 novembre un moratoire sur sa dette. Si l’émirat arabe naguère hyper-riche peut le faire, des pays dont la situation est plus désespérée le peuvent également. Et quand l’alternative est de détruire l’économie indi­gène, il est difficile de prétendre qu’ils devraient s’en abstenir. C’est particulièrement vrai lorsque les créanciers sont largement responsables et qu’on a de bonnes raisons de penser que les dettes n’ont pas lieu d’être. Les problèmes de la Grèce ont commencé quand de faibles taux d’intérêts inadaptés à la Grèce ont été maintenus pour sauver l’Allemagne de l’effondrement économique. Et l’Islande comme la Lettonie se sont retrouvées responsables de dettes privées qui ne les concernaient pas. L’économiste Michael Hudson écrit:

«L’Union européenne et le Fonds monétaire international leur ont dit de remplacer les dettes privées par des obligations publiques et de les financer en augmentant les impôts, en réduisant les dépenses publiques et en obligeant les citoyens à dépenser leurs économies. Les gens en veulent de plus en plus non seulement à ceux qui ont fait ces dettes mais également aux conseillers néolibéraux et au créanciers étrangers qui ont fait pression sur leurs gouvernements pour qu’ils vendent les banques et leurs infrastructures publiques à des initiés.»1

Mauvais fonctionnement de l’UE: échec de la monnaie commune

La Grèce pourrait être le premier des pays périphérique à se révolter. Ambrose Evans-Pritchard écrit dans le «Daily Telegraph» du 13 décembre dernier que «la Grèce est le premier pays en crise aux marges de l’union monétaire européenne à défier Bruxelles et à rejeter ce remède moyenâgeux qu’est la baisse des salaires. Le Premier ministre Papandhréou a déclaré le 11 décembre:

«Les salariés ne feront pas les frais de la situation: nous n’allons pas procéder à un gel ou à une baisse des salaires. Nous ne sommes pas venus au pouvoir pour démanteler l’Etat social.»

Evans-Pritchard note que «M. Papan­dhréou a de bonnes raisons de défier l’UE. On a dit à la Grèce d’adopter des mesures d’austérité sans la dévaluation qui est au centre des plans du FMI. Cette demande est ruineuse et manifestement contraire au but recherché.»

La monnaie ne peut pas être dévaluée parce que le même euro a cours partout. Cela sig­nifie que, comme la capacité du pays à rembourser sa dette est paralysée par les mesures d’austérité, il n’y a pas moyen de réduire le coût de la dette. Evans-Pritchard conclut:

«La vérité que peu de personnes dans la zone euro sont prêtes à considérer est que l’Union monétaire européenne pose de graves problèmes … à la Grèce, à l’Allemagne, à tous les pays membres.»2

C’est pourquoi l’Islande, qui n’est pas encore membre de l’UE, a de bonnes raisons de reconsidérer sa position. On met comme condition à son adhésion qu’elle rembourse les investisseurs hollandais et britanniques qui ont perdu de l’argent dans la faillite d’IceSave, filiale en ligne de la plus grande banque privée islandaise. Eva Joly, juge norvégo-française engagée pour enquêter sur la faillite de la banque islandaise, parle de chantage. Pour elle, céder aux demandes de l’UE, ce serait ponctionner les ressources du pays et de ses habitants qui sont contraints d’émigrer pour trouver du travail.3

La Lettonie est membre de l’UE et devrait adopter l’euro, mais elle n’en est pas encore à ce stade. L’UE et le FMI ont demandé au gouvernement d’emprunter des monnaies étrangères pour stabiliser le taux de change de sa monnaie afin d’aider les emprunteurs à payer les hypothèques souscrites en monnaies étrangères dans des banques étrangères. On exige que le gouvernement, pour obtenir de l’argent du FMI, procède aux économies habituelles. Selon Nils Muiznieks, directeur de l’Advanced Social and Political Institute de Riga, « le reste du monde applique des plans de relance allant de 1 à 10% du PIB mais en même temps, on demande à la Lettonie de faire d’importantes coupes budgétaires qui se montent cette année à 38% dans le secteur public et à augmenter les impôts afin de réduire le déficit. »4

En novembre, le gouvernement letton a adopté le budget le plus rigoureux de ces dernières années, avec des coupes de près de 11%. Il a déjà augmenté les impôts, taillé dans les dépenses publiques, diminué les salaires des fonctionnaires et fermé des di­zaines d’écoles et d’hôpitaux. Il en résulte que la Banque nationale prévoit un recul de l’économie de 17,5% cette année5 alors que le pays aurait besoin d’une économie productive pour se remettre d’aplomb. En Islande, l’économie a subi un recul de 7,2% au cours du troisième trimestre,6 taux le plus important jamais enregistré. Comme dans les autres pays saignés à blanc par les restrictions néolibérales de productivité, l’emploi et la production sont paralysés, ce qui met l’économie à genoux.

Si l’on est cynique, on dira que c’était bien là l’intention. Au lieu d’aider les pays post-soviétiques à développer des économies indépendantes, écrit Marshall Auerback, « l’Occident les a considérés comme des huîtres économiques à briser et à endetter afin d’en tirer profit, laissant des coquilles vides .»7

Mais les gens ne se soumettent pas sans mot dire. En Lettonie, au début décembre 2009, alors que le Parlement débattait de la dette publique, des milliers d’étudiants et d’enseignants défilaient dans les rues pour protester contre la fermeture de centaines d’écoles et des baisses de salaires allant jusqu’à 60%. Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: «Ils ont vendu leur âme au diable» et « Nous sommes contre la pauvreté ». Au Parlement islandais, le débat sur IceSave a duré, aux der­nières nouvelles, plus de 140 heures, un nouveau record. Et une proportion croissante de la population refuse d’assumer une dette qui, à son avis, n’est pas celle de l’Etat.

Le 3 décembre, dans un article du «Daily Mail» intitulé «Ce que l’Islande peut ap­prendre aux Tories», Mary Ellen Synon écrivait que depuis que l’économie islandaise s’était effondrée, l’année dernière, « les bâtisseurs d’empire de Bruxelles espéraient que les Islandais ruinés et effrayés seraient finalement prêts à échanger leur indépendance contre la stabilité que leur offrait l’adhésion à l’UE ». Mais le mois dernier, un sondage d’opinion montrait que 54% des Islandais étaient opposés à l’adhésion alors que seuls 29% y étaient favorables. Synon écrivait:

« Bien que les Islandais aient pu avoir une peur bleue l’année dernière, ils se dégagent maintenant des ruines de leur prospérité et ont décidé que la chose la plus précieuse qui leur reste est leur indépendance. Ils ne sont pas disposés à l’échanger, même dans la perspective d’un sauvetage de la Banque centrale européenne. »8

L’Islande, la Lettonie et la Grèce sont toutes en situation de mettre le FMI et l’UE au pied du mur. Dans un article paru le 1er octobre et intitulé «Lettonie, la folie continue», Marshall Auerback affirmait que le problème de la dette de la Lettonie pouvait être réglé au cours d’un week-end au moyen d’une série de mesures: 1) ne pas répondre au téléphone lorsque des créanciers étrangers appellent le gouvernement; 2) déclarer les banques insol­vables, convertir leur dette extérieure en capital propre, les rouvrir et leur permettre de garantir les dépôts en monnaie locale; 3) accorder à toutes les personnes disposées et capables de travailler un emploi payé à un sa­laire minimum en monnaie locale avec sécurité sociale, comme l’a fait l’Argentine après que le régime Kirchner eut repoussé le plan toxique de remboursement de sa dette imposé par le FMI.»9

Evans-Pritchard suggère un remède similaire pour la Grèce qui pourrait lui per­mettre de faire sauter le carcan mortel où elle se trouve en suivant l’exemple de l’Argentine. Elle pourrait «rétablir sa monnaie, la dévaluer, adopter une loi transformant les dettes en euro en monnaie locale et en « restructurant les contrats avec l’étranger ».

Un moyen peu utilisé: dire non au FMI

Résister au FMI n’est pas un moyen très uti­lisé, mais l’Argentine a montré la voie. En 2001, au vu des pronostics désastreux selon lesquels l’économie pourrait s’effondrer en l’absence de crédits étrangers, elle a défié ses créanciers et s’est détournée de ses dettes. A l’automne 2004, trois ans après un défaut de payement record de plus de 100 milliards de dollars, le pays était sur la voie du redressement et il avait réussi cette prouesse sans aide étran­gère. La croissance économique fut de 8% pendant deux années consécutives. Le volume des exportations augmenta, la monnaie était stable, les investisseurs revenaient et le chômage diminua. Selon l’économiste Mark Weisbrot interrogé en 2004 par le New York Times, « c’est un événement historique remarquable qui remet en cause 25 ans de mauvaise politique. Alors que d’autres pays avancent cahin-caha, l’Argentine vit une croissance très saine dont rien ne permet de penser qu’elle ne durera pas, et elle l’a réussie sans faire aucune concession pour attirer des capitaux étrangers. »

Weisbrot est le co-directeur du laboratoire d’idées Center for Economic and Policy Research basé à Washington qui a publié en octobre 2009 une étude sur les 41 pays débiteurs du FMI. Selon cette étude, les politiques d’austérité imposées par le FMI, notamment la réduction des dépenses et le resserrement de la politique monétaire, risquaient de faire plus de mal que de bien aux économies de ces pays.

C’est également la conclusion d’une étude publiée en février 2009 et due à Yonka Özemir de la Middle East Technical University d’Ankara, qui compare l’assistance du FMI à l’Argentine et à la Turquie.10 Ces deux marchés émergents ont subi en 2001 de graves crises économiques précédées de déficits budgétaires chroniques, d’une croissance insuffisante des exportations, d’un important endettement, d’une instabilité politique et d’une inégalité dans la répartition des richesses.

Tandis que l’Argentine faisait bande à part, la Turquie suivait les conseils du FMI. Le résultat final a été que l’Argentine a rebondi alors que la Turquie connaît encore la crise financière. La confiance de la Turquie dans les investissements étrangers l’a rendue très vulnérable à la récession mondiale. L’Argentine, elle, a choisi d’investir dans le pays, de développer l’économie indigène.

Pour trouver l’argent nécessaire, elle n’a pas eu besoin d’investisseurs étrangers. Sa banque centrale a émis sa propre monnaie et accordé ses crédits. Lorsque la monnaie nationale s’est totalement effondrée en 1995, puis une nouvelle fois en 2000, les gouvernements locaux ont émis des obligations locales qui ont été négociées comme de la monnaie. Les provinces ont payé leurs fonctionnaires avec des « obligations d’annulation de dette » équivalentes au peso. Ces obligations annulaient les dettes des provinces envers leurs fonctionnaires et pouvaient être dépensées comme de l’argent. Les provinces avaient «monétisé» leurs dettes en transformant leurs obligations en monnaie légale.

L’Argentine est un vaste pays dont les ressources sont plus importantes que celles de l’Islande, de la Lettonie ou de la Grèce, mais les nouvelles technologies permettent également à des petits pays de devenir autosuffisants. (cf. David Blume: alcoholcanbeagas)11

Des monnaies locales pour un développement local

Les gouvernements ont le droit souverain d’émettre et de prêter de la monnaie et l’Islande le perdra si elle rejoint l’UE qui interdit aux Etats membres d’emprunter de l’argent à leurs propres banques centrales. Pourtant les habitants de ces pays frappés par la crise pourraient continuer de développer leurs res­sources s’ils disposaient des crédits néces­saires. Un contrôle souverain sur leur monnaie locale leur permettrait d’obtenir des crédits simplement en les créant dans la comptabilité de leurs banques d’Etat.

En réalité, cette proposition n’a rien d’extraordinaire. Toutes les banques privées obtiennent les crédits qu’elles accordent à leurs clients en les créant dans leur comptabilité. Contrairement aux idées reçues, les banques ne prêtent pas leur propre argent ou celui de leurs déposants. Comme le confirme la Réserve fédérale américaine,12 les banques prêtent de l’argent neuf créé par une comptabilité en partie double sous la forme de dépôts des emprunteurs d’un côté et d’actifs de la banque de l’autre.

Outre le fait qu’ils permettent de lutter contre le gel des crédits, les crédits accordés par les gouvernements ont l’avantage de pouvoir être sans intérêt. En éliminant les intérêts, on réduit considérablement les coûts de production.13

L’argent émis par les gouvernements pour financer des projets publics a une longue histoire couronnée de succès qui remonte au moins au début du XVIIIe siècle, lorsque la colonie américaine de Pennsylvanie émit une monnaie qui était à la fois prêtée et dépensée par le gouvernement local dans l’économie locale. Il en résulta une période de prospérité sans précédent obtenue sans inflation ni impôts.14

L’Etat insulaire de Guernesey, situé dans la Manche, a financé ses infrastructures avec de l’argent émis par le gouvernement il y a plus de 200 ans sans inflation des prix ni dette publique.

Durant la Première Guerre mondiale, lorsque les banques demandaient des intérêts de 6%, la Commonwealth Bank, établissement de l’Etat australien, a financé l’effort de guerre du pays à un taux d’intérêt inférieur à 1%, économisant aux Australiens 12 millions de dollars de frais bancaires. Après la guerre, le gouverneur de la banque a épargné aux Australiens la dépression qui régnait dans d’autres pays en finançant la production, la construction de logements et en accordant des crédits à des gouvernements locaux pour la construction de routes, de lignes de trams, de ports, d’usines à gaz et de centrales électriques. Les profits de la banque étaient reversés à l’Etat.

Après avoir élu son premier gouvernement travailliste dans les années 1930, la Nou­velle-Zélande mit en place avec succès un programme d’infrastructures financé grâce à un crédit national sans intérêt. Le crédit accordé par la banque centrale nationalisée permit à la Nouvelle-Zélande de prospérer à une époque où le reste du monde était en proie à la pauvreté et au manque de productivité.

L’argument contre l’émission et le prêt d’argent par les gouvernements pour les infrastructures est que cela provoque l’inflation, mais ce n’est pas nécessairement le cas. L’inflation des prix se produit lorsque la «de­mande» (l’argent) augmente plus rapidement que l’«offre» (biens et services). Quand on augmente la masse monétaire nationale pour financer des projets productifs, l’offre augmente avec la demande, sans affecter les prix.

De toute façon, comme nous l’avons dit plus haut, les banques privées créent elles-mêmes l’argent qu’elles prêtent. Le processus par lequel elles créent de la monnaie est inflationniste parce qu’elles ne prêtent que le capital, pas les intérêts nécessaires à rembourser leurs emprunts. Pour payer les intérêts, il faut faire de nouveaux emprunts.

L’important, c’est d’utiliser la monnaie nouvellement créée ou le crédit pour des projets productifs qui augmentent les biens et les services plutôt que pour la spéculation et pour payer les dettes publiques en monnaies étrangères (le piège dans lequel est tombé le Zimbabwe). On peut protéger la monnaie nationale contre les spéculateurs15 en imposant des contrôles des changes, comme l’a fait la Malaisie en 1998, en imposant des con­trôles des capitaux, comme le font actuellement le Brésil et Taiwan, en interdisant les instruments financiers à terme ou en imposant une «taxe Tobin» sur les transactions monétaires internationales.

Guérir les créanciers

Si les créanciers souhaitent vraiment récupérer leurs prêts, ils comprendront qu’il est sage de laisser le pays débiteur développer son économie pour lui permettre de rembourser ses dettes. Si les créanciers ne tiennent pas vraiment à être remboursés mais utilisent la dette comme un moyen d’exploiter le pays débiteur et de le priver de ses actifs, il faut dénoncer le bluff des créanciers.

Lorsque le pays débiteur refuse de payer, le fardeau pousse les créanciers à se guérir eux-mêmes. L’économiste britannique Michael Rowbotham suggère que dans le monde de la monnaie électronique, cela peut être effectué par des régulateurs bancaires créatifs simplement en modifiant les règles comptables. Aujourd’hui, on peut créer des dettes à l’aide d’écritures comptables et les annuler de la même manière. Rowbotham esquisse deux moyens permettant de changer les règles afin d’annuler des dettes impossibles à rembourser:

«La première option consiste à libérer les banques de l’obligation de maintenir la parité entre l’actif et le passif. Ainsi, si une banque commerciale détient pour 10 millions de dollars de créances d’un pays en développement, elle pourrait être autorisée à avoir à perpétuité, après annulation, 10 millions de dollars de déficit dans son bilan. C’est une simple question d’écritures.

La seconde option consiste à annuler les créances tout en permettant aux banques de les conserver pour des raisons comptables. Les dettes seraient annulées pour les pays en développement mais conservées à des fins de comptabilité bancaire. Ces créances seraient conservées à leur valeur nominale en tant qu’actifs permanents, non négociables.»16

Si les banques étaient autorisées soit à porter en compte les crédits non remboursables ou à se faire rembourser en monnaies locales, leurs actifs et leur solvabilité seraient préservés.

Source : Web Of Debt

Traduction : Horizons et Débats

Notes :

1 Recovering from Neoliberal Disaster. Why Iceland and Latvia Won’t (and Can’t) Pay the EU for the Kleptocrats’ Ripoffs. Prof. Michael Hudson. www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=14800
2 Ambrose Evans-Pritchard. Greece defies Europe as EMU crisis turns deadly serious. www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/
3 Eva Joly: Iceland is being blackmailed. icelandweatherreport.com/2009/08/eva-joly-iceland-is-being-blackmailed.html
4 Zit. In: Pavol Stracansky. G20: IMF Finds a New Unpopularity. ipsnews.net/news.asp?idnews=48594
5 Ilmars Rimševics, Governor, Bank of Latvia. Recent Economic Developments and Banking in Latvia. www.bank.lv/eng/main/all/sapinfo/presrunas/receco/
6 Kay Murchie. Iceland’s economy shrinks at record pace. www.financemarkets.co.uk/2009/12/07/icelands-economy-shrinks-at-record-pace/
7 Marshall Auerback. Latvia: The Insanity continues. www.creditwritedowns.com/2009/10/latvia-the-insanity-continues.html
8 Mary Ellen Synon. What Iceland can teach the Tories. synonblog.dailymail.co.uk/2009/12/what-iceland-can-teach-the-tories.html
9 Marshall Auerback, a.a.O.
10 More a Curse than a Cure? The Role of the IMF after the Argentine and Turkish Financial Crises. Von Yonca Özdemir. Political Science & International Relations Program. Middle East Technical University, Northern Cyprus Campus. Paper prepared for delivery at the 2009 Annual Convention of the International Studies Association (ISA), February 15–18, 2009, New York.
11 alcoholcanbeagas.com/node/587
12 ModernMoneyMechanics. Federal Bank of Chicago. www.rayservers.com/images/.pdf
13 The McKleever Institute of Economic Policy
Analysis. There are Alternatives. (T.A.A.)
Project winning Essay. Margrit Kennedy
inspires New Zealand Groups to Establish
Regional Money Systems. By Deidre Kent.
www.mkeever.com/kent.html
14 Ellen Brown. Sustainable Energy Development: How Costs Can Be Cut in Half.
www..com/articles/energy-costs.php
15 A Debt Moratorium for Iceland.
www.actindependent.org/icelandprogram.pdf
16 How to Cancel Third World Debt. by Michael Rowbotham. www.prosperityuk.com/prosperity/articles/cantwd.html

jan 19 2010

L’usure, une stratégie impérialiste (vidéos)

Par HISNOULMUSLIM

Depuis que l’Homme est l’Homme, les « forts » auraient-ils trouvé le moyen d’esclavager d’avantage les faibles avec le propre consentement de ces derniers par l’usure ; leur faisant ainsi miroiter les fausses parures d’un bas monde propriété illusoire de ces premiers ?

usure1

Susciter une demande chez autrui et faire valoir sa propre solution comme essentielle, indispensable, unique et inestimable faisant ainsi de cette solution la seule nécessite pour l’autre ; ne serait-ce pas là le coup de maître d’une volonté d’asservissement ?

C’est en tout cas clairement ce processus que génère l’usure aussi bien à l’échelle microéconomique que macroéconomique ou comment penser posséder du matériel alors qu’il n’est que propriété d’une entité privée ne désirant que sa propre évolution ; mais qui pourtant adopte le slogan de mettre l’Homme au centre de tout comme pour mieux tromper son monde du sens réel d’une telle voie. Slogan ne constituant que la prétention pour ces entités de se doter du pouvoir et de l’intention d’imposer aux Hommes un Destin qui se contrôlerait et qui ne pourrait se percevoir que par l’initiation dont sont garant « ces puissants » sur les petites gens.

Cette stratégie imparable est-elle le fruit d’un hasard ou la construction d’une pensée savamment réfléchie s’emboîtant avec d’autres plans et prenant forme dans un ensemble cohérent au travers des âges ?

C’est pourtant vers une seule et même direction que semble s’ériger ce monde et bien que les bas étages n’aient de vue d’ensemble sur les étages supérieurs tout comme dans une construction où différents corps de métiers s’attelleraient et où, seul un architecte détiendrait les tenants et aboutissants de la tâche de chacun à l’édification de son oeuvre.

A l’instar d’une figure pyramidale ne laissant qu’une place en son sommet et à mesure de l’éloignement de celui-ci, la multiplication des acteurs intervenants dans l’édifice associé à la largeur grandissantes des étages n’allant de paire qu’avec une ignorance grandissante tout au long de la décente ; jusqu’à ne trouver en sa base, qu’une masse munie d’une volonté insufflée par le haut de vouloir assister à la réussite du sommet. Le filtre de la hauteur de cette construction ayant joué le rôle qui lui incombe par les différents moyens mis à sa disposition : La Tromperie !

Animé par la Foi, c’est pour tenter de répondre à ces questions que s’inscrit ces différents travaux qui n’ont pour but que de clarifier modestement différents sujets.

HISNOULMUSLIM, pour Mecanopolis

Le Compte Ar-Ribâ – Chapitre 1 – Du Macrocosme…(Version 1)
envoyé par HISNOULMUSLIM.

Le Compte Ar-Ribâ – Chapitre 2 – …au Microcosme. (Version)
envoyé par HISNOULMUSLIM


D’autres vidéos de HISNOULMUSLIM ci-dessous :

jan 19 2010

Lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin (vidéo)

Dans le pseudo débat sur l’identité nationale, Jean Claude Gaudin, maire de Marseille, a regretté d’avoir vu, au soir du match Algérie-Egypte, « 15 à 20 000 musulmans déferler sur Marseille avec des drapeaux algériens mais pas de drapeaux français« .

Faut il parler de dérapage ? Rien n’est moins sûr quand il s’agit d’individus comme Jean Claude Gaudin, qui n’en est pas à son premier propos ouvertement raciste et disant ici son mépris de l’arabe forcément musulman.

C’est l’expression d’un racisme assumé et d’un rejet des musulmans qui jette le trouble, y compris dans son camp, comme le démontre la vidéo… à l’exception des éternels valets prêts à tout justifier, hélas.

BENSAADA Mohamed


Monsieur le Maire,

Tout le monde ne parle plus que de votre dernier « dérapage », celui où vous parlez de « musulmans qui ont déferlé dans les rues de Marseille… ». Je dis dernier parce que ce n’est pas le premier dans le genre et que vous avez indubitablement un mal fou a nommer une certaine catégorie de la population que vous administrez. Pour votre défense vous n’êtes pas le seul à avoir du mal à le faire et cette difficulté en dit long sur les dégâts de ce passif post colonial non soldé, qui ressurgit avec brutalité comme un non dit trop longtemps refoulé.

gaudin1-864d0Depuis que M. Besson, en bonne intelligence avec Mr Sarkozy a décidé d’instrumentaliser politiquement le débat sur l’identité nationale il ne se passe pas un jour sans que l’on entende une déclaration outrancière et stigmatisante à l’égard de la population de confession musulmane en France. Je ne souhaite pas participer à ce débat qui ressemble de plus en plus a une mise en accusation publique des musulmans de France. D’ailleurs puisque nous en sommes aux calculs nous verrons bien si cette tactique sera payante pour vous…nous verrons bien à qui profite la manœuvre et qui se délectera de la tessiture poisseuse de tout ce débat, nous verrons bien assez vite ressurgir les remugles fétides de ces années (pas si lointaines) où le FN prospérait, nous verrons bien que les mots en politique ne sont pas sans conséquences et que des déclarations comme celles que vous avez faîtes sont autant d’électrochocs salutaires appliqués au corps léthargique de l’extrême droite française.

Loin de revenir sur vos propos vous répondez au jeune homme, militant de votre parti, avec une condescendance et un paternalisme consternant, parce que évidemment il ne peut pas comprendre les subtilités de la langue française que vous maitrisez au-delà de la moyenne et qui font que lorsque vous dites une énormité, celle-ci n’en est une que dans l’oreille et dans le cœur de celles et ceux que vous blessez !

Vous dîtes, Monsieur le Maire, que Marseille a vu déferler 15000 musulmans dans ces rues, avez-vous idée de l’imagerie d’épouvante que vous projetez dans l’inconscient collectif de vos concitoyens ? Ce sont les vagues (d’un Tsunami) qui déferlent, les hordes de barbares ou les rats qui déferlent, ce ne sont pas les « braves gens » qui déferlent !!! Vous dites dans votre réponse que Marseille subit l’immigration et que vous vous efforcez « d’assimiler » les couches successives de population qui y débarquent et là encore vous persistez et vous signez votre résolution sans équivoque à utiliser un raisonnement et une sémantique propre a la tradition réactionnaire.

Vous dites, a mots couverts, que lorsqu’on est Français depuis pas très longtemps il y a des us et des coutumes à respecter et que pour « bien s’intégrer » il faut brosser l’autochtone dans le sens du poil et user de forts symboles pour « amadouer » l’hôte, et on atteint là un degré de surréalisme rarement égalé depuis les Marx Brothers ou les Monty python, parce que au-delà de la mauvaise foi qui ne vous a fait voir que des drapeaux algériens ce soir là, cet argument frôle l’indécence. Que nous demandez vous au juste ? De réaffirmer notre Francité quel que soit le contexte et de façon permanente, faut il pour vous complaire se draper dans un drapeau tricolore en toute circonstance ?

J’ajoute que nous étions partie prenante de ce « déferlement » et que je m’inscris en faux contre l’affirmation que vous avez maintenue et réitérée qu’il n’y avait que des drapeaux algériens, c’était un soir de fête à la Marseillaise, plein de joie, de gouaille populaire et cosmopolite, il y avait des drapeaux algériens , français, marocains, tunisiens, des drapeaux berbères et des drapeaux turcs et des drapeaux connus et inconnus…toutes et tous étaient là dans un esprit festif avec cette folle envie de communier dans la joie. Ce que vous interprétez comme une offense à la terre d’accueil n’est pas l’expression d’un nationalisme algérien exacerbé, ni même le signe d’une double allégeance ! Ce n’est que la volonté de faire la fête et de l’exprimer dans un cadre informel et permissif que seul le sport, et en particulier, le football est capable de produire.

M. Besson regrette que les débordements marginaux qui ont eu lieu lors de ces manifestations spontanées de joie populaire, n’ait pas subit un traitement médiatique aussi conséquent que la fameuse « main de Thierry Henry », et venant de lui peu de choses m’étonnent encore, sachant que la juxtaposition de ces deux événements est totalement incongrue et que si il lui reste une parcelle d’honnêteté intellectuelle il sera d’accord pour analyser les exactions commises lors de cette soirée comme étant le fait d’une frange de « hooligans » qui sévissent à chaque soir de grands match à Marseille, qu’il s’agisse de l’équipe de l’OM, de la France ou de l’Algérie.

Pour en finir et vous laisser vaquer à vos occupations de 1er magistrat de notre bonne ville, je vous dirais que nous nous méfions de toutes les tentatives d’instrumentalisation du nationalisme quel qu’il soit et que la devise de la République reste encore « Liberté, Egalité, Fraternité » et qu’en conséquence nous vous demandons de continuer à débattre de l’identité nationale, si vous le souhaitez, dans le cadre que lui confère le triptyque républicain et en gardant à l’esprit que l’unité ne se fait jamais dans la polémique, la stigmatisation et l’exclusion.

Comme les interventions dans la salle vous l’ont déjà signifié il n’y a pas eu de « déferlement de musulmans sur Marseille » ce soir là, il n’y a eu que des marseillaises et des marseillais, Français, pour la plupart qui ont manifesté leur joie et leur attachement a leur pays d’origine sans aucune volonté de signifier leur désamour de la France, parce qu’en Amour l’exclusive est parfois une entrave ; Oui on peut sans problème aimer l’Algérie et la France, L’Italie et la France, l’Arménie et la France, le reste du monde et la France, comme on aime son père et sa mère…

Recevez, Monsieur le Maire, l’expression de notre indignation courroucée.

BENSAADA Mohamed

Pour Quartiers Nord/Quartiers Forts

jan 17 2010

Bienvenue dans le monde d’Orwell

Dans son livre « 1984 », George Orwell décrit un super état nommé Oceania dont le langage guerrier inversait les termes pour en faire des mensonges qui « sont passés dans l’histoire comme des vérités ». « Celui qui contrôle le passé, » disait le slogan du Parti, « contrôle le futur ; celui qui contrôle le présent contrôle le passé. »

obama

Barack Obama est le dirigeant de l’Oceania contemporain. En deux discours en cette fin de décennie, le lauréat du prix Nobel de la paix a affirmé que la paix n’était plus la paix, mais plutôt une guerre permanente qui « s’étend bien au-delà de l’Afghanistan et du Pakistan » jusqu’à des « régions agitées et des ennemis diffus » (*). Il l’a définie comme la « sécurité globale » et nous conviait à nous montrer reconnaissants. A l’intention du peuple d’Afghanistan, que les Etats-Unis ont envahi et occupé, il a déclaré avec malice : « Nous n’avons aucun intérêt à occuper votre pays ».

Dans l’état d’Oceania, vérité et mensonge ne font qu’un. Selon Obama, l’attaque américaine contre l’Afghanistan en 2001 fut autorisée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il n’y a jamais eut d’autorisation des Nations Unies. Il a dit que « le monde » soutenait l’invasion au lendemain du 11 septembre alors qu’en réalité dans 34 des 37 pays sondés par l’institut Gallup, une écrasante majorité s’y opposait. Il a dit que les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan « uniquement après que les Taliban aient refusé de livrer (Oussama) Ben Laden ». En 2001, les Taliban ont tenté à trois reprises de livrer Ben Laden, selon le régime militaire du Pakistan, mais ils furent ignorés. Et même la mythification du 11 septembre par Obama pour justifier sa guerre est fausse. Plus de deux mois avant l’attaque des tours jumelles, le ministre des affaires étrangères du Pakistan, Niaz Naik, était informé par l’administration Bush qu’une attaque militaire allait être lancée mi-octobre. Le régime taliban à Kaboul, qui avait été secrètement soutenu par l’administration Clinton, n’était plus considéré comme suffisamment « stable » pour garantir le contrôle américain sur les oléoducs et gazoducs vers la mer Caspienne. Le régime devait donc être renversé.

Le mensonge le plus éhonté d’Obama est que l’Afghanistan aujourd’hui est un « havre » pour Al-Qaeda et ses attaques contre l’Occident. Mais son propre conseiller à la sécurité nationale, le Général James Jones, a déclaré au mois d’octobre qu’il y avait « moins de 100 » membres d’Al-Qaeda en Afghanistan. Selon les services de renseignement US, 90 % des Taliban sont à peine des Taliban, mais « une insurrection tribale locale qui s’oppose aux Etats-Unis parce ces derniers constituent à leurs yeux une force d’occupation. » La guerre est une arnaque. Il faut avoir un encéphalogramme à plat pour croire encore à la « paix mondiale » qu’Obama veut nous vendre.

Cependant, en coulisses se prépare un véritable plan. Sous le commandement du troublant Général Stanley McCrystal, qui fut distingué pour ses escadrons de la mort en Irak, l’occupation d’un des pays les plus pauvres est un modèle pour les « régions agitées » du monde qui échappent encore au contrôle d’Oceania. Il est connu sous le nom de COIN, ou « counter-insurgency network » (réseau de contre insurrection), qui rassemble militaires, organisations humanitaires, psychologues, anthropologues, média et consultants en relations publiques. Noyé sous un jargon qui parle de gagner les coeurs et les esprits, son objectif est de provoquer des conflits interethniques et une guerre civile : Tadjiks et Ouzbekes contre Pashtouns.

C’est ce que les Américains ont fait en Irak où ils ont détruit une société multiethnique. Ils ont acheté des gens et construit des murs entre des communautés où auparavant on connaissait des mariages mixtes, ils ont procédé à un nettoyage ethnique des sunnites et exilé des millions à l’étranger. Les médias embarqués ont présenté tout ceci comme « la paix », et les universitaires américains à la solde de Washington et les « experts en sécurité » coachés par le Pentagone sont apparus à la télévision pour répandre la bonne nouvelle. Comme dans « 1984 », c’est le contraire qui était vrai.

Quelque chose de similaire est prévu pour l’Afghanistan. La population sera déportée dans des « zones cibles » contrôlées par des chefs de guerre financés par Washington et le trafic d’opium. Que ces chefs de guerre soient notoirement connus pour leur barbarie n’a aucune importance. « Cela ne nous dérange pas » avait déclaré un diplomate de l’administration Clinton en référence de la persécution des femmes sous le régime « stable » des Taliban. Des organisations humanitaires, des ingénieurs et des agronomes seront désignés pour gérer la « crise humanitaire » et ainsi « sécuriser » les zones tribales.

Voilà pour la théorie. Ca a bien fonctionné en Yougoslavie où une partition éthnique sectaire a balayé une société qui était jadis pacifique, mais ça a échoué au Vietnam où le programme des « hameaux stratégiques » de la CIA dont l’objectif était de regrouper la population et la diviser pour battre le Viet Cong – un terme fourre-tout que les américains employaient pour désigner les résistants, comme aujourd’hui ils emploient le terme « taliban ».

Une part de responsabilité incombe aux Israéliens, qui depuis longtemps conseillent les Américains en Irak et en Afghanistan. Les nettoyages ethniques, la construction de murs, les points de contrôle, les punitions collectives et la surveillance constante sont revendiqués comme des innovations israéliennes qui ont permis le vol de la majorité du territoire Palestinien. Et pourtant, malgré toutes les souffrances endurées, les Palestiniens n’ont pas été irrévocablement divisés et résistent en tant que nation, contre toute attente.

Les précurseurs les plus emblématiques du Plan Obama, que le lauréat du Prix Nobel de la Paix et son étrange général et ses hommes en charge des relations publiques aimeraient nous faire oublier, sont ceux qui ont échoué en Afghanistan justement. Les Britanniques au 19eme siècle et les Soviétiques au 20eme siècle ont tenté de conquérir le pays sauvage par le nettoyage ethnique mais ont du déguerpir, après avoir provoqué un bain de sang. Leurs mémoriaux sont les cimetières des empires. Le pouvoir d’un peuple, parfois déroutant, souvent héroïque, est comme des graines qui germent sous un manteau de neige, et les envahisseurs le craignent.

« C’était curieux », a écrit Orwell dans « 1984 », « de penser que le ciel était le même pour tous, en Eurasie, en Estasie ou ici. Et que les gens sous ce ciel étaient très semblables, partout dans le monde… des gens qui s’ignoraient, séparés par des murs de haine et de mensonges, et qui pourtant étaient pratiquement les mêmes qui … accumulaient dans leurs coeurs, leurs ventres et leurs muscles l’énergie qui un jour allait renverser le monde. »

John Pilger

Titre original : Welcome to Orwell’s world 2010

Traduit de l’anglais par Le Grand Soir

jan 11 2010

Travaille, fais du fric et ferme-la !

Régis Mex, pour Mecanopolis

Dans notre société actuelle, il est de bon ton d’estimer que nous avons l’honneur et la chance incommensurables de vivre dans un système démocratique soucieux des droits de l’homme et de la justice. Il se passe rarement une semaine, d’ailleurs, sans que les médias ne nous rappellent à tous Ô combien nous serions ingrats d’émettre des critiques envers un système qui peut se targuer de tant de mérites, à tel point qu’il serait malsain de manquer une occasion de lui dresser un panégyrique. Or, la dimension humaine et le bien-être de tous sont-ils réellement les préoccupations majeures de notre société, ou n’est-elle pas plutôt essentiellement vouée à la consommation, aux dépens des droits humains fondamentaux ?

chuuut

Pour pouvoir juger la valeur d’une société, il me semble que le critère prédominant est le niveau du respect du genre humain, ce qui ne peut s’apprécier que par les actions que met en œuvre cette même société, et non par ce qu’elle est censée appliquer. En effet, quel est le but premier d’une société, quelle est sa raison d’être ? La définition qu’en donne le Larousse est une « association de personnes soumises à un règlement commun ou réunies pour une activité commune, la défense de leurs intérêts, etc. Milieu humain dans lequel chaque personne est intégrée. » On peut supposer que, d’après cette notion, plus une société défendra les intérêts des personnes qui la constituent, plus l’intégration qu’elle permettra à ces derniers sera profonde, plus le nombre d’activités communes qu’elle mettra à leur disposition sera élevé, et plus cette société sera de meilleure qualité. Comment pouvons-nous évaluer notre société si nous faisons des observations en rapport avec ces critères, et quel contraste pouvons-nous constater entre ce qu’elle prétend faire ou est censée faire et ce qu’elle fait réellement ?

Partons d’un constat simple : chez les deux pays les plus riches et les plus industrialisés (les Etats-Unis et le Japon) et dans l’ensemble de l’Union européenne, le taux de suicide est plus élevé que partout ailleurs, au point que le suicide y est une des principales causes de décès. La consommation d’antidépresseurs et de tant d’autres médicaments luttant contre les idées noires, déjà portée à un niveau anormalement haut, ne cesse de progresser. Ce simple fait montre d’une façon assez éloquente que peu de personnes vivant dans nos sociétés de consommation peuvent prétendre bénéficier d’un bien-être toujours satisfaisant et inaltérable. Si notre société faillit à défendre correctement le bonheur humain, assure-t-elle les intérêts matériels de chacun d’entre nous ? Face à la disparition de la classe moyenne qui a lieu depuis les années 1975 et à la paupérisation de la population qui en résulte, nous pouvons difficilement prétendre que notre société réussit mieux dans ce domaine. En effet, une majorité des personnes qui étaient considérées comme faisant partie de la classe moyenne a été reléguée vers les classes populaires de 1975 à aujourd’hui, alors qu’une moindre part accédait à la classe aisée. Au-delà de ses implications économiques, ce phénomène est également une menace inquiétante pour la bonne marche de la démocratie. Si les richesses sont de plus en plus concentrées entre les mains d’un petit nombre de possesseurs de multinationales, de banques, d’industries de la santé et autres, ne peut-on pas légitimement craindre que le système dans lequel nous vivons ne se transforme en ploutocratie, où une minorité oppresse et exploite une majorité servile et impuissante, qui doit s’efforcer de produire pour assurer, tant bien que mal, sa survie ? Le taux de chômage, qui dépassait les 10% en France avant la crise économique, n’est pas non plus un indicateur de bonne intégration de tous dans la société.

Nous venons de mettre en exergue des failles flagrantes de notre société. Maintenant, interrogeons-nous sur les causes qui ont provoqué ces effets.

Si la société ne répond pas de façon décente aux attentes que l’on est en droit d’avoir de la part d’États si riches et si désireux de paraître bienveillants que les nôtres, n’est-ce pas parce que cette même société est fondée sur des bases qui n’ont rien à voir avec l’éthique et l’humanisme ? Le fluide qui circule dans les veines de notre société et qui lui permet de subsister est-il autre chose que l’argent ? Or, comment est obtenu cet argent ? N’est-ce pas à la fois par les moyens les plus nobles, comme le travail de chacun de nous, et par des procédés plus discutables, comme le blanchiment de l’argent du commerce de la drogue, qui est la troisième source de revenus mondiaux (après le commerce des hydrocarbures et celui des armes. Les revenus obtenus sont de 5,65 milliards de dollars par jour, ce dont l’économie mondiale ne saurait se passer) et ce, malgré la soi-disant et hypocrite guerre contre la drogue ? Que dire des délocalisations qui ne visent que plus de profits immédiats et travaillent à la perte de nombre d’emplois et au déclin de l’industrie de nos pays ? Que dire, aussi, de l’innovation potentiellement créatrice d’emplois qui est muselée par le rachat de brevets de nouvelles inventions par des entreprises puissantes qui, d’un commun accord, souhaitent étouffer malhonnêtement toute concurrence qui serait réellement dangereuse pour leurs intérêts et leur servie ? En somme, peu importe la façon dont les richesses affluent dans les bras des ploutocrates, occidentaux ou internationaux ; seul le fait de toujours avoir plus d’argent compte, alors que les seuls pays du G20 possèdent un PIB de 48 000 milliards sur un total de 54 000 pour l’ensemble du monde.

En conclusion, nous pouvons dire que notre société européenne fonctionne comme une post-démocratie (pour reprendre les mots du président tchèque Vaclav Klaus, poussé par les pressions exercées sur lui à parapher le traité de Lisbonne) depuis le passage de nos pays d’une société de production à une société de consommation. Le processus démocratique est en voie de disparition, et seules des apparences démagogiques à l’hypocrisie suave peuvent encore convaincre les moins informés d’entre nous de la réalité de l’application de la démocratie. Un nombre toujours croissant de secteurs doivent devenir rentables parce qu’ils sont privatisés : on se soucie de moins en moins de l’aide sociale. Chacun d’entre nous doit devenir un automate, formaté par les diverses formes d’enseignement pour accomplir des tâches précises et prédéterminées avec une régularité mécanique. Il y a de moins en moins de possibilités de s’accomplir personnellement et, n’y ayant pas de recours possible, la dépression fait des ravages. Cela continuera d’arriver, tant que tout ce que notre société espérera de nous sera que nous nous renfermions dans une bulle de naïveté, de docilité et d’ignorance pour pouvoir travailler, faire du fric et la fermer sans se rebeller, comme il se doit.

Régis Mex, pour Mecanopolis

jan 01 2010

Les cachotteries de Copenhague

Par Michel-François Clerin et Geneviève Azam

Est-il exact que les intérêts qui promeuvent les thèses du réchauffement climatique et financent ceux qui les exposent sont ceux-là mêmes qui défendent depuis plus de 30 ans la dérégulation et les privatisations financières ?

16466

Prenons le cas d’Al Gore, dont le film « Une vérité qui dérange » peut être considéré comme le catalyseur de la peur et du pessimisme pour les générations futures du réchauffement climatique. Savez-vous que sa famille a possédé la plus grande mine de zinc américaine au Tennessee, et notoirement connu comme un des sites les plus polluants des USA ? Al Gore est aussi l’agent intéressé des spéculateurs financiers de la City. Il est le porte parole qui permet de faire le lien entre le Premier ministre Gordon Brown, l’ancien Premier ministre Tony Blair et le milliardaire ex-patron d’E-Bay, Jeff Skoll. Les principales sources de financement du documentaire « Une vérité qui dérange » sont Mr Skoll en personne ainsi que le Hedge Fund « Generation Investment Management » géré par Mr. David Bloom, ex-directeur de Goldman Sachs. Al Gore est, de plus, un associé de Zac Goldsmith, le fils du célèbre Jimmy Goldschmit.

Mais quel est le coeur du système ?

Il s’agit du système de création de droits à émettre du CO2 échangés sur des marchés. Ce marché n’est en fait rien d’autre qu’un nouveau marché relativement opaque. C’est Gordon Brown, alors chancelier de l’Echiquier, qui a promu un système permettant la négociation de 100 milliards de droits à l’émission de CO2 à travers toute l’économie. La City s’est assuré une position dominante en contrôlant le « Emission Trading Scheme » (Organisation Européenne des droits échangeables) par lequel passe plus de 60 % du volume de CO2 échangé dans le monde dont 80 % de sa valeur.

Toutefois, en raison de la crise et du surplus de droits émis, la valeur de ces droits n’a-t-elle pas chuté ?

Effectivement, cela est correct mais à la suite du COP15, on s’attend à une baisse du nombre de droits émis, donc à une forte hausse du marché par tarissement de l’offre. Dans une ambiance agitée de réchauffement climatique entretenue de toutes parts par les mêmes banques d’affaires, grandement responsables de la crise financière, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, celles-ci se sont positionnées en tant que « Market Makers », dans la prévision d’immenses profits. D’après le Daily Telegraph, Al Gore serait le premier milliardaire du carbone.

De quelle manière cela s’opère-t-il ?

L’International Continental Exchange (ICE) créé en 2000 par des banquiers internationaux autour de Goldman Sachs et de compagnies pétrolières comme Shell et BP dominent les marchés à terme du gaz et du pétrole. ICE a acheté l’International Petroleum Exchange (IPE) de Londres qui est un marché opaque et pratiquement dérégulé sans qu’aucun registre sur les échanges ne soit tenu. Bien que le siège d’ICE soit à Atlanta, la société opère à partir de Londres sous la forme d’un centre financier offshore. ICE contrôle de fait le Chicago Climate Exchange (CCX) et sa filiale londonienne, le London Climate Exchange (LCX).Un des associés et fondateurs de l’ICE, Mr. Richard Sandor est l’inventeur des produits dérivés et des droits d’émissions échangeables sur le CO2. Goldman Sachs est de son côté le plus gros actionnaire de CCX et le numéro deux de ICE. Or c’est Goldman Sachs qui a lancé Al Gore dans le business des Hedge Funds lorsqu’en 2003, Mr. David Bloom, ancien CEO de Goldman Sachs Assets Management a constitué « General Investment Management » avec Al Gore et deux anciens associés de GS. En Europe, Mr. Yann Arthus-Bertrand est un protégé de la famille Pinault et Nicolas Hulot est sponsorisé par Bouygues et TF1 mais ils font petit jeu comparé à l’ensemble. du dispositif de la mondialisation financière des droits d’émission.

Y a-t-il une sorte de conspiration et d’apartheid technologique lancé contre les pays pauvres ?

Mr. Lawrence Summers, principal conseiller économique du Président Barack Obama, fut le fossoyeur de toutes les réglementations financières aux USA (en particulier de la loi Glass Steagall). Il est actuellement ami et protecteur des comportementalistes américains et défenseur des droits d’émission de CO2. Mr Summers a été en faveur de l’envoi des déchets des pays développés dans les pays du tiers monde, sous prétexte que ceux-ci étaient moins pollués. Le groupement intergouvernemental d’experts sur le réchauffement climatique (GIEC) qui a partagé le Prix Nobel avec Mr. Al Gore a été constitué en novembre 1988. Au mois de novembre 2009, une fuite d’emails dans un des centres de recherches en Angleterre a créé une sorte de « Climategate » qui n’a toutefois pas été capable de bloquer ou de minimiser le Copenhague COP15 et les conclusions du GIEC. Le GIEC étouffe le débat scientifique (non tranché par l’Académie des Sciences en France) et refuse la critique. Ce qui est pour le moins anti-scientifique. Le coefficient de corrélation entre températures et CO2 sur 1998-2007 est de 0,02 soit le constat avéré d’aucune corrélation statistique. Le célèbre écologiste Maurice Strong est directeur du Climate Exchange de Chicago (CCX) et le patron du GIEC, Mr. Rajendra Pachauri figure au comité consultatif : cela ne constitue t-il pas un conflit d’intérêt ? Par ailleurs, la mise en place d’une taxe carbone signifie qu’un protectionnisme empêchera les pays pauvres, notamment l’Afrique d’échanger avec les pays riches, ce qui étouffera leur développement.

On peut douter que le système de compensation de Copenhague puisse compenser quand on connait déjà l’échec de l’aide internationale depuis trois générations dû à l’inefficacité et la corruption. Les milliards qui seront dépensés pour la lutte contre le réchauffement ne seront malheureusement pas utilisés contre la famine, la pollution des eaux et les ressources aquifères, c’est-à-dire autant de problèmes vitaux pour les pays en développement. , économiste, Université de Chicago.

Michel-François Clerin

Silence, la finance carbone va sauver le climat !

Les marchés du carbone constituent depuis les années 1990 la réponse majeure de politique internationale pour résoudre la crise climatique. Leur conception est un produit de la rhétorique néolibérale, alors à son acmé, ardemment défendue par les États-Unis lors des négociations devant aboutir au protocole de Kyoto en 1997, que ces derniers n’ont finalement pas ratifié.

Depuis les années 2000, l’essentiel de l’énergie de l’Union européenne s’est déployée pour la mise en place du premier marché du carbone en 2005. L’Union est aujourd’hui le plus ferme défenseur de cette politique, alors que le marché européen du carbone est un exemple de la volatilité et de l’instabilité du prix du carbone et de son incapacité à réguler la crise climatique.

Ces marchés ont vu leur taille doubler chaque année entre 2005 et 2008. Même s’ils ne sont pas comparables par leur taille, approximativement équivalente à 100 milliards de dollars, aux marchés financiers déjà en place, il sont promis à connaître des volumes voisins des dérivés de crédit dans une dizaine d’années selon James Kanter du New York Times (06-07-2007).

Au bonheur des fonds spéculatifs

La « finance carbone », surtout après les déboires de l’immobilier, a rapidement attiré les fonds spéculatifs, les traders du secteur de l’énergie (comme EDF trading, Shell trading, Rhodia Energy…), des entreprises industrielles comme Arcelor-Mittal et les grandes banques d’investissement, Citigroup, Goldman Sachs, Crédit suisse, BNP-Paribas, Merrill Lynch, autant d’institutions désormais connues du grand public pour leur prudence financière et leur souci du bien commun !

Car le marché du carbone n’est pas un simple commerce de droits et crédits d’émission échangés entre entreprises pour satisfaire à leurs obligations. Ces titres sont en effet détenus aussi par d’autres acteurs, dont le but est de spéculer sur leur valeur. Ainsi un marché secondaire s’est rapidement développé, avec des spécialistes de la spéculation qui élaborent des produits financiers complexes, à partir des savants modèles de produits dérivés qui ont déjà fait la preuve de leur dangerosité, avec le risque d’une bulle financière.

Les contrats sur des « émissions évitées », qui circulent déjà sur les marchés à terme, portent des risques importants de ne pas être réalisés. Alors que la crise climatique exige une transformation rapide des modèles de production et de consommation les plus polluants, elle se trouve ainsi entre les mains d’opérateurs qui en ont fait une nouvelle opportunité pour s’enrichir.

Le marché des quotas d’émission (ou encore droits à polluer) est très singulier, car s’y échange un titre émis par les États, les droits d’émission. Une fois ces droits en circulation, le marché détermine leur distribution finale et leur prix. Mais l’échange de ces droits suppose une unité commune, c’est la tonne équivalent carbone : un quota d’émission égale toujours une tonne d’équivalent carbone émise, quelle que soit son origine. De cette réduction, découlent des conséquences écologiques et sociales alarmantes.

Un étalon unique

Cet étalon unique est construit sur des règles de réduction entre les différents gaz à effet de serre, ramenés à un « équivalent carbone », alors que ces derniers contribuent différemment au réchauffement global, et qu’ils devraient avoir des traitements différenciés. C’est le cas du méthane, largement oublié, alors que des techniques assez simples et bon marché pourraient permettre de le récupérer, notamment dans les pays du Sud. Par ailleurs, les solutions comme les agrocarburants, le nucléaire, le stockage du carbone, qui à court terme peuvent certes faire baisser les émissions, représentent potentiellement des catastrophes écologiques et sociales futures.

De même, en posant comme équivalents une tonne de carbone émise et un quota obtenu n’importe où et n’importe comment, la déforestation de la forêt primaire peut être considérée comme équivalente, en termes de tonnes équivalent carbone, à son remplacement par une plantation nouvelle à croissance rapide, la biodiversité et les droits des peuples indigènes n’entrant pas dans l’unité de compte.

Et puisque toutes les réductions sont ainsi équivalentes, il est logique de rechercher celles au moindre coût, par le dit « mécanisme de développement propre » et par la compensation carbone qui autorisent les entreprises des pays industriels à gagner des droits d’émission en investissant dans les pays du Sud et en s’exonérant des réductions domestiques. Ainsi, le passage à des systèmes de production et de consommation soutenables, se trouvent retardé d’autant dans les pays les plus pollueurs. Une tonne d’équivalent carbone évitée en Éthiopie aura la même « valeur » qu’une réduction d’une tonne en Europe ou aux États-Unis !

Le climat devient une abstraction

Le choix du développement mondial du marché du carbone, avec son unité de compte en tonne équivalent carbone, fait du climat une pure abstraction, déliée des conditions sociales, historiques et technologiques de son équilibre. Le silence actuel sur ces mécanismes écologiquement inefficaces et économiquement dangereux, inventés dans les années 1990 en pleine euphorie financière pour poursuivre les logiques de croissance infinie, est inquiétant.

Il se renforce d’un silence gêné porté par des « entrepreneurs du bien » selon l’expression de Gunter Anders, qui, face à la déroute, s’inscrivent dans le « c’est tout de même mieux que rien ». Une forme de « l’empire du moindre mal » (Jean Claude Michea). Ce silence demande à être levé si nous ne voulons pas nous réveiller douloureusement.

Geneviève Azam, Conseil scientifique d’Attac.

Source: Mondialisation.ca

déc 21 2009

Qu’en est-il de la liberté de la presse en France ?

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La liberté de la presse est l’un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques, qui reposent sur la liberté d’opinion, la liberté mentale et d’expression. En France, elle a été déclarée pour la première fois dans la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il y est stipulé que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». S’il est habituellement consensuel de dire que la liberté de la presse est fortement bridée dans la plupart des pays du monde, nous pourrions légitimement émettre de sérieuses interrogations quant au respect de cette dernière dans nos pays dits démocratiques que nous considérons habituellement comme un havre de civilisation qui se doit de dispenser ses inégalables lumières au reste du globe. Pour disposer d’une vue d’ensemble sur la question, nous allons aborder trois points essentiels, qui sont les censures de la liberté d’expression en France, le fonctionnement général des médias et leur financement, pour terminer par une vue globale de la nature de ces derniers.

Libertédelapresse

La notion même de liberté est passablement floue dans la langue française. Si le plus grand nombre de gens s’accorderait à dire que la liberté consiste à faire ce que l’on veut quand on le veut sans être entravé par quelque contrainte que ce soit, le bon sens dirait plutôt qu’être libre, c’est savoir agir de la meilleure manière possible dans l’observance des règles auxquelles notre marge d’action est soumise. En somme, c’est dans l’accroissement de ses responsabilités que l’on trouve plus de liberté. Dans le cas de la presse, donc, il s’agit de repérer les responsabilités et les règles que l’on impose aux journalistes pour pouvoir se faire une idée un tant soit peu pertinente de sa marge de manœuvre.

Pour ce qui est de la presse écrite, il est essentiel de savoir que la matière première des quotidiens est fournie par la majeure agence de presse, l’Agence France-Presse (AFP). Elle a donc une influence considérable, car beaucoup de journaux se contentent souvent de récupérer ses nouvelles pour toucher leur public. L’AFP était un établissement d’État jusqu’en 1957. Elle dispose aujourd’hui d’un nouveau statut censé garantir son indépendance rédactionnelle, mais ses recettes proviennent pour moitié de ses clients, pour moitié de l’État. Les batailles homériques qui entourent la nomination très politique de son président ont tendance à montrer que l’AFP n’est pas réellement neutre.

D’autre part, le travail des journalistes de tous bords est soumis au contrôle de leur rédacteur en chef, qui veille au respect de la ligne éditoriale d’une publication ou d’un journal audiovisuel. S’il juge qu’une partie de la production qui lui est présentée est indécente, il peut la supprimer, ce qui est une forme de censure indirecte. Le contrôle des rédactions passe par la réduction de leur nombre. On a assisté à une concentration sans précédent de la presse quotidienne depuis la Libération. Les journalistes, s’ils sont enregistrés par la Commission de la carte où siègent des représentants du Premier ministre, ou si l’administration le décide discrétionnairement, font bénéficier leurs employeurs de cotisations sociales réduites et en bénéficient eux-mêmes, ainsi que d’une déduction fiscale supplémentaire. Les journaux doivent, eux, être enregistrés par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP, instance dont le travail est peu médiatique mais qui a pourtant un rôle capital) où siègent d’autres représentants du Premier ministre pour bénéficier du taux réduit de TVA à 2,1% au lieu de 19,6%. Ils bénéficient alors aussi de tarifs ultra-préférentiels à La Poste. À ce subventionnement indirect s’ajoute un subventionnement direct par les services du Premier ministre des quotidiens nationaux. Le refus ou le retrait d’un de ces agréments vaut toutes les censures : il condamne généralement le journal concerné à la faillite immédiate. Et s’il survit, il est réduit à la marginalité sur un marché assisté où ne s’appliquent pas les règles de la libre concurrence.

Dans le cas de la publication de livres, il ne suffit pas de trouver un éditeur : encore faut-il qu’il soit mis à la disposition des libraires, ce qui est le travail des diffuseurs. Les sociétés assurant ce service peuvent très bien refuser d’afficher l’éventuel livre dans leur catalogue, condamnant ledit ouvrage à être distribué quasiment sous le manteau par des réseaux improbables.

La liberté de la presse ne peut s’apprécier qu’au regard de l’appareil judiciaire qui en garantit l’harmonieux fonctionnement. Au XIXe siècle, Georges Clémenceau se battit pour que les journaux ne soient pas jugés en correctionnelle par des magistrats nommés par l’État, mais par des jurys populaires. Cette procédure indispensable a été supprimée par le Gouvernement provisoire et jamais rétablie. Là encore, si les chambres spécialisées sont tenues par de fins juristes, il suffit d’observer les batailles qui entourent la nomination de ces magistrats pour mesurer le caractère politique de leur fonction.

Les journaux et émissions télévisées, de leur côté, sont contrôlés par le CSA, Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, qui est un organisme de l’État français. Jouissant d’un statut d’autorité indépendante, il délivre des autorisations d’émettre aux radios privées et aux chaînes de télévision privées, nationales, régionales ou locales selon le bon vouloir de ses neuf conseillers nommés par l’État. En guise d’aperçu de ce que le CSA est capable de faire, il faut savoir qu’en avril 2002, le CSA a écrit à France Télévisions après le passage du journaliste Thierry Meyssan dans une émission de Thierry Ardisson et lui a ordonné de ne plus lui donner la parole à propos des attentats du 11 septembre, dont il inférait la responsabilité au gouvernement des États-Unis. Une copie de cette lettre a été adressée à tous les médias audio-visuels sous convention. Depuis, Meyssan n’a plus été invité sur une chaîne française, y compris lorsque Arte a consacré une soirée complète à le mettre en cause.

Bien que les médias privés soient importants aujourd’hui, il n’en a pas toujours été ainsi en France. Charles De Gaulle entrant dans Paris promulgue, le 26 août 1944, une ordonnance rédigée à Alger qui nationalise toute la presse écrite et audiovisuelle. La France est le seul État non communiste à avoir jamais procédé de la sorte. L’idée de l’époque est que pour être objective, la presse doit être un service public. L’État devient le garant de la Vérité à défaut d’être celui de l’esprit critique. Ce n’est qu’en 1954 que Pierre Mendès-France privatisera la presse écrite. Il faudra attendre 1982 pour que François Mitterrand, devenu président de la République, privatise partiellement la radio, et 1986 pour que Jacques Chirac privatise partiellement la télévision.

Au niveau du fonctionnement et du financement des agences de presse, nous allons à nouveau opérer une distinction entre presse écrite et audiovisuelle en prenant des exemples éloquents de médias privés.

Prenons l’exemple du Figaro pour la presse écrite : Le Figaro est une filiale de la Socpresse dont le président est l’industriel et sénateur Serge Dassault. En 2009, selon le magazine Forbes, il est le 90e homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à plus de cinq milliards de dollars. Serge Dassault a expliqué, en 2004, que les journaux doivent diffuser des « idées saines », car « nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche ». « J’espère que vous allez cesser de former des journalistes de gauche ! » avait-il ainsi lancé à des responsables du Centre de formation des journalistes. Il refuse que son journal publie, en août 2004, un entretien avec Andrew Wang, dans le cadre de l’Affaire des frégates de Taïwan (l’entretien est finalement publié dans le magazine Le Point du 9 septembre 2004). À la suite de ses propos sur la subordination du journal à son propriétaire, des troubles surgissent pendant quelques mois au sein de la rédaction. En octobre 2008, le journal Le Monde rapporte des témoignages de journalistes du Figaro qui se plaignent de la pression exercée par Serge Dassault sur la rédaction. En février 2008, Pascale Pascariello, journaliste de France Inter, est prise à partie par le service d’ordre, après avoir posé des questions lors d’une réunion publique organisée par Serge Dassault. Le 19 juin 2008, Serge Dassault déclenche une nouvelle polémique en déclarant qu’il juge « anormal » d’aider les chômeurs, « des gens qui ne veulent pas travailler ». Sur iTélé, en juillet 2008, il avait également fait part de son admiration pour l’organisation chinoise du travail, a vanté les mérites des ouvriers chinois « qui travaillent 45 heures par semaine et dorment dans leurs usines », s’est désolé de l’existence des grèves et des syndicats et a dit soutenir une plus grande flexibilité pour les entreprises. Nous sommes en droit de nous demander quelle part de liberté et d’objectivité existe dans un média qui est sous la coupe de quelqu’un comme Serge Dassault…

Même un journal à la réputation plus neutre comme Le Monde ne fait pas figure d’exception dans les critères de rentabilité. Dans l’essai « La face cachée du Monde », Pierre Péan affirmait, entre autres, que l’équipe dirigeante du journal avait pris le parti de s’orienter vers une logique commerciale, faisant fi des règles déontologiques et usant des techniques de désinformation. Les critiques pointaient également du doigt certains partis-pris éditoriaux. D’autre part, un employé du Monde avait été licencié peu de temps après cette publication pour « cause réelle et sérieuse » portant « atteinte à l’entreprise » dans laquelle il travaillait, pour avoir critiqué l’absence de réaction du Monde aux critiques de l’essai de Pierre Péan.

Le 9 novembre 2005, selon Le Canard enchaîné du 16 novembre 2005, Nicolas Sarkozy convoque au ministère de l’Intérieur le président-directeur général des Éditions First, Vincent Barbare, pour le menacer de « foudres judiciaires et variées ». Cette maison d’édition s’apprêtait à publier le 24 novembre l’ouvrage signé de Valérie Domain, journaliste à Gala, et intitulé Cécilia Sarkozy, entre le cœur et la raison. Dans une interview du Parisien publiée le 18 novembre 2005, Cécila Sarkozy indique que c’est elle qui a alerté son mari sur la sortie du livre. « Je ne souhaite pas que ma vie privée soit médiatisée », a-t-elle affirmé. L’auteur affirme quant à elle que Cécilia Sarkozy était parfaitement au courant de la teneur du livre. Valérie Domain souhaite que son ouvrage soit publié et est entrée en contact avec l’éditeur Fayard. Malgré des pressions d’Arnaud Lagardère, directeur du groupe Hachette, sur Claude Durand, directeur de Fayard, la biographie de Cécilia Sarkozy par Valérie Domain a été publiée le 8 février 2006 et tirée à 100 000 exemplaires sous le titre Entre le cœur et la raison sous forme de roman aux éditions Fayard. Cécilia avait donné son accord pour cette biographie avant de se raviser après de multiples entretiens avec l’auteur. Du fait des menaces de poursuites judiciaires par le couple Sarkozy, Cécilia y apparaît sous le nom de « Célia Michaut-Cordier, épouse d’un homme politique influent ». « Une femme quitte un homme pour un autre. Homme de pouvoir, cet autre la voit à son tour lui échapper pour un troisième. Dès lors, il n’a de cesse de la reconquérir » résume l’auteur.

Reprise d’un article de Yann Chollet, journaliste indépendant et auteur du livre « 7 jours sur 7 à votre service » : « La censure existe sous couvert d’une relation alléchante du genre « j’achète une campagne de pub dans ton journal et tu me protèges sur cette affaire ». Et je comprends mieux pourquoi des journalistes de journaux dits de gauche (Canard Enchaîné, libération…) préfèrent démolir la SNCF ou critiquer les méchantes multinationales US plutôt que de s’attaquer à nos gentilles multinationales françaises, toutes socialement responsables et éthiques. Fin 2002, une journaliste dite  » d’investigation  » du magazine Capital, m’explique vouloir parler de mon livre et révéler l’affaire des 60 procès dont la chaîne Formule 1 est la mire. Au final, cette journaliste passera par la Tour Montparnasse, siège du PDG ACCOR et écrira un article exposant une image très positive du groupe. Mon livre n’est même pas cité, les arguments contradictoires invisibles. Je préviens la rédaction du magazine que la méthode utilisée par leur journaliste ne respecte pas la déontologie de la profession. Je menace de révéler cette erreur et rapidement le rédacteur en chef m’offre un droit de réponse. D’autres exemples identiques suivront concernant mon ouvrage, dans la presse française. Nicolas Beau du Canard Enchaîné, me dira de façon dédaigneuse au téléphone :  » On ne se paye pas ACCOR comme ça « . Surprenant ! Le rédacteur en chef de  » Nouvel Ouest  » m’expliquera clairement, sans détour, être en tractation  » partenariat publicitaire  » avec le groupe ACCOR et qu’il ne pourra pas parler de mon livre. Par Yann Chollet. Journaliste indépendant et auteur du livre  » 7 jours sur 7 à votre service « . A travers un exemple simple et concret, exposons la subtilité de cette dérive. En 2002, j’écris un livre  » 7 jours sur 7 à votre service  » aux éditions du Vent, qui dévoile l’exploitation des humains dans l’hôtellerie économique. A travers mon témoignage, mes propres souffrances vécues, j’expose en 287 pages une réalité dénonçant l’esclavage des temps modernes. A plus de 80 heures par semaine pour un SMIC, le mot n’est peut-être pas assez fort. Comme contre-attaque,  » le groupe ACCOR, impliqué dans l’ouvrage sous l’anagramme du groupe ROCCA  » comme l’expose Philippe Cohen dans un article publié dans Marianne, ne tente rien contre le livre directement, en connaissance de cause. Par contre, c’est à travers une véritable campagne de désinformation que ce groupe impose le silence autour de mon ouvrage, qui par ailleurs se vend hors réseau traditionnel, à plus de 1.800 exemplaires. Des dizaines de gérants me témoignent leur reconnaissance après lecture. »

Fondé sous l’égide de Jean-Paul Sartre, le premier numéro paraît le 18 avril 1973. Positionné à l’extrême gauche à ses débuts, Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate au début des années 1980, suite au départ de Jean-Paul Sartre. En 1978, le journal n’a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire ». Le journal reprend le titre d’un journal de la Résistance, Libération qui était dirigé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie. En proie à de graves difficultés financières et à une baisse de sa diffusion depuis le début du XXIe siècle, Libération a aujourd’hui pour actionnaire de référence Édouard de Rothschild (38,87%), ancien membre de la commission exécutive du CNPF et grande fortune française. Son siège social est au 11 rue Béranger à Paris, dans le 3e arrondissement.

Au niveau de la presse télévisée, parlons de TF1, dont l’actionnaire principal est le groupe Bouygues, qui situe ses services dans les télécoms/médias et la construction (routes, immobilier…). L’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, expliquait la mission de sa chaîne ainsi : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Au vu du programme nettement commercial de TF1, on ne peut douter que c’est effectivement cette stratégie-là que la première chaîne de France met en application. Or, on peut se demander quelle est la crédibilité d’un journal télévisé paraissant sur une chaîne qui affirme un tel état d’esprit, d’autant plus qu’une personne qui a été divertie avant de regarder un journal parlé sera sans doute plus susceptible d’en avaler tout le contenu sans faire appel à la réflexion.

Toutes les autres chaînes privées connues et une multitude d’autres de moindre importance sont, comme TF1, possédées par des entreprises puissantes qui ont diversifié leurs actions dans plusieurs secteurs rentables, comme Bouygues. Par exemple, les chaînes de radio et de télévision RTL font partie de RTL Group, le plus grand groupe de télévision et radiodiffusion européen et premier producteur d’émission du monde, avec 45 chaînes de télévision et 33 réseaux de radio dans onze pays européens. Ce groupe est lui-même détenu par le géant des médias allemand Bertelsmann. Cette même multinationale est spécialisée dans la presse écrite, et possède notamment Random House, la première maison d’édition au monde. Barack Obama a notamment choisi Random House comme éditeur pour ses mémoires intitulées « Les rêves de mon père ». Il est aussi bon de savoir que le n°2 mondial de l’édition, Hachette, est détenu par le groupe Lagardère, dont les deux principales sociétés sont Lagardère Média (Europe 1, Virgin Radio, Virgin 17, Hachette Filipacchi Médias, MCM, RFM, …) et EADS, qui occupe la deuxième place mondiale dans l’industrie spatiale, aéronautique et de défense). Bertelsmann possède aussi une cinquantaine de magazines dont Stern, Capital, Geo, Gala.

dormez-citoyens

À la lumière de toutes ces informations, nous pouvons nous faire une idée pertinente de la nature de la presse, et si je devais la résumer en deux principes, je les nommerais rentabilité et justification du pouvoir en place. Pour ce qui est de la première assertion, suivons une réflexion élémentaire qui nous fait effectivement savoir que personne ne se lance dans une activité qui ne lui rapporte rien ou qui le fait travailler à perte, et que les grands vecteurs de la presse doivent assurément bénéficier de bases financières solides pour bénéficier des moyens qu’ils possèdent. Et il se trouve qu’en effet, comme nous l’avons dit, les plus grands médias, ceux qui touchent le plus grand nombre de personnes et qui jouissent de la plus grande estime, sont soit détenus par des entreprises qui recherchent bel et bien le profit, soit par l’État, et lorsqu’il s’agit de chaînes de télévision, cela implique le contrôle du type d’informations qui apparaît dans leurs journaux parlés et du recrutement de ses journalistes. En plus de cela, nous avons vu que de multiples processus de censure plus ou moins directs existent tant dans la presse écrite que dans le domaine de l’audiovisuel. Il faut donc que l’information diffusée ait, d’une part, une teneur commerciale, ce qui implique qu’elle fasse part à son public de messages destinés à le toucher, comme de la vulgarisation de l’information fortement axée sur l’émotivité, des faits divers de toutes sortes, ainsi que des nouvelles sur les sports ou même sur des célébrités. Cette stratégie commune à tous les médias importants sert leur deuxième but essentiel : la justification du pouvoir en place. On aurait effectivement tort de penser que le secteur privé permet plus de liberté d’expression que l’État : si l’État a intérêt à dissimuler les informations qui sont susceptibles de remettre en cause la politique qu’il mène, il n’en va pas différemment avec les entreprises qui possèdent des pans de l’information. Ce qu’elles font est tout à fait similaire, à la seule différence que le résultat est pire encore. L’orientation clairement pro-capitaliste de leur ligne éditoriale a également pour but de défendre l’élite des ultra-libéraux et de ne pas permettre de critiques significatives du système en place. La presse d’État et la presse privée partagent donc le même intérêt existentiel, qui est la préservation des politiques économiques et sociétales sur lesquelles les secteurs public et privé s’entendent parfaitement. Elles détournent alors majoritairement l’attention de leurs lecteurs et de leur auditoire sur des faits et des problèmes futiles, vulgarisés ou déformés à coups de propagande, ce dont ces derniers raffolent par ailleurs le plus.

De ce système discrètement verrouillé, il résulte une presse fade et révérencieuse dont le public se désintéresse, préférant souvent s’informer par d’autres moyens. On estime que 57% de la population lit les journaux. Ces mêmes journaux en sont réduits à combler leurs colonnes par des faits divers des plus courants aux plus sordides, choisis arbitrairement parmi tant d’autres, ou encore par des rubriques entières consacrées aux sports, pour compenser toute la rétention d’informations et le manque cruel d’analyse qui concernent les sujets politique et économique qui devraient être l’une des préoccupations majeures des citoyens dignes de ce nom. Malheureusement, l’écrasante majorité de la population n’a cure de ce qui se fait d’important : elle se moque éperdument des idéaux de justice et d’équité, et réagit très peu aux injustices qui la frappent de plein fouet, même lorsqu’elle voit nettement les droits pour lesquels ses ancêtres se sont battus si longtemps et si ardemment leur échapper. Les gens préfèrent se laisser aller au cortège d’émotions et de niaiseries par lesquelles on les dirige aisément dans le sens que l’on désire, et qui est l’instrument principal sur lequel se sont toujours appuyées les propagandes de tous bords.

Ils ont besoin que l’on pense pour eux, de se rassurer de la logique manichéenne internationale qui leur est si abondamment diffusée et qui leur dit qu’il y a, dans le monde, un axe du bien, dans lequel ils ont la chance inestimable de vivre, et de l’autre un axe du mal, peuplé de méchants qui ne rêvent que de détruire leur joli paradis. Ils ont besoin de voir un homme providentiel faire son apparition soudaine pour résoudre miraculeusement tous les problèmes, qu’ils acclament avec véhémence pour le mettre au pouvoir mais pour se désintéresser ensuite de ce que leur messie y fait, et ne se rendent alors pas compte que, comme tous ses prédécesseurs, il trompe les serments qu’il leur avait tenus. Cette bêtise permet à la censure de la presse de se radicaliser. Depuis l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, la France est devenue le premier pays européen en termes de perquisitions dans les rédactions et de journalistes mis en examen ou placés en garde-à-vue. Mais évidemment, la population accorde trop peu d’importance à ses acquis et à sa liberté pour daigner les défendre. Ce n’est pas que la liberté d’expression ne soit pas absolue qui est choquant, car il serait normal de laisser, en toutes circonstances, des règles de base qui empêcheraient la diffusion d’idées haineuses, diffamatoires ou extrémistes. Mais au vu de tout ce dont nous avons parlé, il est clair que la liberté de la presse se trouve aujourd’hui si limitée qu’elle est devenue un vecteur de propagande où seules les idées utiles à l’appui d’idéologies sélectionnées sont autorisées. Pourtant, la subtilité de notre système est de faire croire que le fait que des scandales liés à la corruption de politiciens puissent faire la une des journaux, ou encore que chacun soit en mesure de critiquer la personne du président sont autant de preuves de liberté d’expression. Cela rassurera alors les gens, et les esprits petits bourgeois diront alors : « Vous voyez que nous sommes libres, puisque nous pouvons nous exprimer ainsi. » On trouvera nos dirigeants bien bons de tolérer de telles excentricités, qui sont en réalité aussi futiles que vaines. Nous ne manquerons pas non plus de voir moult personnages réputés proposer des solutions humanistes et miraculeuses aux problèmes qui surviennent en temps de crises (qui, rappelons-le, ne sont dues qu’aux aléas incontrôlables d’un système et non pas aux élites dirigeants qui n’ont soi-disant plus été maîtres de la situation). Mais cela n’en restera jamais qu’au stade de proposition hypothétique, car aucune information ou idée qui pourrait réellement changer le système, et donc menacer les privilèges auxquels ceux qui en bénéficient s’agrippent, ne pourra filtrer ou être appliquée sans leur consentement. On ne peut donc plus parler de liberté, et ceux qui sont encore séduits par l’argument d’autorité et la preuve sociale qui sont associées aux médias puissants et à leurs éminents journalistes sont soit mal informés, soit très naïfs.

Régis Mex, pour Mecanopolis

déc 17 2009

Copenhague, la gouvernance mondiale de l’écologie entre ethnocentrisme et anthropocentrisme ?

Par Julien Teil

En date du 2 décembre 2009, le journal Le Monde a publié le point de vue de Martine Aubry sur Copenhague. (1) Celle-ci invitait à un renouveau écologique sous la formule « À Copenhague, il faut inventer la solidarité écologique du XXIe siècle ». La gouvernance mondiale de l’écologie telle qu’elle s’amorce confirme les déclarations de Martine Aubry qui supposaient « l’émergence d’une gouvernance globale plus forte et mieux coordonnée, faisant place à une organisation mondiale de l’environnement dotée de pouvoirs contraignants ».

wwf-journal-des-plages

Affiche du WWF, qui milite pour la nécessité d’inscrire la question démographique, soit une réduction importante des populations, dans la liste des préoccupations écologiques

Ces « pouvoirs contraignants » ont déjà pour projet d’institutionnaliser mondialement le marché du carbone ou Emission Trading. Ce concept est en réalité issu de l’Agence de protection de l’environnement U.S sous la présidence de Jimmy Carter. Bill Drayton, qui tout comme Jacques Attali, se présente lui aussi comme un prophète du social business, revendique son rôle dans la genèse ce cette idée. (2)

La gouvernance mondiale écologique telle qu’elle se structure actuellement, comporte un déficit démocratique considérable, qui risque de permettre par la même occasion l’instauration de mesures reposant sur des thèses malthusiennes.

Longtemps mise à l’écart des sujets qui seraient abordés lors du sommet de Copenhague, la « démographie verte » pose désormais des questions jusque dans les médias. Pourtant, les travaux d’organismes engagés dans les discussions sur le climat, abordaient la question depuis des mois, voire des années. (3) C’est notamment le cas de WWF, ou de l’Optimum Trust Population et du Club de Rome, pour qui la démographie est un sujet pour lequel ils ont bien préparé leur plaidoirie. En ce qui concerne le traitement médiatique de la question: il se résumerait à la nécessité d’inscrire la question démographique dans la liste des préoccupations écologiques.

Greenpeace a opté pour une position différente, le Courrier International du 19 Novembre 2009 indiquait :

« Pour Greenpeace, aborder la question dé­mographique à Copenhague ou lors d’au­tres sommets préliminaires serait contre-productif. “Le débat entre les pays industrialisés et ceux qui le sont moins est si sensible et si gangrené par la méfiance qu’y introduire une question comme la croissance démographique ne ferait que susciter la colère”, insiste Stephanie Tunmore, la porte-parole de Greenpeace International. » (4)

Néanmoins, et cela est particulièrement équivoque: pour Greenpeace ce serait l’incompréhension qu’un tel sujet provoquerait qui l’exclut du débat. Autrement dit le problème ne semble pas relever du fait qu’il devrait engager un débat démocratique autour de l’historique des thèses malthusiennes, et de leur socle scientifique.

En outre, cette déclaration peut être révélatrice sur la conception que présente Mme Tunmore de l’histoire. On y retrouve l’ethnocentrisme qui suggère qu’une élite d’États (dénommée G20 pour l’occasion) conduit un peuple d’États (dénommé G77 pour l’occasion). Cette conception donne libre cours à l’idée selon laquelle les solutions apportées par les occidentaux, bien qu’elles invitent à la critique, sont incontournables, comme le soutiennent les acteurs du microcrédit. (6) D’autre part, l’idée exprime que la totalité des rapports de forces entretenus autour d’une question mondiale se résument à cette équation.

Or ces rapports de forces intègrent également les OSC (Organismes de la Société Civile), dont font partie les ONG, parmi lesquelles Greenpeace. Puis, il faut compter parmi ces ONG, les fondations accréditées en tant qu’ONG et qui représentent parfois des intérêts loin de refléter une réelle volonté écologique. Les entreprises, autres représentants des OSC, sont elles aussi de la partie, bien qu’elles soient déjà indirectement représentées par beaucoup d’ONG. (7)

Enfin il faut ajouter à l’inexactitude de la déclaration de Stephanie Tunmore, son manque soit d’honnêteté, soit de connaissance des relations internationales. Que nous apprennent donc un examen des relations internationales ?

Les mécanismes de la gouvernance européenne qui intègrent eux aussi les OSC dans leurs modes de régulation sont particulièrement parlants et représentatifs de la réalité des relations interétatiques. En réalité, les relations interétatiques européennes sont en grande partie élaborées sous la responsabilité des think-tanks et lobbys idéologiques. (8) Parfois mandatés et consultés, ces organismes ne représentent aucun intérêt démocratique, pourtant ils participent à la politique de l’Europe. Il en est de même pour l’élaboration des lois relatives au marché, à l’économie, aux mesures sociales, pour lesquelles ce sont les lobbys industriels qui se partagent le gâteau bruxellois. D’ailleurs Greenpeace n’est pas ignorant des pratiques des lobbys bruxellois puisque l‘association s’est opposée, lors d’une session, à la puissante Table Ronde des Industriels Européens. (9)

Or les mesures lentement mises en place pour aboutir à une gouvernance mondiale sont non seulement calquées sur le modèle de la gouvernance européenne, mais elles sont encore plus antidémocratiques et bien plus prédatrices. Cette gouvernance mondiale, telle qu’elle s’institutionnalise à travers les étapes qu’elle traverse depuis au moins un siècle, portent les traits d’une gouvernance dont est exclus les peuples et la démocratie. Les propos de Martine Aubry ne sont que ceux d’un intermédiaire, mais auront au moins le mérite d’éclaircir la situation pour certains.

Un nombre incalculable de procédés et d’étapes a participé à la mutation des relations internationales vers une gouvernance mondiale, parmi lesquels les guerres, le marché mondialisé, la crise économique, etc. Les rapports entre l’État, en tant que représentant du bien public, et les entreprises ont eux aussi mutés. Et, l’ensemble des biens publics sont désormais privatisés, concédés par ceux que, conformément aux principes de nos constitutions, nous avions élus pour nous servir et nous représenter.

Les ONG, quant à elles, en dehors de leur notoriété, jouissent désormais d’une reconnaissance, et d’un statut, elles sont mandatées pour représenter le bien public à travers le concept de société civile. Or, aucun processus démocratique n’expose en quoi elles nous représentent.

De plus, beaucoup d’entre elles sont en réalité contrôlées par les fondations, les think-tanks, les multinationales et les banques. (10) Greenpeace qui exclut les dons des fondations et des multinationales fait partie des quelques ONG épargnées. (11) Seulement, pour qu’elles se révèlent assurément intègres, il faut aussi compter sur leur non adhésion aux thèses, qui après greenwashing, deviennent soudainement des vérités scientifiques. Il est aujourd’hui difficile de dire du réchauffement climatique anthropique qu’il est une vérité scientifique incontestable. C’est d’ailleurs ce fait qui devrait intéresser en premier lieu les associations qui réclament le bien public et la démocratie. On est ainsi en droit d’attendre d’elles qu’elles procèdent à un examen des différents champs d’expression autour de la question du climatgate.

Il faudrait aussi que ces quelques ONG repensent leur rôle de protecteur des biens publics, car cette action elle, est parfaitement concrète. Aujourd’hui, que gouverne l’État ? En fait plus grand chose, puisque les biens publics ont majoritairement été privatisés. Et la France, est une exception qui a su jusqu’à présent préserver une partie de ses biens publics et de ses acquis de souveraineté. Par contre, pour certains biens publics, cela fait longtemps que la privatisation ne s’opère plus au niveau de l’État mais directement à travers les organes de la gouvernance mondiale, et sans que l’on en soit informé: la privatisation de l’eau est déjà copieusement engagée. (12) Et, c’est bientôt le vivant qui le sera dans son intégralité comme l’exposent notamment les sessions de la commission du Codex Alimentarius. (13)

Ce qui s’opposera réellement à cela n’est pas une intervention de Greenpeace dans l’arène de la gouvernance mondiale, comme ce fut le cas à Bruxelles. Ce genre d’interventions efficaces dans les arènes de la gouvernance européenne se compte sur les doigts d’une main. Quels pronostics pouvons nous faire de ces interventions dans l’arène de la gouvernance mondiale ?

Cette arène, nous sommes déjà dedans, et Copenhague est un de ses rendez vous. Car, cette rencontre internationale est un de ces fameux processus nécessaires à l’accélération de la mise en place de la gouvernance mondiale. C’est sa première vocation. Les autres ne sont que secondaires, voir inexistantes et relèvent purement du fantasme engendré par une fabuleuse campagne médiatique et beaucoup d’argent.

Les mesures décidées à Copenhague profiteront à ceux qui participent à l’élaboration de la « justice climatique », car ils sont à la fois témoins, juges et parties .Elles n’appartiennent ni à Greenpeace, ni au peuple, mais à ceux qui ont les moyens de les apporter: c’est à dire ceux qui contrôlent les biens publics, devenus de simples richesses privées. Ce ne sont donc définitivement pas le G20 et le G77 qui n’ont qu’un rôle d’intermédiaire afin de mieux projeter l’illusion des antagonistes. On ne peut manifestement pas non plus conclure des rapports qu’ils se résument à l’interprétation subjective que pourrait générer un débat autour de la question « démographique » au sein du G20 et du G77. Par contre il est évident que Copenhague est une étape de plus, intégrant « l’écologie » au menu des questions « politiques ». Or ce qu’on définissait auparavant et à juste titre, comme « la politique », par définition inhérente à la démocratie, a muté vers ce qu’on appelle la « gouvernance ».

La véritable vocation de Copenhague semble être de s’accaparer un domaine pour le moment libéré d’une institution mondiale. Et cela afin d’aboutir à une gouvernance mondiale de l’écologie anti-démocratique. Il s’agit entres autres, de la confiscation d’un domaine d’expression au sein duquel une écologie concrète et démocratique est possible, en particulier par la dénonciation des mécanismes évoqués ci-dessus. Dans cette optique de dénonciation des parasites de la démocratie, les ONG seraient, sur le long terme, amenées à l’abandon de leur statut au profit d’une démocratie plus réaliste.

A l’opposé, Jacques Attali considère que le rôle miraculeux des ONG invite à la création d’une Organisation Mondiale des ONG, qui défendrait « la mise en œuvre des fondements de la démocratie : la liberté d’expression, la protection des femmes et des enfants, la lutte contre la peine de mort, le droit au travail, le droit au crédit, le droit au logement. » (15)

Mais à Copenhague, il est avant tout question de poursuivre les mesures engagées et qui annoncent inévitablement une gouvernance du vivant, une gouvernance de la démographie et une gouvernance plus aiguisée de l’énergie. (16) Ces prédictions appartiennent à une perception anthropocentriste, qui au nom d’une objectivité sur la nature, exclut l’homme de celle-ci. Pour les tenants de ces thèses, il serait ainsi possible d’entreprendre un parfait examen des problématiques écologiques.

Cela pose inévitablement la question du rapport qu’à l’homme à la nature, tout comme le reflètent également les idées de Mihail Roco (17) concernant le Transhumanisme et les nanotechnologies. (18)

Enfin, il est surprenant que les éléments révélés par le Climatgate ne soient pas au sommaire des discussions de Copenhague, ni des inquiétudes du monde associatif. Pourtant, leur authenticité a été confirmée par le CRU (Climat Research Unit), qui n’est pas revenu sur cette déclaration à ce stade. Phil Jones, directeur du CRU, dont les travaux constituent le socle scientifique des questions abordées au sommet, a été suspendu provisoirement de ses fonctions, avec son accord, le temps de l’enquête. (19)

Que pouvons nous conclure de la future gouvernance mondiale de l’écologie étant donné que les doutes soulevés par sa consistance scientifique ne sont pas abordés ? Et, dans cette perspective, que nous apprend la volonté de mettre en place une « organisation mondiale de l’environnement avec des pouvoirs contraignants » dans le contexte d’une gouvernance mondiale antidémocratique ?

Julien Teil, pour Mecanopolis

julienliste@hotmail.com

Notes et sources :

(1)    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/02/a-copenhague-il-faut-inventer-la-solidarite-ecologique-du-xxie-siecle-par-martine-aubry_1275025_3232.html
(2)    William « Bill »Drayton, tout comme Mr Attali, estime que l’entreprenariat social permet de résoudre les problèmes de pauvreté. Ainsi, il a fondé en 1981 le fond Ashoka afin de développer cette activité. Il a été sous l’administration Carter, assistant administrateur de l’Agence de l’Environnement U.S. C’est à ce titre qu’il lança le principe de marché du Carbone. On voit aussi apparaître un membre du CFR en 1985, sous le nom de « William Drayton ».  Nous ne pouvons en conclure que c’est bien lui, mais aucun autre William Drayton ne bénéficiait d’une renommée particulière à l’époque.
(3)    Voire le site Planète-Attitude, plate-forme de la communauté WWF en France : http://www.planete-attitude.fr/
(4)    http://www.courrierinternational.com/article/2009/11/19/demographie-le-grand-tabou
(5)    Ce modèle de développement est encouragé, entres autres, par Jacques Attali, fondateur de Planet Finance, qui y voit notamment une solution à la crise économique
(6)    A ce propos, lire « Organisations non ( ? ) gouvernementales , La lettre du Forum de Delphes, Novembre 2007 par Thibault Le Texier. http://tibo.lt.free.fr/article.php3?id_article=84
(7)    Voir « La Marche irrésistible du nouvel ordre mondial, sous-titre : Destination Babel, Éditions François-Xavier de Guibert, 2007 » Par Pierre Hillard.
(8)    In « Europe Inc – Comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale » Collectif, Agone, 2005. Il semble qu’un fait similaire impliquant Greenpeace face à l’ERT soit relaté ici : http://archive.corporateeurope.org/observer9/stockholm.html
(9)    Voir à ce propos « Les ONG, instruments des gouvernements et des transnationales ? » par Julien Teil, Réseau Voltaire, 30 juillet 2009 : http://www.voltairenet.org/article161139.html#article161139
(10)    La politique de financement de Greenpeace est indiquée ici : http://www.greenpeace.org/france/transparence-financiere/ressources-greenpeace
(11)    En France, la gestion de l’eau se fait à travers des organismes publics qui ont des contrats avec le secteur privé . C’est notamment le cas du SEDIF dirigé par André Santini. Pour de plus amples informations, consulter le site de l’association S-EAU-S : http://seaus.free.fr/
(12)    Les écrits de Dominique Guillet, fondateur de l’association Kokopelli éclairent parfaitement sur le sujet. Certains sont disponibles sur le site de l’association : http://www.kokopelli.asso.fr/
(13)     Discours de Jacques Attali au sommet mondial des ONG, 10 septembre 2004. http://www.voltairenet.org/article161364.html
(14)    Il est notamment question, au sein de l’élaboration de la politique énergétique « responsable » de développer massivement les agro carburants. Jean Ziegler, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation auprès de l’ONU, estime que la culture des agro carburants est déjà vectrice de malnutrition : http://www.notre-planete.info/actualites/actu_1394_biocarburants_crime_contre_humanite.php . L’association Survie quant à elle relate les actions entreprises par Daewoo au Madagascar : http://survie31.over-blog.com/article-25402693-6.html
(15)    Mihail Roco est le co-auteur du rapport « Converging Technologies for improving human performance » ( »Technologies convergentes pour améliorer les performances humaines »), publié avec William S. Bainbridge, son collègue de la NSF. Ce dernier milite avec les Transhumanistes pour le dépassement de l’humanité par une post-humanité « augmentée » via implants corporels, hybridation homme-machine et autres téléchargement de la conscience sur ordinateur.
(16)    Le transhumanisme est une idéologie traitée dans les ouvrages du collectif grenoblois Pièces et
Main d’œuvre. Mais aussi sur leur site internet : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?article24
(17)    Voir l’article du journal Le Monde : http://www.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/12/02/climategate-le-directeur-du-centre-de-recherche-demissionne-temporairement_1275245_1270066.html

déc 14 2009

Le sommet de Copenhague a pour objectif de réduire la population mondiale

La véritable intention derrière la fraude du réchauffement climatique promue au Sommet de Copenhague est une politique malthusienne de réduction drastique de la population. Hier, le quotidien de la City de Londres, le Financial Times, et son homologue canadien, le Financial Post, ont appelé les dirigeants du monde à entreprendre de toute urgence une politique d’austérité démographique.

cop15_logo_b_m1Le quotidien britannique se félicite d’abord que « le Sommet de Copenhague ait donné un nouvel élan au débat sur la nécessité de stabiliser la population mondiale », tout en déplorant que « certains pays en développement ont échoué à suivre la grande transition démographique vers des niveaux de fertilité plus bas, qui s’est produite ces dernières décennies dans le monde occidental ». Heureusement, le Financial Times voit en Obama le salut :« En tant que Président, une des premières décisions de Barack Obama a été de briser la règle du silence mondial. Il a depuis annoncé une révision des financements de la santé mondiale, en insistant sur l’élargissement des programmes comme le planning familial plutôt que de se concentrer sur une poignée de maladies prioritaires ». C’est la nouvelle philosophie eugéniste que le Fonds des Nations Unies pour la population a recommandé pour le Sommet de Copenhague : moins de naissances, c’est moins de CO2. Mais le FT souligne que de nombreux défenseurs du planning familial s’opposent à ce type d’argument liant CO2 et démographie, en expliquant que les gens des pays riches font moins d’enfants mais ont une « empreinte carbone » bien supérieure.

Sous le titre « La véritable vérité qui dérange : le monde entier doit adopter la politique chinoise de l’enfant unique », le Financial Post y va plus directement : « La dérangeante vérité qui plane sur le Conférence de l’ONU à Copenhague n’est pas le réchauffement ou le refroidissement du climat, mais le fait que les humains surpeuplent le monde. Une loi planétaire similaire à la politique chinoise de l’enfant unique, est le seul moyen d’inverser le taux de natalité catastrophique qui est actuellement d’un million de naissances tous les 4 jours. Les autres espèces, la végétation, les ressources, les océans, les terres arables, l’eau et l’atmosphère sont détruits à cause du taux de reproduction croissant de l’humanité. Le remède est simple. C’est dramatique. Et pour l’instant à Copenhague, les dirigeants du monde ne le prennent pas en compte. Ils se feront prendre en photo, feront leur blabla sur la science et la fraude climatique, annonceront la création de fermes éoliennes géantes et la mise en place de droits d’émission carbone. Rien de cela ne marchera à moins d’imposer une politique de l’enfant unique à la chinoise. Les discussions de Copenhague sont à côté de la plaque. Le seul remède est que tous les pays procèdent à une réduction drastique de la population, nettoient leur foutoir et imposent des mesures contraignantes de conservation ».

Meadows annonce les objectifs, pas plus de 2 milliards d’humains

Alors qu’à Copenhague le lobby anti-population peine à pousser les nations au suicide, l’un de ses plus loyaux valets, l’expert en ingénierie sociale du MIT, Dennis Meadows, annonce ouvertement les objectifs de la fraude du réchauffement climatique : réduire la population mondiale à 2 milliards d’individus. Meadows joua un rôle fondamental au commencement de cette propagande malthusienne, puisqu’il est le co-auteur du rapport du Club de Rome Halte à la croissance de 1972 (plus justement surnommé Halte à l’intelligence).

« Nous devons apprendre à vivre une vie remplie avec le niveau d’émissions de CO2 de l’Afghanistan », explique Meadows dans une interview publiée le 9 décembre sur le site de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. « Est-ce possible avec 9 milliards de personnes sur cette planète ? » lui demande l’interviewer. « Non, réplique-t-il, même 7 milliards c’est trop pour cette planète. (…) Si tout le monde est autorisé à pouvoir pleinement se déplacer, se nourrir et s’auto-développer, c’est 1 à 2 milliards. » Lorsqu’on lui demande comment atteindre cet objectif, le gourou de l’anti-population n’a pas le courage d’aller au bout de sa pensée, en expliquant qu’il est une personne éthique et ne ferait jamais de mal à une mouche. « Mais, poursuit-il, le problème c’est que notre mode de vie actuel fait directement du mal aux générations futures. »

Un journaliste inspiré lui aurait alors rétorqué : « Non Dennis, ce sont les meurtriers comme vous qui font du mal aux générations à venir, mais nous ferons en sorte que vous soyez très vite un phénomène du passé. »

Nouvelle solidarité

Note :

La fraude de Halte à la croissance, concoctée au Massachusetts Institute of Technology (MIT), fut l’un des virages dans l’attaque contre la science physique moderne. En effet, comme les climatologues de l’Université d’East Anglia, leur « science », censée prouver l’incompatibilité entre l’écosystème et le progrès humain, est entièrement fondée sur des modèles informatiques capables d’extrapoler linéairement les données préprogrammées d’un système, mais incapables d’intégrer la donnée la plus essentielle : la créativité humaine, qui a la puissance de changer les systèmes.


déc 07 2009

La fabrication de la « légende noire » du stalinisme

Par Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Staline et stalinisme riment désormais avec dictateur, dictature, autoritarisme, terreur, purge, violence politique, Goulag et totalitarisme. Le personnage de Staline, fait penser immédiatement et machinalement à un personnage sanguinaire et à un Homme d’État cruel responsable de « millions » de morts péris dans les camps de concentration et des centres de torture physique et psychologique. Des formules à l’emporte-pièce telles que Staline=Hitler, Staline=Goulag=camps de concentration sont des lieux communs et il existe, paraît-il, une architecture typiquement stalinienne en ne sachant pas exactement en quoi elle diffère des cages à lapins et des blocs de béton qui ceinturent les grandes métropoles capitalistes.

stalin5

Staline et le stalinisme, les goulaguiens, deviennent la marque de fabrique et le fonds de commerce, ô combien lucratif et porteur politiquement et financièrement, de l’Internationale anticommuniste, de l’intelligentsia et des chiens de garde de la bourgeoisie, des partis politiques de l’extrême droite à l’extrême gauche, et même des ex-partis communistes européens, partisans de la « troisième voie » (je dis ex-partis communistes qui ont disparus du paysage politique), et enfin des opportunistes et des arrivistes de tout poil qui sont à la recherche de niches à prendre au sein d’un monde intellectuel dominé par la mode, aujourd »hui démodée, de archéo-libéralisme. La légende noire du stalinisme apparaît comme une arme de combat assez commode et une économie de pensée dans une guerre idéologique et psychologique menée contre le marxisme léninisme et contre le bolchevisme.

La légende noire du stalinisme a été inventée de toutes pièces par d‘indécrottables manipulateurs et d’impénitents imposteurs, en faisant gober au monde entier des histoires et des idées aussi indigestes qu’indigentes. Selon le dictionnaire le Robert, une légende est « une représentation « de faits ou de personnages réels) accrédités dans l’opinion, mais déformée, ou amplifiée par l’imagination, la partialité ». Ainsi, en parlant de Staline, de stalinisme, de totalitarisme, de Goulag, les inventeurs de la légende noire du stalinisme cherchent-ils à manipuler les esprits et à atteindre deux objectifs : 1) éviter un choc frontal avec la théorie marxiste-léniniste; 2) manipuler le psychisme des masses pour étouffer tout esprit de résistance au capitalisme, pour décourager et pour dissuader tous ceux qui sont tentés tant soit peu par la recherche d’une alternative à la loi de la jungle capitaliste. Car, les anti-staliniens veulent focaliser les regards sur la question de la violence politique qui, rappelons-le au passage, n’est nullement spécifique au stalinisme et à l’Union soviétique post révolutionnaire mais une constante historique inhérente de toute révolution qu’elle soit bourgeoise ou socialiste.

Staline avait certes du sang sur les mains mais comparé à la longue histoire sanguinaire et génocidaire des dirigeants militaires et civils des pays impérialistes et colonialistes, Staline apparaît comme un piètre amateur, un apprenti dictateur, un gentil homme d’Etat voire un « nounours ». Sans aucun doute, Staline était-il un personnage fruste et n’était-il pas un enfant de chœur loin de là, mais le dirigeant soviétique était avant tout un homme d’appareil et comme tout homme d’appareil, il se devait d’agir dans les limites imposées par l’appareil du parti bolchevique. Des prisons et des centres de torture physique et psychologique ont certes existé sous Staline mais les pays capitalistes, colonialistes et impérialistes se gardent bien de parler de leur propre Goulag. Il y a encore quelques jours, la presse vient de révéler l’existence d’un nouveau Goulag made USA et CIA en Lituanie. La société capitaliste est elle-même un immense Goulag du fait de la soumission servile des hommes à la dictature de l’argent.

Pendant la légende noire du stalinisme matraque les masses avec les « millions » de morts du Goulag, elle oublie les 28, 5 millions de morts soviétiques (20 millions de civils+8,5 millions de soldats de l’Armée Rouge) causés par l’invasion nazie et elle fait diversion aussi sur les 100 millions de morts provoqués par les deux guerres impérialistes du XXè siècle. Puisqu’il faut malheureusement plonger dans la sinistre comptabilité comparative des victimes de du Goulag soviétique et celles des pays impérialistes, il faut reconnaître que les victimes du stalinisme sont une goutte d’eau en les comparant avec celles causées par la longue histoire génocidaire des pays colonialistes et impérialistes. En réalité, les victimes de Staline sont sans commune mesure avec les ravages du capitalisme et de l’impérialisme depuis cinq siècles des continents africain et américain et de l’Australie qui ont fait et qui continuent même aujourd’hui à faire en Irak et en Afghanistan des millions de morts. Faut-il rappeler que les Américains ont carrément anéanti les populations indigènes d’Amérique du Nord et ont participé au massacre de plus de 50 millions de Noirs ?

Par ailleurs, le phénomène concentrationnaire, ce n’est pas Staline qui l’a inventé mais l’Allemagne démocratique de Guillaume II qui fit construire en août 1904 des camps de concentration, des Konzentrationslagern, dans la nouvelle colonie allemande, le Sud Ouest africain (Deutsche Sudwestafrika), aujourd’hui la Namibie, pour enfermer les membres de la tribu Herero utilisés comme une main d’œuvre corvéable. Dans ces camps, les Herero furent victimes de sous-nutrition, d’épuisement, d’humiliation, de violences et de viols. Dès la première année d’internement, plus de la moitié des prisonniers Herero périrent et d’après le recensement de 1911, sur les 80 000 Herero que comptait la tribu, il n’en reste aujourd’hui que 15 000.1

En matière de techniques d torture physique et psychologiques, les pays capitalistes ne sont pas les mieux placés pour en parler. Si l’on essaie de remonter aux origines des techniques de torture et de violence physique et psychologique, on découvre que le Goulag soviétique est un phénomène récent puisqu’il date seulement des années vingt et trente du XXème siècle ont créé des centres d’enfermement et d’internement dès le XVIIème siècle. On peut dire que les techniques de torture physique et psychologique en Occident n’ont cesse de se perfectionner suivant ainsi développement de la machine à vapeur de Watt. Les travaux de Michel Foucault sur la naissance des asiles et des prisons sont aujourd’hui connus et archiconnus de tous et les adeptes de la légende noire du stalinisme feront mieux de se pencher sur l’histoire des prisons et des asiles en Europe et aux Etats-Unis2. Presque un siècle avant le Goulag stalinien, la France créa en 1854 en Guyane un gigantesque camp de concentration, le bagne considéré comme  « une machine à châtiment bien définie, réglée, invariable. C’est une usine à malheur qui travaille sans plan ni matrice«  3 L’histoire de la colonisation française de l’Algérie avait commencé par le massacre des colonisés par le général Bugeaud et les tortionnaires Français se sont montrés particulièrement inventifs et imaginatifs en matière de torture physique et psychologique en devenant même aujourd’hui un modèle et une source d’inspiration pour les tortionnaires et les dictateurs du monde entier.4

Dans cet article, notre tâche consiste à démonter la légende noire du stalinisme en remontant à ses origines et en analysant les raisons de sa propagation et de son « succès » fulgurant.

stalin2

Fiche de la police secrète tsariste de St. Petersburg sur Joseph Staline (1913)

ORIGINES DE LA LÉGENDE NOIRE DU STALINISME

Ceux qui ont inventé la légende noire du stalinisme, ce sont d’abord et avant tout tous les opposants à la Révolution bolchevique de 1917. Il faut dire que la victoire de la révolution d’Octobre russe en 1917 fut un coup de tonnerre et un terrible choc pour les classes capitalistes du monde entier. La légende noire du stalinisme naquit sur la vague d’anticommunisme provoquée par la révolution bolchevique. L’appréhension et les craintes inspirées par la révolution bolchevique étaient d’ailleurs parfaitement compréhensibles, car, c’est la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, qu’une révolution était menée au nom des classes dominées, ayant pour objectifs l’abolition de la propriété privée des moyens de production et la redistribution de la terre à la paysannerie pauvre. Surtout quand on sait que la Russie tsariste était une simple colonie européenne et américaine et la chasse gardée du capital français, allemand anglais et américain. Pour se rendre compte du tollé général et de l’impact suscités par la révolution d’Octobre de 1917, il suffit de lire la presse de l’époque et d’observer l’hystérie qui s’empara des bourgeoisies européennes d’alors. Par exemple, en France, après la prise du pouvoir par le parti bolchevique, « l’Union des intérêts économiques », un groupe patronal avait mené une campagne médiatique en diffusant une affiche imprimée à des millions d’exemples sur laquelle était représenté un moujik hirsute et mal rasé tenant dans un rictus un couteau entre les dents dégoulinant des gouttes de sang. Après l’arrivée des soviets au pouvoir, ce n’est plus le « boche » qui était l’ennemi de la patrie mais Lénine et Trotski présentés comme les « petits-fils de Karl Marx par le cerveau comme Longuet l’est par le sang ». (Sur l’histoire de l’anticommunisme en France, Serge Bernstein et Jean-Jacques Becker, histoire de l’anticommunisme en France, Paris, Olivier Orban, 1987. T . I). En attendant de trouver son sauveur, un « Napoléon russe », la bourgeoisie russe commençait s’organiser et à prendre des initiatives politiques, économiques et militaires. Une première initiative fut prise par un grand industriel russe, lié au capital étranger, A.I.Putilov en formant un comité secret groupant de représentants des banques et des sociétés d’assurance 5. Après s’être rendu compte de l’inefficacité de l’action de Putilov et ses compères, le grand capital russe fit appel à la dictature militaire du général Kornilov. Pour discréditer le chef de la révolution, les Alliés menèrent une intense propagande sur d’abord sur le wagon plombé et sur Lénine espion allemand. Après la Révolution de 1917 et pendant la guerre civile, les bolcheviques se trouvèrent confrontés à trois armées blanches : Kotchlak à l’Est, Denikine au Sud et Ioudenitch au Nord.

Les dirigeants de la révolution bolchevique ne se battaient pas seulement contre leurs ennemis de classe intérieurs et extérieurs,, en l’occurrence les bourgeoisies et les classes capitalistes autochtones et européennes, ils avaient aussi et surtout à affronter une multitude de défis lancés par forces centrifuges et centripètes hostiles à l’hégémonie du parti bolchevique comme les mencheviks internationalistes, les unitaires, les anarcho-syndicalistes etc. Au sein même du parti bolchevique, les affrontements entre courants et tendances faisaient également rage. La propagande capitaliste occidentale simplifie les problèmes en réduisant le régime stalinien en réduisant la lutte des tendances et des courants tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti et du gouvernement à des rivalités personnelles. Alors que les luttes et les affrontements qui suivirent la révolution d’Octobre opposaient non pas des personnes, Staline contre Trotski par exemple, mais des forces, des mouvements et des conceptions antagonistes et contradictoires. Les divergences politiques entre Staline et Trotski n’étaient pas personnelles mais portaient sur la question de savoir si la révolution devait être menée par étapes dans un seul pays ou l’exporter à d’autres pays. Ce n’est pas le seul Staline qui était en lutte contre Trotski mais la « Troika », Staline, Zinoviev et Kamenev. Après sa défaite au XIV congrès du parti, Zinoviev et ses fidèles se replièrent sur Leningrad en barricadant dans les locaux de la Pravda de cette ville. Puis plus tard, Zinoviev et Trotski se retournèrent contre Staline. Les luttes de tendances et de courants, la terreur et la purge font partie intégrante de la dynamique de toute révolution, car une révolution est régie par une loi semblable à la loi de l’attraction universelle, la loi de la composition des forces et de l’égalité de l’action et de la réaction.

Les critiques adressées par des théoriciens marxistes de premier rang comme Karl Kautsky et des austro marxistes comme Otto Bauer, Max Adler, Friedrich Adler, Karl Renner, Rudolf Hilferding etc ont largement contribué à la naissance de la légende noire du stalinisme. Pour Karl Kautsky, Staline incarnait le despotisme et la dictature personnelle. Kautsky, appelé « le pape du marxisme », influencé par le darwinisme et une vision évolutionniste du monde fut aussi le fer de lance de la croisade antibolchévique et anti-stalinienne. Le principal reproche fait à Lénine et à Staline est le choix de la violence révolutionnaire comme moyen pour conquérir le pouvoir politique. Le désaccord profond entre Kautsky et Lénine porte sur les méthodes, la méthode démocratique ou la méthode révolutionnaire6. Malgré quelques divergences tactiques, les austro marxistes comme Otto Bauer, Franz Adler, furent partisans de la voie démocratique et le rejet de la voie de la terreur. Les partis socialistes européens et les trotskystes luttant contre la « bureaucratie stalinienne » et le « socialisme réellement existant » ont participé à leur manière dans l’invention de la légende noire du stalinisme. Pour plaire aux bourgeoisies et pour faciliter leur alliance avec les partis socialistes, les partis communistes européens abandonnaient progressivement les principes du marxisme léninisme en d’affirmant du coup leur credo anti-stalinien. On sait comment la fameuse « troisième voie » mène les partis communistes européens à la marginalisation et à la disparition du paysage politique occidental.

On a trop glosé sur les raisons de l’avènement du fascisme et du nazisme en Italie et en Allemagne mais on a oublié de relever la coïncidence et la succession chronologique et logique entre la Révolution bolchevique d’une part et la conquête du pouvoir par Mussolini et par Hitler d’autre part. D’abord, Mussolini et Hitler étaient des antibolchéviques et des anticommunistes notoires et les idéologies fasciste et nazie sont viscéralement des idéologies anticommunistes et antibolchéviques malgré leur rhétorique anticapitaliste. Soutenus financièrement par le grand capital, Mussolini et Hitler avaient été portés au pouvoir par une intelligentsia et un peuple foncièrement anticommunistes. Le point commun entre l’intelligentsia italienne et allemande fut la haine profonde de la Révolution bolchevique. Il n’est pas étonnant de voir que les premières victimes du fascisme et du nazisme furent les communistes en général et les staliniens en particulier. Le procureur général qui condamna Antonio Gramsci déclara « Il faut empêcher ce cerveau de fonctionner pendant vingt ans ». Cette même intelligentsia qui fut jadis le principal soutien des régimes fasciste et nazi va redevenir à son tour antistalinienne après la Seconde guerre mondiale. En Italie, des noms d’intellectuels très connus avaient adhéré corps et âme au fascisme et au nazisme comme D’Annuncio, Marinetti, Croce, Gentile, Boccioni, Ungaretti, de Chirico, Savinio, Gadda, Pirandello, Malaparte etc. peu d’intellectuels de premier rang a dû quitter l’Italie sauf par exemple, le physicien nucléaire et prix Nobel, Enrico Fermi. À la fin de l’ère mussolinienne, il n’y a pas eu une vague de suicides parmi les intellectuels pour fait de collaboration comme en Allemagne ou en France comme ce fut le cas avec Drieu la Rochelle en 1945 et Robert Brasillac fusillé en 1945. Une seule exception en Italie fut Giovanni Gentile qui avait été exécuté par des résistants communistes. Il ne suffit pas de dire que l’avènement des États fasciste et nazi correspondait à une crise profonde du capitalisme, car celui-ci est en crise depuis deux cents ans. Il faudrait aussitôt ajouter que les bourgeoisies et le grand capital italiens et allemands avaient besoin d’une forme d’Etat totalitaire pour empêcher la propagation de la révolution bolchevique dans les autres pays européens. Le concept d’Etat totalitaire n’est valable que pour les pays capitalistes où règne le régime de la propriété privée des moyens, et en aucun cas sur l’union soviétique et le régime stalinien. La doctrine totalitaire n’est pas une invention de Carl Schmidt mais de Vilfredo Pareto qui fut le premier à la définir d’une manière claire en préconisant à la fois l’autoritarisme politique et le libéralisme économique. On peut affirmer sans exagération que tous les Etats capitalistes sont des Etats totalitaires, car ils combinent l’autoritarisme politique et le libéralisme économique.

Il n’y a pas que l’intelligentsia qui est anticommuniste et antibolchévique, le mouvement ouvrier lui-même et ses représentants dans les sociétés capitalistes ont été contaminés par le virus de l’anticommunisme et de l’antibolchevisme. D’ailleurs, ce sont l’anticommunisme et l’antibolchevisme du mouvement ouvriers qui ont facilité l’accession au pouvoir en de Mussolini en Italie et d’Hitler en Allemagne. Ceux qui ont contribué a la diffusion de l’anticommunisme et de l’antibolchevisme sont des couches intellectuelles issues de la petite bourgeoisie qui ont infesté très tôt le mouvement ouvrier par les idées réformistes et par le Trade unionisme. L’intrusion d’éléments petits-bourgeois(les intellectuels) a été une des causes de la dégénérescence du mouvement ouvrier. L’émergence de ces couches intellectuelles intermédiaires a été rendue possible grâce à l’expansion du capital et à l’essor du capitalisme et de l’impérialisme. Le réformisme a été la politique du mouvement ouvrier dans le cadre du capitalisme à son apogée conduisant la classe ouvrière et ses représentants à une sorte de « myopie » politique, à un compromis de classe (aujourd’hui les partenaires sociaux) et à l’abandon de tout projet de transformation révolutionnaire des rapports sociaux de production. La formation des partis socialistes et de la social-démocratie témoigne de la corruption du mouvement ouvrier par les idées réformistes et la propagation de l’anticommunisme et de l’antibolchevisme parmi la classe ouvrière. L’influence de l’idéologie petite-bourgeoise qui est par définition une idéologie antimarxiste et antibolchévique se manifeste sous des formes spécifiques comme l’anarchisme ou plus précisément l’anarcho-syndicalisme, le spontanéisme qui rejette toute organisation et qui préconise la lutte « spontanée » et la jacquerie putschiste fondée sur la violence « éducatrice «  des « minorités agissantes ».

stalin3Joseph Staline, en 1906

DIFFUSION DE LA LÉGENDE NOIRE DU STALINISME

La doctrine Truman de containment du communisme va permettre à la légende noire du stalinisme de prospérer et de se propager un peu partout dans le monde. Parallèlement au plan Marshall pour aider les économies européennes à se relever des ruines de la Seconde Guerre mondiale, il a existé un « plan Marshall de l’esprit et de la culture » pour former une intelligentsia anticommuniste et par voie de conséquence, antistalinienne. À la sortie de la guerre, la CIA et les fondations philanthropiques américaines soutinrent et financèrent des réseaux et des institutions à vocation scientifique et culturelle chargées de démarxiser les sciences humaines et d’instrumentaliser les sciences sociales. Le « Plan Marshall de l’esprit et de la culture » était une sorte de croisade anti-marxiste et anti-communiste et les sciences sociales étaient en ligne de mire des fondations philanthropiques américaines. La fondation Rockefeller créée en 1913 a voulu prendre sa part dans la lutte contre le marxisme et le communisme en finançant des projets et des institutions en sciences sociales qui, grâce à leurs outils d’analyse et leurs méthodes d’enquête empirique, allaient devenir un enjeu de contrôle social et de manipulations mentales des masses. C’est pour instrumentaliser les sciences sociales que la fondation Rockefeller a participé au financement aux Etats-Unis et en Europe, des projets dans plusieurs universités américaines (Yale, Harvard, Chicago, Columbia), la Deutsche Hochschule für Politik à Berlin et le London School of economics qui accueillait des économistes venant de la Société du Mont-Pèlerin comme Ludwig von mises et son élève Friedrich von Hayek. La fondation Rockefeller a aussi soutenu financièrement l’institut scientifique de recherche économiques et sociales dirigé par Charles Rist qui avait reçu 350 000 dollars ; le centre universitaire de la recherche sociale, présidé par le Recteur Charléty qui avait reçu 166 000 dollars ; le Centre d’études de politique étrangère, un autre organisme dirigé par le Recteur Charléty qui avait reçu 172 000 dollars. Avant la Seconde Guerre mondiale, la fondation Rockefeller avait permis au Centre de documentation sociale de créer deux postes de chercheurs à plein temps l’un pour Raymond Aron et l’autre pour Georges Friedman. En France, c’est Charles Morazé qui avait déjà rencontré John Marshall et l’autrichien Clemens Heller étaient les deux principaux promoteurs du « Plan Marshall de l’esprit ». C’est grâce à Charles Morazé agrégé d’histoire et collaborateur des Annales que Claude Lévi-Strauss avait obtenu des fondations Ford et Rockefeller le financement des projets de formation des étudiants français dans les universités américaines. Le structuralisme était conçu comme une arme dirigée contre la théorie marxiste de l’histoire et les marxistes ne s’y sont guère trompés. C’est Roland Barthes qui résume parfaitement la situation quand il écrit « il semble bien que la principale résistance au structuralisme soit aujourd’hui d’origine marxiste et que ce soit autour de la notion d’histoire qu’elle se joue » 7. Pour s’attaquer à la théorie marxiste de l’histoire,  il faut commencer par démolir le concept des deux es antagonistes.

Avec l’aide des fondations Rockefeller et Ford, Pierre Auger était parti pendant la guerre aux Etats-Unis où il avait enseigné à l’université de Chicago. Nommé directeur de l’enseignement supérieur après son retour en France en 1945, Pierre Auger s’est heurté à l’opposition du Prix Nobel Frédéric Joliot, communiste et pacifiste, pour le contrôle du Centre National de la Recherche scientifique(CNRS). Devant l’obstruction de Joliot, Pierre Auger avait alors créé le Centre à l’Energie atomique(CEA) et un pôle des sciences sociales rattaché à l’Ecole Pratique des Hautes études(EPHE), devenu plus tard la VIe section. Pour animer celle-ci, Auger fait appel aux collaborateurs des Annales(Morazé, Friedman, Braudel, Labrousse, le Bras) et en 1954, avec l’aide de l’autrichien Clemens Heller désormais établi en France, la VIe section a reçu de nouveaux crédits pour financer des programmes de recherche sur les « aires culturelles ». En 1959, la fondation Ford appuie et finance le projet de Pierre Auger pour la création du Centre européen de recherche nucléaires(CERN) et pour la construction de la Maison des sciences de l’homme. En 1975, la VIe section devenue une structure juridique autonome, se transforme officiellement en l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales(EHESS) présidée par l’historien anticommuniste François Furet. Depuis, l’EHESS qui reçoit un financement de l’Etat français, du département d’Etat américain(Bourses Fulbright) et de la Fondation franco-américaine de New-York, une officine créée en 1976 par la CIA, devient le fer de lance de la lutte contre le communisme et le stalinisme.

Outre l’apport financier des fondations philanthropiques, la CIA et le plan Marshall ont participé au financement d’une myriade de réseaux et d’institutions culturelles voués à la formation d’une intelligentsia anticommuniste. C’est le cas du Congrès pour la liberté de la culture créé à Berlin en 1950 par des intellectuels européens et américains avec pour membres fondateurs James Burnham, Raymond Aron et Michel Crozier. Le comité de soutien du Congrès comprenait des personnalités comme le philosophe allemand Karl Jaspers, le socialiste Léon Blum, des écrivains comme André Gide et François Mauriac, des universitaires comme Raymond Aron, des intellectuels américains comme James Burnham et Sidney Hook, des anciens trotskistes américains comme Sol Levitas et Eliot Cohen, des partisans de l’Europe fédérale comme Altiero Spinelli et Denis de Rougemont et des théoriciens des  New York Intellectuals. Le Congrès pour la liberté de la culture est devenu le lieu de rencontre et de rassemblement de l’intelligentsia anticommuniste européenne et américaine animée par des conservateurs, des libéraux, des socialistes et des anciens trotskistes. Financé discrètement par la CIA pendant dix-sept ans jusqu’en 1967, le Congrès pour la liberté de la culture avait noué des relations avec des hauts responsables de l’administration américaine et de la direction du plan Marshall, mais aussi avec l’American Committee for United Europe(ACUE), une officine de  propagande anticommuniste créée avec le soutien d’hommes politiques américains comme Robert Paterson, secrétaire à la guerre et Paul Hoffman.

En 1967, Thomas Braden, chef de la Division internationale d’opposition au communisme à la CIA avait publiquement confirmé la participation de son organisation au financement des activités du Congrès pour la liberté de la culture. Dissout après les événements de mai 68, le Congrès pour la liberté de la culture a continué ses activités sous le nom de l’Association internationale pour la liberté de la culture avant de cesser d’exister en 1975 lors de la signature des accords d’Helsinki.

En effet, c’est l’un des fondateurs du Congrès pour la liberté de la culture, et théoricien de l’ère technicienne, James Burnham, qui a jeté les bases de l’idéologie structuraliste en publiant en 1941, le managerial revolution dans lequel il annonçait l’échec économique et idéologique de l’Union soviétique et l’avènement  d’une nouvelle ère, « l’ère des managers ». C’est son ami et membre fondateur du congrès pour la liberté de la culture, Raymond Aron, qui a fait traduire le livre en 1947 sous le titre « l’ère des organisateurs »,  avec une préface du socialiste Léon Blum. Pour Burnham et ses disciples, il n’y a plus de différence entre les sociétés de l’Est  et celles de l’Ouest, car dans les deux cas, c’est une nouvelle e dirigeante qui prend le pouvoir politique et économique et ce sont désormais, les directeurs et les techniciens qui remplacent les anciens propriétaires. Au capitalisme sauvage du XIXe siècle, succède un capitalisme réglementaire bardé de lois sociales. Le pouvoir politique n’est plus concentré entre les mains de quelques uns mais un pouvoir éclaté en une myriade de pouvoirs partagés, autonomes et libérés. Les sociétés actuelles sont entrées dans l’ère «  post-industrielle », celle de la « technobureaucratie » et de la « technostructure » selon Galbraith. C’est l’époque de la big corporation, la grande entreprise fondée sur une séparation radicale entre la « propriété » des moyens de production et les « pouvoirs de décision » qui se trouvent désormais entre les mains des agents-managers devenus la « nouvelle e » dominante. Le capitalisme franchit ainsi une nouvelle étape de son histoire, celle des structures rationnellement et scientifiquement établies. L’homme structural est tout sauf un passéiste, car son histoire se réduit au présent et au futur. L’interpénétration du politique et de l’idéologique conduit à un glissement de l’idée de l’ère technicienne devenue la doctrine officielle du Congrès pour la liberté de la culture vers la rhétorique de la Troisième voie et la « fin des idéologies ». C’est Daniel Bell, membre du Congrès pour la liberté de la culture qui a été l’auteur de la théorie de la fin des idéologies. Grâce à Daniel Bell, des bourses d’études ont été octroyés à des jeunes étudiants européens pour étudier dans les universités américaines. C’est Daniel Bell qui a aidé Michel Crozier à obtenir une bourse d’études à l’université de Stanford. Crozier est le type même de l’intellectuel européen endoctriné par l’université américaine, devenu avec Raymond Aron l’un des idéologues de la Troisième voie et du Club Jean Moulin. Les disciples de Burnham et de Bell fondaient des revues, organisaient des conférences et occupaient des postes d’autorité dans les universités européennes transformées à l’occasion en tribune pour la diffusion et la vulgarisation des idées de l’ère technicienne, de la fin des idéologies et de la Troisième voie. En 1953, Crozier, qui fut l’un des collaborateurs de la revue Esprit, avait publié un article critiquant l’intelligentsia de gauche.

C’est Raymond Aron qui a importé en France les idées de l’ère technicienne, de la fin des idéologies de ses amis James Burnham et Daniel Bell et le totalitarisme de Hannah Arendt. Son ouvrage « l’Opium des intellectuels » est un appel aux intellectuels de gauche pour se détourner du communisme soviétique. Son livre « Dix-huit leçons sur la société industrielle » est une vulgarisation des idées de son ami Burnham sur l’uniformisation des sociétés capitalistes et des sociétés communistes. Nommé en 1955 professeur à la Sorbonne, Aron a contribué à la vulgarisation des principaux thèmes des New York Intellectuals, le think tank du Congrès pour la liberté de la culture. Ses ouvrages sont devenus la bible de l’intelligentsia  anticommuniste. Grâce ses séminaires à la Sorbonne, puis à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et au Centre de sociologie européenne, Aron s’est fait des disciples comme Pierre Hassner, Jean-Claude Casanova, Jean Baechler, Annie Kriegel, Alain Besançon, Pierre Manent, François Bourricaud, Georges Liebert, Jérôme Dumoulin. Aron et ses partisans se sont farouchement opposés au mouvement étudiant de mai 68 qualifié de « petite révolution » et de « carnaval estudiantin ». Après l’éclatement du scandale du financement du Congrès pour la liberté de la culture en 1967, la revue Preuves qui diffusait les idées du Congrès pour la liberté de la culture a été remplacée par une autre revue, Contrepoint, dirigée par l’un des fidèles d’Aron, Georges Liebert et la collaboration de Pierre Manent. En 1978, Aron fonde la Revue Commentaire dirigée plus tard par deux de ses disciples Jean-Claude Casanova et Pierre Hassner. Aron a séduit d’autres intellectuels en vue comme Edgar Morin, Georges Friedman ou Jean-Claude Domenach.

Le Congrès pour la liberté de la culture finançait des programmes de recherche et des bourses d’études. Quand la nouvelle élite européenne endoctrinée dans les universités américaines revenait en Europe, elle créait des revues, organisait des séminaires et mettait en place des programmes de recherche et des réseaux informels dans les universités européennes. Ces réseaux culturels qui ont servi de relais et d’officines dans la lutte contre le communisme et le stalinisme pendant la Guerre froide ont continué à jouer un rôle actif même après la dissolution du Congrès pour la liberté de la culture. Ces différents réseaux et relais culturels anticommunistes ont pavé la voie à l’avènement de l’archéo-libéralisme et de la révolution conservatrice américaine avec l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison Blanche. La débâcle actuelle du capitalisme et de l’aveu même de l’ancien président américain George Bush, la faillite de la sacro-sainte loi du marché mettent fin aux illusions des promoteurs de la Révolution conservatrice et de l’archéo-libéralisme.

stalin4

CONCLUSION

Des conditions objectives et des prédispositions psychiques et psychologiques ont favorisé l’émergence et la diffusion de la légende noire du stalinisme. D’abord, la légende noire du stalinisme puise ses racines dans l’histoire politique et idéologique du monde occidental dominé successivement depuis deux millénaires par l’aristocratie, la féodalité et aujourd’hui par la bourgeoisie. Depuis deux mille ans, les peuples du monde occidental n’ont connu qu’un seul régime de propriété, la propriété privée qui a permis à l’aristocratie, à la féodalité et à la bourgeoisie d’asseoir leur domination et d’asservir les autres classes de la société. Après deux mille ans de domination féodale et bourgeoise, les peuples européens ont du mal à se défaire de la servitude qui leur a été imposée par leurs classes dominantes et qui sont incapables du coup de concevoir ou d’admettre l’existence d’un autre mode de production et de répartition des richesses sociales. Car, en effet, toute autre alternative au régime de la propriété privée des moyens de production est conçue comme subversion et offense à «  l’ordre naturel » des choses. Il va de soi que pour la bourgeoisie, l’idée du communisme, synonyme de répartition de richesses, de justice sociale et de libération de l’homme de l’empire du besoin, est une hérésie, une aberration de la nature et une violation d’un ordre réputé naturel.

Cet anticommunisme viscéral des sociétés occidentales a été nourri et entretenu par l’école qui inculque aux populations scolarisées dès leur jeune âge des leviers psychiques d’adhésion ou de rejet. Les leviers psychiques d’adhésion sont des mots et des symboles déclencheurs ayant pour but de faire accepter des personnes, des choses, des idées en les associant avec des mots et des symboles tenus pour « bons » comme la démocratie, la patrie etc. Contrairement aux leviers d’adhésion, les leviers de rejet visent à faire rejeter certaines idées, personnes etc en les associant avec des « mauvais » mots, symboles et actes, qui font appel à la peur, et au dégoût notamment la haine du marxisme et du communisme. L’école publique et républicaine est le lieu d formation par excellence des réflexes conditionnées des masses et de l’intelligentsia dans les sociétés capitalistes.

Si toute la lignée des Hannah Arendt, des Raymond Aron, des Soljenitsyne et d’Archipel du Goulag, des « nouveaux philosophes », des Jean Pierre Faye, des Castoriadis, des Claude Lefort, des Luc Ferry et d’Alain Renault, des Jean François Revel, des François Furet, etc a pu prospérer sur la scène médiatique et académique, ce n’est pas pour la pensée et pour les écrits de ses auteurs qui témoignent tous d’une médiocrité et d’un crétinisme intellectuel mais pour son rôle de pantins, de girouettes et de chiens de garde d’un ordre établi, l’ordre bourgeois et capitaliste. En effet, sans l’activisme politique et idéologique d’une myriade de réseaux, d’institutions et de fondations des mass medias vouée à la lutte contre le communisme et sans le soutien financier de la CIA et des les gouvernements capitalistes aux Etats-Unis et en Europe et d’autre part par les mass medias contrôlées par des groupes capitalistes, tous ces demi intellectuels people qui trônent à l’Olympe médiatique et académique depuis les années 1970, seraient passés dans les oubliettes de l’histoire gisant sous les poussières des bibliothèques à côté de leurs momies déterrés hâtivement, Alexis de Tocqueville et Benjamin Constant. Le meilleur remède et le meilleur des contre-poisons à la légende noire du stalinisme, seraient la lecture de quelques bonnes pages des « théoriciens » du totalitarisme. Ceux qui vont goûter à la littérature immonde et nauséabonde des auteurs de la légende noire du stalinisme du totalitarisme en dégoisant leur fiel contre le communisme, le bolchevisme, Staline, sa dictature sanguinaire et son Goulag, vont tomber des nues quand ils découvriront après coup l’escroquerie et l’indigence intellectuelle et littéraire d’une bande d’indécrottables édiles anticommunistes.

Le « succès » fulgurant et la propagation à l’échelle planétaire de la légende noire du stalinisme témoignent si besoin est que la manipulation mentale et psychologique des hommes cesse d’être un simple travail d’amateurs pour devenir un art et une véritable science exacte. La légende noire du stalinisme faisant partie intégrante des mythologies politiques occidentales confirme la validité de la théorie des réflexes conditionnés du physiologiste russe Ivan Pavlov et les recherches de son école sur le cortex et la réflectivité sensitivo-motrice. En effet, l’analogie est vite établie entre la salivation des masses et celle du chien de Pavlov. En effet, tous ceux qui répètent bêtement Staline= terreur=Goulag=totalitarisme sont victimes de la propagande politique capitaliste qui a réussi à faire de l’individu un être conditionné mentalement et psychiquement se comportant de la même façon, au risque de froisser la susceptibilité de l’Homo sapiens, que le chien d’Ivan Pavlov8

Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Nous vous recommandons de visiter le blog de Faouzi Elmir :

Le Bulletin de l’International


Notes :

1 sur le massacre des Herero, consulter le site www.lautre.dad.be . Sur les pratiques esclavagistes des puissances colonialistes en Afrique, voir le témoignage de Jacques Weulersse, Noirs et Blancs, Paris, éditions du C.T.H.S Fermat 10. réédition du texte de 1931.

2 Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 2001. collection tel ; Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, 2000.

3 Albert Londres, Au bagne, dans Œuvres complètes, Paris, Arléa, 1992.

4 Sur les techniques de torture physique et psychologique pendant la guerre d’Algérie, Franz Fanon, les damnés de la terre, Paris, Maspero, 1979. Lire aussi les témoignages du général Aussarès pendant la guerre d’Algérie et ses conseillers prodigués à l’occupant américain après l’invasion de l’irak. .

5 Marc Ferro, La révolution de 1917, Paris, Aubier Montaigne, 1976.T.II.p.65

6 Karl Kautsky, la dictature du prolétariat, Paris, UGE, 1972.p.173.

7 Roland Barthes, Lettre nouvelle, février 1963

8 Rappelons en quelques mots ce qu’était la fameuse expérience du chien de Pavlov. Le point de départ de l’école russe de Pavlov a été l’étude des phénomènes de nutrition et spécialement le réflexe de la salivation en fonction des fonctions gustatives. Le chien lui a servi de modèle dans une première étape de ses expériences pour établir les techniques de la réflexologie. Voici en quelques mots la fameuse expérience du chien de Pavlov. Si on donne de la nourriture à un chien, la salive s’écoule automatiquement. La salivation est donc un mécanisme inné ou absolu chez l’homme et l’animal. Si l’on fait entendre au chien seulement le son d’une sonnette, cette excitation n’aura aucun effet sur la salivation. Mais si nous synchronisons la prise de nourriture et l’excitation sonore et si nous répétons cette expérience 50, 60 ou 70 fois, on remarquera un conditionnement du système nerveux et l’établissement d’une parfaite coïncidence entre l’excitant inconditionné et l’excitant conventionnel. Après ce dressage, le son de la sonnette seul, sans aucune prise de nourriture, déclenche la salivation. La liaison ainsi établie dans l’organisme du chien, entre ces deux excitations, un nouveau réflexe, artificiel ou temporaire est nommé par Pavlov, le réflexe conditionné. On peut dire que la possibilité de former des réflexes conditionnés est une fonction spécifique du système nerveux. La théorie des réflexes conditionnés peut expliquer aujourd’hui la forme des comportements aussi bien les animaux que les hommes. La compréhension des mécanismes du comportement entraîne la possibilité de manoeuvre les hommes à volonté. On peut dorénavant déclencher, à coup sûr, les réactions des hommes dans des directions déterminées d’avance. Certes, la possibilité d’influencer les hommes dans un sens ou dans un autre est devenue une science qui peut calculer, prévoir et agir selon des règles contrôlables. Pavlov et son école ont mis en évidence le rôle de certains excitants comme la parole, les symboles verbaux, prononcés et écrits dans la formation des réflexes conditionnés. Le mot, nom ou symbole, qui devient un stimulant est générateur d’une maladie psychique, « la maladie du noir et du blanc » où chaque homme auquel on applique des mots et des symboles devient un stimulant pour mettre les masses dans une position combative. Les mots et les symboles qui représentent des mots permettent à chaque génération de transmettre aux générations suivantes son ignorance, ses clichées, ses stéréotypes. C’est grâce aux mots (slogans) et des symboles que la propagande met en mouvement les masses. Ainsi un mot, en lançant dans notre esprit des images, des noms de personnes ou de choses, provoque une action de déclencheur dans la direction voulue par celui qui le lance. Les propagandistes et les chefs de publicité choisissent délibérément des mots qui appellent non seulement des réponses attendues mais aussi des réponses destinées à servir un but dans lequel ils sont directement intéressés. Ainsi toute l’efficacité de la publicité et de la propagande dépend-elle de ces mots et symboles déclencheurs d’actions et de réactions dans la direction voulue. Les mots et les symboles qui jouent le rôle de leviers psychiques visant à faire accepter des personnes, des choses et des idées en les associant avec des mots et de symboles tenus pour »bons » par exemple « démocratie », « liberté » ou à désapprouver ou à rejeter des personnes, des choses et des idées, « Staline », stalinisme », terreur », « goulag »