Les cachotteries de Copenhague
Par Michel-François Clerin et GeneviÚve Azam
Est-il exact que les intĂ©rĂȘts qui promeuvent les thĂšses du rĂ©chauffement climatique et financent ceux qui les exposent sont ceux-lĂ mĂȘmes qui dĂ©fendent depuis plus de 30 ans la dĂ©rĂ©gulation et les privatisations financiĂšres ?

Prenons le cas dâAl Gore, dont le film « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range » peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le catalyseur de la peur et du pessimisme pour les gĂ©nĂ©rations futures du rĂ©chauffement climatique. Savez-vous que sa famille a possĂ©dĂ© la plus grande mine de zinc amĂ©ricaine au Tennessee, et notoirement connu comme un des sites les plus polluants des USA ? Al Gore est aussi lâagent intĂ©ressĂ© des spĂ©culateurs financiers de la City. Il est le porte parole qui permet de faire le lien entre le Premier ministre Gordon Brown, lâancien Premier ministre Tony Blair et le milliardaire ex-patron dâE-Bay, Jeff Skoll. Les principales sources de financement du documentaire « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range » sont Mr Skoll en personne ainsi que le Hedge Fund « Generation Investment Management » gĂ©rĂ© par Mr. David Bloom, ex-directeur de Goldman Sachs. Al Gore est, de plus, un associĂ© de Zac Goldsmith, le fils du cĂ©lĂšbre Jimmy Goldschmit.
Mais quel est le coeur du systĂšme ?
Il sâagit du systĂšme de crĂ©ation de droits Ă Ă©mettre du CO2 Ă©changĂ©s sur des marchĂ©s. Ce marchĂ© nâest en fait rien dâautre quâun nouveau marchĂ© relativement opaque. Câest Gordon Brown, alors chancelier de lâEchiquier, qui a promu un systĂšme permettant la nĂ©gociation de 100 milliards de droits Ă lâĂ©mission de CO2 Ă travers toute lâĂ©conomie. La City sâest assurĂ© une position dominante en contrĂŽlant le « Emission Trading Scheme » (Organisation EuropĂ©enne des droits Ă©changeables) par lequel passe plus de 60 % du volume de CO2 Ă©changĂ© dans le monde dont 80 % de sa valeur.
Toutefois, en raison de la crise et du surplus de droits Ă©mis, la valeur de ces droits nâa-t-elle pas chutĂ© ?
Effectivement, cela est correct mais Ă la suite du COP15, on sâattend Ă une baisse du nombre de droits Ă©mis, donc Ă une forte hausse du marchĂ© par tarissement de lâoffre. Dans une ambiance agitĂ©e de rĂ©chauffement climatique entretenue de toutes parts par les mĂȘmes banques dâaffaires, grandement responsables de la crise financiĂšre, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, celles-ci se sont positionnĂ©es en tant que « Market Makers », dans la prĂ©vision dâimmenses profits. DâaprĂšs le Daily Telegraph, Al Gore serait le premier milliardaire du carbone.
De quelle maniĂšre cela sâopĂšre-t-il ?
LâInternational Continental Exchange (ICE) créé en 2000 par des banquiers internationaux autour de Goldman Sachs et de compagnies pĂ©troliĂšres comme Shell et BP dominent les marchĂ©s Ă terme du gaz et du pĂ©trole. ICE a achetĂ© lâInternational Petroleum Exchange (IPE) de Londres qui est un marchĂ© opaque et pratiquement dĂ©rĂ©gulĂ© sans quâaucun registre sur les Ă©changes ne soit tenu. Bien que le siĂšge dâICE soit Ă Atlanta, la sociĂ©tĂ© opĂšre Ă partir de Londres sous la forme dâun centre financier offshore. ICE contrĂŽle de fait le Chicago Climate Exchange (CCX) et sa filiale londonienne, le London Climate Exchange (LCX).Un des associĂ©s et fondateurs de lâICE, Mr. Richard Sandor est lâinventeur des produits dĂ©rivĂ©s et des droits dâĂ©missions Ă©changeables sur le CO2. Goldman Sachs est de son cĂŽtĂ© le plus gros actionnaire de CCX et le numĂ©ro deux de ICE. Or câest Goldman Sachs qui a lancĂ© Al Gore dans le business des Hedge Funds lorsquâen 2003, Mr. David Bloom, ancien CEO de Goldman Sachs Assets Management a constituĂ© « General Investment Management » avec Al Gore et deux anciens associĂ©s de GS. En Europe, Mr. Yann Arthus-Bertrand est un protĂ©gĂ© de la famille Pinault et Nicolas Hulot est sponsorisĂ© par Bouygues et TF1 mais ils font petit jeu comparĂ© Ă lâensemble. du dispositif de la mondialisation financiĂšre des droits dâĂ©mission.
Y a-t-il une sorte de conspiration et dâapartheid technologique lancĂ© contre les pays pauvres ?
Mr. Lawrence Summers, principal conseiller Ă©conomique du PrĂ©sident Barack Obama, fut le fossoyeur de toutes les rĂ©glementations financiĂšres aux USA (en particulier de la loi Glass Steagall). Il est actuellement ami et protecteur des comportementalistes amĂ©ricains et dĂ©fenseur des droits dâĂ©mission de CO2. Mr Summers a Ă©tĂ© en faveur de lâenvoi des dĂ©chets des pays dĂ©veloppĂ©s dans les pays du tiers monde, sous prĂ©texte que ceux-ci Ă©taient moins polluĂ©s. Le groupement intergouvernemental dâexperts sur le rĂ©chauffement climatique (GIEC) qui a partagĂ© le Prix Nobel avec Mr. Al Gore a Ă©tĂ© constituĂ© en novembre 1988. Au mois de novembre 2009, une fuite dâemails dans un des centres de recherches en Angleterre a créé une sorte de « Climategate » qui nâa toutefois pas Ă©tĂ© capable de bloquer ou de minimiser le Copenhague COP15 et les conclusions du GIEC. Le GIEC Ă©touffe le dĂ©bat scientifique (non tranchĂ© par lâAcadĂ©mie des Sciences en France) et refuse la critique. Ce qui est pour le moins anti-scientifique. Le coefficient de corrĂ©lation entre tempĂ©ratures et CO2 sur 1998-2007 est de 0,02 soit le constat avĂ©rĂ© dâaucune corrĂ©lation statistique. Le cĂ©lĂšbre Ă©cologiste Maurice Strong est directeur du Climate Exchange de Chicago (CCX) et le patron du GIEC, Mr. Rajendra Pachauri figure au comitĂ© consultatif : cela ne constitue t-il pas un conflit dâintĂ©rĂȘt ? Par ailleurs, la mise en place dâune taxe carbone signifie quâun protectionnisme empĂȘchera les pays pauvres, notamment lâAfrique dâĂ©changer avec les pays riches, ce qui Ă©touffera leur dĂ©veloppement.
On peut douter que le systĂšme de compensation de Copenhague puisse compenser quand on connait dĂ©jĂ lâĂ©chec de lâaide internationale depuis trois gĂ©nĂ©rations dĂ» Ă lâinefficacitĂ© et la corruption. Les milliards qui seront dĂ©pensĂ©s pour la lutte contre le rĂ©chauffement ne seront malheureusement pas utilisĂ©s contre la famine, la pollution des eaux et les ressources aquifĂšres, câest-Ă -dire autant de problĂšmes vitaux pour les pays en dĂ©veloppement. , Ă©conomiste, UniversitĂ© de Chicago.
Michel-François Clerin
Silence, la finance carbone va sauver le climat !
Les marchĂ©s du carbone constituent depuis les annĂ©es 1990 la rĂ©ponse majeure de politique internationale pour rĂ©soudre la crise climatique. Leur conception est un produit de la rhĂ©torique nĂ©olibĂ©rale, alors Ă son acmĂ©, ardemment dĂ©fendue par les Ătats-Unis lors des nĂ©gociations devant aboutir au protocole de Kyoto en 1997, que ces derniers n’ont finalement pas ratifiĂ©.
Depuis les annĂ©es 2000, l’essentiel de l’Ă©nergie de l’Union europĂ©enne s’est dĂ©ployĂ©e pour la mise en place du premier marchĂ© du carbone en 2005. L’Union est aujourd’hui le plus ferme dĂ©fenseur de cette politique, alors que le marchĂ© europĂ©en du carbone est un exemple de la volatilitĂ© et de l’instabilitĂ© du prix du carbone et de son incapacitĂ© Ă rĂ©guler la crise climatique.
Ces marchĂ©s ont vu leur taille doubler chaque annĂ©e entre 2005 et 2008. MĂȘme s’ils ne sont pas comparables par leur taille, approximativement Ă©quivalente Ă 100 milliards de dollars, aux marchĂ©s financiers dĂ©jĂ en place, il sont promis Ă connaĂźtre des volumes voisins des dĂ©rivĂ©s de crĂ©dit dans une dizaine d’annĂ©es selon James Kanter du New York Times (06-07-2007).
Au bonheur des fonds spéculatifs
La « finance carbone », surtout aprĂšs les dĂ©boires de l’immobilier, a rapidement attirĂ© les fonds spĂ©culatifs, les traders du secteur de l’Ă©nergie (comme EDF trading, Shell trading, Rhodia EnergyâŠ), des entreprises industrielles comme Arcelor-Mittal et les grandes banques d’investissement, Citigroup, Goldman Sachs, CrĂ©dit suisse, BNP-Paribas, Merrill Lynch, autant d’institutions dĂ©sormais connues du grand public pour leur prudence financiĂšre et leur souci du bien commun !
Car le marchĂ© du carbone n’est pas un simple commerce de droits et crĂ©dits d’Ă©mission Ă©changĂ©s entre entreprises pour satisfaire Ă leurs obligations. Ces titres sont en effet dĂ©tenus aussi par d’autres acteurs, dont le but est de spĂ©culer sur leur valeur. Ainsi un marchĂ© secondaire s’est rapidement dĂ©veloppĂ©, avec des spĂ©cialistes de la spĂ©culation qui Ă©laborent des produits financiers complexes, Ă partir des savants modĂšles de produits dĂ©rivĂ©s qui ont dĂ©jĂ fait la preuve de leur dangerositĂ©, avec le risque d’une bulle financiĂšre.
Les contrats sur des « Ă©missions Ă©vitĂ©es », qui circulent dĂ©jĂ sur les marchĂ©s Ă terme, portent des risques importants de ne pas ĂȘtre rĂ©alisĂ©s. Alors que la crise climatique exige une transformation rapide des modĂšles de production et de consommation les plus polluants, elle se trouve ainsi entre les mains d’opĂ©rateurs qui en ont fait une nouvelle opportunitĂ© pour s’enrichir.
Le marchĂ© des quotas d’Ă©mission (ou encore droits Ă polluer) est trĂšs singulier, car s’y Ă©change un titre Ă©mis par les Ătats, les droits d’Ă©mission. Une fois ces droits en circulation, le marchĂ© dĂ©termine leur distribution finale et leur prix. Mais l’Ă©change de ces droits suppose une unitĂ© commune, c’est la tonne Ă©quivalent carbone : un quota d’Ă©mission Ă©gale toujours une tonne d’Ă©quivalent carbone Ă©mise, quelle que soit son origine. De cette rĂ©duction, dĂ©coulent des consĂ©quences Ă©cologiques et sociales alarmantes.
Un étalon unique
Cet Ă©talon unique est construit sur des rĂšgles de rĂ©duction entre les diffĂ©rents gaz Ă effet de serre, ramenĂ©s Ă un « Ă©quivalent carbone », alors que ces derniers contribuent diffĂ©remment au rĂ©chauffement global, et qu’ils devraient avoir des traitements diffĂ©renciĂ©s. C’est le cas du mĂ©thane, largement oubliĂ©, alors que des techniques assez simples et bon marchĂ© pourraient permettre de le rĂ©cupĂ©rer, notamment dans les pays du Sud. Par ailleurs, les solutions comme les agrocarburants, le nuclĂ©aire, le stockage du carbone, qui Ă court terme peuvent certes faire baisser les Ă©missions, reprĂ©sentent potentiellement des catastrophes Ă©cologiques et sociales futures.
De mĂȘme, en posant comme Ă©quivalents une tonne de carbone Ă©mise et un quota obtenu n’importe oĂč et n’importe comment, la dĂ©forestation de la forĂȘt primaire peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme Ă©quivalente, en termes de tonnes Ă©quivalent carbone, Ă son remplacement par une plantation nouvelle Ă croissance rapide, la biodiversitĂ© et les droits des peuples indigĂšnes n’entrant pas dans l’unitĂ© de compte.
Et puisque toutes les rĂ©ductions sont ainsi Ă©quivalentes, il est logique de rechercher celles au moindre coĂ»t, par le dit « mĂ©canisme de dĂ©veloppement propre » et par la compensation carbone qui autorisent les entreprises des pays industriels Ă gagner des droits d’Ă©mission en investissant dans les pays du Sud et en s’exonĂ©rant des rĂ©ductions domestiques. Ainsi, le passage Ă des systĂšmes de production et de consommation soutenables, se trouvent retardĂ© d’autant dans les pays les plus pollueurs. Une tonne d’Ă©quivalent carbone Ă©vitĂ©e en Ăthiopie aura la mĂȘme « valeur » qu’une rĂ©duction d’une tonne en Europe ou aux Ătats-Unis !
Le climat devient une abstraction
Le choix du développement mondial du marché du carbone, avec son unité de compte en tonne équivalent carbone, fait du climat une pure abstraction, déliée des conditions sociales, historiques et technologiques de son équilibre. Le silence actuel sur ces mécanismes écologiquement inefficaces et économiquement dangereux, inventés dans les années 1990 en pleine euphorie financiÚre pour poursuivre les logiques de croissance infinie, est inquiétant.
Il se renforce d’un silence gĂȘnĂ© portĂ© par des « entrepreneurs du bien » selon l’expression de Gunter Anders, qui, face Ă la dĂ©route, s’inscrivent dans le « c’est tout de mĂȘme mieux que rien ». Une forme de « l’empire du moindre mal » (Jean Claude Michea). Ce silence demande Ă ĂȘtre levĂ© si nous ne voulons pas nous rĂ©veiller douloureusement.
GeneviĂšve Azam, Conseil scientifique d’Attac.
Source: Mondialisation.ca












« Cela commence Ă bien faire; depuis quatre ans, il y a une accumulation de gaffes. Sur les musulmans Ă Ratisbonne, sur les Nazis Ă Auschwitz, une «bande de criminels», sur les peuples d’AmĂ©rique du Sud qui n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s de maniĂšre violente… Puis la levĂ©e des excommunications des Lefebvristes, en janvier dernier, dont le nĂ©gationniste Williamson, et enfin l’excommunication par un prĂ©lat brĂ©silien d’une mĂšre qui a fait avorter sa fille de 9 ans, violĂ©e par son beau-pĂšre et enceinte de lui, qu’il a approuvĂ©… »
avec constance, sont prĂ©cisĂ©ment les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. « Pas de pouvoir sans croyance », disait Paul ValĂ©ry. L’exposition sans retenue de ses interrogations mĂ©taphysiques procĂšde aussi de cette logique-lĂ . Qu’importent la rĂ©alitĂ© et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, Ă laquelle les AmĂ©ricains sont habituĂ©s depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

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