Category: Psychologie

jan 01 2010

Les cachotteries de Copenhague

Par Michel-François Clerin et GeneviÚve Azam

Est-il exact que les intĂ©rĂȘts qui promeuvent les thĂšses du rĂ©chauffement climatique et financent ceux qui les exposent sont ceux-lĂ  mĂȘmes qui dĂ©fendent depuis plus de 30 ans la dĂ©rĂ©gulation et les privatisations financiĂšres ?

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Prenons le cas d’Al Gore, dont le film « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range » peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le catalyseur de la peur et du pessimisme pour les gĂ©nĂ©rations futures du rĂ©chauffement climatique. Savez-vous que sa famille a possĂ©dĂ© la plus grande mine de zinc amĂ©ricaine au Tennessee, et notoirement connu comme un des sites les plus polluants des USA ? Al Gore est aussi l’agent intĂ©ressĂ© des spĂ©culateurs financiers de la City. Il est le porte parole qui permet de faire le lien entre le Premier ministre Gordon Brown, l’ancien Premier ministre Tony Blair et le milliardaire ex-patron d’E-Bay, Jeff Skoll. Les principales sources de financement du documentaire « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range » sont Mr Skoll en personne ainsi que le Hedge Fund « Generation Investment Management » gĂ©rĂ© par Mr. David Bloom, ex-directeur de Goldman Sachs. Al Gore est, de plus, un associĂ© de Zac Goldsmith, le fils du cĂ©lĂšbre Jimmy Goldschmit.

Mais quel est le coeur du systĂšme ?

Il s’agit du systĂšme de crĂ©ation de droits Ă  Ă©mettre du CO2 Ă©changĂ©s sur des marchĂ©s. Ce marchĂ© n’est en fait rien d’autre qu’un nouveau marchĂ© relativement opaque. C’est Gordon Brown, alors chancelier de l’Echiquier, qui a promu un systĂšme permettant la nĂ©gociation de 100 milliards de droits Ă  l’émission de CO2 Ă  travers toute l’économie. La City s’est assurĂ© une position dominante en contrĂŽlant le « Emission Trading Scheme » (Organisation EuropĂ©enne des droits Ă©changeables) par lequel passe plus de 60 % du volume de CO2 Ă©changĂ© dans le monde dont 80 % de sa valeur.

Toutefois, en raison de la crise et du surplus de droits Ă©mis, la valeur de ces droits n’a-t-elle pas chutĂ© ?

Effectivement, cela est correct mais Ă  la suite du COP15, on s’attend Ă  une baisse du nombre de droits Ă©mis, donc Ă  une forte hausse du marchĂ© par tarissement de l’offre. Dans une ambiance agitĂ©e de rĂ©chauffement climatique entretenue de toutes parts par les mĂȘmes banques d’affaires, grandement responsables de la crise financiĂšre, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, celles-ci se sont positionnĂ©es en tant que « Market Makers », dans la prĂ©vision d’immenses profits. D’aprĂšs le Daily Telegraph, Al Gore serait le premier milliardaire du carbone.

De quelle maniùre cela s’opùre-t-il ?

L’International Continental Exchange (ICE) créé en 2000 par des banquiers internationaux autour de Goldman Sachs et de compagnies pĂ©troliĂšres comme Shell et BP dominent les marchĂ©s Ă  terme du gaz et du pĂ©trole. ICE a achetĂ© l’International Petroleum Exchange (IPE) de Londres qui est un marchĂ© opaque et pratiquement dĂ©rĂ©gulĂ© sans qu’aucun registre sur les Ă©changes ne soit tenu. Bien que le siĂšge d’ICE soit Ă  Atlanta, la sociĂ©tĂ© opĂšre Ă  partir de Londres sous la forme d’un centre financier offshore. ICE contrĂŽle de fait le Chicago Climate Exchange (CCX) et sa filiale londonienne, le London Climate Exchange (LCX).Un des associĂ©s et fondateurs de l’ICE, Mr. Richard Sandor est l’inventeur des produits dĂ©rivĂ©s et des droits d’émissions Ă©changeables sur le CO2. Goldman Sachs est de son cĂŽtĂ© le plus gros actionnaire de CCX et le numĂ©ro deux de ICE. Or c’est Goldman Sachs qui a lancĂ© Al Gore dans le business des Hedge Funds lorsqu’en 2003, Mr. David Bloom, ancien CEO de Goldman Sachs Assets Management a constituĂ© « General Investment Management » avec Al Gore et deux anciens associĂ©s de GS. En Europe, Mr. Yann Arthus-Bertrand est un protĂ©gĂ© de la famille Pinault et Nicolas Hulot est sponsorisĂ© par Bouygues et TF1 mais ils font petit jeu comparĂ© Ă  l’ensemble. du dispositif de la mondialisation financiĂšre des droits d’émission.

Y a-t-il une sorte de conspiration et d’apartheid technologique lancĂ© contre les pays pauvres ?

Mr. Lawrence Summers, principal conseiller Ă©conomique du PrĂ©sident Barack Obama, fut le fossoyeur de toutes les rĂ©glementations financiĂšres aux USA (en particulier de la loi Glass Steagall). Il est actuellement ami et protecteur des comportementalistes amĂ©ricains et dĂ©fenseur des droits d’émission de CO2. Mr Summers a Ă©tĂ© en faveur de l’envoi des dĂ©chets des pays dĂ©veloppĂ©s dans les pays du tiers monde, sous prĂ©texte que ceux-ci Ă©taient moins polluĂ©s. Le groupement intergouvernemental d’experts sur le rĂ©chauffement climatique (GIEC) qui a partagĂ© le Prix Nobel avec Mr. Al Gore a Ă©tĂ© constituĂ© en novembre 1988. Au mois de novembre 2009, une fuite d’emails dans un des centres de recherches en Angleterre a créé une sorte de « Climategate » qui n’a toutefois pas Ă©tĂ© capable de bloquer ou de minimiser le Copenhague COP15 et les conclusions du GIEC. Le GIEC Ă©touffe le dĂ©bat scientifique (non tranchĂ© par l’AcadĂ©mie des Sciences en France) et refuse la critique. Ce qui est pour le moins anti-scientifique. Le coefficient de corrĂ©lation entre tempĂ©ratures et CO2 sur 1998-2007 est de 0,02 soit le constat avĂ©rĂ© d’aucune corrĂ©lation statistique. Le cĂ©lĂšbre Ă©cologiste Maurice Strong est directeur du Climate Exchange de Chicago (CCX) et le patron du GIEC, Mr. Rajendra Pachauri figure au comitĂ© consultatif : cela ne constitue t-il pas un conflit d’intĂ©rĂȘt ? Par ailleurs, la mise en place d’une taxe carbone signifie qu’un protectionnisme empĂȘchera les pays pauvres, notamment l’Afrique d’échanger avec les pays riches, ce qui Ă©touffera leur dĂ©veloppement.

On peut douter que le systĂšme de compensation de Copenhague puisse compenser quand on connait dĂ©jĂ  l’échec de l’aide internationale depuis trois gĂ©nĂ©rations dĂ» Ă  l’inefficacitĂ© et la corruption. Les milliards qui seront dĂ©pensĂ©s pour la lutte contre le rĂ©chauffement ne seront malheureusement pas utilisĂ©s contre la famine, la pollution des eaux et les ressources aquifĂšres, c’est-Ă -dire autant de problĂšmes vitaux pour les pays en dĂ©veloppement. , Ă©conomiste, UniversitĂ© de Chicago.

Michel-François Clerin

Silence, la finance carbone va sauver le climat !

Les marchĂ©s du carbone constituent depuis les annĂ©es 1990 la rĂ©ponse majeure de politique internationale pour rĂ©soudre la crise climatique. Leur conception est un produit de la rhĂ©torique nĂ©olibĂ©rale, alors Ă  son acmĂ©, ardemment dĂ©fendue par les États-Unis lors des nĂ©gociations devant aboutir au protocole de Kyoto en 1997, que ces derniers n’ont finalement pas ratifiĂ©.

Depuis les annĂ©es 2000, l’essentiel de l’Ă©nergie de l’Union europĂ©enne s’est dĂ©ployĂ©e pour la mise en place du premier marchĂ© du carbone en 2005. L’Union est aujourd’hui le plus ferme dĂ©fenseur de cette politique, alors que le marchĂ© europĂ©en du carbone est un exemple de la volatilitĂ© et de l’instabilitĂ© du prix du carbone et de son incapacitĂ© Ă  rĂ©guler la crise climatique.

Ces marchĂ©s ont vu leur taille doubler chaque annĂ©e entre 2005 et 2008. MĂȘme s’ils ne sont pas comparables par leur taille, approximativement Ă©quivalente Ă  100 milliards de dollars, aux marchĂ©s financiers dĂ©jĂ  en place, il sont promis Ă  connaĂźtre des volumes voisins des dĂ©rivĂ©s de crĂ©dit dans une dizaine d’annĂ©es selon James Kanter du New York Times (06-07-2007).

Au bonheur des fonds spéculatifs

La « finance carbone », surtout aprĂšs les dĂ©boires de l’immobilier, a rapidement attirĂ© les fonds spĂ©culatifs, les traders du secteur de l’Ă©nergie (comme EDF trading, Shell trading, Rhodia Energy
), des entreprises industrielles comme Arcelor-Mittal et les grandes banques d’investissement, Citigroup, Goldman Sachs, CrĂ©dit suisse, BNP-Paribas, Merrill Lynch, autant d’institutions dĂ©sormais connues du grand public pour leur prudence financiĂšre et leur souci du bien commun !

Car le marchĂ© du carbone n’est pas un simple commerce de droits et crĂ©dits d’Ă©mission Ă©changĂ©s entre entreprises pour satisfaire Ă  leurs obligations. Ces titres sont en effet dĂ©tenus aussi par d’autres acteurs, dont le but est de spĂ©culer sur leur valeur. Ainsi un marchĂ© secondaire s’est rapidement dĂ©veloppĂ©, avec des spĂ©cialistes de la spĂ©culation qui Ă©laborent des produits financiers complexes, Ă  partir des savants modĂšles de produits dĂ©rivĂ©s qui ont dĂ©jĂ  fait la preuve de leur dangerositĂ©, avec le risque d’une bulle financiĂšre.

Les contrats sur des « Ă©missions Ă©vitĂ©es », qui circulent dĂ©jĂ  sur les marchĂ©s Ă  terme, portent des risques importants de ne pas ĂȘtre rĂ©alisĂ©s. Alors que la crise climatique exige une transformation rapide des modĂšles de production et de consommation les plus polluants, elle se trouve ainsi entre les mains d’opĂ©rateurs qui en ont fait une nouvelle opportunitĂ© pour s’enrichir.

Le marchĂ© des quotas d’Ă©mission (ou encore droits Ă  polluer) est trĂšs singulier, car s’y Ă©change un titre Ă©mis par les États, les droits d’Ă©mission. Une fois ces droits en circulation, le marchĂ© dĂ©termine leur distribution finale et leur prix. Mais l’Ă©change de ces droits suppose une unitĂ© commune, c’est la tonne Ă©quivalent carbone : un quota d’Ă©mission Ă©gale toujours une tonne d’Ă©quivalent carbone Ă©mise, quelle que soit son origine. De cette rĂ©duction, dĂ©coulent des consĂ©quences Ă©cologiques et sociales alarmantes.

Un étalon unique

Cet Ă©talon unique est construit sur des rĂšgles de rĂ©duction entre les diffĂ©rents gaz Ă  effet de serre, ramenĂ©s Ă  un « Ă©quivalent carbone », alors que ces derniers contribuent diffĂ©remment au rĂ©chauffement global, et qu’ils devraient avoir des traitements diffĂ©renciĂ©s. C’est le cas du mĂ©thane, largement oubliĂ©, alors que des techniques assez simples et bon marchĂ© pourraient permettre de le rĂ©cupĂ©rer, notamment dans les pays du Sud. Par ailleurs, les solutions comme les agrocarburants, le nuclĂ©aire, le stockage du carbone, qui Ă  court terme peuvent certes faire baisser les Ă©missions, reprĂ©sentent potentiellement des catastrophes Ă©cologiques et sociales futures.

De mĂȘme, en posant comme Ă©quivalents une tonne de carbone Ă©mise et un quota obtenu n’importe oĂč et n’importe comment, la dĂ©forestation de la forĂȘt primaire peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme Ă©quivalente, en termes de tonnes Ă©quivalent carbone, Ă  son remplacement par une plantation nouvelle Ă  croissance rapide, la biodiversitĂ© et les droits des peuples indigĂšnes n’entrant pas dans l’unitĂ© de compte.

Et puisque toutes les rĂ©ductions sont ainsi Ă©quivalentes, il est logique de rechercher celles au moindre coĂ»t, par le dit « mĂ©canisme de dĂ©veloppement propre » et par la compensation carbone qui autorisent les entreprises des pays industriels Ă  gagner des droits d’Ă©mission en investissant dans les pays du Sud et en s’exonĂ©rant des rĂ©ductions domestiques. Ainsi, le passage Ă  des systĂšmes de production et de consommation soutenables, se trouvent retardĂ© d’autant dans les pays les plus pollueurs. Une tonne d’Ă©quivalent carbone Ă©vitĂ©e en Éthiopie aura la mĂȘme « valeur » qu’une rĂ©duction d’une tonne en Europe ou aux États-Unis !

Le climat devient une abstraction

Le choix du développement mondial du marché du carbone, avec son unité de compte en tonne équivalent carbone, fait du climat une pure abstraction, déliée des conditions sociales, historiques et technologiques de son équilibre. Le silence actuel sur ces mécanismes écologiquement inefficaces et économiquement dangereux, inventés dans les années 1990 en pleine euphorie financiÚre pour poursuivre les logiques de croissance infinie, est inquiétant.

Il se renforce d’un silence gĂȘnĂ© portĂ© par des « entrepreneurs du bien » selon l’expression de Gunter Anders, qui, face Ă  la dĂ©route, s’inscrivent dans le « c’est tout de mĂȘme mieux que rien ». Une forme de « l’empire du moindre mal » (Jean Claude Michea). Ce silence demande Ă  ĂȘtre levĂ© si nous ne voulons pas nous rĂ©veiller douloureusement.

GeneviĂšve Azam, Conseil scientifique d’Attac.

Source: Mondialisation.ca

déc 21 2009

Qu’en est-il de la libertĂ© de la presse en France ?

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La libertĂ© de la presse est l’un des principes fondamentaux des systĂšmes dĂ©mocratiques, qui reposent sur la libertĂ© d’opinion, la libertĂ© mentale et d’expression. En France, elle a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e pour la premiĂšre fois dans la DĂ©claration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il y est stipulĂ© que « La libre communication des pensĂ©es et des opinions est un des droits les plus prĂ©cieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, Ă©crire, imprimer librement, sauf Ă  rĂ©pondre Ă  l’abus de cette libertĂ© dans les cas dĂ©terminĂ©s par la Loi ». S’il est habituellement consensuel de dire que la libertĂ© de la presse est fortement bridĂ©e dans la plupart des pays du monde, nous pourrions lĂ©gitimement Ă©mettre de sĂ©rieuses interrogations quant au respect de cette derniĂšre dans nos pays dits dĂ©mocratiques que nous considĂ©rons habituellement comme un havre de civilisation qui se doit de dispenser ses inĂ©galables lumiĂšres au reste du globe. Pour disposer d’une vue d’ensemble sur la question, nous allons aborder trois points essentiels, qui sont les censures de la libertĂ© d’expression en France, le fonctionnement gĂ©nĂ©ral des mĂ©dias et leur financement, pour terminer par une vue globale de la nature de ces derniers.

Libertédelapresse

La notion mĂȘme de libertĂ© est passablement floue dans la langue française. Si le plus grand nombre de gens s’accorderait Ă  dire que la libertĂ© consiste Ă  faire ce que l’on veut quand on le veut sans ĂȘtre entravĂ© par quelque contrainte que ce soit, le bon sens dirait plutĂŽt qu’ĂȘtre libre, c’est savoir agir de la meilleure maniĂšre possible dans l’observance des rĂšgles auxquelles notre marge d’action est soumise. En somme, c’est dans l’accroissement de ses responsabilitĂ©s que l’on trouve plus de libertĂ©. Dans le cas de la presse, donc, il s’agit de repĂ©rer les responsabilitĂ©s et les rĂšgles que l’on impose aux journalistes pour pouvoir se faire une idĂ©e un tant soit peu pertinente de sa marge de manƓuvre.

Pour ce qui est de la presse Ă©crite, il est essentiel de savoir que la matiĂšre premiĂšre des quotidiens est fournie par la majeure agence de presse, l’Agence France-Presse (AFP). Elle a donc une influence considĂ©rable, car beaucoup de journaux se contentent souvent de rĂ©cupĂ©rer ses nouvelles pour toucher leur public. L’AFP Ă©tait un Ă©tablissement d’État jusqu’en 1957. Elle dispose aujourd’hui d’un nouveau statut censĂ© garantir son indĂ©pendance rĂ©dactionnelle, mais ses recettes proviennent pour moitiĂ© de ses clients, pour moitiĂ© de l’État. Les batailles homĂ©riques qui entourent la nomination trĂšs politique de son prĂ©sident ont tendance Ă  montrer que l’AFP n’est pas rĂ©ellement neutre.

D’autre part, le travail des journalistes de tous bords est soumis au contrĂŽle de leur rĂ©dacteur en chef, qui veille au respect de la ligne Ă©ditoriale d’une publication ou d’un journal audiovisuel. S’il juge qu’une partie de la production qui lui est prĂ©sentĂ©e est indĂ©cente, il peut la supprimer, ce qui est une forme de censure indirecte. Le contrĂŽle des rĂ©dactions passe par la rĂ©duction de leur nombre. On a assistĂ© Ă  une concentration sans prĂ©cĂ©dent de la presse quotidienne depuis la LibĂ©ration. Les journalistes, s’ils sont enregistrĂ©s par la Commission de la carte oĂč siĂšgent des reprĂ©sentants du Premier ministre, ou si l’administration le dĂ©cide discrĂ©tionnairement, font bĂ©nĂ©ficier leurs employeurs de cotisations sociales rĂ©duites et en bĂ©nĂ©ficient eux-mĂȘmes, ainsi que d’une dĂ©duction fiscale supplĂ©mentaire. Les journaux doivent, eux, ĂȘtre enregistrĂ©s par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP, instance dont le travail est peu mĂ©diatique mais qui a pourtant un rĂŽle capital) oĂč siĂšgent d’autres reprĂ©sentants du Premier ministre pour bĂ©nĂ©ficier du taux rĂ©duit de TVA Ă  2,1% au lieu de 19,6%. Ils bĂ©nĂ©ficient alors aussi de tarifs ultra-prĂ©fĂ©rentiels Ă  La Poste. À ce subventionnement indirect s’ajoute un subventionnement direct par les services du Premier ministre des quotidiens nationaux. Le refus ou le retrait d’un de ces agrĂ©ments vaut toutes les censures : il condamne gĂ©nĂ©ralement le journal concernĂ© Ă  la faillite immĂ©diate. Et s’il survit, il est rĂ©duit Ă  la marginalitĂ© sur un marchĂ© assistĂ© oĂč ne s’appliquent pas les rĂšgles de la libre concurrence.

Dans le cas de la publication de livres, il ne suffit pas de trouver un Ă©diteur : encore faut-il qu’il soit mis Ă  la disposition des libraires, ce qui est le travail des diffuseurs. Les sociĂ©tĂ©s assurant ce service peuvent trĂšs bien refuser d’afficher l’éventuel livre dans leur catalogue, condamnant ledit ouvrage Ă  ĂȘtre distribuĂ© quasiment sous le manteau par des rĂ©seaux improbables.

La libertĂ© de la presse ne peut s’apprĂ©cier qu’au regard de l’appareil judiciaire qui en garantit l’harmonieux fonctionnement. Au XIXe siĂšcle, Georges ClĂ©menceau se battit pour que les journaux ne soient pas jugĂ©s en correctionnelle par des magistrats nommĂ©s par l’État, mais par des jurys populaires. Cette procĂ©dure indispensable a Ă©tĂ© supprimĂ©e par le Gouvernement provisoire et jamais rĂ©tablie. LĂ  encore, si les chambres spĂ©cialisĂ©es sont tenues par de fins juristes, il suffit d’observer les batailles qui entourent la nomination de ces magistrats pour mesurer le caractĂšre politique de leur fonction.

Les journaux et Ă©missions tĂ©lĂ©visĂ©es, de leur cĂŽtĂ©, sont contrĂŽlĂ©s par le CSA, Conseil SupĂ©rieur de l’Audiovisuel, qui est un organisme de l’État français. Jouissant d’un statut d’autoritĂ© indĂ©pendante, il dĂ©livre des autorisations d’Ă©mettre aux radios privĂ©es et aux chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision privĂ©es, nationales, rĂ©gionales ou locales selon le bon vouloir de ses neuf conseillers nommĂ©s par l’État. En guise d’aperçu de ce que le CSA est capable de faire, il faut savoir qu’en avril 2002, le CSA a Ă©crit Ă  France TĂ©lĂ©visions aprĂšs le passage du journaliste Thierry Meyssan dans une Ă©mission de Thierry Ardisson et lui a ordonnĂ© de ne plus lui donner la parole Ă  propos des attentats du 11 septembre, dont il infĂ©rait la responsabilitĂ© au gouvernement des États-Unis. Une copie de cette lettre a Ă©tĂ© adressĂ©e Ă  tous les mĂ©dias audio-visuels sous convention. Depuis, Meyssan n’a plus Ă©tĂ© invitĂ© sur une chaĂźne française, y compris lorsque Arte a consacrĂ© une soirĂ©e complĂšte Ă  le mettre en cause.

Bien que les mĂ©dias privĂ©s soient importants aujourd’hui, il n’en a pas toujours Ă©tĂ© ainsi en France. Charles De Gaulle entrant dans Paris promulgue, le 26 aoĂ»t 1944, une ordonnance rĂ©digĂ©e Ă  Alger qui nationalise toute la presse Ă©crite et audiovisuelle. La France est le seul État non communiste Ă  avoir jamais procĂ©dĂ© de la sorte. L’idĂ©e de l’époque est que pour ĂȘtre objective, la presse doit ĂȘtre un service public. L’État devient le garant de la VĂ©ritĂ© Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre celui de l’esprit critique. Ce n’est qu’en 1954 que Pierre MendĂšs-France privatisera la presse Ă©crite. Il faudra attendre 1982 pour que François Mitterrand, devenu prĂ©sident de la RĂ©publique, privatise partiellement la radio, et 1986 pour que Jacques Chirac privatise partiellement la tĂ©lĂ©vision.

Au niveau du fonctionnement et du financement des agences de presse, nous allons à nouveau opérer une distinction entre presse écrite et audiovisuelle en prenant des exemples éloquents de médias privés.

Prenons l’exemple du Figaro pour la presse Ă©crite : Le Figaro est une filiale de la Socpresse dont le prĂ©sident est l’industriel et sĂ©nateur Serge Dassault. En 2009, selon le magazine Forbes, il est le 90e homme le plus riche du monde avec une fortune estimĂ©e Ă  plus de cinq milliards de dollars. Serge Dassault a expliquĂ©, en 2004, que les journaux doivent diffuser des « idĂ©es saines », car « nous sommes en train de crever Ă  cause des idĂ©es de gauche ». « J’espĂšre que vous allez cesser de former des journalistes de gauche ! » avait-il ainsi lancĂ© Ă  des responsables du Centre de formation des journalistes. Il refuse que son journal publie, en aoĂ»t 2004, un entretien avec Andrew Wang, dans le cadre de l’Affaire des frĂ©gates de TaĂŻwan (l’entretien est finalement publiĂ© dans le magazine Le Point du 9 septembre 2004). À la suite de ses propos sur la subordination du journal Ă  son propriĂ©taire, des troubles surgissent pendant quelques mois au sein de la rĂ©daction. En octobre 2008, le journal Le Monde rapporte des tĂ©moignages de journalistes du Figaro qui se plaignent de la pression exercĂ©e par Serge Dassault sur la rĂ©daction. En fĂ©vrier 2008, Pascale Pascariello, journaliste de France Inter, est prise Ă  partie par le service d’ordre, aprĂšs avoir posĂ© des questions lors d’une rĂ©union publique organisĂ©e par Serge Dassault. Le 19 juin 2008, Serge Dassault dĂ©clenche une nouvelle polĂ©mique en dĂ©clarant qu’il juge « anormal » d’aider les chĂŽmeurs, « des gens qui ne veulent pas travailler ». Sur iTĂ©lĂ©, en juillet 2008, il avait Ă©galement fait part de son admiration pour l’organisation chinoise du travail, a vantĂ© les mĂ©rites des ouvriers chinois « qui travaillent 45 heures par semaine et dorment dans leurs usines », s’est dĂ©solĂ© de l’existence des grĂšves et des syndicats et a dit soutenir une plus grande flexibilitĂ© pour les entreprises. Nous sommes en droit de nous demander quelle part de libertĂ© et d’objectivitĂ© existe dans un mĂ©dia qui est sous la coupe de quelqu’un comme Serge Dassault


MĂȘme un journal Ă  la rĂ©putation plus neutre comme Le Monde ne fait pas figure d’exception dans les critĂšres de rentabilitĂ©. Dans l’essai « La face cachĂ©e du Monde », Pierre PĂ©an affirmait, entre autres, que l’équipe dirigeante du journal avait pris le parti de s’orienter vers une logique commerciale, faisant fi des rĂšgles dĂ©ontologiques et usant des techniques de dĂ©sinformation. Les critiques pointaient Ă©galement du doigt certains partis-pris Ă©ditoriaux. D’autre part, un employĂ© du Monde avait Ă©tĂ© licenciĂ© peu de temps aprĂšs cette publication pour « cause rĂ©elle et sĂ©rieuse » portant « atteinte Ă  l’entreprise » dans laquelle il travaillait, pour avoir critiquĂ© l’absence de rĂ©action du Monde aux critiques de l’essai de Pierre PĂ©an.

Le 9 novembre 2005, selon Le Canard enchaĂźnĂ© du 16 novembre 2005, Nicolas Sarkozy convoque au ministĂšre de l’IntĂ©rieur le prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral des Éditions First, Vincent Barbare, pour le menacer de « foudres judiciaires et variĂ©es ». Cette maison d’Ă©dition s’apprĂȘtait Ă  publier le 24 novembre l’ouvrage signĂ© de ValĂ©rie Domain, journaliste Ă  Gala, et intitulĂ© CĂ©cilia Sarkozy, entre le cƓur et la raison. Dans une interview du Parisien publiĂ©e le 18 novembre 2005, CĂ©cila Sarkozy indique que c’est elle qui a alertĂ© son mari sur la sortie du livre. « Je ne souhaite pas que ma vie privĂ©e soit mĂ©diatisĂ©e », a-t-elle affirmĂ©. L’auteur affirme quant Ă  elle que CĂ©cilia Sarkozy Ă©tait parfaitement au courant de la teneur du livre. ValĂ©rie Domain souhaite que son ouvrage soit publiĂ© et est entrĂ©e en contact avec l’Ă©diteur Fayard. MalgrĂ© des pressions d’Arnaud LagardĂšre, directeur du groupe Hachette, sur Claude Durand, directeur de Fayard, la biographie de CĂ©cilia Sarkozy par ValĂ©rie Domain a Ă©tĂ© publiĂ©e le 8 fĂ©vrier 2006 et tirĂ©e Ă  100 000 exemplaires sous le titre Entre le cƓur et la raison sous forme de roman aux Ă©ditions Fayard. CĂ©cilia avait donnĂ© son accord pour cette biographie avant de se raviser aprĂšs de multiples entretiens avec l’auteur. Du fait des menaces de poursuites judiciaires par le couple Sarkozy, CĂ©cilia y apparaĂźt sous le nom de « CĂ©lia Michaut-Cordier, Ă©pouse d’un homme politique influent ». « Une femme quitte un homme pour un autre. Homme de pouvoir, cet autre la voit Ă  son tour lui Ă©chapper pour un troisiĂšme. DĂšs lors, il n’a de cesse de la reconquĂ©rir » rĂ©sume l’auteur.

Reprise d’un article de Yann Chollet, journaliste indĂ©pendant et auteur du livre « 7 jours sur 7 Ă  votre service »Â : « La censure existe sous couvert d’une relation allĂ©chante du genre « j’achĂšte une campagne de pub dans ton journal et tu me protĂšges sur cette affaire ». Et je comprends mieux pourquoi des journalistes de journaux dits de gauche (Canard EnchaĂźnĂ©, libĂ©ration…) prĂ©fĂšrent dĂ©molir la SNCF ou critiquer les mĂ©chantes multinationales US plutĂŽt que de s’attaquer Ă  nos gentilles multinationales françaises, toutes socialement responsables et Ă©thiques. Fin 2002, une journaliste dite  » d’investigation  » du magazine Capital, m’explique vouloir parler de mon livre et rĂ©vĂ©ler l’affaire des 60 procĂšs dont la chaĂźne Formule 1 est la mire. Au final, cette journaliste passera par la Tour Montparnasse, siĂšge du PDG ACCOR et Ă©crira un article exposant une image trĂšs positive du groupe. Mon livre n’est mĂȘme pas citĂ©, les arguments contradictoires invisibles. Je prĂ©viens la rĂ©daction du magazine que la mĂ©thode utilisĂ©e par leur journaliste ne respecte pas la dĂ©ontologie de la profession. Je menace de rĂ©vĂ©ler cette erreur et rapidement le rĂ©dacteur en chef m’offre un droit de rĂ©ponse. D’autres exemples identiques suivront concernant mon ouvrage, dans la presse française. Nicolas Beau du Canard EnchaĂźnĂ©, me dira de façon dĂ©daigneuse au tĂ©lĂ©phone :  » On ne se paye pas ACCOR comme ça « . Surprenant ! Le rĂ©dacteur en chef de  » Nouvel Ouest  » m’expliquera clairement, sans dĂ©tour, ĂȘtre en tractation  » partenariat publicitaire  » avec le groupe ACCOR et qu’il ne pourra pas parler de mon livre. Par Yann Chollet. Journaliste indĂ©pendant et auteur du livre  » 7 jours sur 7 Ă  votre service « . A travers un exemple simple et concret, exposons la subtilitĂ© de cette dĂ©rive. En 2002, j’Ă©cris un livre  » 7 jours sur 7 Ă  votre service  » aux Ă©ditions du Vent, qui dĂ©voile l’exploitation des humains dans l’hĂŽtellerie Ă©conomique. A travers mon tĂ©moignage, mes propres souffrances vĂ©cues, j’expose en 287 pages une rĂ©alitĂ© dĂ©nonçant l’esclavage des temps modernes. A plus de 80 heures par semaine pour un SMIC, le mot n’est peut-ĂȘtre pas assez fort. Comme contre-attaque,  » le groupe ACCOR, impliquĂ© dans l’ouvrage sous l’anagramme du groupe ROCCA  » comme l’expose Philippe Cohen dans un article publiĂ© dans Marianne, ne tente rien contre le livre directement, en connaissance de cause. Par contre, c’est Ă  travers une vĂ©ritable campagne de dĂ©sinformation que ce groupe impose le silence autour de mon ouvrage, qui par ailleurs se vend hors rĂ©seau traditionnel, Ă  plus de 1.800 exemplaires. Des dizaines de gĂ©rants me tĂ©moignent leur reconnaissance aprĂšs lecture. »

FondĂ© sous l’Ă©gide de Jean-Paul Sartre, le premier numĂ©ro paraĂźt le 18 avril 1973. PositionnĂ© Ă  l’extrĂȘme gauche Ă  ses dĂ©buts, LibĂ©ration Ă©volue vers la gauche sociale-dĂ©mocrate au dĂ©but des annĂ©es 1980, suite au dĂ©part de Jean-Paul Sartre. En 1978, le journal n’a dĂ©jĂ  plus rien de maoĂŻste : Serge July le dĂ©crit alors comme « libĂ©ral-libertaire ». Le journal reprend le titre d’un journal de la RĂ©sistance, LibĂ©ration qui Ă©tait dirigĂ© par Emmanuel d’Astier de la Vigerie. En proie Ă  de graves difficultĂ©s financiĂšres et Ă  une baisse de sa diffusion depuis le dĂ©but du XXIe siĂšcle, LibĂ©ration a aujourd’hui pour actionnaire de rĂ©fĂ©rence Édouard de Rothschild (38,87%), ancien membre de la commission exĂ©cutive du CNPF et grande fortune française. Son siĂšge social est au 11 rue BĂ©ranger Ă  Paris, dans le 3e arrondissement.

Au niveau de la presse tĂ©lĂ©visĂ©e, parlons de TF1, dont l’actionnaire principal est le groupe Bouygues, qui situe ses services dans les tĂ©lĂ©coms/mĂ©dias et la construction (routes, immobilier
). L’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, expliquait la mission de sa chaĂźne ainsi : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du tĂ©lĂ©spectateur soit disponible. Nos Ă©missions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-Ă -dire de le divertir, de le dĂ©tendre pour le prĂ©parer entre deux messages. Ce que nous vendons Ă  Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Au vu du programme nettement commercial de TF1, on ne peut douter que c’est effectivement cette stratĂ©gie-lĂ  que la premiĂšre chaĂźne de France met en application. Or, on peut se demander quelle est la crĂ©dibilitĂ© d’un journal tĂ©lĂ©visĂ© paraissant sur une chaĂźne qui affirme un tel Ă©tat d’esprit, d’autant plus qu’une personne qui a Ă©tĂ© divertie avant de regarder un journal parlĂ© sera sans doute plus susceptible d’en avaler tout le contenu sans faire appel Ă  la rĂ©flexion.

Toutes les autres chaĂźnes privĂ©es connues et une multitude d’autres de moindre importance sont, comme TF1, possĂ©dĂ©es par des entreprises puissantes qui ont diversifiĂ© leurs actions dans plusieurs secteurs rentables, comme Bouygues. Par exemple, les chaĂźnes de radio et de tĂ©lĂ©vision RTL font partie de RTL Group, le plus grand groupe de tĂ©lĂ©vision et radiodiffusion europĂ©en et premier producteur d’Ă©mission du monde, avec 45 chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision et 33 rĂ©seaux de radio dans onze pays europĂ©ens. Ce groupe est lui-mĂȘme dĂ©tenu par le gĂ©ant des mĂ©dias allemand Bertelsmann. Cette mĂȘme multinationale est spĂ©cialisĂ©e dans la presse Ă©crite, et possĂšde notamment Random House, la premiĂšre maison d’édition au monde. Barack Obama a notamment choisi Random House comme Ă©diteur pour ses mĂ©moires intitulĂ©es « Les rĂȘves de mon pĂšre ». Il est aussi bon de savoir que le n°2 mondial de l’édition, Hachette, est dĂ©tenu par le groupe LagardĂšre, dont les deux principales sociĂ©tĂ©s sont LagardĂšre MĂ©dia (Europe 1, Virgin Radio, Virgin 17, Hachette Filipacchi MĂ©dias, MCM, RFM, …) et EADS, qui occupe la deuxiĂšme place mondiale dans l’industrie spatiale, aĂ©ronautique et de dĂ©fense). Bertelsmann possĂšde aussi une cinquantaine de magazines dont Stern, Capital, Geo, Gala.

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À la lumiĂšre de toutes ces informations, nous pouvons nous faire une idĂ©e pertinente de la nature de la presse, et si je devais la rĂ©sumer en deux principes, je les nommerais rentabilitĂ© et justification du pouvoir en place. Pour ce qui est de la premiĂšre assertion, suivons une rĂ©flexion Ă©lĂ©mentaire qui nous fait effectivement savoir que personne ne se lance dans une activitĂ© qui ne lui rapporte rien ou qui le fait travailler Ă  perte, et que les grands vecteurs de la presse doivent assurĂ©ment bĂ©nĂ©ficier de bases financiĂšres solides pour bĂ©nĂ©ficier des moyens qu’ils possĂšdent. Et il se trouve qu’en effet, comme nous l’avons dit, les plus grands mĂ©dias, ceux qui touchent le plus grand nombre de personnes et qui jouissent de la plus grande estime, sont soit dĂ©tenus par des entreprises qui recherchent bel et bien le profit, soit par l’État, et lorsqu’il s’agit de chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision, cela implique le contrĂŽle du type d’informations qui apparaĂźt dans leurs journaux parlĂ©s et du recrutement de ses journalistes. En plus de cela, nous avons vu que de multiples processus de censure plus ou moins directs existent tant dans la presse Ă©crite que dans le domaine de l’audiovisuel. Il faut donc que l’information diffusĂ©e ait, d’une part, une teneur commerciale, ce qui implique qu’elle fasse part Ă  son public de messages destinĂ©s Ă  le toucher, comme de la vulgarisation de l’information fortement axĂ©e sur l’émotivitĂ©, des faits divers de toutes sortes, ainsi que des nouvelles sur les sports ou mĂȘme sur des cĂ©lĂ©britĂ©s. Cette stratĂ©gie commune Ă  tous les mĂ©dias importants sert leur deuxiĂšme but essentiel : la justification du pouvoir en place. On aurait effectivement tort de penser que le secteur privĂ© permet plus de libertĂ© d’expression que l’État : si l’État a intĂ©rĂȘt Ă  dissimuler les informations qui sont susceptibles de remettre en cause la politique qu’il mĂšne, il n’en va pas diffĂ©remment avec les entreprises qui possĂšdent des pans de l’information. Ce qu’elles font est tout Ă  fait similaire, Ă  la seule diffĂ©rence que le rĂ©sultat est pire encore. L’orientation clairement pro-capitaliste de leur ligne Ă©ditoriale a Ă©galement pour but de dĂ©fendre l’élite des ultra-libĂ©raux et de ne pas permettre de critiques significatives du systĂšme en place. La presse d’État et la presse privĂ©e partagent donc le mĂȘme intĂ©rĂȘt existentiel, qui est la prĂ©servation des politiques Ă©conomiques et sociĂ©tales sur lesquelles les secteurs public et privĂ© s’entendent parfaitement. Elles dĂ©tournent alors majoritairement l’attention de leurs lecteurs et de leur auditoire sur des faits et des problĂšmes futiles, vulgarisĂ©s ou dĂ©formĂ©s Ă  coups de propagande, ce dont ces derniers raffolent par ailleurs le plus.

De ce systĂšme discrĂštement verrouillĂ©, il rĂ©sulte une presse fade et rĂ©vĂ©rencieuse dont le public se dĂ©sintĂ©resse, prĂ©fĂ©rant souvent s’informer par d’autres moyens. On estime que 57% de la population lit les journaux. Ces mĂȘmes journaux en sont rĂ©duits Ă  combler leurs colonnes par des faits divers des plus courants aux plus sordides, choisis arbitrairement parmi tant d’autres, ou encore par des rubriques entiĂšres consacrĂ©es aux sports, pour compenser toute la rĂ©tention d’informations et le manque cruel d’analyse qui concernent les sujets politique et Ă©conomique qui devraient ĂȘtre l’une des prĂ©occupations majeures des citoyens dignes de ce nom. Malheureusement, l’écrasante majoritĂ© de la population n’a cure de ce qui se fait d’important : elle se moque Ă©perdument des idĂ©aux de justice et d’équitĂ©, et rĂ©agit trĂšs peu aux injustices qui la frappent de plein fouet, mĂȘme lorsqu’elle voit nettement les droits pour lesquels ses ancĂȘtres se sont battus si longtemps et si ardemment leur Ă©chapper. Les gens prĂ©fĂšrent se laisser aller au cortĂšge d’émotions et de niaiseries par lesquelles on les dirige aisĂ©ment dans le sens que l’on dĂ©sire, et qui est l’instrument principal sur lequel se sont toujours appuyĂ©es les propagandes de tous bords.

Ils ont besoin que l’on pense pour eux, de se rassurer de la logique manichĂ©enne internationale qui leur est si abondamment diffusĂ©e et qui leur dit qu’il y a, dans le monde, un axe du bien, dans lequel ils ont la chance inestimable de vivre, et de l’autre un axe du mal, peuplĂ© de mĂ©chants qui ne rĂȘvent que de dĂ©truire leur joli paradis. Ils ont besoin de voir un homme providentiel faire son apparition soudaine pour rĂ©soudre miraculeusement tous les problĂšmes, qu’ils acclament avec vĂ©hĂ©mence pour le mettre au pouvoir mais pour se dĂ©sintĂ©resser ensuite de ce que leur messie y fait, et ne se rendent alors pas compte que, comme tous ses prĂ©dĂ©cesseurs, il trompe les serments qu’il leur avait tenus. Cette bĂȘtise permet Ă  la censure de la presse de se radicaliser. Depuis l’accession de Nicolas Sarkozy Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique, la France est devenue le premier pays europĂ©en en termes de perquisitions dans les rĂ©dactions et de journalistes mis en examen ou placĂ©s en garde-Ă -vue. Mais Ă©videmment, la population accorde trop peu d’importance Ă  ses acquis et Ă  sa libertĂ© pour daigner les dĂ©fendre. Ce n’est pas que la libertĂ© d’expression ne soit pas absolue qui est choquant, car il serait normal de laisser, en toutes circonstances, des rĂšgles de base qui empĂȘcheraient la diffusion d’idĂ©es haineuses, diffamatoires ou extrĂ©mistes. Mais au vu de tout ce dont nous avons parlĂ©, il est clair que la libertĂ© de la presse se trouve aujourd’hui si limitĂ©e qu’elle est devenue un vecteur de propagande oĂč seules les idĂ©es utiles Ă  l’appui d’idĂ©ologies sĂ©lectionnĂ©es sont autorisĂ©es. Pourtant, la subtilitĂ© de notre systĂšme est de faire croire que le fait que des scandales liĂ©s Ă  la corruption de politiciens puissent faire la une des journaux, ou encore que chacun soit en mesure de critiquer la personne du prĂ©sident sont autant de preuves de libertĂ© d’expression. Cela rassurera alors les gens, et les esprits petits bourgeois diront alors : « Vous voyez que nous sommes libres, puisque nous pouvons nous exprimer ainsi. » On trouvera nos dirigeants bien bons de tolĂ©rer de telles excentricitĂ©s, qui sont en rĂ©alitĂ© aussi futiles que vaines. Nous ne manquerons pas non plus de voir moult personnages rĂ©putĂ©s proposer des solutions humanistes et miraculeuses aux problĂšmes qui surviennent en temps de crises (qui, rappelons-le, ne sont dues qu’aux alĂ©as incontrĂŽlables d’un systĂšme et non pas aux Ă©lites dirigeants qui n’ont soi-disant plus Ă©tĂ© maĂźtres de la situation). Mais cela n’en restera jamais qu’au stade de proposition hypothĂ©tique, car aucune information ou idĂ©e qui pourrait rĂ©ellement changer le systĂšme, et donc menacer les privilĂšges auxquels ceux qui en bĂ©nĂ©ficient s’agrippent, ne pourra filtrer ou ĂȘtre appliquĂ©e sans leur consentement. On ne peut donc plus parler de libertĂ©, et ceux qui sont encore sĂ©duits par l’argument d’autoritĂ© et la preuve sociale qui sont associĂ©es aux mĂ©dias puissants et Ă  leurs Ă©minents journalistes sont soit mal informĂ©s, soit trĂšs naĂŻfs.

Régis Mex, pour Mecanopolis

oct 11 2009

Les religions dans la mondialisation

Conférence inaugurale de Régis Debray

Séminaire sur Les Religions dans la mondialisation, organisé par le CERI et le PÎle Religions de la Direction de la prospective du MAEE.

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Il a fallu quatre-vingts jours au vieux Phileas Fogg pour faire le tour du monde. En avion, vingt-quatre heures. Quarante minutes, c’est le temps d’une poignĂ©e de thĂšses apĂ©ritives, forcĂ©ment tendancieuse. Chacun sait qu’entre le rejet du et le retour au, le phĂ©nomĂšne dit « religieux » est ambivalent, et qu’à toute grille d’analyse, on peut en opposer valablement une autre de sans contraire. Mais pour stimuler une discussion, mieux vaut quelques impertinences.

Je poserai donc imprudemment quatre questions:

1. L’Europe, fenĂȘtre sur l’avenir du globe ou bien oeillĂšre pour ne pas le voir ?

2. Le tout-monde, comme dit Edouard Glissant, sera-t-il créole ou bien tribal ?

3. La condition diasporique engendre-t-elle une dilution ou un durcissement des identités collectives ?

4. Notre « post-modernité » appelle-t-elle une évanescence ou une résurrection des archaïsmes fondateurs ?

I. Le cas européen : voie de garage ou avant-poste ?

Je ne vais pas reprendre ici les analyses que vous connaissez tous. L’exculturation catholique, la sortie de religion, la panne de transmission, et tous les dĂ©calages entre believing et belonging (Grace Davie), qui jouent d’ailleurs dans les deux sens (croire sans appartenir, appartenir sans croire). Elles sont convaincantes. On connaĂźt les indicateurs assez vertigineux des Ă©croulement institutionnels et mentaux. 54% des Français dĂ©claraient croire en Dieu en 1999, dont 20% de façon certaine. En 1952, 74%, dont 51% de façon certaine. Ça dĂ©gringole, mais ça ne peut faire oublier les 93% aux USA, avec 1% d’athĂ©es dĂ©clarĂ©s. Ni que les 50% des fidĂšles catholiques vivent en AmĂ©rique latine (450 millions), et qu’il y a 1300 Ă©glises et sectes protestantes prospĂ©rant au Guatemala.

Tout invite Ă  souscrire, localement, Ă  « l’ébranlement du fond civilisationnel religieux » (Hervieu LĂ©ger). Au passage d’une mĂ©moire vivante Ă  une mĂ©moire morte, ou plus exactement dĂ©lĂ©guĂ©e Ă  des clergĂ©s investis, par concession officielle, ou tacite d’un service public de requiem, mariage ou baptĂȘme, mĂ©moire ethnique Ă  sortir dans les grandes occasions.

On peut convenir que le religieux chez nous (Québec inclus) se survit « pour mémoire ». Non comme emprise mais comme empreinte, un dépÎt sédimentaire, dessinant au mieux un style de vie et de mort, un folklore pour jours fériés (Scandinavie luthérienne, Angleterre anglicane, France catholique, etc.).

Cela dit, les plaques tectoniques bougent encore et peuvent secouer. Protestants et catholiques en Irlande, musulmans et orthodoxes dans l’ex-Yougoslavie, uniates et orthodoxes en Ukraine, flamands cathos et wallons laĂŻques en Belgique, etc., ce n’est pas exactement du folklore. Pas plus que n’est anecdotique l’élection du patriarche Kyril Ă  Moscou. Rappelons Ă©galement, sans parler des sectes, l’essor des religiositĂ©s de substitution, comme la religion civile de la Shoah, spĂ©cialement dans les pays anciennement occupĂ©s par le nazisme (para- ou pseudo-religion peut-ĂȘtre, mais culte Ă  la fois Ă©motionnel et instituĂ© trĂšs officiellement).

LĂ  oĂč la singularitĂ© europĂ©enne peut tourner Ă  l’obstacle Ă©pistĂ©mologique, c’est par l’adoption d’un cadre de pensĂ©e en porte-Ă -faux avec ce que nous appelons « religion » (terme exclusivement latin refaçonnĂ© Ă  sa convenance par le mouvement chrĂ©tien) mais qu’ailleurs on appelle la Loi, l’Enseignement ou la Voie.

Il y a une façon de clĂ©ricaliser et thĂ©ologiser la religion qui transforme un mode de vie et une matrice mentale collective en un choix individuel ou une « option spirituelle ». Le religieux chrĂ©tien implique une idĂ©e logique, hellĂ©nique, de la VĂ©ritĂ© (dont chacun sait qu’elle est unique alors que l’erreur est multiple – ce qui faisait dire Ă  certains esprits pieux : il n’est pas Ă©tonnant que les paĂŻens professent le pluralisme, sur le ton dont Simone de Beauvoir disait : « Il n’est pas Ă©tonnant que la droite professe le pluralisme »).

Ce postulat hĂ©ritĂ© du dualisme grec (et biblique) laisse Ă©chapper ce qu’ont d’essentiel et en l’occurrence d’existentiel (respiration, gymnastique, nutrition, mĂ©decine, etc.), la Bhakti indienne, l’Harmonie confucĂ©enne, les bouddhismes theravada et mahayana, les animismes africains ou les panvitalismes subsahariens (dogons, bambaras ou sĂ©rĂšres). Les cultes athĂ©ologiques n’ont pas moins d’adeptes dans le monde que les religions rĂ©vĂ©lĂ©es. Dieu peut-il mourir lĂ  oĂč il n’est pas nĂ© ? « Moise ou la Chine », disait Pascal. Difficile de comprendre la seconde Ă  partir du premier. Nous avons fait, en octobre 2003, un colloque de deux jours, l’IESR et le MAE, sur Politique et religion en Asie.

Comme nous le rappelait alors un spĂ©cialiste du tao, John Lagerwey, il est nĂ©cessaire de connaĂźtre par le menu l’histoire religieuse de la Chine pour comprendre ce qui s’y passe aujourd’hui : « On dit souvent qu’en Chine l’État a toujours contrĂŽlĂ© l’Église. Il faudrait plutĂŽt dire que l’État Ă©tait l’Église et que l’empereur Ă©tait en mĂȘme temps pape : comme entre Ciel et Terre, entre le divin et l’humain, les frontiĂšres qui, en Occident, allaient de soi, Ă©taient poreuses. C’est Ă  la lumiĂšre de ces faits qu’il faut lire le culte de la personnalitĂ© sous Mao et les pĂšlerinages de ses successeurs.

La sĂ©paration des Ă©glises et de l’État, c’est notre modernitĂ©, mais si le dualisme des pouvoirs politiques et religieux existe en Chine, surtout aprĂšs l’arrivĂ©e du bouddhisme, le dualisme conceptuel qui, chez nous, le confirme et l’enracine, n’existe pas : la Chine est rĂ©solument moniste, avec pour rĂ©sultat, que la sĂ©paration des pouvoirs est littĂ©ralement impensable, donc irrĂ©alisable. L’État est dĂ©jĂ  l’Église, c’est donc son rĂŽle et mĂȘme son devoir de dĂ©finir l’orthodoxie (et l’orthopraxie). »

Je crois savoir que laĂŻc est difficile Ă  traduire en hĂ©breu (hilani = profane) et encore plus en arabe (alemani = Ă©rudit, savant). Et que si CĂ©sar n’a pas attendu JĂ©sus pour exister, c’est l’Islam qui a créé l’État, lequel n’existait pas avant lui. À l’inverse, Siddharta, vouĂ© Ă  la politique par sa naissance princiĂšre, y a renoncĂ© en devenant bouddha. Ce qui n’empĂȘche pas qu’en ThaĂŻlande (oĂč n’importe qui peut passer de l’état laĂŻc Ă  l’état de bonze et vice-versa), oĂč il n’y a pas de religion d’État, la Constitution stipule que le roi doit ĂȘtre bouddhiste et « protecteur de l’enseignement ». Dans la RĂ©publique laĂŻque de Syrie, le prĂ©sident doit ĂȘtre musulman, par rĂšgle constitutionnelle.

« Nous sommes chrĂ©tiens au mĂȘme titre que nous sommes pĂ©rigourdins ou alemans. » Le mot de Montaigne reste valide, anthropologiquement, pour les deux tiers de l’humanitĂ©, oĂč les ismes sont des blasons d’appartenance, comme c’était le cas jadis dans notre orbite (l’arianisme germain, le monophysisme Ă©gyptien, etc.).

Le sionisme des fondateurs entendait sĂ©parer lĂ©galement le judaĂŻsme de l’israĂ©litĂ©, mais l’État juif, et se revendiquant comme tel, n’a encore pas d’autre Constitution que la Thora. On a intĂ©rĂȘt, me semble-t-il, Ă  raccorder les « religions », non pas Ă  la rubrique idĂ©ologie mais Ă  la rubrique ethnologie, dans la mesure oĂč elles constituent l’élĂ©ment le plus vital, le plus ancien, et donc le plus rĂ©sistant des idiosyncrasies culturelles.

C’est cet agrĂ©gateur premier d’identitĂ©s (au pluriel), ce catalyseur de communautĂ©, qui, au final, resurgit et s’impose assez souvent en cas de crise majeure, de dĂ©tresse, d’exil ou d’occupation prolongĂ©e. L’archaĂŻque n’étant pas ce qui est rĂ©volu mais ce qui fait racine, et donc retour. ArchĂš = commencement et commandement.

En somme, tout le monde n’est pas Claude HagĂšge, mais, nous EuropĂ©ens, il nous faudrait ĂȘtre polyglotte pour accĂ©der aux expĂ©riences du temps, aux pratiques de salut, aux conceptions du cosmos, de l’individu, de la communautĂ©, qui prĂ©valent aux quatre coins ou plutĂŽt aux quatre centres du monde de demain. Soit la Chine, les USA, le BrĂ©sil, l’Inde – auxquels il Ă©tait naguĂšre question d’ajouter un cinquiĂšme centre, le petit cap de l’Asie (l’Europe + QuĂ©bec), ambition apparemment exagĂ©rĂ©e.

II. La mondialisation balkanisante

On a rĂȘvĂ© que le « global village » effacerait les dĂ©marcations entre quartiers. Le retour des lieux (et des lieux saints) est en fait le corollaire de la dĂ©localisation et des ouvertures Ă©conomiques.

Les villes globales qui se ressemblent de plus en plus multiplient les ghettos ethniques, et dans les townships de Johannesburg on a fait la chasse aux ZimbabwĂ©ens (malgrĂ© ce que stipule, la constitution de la nation arc-en-ciel : « sont Sud africains tous ceux qui vivent sur cette terre »). À la mondialisation techno-Ă©conomique, correspond l’insurrection identitaire – et les religions, ne l’oublions pas, sont le noyau dur des personnalitĂ©s historiques bafouĂ©es ou superficiellement assimilĂ©es.

La remontĂ©e des inconscients sĂ©paratistes peut se lire comme le contrecoup d’une Ă©galisation relative des conditions matĂ©rielles –laissant le champ libre aux dĂ©marcations imprenables, comme coups d’arrĂȘt Ă  l’uniformisation technique et dĂ©mographique (le rapprochement des indices de fĂ©conditĂ©, comme on le voit entre le nord et le sud de la MĂ©diterranĂ©e).

Le surinvestissement imaginaire du local compensant la dĂ©localisation physique du profit. La carte bleue n’a pas chassĂ© la carte d’identitĂ©. Le mondialisme subi redouble au contraire l’appĂ©tence patrimoniale. Comme si le dĂ©ficit d’appartenance appelait une surenchĂšre compensatoire. Et un certain affaissement des repĂšres civiques (la Nation, l’État, la Classe), un affairement communautaire certain.

Il faut apprĂ©hender la mondialisation sous son double aspect de repliement micro et de redĂ©ploiement macro, de perte et d’invention des traditions. La production de localismes avec leur recherche de signes discriminants ne nie pas la globalisation, elle est produite par elle. Chaque nouveau dispositif de dĂ©racinement libĂšre un contre-enracinement territorial fantasmatique, lĂ©gendaire ou ritualiste.

Il y aurait lĂ  Ă  l’oeuvre comme un thermostat de l’appartenance, qui viendrait corriger par de l’intĂ©grisme les atteintes portĂ©es Ă  l’intĂ©gritĂ© perdue du groupe traditionnel. Disons que l’élĂ©vation quantitative des facteurs de « progrĂšs » augmente l’intensitĂ© qualitative des « rĂ©gressions ».

La dialectique Coca-Cola/Ayatollah Ă  quoi s’emballe avec les intrusions occidentales et un droit d’ingĂ©rence impĂ©rial qui « talibanise » dans les arriĂšres pays l’occupĂ© et le bombardĂ©. La pulsion de morcellement qui a disloquĂ© l’URSS et menace le Nigeria, n’épargne pas les plus « civilisĂ©s » des pays europĂ©ens, pensons Ă  la Belgique et Ă  l’Espagne, au sein mĂȘme de l’Union europĂ©enne. En dĂ©pit des dialogues interreligieux surmĂ©diatisĂ©s, les intransigeances doctrinales s’affirment au coeur mĂȘme de l’indiffĂ©rentisme individuel.

Malraux n’a peut-ĂȘtre pas dit que le XXIe siĂšcle sera religieux, ou ne sera pas. Ce dont on est sĂ»r en revanche c’est qu’il ne sera pas oecumĂ©nique. La spiritualitĂ© accorte et multicarte des bobos planĂ©taires ne saurait voiler ce fait : il y aura demain moins de catholiques mais ils seront plus cathos, moins de luthĂ©riens, mais qui seront plus luthĂ©riens, et le patriarche de Moscou verra les uniates d’un encore plus mauvais oeil.

Tout se passe comme si l’abaissement des barriĂšres commerciales suscitait une remontĂ©e du protectionnisme mental, y compris dans le cadre d’une Union europĂ©enne en dĂ©ficit de charge Ă©motionnelle et symbolique. L’affaissement de ce mythe unificateur risque de faire appel d’air.

Et pensons à ce que pourrait apporter demain le retour des grandes peurs, des insécurités, et des pandémies, ou encore une nette diminution des nourritures terrestres, qui fait toujours remonter le cours des nourritures célestes.

III. La bombe diasporique

On devine en quel sens la mondialisation travaille Ă  son insu pour les religions. Au sens d’abord oĂč Lacan disait que GalilĂ©e avait travaillĂ© pour le pape (Rome, 1974).

La science dĂ©pouillant le monde de son sens, fabriquant Ă  ce titre du rĂ©el insupportable, du rĂ©el brut sans valeur ajoutĂ©e –appelle le triomphe du sens sur le fait, de l’illusion rĂ©paratrice sur l’intolĂ©rable psychique. Mais aussi par ceci qu’elle met du frottement lĂ  oĂč il n’y en avait pas.

Quand l’espace s’unifie au point devenir, tout entier, zone-frontiĂšre, alors le monde entier devient une zone irritable. Les lignes de contact sont des lignes de front. On dit : « les franges extrĂ©mistes » et, on a bien raison. Les expatriĂ©s, colons, dĂ©placĂ©s, pionniers ne sont pas du genre serein, et les lisiĂšres sont plus fanatiques que les centres. La dĂ©fense immunitaire du fanatisme, allergie quasiphysiologique au contact et plus encore Ă  la greffe, revient au premier plan.

Et tout le drame est lĂ  : une sociĂ©tĂ© peut fermer les yeux et la bouche, elle peut se boucher les oreilles et le nez, elle ne peut pas soustraire sa peau au contact. Si le fondamentalisme affecte les sociĂ©tĂ©s comme une maladie de peau, les plus mystĂ©rieuses et rebelles au traitement comme le savent les mĂ©decins, le « dialogue des civilisations » devrait ĂȘtre confiĂ© scientifiquement aux dermatologues. Ce qui est Ă  craindre, c’est que les mouvements de population et la nomadisation portent en eux l’inflammation identitaire comme la greffe, le rejet. Tous frontaliers, tous sentinelles ? L’ensauvagement du monde, c’est aussi la rĂ©volution des transports, qui facilite l’essaimage des minoritĂ©s tout autour du monde (asiatiques dans le Golfe, musulmanes en Europe, chinoises en Asie du sud est, etc.).

La mobilitĂ© physique avive la fixation mentale, soit sous forme piĂ©tiste, façon Tabligh ou soufi, soit sous forme offensive, façon salafiste. Sans doute les communications et les dĂ©placements, le portable et l’avion peuvent-ils banaliser et dĂ©dramatiser la dispersion physique, qui n’est plus vĂ©cue comme un arrachement ou un exil.

Rome n’est plus dans Rome, ni La Mecque Ă  la Mecque, ni le Mormon en Utah. On peut dĂ©sormais se sentir chez soi hors de chez soi, mais en redoublant de quant-Ă -soi parce que confrontĂ© et frottĂ© Ă  d’autres entre-soi rivaux, oppressants ou menaçants. Une communautĂ© religieuse en vadrouille ou Ă  claire-voie, sans protection institutionnelle ou territoriale, n’est pas une communautĂ© laxiste (c’est Ă  Londres qu’on a brĂ»lĂ© le livre de Salman Rushdie).

Une religion qui se dĂ©localise se sanctuarise du mĂȘme coup, au moins par des signes extĂ©rieurs d’appartenance. Plus le contenu doctrinal s’estompe, plus on a besoin d’exhiber son imaginaire, de dĂ©signer un ennemi et de s’adonner au « narcissisme de la petite diffĂ©rence ». C’est le ressort du nĂ©ofondamentalisme sectaire, d’autant plus ulturaliste qu’inculte. Sa fonction : positiver Ă  peu de frais, intellectuellement s’entend, une nĂ©gation ou une dĂ©perdition identitaire.

IV. La modernisation archaĂŻsante

La post-modernitĂ© renforce beaucoup de traits prĂ©-modernes, et le jeu Ă  somme nulle postulĂ© par les enfants de Victor Hugo – plus de savoir, moins de croyance, plus d’école, moins d’églises – fait Ă  prĂ©sent sourire. Les PC en 1950 Ă©taient sĂ»rs de mettre la religion au musĂ©e, c’est la religion, en 2000, qui les a mis au musĂ©e.

Faut-il rappeler ce qui devenait Ă©vident dĂšs les annĂ©es 70 (les chancelleries et les caricaturistes ont eu du retard Ă  l’allumage) : les cadres intĂ©gristes provenaient des facultĂ©s de sciences et des instituts de technologie. Les informaticiens de Bombay font de trĂšs bons hindouistes. Et les espaces d’utopie sectaire sont plus Ă  l’aise dans la Silicom Valley que dans le Middle West. Les cadres d’Al Quaida, nĂ©e en Bosnie sous l’égide et Ă  l’ombre de nos croisades humanitaires, sont des enfants du numĂ©rique (comme Khomeiny, des audiocassettes) et le cyber-djihad est aussi une forme de mondialisation, comme l’apparition d’instruments financiers islamiques trĂšs sophistiquĂ©s.

Cela est banal, mais il y a vingt ans, quand vous disiez cela, on vous riait au nez. Le transnational, cela fait fort bien l’affaire du bouddhiste radical, du salafiste sans programme territorial, du nĂ©o-Ă©vangĂ©lique en Asie centrale
 Le dĂ©senchantement du monde n’est donc pas un obstacle au feu sacrĂ© : c’est son combustible. L’individualisation de notre rapport au sens, ainsi que la naissance d’un Islam de consommateurs, dĂ©complexĂ©s ne dĂ©mentent pas le fait que les mouvements religieux qui attirent le plus sont ceux qui rĂ©sistent le mieux, ou qui s’adaptent le moins bien Ă  la modernitĂ©.

Il n’est pas indiffĂ©rent qu’en Uttar Pradesh, au nord de l’Inde, les musulmans aient dĂ©cidĂ© d’entrer en politique sous leurs propres couleurs, mais la distinction entre hindouisme et indianitĂ© va moins de soi aujourd’hui qu’il y a un demi-siĂšcle. Je connais quelques bons reprĂ©sentants de la gauche laĂŻque indienne qui regrettent d’avoir si longtemps dĂ©daignĂ© l’indologie traditionnelle, qu’ils jugeaient folklorique et rĂ©actionnaire. L’indologie « coloniale », elle, leur revient aujourd’hui en pleine figure, et par le bas. Ne parlons pas des militants blancs de l’ANC, des anciens travaillistes israĂ©liens et des inventeurs du Pancasila indonĂ©sien, religion civile Ă©clectique qui n’a pas survĂ©cu au retour du refoulĂ©.

On peut considĂ©rer l’ethnicisation des luttes politiques, qui ne fait qu’un, dans beaucoup de cas, avec leur confessionnalisation, comme un contre-effet de la mondialisation nĂ©o-libĂ©rale.

Celle-ci affaiblit les États-nations, et quand elle ne les Ă©limine pas manu militari, dĂ©lĂ©gitime leur autoritĂ© ou ridiculise leur souverainetĂ©. Joint Ă  la faillite des messianismes sĂ©culiers et du mouvement ouvrier international, joint Ă  la dĂ© ou reculturation des classes moyennes urbaines ainsi qu’à l’érosion des chaĂźnes de transmission insĂ©rant les jeunes gĂ©nĂ©rations dans une lignĂ©e traditionnelle, c’est le terreau idĂ©al pour la montĂ©e en charge de religions sans culture (Olivier Roy), avec un Dieu en accĂšs direct, Ă  portĂ©e de clic, sans thĂ©ologie ni Ă©tudes prĂ©alables. L’histoire de France nous a appris la formule (ou la balançoire) : État fort, clergĂ© faible, clergĂ© fort, État faible.

En Chine, aussi, quand l’ordre central faiblit, la nĂ©buleuse mystico-sectaire revient en force (le Falungong, derniĂšrement). Dans les moments de recul du politique, l’instance religieuse devient ou redevient l’organisateur collectif des laissĂ©s pour compte, leur derniĂšre assurance vie, en leur offrant Ă  la fois sĂ©curitĂ©, protection, entraide sociale, estime de soi et dignitĂ©. Cette vicariance, on la voit bien avec les chiites du Liban et d’Irak (et aussi chez les intouchables indiens, victimes du systĂšme de caste). La banlieue sud de Beyrouth est Ă  cet Ă©gard une leçon de choses.

N’oublions jamais, cela dit, que les communautĂ©s ethno-confessionnelles ne sont pas homogĂšnes mais profondĂ©ment divisĂ©es (surtout lĂ  et quand la religion est la continuation de la politique par d’autres moyens). Confondre les phalangistes avec les maronites libanais Ă©tait aussi inepte que de confondre aujourd’hui les adeptes d’Aminajedah avec les chiites iraniens.

Istiglal, NĂ©o-destour, nasserisme, Baath irakien et syrien, travaillisme israĂ©lien, CongrĂšs indien, Pancasila indonĂ©sien, etc. L’érosion des mouvements laĂŻcs et progressistes qui ont prĂ©sidĂ© Ă  la dĂ©colonisation de l’aprĂšs-guerre et Ă  la destruction ou au discrĂ©dit desquels les occidentaux, dans leur proverbial, colonial et faussement universaliste, aveuglement n’ont pas peu contribuĂ©, de Suez Ă  Kaboul, de 1956 Ă  2009, laisse la place libre au retour dĂ©fensif du refoulĂ©. Le nationalisme change de monture, et de gĂ©nĂ©ration.

En Palestine, armĂ©, financĂ© et requinquĂ© par l’Occident, le Fatah assiste, impuissant, au passage de relais patriotique vers le Hamas, dernier rempart avant l’installation d’Al Quaida (le djihad national Ă©tant le pire ennemi du djihad global). La reprise de flambeau se fait ici et lĂ  de la gauche vers la droite. Beaucoup de petits-enfants vont Ă  la mosquĂ©e, Ă  la synagogue ou au temple, quand les grands parents s’en fichaient royalement. La photo officielle du gouvernement israĂ©lien au complet en 1949 ne laisse voir aucune kippa sur les tĂȘtes. À comparer avec la mĂȘme en 2009.

C’était mĂ©connaĂźtre la nature de l’animal symbolique, autant que l’incomplĂ©tude des collectifs (pas d’inter sans mĂ©ta) que de s’imaginer que le sacrĂ© social partirait avec l’institution religieuse, et qu’une fois envolĂ©s les mythes majuscules de l’Occident sĂ©cularisĂ© (Nation, rĂ©volution, progrĂšs, Classe, Émancipation, etc.), nos sociĂ©tĂ©s allaient enfin toucher terre, en alignant le politique sur l’économique, sans illusions ni valeurs ajoutĂ©es. Ce rĂ©alisme de riches amnĂ©siques Ă©tait irrĂ©aliste : nos reprĂ©sentations subjectives du monde informent le rĂ©el objectif.

Les communions humaines ont horreur du vide. Aussi, plus la promesse politique se dĂ©leste de ses anciennes connotations messianiques, et mĂȘme dĂ©sormais de tout grand dessein, plus voit-on la promesse religieuse se recharger d’exubĂ©rances politiques.

C’est, Ă  l’échelle de la planĂšte, un jeu de vases communiquants, auquel un neuro-physiologiste ne trouvera rien d’étonnant s’il est vrai que les pĂ©doncules du « cerveau reptilien » contrĂŽlent Ă  la fois les rituels religieux, les tĂ©moignages d’affiliation politique et les olas du stade. Il est d’autres interprĂ©tations de ce phĂ©nomĂšne assez catastrophique, mais une note d’humour, pour terminer, n’est jamais de trop.

Source: CERI-SciencesPo

oct 04 2009

La société marchande est une religion

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La consommation des mĂ©nages est le moteur de l’Ă©conomie de nos sociĂ©tĂ©s occidentales depuis le triomphe du modĂšle capitaliste, mondialiste et libĂ©ral; ce n’est un secret pour personne. Ce qui est moins Ă©vident est que l’Ă©conomie, si elle est censĂ©e ĂȘtre le coeur de pierre qui alimente un pays au grĂ© des flux monĂ©taires suivant le cours des pertes et des profits, n’influence pas moins d’une façon certaine l’Ă©thique d’une sociĂ©tĂ©. Si le coeur est un organe sans morale, conscience ni intelligence propres, il est pourtant une part de l’ensemble dont il est issu et a des impacts inĂ©vitables sur la santĂ© de celui-ci: admettons un instant que le sang qu’il vĂ©hicule contienne du poison, et c’est l’entiĂšretĂ© de ce qu’il sustente qui se mourra. L’analogie semble effectivement appropriĂ©e: bien que l’Ă©conomie soit un des piliers indispensables Ă  la marche d’un État, qui procĂšde selon des lois de cause Ă  effet purement mathĂ©matiques et donc exemptes d’une quelconque morale par nature, il n’empĂȘche pas moins que les consĂ©quences de mĂ©canisme programmĂ© puissent attenter gravement Ă  la puretĂ© de l’esprit d’une sociĂ©tĂ© et des individus qui la constituent. Un produit n’est-il pas, par dĂ©finition, le rĂ©sultat de tous les Ă©lĂ©ments qui le composent ? Un bĂątiment n’est-il pas dĂ©pendant des fondements sur lesquels il repose ? Ainsi, une part dĂ©fectueuse d’un ensemble affecte toujours la totalitĂ© et le bon fonctionnement de ce dernier.

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Le mot « religion » trouve son Ă©tymologie dans le verbe latin « religere », qui signifie « relier ». La fonction premiĂšre de la religion est donc de relier les ĂȘtres. Par quoi sont-ils reliĂ©s au sein de celle-ci ? Essentiellement par l’appartenance Ă  une mĂȘme doctrine. Or, la sociĂ©tĂ© marchande ne relie-t-elle pas ses adhĂ©rents grĂące Ă  une façon commune de penser et de percevoir le monde ? Le « mainstream », l’inconscient collectif du peuple qui fait partie d’une sociĂ©tĂ© donnĂ©e (littĂ©ralement « courant principal »), est formĂ© par la somme des idĂ©es, principes, cultures et valeurs de chaque personne qui constitue ce mĂȘme peuple. La grande majoritĂ© des individus ayant peu de personnalitĂ©, chacun est modelĂ© par l’idĂ©ologie de la sociĂ©tĂ© une fois qu’il y est intĂ©grĂ©. La voie de la facilitĂ© est effectivement la plus prisĂ©e par le commun des mortels, car le seul autre choix possible serait de vouloir modifier son environnement pour le faire correspondre Ă  des idĂ©aux que l’on juge Ă©levĂ©s, mais encore faudrait-il avoir les capacitĂ©s d’apprĂ©hender une telle possibilitĂ©; un exercice autrement plus ardu, en somme.

Il se trouve que la pensĂ©e dominante en AmĂ©rique du Nord et en Europe a dĂ©crĂ©tĂ© en ce dĂ©but de 21Ăšme siĂšcle que l’on ne doit croire que dans ce que l’on voit et peut ressentir directement par nos sens organiques. Cela implique de collectionner un maximum de plaisirs: puisque le corps est destinĂ© Ă  mourir, il serait invraisemblable qu’il y ait une quelconque vie aprĂšs la mort, n’est-ce pas ? L’accession Ă  une profession aussi prestigieuse que rentable est une autre prioritĂ©, un autre Ă©lĂ©ment indispensable pour ĂȘtre socialement reconnu, ce qui est aussi important maintenant que l’obtention de « son paradis » l’Ă©tait au Moyen Âge: seuls les critĂšres ont changĂ©. Le systĂšme conditionne aussi chacun d’entre nous dĂšs le plus jeune Ăąge pour que nous acceptions de nous vendre aux employeurs les plus divers pour le servir avec fiertĂ©.

Ce qui intĂ©resse rĂ©ellement la population est de s’acquitter des tĂąches qu’on lui impose pour vivre une vie « normale », plate, sans risques, et ainsi donner l’apparence d’avoir rĂ©ussi sa vie de sorte Ă  avoir bonne conscience. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que chacun a une conception personnelle et intime des critĂšres qui lui permettraient d’ĂȘtre satisfait de la vie qu’il mĂšne, et qu’il n’y a aucune loi universelle de rĂ©ussite qui puisse ĂȘtre trouvĂ©e (surtout pas par de simples humains).

C’est pourtant la conduite aveugle de principes Ă©tiquetĂ©s comme seuls valables qui prĂ©vaut, et ceux qui se targuent d’ĂȘtre les parfaits produits du systĂšme achĂštent compulsivement tout ce qui est Ă  leur portĂ©e et pourrait leur permettre de « profiter au maximum de la vie tant qu’il en est encore temps », dans le but d’Ă©prouver autant de plaisirs que possible. L’angoisse du nĂ©ant qu’il y aurait aprĂšs la mort (pour peu qu’ils se soient jamais posĂ© ce genre de question existentielle) ne fait que renforcer cette envie de fuir en avant et de trouver des Ă©chappatoires Ă  l’absence de rĂ©ponses dans les plaisirs les plus divers.

Le statut officiellement dĂ©mocratique de nos sociĂ©tĂ©s est Ă©galement un atout considĂ©rable pour le mercantilisme, parce qu’aucune limite n’y entrave la consommation et que tout peut s’y vendre, parfois mĂȘme des choses qui pourraient nuire au pouvoir en place, et que la population peut se fondre dans des illusions de perfection et ne plus avoir d’autre prĂ©occupation que de se complaire dans le plaisir que les produits achetĂ©s lui procurent de sorte Ă  renforcer la rĂ©alitĂ© de son petit paradis, entre autres raisons. La dĂ©mocratie s’accompagnant du libĂ©ralisme Ă©conomique (censĂ©, comme son nom l’indique, permettre la libertĂ© alors qu’il provoque l’inverse dans les faits), du libre-Ă©change et du laisser-faire, le capitalisme ne peut qu’ĂȘtre enchantĂ© par un tel systĂšme, surtout lorsqu’il serait en rĂ©alitĂ© digne d’ĂȘtre nommĂ© dĂ©mocrature en raison de la nature de son pouvoir politique.

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Pire, le domaine du matĂ©riel finit par ĂȘtre la seule dimension d’existence de l’individu, ce qui implique qu’il adopte toutes sortes de comportements d’un niveau de sophistication digne de ce qui est matĂ©riel; autrement dit, le plus bas qui puisse exister. La sociĂ©tĂ© marchande contribue donc fortement Ă  dĂ©connecter l’homme de ses facultĂ©s spirituelles et Ă  le pousser dans un Ă©goĂŻsme et une mĂ©diocritĂ© toujours plus patentes. Il est vrai qu’un nombre consĂ©quent de personnes est de toute maniĂšre incapable d’envisager quoi que ce soit de plus Ă©voluĂ© que ce qui est purement tangible, visible, et cultiverait donc une grande proximitĂ© avec le cĂŽtĂ© animal, primitif et instinctif du genre humain, qu’il vive dans une sociĂ©tĂ© marchande ou non. Le problĂšme est que l’inconscient collectif empoisonnĂ© par les valeurs inversĂ©es d’aujourd’hui peut conduire dĂšs le plus jeune Ăąge des gens intelligents et de bonne foi Ă  un mode de vie qui ne correspond pas Ă  leurs aspirations naturelles, ou les rendre malheureux parce qu’ils refusent ce systĂšme dans lequel ils ne trouvent pas une place qui leur est appropriĂ©e. Le systĂšme ne proposant pas vraiment d’alternatives Ă  sa politique de conditionnement et de mise au travail qui oblige presque tout un chacun Ă  se plier aux exigences de la sociĂ©tĂ© et qui laisse peu de temps et d’Ă©nergie Ă  ceux qui dĂ©sirent se dĂ©velopper intellectuellement et spirituellement par eux-mĂȘmes, il est clair que le gĂąchis de gĂ©nie et d’imagination qui pourrait contribuer Ă  amĂ©liorer l’ordre des choses est Ă©norme.

D’autre part, il est difficile d’imaginer que plusieurs religions dominantes puissent cohabiter; la vocation d’une religion est aussi d’Ă©liminer ses concurrents. Ainsi, le matĂ©rialisme qui pourrait ĂȘtre qualifiĂ© de religion sataniste et voleuse d’Ăąmes, Ă©clipse toute autre religion de la scĂšne principale, et les relĂšgue au second plan. On Ă©rige dĂ©sormais le matĂ©riel comme dieu unique, et on rend des cultes Ă  un florilĂšge de divinitĂ©s secondaires, telles des vedettes de cinĂ©ma ou de sport, toutes aussi creuses les unes que les autres. Cela se constate nettement avec le recul incontestable de l’importance du christianisme depuis l’avĂšnement de la sociĂ©tĂ© marchande. L’amoindrissement de l’influence d’une Église qui s’Ă©tait depuis longtemps dĂ©crĂ©dibilisĂ©e n’est certes pas d’une rĂ©elle gravitĂ©, mais la perte de vue de l’idĂ©e mĂȘme d’un Dieu a grandement renforcĂ© l’ignorance de l’Homme de sa dimension spirituelle. Si je ne considĂšre personnellement pas comme particuliĂšrement positif d’ĂȘtre thĂ©iste, je pense qu’ĂȘtre dĂ©iste peut difficilement avoir des consĂ©quences nĂ©gatives, tant sur soi que sur les autres personnes.

Le systĂšme Ă©conomique occidental lui-mĂȘme fonctionne d’une façon tout Ă  fait Ă©goĂŻste et psychopathe, en ne se contentant pas de spolier la richesse des citoyens de son pays, mais en volant aussi celle des nations dans lesquelles il a une emprise sur la scĂšne internationale. Ce modĂšle, comme le reste de la sociĂ©tĂ© dont il est issu, privilĂ©gie la pensĂ©e et l’action Ă  court terme, ce qui est plutĂŽt logique lorsque l’on est basĂ© sur le matĂ©riel. Le matĂ©riel est effectivement l’incarnation mĂȘme de ce qui est temporaire, et miser lĂ -dessus revient Ă  se baser sur ce qui est Ă©vanescent et ne peut que disparaĂźtre. Comment penser qu’un pays qui, comme les États-Unis, affecte 651,2 milliards de dollars Ă  la DĂ©fense nationale, quand 330 milliards sont versĂ©s Ă  la Recherche et au DĂ©veloppement, 64 milliards pour l’Ă©ducation, et 18,1 pour la Nasa, pendant que des coupes dans les services sociaux et la santĂ© sont faites, puisse ĂȘtre en phase avec les rĂ©alitĂ©s de son temps ? Alors qu’investir dans les sciences paraĂźtrait le moyen le plus probable d’aboutir, entre autres perspectives allĂ©chantes, Ă  l’autonomie et Ă  l’abondance Ă©nergĂ©tique, ce qui serait trĂšs utile et rentable sur le long terme, mais coĂ»teux pendant la pĂ©riode de recherche qui prĂ©cĂšde la dĂ©couverte, le gouvernement des États-Unis prĂ©fĂšre, lui, investir prioritairement dans l’industrie de l’armement, y ajoutant une subvention de 100 milliards de dollars entre 2008 et 2009 malgrĂ© la crise Ă©conomique, parce que ce secteur est immĂ©diatement rentable et que seul le profit est recherchĂ©. Certains diront qu’il s’agit d’une mesure de protection nĂ©cessaire pour garder un poids dissuasif sur la scĂšne internationale. Mais contre qui les États-Unis devraient-ils se protĂ©ger avec une velle vĂ©hĂ©mence, au juste ? MĂȘme la Chine, pourtant versĂ©e dans l’art de la brutalitĂ© et deuxiĂšme puissance militaire mondiale, n’affecte que 56 milliards à son budget militaire. La mort est tout simplement une affaire florissante. (Pour les intĂ©ressĂ©s, voir la rĂ©partition des dĂ©penses du gouvernement amĂ©ricain, en anglais)

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Un autre mĂ©fait de la sociĂ©tĂ© marchande telle qu’elle est organisĂ©e est qu’elle oblige le citoyen Ă  oeuvrer Ă  sa propre auto-destruction. Du fait qu’elle lui impose de penser sur le court terme et ne lui fait savoir que ce qu’elle estime qu’il doit savoir, elle l’habitue Ă  acheter sans se demander qui il contribue Ă  financer de la sorte. En effet, bien qu’il soit tout Ă  fait normal que le groupe assez volumineux des citoyens qui gagnent tout juste assez d’argent pour survivre minimise ses dĂ©penses au maximum et achĂšte donc lĂ  oĂč les prix sont les moins Ă©levĂ©s, d’autres personnes plus aisĂ©es pourraient faire passer les justes valeurs avant la cupiditĂ©, ne serait-ce que par principe. En effet, en achetant lĂ  oĂč les prix sont les moins Ă©levĂ©s, donc dans la grande distribution, on enrichit forcĂ©ment les multinationales qui pourrissent le monde du fait des consĂ©quences de leurs actions, de mĂȘme que tant d’autres entreprises dont l’Ă©thique est discutable mais auxquelles le systĂšme force souvent bon nombre de gens Ă  avoir recours par la simple et logique motivation de la survie. De toute maniĂšre, peu d’entreprises peuvent encore se vanter d’ĂȘtre exemptes de reproches. Mais en favorisant la grande distribution, on accentue aussi quelque chose qui nous touche plus directement, Ă  savoir la destruction des classes moyennes, qui sont un pilier indispensable Ă  la dĂ©mocratie. RĂ©duire la classe moyenne dans des proportions incongrues, cela signifie diviser la sociĂ©tĂ© entre une classe aisĂ©e, dans laquelle les richesses et le pouvoir sont centralisĂ©s, et une classe pauvre, qui est si prĂ©occupĂ©e par sa survie qu’elle a peu d’occasions de se soucier de quoi que ce soit d’autre et dont les moyens ne permettraient de toute maniĂšre pas de causer la moindre incidence. Ce schĂ©ma illustre de maniĂšre Ă©loquente la disparition progressive de la classe moyenne depuis les 30 derniĂšres annĂ©es:

Classe moyenne

Le pire est que les citoyens sont contraints par le systĂšme de disloquer cette petite bourgeoisie. Qui plus est, la sociĂ©tĂ© marchande a permis au secteur privĂ© des entreprises de s’approprier une telle quantitĂ© de richesses qu’elles se sont non seulement substituĂ©es aux États, mais les tiennent dĂ©sormais sous leur coupe grĂące Ă  leur monopole de l’argent, et y trouvent un sympathique rĂ©servoir de subsides dans lequel elles peuvent se servir aux dĂ©triments du contribuable.

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Bien que tous les systĂšmes, mĂȘme ceux qui incluent les valeurs les plus nobles, sont dĂ©tournĂ©s par les dirigeants Ă  des fins qui leur sont avantageuses, et que ce qui se fait sur le reste du globe peut difficilement ĂȘtre considĂ©rĂ© comme plus apprĂ©ciable que ce qui existe en Occident, le nĂŽtre a ceci de particuliĂšrement pervers qu’il essaie de revenir sur des droits durement acquis et veut se faire passer pour une dĂ©mocratie humaniste alors qu’il est une dĂ©mocrature qui penche de plus en plus vers la dictature. Prisonniers de leur propre logique, nos dirigeants nord-amĂ©ricains et europĂ©ens multiplient les mesures et les astuces extraordinaires pour conserver leur emprise hĂ©gĂ©monique sur le globe qui leur permet de faire prĂ©valoir leurs ambitions, obsĂ©dĂ©s Ă  l’idĂ©e de maintenir le systĂšme tel qu’il est pour sauvegarder leurs privilĂšges, alors que leurs « blocs »Â dĂ©clinent inexorablement et pourraient se retrouver balayĂ©s d’ici une quarantaine d’annĂ©es par le pĂŽle Russe, Indien et Chinois, mĂȘme si ceux-ci sont actuellement encore loin d’ĂȘtre rĂ©ellement menaçants Ă©conomiquement parlant, Ă  moins d’un Ă©ventuel effondrement brusque de l’Occident, quoiqu’il les emporterait probablement dans le mĂȘme gouffre. L’Union EuropĂ©enne des 27, les États-Unis et le Japon comptent effectivement pour un PIB d’environ 36 000 milliards sur un total de 54 000 pour l’ensemble du globe, tandis que la Chine atteint les 5 000 milliards et que la Russie et l’Inde tournent autour des 2000. Pourtant, ces derniers pays sont partisans d’un systĂšme capitaliste tout aussi immoral que celui du monde occidental (mĂȘme s’ils partagent aussi de nombreux diffĂ©rends avec ce dernier) que la Chine couple d’une ignoble politique communiste, et les droits des citoyens y stagnent Ă  un niveau auquel nos Ă©lites auraient toutes les peines du monde Ă  nous ramener, malgrĂ© leurs brillants efforts en ce sens.

Bien mieux qu’un effondrement du monde occidental, donc, il faudrait tout simplement espĂ©rer que l’issue des évĂ©nements Ă  venir dĂ©bouche sur un changement de pouvoir vers un gouvernement plus Ă©clairĂ©, ou permettent au minimum un retour Ă  une situation plus acceptable. Malheureusement, une amĂ©lioration de la vie au sein d’une sociĂ©tĂ© ne dĂ©pend que de la bonne volontĂ© de personnes hauts-placĂ©es, et peut brutalement disparaĂźtre d’un jour Ă  l’autre avec ces mĂȘmes dirigeants bien intentionnĂ©s. Mais puisque la nature du genre humain est par nature imparfaite, l’ĂȘtre humain ne peut crĂ©er que des sociĂ©tĂ©s imparfaites, et c’est pourquoi attendre la perfection dans ce domaine ne pourrait que dĂ©cevoir tant que l’Homme sera tel qu’il est. Cependant, il nous est tout Ă  fait lĂ©gitime d’exiger une sociĂ©tĂ© aussi parfaite que possible, en ayant Ă  l’esprit que cette entitĂ© est le reflet de l’ensemble de ses constituants et que nous sommes par consĂ©quent les garants de son bon fonctionnement.

Régis Mex, pour Mecanopolis.

août 29 2009

L’humanitĂ© pourrait-elle abriter deux races bien distinctes ?

Serait-il possible que la race humaine soit, en rĂ©alitĂ©, fondamentalement scindĂ©e en deux ? Serait-il concevable qu’au-delĂ  des apparences physionomiques l’humanitĂ© abrite, en vĂ©ritĂ©, deux races humanoĂŻdes bien distinctes ?

  

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L’idĂ©e qu’il y ait effectivement deux races diffĂ©rentes d’ĂȘtres humains peut surprendre car, bien entendu, ceci ne fait habituellement pas les manchettes. De plus, cette notion, Ă  premiĂšre vue, ne semble pas concorder directement avec nos expĂ©riences quotidiennes. Nous sommes accoutumĂ©s Ă  penser en termes de physionomie : il y a des Asiatiques, des Blancs (caucasiens), des Noirs (nĂ©groĂŻdes)… Nous y voyons donc, depuis toujours, plusieurs « races » fragmentant l’humanitĂ© en groupes identifiables. Les rĂ©centes poussĂ©es technologiques entourant le gĂ©nome ont d’ailleurs tĂŽt fait de catĂ©goriser, dresser l’historique, ainsi qu’Ă©tablir des tableaux de caractĂ©ristiques pour chacune de celles-ci.

 

Mais il existe une connaissance, parfois dissimulĂ©e dans certains enseignements dits « Ă©sotĂ©riques » ou « occultes », selon laquelle l’ĂȘtre humain est, Ă  la base, issu de deux races bien distinctes. Cette rĂ©alitĂ©, bien que peu connue, est Ă©tudiĂ©e et analysĂ©e par certains, et ce, dans diffĂ©rents domaines tels que la politique, la sociologie et la psychologie, et ils en sont tous venus plus ou moins Ă  la mĂȘme rĂ©alisation : il y a certains humains qui ne sont pas vraiment… « humains » !

 

Mais alors, qu’est-ce qu’un humain ? Qu’est-ce qui dĂ©finit l’humanitĂ© d’un ĂȘtre ?

 

Voici ce que l’on peut trouver dans le dictionnaire : 

 

Humain, adj. : Qui est sensible Ă  ce que peut ressentir son prochain.

Synonymes d’humain : Charitable – altruiste, bon, charitable, compatissant, fraternel, gĂ©nĂ©reux, humanitaire, qui a bon cƓur.

HumanitĂ©, n.f. 1) Bienveillance ou compassion pour les malheurs d’autrui. (Traiter quelqu’un avec humanitĂ©). 2) CaractĂšre d’une personne dont la nature humaine est trĂšs manifeste.

Synonymes d’humanitĂ© : Altruisme – aide, allocentrisme, altruisme, amour (d’autrui), assistance, bĂ©nĂ©volat, bienveillance, bontĂ©, charitĂ©, compassion, dĂ©vouement, don de soi, empathie, entraide, extraversion, fraternitĂ©, gĂ©nĂ©rositĂ©, gentillesse, pitiĂ©, sensibilitĂ©, serviabilitĂ©, solidaritĂ©, sollicitude. SensibilitĂ© – affectivitĂ©, Ăąme, attendrissement, coeur, compassion, Ă©motivitĂ©, empathie, pitiĂ©, romantisme, sensibilitĂ©, sentiment, sentimentalitĂ©, sympathie, tendresse, vulnĂ©rabilitĂ©.

 

En bref, ce sont les Ă©motions qui caractĂ©risent notre race : la facultĂ© de ressentir de l’empathie, de l’amour pour son voisin, son prochain, l’aptitude Ă  la bontĂ©, Ă  la sensibilitĂ©, aux sentiments d’entraide, de fraternitĂ©, de solidaritĂ©, etc., la capacitĂ© de la considĂ©ration externe, de se « mettre Ă  la place » d’un autre (qu’il soit humanoĂŻde ou non) et de guider ainsi nos actions (qui ont immanquablement des rĂ©percussions) qui nous distinguent.

 

Naturellement, nous avons tous la sincĂšre conviction que tous les ĂȘtres humains ont cette prĂ©disposition particuliĂšre. Nous croyons tous, Ă  quelque niveau que ce soit, que tous les hommes et toutes les femmes sur cette planĂšte possĂšdent cette tendance Ă  la bontĂ©, que tous ressentent les Ă©motions caractĂ©ristiques de notre quotidien : amour, peine, joie, honte, regret, amitiĂ©, etc. La plupart d’entre nous sont mĂȘme convaincus que peu importe les actions commises et les paroles dites par certains individus, qu’ils « ne sont qu’humains, aprĂšs tout ». Que ce soit G.W. Bush, Hitler ou Jack l’Éventreur, nous sommes persuadĂ©s qu’il y a en eux un « enfant blessĂ© » ou simplement qu’ils ont une carence affective quelconque ou qu’ils ont besoin d’une aide psychologique.

 

Nous le croyons, car nous faisons de la projection.

 

Pourtant, certains « criminels » nous paraissent tellement « inhumains » que nous avons de la difficultĂ© Ă  concevoir le comment et le pourquoi de leurs actions. Et si, aprĂšs tout, ils Ă©taient rĂ©ellement « inhumains » ? S’il existait un type d’humanoĂŻde qui ne soit pas dotĂ© d’Ă©motions ?

 

Boris Mouravieff, auteur de Gnosis, traite ainsi de cette réalité, dans la terminologie particuliÚre des enseignements de la Tradition :

 

Dans le premier tome de Gnosis, nous avons dĂ©jĂ  fait rĂ©fĂ©rence plusieurs fois Ă  la coexistence de deux races essentiellement diffĂ©rentes : l’une constituĂ©e d’Hommes, et l’autre d’AnthropoĂŻdes.

[...] Les Écritures Saintes contiennent plus d’une rĂ©fĂ©rence au sujet de la coexistence sur notre planĂšte de ces deux humanitĂ©s, qui sont maintenant de forme similaire mais d’essence diffĂ©rente.

[...] L’ivraie humaine, les ĂȘtres de la race anthropoĂŻde, sont les descendants de l’humanitĂ© prĂ©-adamique. La principale diffĂ©rence entre l’homme prĂ©-adamique contemporain et l’homme adamique – une diffĂ©rence qui n’est pas perçue par les sens – est que le premier ne possĂšde pas les centres supĂ©rieurs dĂ©veloppĂ©s [la conscience Ă©motionnelle] qui existent chez le second et qui, bien que dĂ©connectĂ©s de sa conscience ordinaire depuis la Chute [l'ÉvĂ©nement marquant l'arrivĂ©e de la race d'hommes], lui offrent cependant une possibilitĂ© rĂ©elle d’Ă©volution Ă©sotĂ©rique [d'Ă©veil]. Mis Ă  part cela, les deux races sont similaires : elles possĂšdent les mĂȘmes centres infĂ©rieurs [la conscience matĂ©rielle/matĂ©rialiste], la mĂȘme structure de la PersonnalitĂ© et le mĂȘme corps physique, bien que la plupart du temps cela soit plus prononcĂ© chez l’homme prĂ©-adamique que chez l’homme adamique… (p. 108-109).

 

Une race, littĂ©ralement, dont la physionomie est la mĂȘme, mais Ă  laquelle il manquerait totalement la facultĂ© Ă©motionnelle ?

 

La majoritĂ© d’entre nous argumenterait qu’il est impossible qu’il en soit ainsi sans que nous nous en apercevions. En effet, un ĂȘtre humain n’ayant aucune Ă©motion ne ressemblerait-il pas Ă  un robot : sans intonation dans la voix, sans expression faciale et sans langage corporel ?

 

Cette conclusion hĂątive tend Ă  oublier un fait pourtant bien connu : l’Ă©norme facultĂ© mimĂ©tique des ĂȘtres humains. En effet, nos connaissances Ă  ce sujet nous dĂ©montrent que, bien au contraire, ces personnes sont des plus « normales » et qu’il nous est pratiquement impossible de les reconnaĂźtre.

 

Ce savoir ancien refait surface – de plus en plus – dans divers domaines et sous diverses appellations telles que : psychopathie, sociopathie, pathocratie, etc. Évidemment, la premiĂšre image que nous avons du psychopathe est celle qui se limite au tueur en sĂ©rie, au dĂ©traquĂ© dĂ©ment assoiffĂ© de sang, mais cette notion est trĂšs pernicieuse car elle est, dans la majoritĂ© des cas, totalement fausse, puisque seul un faible pourcentage des psychopathes deviennent manifestement ces grands criminels. En effet, le psychopathe standard a tout de l’humain ordinaire : il rit, il pleure, il a un(e) conjoint(e), des enfants, un emploi et paie habituellement ses taxes ! Comme le dit Mouravieff , il y a une « diffĂ©rence qui n’est pas perçue par les sens ».

 

H. Cleckley, dans son ouvrage Le masque de santé mentale, en dit ceci :

 

L’observateur est confrontĂ© Ă  un masque convaincant de bonne santĂ© mentale. Toutes les caractĂ©ristiques extĂ©rieures de ce masque sont parfaites. Il ne peut ĂȘtre enlevĂ© ou pĂ©nĂ©trĂ© par l’effet de questions dirigĂ©es vers des niveaux de personnalitĂ© plus profonds.

[
] Les processus mentaux conservent leur normalitĂ© lors des enquĂȘtes psychiatriques et des tests techniques conçus pour mettre en Ă©vidence la preuve, pas toujours claire, d’un dĂ©rangement.

L’examen ne rĂ©vĂšle pas seulement un masque ordinaire Ă  deux dimensions mais aussi ce qui semble ĂȘtre l’image structurelle solide et substantielle d’une personnalitĂ© saine et rationnelle.

[
] De plus, cette structure de la personnalitĂ© fonctionne dans toutes les situations thĂ©oriques d’une maniĂšre apparemment identique Ă  celle d’une personnalitĂ© dotĂ©e d’un fonctionnement normal et sain.

[
] En outre, l’observateur reconnaĂźt les expressions verbales et faciales, les tons de la voix, et tous les autres signes que nous avons coutume de considĂ©rer comme manifestant la conviction, l’Ă©motion et la conduite d’une vie normale telle que nous la connaissons nous-mĂȘmes et la supposons chez les autres.

Toutes les Ă©valuations Ă©motionnelles et les jugements de valeur sont sains et appropriĂ©s quand le psychopathe est testĂ© lors d’examens oraux.

C’est seulement trĂšs lentement et Ă  la suite d’un processus complexe d’estimation ou de jugement basĂ© sur une multitude de petites impressions que nous finissons par ĂȘtre convaincus qu’en dĂ©pit de ces processus rationnels inaltĂ©rĂ©s, de ces manifestations Ă©motionnelles normales et de leur dĂ©roulement cohĂ©rent dans toutes les situations, nous avons affaire ici, non pas Ă  un homme complet, mais Ă  ce qui pourrait ĂȘtre un automate subtilement agencĂ© pouvant imiter Ă  la perfection la personnalitĂ© humaine.

Cette appareillage psychique à la mécanique bien huilée reproduit de façon cohérente, non seulement des raisonnements humain convaincants, mais simule également de maniÚre appropriée les émotions humaines classiques en réponse à la presque totalité des divers stimuli de la vie.

Cette rĂ©plique d’un homme complet et normal est tellement parfaite qu’aucune personne l’examinant en milieu clinique ne peut indiquer en termes scientifiques ou objectifs pourquoi ou en quoi cet homme n’est pas rĂ©el.

Et pourtant nous finissons par savoir ou par avoir la sensation de savoir que la notion de rĂ©alitĂ©, en tant qu’expĂ©rience pleine et saine de la vie, est ici absente.

En effet, par expĂ©rience, les psychopathes sont des ĂȘtres, Ă  premiĂšre vue, attachants, sympathiques et souvent trĂšs humoristiques. Ce sont aussi rĂ©guliĂšrement des gens qui nous semblent en pleine possession de leurs moyens, confiants et « en contrĂŽle de la situation ». D’ailleurs, il n’est pas rare de les envier pour ces derniĂšres caractĂ©ristiques. Nous verrons plus tard pourquoi, en rĂ©alitĂ©, ils sont si sĂ»rs d’eux.

 

Mais comment expliquer alors qu’un ĂȘtre sans conscience Ă©motionnelle puisse ĂȘtre attachant, aimable et agrĂ©able ? Regardons Ă  nouveau ce que H. Cleckley en dit :

 


Nous avons affaire ici, non pas Ă  un homme complet, mais Ă  ce qui pourrait ĂȘtre un automate subtilement agencĂ© pouvant imiter Ă  la perfection la personnalitĂ© humaine.

 

Afin de tenter de comprendre les raisons sous-jacentes d’un tel mimĂ©tisme (expressions de regret, d’amour, de tristesse, etc.) alors qu’il n’y a aucun rĂ©el sentiment derriĂšre les agissements des psychopathes, il faut considĂ©rer un aspect important de cette « race » : leur nombre. Selon Andrew M. Lobaczewski (auteur de PonĂ©rologie Politique : une Science sur la Nature du Mal adaptĂ©e Ă  des Buts Politiques), seulement 6% de la population est de nature psychopathique, c’est-Ă -dire sans « humanitĂ© ». Ce chiffre – variant d’une Ă©tude et d’un auteur Ă  l’autre – reprĂ©sente une rĂ©alitĂ© clĂ© qui rĂ©git le fonctionnement des psychopathes : ils sont minoritaires, trĂšs minoritaires. Pourquoi alors rĂ©ellement s’en soucier puisqu’ils sont en si petit nombre ? Parce que les implications sous-jacentes d’un tel type d’humain dans nos sociĂ©tĂ©s sont hautement importantes et ceci nous concerne tous.

 

Comme le dit Mouravieff :

 

À partir de lĂ , la coexistence de ces deux types d’humains et la compĂ©tition qui en fut le rĂ©sultat, devinrent la norme. [...] Nous pouvons constater qu’au cours des siĂšcles, et mĂȘme encore Ă  notre Ă©poque, les hommes adamiques, dans leur condition postĂ©rieure Ă  la chute, ont Ă©tĂ© et sont encore gĂ©nĂ©ralement dans une position infĂ©rieure Ă  celle des hommes prĂ©-adamiques [les psychopathes].

 

Pourquoi en serait-il ainsi, alors que l’humain, qui possĂšde une conscience morale, une conscience Ă©motionnelle, est largement majoritaire ?

 

Voici comment Martha Stout, auteure de The sociopath next door, nous amÚne à y réfléchir :

 

Imaginez – si vous pouvez – ne pas avoir de conscience, pas du tout, aucun sentiment de culpabilitĂ© ou de remords peu importe ce que vous faites, aucun sens de limitation, d’attention pour le bien-ĂȘtre des Ă©trangers, des amis, ou mĂȘme des membres de la famille. Imaginez aucune lutte avec la honte, pas une seule dans toute votre vie, peu importe quel genre d’action Ă©goĂŻste, paresseuse, nuisible, ou immorale vous aviez fait.

Et feignez que le concept de responsabilité vous soit inconnu, sauf comme un fardeau que les autres semblent accepter sans se poser de questions, comme des imbéciles crédules.

Ajoutez maintenant Ă  cette fantaisie Ă©trange la capacitĂ© de cacher aux autres que votre conformation psychologique diffĂšre radicalement de la leur. Puisque chacun suppose simplement que la conscience est universelle parmi les gens, cacher le fait d’ĂȘtre sans conscience vous est presque facile.

Vous ne vous retenez pas de vos dĂ©sirs par la culpabilitĂ© ou la honte et vous n’ĂȘtes jamais confrontĂ© par d’autres pour votre sang-froid. L’eau glacĂ©e dans vos veines est si bizarre, si complĂštement en dehors de leur expĂ©rience personnelle, qu’ils devinent mĂȘme rarement votre condition.

Autrement dit, vous ĂȘtes complĂštement sans contraintes internes et votre souveraine libertĂ© de faire comme il vous plaĂźt, sans tourments de conscience, est fort Ă  propos invisible au monde.

Vous pouvez faire tout, et mĂȘme votre avantage Ă©trange sur la majoritĂ© des gens, qui sont tenus en ligne par leurs consciences, restera trĂšs probablement non dĂ©couvert.

Comment vivrez-vous votre vie ?

Que ferez-vous avec votre avantage énorme et secret et avec le handicap correspondant des autres gens (la conscience) ?

 

En effet, que ferions-nous ? Pour répondre à cette question et comprendre un peu plus en profondeur le monde des psychopathes, il faut remonter à leur naissance. Imaginons que 6 enfants sur 100 viennent au monde ainsi : sans conscience émotionnelle, sans capacité de remord, de compassion et de regret.

 

Peu de temps leur sera nĂ©cessaire avant de se rendre compte qu’ils sont diffĂ©rents. Ils ne comprendront pas – car ils n’en ont pas la possibilitĂ©, les mĂ©canismes internes – les raisons qui poussent les gens Ă  des comportements « Ă©tranges » tels que la honte et la culpabilitĂ©, mais ils comprendront rapidement que s’ils veulent « survivre » dans cet environnement incomprĂ©hensible (oĂč ils sont minoritaires), ils se doivent de cacher leur diffĂ©rence, ils se doivent de « jouer le jeu » par imitation afin de ne pas ĂȘtre identifiĂ©s comme « diffĂ©rents ». Ainsi, en trĂšs peu de temps ils sauront 1) se reconnaĂźtre entre eux et se regrouper et 2) duper habilement (avec de fausses rĂ©actions Ă©motionnelles) leur entourage. Qui plus est, les « fardeaux inutiles » de la majoritĂ© (honte, regret, compassion, etc.) deviendront rapidement pour eux un terrain de jeu, une caractĂ©ristique « amusante » avec laquelle ils peuvent se jouer astucieusement de nous. Avec le temps, ce qui n’Ă©tait qu’un simple jeu afin d’obtenir certains avantages deviendra un art, littĂ©ralement une façon de vivre. Ces ĂȘtres deviendront des manipulateurs hors pair, des menteurs chevronnĂ©s pour qui les arnaques les plus subtiles n’auront aucun secret. Abus de confiance, duperies, chantage Ă©motionnel, impostures et escroqueries seront pour eux, littĂ©ralement, un art de vivre.

 

Cette façon d’ĂȘtre ne fera que croĂźtre et se raffiner avec les annĂ©es, au fur et Ă  mesure que leur maturitĂ© intellectuelle grandira. Ainsi, il en rĂ©sultera des ĂȘtres dont la position, Ă  l’intĂ©rieur de leur classe sociale, sera issue de cette mĂ©canique d’imposture et de chantage subtil. Ils n’auront pas gravi les Ă©chelons par dĂ©vouement honnĂȘte, mais bien par tricherie et manipulation.

 

N’ayant aucune conscience Ă©motionnelle, la vie spirituelle n’a pour eux aucune signification. Bien que certains utiliseront pleinement la naĂŻvetĂ© des autres pour devenir des gourous et autres types de charlatans, ce n’est que l’aspect matĂ©riel qu’ils percevront en toutes choses. L’incomprĂ©hensible compassion des gens se transformera pour eux, s’ils savent bien l’utiliser (et ils le savent !), en un avantage matĂ©riel, qu’il soit sous forme de sommes d’argent, de position de pouvoir, de cĂ©lĂ©britĂ© ou tout simplement d’une voiture de luxe.

 

À petite Ă©chelle, que ce soit dans la cellule familiale ou dans le voisinage, il ne pourrait s’agir que d’ĂȘtre vigilant face Ă  ce type d’individu, sans plus, mais cette rĂ©alitĂ© est tout simplement inconnue de la majoritĂ© d’entre nous et de ce fait nous avons, envers tous les gens que nous connaissons, l’intime conviction qu’ils sont « humains ». Cette situation prend une inquiĂ©tante dimension lorsque nous devons admettre qu’il y aura donc plus ou moins 6% de psychopathes dans toutes les classes de la sociĂ©tĂ© et, Ă©tant donnĂ© leur nature, en pourcentage probablement plus Ă©levĂ© dans des milieux d’influence et de pouvoir tels que : la mĂ©decine conventionnelle (par opposition Ă  la mĂ©decine holistique), les Ă©tablissements d’enseignements, la haute direction des institutions financiĂšres et des multinationales (qui ne pensent qu’en termes de rentabilitĂ©), ainsi que – Ă  notre grand malheur – les systĂšmes juridiques, les forces de l’ordre et les gouvernements. Ne perdons pas de vue que cette situation existe depuis des temps immĂ©moriaux et pourrait bien ĂȘtre Ă  la source de tout le concept de la lutte entre le « bien et le mal ».

 

Des manipulateurs de premier ordre, connaissant toutes nos faiblesses et les utilisant de façon quotidienne pour atteindre leurs buts matĂ©rialistes et se reconnaissant entre eux dĂšs l’enfance : n’y aurait-il pas lieu de parler d’« Ă©lite » ? Non pas de race supĂ©rieure, mais bien de race dominante et contrĂŽlante ?

 

La haute incidence de la sociopathie dans la sociĂ©tĂ© humaine a un effet profond sur le reste d’entre nous qui devons, aussi, vivre sur cette planĂšte, mĂȘme ceux de nous qui n’avons pas Ă©tĂ© cliniquement traumatisĂ©s. Les individus qui constituent ces 4 pour cent drainent nos relations, nos comptes bancaires, nos accomplissements, notre respect de soi, notre paix mĂȘme sur Terre. [Martha Stout, The sociopath next door]

 

Nous n’avons qu’Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  l’Ă©tat actuel de la sociĂ©tĂ© nord-amĂ©ricaine, dont l’influence envahissante a tendance Ă  infecter tout le reste de la planĂšte : une sociĂ©tĂ© basĂ©e sur le plaisir que procurent les biens matĂ©riels, sur une consommation Ă  outrance, sur la performance et l’accomplissement matĂ©riel, dont la valeur de chaque individu est estimable en $ et pour qui les coutumes Ă©trangĂšres doivent ĂȘtre remodelĂ©es et façonnĂ©es Ă  leur image. Nous n’avons qu’Ă  observer les grands courants de ce monde pour nous rendre compte qu’il y a quelque chose qui cloche : la mondialisation Ă©crasante, le commerce sauvage et la pauvretĂ© qui s’ensuit, l’importance dĂ©mesurĂ©e de l’apparence du corps au dĂ©triment d’une beautĂ© et d’une profondeur intĂ©rieures, la dĂ©pendance aux biens matĂ©riels et aux services de l’État, les sommes phĂ©nomĂ©nales mises dans des recherches telles que les mĂ©thodes de contrĂŽle des masses, l’industrie des armes, l’industrie pharmaceutique issue d’une mĂ©decine devenue uniquement mĂ©canique, etc. Tout cela nous fait comprendre que quelque chose ne tourne pas rond avec ladite race « humaine ». Lorsque nous voyons un reportage couvrant une catastrophe naturelle et qu’on nous annonce que « les dĂ©gĂąts matĂ©riels s’Ă©lĂšvent Ă  plusieurs millions ou milliards de $ », il y a de quoi se demander oĂč est l’humain lĂ -dedans. D’ailleurs, oĂč est-il ?

 

Selon Lobaczewski, cette affection de l’Ăąme – si nous pouvons le dire ainsi – qu’est la psychopathie est contagieuse. Le manque total de conscience Ă©motionnelle chez certains se propage, tels une maladie ou un virus, aux personnes qui sont directement en contact avec ce type d’individu. C’est par un processus de dĂ©shumanisation graduelle que les personnes qui cĂŽtoient des psychopathes sont lentement « assimilĂ©es » Ă  leur mode de pensĂ©e matĂ©rialiste et sans Ă©gard pour autrui. Toujours selon Lobaczewski, environ 12% de la population devient ainsi des « psychopathes par contagion ». Lorsque trop longtemps soumis Ă  des influences dĂ©shumanisantes, surtout dĂšs le jeune Ăąge, c’est plus d’un dixiĂšme de la population qui perd ainsi son « humanitĂ© ». Ce sont des psychopathes sociaux par opposition aux psychopathes authentiques. Dans la plupart des cas, cette rĂ©gression est irrĂ©versible. (Nous retrouvons d’ailleurs plusieurs mentions Ă  ce sujet – la croissance de l’Ăąme – dans les enseignements traditionnels).

 

Il en rĂ©sulte donc, socialement, une « Ă©lite » matĂ©rialiste, sans Ăąme et sans conscience Ă©motionnelle dont une partie significative se retrouve dans des positions de pouvoir. Il va sans dire que, peu Ă  peu, la sociĂ©tĂ© se moulera Ă  leur vision des choses, car par tromperies, duperies et tricheries ils parviendront Ă  nous convaincre du bien-fondĂ© de leur perception du monde. Puisque l’immatĂ©riel, la sentimentalitĂ© et l’aptitude pour l’intangible ne font pas partie de leurs facultĂ©s cognitives, ils ont une propension marquĂ©e pour l’ordre et le contrĂŽle concret, palpable et matĂ©riel. Ainsi naissent des concepts tels que le besoin d’imposer l’ordre, d’implanter une forme de lĂ©galitĂ©, etc., puisque leurs actions ne sont nullement basĂ©es sur une comprĂ©hension Ă©motionnelle des relations interpersonnelles, mais bien uniquement sur des avantages d’ordre matĂ©riel. Pour ne parler que d’un exemple, pensons Ă  tout l’aspect juridique, avec ses lois, ses interdictions et ses sanctions, qui prend indĂ©niablement racine dans une mentalitĂ© qui, Ă  la base, n’est pas « humaniste ». Les accusĂ©s seront sentenciĂ©s selon des rĂšgles préétablies, des normes lĂ©gales et des codes de conduites bien dĂ©terminĂ©s et non selon un rĂ©el jugement d’« humain Ă  humain ».

 

En conclusion, lorsque nous prenons un peu de recul, avec ces nouvelles donnĂ©es en main, il devient Ă©vident que le processus de dĂ©shumanisation sociale de la race « humaine » va bon train et que ceci remonte trĂšs loin dans notre Histoire. Mais sans saisir cette notion essentielle qu’est la division des humains en deux races bien distinctes, il est impossible d’avoir un regard juste sur les raisons sous-jacentes Ă  tous les problĂšmes sociaux croissants que nos sociĂ©tĂ©s connaissent prĂ©sentement. Cette rĂ©alitĂ© met en lumiĂšre un aspect fondamental de la dynamique en place sur notre planĂšte et nous permet d’y jeter un regard nouveau et plus Ă©clairĂ©.

 

Les incidences de la psychopathie – de l’« autre race » – sont Ă©normes et extrĂȘmement complexes, et elles dĂ©passent largement la portĂ©e de cet article qui ne se veut que le point de dĂ©part d’une rĂ©flexion et d’une recherche beaucoup plus approfondies. De nombreux ouvrages sont disponibles sur le sujet et il est d’une importance capitale de prendre davantage conscience des implications de cette rĂ©alitĂ© qui nous affecte tous.

 

La prĂ©sence ou l’absence de conscience est une division humaine profonde, probablement plus significative que l’intelligence, la race, ou mĂȘme le sexe.

 

Ce qui distingue tous ces gens du reste d’entre nous est un trou tout Ă  fait vide dans le psychisme, oĂč il devrait y avoir la plus dĂ©veloppĂ©e de toutes les fonctions d’humanisation.

 

Source: Zone-7 

mai 27 2009

Qui a peur de Claude AllÚgre ? (Vidéos)

Par AgatĂ  Kovacs

Il y a une dizaine de jours, une polĂ©mique a Ă©tĂ© causĂ©e au sein de l’UMP par l’annonce d’une Ă©ventuelle nomination de l’ancien ministre socialiste Claude AllĂšgre Ă  la tĂȘte d’un ministĂšre couvrant l’industrie, l’innovation et la recherche Ă  l’occasion d’un futur remaniement en juin 2009. Or, beaucoup y offrent des rĂ©sistances de plus en plus virulentes, qu’ils fassent partie de la droite ou des milieux Ă©cologistes.

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Ce qui est dĂ©rangeant pour ces personnes, ce sont les positions de Claude AllĂšgre par rapport au rĂ©chauffement climatique. PrĂ©sentons tout d’abord le principal intĂ©ressĂ© en quelques mots: Claude AllĂšgre, nĂ© le 31 mars 1937 Ă  Paris, est un gĂ©ochimiste et un homme politique français. Ses travaux scientifiques et sa carriĂšre de chercheur ont notamment Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s par le Prix Crafoord en 1986 et la MĂ©daille d’or du CNRS en 1994. Il a Ă©tĂ© ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Lionel Jospin de 1997 Ă  2000. Bien que militant depuis 1973 au PS, il dĂ©cide de ne pas reprendre sa carte en janvier 2008. Nicolas Sarkozy, chez qui il avait Ă©tĂ© aperçu entre les deux tours de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, dĂ©clare en fĂ©vrier 2008 qu’il aimerait bien travailler avec lui. Le 28 aoĂ»t 2008, Nicolas Sarkozy, prĂ©sident en exercice du Conseil europĂ©en, a confiĂ© Ă  l’ancien ministre socialiste de l’Éducation nationale Claude AllĂšgre le soin d’organiser les Assises europĂ©ennes de l’innovation.

Quant questions environnementales, la prise de position publique de Claude AllĂšgre est que le rĂ©chauffement climatique existe bel et bien, mais ne trouve pas son origine dans les activitĂ©s humaines. Une illustration de son propos est donnĂ©e par ses dĂ©clarations sur le rĂ©chauffement climatique du 21 septembre 2006 dans la chronique hebdomadaire qu’il tient dans le magazine L’Express, et qui ont contribuĂ© les premiĂšres Ă  faire naĂźtre la polĂ©mique. Il y Ă©crit que la cause de la modification climatique contemporaine reste incertaine et n’est pas forcĂ©ment due Ă  l’activitĂ© humaine. Il stigmatise simultanĂ©ment « l’Ă©cologie de l’impuissance protestataire [qui] est devenue un business trĂšs lucratif pour quelques-uns ».

En rĂ©action aux prises de positions d’AllĂšgre, certains scientifiques ont ainsi critiquĂ© explicitement ses arguments. Le biologiste Pierre-Henri Gouyon parle de « nĂ©gationnisme Ă©cologique » de la part d’AllĂšgre. D’autres scientifiques, en revanche, le soutiennent, parfois partiellement. Ainsi, lors d’une sĂ©ance de l’AcadĂ©mie des sciences en mars 2007 ses arguments ont Ă©tĂ© dĂ©fendus par ses collĂšgues gĂ©ophysiciens de l’IPGP Jean-Louis Le MouĂ«l et Vincent Courtillot, membres de l’AcadĂ©mie des sciences. Ces derniers ont Ă©tĂ© vivement critiquĂ©s par deux autres acadĂ©miciens des sciences, spĂ©cialistes du climat, HervĂ© Le Treut et Édouard Bard (professeur au CollĂšge de France).

Il vaut la peine de se pencher sur cette thĂšse « dissidente » de rĂ©chauffement climatique dĂ» aux cycles naturels et non Ă  l’homme. En effet, n’en dĂ©plaise Ă  Al Gore et Ă  son film « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range », douter de l’origine humaine du rĂ©chauffement n’est pas un crime commis contre la citoyennetĂ© et l’honnĂȘtetĂ©, mais bien un doute non seulement lĂ©gitime Ă  la base, mais d’autant plus renforcĂ© par la mise au grand jour de plusieurs mensonges et exagĂ©rations d’Al Gore dans son fameux documentaire. Les responsables du systĂšme Ă©ducatif n’ont d’ailleurs pas toujours accueilli ce dernier avec l’enthousiasme le plus extraordinaire qui soit.

En effet, en octobre 2007, le film a fait l’objet d’un jugement de la justice britannique saisie par le chef d’Ă©tablissement d’un lycĂ©e du Kent qui contestait la diffusion du film dans le cadre scolaire. Le directeur d’Ă©cole, Stewart Dim-mock, a en effet portĂ© plainte contre le gouvernement britannique en l’accusant de faire du lavage de cerveau. Notons que d’aprĂšs la loi britannique, si les enseignants prĂ©sentent le film sans le signaler clairement, ils peuvent se trouver en violation de la section 406 de l’ »Education Act 1996″ et ĂȘtre reconnus coupables d’endoctrinement politique.

Le tribunal ne s’est pas opposĂ© Ă  la diffusion du film dans les Ă©tablissements scolaires du Royaume-Uni, Ă  condition qu’il soit accompagnĂ© d’une documentation indiquant ce qui est de l’ordre du consensus scientifique, ce qui ne l’est pas et ce qui est un point de vue politique. Le tribunal a effectivement relevĂ© plusieurs erreurs dans le documentaire, dont les sept que voici :

Le film prĂ©tend que la fonte des neiges au Mont Kilimandjaro est attribuable au rĂ©chauffement climatique alors que le consensus scientifique est qu’on ne peut rien affirmer de tel.

Le film suggĂšre une interprĂ©tation des graphes montrant l’Ă©volution des tempĂ©ratures et du CO2 sur 650 000 ans, le jugement considĂ©rant que s’il y avait un large accord chez les scientifiques sur un lien entre les deux courbes, celles-ci ne prouvaient pas ce qu’affirme Gore.

Le film lie l’ouragan Katrina au rĂ©chauffement climatique alors que l’opinion scientifique est qu’il n’y a pas de preuves suffisantes.

Le film montre l’assĂšchement du Lac Tchad et prĂ©tend que c’est une consĂ©quence du rĂ©chauffement climatique, alors que les preuves sont lĂ  aussi insuffisantes.

Le film prĂ©tend qu’une Ă©tude montre que des ours polaires se sont noyĂ©s Ă  cause de la fonte des glaces arctiques. Il apparait que la seule Ă©tude scientifique trouvĂ©e sur le sujet parle de quatre ours polaires noyĂ©s Ă  cause d’une tempĂȘte.

Le film suggĂšre que les calottes de glace du Groenland et de l’Ouest Antarctique pourraient fondre et entraĂźner une hausse alarmante du niveau des mers. Alors que le film semble suggĂ©rer une fonte dans un proche avenir, le point de vue gĂ©nĂ©ral est que le Groenland ne pourra pas fondre avant des millĂ©naires.

Le film prĂ©tend que la hausse du niveau des mers a causĂ© l’Ă©vacuation de certaines Ăźles du Pacifique en direction de la Nouvelle-ZĂ©lande, alors qu’aucune preuve d’une telle Ă©vacuation n’existe.

D’autre part, Ă  la fin de son « documentaire », Al Gore prĂ©tend que les seules publications ayant remis en doute l’origine humaine du rĂ©chauffement avaient paru dans des revues populaires, et Ă©taient destinĂ©es Ă  jeter un « doute mal intentionnĂ© », alors qu’aucune revue scientifique n’avait remis cette soi-disante vĂ©ritĂ© en cause. Or, il s’avĂšre que les scientifiques expĂ©rimentĂ©s ne sont pas peu nombreux Ă  se poser un certain nombre de questions…

Par exemple, alors que le dĂ©bat sur le rĂ©chauffement climatique fasait plus que jamais les manchettes depuis le dĂ©pĂŽt du rapport de Nicholas Stern, ex-Ă©conomiste en chef de la Banque mondiale, lequel fait Ă©tat du coĂ»t possible de cette crise autour de 7 000 milliards de dollars, un Ă©crivain quĂ©bĂ©cois autodidacte, Pierre de ChĂątillon affirmait dans son livre que le rĂ©chauffement du climat est un mythe, car selon lui, le climat n’est pas dans une pĂ©riode de rĂ©chauffement unique Ă  l’Ă©poque Ă  laquelle nous vivons mais a toujours rĂ©pondu Ă  des changements cycliques depuis la nuit des temps. Depuis la sortie du rapport Stern, qui compte tout prĂšs de 700 pages, tous les journaux de la planĂšte ont relancĂ© la nĂ©cessitĂ© de la mise en application du protocole de Kyoto. Selon de ChĂątillon, des bouleversements climatiques semblables Ă  ceux qu’on observe aujourd’hui sont survenus Ă  des pĂ©riodes de l’histoire et ont provoquĂ© la disparition de civilisations trĂšs avancĂ©es. L’auteur avance qu’il y a plus de 10 000 ans, des civilisations dont on a retrouvĂ© les vestiges dans les ocĂ©ans sont disparues lors de catastrophes climatiques qui ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es aussi bien par Platon qu’inscrites dans les annales chinoises. Selon lui, ces bouleversements climatiques rĂ©apparaissent dans l’histoire humaine avec la rĂ©gularitĂ© d’une horloge.

Selon de ChĂątillon, les gaz Ă  effet de serre ne peuvent expliquer le rĂ©chauffement climatique et cette thĂ©orie semble donner raison au prĂ©sident amĂ©ricain, qui a dĂ©clarĂ© n’ĂȘtre pas convaincu de la relation entre rĂ©chauffement climatique et gaz Ă  effet de serre. L’auteur ajoute que beaucoup de scientifiques sont incapables d’Ă©tablir un lien de cause Ă  effet entre le rĂ©chauffement climatique et les gaz Ă  effet de serre et qu’ils ne comprennent tout simplement pas comment cette relation a pu ĂȘtre Ă©tablie. Une chose est sĂ»re: pas une semaine ne passe sans qu’on fasse Ă©tat, quelque part sur la planĂšte, de phĂ©nomĂšnes extrĂȘmes tels que sĂ©cheresses, incendies de forĂȘts, tempĂȘtes, ouragans, inondations et glissements de terrain. Sans parler de la fonte accĂ©lĂ©rĂ©e des glaciers et de la montĂ©e du niveau des mers. Pour Pierre de ChĂątillon, ces phĂ©nomĂšnes sont trop rapides et gĂ©nĂ©ralisĂ©s pour n’ĂȘtre dĂ»s qu’Ă  l’effet de serre. L’auteur prĂ©cise qu’Ă  certains endroits, les hivers sont plus longs et plus rigoureux: on a vu tomber de la neige dans le dĂ©sert d’Arabie et au Mexique. Bref, selon lui, on ne peut parler de «rĂ©chauffement» mais bien de «bouleversement climatique».

La crise du climat a commencĂ© avec le gigantesque trou constatĂ© il y a une vingtaine d’annĂ©es dans la couche d’ozone, rĂ©putĂ©e protĂ©ger la planĂšte contre le rayonnement solaire. Les fluorocarbones (CFC) utilisĂ©s dans les rĂ©frigĂ©rateurs, les systĂšmes de climatisation et les contenants sous pressions furent dĂ©signĂ©s comme responsables de la dĂ©perdition de ce bouclier filtrant les rayonnements cosmiques. Puis on a accusĂ© les BrĂ©siliens qui coupent la forĂȘt amazonienne, les courants El Niño et El Niña. Ensuite, ce fut au tour des millions de vĂ©hicules automobiles et leurs Ă©manations de CO2 dans l’atmosphĂšre. MalgrĂ© toutes les mesures prises, les changements climatiques se sont accĂ©lĂ©rĂ©s puis on a accusĂ© les industries. Or, dit de ChĂątillon, si on fait abstraction des trois quarts de la planĂšte qui sont recouverts par les ocĂ©ans, 3% par les calottes polaires, les marais, lacs, dĂ©serts et montagnes, il ne reste que 1,8% de la planĂšte qui est peuplĂ© d’ĂȘtres humains. Selon le National Geographic, la totalitĂ© des espaces peuplĂ©s et industriels de la Terre pourraient tenir dans un territoire grand comme l’Espagne. De ChĂątillon parle d’hystĂ©rie collective, d’autant plus que nombre de climatologistes ne croient pas au rĂ©chauffement climatique dĂ» Ă  l’accumulation des gaz Ă  effet de serre. L’auteur croit qu’il est erronĂ© ou au mieux signe de grande vanitĂ© de croire que l’activitĂ© humaine pourrait ĂȘtre la cause d’un rĂ©chauffement climatique global. Il avance qu’il suffirait d’une seule Ă©ruption volcanique comme il y en a dĂ©jĂ  eu par le passĂ© pour que la pollution engendrĂ©e dans l’atmosphĂšre soit supĂ©rieure Ă  toute celle causĂ©e par l’activitĂ© humaine.

De ChĂątillon cite les travaux du professeur Robert Pease, professeur de physique et de climatologie, selon qui la couche d’ozone se rĂ©pare d’elle-mĂȘme, alors que les molĂ©cules d’ozone dans l’atmosphĂšre sont constamment reconstituĂ©es lorsque l’Ă©nergie de la lumiĂšre ultra-violette brise les liens des molĂ©cules d’oxygĂšne. Selon les calculs du Pr Rowland, il y aurait une molĂ©cule de CFC pour 136 000 000 de molĂ©cules d’oxygĂšne dans la couche d’ozone, Ă  une hauteur de 25km d’altitude. Selon ce dernier, la thĂ©orie de la dĂ©plĂ©tion de l’ozone est inexistante, car elle est basĂ©e sur la supposition que les molĂ©cules de CFC grimperaient dans l’atmosphĂšre sans difficultĂ©… alors qu’elles sont plus lourdes que l’air. Quant au CO2, ce gaz ne reprĂ©sente que 0,035% de l’atmosphĂšre et mĂȘme si ce taux doublait, tout ce qui vit sur Terre pourrait s’en accommoder. Selon les scientifiques, plus de 99,9% du CO2 se trouve au niveau du sol ou en dessous et 71% de ce gaz est dissous dans l’eau de mer. Or, puisque le CO2 est un gaz plus lourd que l’air et qu’il se dissout dans l’eau de mer, il est donc impossible qu’il s’accumule dans les hautes couches de l’atmosphĂšre et occasionne un quelconque effet de serre. DĂšs que le CO2 se manifeste dans l’atmosphĂšre, il est aussitĂŽt captĂ© par les eaux de pluie et ramĂ©nĂ© au sol. De plus, l’augmentation de CO2 dans l’atmosphĂšre devrait produire logiquement une explosion de la vĂ©gĂ©tation, puisque ce gaz est utilisĂ© par les plantes dans leur mĂ©tabolisme, et on sait bien qu’il n’en est rien. Par ailleurs, l’atmosphĂšre de la planĂšte VĂ©nus est entiĂšrement composĂ©e de CO2 produit par l’activitĂ© volcanique. Mars possĂšde des calottes polaires qui sont composĂ©es de CO2 solide (glace sĂšche). Or, dit l’auteur, si le CO2 Ă©tait la cause d’un hypothĂ©tique rĂ©chauffement climatique, Mars serait beaucoup plus chaude qu’elle ne l’est actuellement. Selon lui, la Terre se rĂ©chauffe en fait depuis le dĂ©but du siĂšcle dernier, Ă  un moment oĂč la pollution automobile et industrielle Ă©tait quasi inexistante. Bref, mĂȘme si la simultanĂ©itĂ© du bouleversement climatique et du CO2 connaissent un cycle similaire, rien ne permet de croire que l’un est la cause de l’autre. Alors quoi? Si les bouleversements climatiques ne sont imputables ni Ă  une augmentation des gaz Ă  effet de serre, ni Ă  une dĂ©perdition de la couche d’ozone, ni aux courants El Niño et El Niña ni mĂȘme aux gaz intestinaux des vaches, quelle en est la cause ?

Claude AllĂšgre chez Ruquier

Pierre de ChĂątillon explique que les bouleversements climatiques vont de pair avec certains phĂ©nomĂšnes, mais n’en sont pas la cause. L’auteur admet l’augmentation du nombre des tornades et l’explique par une montĂ©e des tempĂ©ratures, lesquelles auraient dĂ©butĂ© en 1860 (voir graphique). Comme il est possible de le constater, dit-il, dĂ©jĂ  en 1920, la courbe de croissance est visible et l’augmentation de la tempĂ©rature est de 1 degrĂ© sur 90 ans, en accĂ©lĂ©ration depuis 1990 jusqu »Ă  aujourd’hui. Ainsi est-on passĂ© d’une moyenne annuelle de 150 tornades depuis 1920 pour atteindre 600 en 1955 et plus de 1200 en 1990.

Quant au niveau de la mer, selon Pierre de ChĂątillon, il est en augmentation depuis le dĂ©but du siĂšcle, tout en notant que l’escalade s’est accĂ©lĂ©rĂ©e depuis 1980. L’activitĂ© volcanique elle, est passĂ©e de 1500 journĂ©es d’activitĂ© en moyenne en 1940 au double en 1990, puis encore au double entre 1990 et 2004. Les tremblements de terre (voir graphique) de magnitude 2,5 et plus sont passĂ©s d’une moyenne de 500 par annĂ©e de 1920 Ă  5000 par annĂ©e en 1973 puis Ă  25 000 en 2004. Selon de ChĂątillon, le rĂ©chauffement climatique ne serait pour rien dans cette augmentation. Selon l’auteur, qui cite Schumann, la Terre se conduit comme un Ă©norme condensateur Ă©lectrique. La cavitĂ© entre la surface de la Terre et l’ionosphĂšre agit comme un condensateur dans un circuit Ă©lectrique en oscillant. Or, cette oscillation, qui se situait Ă  7,8 sur une Ă©chelle de 13 il y a dix ans, se situe aujourd’hui Ă  12. Bref, cette rĂ©sonnance est en relation inverse directe de la puissance du champ magnĂ©tique de la Terre. Selon l’auteur, dans les temps anciens, cette situation a toujours prĂ©cĂ©dĂ© une modification importante du champ magnĂ©tique terrestre. Et si la Terre participe Ă  cette rĂ©sonnance, elle n’est pour rien dans sa crĂ©ation. Selon de ChĂątillon, l’Ă©nergie nĂ©cessaire Ă  ces vagues provient de la haute troposphĂšre. Bref, les sources des bouleversements climatiques actuels seraient extĂ©rieurs Ă  la planĂšte !

L’auteur dĂ©montre un accroissement de l’activitĂ© solaire. Voir Ă  ce sujet la vidĂ©o ci-dessous. En dĂ©cembre 2001, la NASA a publiĂ© des photos de la planĂšte Mars indiquant une fonte majeure de ses calottes polaires, tout comme sur la Terre. Un astronome russe, Pasichnyk, a rapportĂ© qu’il semblait se dĂ©velopper sur Mercure des calottes polaires, ce qui est considĂ©rĂ© comme impossible, vu sa faible distance du soleil. Sur VĂ©nus, des observateurs ont observĂ© en 1999 une luminositĂ© verte typique d’une atmosphĂšre composĂ©e d’oxygĂšne, ce qui a causĂ© une grande surprise. On a observĂ© dans l’atmosphĂšre de Mars la formation de nuages et le champ magnĂ©tique de Jupiter a doublĂ© d’intensitĂ© depuis 1992. En 1997, on a observĂ© la formation d’un gigantesque tube de plasma entre Jupiter et Io, une de ses lunes. L’Ă©nergie colossale nĂ©cessaire Ă  ce phĂ©nomĂšne est de l’ordre de plusieurs millions d’ampĂšres. On a observĂ© depuis quelques temps des aurores brillantes Ă  la surface de l’atmosphĂšre de Saturne, ce qui indique une augmentation de sa charge Ă©lectrique. MĂȘme chose pour Uranus, soumise Ă  de fortes luminositĂ©s et des aurores borĂ©ales. Bref, les scientifiques, tout en Ă©coutant les propos alarmistes des environnementalistes, se grattent la tĂȘte en essayant de comprendre la relation entre tous ces Ă©vĂ©nements. Selon Pierre de ChĂątillon, ce qui se passe est bien plus qu’un simple rĂ©chauffement climatique: il s’agit d’une vĂ©ritable tempĂȘte d’ordre cosmique, Ă  l’Ă©chelle de l’univers et nous serions sur le point de devoir y faire face, tout comme d’autres civilisations les ont subies il y a des milliers d’annĂ©es, et qui ont disparu de la surface de Terre…

En outre, le chef du Laboratoire d’Études spatiales de l’Observatoire de Poulkovo et membre de l’AcadĂ©mie des Sciences russes, Khabiboullo Abdoussamatov et plusieurs scientifiques apparus rĂ©cemment dans une Ă©mission de dĂ©bat sur la BBC expliquent que malgrĂ© les pressions qu’ils subissent, ils continueront Ă  affirmer que la production du CO2 serait l’effet et non pas la cause du rĂ©chauffement climatique. En fait, la hausse des tempĂ©ratures, disent-ils, prĂ©cĂšdent de plus de 800 ans la hausse de CO2 et est, de ce fait, une consĂ©quence de la hausse de tempĂ©rature. Bref, selon de plus en plus de scientifiques, la cause du rĂ©chauffement du climat de la Terre est complexe, et semble rĂ©sulter d’une cascade d’Ă©vĂ©nements qui se passent sur notre soleil.
La personnalitĂ© la plus mĂ©diatisĂ©e qui incarne la lutte contre le rĂ©chauffement climatique en France est sans doute Nicolas Hulot. En dehors de cela, il est Ă©galement connu pour accepter des fonds de la part de grandes entreprises considĂ©rĂ©es comme polluantes Ă  l’image d’EDF, L’OrĂ©al ou RhĂŽne-Poulenc. Vincent Cheynet a Ă©crit Ă  ce sujet: « En fait, le diable en personne proposerait Ă  Nicolas Hulot de figurer dans son comitĂ© de soutien en lui promettant de fermer le robinet en se lavant les dents que l’hĂ©licologiste accepterait aussitĂŽt. Ce qu’il y a de magique avec le Pacte Ă©cologique, c’est qu’il n’y a plus ni pollueurs ni polluĂ©s, ni droite ni gauche, ni bien ni mal, ni exploiteurs ni exploitĂ©s, mais seulement des gentils consommateurs qui cliquent sur Internet pour sauver la planĂšte ».

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Sur son site, Nicolas Hulot s’appuie entre autre sur ce graphique pour dĂ©montrer le rĂŽle des citoyens dans la lutte contre la pollution et la trop grande Ă©mission de CO2, donc soi-disant contre le rĂ©chauffement climatique. Ces donnĂ©es sont sans doute correctes, mais est-il tout aussi correct de remettre la majoritĂ© de la faute du rĂ©chauffement climatique (qui n’est sans doute pas du tout d’origine humaine, d’aprĂšs ce que nous avons vu) sur le pauvre citoyen ? Il paraĂźt Ă©vident que non, car on ne leur propose aucune alternative permettant de continuer Ă  vivre et Ă  servir leur pays par le biais de leur travail aussi confortablement et efficacement avec des Ă©nergies renouvelables et non polluantes, car nos sociĂ©tĂ©s occidentales soient elles-mĂȘmes loin d’ĂȘtre en mesure de s’auto-suffire en usant d’Ă©nergies vertes. Elles n’ont donc pas les moyens, pour l’instant tout du moins, de proposer des services assez efficaces pour permettre Ă  une quantitĂ© significative de citoyens de remplacer leur mode de consommation d’Ă©nergie et d’obtenir ainsi des rĂ©sultats non-nĂ©gligeables sur l’Ă©mission totale de CO2. Il est d’ailleurs intĂ©ressant de mettre ceci en relation avec l’avant-dernier paragraphe de l’article de RĂ©gis Mex Ă  propos du problĂšme environnemental, dans lequel il dit ceci:

« Alors que le chemin devrait ĂȘtre tout ouvert devant ces alternatives, de nombreux lobbys dont les intĂ©rĂȘts se trouvent dans le commerce des hydrocarbures rachĂštent les brevets des inventions qui pourraient causer du tort Ă  leur entreprise, et freinent donc la recherche. Ils ne permettent pas que les Ă©vĂ©nements les dĂ©passent et qu’ils puissent perdre leur mainmise sur l’Ă©nergie Ă  cause de l’une ou l’autre invention permise par le progrĂšs, mais ils seront forcĂ©s, un jour ou l’autre, de se convertir Ă  d’autres types d’Ă©nergie que ceux dans lesquels ils font actuellement fortune, car la disparition du pĂ©trole et du gaz est bel et bien inĂ©luctable. C’est pourquoi il est permis de chercher mais pas de trouver ni de mettre en place des projets vraiment significatifs trop tĂŽt : il faudra attendre que ces magnats du monde financier soient prĂȘts Ă  faire migrer leurs intĂ©rĂȘts vers les nouvelles Ă©nergies, de sorte Ă  ne pas disparaĂźtre ni faire trop de pertes, pour que des nouvelles techniques puissent Ă©merger sur le marchĂ©. Mais, Ă©tant donnĂ© qu’ils iront sans doute jusqu’au bout de leurs moyens, c’est-Ă -dire attendre aussi longtemps que ces 30-50 ans de longĂ©vitĂ© des ressources le leur accordent, beaucoup de mal qui aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ© sera fait Ă  la planĂšte. MalgrĂ© tout, l’hypocrisie et le manque de scrupules sont poussĂ©s jusqu’Ă  ce que certains fonds d’investissement tentent de faire de l’Ă©cologie un business lucratif ; ces fonds se spĂ©cialisent dans l’achat et la vente de droits Ă  polluer dans l’objectif de faire du profit avec ce type de produits, exactement comme ils le font avec le pĂ©trole, avec les produits alimentaires, avec les crĂ©dits immobiliers, etc. Ces droits de polluer induits par les Protocoles de Kyoto semblent donc faire des heureux. Protocoles qui sont un retentissant Ă©chec, puisque outre le fait qu’ils n’ont mĂȘme pas Ă©tĂ© ratifiĂ©s par la premiĂšre puissance mondiale que sont les Etats-Unis, l’Ă©mission des gaz Ă  effet de serre a augmentĂ© de 35% au niveau mondial entre 1997 et 2007, et on conçoit mal ce que les États ont le pouvoir de faire pour contraindre des entreprises qui les dominent complĂštement Ă  baisser leurs Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Ces derniers ont d’ailleurs Ă©tĂ© si gĂ©nĂ©reux avec les entreprises que le prix de la tonne de carbone est quasiment d’un niveau 0, leur permettant ainsi de polluer autant que cela leur chante. »

L’hypocrisie consiste donc Ă  donner l’illusion aux citoyens qu’ils ont le pouvoir d’avoir un impact sur la situation environnementale alors qu’en fait, ils ne l’auront que lorsque nos sociĂ©tĂ©s seront dĂ©cidĂ©es Ă  le lui donner. Pour l’instant, on semble prĂ©parer lentement la transition entre modes d’Ă©nergie basĂ©s sur les hydrocarbures et le nuclĂ©aire Ă  des Ă©nergies vertes dans les mentalitĂ©s. Mais tout laisse Ă  penser que ce dĂ©lai, qui s’annonce long, permet aussi aux magnats de l’Ă©nergie de se convertir petit Ă  petit de sorte Ă  conserver en dĂ©finitive leur monopole, ne laissant la recherche s’effectuer qu’au rythme qu’ils veulent bien lui accorder.

L’idĂ©e est aussi de rejeter systĂ©matiquement la responsabilitĂ© des pires tragĂ©dies sur le pauvre citoyen. Ainsi, pense-t-on, si on arrive Ă  faire en sorte qu’il croie sincĂšrement ĂȘtre celui qui doit faire changer les choses, on pourra instrumentaliser la façon dont il agira aux façons que l’on choisira, puisqu’il suit le chemin tout tracĂ© par la propagande de masse. On pourra alors, entre autre, leur faire accepter plus facilement leur propre asservissement s’ils sont convaincus que c’est pour le bien de la planĂšte. Joseph Goebbels, ministre du Reich Ă  l’Éducation du peuple et Ă  la Propagande sous le TroisiĂšme Reich (1933-1945), indissolublement liĂ© Ă  l’emploi des techniques modernes de la manipulation des masses et de la dĂ©magogie, disait que la meilleure façon de persuader le public de la vĂ©racitĂ© de quelque chose, c’Ă©tait de le lui rĂ©pĂ©ter ce quelque chose de façon massivement rĂ©pĂ©titive. Continuellement. Et finalement, le public croit que ce quelque chose est vrai, mĂȘme s’il n’est appuyĂ© par rien de tangible. Le sujet du rĂ©chauffement climatique rĂ©pond Ă  ses critĂšres, et sa diffusion est largement permise par des lobbys tels que le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat). Á noter Ă©galement que les fonds investis dans la recherche pour l’Ă©cologie et le climat sont passĂ©s de 170 millions de dollars par an avant Bush pĂšre Ă  2 milliards de dollars par an. D’oĂč de nouveaux investissements et des crĂ©ations d’emplois qui en ont fait un secteur rentable.

Tout ceci pour dire que notre cher Claude AllĂšgre a bien des raisons de douter, et que ceux qui l’accusent de « nĂ©gationnisme Ă©cologique » ont plus de scrupules Ă  protĂ©ger une version de la rĂ©alitĂ© pour des raisons plus confortables Ă©conomiquement et sociologiquement parlant que pour une rĂ©elle Ă©thique scientifique et morale. Pas Ă©tonnant donc qu’on en vienne Ă  utiliser le mot « nĂ©gationnisme » comme si nier l’origine humaine du rĂ©chauffement climatique Ă©tait aussi grave que de nier l’Holocauste. Tout est fait pour discrĂ©diter Claude AllĂšgre par les façons les plus mĂ©diocres qui soient.
Mais qu’en est-il de ses chances de rentrer au gouvernement ? Jean-Marc Jancovici raisonne que «Si Nicolas Sarkozy veut se ridiculiser Ă  huit mois du rendez-vous de Copenhague (le sommet sur le rĂ©chauffement climatique, NDLR), il peut nommer Claude AllĂšgre». Notons que Jancovici est un proche de Nicolas Hulot, trĂšs influent dans l’univers du dĂ©veloppement durable, et notamment auprĂšs de Martin Bouygues, l’ami de toujours de Nicolas Sarkozy.

Mais les chances que Claude AllĂšgre soit nommĂ© au gouvernement sont, malgrĂ© tout, loin d’ĂȘtre inexistantes: Alain JuppĂ© estime que l’arrivĂ©e de Claude AllĂšgre constituerait un «contre-signal formidable» en raison des positions du scientifique sur le rĂ©chauffement climatique.
Nicolas Sar­kozy lui-mĂȘme, malgrĂ© toutes les critiques que nous avons relevĂ©es, semble dĂ©cidĂ© Ă  nommer cet homme, qu’il considĂšre comme «trĂšs intelligent». «Il s’en fout de ce que pensent ses ministres, il veut s’entourer des plus intelligents», dĂ©crypte un ministre. Le prĂ©sident veut surtout maintenir et amplifier sa politique d’ouverture.

De plus, si le transfert de Xavier Darcos au ministĂšre de la Justice ou Ă  l’IntĂ©rieur se prĂ©cise, Nicolas Sarkozy se trouve bien en peine de lui trouver un remplaçant. D’oĂč la tentation de nommer un spĂ©cialiste du sujet, plutĂŽt proche de la gauche. «Il est dans le schĂ©ma de rĂ©flexion du prĂ©sident», confirme l’un de ses collaborateurs.

On se demanderait bien quel mal prendrait le gouvernement Sarkozy pour refuser un homme qui a largement prouvĂ© ses compĂ©tences sous le gouvernement Jospin et qui a le mĂ©rite d’aller dans le contre-courant de la pensĂ©e Ă©cologiste dominante pour affirmer sa propre conviction des choses, qui est, Ă  n’en pas douter, la plus proche de la rĂ©alitĂ©. Sa nomination ne pourrait clairement ĂȘtre qu’un plus, ajoutant un ministre compĂ©tent et honnĂȘte dans ses opinions, prĂ©fĂ©rant Ă©viter la langue de bois, auprĂšs de Nicolas Sarkozy. Mais il reste Ă  ce que ce dernier fasse son choix…

AgatĂ  Kovacs, pour Mecanopolis

Profil Facebook de AgĂĄta Kovacs

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet du rĂ©chauffement climatique d’origine non-humaine, je conseille l’excellent documentaire que vous trouverez Ă  ce lien

Extraits-résumés du documentaire:

« C’est dans les annĂ©es 70 que la thĂšse du rĂ©chauffement climatique commença Ă  se rĂ©pandre. La premiĂšre personnalitĂ© politique qui fut intĂ©ressĂ©e par le rĂŽle que cette thĂšse pourrait jouer sur la scĂšne politique fut Margaret Tatcher qui, aprĂšs la grĂšve des mineurs, voulait que son pays dĂ©pende le moins possible du charbon et du pĂ©trole. Elle  privilĂšgia alors le nuclĂ©aire. L’adoption de la thĂšse du rĂ©chauffement climatique dĂ» Ă  l’excĂšs d’Ă©mission de CO2 d’origine humaine contribua Ă  renforcer la crĂ©dibilitĂ© du nuclĂ©aire à la diffĂ©rence du charbon et du pĂ©trole, rĂ©putĂ©s peu Ă©cologiques. »

« AprĂšs la chute de l’URSS, de nombreux anciens communistes se sont subtilement reconvertis dans une nouvelle idĂ©ologie qui allait naturellement contre le sens du capitalisme; l’Ă©cologie. Ils y distilĂšrent leurs principes nĂ©o-marxistes. »

mai 18 2009

La stratégie de Benoßt XVI: « Une croisade pour le Nouvel Ordre Mondial »

Régis Mex, Mecanopolis

Suite aux divers Ă©vĂ©nements en provenance du Vatican, que ce soit la polĂ©mique autour des propos de BenoĂźt XVI dĂ©courageant l’utilisation du prĂ©servatif ou son voyage auprĂšs des communautĂ©s juives et musulmanes en Terre Sainte, il m’a paru intĂ©ressant de reprendre quelques informations visant Ă  cerner la stratĂ©gie du Vatican. Bien sĂ»r, il n’est aucunement dans mon intention de critiquer la religion en elle-mĂȘme, mais bien la politique (car c’est bien de cela qu’il s’agit) que mĂšnent ses reprĂ©sentants par son biais.

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Christian Terras, catholique de 56 ans qui avait notamment dĂ©noncĂ© l’affaire des prĂȘtres pĂ©dophiles en Suisse, est le poil Ă  gratter du Vatican depuis maintenant 15 ans. Directeur de la revue progressiste «Golias», il explique ce qui sous-tend, selon lui, les propos de BenoĂźt XVI:

« BenoĂźt XVI propose un idĂ©al sectaire et totalitaire si l’on met en parallĂšle cette morale catholique en tant que telle et la situation africaine. Ce n’est malheureusement pas nouveau. L’an dernier, les ONG humanitaires catholiques ont Ă©tĂ© rĂ©unies Ă  Rome. Le Vatican voulait peser contre les campagnes qui font du prĂ©servatif un passage obligĂ©. Il faut lire cette volontĂ© dans le sens du message de BenoĂźt XVI dans l’avion. Il ne veut pas tomber dans la mĂ©canisation Ă©thique du prĂ©servatif. »

3409248794_7857c359b0« Cela commence Ă  bien faire; depuis quatre ans, il y a une accumulation de gaffes. Sur les musulmans Ă  Ratisbonne, sur les Nazis Ă  Auschwitz, une «bande de criminels», sur les peuples d’AmĂ©rique du Sud qui n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s de maniĂšre violente… Puis la levĂ©e des excommunications des Lefebvristes, en janvier dernier, dont le nĂ©gationniste Williamson, et enfin l’excommunication par un prĂ©lat brĂ©silien d’une mĂšre qui a fait avorter sa fille de 9 ans, violĂ©e par son beau-pĂšre et enceinte de lui, qu’il a approuvĂ©… »

« Il y a autre chose derriĂšre l’irresponsabilitĂ© de ces dĂ©clarations. Il agit en fait dans le cadre d’une stratĂ©gie concertĂ©e. Il est en croisade pour un nouvel ordre mondial. Une croisade contre ce que BenoĂźt XVI appelle le relativisme, une stratĂ©gie concertĂ©e contre le monde moderne et ses Ă©volutions en matiĂšre de famille, de bioĂ©thique, de santĂ© (le dĂ©bat sur l’euthanasie). Or, BenoĂźt XVI n’a de cesse de remonter le temps, d’instrumentaliser la tradition chrĂ©tienne, la loi naturelle et Saint Thomas d’Aquin par exemple. Depuis plusieurs dĂ©cennies, les mĂ©decins chrĂ©tiens avaient commencĂ© Ă  faire bouger les lignes sur le prĂ©servatif. Un certain nombre d’Ă©vĂȘques avaient fait montre de pragmatisme: si le prĂ©servatif peut permettre de sauver des vies, bon… Mais Josef Ratzinger, lorsqu’il Ă©tait prĂ©fet de la congrĂ©gation et garant de l’orthodoxie romaine, avait mis Ă  mal ce travail progressiste, en faisant condamner 1.000 thĂ©ologiens, dont 200 thĂ©ologiens moralistes selon mes recherches. L’Eglise a laminĂ© toute la pensĂ©e thĂ©ologique qui travaillait sur une nouvelle morale catholique moderne et adaptĂ©e, en prenant en compte les progrĂšs de la science, de l’anthropologie, le statut de la femme. C’est une stratĂ©gie suicidaire, je pense qu’il est dangereux. »

Les propos polĂ©miques sur l’usage du prĂ©servatif font donc partie, en fait, d’une stratĂ©gie de communication qui vise une certaine fortification de l’identitĂ© de l’Église, une certaine radicalisation. Ce qui est paradoxal, c’est l’ouverture que semble pourtant pĂ©riodiquement accorder BenoĂźt XVI aux autres religions. Lors de son voyage en Jordanie, le Pape a effectivement prĂ©cisĂ© : « Nous pouvons dire que ces prĂ©cieuses initiatives ont obtenu de bons rĂ©sultats en favorisant la promotion d’une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman mettant en Ă©chec les prĂ©dications de ceux qui considĂšrent inĂ©vitables la violence et les conflits.» Il est indiscutable qu’Ă  l’heure oĂč les tensions entre communautĂ©s judĂ©o-chrĂ©tiennes et musulmanes sont grandes, l’initiative de BenoĂźt XVI va dans le bon sens puisqu’elle s’inscrit dans la recherche d’une rĂ©conciliation. Cependant, il pourrait se cacher quelque chose de moins noble derriĂšre cette volontĂ© de promouvoir « une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman ». Dans ces temps de mondialisme effrĂ©nĂ©, il n’est pas impossible que le mot « alliance » soit lourd de nuances. Pour se faire une meilleure idĂ©e sur la portĂ©e de ce terme, il faut se rĂ©fĂ©rer Ă  un extrait d’un ancien discours de NoĂ«l du Pape:

Le 24 dĂ©cembre 2005, BenoĂźt XVI a dĂ©livrĂ© son message de NoĂ«l : « La force vivifiante de sa lumiĂšre (de Dieu) t’encourage Ă  t’engager dans l’Ă©dification d’un Nouvel Ordre Mondial, fondĂ© sur de justes relations Ă©thiques et Ă©conomiques. Que son amour guide les peuples et Ă©claire leur conscience commune d’ĂȘtre une famille appelĂ©e Ă  construire des relations de confiance et de soutien mutuel. L’humanitĂ© unie pourra affronter les problĂšmes nombreux et prĂ©occupants du monde prĂ©sent.»

Les propos du supĂ©rieur gĂ©nĂ©ral de l’Ordre des JĂ©suites, surnommĂ© le « Pape Noir », Peter-Hans Kolvenbach, n’en sont pas moins intriguants. Dans un discours tenu en 1997, ce prince de l’Église a rĂ©affirmĂ© la nĂ©cessitĂ© de l’unitĂ© dans des termes proches de l’Être suprĂȘme : « L’homme de foi est intimement convaincu que l’histoire de l’union humaine peut ĂȘtre Ă©crite en collaboration avec le Seigneur de l’Histoire. L’Ă©chec de la tour de Babel n’est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phĂ©nomĂšne pentecostal oĂč chacun, avec ses particularitĂ©s, se fait communion avec l’esprit.»

Mais les propensions de l’Église envers le Nouvel Ordre Mondial ne s’arrĂȘtent pas lĂ . Le rapport aux Ă©vĂȘques de la COMECE (Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne) intitulĂ© « Gouvernance mondiale: Notre responsabilitĂ© pour que la mondialisation devienne une opportunitĂ© pour tous», contient, entre autre, les lignes suivantes:

« Nous accueillons chaleureusement ce rapport, plus particuliĂšrement, au nom de la Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne (COMECE) dont la tĂąche est de surveiller et de commenter la politique de l’Union europĂ©enne. Une conclusion clĂ© du texte suivant est que l’UE, Ă©tant donnĂ© sa genĂšse, son architecture, la comprĂ©hension qu’elle a d’elle-mĂȘme, ainsi que ses responsabilitĂ©s dans des domaines politiques comme le commerce, la concurrence et la coopĂ©ration au dĂ©veloppement, a un rĂŽle crucial Ă  jouer dans la transformation de l’ordre international existant en un systĂšme de gouvernance mondiale . Nous considĂ©rons que l’Union europĂ©enne est un modĂšle pionnier d’intĂ©gration rĂ©gionale et qu’elle constitue un exemple pour l’avenir de la gouvernance dans de nombreuses autres rĂ©gions du monde, malgrĂ© son expĂ©rience encore naissante et donc, contingente, dans certains domaines politiques. Nous espĂ©rons que ce rapport contribuera Ă©galement Ă  ranimer la rĂ©flexion et le dĂ©bat public sur la signification profonde de l’intĂ©gration europĂ©enne.»

« Les Ă©conomies ouvertes ne tiendront pas sans la volontĂ© des Etats de s’ouvrir Ă©galement sur le plan politique. Dans un monde marquĂ© par une interdĂ©pendance croissante, l’Union europĂ©enne est un exemple unique et convaincant d’un systĂšme de gouvernance basĂ© sur la coopĂ©ration politique supranationale et multilatĂ©rale. En outre, la volontĂ© politique d’aboutir Ă  un systĂšme de gouvernance mondiale et de le maintenir doit ĂȘtre soutenue par des convictions et des valeurs fermes.»

« L’ implication des Eglises et des autres communautĂ©s religieuses, des ONG et des entreprises privĂ©es, ainsi que des Etats et des blocs rĂ©gionaux dans la gouvernance mondiale: Les Eglises et les autres religions peuvent s’informer et informer leurs fidĂšles sur les dĂ©fis globaux et les encourager Ă  prendre leurs responsabilitĂ©s. Les problĂšmes de la gouvernance mondiale doivent ĂȘtre inclus dans des programmes d’enseignement et de catĂ©chĂšse. Les Eglises pourraient faire du thĂšme de la gouvernance mondiale un sujet de dialogue oecumĂ©nique et interreligieux. Au sein de l’Eglise catholique, par exemple, le rĂ©seau d’universitĂ©s, les commissions ‘Justice et Paix’ et les «Semaines sociales» pourraient ĂȘtre une ressource Ă  utiliser fidĂšles Ă  leurs mandats initiaux pour contrĂŽler et analyser les dĂ©veloppements.»

Á la lumiĂšre de ceci, les motivations mondialistes de l’Église nous apparaissent clairement, tout comme le fait que cette mĂȘme Église outrepasse le cadre purement spirituel dans lequel son pouvoir est censĂ© ĂȘtre restreint pour s’immiscer dans le domaine temporel, politique. Parmi les plus influentes personnalitĂ©s du Vatican rĂšgne donc une corruption manifeste, qui explique sans doute pourquoi les Ă©lites ecclĂ©siastiques oeuvrent de temps Ă  autres pour le rapprochement des communautĂ©s, et le reste du temps Ă  la solidification de leur identitĂ© propre. En effet, en ce qui concerne la radicalisation du christianisme, BenoĂźt XVI mĂšnerait sa propre politique, et serait influencĂ© par les pressions politiques qui sont exercĂ©es au sein du Vatican de sorte Ă  appuyer le mondialisme de temps Ă  autre, en donnant Ă  ce courant une touche religieuse qui permet de le faire d’autant mieux passer dans les pensĂ©es des croyants qui seront plus enclins Ă  considĂ©rer le mondialisme comme une bonne chose, voire Ă  le rendre inconsciemment acceptable au plus grand nombre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui ne sont de toute façon pas conscients de ce que reprĂ©sentent les dĂ©clarations du Pape sur le Nouvel Ordre Mondial.

En outre, bien que cela ne soit pas directement liĂ©, il n’est pas impossible que certains des reprĂ©sentants de notre Ă©lite occidentale veuillent encourager des mesures, dans les pays musulmans corrompus et dĂ©sireux de satisfaire les volontĂ©s de l’axe amĂ©ricano-europĂ©en, qui puissent rendre peu Ă  peu l’Islam assimilable Ă  l’esprit de consommation, tout comme le concile de Vatican II y avait contribuĂ© vis-Ă -vis du christianisme. En attestent les propos de Ralph Peters, auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratĂ©gie et des relations internationales:

« Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et MĂ©dine Ă©taient dirigĂ©s par un Conseil reprĂ©sentatif tournant issu des principales Ă©coles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un État sacrĂ© islamique – une sorte de super Vatican musulman – oĂč l’avenir de la foi serait dĂ©battu au lieu d’ĂȘtre arbitrairement fixĂ©. » Soit une sorte d’Islam des LumiĂšres Ă©laborĂ© au cƓur de cet État sacrĂ© islamique qui permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils Ă©pousent pleinement la philosophie mondialiste.

D’autres Ă©lĂ©ments contribuent Ă  renforcer le rĂŽle de la religion chrĂ©tienne en l’utilisant Ă  des fins politiques. Les actions en ce sens de Nicolas Sarkozy sont particuliĂšrement connues parce qu’elles sont en dĂ©saccord avec le statut laĂŻc de la France.

On ne peut effectivement s’empĂȘcher de penser que la croyance et l’espĂ©rance, dont Nicolas Sarkozy parle benoit-xvi-21avec constance, sont prĂ©cisĂ©ment les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. « Pas de pouvoir sans croyance », disait Paul ValĂ©ry. L’exposition sans retenue de ses interrogations mĂ©taphysiques procĂšde aussi de cette logique-lĂ . Qu’importent la rĂ©alitĂ© et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, Ă  laquelle les AmĂ©ricains sont habituĂ©s depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

Il a dĂ©taillĂ© ses convictions dans un livre, la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance » , paru en 2004, ouvrage qui s’insĂšre dans une bibliographie dont les titres ont un Ă©trange parfum d’encyclique ou de prĂȘche Ă©sotĂ©rique : « Ensemble », « TĂ©moignage libre », « Au bout de la passion : l’Ă©quilibre ». Et s’il est vrai qu’un responsable politique Ă©crit gĂ©nĂ©ralement la biographie d’hommes auxquels il voudrait secrĂštement qu’on le compare, alors le titre de son ouvrage sur Georges Mandel, « Le Moine de la politique », laisse songeur.

DĂšs les premiĂšres pages de la RĂ©publique, tout est dit : « Je considĂšre que, toutes ces derniĂšres annĂ©es, on a surestimĂ© l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux et la question spirituelle ont Ă©tĂ© trĂšs largement sous-estimĂ©es.» On remarquera, en outre, que cette phrase opĂšre un Ă©tonnant rapprochement entre le fait religieux, phĂ©nomĂšne social qui ressort de la sphĂšre publique, et la question spirituelle, en principe exclusivement privĂ©e, elle.

Explication de texte, par l’auteur : « Le fait religieux est un Ă©lĂ©ment primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrĂȘte pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laĂŻcitĂ©. Pas mĂȘme la vision d’une laĂŻcitĂ© indiffĂ©rente. Je crois au besoin religieux pour la majoritĂ© des femmes et des hommes de notre siĂšcle. La place de la religion dans la France de ce dĂ©but de troisiĂšme millĂ©naire est centrale. »

Il faut Ă©voquer la rĂ©ception, en grande pompe, au ministĂšre des Finances, de l’acteur Tom Cruise, dont personne n’ignorait alors qu’il Ă©tait le porte-parole de la scientologie.

Il faut lire Sarkozy, toujours dans la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance », lorsqu’il reconnaĂźt « la lĂ©gitimitĂ© de certaines des nouvelles religiositĂ©s », estimant que le mot secte « est parfois utilisĂ© abusivement contre des mouvements spirituels nouveaux ». Nouveau mouvement spirituel, ce qualificatif est prĂ©cisĂ©ment celui dont se rĂ©clame la scientologie, secte pourtant parmi les plus dangereuses, aux dires mĂȘme des pouvoirs publics. Il est vrai, comme l’exprimera Nicolas Sarkozy, que les « sectaires » sont les autres, ceux qui ont fait de la laĂŻcitĂ© une « laĂŻcitĂ© de combat ». InquiĂ©tant dĂ©voiement du sens des mots.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.