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juin 18 2009

« Limiter la population pour sauver la planÚte » (troisiÚme partie, infos en continu)

Par Régis Mex

Poursuivons nos interrogations : pourquoi, alors que nos pays europĂ©ens doivent remĂ©dier Ă  leur crise de relance dĂ©mographique par l’ouverture Ă  l’immigration massive (ce que les États-Unis font Ă©galement sans toutefois ĂȘtre dĂ©jĂ  victime d’un vieillissement trop important de la population), les dĂ©cideurs de la politique de nos sociĂ©tĂ©s occidentales pourraient-ils dĂ©sirer liquider une certaine partie des citoyens des États pour lesquels ils travaillent ?

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Certes, si la pandĂ©mie de grippe A a Ă©tĂ© dĂ©libĂ©rĂ©ment projetĂ©e et provoquĂ©e par quelques membres de « l’Ă©lite », nous pourrions nous dire que leur but est avant tout d’affaiblir certains pays ennemis ou rivaux peu aptes Ă  contrer efficacement le mal viral qui s’abat sur eux. Un foyer de virus apparaissant dans un vaste pays oĂč la densitĂ© de population est forte et oĂč la sociĂ©tĂ© est encore majoritairement constituĂ©e de paysans comme la Chine pourrait faire des ravages. En outre, les entreprises qui fabriqueraient un remĂšde (plus ou moins digne de ce nom) au flĂ©au mondial feraient de gigantesques profits, puisque tout le monde achĂšterait leurs produits, et ce quel que soit leur efficacitĂ©, parce qu’il n’y aura pas de meilleur antidote que ce que l’on voudra bien leur proposer. En prime, cette pandĂ©mie constitue un Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur important d’un Ă©tat d’urgence national (puis mondial, si le virus s’Ă©tend Ă  ce point) probable, couplĂ© Ă  la crise financiĂšre qui, elle, est dĂ©jĂ  mondiale. Elle constituera donc un nouvel ennemi Ă  combattre, aidera Ă  renforcer la peur qui rĂšgnera de plus en plus dans l’opinion publique, et contribuera ainsi Ă  l’avĂšnement de nouvelles mesures politiques, sociales et Ă©conomiques qui n’auraient jamais pu ĂȘtre prises dans des conditions normales. Tous ces Ă©lĂ©ments sont autant de raisons non nĂ©gligeables pour « l’Ă©lite » d’avoir provoquĂ© cette pandĂ©mie. Mais il y a probablement Ă©galement un facteur plus directement Ă©conomique au niveau national qui a jouĂ© un rĂŽle significatif dans le dĂ©clenchement de cette pandĂ©mie, en persistant toujours dans l’hypothĂšse qu’elle ait Ă©tĂ© provoquĂ©e.

Le vieillissement de la population accentue effectivement de façon croissante l’inutilitĂ© de la classe moyenne (que l’on dĂ©finit gĂ©nĂ©ralement comme les citoyens qui gagnent entre 1200 et 3000€ par mois en France) pour le capitalisme, car on estime qu’aprĂšs 65 ans, une personne de la classe moyenne coĂ»te une somme plus importante en retraite et en frais de santĂ© que la totalitĂ© de ce qu’elle a rapportĂ© Ă  l’État et aux entreprises par ses impĂŽts et sa consommation pendant toute la durĂ©e de sa vie active. C’est en tout cas la constatation que Jacques Attali fait dans son livre « L’homme nomade », dans lequel il a la sympathie de recommander l’euthanasie Ă  toute personne de plus de 65 ans.

De part et d’autre de cette classe moyenne, il y a la classe aisĂ©e (celle qui possĂšde suffisamment d’argent pour faire tourner l’Ă©conomie grĂące Ă  la consommation importante qu’elle peut se permettre et aux rentrĂ©es non nĂ©gligeables que cela induit pour les entreprises, ainsi que pour l’État par l’intermĂ©diaire des impĂŽts), et la classe populaire (celle qui se contente de produire et de fournir les matiĂšres premiĂšres pendant qu’elle retire juste assez d’argent de son travail pour survivre). Ce sont les deux moteurs du capitalisme : l’une fournit les ressources, et les autres s’enrichissent de leur exploitation et alimentent l’Ă©conomie en faisant circuler leurs capitaux.

Mais la classe moyenne ne remplit ni l’un ni l’autre des critĂšres de façon satisfaisante pour que son existence soit apprĂ©ciable au capitalisme ; au contraire, elle vit aux frais de ce dernier. C’est pourquoi tout est fait pour Ă©largir le fossĂ© entre classe aisĂ©e et classe pauvre, selon le principe « les riches toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres ». Ces deux graphiques montrent de façon Ă©loquente Ă  quel point on tente d’effacer une classe moyenne obsolĂšte :

De 1955 Ă  1975:

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De 1975 Ă  aujourd’hui:

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Ajoutons Ă  cela que les moyens toujours Ă©largis de mĂ©canisation du travail aboutissent Ă  un remplacement toujours plus important du travail humain par des machines, permettant aux entreprises de payer moins de salaires (ce qui ne se rĂ©percute pas forcĂ©ment dans les prix de leurs produits, sauf pour des raisons de concurrence). Humainement, on imaginerait qu’il serait logique que ceux dont les machines ont remplacĂ© l’emploi se voient garantis du mĂȘme salaire qu’auparavant tout en n’ayant plus Ă  effectuer le mĂȘme travail, puisque c’est avant tout du ressort de la technologie d’accroĂźtre le bien-ĂȘtre des hommes en les soulageant d’une part relative d’effort. Mais dans notre dure rĂ©alitĂ©, cela se traduit plutĂŽt par la mise au chĂŽmage de ces personnes et par la prise du profit par les employeurs. Tout cela mĂšne Ă  la sociĂ©tĂ© 20/80.

La Loi de Pareto, aussi appelĂ©e loi des 80/20, est une loi empirique inspirĂ©e par les observations de Vilfredo Pareto (1848-1923), Ă©conomiste et sociologue italien : environ 80 % des effets est le produit de 20 % des causes. Cette « loi », bien qu’empirique, a Ă©tĂ© formalisĂ©e en mathĂ©matiques par la distribution de Pareto.

Pareto avait remarqué que 20% de la population italienne détenait 80% des richesses du pays.
Quelques exemples pour mieux illustrer l’idĂ©e :
‱ 20% des moyens permettent d’atteindre 80% des objectifs.
‱ 20% des produits ou des clients reprĂ©sentent 80% du chiffre d’affaires.
‱ 20% des ventes reprĂ©sentent environ 80% de la marge bĂ©nĂ©ficiaire.
‱ 20% de votre activitĂ© fournit 80% du rĂ©sultat de votre activitĂ©.
‱ 20% de vos rĂ©sultats proviennent de 80% de votre temps.

Le mot tittytainment fut utilisĂ© en 1995 par Zbigniew Brzezinski, idĂ©ologue nĂ©olibĂ©ral, membre de la commission trilatĂ©rale et ex-conseiller du PrĂ©sident des États-Unis Jimmy Carter, pendant la conclusion du premier « State Of The World Forum », qui eut lieu Ă  l’HĂŽtel Fairmont, dans la ville de San Francisco. L’objectif de la rencontre Ă©tait d’analyser l’Ă©tat du monde, de fixer des objectifs souhaitables et les moyens de les atteindre, et de dĂ©finir la politique globale utile Ă  leur mise en Ɠuvre [Cf. la technique managĂ©riale des entreprises]. Les dirigeants rĂ©unis Ă  San Francisco (Mikael Gorbachov, George H W Bush, Margaret Thatcher, Vaclav Havel, Bill Gates, Ted Turner, etc.) sont arrivĂ©s Ă  la conclusion que l’arrivĂ©e de la dĂ©nommĂ©e SociĂ©tĂ© 20/80 (basĂ©e sur le principe de la Loi de Pareto) est inĂ©vitable, celle dans laquelle le travail de 20% de la population mondiale sera suffisant pour soutenir la totalitĂ© de l’appareil Ă©conomique de la planĂšte. La population restante (80 %) s’avĂšrera superflue, et, ne disposant pas de travail ni d’aucune forme d’occupation, nourrira une frustration croissante.
C’est ici qu’entre en jeu le tittytainment, concept de Brzezinski. Brzezinski a proposĂ© le tittytainment, un mĂ©lange d’aliment physique et psychologique, pour endormir les masses et contrĂŽler leurs frustrations et protestations prĂ©visibles. Brzezinski dĂ©finit le tittytainment, comme une combinaison des mots anglais « tits » ( »seins » en jargon amĂ©ricain) et « entertainment ». Ce mot fait allusion Ă  l’effet calmant, anesthĂ©siant de l’allaitement maternel sur le bĂ©bĂ©.
Puisque nos « Ă©lites » projettent de longue date d’Ă©tablir cette loi de Pareto en vĂ©ritable modĂšle de sociĂ©tĂ©, nous pouvons penser en toute logique qu’ils ne se gĂȘneront pas d’utiliser des moyens peu scrupuleux pour atteindre une mĂ©thode qui multipliera leurs profits et leur pouvoir. Il est probable que ce soit lĂ  aussi un rĂŽle important de la pandĂ©mie de grippe A.

Entre autre, la dĂ©tĂ©rioration des conditions de vie globales des citoyens peut y contribuer. En effet, les États ont privatisĂ© tant de secteurs rentables, et nationalisĂ© tellement de secteurs coĂ»teux, que les budgets de la SĂ©curitĂ© sociale, de l’enseignement et de ce que l’État possĂšde encore dans le domaine de la mĂ©decine ne cessent de diminuer, tout simplement parce que l’État n’est plus capable de tenir le rythme des financements. Il n’est pas nouveau que la mĂ©decine soit majoritairement une affaire privĂ©e et qui doit donc prioritairement se montrer rentable, mais l’enseignement est lui aussi en dĂ©but de privatisation, et qui sait ce qui sera enseignĂ© dans les Ă©coles lorsque ce processus aura abouti…

Pour ce qui est des aides de l’État telles que la pension, on nous suggĂšre de cotiser jusqu’Ă  65 voire 70 ans pour que l’on puisse continuer Ă  l’offrir aux citoyens en Ăąge d’y accĂ©der, qui se font de plus en plus nombreux. On conseille aussi Ă  certains de commencer Ă  travailler le dimanche. En plus du chĂŽmage et du RMI, nous voyons aussi depuis deux ans l’expĂ©rimentation du RSA (Revenu de SolidaritĂ© Active), qui permet Ă  une personne recevant le RMI (450€ par mois pour une personne seule) de gagner une moyenne de 110€ supplĂ©mentaire par mois en travaillant… Soit de gagner environ 560€ par mois en faisant un travail qui rapporterait plus de 1000€ Ă  quelqu’un dont ce serait l’emploi. Cela dans le but louable d’aider les personnes Ă  se « rĂ©insĂ©rer dans la vie active ». Bref, ce RSA peut ouvrir la voie Ă  une banalisation de « vol » d’emploi par des personnes qualifiĂ©es ou non pour des salaires bien moindres que le prix normal. À coup sĂ»r, s’il y a diminution significative de la classe moyenne par quelque procĂ©dĂ© que ce soit dans les prochaines annĂ©es, la majoritĂ© sera relĂ©guĂ©e dans la classe populaire comme lors de la transition de 1955-75 Ă  nos jours, voire d’une façon plus flagrante.

Rappelons cependant que dans aucun cas nous ne pouvons ĂȘtre dans le secret des dieux, et que ce qui a Ă©tĂ© publiĂ© dans les trois parties d’article portant sur ce sujet relĂšve majoritairement de l’hypothĂšse qui s’appuie sur un raisonnement logique en chaĂźne, mais n’est en aucun cas une certitude, puisque tout cela n’a pas encore Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© de façon concrĂšte. NĂ©anmoins, l’intĂ©rĂȘt d’Ă©tablir des modĂšles d’apprĂ©hension de l’avenir permet de dresser une liste de scĂ©narios plus ou moins probables que l’on verrait se rĂ©aliser Ă  une certaine Ă©chĂ©ance, et donc de se prĂ©parer Ă  ce que certains Ă©lĂ©ments dĂ©duits de la rĂ©flexion se concrĂ©tisent. Le temps nous dira si ce que nous avons raisonnĂ© sur ce sujet est juste ou non, et il serait prĂ©fĂ©rable que nous nous trompions. Mais une chose est sĂ»re : faire accepter aux gens que la population doit ĂȘtre limitĂ©e, c’est les prĂ©parer Ă  accepter ensuite l’idĂ©e de la rĂ©duire, ce qui ne pourrait que servir, pour des raisons flagrantes, les Ă©ventuels desseins que nous avons dĂ©veloppĂ©s ci-dessus.

TroisiĂšme extrait de Sicko (les deux premiers sont sur la deuxiĂšme partie de l’article):

QuatriĂšme extrait de Sicko:

PS: Je vous invite à lire (ou relire)  cet excellent article, qui redouble de pertinence dans la conjoncture actuelle.

Vous pourrez retrouver la premiĂšre partie de cet article ici et la seconde lĂ .

Régis Mex, pour Mecanopolis.


A la suite de cet article, nous placerons les Informations en Continu de la rédaction de Mecanopolis

23:00 > EnquĂȘte sur un dĂ©sastre annoncĂ©

par Karel Vereycken

Fin avril, un virus inconnu de grippe apparaĂźt « par surprise » au Mexique. En moins d’un mois il se rĂ©pand sur plusieurs continents. La maladie, qui affecte 36 000 personnes, dont la majoritĂ© a moins de 25 ans, provoque la mort de 163 malades. Devant l’extension de l’épidĂ©mie et aprĂšs de longues hĂ©sitations, l’OMS officialise le 11 juin la phase 6 de son plan d’alerte et dĂ©clare que le monde est en prĂ©sence de la « premiĂšre pandĂ©mie grippale du XXIe siĂšcle ». DĂ©sormais, une course contre la montre est engagĂ©e pour produire au plus vite, et autant que possible, antiviraux et vaccins pour tous. Mais cela suffit-il ? Lire la suite.

19 juin > 7,7 milliards pour le H1N1

Le Sénat américain a approuvé jeudi, deux jours aprÚs la Chambre, un projet de budget 2009 supplémentaire de 106 milliards de dollars destiné au financement des guerres en Afghanistan et en Irak, mais aussi à la grippe porcine, et à la participation américaine au FMI.

Les sénateurs ont approuvé le projet de budget par 91 voix contre 5.

Le texte adoptĂ© est une version commune, entre le SĂ©nat et la Chambre, du projet de budget 2009 pour financer les troupes amĂ©ricaines en Irak et en Afghanistan jusqu’au 30 septembre 2009.

Ce vote intervient aprÚs celui de la Chambre mardi par 226 voix contre 202. Les deux chambres ayant voté, le texte sera donc envoyé au président américain Barack Obama pour signature, deux mois aprÚs que celui-ci ait réclamé les fonds.

Au total, le projet de budget prĂ©voit une dĂ©pense d’environ 106 milliards de dollars, soit quelque 15 milliards de plus que ce qu’avait demandĂ© M. Obama en avril dernier.

Parmi les dépenses prévues figurent 79,9 milliards pour les troupes, mais également 7,7 milliards pour la lutte contre le virus A(H1N1) de la grippe porcine, et environ 8 milliards pour le FMI.

00:15 > A (H1N1) et Etat d’exception

Le totalitarisme moderne peut ĂȘtre dĂ©fini, comme l’instauration par l’Ă©tat d’exception, d’une guerre civile lĂ©gale [...] DĂšs lors la crĂ©ation volontaire d’un Ă©tat d’urgence permanent (mĂȘme s’il n’a pas Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© au sens technique) est devenue l’une des pratiques essentielles des Etats contemporains, y compris de ceux que l’on appelle dĂ©mocratique.

Giorgio Agamben, Etat d’exception

Lire le document

00:20 > 77 nouveaux cas ce jeudi au Québec

La grippe A (H1N1) poursuit sa progression au Canada et au QuĂ©bec, malgrĂ© l’arrivĂ©e de l’étĂ©, alors qu’on recense habituellement trĂšs peu de cas d’influenza Ă  cette pĂ©riode de l’annĂ©e. Lire l’article.

00:40 > 189 cas de grippe porcine confirmés au Nunavut; quatre aux TNO.

Les petites collectivités isolées semblent plus vulnérables à la propagation du virus de la grippe A (H1NI)que les grands centres.

C’est, en tout cas, l’observation que fait le Docteur Kami Kandola, hygiĂ©niste en chef par intĂ©rim des Territoires du Nord-Ouest.

Depuis le 28 mai, les cas de grippe A s’accumulent au Nunavut. En date du 16 juin, les autoritĂ©s sanitaires du plus rĂ©cent territoire canadien dĂ©nombraient 189 cas d’infections, dont la grande majoritĂ© dans les rĂ©gions du Kitimeot (ouest) et du Kivalliq (centre). Moins de cinq cas Ă©taient recensĂ©s dans la rĂ©gion de Baffin. Aux TNO, quatre cas ont Ă©tĂ© recensĂ©s.

« Il faut ĂȘtre trĂšs vigilant, affirme le Dr Kandola. Il faut s’assurer que les traitements sont prodiguĂ©s le plus tĂŽt possible, car il semble que les petites collectivitĂ©s oĂč il n’y a pas d’accĂšs routier sont plus vulnĂ©rables, que la propagation se fait plus rapidement. » Elle note qu’un scĂ©nario de propagation rapide, similaire Ă  la situation du Nunavut, a aussi Ă©tĂ© recensĂ© dans une petite collectivitĂ© du nord du Manitoba. Lire la suite.

05:30 > La Nouvelle-Zélande a confirmé 63 nouveaux cas de grippe A/H1N1 vendredi, ce qui porte à 216 le total des malades diagnostiqués dans le pays. A Singapour, les autorités ont rapporté 11 nouveaux cas, soit un total de 77.

06:10 > Le Mexique a dépisté 500 nouveaux cas de grippe porcine, ce qui porte le bilan à 7.624 malades, a annoncé jeudi le ministÚre de la Santé dans un communiqué.

17:30 > Le virus A(H1N1) de la grippe porcine continue de progresser, notamment dans l’hĂ©misphĂšre sud, et a contaminĂ© 44.287 personnes dans 95 pays et territoires, faisant 180 morts, selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS) publiĂ© vendredi.

Depuis le prĂ©cĂ©dent bilan de l’OMS, Ă©tabli mercredi et publiĂ© jeudi, 4.667 nouveaux cas de grippe porcine, dont treize morts supplĂ©mentaires, ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s officiellement.

19 juin > Mutations du virus A H1N1
Traduction en français par Lyro, Zonegrippeaviaire

L’acquisition de E627K [dans la grippe porcine] soulĂšve la prĂ©occupation que le virus puisse Ă©voluer en un agent plus mortel, ce qui sera associĂ© avec un taux de mortalitĂ© accru chez de jeunes adultes auparavant en santĂ©, tel que cela fut observĂ© lors de la pandĂ©mie de 1918. Lire l’article.

13:00 > « Des recherches sur les infections de la grippe par voie aĂ©rienne ont Ă©tĂ© publiĂ©es dĂšs 1974 par le service de santĂ© de l’armĂ©e française »

TrĂšs peu d’informations sont disponibles sur les expĂ©riences de gĂ©nie gĂ©nĂ©tique dans le programme français de biodĂ©fense. Certains indices suggĂšrent qu’au moins deux agents d’armes biologiques ont Ă©tĂ© produits par les moyens du gĂ©nie gĂ©nĂ©tique par des chercheurs du Centre d’études du Bouchet (CEB) au dĂ©but des annĂ©es 90. En 1991, des chercheurs du CEB ont prĂ©sentĂ© une production de toxine de serpent Ă  l’échelle pilote lors d’une confĂ©rence aux États-Unis sur la biodĂ©fense. Selon cet exposĂ©, le gĂšne de l’Erabutoxine A., provenant d’un serpent marin asiatique, a Ă©tĂ© introduit dans des bactĂ©ries E. coli afin de produire cette toxine Ă  l’échelle pilote (8). Cette Ă©tude a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e comme un exemple de travail “d’évaluation de la menace”. Selon les titres de deux prĂ©sentations faites par des chercheurs du CEB, cet organisme s’est engagĂ© Ă  la fin des annĂ©es 90 dans la production et la purification de “toxine epsilon” (9) vraisemblablement la toxine lĂ©tale de Clostridium perfringens. Le rapport annuel 1998 de l’UnitĂ© bactĂ©ries anaĂ©robies et toxines de l’Institut Pasteur, qui a collaborĂ© avec le CEB dans la production de toxines clostridiales, dĂ©clare : “la toxine epsilon pourrait ĂȘtre utilisĂ©e comme une arme biologique et le Service de SantĂ© de l’ArmĂ©e s’intĂ©resse Ă  cette toxine. Des Ă©tudes de pharmacologie de cette toxine ont Ă©tĂ© entreprises au CEB. En collaboration avec le CEB, nous Ă©tudions l’expression et la rĂ©gulation de la toxine epsilon (…) Nous avons transfĂ©rĂ© ce gĂšne [pour la toxine epsilon] dans diffĂ©rents vecteurs navettes E. coli-C. perfringens (…) et nous avons transformĂ© des souches de E. coli et de C. perfringens non toxiques (…). Nous avons obtenu ainsi une souche produisant environ 10 fois plus de toxine epsilon que la souche sauvage…” (10). Donc, en coopĂ©ration avec le CEB, le gĂšne d’un agent au potentiel d’arme biologique a Ă©tĂ© insĂ©rĂ© dans des souches non pathogĂšnes afin de produire 10 fois plus de cet agent que les souches naturelles. Dans une autre Ă©tude mentionnĂ©e dans le mĂȘme rapport annuel, une toxine produite par C. perfringens a Ă©tĂ© insĂ©rĂ©e gĂ©nĂ©tiquement dans une autre souche et a Ă©tĂ© produite avec une concentration de 40 Ă  80 fois supĂ©rieure Ă  celle de la souche sauvage. Dans le mĂȘme laboratoire, des Ă©tudes sur (et des transferts de gĂšnes avec) des gĂšnes de la toxine botulique ont Ă©galement Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par un chercheur invitĂ© venu du centre des forces armĂ©es US pour la biodĂ©fense mĂ©dicale, l’USAMRIID.

L’objectif gĂ©nĂ©ral de ces recherches sur les venins reste peu clair. La plupart des toxines Ă©tudiĂ©es sont des neurotoxines, et de nombreuses Ă©tudes neurologiques ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es, incluant l’analyse des effets neurotoxiques de venins bruts, des recherches fondamentales sur les mĂ©canismes de la toxicitĂ©, sur les effets d’une toxine de poisson sur l’activitĂ© du cerveau (11), et sur les effets comportementaux de mycotoxines (12). Une vaste gamme de toxines de serpents a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e au CRSSA, dont la dendrotoxine, la paradoxine, la crotoxine, et l’ammodytoxine (13). Il est notable qu’un Ă©lĂ©ment constant des travaux français de biodĂ©fense a Ă©tĂ© et reste les recherches sur la grippe. La grippe est le seul virus sur lequel travaille le CEB. Des recherches sur les infections de la grippe par voie aĂ©rienne ont Ă©tĂ© publiĂ©es dĂšs 1974 par des chercheurs du service de santĂ© de l’armĂ©e française (14). Plus rĂ©cemment, le CEB et l’hĂŽpital militaire HIA BĂ©gin, en collaboration avec des chercheurs universitaires, Ă©taient impliquĂ©s dans plusieurs projets se concentrant sur le dĂ©veloppement de traitements possibles contre les infections de la grippe propagĂ©es par voie aĂ©rienne (15). Un des volets de ce travail est la surinfection par d’autres pathogĂšnes d’animaux infectĂ©s par la grippe (16). Selon une publication rĂ©cente, une “souris modĂšle d’infection par le virus lĂ©tal de la grippe A” a Ă©tĂ© créée pour ces expĂ©riences. Ce type de recherches n’est pas exceptionnel, et les personnels militaires sont autant sujets aux infections par la grippe que le public en gĂ©nĂ©ral.Unprogramme militaire de recherches sur le traitement de la grippe ou sur sa prophylaxie peut aisĂ©ment ĂȘtre justifiĂ©. Il faut noter, cependant, que le CEB est un complexe dĂ©diĂ© Ă  la biodĂ©fense et que l’hĂŽpital militaire BĂ©gin est l’une des trois principales institutions militaires de recherches en biodĂ©fense Il est donc prudent de prĂ©sumer que ces recherches sur la grippe se consacrent spĂ©cialement Ă  la dĂ©fense biologique. Bien que le virus de la grippe puisse rĂ©ellement ĂȘtre une arme biologique efficace – en particulier si l’on considĂšre des souches modifiĂ©es gĂ©nĂ©tiquement portant des gĂšnes de la souche mortelle de 1918 (17) – il n’est pas, d’un point de vue militaire, le principal agent viral d’armes biologiques. La plupart des experts considĂšrent d’autres virus tels qu’Ebola, Lassa ou la variole comme des menaces biologiques majeures (18). La question reste ouverte de savoir pourquoi la communautĂ© militaire française de biodĂ©fense a maintenu une attention spĂ©ciale sur la grippe, au moins de 1974 jusqu’à aujourd’hui.

Lire aussi > infogm.org

8, “Expression of erabutoxin-a gene in Escherichia coli cultivated in pilot fermenter”, P. Silvestre et al., US Army CRDEC Scientific Conference on Chemical Defense Research, 19-22 novembre 1991, livre d’extraits, p 27. 9, ConfĂ©rences donnĂ©es par Didier Hilaire, MRC françaises 1998, page 230, et ValĂ©rie Morineaux, MRC 1999, page 49. 10, www.pasteur.fr/recherche/RAR/RAR1998/Anaer.html 11, “Anomalies Ă©lectroencĂ©phalographiques chez le rat aprĂšs administration de venin de poisson-pierre (Synanceia verrucosa)”, Breton P. et al., (1999), Extrait d’une affiche au Colloque SFET 1999. www.sfet.asso.fr/resumbreton.htm 12, “Effects of penitrem A on rat’s performances in passive avoidance and Morris water maze test”. Mycopathologia 138:99-104. Breton P. et al., (1998) Brain neurotoxicity of penitrem A : electrophysiological, behavioural and histopathological study”, Deschaux O. et al., (1997) , Toxicon 36:645-655. 13, “Secreted phospholipase A2-induced neurotoxicity and epileptic seizures after intracerebral administration : an unexplained heterogeneity as emphasized with paradoxin and crotoxin”, Dorandeu F. et al., (1998), J Neursc Res 54:848-862. 14, “Local immune response in experimental airborne influenza of Balb/c mice infected with myxovirus influenza A/Hong-Kong/1/68 (H3N2)”, Lemercier G. et al., (1974), Arch Gesamt Virusforsch. 45:113-121. Bottex C. et al. (1977) “Affinity chromatography purification of surface antigens from Myxovirus influenzas”, C R Hebd. Seances Acad Sci Ser D 284:2059-2062. 15, “Effective prophylaxis of influenza A virus pneumonia in mice by topical passive immunotherapy with polyvalent human immunoglobulins or F(ab’)2 fragments”, Ramisse F. et al., (1998), Clin Exp Immunol 111:583-587. Dreffier C., Ramisse F., Dubernet C. (2003) “Pulmonary administration of IgG loaded liposomes for passive immunoprophylaxy”, Int J Pharm 254:43-47. 16, “Super-infection by Bacillus thuringiensis H34 or 3a3b can lead to death in mice infected with the influenza A virus”, Hernandez E. et al., (2000), FEMS Immunol Med Microbiol 29:177-181. Alonso J.M., Guiyole A.., Zarantonelli M.L., Ramisse F., Pires R., Antignac A., Deghmane A.E., Huerre M., VanderWerf S., Taha M.K. (2003) “A model of meningococcal bacteremia after respiratory superinfection in influenza A virus-infected mice”, FEMS Microbiol Let 222:99-106. 17, Pour une discussion de la rĂ©surrection gĂ©nĂ©tique du virus de la grippe espagnole de 1918, voir la page d’accueil du site www.sunshine-project.org. 18, Cf., par exemple, les listes d’agents de bioterrorisme du CDC, qui inscrivent en catĂ©gorie A uniquement les filovirus (Ebola, Marburg) et les arenavirus (tels que Lassa). 19, www.smallpoxbiosafety.org

18:00 > Cent soixante-deux cas de grippe A(H1N1) ont Ă©tĂ© confirmĂ©s en France, dont celui d’une fillette parisienne du XVe arrondissement, de retour d’un voyage scolaire en Grande-Bretagne, a indiquĂ© samedi l’Institut national de veille sanitaire (INVS).

Le dernier bilan de l’INVS, jeudi soir, faisait Ă©tat de 150 cas de grippe porcine dans l’hexagone.

Dans l’intervalle –outre celui de la fillette– onze des 104 cas « probables » et en cours d’investigation ont Ă©tĂ© confirmĂ©s, a expliquĂ© l’INVS Ă  l’AFP.

19:00 > Le nombre de personnes contaminĂ©es par la grippe porcine A(H1N1) au Royaume-Uni a dĂ©passĂ© la barre des 2.000, a annoncĂ© samedi l’Agence de protection sanitaire (HPA).

Des analyses ont confirmé la contamination de 247 personnes supplémentaires, ce qui porte le nombre total de cas avérés à 2.244, a précisé la HPA dans un communiqué.

20:00 > 2012, l’OdyssĂ©e (bande annonce)

Nous placerons dans la journée de demain ce documentaire dans son intégralité.

19:30 >Trois mois de programmes Ă©ducatifs pour les primaires, collĂ©giens et lycĂ©ens sont prĂȘts pour une diffusion sur France 5, uniquement en cas de pandĂ©mie grave de la grippe A (H1N1). C’est Ă  dire si le gouvernement dĂ©crĂ©tait la fermeture des Ă©coles, comme ce fut le cas Ă  Mexico.

En phase 6, et en cas de pandĂ©mie grave, France tĂ©lĂ©visions fonctionnerait ainsi : info en continu sur France 2, infos de proximitĂ© sur France 3, substitution Ă  l’Education Nationale pour France 5.

Selon AgnÚs Zerwetz, responsable éditoriale au Centre national de documentation pédagogique, trois mois de programmes sont stockés à France 5 et France Culture, et quatre jours de cours par semaine sont prévus. Exemple : cours des lycéens de 14h30 à 17h50.

25 juin > Les entreprises nĂ©gligentes pourraient ĂȘtre poursuivies

Les entreprises qui omettent de prendre les moyens nĂ©cessaires pour faire face Ă  la pandĂ©mie de grippe A (H1N1) pourraient ĂȘtre tenues juridiquement responsables envers leurs employĂ©s, leurs clients ou leurs actionnaires. ThĂ©oriquement, cela pourrait se traduire par des poursuites lĂ©gales envers l’entreprise et ses administrateurs.

Dans un rapport publiĂ© en dĂ©but de semaine sur la prĂ©paration des entreprises canadiennes face au H1N1, le professeur Amin Mawani, Ă©conomiste et professeur Ă  la Schulich School of Business de l’UniversitĂ© York (Toronto), souligne que les risques de pandĂ©mie deviennent de plus en plus Ă©vidents. Dans ces circonstances, les entreprises non prĂ©parĂ©es pourraient ĂȘtre tenues responsables.

Ce que confirment deux avocats consultĂ©s par La Presse Affaires, mĂȘme s’ils conviennent tous deux que des poursuites pourraient ĂȘtre difficiles Ă  mener Ă  terme.

La responsabilitĂ© la plus Ă©vidente concerne les employĂ©s. «Tant dans le code civil que dans la Loi sur la santĂ© et sĂ©curitĂ© du travail, comme dans certaines conventions collectives, l’employeur a l’obligation d’assurer la santĂ© et la sĂ©curitĂ© de ses employĂ©s», explique Simon-Pierre HĂ©bert, associĂ© chez McCarthy TĂ©trault et spĂ©cialiste en droit du travail.

Au QuĂ©bec, la CSST pourrait potentiellement porter plainte contre une entreprise nĂ©gligente. Le Code criminel prĂ©voit aussi qu’un superviseur doit prendre «les mesures voulues pour Ă©viter qu’il n’en rĂ©sulte de blessure corporelle pour autrui».

Un client qui entre en contact avec un employĂ© infectĂ© pourrait aussi, tout dĂ©pendant des consĂ©quences de la maladie (frais mĂ©dicaux, absence du travail), dĂ©poser des poursuites contre l’entreprise. Mais il devrait entre autres prouver qu’il a contractĂ© la maladie au contact de l’employĂ©.

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26 juin, 07:16 > Peace


Amis lecteurs, nous allons reprendre les infos en continu sur sur cette nouvelle page :

La stratégie du chaos (premiÚre partie)

avr 06 2009

La surpopulation est-elle une fatalité malthusienne ?

Par Régis Mex

Partant du principe que les besoins sont supĂ©rieurs aux ressources, le problĂšme est de savoir comment gĂ©rer cette inĂ©galitĂ©. Il n’y a guĂšre que deux solutions : ou on agit sur les ressources, ou on agit sur les besoins. Y compris de la maniĂšre la plus extrĂȘme, celle prĂ©conisĂ©e par Malthus : faire moins d’enfants.

Réduire les besoins :population1

Si l’on agit sur les besoins, ce ne peut ĂȘtre que pour les limiter. Cette idĂ©e, Ă  mille lieues de notre culture, a Ă©tĂ© la direction suivie par bon nombre d’hommes. Elle fut le choix fondamental, ou le fardeau, de bon nombre de civilisations, et on la retrouve comme suggestion philosophique dans bien d’autres.

Par exemple, l’Ă©conomie des Indiens d’AmĂ©rique Ă©tait bĂątie sur l’adĂ©quation voulue, recherchĂ©e, de la vie de l’homme aux ressources offertes par la nature. Elle a Ă©tĂ© redĂ©couverte avec Ă©motion par bon nombre d’Ă©cologistes et de critiques de notre modĂšle de civilisation hĂ©doniste. Les peuples de chasseurs prĂ©levaient avec parcimonie ce dont ils avaient besoin pour survivre. Le bison leur fournissait nourriture, habillement, habitation, outils en os. D’autres tribus pratiquaient une agriculture extensive : ils cultivaient pendant une saison des terres qu’ils abandonnaient la saison suivante. Á aucun moment ils ne voulaient prendre Ă  la terre plus que ce qu’elle voulait donner.

La violence avec laquelle les pionniers traitĂšrent les Indiens, qui se solda par un vĂ©ritable gĂ©nocide (90% des Indiens d’AmĂ©rique du Nord furent exterminĂ©s, notamment au cours du XIXĂšme siĂšcle) s’explique en grande partie par le choc de deux cultures totalement divergentes sur le problĂšme du rapport de l’homme avec la nature. Les EuropĂ©ens arrivant en AmĂ©rique Ă©taient pour la plupart des protestants (souvent des « fondamentalistes ») qui tiraient de leurs croyances et de leur foi une vision des rapports entre la nature et les hommes diamĂ©tralement opposĂ©e Ă  celle des religions shamaniques ou animistes des Indiens. ChassĂ©s par la faim, privĂ©s de terre en Europe, ils dĂ©couvraient dans le Nouveau Monde une nature opulente qui n’attendait que la sueur des hommes pour ĂȘtre irriguĂ©e et rendue prospĂšre. Dans la tĂȘte de ces luthĂ©riens, ce que faisaient les Indiens de leur pays Ă©tait une insulte Ă  Dieu, Ă  sa gĂ©nĂ©rositĂ© et Ă  ses commandements. Si les Indiens Ă©taient Ă  leurs yeux des « sauvages », c’Ă©tait avant tout par leur manque de rationalitĂ© Ă©conomique.

Si la réduction des besoins est étrangÚre à notre culture, une autre attitude mentale nous est familiÚre : le malthusianisme.

Économiste anglais et nĂ©anmoins pasteur, Robert Malthus (1766-1834), contemporain de Smith, est connu pour avoir donnĂ© du problĂšme Ă©conomique une vision pessimiste et de sa solution une vision simple, mais radicale et tout aussi pessimiste. Les hommes sont soumis Ă  une malĂ©diction : leur nombre a naturellement tendance Ă  augmenter selon une suite gĂ©omĂ©trique (2, 4, 8, 16, 32…), alors que la production de biens, notamment alimentaires, progresse, dans le meilleur des cas, selon une suite arithmĂ©tique (2, 4, 6, 8, 10…). « Au bout de deux siĂšcles, Ă©crit Malthus, la population et les moyens de subsistance seront dans le rapport de 256 Ă  9 ; au bout de trois siĂšcles, de 4096 Ă  13 ; aprĂšs deux mille ans, la diffĂ©rence sera incalculable. » (Essai sur le principe de population, 1798). Il en conclut que si les hommes ne font rien pour limiter les naissances, l’humanitĂ© va droit dans le mur : la nature se chargera d’ajuster le nombre d’homme aux ressources disponibles par la famine.

Comme le dit Carlyle, qui, aprĂšs avoir lu Malthus, dĂ©finit l’Ă©conomie comme « la triste science » ; « Nulle part dans cette partie de son monde intellectuel il n’y a de la lumiĂšre ; rien que l’ombre sinistre de la faim », tout est « morne, triste, funĂšbre, sans espoir pour ce monde ou le prochain ».

« Au banquet de la nature » :

Dans l’ « Essai sur le principe de population », Malthus donne une description dure du sort de l’humanitĂ©, avec des accents qui nous rappellent certains traits de notre actualitĂ©. Lorsqu’un homme arrive sur terre, dit-il, il pĂ©nĂštre dans un monde dĂ©jĂ  possĂ©dĂ©. Si la sociĂ©tĂ© n’a pas besoin de son travail, il n’a aucun droit de rĂ©clamer de la nourriture : « Il est de trop au banquet de la nature ». Cette nature inflexible lui donnera l’ordre de s’en aller si par malheur les convives apitoyĂ©s lui font une petite place Ă  table. Car « le bruit qu’il existe des aliments pour tous ceux qui arrivent remplit la salle de nombreux arrivants qui rĂ©clament ». Et Ă  partir de lĂ , l’ordre et l’abondance qui rĂ©gnaient se transforment en disette. Alors « le bonheur des convives est dĂ©truit par le spectacle de la misĂšre et de la gĂȘne qui rĂšgnent en toutes les parties de la salle ».

Cette approche a Ă©tĂ© sĂ©vĂšrement et justement critiquĂ©e. La majoritĂ© des contemporains de Malthus tenaient pour vraie les affirmations de Jean Bodin (1530-1596) : « Il n’y a richesse, ni force que d’hommes », « Il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets, trop de citoyens » (Les Six Livres de la rĂ©publique, 1576). La rĂ©alitĂ© de l’histoire a montrĂ©, et avec quelle Ă©vidence, que la malĂ©diction de Malthus n’Ă©tait qu’une chimĂšre.

Pourtant le malthusianisme a eu, et a encore, ses partisans. Il a mĂȘme connu une singuliĂšre heure de gloire dans la deuxiĂšme moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle, au moment oĂč les colonies accĂ©daient Ă  l’indĂ©pendance. Le malthusianisme, « le plus barbare des contresens » selon l’Ă©conomiste et acadĂ©micien français AndrĂ© Piettre (1906-1994), Ă©tait devenu une sorte d’Ă©vidence Ă  laquelle chacun se pliait : les Ă©conomistes, les bonnes Ăąmes et les gouvernants des pays dont les habitants mouraient de faim. Toutes les mĂ©thodes de limitation des naissances (comme s’il s’agissait de nuisances) ont Ă©tĂ© mises en Ɠuvre, y compris les plus coercitives. La Chine communiste s’est donnĂ© comme slogan musclĂ© : « Un couple, un enfant », couvrant ainsi un regain d’infanticides dans les campagnes qui renouait avec une triste tradition. L’Inde d’Indira Gandhi a mĂȘme expĂ©rimentĂ© la stĂ©rilisation forcĂ©e Ă  laquelle on crĂ©ditait Ă  un moment les quatre cinquiĂšmes des naissances Ă©vitĂ©es.

La rĂ©alitĂ© est tout autre. Le problĂšme de la population a Ă©tĂ© pris Ă  l’envers. Cela arrive souvent en Ă©conomie. L’augmentation de la population a toujours Ă©tĂ© et est toujours un phĂ©nomĂšne temporaire. Malthus Ă©crivait Ă  un moment oĂč les famines Ă©taient sur le point de disparaĂźtre en Europe ; le moment de gloire de ses idĂ©es s’est produit dans le deuxiĂšme aprĂšs-guerre, Ă  un moment oĂč la mortalitĂ© s’est effondrĂ©e dans le tiers-monde. La hausse de la population s’est produite, temporairement, dans un cas comme dans l’autre, pendant le temps nĂ©cessaire aux populations concernĂ©es pour « rĂ©gler » leur taux de natalitĂ©. L’explosion dĂ©mographique n’a lieu que le temps nĂ©cessaire pour passer d’un Ă©quilibre de hauts taux Ă  un Ă©quilibre de bas taux. Ce phĂ©nomĂšne est connu comme le loup blanc par les dĂ©mographes.

transdem1Ce schĂ©ma retrace ce qu’on appelle la transition dĂ©mographique, c’est-Ă -dire le passage d’un Ă©quilibre de forts taux de natalitĂ© et de mortalitĂ© (autour de 35-45 pour 1 000, phase 1) Ă  un Ă©quilibre de bas taux (autour de 10 pour 1 000, phase 3). L’explosion dĂ©mographique est due au dĂ©calage dans le temps entre la baisse de la mortalitĂ© et celle de la natalitĂ© (phase 2). La mortalitĂ© baisse rapidement lorsque la nourriture, l’hygiĂšne et la mĂ©decine s’amĂ©liorent. Le phĂ©nomĂšne est rapide. Au contraire, la baisse de la natalitĂ© demande un peu plus de temps car ce sont lĂ  les mentalitĂ©s qui jouent. Les habitudes, les coutumes, les traditions, souvent liĂ©es Ă  des croyances religieuses, sont plus lents Ă  Ă©voluer.
Il est probable qu’en dĂ©finitive, l’enrichissement des populations soit l’Ă©lĂ©ment dĂ©terminant de la baisse de la natalitĂ©. Ce qui est difficilement acceptable, c’est que l’on ait cru, dans la pĂ©riode allant des annĂ©es 1950 aux annĂ©es 1970, que ce qui Ă©tait vrai et bon pour les pays du Nord ne le fĂ»t pas pour les pays du Sud. Au Nord, l’accroissement de la population avait signifiĂ© croissance Ă©conomique, enrichissement et bien-ĂȘtre. Au Sud, il fallait que ce soit famine, misĂšre, catastrophe. Pendant les Trente Glorieuses, alors que nous nagions dans l’opulence, « le bonheur des convives est dĂ©truit par le spectacle de la misĂšre et par la clameur importune de ceux qui sont justement furieux de ne pas trouver les aliments » (Malthus). Il fallait, Ă  ce moment lĂ , que tout le monde partage notre phobie de l’enfant. Une phobie de riches.

Mais si Malthus s’est trompĂ©, pourquoi des millions d’hommes meurent-ils de faim ? L’Ă©conomie affronte beaucoup de problĂšmes, mais celui-ci, mĂȘme s’il ne fait la une des journaux qu’en cas de catastrophe spectaculaire, est probablement le premier qu’un Ă©conomiste digne de ce nom doit essayer de comprendre et que les responsables de tous niveaux devraient essayer de rĂ©soudre. Est-ce rĂ©ellement le cas ? Tous les ans, entre 10 et 20 millions d’hommes meurent de faim dans le monde. Un milliard souffrent de sous-alimentation ou de malnutrition. L’exercice qui consiste Ă  chiffrer ce qu’il en coĂ»terait pour faire cesser cette abomination est aussi facile que dĂ©sespĂ©rĂ©ment stĂ©rile.

Il en est de la faim comme de la soif. Ce n’est pas un problĂšme de richesse globale, mais de rĂ©partition de celle-ci. Ce n’est pas l’eau qui manque sur terre, mais l’eau n’est pas forcĂ©ment lĂ  oĂč on en a besoin. Les 250 hommes les plus riches du monde disposent de la mĂȘme part de la richesse mondiale que les 3 milliards les plus pauvres. Pendant que les uns meurent de faim, d’autres souffrent d’obĂ©sitĂ©. On peut mĂȘme constater qu’un animal domestique dans un pays riche consomme quotidiennement plus que chacun des 2,8 milliards d’hommes les plus pauvres, qui disposent de moins de 2 dollars par jour pour vivre, ou, a fortiori, que le milliard qui dispose de moins de 1 dollar. Mais ça serait sans doute une faute de goĂ»t.

Tenons-nous-en Ă  des donnĂ©es simples. Selon l’organisation de l’ONU pour l’alimentation, la FAO, les disponibilitĂ©s Ă©nergĂ©tiques alimentaires par personne et par jour sont de plus de 3 300 kilocalories dans les pays dĂ©veloppĂ©s, de 2 500 dans les pays sous-dĂ©veloppĂ©s, et de 2 700 pour l’ensemble du monde. Cela veut dire, mais en thĂ©orie seulement, que le monde produit dĂ©jĂ  de quoi nourrir l’humanitĂ© tout entiĂšre.

La composition de l’alimentation est aussi Ă  prendre en compte. Les modĂšles alimentaires des pays dĂ©veloppĂ©s sont riches en Ă©nergie et en produits animaux. Les diffĂ©rents modĂšles traditionnels sont beaucoup plus riches en produits vĂ©gĂ©taux. Pour produire 1 kilocalorie animale, il faut 7 kilocalories vĂ©gĂ©tales. Pour les 3 500 kilocalories des pays les plus riches, qui contiennent 1 400 kilocalories animales, il faut en rĂ©alitĂ© produire 11 900 kilocalories vĂ©gĂ©tales. Pour les 2 000 kilocalories du Sud (qui contiennent seulement 80 kilocalories animales), il ne faut en produire que 2480.

La disproportion apparaĂźt dans toute son ampleur. Si la consommation de produits animaux dans les pays pauvres est de toute Ă©vidence insuffisante, il est tout aussi Ă©vident que celle des pays riches est excessive. Excessive en ce qu’elle est la cause des maladies les plus rĂ©pandues dans ces pays, maladies cardio-vasculaires, cancers, obĂ©sitĂ©. En Europe, on estime dĂ©jĂ  le coĂ»t de l’obĂ©sitĂ© Ă  quelques 60 milliards d’euros. Plus que ce que coĂ»te la politique agricole commune (PAC), un comble !

Un problĂšme commercial :

Les trois quarts des hommes ayant des difficultĂ©s alimentaires sont des ruraux, vivant donc de l’agriculture. Leurs problĂšmes sont trĂšs rarement de source naturelle (sĂ©cheresse, inondations), plus souvent de nature politique (guerres) et la plupart du temps d’origine Ă©conomique et commerciale.

La concurrence mondiale a fait baisser les prix des produits agricoles. Seules les agricultures les plus mĂ©canisĂ©es ou profitant des conditions particuliĂšrement favorables sont capables de supporter le choc. Encore faut-il que les gouvernements interviennent, comme en Europe, pour stabiliser les prix ou subventionner les agriculteurs. Pour les autres, la situation est dĂ©sespĂ©rĂ©e : dĂ©laissant les cultures traditionnelles de subsistance (tout simplement parce que ces biens-lĂ  sont moins chers Ă  acheter qu’Ă  produire), ils se spĂ©cialisent dans des produits commerciaux. Les prix de ces produits Ă©tant bas, ils essayent de produire plus pour gagner plus. Le rĂ©sultat est catastrophique : la production augmentant, les prix baissent encore et leur revenu est laminĂ©.

DĂšs lors, on assiste Ă  une situation pour le moins paradoxale : pendant que des hommes meurent de faim, en Europe on stocke des surplus agricoles et on rĂ©duit les surfaces agricoles Ă  coups de subventions. C’est ce qu’a montrĂ© l’Ă©conomiste indien Amartya Sen (nĂ© en 1933) dans « Poverty and Famines : an Essay on Entitlement and Deprivation » (1981), un de ses ouvrages les plus importants.

La logique est que, si on ne limite pas la production agricole des pays riches, les prix ne peuvent que s’effondrer. Les agriculteurs seraient ruinĂ©s. C’est incontournable. C’est ce qui explique pourquoi, cela n’aura pas Ă©chappĂ© au lecteur attentif, 1 kilo de pommes normandes vaut dans n’importe quel supermarchĂ© de la rĂ©gion parisienne toujours plus qu’un kilo de bananes qui vient pourtant de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique. L’aberration, comme le disait l’Ă©conomiste et agronome Michel CĂ©pĂšde (1908-1988), est que « pour rĂ©munĂ©rer la peine des producteurs dans le systĂšme Ă©conomique d’aujourd’hui, il faut qu’il y ait des affamĂ©s ».

Trouvons des raisons cependant d’ĂȘtre optimistes : dans les annĂ©es de l’aprĂšs-guerre, l’Inde et la Chine ont connu une vĂ©ritable explosion de leur population : elle dĂ©passe dans ces deux pays le milliard d’hommes. Ces deux pays ont, plus ou moins, rĂ©glĂ© le problĂšme de l’alimentation. MalgrĂ© les erreurs tragiques et les inĂ©vitables insuffisances, la famine a disparu de ces pays.

La thĂšse de l’Ă©conomiste danoise Ester Boserup (1910-1999) dans son livre « The Conditions of Agricultural Growth » (1965) se situe aux antipodes du spectre malthusien. Pour l’Ă©conomiste danoise, l’augmentation de la population exerce une « pression crĂ©atrice » qui a toujours Ă©tĂ© le moteur de l’innovation agricole depuis l’invention de la charrue jusqu’Ă  celle de la culture en terrasses. Peter Drucker ou Simon Kusnetz (1901-1985) voient d’ailleurs dans la pression dĂ©mographique le ressort principal de l’innovation en gĂ©nĂ©ral.

Nous ne connaĂźtrons certainement plus une augmentation de la population d’une ampleur comparable Ă  celle de la deuxiĂšme moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle. Est-ce que cela signifie que le moment le plus difficile est passĂ© ? Probablement.

Par Michel Musolino, professeur d’Ă©conomie en classes prĂ©paratoires Ă  HEC et auteur de « L’imposture Ă©conomique ».