Category: EU

fév 05 2010

Le compte à rebours est lancé

Article mis Ă  jour Ă  14h57 avec l’analyse de Paul Jorion

Le piĂšge s’est refermĂ© sur la GrĂšce. MalgrĂ© les mesures drastiques prises ces derniers jours par le gouvernement PapandrĂ©ou, la faillite du pays semble inĂ©luctable. Elle ne manquera pas d’enclencher une rĂ©action en chaĂźne aux consĂ©quences pour l’heure incalculables. L’Allemagne Ă  beau dire que la pĂ©ninsule hellĂ©nique jouit « du soutien total de l’Union europĂ©enne », l’incendie gagne maintenant l’Espagne, le Portugal la Grande-Bretagne et l’Irlande qui ont laissĂ© pendant trop longtemps gonfler des bulles de crĂ©dit qui sont aujourd’hui sur le point d’exploser.

La nuit est en train de tomber sur l’Europe.

Mecanopolis

europenuit

Il rĂšgne un silence assourdissant parmi les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, alors que la crise dans la crise que connaĂźt l’Europe est en train de progressivement s’élargir. CentrĂ©e initialement sur la GrĂšce, elle est en train de s’étendre rĂ©solument en Espagne et au Portugal. Nous Ă©tions suspendus Ă  un signal, qui aurait pu ĂȘtre donnĂ© par Jean-Claude Trichet, le prĂ©sident de la BCE – dont une rĂ©union des gouverneurs avait lieu aujourd’hui – mais il n’est pas venu.

La GrĂšce doit continuer Ă  ne compter que sur elle-mĂȘme. Jean-Claude Trichet s’est contentĂ© de dĂ©clarer que le gouvernement grec avait fait « des pas dans la bonne direction », ce qui impliquait qu’il allait devoir en faire d’autres. Cherchant Ă  relativiser la crise actuelle, comparant le dĂ©ficit public de la zone euro Ă  celui des Etats-Unis ou du Japon : 6% pour la premiĂšre et 10% pour les seconds. Une faible parade, puisque ce sont les maillons faibles de la zone euro qui sont menacĂ©s (et elle dans son entier, par ricochet) et qu’aucune manifestation de solidaritĂ© financiĂšre de sa part n’est donc toujours annoncĂ©e.

Analyse de Paul Jorion



Car il y a dans la situation actuelle une nouveautĂ© importante : ce ne sont plus seulement les situations particuliĂšrement pĂ©rilleuses de tel ou tel pays de la zone euro qui semblent motiver les marchĂ©s, mais aussi l’inaction et le silence des principaux pays membres, l’Allemagne et la France. Car il est clair que les efforts qui sont demandĂ©s Ă  la GrĂšce, vu leur importance extrĂȘme, ne pourront ĂȘtre rĂ©ellement accomplis que si une aide financiĂšre lui est par ailleurs accordĂ©e. Sa fragilitĂ© de dĂ©part est accentuĂ©e par sa solitude dans l’épreuve, et non le contraire.

Les dĂ©clarations prononcĂ©es par Joaquim Almunia, commissaire aux affaires Ă©conomiques sortant, avaient aggravĂ© hier la tension. « Certains membres de la zone euro, avec des positions de dĂ©part diffĂ©rentes, des caractĂ©ristiques diffĂ©rentes, partagent des problĂšmes communs », avait-il dĂ©clarĂ© Ă  propos de la GrĂšce, du Portugal et de l’Espagne. Un autre son de cloche prĂ©valait aujourd’hui, afin de tenter de calmer le jeu. Le chef de file de l’Eurogroup, Jean-Claude Junker, dĂ©clarait que l’Espagne et le Portugal « ne posent pas de risque ». Caroline Aktinson, la porte-parole du FMI, choisissait pour sa part de dĂ©cerner un satisfecit aux Grecs: « Nous pensons assurĂ©ment que les objectifs du plan sont bien choisis ».

Les regards se tournent dĂ©sormais vers Madrid, qui a prĂ©ventivement annoncĂ© un plan d’austĂ©ritĂ© de 50 milliards d’euro sur trois ans, accueilli avec scepticisme tant en raison de son montant et des mesures qu’il implique que des prĂ©visions de croissance sur lequel il repose. Or, les rumeurs se multiplient Ă  propos d’un abaissement de la note de la dette publique espagnole par une nouvelle agence de notation, emboĂźtant le pas de Standard & Poor’s, qui l’a fait en dĂ©cembre dernier. Le taux des obligations Ă  trois ans passant en moyenne Ă  2,61% Ă  l’occasion d’une nouvelle Ă©mission, au lieu de 2,13% dĂ©but dĂ©cembre. L’Espagne a un autre poids Ă©conomique au sein de la zone euro que la GrĂšce, elle en est la 4 Ă©me puissance Ă©conomique, et tout problĂšme l’atteignant aurait d’importantes rĂ©percussions dans toute la zone.

Faute d’informations, on en est rĂ©duit Ă  faire des suppositions, afin de comprendre les raisons de l’attitude des principaux pays de la zone euro. Il a Ă©tĂ© largement fait Ă©tat de discussions, dans un premier temps, puis plus rien n’est sorti
. On sait seulement qu’une des solutions qui aurait pu ĂȘtre trouvĂ©e Ă©tait la crĂ©ation d’euro-obligations, mais qu’elle a Ă©tĂ© refusĂ©e, depuis dĂ©jĂ  des mois, tout Ă  la fois par les Allemands, les Français et les NĂ©erlandais. Car elle reviendrait, tous les pays de la zone Ă©mettant ce nouveau type d’obligations bĂ©nĂ©ficiant du mĂȘme taux, Ă  faire profiter de celui-ci les pays les plus vulnĂ©rables sur le marchĂ© de la dette, au dĂ©triment des plus forts, qui obtiennent actuellement de meilleurs taux que ceux qu’obtiendraient des euro-obligations. On a Ă©galement envisagĂ© de rĂ©unir des soutiens d’Etats isolĂ©s ou de groupes d’Etats, ainsi qu’une intervention de la Banque europĂ©enne d’investissement (BEI), qui a aussi Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e.

En rĂ©alitĂ©, le dossier n’est pas technique mais politique. Les mesures qui pourraient ĂȘtre adoptĂ©es pour soutenir la GrĂšce seront inĂ©vitablement appelĂ©es, en effet, Ă  faire jurisprudence. Les sommes qui devraient ĂȘtre engagĂ©es et levĂ©es suivant des modalitĂ©s ad hoc seraient plus que consĂ©quentes et entraĂźneraient ceux qui les garantiraient, de jure ou de facto, plus loin qu’ils ne sont prĂȘts Ă  l’envisager. CrĂ©ant par ailleurs une sorte d’alĂ©a moral qu’il est hors de question d’accorder aux gouvernements (alors qu’il l’a Ă©tĂ© aux banques). Risquant de les induire Ă  chercher Ă  esquiver la mise en vigueur de plans d’austĂ©ritĂ©, l’objectif numĂ©ro 1.

Ce calcul risque d’ĂȘtre de plus en plus difficile Ă  tenir, si l’Espagne et le Portugal entrent Ă  leur tour dans la zone de tempĂȘte, risquant de dĂ©stabiliser celle de l’euro bien au-delĂ  de ce que pourrait faire la GrĂšce. En rĂ©alitĂ©, la soliditĂ© de la zone euro est menacĂ©e dans les deux cas de figure possibles, en cas d’un secours gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  tous ses membres (mutualisant le coĂ»t d’une dette devenue Ă©norme), ou en cas d’abandon des pays les plus faibles, ce qui sera trĂšs probablement illusoire. Il faut donc choisir entre deux risques.

Car qui dit que les marchĂ©s en resteraient lĂ  ? N’ont-ils pas compris que, dans la crise actuelle, c’est l’Europe en entier – zone euro et Grande-Bretagne – qui est le maillon faible qu’il faut attaquer ? Que l’éclatement de la zone euro ouvrirait un terrain spĂ©culatif d’élection, permettant d’élargir le champ d’action du Forex (l’énorme marchĂ© hautement spĂ©culatif des devises) ? Ils feraient ainsi coup double, disposant de nouveaux leviers pour leurs opĂ©rations financiĂšres et obligeant les gouvernements Ă  entrer dans la dynamique vertueuse – de leur point de vue – de la rĂ©sorption de leurs dĂ©ficits, et de leur sollicitation moindre du marchĂ© obligataire. Laissant aux Ă©tablissements financiers la place pour se financer Ă  moindre coĂ»t.

Le compte à rebours est lancé.

François Leclerc

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nov 15 2009

Pourquoi l’Union EuropĂ©enne ne convient pas Ă  la Suisse

Il existe une quasi infinitĂ© de raisons pour lesquelles l’UE ne convient pas Ă  la Suisse et la Suisse Ă  l’UE. A vrai dire, aucun Etat ne convient Ă  ce colosse antidĂ©mocratique Ă©loignĂ© des citoyens, bureaucratique et corrompu, et surtout pas la Suisse, petit pays aux structures trĂšs diffĂ©renciĂ©es et proches des citoyens. On n’entre pas dans une entreprise pourrie.

suisse

Rade de GenĂšve, photo de Aldo Mariano

Nous allons Ă©voquer quelques aspects qui expliquent pourquoi une nette majoritĂ© du peuple suisse ne souhaite pas l’adhĂ©sion. Nous nous limiterons aux deux piliers que sont la neutralitĂ© et la dĂ©mocratie directe. D’autres caractĂ©ristiques de notre Etat sont le fĂ©dĂ©ralisme et l’autonomie des communes, liĂ©s au principe de subsidiaritĂ©, ainsi que le systĂšme de milice dans l’armĂ©e, les com­munes et les parlements (cantons et ConfĂ©dĂ©ration). Tous ces atouts du systĂšme politique suisse sont incompatibles avec une affiliation Ă  l’UE: Cette derniĂšre a besoin, dit-on, d’unitĂ©s administratives centralisĂ©es et professionnelles et non pas de petites collectivitĂ©s autonomes oĂč s’investissent de nombreux citoyens Ă  titre bĂ©nĂ©vole.

La neutralité armée perpétuelle

Depuis 200 ans, la Suisse se tient avec succĂšs Ă  l’écart des guerres et des alliances militaires et offre aux peuples victimes des guerres et des crises une aide non militaire tels que les bons offices, la Croix-Rouge internationale et toutes sortes d’engagements humanitaires. Il est Ă©vident que le principe de neutralitĂ© armĂ©e perpĂ©tuelle est totalement Ă©tranger Ă  l’esprit de la puissance militaire qu’est l’UE. Le Conseil national (Chambre basse du Parlement) a le grand mĂ©rite de s’ĂȘtre opposĂ© rĂ©cemment Ă  la participation de la Suisse Ă  la mission de lutte contre le piratage Atalanta. Comme on l’a appris rĂ©cemment par la presse, la frĂ©gate allemande Karlsruhe a arrĂȘtĂ©, au large de la Somalie, sept pirates qui venaient d’attaquer un chalut. Il y aurait eu sĂ»rement des soldats suisses sur ce navire de guerre allemand si le Parlement ne s’était pas opposĂ© Ă  la participation de notre pays Ă  la politique de guerre de l’UE. Rappelons qu’il y a un mois, les partisans d’une participation ont essayĂ© de faire croire aux parlementaires qu’il Ă©tait «extrĂȘmement peu probable» que les soldats ­suisses soient impliquĂ©s dans une opĂ©ration militaire au large de la Somalie. Or ce n’était pas si improbable.

Si la Suisse Ă©tait membre de l’UE, ses parlementaires ne pourraient plus prendre de dĂ©cisions autonomes sur des opĂ©rations militaires comme celle d’Atalanta; ils de­vraient se plier aux ordres de Bruxelles. Et le peuple ne pourrait bien entendu pas faire savoir qu’il ne veut plus de tels engagements Ă  l’étranger. Actuellement, le peuple peut en tout temps dĂ©poser une initiative populaire signĂ©e par 100 000 citoyens pour demander que l’armĂ©e suisse se limite Ă  la dĂ©fense du pays et aux interventions en cas de catastrophe. Lors de la votation, la majoritĂ© du peuple et des cantons emporterait la dĂ©cision. Il est Ă©vident que cela serait inimaginable en cas d’adhĂ©sion. L’UE ne connaĂźt pas le droit d’initiative.

En dĂ©mocratie directe, c’est le peuple qui dĂ©cide et non l’exĂ©cutif

Aux trois niveaux politiques (ConfĂ©dĂ©ration/cantons/communes), l’exĂ©cutif a relativement peu de pouvoir. Aussi la base assume-t-elle la responsabilitĂ© des dĂ©cisions et en supporte les consĂ©quences. En Suisse, il n’y a pas, comme en France ou en Allemagne, un chef de l’Etat qui peut prendre des dĂ©cisions. Les sept conseillers fĂ©dĂ©raux constituent un gouvernement collĂ©gial, ils sont sur le mĂȘme plan et doivent trouver ensemble des solutions et des compromis. Aucun n’a davantage de pouvoir que les autres. Le PrĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration est le primus inter pares et ses missions supplĂ©mentaires sont uniquement d’ordre organisationnel et reprĂ©sentatif. Son mandat n’est que d’une annĂ©e, cela afin qu’il ne puisse pas asseoir son pouvoir. C’est pourquoi mĂȘme les Suisses qui s’intĂ©ressent Ă  la politique connaissent certainement le nom du prĂ©sident des Etats-Unis ou de la ChanceliĂšre allemande mais pas forcĂ©ment celui du PrĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration. Quand le PrĂ©sident Merz signe un accord fiscal avec un autre Etat, rien n’est encore acquis: le Conseil national et le Conseil des Etats peuvent encore s’y opposer et s’ils l’acceptent, 50 000 citoyens ont le droit de recourir au rĂ©fĂ©rendum facultatif, c’est-Ă -dire d’exiger une consultation populaire Ă  ce sujet.

Les mĂȘmes rĂšgles sont valables pour les gouvernements cantonaux et communaux: ce sont toujours des gouvernements collĂ©giaux sans chef possĂ©dant des compĂ©tences supplĂ©mentaires. Le peuple est souverain aux trois niveaux (ConfĂ©dĂ©ration, cantons et com­munes) et a toujours le dernier mot. C’est pourquoi les tentatives des autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales de renforcer le pouvoir central rencontrent des obstacles: Chaque transfert de compĂ©tence des cantons Ă  la ConfĂ©dĂ©ration doit ĂȘtre approuvĂ© par une consultation populaire: la base doit vouloir le changement.

Cette limitation du pouvoir des exĂ©cutifs ne doit pas ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme une «faiblesse». Des affirmations comme «Nous avons besoin d’un gouvernement fort» sont contraires aux principes de la dĂ©mocratie directe. Le Conseil fĂ©dĂ©ral sera d’autant plus fort que la population s’y sentira liĂ©e et qu’il sera conscient que c’est le peuple qui dĂ©cide en derniĂšre analyse. Il ne fera plus de promesses qu’il ne peut pas tenir Ă  des gouvernements Ă©trangers mais conclura une alliance avec les citoyens selon la devise «Tous ensemble, nous rĂ©ussirons.»

Cette limitation des pouvoirs du Conseil fĂ©dĂ©ral gĂȘne Ă©normĂ©ment Bruxelles. Elle souhaite un exĂ©cutif puissant avec un chef d’Etat, un interlocuteur unique qui prend les dĂ©cisions importantes et non pas un collĂšge de 7 conseillers qui doivent se mettre d’accord et dont les dĂ©cisions doivent ĂȘtre approuvĂ©es par le Parlement et le peuple. Mais c’est ça, la dĂ©mocratie.
Pour se rapprocher des vues de l’UE, le Conseil fĂ©dĂ©ral s’efforce, depuis des annĂ©es, d’imposer une rĂ©forme de la tĂȘte de l’Etat: un gouvernement avec un PrĂ©sident de la ­ConfĂ©dĂ©ration dont le mandat serait de quatre ans et qui aurait plus de compĂ©tences en matiĂšre dĂ©cisionnelle. Jusqu’ici, les Chambres s’y sont opposĂ©es, et cela Ă  juste titre. Evidemment, toute modification de la structure politique est soumise au rĂ©fĂ©rendum obligatoire. Plus le temps passe, moins le peuple et les cantons seront disposĂ©s Ă  approuver une telle rĂ©forme.

La participation aux affaires de la collectivitĂ© correspond Ă  la nature de l’homme

Nous autres citoyens politiquement actifs savons ce que signifie la dĂ©mocratie directe. Ceux qui participent aux affaires communales, cantonales ou fĂ©dĂ©rales sont plus heureux, se sentent plus responsables devant la collectivitĂ© et ont moins un sentiment d’impuissance face aux grands problĂšmes du monde. Nous, le peuple, sommes souverains; nous avons le droit et le devoir de gĂ©rer notre pays et le monde et de veiller Ă  ce que la vie des gĂ©nĂ©rations futures vaille encore la peine d’ĂȘtre vĂ©cue. A ce sujet, il vaut la peine de relire l’étude de l’UniversitĂ© de Saint-Gall publiĂ©e par Gebhard KirchgĂ€ssner sous le titre «Die direkte Demokratie: modern, erfolgreich, entwicklungs- und exportfĂ€hig» (ISBN 978-3-8006-2517-8). Pour donner une idĂ©e de l’extraordinaire vitalitĂ© de la dĂ©mocratie suisse, nous mentionnerons ici quelques exemples.

Depuis la fondation de l’Etat fĂ©dĂ©ral en 1848, le peuple a pu se prononcer sur 559 projets fĂ©dĂ©raux dont la moitiĂ© environ ont Ă©tĂ© acceptĂ©s et les autres refusĂ©s.
8 amendements de la Constitution ont Ă©chouĂ© Ă  cause du principe de la majoritĂ© des cantons, c’est-Ă -dire qu’une majoritĂ© de petits cantons l’ont emportĂ© sur les cantons trĂšs peuplĂ©s comme ceux de Zurich, Berne et Vaud.
Actuellement, on rĂ©colte des signatures pour 7 initiatives populaires fĂ©dĂ©rales, par exemple «Oui Ă  la mĂ©decine de famille» et «DĂ©fendons la Suisse, inscrivons le secret bancaire dans la Constitution fĂ©dĂ©rale». 9 initiatives ayant abouti sont pendantes auprĂšs du Conseil fĂ©dĂ©ral, par exemple «Accords internationaux: la parole au peuple!» et l’«Initiative pour le paysage». 9 sont aux mains du Parlement, notamment «Eaux vivantes (initiative pour la renaturation)» et «AccĂ©der Ă  la propriĂ©tĂ© grĂące Ă  l’épargne logement». 4, finalement, sont prĂȘtes Ă  ĂȘtre votĂ©es et sur 2 d’entre elles, le peuple et les cantons se prononceront le 29 novembre: «Contre la construction de minarets» et «Pour l’interdiction d’exporter du matĂ©riel de guerre».

En ce qui concerne 7 lois fédérales adoptées par le Parlement, le délai référendaire court encore, ce qui signifie que 50 000 signataires peuvent demander une consultation populaire.

Deux rĂ©fĂ©rendums facultatifs sont prĂȘts Ă  ĂȘtre soumis au peuple, notamment un arrĂȘtĂ© fĂ©dĂ©ral sur la reprise automatique du droit europĂ©en en matiĂšre d’adoption des passeports biomĂ©triques.

Bien que la collecte de 50 000 ou de 100 000 ne soit pas une partie de plaisir, des milliers de personnes appartenant Ă  des groupes de citoyens, Ă  des partis politiques ou Ă  des associations ne reculent devant aucun effort et bravent le froid pour informer et motiver la population, cela Ă  titre bĂ©nĂ©vole et pendant leurs loisirs. Pourquoi? Une ou deux heures passĂ©es Ă  rĂ©colter des signatures donnent lieu Ă  de nombreuses discussions trĂšs animĂ©es avec nos concitoyens. Certaines personnes qui commençaient par dĂ©clarer qu’«à Berne, ils font de toute façon ce qu’ils veulent», reprennent courage et constatent qu’ensemble, nous pouvons faire quelque chose. Et, quelques listes de signatures remplies en poche, on rentre chez soi avec le sentiment d’avoir accompli son devoir et le cƓur plus lĂ©ger.

Une adhĂ©sion Ă  l’UE aurait pour consĂ©quence de nous empĂȘcher de lancer la plupart des initiatives populaires parce qu’elles seraient contraires Ă  l’un ou l’autre des ­textes de Bruxelles. Comme les parlements nationaux des pays membres de l’UE se voient imposer environ 70 Ă  80% des lois par Bruxelles, nous ne pourrions plus recourir au rĂ©fĂ©rendum pour nous y opposer. Le dĂ©mantĂšlement prĂ©visible des droits politiques du peuple suisse est une des raisons principales pour lesquelles la plupart des Suisses tiennent absolument Ă  ce que leur pays reste un Etat indĂ©pendant.

La démocratie référendaire est lente et économe

En Suisse, le travail lĂ©gislatif ne s’effectue pas Ă  la va-vite. Il faut du temps pour qu’un projet de loi ou un traitĂ© international entre en vigueur. C’est un effet de la dĂ©mocratie directe. Le systĂšme lĂ©gislatif suisse, trĂšs souple, ne pourrait pas subsister au sein de l’UE, qui impose rapidement ses nouveaux projets.

Dans tous les manuels d’éducation civique suisses, on apprend comment on crĂ©e une loi. Tout d’abord, des spĂ©cialistes prĂ©parent un projet, puis on procĂšde Ă  une consultation: le Conseil fĂ©dĂ©ral envoie le projet aux cantons, aux partis politiques et aux associations afin qu’ils se prononcent. MĂȘme les simples citoyens peuvent donner leur avis. Cette procĂ©dure est un rĂ©sultat de la dĂ©mocratie directe. S’il apparaĂźt dĂšs cette phase qu’une loi ou un traitĂ© international est refusĂ© par une majoritĂ©, il est absurde que les autoritĂ©s cherchent Ă  imposer leur projet en l’état. En effet, le Conseil fĂ©dĂ©ral et l’AssemblĂ©e fĂ©dĂ©rale ont conscience qu’il pourrait faire l’objet d’un rĂ©fĂ©rendum. Actuellement, une douzaine de procĂ©dures de consultation sont en cours dont la derniĂšre en date – qui doit durer quatre mois – concerne une loi sur l’aide au suicide. Toutes les personnes et organisations concernĂ©es pourront s’exprimer.

AprÚs avoir tenu compte des résultats de la consultation, le Conseil fédéral élabore un projet définitif et rédige un message destiné au Parlement. Ensuite le projet est débattu séparément au Conseil national et au Conseil des Etats qui y apportent tous les amendements souhaités par leurs membres. Si aprÚs trois discussions, des divergences subsistent entre les Chambres, une commission de conciliation est créée dans laquelle les deux Chambres envoient des représentants. Ces derniers cherchent un compromis sur lequel les Chambres devront voter séparément. Si le projet est approuvé par les deux Conseils, il est considéré comme adopté par le Parlement. Dans le cas contraire, il est refusé. Une fois le projet adopté, commence le délai référendaire de 100 jours, ce qui signifie que les citoyens suisses peuvent recueillir 50 000 signatures pour demander un référendum.

L’ensemble de cette procĂ©dure peut durer deux Ă  trois ans, ce que certains politiques considĂšrent comme un trop long dĂ©lai. Mais il faut tenir compte du fait que le droit des citoyens de recourir au rĂ©fĂ©rendum contre une loi ou un traitĂ© international reprĂ©sente une procĂ©dure lĂ©gislative prudente et Ă©conome qui est impensable dans une dĂ©mocratie reprĂ©sentative et Ă  plus forte raison dans ce colosse qu’est l’UE.

Le fait qu’en ces temps de crise financiĂšre et Ă©conomique la Suisse se porte (Ă©conomiquement) beaucoup mieux que les autres pays et que les Suisses aient un meilleur moral ne s’explique pas uniquement par des raisons Ă©conomiques. N’importe quel pays ou commune au monde se porterait mieux si sa population pouvait contrĂŽler la politique et notamment la politique financiĂšre, avec autant de soin que les Suisses aux niveaux fĂ©dĂ©ral, cantonal et communal. PlutĂŽt que de chercher Ă  absorber le dernier bastion d’Europe, les politiciens de Bruxelles pourraient, particuliĂšrement dans ce domaine, s’inspirer du modĂšle helvĂ©tique et laisser les Suisses vivre leur dĂ©mocratie authentique comme ils l’entendent.

Marianne WĂŒthrich

Marianne WĂŒthrich est docteur en droit Ă  Zurich

Pour poursuivre sur ce sujet, consulter le site de Hans-Peter Martin

nov 11 2009

Le PiĂšge de l’Europe. Fin de la dĂ©mocratie et de la prospĂ©ritĂ©

L’UE devient de plus en plus un Etat colossal, un Etat difficile Ă  classer au point de vue du droit public. Elle ressemble davantage Ă  un Etat fĂ©odal du bas Moyen Age ou Ă  l’Arabie saoudite qu’à une dĂ©mocratie. Il revient aux spĂ©cialistes en droit public de dire ce qui relĂšve du loup autocratique et du mouton dĂ©mocratique, tĂąche Ă  laquelle ils doivent s’atteler. Hans-Peter Martin y fait briĂšvement allusion dans l’introduction de son ouvrage «Die Europafalle». Que cette tromperie soit dissimulĂ©e par des offensives de propagande est bien dans la nature de cette structure de pouvoir.

euFace Ă  la structure europĂ©enne et Ă  ses Etats membres, tous les pĂšres fondateurs d’une dĂ©mocratie occidentale doivent se sentir trahis. Et Ă  Bruxelles, comme Ă  Strasbourg, le malaise grandit. Mais au lieu de relever le dĂ©fi des dĂ©fauts de construction de l’Union europĂ©enne, on prĂ©fĂšre les camoufler.

La devise est: La propagande plutĂŽt qu’une rĂ©forme fondamentale. C’est l’option prise par la SuĂ©doise Margot ­Wallström, commissaire chargĂ©e de la communication. Lors des Ă©lections au Parlement europĂ©en de juin 2009, elle a, dans une lettre personnelle, adressĂ© une mise en garde Ă  Hans-Gert Pöttering, prĂ©sident du Parlement europĂ©en: «La lĂ©gitimitĂ© de votre

Parlement et de toute l’Union europĂ©enne est en jeu.» La recette: une ­offensive mĂ©diatique comme on n’en a ­jamais vu.
«GrĂące Ă  nos contacts, nous demanderons aux radios et aux tĂ©lĂ©visions de diffuser davantage d’émissions sur l’Union europĂ©enne et les questions europĂ©ennes», Ă©crit-elle.1 Les reprĂ©sentations de la Commission europĂ©enne dans les Etats membres mettront au point leurs «opĂ©rations de communication en consĂ©quence». Le budget prĂ©vu Ă  cette fin est de 17 millions d’euros. A la fin de sa lettre, la vice-prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne rassure le PrĂ©sident: «Comme vous pouvez le constater, les opĂ©rations prĂ©vues sont importantes.»

La procĂ©dure Ă  suivre figure dans un appel d’offres concernant les Ă©missions consacrĂ©es Ă  l’UE. Il y est notamment demandĂ© que les chaĂźnes candidates indiquent non seulement «les noms, fonctions et connaissances linguistiques de leur personnel, en particulier de leurs journalistes» mais aussi leur philosophie rĂ©dactionnelle et s’engagent «à diffuser les programmes europĂ©ens rĂ©guliĂšrement et Ă  des heures de grande Ă©coute.»2 Lorsque ce projet a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©, Ă  l’automne 2008, la «Frankfurter Allgemeine Zeitung» a publiĂ© dans ses pages culturelles un article intitulĂ©: «L’UE achĂšte des reportages». Le sous-titre Ă©tait: «A peine croyable: L’UE paie pour qu’on parle d’elle de maniĂšre favorable».3

Pourtant, on n’est guĂšre sensible Ă  ce genre de critique Ă  Bruxelles. Bien au contraire. Le Parlement europĂ©en avait votĂ©, dans son budget officiel, en plus du montant de la proposition de Wallström, 11,3 millions d’euros pour une «campagne d’information et de communication» relative aux Ă©lections de 2009. Mais dĂšs la fin 2008, le montant s’élevait Ă  plus du double, soit 23,3 millions d’euros.4 La rĂ©alisation de ces opĂ©rations et leur financement sont de toute façon l’affaire des Etats membres. De mĂȘme, les budgets des groupes parlementaires «pour le travail d’information relatif aux Ă©lections europĂ©ennes ont-ils Ă©tĂ© augmentĂ©es de plus de 11 % pour atteindre 56,7 millions.»5

L’astuce Ă©tait la suivante: Ces augmentations reposaient sur des transferts budgĂ©taires dĂ©cidĂ©s au sein de la Commission du budget Ă  la demande du PrĂ©sident et non pas en sĂ©ance plĂ©niĂšre. Ainsi, quasiment personne ne s’en est aperçu. Tout cela fait partie d’une nouvelle stratĂ©gie de propagande subtile censĂ©e donner de l’Union europĂ©enne une idĂ©e plus favorable que celle offerte par la rĂ©alitĂ© politique. Ainsi, selon un ambassadeur de longue date auprĂšs de l’UE «certains mĂ©dias, notamment le Financial Times, jouissent d’un accĂšs privilĂ©giĂ© Ă  la Commission et sont favorisĂ©s pour le lancement d’informations exclusives Ă  diffuser avant la publication de rapports», procĂ©dure tout Ă  fait naturelle Ă  Bruxelles.6

On atteint des sommes considĂ©rables lorsqu’on additionne tout l’argent ­dĂ©pensĂ© pour la propagande europĂ©enne. A cela s’ajoute le parrainage de manifestations culturelles visant Ă  promouvoir un esprit europĂ©en, ou encore les innombrables cĂ©rĂ©monies auxquelles participent les politiciens de l’UE. Pour 2008, on arrive Ă  un montant de 2,4 milliards d’euros d’argent des contribuables dĂ©pensĂ©s pour soigner l’image de l’UE – davantage que ce que dĂ©pense annuellement le groupe Coca-Cola pour sa publicitĂ© Ă  l’échelle ­mondiale!

Extrait de: «Die Europafalle. Das Ende von Demokratie und Wohlstand.» [Le PiĂšge de l’Europe. Fin de la dĂ©mocratie et de la prospĂ©ritĂ©.]
(Traduction Horizons et débats)

Sur le mĂȘme sujet, lire Ă©galement L’UE ne convient pas Ă  la Suisse

Notes :

1    Lettre de Margot Wallström à Hans-Gert  Pöttering, 1/12/08.
2    Focus, 29/9/08.
3    Frankfurter Allgemeine Zeitung, 30/9/08, p. 42.
4    Hans-Gert Pöttering, Request for transfer of appropriations C30, to Reimer Böge, Chairman of the Committee on Budgets, 27/11/08, no 320219.
5    Hans-Gert Pöttering, Request for transfer of appropriations C31, to Reimer Böge, Chairman  of the Committee on Budgets, 24/11/08.
6    Gregor Woschnagg, in: Hinter den Kulissen der EU, Vienne, 2007, p. 69.
7    Berechnungen von Open Europe, dĂ©pĂȘche de DPA du 26/12/08.

oct 21 2009

L’Irlande, le TraitĂ© de Lisbonne et la StratĂ©gie du choc

Il y a Ă  peine une annĂ©e et demie, en mai 2008, quelque 55 % des votants irlandais disaient non au TraitĂ© de Lisbonne. Le 2 octobre 2009, ils n’étaient plus que 35% bien que le TraitĂ© soit le mĂȘme. Le fait qu’une telle chose ait Ă©tĂ© possible a beaucoup Ă  voir avec les mé­thodes de l’UE. Et c’est trĂšs inquiĂ©tant, car ces mĂ©thodes ont atteint un haut degrĂ© de machiavĂ©lisme.

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On a cassĂ© les reins aux Irlandais. On sait bien que ce sont eux qui ont le plus souffert de la politique financiĂšre de l’UE mais on sait moins que l’UE s’en est pris gravement Ă  l’identitĂ© religieuse de ce peuple. Si gravement qu’au dĂ©but de juin 2009, plusieurs mois avant le rĂ©fĂ©rendum, la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Ă  propos de la campagne contre l’Eglise catholique d’Irlande, tirait dans un article intitulĂ© «L’Irlande doute d’elle-mĂȘme» la conclusion suivante: «Selon les sondages d’opinion irlandais, le oui au TraitĂ© de Lisbonne sera cette fois nettement majoritaire.»

Naomi Klein a appelĂ© la stratĂ©gie utilisĂ©e Ă  l’encontre de l’Irlande «stratĂ©gie du choc» et a Ă©crit un livre important Ă  ce sujet.1 Il s’agit lĂ  d’une politique de puissance qui, Ă  l’aide de mĂ©thodes brutales, met la population d’un pays dans un Ă©tat de choc paralysant et utilise cette paralysie pour imposer une politique contraire aux intĂ©rĂȘts du peuple.

Et maintenant, le prĂ©sident de la RĂ©publique tchĂšque VĂĄclav Klaus se trouve dans le collimateur. Au dĂ©but de dĂ©cembre 2008, il a pu se rendre compte de la maniĂšre dont l’UE traitait ceux qui ne veulent pas se soumettre aux diktats de Berlin, Paris, Londres et Bruxelles. Un groupe de dĂ©putĂ©s du Parlement europĂ©en est allĂ© le voir et l’a forcĂ© Ă  publier, aprĂšs la rencontre, le procĂšs-verbal de leurs entretiens.2 On peut y lire notamment les propos du parlementaire Daniel Cohn-Bendit: «Votre avis sur le TraitĂ© de Lisbonne ne m’intĂ©resse pas. Vous allez devoir le ratifier. En outre, je veux que vous m’expliquiez le degrĂ© de votre amitiĂ© avec Monsieur Ganley [le chef du parti irlandais Libertas dont la campagne a considĂ©rablement contribuĂ© au succĂšs du non lors du rĂ©fĂ©rendum de mai 2008]. Comment pouvez-vous rencontrer un homme dont on ne sait pas qui le finance? Etant donnĂ© votre fonction, vous ne deviez pas le rencontrer.»

Le prĂ©sident tchĂšque a rĂ©agi d’une maniĂšre trĂšs comprĂ©hensible: «Depuis 6 ans [depuis qu’il est prĂ©sident], personne ne m’a jamais parlĂ© sur ce ton. Nous ne sommes pas sur les barricades de Paris. Je croyais que ces mĂ©thodes avaient cessĂ© pour nous il y a 19 ans. Je vois que je me suis trompĂ©. [
] Je ne me doutais pas qu’une telle chose Ă©tait possible. Je n’avais pas vĂ©cu cela depuis 19 ans. Je croyais que cela appartenait au passĂ©, que nous vivions en dĂ©mocratie, mais l’UE fonctionne vraiment comme une post-dĂ©mocratie. Vous avez parlĂ© de valeurs europĂ©ennes. Ce sont avant tout la libertĂ© et la dĂ©mocratie et c’est surtout Ă  ces valeurs que sont attachĂ©s les citoyens de l’UE, mais aujourd’hui elles disparaissent de plus en plus.»

Voici maintenant le point de vue officiel: Le prĂ©sident de l’UE Reinfeldt a dĂ©clarĂ© avant sa rencontre avec le Premier ministre tchĂšque Fischer Ă  Bruxelles: «Dans le conflit Ă  propos de la ratification du TraitĂ© de Lisbonne, l’Union europĂ©enne ne tient pas Ă  exercer de pressions sur la RĂ©publique tchĂšque. Nous devons respecter le processus de ratification dans ce pays.» (Deutschlandfunk du 7 octobre)
MĂȘme la «Neue ZĂŒrcher Zeitung» – la Suisse n’est pourtant pas membre de l’UE –écrivait, le 6 octobre: «Le dernier acte de la tragĂ©die tchĂšque Ă  propos du TraitĂ© de Lisbonne, avec VĂĄclav Klaus dans le rĂŽle principal, va s’achever. Si le prĂ©sident ne veut pas se plier, il devrait logiquement dĂ©missionner.»

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On devine ce qui l’attend. Pendant ce temps, on se demande dĂ©jĂ  qui devrait occuper le nouveau poste de prĂ©sident de l’UE. On Ă©voque le nom de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. Or il faut savoir que Blair est un menteur et un criminel de guerre qui a perdu toute estime dans le monde. Si cette proposition est sĂ©rieuse – et on a certaines raisons de le penser – cela signifie peut-ĂȘtre que l’UE ne tient plus du tout compte de l’opinion mondiale.

Mais cela peut Ă©galement signifier que ceux qui tirent les ficelles dans l’UE ne tiennent pas Ă  ce que l’UE soit capable d’agir et qu’ils prĂ©fĂšrent une quantitĂ© d’Etats paralysĂ©s et impuissants, Etats qui doivent ĂȘtre tenus en laisse par deux ou trois Etats aux intĂ©rĂȘts de grandes puissances nationales et dirigĂ©s par la haute finance, avant tout la France de Sarkozy et l’Allemagne de Merkel. Il faut prendre trĂšs au sĂ©rieux les nouvelles majoritĂ©s du Conseil selon le TraitĂ© de Lisbonne et l’avertissement lancĂ© par le ministre luxembourgeois des Affaires Ă©trangĂšres Jean Asselborn au dĂ©but du mois de mai dernier: «L’UE a changĂ©: elle est soumise Ă  la volontĂ© d’un directoire des grands et de quelques-uns de leurs vassaux».
Depuis pas mal de temps, l’Allemagne, la France (et la Grande-Bretagne) mĂšnent une politique de grandes puissances qui se servent de l’UE pour arriver Ă  leurs fins: l’Allemagne surtout en Europe de l’Est et du Sud-Est, la France dans l’espace mĂ©diterranĂ©en. Quant Ă  la Grande-Bretagne, elle poursuit sa politique d’ancienne puissance coloniale.

Le TraitĂ© de Lisbonne est un traitĂ© lĂ©onin pour les autres pays d’Europe. Il ne vaut pas la peine d’adhĂ©rer Ă  l’UE et ceux qui ont Ă©tĂ© obligĂ©s de le faire pourraient se demander s’ils ne devraient pas en sortir.

Karl MĂŒller, pour Zeit Fragen

Sur le mĂȘme sujet, lire Ă©galement L’Europe doit s’en tenir aux principes fondamentaux de la dĂ©mocratie

Notes :

1    Naomi Klein, La Stratégie du choc. La montée
du capitalisme du désastre, Actes Sud, 2008, ISBN: 978-2742775446
2    cf. notamment www.welt.de/welt_print/article2848566/Kein-Besuch-von-Freunden.html

sept 11 2009

Frappez lĂ  oĂč ça fait mal !

Par Theodore Kaczynski

Le but de cet article est de souligner un principe trĂšs simple du conflit humain, un principe que les opposants au systĂšme techno-industriel semblent oublier. Le principe est que dans toute forme de conflit, si vous voulez gagner, vous devez frapper votre adversaire lĂ  oĂč ça fait mal.

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Je dois expliquer que quand je parle de « frapper lĂ  oĂč ça fait mal », je ne fais pas nĂ©cessairement allusion Ă  des coups physiques ou Ă  une forme de violence physique. Par exemple, dans un dĂ©bat oral, « frapper lĂ  oĂč ça fait mal » signifierait prĂ©senter les arguments auxquels la position de votre adversaire est la plus vulnĂ©rable. Dans une Ă©lection prĂ©sidentielle, « frapper lĂ  oĂč ça fait mal » signifierait remporter les Etats qui ont le plus de grands Ă©lecteurs. Cependant, en discutant de ce principe, j’utiliserai l’analogie du combat physique, parce que c’est vivant et clair.

Si un homme vous donne un coup de poing, vous ne pouvez pas vous dĂ©fendre en frappant son poing en retour, parce que vous ne pouvez pas toucher l’homme de cette maniĂšre. Pour gagner le combat, vous devez le frapper lĂ  oĂč ça fait mal. Cela signifie que vous devez aller derriĂšre le poing et frapper les parties sensibles et vulnĂ©rables du corps de l’homme. Supposez qu’un bulldozer appartenant Ă  une sociĂ©tĂ© d’abattage commence Ă  Ă©ventrer les bois prĂšs de chez vous et que vous vouliez le stopper. C’est la pelle du bulldozer qui Ă©ventre la terre et qui renverse les arbres, mais ce serait une perte de temps d’attaquer la pelle avec un marteau. Si vous passez une longue et dure journĂ©e Ă  frapper la pelle avec le marteau, vous pouvez rĂ©ussir Ă  l’endommager suffisamment pour qu’elle soit hors d’usage. Mais en comparaison avec le reste du bulldozer, la pelle est relativement bon marchĂ© et facile Ă  remplacer. La pelle est seulement le « poing » avec lequel le bulldozer attaque la terre. Pour vaincre la machine, vous devez aller derriĂšre le « poing » et attaquer les parties vitales du bulldozer. Le moteur, par exemple, peut ĂȘtre abĂźmĂ© avec une trĂšs faible dĂ©pense de temps et d’efforts, par des moyens bien connus de beaucoup de radicaux.

A ce point je dois dire clairement que je ne recommande pas Ă  quiconque d’endommager un bulldozer (Ă  moins qu’il ne lui appartienne en propre). Rien dans cet article ne doit non plus ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme recommandant une activitĂ© illĂ©gale d’un genre quelconque. Je suis un prisonnier, et si j’encourageais l’activitĂ© illĂ©gale cet article ne pourrait mĂȘme pas sortir de la prison. J’utilise l’analogie du bulldozer seulement parce qu’elle est claire et vivante et qu’elle sera apprĂ©ciĂ©e par les radicaux.

2. LA TECHNOLOGIE EST LA CIBLE

Il est largement reconnu que « la variable de base qui dĂ©termine le processus historique contemporain est fourni par le dĂ©veloppement technologique » (Celso Furtado). La technologie, plus que tout le reste, est responsable de l’état actuel du monde et contrĂŽlera son dĂ©veloppement futur. Ainsi, le « bulldozer » que nous devons dĂ©truire est la technologie moderne elle-mĂȘme. Beaucoup de radicaux sont conscients de cela, et comprennent donc que leur tĂąche est d’éliminer tout le systĂšme techno-industriel. Mais malheureusement ils ont prĂȘtĂ© peu d’attention Ă  la nĂ©cessitĂ© de frapper le systĂšme lĂ  oĂč ça fait mal.

DĂ©molir des MacDonald’s ou des Starbuck’s est sans intĂ©rĂȘt. Non pas que je me prĂ©occupe de MacDonald’s ou de Starbuck’s. Je me fiche que quelqu’un les dĂ©molisse ou pas. Mais ce n’est pas une activitĂ© rĂ©volutionnaire. MĂȘme si toutes les chaĂźnes de fast-food dans le monde Ă©taient dĂ©truites, le systĂšme techno-industriel ne subirait qu’un dommage minimal en consĂ©quence, puisqu’il pourrait facilement survivre sans les chaĂźnes de fast-food. Quand vous attaquez MacDonald’s ou Starbuck’s, vous ne frappez pas lĂ  oĂč ça fait mal

Il y a quelques mois, j’ai reçu une lettre d’un jeune homme du Danemark qui pensait que le systĂšme techno-industriel devait ĂȘtre Ă©liminĂ© parce que, comme il le disait, « Que se passera-t-il si nous continuons de cette maniĂšre ? ». Mais apparemment, sa forme d’activitĂ© « rĂ©volutionnaire » Ă©tait de faire des raids contre des exploitations de fourrure. Comme moyen pour affaiblir le systĂšme techno-industriel, cette activitĂ© est totalement inutile. MĂȘme si les partisans de la libĂ©ration animale rĂ©ussissaient Ă  Ă©liminer complĂštement l’industrie de la fourrure, ils ne feraient pas du tout de tort au systĂšme, parce que le systĂšme peut continuer parfaitement bien sans fourrures.

Je suis d’accord que garder des animaux sauvages dans des cages est intolĂ©rable, et que mettre fin Ă  de telles pratiques est une noble cause. Mais il y a beaucoup d’autres nobles causes, comme empĂȘcher les accidents de la circulation, fournir des refuges aux sans-abri, faire du recyclage, ou aider les personnes ĂągĂ©es Ă  traverser la rue. Pourtant personne n’est assez stupide pour prendre celles-ci pour des activitĂ©s rĂ©volutionnaires, ou pour imaginer qu’elles font quelque chose pour affaiblir le systĂšme.

3. L’INDUSTRIE DU BOIS EST UNE QUESTION SECONDAIRE

Pour prendre un autre exemple, personne ne pense raisonnablement qu’une chose comme la vraie nature sauvage puisse survivre trùs longtemps si le systùme techno-industriel continue à exister. Beaucoup de radicaux environnementaux reconnaissent que c’est le cas et espùrent l’effondrement du systùme. Mais tout ce qu’ils font en pratique, c’est d’attaquer l’industrie du bois.

Je n’ai certainement pas d’objection Ă  leur attaque contre l’industrie du bois. En fait, c’est une question qui me tient Ă  cƓur et je me rĂ©jouis de tout succĂšs que les radicaux peuvent obtenir contre l’industrie du bois. De plus, pour des raisons que je dois expliquer ici, je pense que l’opposition Ă  l’industrie du bois devrait ĂȘtre une composante des efforts pour renverser le systĂšme.

Mais en soi, attaquer l’industrie du bois n’est pas un moyen efficace de travailler contre le systĂšme, car mĂȘme au cas improbable oĂč les radicaux rĂ©ussissaient Ă  stopper tout l’abattage du bois partout dans le monde, cela n’abattrait pas le systĂšme. Et cela ne sauverait pas la nature sauvage pour toujours. TĂŽt ou tard le climat politique changerait et l’abattage reprendrait. MĂȘme si l’abattage ne reprenait jamais, il y aurait d’autres actions par lesquelles la nature sauvage serait dĂ©truite, ou bien domptĂ©e et domestiquĂ©e sinon dĂ©truite. L’exploitation miniĂšre et minĂ©rale, les pluies acides, les changements de climat, et l’extinction des espĂšces dĂ©truisent la nature sauvage ; la nature sauvage est domptĂ©e et domestiquĂ©e Ă  travers les loisirs, les Ă©tudes scientifiques et la gestion des ressources, incluant entre autres choses le marquage Ă©lectronique des animaux, le remplissage des riviĂšres avec du poisson d’élevage artificiel, et la plantation d’arbres gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s.

La nature sauvage ne peut ĂȘtre sauvĂ©e pour toujours qu’en Ă©liminant le systĂšme techno-industriel, et vous ne pouvez pas Ă©liminer le systĂšme en attaquant l’industrie du bois. Le systĂšme survivrait aisĂ©ment Ă  la mort de l’industrie du bois parce que les produits en bois, bien que trĂšs utiles au systĂšme, peuvent si nĂ©cessaire ĂȘtre remplacĂ©s par d’autres matĂ©riaux. Par consĂ©quent, quand vous attaquez l’industrie du bois, vous ne frappez pas le systĂšme lĂ  oĂč ça fait mal. L’industrie du bois est seulement le « poing » (ou l’un des poings) avec lequel le systĂšme dĂ©truit la vie sauvage, et, comme dans un combat de boxe, vous ne pouvez pas gagner en frappant le poing. Vous devez aller derriĂšre le poing et frapper les organes les plus sensibles et les plus vitaux du systĂšme. Par des moyens lĂ©gaux, bien sĂ»r, comme les protestations pacifiques.

4. POURQUOI LE SYSTEME EST SOLIDE

Le systĂšme techno-industriel est exceptionnellement solide du fait de sa soi-disant structure « dĂ©mocratique » et de sa flexibilitĂ© rĂ©sultante. Parce que les systĂšmes dictatoriaux tendent Ă  ĂȘtre rigides, les tensions et les rĂ©sistances sociales peuvent ĂȘtre accrues jusqu’au point oĂč elles endommagent et affaiblissent le systĂšme et peuvent conduire Ă  la rĂ©volution. Mais dans un systĂšme « dĂ©mocratique », quand la tension et la rĂ©sistance sociales s’accroissent dangereusement, le systĂšme recule suffisamment et fait suffisamment de compromis pour ramener les tensions Ă  un niveau acceptable.

Pendant les annĂ©es 60, les gens devinrent pour la premiĂšre fois conscients que la pollution environnementale Ă©tait un problĂšme grave, notamment parce que la saletĂ© visible et nausĂ©abonde dans l’air de nos grandes villes commençait Ă  dĂ©ranger physiquement les gens. Il y eut suffisamment de protestations pour qu’une Agence de Protection de l’Environnement soit créée et que d’autres mesures soient prises pour allĂ©ger le problĂšme. Bien sĂ»r, nous savons tous que nos problĂšmes de pollution sont trĂšs, trĂšs loin d’ĂȘtre rĂ©solus. Mais suffisamment de choses ont Ă©tĂ© faites pour que les plaintes du public diminuent et que la pression sur le systĂšme soit rĂ©duite pour un certain nombre d’annĂ©es.

Ainsi, attaquer le systĂšme revient Ă  frapper un morceau de caoutchouc. Un coup de marteau peut briser de la fonte, parce que la fonte est rigide et cassante. Mais vous pouvez taper sur un morceau de caoutchouc sans l’endommager parce qu’il est flexible : il cĂšde devant la protestation, juste assez pour que la protestation perde sa force et son Ă©lan. Ensuite le systĂšme rebondit. Donc, pour frapper le systĂšme lĂ  oĂč ça fait mal, vous devez sĂ©lectionner les questions sur lesquelles le systĂšme ne cĂ©dera pas, pour lesquelles il combattra jusqu’au bout. Car ce qu’il vous faut, ce n’est pas un compromis avec le systĂšme, mais une lutte Ă  mort.

5. IL EST INUTILE D’ATTAQUER LE SYSTEME DU POINT DE VUE DE SES PROPRES VALEURS

Il est absolument essentiel d’attaquer le systĂšme non pas du point de vue de ses propres valeurs orientĂ©es vers la technologie, mais du point de vue de valeurs qui soient incompatibles avec les valeurs du systĂšme. Tant que vous attaquez le systĂšme du point de vue de ses propres valeurs, vous ne frappez pas le systĂšme lĂ  oĂč ça fait mal, et vous permettez au systĂšme de dĂ©gonfler les protestations en cĂ©dant, en reculant.

Par exemple, si vous attaquez l’industrie du bois essentiellement pour la raison que les forĂȘts sont nĂ©cessaires pour prĂ©server les ressources en eau et les opportunitĂ©s de loisirs, alors le systĂšme peut cĂ©der du terrain pour dĂ©samorcer les protestations sans compromettre ses propres valeurs : les ressources en eau et les loisirs sont pleinement cohĂ©rentes avec les valeurs du systĂšme, et si le systĂšme recule, s’il restreint l’abattage du bois au nom des ressources en eau et des loisirs, alors il fait seulement une retraite tactique et ne subit pas une dĂ©faite stratĂ©gique pour son code de valeurs.

Si vous faites campagne sur les questions de persĂ©cution (comme le racisme, le sexisme, l’homophobie ou la pauvretĂ©), vous ne contestez pas les valeurs du systĂšme et vous n’obligez mĂȘme pas le systĂšme Ă  reculer ou Ă  faire des compromis. Vous aidez directement le systĂšme. Les dĂ©fenseurs les plus sages du systĂšme reconnaissent tous que le racisme, le sexisme, l’homophobie et la pauvretĂ© sont nĂ©fastes pour le systĂšme, et c’est pourquoi le systĂšme lui-mĂȘme travaille Ă  combattre ces formes de persĂ©cution et les formes similaires.

Les « ateliers clandestins », avec leurs bas salaires et leurs conditions de travail misĂ©rables, peuvent apporter des profits Ă  certaines sociĂ©tĂ©s, mais les dĂ©fenseurs avisĂ©s du systĂšme savent trĂšs bien que le systĂšme dans son ensemble fonctionne mieux quand les travailleurs sont traitĂ©s dĂ©cemment. En soulevant la question des ateliers clandestins, vous aidez le systĂšme, vous ne l’affaiblissez pas.

De nombreux radicaux cĂšdent Ă  la tentation de se concentrer sur des questions non-essentielles comme le racisme, le sexisme et les ateliers clandestins parce que c’est facile. Ils choisissent une question sur laquelle le systĂšme peut se permettre de faire un compromis et pour laquelle ils obtiendront le soutien de gens comme Ralph Nader, Winona LaDuke, les syndicats, et tous les autres rĂ©formateurs roses. Peut-ĂȘtre que le systĂšme, sous la pression, reculera un peu, les activistes verront quelque rĂ©sultat visible aprĂšs leurs efforts, et ils auront l’illusion satisfaisante d’avoir accompli quelque chose. Mais en rĂ©alitĂ© ils n’ont rien accompli du tout pour l’élimination du systĂšme techno-industriel.

La question de la mondialisation n’est pas complĂštement sans rapport avec le problĂšme de la technologie. L’ensemble des mesures Ă©conomiques et politiques appelĂ© « mondialisation » promeut la croissance Ă©conomique et, par consĂ©quent, le progrĂšs technologique. Cependant, la mondialisation est une question d’importance marginale et une cible plutĂŽt mal choisie de la part des rĂ©volutionnaires. Le systĂšme peut se permettre de cĂ©der du terrain sur la question de la mondialisation. Sans abandonner la mondialisation en tant que telle, le systĂšme peut prendre des mesures pour attĂ©nuer les consĂ©quences environnementales et Ă©conomiques de la mondialisation, de maniĂšre Ă  dĂ©samorcer les protestations. Au besoin, le systĂšme pourrait mĂȘme se permettre d’abandonner complĂštement la mondialisation. La croissance et le progrĂšs continueraient tout de mĂȘme, seulement Ă  un rythme un peu moins rapide.

Et quand vous combattez la mondialisation, vous n’attaquez pas les valeurs fondamentales du systĂšme. L’opposition Ă  la mondialisation est motivĂ©e par le dĂ©sir d’assurer des salaires dĂ©cents aux travailleurs et de protĂ©ger l’environnement, ce qui est complĂštement cohĂ©rent avec les valeurs du systĂšme (le systĂšme, pour sa propre survie, ne peut pas se permettre de laisser la dĂ©gradation environnementale aller trop loin). Par consĂ©quent, en combattant la mondialisation vous ne frappez pas le systĂšme lĂ  oĂč ça fait vraiment mal. Vos efforts peuvent promouvoir des rĂ©formes, mais ils sont inutiles pour le but de renverser le systĂšme techno-industriel.

6. LES RADICAUX DOIVENT ATTAQUER LE SYSTEME SUR LES POINTS DECISIFS

Pour travailler efficacement Ă  l’élimination du systĂšme techno-industriel, les rĂ©volutionnaires doivent attaquer le systĂšme sur les points oĂč il ne peut pas se permettre de cĂ©der du terrain. Ils doivent attaquer les organes vitaux du systĂšme. Bien sĂ»r, quand j’utilise le mot « attaquer », je ne fais pas rĂ©fĂ©rence Ă  une attaque physique mais seulement aux formes lĂ©gales de protestation et de rĂ©sistance.

Voici quelques exemples d’organes vitaux du systùme :

A. L’industrie Ă©lectrique. Le systĂšme est totalement dĂ©pendant de son rĂ©seau Ă©lectrique.

B. L’industrie des communications. Sans communications rapides, comme le tĂ©lĂ©phone, la radio, la tĂ©lĂ©vision, les E-mails, et ainsi de suite, le systĂšme ne pourrait pas survivre.

C. L’industrie Ă©lectronique. Nous savons tous que sans les ordinateurs le systĂšme s’effondrerait immĂ©diatement.

D. L’industrie de la propagande. L’industrie de la propagande inclut l’industrie des divertissements, le systĂšme Ă©ducatif, le journalisme, la publicitĂ©, les relations publiques, et la plus grande partie de la politique et de l’industrie psychiatrique. Le systĂšme ne peut pas fonctionner si les gens ne sont pas suffisamment dociles et conformistes et s’ils n’ont pas les attitudes que le systĂšme a besoin qu’ils aient. C’est la fonction de l’industrie de la propagande d’enseigner aux gens ce genre de pensĂ©e et de comportement.

E. L’industrie de la biotechnologie. Le systĂšme n’est pas encore (autant que je sache) physiquement dĂ©pendant de la biotechnologie avancĂ©e. NĂ©anmoins, le systĂšme ne peut pas se permettre de cĂ©der sur la question de la biotechnologie, qui est une question d’une importance critique pour le systĂšme, comme je l’exposerai dans un moment.

Encore une fois : quand vous attaquez ces organes vitaux du systĂšme, il est essentiel de ne pas les attaquer du point de vue des valeurs du systĂšme mais du point de vue de valeurs incompatibles avec celles du systĂšme. Par exemple, si vous attaquez l’industrie Ă©lectrique pour la raison qu’elle pollue l’environnement, le systĂšme peut dĂ©samorcer les protestations en dĂ©veloppant des mĂ©thodes plus propres pour gĂ©nĂ©rer l’électricitĂ©. Si la situation se dĂ©tĂ©riorait, le systĂšme pourrait mĂȘme passer entiĂšrement Ă  la puissance Ă©olienne et solaire. Cela pourrait faire beaucoup pour rĂ©duire les dommages environnementaux, mais cela ne mettrait pas fin au systĂšme techno-industriel. Cela ne reprĂ©senterait pas non plus une dĂ©faite pour les valeurs fondamentales du systĂšme.

Pour accomplir quelque chose contre le systĂšme, vous devez attaquer toute gĂ©nĂ©ration de puissance Ă©lectrique par question de principe, pour la raison que la dĂ©pendance vis-Ă -vis de l’électricitĂ© rend les gens dĂ©pendants du systĂšme. C’est un motif incompatible avec les valeurs du systĂšme.

7. LA BIOTECHNOLOGIE EST PEUT-ETRE LA MEILLEURE CIBLE POUR L’ATTAQUE POLITIQUE

La cible la plus prometteuse pour l’attaque politique est probablement l’industrie de la biotechnologie. Bien que les rĂ©volutions soient gĂ©nĂ©ralement rĂ©alisĂ©es par des minoritĂ©s, il est trĂšs utile d’avoir un certain degrĂ© de soutien, de sympathie, ou du moins d’acquiescement de la part de la population gĂ©nĂ©rale.

Obtenir ce genre de soutien ou d’acquiescement est l’un des buts de l’action politique. Si vous concentriez votre attaque politique, par exemple, sur l’industrie Ă©lectrique, il serait extrĂȘmement difficile d’obtenir un soutien en dehors d’une minoritĂ© radicale, parce que la plupart des gens rĂ©sistent au changement de leur mode de vie, spĂ©cialement Ă  un changement qui les dĂ©range.

Pour cette raison, peu de gens seraient prĂȘts Ă  abandonner l’électricitĂ©. Mais les gens ne se sentent pas encore dĂ©pendants de la biotechnologie avancĂ©e comme ils le sont de l’électricitĂ©. Eliminer la biotechnologie ne changera pas radicalement leurs vies. Au contraire, il serait possible de montrer aux gens que le dĂ©veloppement continu de la biotechnologie transformera leur mode de vie et anĂ©antira des valeurs humaines sĂ©culaires. Ainsi, pour contester la biotechnologie, les radicaux doivent ĂȘtre capables de mobiliser en leur faveur la rĂ©sistance humaine naturelle au changement.

Et la biotechnologie est une question sur laquelle le systĂšme ne peut pas se permettre de perdre. C’est une question sur laquelle le systĂšme devra combattre jusqu’au bout, ce qui est exactement ce dont nous avons besoin. Mais – pour le rĂ©pĂ©ter une fois de plus – il est essentiel d’attaquer la biotechnologie non pas du point de vue des valeurs du systĂšme mais du point de vue de valeurs incompatibles avec celles du systĂšme.

Par exemple, si vous attaquez la biotechnologie essentiellement pour la raison qu’elle peut nuire Ă  l’environnement, ou que les aliments gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s peuvent ĂȘtre nuisibles Ă  la santĂ©, alors le systĂšme peut amortir et amortira votre attaque en cĂ©dant du terrain ou en faisant un compromis – par exemple, en introduisant une surveillance accrue de la recherche gĂ©nĂ©tique, ou bien des tests et des rĂšglements plus rigoureux pour les organismes gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s. L’anxiĂ©tĂ© des gens diminuera alors et les protestations s’affaibliront.

8. TOUTE LA BIOTECHNOLOGIE DOIT ETRE ATTAQUEE PAR PRINCIPE

Ainsi, au lieu de protester contre les consĂ©quences nĂ©gatives de la biotechnologie, vous devez attaquer toute la biotechnologie moderne par principe, pour des motifs tels que : (a) qu’elle est une insulte Ă  toutes les choses vivantes ; (b) qu’elle place trop de pouvoir dans les mains du systĂšme ; (c) qu’elle transformera radicalement les valeurs humaines fondamentales qui ont existĂ© pendant des milliers d’annĂ©es ; et des motifs similaires qui sont incompatibles avec les valeurs du systĂšme.

En rĂ©ponse Ă  ce genre d’attaque, le systĂšme devra rĂ©sister et combattre. Il ne peut pas se permettre d’amortir votre attaque en reculant d’une maniĂšre importante, parce que la biotechnologie est trop centrale pour toute l’entreprise du progrĂšs technologique, et parce qu’en reculant le systĂšme ne ferait pas seulement une retraite tactique, mais subirait une dĂ©faite stratĂ©gique majeure pour son code de valeurs. Ces valeurs seraient minĂ©es et la porte serait ouverte Ă  d’autres attaques politiques qui saperaient les fondations du systĂšme.

Maintenant il est vrai que la Chambre des ReprĂ©sentants des USA a rĂ©cemment votĂ© pour interdire le clonage des ĂȘtres humains, et au moins quelques membres du CongrĂšs ont mĂȘme donnĂ© de bonnes raisons pour agir ainsi. Les raisons que j’ai lues Ă©taient exprimĂ©es en termes religieux, mais quoi que vous puissiez penser des termes religieux impliquĂ©s, ces raisons n’étaient pas des raisons technologiquement acceptables. Et c’est ce qui compte.

Ainsi, le vote du CongrĂšs sur le clonage humain fut une vĂ©ritable dĂ©faite pour le systĂšme. Mais ce fut seulement une trĂšs, trĂšs petite dĂ©faite, Ă  cause de la faible portĂ©e de l’interdiction – seule une partie infime de la biotechnologie fut affectĂ©e – et parce que dans le futur proche le clonage des ĂȘtres humains serait de peu d’usage pratique pour le systĂšme de toute façon. Mais l’action de la Chambre des ReprĂ©sentants suggĂšre que cela pourrait ĂȘtre un point vulnĂ©rable du systĂšme, et qu’une plus large attaque contre toute la biotechnologie pourrait infliger des dommages sĂ©vĂšres au systĂšme et Ă  ses valeurs.

9. LES RADICAUX N’ATTAQUENT PAS ENCORE EFFICACEMENT LA BIOTECHNOLOGIE

Certains radicaux attaquent la biotechnologie, politiquement ou physiquement, mais autant que je sache ils expliquent leur opposition Ă  la biotechnologie du point de vue des valeurs du systĂšme. C’est-Ă -dire que leurs principales plaintes concernent les risques de dommages environnementaux et de dommages pour la santĂ©. Et ils ne frappent pas l’industrie de la biotechnologie lĂ  oĂč ça fait mal.

Pour utiliser une fois de plus l’analogie du combat physique, supposez que vous deviez vous dĂ©fendre contre une pieuvre gĂ©ante. Vous ne pourriez pas la combattre efficacement en coupant le bout de ses tentacules. Vous devez la frapper Ă  la tĂȘte. D’aprĂšs ce que j’ai lu sur leurs activitĂ©s, les radicaux qui travaillent contre la biotechnologie ne font pour l’instant rien de plus que de couper le bout des tentacules de la pieuvre. Ils tentent de persuader les fermiers ordinaires, individuellement, de s’abstenir de planter des semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es.

Mais il y a des milliers de fermes en AmĂ©rique, donc ce travail de persuasion individuelle des fermiers est un moyen extrĂȘmement inefficace pour combattre les manipulations gĂ©nĂ©tiques. Il serait beaucoup plus efficace de persuader les chercheurs impliquĂ©s dans un travail de biotechnologie, ou les cadres de sociĂ©tĂ©s comme Monsanto, de quitter l’industrie de la biotechnologie. Les chercheurs de haut niveau sont des gens qui ont des talents particuliers et une formation poussĂ©e, donc ils sont difficiles Ă  remplacer. La mĂȘme chose est vraie des cadres supĂ©rieurs des sociĂ©tĂ©s. Persuader seulement quelques-uns de ces gens de quitter la biotechnologie causerait plus de tort Ă  l’industrie de la biotechnologie que de persuader un millier de fermiers de ne pas planter des semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es.

10. FRAPPEZ LA OU ÇA FAIT MAL

La discussion est ouverte quant Ă  savoir si j’ai raison de penser que la biotechnologie est la meilleure question sur laquelle attaquer le systĂšme politiquement. Mais il est hors de doute que les radicaux gaspillent aujourd’hui la plus grande partie de leur Ă©nergie sur des questions qui ont peu ou pas d’importance pour la survie du systĂšme technologique. Et mĂȘme lorsqu’ils s’attaquent aux vraies questions, les radicaux ne frappent pas lĂ  oĂč ça fait mal. Donc au lieu de se prĂ©cipiter au prochain sommet du commerce mondial pour exprimer leur colĂšre contre la mondialisation, les radicaux devraient passer un peu de temps Ă  rĂ©flĂ©chir sur la maniĂšre de frapper le systĂšme lĂ  oĂč ça fait vraiment mal. Par des moyens lĂ©gaux, bien sĂ»r.

Theodore Kaczynski

Les oeuvres complÚtes de Theodore Kaczynski sont disponibles aux Editions Xénia

août 11 2009

La philanthropie de Monsanto: comment défendre les pauvres ?

Par Kamalakar Duvvuru

La philanthropie de Monsanto

Sur une pĂ©riode de sept ans, Monsanto, une multinationale avec un chiffre d’affaires de plusieurs milliards de dollars, s’est donnĂ© beaucoup de mal pour se crĂ©er une image de dĂ©fenseur des pauvres. Pour lĂ©gitimer son image, la compagnie se livre Ă  des opĂ©rations d’envergure en distribuant des subventions Ă  certaines ONG connues comme World Vision.

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Monsanto a créé en 1964 « Monsanto Fund », branche caritative de la compagnie. Cette fondation dĂ©clare: « Notre objectif humanitaire est de combler le fossĂ© entre les besoins des gens et les ressources dont ils disposent. Nous voulons aider les gens Ă  rĂ©aliser leurs rĂȘves, et espĂ©rons-le, les inciter Ă  en amener d’autres Ă  partager leur point de vue ».

Monsanto possĂšde Ă©galement « Monsanto Fund Matching Gifts Program ».

Ce programme « donne aux employĂ©s titulaires et aux membres actifs du conseil d’administration de Monsanto la possibilitĂ© de participer Ă  travers Monsanto Fund Ă  des dons Ă  des organismes Ă  but non lucratif ».

Monsanto indique clairement que la demande de soutien d’une ONG ne sera honorĂ©e que si « l’organisme bĂ©nĂ©ficiaire adhĂšre aux conditions fixĂ©es par le Matching Gifts Program. Parmi les organismes qui sont Ă©ligibles, il y a : les facultĂ©s et les universitĂ©s, les Ă©coles Ă©lĂ©mentaires et secondaires privĂ©es et publiques, les organismes dont les actions portent sur la dĂ©fense de la jeunesse, des musĂ©es, des bibliothĂšques, de la santĂ© et des services Ă  la personne, les organisations de dĂ©fense de l’environnement, des collectivitĂ©s locales et les groupes Ă  vocation culturelle ». Et World Vision fait partie des bĂ©nĂ©ficiaires de ces programmes de « cadeaux de contrepartie (matching gifts) ».

Les activités philanthropiques de Monsanto visent non seulement à améliorer son image, mais à lui procurer des contacts indispensables. La compagnie sait mieux que quiconque que les relations, les partenariats et les réseaux sont les clés de la réussite de la compagnie.

Le 1° novembre 2006, au cours de la confĂ©rence organisĂ©e par IBM Ă  l’universitĂ© de Westminster Ă  Fulton, Missouri, sur  » Sabina Xhosa et les nouvelles chaussures: introduire de nouvelles technologies dans les pays en voie de dĂ©veloppement », Hugh Grant, le PDG du groupe a centrĂ© son discours sur l’agriculture dans l’Afrique sub-saharienne, prenant pour modĂšle le Malawi.

L’agriculture est le principal secteur d’activitĂ© au Malawi. D’aprĂšs lui, « 72% de l’apport calorique de la population provient du maĂŻs », le maĂŻs Ă©tant l’aliment de base de la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne.

Or, Monsanto cherchait Ă  s’implanter dans les pays d’Afrique sub-saharienne. Grant a dĂ©clarĂ©:

« En Afrique, nous ne sommes implantĂ©s dans aucun pays sub-saharien, et donc, que suffit-il de faire ? Il suffit qu’un de ces pays dise oui. Qu’un seul pays africain dĂ©marre les essais en plein champ. Il nous suffit de lancer les essais en plein champ sur le sol africain, et Ă  Monsanto, nous sommes prĂȘts Ă  travailler avec *toutes sortes de partenaires pour y parvenir ».

Le moment opportun s’est prĂ©sentĂ© pour Monsanto quand le Malawi a Ă©tĂ© frappĂ© par une terrible sĂšcheresse en 2004.

Tout prédateur recherche une proie vulnérable. AprÚs la sécheresse, le Malawi était exactement le genre de proie recherchée par les compagnies prédatrices.

D’aprĂšs Grant, Monsanto a organisĂ© « un dĂ©bat avec des ONG, le gouvernement du Malawi et certains organismes humanitaires, et plus particuliĂšrement une ONG appelĂ©e « Vision du monde (World Vision).

Nous nous sommes rĂ©unis et sommes tombĂ©s d’accord que cette situation n’allait pas cesser de se reproduire si nous ne changions pas de politique. Et c’est ce que nous avons fait ».

Le 20 dĂ©cembre 2005, Monsanto annonçait son intention de faire don de 700 tonnes de « semences de maĂŻs hybride de premier choix » aux agriculteurs du Malawi. Ces semences de « premier choix » Ă©taient « offertes » aux agriculteurs par l’intermĂ©diaire de certaines de ces ONG et des organismes d’aide humanitaire et des agences gouvernementales qui travaillaient dans les rĂ©seaux de transport et de distribution ».

Alan Eastham, l’ambassadeur de Grande Bretagne au Malawi avait fait l’Ă©loge de Monsanto pour ce don. Il avait dĂ©clarĂ©:

« Le don de semences hybrides aux agriculteurs aura sans doute des rĂ©percussions importantes sur la qualitĂ© de la production de l’annĂ©e prochaine et est dans la plus pure tradition du comportement socialement responsable des entreprises privĂ©es aux Etats-Unis
 ».

Un reprĂ©sentant de Vision du Monde-Malawi, l’une des sept ONG prĂ©sentes, a dĂ©clarĂ©: « Ce don rĂ©pond aux besoins Ă  la fois Ă  court terme et Ă  long terme de la population du Malawi, et correspond parfaitement Ă  notre programme dans ce pays ».

Les liens entre le gouvernement amĂ©ricain et Monsanto sont clairs, non seulement aprĂšs la dĂ©claration de l’ambassadeur US au Malawi, mais Ă©galement Ă  la suite d’un compte-rendu trĂšs Ă©logieux rĂ©digĂ© par Charles Corey, journaliste au « Washington File ». Le Washington File est une Ă©manation du Bureau of International Information Programs, qui dĂ©pend du dĂ©partement d’Ă©tat aux US.

Et donc, le « don » de semences de Monsanto aux agriculteurs du Malawi par le biais de ses partenaires comme Vision du Monde visait Ă  mettre le pied Ă  l’Ă©trier Ă  la compagnie en Afrique sub-saharienne. Quels sont ses intĂ©rĂȘts ?

Monsanto promet le « dĂ©veloppement d’un monde meilleur » – « Nous voulons construire un monde meilleur pour les gĂ©nĂ©rations Ă  venir ».

AmĂ©liorer la production est la principale prĂ©occupation du groupe. Pour y parvenir, Monsanto fournit aux agriculteurs les « produits et les outils ».

Son produit phare, c’est le Roundup. Monsanto produit Ă©galement des semences OGM. Les OGM sont rĂ©sistants Ă  l’herbicide Roundup, ce qui permet aux agriculteurs de le rĂ©pandre sans affecter les rĂ©coltes. Les gĂšnes contenus dans les semences OGM sont brevetĂ©s. Cela signifie que les agriculteurs qui achĂštent des semences doivent signer un contrat de licence pour la saison suivante.

Et ils sont tenus d’acheter de nouvelles semences Ă  chaque nouvelle saison. Ce qui interdit aux producteurs de conserver les semences des rĂ©coltes prĂ©cĂ©dentes. Et ces mesures ont des consĂ©quences dramatiques pour les agriculteurs pauvres. RĂ©cupĂ©rer les semences d’une rĂ©colte Ă  l’autre est un des moyens qui permettent aux agriculteurs de survivre. Le leur interdire, c’est les exposer Ă  d’Ă©normes difficultĂ©s financiĂšres. Car il leur faut dĂ©bourser toujours plus Ă  chaque saison pour acheter des semences. MĂȘme si Monsanto prĂ©tend aider les agriculteurs Ă  « amĂ©liorer leurs vies » grĂące aux OGM, cela reprĂ©sente, en rĂ©alitĂ©, un poids financier considĂ©rable pour les agriculteurs pauvres.

Teresa Anderson (The Gaia Foundation, UK) explique:

« il y a des risques Ă©normes Ă  la fois sociaux et Ă©conomiques avec les OGM. Ils augmentent la dĂ©pendance Ă  des technologies extĂ©rieures, mettent les agriculteurs en marge de la R&D et aggravent, de ce fait, les difficultĂ©s Ă©conomiques et sociales. »

Les incidences sur le brevetage des gĂšnes contenus dans les semences OGM dĂ©passent la simple interdiction de conserver des semences. Si les cultures voisines d’un champ d’OGM sont pollinisĂ©es par l’effet du vent, d’insectes, d’oiseaux ou par des mĂ©langes accidentels de semences, la rĂ©colte voisine sera alors Ă©galement porteuse du gĂšne brevetĂ©. Monsanto pourrait alors prĂ©tendre que l’exploitation agricole voisine a violĂ© la loi sur la propriĂ©tĂ© intellectuelle.

L’agriculteur qui a Ă©tĂ© contaminĂ© accidentellement par les cultures OGM d’un autre serait passible de poursuites s’il conservait les semences et les replantait.

Monsanto traque les agriculteurs, les coopĂ©ratives agricoles, les semenciers, ou quiconque il soupçonne d’avoir violĂ© les droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle.

Depuis la mise sur le marchĂ© des semences OGM, en 1996, Monsanto a rĂ©alisĂ© des milliers d’enquĂȘtes et poursuivi en justice des centaines d’agriculteurs et de semenciers. Tout ceci revient Ă  dire que l’atroce vĂ©ritĂ©, c’est que Monsanto contrĂŽle une grande partie des stocks alimentaires mondiaux. Et contrĂŽler la production alimentaire conduit Ă  contrĂŽler les populations.

Origine de Monsanto

Hugh Grant dit: « En tant que compagnie biotechnologique engagĂ©e dans la dĂ©fense des droits de l’homme, nous avons l’occasion unique de protĂ©ger et de faire progresser les droits humains (
) ». Cette affirmation est-elle exacte?

Créée en 1901 par John Francis Queeny, la compagnie Monsanto produit de la saccharine. (
).

Parmi ses bons clients il y a une jeune entreprise de Georgie: Coca-Cola. Par la suite, Monsanto diversifiera son activité, produisant des plastiques, des résines, des additifs, du vinyle, des détergents pour machine à laver la vaisselle, des engrais, des herbicides, des pesticides (etc.).

Entre 1929 et 1971, Monsanto produit des PCBs (polychlorobiphĂ©nyls) qui servaient Ă  l’isolation Ă©lectrique et Ă  la stabilitĂ© thermique des transformateurs et autre matĂ©riel Ă©lectrique.

Dans les annĂ©es 60, Monsanto fabrique l’Agent Orange , un produit chimique hautement toxique. L’Agent Orange, c’est le nom de code d’un puissant dĂ©sherbant et exfoliant. C’est un « produit chimique qui dĂ©pouille les arbres et les plantes de leurs feuilles et qui est parfois utilisĂ© dans les guerres pour empĂȘcher les forces ennemies de se mettre Ă  couvert ».

L’armĂ©e US a utilisĂ© ce produit toxique au cours de la guerre du Vietnam. On estime Ă  plus de 80 millions de litres la quantitĂ© d’Agent Orange dĂ©versĂ©e dans tout le Sud Vietnam pour dĂ©folier la vĂ©gĂ©tation. Ce produit chimique provoque des maladies graves de la peau ainsi que divers cancers du poumon, de la prostate et du larynx. Les enfants qui habitaient dans les rĂ©gions oĂč l’agent orange a Ă©tĂ© utilisĂ© ont Ă©tĂ© affectĂ©s par toutes sortes de maladies et dĂ©formations graves (
).

D’aprĂšs le ministĂšre des affaires Ă©trangĂšres vietnamien, 4,8 millions de Vietnamiens ont Ă©tĂ© exposĂ©s Ă  l’Agent Orange; il y a eu 400.000 morts ou victimes de handicaps et 500.000 enfants sont nĂ©s avec des dĂ©formations.

(
)

Au cours des années 1970, Monsanto investira davantage dans la biotechnologie. Puis, dans les années 80, la firme décide de devenir un des leaders mondiaux des biotechnologies agricoles (
).

En 1982, Monsanto est le premier à modifier génétiquement une cellule de plante. Et les années suivantes, il développe les semences génétiquement modifiées de coton, de soja, de maïs et de canola.

A la fin des annĂ©es 90, aprĂšs la restructuration de la compagnie, celle-ci porte le titre de « compagnie des sciences de la vie ». (
) En 2002, Monsanto se proclame officiellement « compagnie agricole », ayant pour vocation de « construire un monde meilleur pour les gĂ©nĂ©rations futures « .

La vérité

L’association « Gaming The Market » a Ă©tabli une liste non exhaustive de griefs contre Monsanto.

(Parmi lesquels, NDT:)

1917: procĂšs du gouvernement US contre Monsanto Ă  propos des dangers de la saccharine;

1965-1972: décharge illégale de déchets toxiques au Royaume Uni;

AnnĂ©es 60: L’Agent Orange utilisĂ© comme arme chimique;

1979: un train de marchandise transportant 70.000 litres de chlorophĂ©nol dĂ©raille Ă  Sturgeon, Missouri, provoquant le dĂ©versement de toute la cargaison – le procĂšs nommĂ© « Kemner vs Monsanto », est considĂ©rĂ© comme l’un des plus longs dans les annales judiciaires amĂ©ricaines;

A Anniston, Alabama des dĂ©chets contenant du mercure et des PCBs ont Ă©tĂ© dĂ©versĂ©s pendant 40 ans dans les cours d’eau;

Le dĂ©veloppement de semences stĂ©riles dites « Terminator », qui sont la cause de la pĂ©nurie alimentaire, la pauvretĂ© et la mort;

Le Posilac, hormone de croissance recombinante humaine (rHGH);

Les mesures de coercition pour obtenir le monopole du marché mondial;

PublicitĂ© mensongĂšre sur la « biodĂ©gradabilitĂ© » du Roundup;

Violation des droits des enfants dans les champs de coton en Inde;

Suicide des agriculteurs en Inde;

Campagne contre les Ă©leveurs de vaches laitiĂšres qui refusent d’utiliser l’hormone de croissance, etc.

Le 11 mars 2008, a Ă©tĂ© diffusĂ© sur Arte un documentaire rĂ©alisĂ© par la journaliste et rĂ©alisatrice française Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto. Robin a rassemblĂ© du matĂ©riel pour son documentaire sur une pĂ©riode de 3 ans, allant recueillir les tĂ©moignages de gens de divers horizons. Elle a voyagĂ© partout, en AmĂ©rique Latine, en Asie, dans toute l’Europe et aux Etats-Unis, afin d’interviewer elle-mĂȘme les agriculteurs et les personnes Ă  des postes influents. Ce documentaire porte un sacrĂ© coup Ă  la crĂ©dibilitĂ© de Monsanto.

Les effets destructeurs des cultures d’OGM se retrouvent partout dans le monde, mais les dĂ©gĂąts immenses qui ont eu lieu en Inde ont Ă©tĂ© largement documentĂ©s par Vandana Shiva, physicienne et environnementaliste. C’est une militante Ă©cologiste qui a Ă©crit de nombreux ouvrages sur les consĂ©quences terribles des cultures OGM contrairement Ă  la sagesse de l’agriculture traditionnelle et biologique familiale. Parlant des consĂ©quences de l’utilisation de graines hybrides, sur les exploitations agricoles et la vie humaine elle dit:

« J’Ă©tais derniĂšrement Ă  Bhatinda, au Punjab, Ă  cause d’une Ă©pidĂ©mie de suicides d’agriculteurs. Le Punjab Ă©tait autrefois la rĂ©gion agricole la plus prospĂšre de l’Inde. Aujourd’hui tous les agriculteurs sont endettĂ©s et dĂ©sespĂ©rĂ©s. D’immenses Ă©tendues de terre sont devenues des dĂ©serts gorgĂ©s d’eau. Et, comme l’a fait remarquer un vieil agriculteur, mĂȘme les arbres ont cessĂ© de produire des fruits parce que l’utilisation intensive de pesticides a tuĂ© ceux qui les pollinisaient – les abeilles et les papillons


Et le Punjab n’est pas le seul Ă  connaĂźtre cette catastrophe Ă©cologique et sociale.

Je me trouvais l’an dernier Ă  Warangal, Andhra Pradesh, oĂč il y a Ă©galement eu une vague de suicides parmi les agriculteurs. Les agriculteurs qui cultivaient traditionnellement les lĂ©gumes secs, le millet, et le riz, se sont laissĂ© persuader par les compagnies semenciĂšres d’acheter des graines de coton hybride appelĂ©es « or blanc » , qui Ă©taient censĂ©es les rendre millionnaires. Au lieu de cela, ils sont devenus pauvres ».

En Inde et en Chine, il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que les promesses de Monsanto que le coton Bt (coton gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©) produirait bien plus et s’avĂšrerait moins coĂ»teux en herbicides et en engrais Ă©taient mensongĂšres.

Ce ne sont pas les scrupules qui Ă©touffent Monsanto (et ses associĂ©s comme Vision du Monde). Monsanto fait ses affaires exclusivement avec l’idĂ©e d’augmenter ses propres marges aux dĂ©pens des agriculteurs de monde entier. Si on le laisse faire, il dĂ©truira sans aucun doute non seulement les moyens de subsistance de millions d’agriculteurs, mais aussi leur propre vie.

Conclusion

Les semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es de Monsanto ont transformĂ© la compagnie et transforment radicalement l’agriculture mondiale. La compagnie a produit des graines de soja, de maĂŻs, de canola et de coton. Il existe d’autres produits Ă©galement et d’autres encore sont en projet, parmi lesquels la betterave Ă  sucre et l’alfala.

La compagnie envisage Ă©galement d’Ă©tendre ses activitĂ©s Ă  la production de lait en commercialisant une hormone artificielle destinĂ©e aux vaches pour augmenter la production de lait.

Le 25 avril 2009, Monsanto a annoncĂ© en Inde un programme spĂ©cial de bourses pour la recherche sur la reproduction du riz et du froment. Ce programme permettrait d’offrir une subvention de 10 millions de dollars pour pousser les jeunes doctorats Ă  effectuer des recherches sur la culture du riz et du froment.

Edward Runge, le directeur du Beachell-Borlaug International Scholars Program de Monsanto, a dĂ©clarĂ© que la compagnie cherchait Ă  sĂ©duire des Ă©tudiants indiens et chinois, pays dont l’Ă©conomie progresse le plus rapidement et pays les plus peuplĂ©s.

Le riz et le froment sont également les aliments de base de ces pays.

Source: Kamalakar Duvvuru, Dissident Voice

août 07 2009

À qui profite la cocaïne ?

Par Régis Mex

Depuis la chute du Mur de Berlin, la cocaĂŻne a remplacĂ© le communisme. C’est au nom de la santĂ© du monde que les États-Unis interviennent dĂ©sormais en AmĂ©rique latine pour y protĂ©ger leurs intĂ©rĂȘts Ă©conomiques et stratĂ©giques. La militarisation de la guerre Ă  la drogue n’a eu aucun effet sur le trafic ; elle permet essentiellement de recycler le matĂ©riel du Pentagone et de rentabiliser 40 ans d’investissements en agences, services secrets et haute technologie militaire dans le cadre de la Guerre Froide.

L’ouverture des frontiĂšres est Ă  l’Europe ce que la Chute du Mur est aux États-Unis : la lutte contre la drogue permettra d’assigner de nouvelles fonctions Ă  des services devenus inutiles. LĂ  encore, la lutte contre le trafic est bien secondaire face aux intĂ©rĂȘts bureaucratiques.

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À qui profite la cocaïne ? [Partie 1/2]

 

À qui profite la cocaïne ? [Partie 2/2]

mai 20 2009

La Trilatérale est au service du Nouvel Ordre Mondial, par Pierre Hillard

Par Pierre Hillard, pour Mecanopolis

DĂ©sireux d’en savoir plus au sujet du dernier ouvrage de Pierre Hillard, « La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale », paru le 17 avril dernier aux Éditions François-Xavier de Guibert, nous avons pris contact avec lui. Pour ceux qui ne le connaĂźtraient pas encore, Pierre Hillard est professeur de relations internationales Ă  l’école supĂ©rieure de commerce extĂ©rieur de Paris. Historien de formation, diplĂŽmĂ© de science politique et d’études stratĂ©giques, spĂ©cialiste de l’Allemagne, des affaires europĂ©ennes et de la question des minoritĂ©s, il centre son Ă©tude sur le partenariat transatlantique et la gouvernance mondiale. AccĂ©dant Ă  notre demande, il a acceptĂ© de rĂ©diger, pour Mecanopolis, un article Ă  propos de la Commission TrilatĂ©rale en guise de prĂ©sentation de son livre qui, lui, porte sur la Fondation Bertelsmann.

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La TrilatĂ©rale est une organisation mĂ©connue du public français. Croyant que le suffrage universel reprĂ©sente l’arme dĂ©cisive pour changer le cours des choses, les Français ignorent en fait que les vĂ©ritables acteurs de la vie politique et Ă©conomique se trouvent au sein de « centres de rĂ©flexion » nourris par des multinationales. Des groupes ultra puissants comme le Bilderberg, le Lucis Trust, le Council on Foreign Relations (le CFR pour les Etats-Unis concernant la politique Ă©trangĂšre), l’European Council on Foreign Relations (l’ECFR pour l’Union europĂ©enne), la Fondation Bertelsmann pour ne citer que ces cas reprĂ©sentent les relais du pouvoir mondial en gestation. CoopĂ©rant Ă©troitement entre eux, ces groupes Ă©litistes constituent les diffĂ©rents musiciens permettant Ă  l’orchestre mondialiste de jouer une partition intitulĂ©e : « Vers une gouvernance mondiale ». Dans cette affaire, un groupe solidement implantĂ© joue aussi son rĂŽle en faveur d’une unification planĂ©taire : la TrilatĂ©rale.

Créée en 1973 par Zbigniew Brzezinski (conseiller du prĂ©sident Obama) et David Rockefeller (ancien prĂ©sident du CFR pour ne citer que ce cas), la TrilatĂ©rale est constituĂ©e de trois entitĂ©s : l’AmĂ©rique du Nord, l’Europe et le Japon. L’objectif de la TrilatĂ©rale comme l’affirme Brzezinski dans un article du Figaro est de permettre aux Etats de « faire face Ă  des problĂšmes de plus en plus partagĂ©s – financiers, Ă©conomiques et stratĂ©giques – et qu’ils sont de moins en moins en mesure de rĂ©gler, sans au moins se concerter plus Ă©troitement dans leur propre intĂ©rĂȘt et dans celui du reste du monde (…). D’oĂč l’idĂ©e d’un groupe non gouvernemental de rĂ©flexion et de proposition, une centaine d’hommes et de femmes – d’Etat comme d’affaires, de syndicat comme d’universitĂ© -, qui pourrait nous habituer Ă  travailler ensemble et Ă  mieux rĂ©concilier nos politiques. Un groupe qui a eu le bonheur de compter dans ses rangs des Français tels que Paul Delouvrier, Robert Marjolin, Raymond Barre, Simone Veil, François de Rose, Hubert VĂ©drine, parmi tant d’autres … (…). La TrilatĂ©rale a beaucoup fait en son temps pour nous rapprocher – nous AmĂ©ricains, EuropĂ©ens et Japonais (…). L’un de ses rejetons a Ă©tĂ© le groupe des Sept (le G-7)[1] » .

En fait, la TrilatĂ©rale Ɠuvre en faveur d’une gouvernance mondiale en procĂ©dant par Ă©tape. Ainsi, l’une d’entre elle consiste Ă  crĂ©er un bloc euro-atlantique unifiĂ© dans les domaines politiques, Ă©conomiques et militaires. Les personnes clefs Ă  la tĂȘte de cet institut le confirment aisĂ©ment. Le prĂ©sident de la TrilatĂ©rale Europe est l’Irlandais Peter Sutherland[2]. Outre son passage Ă  la tĂȘte de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), il est aussi le prĂ©sident europĂ©en d’un institut euro-amĂ©ricain ultra puissant oeuvrant en faveur d’une Union atlantique : le TPN (Transatlantic Policy Network, rĂ©seau politique transatlantique)[3]. Ce TPN soutenu par les grandes multinationales (Boeing, Michelin, Coca-Cola, Bertelsmann, Nestley, Microsoft, etc)[4] a affichĂ© clairement ses objectifs : la crĂ©ation d’un seul bloc atlantique Ă  l’horizon 2015[5]. Le rĂŽle de Peter Sutherland Ă  la tĂȘte de ces deux instituts est de mener Ă  bien cette ambition. Face Ă  ces objectifs, il n’est donc pas Ă©tonnant de relever le nom du vice-prĂ©sident de la TrilatĂ©rale Europe, HervĂ© de Carmoy[6]. En effet, ce dernier est l’auteur d’un ouvrage au titre explicite et rĂ©sumant la finalitĂ© du projet transatlantique, EuramĂ©rique[7].

Dans ce travail de fond, la TrilatĂ©rale ne laisse rien au hasard. En effet, lors des travaux Giscard en 2003/2004 en faveur d’une constitution europĂ©enne, le vĂ©ritable meneur fut l’Anglais Lord Kerr of Kinlochard, membre de la TrilatĂ©rale Europe. Ancien prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© pĂ©troliĂšre Shell, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, il fut aussi le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Ă  la Convention europĂ©enne auprĂšs de ValĂ©ry Giscard d’Estaing[8]. Une telle fonction est logique puisqu’il s’avĂšre nĂ©cessaire de crĂ©er un pilier politique europĂ©en associĂ© au pilier nord-amĂ©ricain dans le but de donner naissance Ă  une Union atlantique. Cet idĂ©al Ă©tait dĂ©jĂ  affichĂ© par le Fondateur de la Paneurope, Richard de Coudenhove-Kalergi qui, dans un discours de 1950, appelait Ă  la naissance d’une « Union atlantique » aboutissant Ă  une « fĂ©dĂ©ration Ă  trois », « l’Angleterre faisant le pont entre l’Europe et l’AmĂ©rique »[9].

Ces informations soulignent l’importance de la TrilatĂ©rale. Son action doit ĂȘtre dĂ©noncĂ©e car elle participe Ă  la formation d’une gouvernance mondiale destructrice des nations et des traditions.

Pierre Hillard, pour Mecanopolis

Dernier ouvrage paru : La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance mondiale »

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Notes :

[1] Le Figaro, 25 janvier 1999

[2] http://www.trilateral.org/memb.htm

[3] http://www.tpnonline.org/who.html

[4] http://www.tpnonline.org/business.html

[5] http://www.tpnonline.org/activities.html : voir “strategy to strenghten transatlantic partnership”. Ce travail a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© dans un ouvrage intitulĂ© Deep Integration de Daniel Hamilton et Joseph Quinlan aux Editions Center for Transatlantic Relations.

[6] http://www.trilateral.org/membship/bios/hdc.htm

[7] Euramérique, Hervé de Carmoy, Editions PUF, 2007.

[8] http://www.trilateral.org/memb.htm La liste montre aussi que l’ancien ambassadeur français aux Etats-Unis, François Bujon de l’Estang, est membre de la TrilatĂ©rale.

[9] Voir notre livre La décomposition des nations européennes, aux Editions François-Xavier de Guibert, annexe 11.

mai 18 2009

La stratégie de Benoßt XVI: « Une croisade pour le Nouvel Ordre Mondial »

Régis Mex, Mecanopolis

Suite aux divers Ă©vĂ©nements en provenance du Vatican, que ce soit la polĂ©mique autour des propos de BenoĂźt XVI dĂ©courageant l’utilisation du prĂ©servatif ou son voyage auprĂšs des communautĂ©s juives et musulmanes en Terre Sainte, il m’a paru intĂ©ressant de reprendre quelques informations visant Ă  cerner la stratĂ©gie du Vatican. Bien sĂ»r, il n’est aucunement dans mon intention de critiquer la religion en elle-mĂȘme, mais bien la politique (car c’est bien de cela qu’il s’agit) que mĂšnent ses reprĂ©sentants par son biais.

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Christian Terras, catholique de 56 ans qui avait notamment dĂ©noncĂ© l’affaire des prĂȘtres pĂ©dophiles en Suisse, est le poil Ă  gratter du Vatican depuis maintenant 15 ans. Directeur de la revue progressiste «Golias», il explique ce qui sous-tend, selon lui, les propos de BenoĂźt XVI:

« BenoĂźt XVI propose un idĂ©al sectaire et totalitaire si l’on met en parallĂšle cette morale catholique en tant que telle et la situation africaine. Ce n’est malheureusement pas nouveau. L’an dernier, les ONG humanitaires catholiques ont Ă©tĂ© rĂ©unies Ă  Rome. Le Vatican voulait peser contre les campagnes qui font du prĂ©servatif un passage obligĂ©. Il faut lire cette volontĂ© dans le sens du message de BenoĂźt XVI dans l’avion. Il ne veut pas tomber dans la mĂ©canisation Ă©thique du prĂ©servatif. »

3409248794_7857c359b0« Cela commence Ă  bien faire; depuis quatre ans, il y a une accumulation de gaffes. Sur les musulmans Ă  Ratisbonne, sur les Nazis Ă  Auschwitz, une «bande de criminels», sur les peuples d’AmĂ©rique du Sud qui n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s de maniĂšre violente… Puis la levĂ©e des excommunications des Lefebvristes, en janvier dernier, dont le nĂ©gationniste Williamson, et enfin l’excommunication par un prĂ©lat brĂ©silien d’une mĂšre qui a fait avorter sa fille de 9 ans, violĂ©e par son beau-pĂšre et enceinte de lui, qu’il a approuvĂ©… »

« Il y a autre chose derriĂšre l’irresponsabilitĂ© de ces dĂ©clarations. Il agit en fait dans le cadre d’une stratĂ©gie concertĂ©e. Il est en croisade pour un nouvel ordre mondial. Une croisade contre ce que BenoĂźt XVI appelle le relativisme, une stratĂ©gie concertĂ©e contre le monde moderne et ses Ă©volutions en matiĂšre de famille, de bioĂ©thique, de santĂ© (le dĂ©bat sur l’euthanasie). Or, BenoĂźt XVI n’a de cesse de remonter le temps, d’instrumentaliser la tradition chrĂ©tienne, la loi naturelle et Saint Thomas d’Aquin par exemple. Depuis plusieurs dĂ©cennies, les mĂ©decins chrĂ©tiens avaient commencĂ© Ă  faire bouger les lignes sur le prĂ©servatif. Un certain nombre d’Ă©vĂȘques avaient fait montre de pragmatisme: si le prĂ©servatif peut permettre de sauver des vies, bon… Mais Josef Ratzinger, lorsqu’il Ă©tait prĂ©fet de la congrĂ©gation et garant de l’orthodoxie romaine, avait mis Ă  mal ce travail progressiste, en faisant condamner 1.000 thĂ©ologiens, dont 200 thĂ©ologiens moralistes selon mes recherches. L’Eglise a laminĂ© toute la pensĂ©e thĂ©ologique qui travaillait sur une nouvelle morale catholique moderne et adaptĂ©e, en prenant en compte les progrĂšs de la science, de l’anthropologie, le statut de la femme. C’est une stratĂ©gie suicidaire, je pense qu’il est dangereux. »

Les propos polĂ©miques sur l’usage du prĂ©servatif font donc partie, en fait, d’une stratĂ©gie de communication qui vise une certaine fortification de l’identitĂ© de l’Église, une certaine radicalisation. Ce qui est paradoxal, c’est l’ouverture que semble pourtant pĂ©riodiquement accorder BenoĂźt XVI aux autres religions. Lors de son voyage en Jordanie, le Pape a effectivement prĂ©cisĂ© : « Nous pouvons dire que ces prĂ©cieuses initiatives ont obtenu de bons rĂ©sultats en favorisant la promotion d’une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman mettant en Ă©chec les prĂ©dications de ceux qui considĂšrent inĂ©vitables la violence et les conflits.» Il est indiscutable qu’Ă  l’heure oĂč les tensions entre communautĂ©s judĂ©o-chrĂ©tiennes et musulmanes sont grandes, l’initiative de BenoĂźt XVI va dans le bon sens puisqu’elle s’inscrit dans la recherche d’une rĂ©conciliation. Cependant, il pourrait se cacher quelque chose de moins noble derriĂšre cette volontĂ© de promouvoir « une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman ». Dans ces temps de mondialisme effrĂ©nĂ©, il n’est pas impossible que le mot « alliance » soit lourd de nuances. Pour se faire une meilleure idĂ©e sur la portĂ©e de ce terme, il faut se rĂ©fĂ©rer Ă  un extrait d’un ancien discours de NoĂ«l du Pape:

Le 24 dĂ©cembre 2005, BenoĂźt XVI a dĂ©livrĂ© son message de NoĂ«l : « La force vivifiante de sa lumiĂšre (de Dieu) t’encourage Ă  t’engager dans l’Ă©dification d’un Nouvel Ordre Mondial, fondĂ© sur de justes relations Ă©thiques et Ă©conomiques. Que son amour guide les peuples et Ă©claire leur conscience commune d’ĂȘtre une famille appelĂ©e Ă  construire des relations de confiance et de soutien mutuel. L’humanitĂ© unie pourra affronter les problĂšmes nombreux et prĂ©occupants du monde prĂ©sent.»

Les propos du supĂ©rieur gĂ©nĂ©ral de l’Ordre des JĂ©suites, surnommĂ© le « Pape Noir », Peter-Hans Kolvenbach, n’en sont pas moins intriguants. Dans un discours tenu en 1997, ce prince de l’Église a rĂ©affirmĂ© la nĂ©cessitĂ© de l’unitĂ© dans des termes proches de l’Être suprĂȘme : « L’homme de foi est intimement convaincu que l’histoire de l’union humaine peut ĂȘtre Ă©crite en collaboration avec le Seigneur de l’Histoire. L’Ă©chec de la tour de Babel n’est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phĂ©nomĂšne pentecostal oĂč chacun, avec ses particularitĂ©s, se fait communion avec l’esprit.»

Mais les propensions de l’Église envers le Nouvel Ordre Mondial ne s’arrĂȘtent pas lĂ . Le rapport aux Ă©vĂȘques de la COMECE (Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne) intitulĂ© « Gouvernance mondiale: Notre responsabilitĂ© pour que la mondialisation devienne une opportunitĂ© pour tous», contient, entre autre, les lignes suivantes:

« Nous accueillons chaleureusement ce rapport, plus particuliĂšrement, au nom de la Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne (COMECE) dont la tĂąche est de surveiller et de commenter la politique de l’Union europĂ©enne. Une conclusion clĂ© du texte suivant est que l’UE, Ă©tant donnĂ© sa genĂšse, son architecture, la comprĂ©hension qu’elle a d’elle-mĂȘme, ainsi que ses responsabilitĂ©s dans des domaines politiques comme le commerce, la concurrence et la coopĂ©ration au dĂ©veloppement, a un rĂŽle crucial Ă  jouer dans la transformation de l’ordre international existant en un systĂšme de gouvernance mondiale . Nous considĂ©rons que l’Union europĂ©enne est un modĂšle pionnier d’intĂ©gration rĂ©gionale et qu’elle constitue un exemple pour l’avenir de la gouvernance dans de nombreuses autres rĂ©gions du monde, malgrĂ© son expĂ©rience encore naissante et donc, contingente, dans certains domaines politiques. Nous espĂ©rons que ce rapport contribuera Ă©galement Ă  ranimer la rĂ©flexion et le dĂ©bat public sur la signification profonde de l’intĂ©gration europĂ©enne.»

« Les Ă©conomies ouvertes ne tiendront pas sans la volontĂ© des Etats de s’ouvrir Ă©galement sur le plan politique. Dans un monde marquĂ© par une interdĂ©pendance croissante, l’Union europĂ©enne est un exemple unique et convaincant d’un systĂšme de gouvernance basĂ© sur la coopĂ©ration politique supranationale et multilatĂ©rale. En outre, la volontĂ© politique d’aboutir Ă  un systĂšme de gouvernance mondiale et de le maintenir doit ĂȘtre soutenue par des convictions et des valeurs fermes.»

« L’ implication des Eglises et des autres communautĂ©s religieuses, des ONG et des entreprises privĂ©es, ainsi que des Etats et des blocs rĂ©gionaux dans la gouvernance mondiale: Les Eglises et les autres religions peuvent s’informer et informer leurs fidĂšles sur les dĂ©fis globaux et les encourager Ă  prendre leurs responsabilitĂ©s. Les problĂšmes de la gouvernance mondiale doivent ĂȘtre inclus dans des programmes d’enseignement et de catĂ©chĂšse. Les Eglises pourraient faire du thĂšme de la gouvernance mondiale un sujet de dialogue oecumĂ©nique et interreligieux. Au sein de l’Eglise catholique, par exemple, le rĂ©seau d’universitĂ©s, les commissions ‘Justice et Paix’ et les «Semaines sociales» pourraient ĂȘtre une ressource Ă  utiliser fidĂšles Ă  leurs mandats initiaux pour contrĂŽler et analyser les dĂ©veloppements.»

Á la lumiĂšre de ceci, les motivations mondialistes de l’Église nous apparaissent clairement, tout comme le fait que cette mĂȘme Église outrepasse le cadre purement spirituel dans lequel son pouvoir est censĂ© ĂȘtre restreint pour s’immiscer dans le domaine temporel, politique. Parmi les plus influentes personnalitĂ©s du Vatican rĂšgne donc une corruption manifeste, qui explique sans doute pourquoi les Ă©lites ecclĂ©siastiques oeuvrent de temps Ă  autres pour le rapprochement des communautĂ©s, et le reste du temps Ă  la solidification de leur identitĂ© propre. En effet, en ce qui concerne la radicalisation du christianisme, BenoĂźt XVI mĂšnerait sa propre politique, et serait influencĂ© par les pressions politiques qui sont exercĂ©es au sein du Vatican de sorte Ă  appuyer le mondialisme de temps Ă  autre, en donnant Ă  ce courant une touche religieuse qui permet de le faire d’autant mieux passer dans les pensĂ©es des croyants qui seront plus enclins Ă  considĂ©rer le mondialisme comme une bonne chose, voire Ă  le rendre inconsciemment acceptable au plus grand nombre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui ne sont de toute façon pas conscients de ce que reprĂ©sentent les dĂ©clarations du Pape sur le Nouvel Ordre Mondial.

En outre, bien que cela ne soit pas directement liĂ©, il n’est pas impossible que certains des reprĂ©sentants de notre Ă©lite occidentale veuillent encourager des mesures, dans les pays musulmans corrompus et dĂ©sireux de satisfaire les volontĂ©s de l’axe amĂ©ricano-europĂ©en, qui puissent rendre peu Ă  peu l’Islam assimilable Ă  l’esprit de consommation, tout comme le concile de Vatican II y avait contribuĂ© vis-Ă -vis du christianisme. En attestent les propos de Ralph Peters, auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratĂ©gie et des relations internationales:

« Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et MĂ©dine Ă©taient dirigĂ©s par un Conseil reprĂ©sentatif tournant issu des principales Ă©coles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un État sacrĂ© islamique – une sorte de super Vatican musulman – oĂč l’avenir de la foi serait dĂ©battu au lieu d’ĂȘtre arbitrairement fixĂ©. » Soit une sorte d’Islam des LumiĂšres Ă©laborĂ© au cƓur de cet État sacrĂ© islamique qui permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils Ă©pousent pleinement la philosophie mondialiste.

D’autres Ă©lĂ©ments contribuent Ă  renforcer le rĂŽle de la religion chrĂ©tienne en l’utilisant Ă  des fins politiques. Les actions en ce sens de Nicolas Sarkozy sont particuliĂšrement connues parce qu’elles sont en dĂ©saccord avec le statut laĂŻc de la France.

On ne peut effectivement s’empĂȘcher de penser que la croyance et l’espĂ©rance, dont Nicolas Sarkozy parle benoit-xvi-21avec constance, sont prĂ©cisĂ©ment les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. « Pas de pouvoir sans croyance », disait Paul ValĂ©ry. L’exposition sans retenue de ses interrogations mĂ©taphysiques procĂšde aussi de cette logique-lĂ . Qu’importent la rĂ©alitĂ© et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, Ă  laquelle les AmĂ©ricains sont habituĂ©s depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

Il a dĂ©taillĂ© ses convictions dans un livre, la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance » , paru en 2004, ouvrage qui s’insĂšre dans une bibliographie dont les titres ont un Ă©trange parfum d’encyclique ou de prĂȘche Ă©sotĂ©rique : « Ensemble », « TĂ©moignage libre », « Au bout de la passion : l’Ă©quilibre ». Et s’il est vrai qu’un responsable politique Ă©crit gĂ©nĂ©ralement la biographie d’hommes auxquels il voudrait secrĂštement qu’on le compare, alors le titre de son ouvrage sur Georges Mandel, « Le Moine de la politique », laisse songeur.

DĂšs les premiĂšres pages de la RĂ©publique, tout est dit : « Je considĂšre que, toutes ces derniĂšres annĂ©es, on a surestimĂ© l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux et la question spirituelle ont Ă©tĂ© trĂšs largement sous-estimĂ©es.» On remarquera, en outre, que cette phrase opĂšre un Ă©tonnant rapprochement entre le fait religieux, phĂ©nomĂšne social qui ressort de la sphĂšre publique, et la question spirituelle, en principe exclusivement privĂ©e, elle.

Explication de texte, par l’auteur : « Le fait religieux est un Ă©lĂ©ment primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrĂȘte pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laĂŻcitĂ©. Pas mĂȘme la vision d’une laĂŻcitĂ© indiffĂ©rente. Je crois au besoin religieux pour la majoritĂ© des femmes et des hommes de notre siĂšcle. La place de la religion dans la France de ce dĂ©but de troisiĂšme millĂ©naire est centrale. »

Il faut Ă©voquer la rĂ©ception, en grande pompe, au ministĂšre des Finances, de l’acteur Tom Cruise, dont personne n’ignorait alors qu’il Ă©tait le porte-parole de la scientologie.

Il faut lire Sarkozy, toujours dans la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance », lorsqu’il reconnaĂźt « la lĂ©gitimitĂ© de certaines des nouvelles religiositĂ©s », estimant que le mot secte « est parfois utilisĂ© abusivement contre des mouvements spirituels nouveaux ». Nouveau mouvement spirituel, ce qualificatif est prĂ©cisĂ©ment celui dont se rĂ©clame la scientologie, secte pourtant parmi les plus dangereuses, aux dires mĂȘme des pouvoirs publics. Il est vrai, comme l’exprimera Nicolas Sarkozy, que les « sectaires » sont les autres, ceux qui ont fait de la laĂŻcitĂ© une « laĂŻcitĂ© de combat ». InquiĂ©tant dĂ©voiement du sens des mots.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

mai 07 2009

L’appel de Cochin, ou l’Union EuropĂ©enne vue par Jacques Chirac en 1978

Que chaque lecteur se fasse son avis sur l’ampleur du changement de position pris par Jacques Chirac entre le moment oĂč il publia ceci et ce qu’il accomplit pendant ses deux mandats par la suite, sans parler des opinions du prĂ©sident actuel sur le mĂȘme sujet.

L’Appel de Cochin est le nom donnĂ© Ă  un texte communiquĂ©, le 6 dĂ©cembre 1978, par Jacques Chirac, Ă  l’Ă©poque ancien Premier ministre de la France, prĂ©sident du Rassemblement pour la RĂ©publique et maire de Paris.

Cet appel est officiellement signĂ© de Jacques Chirac, mais on en attribue habituellement la paternitĂ© rĂ©elle aux deux plus proches conseillers de celui-ci Ă  l’Ă©poque, Pierre Juillet et Marie-France Garaud.

Sa publication entrait dans le cadre de la « pré-campagne » du RPR pour les premiÚres élections au suffrage universel du Parlement européen, jusque-là désigné par les Parlements nationaux des pays membres de la Communauté économique européenne, élection qui eut lieu, en France, le 10 juin 1979.

Ce texte dĂ©nonçait notamment un « parti de l’Ă©tranger », soit, dans l’esprit du signataire, l’Union pour la dĂ©mocratie française, parti de centre-droit créé le 1er fĂ©vrier 1978 Ă  l’initiative de ValĂ©ry Giscard d’Estaing, alors prĂ©sident de la RĂ©publique.

Ce surnom d’« appel de Cochin » a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  ce communiquĂ© aussitĂŽt aprĂšs sa publication, en raison des circonstances dans lesquelles il a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©. Jacques Chirac avait en effet Ă©tĂ© victime, le 26 novembre prĂ©cĂ©dent, d’un accident de la route en CorrĂšze, dĂ©partement dont il Ă©tait l’un des dĂ©putĂ©s et prĂ©sident du Conseil gĂ©nĂ©ral, et avait aussitĂŽt Ă©tĂ© transportĂ© Ă  Paris, Ă  l’hĂŽpital Cochin, pour y recevoir les soins nĂ©cessitĂ©s par ses blessures.

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L’Appel de Cochin, Jacques Chirac, 1978:

Il est des heures graves dans l’histoire d’un peuple oĂč sa sauvegarde tient toute dans sa capacitĂ© de discerner les menaces qu’on lui cache.

L’Europe que nous attendions et dĂ©sirions, dans laquelle pourrait s’Ă©panouir une France digne et forte, cette Europe, nous savons depuis hier qu’on ne veut pas la faire.

Tout nous conduit Ă  penser que, derriĂšre le masque des mots et le jargon des technocrates, on prĂ©pare l’infĂ©odation de la France, on consent Ă  l’idĂ©e de son abaissement.

En ce qui nous concerne nous devons dire NON.

En clair, de quoi s’agit-il ? Les faits sont simples, mĂȘme si certains ont cru gagner Ă  les obscurcir.

L’Ă©lection prochaine de l’AssemblĂ©e europĂ©enne au suffrage universel direct ne saurait intervenir sans que le peuple français soit directement Ă©clairĂ© sur la portĂ©e de son vote. Elle constituera un piĂšge si les Ă©lecteurs sont induits Ă  croire qu’ils vont simplement entĂ©riner quelques principes gĂ©nĂ©raux, d’ailleurs Ă  peu prĂšs incontestĂ©s quant Ă  la nĂ©cessitĂ© de l’organisation europĂ©enne, alors que les suffrages ainsi captĂ©s vont servir Ă  lĂ©gitimer tout ensemble les dĂ©bordements futurs et les carences actuelles, au prĂ©judice des intĂ©rĂȘts nationaux.

1. Le gouvernement français soutient que les attributions de l’AssemblĂ©e resteront fixĂ©es par le traitĂ© de Rome et ne seront pas modifiĂ©es en consĂ©quence du nouveau mode d’Ă©lection. Mais la plupart de nos partenaires Ă©noncent l’opinion opposĂ©e presque comme allant de soi et aucune assurance n’a Ă©tĂ© obtenue Ă  l’encontre de l’offensive ainsi annoncĂ©e, tranquillement, Ă  l’avance. Or le prĂ©sident de la RĂ©publique reconnaissait, Ă  juste raison, dans une confĂ©rence de presse rĂ©cente, qu’une Europe fĂ©dĂ©rale ne manquerait pas d’ĂȘtre dominĂ©e par les intĂ©rĂȘts amĂ©ricains. C’est dire que les votes de majoritĂ©, au sein des institutions europĂ©ennes, en paralysant la volontĂ© de la France, ne serviront ni les intĂ©rĂȘts français, bien entendu, ni les intĂ©rĂȘts europĂ©ens. En d’autres termes, les votes des 81 reprĂ©sentants français pĂšseront bien peu Ă  l’encontre des 329 reprĂ©sentants de pays eux-mĂȘmes excessivement sensibles aux influences d’outre-Atlantique.

Telle est bien la menace dont l’opinion publique doit ĂȘtre consciente. Cette menace n’est pas lointaine et thĂ©orique : elle est ouverte, certaine et proche. Comment nos gouvernants pourront-ils y rĂ©sister demain s’ils n’ont pas Ă©tĂ© capables de la faire Ă©carter dans les dĂ©clarations d’intention ?

2. L’approbation de la politique europĂ©enne du gouvernement supposerait que celle-ci fĂ»t clairement affirmĂ©e Ă  l’Ă©gard des errements actuels de la CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne. Il est de fait que cette CommunautĂ© – en dehors d’une politique agricole commune, d’ailleurs menacĂ©e – tend Ă  n’ĂȘtre, aujourd’hui, guĂšre plus qu’une zone de libre-Ă©change favorable peut-ĂȘtre aux intĂ©rĂȘts Ă©trangers les plus puissants, mais qui voue au dĂ©mantĂšlement des pans entiers de notre industrie laissĂ©e sans protection contre des concurrences inĂ©gales, sauvages ou qui se gardent de nous accorder la rĂ©ciprocitĂ©. On ne saurait demander aux Français de souscrire ainsi Ă  leur asservissement Ă©conomique, au marasme et au chĂŽmage. Dans la mesure oĂč la politique Ă©conomique propre au gouvernement français contribue pour sa part aux mĂȘmes rĂ©sultats, on ne saurait davantage lui obtenir l’approbation sous le couvert d’un vote relatif Ă  l’Europe.

3. L’admission de l’Espagne et du Portugal dans la CommunautĂ© soulĂšve, tant pour nos intĂ©rĂȘts agricoles que pour le fonctionnement des institutions communes, de trĂšs sĂ©rieuses difficultĂ©s qui doivent ĂȘtre prĂ©alablement rĂ©solues, sous peine d’aggraver une situation dĂ©jĂ  fort peu satisfaisante. Jusque-lĂ , il serait d’une grande lĂ©gĂšretĂ©, pour en tirer quelque avantage politique plus ou moins illusoire, d’annoncer cette admission comme virtuellement acquise.

4. La politique europĂ©enne du gouvernement ne peut, en aucun cas, dispenser la France d’une politique Ă©trangĂšre qui lui soit propre. L’Europe ne peut servir Ă  camoufler l’effacement d’une France qui n’aurait plus, sur le plan mondial, ni autoritĂ©, ni idĂ©e, ni message, ni visage. Nous rĂ©cusons une politique Ă©trangĂšre qui cesse de rĂ©pondre Ă  la vocation d’une grande puissance, membre permanent du Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies et investie de ce fait de responsabilitĂ©s particuliĂšres dans l’ordre international.

C’est pourquoi nous disons NON.
NON à la politique de la supranationalité.
NON Ă  l’asservissement Ă©conomique.
NON Ă  l’effacement international de la France.

Favorables Ă  l’organisation europĂ©enne, oui, nous le sommes pleinement. Nous voulons, autant que d’autres, que se fasse l’Europe. Mais une Europe europĂ©enne, oĂč la France conduise son destin de grande nation. Nous disons non Ă  une France vassale dans un empire de marchands, non Ă  une France qui dĂ©missionne aujourd’hui pour s’effacer demain.

Puisqu’il s’agit de la France, de son indĂ©pendance et de l’avenir, puis qu’il s’agit de l’Europe, de sa cohĂ©sion et de sa volontĂ©, nous ne transigerons pas. Nous lutterons de toutes nos forces pour qu’aprĂšs tant de sacrifices, tant d’Ă©preuves et tant d’exemples, notre gĂ©nĂ©ration ne signe pas, dans l’ignorance, le dĂ©clin de la patrie.

Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’Ă©tranger est Ă  l’Ɠuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’Ă©coutez pas. C’est l’engourdissement qui prĂ©cĂšde la paix de la mort.

Mais comme toujours quand il s’agit de l’honneur de la France, partout des hommes vont se lever pour combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la dĂ©cadence.

Avec gravitĂ© et rĂ©solution, je vous appelle dans un grand rassemblement de l’espĂ©rance, Ă  un nouveau combat, celui pour la France de toujours et l’Europe de demain.

Par Régis Mex