A ceux qui n’ont de cesse que de trahir la souverainetĂ© suisse
Le bilatĂ©ralisme va semble-t-il atteindre ses limites mais la Suisse officielle redoute un dĂ©bat sans prĂ©jugĂ©s sur l’avenir de notre politique europĂ©enne. Il faut que cela change. Presque quotidiennement les mĂ©dias nous serinent que la voie de l’indĂ©pendance de la Suisse est bouchĂ©e. Comment se fait-il qu’il vient justement maintenant Ă l’idĂ©e des mĂ©dias que la population suisse, dont on sait qu’elle est opposĂ©e dans sa majoritĂ© Ă une adhĂ©sion Ă l’UE, devrait absolument dĂ©Âbattre de ce sujet?
Ceux qui ont lu l’ouvrage du think tank «Avenir Suisse» paru aux éditions de la Neue Zürcher Zeitung et intitulé «Souveränität im Härtetest» (La souveraineté en cause1) ne peuvent s’empêcher de penser que de nombreux orateurs du 1er-Août s’en sont inspirés, ou inversement?
Actuellement a lieu une importante campagne planifiée depuis longtemps et qui a pour objet de faire plier le peuple opposé à l’adhésion. On répète cette absurdité ad nauseam dans toute la presse ainsi qu’à la télévision. Nous n’aurons bientôt plus qu’une solution: nous désabonner et ne plus payer la redevance.
A l’automne 2011 auront lieu les élections au Conseil national et il s’agit de faire en sorte que les partis défendent une politique qui «sonde de nouvelles voies dans la mesure du possible» (Markus Spillmann). De nombreux médias et politiques chantent la même antienne.
Tout le monde le sait: le modèle suisse est une rĂ©ussite et l’on s’en rend compte justement Ă un moment oĂą de nombreux pays sont secouĂ©s par des crises politiques et Ă©conoÂmiques. La stratège d’Avenir Suisse Katja Gentinetta ne l’ignore pas lorsqu’elle constate que «jusqu’à prĂ©sent, la Suisse a su imposer une stratĂ©gie de souverainetĂ© particulièrement rĂ©ussie: la politique Ă©trangère, principalement la poliÂtique europĂ©enne, signifiait en fait d’abord la politique Ă©conomique extĂ©rieure: ceci lui a facilitĂ© la route en vue d’une forte intĂ©gration dans le marchĂ© unique tout en maintenant une grande indĂ©pendance politique et institutionnelle.». Que vouloir de plus, madame Gentinetta? Or les choses ne Âpeuvent pas en rester lĂ : «Dans les circonstances actuelles, exprimer l’idĂ©e d’un rapprochement de l’UE, mĂŞme comme une sorte de worst case scenario, signifie emprunter un chemin très long et conflictuel.» (p. 26). Faut-il se rapprocher d’une UE au bord de la faillite? (cf. Bruno Bandulet, «Die letzten Jahre des Euro»).
«Je suis horrifié», nous fait savoir officieusement un membre de la Banque nationale suisse. Il se rĂ©fère Ă une Ă©tude de la Stiftung MarktwirtÂschaft allemande et de l’expert en finances publiques de Fribourg-en-Brisgau RaffelhĂĽschen, qui aboutit Ă la conclusion effrayante suivante: «La dette publique grecque est 8 fois (!) plus importante que celle qui a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e (!).» Selon son Ă©tude, une dette cachĂ©e gigantesque s’ajoute Ă la dette officielle.
Source: Vertraulicher Schweizer Brief no 1258 du 3/8/10
Ceux qui se souviennent de la votation de décembre 1992 sur l’adhésion à l’EEE qui a été refusée par le peuple et les cantons connaissent bien ces prévisions alarmistes; ils se souviennent avec quelle insistance, à l’époque, le Conseil fédéral et de nombreux politiques nous mettaient en garde contre la catastrophe économique et sociale qui menaçait la Suisse si elle n’adhérait pas. Or il n’en a rien été. Au contraire, la voie adoptée par la Suisse, petit pays souverain avec ses capacités économiques et son modèle de démocratie directe et de fédéralisme a continué à faire ses preuves. Or cela n’intéresse pas les stratèges d’Avenir Suisse, car ils visent d’autres objectifs.
Le modèle suisse contrarie «Avenir Suisse»
Avant d’étudier les thèses principales de «Souveränität im Härtetest», évoquons brièvement les objectifs et la manière de travailler d’Avenir Suisse.
Ce think tank a été fondé en 1999 par des grands groupes opérant au niveau mondial2 dans le but d’influencer en coulisse le développement social et économique de la Suisse: «A la différence d’associations comme économiesuisse, Avenir Suisse ne veut pas pour autant jouer un rôle actif dans les procédures de consultation politique ou les campagnes de votation, contrairement à des associations telles qu’economiesuisse. Elle consacre bien plutôt ses énergies à la sensibilisation des différents milieux aux problèmes qu’elle juge opportun d’aborder et à leur inclusion rapide dans l’ordre du jour des processus décisionnels.»3 Il est évident que les multinationales représentées par Avenir Suisse ont tout intérêt à avoir des structures politiques qui leur permettent d’étendre si possible sans limites leur puissance financière et d’augmenter leurs bénéfices qui se chiffrent en milliards. L’indépendance de la Suisse, la démocratie directe, le fédéralisme sont souvent un obstacle à l’épanouissement des multinationales et Avenir Suisse voudrait changer cela. «Pour le think tank, les forces du marché doivent en règle générale bénéficier de la plus grande marge de manœuvre possible. Dans cette optique, l’Etat n’intervient pas en première instance dans la résolution des problèmes existants.»3
Aux niveaux communal, cantonal et fĂ©dĂ©ral, les citoyens ne cessent de s’opposer Ă ces objectifs. En Suisse, l’Etat, c’est le Âpeuple et celui-ci se permet de limiter la «marge de manĹ“uvre» des «forces du marché» en s’opposant par exemple Ă la privatisation de la poste, des chemins de fer, de l’eau et de l’électricitĂ©. Il arrive que dans les comÂmunes et les cantons, les demandes de permis de construire d’usines chimiques sur d’excelÂlentes terres agricoles ou de supermarchĂ©s discounts Ă©trangers soient rejetĂ©es par le Âpeuple. Et avant chaque votation fĂ©dĂ©rale sur un accord bilatĂ©ral avec l’UE, les milieux Ă©conomiques qui prĂ©fĂ©reraient maximiser sans restrictions leurs profits au sein du marchĂ© intĂ©rieur europĂ©en et les politiques qui louchent vers un emploi Ă Bruxelles qui leur apporterait influence et revenus Ă©levĂ©s doivent faire des pieds et des mains pour inciter les citoyens Ă accepter des progrès dans la libĂ©ralisation ou, plus encore, les empĂŞcher de recourir au rĂ©fĂ©rendum facultatif.
Si la Suisse était membre de l’UE, les choses seraient naturellement beaucoup plus simples pour les multinationales. C’est pourquoi elles ont fondé Avenir Suisse il y a 11 ans afin de communiquer au peuple leur message afin de contribuer à une «meilleure compréhension, par le grand public, des incertitudes et des défis qui attendent les principaux acteurs d’une Suisse en mouvement» afin d’intervenir à temps dans la «sensibilisation des différents milieux aux problèmes» et à «leur inclusion rapide dans l’ordre du jour des processus décisionnels.»
Trois conseillers fédéraux marchent de conserve avec «Avenir Suisse»
Les trois conseillers fĂ©dĂ©raux qui aimeraient depuis longtemps apparaĂ®tre sur la photo de groupe des chefs d’Etat de l’UE ne se gĂŞnent pas de dire ce qu’ils pensent dans leurs discours du 1er-AoĂ»t. Ainsi Moritz Leuenberger, tout comme le think tank du grand capital, a affirmĂ© que la voie bilatĂ©rale «touchait Ă sa fin» et que la Suisse devait «prĂ©voir un nouveau rapprochement avec l’UE» (NZZ du 2 aoĂ»t). Selon ce journal, Leuenberger est allĂ© jusqu’à affirmer que nous devions Ă l’UE «une paix durable avec nos voisins», comme si n’importe quel Ă©colier ne savait pas que notre pays vit en paix avec ses voisins depuis 200 ans. Pour que la Suisse s’approche de l’objectif de l’adhĂ©sion Ă l’UE en regroupant en rĂ©gions ses petites structures, Leuenberger souhaite un renforcement des villes et des agglomĂ©rations et s’est moquĂ©, Ă l’instar des universitaires prĂ©tentieux de la ville de Zurich, des «symboles et mythes campagnards» qui caractĂ©risent trop fortement notre pays. Il s’est surtout attaquĂ© au «mythe du monde intact des montagnes» car celui-ci a permis d’aboutir Ă l’Initiative pour la protection des rĂ©gions alpines contre le trafic de transit alors qu’il jugeait absurde de limiter aux Alpes la rĂ©duction du trafic. DĂ©claration remarÂquable du chef du DĂ©partement des transports qui, depuis des annĂ©es, ne tient sciemment pas compte de l’article sur la protection des Alpes pourtant inscrit dans la Constitution afin de cĂ©der Ă ces messieurs de ÂBruxelles. Mais ceux qui connaissent l’agenda europĂ©en et le nouveau projet de proÂgramme du PS ne s’étonnent plus de rien.
Egalement sur la mĂŞme longueur d’onde qu’Avenir Suisse, la prĂ©sidente de la ConfĂ©dĂ©ration et cheffe du DĂ©partement de l’économie Doris Leuthard a appelĂ© Ă un «dĂ©bat constructif» sur la question de savoir «ce que devraient ĂŞtre nos rapports avec nos voisins dans un monde en mutation». Ce n’est pas Ă©tonnant car depuis longtemps, Doris Leuthard se fait la propagandiste infatiÂgable d’un dĂ©veloppement sans limites de l’économie globale, de l’extension du rĂ©gime de l’OMC et de son libre-Ă©change agriÂcole (Cycle de Doha) au dĂ©triment des pays Âpauvres et de l’agriculture des petites exploitations, ce en quoi elle s’oppose fondamentalement aux conclusions du Rapport sur l’agriculture mondiale. Elle dĂ©fend Ă©galement un accord de libre-Ă©change agricole avec l’UE qui, selon ses propres dires, entraĂ®nerait la disparition d’au moins la moitiĂ© des exploitations suisses.
La troisième à être d’accord avec Avenir Suisse, Micheline Calmy-Rey, a déclaré qu’elle «ne voudrait pas que notre pays soit un membre de facto de l’UE sans droit de vote»4. On sait que la conseillère fédérale socialiste voudrait depuis longtemps que la Suisse adhère à l’UE. Le point culminant de ses activités dans ce sens fut sa tentative de faire participer l’armée suisse à l’opération Atalante de l’UE, laquelle tentative a heureusement échoué en septembre 2009 grâce à l’opposition du Conseil national, avant tout grâce à un nombre important de «non» d’authentiques socialistes qui n’ont pas encore oublié que la politique de gauche doit absolument être une politique de paix.
La souveraineté en cause
Commençons par préciser ceci: Pour les éditeurs de l’ouvrage, Katja Gentinetta, stratège d’Avenir Suisse et Georg Kohler, professeur de philosophie zurichois, il ne s’agit pas le moins du monde de la sauvegarde de la souveraineté de la Suisse, c’est-à -dire du peuple suisse souverain. Ils sont gênés, de même que la plupart des autres auteurs, par le fait qu’une forte majorité de Suisses tiennent à l’indépendance de leur pays et à ce que le peuple, grâce à ses droits politiques étendus, ait tant de possibilités de participer aux décisions. Lorsque les éditeurs prétendent que le débat sur les rapports entre la Suisse et l’UE est soumis à des «tabous», ils font allusion au fait, agaçant pour eux, que le think tank n’ait pas réussi jusqu’ici à remplir une de ses missions: amener les Suisses à vouloir adhérer à l’UE. Et c’est dans ce but qu’Avenir Suisse part en campagne, une année avant les élections fédérales, en vue d’affaiblir, voire de détruire notre identité et notre profonde identification au modèle suisse.
Constatation étonnante: l’adhésion à l’UE n’est pas économiquement nécessaire
Contre toute attente, les économistes qui s’expriment dans la IIe partie de l’ouvrage arrivent à la conclusion qu’une adhésion à l’UE ne s’impose nullement pour des raisons économiques: «En tant que petit pays, la Suisse est plus libre de ces politiques [commerce extérieur, monnaie, fiscalité, ressources, précision de l’auteure] justement parce qu’elle peut agir de manière indépendante au niveau global. […] En matière de commerce extérieur, de nombreux arguments, et en politique monétaire tous les arguments, parlent en faveur de l’indépendance.» (!) C’est ce qu’affirme Heinz Hauser5 sous le titre «Aussenhandel: Souveränität als Marktvorteil» et Ernst Baltensperger6 sous le titre «Geldpolitik: Autonomie als Stabilitätsanker».
Une adhésion prétendument nécessaire «pour des raisons institutionnelles»
Rendez-vous compte: MalgrĂ© cette prise de position très claire des Ă©conomistes, Avenir Suisse insiste sur l’adhĂ©sion. Bien que les auteurs ne cessent de rĂ©pĂ©ter qu’il ne s’agit que d’une «stratĂ©gie de souveraineté» suisse, d’un dĂ©bat de politique europĂ©enne «sans tabous», tous les constitutionnalistes et les politologues de la 1re partie du livre se prononcent nettement en faveur de l’adhĂ©sion. Tout en reconnaissant que la voie bilatĂ©rale a Ă©tĂ© jusqu’ici un succès, ils la qualifient d’«impasse» (p. ex. Dieter Freiburghaus,7 p. 120 et Franz von Däniken,8 pp. 51 sqq.). Selon eux, l’adhĂ©sion Ă part entière apporterait Ă la ÂSuisse un «gain de souveraineté» au plan politique parce qu’elle ne devrait plus appliquer le droit communautaire sans pouvoir «prendre part aux dĂ©cisions» de Bruxelles (cf. pp. 115 et 288 notamment).
La voie bilatérale n’a pas atteint ses limites
« La voie bilatérale est une success story impressionnante. En fait, la Suisse a aujourd’hui une meilleure situation économique que la plupart des pays de l’UE. […]
Les accords bilatéraux permettent une politique d’ouverture et de collaboration. Les principes essentiels de la souveraineté de la Suisse (démocratie directe, fédéralisme, autonomie monétaire, financière et fiscale) ne sont en principe pas affectés. Rien n’indique que la voie bilatérale ait atteint ses limites. »
Source: Finanz und Wirtschaft du 4/8/10
Ici deux questions se posent: Qui, en cas d’adhésion, participerait aux décisions à Bruxelles? Et: Pourquoi le think tank des multinationales défend-il si fortement l’adhésion alors que l’économie marche apparemment bien sous le régime actuel des accords bilatéraux?
Qui peut participer aux décisions de l’UE?
Qu’en est-il du prĂ©tendu «gain de souveraineté» que nous vaudrait une adhĂ©sion? Qui pourrait exercer une influence sur ÂBruxelles et participer aux dĂ©cisions? Pour Freiburghaus, les choses sont claires (p. 115 sqq.): «Les gagnants sont le gouvernement et l’administration, c’est-Ă -dire l’exĂ©cutif car ils siègent autour des tables oĂą se prennent les dĂ©cisions. Les parlements n’ont que peu de moyens d’influencer leur gouvernement.»
Les citoyens des pays voisins de la ÂSuisse peuvent confirmer cette affirmation. A Bruxelles siĂ©geraient quelques conseillers fĂ©dĂ©raux ainsi qu’une multitude de foncÂtionnaires fĂ©dĂ©raux, des reprĂ©sentants des partis poliÂtiques, des associations et des syndicats. Les multinationales dont le siège est en Suisse, reprĂ©sentĂ©es par Avenir Suisse, pourraient faire valoir leurs intĂ©rĂŞts directement aux postes de commande de l’UE. En outre, le transfert de souverainetĂ© de la capitale vers Bruxelles a des consĂ©quences beaucoup plus nĂ©gatives pour un Etat fĂ©dĂ©ral que pour un Etat centraliste comme la France. «Dans les fĂ©dĂ©rations, la compĂ©tence lĂ©gislative des Etats fĂ©dĂ©rĂ©s est Ă©galement affectĂ©e.» Ici, FreiburgÂhaus minimise le risque car on sait bien que les parlements des Länder allemands et autrichiens n’ont conservĂ© qu’une petite partie de leurs anciennes compĂ©tences.
Si la Suisse adhérait, non seulement les Chambres fédérales, mais également les parlements et gouvernements cantonaux perdraient beaucoup de leurs compétences. Mais ce qui serait le plus grave pour les Suisses est que le véritable perdant serait le peuple. Tous les auteurs de «Souveränität im Härtetest» savent bien que la structure politique particulière de la Suisse avec sa démocratie directe très prononcée aux niveaux fédéral, cantonal et communal est la vraie raison de la nette opposition des citoyens à l’adhésion. Comme le remarque Freiburghaus à juste titre, il s’agit du «droit presque illimité du peuple à s’opposer à ce que fait le personnel politique qu’il a mandaté» (p. 116). La perte de souveraineté du peuple serait énorme.
Mais il s’agit de plus encore, d’une chose fondamentale: l’identitĂ© des Suisses, tout ce qui constitue le modèle suisse avec son caractère d’encouragement pour d’autres Âpeuples, serait irrĂ©mĂ©diablement dĂ©truit. En plus de la dĂ©mocratie directe, le type particulier de fĂ©dĂ©ralisme avec les quatre langues de culÂture serait affectĂ© de mĂŞme que la forme particulière de neutralitĂ© armĂ©e qui ne consiste pas en un isolement par rapport Ă l’étranger mais dans la mission humanitaire d’une grande portĂ©e que la Suisse s’est imposĂ©e Ă l’égard de tous les peuples du monde en tant que siège du CICR et d’Etat dĂ©positaire des Conventions de Genève. A cela s’ajoute l’autonomie communale avec l’institution de l’assemblĂ©e communale dans laquelle les citoyens peuvent gĂ©rer leurs affaires et assumer une responsabilitĂ© dans la commune (principe de milice). Cela ne fonctionne que tant que le peuple «aura son mot Ă dire», car on sait que la folie rĂ©glementariste de la bureaucratie europĂ©enne Ă©touffe la participation des individus et la rĂ©duit essentiellement Ă la reÂcherche de moyens d’obtenir des aides financières de Bruxelles.
Qu’est-ce qui dérange «Avenir Suisse» dans le modèle suisse?
La rĂ©ponse Ă cette question est simple: ce qui dĂ©range le think tank global, c’est le fait qu’en Suisse, le peuple ait tant de moyens d’exprimer son opinion, que la Suisse soit une nation nĂ©e de la volontĂ© populaire qui ne souhaite pas de «transfert de souveraineté» vers la structure centraliste et antidĂ©mocratique de l’UE, ce sont les nombreuses petites strucÂtures transparentes des communes et des cantons – plus ou moins importants – que la population peut aisĂ©ment contrĂ´ler.
Comme nous l’avons dĂ©jĂ mentionnĂ© plus haut, il est beaucoup plus facile pour les grandes sociĂ©tĂ©s d’établir leurs lobbyistes Ă Bruxelles et d’exercer une influence directe sur l’économie europĂ©enne. C’est pourquoi les auteurs de la Ire partie du livre sont très contrariĂ©s par les liens profonds, caractĂ©ristiques de la Suisse et de ses habitants, entre l’identitĂ© collective, l’identitĂ© individuelle et la dĂ©mocratie directe» (Kohler, p. 36), par le fait que leur conception de la souverainetĂ© soit «incompatible avec la supranationalité» (JĂĽrg Martin Gabriel,9 p. 100). Selon Thomas Maissen,10 une majoritĂ© de reprĂ©sentants de la politique (Ă©conomique) Ă©tranÂgère seraient sans doute prĂŞts Ă un abandon de souverainetĂ© «qui rend possible le commerce global (!). Cependant le peuple souverain n’en veut pas parce qu’il est imprĂ©gnĂ© d’expĂ©riences et de conceptions sur l’Etat nation datant des XIX et XXe siècles selon lesquelles la souverainetĂ© par rapport Ă l’étranger et la neutralitĂ© sont la condition la plus importante d’un dĂ©veloppement pacifique.» (pp. 79 sqq.) Eh oui, c’est bien cela, monsieur Maissen! Selon Freiburghaus, «le peuple et les cantons devraient approuver une adhĂ©sion qui rĂ©duirait leurs droits» et il poursuit, déçu, en Ă©crivant que ce qui rend presque impossible une adhĂ©sion, c’est «le rĂ´le de souverain du peuple». Le rĂ´le, monsieur Freiburghaus?
Faire voler en éclats la Suisse en la transformant radicalement
On comprend maintenant pourquoi le think tank cherche depuis de nombreuses annĂ©es Ă remodeler la Suisse. «Si donc le coĂ»t du cavalier seul et du maintien de la souverainetĂ© devenait trop Ă©levĂ© [le coĂ»t pour qui? rem. de l’auteure], nous devrions quand mĂŞme songer Ă modifier nos institutions politiques de manière Ă ce qu’une participation ne soit plus un obstacle mais une chose salutaire». (FreiburgÂhaus, p. 129). Selon Freiburghaus, le Conseil fĂ©dĂ©ral aurait besoin d’une «plus Âgrande marge de manĹ“uvre», ce qui rĂ©duirait «un peu» (!) les compĂ©tences du Parlement et des cantons et restreindrait les droits populaires.
Pour avoir le peuple à l’usure, les auteurs ne cessent de dénigrer le modèle suisse et les citoyens récalcitrants. Les médias nous ont habitués à voir les Suisses considérés comme des gens qui s’isolent, se réservent la meilleure part du gâteau et persistent dans une conception dépassée de la démocratie. Selon les auteurs, notre système politique a besoin d’une «rénovation profonde» car aussi bien le Conseil fédéral que le «prétendu Parlement de milice» sont de moins en moins en mesure de faire leur travail (sic!). Le fédéralisme «n’est plus que l’ombre de lui-même» (pp. 129 sqq.) car les cantons sont trop petits pour accomplir leurs missions.
Selon le Service de renseignement de la Confédération (SRC), le Département des Affaires étrangères (DFAE) a été la cible d’une attaque informatique en octobre 2009. Des pirates dont on ignore l’identité ont utilisé un logiciel spécial pour pénétrer le système informatique du Département et récupérer des informations. Le DFAE a isolé son réseau informatique du réseau Internet afin de stopper la transmission de données vers l’extérieur et d’éviter toute manipulation du système par des tiers. Le ministère de la Confédération a ouvert une enquête.
Source: Vertraulicher Schweizer Brief du 3/8/10
On connaĂ®t les efforts d’Avenir Suisse et de ses affidĂ©s – volontaires ou non – du monde politique et administratif ainsi que de leurs «experts» extĂ©rieurs en vue de remodeler la Suisse pour la rendre euro-compaÂtible: il s’agit de crĂ©er des grandes rĂ©gions et des grandes communes, des niveaux de pouvoir antidĂ©mocratiques au-dessus des agglomĂ©rations, de dĂ©peupler les campagnes et les rĂ©gions de montagne (cf. Leuenberger), d’introduire des acteurs supplĂ©mentaires Ă un mĂ©taniveau illĂ©gitime et non dĂ©mocratique comme les confĂ©rences mĂ©tropolitaines et les ateliers du futur, de privatiser les services publics, de pratiquer la manipulation neurolinguistique de la population, tout cela ad nauseam.
Parallèlement, les auteurs tentent de prĂ©senter les citoyens comme des incapables lorsqu’ils ne votent pas comme le voudrait l’«élite»: «Peu Ă peu, on se rend compte que la dĂ©mocratie directe n’est un bienfait que lorsque les Ă©lites font bloc et prĂ©sentent au peuple de bonnes solutions» (p. 130). Les Suisses ont-ils besoin de professeurs d’universitĂ© qui manifestent tant d’arrogance et coĂ»tent cher aux contribuables? L’historien Maissen rĂ©vèle dĂ©finitivement le vrai Âvisage du think tank qui prĂ©tend vouloir sauvegarder la souverainetĂ© de la Suisse: «Si les ÂĂ©lites suisses dĂ©sirent Ă©tendre la marge de maÂnĹ“uvre au plan international, elles doivent cesser de lutter pour l’indĂ©pendance des marchĂ©s Ă©trangers mais contre les droits de veto de la dĂ©mocratie directe, notamment la minoritĂ© de blocage due Ă la majoritĂ© des cantons qui, dans le pire des cas (11½ des plus petits cantons), ne reprĂ©sentent guère que le quart de la population. PlutĂ´t que de se confronter au peuple souverain dotĂ© du droit de rĂ©fĂ©rendum et Ă ses reprĂ©sentants souverainistes, il serait plus simple de nĂ©gocier dans l’égalitĂ© des droits et dans le cadre d’un ordre juridique commun avec les reprĂ©sentants d’autres Etats. Mais quel dĂ©tenteur d’un droit de veto renonce de plein grĂ© Ă ce droit?» (p. 80)
Donc on s’attaque au peuple suisse et à ses droits politiques gênants en brandissant la menace du Roi des aulnes (Goethe): «Si tu ne veux pas, j’utiliserai la force»? Cela suffit maintenant. Nous, le peuple, restons souverains et résoudrons les problèmes auxquels la Suisse est confrontée beaucoup mieux, à coup sûr, au sein de notre modèle éprouvé de démocratie qu’en tant que laquais de l’économie globale. La domination d’une élite est étrangère au modèle suisse; nous n’en avons pas besoin.
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Notes :
1    «Souveränität im Härtetest. Selbstbestimmung unter neuen Vorzeichen» von Katja Gentinetta und Georg Kohler (Hrsg.), Avenir Suisse und Verlag Neue Zürcher Zeitung, 2010. Résumé en français du dernier chapitre: www.avenir-suisse.ch/content/themen/effizienz-der-institutionen/souveraenitaet/mainColumnParagraphs/0/document1/souv_resume_fin.p
2    ABB, Crédit suisse, Groupement des banquiers privés genevois, Jacobs Holding, Kuoni Holding, McKinsey Switzerland, Nestlé, Novartis, Roche, Sulzer, Swiss Re, UBS et Zurich Financial Services
3 Â Â Â www.avenir-suisse.ch/fr/ueber-uns/leitbild.html
4    Toutes les citations sont tirées de la NZZ du 2 août.
5    Professeur émérite de politique économique étrangère à l’Université de Saint-Gall et auteur du rapport d’expertise sur les conséquences économiques de l’adhésion à l’EEE (1992)
6    Professeur émérite d’économie aux Universités de Berne, de Saint-Gall, de Heidelberg et de l’Ohio ainsi que conseiller de la Banque nationale suisse.
7    Professeur émérite de sciences politiques et administratives à Lausanne et fondateur des séminaires soleurois sur l’Europe destinés à la formation continue des fonctionnaires fédéraux
8    ex-Secrétaire d’Etat et directeur politique de l’Administration fédérale
9    Professeur émérite de relations internationales à l’EPFZ
10    Professeur d’histoire des temps modernes à l’Université de Heidelberg



















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