Category: forces armées israéliennes

jan 13 2009

«Hosni Moubarak ne peut prendre de décisions importantes sans en référer à Washington»

Diplômé de sciences politiques de Paris et ancien élève de Harvard et de l’ENA, Karim Emile Bitar, fils de feu l’ancien ministre libanais, le professeur Emile Bitar, préside aujourd’hui le KB Consulting Group et est chercheur (cabinet de conseil en stratégie, communication et affaires publiques). Il a également suivi des études de droit, d’économie, d’histoire et de relations internationales à la Sorbonne et aux universités McGill et Harvard. Il est chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Il a dirigé l’ouvrage collectif Regards sur la France, (Seuil, 2007), ouvrage qui comprend des entretiens avec Boutros Boutros-Ghali, Vaclav Havel, Mohammed Arkoun, Edward Said, Daniel Barenboim, Bronislaw Geremek et une vingtaine d’autres personnalités internationales.
M.Bitar estime que la décision d’Israël d’interrompre ses bombardements sur Ghaza, trois heures par jour, est une stratégie militaire qui permettra à l’armée israélienne de se «réorganiser avant de poursuivre sa besogne». Ce chercheur de l’Iris revient, dans cet entretien, sur la position statique de l’Egypte qui reste, selon lui, dépendante de l’aide militaire et économique américaine. Et que Hosni Moubarak «ne peut prendre de décisions importantes sans en référer à Washington».

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L’Expression: Israël a décidé d’interrompre quotidiennement, depuis mercredi dernier, ses bombardements sur Ghaza durant trois heures. Quelle lecture faites-vous de cette trêve inédite?
Karim Emile Bitar: Comme le soulignait avant-hier la représentante du Comité international de la Croix-Rouge, cette guerre a ceci d’inédit et de particulièrement tragique, que les populations civiles qui en sont les victimes n’ont même pas la possibilité de fuir. En effet, les bombardements touchent toute la bande de Ghaza. Israël soumet Ghaza à un blocus total depuis plus de seize mois. Blocus qui, il faut le rappeler, est considéré par le droit international comme un «casus belli». Dans ces conditions, une trêve quotidienne de trois heures est bien le strict minimum pour permettre aux mouvements humanitaires d’apporter un peu de soutien à une population traumatisée. D’un point de vue stratégique, les armées, même les plus puissantes, ont besoin de ce type de cessez-le-feu temporaire pour se réorganiser avant de poursuivre leur besogne.

Plus de 850 morts dont 235 enfants ont été victimes des bombardements de l’armée israélienne. Que veut-elle signifier par de tels actes? Pourquoi, à votre avis, Israël a-t-il cette liberté d’agir dans l’impunité?
Après son incapacité à venir à bout du Hezbollah durant la guerre de juillet 2006, Israël souhaite réaffirmer son «pouvoir de dissuasion». Aussi étrange que cela puisse paraître, aux yeux des dirigeants israéliens, pareils bombardements permettent de «restaurer le moral de la population», en démontrant à nouveau l’impressionnante force de frappe militaire de l’armée israélienne, dont l’image avait été très écornée. Par ailleurs, le courageux historien israélien, Tom Segev, a visé juste lorsqu’il a estimé que cette guerre visait à «mater» les Palestiniens, à leur «donner une leçon», en fonction de cette vieille idée raciste selon laquelle «les Arabes ne comprennent que la force» et qu’il faut les cogner jusqu’à ce qu’ils changent de comportement. Or, la grande philosophe Hannah Arendt avait, quant à elle, souligné: «Il n’y a qu’une chose que les Arabes ne comprennent pas, c’est la force.» On retrouve chez les dirigeants militaires israéliens d’aujourd’hui, la mentalité de Massu et de Bigeard. Quant aux raisons qui font qu’Israël bénéficie toujours d’une impunité, elles sont nombreuses. Elles sont essentiellement liées à la relation privilégiée entre Israël et les Etats-Unis, et au droit de veto dont disposent les Etats-Unis au Conseil de sécurité des Nations unies. La «communauté internationale» se permet parfois quelques remontrances verbales mais n’a jamais imposé à Israël de respecter les résolutions de l’ONU, notamment celles qui exigent la restitution des territoires occupés. Israël a, en outre, bénéficié du contexte de «guerre globale contre le terrorisme» qui lui a permis de «noyer le poisson». Israël s’efforce de faire oublier aux Occidentaux qu’il s’agit d’un conflit territorial lié à l’occupation, et de noyer cela dans l’affrontement supposé entre l’Occident et l’Islam. Il faut, par ailleurs, souligner que les Palestiniens et les Arabes en général ont été, à ce jour, incapables de mener une véritable campagne d’information en Occident, et de sensibiliser l’opinion américaine. Il faut prendre conscience que la bataille se joue désormais au coeur de la société américaine, et que la résistance doit aussi être intellectuelle, culturelle, médiatique et sociale. Contrairement à ce que pensait Arafat, il ne suffit pas de dialoguer avec la Maison-Blanche, il faut mobiliser la société civile américaine et l’opinion publique.

Israël affirme vouloir «éradiquer» le Hamas de la bande de Ghaza. A votre avis cela est-il possible? Ne croyez-vous pas que nous allons assister à une radicalisation encore plus forte des partisans du Hamas?
Le Hamas va sûrement subir de très lourdes pertes au niveau de ses cadres et de ses infrastructures. Il sortira militairement très affaibli, mais il pourra néanmoins revendiquer une victoire politique symbolique en raison justement des objectifs trop ambitieux annoncés par Israël. L’objectif d’éradiquer le Hamas est bien évidemment illusoire. Le Hamas, comme le Hezbollah, sont des mouvements issus de la population locale, avec laquelle ils font corps. Par ailleurs, l’affaiblissement politique du Fatah sera au moins aussi grand que l’affaiblissement militaire du Hamas.

C’est à partir du Caire qu’a été annoncée l’attaque contre Ghaza et c’est au Caire que les ballets diplomatiques se poursuivent pour arrêter les massacres. Quelle lecture faites-vous de cela?
Le régime égyptien est dans une position très inconfortable, ballotté entre son opinion publique révoltée et son souhait de respecter les accords de paix signés avec Israël. Il faut se souvenir que les Frères musulmans sont la principale force d’opposition en Egypte, et que le Hamas est, à l’origine, la branche palestinienne des Frères musulmans.
Le régime de Hosni Moubarak est, par ailleurs, extrêmement dépendant de l’aide militaire et économique américaine (soutien qui dépasse les 2 milliards de dollars annuels). Moubarak ne peut prendre de décisions importantes sans en référer à Washington.

Et les régimes arabes dans toute cette histoire sanglante?
La plupart d’entre eux sont confrontés au même dilemme: les régimes sont politiquement dépendants des Etats-Unis et les opinions publiques bouillent.
La monarchie jordanienne est dans une position particulièrement inconfortable.
Leurs condamnations ne peuvent être que verbales et certains régimes prêteront même le flanc à des accusations de complicité, puisque leurs opposants ne comprennent pas leur inaction.

L’administration américaine affiche son soutien direct à Israël. Cette attitude ne vous rappelle pas celle adoptée lors des bombardements du Liban en 2006?
En effet, en juillet 2006, l’administration Bush avait alors attendu trois semaines et plus de 1000 victimes civiles avant de réclamer un cessez-le-feu.
Le silence de la «communauté internationale» et l’impuissance des régimes arabes me rappellent aussi les invasions israéliennes du Liban en 1982 et en 1996. Comme disait Tocqueville: «L’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies.» C’est ce sentiment de déjà-vu qui renforce la lassitude et l’écoeurement des observateurs et surtout des victimes.

Comment d’après vous la paix peut-elle être instaurée?
Il est clair que les Accords d’Oslo sont dans l’impasse. Ces accords avaient été mal négociés. Les négociateurs palestiniens ne disposaient même pas de cartes géographiques et négociaient dans une langue anglaise qu’ils maîtrisaient très mal! Ils n’ont obtenu aucune garantie quant à l’arrêt de la colonisation et aucun calendrier quant au retrait de l’armée israélienne des territoires occupés. Il y avait à l’époque 130.000 colons en Cisjordanie. Il y en a aujourd’hui plus de 280.000. Il y a également aujourd’hui près de 200.000 colons israéliens à Jérusalem-Est. Dans ces conditions, on voit mal comment l’Etat palestinien qu’on nous promet pourrait être viable, puisqu’il est découpé en tranches. Il faut donc repenser radicalement le «processus de paix», en prenant en compte deux réalités indéniables: l’imbrication des populations israélienne et palestinienne, et l’impossibilité d’une solution militaire. Il ne pourra y avoir de paix sans une reconnaissance par Israël de la légitimité des aspirations nationales palestiniennes. Il faudra également que les Arabes comprennent l’histoire tragique du peuple juif et comprennent que les Israéliens sont, à tort ou à raison, persuadés que pèse toujours sur eux une menace existentielle. Compte tenu du déséquilibre des forces, les Arabes ont de la difficulté à admettre que les Israéliens, eux aussi, vivent dans l’angoisse.
Pourtant, en raison des traumatismes liés à leur histoire, les Israéliens sont eux aussi confrontés à une peur existentielle, et il incombera aux Arabes et aux musulmans de les aider à la surmonter. Et les fanfaronnades et déclarations sottes de M.Ahmadinejad sont le parfait exemple de ce qu’il ne faut absolument pas faire.

Source : L’Expression

jan 12 2009

Répressions à Alger lors de manifestations de soutien à Gaza, nouvelle interpellation de Cheikh Ali Benhadj (vidéo)

Après la prière du vendredi 9 janvier dernier, plusieurs défilés de soutien à Gaza se sont organisés spontanément. Des heurts avec les forces de l’ordre, qui se sont violemment interposées pour empêcher les manifestants de passer, ont été signalés à plusieurs endroits de la capitale Alger, en particulier.

Le plus important défilé fut celui du quartier de Belcourt qui est parti de la mosquée Khalid ben Walid et auquel participa Cheikh Ali Benhadj. Le Cheikh adressa une courte allocution avant le lancement du défilé, mais fut arrêté peu de temps après.

Ensuite, à peine la marche commença-t-elle que les manifestants firent face à un bouclage sécuritaire. Ils essayèrent de négocier avec les forces de l’ordre pour les laisser manifester, mais celles-ci refusèrent. Le barrage fut alors forcé et les manifestants arrivèrent à la place du 1er Mai où ils trouvèrent un autre barrage qu’ils forcèrent aussi pour arriver à la place des Martyrs où ils trouvèrent de nombreuses forces pour les empêcher de continuer vers l’ambassade américaine.

Vidéos amateurs relatant les faits

Après des altercations avec les forces en présence, les manifestations réussirent encore une fois à forcer le barrage pour arriver à la rue Tilimli où les confrontations se sont intensifiées. Plusieurs manifestants tombèrent sous les coups de bâton et les canons à eau. Certains jeunes lancèrent alors des pierres sur les forces du désordre en les abreuvant d’injures et d’accusations tels que « vous êtes des juifs ».

Quant aux manifestants du défilé de Qouba, des rapports font état d’utilisation de gaz lacrymogène à leur encontre.

De même, on signale l’arrestation d’un certain nombre de frères, en particulier les barbus d’entre eux, à leur retour dispersé des défilés, car les forces de police les attendaient alors en embuscade pour les cueillir. Nul ne connait leur sort pour l’instant.

Mecanopolis

Source : Rafidayn Center

jan 11 2009

Des officiers de l’armée israélienne admettent qu’aucun tir palestinien ne provenait de l’école de l’ONU bombardée par Tsahal à Gaza

Par Barak Ravid et Akiva Eldar, Haaretz, 10 janvier 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les Nations Unies affirment que des officiers de l’armée israélienne ont admis qu’aucun tir palestinien n’a été effectué depuis l’intérieur de l’école de l’UNRWA à Gaza qui a été bombardée par un tank de l’armée israélienne.

Des dizaines de palestiniens ont été tués par ce bombardement.

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De plus, l’UNRWA a annoncé jeudi qu’elle cesserait ses activités dans la bande de Gaza en raison de la mort d’un collaborateur de l’UNRWA, victime d’un bombardement israélien ce jeudi matin pendant la pause humanitaire. Chris Gunness, porte parole de l’UNRWA a déclaré à Haaretz que l’armée israélienne avait reconnu ses torts.

« Au cours d’une séance d’information à l’intention de diplomates étrangers, des officiers supérieurs [de l'armée israélienne] ont admis que le bombardement auquel l’armée israélienne répliquait à Jabalya ne provenait pas de l’école, » a déclaré Gunness. « L’armée israélienne a reconnu que l’attaque contre le site onusien était non intentionnelle. »

Il a observé que tous les films rendus publics par l’armée israélienne et où l’on voit des militants tirer depuis l’intérieur de l’école datent de 2007 et non du moment de l’incident lui-même.

« Ce ne sont pas des images récentes, » explique Gunness. « En 2007, nous avions abandonné ce site et c’est seulement par la suite que des militants s’en étaient emparés. »

L’UNRWA exige maintenant une enquête objective afin de dire si le bombardement de l’école constitue une violation du droit humanitaire international et, si c’est le cas, que les responsables soient jugés.

L’ONU a annoncé jeudi qu’un Palestinien qui travaillait pour l’UNRWA avait été tué par un obus de blindé israélien alors qu’il conduisait un camion chargé d’aide humanitaire au point de passage frontalier d’Erez. L’organisation affirme que le camion avait des insignes distinctifs de l’ONU bien visibles et que l’incident avait eu lieu pendant la pause humanitaire mise en place pour permettre aux habitants de Gaza de s’approvisionner.

Haaretz, 10 janvier 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

jan 09 2009

Pour Roland Dumas, Nicolas Sarkozy est complice du « nettoyage ethnique » organisé par Israël (audio)

Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Président du Conseil constitutionnel de la République Française (1), était interrogé par « Radio-Orient », ce jeudi 8 janvier 2009.

Au micro de Marie-Jo Sader, il a dénoncé la politique française au Proche-Orient, affirmant que « Nicolas Sarkozy et Hosni Moubarak ont manÅ“uvré avec leurs va-et-vient pour laisser le temps à l’armée israélienne de commettre le nettoyage humain à Gaza. C’est une terrible catastrophe quand on voit les résultats des massacres intervenus (…) sans qu’il y a une révolte autre que verbale (…). Des gens qui ne voulaient absolument pas arrêter le conflit immédiatement et qui laissaient le temps à Israël de faire son massacre (…). L’attitude de Monsieur Moubarak avec son complice, le président de la République française consiste à laisser le temps de la discussion, par des allers-retours, à l’armée israélienne de faire son travail, comme elle a l’habitude de le faire tous les deux ou trois ans, c’est-à-dire le nettoyage ethnique et inadmissible, je trouve que c’est amuser la galerie pour rien (…). La diplomatie est complice de l’administration américaine et de l’administration égyptienne… ».

Mecanopolis

Sources : Radio-Orient et Médiarabe.info

(1) Son père, Georges Dumas, a été une des grandes figures de la Résistance française. Membre du Parti socialiste clandestin et de l’Armée secrète, il sera dénoncé à la Gestapo, puis fusillé fin mars 1944.

jan 08 2009

Les alliances entre les régimes arabes et Israël

Joseph Massad – The Electronic Intifada

On est souvent déconcertés par l’ironie des relations internationales et les alliances qu’elles favorisent. Prenez par exemple l’implantation coloniale israélienne qui, dès le début, a déclaré la guerre au peuple palestinien et à plusieurs pays arabes alors qu’en même temps, Israël formait des alliances avec de nombreux régimes arabes et des dirigeants palestiniens.

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Si nous avons toujours connu et été informés sur les relations hashémites/sionistes et Eglise maronite/sionistes, ce fut moins le cas sur les services qu’Israël a apporté, et continue d’apporter, aux régimes arabes durant toutes ces décennies. Il est maintenant reconnu que l’invasion de l’Egypte par Israël en 1967 visait, et a réussi, à abattre Gamal Abdul-Nasser, l’ennemi de tous les dictateurs alliés des Etats-Unis parmi les régimes arabes ; Nasser que les Etats-Unis et avant eux, la Grande-Bretagne et la France, essayaient en vain de renverser depuis les années 50. Israël rendait ainsi un grand service aux monarchies arabes (et à quelques républiques), de « l’océan au Golfe », dont la survie était menacée par Nasser et le nassérisme. L’intervention d’Israël suivante, en Jordanie en 1970, pour aider l’armée jordanienne à éliminer les guérilleros de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et ses invasions massives au Liban en 1978 et 1982 pour écraser définitivement cette organisation, ont été elles aussi d’importants services rendus à ces mêmes régimes menacés par le potentiel « révolutionnaire » de l’OLP et ses prises de positions parfois récalcitrantes. Les Renseignements israéliens ont aussi fourni durant ces décennies des informations cruciales à plusieurs régimes arabes pour leur permettre d’éliminer leurs opposants politiques et de renforcer leur pouvoir dictatorial. Comme exemples éloquents de ces bénéficiaires des largesses des Renseignements israéliens, on trouve les dictatures du Maroc et d’Oman.

Les services qu’Israël rend aux régimes arabes se poursuivent à un rythme accéléré. Son invasion du Liban en 2006, conçue pour anéantir le Hezbollah, fut acclamée par les régimes arabes et les intellectuels arabes néolibéraux hostiles au Hezbollah, et utilisée exclusivement par les médias saoudiens. Bien que la destruction massive du sud du Liban et du sud de Beyrouth par Israël et le massacre de plus d’un millier de Libanais aient renforcé le Hezbollah et entaché la réputation de l’armée d’Israël, l’invasion a été très appréciée par les alliés arabes d’Israël. Effectivement, depuis 2006, ces alliés d’Israël, autant que les intellectuels arabes néolibéraux, ont été ouvertement sollicités par Israël pour neutraliser la prétendue « menace » iranienne, dans son propre intérêt et sur son ordre. Les Etats-Unis ont vu que c’était là le bon moment pour intégrer Israël dans la région, ils ont donc fait signe à leurs alliés du Golfe de faire des propositions pour une nouvelle alliance régionale comprenant Israël. Le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn a suggéré il y a quelques semaines qu’Israël rejoigne la Ligue arabe. Nombre de telles propositions ont déjà été formulées depuis quelques mois pour accueillir l’implantation coloniale au sein d’une alliance régionale contre l’Iran.

Depuis 2006, les régimes arabes, les intellectuels arabes néolibéraux et l’Autorité collaborationniste palestinienne (ACP) de Ramallah, sont parvenus à s’entendre du fait que seul Israël pourra les sauver du Hezbollah et du Hamas, deux organisations qui constituent une menace pour l’alliance ouverte des régimes arabes avec les Etats-Unis et Israël contre l’Iran et toutes les forces progressistes de la région. Il ne s’agit pas d’un secret qu’ils espéraient garder jalousement mais de stratégies ouvertement débattues en réunions privées et qui souvent transparaissent dans la sphère publique. Les interventions des médias arabes et les déclarations des officiels israéliens dans le contexte des massacres israéliens continus contre le million et demi de Palestiniens de Gaza ces dix derniers jours, n’ont guère fait preuve d’imagination. Une véritable alliance ouverte existe aujourd’hui entre l’Autorité collaborationniste palestinienne, les régimes arabes et Israël avec le soutien des intellectuels arabes néolibéraux, alliance dans laquelle Israël sous-traite pour les autres l’anéantissement du gouvernement Hamas – le seul gouvernement démocratiquement élu de tout le monde arabe.

Rappelons ici que le Hamas a été démocratiquement élu par des élections libres et que des responsables et membres du parlement élu ont été enlevés par l’occupant israélien et croupissent toujours dans les prisons israéliennes et que l’Autorité collaborationniste palestinienne a incendié leurs bureaux, monté des grèves contre eux et demandé à la bureaucratie de l’ACP de ne pas obéir à leurs ordres. C’est après toutes ces tentatives pour déloger le Hamas du pouvoir que les Etats-Unis, Israël et l’APC ont organisé un coup d’Etat [en juin 2007] pour éliminer les dirigeants du Hamas de Gaza mais qui s’est retourné contre eux. Le carnage déclanché par Israël ces dix derniers jours représente la dernière tentative israélienne pour s’assurer que tous les Arabes et tous les Palestiniens seront dirigés par des dictateurs et jamais par des responsables démocratiquement élus.

Beaucoup se demandent comment les régimes arabes et l’ACP peuvent être dénués à ce point de toute honte dans leur « trahison » des Palestiniens. « Ne craignez-vous pas que le peuple vous renverse ? » est la question maintes fois répétée. La réponse, évidemment, est « non ». Il est vrai que la collaboration d’Israël avec les régimes arabes n’est pas nouvelle, ce qui est nouveau c’est simplement que ce soit devenu public, mais il y a de bonnes raisons à cela. Dans les années 40 et 50, ces mêmes régimes ne pouvaient afficher ouvertement leur alliance avec Israël alors qu’il existait des forces populaires et internationales qui les auraient destitués s’ils s’y étaient hasardés. En effet, certains à l’époque flirtaient avec les alliances auxquelles participaient Israël mais pas officiellement, tel le Pacte de Bagdad, quoique ils ont payé cher une telle collaboration. La Guerre froide, le révolutionnarisme du tiers-monde, le nationalisme arabe, l’Union soviétique, la Chine, Nasser, sont tous des facteurs à prendre en compte. Bien que certains existaient encore quand Sadate d’Egypte a déclaré publiquement son alliance avec les USA et Israël à la fin des années 70, plus aucun n’existe aujourd’hui. Les Etats-Unis, Israël et leurs alliés arabes ont neutralisé ces forces, une par une, depuis 1967, ouvrant la voie à une alliance éhontée entre Israël et les dictatures arabes et tous servent les intérêts américains dans la région. Ces régimes arabes règnent par la terreur et la peur et ont à leur disposition la meilleure police secrète et le meilleur appareil sécuritaire répressif que les USA peuvent former et équiper, et que l’argent du pétrole et l’aide américaine peuvent financer.

Quand le présentateur d’Al-Jazeera a demandé à brûle-pourpoint à la ministre des Affaires étrangères israélienne, Tzipi Livni, si Israël avait un accord avec les régimes arabes pour se livrer aux massacres à Gaza, elle a refusé de répondre pour, finalement, nier qu’un tel arrangement existait, sans pouvoir préciser, mais elle a affirmé qu’il y en avait dans le monde arabe qui « pensaient » comme Israël et que le Hamas était leur ennemi comme il est l’ennemi d’Israël.

C’est d’ailleurs la même Tzipi Livi qui, il y a seulement quelques semaines, informait les citoyens palestiniens d’Israël qu’elle envisageait leur dénationalisation et leur déportation vers les bantoustans palestiniens, une fois qu’Israël et la communauté internationale auront reconnu à ces prisons de Cisjordanie le statut d’Etat palestinien indépendant, enfermé derrière le mur d’apartheid. Après le déclanchement de sa guerre contre les Palestiniens, la semaine dernière, Livni a déclaré que sa guerre contre le peuple palestinien n’était pas seulement une question de sécurité mais qu’elle touchait aussi aux « valeurs » d’Israël que les Palestiniens non collaborateurs (contrairement à l’ACP) ne partageaient pas. Livni est d’accord bien entendu. Contrairement à elle et aux dirigeants israéliens dont les idéaux et les projets de nettoyage ethnique visent à faire d’Israël un Etat purement juif vidé des Palestiniens (Palästinenser-rein), la plupart des Palestiniens croient qu’ils resteront sur leurs terres, même et surtout si cela souille la pureté d’un Israël juif.

Livni a également affirmé que les valeurs d’Israël étaient partagées par le « monde libre » et par les régimes arabes libérés qui sont les alliés du « monde libre ». Ajoutons que ces valeurs sont également partagées par les intellectuels arabes néolibéraux subventionnés par les Saoudiens, et par la direction de l’Autorité collaborationniste palestinienne casée dans la zone verte de Ramallah. Les valeurs civilisées d’Israël ne sont pas différentes de celles défendues par les Etats-Unis dans leur guerre constante contre les Arabes et les musulmans, et elles sont très proches des valeurs coloniales européennes de la grande époque du colonialisme et au-delà. Livni et les dirigeants israéliens parlent de droits de l’homme, de démocratie, de paix et de justice comme valeurs universelles, mais ils ne les appliquent qu’aux juifs et les refusent surtout aux Palestiniens. Cela n’est guère qu’une ruse israélienne. Souvenons-nous des propos impérissables de Frantz Fanon à cet égard : « Quittons cette Europe qui n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde. » (1)

Sur le front palestinien, le mandat et le coup d’Etat de Mahmoud Abbas, chef collaborateur palestinien, prennent fin le 9 janvier. Israël espère prolonger son règne collaborationniste en tant que chef de l’ACP mise en place par les accords d’Oslo en 1993. Alors que des Palestiniens se font tuer et blesser par milliers, les puissances mondiales néanmoins l’y encouragent. Ce n’est guère nouveau. Cela s’est souvent produit dans d’autres cas de massacres de populations par des alliés des Etats-Unis et de l’Europe, cela s’est même produit durant la Deuxième Guerre mondiale pendant le génocide nazi. Le 19 avril 1943, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis se rencontraient aux Bermudes, vraisemblablement pour discuter de la situation des juifs dans l’Europe occupée par les nazis. Ce fut aussi le jour où les nazis lançaient leur attaque contre les juifs qui restaient dans le Ghetto de Varsovie, y rencontrant une résistance inattendue, pleine de courage. Bien peu est ressorti de la conférence des Bermudes et la guerre a continué contre le Ghetto de Varsovie, sans interruption. La résistance juive dans le Ghetto de Varsovie a exécuté des juifs qui collaboraient avec les nazis et s’est bravement affrontée à l’armée nazie avec le peu d’armement qu’elle possédait, avant d’être exterminée. Son soulèvement a toujours été une source d’inspiration pour les Palestiniens. A l’âge d’or de l’OLP, symbole de la libération palestinienne, l’organisation déposait une couronne mortuaire sur le monument au Ghetto de Varsovie, en l’honneur de ces héros juifs qui étaient tombés.

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La résistance des juifs du Ghetto de Varsovie contre l’occupant

Szmul Zygielbojm était le dirigeant du parti socialiste juif, le Bund (2), en Pologne et avait participé à la résistance contre l’invasion nazie en 1939. Il sera plus tard otage des nazis puis libéré et deviendra membre du Conseil juif, ou Judenrat (3) – l’équivalent pour les nazis de l’ACP créée par les Israéliens -, qui fut chargé de la construction du ghetto juif à Varsovie. Zygielbojm s’est opposé à l’ordre nazi et a fui en Belgique, en France, aux Etats-Unis, et en 1942 il a fini à Londres où il a rejoint le gouvernement polonais en exil. Le 12 mai 1943, après avoir été informé que la résistance dans le Ghetto de Varsovie avait finalement été écrasée et que beaucoup de ses combattants avaient été tués, Zygielbojm a ouvert le gaz dans son appartement à Londres et il s’est suicidé pour protester contre l’indifférence et l’inaction des Alliés devant la situation désespérée des juifs dans l’Europe occupée par les nazis. Ce qu’il a ressenti, c’est qu’il n’avait pas le droit de vivre après que ses camarades aient été tués en résistant aux nazis. Dans sa lettre de suicide, Zygielbojm insiste sur le fait que pendant que les nazis se rendaient responsables de l’assassinat des juifs polonais, les Alliés, par leur inaction, s’en rendaient aussi coupables :

« D’après les dernières nouvelles qui nous viennent de Pologne, il est clair, au-delà de tout doute, que les Allemands assassinent actuellement les derniers survivants juifs de Pologne avec une cruauté sans borne. Derrière les murs du Ghetto, le dernier acte de cette tragédie se joue.

La responsabilité de cet assassinat de toute la nationalité juive de Pologne repose d’abord sur tous ceux qui y ont participé, mais indirectement elle retombe aussi sur l’ensemble de l’humanité, sur les peuples des nations alliées et leurs gouvernements qui, jusqu’à ce jour, n’ont pris aucune véritable mesure pour mettre fin à ce crime. En regardant passivement cet assassinat de millions d’enfants, de femmes et d’hommes sans défense, ils ont pris une part de la responsabilité…

Je ne peux continuer à vivre et à rester silencieux pendant que les survivants de la communauté juive de Pologne, dont je suis un représentant, se font assassinés. Mes camarades dans le Ghetto de Varsovie tombent les armes à la main dans une ultime bataille héroïque. On ne m’a pas permis de tomber comme eux, avec eux, mais je les rejoins après leur mort à tous.

Par ma mort, je tiens à exprimer ma plus profonde protestation contre l’inaction dans laquelle le monde s’est contenté de regarder et qui a permis la destruction du peuple juif… »

L’Autorité collaborationniste palestinienne qui dirige le Judenrat mis en place par Oslo n’a jamais tenté de résister aux ordres israéliens. Pas un seul des membres de sa haute direction n’a décidé de démissionner et de ne pas servir. Mahmoud Abbas, qui a rendu tant de services déshonorants à Israël, n’a pas l’intégrité d’un Zygielbojm, ni ses nobles principes et n’en suivra jamais la trace.

Pendant ce temps, le peuple palestinien va résister à l’envahisseur israélien de toutes ses forces avec un handicap astronomique. Le peuple palestinien, comme Zygielbojm avant lui, a très bien compris qu’Abbas, sa clique, les régimes arabes, les Etats-Unis et l’Europe étaient tous responsables de leur massacre tout autant qu’Israël. Zygielbojm a, dans son cas, condamné les puissances du monde pour leur indifférence et leur inaction, dans le cas des Palestiniens, les puissances mondiales et régionales sont des co-conspiratrices et des partenaires actifs dans le crime.

L’écrasement du soulèvement du Ghetto de Gaza et le massacre de sa population sans défense seront une tâche relativement aisée pour la machine de guerre militaire superpuissante israélienne et la direction politique sadique d’Israël. C’est en rapport avec une détermination palestinienne renforcée à continuer de résister à Israël, une détermination qui va se révèler beaucoup plus difficile à affronter pour Israël et ses alliés arabes. Si des milliers de Palestiniens tués et blessés sont les principales victimes de cette dernière guerre terroriste israélienne, le principal perdant de tout cela sur le plan politique sera Abbas et sa clique de collaborateurs. Le défi pour la résistance palestinienne maintenant est de continuer à refuser à Israël le droit de dominer sa population, de voler sa terre, de détruire ses moyens de subsistance, de l’emprisonner dans des ghettos et de l’affamer sans résister.

La seule constante dans la vie des Palestiniens de ce dernier siècle d’atrocités sionistes a été de résister contre le projet sioniste de les rayer de la surface de la terre. Tandis que le sionisme, depuis son implantation, recherche et recrute des collaborateurs arabes et palestiniens dans l’espoir d’écraser la résistance palestinienne, ni Israël ni aucun de ses collaborateurs n’ont été capables de l’arrêter. La leçon que le sionisme a refusé d’apprendre, et refuse toujours d’apprendre, c’est que le désir ardent des Palestiniens de se libérer du joug sioniste ne pourra pas s’éteindre, quelle que soit la barbarie à laquelle peut arriver Israël dans ses crimes. Le soulèvement du Ghetto de Gaza marquera à la fois un nouveau chapitre de la résistance palestinienne au colonialisme, et la dernière brutalité coloniale israélienne dans une région où les peuples n’accepteront jamais la légitimité d’une implantation coloniale européenne raciste parmi eux.

Joseph Massad – The Electronic Intifada, le 6 janvier 2009

Traduction : Info-Palestine.net

Ndt

1) Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 301

2) Fondé en 1897, c’était le plus puissant parti ouvrier juif et le parti le plus important dans la communauté juive en Pologne – Mémoires du ghetto de Varsovie – Marek Edelman – Témoignage – p. 29)

3) Conseil juif qui avait, sur ordre des Allemands, remplacé le Conseil de la communauté juive. (idem – p. 37)