Category: Moyent-Orient

nov 02 2009

La fin de la propagande sioniste internationale

drapeau Isaélien

Il faut d’abord dire quelques mots sur ce que nous entendons par propagande sioniste internationale. Il convient de distinguer entre propagande sioniste internationale et propagande sioniste menée à l’intérieur de l’État d’Israël. Une propagande sioniste internationale est le fait de groupes, de partis politiques, de lobbies juifs et non juifs, de gouvernements comme ceux des Etats-Unis et de l’Union européenne, etc. Par leur défaitisme, les pays arabes font indirectement de la propagande sioniste internationale. Rappelons qu’une propagande vise des objectifs et nécessite une organisation sophistiquée. L’objectif de la propagande est la modification de la posture psychologique des individus en vue de l’action ou de prise de position par rapport à un problème donné. Pour atteindre son objectif, la propagande utilise des moyens de communication de masse, les mass medias. Dans nos sociétés capitalistes, ceux qui peuvent faire de la propagande, ce sont les grands groupes capitalistes et les États qui les servent, c’est-à-dire ceux qui détiennent les moyens financiers pour acheter et contrôler les mass medias. Contrairement aux apparences trompeuses, il n’y a pas plusieurs propagandes dans les sociétés capitalistes, il ne saurait y avoir qu’une seule, la propagande capitaliste. Les « deux partis uniques » qui alternent au pouvoir pour mieux gérer les intérêts du Capital aux Etats-Unis et en Europe sont élus avec l’aide des mass medias détenues et contrôlées par ce même Capital. Pour dissiper un dernier malentendu lourd de conséquences, il n’y a aucune différence entre la propagande politique des capitalistes privés et la propagande d’État, car l’une et l’autre concourent à une même fin, créer des individus aliénés et abrutir les masses pour mieux les dominer.

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Cela dit, s’il est impossible de mener une contre-propagande à l’intérieur des États, il n’en est pas de même à l’échelle internationale où une propagande politique peut être combattue et neutralisée par une propagande adverse du fait de l’existence de clivages idéologiques entre les Etats. Par exemple, à l’époque de l’Union soviétique et du bloc socialiste, la propagande capitaliste internationale avait en face d’elle une propagande capable de la contrecarrer. Pour annihiler les effets d’une propagande adverse, il faut d’abord se doter de moyens humains et matériels équivalents. Il faut ensuite repérer les thèmes centraux de la propagande adverse et les réfuter systématiquement en faisant apparaître leurs visées idéologiques et politiques. Aujourd’hui, grâce à l’internet et aux satellites, la propagande capitaliste et impérialiste mondiale a du plomb dans l’aile et elle commence à être combattue, neutralisée et démasquée comme propagande. Mais dès lors qu’une propagande a été démasquée comme propagande, elle perd ses effets escomptés. Nous nous trouvons aujourd’hui dans le même cas de figure qu’à l’époque de l’union soviétique et du bloc de l’Est, avec l’émergence d’une contre-propagande menée sur la scène internationale par de nouveaux dirigeants politiques comme le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le président vénézuélien Hugo Chavez qui n’hésitent pas à se servir des conférences internationales comme tribune politique pour vilipender le sionisme et l’impérialisme. Sans parler d’autres supports d’information indépendants qui ne sont plus tributaires des multinationales de l’information occidentales pour retransmettre leurs propres images, fabriquer leurs propres nouvelles et fournir leurs propres interprétations des faits et des événements. Nous voilà donc à un tournant qui annonce non seulement la fin de la propagande capitaliste, impérialiste et sioniste mais la fin de toutes les propagandes.

LE DESSOUS DE LA PROPAGANDE SIONISTE INTERNATIONALE

Quand on parle de la propagande sioniste internationale, on pense immédiatement et machinalement au lobby israélien aux Etats-Unis et en Europe. C’est notamment la thèse soutenue en 2006 par John Mearsheimer et Steven Walt qui considèrent que la politique étrangère américaine au Moyen Orient est sous influence d’un puissant lobby israélien qui lui imprime ses actions et ses orientations. Sans nier aucunement l’influence de ce lobby surtout au congrès et à la Chambre des Représentants, sa puissance a été exagérée volontairement justement par la propagande sioniste internationale elle-même pour faire croire que les juifs sont des hommes super intelligents, dotés d’un QI supérieur aux autres et d’un pouvoir manipulateur hors du commun. On parle trop souvent du lobby israélien aux Etats-Unis ou en Europe mais on ne parle pas assez ou pas du tout de tous ces groupes obscurs et de tous ces lobbies non juifs et non sionistes qui exercent discrètement et sournoisement une influence considérable sur les orientations de la politique étrangère américaine et européenne au Moyen Orient. Les villes américaines sont peuplées de groupes de pression, de think tanks de tous genres, d’institutions, civiles, religieuses, politiques, de centres de recherche politiques, stratégiques et militaires, de fondations comme le NED (National Endownment for Democracy), Fondations Soros, Fondations Rockefeller etc. qui sont des groupements non juifs et non sionistes mais qui font une propagande active et efficace tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des Etats-Unis en faveur du soutien inconditionnel à l’entité sioniste en Palestine. Le lobby israélien aux USA et en Europe ne représente en fait qu’un petit groupe très minoritaire par rapport à une myriade d’autres groupes non juifs et non sionistes qui agissent dans l’ombre et qui apportent un soutien indéfectible à Israël. Rappelons par ailleurs que le but de ces groupes non juifs et non sionistes n’est pas franchement l’amour du juif et l’Etat d’Israël mais la planification et la préparation des prochaines guerres impérialistes au Moyen Orient. Plus précisément, le travail de ces think tanks non juifs et non sionistes consiste à semer des troubles et à fomenter des conflits au sein des sociétés arabo-musulmanes quand bien même ces dernières représentent un terrain fertile et réceptif à toutes les sollicitations extérieures du fait de leur composition ethnique et religieuse. Ceux qui mettent en avant ou exagèrent la puissance du lobby israélien cherchent en réalité à détourner les regards du vrai danger qui menace le Moyen-Orient qui est moins l’entité sioniste que la soldatesque des Etats-Unis. En se focalisant sur le lobby israélien aux Etats-Unis, on occulte par ailleurs les vraies motivations de la politique étrangère américaine au Moyen Orient qui, rappelons-le au passage, ne sont ni morales, ni religieuses ni éthiques mais la protection des intérêts du capital et des multinationales. Israël représente certes une menace permanente au Moyen Orient mais ce qui menace le plus cette région, c’est l’impérialisme américain. Le soutien américain inconditionnel n’est pas spécifique au seul Etat d’Israël, c’est une constance de la politique étrangère américaine que l’on relève dans bien d’autres régions du monde, en Afrique, en Europe ou en Amérique latine. L’aide apportée par les États unis à leurs alliés est conditionnée comme toujours par leur degré de fidélité et leur coopération directe ou indirecte pour la protection des intérêts des multinationales américaines. Par conséquent, le soutien des Etats-Unis à l’État d’Israël dépend de la position hautement stratégique qu’occupe l’entité sioniste dans la mise en œuvre de l’hégémonie américaine au Moyen Orient. Ce sont cet enchevêtrement et cette collusion entre les intérêts stratégiques et tactiques des Etats-Unis et d’Israël qui empêchent de bien discerner les objectifs visés par la propagande impérialiste américaine et ceux de la propagande sioniste internationale.

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Essayons de voir par ailleurs de quelle manière la propagande sioniste internationale sert les intérêts du grand capital américain et accessoirement le grand capital européen au Moyen Orient. L’existence de l’État sioniste au cœur du Moyen-Orient est d’abord et avant tout une source de conflits et de tensions permanents dans cette région du monde. C’est déjà une affaire juteuse pour les Etats-Unis et pour l’Europe, ou plus précisément pour les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel. À intervalles réguliers, pour pouvoir survivre et maintenir l’unité de ses populations que tout sépare, l’histoire et la géographie, Israël est condamné à faire des guerres et à entretenir des tensions permanentes au Moyen-Orient. Dans les années1950, Moshé Dayan a affirmé qu’Israël n’avait pas besoin d’une alliance militaire, car il n’est menacé ni par ses voisins arabes ni par les palestiniens qui n’ont pas d’armes. La grande menace qui pèse sur Israël, dit-il, est le maintien de son unité intérieure et dans ce dessein il fallait sans cesse faire peur aux Israéliens en leur racontant des histoires comme par exemple les Américains et les Anglais sont en train de débarquer dans le désert du Néguev. Cet aveu de Moshé Dayan confirme le fait que l’État d’Israël n’est pas un État créé pour des juifs européens persécutés et victimes de l’antisémitisme et de l’holocauste mais comme une simple base militaire occidentale, appelée à jouer le rôle de gendarme et du berger allemand au Moyen-Orient. Ces guerres à répétition sont donc du pain béni pour les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel américain et européen. D’ailleurs, si l’État sioniste n’avait pas existé, les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel l’aurait inventé. Autrement dit, Israël n’est autre chose qu’un marchepied et un pion au service des marchands d’armes et du complexe militaro-industriel.

Après chaque conflit armé, les marchands d’armes et les représentants du complexe militaro-industriel américain et européen accourent en Israël pour faire le point avec les militaires sionistes sur l’efficacité des armes utilisées contre les populations civiles palestiniennes et libanaises et cela dans le but de les perfectionner pour les prochaines guerres. Après chaque guerre, les think tanks états -uniens, européens et sionistes se mettent aussitôt au travail pour préparer les prochaines guerres moyen orientales avec à la clé le futur plan de campagne et le prochain ennemi à abattre. Avec les guerres et les conflits armés au Moyen-Orient, les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel font deux coups avec une seule pierre en vendant les armes dernier cri aux Israéliens et les armes défensives ou presque obsolètes aux États arabes voisins. Naturellement avant chaque guerre, il faut préparer psychologiquement les opinions publiques occidentales grâce à une intense propagande. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, la collusion entre la propagande impérialiste américaine et la propagande sioniste internationale est parfaite et les deux propagandes ont travaillé ensemble, main dans la main et elles ont conjugué leurs efforts pour en finir avec tous les régimes qui faisaient obstacle à l’hégémonie des Etats-Unis au Moyen-Orient. La première guerre du Golfe avait déjà été planifiée une dizaine d’années avant, c’est-à-dire après la fin de la guerre Iran-Irak en 1980. Avant le 11 septembre 2001, la propagande impérialiste et la propagande sioniste avaient déjà désigné les futurs ennemis à abattre, les États de l’Axe du mal ou les États voyous (Rogue States) l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord. Pour mener leur propagande guerrière et pour violer psychiquement les opinions publiques occidentales, les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel ont fait main basse sur les mass medias aux Etats-Unis et en Europe. Aux USA, parmi les dix grands groupes de communication, sept sont contrôlés par des marchands d’armes et par le complexe militaro-industriel. Par exemple, General Electric est la maison mère de la chaîne américaine NBC. Le cas de la France est assez éloquent à cet égard puisque les mass medias sont aujourd’hui contrôlées par deux marchands d’armes, Lagardère et Dassault. La collusion est donc parfaite entre les intérêts du complexe militaro-industriel américano européen, la propagande sioniste internationale et la propagande impérialiste américaine.

CONTRE PROPAGANDE ET NEUTRALISATION DE LA PROPAGANDE SIONISTE INTERNATIONALE

La propagande sioniste internationale est fondée sur la suggestion émotionnelle qui a si bien réussi à Hitler pour accéder au pouvoir en Allemagne. La propagande de type émotionnel n’est pas à vrai dire une prorogative des dictatures, car on trouve aux Etats-Unis et en Europe des techniques similaires visant à exciter l’émotivité et l’impulsivité des individus. Dans le plan de campagne de la propagande sioniste internationale, on trouve une série de fables et de légendes fabriquées pour le besoin de la cause comme le droit historique des juifs sur la terre de la Palestine et l’holocauste devenu une industrie. L’holocauste qui est une autre manière pour exciter l’émotivité a été mis à contribution pour légitimer l’occupation israélienne et pour couvrir les exactions et les atrocités commises à l’égard des populations civiles palestiniennes. (Sur les origines du sionisme, lire cet excellent article de René Castillon. Pour une critique pertinente du droit historique des juifs, voir l’article documenté de Frédéric Courvoisier sur le site mecanopolis, « L’exil du peuple juif remis en cause » )

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Photographie issue du Forum Mecanopolis

Aujourd’hui, le thème de l’éternelle victimisation du juif est en perte de vitesse et ne fait plus recette. Les crimes à répétition commis par les forces d’occupation sioniste en Palestine et l’extension de la colonisation de la terre palestinienne démasquent jour après jour les mensonges de la propagande sioniste internationale. Quand on parle de la fin de la propagande sioniste, cela veut dire concrètement qu’une propagande adverse, en l’occurrence une propagande anti-sioniste, fera appel à des données factuelles pour montrer que la propagande sioniste internationale n’est qu’un tissu de mensonges. La propagande anti-sioniste se doit d’évoquer des faits et des événements réels en évitant la propagande émotionnelle. Pour convaincre, la propagande anti-sioniste doit diffuser ses propres images, produire ses propres informations et donner ses propres interprétations des faits et des événements. Les multinationales de l’information occidentales n’ont plus aujourd’hui le monopole de la production des images et de l’information et elles ont perdu du coup l’exclusivité dans l’interprétation des faits. Les sources d’information se diversifient et se multiplient en permettant à tout un chacun de confronter des points de vue différents sur la même question. Aujourd’hui, chacun des protagonistes au Moyen Orient possède ses propres moyens de propagande par lesquels il s’exprime et combat la propagande adverse. Pendant la première guerre du Golfe, CNN était le seul organe de propagande américano-sioniste. Depuis, CNN a perdu le monopole de la propagande à cause de l’émergence d’une chaîne arabe concurrente, Al-Jazira. Pendant la guerre libanaise de l’été 2006, l’aviation israélienne a bombardé en premier Al-Manar, l’organe de propagande du Hezbollah. Le Hamas palestinien a sa radio et sa télévision. Sous la pression du lobby sioniste en France, le gouvernement français a interdit la diffusion de la chaîne Al Manar.

Durant la guerre sur Gaza, malgré le bouclage et l’interdiction faite aux journalistes étrangers de filmer le massacre et des exactions commis à l’égard des populations civiles palestiniennes, le monde entier a tout de même pu découvrir à travers les images diffusées par la chaîne Al-Jazira, les corps d’enfants palestiniens, déchiquetés et brûlés par les bombes à phosphore. Le monde entier a ainsi pu voir et constater de visu, la sauvagerie et la barbarie sioniste en Palestine. Grâce aux images d’Al-Jazira et d’observateurs étrangers, européens, américains, le monde entier a pu se rendre compte que les victimes d’hier de l’holocauste juif deviennent aujourd’hui à leur tour des bourreaux et des criminels de guerre en commettant massacre après massacre à l’égard les populations civiles palestiniennes. La propagande sioniste internationale ne pouvaint rien contre les images diffusées par satellite, car ces images parlent d’elles-mêmes et elles n’ont besoin ni de long discours ni de commentaires. Les membres des ONG et des organisations internationales de défense des droits de l’homme présentes sur place durant la guerre contre Gaza ont tout vu et ils ont filmé les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par l’armée sioniste dans les territoires occupés. D’ailleurs, pour établir son rapport, la commission Goldstone qui, par ailleurs a été empêchée d’enquêter sur place, a puisé l’essentiel de ses informations dans les reportages et les rapports réalisés par des ONG et des organisations humanitaires indépendantes.

N’ayant plus la maîtrise absolue de la production de l’image et de l’information, la propagande sioniste internationale s’est trouvée désarmée et elle a du coup manqué son objectif, celui de berner et de manipuler comme par le passé, les opinions publiques occidentales. La mobilisation sans précédent de celles-ci en faveur des palestiniennes et contre Israël durant la guerre de Gaza, une attitude contrastant bizarrement avec les positions pro-sionistes des gouvernements européens, montrent à quel point la propagande sioniste internationale a perdu la guerre de l’image et de l’information et elle s’est démasquée comme propagande.

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Palestinienne agressée par un extrémiste juif à Jérusalem
Photographie issue du Forum Mecanopolis

Les enceintes internationales deviennent de plus en plus un lieu de propagande anti-sioniste. Au mois de septembre, lors de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations-unies, le colonel Kadhafi qui, après avoir déchiré la Charte des nations unies, a accusé l’organisation onusienne d’avoir fomenté et cautionné 67 guerres depuis sa création et il a réclamé, entre autres, l’ouverture d’une enquête internationale sur le massacre de Sabra et Chatila et l’invasion de la bande de Gaza en 2008. Les fulminations et diatribes du président vénézuelien Hugo Chavez contre l’impérialisme américain et l’expulsion de l’ambassadeur israélien pendant la guerre de Gaza s’apparentent à une forme de propagande anti-sioniste. La colère et le départ précipité de Davos en Suisse du premier ministre turc, Regip Taeb Erdogan de Davos en Suisse suite à des propos prononcés par le président israélien Shimon Peres contre le Hamas palestinien sont une manière personnelle de s’opposer à la propagande sioniste internationale.

Par ailleurs, certains chefs d’États arabes osent aborder la question du nucléaire israélien en brisant un tabou sur la question de l’arme atomique au Moyen-Orient. Le colonel Khadafi a déclaré lors d’une interview diffusée lundi 26 octobre par la chaîne britannique Sky News, que les Egyptiens, les Syriens et les Saoudiens ont le droit de posséder l’arme atomique au même titre qu’Israël. Dans une interview au Sunday Times le premier ministre turc, Erdogan, a reproché à l’Occident son acharnement à l’égard du nucléaire iranien alors que les mêmes membres du conseil de sécurité qui veulent empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, possèdent chacun son propre arsenal nucléaire. Depuis deux décennies, les délégations des États arabes demandent à l’AIEA d’enquêter sur le nucléaire israélien mais en vain. Dernièrement, une résolution présentée par les pays arabes a été votée par 49 voix contre 45 demande au président de l’AIEA Mohammed El Baradei de soumettre le nucléaire israélien à des inspections au même titre que le nucléaire iranien. Mais Israël a refusé toute inspection de ses installations nucléaires ainsi que toutes formes de coopération avec l’agence onusienne sous prétexte qu’il n’est pas signataire du traité de non-prolifération nucléaire. Quelle serait l’attitude de la soi-disant communauté internationale si c’est un État arabe qui refusait l’inspection de ses installations nucléaires? Bush et Blair ne sont-ils pas allés en Irak sous prétexte que le régime de Saddam Hussein cachait des armes de destruction massive. Comprenne qui pourra.

Indéniablement, c’est le président iranien Mahmoud Ahmadinejad qui se révèle sur la scène internationale comme un redoutable propagandiste anti-sioniste en brisant des tabous et en mettant en selle des thèmes que personne n’ose aborder en Occident tels l’holocauste et de l’antisémitisme, sous peine d’être poursuivi et condamné pour négationnisme. Il faut bien reconnaître qu’avant Ahmadinejad, aucun chef d’État n’a eu le courage et n’a osé poser la question de l’holocauste, de l’antisémitisme et les conditions qui ont été à l’origine de la création de l’État d’Israël. Quand le président iranien monte sur les tribunes internationales, il pose la question de l’holocauste et de l’origine de l’Etat d’Israël en avançant des arguments dont certains sont certes discutables et même critiquables mais d’autres sont pertinents. Je reproduits ici un extrait d’une interview donnée par la président iranien à l’hebdomadaire Neesweek, où il aborde entre autres la question de l’holocauste et les victimes juives de la Seconde Guerre mondiale.

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Newsweek : Alors que l’Iran tente de renouer des liens avec l’Occident, pourquoi à nouveau nier la réalité de l’Holocauste, quand ces thèses sont si aisément réfutables ? Ne pensez-vous pas que l’Holocauste est un sujet important ?

Mahmoud Ahmadinejad : Oui, je pense que c’est le plus grand crime du XXe siècle.

Vous êtes donc d’accord sur le fait que le sujet est important. Pensez-vous que l’Holocauste est encore d’actualité aujourd’hui, qu’il nous concerne encore aujourd’hui par ses effets ?

Pouvez-vous m’expliquer en quoi il influe sur les questions de l’heure ?

Ce que je pense importe peu, M. le président, c’est ce que vous pensez qui compte.

Bien sûr, mais je voudrais que nous puissions échanger nos points de vue afin de pouvoir régler une question.

Le monde voudrait savoir ce que vous pensez.

De quel monde parle-t-on ici ?

L’Iran tente d’améliorer ses relations avec l’Occident, c’est du moins ainsi que je le comprends. Il est clair que l’Holocauste a eu lieu. Pourquoi dire qu’il n’a pas eu lieu ? Pensez-vous qu’il ne devrait pas y avoir un état Juif ? Pas d’Israël ?

Ce que je dis est extrêmement clair. C’est une approche académique d’un sujet d’importance capitale, qui se fonde également sur des considérations humanitaires. Ce que je dis, c’est que bien des choses sont survenues tout au long de l’histoire, et qu’au cours de la seconde guerre mondiale, bien des crimes ont été commis. Plus de 60 millions de gens ont été tués, encore plus déplacés. Il se pose donc un certain nombre de questions spécifiques quant aux événements de la seconde guerre mondiale, et je pense qu’on ne pourra trouver de réponses à ces questions dans la propagande que diffusent les médias. Au bout du compte, il faut des réponses convaincantes à ces questions. La première chose que je voudrais comprendre, c’est la raison pour laquelle, étant donné tout ce qui s’est passé au cours de la seconde guerre mondiale, on met l’accent sur l’Holocauste plus que sur tout autre [événement] ?

Disons que les crimes de Staline étaient de même gravité.

La seconde question est : pourquoi les hommes politiques en occident sont tellement obsédés par ce problème ? La troisième question est : de quelle façon cet événement est-il relié aux problèmes que nous pouvons observer autour de nous dans le monde d’aujourd’hui ? Fut-il un événement historique isolé, sans impact sur la situation présente ? La question qu’on doit se poser ensuite est : si cet événement s’est produit, où s’est-il produit, qui en sont les responsables, et quel fut le rôle du peuple palestinien ? Quel crime a-t-il commis pour mériter ce qu’il a subi en conséquence ? Pour quelle raison le peuple palestinien devrait-il être brimé ? Saviez-vous que plus de cinq millions de Palestiniens ont été déplacés, et bénéficient du statut de réfugié ? Quel rôle ont-ils joué dans l’Holocauste ? Pourquoi exploite-t-on l’Holocauste comme prétexte à l’occupation de la terre d’un autre peuple ? Pourquoi les Palestiniens devraient-ils donner leur vie en échange ? Vous devez savoir que les habitants de Gaza ont dû subir plusieurs embargos.

Et ceux-ci ont lancé des frappes contre Israël au moyen de missiles.

En fin de compte, les habitants de Gaza sont dans leur maison, c’est leur vie, et c’est leur terre. Qui est l’occupant ici ? Quel régime d’occupation est condamné par les résolutions des Nations Unies ? Quel esprit juste pourrait accepter qu’un événement qui s’est déroulé en Europe entraîne l’occupation de sa terre, autre part dans le monde ? Si un crime a été commis en Europe, pourquoi les habitants de Palestine devraient-ils en payer le prix ? La question est simple à comprendre. Malheureusement, les politiciens occidentaux refusent de répondre à ces questions, et préfèrent changer le sujet. Nous sommes opposés par principe au meurtre d’êtres humains. Soixante millions de gens ont été tués à l’époque [de la seconde guerre mondiale] et c’est effectivement très regrettable. Peu importe quelles étaient leur foi ou leurs opinions — c’étaient des êtres humains et leurs vies auraient dû être respectées du seul fait que c’étaient des êtres humains. Je voudrais souligner que nous ne vivons pas dans le monde d’il y a soixante ans. Nous vivons aujourd’hui. Nous considérons l’Holocauste comme un prétexte au génocide commis sur le peuple palestinien.

L’intĂ©gralitĂ© de cet interview est disponible sur Mecanopolis

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À Genève, le 20 avril 2009, lors de la conférence de Durban II sur le racisme, Ahmadinejad évoque les conditions dans lesquelles a été fondé l’État d’Israël provoquant ainsi le retrait précipité des délégations occidentales présentes dans la salle. Voila ce que dit le président iranien à propos de l’Etat d’Israël « « A la fin de la deuxième guerre mondiale, prenant prétexte des souffrances juives ils (les Européens, ndlr) ont eu recours aux moyens militaires pour créer une nation de sans abris. Ils ont envoyé des migrants d’Europe et des États unis et d’autres parties du monde afin d’établir un gouvernement totalement raciste dans la Palestine occupée » (sur l’analyse du discours d’Ahmadinejad à la conférence de Durban sur le racisme à Genève, lire l’article de Frederic Courvoisier Mahmoud Ahmadinejad à la Conférence de « Durban II » : Une vérité qui dérange. La conférence sur l’holocauste organisée à Téhéran en 2006 en présence du négationniste français Faurisson est une forme de propagande anti-sioniste.

En guise de conclusion, il convient d’évoquer la géographie politique du vote du rapport Goldstone. L’analyse du vote marque la fin de la propagande sioniste internationale et une timide prise de conscience des pays du Tiers-monde vis-à-vis d’un État, l’État sioniste, qui, jusqu’ici, a violé toutes les lois internationales et qui a bénéficié, grâce à la complicité occidentale, d’une impunité parfaite. Mais n’allons pas vite en besogne, car ce n’est pas demain que nous verrons les criminels de guerre sionistes, les mains enchaînées, en train de répondre de leurs crimes devant un tribunal pénal international, devant la Cour pénale internationale ou devant une instance pénale nationale. Après la guerre de Gaza, l’inquiétude gagne le rang des hauts responsables militaires et politiques israéliens menacés de poursuites judiciaires ou d’arrestations lors de leurs déplacements à l’étranger. Pour les informer sur les pays à risque notamment l’Espagne, une cellule spéciale a été mise en place au ministère des affaires étrangères. Cela étant dit, revenons à présent au rapport Goldstone. Le rapport Goldstone a été adopté par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU par 25 voix contre 6 voix. Les États qui ont voté pour le rapport Goldstone sont : Bahreïn, Djibouti, Egypte, Jordanie, Qatar, Arabie saoudite, Pakistan, Indonésie, Bangladesh, Sénégal, les Etats d’Amérique centrale et du sud (Brésil, Argentine, Bolivie, Chili, Cuba, Nicaragua), Nigeria, Afrique du sud, Zambie, Ghana, Inde, Philippines, Chine, Russie. Les États qui ont voté contre, ce sont les Etats-Unis et leurs satellites, Italie, Hollande, Norvège, Slovaquie, Ukraine et Hongrie. 11 Pays se sont abstenus comme l’Allemagne, la France, la Slovénie, le Japon, la Corée du sud, le Mexique. Mais ce qui attire l’attention lors de ce vote est l’attitude de la Bosnie-Herzégovine qui a voté contre le rapport Goldstone alors que les Bosniaques ont vécu une situation dramatique similaire à celle que vit aujourd’hui les palestiniens sous l’occupation israélienne. Bien que voué, comme tous les autres rapports, aux oubliettes de l’histoire, le rapport Goldstone a tout de même révélé un phénomène inédit, la fin de la propagande sioniste internationale qui ne peut plus cacher les images de l’horreur et de la barbarie israélienne en Palestine et qui n’a plus assez de ressources pour manipuler comme bon lui semble les opinions publiques occidentales ou non occidentales et de ce fait on ne peut que s’en féliciter.

Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

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Le Bulletin de l’International

juin 18 2009

Les crimes de guerre des Israéliens lors de la récente guerre contre Gaza

Rapport de la commission d’enquĂŞte sur Gaza

L’ancien rapporteur spĂ©cial pour la Palestine et de ses rĂ©gions occupĂ©es, John Dugard d’Afrique du Sud, a prĂ©sentĂ© le 3 juin, lors d’une rĂ©union parallèle Ă  la 11e session du Conseil des droits de l’homme Ă  Genève, son rapport d’enquĂŞte indĂ©pendant concernant les violations des droits humains lors de la rĂ©cente guerre entre IsraĂ«l et la bande de Gaza. Ce rapport fut rĂ©digĂ© sur demande de la Ligue arabe. Cette commission d’enquĂŞte comprenait le prĂ©sident John Dugard, le professeur nĂ©erlandais Paul de Waart, le juge norvĂ©gien Finn Lynghjem, l’avocat germano-chilien Gonzalo Boye, le mĂ©decin lĂ©giste portugais Francisco Corte Real et l’avocate australienne Realene Sharp.

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Cette commission d’enquĂŞte s’est rendue Ă  Gaza du 22 au 27 fĂ©vrier et y rencontra de nombreuses personnes, dont des victimes et des tĂ©moins de l’opĂ©ration militaire israĂ©lienne, ainsi que des membres des autoritĂ©s, des mĂ©decins, des avocats, des hommes d’affaires, des journalistes et des membres d’organisations non-gouvernementales et de l’administration de l’ONU.

Les rĂ©sultats de tous ces entretiens et enquĂŞtes sont dĂ©sastreux et mettent Ă  jour la brutalitĂ© de l’opĂ©ration militaire israĂ©lienne. Parmi les 1400 personnes tuĂ©es au cours de ces trois semaines de combats se trouvaient 850 civils, dont 300 enfants et 110 femmes. Le nombre des blessĂ©s dĂ©passait les 5000. Il y eut aussi les crimes commis de sang froid par des soldats israĂ©liens, qui les ont mĂŞme confirmĂ©s auprès de l’«Oranim military college».
Du cĂ´tĂ© israĂ©lien, on a dĂ©nombrĂ©, au cours de cette guerre, 4 civils tuĂ©s et 182 blessĂ©s, touchĂ©s par des roquettes palestiniennes, 10 soldats tuĂ©s, dont 3 du fait de l’armĂ©e israĂ©lienne elle-mĂŞme et 148 blessĂ©s. L’enquĂŞteur Dugard a attirĂ© l’attention sur le fait que les Palestiniens ne possĂ©daient que des armes très simples, alors que les IsraĂ©liens ­utilisaient du matĂ©riel très moderne, Ă  partir de la mer, de l’air et de la terre. Il souligna aussi le fait qu’IsraĂ«l utilisa du phosphore blanc dans une rĂ©gion très dense en population, cela en violation des règlements internationaux.

Cette agression a causĂ© d’Ă©normes dommages: plus de 3000 maisons et appartements furent dĂ©truits, 11 000 endommagĂ©s. 215 fabriques et 700 entreprises privĂ©es, 15 hĂ´pitaux, 43 centres de soins, 28 bâtiments gouvernementaux, 60 stations de police furent soit fortement endommagĂ©es, soit dĂ©truites. L’armĂ©e israĂ©lienne n’Ă©pargna ni les lieux de culte, ni les Ă©coles. 53 installations de l’ONU furent touchĂ©es.
Suite Ă  cette liste, la commission d’enquĂŞte conclut que l’armĂ©e israĂ©lienne «n’avait Ă©tabli aucune diffĂ©rence d’avec les civils, ou entre objectifs civils et militaires.» Suite Ă  cela, la commission dĂ©clare qu’il y a eu «une diffĂ©rence Ă©norme entre ce qu’ont eu Ă  subir les IsraĂ©liens par les attaques des Palestiniens et ce que les Palestiniens ont eu Ă  dĂ©plorer en morts et en destruction dans la bande de Gaza». Ces faits et d’autres encore contenus dans le rapport sont Ă  classer comme crimes de guerre commis par IsraĂ«l.

Selon Dugard, il est difficile de rĂ©pondre Ă  la question de savoir si l’attaque israĂ©lienne contre Gaza et la mort de 1400 personnes relève du gĂ©nocide. En effet, il n’est pas possible de prouver directement l’intention dĂ©clarĂ©e de dĂ©truire tout ou partie d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme le prĂ©voit la Convention. Et pourtant, la gravitĂ© de l’agression contraint la commission Ă  s’orienter vers cette interprĂ©tation. Il est vrai que le but de l’armĂ©e israĂ©lienne n’a pas Ă©tĂ© la destruction totale du peuple palestinien, mais «il se pourrait que certains soldats aient eu cette intention et devraient rĂ©pondre de leurs crimes.» La commission en est arrivĂ© Ă  cette conclusion, au vu des massacres et des informations venues d’un certain nombre de soldats faisant Ă©tat de l’influence de rabbins allant dans le sens que «la Terre sainte devait ĂŞtre dĂ©barrassĂ©e des non-juifs». Etant donnĂ© que les soldats se trouvaient sous le commandement du gouvernement israĂ©lien, ce dernier doit, selon la Convention pour la prĂ©vention et la rĂ©pression du crime de gĂ©nocide, prendre ses responsabilitĂ©s en tentant d’empĂŞcher ces crimes et, en cas d’Ă©chec, d’engager des poursuites pĂ©nales.

Dans l’ensemble, la commission en arrive Ă  la conclusion qu’IsraĂ«l s’est rendu coupable en diverses occasions de crimes contre l’humanitĂ© et de crimes de guerre. Mais elle accuse aussi le Hamas d’avoir, par ses attaques aux roquettes, pris sur soi la mort de civils innocents.

Le prĂ©sident de la commission d’enquĂŞte, John Dugard, a soumis, Ă  la fin de son rapport, diffĂ©rentes recommandations Ă  la Ligue arabe. En premier lieu, elle devrait engager l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’ONU, de mĂŞme que son Conseil de sĂ©curitĂ©, Ă  dĂ©poser une plainte auprès de la Cour internationale de justice. De plus, il propose au gouvernement suisse de convoquer les Etats signa­taires de la IV e Convention de Genève Ă  une rĂ©union afin de dĂ©battre des rĂ©sultats du rapport. Parallèlement, la Ligue arabe devrait attirer l’attention de tous les Etats signa­taires de la IV e Convention de Genève sur le fait qu’ils sont tenus, selon l’article premier de la ­Convention, d’agir en faveur du respect de celle-ci.

En outre, il recommande aux pays-membres de la Ligue arabe – en conformitĂ© avec l’article 9 de la Convention pour la prĂ©vention et la rĂ©pression du crime de gĂ©nocide – d’intenter avec cependant toute la prudence requise par la gravitĂ© du reproche, une action en justice contre IsraĂ«l. La Ligue arabe devrait Ă©galement inciter des Etats Ă  traduire devant les cours de justice nationales les personnes coupables de crimes relevant du droit international. IsraĂ«l devrait fournir des compensations pour les installations arabes dĂ©truites. De plus, il recommande de rassembler tous les documents touchant la violation du droit international humanitaire en Palestine, afin de pouvoir, plus tard ou en cas de rĂ©cidive, profiter des preuves Ă  disposition. Ce rapport devrait ĂŞtre distribuĂ© au plus grand nombre possible d’organisations internationales et portĂ© Ă  la connaissance du public.

Le nombre de chefs d’accusation, que John Dugard prĂ©sente dans son rapport, est stupĂ©fiant. Il est souhaitable qu’au vu de ce rapport, qui correspond pour l’essentiel aux rĂ©sultats des enquĂŞtes de son successeur Richard Falk, la communautĂ© internationale agisse dans le sens du droit international. C’est la condition mĂŞme d’une paix durable en Palestine.

Lire également : Le pouvoir du lobby israélien de Washington

mai 18 2009

La stratégie de Benoît XVI: « Une croisade pour le Nouvel Ordre Mondial »

Régis Mex, Mecanopolis

Suite aux divers Ă©vĂ©nements en provenance du Vatican, que ce soit la polĂ©mique autour des propos de BenoĂ®t XVI dĂ©courageant l’utilisation du prĂ©servatif ou son voyage auprès des communautĂ©s juives et musulmanes en Terre Sainte, il m’a paru intĂ©ressant de reprendre quelques informations visant Ă  cerner la stratĂ©gie du Vatican. Bien sĂ»r, il n’est aucunement dans mon intention de critiquer la religion en elle-mĂŞme, mais bien la politique (car c’est bien de cela qu’il s’agit) que mènent ses reprĂ©sentants par son biais.

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Christian Terras, catholique de 56 ans qui avait notamment dĂ©noncĂ© l’affaire des prĂŞtres pĂ©dophiles en Suisse, est le poil Ă  gratter du Vatican depuis maintenant 15 ans. Directeur de la revue progressiste «Golias», il explique ce qui sous-tend, selon lui, les propos de BenoĂ®t XVI:

« BenoĂ®t XVI propose un idĂ©al sectaire et totalitaire si l’on met en parallèle cette morale catholique en tant que telle et la situation africaine. Ce n’est malheureusement pas nouveau. L’an dernier, les ONG humanitaires catholiques ont Ă©tĂ© rĂ©unies Ă  Rome. Le Vatican voulait peser contre les campagnes qui font du prĂ©servatif un passage obligĂ©. Il faut lire cette volontĂ© dans le sens du message de BenoĂ®t XVI dans l’avion. Il ne veut pas tomber dans la mĂ©canisation Ă©thique du prĂ©servatif. »

3409248794_7857c359b0« Cela commence Ă  bien faire; depuis quatre ans, il y a une accumulation de gaffes. Sur les musulmans Ă  Ratisbonne, sur les Nazis Ă  Auschwitz, une «bande de criminels», sur les peuples d’AmĂ©rique du Sud qui n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s de manière violente… Puis la levĂ©e des excommunications des Lefebvristes, en janvier dernier, dont le nĂ©gationniste Williamson, et enfin l’excommunication par un prĂ©lat brĂ©silien d’une mère qui a fait avorter sa fille de 9 ans, violĂ©e par son beau-père et enceinte de lui, qu’il a approuvĂ©… »

« Il y a autre chose derrière l’irresponsabilitĂ© de ces dĂ©clarations. Il agit en fait dans le cadre d’une stratĂ©gie concertĂ©e. Il est en croisade pour un nouvel ordre mondial. Une croisade contre ce que BenoĂ®t XVI appelle le relativisme, une stratĂ©gie concertĂ©e contre le monde moderne et ses Ă©volutions en matière de famille, de bioĂ©thique, de santĂ© (le dĂ©bat sur l’euthanasie). Or, BenoĂ®t XVI n’a de cesse de remonter le temps, d’instrumentaliser la tradition chrĂ©tienne, la loi naturelle et Saint Thomas d’Aquin par exemple. Depuis plusieurs dĂ©cennies, les mĂ©decins chrĂ©tiens avaient commencĂ© Ă  faire bouger les lignes sur le prĂ©servatif. Un certain nombre d’Ă©vĂŞques avaient fait montre de pragmatisme: si le prĂ©servatif peut permettre de sauver des vies, bon… Mais Josef Ratzinger, lorsqu’il Ă©tait prĂ©fet de la congrĂ©gation et garant de l’orthodoxie romaine, avait mis Ă  mal ce travail progressiste, en faisant condamner 1.000 thĂ©ologiens, dont 200 thĂ©ologiens moralistes selon mes recherches. L’Eglise a laminĂ© toute la pensĂ©e thĂ©ologique qui travaillait sur une nouvelle morale catholique moderne et adaptĂ©e, en prenant en compte les progrès de la science, de l’anthropologie, le statut de la femme. C’est une stratĂ©gie suicidaire, je pense qu’il est dangereux. »

Les propos polĂ©miques sur l’usage du prĂ©servatif font donc partie, en fait, d’une stratĂ©gie de communication qui vise une certaine fortification de l’identitĂ© de l’Église, une certaine radicalisation. Ce qui est paradoxal, c’est l’ouverture que semble pourtant pĂ©riodiquement accorder BenoĂ®t XVI aux autres religions. Lors de son voyage en Jordanie, le Pape a effectivement prĂ©cisĂ© : « Nous pouvons dire que ces prĂ©cieuses initiatives ont obtenu de bons rĂ©sultats en favorisant la promotion d’une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman mettant en Ă©chec les prĂ©dications de ceux qui considèrent inĂ©vitables la violence et les conflits.» Il est indiscutable qu’Ă  l’heure oĂą les tensions entre communautĂ©s judĂ©o-chrĂ©tiennes et musulmanes sont grandes, l’initiative de BenoĂ®t XVI va dans le bon sens puisqu’elle s’inscrit dans la recherche d’une rĂ©conciliation. Cependant, il pourrait se cacher quelque chose de moins noble derrière cette volontĂ© de promouvoir « une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman ». Dans ces temps de mondialisme effrĂ©nĂ©, il n’est pas impossible que le mot « alliance » soit lourd de nuances. Pour se faire une meilleure idĂ©e sur la portĂ©e de ce terme, il faut se rĂ©fĂ©rer Ă  un extrait d’un ancien discours de NoĂ«l du Pape:

Le 24 dĂ©cembre 2005, BenoĂ®t XVI a dĂ©livrĂ© son message de NoĂ«l : « La force vivifiante de sa lumière (de Dieu) t’encourage Ă  t’engager dans l’Ă©dification d’un Nouvel Ordre Mondial, fondĂ© sur de justes relations Ă©thiques et Ă©conomiques. Que son amour guide les peuples et Ă©claire leur conscience commune d’ĂŞtre une famille appelĂ©e Ă  construire des relations de confiance et de soutien mutuel. L’humanitĂ© unie pourra affronter les problèmes nombreux et prĂ©occupants du monde prĂ©sent.»

Les propos du supĂ©rieur gĂ©nĂ©ral de l’Ordre des JĂ©suites, surnommĂ© le « Pape Noir », Peter-Hans Kolvenbach, n’en sont pas moins intriguants. Dans un discours tenu en 1997, ce prince de l’Église a rĂ©affirmĂ© la nĂ©cessitĂ© de l’unitĂ© dans des termes proches de l’ĂŠtre suprĂŞme : « L’homme de foi est intimement convaincu que l’histoire de l’union humaine peut ĂŞtre Ă©crite en collaboration avec le Seigneur de l’Histoire. L’Ă©chec de la tour de Babel n’est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phĂ©nomène pentecostal oĂą chacun, avec ses particularitĂ©s, se fait communion avec l’esprit.»

Mais les propensions de l’Église envers le Nouvel Ordre Mondial ne s’arrĂŞtent pas lĂ . Le rapport aux Ă©vĂŞques de la COMECE (Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne) intitulĂ© « Gouvernance mondiale: Notre responsabilitĂ© pour que la mondialisation devienne une opportunitĂ© pour tous», contient, entre autre, les lignes suivantes:

« Nous accueillons chaleureusement ce rapport, plus particulièrement, au nom de la Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne (COMECE) dont la tâche est de surveiller et de commenter la politique de l’Union europĂ©enne. Une conclusion clĂ© du texte suivant est que l’UE, Ă©tant donnĂ© sa genèse, son architecture, la comprĂ©hension qu’elle a d’elle-mĂŞme, ainsi que ses responsabilitĂ©s dans des domaines politiques comme le commerce, la concurrence et la coopĂ©ration au dĂ©veloppement, a un rĂ´le crucial Ă  jouer dans la transformation de l’ordre international existant en un système de gouvernance mondiale . Nous considĂ©rons que l’Union europĂ©enne est un modèle pionnier d’intĂ©gration rĂ©gionale et qu’elle constitue un exemple pour l’avenir de la gouvernance dans de nombreuses autres rĂ©gions du monde, malgrĂ© son expĂ©rience encore naissante et donc, contingente, dans certains domaines politiques. Nous espĂ©rons que ce rapport contribuera Ă©galement Ă  ranimer la rĂ©flexion et le dĂ©bat public sur la signification profonde de l’intĂ©gration europĂ©enne.»

« Les Ă©conomies ouvertes ne tiendront pas sans la volontĂ© des Etats de s’ouvrir Ă©galement sur le plan politique. Dans un monde marquĂ© par une interdĂ©pendance croissante, l’Union europĂ©enne est un exemple unique et convaincant d’un système de gouvernance basĂ© sur la coopĂ©ration politique supranationale et multilatĂ©rale. En outre, la volontĂ© politique d’aboutir Ă  un système de gouvernance mondiale et de le maintenir doit ĂŞtre soutenue par des convictions et des valeurs fermes.»

« L’ implication des Eglises et des autres communautĂ©s religieuses, des ONG et des entreprises privĂ©es, ainsi que des Etats et des blocs rĂ©gionaux dans la gouvernance mondiale: Les Eglises et les autres religions peuvent s’informer et informer leurs fidèles sur les dĂ©fis globaux et les encourager Ă  prendre leurs responsabilitĂ©s. Les problèmes de la gouvernance mondiale doivent ĂŞtre inclus dans des programmes d’enseignement et de catĂ©chèse. Les Eglises pourraient faire du thème de la gouvernance mondiale un sujet de dialogue oecumĂ©nique et interreligieux. Au sein de l’Eglise catholique, par exemple, le rĂ©seau d’universitĂ©s, les commissions â€Justice et Paix’ et les «Semaines sociales» pourraient ĂŞtre une ressource Ă  utiliser fidèles Ă  leurs mandats initiaux pour contrĂ´ler et analyser les dĂ©veloppements.»

Ă la lumière de ceci, les motivations mondialistes de l’Église nous apparaissent clairement, tout comme le fait que cette mĂŞme Église outrepasse le cadre purement spirituel dans lequel son pouvoir est censĂ© ĂŞtre restreint pour s’immiscer dans le domaine temporel, politique. Parmi les plus influentes personnalitĂ©s du Vatican règne donc une corruption manifeste, qui explique sans doute pourquoi les Ă©lites ecclĂ©siastiques oeuvrent de temps Ă  autres pour le rapprochement des communautĂ©s, et le reste du temps Ă  la solidification de leur identitĂ© propre. En effet, en ce qui concerne la radicalisation du christianisme, BenoĂ®t XVI mènerait sa propre politique, et serait influencĂ© par les pressions politiques qui sont exercĂ©es au sein du Vatican de sorte Ă  appuyer le mondialisme de temps Ă  autre, en donnant Ă  ce courant une touche religieuse qui permet de le faire d’autant mieux passer dans les pensĂ©es des croyants qui seront plus enclins Ă  considĂ©rer le mondialisme comme une bonne chose, voire Ă  le rendre inconsciemment acceptable au plus grand nombre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui ne sont de toute façon pas conscients de ce que reprĂ©sentent les dĂ©clarations du Pape sur le Nouvel Ordre Mondial.

En outre, bien que cela ne soit pas directement liĂ©, il n’est pas impossible que certains des reprĂ©sentants de notre Ă©lite occidentale veuillent encourager des mesures, dans les pays musulmans corrompus et dĂ©sireux de satisfaire les volontĂ©s de l’axe amĂ©ricano-europĂ©en, qui puissent rendre peu Ă  peu l’Islam assimilable Ă  l’esprit de consommation, tout comme le concile de Vatican II y avait contribuĂ© vis-Ă -vis du christianisme. En attestent les propos de Ralph Peters, auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratĂ©gie et des relations internationales:

« Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et MĂ©dine Ă©taient dirigĂ©s par un Conseil reprĂ©sentatif tournant issu des principales Ă©coles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un État sacrĂ© islamique – une sorte de super Vatican musulman – oĂą l’avenir de la foi serait dĂ©battu au lieu d’ĂŞtre arbitrairement fixĂ©. » Soit une sorte d’Islam des Lumières Ă©laborĂ© au cĹ“ur de cet État sacrĂ© islamique qui permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils Ă©pousent pleinement la philosophie mondialiste.

D’autres Ă©lĂ©ments contribuent Ă  renforcer le rĂ´le de la religion chrĂ©tienne en l’utilisant Ă  des fins politiques. Les actions en ce sens de Nicolas Sarkozy sont particulièrement connues parce qu’elles sont en dĂ©saccord avec le statut laĂŻc de la France.

On ne peut effectivement s’empĂŞcher de penser que la croyance et l’espĂ©rance, dont Nicolas Sarkozy parle benoit-xvi-21avec constance, sont prĂ©cisĂ©ment les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. « Pas de pouvoir sans croyance », disait Paul ValĂ©ry. L’exposition sans retenue de ses interrogations mĂ©taphysiques procède aussi de cette logique-lĂ . Qu’importent la rĂ©alitĂ© et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, Ă  laquelle les AmĂ©ricains sont habituĂ©s depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

Il a dĂ©taillĂ© ses convictions dans un livre, la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance » , paru en 2004, ouvrage qui s’insère dans une bibliographie dont les titres ont un Ă©trange parfum d’encyclique ou de prĂŞche Ă©sotĂ©rique : « Ensemble », « TĂ©moignage libre », « Au bout de la passion : l’Ă©quilibre ». Et s’il est vrai qu’un responsable politique Ă©crit gĂ©nĂ©ralement la biographie d’hommes auxquels il voudrait secrètement qu’on le compare, alors le titre de son ouvrage sur Georges Mandel, « Le Moine de la politique », laisse songeur.

Dès les premières pages de la RĂ©publique, tout est dit : « Je considère que, toutes ces dernières annĂ©es, on a surestimĂ© l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux et la question spirituelle ont Ă©tĂ© très largement sous-estimĂ©es.» On remarquera, en outre, que cette phrase opère un Ă©tonnant rapprochement entre le fait religieux, phĂ©nomène social qui ressort de la sphère publique, et la question spirituelle, en principe exclusivement privĂ©e, elle.

Explication de texte, par l’auteur : « Le fait religieux est un Ă©lĂ©ment primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrĂŞte pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laĂŻcitĂ©. Pas mĂŞme la vision d’une laĂŻcitĂ© indiffĂ©rente. Je crois au besoin religieux pour la majoritĂ© des femmes et des hommes de notre siècle. La place de la religion dans la France de ce dĂ©but de troisième millĂ©naire est centrale. »

Il faut Ă©voquer la rĂ©ception, en grande pompe, au ministère des Finances, de l’acteur Tom Cruise, dont personne n’ignorait alors qu’il Ă©tait le porte-parole de la scientologie.

Il faut lire Sarkozy, toujours dans la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance », lorsqu’il reconnaĂ®t « la lĂ©gitimitĂ© de certaines des nouvelles religiositĂ©s », estimant que le mot secte « est parfois utilisĂ© abusivement contre des mouvements spirituels nouveaux ». Nouveau mouvement spirituel, ce qualificatif est prĂ©cisĂ©ment celui dont se rĂ©clame la scientologie, secte pourtant parmi les plus dangereuses, aux dires mĂŞme des pouvoirs publics. Il est vrai, comme l’exprimera Nicolas Sarkozy, que les « sectaires » sont les autres, ceux qui ont fait de la laĂŻcitĂ© une « laĂŻcitĂ© de combat ». InquiĂ©tant dĂ©voiement du sens des mots.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

mai 11 2009

Le Maghreb pris dans l’unification mĂ©diterranĂ©enne et transatlantique

L’influence des Etats-Unis et de l’Europe sur le Maghreb
En collaboration avec la revue Questions internationales (La Documentation française)Avec DorothĂ©e Schmid, chercheuse Ă  l’IFRI (MĂ©diterranĂ©e/ Moyen Orient)
Et Hamid Barrada, journaliste, directeur Maghreb/Orient sur la chaîne TV5

La revue Questions internationales proposait un excellent numĂ©ro sur le Maghreb en novembre-dĂ©cembre 2004, qui suggĂ©rait tout l’intĂ©rĂŞt de la tenue d’un tel cafĂ© gĂ©opolitique sur le Maghreb et les rivalitĂ©s de pouvoir entre Etats-Unis et Europe dans cette rĂ©gion. Nos deux intervenants considĂ©raient ici le Maghreb comme une entitĂ© au sein d’un ensemble mĂ©diterranĂ©en et proche-oriental plus vaste, plutĂ´t que par ses Etats pris un Ă  un. DorothĂ©e Schmid a montrĂ© comment la politique europĂ©enne au Maghreb devait faire face Ă  un investissement amĂ©ricain croissant dans cette zone, tandis que Hamid Barrada s’intĂ©ressait aux ambitions amĂ©ricaines dans la rĂ©gion et Ă  la perception de ces politiques amĂ©ricaines par les habitants.

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La politique européenne au Maghreb:
Travaillant sur la politique européenne en Méditerranée, Dorothée Schmid a porté son intérêt sur les stratégies comparées des Américains et des Européens au Maghreb. Il ressort que si nouvel activisme américain il y a au Maghreb, il est certes bien moindre que pour le Moyen-Orient, mais suffisamment important pour susciter des inquiétudes côté européen.

1.Le Maghreb, une chasse gardée européenne ?


Le Maghreb Ă©tant une rĂ©gion proche de l’Europe sur de nombreux points, culturels, historiques, gĂ©ographiques, Ă©conomiques, il constitue une rĂ©gion prioritaire dans la politique extĂ©rieure de l’Union europĂ©enne. 2005 marque les dix ans du partenariat euro-mĂ©diterranĂ©en, cette grande initiative de coopĂ©ration rĂ©gionale avec la rive sud de la MĂ©diterranĂ©e. Ce partenariat est du reste essentiellement Ă©conomique (accords bilatĂ©raux de libre-Ă©change, avec l’AlgĂ©rie, le Maroc et la Tunisie, coopĂ©ration financière) ; ses volets politiques et culturels faisant pâle figure Ă  cĂ´tĂ©. Le Maroc a su tirer son Ă©pingle du jeu, en attirant une part importante des ressources consacrĂ©es au partenariat (deuxième pays partenaire mĂ©diterranĂ©en le mieux dotĂ© après l’Egypte) ; la Tunisie est prĂ©sentĂ©e par ses partenaires europĂ©ens comme un modèle de rĂ©forme Ă©conomique libĂ©rale ; l’AlgĂ©rie est entrĂ©e dans le partenariat tardivement, en 2002, (et la signature d’un accord de libre-Ă©change avec l’UE doit ĂŞtre vue surtout comme un appui diplomatique europĂ©en pour l’AlgĂ©rie dans la mesure oĂą le pays est mono-exportateur d’hydrocarbures), et la Libye a Ă©tĂ© rĂ©cemment invitĂ©e Ă  rejoindre le Processus de Barcelone. L’Union europĂ©enne souhaite encourager l’intĂ©gration entre les pays partenaires eux-mĂŞmes, et le Maghreb reste un modèle sous-rĂ©gional possible ; l’initiative d’Agadir d’intĂ©gration rĂ©gionale dĂ©montre l’existence d’un vĂ©ritable moteur maghrĂ©bin.

2.La redéfinition européenne de sa politique de voisinage


Or, aujourd’hui, l’Ă©largissement de l’UE est quasiment achevĂ© et le temps semble ĂŞtre venu d’un verrouillage des frontières et de l’Union. La standardisation des relations de l’Union avec les Etats du Sud et les Etats de l’Est est en marche : la MĂ©diterranĂ©e devient ainsi traitĂ©e comme le Caucase, l’Ukraine, la BiĂ©lorussie ou la Moldavie. Le but semble ĂŞtre l’unification de ces rĂ©gimes Ă  un grand marchĂ© Ă©largi ; tous les aspects de l’Union sauf les institutions, comme le disait Romano Prodi.
Les consĂ©quences pour le Maghreb sont importantes : on assiste Ă  un renforcement des relations bilatĂ©rales et Ă  un abandon de la perspective rĂ©gionale mĂ©diterranĂ©enne. Qui plus est, des problèmes de financement ne tardent pas Ă  se faire jour, avec une compĂ©tition des diffĂ©rents Etats riverains de l’UE pour savoir lequel profitera le plus des aides europĂ©ennes. Les pays les plus rĂ©formateurs, les plus en phase avec l’UE et respectant le mieux les droits de l’homme devraient ĂŞtre Ă  terme rĂ©compensĂ©s pour leur volontĂ© de rĂ©forme, selon une logique du premier arrivĂ© premier servi. Les pays mĂ©diterranĂ©ens ne sont pas forcĂ©ment les mieux placĂ©s dans cette compĂ©tition. Cependant, le Maroc vise dĂ©jĂ  un statut d’association avancĂ©e avec l’UE, qui se concrĂ©tiserait d’abord par la mise en place d’une union douanière, sur le modèle turc.

En fait, selon DorothĂ©e Schmid, on assiste Ă  une dilution de la prioritĂ© mĂ©diterranĂ©enne de l’UE, qui pourrait annoncer la fin de la politique mĂ©diterranĂ©enne de l’Europe. L’avenir sera aux relations bilatĂ©rales Ă©troites entre des Etats mĂ©diterranĂ©ens pris individuellement et certains Etats-membres de l’UE, la France au premier chef.

3.Une présence américaine intense


C’est dans ce contexte que la prĂ©sence amĂ©ricaine dans la rĂ©gion se fait plus intense. On peut mĂŞme dire que les Etats-Unis restent et demeurent l’unique puissance mĂ©diterranĂ©enne, quelle que soit l’activitĂ© europĂ©enne en cours. En plus de la prĂ©sence militaire, l’administration Bush s’intĂ©resse diplomatiquement et Ă©conomiquement au Maghreb. Le 11 septembre 2001 a tout changĂ©. Auparavant, les AmĂ©ricains tenaient le rĂ©gime algĂ©rien en quarantaine, voyaient avec une forte hostilitĂ© le rĂ©gime libyen, et manifestaient de l’indiffĂ©rence pour la Tunisie, la timide cordialitĂ© avec le Maroc Ă©tant pleine de distances. Depuis le 11 septembre, le Moyen Orient Ă©largi jusqu’au Maroc est passĂ© au cĹ“ur des prĂ©occupations de l’administration Bush. La montĂ©e en puissance de l’islam politique en AlgĂ©rie ou au Maroc inquiète, la prolifĂ©ration nuclĂ©aire de la Libye angoisse, l’obsession dĂ©mocratique pour la rĂ©gion ne faiblit pas (avec une thĂ©orie des dominos, la dĂ©mocratie se rĂ©pandant d’Irak aux autres pays par contagion de Marrakech au Bangladesh), et la politique d’hydrocarbures (gaz et pĂ©trole) est naturellement essentielle.
Les AmĂ©ricains ont donc lancĂ© une offensive diplomatique dans la rĂ©gion, qui se concrĂ©tise par les nombreuses tournĂ©es d’officiels amĂ©ricains au Maghreb, et par l’invitation rĂ©gulière des chefs d’Etat maghrĂ©bins Ă  la Maison blanche. C’est dans ce contexte qu’est intervenu le rĂ©tablissement spectaculaire des relations avec la Libye. Une collaboration renforcĂ©e s’Ă©tablit par ailleurs dans le domaine sĂ©curitaire avec l’AlgĂ©rie, qui est prĂ©sentĂ©e comme un modèle de lutte anti-terroriste. Enfin, un accord de libre-Ă©change a Ă©tĂ© signĂ© avec le Maroc en 2004, dont la faible portĂ©e Ă©conomique ne doit pas masquer la très forte importance politique.

4.Vers une rivalitĂ© Europe – Etats-Unis au Maghreb


Une rĂ©elle rivalitĂ© transatlantique se dessine en fait sur le front Ă©conomique. Le Middle East Partnership initiative traduit une offensive Ă©conomique des Etats-Unis Ă  l’Ă©chelle du grand Moyen-Orient. Les AmĂ©ricains ont dĂ©jĂ  signĂ© des accords de libre-Ă©change avec la Jordanie, le Maroc, BahreĂŻn, et d’autres ne tarderont pas, en un temps absolument record. Derrière les intĂ©rĂŞts commerciaux officiels, ces accords sont prĂ©sentĂ©s comme un volet de la diffusion de la libertĂ© dans le monde. L’accord avec le Maroc, nĂ©gociĂ© en secret, est plutĂ´t lĂ©onin, les AmĂ©ricains n’ayant rien cĂ©dĂ© sur leurs intĂ©rĂŞts. Les AmĂ©ricains soutiennent par ailleurs l’accès de l’AlgĂ©rie Ă  l’OMC, et raflent dĂ©sormais les concessions d’hydrocarbures en Libye…
Toute une rivalitĂ© potentielle entre les Etats-Unis et l’UE est donc en train de naĂ®tre. Les EuropĂ©ens craignent que les accords de libre Ă©change signĂ©s par les pays de la rĂ©gion avec les AmĂ©ricains rendent impossible la mise en Ĺ“uvre des accords euro-mĂ©diterranĂ©ens. Par ailleurs, les EuropĂ©ens craignent d’ĂŞtre cooptĂ©s pour financer les plans amĂ©ricains de dĂ©veloppement de la rĂ©gion.

5.Les conséquences pour le Maghreb de cette rivalité transatlantique


Les consĂ©quences pour la rive sud mĂ©diterranĂ©enne de cette rivalitĂ© Etats-Unis – Europe sont assurĂ©ment d’abord et avant tout une ouverture Ă©conomique gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui sera difficile pour les Ă©conomies de la rĂ©gion. Peut-on dire que les AmĂ©ricains comme les EuropĂ©ens nĂ©gligent les intĂ©rĂŞts des MaghrĂ©bins ? Les zones de libre Ă©change s’inscrivent fondamentalement comme des projets politiques visant la dĂ©mocratie et les rĂ©formes. La Commission europĂ©enne et le Conseil europĂ©en s’alignent progressivement sur le discours de rĂ©forme amĂ©ricain mĂŞme si l’UE se montre encore peu sourcilleuse en matière de droits de l’homme. Si les AmĂ©ricains sont plus durs en parole quant au respect des droits de l’homme, ils se montrent finalement en pratique assez peu regardants. Etats-Unis et Europe se rejoignent en tout cas pour louer systĂ©matiquement le modèle marocain, seul exemple de dĂ©mocratisation progressive et pacifique observable dans la rĂ©gion. On peut en conclure que les AmĂ©ricains comme les EuropĂ©ens privilĂ©gient la stabilitĂ© de la rĂ©gion et l’UE compte mĂŞme sur les Etats-Unis pour faire la loi si nĂ©cessaire.
Si cĂ´tĂ© amĂ©ricain, il y a une rĂ©elle dĂ©fiance des nĂ©o-conservateurs pour les rĂ©gimes arabes, les MaghrĂ©bins sont ravis de voir qu’on s’intĂ©resse Ă  eux, surtout quand l’UE pense plus Ă  ses frontières de l’Europe orientale qu’Ă  son voisinage mĂ©diterranĂ©en. Les crispations, cĂ´tĂ© europĂ©en, sont alors rĂ©elles. Et comme l’a ajoutĂ© DorothĂ©e Schmid lors du dĂ©bat, les EuropĂ©ens ne peuvent pas dĂ©fendre aussi bien leurs intĂ©rĂŞts commerciaux dans la rĂ©gion que les AmĂ©ricains, dans la mesure oĂą l’UE accompagne ses projets de libre Ă©change d’une aide Ă©conomique importante, lĂ  oĂą les AmĂ©ricains sont beaucoup plus libres.

Au final, l’UE et les Etats-Unis se livrent une concurrence pas forcĂ©ment nuisible pour le Maghreb, puisqu’elle fait monter les enchères en faveur des pays maghrĂ©bins. Mais il faut s’attendre Ă  ce que les EuropĂ©ens restent structurellement plus engagĂ©s dans la rĂ©gion, mĂŞme s’ils devront apprendre Ă  composer avec les AmĂ©ricains. Les MaghrĂ©bins devront, eux, apprendre Ă  nĂ©gocier Ă  court terme avec les AmĂ©ricains et sur le fond avec les EuropĂ©ens.

Ambitions américaines et perceptions maghrébines:
Hamid Barrada souligne d’emblĂ©e que les relations du Maghreb avec les Etats-Unis ne sont pas nouvelles. Le Maroc ne fut-il pas le premier pays Ă  reconnaĂ®tre les Etats-Unis d’AmĂ©rique lors de l’indĂ©pendance amĂ©ricaine ? De mĂŞme, les AmĂ©ricains ont jouĂ© un rĂ´le substantiel dans la libĂ©ration du Maghreb, soutenant les intĂ©rĂŞts de la dĂ©colonisation et faisant reconnaĂ®tre politiquement la lĂ©gitimitĂ© du combat algĂ©rien.

Proximités américano-maghrébines:
Le traumatisme du 11 septembre a changĂ© la vision amĂ©ricaine du reste du monde. Et leur intĂ©rĂŞt pour le Maghreb en est sorti renforcĂ©. Les Marocains avaient infiltrĂ© les rĂ©seaux islamistes partant combattre les SoviĂ©tiques en Afghanistan, et avaient donc in fine infiltrĂ© le rĂ©seau de Ben Laden. Un bras droit de Ben Laden Ă©tait d’ailleurs un agent marocain, qui fut livrĂ© aux autoritĂ©s amĂ©ricaines pour connaĂ®tre le fonctionnement d’Al Qaida. De mĂŞme, les AlgĂ©riens ont beaucoup aidĂ© les AmĂ©ricains dans la lutte anti-terroriste. Le chef d’Etat algĂ©rien fut le premier des chefs d’Etat Ă  se rendre Ă  Washington après le 11 septembre 2001, et Washington lui a rapidement livrĂ© les armes que l’AlgĂ©rie rĂ©clamait Ă  l’Europe pour sa lutte contre le terrorisme… La Libye fut aussi très prĂ©cieuse aux AmĂ©ricains pour donner des informations sur le rĂ´le des Pakistanais dans la prolifĂ©ration nuclĂ©aire en Iran et ailleurs. Kadhafi jouant la carte amĂ©ricaine, il devient un tĂ©moin Ă  charge contre l’Iran. Enfin, la Mauritanie risquait de devenir une base arrière du rĂ©seau Al Qaida, l’un des hommes les plus proches de Ben Laden est un Mauritanien. LĂ  encore, Kadhafi a Ă©tĂ© très prĂ©cieux aux AmĂ©ricains pour leur donner des informations lĂ -dessus, et sur les plans d’Al Qaida de s’implanter au Sahara. La Mauritanie a dĂ» jouer finement pour ne pas se faire reprocher ses relations inavouables avec l’Irak de Saddam. C’est ainsi que le pays a reconnu IsraĂ«l (il y a un ambassadeur israĂ©lien Ă  Nouakchott) afin de donner des gages aux Etats-Unis. Mais cette politique du rĂ©gime mauritanien a Ă©tĂ© vivement critiquĂ©e, au point de donner lieu en Mauritanie Ă  un rapprochement entre nationalistes arabes et islamistes.

Les Etats-Unis face aux rivalités algéro-marocaines sur le Sahara occidental:
Les rivalitĂ©s entre AlgĂ©rie et Maroc quant au Sahara occidental perturbent les plans amĂ©ricains dans la rĂ©gion. L’affaire du Sahara occidental n’Ă©tant pas rĂ©glĂ©e, chaque Etat a intĂ©rĂŞt Ă  collaborer au plus vite avec les AmĂ©ricains pour bĂ©nĂ©ficier de leur soutien dans le conflit. L’AlgĂ©rie commença Ă  proposer aux AmĂ©ricains un partage entre Maroc et Polisario. Les Marocains ont alors acceptĂ© l’accord de libre-Ă©change avec les Etats-Unis – accord qui n’a pas une finalitĂ© Ă©conomique mais bien plutĂ´t politique – afin que les AmĂ©ricains ne se mĂŞlent surtout pas de l’affaire du Sahara occidental.
Comme cela est ressorti lors du dĂ©bat qui a suivi l’intervention de Hamid Barrada, il y a eu un consensus au Maroc sur cet accord de libre-Ă©change : il permettait en effet aux Marocains d’entretenir de bonnes relations avec les Etats-Unis quant au Sahara occidental. L’opposition islamiste marocaine, pourtant reprĂ©sentĂ©e au Parlement, ne s’est donc pas opposĂ©e Ă  cet accord de libre-Ă©change (conclu en des termes très proches de l’accord amĂ©ricano-jordanien).
Certes, l’Afrique du Sud a pris parti pour le Polisario dans ce conflit du Sahara occidental. Il faut y voir ici la faiblesse de la diplomatie officielle marocaine, qui semble ne pas s’ĂŞtre remise de la disparition de Hassan II qui menait une diplomatie parallèle assez efficace . Au contraire l’AlgĂ©rie a tout une tradition de diplomatie militante et a un rĂ©el intĂ©rĂŞt pour l’Afrique noire. Il n’est dès lors pas Ă©tonnant qu’elle ait su rallier Ă  elle l’Afrique du Sud. Toutefois, dans ce conflit finalement assez artificiel entre Maroc et AlgĂ©rie – identitaire pour l’armĂ©e algĂ©rienne et nationale pour les Marocains comme le disait Hubert VĂ©drine – il semble momentanĂ©ment que l’AlgĂ©rie a en fait perdu la main. Elle laisse donc le dossier ouvert, comme en suspens, pour ne pas favoriser un renforcement du royaume jugĂ© prĂ©judiciable Ă  ses intĂ©rĂŞts.

Le projet américain pour le grand Moyen-Orient:
Les Maghrébins savent très bien tenir le langage de la démocratie qui plaît tant aux Américains. Qui plus est, les femmes conduisent au Maroc, contrairement à la situation saoudienne, et tout le monde parle de démocratie dans le royaume de Mohammed VI. Autant dire que cela conforte les Américains dans leur bonne opinion sur le Maroc.
Le problème pour les AmĂ©ricains vient plutĂ´t du fait que les MaghrĂ©bins sont très bien renseignĂ©s sur la politique amĂ©ricaine. Pour Hamid Barrada, les AmĂ©ricains crĂ©ent de l’islamisme jihadiste tous les jours avec leur politique irakienne, d’autant plus insupportable qu’elle n’est pas suffisamment dĂ©noncĂ©e par des voix politiques arabes officielles. Mais cela ne veut pas dire que tous les musulmans adoptent fatalement le point de vue islamiste. Si seuls les musulmans peuvent rĂ©gler le problème de l’islamisme, la qualitĂ© de l’information empĂŞche en fait tout choc de civilisations. Si les Arabes condamnent la politique irakienne des Etats-Unis, ils sont loin d’ĂŞtre tous convertis Ă  l’islamisme. Hamid Barrada souligne en revanche qu’Hassan II avait mal mesurĂ© la capacitĂ© de nuisance de l’islamisme saoudien. Le roi du Maroc s’Ă©tait dĂ©clarĂ© fondamentaliste pour ne pas laisser le champ libre aux islamistes. Mais ces derniers sont aujourd’hui au Parlement marocain et pourraient bien gagner en 2007.

Le dĂ©bat a donnĂ© lieu Ă  des Ă©changes Ă©clectiques et intĂ©ressants, notamment sur la perception maghrĂ©bine d’une Ă©ventuelle entrĂ©e de la Turquie en Europe. Les Marocains semblent fascinĂ©s par la dĂ©marche turque de rapprochement progressif mais durable vers l’Union europĂ©enne : utiliser l’accord de libre-Ă©change pour mieux poser ensuite sa candidature. Hamid Barrada souligne que le monde arabe perçoit mal que la Turquie puisse ĂŞtre refusĂ©e simplement au nom de sa religion majoritaire. En fait, on entend soudain beaucoup parler de la Turquie au Maghreb depuis qu’elle est plus ou moins rejetĂ©e. Ce Ă  quoi rĂ©torque DorothĂ©e Schmid, que la Turquie est au contraire entrĂ©e en nĂ©gociation d’adhĂ©sion et que cela est perçu positivement au Maghreb.

Quant Ă  la place de la francophonie au Maghreb, DorothĂ©e Schmid sourit Ă  cette « vieille lune de la politique française » qu’il faudra bien revoir un jour. Si l’anglais devient effectivement la langue diplomatique que les Ă©lites maghrĂ©bines apprennent, il n’a pas de perspectives rapides d’usage courant pour la population. Pour Hamid Barrada, les deux langues, arabe et française, cohabitent harmonieusement au Maroc notamment, oĂą on parle aussi espagnol au Nord. A Dubai, les cours de français se dĂ©veloppent prodigieusement pour… les Indiens et Pakistanais qui veulent Ă©migrer au Canada ! DorothĂ©e Schmid ajoute que depuis la dĂ©livrance plus parcimonieuse de visas amĂ©ricains aux Ă©tudiants arabes, ceux-ci ne se tournent certainement pas vers la France, mais vers les universitĂ©s amĂ©ricaines du Caire et de Beyrouth.

Au final, ce cafĂ© semble donner une leçon de rĂ©alisme politique. Les MaghrĂ©bins savent bien qui est l’hyperpuissance du monde actuel. S’ils ne partagent pas nĂ©cessairement ses politiques, loin de lĂ  bien souvent, ils ne tiennent pas Ă  rester sourds aux intĂ©rĂŞts amĂ©ricains pour la rĂ©gion.

Compte-rendu : Olivier Milhaud, Université de Paris 1

Source: Café-Géo

avr 05 2009

La Chine est-elle en route pour la première place du peleton néo-colonialiste ?

Par Régis Mex

La Chine est-elle en route pour la première place du peleton néo-colonialiste ?

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La RĂ©publique Populaire de Chine, entrĂ©e rĂ©cemment Ă  l’OMC, trouve avec les pays africains de nouveaux partenaires avec qui elle peut discuter, et qu’elle peut aider sur le plan international. En 2004, des entreprises chinoises et africaines ont signĂ© Ă  Addis-Adeba une vingtaine de contrats pour une valeur totale de près de 460 millions de dollars US en marge de la première confĂ©rence des hommes d’affaires sino-africains. Ainsi, en 2004, 17 entreprises chinoises ont procĂ©dĂ© Ă  la signature de contrats avec des entreprises, des institutions commerciales ou des gouvernements africains, notamment avec l’Éthiopie, le NigĂ©ria, le Cap-Vert, le Rwanda, l’Ouganda, le Soudan et la Tanzanie. Les accords passĂ©s avec les pays africains portent notamment sur la construction d’usines, les secteurs de la cimenterie, du sucre, du textile, d’une station hydroĂ©lectrique, de la production et de la commercialisation de mĂ©dicaments. Ces projets de coopĂ©ration Ă©conomique sont de plus en plus frĂ©quents entre la Chine et l’Afrique avec des projets importants et concrets pour les pays africains. Toujours en 2004, sur un plan qui marque bien la volontĂ© chinoise du rapprochement stratĂ©gique de la Chine avec l’Afrique, le gĂ©ant chinois a dĂ©cidĂ© d’accroĂ®tre le statut de pays de destination touristique (ADS) aux huit pays appartenant Ă  l’aire africaine suivante: l’Ă®le Maurice, le ZimbabwĂ©, la Tanzanie, le Kenya, l’Ethiopie, les Seychelles, la Tunisie et la Zambie. Cette dĂ©cision du gouvernement chinois porte Ă  onze le nombre de pays africains pour les touristes chinois. Jusqu’Ă  prĂ©sent, la Chine avait attribuĂ© l’ADS Ă  28 pays et rĂ©gions dont seulement trois pays africains: l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Maroc. Il s’agit de l’une des mesures parmi d’autres que le gouvernement chinois met en oeuvre pour stimuler la coopĂ©ration sino-africaine.

Dans l’espoir de promouvoir la coopĂ©ration avec l’Afrique, la Chine va Ă©galement s’ouvrir au marchĂ© africain en pratiquant un tarif douanier « zĂ©ro » pour une partie des marchandises des pays africains les moins dĂ©veloppĂ©s et augmenter le capital du Fonds de dĂ©veloppement des ressources humaines africaines, mis en place par la Chine, afin de former « 10 000 personnes pour l’Afrique » dans les trois ans Ă  venir. Par ailleurs, la Chine va organiser en 2004 le « Festival des jeunesses chinoises et africaines », le festival international « Rendez-vous Ă  Beijin », qui sera consacrĂ© Ă  l’Afrique et le « Voyage de la culture chinoise en Afrique » pour Ă©largir la connaissance entre les peuples chinois et africains.

china-africaLe Forum de coopĂ©ration Chine-Afrique est un mĂ©canisme de consultation et de dialogue lancĂ© en 2000 Ă  PĂ©kin par la Chine et 49 pays africains, avec comme objectif la promotion des relations sino-africaines pour le nouveau siècle. Environ 400 hommes d’affaires africains et chinois Ă©taient prĂ©sents le 16 dĂ©cembre 2003 dans la capitale Ă©thiopienne pour participer Ă  une confĂ©rence en marge de la rĂ©union ministĂ©rielle. Dans les affaires internationales, la Chine et l’Afrique souhaitent intensifier leur consultation et leur coopĂ©ration au sein des Nations Unies, de l’OMC et des autres organisations internationales. La RPC s’engage ainsi Ă  soutenir les efforts des pays d’Afrique qui ne sont pas encore membres de l’OMC pour leur future adhĂ©sion. Sur le plan Ă©conomique, la RPC et les pays membres du forum s’engagent Ă  promouvoir leur coopĂ©ration dans l’agriculture, la santĂ©, les infrastructures, le commerce, l’investissement, le tourisme, l’exploitation des ressources naturelles…

Depuis la fin de l’accord multifibres, en janvier 2005, qui limitait les exportations de textile des pays en dĂ©veloppement vers l’Europe et les Etats-Unis, les ventes chinoises ont explosĂ©. De ce fait, la Commission de Bruxelles a annoncĂ©, le 14 avril, l’ouverture d’une procĂ©dure de surveillance. Parfois agressive, mais jouant la carte tiers-mondiste, la stratĂ©gie de l’empire du Milieu suscite espoir et controverse sur le continent noir. Quant aux Ă©changes commerciaux, le plan d’action indique que la Chine et les pays africains s’engagent Ă  promouvoir le commerce Ă©quilibrĂ© dans les deux sens entre les deux parties. La RPC dĂ©cide aussi de faire bĂ©nĂ©ficier du « tarif zĂ©ro » une partie des produits en provenance des pays d’Afrique les moins avancĂ©s pour leur accès au marchĂ© chinois, et de lancer en 2004 des nĂ©gociations bilatĂ©rales avec les pays concernĂ©s sur la liste de produits qui seront exemptĂ©s de droits de douane. Vu le potentiel et la coopĂ©ration entre les deux parties, la Chine et l’Afrique ne sont qu’au dĂ©but de leur collaboration.

Toutes ces mesures illustrent bien l’importance que la Chine attache au continent africain par les temps actuels, importance croissante s’il en est. Cependant, sommes-nous en position lĂ©gitime de croire que la Chine respectera ses engagements et accordera du respect aux africains dans le cadre des affaires qu’elle mène avec eux ? Tout semble dĂ©montrer le contraire dans les instants prĂ©sents, et c’est en contradiction avec ceux, naĂŻfs ou hypocrites, qui affirment que les liens sino-africains se font avec plus d’harmonie et d’humanitĂ© que les rapports occidentaux que nous allons nous positionner.

Historique résumé des relations sino-africaines:


Alors que 120 millions de chinois ruraux ont rejoint les villes et s’entassent autour des grandes villes pour chercher du travail, encouragĂ©s par le slogan de Deng Xiaoping lancĂ© en 1978 ( »Enrichissez-vous ! »), des tensions se crĂ©ent. La Chine bouillonne et pourrait bien se rebeller. Il est alors prĂ©fĂ©rable pour le gouvernement chinois d’encourager un bon nombre de ses citoyens Ă  aller trouver le travail recherchĂ© Ă  l’extĂ©rieur du pays. En outre, le gouvernement essaie de mener une politique d’amitiĂ© avec l’Afrique, Ă  cause du fait qu’il souhaite obtenir les voix du continent noir aux Nations-Unies pour sortir de son isolement sur la scène internationale, surtout après la condamnation internationale de la rĂ©pression après les Ă©vènements de Tienanmen. Le mot d’ordre lancĂ© par le prĂ©sident Jiang Zemin, « Sortez ! » (des frontières), est Ă©vocateur Ă  ce sujet.

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Les temps changent et, Ă  PĂ©kin, le pragmatisme a pris le pas sur la rhĂ©torique idĂ©ologique. Commerce extĂ©rieur et coopĂ©ration Ă©conomique sont d’ailleurs gĂ©rĂ©s par le mĂŞme ministère. De 1955 Ă  1977, la Chine a vendu pour 142 millions de dollars de matĂ©riel militaire Ă  l’Afrique. Elle entrouvrait aussi ses universitĂ©s : quinze mille Ă©tudiants africains y ont eu accès depuis les indĂ©pendances. En 1977, la valeur totale des Ă©changes commerciaux entre l’Empire du Milieu et le continent noir atteint le record de 817 millions de dollars. Dans les annĂ©es 1980, alors que le Nord et l’URSS se retirent de l’Afrique et que l’aide occidentale au dĂ©veloppement chute de moitiĂ©, PĂ©kin maintient ses liens. Mais, abandonnant l’exportation de sa boĂ®te Ă  outils rĂ©volutionnaire, la Chine se consacre dĂ©sormais Ă  l’essor de son commerce extĂ©rieur et de ses investissements Ă  l’Ă©tranger. Lorsque la gĂ©opolitique de l’après-guerre froide et l’Ă©volution incertaine du Proche-Orient ramènent les pays du Nord en Afrique, notamment pour diversifier leurs approvisionnements pĂ©troliers, elle est dĂ©jĂ  devenue l’« usine du monde » et convoite les matières premières du continent.

Deuxième consommateur de brut de la planète, plus de 25 % de ses importations de pĂ©trole proviennent du golfe de GuinĂ©e et de l’hinterland soudanais. La soif d’un pays qui sera contraint d’importer 60 % de son Ă©nergie d’ici 2020 ne connaĂ®t aucune frontière, pas mĂŞme celles des États qui, tel le Tchad, maintiennent leurs relations diplomatiques avec TaĂŻwan. Si l’Afrique ne reprĂ©sentait que 2 % des Ă©changes commerciaux chinois en 2004, le continent bĂ©nĂ©ficie particulièrement de sa « politique d’ouverture » : au cours des annĂ©es 1990, le volume des Ă©changes commerciaux entre PĂ©kin et le continent a crĂ» de 700 % et, depuis l’organisation, en l’an 2000 Ă  PĂ©kin, du premier forum sino-africain, plus d’une quarantaine d’accords ont Ă©tĂ© signĂ©s, doublant la valeur totale des Ă©changes en quatre ans (plus de 20 milliards de dollars fin 2004). Fin 2005, la Chine est devenue le troisième partenaire (après les États-Unis, la France et devant le Royaume-Uni) commercial de l’Afrique. PassĂ©e maĂ®tresse dans le montage de projets avec la Banque mondiale, elle chercherait mĂŞme Ă  Ă©laborer, en Afrique, un « paradigme de la globalisation qui la favorise ».

Les 674 sociĂ©tĂ©s publiques chinoises implantĂ©es sur le continent placent autant leurs fonds dans les secteurs porteurs – des mines Ă  la pĂŞche en passant par l’exploitation du bois prĂ©cieux ou la tĂ©lĂ©phonie – que dans ceux jugĂ©s moins rentables, et parfois abandonnĂ©s par les Occidentaux. C’est ainsi qu’ont Ă©tĂ© relancĂ©es l’exploitation des mines de cuivre zambiennes de Chambezi et les recherches pĂ©trolières dans un Gabon oĂą les rĂ©serves sont supposĂ©es se tarir. En 2004, les investissements chinois s’Ă©levaient Ă  plus de 900 millions de dollars sur les 15 milliards de dollars d’investissements directs Ă©trangers (IDE) en Afrique. Des milliers de projets sont en cours ; 500 sont exclusivement menĂ©s par la firme de travaux publics China Road And Bridge Corporation, contribuant Ă  placer 43 sociĂ©tĂ©s chinoises parmi les 225 premières entreprises mondiales du secteur. PĂ©kin s’est emparĂ© du marchĂ© Ă©thiopien des tĂ©lĂ©communications, a repris certaines activitĂ©s de la GĂ©camine (industrie minière) congolaise, a rĂ©novĂ© la route Monbasa-Nairobi (Kenya) et lancĂ© le premier satellite nigĂ©rian. Huit pays africains ont reçu le statut officiel de destination touristique, incitant les ressortissants chinois Ă  s’y rendre.

Cette offensive Ă©conomique et commerciale s’accompagne d’une intense activitĂ© diplomatique. ArrivĂ© au pouvoir en mars 2003, le prĂ©sident Hu Jintao a dĂ©jĂ  effectuĂ© une visite remarquĂ©e au Gabon. En outre, une centaine de rencontres officielles ont Ă©tĂ© organisĂ©es sous l’Ă©gide des ministères du commerce et des affaires Ă©trangères, qui se sont dotĂ©s de « dĂ©partements Afrique ». Dans de nombreux pays en crise ou en dĂ©licatesse avec la diplomatie occidentale, PĂ©kin engrange les fruits de sa doctrine de non ingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures. Les relations avec le Soudan – au ban des Nations unies en raison, notamment, de la situation au Darfour – sont exemplaires d’une stratĂ©gie sans Ă©tats d’âme. Pour la Chine, nous explique Mme He Wenping, directrice adjointe du dĂ©partement relations internationales de l’Institut des Ă©tudes africaines de la facultĂ© des sciences sociales de PĂ©kin, « la protection des droits de la personne ne saurait contraindre l’exercice de la souverainetĂ© nationale. Il ne fait aucun doute que les succès rencontrĂ©s par PĂ©kin en Afrique ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de cette vision, mĂŞme si ce n’est pas l’unique point commun [que la Chine partage avec ses] partenaires africains ».

2008052220sa20tDix ans après s’ĂŞtre installĂ©e sur les champs pĂ©troliers alors inexploitĂ©s de Muglad (au Sud Soudan), elle importe 50 % du brut local. De la Compagnie nationale de pĂ©trole de Chine (CNPC) Ă  la Zonggyuan Petroleum Corporation, treize des quinze premières sociĂ©tĂ©s Ă©trangères implantĂ©es au Soudan sont chinoises. Le cynisme de PĂ©kin est apparu au grand jour lors du vote, en septembre 2004, de la rĂ©solution 1564 du Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies (ONU) dĂ©crĂ©tant un embargo sur les armes Ă  destination de ce pays. Sur fond de massacres au Darfour, l’ambassadeur chinois auprès de l’organisation, M. Wang Guangya, menaça d’y mettre son veto avant de s’abstenir. La rĂ©solution, proposĂ©e par les Etats-Unis, Ă©tait pourtant dĂ©jĂ  bien Ă©dulcorĂ©e. Cet incident a permis de mesurer la soliditĂ© des liens tissĂ©s entre PĂ©kin et Khartoum.

« Une autre manière de faire du business »:

De nombreux autocrates africains louent l’esprit de « respect mutuel » et l’« attention pour la diversitĂ© » culturelle qui caractĂ©risent le commerce et la coopĂ©ration chinoises – pour reprendre les mots du vieil ami de la Chine qu’est le prĂ©sident gabonais Omar Bongo Ondimba. Mais ce « safari » dans « l’eldorado » africain inquiète les transnationales qui gravitent traditionnellement autour du continent « utile ». De mĂŞme, une diplomatie amĂ©ricaine officiellement soucieuse de « bonne gouvernance » commence Ă  s’irriter des pratiques Ă©conomiques chinoises. M. Gal Luft, spĂ©cialiste en sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique et directeur exĂ©cutif de l’Institut pour l’analyse de la sĂ©curitĂ© globale (IAGS), un think-tank nĂ©oconservateur, estime ainsi que « les Chinois sont enclins Ă  mener leurs affaires d’une manière que les AmĂ©ricains et les EuropĂ©ens commencent Ă  rejeter : payer des pots-de-vin et autres dessous de table. D’oĂą l’intĂ©rĂŞt de certains pays africains Ă  travailler avec des entreprises chinoises plutĂ´t qu’avec des compagnies occidentales dont les marges d’action se sont resserrĂ©es depuis le lancement de campagnes telle que Publish what you pay (Publiez ce que vous payez) visant Ă  plus de transparence financière ».

« Cette autre manière de faire du business » – selon les termes du ministre rwandais des finances, M. Donald Kaberuka – est encore plus prĂ©occupante pour les organisations non gouvernementales qui dĂ©nonçaient dĂ©jĂ  les cyniques pratiques occidentales en Afrique. En effet, si les prĂŞts conditionnĂ©s des grandes organisations internationales demeurent critiquables car ils soumettent sans discussion le pays bĂ©nĂ©ficiaire aux diktats des bailleurs, la coopĂ©ration chinoise – qui accorde des crĂ©dits sans condition et prĂ´ne le « clef en main » – favoriserait les « Ă©lĂ©phants blancs » (projets morts nĂ©s) et s’Ă©carterait des exigences minimales de transparence financière.

De leur cĂ´tĂ©, les associations de dĂ©fense de l’environnement surveillent l’avancĂ©e commerciale de la nation la plus polluante du monde – qui refuse de signer le protocole de Kyoto – ; 60 % des 4 millions de mètres cubes de grumes (troncs d’arbres) qu’exportent les pays africains est destinĂ© Ă  l’Asie, en quasi totalitĂ© (96 %) pour la Chine.

Les ventes d’armes chinoises constituent un autre sujet de prĂ©occupation. Après avoir entretenu le meurtrier conflit Ă©rythrĂ©o-Ă©thiopien de la fin du XXe siècle (plus d’un milliard de dollars de contrats), la Chine est soupçonnĂ©e d’avoir utilisĂ© le Soudan, dĂ©but 2000, comme dĂ©bouchĂ© pour sa technologie militaire. En outre, elle continue d’assister militairement le ZimbabwĂ©, autre nation au ban de l’Occident. Plus globalement, on observe une impressionnante concentration d’attachĂ©s militaires chinois dans les pays membres de la CommunautĂ© pour le dĂ©veloppement de l’Afrique australe – SADC. Ici aussi, « les considĂ©rations financières semblent plus importantes que les ambitions idĂ©ologiques et gĂ©opolitiques qui primaient sous la guerre froide ».

Le modèle chinois du « win-win » (gagnant-gagnant) – ce nouveau jeu Ă©conomique oĂą, selon PĂ©kin, il n’y aurait a priori aucun partenaire perdant – ne serait-il, finalement, qu’une nouvelle forme de nĂ©ocolonialisme drapĂ© des illusions d’un dĂ©veloppement Sud-Sud ? Certains observateurs africains n’ont pas manquĂ© de s’interroger sur les limites de la politique commerciale chinoise et sur la concurrence directe que font peser certains produits asiatiques – du textile Ă  l’acier – sur le tissu Ă©conomique africain. Premier partenaire africain de la Chine, l’Afrique du Sud, qui rompit en 1997 ses relations avec TaĂŻwan pour se rapprocher de PĂ©kin, est confrontĂ©e tout Ă  la fois « Ă  une appĂ©tissante collaboration et une terrifiante menace », note M. Moeletsi Mbeki, vice-prĂ©sident de l’Institut sud-africain des affaires Ă©trangères de l’universitĂ© de Witwatersrand, Ă  Johannesburg : « En Ă©change des matières premières que nous leur vendons, nous achetons leurs produits manufacturĂ©s. Et cela ne peut qu’avoir un rĂ©sultat prĂ©visible : une balance commerciale nĂ©gative. N’assiste-t-on pas Ă  la rĂ©pĂ©tition d’une vieille histoire ? ».

Le fait est que, de 24 millions de dollars en 1992, le dĂ©ficit commercial de Pretoria Ă  l’Ă©gard de PĂ©kin a passĂ© la barre des plus de 400 millions de dollars. En septembre 2004, l’une des principales organisations membre de la puissante fĂ©dĂ©ration syndicale Cosatu a ainsi menacĂ© de boycotter les vendeurs de produits chinois, accusĂ©s de contribuer Ă  la montĂ©e du chĂ´mage. MĂŞme perplexitĂ© sur l’avenue Charles-de-Gaulle Ă  Dakar, oĂą les produits chinois Ă  bas prix – des chaussures aux mĂ©dicaments – envahissent dĂ©sormais les trottoirs et les Ă©tals, tandis que les ateliers textiles du Lesotho sont menacĂ©s par la fin de l’accord multifibre en janvier 2005.

Face Ă  ces interrogations, le partenaire chinois multiplie promesses, cadeaux, rĂ©fĂ©rences historiques Ă  l’esprit de Bandung et mesures symboliques Ă  l’Ă©gard d’un continent dont il a annulĂ© 10 milliards de dollars de dette bilatĂ©rale depuis l’an 2000.. Tout en reconnaissant que la dĂ©cision finale se trouve entre les mains de l’Union africaine, le pays soutient par ailleurs publiquement les trois candidats africains (Nigeria, Afrique du Sud et Égypte) – mais officieusement surtout le Nigeria – Ă  un siège de permanent au Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies.

Un nouveau grand bond en avant commercial a eu lieu en 2006, avec le lancement du Nouveau Partenariat stratĂ©gique Asie-Afrique, qui concerne le secteur privĂ© et dont PĂ©kin devrait ĂŞtre le premier bĂ©nĂ©ficiaire. Et, lors de son voyage au Gabon en 2004, le prĂ©sident Hu Jintao a promis « une coopĂ©ration Ă©conomique qui se prĂ©occupera davantage des infrastructures, de l’agriculture et du dĂ©veloppement des ressources humaines ». Un vĹ“u pieux ? Une chose est sĂ»re : PĂ©kin « se comporte dĂ©sormais comme n’importe quelle autre puissance soucieuse de ses intĂ©rĂŞts bien compris. Elle cible sa coopĂ©ration sur des pays Ă  fort potentiel, qu’il s’agisse de matières premières, de pouvoir d’achat et d’influence diplomatique ».

Jusqu’oĂą et comment les partenaires traditionnels du continent s’accommoderont-ils de cette prĂ©sence ? En 2005, selon le Fonds monĂ©taire international, l’Afrique devrait connaĂ®tre son meilleur taux de croissance en trente ans : 5,8 %. Ce sera en partie grâce Ă  l’investissement de la Chine.

A ce titre, le Livre Blanc sur la politique africaine de la Chine publiĂ© en 2006 met en exergue « le maintien, en l’augmentant, d’une assistance Ă©conomique chinoise Ă  l’Afrique sans condition politique». Allant plus loin, le journaliste sĂ©nĂ©galais Ă©crit: « C’est un projet ambitieux qui n’exclut pas l’instauration d’une Zone de libre Ă©change sino-africaine. »

arton1003Avant mĂŞme la promulgation de ce Livre Blanc, les entreprises chinoises sont devenues les principaux bâtisseurs en Afrique. Ponts, barrages, routes, stades, bâtiments publics, portent l’empreinte chinoise partout Ă  travers le continent. En une dizaine d’annĂ©es, les Ă©changes commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont dĂ©cuplĂ©. Entre 2007 et 2008, ils ont progressĂ© de 45 %. Quoiqu’il en soit, la prĂ©sence chinoise est aujourd’hui plus contestĂ©e… par les Africains eux-mĂŞmes. Le sentiment anti-chinois s’exprime très clairement, notamment en Zambie oĂą le prĂ©sident Hu Jintao avait dĂ» annuler une visite officielle en 2007.

Camouflet diplomatique qui n’a pas, pour autant, diminuĂ© notablement les investissements chinois dans ce pays. C’est que les gisements miniers continuent d’intĂ©resser PĂ©kin qui sait mettre de cĂ´tĂ© ces vellĂ©itĂ©s et agit avec beaucoup plus de pragmatisme Ă©conomique qu’elle ne l’avoue. Pour Adama Gaye, c’est surtout un « unilatĂ©ralisme qui sous-tend la dĂ©marche des Chinois qui sont prioritairement mus par la prĂ©servation de leurs intĂ©rĂŞts ».

Cependant, la crise financière internationale qui a Ă©clatĂ© au dernier trimestre de 2008 a quelque peu calmĂ© les ardeurs anti-chinoises en Afrique. A nouveau, la coopĂ©ration sino-africaine est qualifiĂ©e « d’exemplaire » par les chefs d’États africains. Ayant entamĂ© son actuel pĂ©riple africain par le Mali, le prĂ©sident Hu Jintao y a dĂ©clarĂ© que « la Chine maintiendra la densitĂ© de ses Ă©changes avec le continent » et que les investissements devraient mĂŞme augmenter. Le discours a de quoi plaire aux gouvernements africains qui craignent une contraction de l’aide au dĂ©veloppement Ă  cause de la conjoncture internationale.

« La Chinafrique », le livre:

Les auteurs de « La Chinafrique » sont: Serge Michel, 39 ans, correspondant en Afrique de l’Ouest pour Le Monde, prix Albert Londres en 2001 pour ses reportages en Iran. Il est l’auteur de Bondy Blog (Le Seuil, 2006); Michel Beuret, 38 ans, chef du service Ă©tranger du magazine suisse L’Hebdo; Paolo Woods, 37 ans, photographe ayant reçu un World Presse Photo Award en 2004 pour ses reportages en Irak. Ils ont publiĂ© ensemble Un monde brut (Le Seuil, 2003) et American Chaos (Le Seuil 2004).

Leur ouvrage a pour but de rĂ©pondre aux questions suivantes: Qui sont ces aventuriers Chinois ? Dans quels pays vont-ils ? Pour y faire quoi ? Quel est le secret de leur succès ? Comment se passe la rencontre de ces deux mondes si diffĂ©rents ? Et avec quelles consĂ©quences sur les droits de l’homme et l’environnement ? Et quelle place pour les EuropĂ©ens, les Français en particuliers ?

Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, les auteurs ont parcouru quinze pays, sillonnant tout le continent Ă  la rencontre de cette « Chinafrique », des forĂŞts ratiboisĂ©es du Congo aux rivages venimeux du Nigeria, des sables militairement mouvants du Niger aux pipelines du Soudan, des souvenirs d’Egypte made in China aux restaurants gastronomiques de Douala, des campagnes misĂ©rables de la Chine Ă  ce continent mystĂ©rieux qu’est l’Afrique pour les nouveaux aventuriers.

Voici quelques extraits:

« Jamais l’occident ne s’est autant intĂ©ressĂ©e Ă  l’Afrique que depuis la Chine est partie Ă  sa conquĂŞte », notent les deux auteurs de La Chinafrique, PĂ©kin Ă  la conquĂŞte du continent noir. La Chine ne peut se dĂ©tourner de l’Afrique tant qu’elle aura besoin de ses matières premières abondantes pour soutenir sa croissance, mĂŞme si elle accuse un ralentissement. Paradoxalement, l’attrait salvateur, sur le court terme, des ressources naturelles africaines provoquent le dĂ©voiement de son dĂ©veloppement. La dissymĂ©trie est toujours Ă  l’honneur, qu’il s’agisse des relations sino-africaines ou autres.

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Quelques chiffres:
750 000 Chinois sur le continent
106,84 milliards de dollars: montant en 2008 du commerce bilatéral.
51 % des exportations chinoises vers l’Afrique sont constituĂ©es de machines et produits
finis.
20 pays africains totalisent des échanges supérieurs à 1 milliard de dollars annuels avec la Chine.
40 % : la part consentie Ă  l’Afrique pour la totalitĂ© de l’aide chinoise pour le dĂ©veloppement.
La Chine est devenue le 2e partenaire commercial de l’Afrique, juste après l’Union europĂ©enne.
Les Chinois quittent la Chine avec un contrat de travail. « Comment justifier que l’Afrique a besoin d’eux ? », se demandent les auteurs du livre, alors qu’elle a un taux de chĂ´mage qui atteint parfois 50 % (en comptant les chĂ´meurs non dĂ©clarĂ©s). La rĂ©ponse, disent-ils, est que les entreprises chinoises sont avant tout soucieuses d’exploiter les richesses du continent.

Les pays d’Afrique oĂą la Chine investit le plus sont en effet des pays producteurs de pĂ©trole. Les nouveaux dictateurs arrivĂ©s Ă  la tĂŞte de ces pays par des coups d’État Ă  rĂ©pĂ©tition annulent les projets des prĂ©cĂ©dents et lancent de nouveaux chantiers, qui s’orientent essentiellement dans l’intĂ©rĂŞt des Chinois. Remarquablement organisĂ©s, ils sont capables de « redresser » une entreprise lĂ  oĂą les bailleurs occidentaux ont abandonnĂ© : par exemple, le barrage d’Imboulou au Congo (l’endettement et instabilitĂ© politique du pays en avaient arrĂŞtĂ© la construction).

MĂŞme si les transactions entre Chine et pays africains peuvent enrichir ces derniers, ce sont les gouvernements qui en profitent et non les peuples. Le peuple, dĂ©sespĂ©rĂ©, se rĂ©volte ou se tourne vers des mouvements extrĂ©mistes, islamistes par exemple. Le problème est rĂ©sumĂ© admirablement Ă  la page 260 : « Des Chinois pour extraire le pĂ©trole, puis l’engouffrer dans un pipeline chinois surveillĂ© par des miliciens chinois, Ă  destination d’un port construit aussi par des Chinois… Des Chinois, qui importent leur nourriture, qui font pousser leurs lĂ©gumes avec des maraĂ®chers chinois , des chinois enfin pour ARMER un pays qui commet des crimes contre l’humanitĂ© ».

La Chine qui n’a de communiste que le nom, utilise les mĂŞmes mĂ©thodes que les pays capitalistes: elle se sert de son immigration, avec la complicitĂ© des pays « demandeurs » pour profiter de la croissance des pays d’Afrique.

Racisme chinois:


racisteLes Chinois sont globalement très racistes. Le peuple chinois est Ă  91% constituĂ© des Han, peuple descendant de la dynastie des Han, et malgrĂ© toute l’hypocrisie du gouvernement chinois Ă  dire que la Chine est pluriethnique, les autres minoritĂ©s se font Ă©craser. Le racisme y est discret, pas de grand tapage mĂ©diatique, pas d’affiches placardĂ©es sous les ponts comme en Europe, il se fait en douce, en mĂ©prisant les autres couleurs de peau, en empĂŞchant certains peuples d’accĂ©der aux fonctions plus importantes ou en les ignorant dans la rue. Les musulmans, par exemple, sont parmi les plus pauvres de Chine, cantonnĂ©s officieusement aux mĂ©tiers misĂ©rables. Les africains sont aussi systĂ©matiquement dĂ©visagĂ©s. Les enfants imitent parfois les singes dans la rue en les voyant, sous l’oeil amusĂ© de leurs mères approbatrices, de mĂŞme que nombre d’adultes ne se gĂŞnent habituellement pas pour les comparer eux aussi Ă  des singes, verbalement. C’est encore pire pour les Philippins, ou plus prĂ©cisĂ©ment les Philippines, constamment perçues comme prostituĂ©es (et le plus souvent effectivement cantonnĂ©es Ă  ces mĂ©tiers). Quasiment impossible pour ces minoritĂ©s, en effet, de trouver du travail, mĂŞme Ă  Shanghai. Les Indiens, qui y sont appelĂ©s les « gris », sont assez mal vus ; le racisme Ă  leur Ă©gard ne s’exprime pas forcĂ©ment par de la violence ou de l’agressivitĂ© mais plutĂ´t par du mĂ©pris ou un certain sentiment de supĂ©rioritĂ©. Les Chinois sont le plus souvent mĂ©prisants pour ceux qui ne sont pas Chinois.

Angola:

Ce sont des responsables chinois plutĂ´t embarrassĂ©s qui rendirent visite, dĂ©but dĂ©cembre 2004, au prĂ©sident angolais JosĂ© Eduardo Dos Santos. Quelques jours auparavant, l’association britannique Global Witness avait publiquement laissĂ© entendre que les 2 milliards de dollars de crĂ©dit accordĂ©s Ă  Luanda par la banque publique chinoise Eximbank risquaient d’ĂŞtre dĂ©tournĂ©s. Officiellement, cette somme avait Ă©tĂ© allouĂ©e pour rebâtir les infrastructures angolaises dĂ©truites par trente ans de guerre civile (Ă©lectricitĂ©, chemins de fer et bâtiments administratifs). En Ă©change, la Chine recevrait 10 000 barils de pĂ©trole par jour. Or une partie de ces 2 milliards a Ă©tĂ© effectivement dĂ©tournĂ©e au profit de la propagande gouvernementale en vue des Ă©lections gĂ©nĂ©rales de 2006. Et, sous pression chinoise, le 9 dĂ©cembre 2004, M. Antonio Pereira Mendes De Campos Van Dunem, intermĂ©diaire connu des milieux d’affaires Ă©trangers, Ă©tait priĂ© de quitter son poste de secrĂ©taire du conseil des ministres.

Le temps d’un Ă©moi, PĂ©kin avait ainsi dĂ©rogĂ© au principe fondateur de sa longue marche commerciale vers l’Afrique : ne pas se mĂŞler des affaires intĂ©rieures des pays concernĂ©s. Un peu de morale – sans doute justifiĂ©e par la pression exercĂ©e par les bailleurs de fonds internationaux sur un pays notoirement corrompu – n’empĂŞcherait pas les affaires sino-africaines de tourner Ă  plein rendement.

Trente ans après avoir rompu avec un Angola devenu indĂ©pendant, mais jugĂ© trop proche de l’Union soviĂ©tique, l’Empire du Milieu a largement rĂ©parĂ© son erreur initiale. L’ancienne colonie portugaise – dont il importe dĂ©sormais 25 % de la production de pĂ©trole – est devenue son deuxième partenaire commercial sur le continent. Luanda envisage mĂŞme de crĂ©er des vols directs avec PĂ©kin, et il serait question d’encourager la construction d’un quartier chinois dans la capitale en vue d’accueillir les cadres asiatiques.

OctroyĂ© avec un taux d’intĂ©rĂŞt de 1,5 % sur dix-sept ans, le crĂ©dit contestĂ© aurait pu se rĂ©vĂ©ler, Ă  court terme, dĂ©savantageux pour PĂ©kin. Il n’en permettait pas moins aux entreprises chinoises de s’attribuer la majeure partie du juteux marchĂ© de la reconstruction nationale. De quoi soulever l’inquiĂ©tude de la population. « Selon les termes du contrat, 30 % du crĂ©dit allouĂ© doivent ĂŞtre attribuĂ©s Ă  des entreprises locales, explique notamment l’Ă©conomiste indĂ©pendant Jose Cerqueira. Mais cela signifie que 70 % ne le sont pas. Or le secteur de la construction est l’un des seuls oĂą les Angolais peuvent trouver du travail ».

Selon le responsable sortant du programme angolais de Care, M. Douglas Steinberg, « les conditions d’octroi des crĂ©dits chinois donnent beaucoup plus de possibilitĂ©s Ă  l’Angola, comparĂ©es aux exigences fixĂ©es par d’autres accords, en premier lieu ceux passĂ©s avec le Fonds monĂ©taire international. En fait, cela permet aux autoritĂ©s gouvernementales de ne pas pratiquer la transparence ».

Congo:

Le ministre congolais de la Construction ne tarit pas d’Ă©loges sur les Chinois : « Ils sont fantastiques, ils ont construit le stade, le ministère des Affaires Ă©trangères, l’autoroute, le barrage d’Imboulou, les logements. Ces logements, le ministre y tient parce que ce chantier joue un rĂ´le central dans sa campagne Ă©lectorale (il veut ĂŞtre Ă©lu dĂ©putĂ©). C’est du gagnant-gagnant » dit-il. « Dommage pour vous, les Français » ajoute-t-il, faussement compatissant. « La Chine suscite Ă©videmment des rĂ©flexes racistes tant de la part de l’immigrĂ© que de l’autochtone. C’est que, en construisant les logements, les Chinois construisent Ă©galement leur palais, plus luxueux que l’ambassade amĂ©ricaine. Le ministre congolais a aussi deux discours, il se lâche parfois : « Les Chinois sont en mission. Pour eux, l’entreprise est un instrument de conquĂŞte. Je pense que l’objectif de la Chine est de devenir la première puissance du monde ».

Les ouvriers congolais, engagĂ©s par les Chinois, paient fort cher leur repas, travaillent dur, et sont surveillĂ©s par des contremaĂ®tres chinois : « Ils n’arrĂŞtent jamais, dit l’un d’eux. Ce sont des robots diaboliques, ils nous traitent comme des esclaves, ils nous frappent avec des planches ».

Maroc:

La concurrence chinoise bouleverse le secteur du textile marocain. Auparavant, les concurrents du Maroc Ă©taient les Tunisiens, les Turcs, les pays de l’Europe de l’Est… Aujourd’hui, c’est le gĂ©ant: la Chine. Le prix chinois dĂ©fiant toute concurrence, les commerçants marocains craignent pour les produits proposĂ©s par leurs entreprises et dĂ©clarent ne plus pouvoir s’aligner sur des prix aussi compĂ©titifs. Pour ces autoritĂ©s et les entrepreneurs marocains, le principal problème reste la sous-facturation et les circuits parallèles, des deux cĂ´tĂ©s.

En 2002, les Ă©changes commerciaux entre l’Égypte et la Chine se sont Ă©levĂ©s Ă  945 millions de dollars, soit le double du Maroc. Les secteurs oĂą les Chinois ont investi le plus sont la construction aĂ©ronautique, le textile, les marbreries, l’industrie lĂ©gère…

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Nous pouvons donc conclure de tout cela que voir une alternative bienfaisante au nĂ©o-colonialisme dans la Chine et penser qu’elle puisse faire positivement contrepoids aux pays occidentaux serait sot autant qu’aveugle. La Chine est effectivement un des pays au monde qui a le plus nĂ©gligĂ© les droits de l’homme dans son pays et considĂ©rĂ© ses citoyens comme des esclaves, souvent traitĂ©s d’une façon bien infĂ©rieure Ă  ce qu’une personne normale ferait avec un animal. sans-titreCette triste rĂ©alitĂ© est plus vraie que jamais aujourd’hui, et il n’y a aucune raison pour qu’un pays soumis Ă  une implacable dictature, communiste au niveau politique et capitaliste sur le plan Ă©conomique, ait de quelconques Ă©gards pour des citoyens Ă©trangers, Noirs qui plus est. Rappelons que l’Empire du Milieu condamne plus de 10 000 personnes Ă  la peine capitale par an et octroie un charmant salaire de 23 cent par jour Ă  ses ouvriers, contre 20$ pour un amĂ©ricain et 14€ pour un français (toutes prestations sociales comprises), pour un travail bien plus pĂ©nible, tant au niveau des conditions que de l’effort fourni et du temps de travail (45 heures par semaine). On peut donc bien se demander pourquoi les Chinois, racistes de surcroĂ®t, traiteraient des travailleurs Ă©trangers placĂ©s sous leurs directives d’une meilleure façon que leurs compatriotes. L’Occident, et surtout la France, ont certes causĂ© plusieurs torts durant leurs colonisations, mais ont au moins contribuĂ© Ă  l’alphabĂ©tisation des habitants de leurs colonies, bati un certain nombre d’hĂ´pitaux, et les conditions de travail auraient difficilement pu ĂŞtre pires que celles que promettent la Chine.

Pour complĂ©ter la vision des auteurs du bien bel ouvrage qu’est « La Chinafrique », sur lequel je ne saurais que trop vous recommander de vous pencher, je vous suggère de parcourir deux de nos propres articles: Un flĂ©au nommĂ© Chinafrique  et Marcel Zandi, le « Gandhi Africain ».

 Par Régis Mex