Category: Christianisme

jan 12 2010

Pierre Hillard : « l’Islam est le dernier rempart contre le nouvel ordre mondial » (vidĂ©o)

Pierre Hillard Ă©tait l’invitĂ© de Laurent Fendt, ce dimanche sur la radio Ici et Maintenant.

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Pierre Hillard, docteur en science politique et professeur de relations internationales

« L’Islam est l’ennemi du Nouvel ordre mondial », a indiquĂ© le gĂ©opoliticien, auteur du livre  La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale. « Les musulmans ne se concentrent pas sur la sociĂ©tĂ© de consommation (…) Ce principe existait chez les catholiques, mais depuis Vatican II, les catholiques sont paganisĂ© (…) L’Islam est le dernier carrĂ© Ă  s’opposer Ă  un esprit matĂ©rialiste mercantile. (…)  Il ne reste plus que l’Islam qui essaie de rĂ©sister au Nouvel ordre mondial »

Mecanopolis


Suite à la diffusion de ce document, Pierre Hillard nous a fait parvenir un courrier ou il précise son propos :

Pierre Hillard précise son propos sur l’Islam, le Christianisme et le Nouvel ordre mondial

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nov 09 2009

Les conséquences de politiques antéchristiques

C’est que tu ne sais pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouverné
Pape Jules III

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Les politiques économiques de mondialisation et de libéralisme effréné que nous connaissons ont beau remporter de multiples victoires à court terme pour le plus grand plaisir de leurs instigateurs, fort est de constater que la situation mondiale actuelle nous donne toujours plus d’éléments démontrant que les conséquences à long terme de ces mêmes politiques renforcent les effets contraires que le capitalisme mondialiste est censé avoir. En effet, partout où les populations sont lésées par la perte forcée de leur patrimoine due aux ponctions violentes qui résultent d’une stratégie irrationnelle de libéralisme sauvage, le mécontentement contre, entre autres, les mesures d’ouverture des frontières et de libre-échange qui sont propres à la mondialisation croît, et avec lui, les nationalismes. Plus les peuples, quels qu’ils soient, se sentent menacés par l’influence de ce qui est étranger, et plus le dégoût des caractéristiques du système en place grandit, au point qu’un nombre exponentiel d’individus rejettent ce même système dans son intégralité et se précipitent dans les bras de « l’opposition », anti-libéraliste, raciste, voire parfois même anti-moderniste et anti-démocratique. Des groupuscules à l’idéologie musclée voient alors leur importance s’élargir considérablement. L’extrait suivant de l’introduction du livre Soleil Noir, dédié à l’explication des causes de la montée des mouvements néonazis, résume précisément cette problématique :

« En 1900, les races européennes blanches constituaient quelque 35% de la population mondiale. En raison du déclin de la natalité parmi la population blanche des pays industrialisés, couplé avec l’explosion démographique du tiers-monde due aux progrès de la médecine, ce chiffre est aujourd’hui juste sous les 10% au niveau mondial. Les travailleurs immigrés, les immigrants, les migrants économiques, les réfugiés et les demandeurs d’asile constituent un flux de population important, amenant la population excédentaire des pays en voie de développement vers des territoires traditionnellement habités par des Européens blancs. Ces économies industrielles avancées absorbent des taux d’immigrants plus élevés que jamais, et leur engagement politique envers la mixité raciale est maintenant une profession de foi. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la plupart des pays européens font face à un changement démographique qui fait perdre à leurs habitants de souche leur position majoritaire. La question qui en découle pour l’identité blanche est identique au dilemme des Austro-Allemands qui craignaient une perte de l’influence du vieil Empire des Habsbourg.

La réaction à ce phénomène résulte dans une résurgence des idéologies radicales, qui se nourrissent des menaces de la globalisation économique, des mesures de discrimination positive et de l’immigration en provenance du tiers-monde. Cela se manifeste essentiellement parmi les jeunes Blancs aliénés et la population à faibles revenus, de plus en plus marginalisés par les nouvelles industries high-tech et l’intégration croissante de minorités ethniques dans leur communauté. Aux Etats-Unis, l’augmentation rapide de l’immigration hispanique et des pays du tiers-monde, tout comme en Europe l’immigration en provenance des pays en voie de développement vers l’Europe de l’Ouest, ont ravivé de nouvelles peurs d’inondation raciale. La chute de l’Union soviétique et de la Yougoslavie a poussé plus loin les migrations vers l’Europe de l’Ouest, notamment parmi les populations de l’Europe de l’Est et les gitans. Les accords de libre-échange, le déclin des industries manufacturières traditionnelles et l’exportation de métiers de service à l’étranger, comme dans le domaine des communications et de l’informatique, stimulent le racisme et l’hostilité envers le libéralisme. »

De fait, le racisme latent habitant chaque représentant du commun des mortels étroit d’esprit, craignant de regarder au-delà de l’horizon que lui offre son patelin et effrayé à l’idée qu’une cohabitation avec des personnes de culture différente pourrait modifier un tantinet la vie placide et béate qu’il a l’habitude de mener, se voit significativement excité. Pour cet archétype du citoyen moyen qui est tout aussi incapable de chercher des causes par lui-même, au-delà des faits qu’il constate de façon simpliste, que de concevoir des valeurs telles que la tolérance, la faute de son éventuel licenciement échoit moins à la politique que mène l’entreprise ou l’État pour lequel il travaille qu’à l’immigré polonais qui est prétendument arrivé sur son sol pour lui dérober son emploi. Ainsi, la haine que les Nords-Américains et les Européens peuvent éprouver à l’encontre des injustices du système se focalise sur les étrangers à leur territoire, ces mêmes étrangers qui volent soi-disant l’emploi de ceux qui en cherchent, sont prêts à travailler à plus bas salaire et dans des conditions moins confortables, et qui accentuent plus ou moins indirectement la montée du taux de chômage du fait des délocalisations des industries dans leurs pays d’origine où les prix de travail sont diaboliquement peu élevés. Le terrain est alors tout préparé pour que certains plongent dans des délires racistes dualistes où un peuple, qui représente le bien, est supérieur à tous les autres, sources de tous ses maux, qu’il combat, ou qu’il doit carrément éliminer. Cette idéologie raciste peut aussi être relayée, plus ou moins inconsciemment, par des « spiritualités » creuses de types New Age, dans lesquels les mythes qu’inventent des ésotéristes dégénérés racontent souvent des histoires de surhommes ou de peuple supérieur.

Il y a deux manières de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bĂŞtes
Nicolas Machiavel

Si les conséquences sociales de cette « invasion » sont déjà considérables, elles grandissent encore en ampleur si les immigrés en question importent une religion qui n’est pas celle du sol national. Effectivement, rien ne terrifie plus les héritiers du christianisme qu’une « islamisation rampante » de leur contrée, christianisme que la plupart d’entre eux ont pourtant abandonné depuis longtemps, ainsi que ses valeurs. Il ne se passe donc pas un mois sans que le gros de la plèbe ne vomisse ses médiocres préjugés à la vision de faits où leur culture, si ce n’est leur « race », est confrontée à une autre, étrangère, par le relais de médias complaisants. Ils se gardent généralement bien d’exposer leurs vues trop publiquement, cependant, car ce n’est pas politiquement correct. En effet, il faut respecter son conditionnement et rester « politiquement correct », et donc conforme à la forme en laquelle cette société nous a modelés, car en quoi cela pourrait-il bien être logique de tenir la ploutocratie mondialiste comme responsable des échecs de sa politique cosmopolite ?

Il paraît évident que l’enrichissement d’une élite et la paupérisation des classes moyennes et populaires sont dus à la façon dont les politiques libérales sont actuellement appliquées, et non aux immigrés, qui ne sont pas responsables de la mauvaise gestion du système d’immigration et sont victimes des fautes que l’on rejette sur eux. En outre, on peut difficilement les blâmer de chercher de meilleures conditions dans des pays qui les accueillent pour combler une manque de main-d’œuvre dans certains secteurs et un déficit démographique. Le taux de chômage français actuel, supérieur à 10%, trouve son origine dans le fait que la population marginalisée par les attentes présentes du capitalisme n’ont pas suffisamment de secteurs nouveaux dans lesquels se réinsérer, étant donné que l’innovation est réprimée et non encouragée. Évidemment, nos dirigeants préféreront toujours renvoyer la faute sur quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes, et ne pas mettre en question les points discutables du système.

En plus du fait que l’antagonisme entre les prétendues « races » trompe la population d’adversaire, et lui permet de trouver un bouc-émissaire sur lequel reporter son attention et sa haine, il contribue aussi largement à amenuiser la cohésion nationale des États d’Europe et à appauvrir toutes les cultures coexistant dans les pays par l’incompatibilité qui est entretenue entre elles, plutôt que de faire en sorte qu’elles s’enrichissent réciproquement. Ainsi, à nouveau, les réactions nationalistes des peuples d’Europe dues à la perte « d’identité blanche » servent les stratégies mondialistes dont ces mêmes peuples craignent pourtant les effets dont ils méconnaissent l’origine. Les populations étant trop occupées par les rivalités ethniques et les gouvernements devant s’échiner à gérer ces problèmes, le pouvoir étatique est d’autant plus affaibli et laisse cours plus docilement aux desseins des acteurs économiques.

Les penchants racistes exacerbés d’une majorité de Nords-Américains et d’Européens font aussi en sorte que l’opinion publique n’éprouve pas trop de scrupules lorsque leurs pays sont en guerre au Moyen-Orient, étant donné que beaucoup d’entre eux se rassurent par l’intime conviction que ce ne sont là que des « bougnoules » et des « sauvages » qui meurent, pour l’hypothétique bien de leur petite sécurité. Au contraire, plutôt que d’être offusqués par les effets de guerres faciles et injustes, leur haine ne se trouve que renforcée par le fait qu’ils sont convaincus que leur pays a dû intervenir pour effacer une « menace » qui émanait d’eux, et va jusqu’à les tenir responsables des conséquences de cette guerre. Le problème palestinien suscite pourtant plus de réactions généralement, mais la raison est sans doute moins liée au fait que le conflit en question dure depuis une soixantaine d’années qu’à l’antisémitisme qui est lui aussi présent, comme les autres formes de racismes, chez une part croissante et non négligeable de la population. D’autre part, beaucoup de personnes parmi les peuples arabes, exaspérés par près deux siècles d’occupations et d’influences subversives venant des Européens, depuis les colonisations jusqu’à la situation actuelle de l’Irak en passant par la tromperie des accords de Sykes-Picot qui ont suivi la dissection de l’Empire Ottoman, ont nourri un fort ressentiment anti-européen et anti-chrétien, sentiments désormais fortement imprégnés dans leur conscience nationale. Il en résulte que la cohabitation entre Européens de souches et immigrés arabes n’en est que plus compliquée encore.

Celui qui ne sait pas et qui n’agit pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui n’agit pas est un criminel
Bertolt Brecht

Nos gouvernements ne semblent donc pas réellement dérangés par la radicalisation ambiante des comportements, n’ayant eux-mêmes qu’assez peu de conviction quant à l’importance du respect des principes démocratiques. Il n’en est pas moins que la multiplication des messages simplistes émanant d’une pléthore de mouvements et de sites internet qui sont, ou non, liés entre eux est problématique pour la bonne santé de ce qui reste des valeurs de notre société. En effet, au-delà du racisme, les explications caricaturales de conspirations juives ou maçonniques pour expliquer l’état d’un monde sous le joug du « Nouvel Ordre Mondial » contentent un nombre croissant de personnes au fur et à mesure que le mécontentement envers le système s’accroît. Ces derniers croient avoir compris le fonctionnement du monde et bénéficier du savoir que le reste de la population n’a pas, alors qu’ils ne font que plonger tête la première dans la bêtise et font souvent le jeu de mouvements de contestation douteux, qui sont soit composés d’illuminés, de fascistes ou de personnes désireuses de servir des intérêts extérieurs au pays dans lequel elles opèrent.

Pour prendre l’exemple de l’expression « Nouvel Ordre Mondial », qui a été reprise par plusieurs personnalités de la scène politique française récemment, beaucoup ignorent qu’elle fut également utilisée au début de la Guerre Froide pour désigner la séparation du monde en trois parties : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union soviétique, et le Tiers-Monde. Elle fut à nouveau utilisée à la fin de la Guerre Froide avec la chute du communisme, et réapparaît aujourd’hui, sans doute pour signifier la victoire définitive du capitalisme sur le globe avec la gouvernance mondiale qui s’ensuivra. Or, lorsque quelqu’un qui prétend s’opposer au système entend « Nouvel Ordre Mondial », il a tendance à ne penser qu’à un vaste projet mondialiste, stigmatise ceux qui en font la promotion et rejoint ceux qui sont censés le dénoncer. Mais quand les présidents Chavez et Ahmadinejad parlent de Nouvel Ordre Mondial, par exemple, on se doute qu’il s’agit, pour eux, d’espérer un monde multipolaire où l’union de plusieurs pays permettraient de contrer la seule hégémonie des Etats-Unis, plutôt, justement, qu’un monde unifié aux critères libéraux. D’autre part, il est facile, pour les pseudo-mouvements de contestation, de jouer sur le terrain des points auxquels le public auquel ils s’adressent est sensible. Ainsi, en usant de critiques répandues et consensuelles du système, ils s’attireront l’attention de ceux qui penseront que les personnes qui tiennent un discours qui leur convient doivent être des gens biens. Or, il est facile de dénoncer, mais ceux qui prétendent le faire disent rarement pourquoi ils le font, et ont rarement de meilleures solutions aux problèmes dont ils traitent, exagérés ou réels, que les mesures qui sont déjà en place pour les gérer. Cette propagande dont l’ampleur grandit n’atteindra probablement pas une influence suffisante pour être un tant soit peu dangereuse pour le bien public, mais elle abrutit ceux qui y prêtent oreille et discrédite le travail de ceux qui tentent de faire de l’information réelle.

Ce n’est pas rejeter en bloc le système qui pourra être d’une quelconque utilité pour nous-mêmes comme pour le bien commun, ce qui ne peut être fait que par des gens qui se laissent dominer par leurs sentiments de frustration et de mécontentement sans tenter de discerner précisément ce qui les gêne dans le système et ce qu’il est bon de conserver. Plutôt que cela, il faudrait justement trouver un consensus sur ce qui tourne mal dans nos sociétés, et proposer des solutions. Bien sûr, ce n’est pas en faisant de longs discours que quiconque parmi ceux qui ont le pouvoir de changer quoi que ce soit au système sera convaincu qu’il doit revoir la politique qu’il mène depuis des années, mais je suis personnellement convaincu que les travers d’un système sont comme des chaînes pesantes que quelqu’un devrait traîner au prix de son énergie et du ralentissement qu’ils lui causent, jusqu’au moment où la gêne deviendra trop lourde pour être supportable, et où il faudra se démener pour se débarrasser de ses parasites. En clair, les imperfections ne peuvent que miner le système le plus obstiné jusqu’au jour où elles créeront des événements d’une ampleur suffisante pour l’amener à revoir impérativement les zones d’ombre de sa structure, le tout échappant aux hommes qui tenaient jusque là les rennes. Mais lorsque cela arrivera, si cela arrive, encore faudra-t-il que des programmes ambitieux aient été pensés et que ce soient des alternatives justes qui prévalent.

J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité : c’est pour cela que je meurs en exil.
Pape Jean XIV

En l’occurrence, présentement, le problème principal de notre système me semble être le musellement de l’innovation. En effet, la ploutocratie établie préfère s’assurer la conservation des privilèges qu’elle a acquis sur les critères de réussite actuellement appliqués plutôt que d’aider, au moyen de ses immenses possessions financières, des projets qui pourraient bénéficier grandement aux citoyens de leur pays et aider ses scientifiques, ses philosophes et autres intellectuels dans leur quête de connaissance. Ce facteur me paraît être le principal responsable du taux de chômage élevé, ainsi que du grand nombre de personnes déprimées et de suicides. En effet, cela ne convient pas à tout le monde de mener une existence terne, partagée entre plaisirs du divertissement et travail, nécessitant le plus souvent l’utilisation de personnes conditionnées comme des machines, du fait qu’elles ont été formées pour accomplir un travail bien spécifique et que la plus grande partie de leur vie se résume à cela. Si personne ne trouve la paix dans une société guerrière, privilégiant les valeurs masculines de force et d’expansion, l’autre extrême, une société qui se complait dans la passivité et la stagnation, croyant qu’il ne reste plus rien à accomplir dans ce monde, pourrit assurément. L’idéal serait d’associer l’harmonie féminine à la propension plus masculine à l’expansion, mais dans le domaine de la connaissance, soit profiter de la paix pour parfaire la société humaine grâce à l’acquisition d’encore plus de savoirs.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

oct 04 2009

La société marchande est une religion

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La consommation des mĂ©nages est le moteur de l’Ă©conomie de nos sociĂ©tĂ©s occidentales depuis le triomphe du modèle capitaliste, mondialiste et libĂ©ral; ce n’est un secret pour personne. Ce qui est moins Ă©vident est que l’Ă©conomie, si elle est censĂ©e ĂŞtre le coeur de pierre qui alimente un pays au grĂ© des flux monĂ©taires suivant le cours des pertes et des profits, n’influence pas moins d’une façon certaine l’Ă©thique d’une sociĂ©tĂ©. Si le coeur est un organe sans morale, conscience ni intelligence propres, il est pourtant une part de l’ensemble dont il est issu et a des impacts inĂ©vitables sur la santĂ© de celui-ci: admettons un instant que le sang qu’il vĂ©hicule contienne du poison, et c’est l’entièretĂ© de ce qu’il sustente qui se mourra. L’analogie semble effectivement appropriĂ©e: bien que l’Ă©conomie soit un des piliers indispensables Ă  la marche d’un État, qui procède selon des lois de cause Ă  effet purement mathĂ©matiques et donc exemptes d’une quelconque morale par nature, il n’empĂŞche pas moins que les consĂ©quences de mĂ©canisme programmĂ© puissent attenter gravement Ă  la puretĂ© de l’esprit d’une sociĂ©tĂ© et des individus qui la constituent. Un produit n’est-il pas, par dĂ©finition, le rĂ©sultat de tous les Ă©lĂ©ments qui le composent ? Un bâtiment n’est-il pas dĂ©pendant des fondements sur lesquels il repose ? Ainsi, une part dĂ©fectueuse d’un ensemble affecte toujours la totalitĂ© et le bon fonctionnement de ce dernier.

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Le mot « religion » trouve son Ă©tymologie dans le verbe latin « religere », qui signifie « relier ». La fonction première de la religion est donc de relier les ĂŞtres. Par quoi sont-ils reliĂ©s au sein de celle-ci ? Essentiellement par l’appartenance Ă  une mĂŞme doctrine. Or, la sociĂ©tĂ© marchande ne relie-t-elle pas ses adhĂ©rents grâce Ă  une façon commune de penser et de percevoir le monde ? Le « mainstream », l’inconscient collectif du peuple qui fait partie d’une sociĂ©tĂ© donnĂ©e (littĂ©ralement « courant principal »), est formĂ© par la somme des idĂ©es, principes, cultures et valeurs de chaque personne qui constitue ce mĂŞme peuple. La grande majoritĂ© des individus ayant peu de personnalitĂ©, chacun est modelĂ© par l’idĂ©ologie de la sociĂ©tĂ© une fois qu’il y est intĂ©grĂ©. La voie de la facilitĂ© est effectivement la plus prisĂ©e par le commun des mortels, car le seul autre choix possible serait de vouloir modifier son environnement pour le faire correspondre Ă  des idĂ©aux que l’on juge Ă©levĂ©s, mais encore faudrait-il avoir les capacitĂ©s d’apprĂ©hender une telle possibilitĂ©; un exercice autrement plus ardu, en somme.

Il se trouve que la pensĂ©e dominante en AmĂ©rique du Nord et en Europe a dĂ©crĂ©tĂ© en ce dĂ©but de 21ème siècle que l’on ne doit croire que dans ce que l’on voit et peut ressentir directement par nos sens organiques. Cela implique de collectionner un maximum de plaisirs: puisque le corps est destinĂ© Ă  mourir, il serait invraisemblable qu’il y ait une quelconque vie après la mort, n’est-ce pas ? L’accession Ă  une profession aussi prestigieuse que rentable est une autre prioritĂ©, un autre Ă©lĂ©ment indispensable pour ĂŞtre socialement reconnu, ce qui est aussi important maintenant que l’obtention de « son paradis » l’Ă©tait au Moyen Ă‚ge: seuls les critères ont changĂ©. Le système conditionne aussi chacun d’entre nous dès le plus jeune âge pour que nous acceptions de nous vendre aux employeurs les plus divers pour le servir avec fiertĂ©.

Ce qui intĂ©resse rĂ©ellement la population est de s’acquitter des tâches qu’on lui impose pour vivre une vie « normale », plate, sans risques, et ainsi donner l’apparence d’avoir rĂ©ussi sa vie de sorte Ă  avoir bonne conscience. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que chacun a une conception personnelle et intime des critères qui lui permettraient d’ĂŞtre satisfait de la vie qu’il mène, et qu’il n’y a aucune loi universelle de rĂ©ussite qui puisse ĂŞtre trouvĂ©e (surtout pas par de simples humains).

C’est pourtant la conduite aveugle de principes Ă©tiquetĂ©s comme seuls valables qui prĂ©vaut, et ceux qui se targuent d’ĂŞtre les parfaits produits du système achètent compulsivement tout ce qui est Ă  leur portĂ©e et pourrait leur permettre de « profiter au maximum de la vie tant qu’il en est encore temps », dans le but d’Ă©prouver autant de plaisirs que possible. L’angoisse du nĂ©ant qu’il y aurait après la mort (pour peu qu’ils se soient jamais posĂ© ce genre de question existentielle) ne fait que renforcer cette envie de fuir en avant et de trouver des Ă©chappatoires Ă  l’absence de rĂ©ponses dans les plaisirs les plus divers.

Le statut officiellement dĂ©mocratique de nos sociĂ©tĂ©s est Ă©galement un atout considĂ©rable pour le mercantilisme, parce qu’aucune limite n’y entrave la consommation et que tout peut s’y vendre, parfois mĂŞme des choses qui pourraient nuire au pouvoir en place, et que la population peut se fondre dans des illusions de perfection et ne plus avoir d’autre prĂ©occupation que de se complaire dans le plaisir que les produits achetĂ©s lui procurent de sorte Ă  renforcer la rĂ©alitĂ© de son petit paradis, entre autres raisons. La dĂ©mocratie s’accompagnant du libĂ©ralisme Ă©conomique (censĂ©, comme son nom l’indique, permettre la libertĂ© alors qu’il provoque l’inverse dans les faits), du libre-Ă©change et du laisser-faire, le capitalisme ne peut qu’ĂŞtre enchantĂ© par un tel système, surtout lorsqu’il serait en rĂ©alitĂ© digne d’ĂŞtre nommĂ© dĂ©mocrature en raison de la nature de son pouvoir politique.

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Pire, le domaine du matĂ©riel finit par ĂŞtre la seule dimension d’existence de l’individu, ce qui implique qu’il adopte toutes sortes de comportements d’un niveau de sophistication digne de ce qui est matĂ©riel; autrement dit, le plus bas qui puisse exister. La sociĂ©tĂ© marchande contribue donc fortement Ă  dĂ©connecter l’homme de ses facultĂ©s spirituelles et Ă  le pousser dans un Ă©goĂŻsme et une mĂ©diocritĂ© toujours plus patentes. Il est vrai qu’un nombre consĂ©quent de personnes est de toute manière incapable d’envisager quoi que ce soit de plus Ă©voluĂ© que ce qui est purement tangible, visible, et cultiverait donc une grande proximitĂ© avec le cĂ´tĂ© animal, primitif et instinctif du genre humain, qu’il vive dans une sociĂ©tĂ© marchande ou non. Le problème est que l’inconscient collectif empoisonnĂ© par les valeurs inversĂ©es d’aujourd’hui peut conduire dès le plus jeune âge des gens intelligents et de bonne foi Ă  un mode de vie qui ne correspond pas Ă  leurs aspirations naturelles, ou les rendre malheureux parce qu’ils refusent ce système dans lequel ils ne trouvent pas une place qui leur est appropriĂ©e. Le système ne proposant pas vraiment d’alternatives Ă  sa politique de conditionnement et de mise au travail qui oblige presque tout un chacun Ă  se plier aux exigences de la sociĂ©tĂ© et qui laisse peu de temps et d’Ă©nergie Ă  ceux qui dĂ©sirent se dĂ©velopper intellectuellement et spirituellement par eux-mĂŞmes, il est clair que le gâchis de gĂ©nie et d’imagination qui pourrait contribuer Ă  amĂ©liorer l’ordre des choses est Ă©norme.

D’autre part, il est difficile d’imaginer que plusieurs religions dominantes puissent cohabiter; la vocation d’une religion est aussi d’Ă©liminer ses concurrents. Ainsi, le matĂ©rialisme qui pourrait ĂŞtre qualifiĂ© de religion sataniste et voleuse d’âmes, Ă©clipse toute autre religion de la scène principale, et les relègue au second plan. On Ă©rige dĂ©sormais le matĂ©riel comme dieu unique, et on rend des cultes Ă  un florilège de divinitĂ©s secondaires, telles des vedettes de cinĂ©ma ou de sport, toutes aussi creuses les unes que les autres. Cela se constate nettement avec le recul incontestable de l’importance du christianisme depuis l’avènement de la sociĂ©tĂ© marchande. L’amoindrissement de l’influence d’une Église qui s’Ă©tait depuis longtemps dĂ©crĂ©dibilisĂ©e n’est certes pas d’une rĂ©elle gravitĂ©, mais la perte de vue de l’idĂ©e mĂŞme d’un Dieu a grandement renforcĂ© l’ignorance de l’Homme de sa dimension spirituelle. Si je ne considère personnellement pas comme particulièrement positif d’ĂŞtre thĂ©iste, je pense qu’ĂŞtre dĂ©iste peut difficilement avoir des consĂ©quences nĂ©gatives, tant sur soi que sur les autres personnes.

Le système Ă©conomique occidental lui-mĂŞme fonctionne d’une façon tout Ă  fait Ă©goĂŻste et psychopathe, en ne se contentant pas de spolier la richesse des citoyens de son pays, mais en volant aussi celle des nations dans lesquelles il a une emprise sur la scène internationale. Ce modèle, comme le reste de la sociĂ©tĂ© dont il est issu, privilĂ©gie la pensĂ©e et l’action Ă  court terme, ce qui est plutĂ´t logique lorsque l’on est basĂ© sur le matĂ©riel. Le matĂ©riel est effectivement l’incarnation mĂŞme de ce qui est temporaire, et miser lĂ -dessus revient Ă  se baser sur ce qui est Ă©vanescent et ne peut que disparaĂ®tre. Comment penser qu’un pays qui, comme les États-Unis, affecte 651,2 milliards de dollars Ă  la DĂ©fense nationale, quand 330 milliards sont versĂ©s Ă  la Recherche et au DĂ©veloppement, 64 milliards pour l’Ă©ducation, et 18,1 pour la Nasa, pendant que des coupes dans les services sociaux et la santĂ© sont faites, puisse ĂŞtre en phase avec les rĂ©alitĂ©s de son temps ? Alors qu’investir dans les sciences paraĂ®trait le moyen le plus probable d’aboutir, entre autres perspectives allĂ©chantes, Ă  l’autonomie et Ă  l’abondance Ă©nergĂ©tique, ce qui serait très utile et rentable sur le long terme, mais coĂ»teux pendant la pĂ©riode de recherche qui prĂ©cède la dĂ©couverte, le gouvernement des États-Unis prĂ©fère, lui, investir prioritairement dans l’industrie de l’armement, y ajoutant une subvention de 100 milliards de dollars entre 2008 et 2009 malgrĂ© la crise Ă©conomique, parce que ce secteur est immĂ©diatement rentable et que seul le profit est recherchĂ©. Certains diront qu’il s’agit d’une mesure de protection nĂ©cessaire pour garder un poids dissuasif sur la scène internationale. Mais contre qui les États-Unis devraient-ils se protĂ©ger avec une velle vĂ©hĂ©mence, au juste ? MĂŞme la Chine, pourtant versĂ©e dans l’art de la brutalitĂ© et deuxième puissance militaire mondiale, n’affecte que 56 milliards à son budget militaire. La mort est tout simplement une affaire florissante. (Pour les intĂ©ressĂ©s, voir la rĂ©partition des dĂ©penses du gouvernement amĂ©ricain, en anglais)

sarkozy-pour-un-capitalisme-nouveau

Un autre mĂ©fait de la sociĂ©tĂ© marchande telle qu’elle est organisĂ©e est qu’elle oblige le citoyen Ă  oeuvrer Ă  sa propre auto-destruction. Du fait qu’elle lui impose de penser sur le court terme et ne lui fait savoir que ce qu’elle estime qu’il doit savoir, elle l’habitue Ă  acheter sans se demander qui il contribue Ă  financer de la sorte. En effet, bien qu’il soit tout Ă  fait normal que le groupe assez volumineux des citoyens qui gagnent tout juste assez d’argent pour survivre minimise ses dĂ©penses au maximum et achète donc lĂ  oĂą les prix sont les moins Ă©levĂ©s, d’autres personnes plus aisĂ©es pourraient faire passer les justes valeurs avant la cupiditĂ©, ne serait-ce que par principe. En effet, en achetant lĂ  oĂą les prix sont les moins Ă©levĂ©s, donc dans la grande distribution, on enrichit forcĂ©ment les multinationales qui pourrissent le monde du fait des consĂ©quences de leurs actions, de mĂŞme que tant d’autres entreprises dont l’Ă©thique est discutable mais auxquelles le système force souvent bon nombre de gens Ă  avoir recours par la simple et logique motivation de la survie. De toute manière, peu d’entreprises peuvent encore se vanter d’ĂŞtre exemptes de reproches. Mais en favorisant la grande distribution, on accentue aussi quelque chose qui nous touche plus directement, Ă  savoir la destruction des classes moyennes, qui sont un pilier indispensable Ă  la dĂ©mocratie. RĂ©duire la classe moyenne dans des proportions incongrues, cela signifie diviser la sociĂ©tĂ© entre une classe aisĂ©e, dans laquelle les richesses et le pouvoir sont centralisĂ©s, et une classe pauvre, qui est si prĂ©occupĂ©e par sa survie qu’elle a peu d’occasions de se soucier de quoi que ce soit d’autre et dont les moyens ne permettraient de toute manière pas de causer la moindre incidence. Ce schĂ©ma illustre de manière Ă©loquente la disparition progressive de la classe moyenne depuis les 30 dernières annĂ©es:

Classe moyenne

Le pire est que les citoyens sont contraints par le système de disloquer cette petite bourgeoisie. Qui plus est, la sociĂ©tĂ© marchande a permis au secteur privĂ© des entreprises de s’approprier une telle quantitĂ© de richesses qu’elles se sont non seulement substituĂ©es aux États, mais les tiennent dĂ©sormais sous leur coupe grâce Ă  leur monopole de l’argent, et y trouvent un sympathique rĂ©servoir de subsides dans lequel elles peuvent se servir aux dĂ©triments du contribuable.

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Bien que tous les systèmes, mĂŞme ceux qui incluent les valeurs les plus nobles, sont dĂ©tournĂ©s par les dirigeants Ă  des fins qui leur sont avantageuses, et que ce qui se fait sur le reste du globe peut difficilement ĂŞtre considĂ©rĂ© comme plus apprĂ©ciable que ce qui existe en Occident, le nĂ´tre a ceci de particulièrement pervers qu’il essaie de revenir sur des droits durement acquis et veut se faire passer pour une dĂ©mocratie humaniste alors qu’il est une dĂ©mocrature qui penche de plus en plus vers la dictature. Prisonniers de leur propre logique, nos dirigeants nord-amĂ©ricains et europĂ©ens multiplient les mesures et les astuces extraordinaires pour conserver leur emprise hĂ©gĂ©monique sur le globe qui leur permet de faire prĂ©valoir leurs ambitions, obsĂ©dĂ©s Ă  l’idĂ©e de maintenir le système tel qu’il est pour sauvegarder leurs privilèges, alors que leurs « blocs »Â dĂ©clinent inexorablement et pourraient se retrouver balayĂ©s d’ici une quarantaine d’annĂ©es par le pĂ´le Russe, Indien et Chinois, mĂŞme si ceux-ci sont actuellement encore loin d’ĂŞtre rĂ©ellement menaçants Ă©conomiquement parlant, Ă  moins d’un Ă©ventuel effondrement brusque de l’Occident, quoiqu’il les emporterait probablement dans le mĂŞme gouffre. L’Union EuropĂ©enne des 27, les États-Unis et le Japon comptent effectivement pour un PIB d’environ 36 000 milliards sur un total de 54 000 pour l’ensemble du globe, tandis que la Chine atteint les 5 000 milliards et que la Russie et l’Inde tournent autour des 2000. Pourtant, ces derniers pays sont partisans d’un système capitaliste tout aussi immoral que celui du monde occidental (mĂŞme s’ils partagent aussi de nombreux diffĂ©rends avec ce dernier) que la Chine couple d’une ignoble politique communiste, et les droits des citoyens y stagnent Ă  un niveau auquel nos Ă©lites auraient toutes les peines du monde Ă  nous ramener, malgrĂ© leurs brillants efforts en ce sens.

Bien mieux qu’un effondrement du monde occidental, donc, il faudrait tout simplement espĂ©rer que l’issue des évĂ©nements Ă  venir dĂ©bouche sur un changement de pouvoir vers un gouvernement plus Ă©clairĂ©, ou permettent au minimum un retour Ă  une situation plus acceptable. Malheureusement, une amĂ©lioration de la vie au sein d’une sociĂ©tĂ© ne dĂ©pend que de la bonne volontĂ© de personnes hauts-placĂ©es, et peut brutalement disparaĂ®tre d’un jour Ă  l’autre avec ces mĂŞmes dirigeants bien intentionnĂ©s. Mais puisque la nature du genre humain est par nature imparfaite, l’ĂŞtre humain ne peut crĂ©er que des sociĂ©tĂ©s imparfaites, et c’est pourquoi attendre la perfection dans ce domaine ne pourrait que dĂ©cevoir tant que l’Homme sera tel qu’il est. Cependant, il nous est tout Ă  fait lĂ©gitime d’exiger une sociĂ©tĂ© aussi parfaite que possible, en ayant Ă  l’esprit que cette entitĂ© est le reflet de l’ensemble de ses constituants et que nous sommes par consĂ©quent les garants de son bon fonctionnement.

Régis Mex, pour Mecanopolis.

juil 07 2009

L’appropriation du sens rĂ©el des spiritualitĂ©s comme arme contre la servitude (première partie)

Par Régis Mex

Le fait que nous vivons dans une sociĂ©tĂ© aux valeurs inversĂ©es, c’est-Ă -dire dans une sociĂ©tĂ© oĂą l’esprit collectif a plus de respect pour toutes les manifestations du mal que pour celles du bien, n’est un secret pour personne. Les masses vouent effectivement plus de respect Ă  tout vice qui revĂŞt d’un caractère Ă©goĂŻste, impudique et impulsif qu’Ă  l’altruisme, l’Ă©rudition, la gĂ©nĂ©rositĂ© ou toute autre vertu. Elles n’apprĂ©cient en fait ces dernières que lorsqu’elles peuvent en profiter et non lorsqu’elles peuvent les appliquer; autrement dit, lorsque cela peut contribuer Ă  renforcer leur Ă©goĂŻsme. Ces mĂŞmes masses ont toutefois l’audace d’attendre que les plus grandes vertus siègent « ad vitam eternam » en la personne de leurs dirigeants, sans avoir conscience que l’âme de l’Ă©lite d’un pays est le reflet de l’âme de ce mĂŞme pays. Et l’âme de ce pays est faite par la majoritĂ© des citoyens qui y vivent. Le sommet d’une construction est tel que sa base; il ne peut dĂ©fier fièrement et longuement le ciel en grande splendeur si la base sur laquelle il repose est pourrie.

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En thĂ©orie, l’État est fait pour ĂŞtre au service des citoyens plus que les citoyens ne sont faits pour servir l’État. Mais si les citoyens sont esclaves d’eux-mĂŞmes, comment pourraient-ils devenir autre chose, en toute logique, que les esclaves de l’État qui dĂ©coule de leur existence ? En effet, s’il est vrai que quelques hommes ou femmes politiques avec de nobles intentions arrivent jusqu’Ă  des postes d’une importance suffisante pour avoir un certain impact sur des domaines dĂ©finis, il est Ă©galement vrai qu’ils/elles perdront rapidement l’indĂ©pendance nĂ©cessaire pour pouvoir continuer de nourrir des desseins qui s’Ă©cartent de la ligne de route tracĂ©e par les vĂ©ritables dĂ©tenteurs du pouvoir. Ces derniers sont, entre autre, les plus riches des oligarques et les plus Ă©minents stratèges et experts des sphères politique et Ă©conomique. Alors que l’opinion publique voit rassemblĂ© dans son prĂ©sident le pouvoir ultime du pays qu’il dirige, le pouvoir qu’il dĂ©tient n’est que symbolique, puisqu’il a comme seule possibilitĂ© d’exĂ©cuter des choix et d’appliquer des directives qui Ă©manent d’autres personnes que lui.

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Mais si nous avons transcendĂ© l’illusion que le pouvoir rĂ©el est toujours dans les mains de l’État, nous ne continuons pas moins de nous demander pourquoi les vĂ©ritables chefs, venant du secteur privĂ©, ne pourraient pas trouver en leur sein quelques dissidents susceptibles de changer la nature de leurs desseins. Il nous est plus dĂ©licat de le savoir, puisque ces personnes travaillent dans l’opacitĂ©, mais en toute logique, il y en a, puisqu’il y a toujours des dissidents dans tout domaine que ce soit. Or, il est Ă©vident qu’ils subiront le mĂŞme sort que tout autre indĂ©sirable de cette espèce; soit ils finiront par se ranger derrière la pensĂ©e dominante, soit ils seront Ă©cartĂ©s.

Qu’est-ce que cette « pensĂ©e dominante » ? Rien de plus, au sens auquel je l’entends, que la feuille de route qui a prĂ©valu en matière politique et Ă©conomique depuis le dĂ©but de la civilisation. Si les civilisations et les systèmes de sociĂ©tĂ© furent effectivement nombreux au cours de l’histoire humaine, les plus anciens disparaissant pour laisser place Ă  de nouveaux, l’ĂŞtre humain en lui-mĂŞme n’a guère changĂ© depuis sa dernière Ă©volution biologique en homo sapiens. C’est pourquoi mĂŞme nos sociĂ©tĂ©s industrialisĂ©es actuelles, derrière leur apparence civilisĂ©e, cachent une sauvagerie Ă©quivalente aux sociĂ©tĂ©s d’il y a 6000 ans, 500 ans, 10 ans, … Le fond de l’histoire reste toujours le mĂŞme ; seule la forme change Ă  peu près. Par exemple, nos dĂ©mocraties ne sont dignes de ce nom que par la forme, car le fond n’est pas diffĂ©rent d’une dictature ou de n’importe quel autre rĂ©gime qui ait existĂ© au cours de l’histoire. Les mĂ©canismes sont toujours les mĂŞmes en substance. Simplement, la force physique par laquelle règnent les dictatures est remplacĂ©e par des notions juridiques qui servent le pouvoir en place (les autres sont contournĂ©es si nĂ©cessaire) en dĂ©mocratie, ce qui est encore de la force, mais rĂ©gie par une forme plus subtile. S’il est plus agrĂ©able de vivre dans un tel système, il n’en reste pas moins que nous y sommes tout autant esclaves que dans un rĂ©gime dit de non droit.

C’est pourquoi les rĂ©gimes instaurĂ©s par tous les rĂ©volutionnaires, après qu’ils aient rĂ©ussi Ă  faire s’effondrer le rĂ©gime en place dans leur pays, ressemblaient en substance Ă  s’y mĂ©prendre au prĂ©cĂ©dent… La forme sous laquelle ils se sont manifestĂ©s Ă©tait simplement meilleure ou pire que celle de leur prĂ©dĂ©cesseur. Les capacitĂ©s de l’ĂŞtre humain d’influencer, voire de modifier, l’ordre naturel des choses sont impuissantes Ă  changer son ordre intĂ©rieur. En effet, tant que l’humanitĂ© restera telle qu’elle l’est, au plus profond d’elle-mĂŞme, c’est-Ă -dire tant que le programme biologique de l’ĂŞtre humain continuera d’avoir une emprise absolue sur son comportement, l’Histoire ne cessera de se rĂ©pĂ©ter. Seule une nouvelle Ă©volution biologique pourrait rendre le monde moins mauvais qu’il ne l’est actuellement. La seule chose en rapport avec l’humanitĂ© qui Ă©volue rĂ©ellement est la quantitĂ© de connaissances qui lui est accessible, et qu’elle ne cesse d’augmenter de manière exponentielle grâce Ă  ses incessantes recherches et dĂ©couvertes. Cela n’empĂŞche cependant pas que la proportion de savants et d’Ă©rudits dans la population reste inchangĂ©e par rapport Ă  ce qu’il y a toujours eu au cours de l’Histoire, car il n’y a pas plus de personnes ayant l’intelligence nĂ©cessaire pour avoir envie d’apprendre des choses et ĂŞtre capable de les comprendre qu’Ă  n’importe quel autre Ă©poque. Le destin de l’Homme est effectivement tout tracĂ© par sa biologie, puisqu’il n’a d’autre choix que d’obĂ©ir Ă  ce qui est Ă©crit dans son ADN. Or, l’ordre des choses veut qu’il reste toujours la mĂŞme proportion de psychopathes, d’imbĂ©ciles et d’Ă©goĂŻstes dans la population, quel que soit le nombre de personnes qu’elle reprĂ©sente, que de braves, d’altruistes et de savants. Et force est de constater que ces proportions ne sont pas très Ă©gales, ni au niveau des compĂ©tences intellectuelles, ni au niveau de la puretĂ© d’esprit (encore moins).

Peut-ĂŞtre les adeptes des principes de la pyramide en briques surmontĂ©e d’un Ĺ“il reprĂ©sentĂ©e sur le billet d’un dollar, qui reprĂ©sente l’Ă©lite (l’Ĺ“il) dominant les masses aveugles (les briques) se rendent-ils comptent que le modèle que reprĂ©sente un tel symbole est illusoire. En effet, tout comme l’esclave est esclave de son maĂ®tre Ă  cause des moyens que celui-ci utilise pour maintenir sa domination sur lui, le maĂ®tre est esclave de la nĂ©cessitĂ© de conserver sans cesse ce contrĂ´le et finit par ĂŞtre corrompu par la nature des moyens auxquels il doit avoir recours. Les « maĂ®tres » ne sont donc eux-mĂŞmes pas libres ; et quand bien mĂŞme de nobles intentions rĂ©formatrices les animeraient-ils, ils devraient rapidement les abandonner car il y a de fortes chances que le peuple, prĂ©fĂ©rant rester dans sa vulgaritĂ© et son ignorance, les repousse. L’Ă©lite elle-mĂŞme n’aura donc qu’un pouvoir illusoire face Ă  l’ordre des choses, qu’elle sera contrainte de suivre. Elle s’en retrouvera rabaissĂ©e Ă  la mĂŞme vulgaritĂ© que le peuple qu’elle mĂ©prise, ayant comme seule possibilitĂ© de se plonger dans l’Ă©goĂŻsme et la prĂ©occupation de son seul confort.

Comme nous le disions dans le premier paragraphe, l’Ă©lite d’un groupe n’est que le reflet de ce groupe, puisque ce sont ses membres qui lui permettent, plus ou moins consciemment, plus ou moins directement, d’accĂ©der Ă  la fonction suprĂŞme qui consiste Ă  les guider. Ils ne pourront alors choisir que des personnes avec qui ils partagent des affinitĂ©s, qui les rassurent, qui leur promettent une vie bĂ©ate dĂ©nuĂ©e de toute souffrance due Ă  quelque prise de conscience que ce soit… C’est aussi la raison pour laquelle les Ă©lites d’un temps chutent et que d’autres leur succèdent ; les chefs sont remplacĂ©s lorsque la diffĂ©rence entre eux et ceux qu’ils mènent a atteint un seuil critique.

Or, en quoi la base sur laquelle ces chefs reposent, donc les classes sociales qui leur sont infĂ©rieures, peut-elle changer, puisque le genre humain n’a pas changĂ© depuis qu’il est tel que nous le connaissons ? S’il n’a pas changĂ© dans le fond, la mentalitĂ© de certaines sociĂ©tĂ©s et quelques circonstances ont permis des changements de rĂ©gime sur fond de rĂ©volution. Ceux qui n’ont rien eu dans leur vie, de leur naissance Ă  leur dĂ©cès, n’ont gĂ©nĂ©ralement pas tendance Ă  se rebeller car ils trouvent cet Ă©tat des choses normal, puisqu’il a toujours Ă©tĂ© le leur. La frustration qui mène Ă  l’envie de rĂ©bellion apparaĂ®t lorsqu’une part significative de la qualitĂ© de vie a Ă©tĂ© enlevĂ©e, ou qu’il devient si pĂ©nible pour la survie des classes les plus pauvres que la rĂ©volte est le dernier recours auquel leur corps puisse faire appel ; c’est une consĂ©quence de l’accumulation de connaissances par le genre humain : les savoirs acquis et exploitĂ©s servent souvent Ă  vivre mieux tout en travaillant moins pĂ©niblement, et il ne peut y avoir de retour en arrière sans rĂ©sistance. Alors est rassemblĂ©e la condition principale Ă  l’Ă©tablissement d’une base populaire nĂ©cessaire aux Ă©ventuels intellectuels, gĂ©nĂ©raux et oligarques mĂ©contents du système, qui pourront prĂ©tendre le renverser.

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Donc, pour en revenir Ă  la symbolique de la pyramide du billet d’un dollar ; il est impossible qu’un Ĺ“il surmontant une pyramide de briques ne devienne lui-mĂŞme l’Ă©quivalent spirituel d’une de ces briques. Pour que cet Ĺ“il puisse rester digne de ce qu’il reprĂ©sente, il faudrait que toutes les briques soient remplacĂ©es par des yeux. Peut-ĂŞtre les partisans d’une telle croyance en la supĂ©rioritĂ© de l’Ă©lite dirigeante n’ont-ils pas conscience de l’ineptie de ce paradoxe, trop enfoncĂ©s dans un Ă©goĂŻsme rĂ©sultant de leur bassesse spirituelle. Il est vrai que l’on a occultĂ© de tous temps les indescriptibles richesses de la plus puissante facultĂ© de l’Homme, la spiritualitĂ©. Pourtant, tout a Ă©tĂ© dit sur ce sujet depuis l’aube de la civilisation, l’Égypte ayant Ă©tĂ© la plus complète dans ce domaine.

Cependant, plus les progrès matĂ©riels se sont multipliĂ©s, et plus l’importance de la spiritualitĂ© a diminué ; le sens des analogies et mĂ©taphores tirĂ©s des mythologies et des symboles fut si dĂ©voyĂ© qu’elles finirent par ne plus avoir de sens du tout, empĂŞtrĂ©es dans le grotesque et l’absurde, prĂ©lude de la disparition de la religion Ă  laquelle elles appartenaient. En gĂ©nĂ©ral, une nouvelle religion succĂ©dait ; par exemple, le christianisme a pu s’imposer et remplacer les dieux romains parce que plus personne dans l’Empire n’avait de foi dans les mythes romains, dĂ©nuĂ©s de tout sens si on les lisait au sens propre, et ne rendait plus de culte qu’Ă  l’empereur par obligation. Le christianisme a alors joui de la plus grande crĂ©dibilitĂ©, jusqu’Ă  ce qu’il la perde progressivement en allant de corruption en corruption, pour finir par ĂŞtre dĂ©trĂ´nĂ© par une Science de plus en plus respectĂ©e grâce Ă  ses explications indiscutables de toute une sĂ©rie de phĂ©nomènes. Or, comme le disait si bien Rabelais : « Science sans Conscience n’est autre que ruine de l’âme ». Dire que la foi sans la raison serait ruine de l’âme serait tout aussi vrai.

Il se trouve que nous avons passĂ© notre histoire dans ce dĂ©sĂ©quilibre ; l’obscurantisme religieux et l’obscurantisme matĂ©rialiste se sont relayĂ©s sans cesse. Une sociĂ©tĂ© Ă  qui il manque soit l’intelligence spirituelle soit l’intelligence pragmatique souffre d’une cruelle imperfection. Il est vrai qu’atteindre un stade oĂą l’on peut concilier en dose suffisante les deux faces de la pièce demande autant d’une intelligence que de l’autre, ce qui n’est pas Ă  la portĂ©e de tout le monde. Ceux qui ont l’une n’ont gĂ©nĂ©ralement pas l’autre, et la catĂ©gorie des masses n’a ni l’une ni l’autre. Mais, si les lois les plus inexorables de ce monde ont Ă©tabli que rien ne pouvait ĂŞtre parfait ici bas, les dirigeants pourraient toujours prĂ©tendre rendre leur sociĂ©tĂ© aussi parfaite que possible.

Certes, si le sens rationnel et puissant de la spiritualitĂ© n’a jamais pu ĂŞtre compris des masses, et que seuls des mythes incohĂ©rents et vulgairement ravalĂ©s Ă  une conception matĂ©rielle furent Ă  leur portĂ©e, il n’en est pas moins que les dirigeants de tous temps n’ont jamais ignorĂ© que la religion pouvait reprĂ©senter un formidable outil de manipulation et d’asservissement des masses. Ils ont donc abusĂ© de l’incomprĂ©hension de l’opinion publique pour transformer le domaine de la spiritualitĂ©, libre d’accessibilitĂ© et dĂ©pourvu de toute intolĂ©rance, en religion, fondĂ©e sur une doctrine et Ă©rigĂ©e en pilier du fonctionnement de l’État, ce qui n’a pu que lui donner un rĂ´le plus temporel (politique) que spirituel dans la sociĂ©tĂ© jusqu’Ă  la sĂ©paration entre l’État et le clergĂ© (1905 en France, jamais advenu aux États-Unis), ce qui n’empĂŞche pas le Vatican de continuer de jouer un rĂ´le politique incontestable dans certaines affaires.

Donc, nous pouvons nous demander comment rĂ©agirait le public si on lui servait, de bonne foi, une vraie spiritualitĂ© qui soit irrĂ©prochable dans sa logique et dans son approche des rĂ©alitĂ©s du monde, ce qui la rendrait alors conciliable avec la Science puisqu’elle serait une science en elle-mĂŞme. Sans doute, pour autant que cela ne tourne pas Ă  nouveau Ă  la dĂ©rive religieuse, cela ne pourrait-il avoir que des rĂ©sultats positifs, et contribuerait Ă  trouver, autant que possible, un Ă©quilibre entre Science et Conscience au sein de la sociĂ©tĂ©. C’est en cela qu’Ă  mon sens, la seule rĂ©volution qui puisse vĂ©ritablement aider le XXIe siècle est d’ordre spirituel.

Or, de majestueux ouvrages oĂą tout est dit sur le domaine de la spiritualitĂ© existent depuis très longtemps, et la plupart des occultistes des XVIII et XIX siècles n’ont fait que redire ce qui avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dit en s’inspirant d’anciens Ă©crits. Le problème est qu’il n’est pas toujours des plus Ă©vidents de trouver l’une de ces perles qui constitue une pièce maĂ®tresse du sujet. La version retraduite du SĂ©pher de MoĂŻse par Fabre d’Olivet (1767-1825), Ă©crivain, philologue et occultiste français qui avait fourni de remarquables efforts pour s’approprier toutes les subtilitĂ©s de la langue hĂ©breuse est des plus marquantes, car elle offre un contraste choquant avec la grossière version biblique de la Genèse. Nous consacrerons la deuxième partie de cet article à la publication et Ă  l’explication des passages les plus importants et accessibles de la comparaison entre ces deux versions. Pour ce qui est des commentaires, je m’aiderai de ceux dont Claude Le Moal fait part dans son livre « La vĂ©ritable histoire d’Adam et Ăve enfin dĂ©voilĂ©e ». En avant-goĂ»t de la suite, je place ci-dessous un extrait de l’Évangile de Matthieu qui exprime clairement l’hypocrisie des classes dirigeantes, phĂ©nomène inhĂ©rent aux sociĂ©tĂ©s humaines:

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Évangile selon Matthieu :

23.1.‭ ‬Alors JĂ©sus,‭ ‬parlant Ă  la foule et Ă  ses disciples,‭ ‬dit :‭ «‬ Les scribes et les Pharisiens sont assis dans la chaire de MoĂŻse.‭ ‬Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent ‭; ‬mais n’agissez pas selon leurs Ĺ“uvres.‭ ‬Car ils disent,‭ ‬et ne font pas.‭

23.4.‭ ‬Ils lient des fardeaux pesants,‭ ‬et les mettent sur les Ă©paules des hommes,‭ ‬mais ils ne veulent pas les remuer du doigt.‭ ‬Ils font toutes leurs actions pour ĂŞtre vus des hommes.‭ ‬Ainsi,‭ ‬ils portent de larges phylactères,‭ ‬et ils ont de longues franges Ă  leurs vĂŞtements ‭; ‬ils aiment la première place dans les festins,‭ ‬et les premiers sièges dans les synagogues ‭; ‬ils aiment Ă  ĂŞtre saluĂ©s dans les places publiques,‭ ‬et Ă  ĂŞtre appelĂ©s par les hommes Rabbi,‭ ‬Rabbi.‭ ‬Mais vous,‭ ‬ne vous faites pas appeler Rabbi ‭; ‬car quiconque s’Ă©lèvera sera abaissĂ©,‭ ‬et quiconque s’abaissera sera Ă©levĂ©.

23.14.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬scribes et pharisiens hypocrites ‭! ‬Parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux,‭ ‬vous n’y entrez pas vous-mĂŞmes,‭ ‬et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent y entrer.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬parce que vous dĂ©vorez les maisons des veuves,‭ ‬et que vous faites pour l’apparence de longues prières ‭; ‬à cause de cela,‭ ‬vous serez jugĂ©s plus sĂ©vèrement.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosĂ©lyte ‭; ‬et quand il l’est devenu,‭ ‬vous en faites un fils de la gĂ©henne deux fois plus que vous.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬conducteurs aveugles,‭ ‬qui dites :‭ «‬ Si quelqu’un jure par le temple,‭ ‬ce n’est rien ‭; ‬mais si quelqu’un jure par l’or du temple,‭ ‬il est engagé ‭»‬.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬parce que vous payez la dĂ®me de la menthe,‭ ‬de l’aneth et du cumin,‭ ‬et que vous laissez ce qui est plus important dans la Loi :‭ ‬la justice,‭ ‬la misĂ©ricorde et la fidĂ©litĂ©.‭ ‬C’est lĂ  ce qu’il fallait pratiquer,‭ ‬sans nĂ©gliger les autres choses.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat,‭ ‬et qu’au-dedans ils sont pleins de rapine et d’intempĂ©rance.‭

23.26.‭ ‬Pharisien aveugle ‭! ‬Nettoie premièrement l’intĂ©rieur de la coupe et du plat,‭ ‬afin que l’extĂ©rieur aussi devienne net.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬scribes et pharisiens hypocrites,‭ ‬parce que vous ressemblez Ă  des sĂ©pulcres blanchis,‭ ‬qui paraissent beaux au dehors,‭ ‬et qui,‭ ‬au-dedans,‭ ‬sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretĂ©s.‭ ‬Vous,‭ ‬de mĂŞme,‭ ‬au dehors vous paraissez justes aux hommes,‭ ‬mais au-dedans,‭ ‬vous ĂŞtes pleins d’hypocrisie et d’iniquitĂ©.‭ ‬Serpents,‭ ‬race de vipères ‭! ‬Comment Ă©chapperez-vous au châtiment de la gĂ©henne ‭?

23.34.‭ ‬C’est pourquoi,‭ ‬voici,‭ ‬je vous envoie des prophètes,‭ ‬des sages et des scribes.‭ ‬Vous tuerez et crucifierez les uns,‭ ‬vous battrez de verges les autres dans vos synagogues,‭ ‬et vous les persĂ©cuterez de ville en ville,‭ ‬afin que retombe sur vous tout le sang innocent rĂ©pandu sur la terre,‭ ‬depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie,‭ ‬fils de Barachie,‭ ‬que vous avez tuĂ© entre le temple et l’autel.‭ ‬Je vous le dis en vĂ©ritĂ©,‭ ‬tout cela retombera sur cette gĂ©nĂ©ration.‭

La deuxième partie est disponible ici.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

mai 18 2009

La stratégie de Benoît XVI: « Une croisade pour le Nouvel Ordre Mondial »

Régis Mex, Mecanopolis

Suite aux divers Ă©vĂ©nements en provenance du Vatican, que ce soit la polĂ©mique autour des propos de BenoĂ®t XVI dĂ©courageant l’utilisation du prĂ©servatif ou son voyage auprès des communautĂ©s juives et musulmanes en Terre Sainte, il m’a paru intĂ©ressant de reprendre quelques informations visant Ă  cerner la stratĂ©gie du Vatican. Bien sĂ»r, il n’est aucunement dans mon intention de critiquer la religion en elle-mĂŞme, mais bien la politique (car c’est bien de cela qu’il s’agit) que mènent ses reprĂ©sentants par son biais.

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Christian Terras, catholique de 56 ans qui avait notamment dĂ©noncĂ© l’affaire des prĂŞtres pĂ©dophiles en Suisse, est le poil Ă  gratter du Vatican depuis maintenant 15 ans. Directeur de la revue progressiste «Golias», il explique ce qui sous-tend, selon lui, les propos de BenoĂ®t XVI:

« BenoĂ®t XVI propose un idĂ©al sectaire et totalitaire si l’on met en parallèle cette morale catholique en tant que telle et la situation africaine. Ce n’est malheureusement pas nouveau. L’an dernier, les ONG humanitaires catholiques ont Ă©tĂ© rĂ©unies Ă  Rome. Le Vatican voulait peser contre les campagnes qui font du prĂ©servatif un passage obligĂ©. Il faut lire cette volontĂ© dans le sens du message de BenoĂ®t XVI dans l’avion. Il ne veut pas tomber dans la mĂ©canisation Ă©thique du prĂ©servatif. »

3409248794_7857c359b0« Cela commence Ă  bien faire; depuis quatre ans, il y a une accumulation de gaffes. Sur les musulmans Ă  Ratisbonne, sur les Nazis Ă  Auschwitz, une «bande de criminels», sur les peuples d’AmĂ©rique du Sud qui n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s de manière violente… Puis la levĂ©e des excommunications des Lefebvristes, en janvier dernier, dont le nĂ©gationniste Williamson, et enfin l’excommunication par un prĂ©lat brĂ©silien d’une mère qui a fait avorter sa fille de 9 ans, violĂ©e par son beau-père et enceinte de lui, qu’il a approuvĂ©… »

« Il y a autre chose derrière l’irresponsabilitĂ© de ces dĂ©clarations. Il agit en fait dans le cadre d’une stratĂ©gie concertĂ©e. Il est en croisade pour un nouvel ordre mondial. Une croisade contre ce que BenoĂ®t XVI appelle le relativisme, une stratĂ©gie concertĂ©e contre le monde moderne et ses Ă©volutions en matière de famille, de bioĂ©thique, de santĂ© (le dĂ©bat sur l’euthanasie). Or, BenoĂ®t XVI n’a de cesse de remonter le temps, d’instrumentaliser la tradition chrĂ©tienne, la loi naturelle et Saint Thomas d’Aquin par exemple. Depuis plusieurs dĂ©cennies, les mĂ©decins chrĂ©tiens avaient commencĂ© Ă  faire bouger les lignes sur le prĂ©servatif. Un certain nombre d’Ă©vĂŞques avaient fait montre de pragmatisme: si le prĂ©servatif peut permettre de sauver des vies, bon… Mais Josef Ratzinger, lorsqu’il Ă©tait prĂ©fet de la congrĂ©gation et garant de l’orthodoxie romaine, avait mis Ă  mal ce travail progressiste, en faisant condamner 1.000 thĂ©ologiens, dont 200 thĂ©ologiens moralistes selon mes recherches. L’Eglise a laminĂ© toute la pensĂ©e thĂ©ologique qui travaillait sur une nouvelle morale catholique moderne et adaptĂ©e, en prenant en compte les progrès de la science, de l’anthropologie, le statut de la femme. C’est une stratĂ©gie suicidaire, je pense qu’il est dangereux. »

Les propos polĂ©miques sur l’usage du prĂ©servatif font donc partie, en fait, d’une stratĂ©gie de communication qui vise une certaine fortification de l’identitĂ© de l’Église, une certaine radicalisation. Ce qui est paradoxal, c’est l’ouverture que semble pourtant pĂ©riodiquement accorder BenoĂ®t XVI aux autres religions. Lors de son voyage en Jordanie, le Pape a effectivement prĂ©cisĂ© : « Nous pouvons dire que ces prĂ©cieuses initiatives ont obtenu de bons rĂ©sultats en favorisant la promotion d’une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman mettant en Ă©chec les prĂ©dications de ceux qui considèrent inĂ©vitables la violence et les conflits.» Il est indiscutable qu’Ă  l’heure oĂą les tensions entre communautĂ©s judĂ©o-chrĂ©tiennes et musulmanes sont grandes, l’initiative de BenoĂ®t XVI va dans le bon sens puisqu’elle s’inscrit dans la recherche d’une rĂ©conciliation. Cependant, il pourrait se cacher quelque chose de moins noble derrière cette volontĂ© de promouvoir « une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman ». Dans ces temps de mondialisme effrĂ©nĂ©, il n’est pas impossible que le mot « alliance » soit lourd de nuances. Pour se faire une meilleure idĂ©e sur la portĂ©e de ce terme, il faut se rĂ©fĂ©rer Ă  un extrait d’un ancien discours de NoĂ«l du Pape:

Le 24 dĂ©cembre 2005, BenoĂ®t XVI a dĂ©livrĂ© son message de NoĂ«l : « La force vivifiante de sa lumière (de Dieu) t’encourage Ă  t’engager dans l’Ă©dification d’un Nouvel Ordre Mondial, fondĂ© sur de justes relations Ă©thiques et Ă©conomiques. Que son amour guide les peuples et Ă©claire leur conscience commune d’ĂŞtre une famille appelĂ©e Ă  construire des relations de confiance et de soutien mutuel. L’humanitĂ© unie pourra affronter les problèmes nombreux et prĂ©occupants du monde prĂ©sent.»

Les propos du supĂ©rieur gĂ©nĂ©ral de l’Ordre des JĂ©suites, surnommĂ© le « Pape Noir », Peter-Hans Kolvenbach, n’en sont pas moins intriguants. Dans un discours tenu en 1997, ce prince de l’Église a rĂ©affirmĂ© la nĂ©cessitĂ© de l’unitĂ© dans des termes proches de l’ĂŠtre suprĂŞme : « L’homme de foi est intimement convaincu que l’histoire de l’union humaine peut ĂŞtre Ă©crite en collaboration avec le Seigneur de l’Histoire. L’Ă©chec de la tour de Babel n’est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phĂ©nomène pentecostal oĂą chacun, avec ses particularitĂ©s, se fait communion avec l’esprit.»

Mais les propensions de l’Église envers le Nouvel Ordre Mondial ne s’arrĂŞtent pas lĂ . Le rapport aux Ă©vĂŞques de la COMECE (Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne) intitulĂ© « Gouvernance mondiale: Notre responsabilitĂ© pour que la mondialisation devienne une opportunitĂ© pour tous», contient, entre autre, les lignes suivantes:

« Nous accueillons chaleureusement ce rapport, plus particulièrement, au nom de la Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne (COMECE) dont la tâche est de surveiller et de commenter la politique de l’Union europĂ©enne. Une conclusion clĂ© du texte suivant est que l’UE, Ă©tant donnĂ© sa genèse, son architecture, la comprĂ©hension qu’elle a d’elle-mĂŞme, ainsi que ses responsabilitĂ©s dans des domaines politiques comme le commerce, la concurrence et la coopĂ©ration au dĂ©veloppement, a un rĂ´le crucial Ă  jouer dans la transformation de l’ordre international existant en un système de gouvernance mondiale . Nous considĂ©rons que l’Union europĂ©enne est un modèle pionnier d’intĂ©gration rĂ©gionale et qu’elle constitue un exemple pour l’avenir de la gouvernance dans de nombreuses autres rĂ©gions du monde, malgrĂ© son expĂ©rience encore naissante et donc, contingente, dans certains domaines politiques. Nous espĂ©rons que ce rapport contribuera Ă©galement Ă  ranimer la rĂ©flexion et le dĂ©bat public sur la signification profonde de l’intĂ©gration europĂ©enne.»

« Les Ă©conomies ouvertes ne tiendront pas sans la volontĂ© des Etats de s’ouvrir Ă©galement sur le plan politique. Dans un monde marquĂ© par une interdĂ©pendance croissante, l’Union europĂ©enne est un exemple unique et convaincant d’un système de gouvernance basĂ© sur la coopĂ©ration politique supranationale et multilatĂ©rale. En outre, la volontĂ© politique d’aboutir Ă  un système de gouvernance mondiale et de le maintenir doit ĂŞtre soutenue par des convictions et des valeurs fermes.»

« L’ implication des Eglises et des autres communautĂ©s religieuses, des ONG et des entreprises privĂ©es, ainsi que des Etats et des blocs rĂ©gionaux dans la gouvernance mondiale: Les Eglises et les autres religions peuvent s’informer et informer leurs fidèles sur les dĂ©fis globaux et les encourager Ă  prendre leurs responsabilitĂ©s. Les problèmes de la gouvernance mondiale doivent ĂŞtre inclus dans des programmes d’enseignement et de catĂ©chèse. Les Eglises pourraient faire du thème de la gouvernance mondiale un sujet de dialogue oecumĂ©nique et interreligieux. Au sein de l’Eglise catholique, par exemple, le rĂ©seau d’universitĂ©s, les commissions â€Justice et Paix’ et les «Semaines sociales» pourraient ĂŞtre une ressource Ă  utiliser fidèles Ă  leurs mandats initiaux pour contrĂ´ler et analyser les dĂ©veloppements.»

Ă la lumière de ceci, les motivations mondialistes de l’Église nous apparaissent clairement, tout comme le fait que cette mĂŞme Église outrepasse le cadre purement spirituel dans lequel son pouvoir est censĂ© ĂŞtre restreint pour s’immiscer dans le domaine temporel, politique. Parmi les plus influentes personnalitĂ©s du Vatican règne donc une corruption manifeste, qui explique sans doute pourquoi les Ă©lites ecclĂ©siastiques oeuvrent de temps Ă  autres pour le rapprochement des communautĂ©s, et le reste du temps Ă  la solidification de leur identitĂ© propre. En effet, en ce qui concerne la radicalisation du christianisme, BenoĂ®t XVI mènerait sa propre politique, et serait influencĂ© par les pressions politiques qui sont exercĂ©es au sein du Vatican de sorte Ă  appuyer le mondialisme de temps Ă  autre, en donnant Ă  ce courant une touche religieuse qui permet de le faire d’autant mieux passer dans les pensĂ©es des croyants qui seront plus enclins Ă  considĂ©rer le mondialisme comme une bonne chose, voire Ă  le rendre inconsciemment acceptable au plus grand nombre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui ne sont de toute façon pas conscients de ce que reprĂ©sentent les dĂ©clarations du Pape sur le Nouvel Ordre Mondial.

En outre, bien que cela ne soit pas directement liĂ©, il n’est pas impossible que certains des reprĂ©sentants de notre Ă©lite occidentale veuillent encourager des mesures, dans les pays musulmans corrompus et dĂ©sireux de satisfaire les volontĂ©s de l’axe amĂ©ricano-europĂ©en, qui puissent rendre peu Ă  peu l’Islam assimilable Ă  l’esprit de consommation, tout comme le concile de Vatican II y avait contribuĂ© vis-Ă -vis du christianisme. En attestent les propos de Ralph Peters, auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratĂ©gie et des relations internationales:

« Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et MĂ©dine Ă©taient dirigĂ©s par un Conseil reprĂ©sentatif tournant issu des principales Ă©coles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un État sacrĂ© islamique – une sorte de super Vatican musulman – oĂą l’avenir de la foi serait dĂ©battu au lieu d’ĂŞtre arbitrairement fixĂ©. » Soit une sorte d’Islam des Lumières Ă©laborĂ© au cĹ“ur de cet État sacrĂ© islamique qui permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils Ă©pousent pleinement la philosophie mondialiste.

D’autres Ă©lĂ©ments contribuent Ă  renforcer le rĂ´le de la religion chrĂ©tienne en l’utilisant Ă  des fins politiques. Les actions en ce sens de Nicolas Sarkozy sont particulièrement connues parce qu’elles sont en dĂ©saccord avec le statut laĂŻc de la France.

On ne peut effectivement s’empĂŞcher de penser que la croyance et l’espĂ©rance, dont Nicolas Sarkozy parle benoit-xvi-21avec constance, sont prĂ©cisĂ©ment les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. « Pas de pouvoir sans croyance », disait Paul ValĂ©ry. L’exposition sans retenue de ses interrogations mĂ©taphysiques procède aussi de cette logique-lĂ . Qu’importent la rĂ©alitĂ© et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, Ă  laquelle les AmĂ©ricains sont habituĂ©s depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

Il a dĂ©taillĂ© ses convictions dans un livre, la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance » , paru en 2004, ouvrage qui s’insère dans une bibliographie dont les titres ont un Ă©trange parfum d’encyclique ou de prĂŞche Ă©sotĂ©rique : « Ensemble », « TĂ©moignage libre », « Au bout de la passion : l’Ă©quilibre ». Et s’il est vrai qu’un responsable politique Ă©crit gĂ©nĂ©ralement la biographie d’hommes auxquels il voudrait secrètement qu’on le compare, alors le titre de son ouvrage sur Georges Mandel, « Le Moine de la politique », laisse songeur.

Dès les premières pages de la RĂ©publique, tout est dit : « Je considère que, toutes ces dernières annĂ©es, on a surestimĂ© l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux et la question spirituelle ont Ă©tĂ© très largement sous-estimĂ©es.» On remarquera, en outre, que cette phrase opère un Ă©tonnant rapprochement entre le fait religieux, phĂ©nomène social qui ressort de la sphère publique, et la question spirituelle, en principe exclusivement privĂ©e, elle.

Explication de texte, par l’auteur : « Le fait religieux est un Ă©lĂ©ment primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrĂŞte pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laĂŻcitĂ©. Pas mĂŞme la vision d’une laĂŻcitĂ© indiffĂ©rente. Je crois au besoin religieux pour la majoritĂ© des femmes et des hommes de notre siècle. La place de la religion dans la France de ce dĂ©but de troisième millĂ©naire est centrale. »

Il faut Ă©voquer la rĂ©ception, en grande pompe, au ministère des Finances, de l’acteur Tom Cruise, dont personne n’ignorait alors qu’il Ă©tait le porte-parole de la scientologie.

Il faut lire Sarkozy, toujours dans la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance », lorsqu’il reconnaĂ®t « la lĂ©gitimitĂ© de certaines des nouvelles religiositĂ©s », estimant que le mot secte « est parfois utilisĂ© abusivement contre des mouvements spirituels nouveaux ». Nouveau mouvement spirituel, ce qualificatif est prĂ©cisĂ©ment celui dont se rĂ©clame la scientologie, secte pourtant parmi les plus dangereuses, aux dires mĂŞme des pouvoirs publics. Il est vrai, comme l’exprimera Nicolas Sarkozy, que les « sectaires » sont les autres, ceux qui ont fait de la laĂŻcitĂ© une « laĂŻcitĂ© de combat ». InquiĂ©tant dĂ©voiement du sens des mots.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

avr 29 2009

Ă€ quoi joue-t-on avec l’immigration ?

Petit historique de l’immigration en France:

« En France, l’immigration est très ancienne. Elle a surtout concernĂ© des personnes des classes supĂ©rieures jusqu’Ă  la RĂ©volution industrielle, venant notamment dans l’entourage des souverains. L’immigration de travailleurs se fait en rĂ©ponse au malthusianisme des Français, sensible dès le milieu du XVIIIe siècle et les vagues d’immigration nombreuses suivent les phases de croissance Ă©conomique : 1850-1873 (1,5 million de personnes), 1896-1930 (2,5 millions de personnes) et 1945-1975 (4 millions de personnes), soit 25 fois plus que durant les « Grandes Invasions » de la fin de l’AntiquitĂ© et du haut Moyen Ă‚ge.

 

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Du milieu du XIXe siècle Ă  1914, les immigrĂ©s sont originaires des pays limitrophes de la France; principalement de Belgique et d’Italie, qui constituent les deux tiers des immigrants, mais aussi d’Allemagne, de Suisse et d’Espagne, qui constituent de 7% Ă  9% des immigrants en France alors qu’on compte moins de 5% de Britanniques, Russes et Austro-Hongrois et que la part des Ă©trangers non europĂ©ens est quasiment nulle. Le recensement de 1851 est le premier Ă  faire apparaĂ®tre la catĂ©gorie « Ă©tranger » qui reprĂ©sente alors 1% de la population totale, 2 % vers 1872. Les Belges reprĂ©sentent 40% de cette immigration.

Durant l’Entre-deux-guerres, les Italiens constituent le groupe le plus important, alors que l’immigration des Belges, des Suisses et des Allemands s’attĂ©nue et que celle des Espagnols (rĂ©fugiĂ©s) et des Polonais s’intensifie. Ces derniers prĂ©sentent une nouveautĂ© : ils ne viennent pas d’un pays frontalier. La Seconde Guerre mondiale provoque de nombreux dĂ©parts, environ 300 000 Ă©trangers quittent la France entre septembre 1939 et juin 1940.

Après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’Ă  la fin des annĂ©es 1960, les tendances prĂ©citĂ©es se maintiennent alors que l’immigration en provenance du Portugal puis du Maghreb et de l’Afrique noire s’intensifie. En 1970, l’immigration connaĂ®t une forte croissance non europĂ©enne et maghrĂ©bine. En 1975, les AlgĂ©riens sont le second groupe d’Ă©trangers le plus important en France, avec un taux de 20% des immigrants.

Après une pĂ©riode au cours de laquelle les pouvoirs publics favorisent l’immigration afin de satisfaire aux besoins de l’Ă©conomie française dans les annĂ©es 1960, la crise Ă©conomique des annĂ©es 1970 les pousse Ă  mettre en place un contrĂ´le des flux migratoires. Ainsi les circulaires Marcellin – Fontanet, en 1972, lient l’attribution d’une carte de sĂ©jour Ă  la possession d’un titre de travail et limitent les rĂ©gularisations. ValĂ©ry Giscard d’Estaing, nouveau prĂ©sident de la RĂ©publique, stoppe les nouvelles immigrations, sauf les regroupements familiaux qui formeront dĂ©sormais la plus grande partie de l’immigration lĂ©gale. Il propose Ă©galement une prime au retour (le « million StolĂ©ru »). En 1980, la loi Bonnet, qui durcit les conditions d’entrĂ©e sur le territoire français et facilite l’expulsion des immigrĂ©s clandestins, dĂ©clenche des grèves de la faim et doit ĂŞtre partiellement suspendue.

En 1981, le nouveau pouvoir socialiste procède Ă  une rĂ©gularisation massive d’immigrĂ©s en situation irrĂ©gulière, assouplit les conditions de sĂ©jour des immigrĂ©s en annulant la loi Bonnet et supprime la prime d’aide au retour. Trois ans plus tard, la loi 84-622 instaure un titre unique de sĂ©jour de dix ans, dissociĂ© du titre de travail. Dans le mĂŞme temps le gouvernement propose Ă  nouveau une aide Ă  la rĂ©insertion des travailleurs Ă©trangers dans leur pays d’origine.

Lors du changement de pouvoir en 1986, le ministre de l’IntĂ©rieur, Charles Pasqua, fait adopter par le Parlement la loi n° 86-1025 du 9 septembre 1986, relative aux conditions d’entrĂ©e et de sĂ©jour des Ă©trangers en France, qui restreint l’accès Ă  la carte de rĂ©sident et facilite les expulsions d’Ă©trangers en situation illĂ©gale. Le 8 octobre, l’expulsion de 101 Maliens dĂ©clenche une vague de protestations. En 1988, l’Office national d’immigration devient l’Office des migrations internationales (en 2005 ses attributions sont reprises par l’Agence nationale d’accueil des Ă©trangers et des migrations (ANAEM).

En 1989, la loi Pasqua est en partie adoucie. Le premier ministre, Michel Rocard, dĂ©clare l’annĂ©e suivante que « la France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais il faut qu’elle y prenne sa part ». Le gouvernement crĂ©e le Haut conseil Ă  l’intĂ©gration, organisme consultatif.

Pendant l’Ă©tĂ© 1996, des manifestations en faveur de la rĂ©gularisation des Ă©trangers en situation irrĂ©gulière (que leurs dĂ©fenseurs appellent « sans-papiers ») aboutissent Ă  l’occupation de plusieurs bâtiments publics. En aoĂ»t, la police expulse par la force des Africains qui occupent l’Ă©glise Saint-Bernard, Ă  Paris. En avril 1997, la loi DebrĂ© est abrogĂ©e après un mouvement soutenu notamment par des rĂ©alisateurs de cinĂ©ma.

Peu après, le nouveau gouvernement de Lionel Jospin lance un nouveau processus de rĂ©gularisation d’Ă©trangers en situation irrĂ©gulière.
D’après le premier rapport annuel de la Commission europĂ©enne sur la migration et l’intĂ©gration, il est difficile d’obtenir une estimation fiable de la contribution budgĂ©taire nette des immigrants, bien que les immigrants soient soumis aux mĂŞmes obligations fiscales que les Français. Dans son ouvrage le Creuset français (publiĂ© en 1988, mis Ă  jour en 2006), GĂ©rard Noiriel indique, en se basant notamment sur les travaux de Georges Mauco (1977), que les immigrĂ©s ont depuis la deuxième Guerre mondiale construit 90% des autoroutes françaises, une machine sur sept, et un logement sur deux.

Yves-Marie Laulan, Ă©conomiste et prĂ©sident de l’Institut de gĂ©opolitique des populations, estime le coĂ»t annuel de l’immigration en France Ă  36 milliards d’euros (soit l’Ă©quivalent de 80% du dĂ©ficit public annuel). Son Ă©tude, qui prend en compte le diffĂ©rentiel entre les recettes et les dĂ©penses apportĂ©es par les immigrĂ©s s’appuie notamment sur les travaux des professeurs d’Ă©conomie Jacques Bichot et GĂ©rard Lafay avec comme donnĂ©es principales les dĂ©penses en maintien de l’ordre, de la justice, frais de scolaritĂ©, de santĂ©, formation professionnelle, logement, coĂ»ts supplĂ©mentaires dans les quartiers dits « sensibles », les aides sociales diverses ou le regroupement familial.

Selon une autre Ă©tude de Jacques Bichot pour l’Institut Thomas More, ce coĂ»t serait de 24 milliards d’euros pour l’annĂ©e 2005.
Ces calculs rejoignent en partie ceux plus anciens de Maurice Allais, « prix Nobel » d’Ă©conomie 1988. Celui-ci a calculĂ© que, lorsqu’un travailleur immigrĂ© entre dans un pays, il faut consacrer une Ă©pargne quatre fois supĂ©rieure Ă  son salaire annuel pour construire les Ă©quipements (Ă©cole, logement, hĂ´pital…) dont il a besoin, charge relevant en France de la collectivitĂ©. »

Tiré de Wikipédia

« L’effondrement dĂ©mographique de l’Europe

La population de l’Union europĂ©enne Ă  quinze membres, avant l’Ă©largissement de 2004, se caractĂ©risait dĂ©jĂ  comme Ă©tant la population la plus âgĂ©e du monde. En 2004, la part des enfants et jeunes âgĂ©s de moins de vingt ans est infĂ©rieure Ă  celle des personnes âgĂ©es de plus de soixante ans. Cette situation est rĂ©vĂ©lĂ©e plus encore par la comparaison du rapport dit de vieillissement dĂ©mographique par zone rĂ©gionale.

Ce rapport est Ă©gal au quotient de la « post fĂ©conditĂ© » sur la « prĂ© fĂ©conditĂ© », soit le nombre de seniors (personnes âgĂ©es de plus de cinquante ans) sur le nombre d’enfants et jeunes âgĂ©s de moins de vingt ans. Pour l’Union europĂ©enne des Quinze – avant l’Ă©largissement donc – ce rapport Ă©tait de 1,5 et, si l’on examine le dĂ©tail du vieillissement par nation, les situations les plus graves sont celles de l’Italie (1,85) et de l’Allemagne (1,7) tandis que la France affiche un rapport de 1,28, donc infĂ©rieur Ă  la moyenne europĂ©enne. Autrement dit, pour les Quinze, la « vieillesse » est dĂ©jĂ  Ă  50 % plus prĂ©sente que la « jeunesse » et pour certains pays, comme l’Italie et l’Allemagne, on tend vers les 2 « seniors » pour 1 jeune.

Regardons ce chiffre en AmĂ©rique du Nord, dans l’espace ALENA. Le rapport y est de 0,74 : ce qui signifie que les personnes âgĂ©es de moins de vingt ans sont plus nombreuses encore que celles de plus de cinquante. La dĂ©mographie nord-amĂ©ricaine est donc beaucoup moins dĂ©clinante que celle de l’Europe.

Quant aux zones Ă©conomiquement Ă©mergentes comme l’Inde et la Chine, leur entrĂ©e dans le vieillissement est bien plus rĂ©cente que la nĂ´tre ; la jeunesse y reste nombreuse : en Chine il y a presque deux fois plus de jeunes de moins de vingt ans que de personnes de plus de cinquante (le rapport est de 0,58); trois fois plus en Inde (rapport de 0,34). Enfin, le record de jeunesse est affichĂ© par les pays musulmans (très contrastĂ©e cependant entre les mondes arabe, turc, asiatique et africain) dont le rapport de vieillissement dĂ©mographique est de 0,22 (soit une « jeunesse » cinq fois plus reprĂ©sentĂ©e que les seniors).

L’effondrement de la fĂ©conditĂ© est un phĂ©nomène qui touche le monde entier, Ă  l’exception toutefois de l’Afrique subsaharienne qui n’est pas encore entrĂ©e dans le processus d’inversion de la pyramide des âges. Mais si le monde entier (sauf l’Afrique noire donc) se trouve dans le processus d’inversion de cette pyramide, il est important de souligner que ce sont les EuropĂ©ens qui y sont entrĂ©s les premiers. Or dans l’histoire, le dĂ©calage temporel entre les diffĂ©rentes aires gĂ©ographiques est dĂ©cisif, car les flux de migrations vont depuis toujours des zones les plus jeunes vers les zones les plus âgĂ©es. C’est l’excĂ©dent dĂ©mographique europĂ©en, Ă  la sortie du Moyen Age, qui a provoquĂ© le repeuplement du continent amĂ©ricain Ă  partir du XVIème siècle. IntĂ©ressons-nous donc Ă  ce dĂ©calage temporel entre zones gĂ©ographiques. L’inversion de la pyramide des âges signifie que la part des plus de soixante ans devient supĂ©rieure Ă  celle des moins de vingt ans. Dès 1965, la Suède est entrĂ©e dans l’inversion ; l’ensemble de l’Union au dĂ©but des annĂ©es 1980, la Russie en 1995, l’ALENA et la Chine devraient y entrer autour de 2010, l’Afrique du Nord autour de 2030 et l’ensemble du monde musulman au dĂ©but des annĂ©es 2040.

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L’Union europĂ©enne est donc bien confrontĂ©e Ă  un dĂ©fi dĂ©mographique d’importance majeure : sa propre survie est en jeu car elle dĂ©jĂ  « vieille » au moment oĂą tous ses autres concurrents gĂ©opolitiques sont encore « jeunes ».

L’explication de ce vieillissement accĂ©lĂ©rĂ© ne rĂ©side toutefois pas seulement dans l’allongement de la durĂ©e de la vie, consĂ©quence du dĂ©veloppement matĂ©riel de l’Occident. Pour large partie, elle rĂ©sulte d’un effondrement de la natalitĂ©. Sur les vingt-cinq pays de l’Union Ă©largie, dix-sept (dont ceux d’Europe centrale) connaissent en effet des excĂ©dents de dĂ©cès par rapport aux naissances. Il y a trente ans, sur les territoires europĂ©ens correspondant Ă  l’Europe des Quinze et qui comptaient alors 330 millions d’habitants, le nombre annuel de naissances Ă©tait supĂ©rieur Ă  six millions. S’agissant des mĂŞmes pays, il s’est aujourd’hui effondrĂ©, passant de 6 Ă  4 millions, alors que la population europĂ©enne considĂ©rĂ©e croissait de 50 millions. Autre chiffre frappant : avec ses quelques 380 millions d’habitants, l’Union europĂ©enne des quinze pays d’avant l’Ă©largissement de 2004 n’avait pas plus de naissances que les Etats-Unis avec leurs 295 millions de citoyens ! Or l’Ă©largissement n’apporte aucune solution au problème de la dĂ©natalitĂ©. Bien au contraire, il l’aggrave. Chaque annĂ©e, l’Europe orientale perd 200 000 habitants. Et l’Union europĂ©enne, dans son ensemble, verra sa population dĂ©croĂ®tre d’ici 25 ans : de 458 millions d’habitants aujourd’hui, elle passera Ă  469,5 en 2025 (soit + 2%), puis Ă  468, 7 millions en 20304. La situation est encore pire au-delĂ  des frontières de la Grande Europe. La Russie, la BiĂ©lorussie et l’Ukraine ensemble perdent 1,2 millions d’habitants par an5.

C’est donc bien Ă  un phĂ©nomène de dĂ©peuplement massif de l’Europe par ses populations autochtones auquel nous assistons, la dĂ©natalitĂ© expliquant largement le vieillissement voire la rĂ©duction des populations.

Le repeuplement de l’Union par des populations extra-europĂ©ennes

Parallèlement au recul de ses populations de souche, l’Union europĂ©enne affronte depuis le dernier tiers du XXème siècle, un autre dĂ©fi majeur : l’Ă©tablissement en masse sur les sols nationaux de populations d’origine extra-europĂ©enne. Très logiquement, les migrants viennent compenser (pour partie) le dĂ©peuplement europĂ©en. Deux aires gĂ©ographiques sont Ă  distinguer de ce point de vue au sein de l’Union : d’une part, la nouvelle Europe, celle de l’Elargissement, qui se dĂ©peuple Ă  grande vitesse et n’est que très peu concernĂ©e par les flux migratoires extra-europĂ©ens ; d’autre part, l’Europe occidentale – celle que l’on appelle parfois la « vieille Europe » mais qui n’a pas plus d’anciennetĂ© historique que la « nouvelle »…

Son accroissement naturel (soustraction des dĂ©cès aux naissances) n’est, pour quinze pays, que de + 400 000, tandis que son solde migratoire annuel est de l’ordre de + 1,6 millions de personnes. Autrement dit, l’immigration (lĂ©gale) est quatre fois plus importante que l’accroissement naturel des citoyens europĂ©ens (qui Ă©videmment ne sont pas uniquement des EuropĂ©ens de souche). Si l’immigration progresse 4 fois plus vite que l’accroissement naturel (lequel, faut-il encore le rĂ©pĂ©ter, comptabilise la natalitĂ© des immigrĂ©s arrivĂ©s les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes), on peut alors en conclure aisĂ©ment que la population europĂ©enne est en passe d’ĂŞtre remplacĂ©e, sur un temps historique relativement court, par des populations non europĂ©ennes.

Officiellement, selon Eurostat, l’Union des Quinze comptait 15 millions d’Ă©trangers extra europĂ©ens ne disposant pas de la citoyennetĂ© d’un pays membre. Ce qui reprĂ©sente environ 4% de la population de cet ensemble. Mais ce chiffre ne prend pas en compte les populations extra europĂ©ennes, très nombreuses, qui ont acquis la citoyennetĂ© de l’un des pays de l’Union. Nous ne disposons pas de chiffres sĂ»rs Ă  l’Ă©chelle europĂ©enne parce que, dans leurs statistiques officielles, plusieurs pays ne distinguent pas, une fois la nationalitĂ© acquise, les citoyens selon leur origine ethnique. Toujours est-il que l’on estime le nombre d’immigrĂ©s arrivant en France chaque annĂ©e entre 300 000 et 400 000.

ConsidĂ©rons le cas français, l’un des pays les plus concernĂ©s par les flux migratoires extra-europĂ©ens.  Nous disposons de chiffres rĂ©cents de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques). Officiellement, 9 % de la population de la France mĂ©tropolitaine8 est originaire du continent africain et d’Eurasie (Turquie). A eux seuls, ces 9 % assurent 16 % des naissances en France (qui donnent accès Ă  la nationalitĂ© française), soit 110 000 naissances. Une projection pour 2030 ouvre sur la perspective suivante : dans 25 ans, la France compterait 10 millions de rĂ©sidants lĂ©gaux d’origine extra-europĂ©enne, ce qui reprĂ©senterait 15 % de la population (on serait donc passĂ© de 9 % Ă  15 %) et 30 % des naissances. Autrement dit, au tiers de ce siècle, un tiers de la « future France » serait dĂ©jĂ  d’origine extra-europĂ©enne9. Dans ces conditions, il paraĂ®t assurĂ© qu’Ă  la fin du siècle, la population de France serait très majoritairement de souche extra-europĂ©enne, les derniers « Gaulois » Ă©tant en train de mourir… Selon Michèle Tribalat, dĂ©mographe Ă  l’Institut national d’Ă©tudes dĂ©mographiques (INED), près de 14 millions de Français avaient en 1999 un parent ou un grand-parent immigrĂ©, soit 23 % de la population. Dans « L’avenir du travail », paru en 2007, Jacques Attali nous dit : « Pour sauver les retraites, le 3ème choix consisterait Ă  accueillir 2 millions d’Ă©trangers par an entre 2020 et 2040, ce qui se traduirait par l’entrĂ©e sur notre sol de 93 millions d’immigrĂ©s; la France compterait alors 187 millions d’habitants dont 68% d’immigrĂ©s de première ou de deuxième gĂ©nĂ©ration.

Or, jusqu’Ă  prĂ©sent nous n’avons considĂ©rĂ© que l’immigration lĂ©gale, comptabilisĂ©e officiellement et soutenue par les « Etats providence » europĂ©ens.
L’immigration illĂ©gale est un phĂ©nomène qui pèse aussi Ă  cĂ´tĂ© de l’immigration lĂ©gale, et ceci de manière croissante puisqu’il s’accĂ©lère dans tous les pays europĂ©ens. En France, les autoritĂ©s arrĂŞtent en moyenne 10 000 clandestins par an et estiment qu’il ne s’agit lĂ  que d’un dixième environ des flux illĂ©gaux. Les optimistes penchent pour 100 000 entrĂ©es illĂ©gales par an, les pessimistes pour 300 000. Selon Maxime Tandonnet, spĂ©cialiste des flux migratoires au Ministère de l’IntĂ©rieur français, plus de 600 000 immigrĂ©s en situation irrĂ©gulière vivent en France en 2004.

Les facteurs d’amplification du phĂ©nomène

Pour quelles raisons, en effet, la pression migratoire du Sud sur l’Union europĂ©enne va-t-elle s’aggraver ? Comparons l’Ă©volution quantitative des populations de la rive Nord et de la rive Sud de la MĂ©diterranĂ©e. Sur la rive Nord nous rassemblons le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie et la Grèce ; sur la rive Sud, en faisant le tour du « boulevard pĂ©riphĂ©rique mĂ©diterranĂ©en », le Maroc, l’AlgĂ©rie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, la Turquie, les 4/5 de la population de Chypre, la Syrie, la Palestine, le Liban et la Jordanie. IsraĂ«l est mis Ă  part car c’est un pays d’accueil d’une forte immigration juive et très peu un pays source.

La rive Nord (europĂ©enne) compte aujourd’hui environ 180 millions d’habitants tandis que la rive Sud en compte 240 millions. En 2030, dans 25 ans, la rive Nord aura perdu – si l’on ne compte pas l’afflux d’immigrĂ©s extra-europĂ©ens qu’elle connaĂ®tra certainement – 6 millions d’habitants, tandis que la rive Sud dĂ©passera les 300 millions d’habitants16. Les dĂ©mographies italienne et espagnole connaĂ®tront un recul particulièrement terrible. On aura donc « face Ă  face », dans l’interface mĂ©diterranĂ©enne, deux fois plus de population au Sud qu’au Nord…

Or ce rĂ©servoir dĂ©mographique qui fait face aux rivages mĂ©diterranĂ©ens de l’Europe est caractĂ©risĂ© notamment par le plus fort taux d’Ă©migration du monde. Alors que la moyenne mondiale se situe Ă  2 % de la population (qui Ă©migre chaque annĂ©e), le taux de dĂ©part moyen en MĂ©diterranĂ©e est de 5 % de la population17. Taux supĂ©rieur Ă  la zone CaraĂŻbes et Ă  l’Asie. Traduisons cela en donnĂ©es quantitatives : depuis le dĂ©but des annĂ©es 1960, près de 20 millions des ressortissants des pays de la rive Sud ont Ă©migrĂ© (pas seulement vers l’Europe, mais aussi vers l’AmĂ©rique du Nord). Or cette rĂ©alitĂ© dĂ©mographique de la rive Sud doit ĂŞtre combinĂ©e avec les risques gĂ©opolitiques qui pèsent dans la rĂ©gion.

Le premier risque majeur est celui de l’Ă©volution des rĂ©gimes du monde mĂ©diterranĂ©en musulman vers l’islam politique (l’islamisme). La persistance du conflit israĂ©lo-palestinien, la prĂ©sence amĂ©ricaine en Irak, la collaboration de leurs gouvernements avec les Etats-Unis d’AmĂ©rique perçue par une très large majoritĂ© des Arabes d’Afrique du Nord comme du Levant comme une aliĂ©nation et une humiliation, l’absence de vĂ©ritable dĂ©veloppement socio-Ă©conomique au-delĂ  de marques Ă©videntes de croissance, tout ceci contribue Ă  faire le lit de l’islamisme. Quel est, dans ces conditions, le degrĂ© de soliditĂ© des rĂ©gimes de certains de ces pays ?

Deuxième phĂ©nomène Ă  prendre en compte : les consĂ©quences de la rĂ©volution Ă©conomique mondiale causĂ©e par l’Ă©mergence de l’Asie et notamment de la Chine. Sous pression croissante et pour rester compĂ©titives, les Ă©conomies europĂ©ennes risquent de connaĂ®tre un glissement vers l’Ă©conomie souterraine. DĂ©jĂ  10 % du PNB de l’Espagne et 30 % du PNB de l’Italie ou de la Grèce sont le « fruit » de l’Ă©conomie parallèle. Plus l’Europe vieillit, plus les Etats providence sont confrontĂ©s aux coĂ»ts de la vieillesse et de la santĂ©, plus l’Ă©conomie en subit les consĂ©quences, et plus celle-ci cherche naturellement Ă  se soustraire Ă  la ponction fiscale, en dĂ©localisant ou en fraudant.

Or, qui dit plus d’Ă©conomie clandestine dit davantage d’emplois clandestins. Des pans entiers des Ă©conomies europĂ©ennes risquent donc de recourir Ă  de l’emploi Ă©tranger et clandestin ou mĂŞme lĂ©gal dans la mesure oĂą « l’immigrĂ© » est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme moins exigeant en matière de conditions de travail et de niveau de rĂ©munĂ©ration : il n’a tout simplement pas le choix ! Il y a une pompe aspirante de l’immigration lĂ©gale et illĂ©gale qui est d’essence Ă©conomique, de nombreux acteurs de l’Ă©conomie jugeant que la « mondialisation » leur permet de rester compĂ©titif face Ă  la capacitĂ© d’adaptation remarquable des Etats-Unis et surtout face au dĂ©fi chinois et plus largement asiatique. (Voir la vidĂ©o ci-dessous Ă  propos de la rĂ©gularisation des immigrĂ©s clandestins embauchĂ©s)

A propos de mondialisation, parmi les multiples consĂ©quences, positives ou nĂ©gatives d’ailleurs, de celle-ci, figure l’aggravation du poids des mafias transĂ©tatiques. La globalisation financière et la libertĂ© de tous les flux favorisent en effet les structures trans-Ă©tatiques illicites. Or l’un des secteurs lucratifs
de ces mafias est justement le « marchĂ© de l’immigration clandestine ». Plus la demande migratoire augmente, plus les maffias prospèrent, et plus celles-ci prospèrent, plus elles sont en mesure de dĂ©velopper de nouvelles filières d’immigration clandestine et donc de susciter l’offre.

L’analyse des flux d’immigration clandestine rĂ©vèle le poids des rĂ©seaux albanais, yougoslaves, chinois, russes… Le trafic d’ĂŞtres humains se combine d’ailleurs souvent avec le trafic de drogue, les immigrĂ©s clandestins Ă©tant souvent obligĂ©s de payer leur passage en jouant le rĂ´le de revendeurs ou de passeurs de drogues et hypothĂ©quant ainsi fortement les chances de leur libertĂ© et de leur dignitĂ© futures. Les mafias marocaines en particulier obligent nombre de leurs candidats Ă  l’Ă©migration Ă  leur acheter du haschisch du Rif qu’ils devront revendre en Espagne, en France ou en Belgique pour survivre dans les premiers mois de leur arrivĂ©e ! S’agissant du Maroc, ce trafic d’humains couplĂ© Ă  un trafic de stupĂ©fiants pèse de l’ordre de 10 milliards de dollars par an…

Mais les perspectives d’immigration ne sauraient se limiter au constat d’un diffĂ©rentiel dĂ©mographique bĂ©ant entre rive Nord et rive Sud, Ă  la pression asiatique sur les Ă©conomies europĂ©ennes qui dĂ©terminera chez de nombreux acteurs un comportement favorable Ă  l’immigration, ou encore au risque de basculement dans l’islamisme de pays du Maghreb ou du Machrek. Une question souvent ignorĂ©e, en effet, est celle des perspectives post-pĂ©trolières dans le Golfe arabo-persique. Aujourd’hui, a-t-on bien conscience que le Golfe arabo-persique, grâce Ă  son Ă©conomie pĂ©trolière et gazière, absorbe une proportion importante de l’Ă©migration asiatique, Ă©gyptienne et turque qui aurait pu venir jusqu’en Europe ? Six pays du Golfe, dont la population arabe autochtone est relativement faible, absorbent Ă  eux seuls plus de onze millions d’immigrĂ©s : des Pakistanais, des Hindous, des Philippins, des Egyptiens, des Turcs…

Or deux remarques sont Ă  faire concernant l’Ă©volution du profil de cette immigration dans la zone « tampon » du Golfe situĂ©e entre Europe et Asie. D’une part la proportion des Arabes par rapport aux Asiatiques tend Ă  diminuer. En 1990, les Egyptiens formaient encore 40 % des actifs en Irak et au KoweĂŻt. Aujourd’hui, plus de 70 % de la main d’oeuvre est asiatique. Les raisons de cette Ă©volution sont Ă©videmment multiples. Mais il faut insister sur la peur de l’islamisme dans les pays du Golfe qui risque de pousser ceux-ci Ă  favoriser la venue d’immigrĂ©s asiatiques non musulmans, comme Ă©galement sur le fait que l’asiatique est souvent rĂ©putĂ© plus travailleur que le mĂ©diterranĂ©en. Songeons maintenant Ă  ce qui se passera lorsque nous entrerons pleinement dans une nouvelle rĂ©volution Ă©nergĂ©tique mondiale, c’est-Ă -dire, sans doute autant pour des raisons d’Ă©puisement des ressources elles-mĂŞmes que de saturation en gaz Ă  effet de serre de notre atmosphère terrestre, lorsque l’humanitĂ© aura enfin choisi de se libĂ©rer des hydrocarbures. Que se passera-t-il alors ? Le Golfe sera-t-il encore cette zone tampon placĂ©e sur le chemin de cette « marche vers l’ouest » de millions de migrants asiatiques ? N’iront-ils pas plutĂ´t alors grossir les rangs de l’Ă©migration vers
l’Europe ?

Autant la carte gĂ©opolitique de l’Europe est pacifiĂ©e, autant celle du Moyen-Orient ne l’est pas. Personne ne peut affirmer, par exemple, que les minoritĂ©s kurdes, incorporĂ©es aujourd’hui dans tel ou tel Etat-nation, le seront encore demain. Le peuple kurde, sans Etat et dans des frontières Ă©tatiques parfois fragiles, constitue encore un formidable rĂ©servoir d’Ă©migration vers l’Europe. DĂ©jĂ  2,5 millions de Kurdes vivent en Allemagne ; 200 000 en France et 200 000 en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.

L’Europe, victime d’abord d’elle-mĂŞme ?

Tous les Ă©lĂ©ments que nous avons pointĂ©s jusqu’ici tĂ©moignent d’une extraordinaire fragilitĂ©, d’un terrifiant abaissement. Et au fond, cette faiblesse de l’Europe face au dĂ©fi de l’immigration n’est-elle pas finalement la principale menace qui pèse sur elle ? L’Europe accepte le fait accompli de l’immigration illĂ©gale en rĂ©gularisant sans cesse davantage. Chaque annĂ©e, sur le territoire de l’Union des Quinze (avant l’Ă©largissement de 2004 donc), entrait environ un demi million de clandestins (c’est Ă©videmment une estimation). Chaque annĂ©e le nombre de personnes rĂ©gularisĂ©es après avoir enfreint les lois europĂ©ennes ne cesse d’augmenter sur tout le territoire de l’Union : 220 000 rĂ©gularisations en France ces trois dernières annĂ©es ; 50 000 en Belgique ; 720 000 en Grèce ; 1,5 million en Italie (dont 700 000 pour la seule annĂ©e 2002) ; 575 000 en Espagne ; 240 000 au Portugal.

On oublie souvent que la mĂ©canique du regroupement familial fait (en France notamment mais aussi dans plusieurs autres pays de l’Union) qu’une seule rĂ©gularisation signifie du mĂŞme coup trois, quatre ou cinq nouveaux immigrĂ©s lĂ©gaux. 20 000 personnes rĂ©gularisĂ©es peuvent faire d’un coup jusqu’Ă  100 000 nouveaux immigrĂ©s lĂ©gaux…

L’Union europĂ©enne est donc entrĂ©e, en profondeur, dans un processus qui, Ă  l’issue de ce siècle, aura abouti au remplacement de sa population d’origine par des populations non europĂ©ennes, africaines et asiatiques. L’Europe sera-t-elle encore europĂ©enne Ă  la fin du XXIème siècle ?

Mais ce que connaĂ®t notre civilisation europĂ©enne, hĂ©ritière de Rome et des cathĂ©drales du Moyen-Age, est Ă  diffĂ©rencier de la situation nord-amĂ©ricaine, des Etats-Unis en particulier. Le dernier livre de l’universitaire amĂ©ricaine Samuel Huntington montre en effet que si l’AmĂ©rique tend Ă  perdre sa dominante WASP25, elle reste nĂ©anmoins culturellement chrĂ©tienne. Plus que cela, les guerres dans lesquelles elle est entrĂ©e contribuent, au-delĂ  des fractures communautaristes, Ă  refonder la nation amĂ©ricaine autour d’une religiositĂ© commune. Les Etats-Unis continuent donc, Ă  partir de plusieurs souches ethniques, Ă  fabriquer des AmĂ©ricains.

Au contraire, il y a peu d’espoir que l’Union europĂ©enne, Ă  partir de populations ethniquement extraeuropĂ©ennes, ne parvienne Ă  fabriquer des EuropĂ©ens de culture. D’abord parce qu’Ă  la diffĂ©rence des Etats-Unis – qui absorbent une majoritĂ© de ChrĂ©tiens et parvient encore Ă  convertir une proportion significative de ceux qui ne l’Ă©taient pas -, la grande majoritĂ© des migrants vers l’Europe n’est pas de religion chrĂ©tienne; ensuite, parce que la volontĂ© de « convertir » ces migrants, si ce n’est Ă  la religion des EuropĂ©ens, du moins aux valeurs qui en dĂ©coulent, a disparu.

Non seulement la construction europĂ©enne telle qu’elle est envisagĂ©e aujourd’hui participe Ă  l’affaiblissement des identitĂ©s nationales, mais aucune identitĂ© europĂ©enne de substitution n’est proposĂ©e en lieu et place de celles-ci. En consĂ©quence, l’immigrĂ© extra-europĂ©en est accueilli par un ensemble Ă©conomique progressivement vidĂ© de ses contenus identitaires et dans lequel il n’a aucune chance de s’assimiler puisqu’il n’a plus rien Ă  assimiler.

Plus les annĂ©es passeront, moins les Ă©coles europĂ©ennes seront en mesure d’assimiler les petits enfants d’origine extra-europĂ©enne. Regardons Ă  ce propos les chiffres en France et notamment celui des effectifs des enfants d’immigrĂ©s d’origine extra-europĂ©ennes (âgĂ©s de moins de 15 ans) : ils constituent dĂ©jĂ  13 % des enfants dans les classes. En 2030, ce chiffre sera passĂ© Ă  25 % mais dans les grands centres urbains (Paris, Marseille, Strasbourg…) cette proportion pourra ĂŞtre de 50 voire 75  %. On voit bien que l’idĂ©e mĂŞme d’assimilation n’a dĂ©jĂ  plus de sens.

Est-il encore temps d’Ă©laborer et d’appliquer des remèdes efficaces pour l’avenir ? Nous l’ignorons. Ce que nous savons en revanche, c’est que les actuelles pistes de rĂ©flexion Ă©tudiĂ©es par la Commission europĂ©enne nous apparaissent dĂ©risoires au regard de l’enjeu de civilisation dont il est question. Croit-on sĂ©rieusement que c’est en se penchant sur l’organisation du temps de travail des salariĂ©s, sur l’Ă©galitĂ© entre hommes et femmes sur les lieux de travail ou sur une politique savoureusement dite du  « vieillissement actif » que l’Europe comblera son dĂ©ficit de millions de naissances ?… Cette vision, consistant  en l’arasement des prioritĂ©s (et donc des urgences), en la confusion de l’essentiel et de l’accessoire, ou plus  exactement, des ambitions et des moyens, nous paraĂ®t bien peu promettre pour
l’avenir.

C’est d’un vĂ©ritable « Plan Marshall » de la natalitĂ©, de la politique familiale et de la rĂ©duction de l’immigration extra-europĂ©enne dont l’Europe a besoin, dont certaines mesures peuvent ĂŞtre dĂ©jĂ  avancĂ©es : politique d’immigration sĂ©lective ; abolition du regroupement familial dans les pays oĂą il existe ; obligation de mise Ă  niveau culturel minimal pour les candidats Ă  l’immigration ; obligation rĂ©elle de conformation aux coutumes et règles de vie des pays d’accueil ; politique d’encouragement au retour, en diminuant notamment l’accès aux prestations sociales ; politiques actives d’aide au dĂ©veloppement des pays d’Ă©migration ; …

Ajoutons, avant de conclure, que la coupable faiblesse des pays europĂ©ens en matière d’immigration, alliĂ©e Ă  un sentiment d’insĂ©curitĂ© Ă©conomique en cours de gĂ©nĂ©ralisation, fait Ă  l’Ă©vidence le lit d’une « nouvelle xĂ©nophobie », d’un nouveau ras le bol toujours plus perceptible du « petit blanc ». On commence Ă  parler – en France notamment – d’un racisme anti-blanc : cette reconnaissance, y compris mĂ©diatique, d’un fait dĂ©jĂ  ancien risque d’ĂŞtre le prĂ©lude, si rien n’est fait, Ă  une rĂ©action politique vigoureuse, incontrĂ´lĂ©e et – comme toujours, lorsque le mal est compris trop tardivement – excessive des populations ?

Notre conclusion est donc radicale ou sombre : ou bien l’Union europĂ©enne lance dans les prochaines annĂ©es une sorte de « Plan Marshall » dĂ©mographique ou bien la civilisation europĂ©enne, en tant que civilisation vivante incarnĂ©e, aura disparu Ă  l’issue de ce siècle… »

« L’immigration extraeuropĂ©enne, un dĂ©fi majeur pour l’Union EuropĂ©enne », par Aymeric Chauprade, directeur des Ă©tudes de gĂ©opolitique du Collège InterarmĂ©es de DĂ©fense (Paris), publiĂ© par l’Institut Thomas More

Commentaire:

La seule suggestion que je pourrais ajouter Ă  ce parfait rĂ©sumĂ© de la situation europĂ©enne par rapport Ă  l’immigration est que l’encouragement clair aux populations extra-europĂ©ennes de venir s’installer en Europe par l’absence de toute mesure d’une quelconque dissuasion peut sans doute ĂŞtre liĂ© Ă  la volontĂ© mondialiste du cosmopolitisme et de la dislocation des nations europĂ©ennes dans le processus d’unification de l’Union EuropĂ©enne. En effet, si les États-Unis ont tout intĂ©rĂŞt Ă  ne rester qu’un bloc qui ne peut se permettre de voir apparaĂ®tre des revendications sĂ©paratistes menaçant son unitĂ©, l’Union EuropĂ©enne est en pleine accĂ©lĂ©ration et radicalisation des procĂ©dures visant Ă  unifier l’ensemble des nations europĂ©ennes en une seule entitĂ© europĂ©enne. De fait, tout ce qui peut accĂ©lĂ©rer l’affaiblissement des cultures et identitĂ©s nationales est sans doute jugĂ© utile par les dirigeants europĂ©istes. Si l’on approfondit encore, on s’accordera sans doute sur le fait que la mondialisation et le mondialisme galopants envoient un signal fort au cosmopolitisme, et donc Ă  une politique de mĂ©tissage, qui se concrĂ©tisera de plus en plus au fur Ă  mesure que le monde se rĂ©duira Ă  l’Ă©tat de « village ». Cette accentuation de l’absorption europĂ©enne des populations Ă©trangères, tout comme l’Ă©lection d’un mĂ©tis noir au poste de prĂ©sident de la nation la plus puissante du monde, qui compte elle aussi Ă©normĂ©ment d’habitants de cultures extra-amĂ©ricaines bien qu’attachĂ©es Ă  l’identitĂ© amĂ©ricaine, ne sont sans doute pas des signes anodins, il s’agit de toute Ă©vidence d’une prĂ©paration du terrain. En outre, l’Union EuropĂ©enne, gĂ©ographiquement plus concernĂ©e par ces mouvements de populations, pourrait, d’ici peut-ĂŞtre une vingtaine d’annĂ©es, rĂ©chauffer tant ses rapports avec l’autre rive de la mĂ©diterranĂ©e, par le biais d’institutions comme, par exemple, une Union MĂ©diterranĂ©enne, qu’une sorte d’Empire EuropĂ©en finirait par s’Ă©tendre jusqu’aux pays du Maghreb, ce que de nombreux personnages occidentaux de l’Ă©lite mondialiste espèrent dĂ©jĂ .

En somme, le facteur du cosmopolitisme me semble jouer un rĂ´le important dans l’orientation des politiques d’immigration. Cependant, au niveau culturel et identitaire, le rĂ©sultat de ce mĂ©tissage que l’on a d’ores et dĂ©jĂ  pu observer est que, Ă  l’inverse d’un apport Ă  l’enrichissement moral et intellectuel par la cohabitation Ă©troite de deux cultures distinctes dans un mĂŞme pays, il semble y avoir une destruction claire des deux cultures Ă  la fois, car le jeune mĂ©tis, pris entre deux identitĂ©s diffĂ©rentes, souvent victime de discrimination alors qu’un de ses parents est citoyen de naissance et de culture du pays qu’il habite, aura plus de mal Ă  s’apparenter Ă  des racines culturelles bien dĂ©finies, qui l’aideront Ă  fonder sa personnalitĂ©, qu’un individu dont l’ethnie est sans Ă©quivoque. Cet aspect destructeur ferait, lui aussi, le bonheur des protagonistes des marchĂ©s occidentaux, voire mondiaux, qui trouveront lĂ  une aide consĂ©quente Ă  la pensĂ©e de masse consommatrice. On n’en est plus Ă  une dĂ©gĂ©nĂ©rescence de plus ou de moins pour contribuer Ă  transformer de jeunes gens dĂ©sorientĂ©s et aveuglĂ©s en machine organique Ă  consommer.

On peut donc s’inquiĂ©ter quant aux capacitĂ©s rĂ©elles qu’ont nos gouvernements Ă  jouer avec un feu si vif qu’il pourrait les brĂ»ler Ă  tout instant, Ă©tant donnĂ© qu’ouvrir la porte Ă  tant de dĂ©sordres internes et d’Ă©ventuelles revendications territoriales, culturelles, sociales, religieuses et j’en passe, pourrait permettre l’apparition de groupes dĂ©tachĂ©s de quelque influence europĂ©en que ce soit. On se demande Ă©galement comment un gouvernement peut applaudir Ă  l’idĂ©e de constituer son pays de 70% d’habitants d’origine extra-europĂ©enne, car quel serait sa lĂ©gitimitĂ© pour contrĂ´ler une population si diffĂ©rente des moeurs du pays d’exemple, Ă  moins de se conformer aux attentes de cette dernière et de lĂ©ser par consĂ©quent les 30% des citoyens restant, qui, eux, sont d’ethnie du pays natal ? Il faudra forcĂ©ment qu’une certaine politique d’assimilation apparaisse un jour ou l’autre, sans quoi les apprentis sorciers, bien que malins, auront tĂ´t fait de voir leur crĂ©ation ubuesque prendre son indĂ©pendance vis-Ă -vis d’eux.

Bref, ce commentaire n’est que ma pensĂ©e personnelle sur les faits, appuyĂ©es par des Ă©lĂ©ments concrets, et il se peut que des mesures futures rĂ©duisent le caractère catastrophique de la situation. Cependant, l’immigration me semble un domaine Ă  grande importance dans la marche de l’empire amĂ©rico-europĂ©en; un empire qui, si le caractère europĂ©en se dĂ©sagrère au point que tout ce que nous avons relevĂ© le laisse entendre, pourrait ne plus ĂŞtre dominĂ© que par une seule identitĂ©: l’amĂ©ricaine.

Régis Mex, pour Mecanopolis

NB: Je vous recommande cette vidéo, qui reprend les points essentiels du sujet en une petite vingtaine de minutes:

mar 24 2009

Cartographie du Nouvel Ordre Mondial

Régis Mex, pour Mecanopolis

Cette carte, réalisée par nos propres soins, a pour but de faire comprendre au lecteur les fondements de la politique mondiale de la façon la plus synthétisée et agréable qui soit. Nous avons effectivement conscience qu’il est bien plus aisé de s’informer par le biais de documents structurés à la présentation claire et simple, et qu’il est donc plus habile de concocter cette sorte de plan, de carte graphique que l’on explore à sa guise grâce au navigateur intégré, plutôt que de faire subir au lecteur la laborieuse lecture de ce que représenterait les informations placées sur ce schéma si elles étaient retranscrites en un texte formel, c’est-à-dire une soixantaine de pages. En outre, nous avons tenté de placer et de relier les choses de sorte qu’il n’y ait pas réellement de point par où commencer ni par où finir le parcours de ce plan ; il est conçu pour que le lecteur puisse facilement repérer les sujets dont le schéma traite et s’attarder sur ceux qui éveillent son intérêt.

C’est donc bien de cela qu’il s’agit : un schéma de causes à effets, qui a pour but de rendre accessible au plus large public possible les grands événements passés qui ont littéralement façonné la situation mondiale actuelle, leurs conséquences sur les temps présents, et l’anticipation de certaines mesures futures. La connaissance de ces éléments est nécessaire pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.

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Régis Mex, pour Mecanopolis

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Pour nos lecteurs qui utiliseraient un navigateur archaïque, il est possible de télécharger directement la carte a cette adresse.

jan 26 2009

Réhabilitation d’un négationniste et islamophobe au Vatican (vidéo)

Par un dĂ©cret datĂ© du 21 janvier dernier, le pape Benoit XVI a rĂ©habilitĂ© les Ă©vĂŞques suiveurs du feu Mgr Lefebvre, membres de la FraternitĂ© Saint-Pie X, qui avaient Ă©tĂ© excommuniĂ©s en 1988 par Jean-Paul II, en raison de leur opposition au concile de Vatican II, jugĂ© trop Ĺ“cumĂ©nique…

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Le pape Benoit XVI assume ses vieux dĂ©mons, et les rapproche du Vatican. Après avoir Ă©rigĂ© une statue de JosĂ©maria Escriva de Balaguer, crĂ©ateur d’ l’Opus Dei, sur la façade de la Basilique Saint Pierre Ă  Rome en 2004, il vient de rĂ©habiliter une des congrĂ©gations les plus traditionalistes et orthodoxes dans sa pratique de la religion catholique : la FraternitĂ© Saint-Pie X. Exclus de l’Ă©glise Catholique Romaine par Jean-Paul II en 1988, le crĂ©ateur de la FraternitĂ©, Mgr Lefebvre, mort en 1991, et les quatre Ă©vĂŞques traditionalistes qu’il avait nommĂ© sans l’aval de Rome, ont Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©s.

La FraternitĂ© Saint-Pie X, créée en 1970 pour former des prĂŞtres, est connue pour son attachement Ă  un catholicisme passĂ©iste et anti Ĺ“cumĂ©nique. Pour Mgr Lefebvre, les messes doivent ĂŞtre cĂ©lĂ©brĂ©es en latin, et seule la religion catholique peut assurer le salut de l’âme. L’orthodoxie religieuse n’est pas le seul point controversĂ© sur lequel Mgr Lefebvre s’est exprimĂ©. Il a notamment louĂ© les mĂ©rites des rĂ©gimes nĂ©o-fascistes de Franco et de Salazar, qui selon lui ont rĂ©ussi Ă  prĂ©server les populations de leur pays – l’Espagne et le Portugal – en maintenant leur neutralitĂ© durant la Seconde Guerre Mondiale. En France, il s’est insurgĂ© contre la montĂ©e de l’Islam. Dans un entretien retransmis au journal tĂ©lĂ©visĂ© en novembre 1989, il a dĂ©clarĂ© que « les deux religions (catholicisme et islam, ndlr) ne peuvent cohabiter ».

Parmis les Ă©vĂŞques suiveurs qui ont Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©s par le Pape se trouve l’Ă©vĂŞque Richard Williamson, rĂ©visionniste et nĂ©gationniste notoire. Dans cette vague de remise en question de la Shoah qui sĂ©vit de part le monde, Mgr Williamson aime Ă  exprimer ses doutes sur les moyens mis en cause par le IIIe Reich pour exterminer les juifs. Pour lui, il est impossible qu’un juif ait pu mourir dans une chambre Ă  gaz, car « elles n’existaient pas ». D’ailleurs, Mgr Williamson estime que le nombre de juifs exterminĂ©s a Ă©tĂ© un peu gonflĂ© pour dramatiser l’Ă©vènement, et estime que le nombre de victimes ne dĂ©passe pas 200 000.