Category: déficits publics

nov 24 2009

Récapitulatif des implications du Traité de Lisbonne

Étant donné que l’on a beaucoup parlé du traité de Lisbonne au cours de ces deux dernières années, mais que l’on a nettement moins souvent exposé son contenu, je vous propose cette synthèse non-exhaustive de ses implications, en espérant que cela aide certains à avoir un point de vue plus clair sur ce traité.

xin_8a10a3df802244e5a04d0c146eed1b91

Rappel de la nature du traité de Lisbonne et bref historique de sa ratification:

D’après Valéry Giscard d’Estaing, il ne s’agit que d’une « pâle copie » du Traité établissant une Constitution pour l’Europe [aussi nommé Traité de Rome, rejeté en 2004], dans laquelle seule la forme a été changée, mais pas le contenu :

« La conclusion vient d’elle-même à l’esprit. Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche. »

Il affirme toutefois : « Au lieu d’être de tonalité constitutionnelle, il modifie les anciens traités, ce qui constitue une différence fondamentale. »

Selon Bertie Ahern, Premier ministre de la République d’Irlande, « 90 % [de la Constitution] est toujours là… ces changements n’ont apporté aucune modification spectaculaire à l’accord de 2004. », signifiant que 90 % des décisions du Traité de Rome seront toujours présentes, notamment le transfert de certaines compétences à l’Union européenne (dont une partie de la politique étrangère).

L’extension de la règle de la majorité qualifiée puis de la double majorité (calculées selon le poids démographique des États) demandant un nombre important d’États pour modifier un article ayant trait à l’Union européenne, n’empêchera pas l’Union d’évoluer, mais bloquera toute tentative de modification d’actes déjà adoptés (notamment de nombreux projets d’ordre économiques, politiques ou sécuritaires).

Genèse du traité:

En raison du rejet par référendum, en 2005, du traité de Rome de 2004 par la majorité des électeurs français et néerlandais, une période dite de réflexion s’était ouverte. En janvier 2007, alors qu’elle prenait la présidence de l’Union européenne, l’Allemagne a déclaré cette période close.

En mars 2007, lors des célébrations du 50e anniversaire des traités de Rome de 1957, une déclaration de Berlin a été signée afin de donner un nouvel élan à la construction européenne, avant les élections du Parlement européen, en juin 2009.

À la suite du rejet référendaire, un groupe Amato (Comité d’action pour la démocratie européenne, présidé par Giuliano Amato, officiellement en anglais Action Committee for European Democracy, ACED), composé de « sages » et soutenu par la Commission Barroso, a travaillé de façon non-officielle, en réécrivant le traité. Le 4 juin 2007, le groupe arrêta un texte en français, constitué aux trois quarts de l’ancien Traité constitutionnel auquel quelques modifications ont été rajoutées. Il a été certes allégé en épaisseur, non en contenu.

Le Parlement européen a approuvé le 20 février 2008 le traité à une très forte majorité :

525 votes favorables (82 %), 115 défavorables, 29 abstentions

Processus de ratification:

Les quatre premiers États à avoir ratifié le traité font partie des pays adhérents récents à l’Union européenne : la Hongrie, Malte et la Slovénie parmi les Etats entrés en 2004 dans l’Union européenne ; la Roumanie entrée en 2007.

En France : après le rejet par 55 % des français du référendum sur la Constitution en 2004, la France n’a pas proposé de nouveau référendum à ses citoyens au motif que ce nouveau traité n’est pas une Constitution européenne. Une révision de la Constitution française, effectuée par la voie du Congrès le 4 février 2008, a permis la ratification du traité lui-même par la voie parlementaire le 8 février.

L’Irlande:

Un premier référendum qui a lieu en Irlande le 12 juin 2008 aboutit au rejet du traité de Lisbonne par 53,4 % des voix.

Au 6 mai 2009, un seul État n’avait pas encore ratifié le traité. Il s’agissait de l’Irlande, pourtant membre de la zone euro. C’est le seul pays à s’être prononcé par la voie référendaire, du fait de sa constitution qui l’oblige à consulter la population. Des démarches ont toutefois été entreprises pour l’amener à revoter sur ce traité.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, s’est rendu en Irlande le 8 septembre. « Ce référendum n’est pas un test de popularité de votre gouvernement, il concerne notre avenir commun dans l’Union européenne »

Le 19 septembre, José Manuel Barroso a fait « un geste » en direction de l’Irlande en proposant le vote d’une aide de 14,8 millions € pour la reconversion des 2 400 salariés de l’usine Dell de Limerick récemment licenciés. « L’Union européenne est fondée sur la solidarité. Notre réponse naturelle est de venir en aide à ceux qui connaissent des difficultés » a-t-il déclaré.

Un nouveau référendum a été organisé le 2 octobre 2009. L’Irlande, qui connait depuis un an une grave crise économique, notamment du fait de l’ampleur de sa crise immobilière, a été aidée par l’UE. Les Irlandais ont voté en grande majorité pour le oui, avec 67,13% des voix au référendum.

« Il est évident qu’un 2ème vote « non » au traité de Lisbonne aurait des conséquences sérieuses et dommageables pour l’Irlande, surtout maintenant que nos partenaires nous ont accordé ce que nous demandions » a déclaré le Premier ministre Brian Cowen.

La République Tchèque:

Le gouvernement tchèque a déjà signé le traité de Lisbonne et les deux chambres du Parlement l’ont ratifié. Mais cette ratification devait être promulguée par le Président Vaclav Klaus, réputé eurosceptique. Des recours contre le texte approuvé par le Parlement étaient possibles de la part de certains sénateurs ODS, sénateurs qui ont in fine attaqué le texte devant la Cour constitutionnelle tchèque en septembre 2009. Le 9 octobre, Klaus demande à la présidence suédoise de tenir compte du fait que les décrets BeneÅ¡ pourraient être remis en cause sur la base du traité de Lisbonne et notamment de la Charte des droits fondamentaux qu’il contient. Le 14 octobre 2009, M. Klaus déclare à Moscou qu’il n’est pas prêt à revenir sur les objections qu’il a formulées à l’encontre du traité de Lisbonne : « J’ai expliqué que je crains et que je ne suis pas seul à craindre un approfondissement de l’intégration de l’Union européenne. Pour moi c’est une chose d’importance vitale. À mon avis, les conditions que j’ai formulées pour signer l’accord sont sérieuses et l’idée que je peux oublier mes objections est mal fondée » tandis que José Manuel Barroso l’exhorte à ne pas prendre le reste de l’Europe en otage et à respecter « les valeurs et principes » de l’Union européenne.

14.10.2009 Journal « Hospodárské Noviny »: Courrier International:

La République tchèque est le dernier pays à n’avoir pas ratifié le traité de Lisbonne. Le président Vaclav Klaus, un eurosceptique, rechigne à signer le texte, déjà voté par le Parlement. Au sein du pays, on cherche la parade. Alena Gajduskova, la vice-présidente du Sénat, suggère de destituer Klaus pour trahison.

14.10.2009 @Novinky.cz: La sénatrice Gajdůšková veut se débarrasser des pouvoirs de Klaus.La Vice-Présidente du Sénat Alena Gajdùskovâ est prête à proposer que le Président Václav Klaus soit privé de pouvoirs. Le document de ratification pourrait alors être signé par le Premier ministre Jan Fischer, qui prendrait les pouvoirs du président.

« Si la Cour constitutionnelle décide que le traité de Lisbonne est conforme à la Charte des Droits et Libertés et si le Président continue de soutenir que la ratification ne peut être signé, Vaclav Klaus ne peut donc plus exercer son mandat conformément à l’article 66 de la Constitution qui dit que si le président ne peut exercer son autorité, sa compétence en matière de traités internationaux passe au Premier ministre » a-t-elle déclaré.

Au début de décembre 2008, le président tchèque a pu se rendre compte de la manière dont l’UE traitait ceux qui ne veulent pas se soumettre aux diktats de Berlin, Paris, Londres et Bruxelles. Un groupe de députés du Parlement européen est allé le voir et l’a forcé à publier, après la rencontre, le procès-verbal de leurs entretiens.2 On peut y lire notamment les propos du parlementaire Daniel Cohn-Bendit: «Votre avis sur le Traité de Lisbonne ne m’intéresse pas. Vous allez devoir le ratifier. En outre, je veux que vous m’expliquiez le degré de votre amitié avec Monsieur Ganley [le chef du parti irlandais Libertas dont la campagne a considérablement contribué au succès du non lors du référendum de mai 2008]. Comment pouvez-vous rencontrer un homme dont on ne sait pas qui le finance ? Etant donné votre fonction, vous ne deviez pas le rencontrer.»

Le président tchèque a réagi d’une manière très compréhensible: «Depuis 6 ans [depuis qu’il est président], personne ne m’a jamais parlé sur ce ton. Nous ne sommes pas sur les barricades de Paris. Je croyais que ces méthodes avaient cessé pour nous il y a 19 ans. Je vois que je me suis trompé. […] Je ne me doutais pas qu’une telle chose était possible. Je n’avais pas vécu cela depuis 19 ans. Je croyais que cela appartenait au passé, que nous vivions en démocratie, mais l’UE fonctionne vraiment comme une post-démocratie. Vous avez parlé de valeurs européennes. Ce sont avant tout la liberté et la démocratie et c’est surtout à ces valeurs que sont attachés les citoyens de l’UE, mais aujourd’hui elles disparaissent de plus en plus.»

Le 17 octobre, il déclare toutefois lors d’un entretien au Lidové noviny qu’il pourrait sans doute signer le traité dans le mois qui vient même s’il demeure opposé à ce texte : « Au train où vont les choses, c’est-à-dire très vite, il n’est plus possible d’arrêter le traité ni de faire marche arrière, quand bien même certains d’entre nous le voudrions » et « Je n’ai jamais dit qu’il était nécessaire que ma note de bas de page soit ratifiée par l’ensemble des États membres, ce qui impliquerait que l’on recommence tout le processus de ratification de Lisbonne ».

Le 3 novembre, la Cour constitutionnelle tchèque donne son feu vert pour poursuivre la dernière étape de ratification malgré une plainte d’un groupe de sénateurs, proches du président, qui entendaient faire vérifier qu’il était bien conforme à la loi fondamentale tchèque. Quelques heures plus tard, Vaclav Klaus signe finalement le traité.


Allocution de Vaclav Klaus au Parlement européen
 
  
 
La Pologne:

De son côté, en Pologne, le Président Lech KaczyÅ„ski, conservateur, avait déclaré le 1er juillet 2008 que le rejet du texte par les électeurs irlandais lors d’un référendum le 12 juin rendait « inutile » sa ratification, pourtant acceptée à une large majorité (380+77 oui, 54+17 non) par le parlement en avril. Le président polonais Lech KaczyÅ„ski avait finalement signé le traité le 10 octobre 2009, comme il avait promis de le faire en cas de « oui » irlandais. Le traité de Lisbonne avait déjà été ratifié par le Sejm et le Sénat polonais.

1) Éléments essentiels du traité de Lisbonne:

       Que contient le traité de Lisbonne ?

  • Il permet d’accueillir de nouveaux États membres afin d’approfondir le projet de réconciliation européenne engagé au début des années 50 ;
  • Concernant les dispositions institutionnelles (partie 1 de la « Constitution »), le traité de Lisbonne retient les dispositions suivantes :

− octroi de la personnalité juridique à l’Union ;

− fusion des trois piliers ;

− nouvelle règle de la double majorité

− affirmation du principe de codécision entre le Parlement européen et le Conseil des ministres comme procédure législative ordinaire ;

− présidence stable du Conseil européen (pendant 2 ans et demi) renouvelable une fois ;

− création du poste de « haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » ;

− droit d’initiative citoyenne ;

− renforcement de la démocratie participative, etc.

- obtiention d’une personnalité juridique, qui donne la capacité de contracter, notamment d’être partie d’une convention internationale ou d’être membre d’une organisation internationale.

Piliers de l’Union européenne

Le Traité de Maastricht a organisé l’Union européenne autour de trois piliers :

  • Premier pilier : le pilier communautaire qui correspond aux trois communautés :

− la Communauté européenne (CE).

− la Communauté européenne de l’énergie atomique (EURATOM).

− et l’ancienne Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), qui avait été créée pour 50 ans et qui n’existe plus depuis le 22 juillet 2002.

  • Deuxième pilier : le pilier consacré à la politique étrangère et de sécurité commune.
  •  Troisième pilier : le pilier consacré à la coopération policière et judiciaire en matière pénale.

Le système de double majorité

Les dispositions relatives à l’extension de la nouvelle règle de la double majorité à un nombre croissant de domaines (par exemple les visas et le contrôle de la circulation des étrangers, le système commun d’asile, la politique commune de l’immigration et encore la coopération judiciaire en matière pénale, etc.) sont reprises de la partie 3 de la Constitution. Jusqu’à maintenant, la majorité qualifiée est définie selon un système complexe de pondération des voix selon lequel les États membres bénéficient d’un certain nombre de voix, pour une large part en fonction de leur poids démographique. Le traité de Lisbonne y substituera un système fondé sur une double majorité d’États et de population, selon lequel une « loi » sera adoptée au sein du Conseil si elle obtient au moins l’accord de 55% des États de l’Union (soit 15 États membres dans une Union composée de 27 États membres) représentant au moins 65% de la population de l’Union.

Le traité de Lisbonne prévoit l’extension du vote à la majorité qualifiée à 33 nouveaux articles. Avec les 63 articles qui relèvent déjà de la majorité qualifiée, 96 articles sont désormais concernés par le vote à la majorité qualifiée.

Pour ce qui concerne les dispositions concernant la procédure de révision, la règle de l’unanimité est maintenue.

Néanmoins, le traité de Lisbonne prévoit des possibilités d’adaptation des traités, permettant d’éviter des procédures de révision lourdes :

  • les « clauses passerelles » (qui permettent au Conseil européen de décider – à l’unanimité et sauf en matière de défense – le passage au vote dans tel ou tel domaine à la majorité qualifiée).
  • les « clauses de flexibilité » pour étendre les compétences de l’Union.

2) Le traité de Lisbonne n’est plus la « Constitution européenne »

La « Constitution européenne » proposait d’abroger l’ensemble des traités actuels et de les remplacer par un texte unique dont la vocation constitutionnelle était affirmée. Le traité de Lisbonne se borne à modifier les traités existants, d’où le nom de « traité modificatif » ou « réformateur ».

Une commission réduite

La Commission européenne conserve un rôle central.

Après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne :

  • La première Commission investie (2009-2014) comprendra, comme c’est le cas aujourd’hui, un commissaire issu de chaque État membre.
  • À partir de 2014, le nombre de commissaires correspondra aux deux tiers des États

membres (soit 18 dans une Union composée de 27 États membres). Les membres seront sélectionnés selon un système de rotation égalitaire entre les États.

L’innovation la plus importante réside dans la création d’une présidence stable. Comme le Parlement européen et comme la Commission, le Conseil européen aura un président à plein temps, qui ne pourra pas exercer de mandat national. Il sera élu à la majorité qualifiée par le Conseil européen pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois.

Le président du Conseil européen :

  • donne une voix et un visage à l’Union européenne ;
  • assure la représentation de l’Union sur la scène internationale ;
  • préside et coordonne les travaux du Conseil européen.

Un nouveau mode de décision au conseil des ministres

Le Conseil des ministres des États membres de l’Union (qui comprend différentes formations en fonction des secteurs concernés comme l’économie et les finances, l’agriculture, etc.) a pour rôle principal de voter les actes de l’Union européenne.

La règle de vote est modifiée.

En effet, à la différence du Parlement européen, où l’on vote à la majorité simple, la règle de vote au Conseil prend en compte le poids respectif de chaque État de manière à ce que les « lois » votées reflètent à la fois la volonté de la majorité des citoyens européens mais aussi la réalité du poids des États membres de l’Union. C’est ce que l’on appelle la « double majorité » des États et des citoyens.

Un haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Le traité de Lisbonne crée un Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

  • Il fusionnera les fonctions actuelles de Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune (poste occupé aujourd’hui par Javier Solana) et de Commissaire européen chargé des relations extérieures (poste occupé actuellement par Benita Ferrero-Waldner)
  • Nommé par le Conseil européen et investi par le Parlement européen, il sera Vice-Président de la Commission européenne et présidera le Conseil des affaires étrangères du Conseil des ministres.

Le Parlement européen: une institution encore plus influente

Les pouvoirs du Parlement européen sont étendus :

  • Les pouvoirs du Parlement sont renforcés en matière législative, budgétaire mais aussi de contrôle politique.
  • Le Parlement investit le Président de la Commission sur proposition du Conseil européen, « en tenant compte des élections du Parlement européen ».

En matière législative:

- Extension de la procédure de codécision législative (Conseil des ministres et Parlement) à près de 50 nouveaux domaines. Cette procédure donne au Parlement européen des pouvoirs législatifs comparables à ceux du Conseil des ministres.

- Cette procédure est principalement appliquée aux domaines de compétences actuels de l’Union européenne (marché intérieur et gouvernance économique en particulier) et aux quelques compétences nouvelles qui lui sont attribuées. Dans ce dernier cas, on peut par exemple noter que les pouvoirs législatifs du Parlement européen portent désormais sur le contrôle des personnes aux frontières, aux dispositions régissant l’accueil et le traitement des demandeurs d’asile, ainsi qu’à la lutte contre l’immigration clandestine.

En matière budgétaire:

- Le Parlement européen se voit reconnaître un droit de décision égal à celui du Conseil des ministres, notamment pour l’adoption de l’ensemble du budget annuel (alors que le Conseil a aujourd’hui le dernier mot sur les dépenses dites « obligatoires » qui représentent une large part du budget européen et notamment les dépenses agricoles). Avec le traité de Lisbonne, le Parlement européen, qui est la seule institution de l’Union à être élue au suffrage universel direct, voit donc ses pouvoirs et son poids politique fortement accrus au sein du « triangle institutionnel » (la Commission, le Conseil des ministres et le Parlement européen). Le traité de Lisbonne clarifie le partage des pouvoirs entre l’Union européenne et les États membres. Il apporte une réponse à la question « Qui fait quoi ? » dans l’Union européenne, ce qui renforce la responsabilité des différents niveaux de pouvoir.

Le Compromis de Ioannina

La nouvelle règle de vote issue du traité de Lisbonne (la double majorité) ne s’appliquera qu’en 2014, voire en 2017.

En effet, afin de rallier définitivement la Pologne au cours de la négociation, un dispositif transitoire (compromis de Ioannina, qui tire son nom d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Ioannina, en Grèce, en 1994) a été prévu, par lequel si les États membres qui s’opposent à un texte franchissent un certain seuil significatif tout en étant insuffisant pour bloquer la décision (1/3 des États membres ou 25% de la population), l’ensemble des États membres s’engagent à rechercher une solution pour rallier les opposants tout en se réservant la possibilité de passer à tout moment au vote.

Quels principes de partage des compétences ?

Le partage des compétences entre l’Union européenne et les États membres est établi ainsi :

  • L’Union dispose des compétences que les États lui attribuent dans le Traité de Lisbonne ;
  • Toutes les autres compétences continuent d’appartenir aux États.

Le traité de Lisbonne distingue trois grandes catégories de compétences :

  • Les compétences exclusives de l’Union dans les domaines où celle-ci légifère seule :

− Union douanière ;

− Établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur ;

− Politique monétaire pour les États membres dont la monnaie est l’euro ;

− Conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique  commune de la pêche ;

− Politique commerciale commune ;

− Conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prévue dans un acte législatif de l’Union, ou est nécessaire pour lui permettre d’exercer sa compétence interne, ou dans la mesure où elle est susceptible d’affecter des règles communes ou d’en altérer la portée.

  • Les compétences partagées entre l’Union et les États membres, les États exerçant leur compétence dans la mesure où l’Union n’a pas exercé la sienne :

− Marché intérieur ;

− Politique sociale, pour les aspects définis dans le présent traité ;

− Cohésion économique, sociale et territoriale ;

− Agriculture et la pêche, à l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer ;

− Environnement ;

− Protection des consommateurs ;

− Transports ;

− Réseaux transeuropéens ;

− Énergie ;

− Espace de liberté, de sécurité et de justice ;

− Enjeux communs de sécurité en matière de santé publique, pour les aspects définis dans le traité de Lisbonne ;

− Recherche, développement technologique, espace ;

− Coopération au développement et aide humanitaire.

  • Enfin, les domaines où les États membres demeurent totalement compétents mais où l’Union peut mener des actions d’appui ou de coordination (excluant toute harmonisation) du point de vue de l’aspect européen de ces domaines :

− Protection et amélioration de la santé humaine ;

− Industrie ;

− Culture ;

− Tourisme ;

− Éducation, formation professionnelle, jeunesse et sport ;

− Protection civile ;

− Coopération administrative.

Notons que les États coordonnent leurs politiques économiques et celles de l’emploi au sein de l’Union et que la politique étrangère et de sécurité commune bénéficie d’un régime spécifique.

Au niveau économique

Avant le traité de Lisbonne (Avec le traité de Nice – 2001):

  • Politique monétaire :

- La Banque centrale européenne (BCE) est compétente pour les États de la zone euro.

- Chacun des États non membres de la zone euro reste seul compétent de sa politique monétaire.

  • Politiques budgétaire et fiscale :

- Les États membres sont seuls compétents.

- Ils sont néanmoins tenus de coordonner leurs politiques avec les autres États membres et de veiller au respect des règles du pacte de stabilité et de croissance.

Les apports du traité de Lisbonne :

  • Les modifications sont peu nombreuses mais elles consacrent l’existence officielle de l’Eurogroupe. La structuration des liens des États membres ayant adopté l’euro est clarifiée afin de coordonner plus étroitement leurs politiques économiques budgétaires et fiscales.

Eurogroupe

L’Eurogroupe est une réunion mensuelle informelle des ministres de l’économie et des finances des États membres de la zone euro. Ces réunions leur permettent de se concerter, notamment en matière de politique budgétaire.

Il est présidé depuis le 1er janvier 2005 par Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.

Vers une politique de défense européenne

Le traité de Lisbonne comprend des avancées importantes en matière de « politique de sécurité et de défense commune » et constitue un pas essentiel vers le développement d’une défense européenne.

  • Il introduit une « clause de défense mutuelle »: si l’un des États membres de l’Union européenne fait l’objet d’une agression, les autres ont un devoir d’assistance à son égard.
  • Il introduit également une « clause de solidarité »: elle assigne à l’Union et à chaque État membre le devoir de porter assistance, par tous les moyens, à un État membre touché par une catastrophe d’origine humaine ou naturelle ou par une attaque terroriste.
  • Il étend aussi les possibilités d’actions de l’Union à la lutte contre le terrorisme, aux missions de prévention des conflits, aux missions de stabilisation postconflit, etc.
  • Il introduit la « coopération structurée permanente », ouverte aux États qui s’engageront à participer aux principaux programmes européens d’équipement militaire et à fournir des unités de combat immédiatement disponibles pour l’Union européenne.
  • Il consacre l’existence de l’Agence européenne de défense, dans la perspective de développer une réelle politique européenne de l’armement et de coordonner l’effort d’équipement des différentes armées nationales, ce qui constitue une innovation importante.

Le traité de Lisbonne étend son champ d’activité aux questions industrielles et commerciales dans le domaine de l’armement. Ces États seront ainsi en mesure de remplir les missions militaires les plus exigeantes pour le compte de l’Union européenne, en particulier pour répondre à des demandes des Nations Unies.

Passage controversé concernant la peine de mort

L’article 2 («droit à la vie») de la nouvelle Charte des droits fondamentaux dispose que «nul ne peut être condamné à la peine de mort ni exécuté.» Cela paraît incontestable, mais dans un passage en petits caractères on trouve les exceptions:

«La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire:

a)    pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b)    pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue;
c)    pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
»

3) Les nominations du président permanent du Conseil européen, du Haut représentant et du secrétaire général du Conseil de l’Union européenne:

La présidence suédoise de l’Union européenne a ouvert, le jeudi 19 novembre au soir, le dîner de travail des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union en proposant la désignation du premier ministre belge au poste de président permanent du Conseil, et celle de la Britannique Catherine Ashton comme chef de la diplomatie. Cette proposition a été soumise pour approbation aux 27 dirigeants européens à l’occasion d’un tour de table. La décision est tombée rapidement car aucune voix ne s’est élevée contre cette proposition.

Herman Van Rompuy:

La presse belge le cite comme l’un des favoris sollicités par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne pour devenir le premier président permanent du Conseil européen, et évoque les problèmes de gouvernement que son départ poserait à la Belgique.

Herman Van Rompuy

Le 11 novembre 2009, Mario Borghezio, membre italien (MEP Ligue du Nord) du parlement européen évoque la possibilité que les candidats aux postes de président et ministre des Affaires étrangères, comme Jan Peter Balkenende, David Miliband, Herman Van Rompuy parmi d’autres, pourraient être ceux des « groupes occultes » Bilderberg et Commission Trilatérale et non simplement ceux des forces politiques des pays. Le lendemain, Herman Van Rompuy se rend au Château de Val Duchesse pour une réunion du Groupe Bilderberg où il donne, dans un discours, sa vision quant à la gouvernance de l’Europe. Il y exprime l’idée selon laquelle l’Europe devrait être fédéraliste à l’image des États-Unis, et devrait pouvoir prélever un impôt au niveau européen.

L’exercice de cette fonction commence théoriquement le 1er décembre 2009, date d’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. Selon ce traité, le président permanent ne peut assumer de mandat national le temps de sa présidence. Herman Van Rompuy doit donc quitter son poste de Premier ministre le 30 novembre au plus tard. Exceptionnellement, de manière à permettre au Premier ministre suédois (président tournant du Conseil européen jusqu’au 31 décembre 2009) de terminer son mandat, il est décidé qu’Herman Van Rompuy débutera son mandat au 1er janvier 2010.

« L’horloger des compromis impossibles » est nommé le 19 novembre 2009 au poste de premier président permanent, en même temps que les deux autres titulaires des nouveaux postes créés par l’Union : le Haut représentant (Catherine Ashton) et le secrétaire général du Conseil de l’Union européenne (Pierre de Boissieu).

« Il n’est encore jamais arrivé que des négociations n’aboutissent pas à l’adhésion de l’État en question à l’Union européenne et cela n’arrivera pas non plus cette fois-ci. » ; intégrer la Turquie, « pays important pour l’Europe », pose la question de l’attitude à adopter pour d’autres pays comme l’Ukraine par exemple ; « L’élargissement à la Turquie n’est en rien comparable aux précédentes vagues d’élargissement. La Turquie n’est pas l’Europe et ne le sera jamais. Dire que l’Europe chrétienne est opposée à cet élargissement, c’est travestir la vérité. L’on peut en effet dire la même chose d’autres familles et groupes politiques dans d’autres pays. Le fait est que l’adhésion d’un grand pays islamique comme la Turquie entraînera une dilution des valeurs universelles sur lesquelles l’Europe repose et qui jouent par ailleurs un rôle fondamental dans la doctrine chrétienne. »

« L’Europe est une Union de valeurs. C’est pourquoi nous avons la responsabilité de jouer un rôle important dans le monde. [...] D’ailleurs, j’espère que notre Union s’élargira encore pendant les prochains 2 ans et demi à des pays qui, bien sûr, rempliront les conditions. »

Catherine Ashton:

Née le 20 mars 1956, elle est une personnalité politique britannique, économiste de formation.

20091119205128371580_20

Elle est nommée pair à vie en tant que baronne Ashton of Upholland en 1999. Membre du Parti travailliste, elle devient en juin 2001 secrétaire d’État au ministère de l’Éducation, puis en septembre 2004, au département des Affaires constitutionelles, et enfin au ministère de la Justice en 2007. Elle devient leader de la Chambre des Lords, pour le Parti travailliste. Politicienne de l’année 2006, elle est désignée par Gordon Brown le 27 juin 2007 comme leader de la Chambre des Lords et Lord-présidente du Conseil. Agée de 53 ans, cette travailliste est moins connue dans son pays qu’à Bruxelles, où elle a succédé avec succès, l’an dernier, à son compatriote Peter Mandelson, comme commissaire européenne au commerce. Elle est réputée appréciée par le président de la Commission, José Manuel Barroso.

Pierre de Boissieu:

Pour le quotidien d’information spécialisé Europolitique, « Bien plus qu’un acteur clé de la construction européenne, Pierre de Boissieu est quasiment une légende pour toute une génération de diplomates, d’eurocrates et de journalistes qui ont arpenté les couloirs de l’Europe entre le milieu des années 1970 et la fin de la dernière décennie. »

Pierre de Boissieu

Pierre de Boissieu, diplomate de formation, a été membre du cabinet du français François-Xavier Ortoli, vice président de la Commission européenne. A cette fonction, « il ne sera pas étranger au succès de deux initiatives qui ont pavé le chemin de l’euro : la fondation du Système monétaire européen et la création de l’unité de compte européenne : l’écu », selon le quotidien spécialisé Europolitique.

Il a alors été l’un des principaux négociateurs et rédacteur du traité de Maastricht conclu en décembre 1991. Il est l’inventeur de l’organisation en trois piliers (JAI, PESC, UEM), qui a fini par s’imposer. « Poids très lourd dans les enceintes du conseil », il devint « le conseiller très écouté tant de François Mitterrand que de Jacques Chirac ».

Pierre de Boissieu a été ambassadeur de France auprès de l’Union européenne (ou « Représentant permanent », ou « RP ») de 1993 à 1999, battant le record de longévité dans ce poste.

Il devint secrétaire adjoint du Conseil de l’Union européenne le 18 octobre 1999. Selon Europolitique, alors que le secrétaire générale Javier Solana se consacrait aux affaires internationales, Pierre de Boissieu « est devenu le patron absolu de l’institution. Sa connaissance des dossiers, des mécanismes institutionnels, du personnel politique des Etats membres de l’UE l’ont rendu incontournable ». Pour Le Figaro en 2001, « dans les faits, Pierre de Boissieu est seul maître à bord de ce qui est devenu, depuis l’affaiblissement de la Commission, le navire-amiral de l’Union. »

Le 19 novembre 2009, Pierre de Boissieu a été choisi comme Secrétaire général du Conseil de l’Union européenne. Le Secrétaire général joue un rôle crucial pour l’organisation des travaux européens dans il assure la coordination. « De Boissieu a été nommé pour deux ans jusqu’à l’été 2011 », a déclaré le président français.

Note: Le texte intégral du traité de Lisbonne est disponible ici.

Sources: Fondation Robert Schuman

MecanoForums

Wikipédia

août 21 2009

Attali appelle à une révolution contre le lobby bancaire

C’est à ses yeux la seule solution pour s’attaquer aux « lobbys bancaires » qui « continuent à agir comme avant » la crise financière. Car le G20 « n’aura été qu’une jolie comédie », fustige-t-il.

735014

Jacques Attali (AFP)

Rien de moins qu’une « révolution politique ». C’est ce que préconise Jacques Attali, dans une tribune intitulée « Banques : le triomphe des coupables », publiée lundi 3 août sur le site Slate.fr. C’est à ses yeux la seule solution pour s’attaquer aux « lobbys bancaires » qui « continuent à agir comme avant » la crise financière mondiale. Dans ce réquisitoire, il écorne au passage le G20, qui « n’aura été qu’une jolie comédie », et les pouvoirs publics.

« Le G20 n’aura été qu’une jolie comédie »

En dépit de l’aide apportée par le Trésor américain aux banques en difficulté, « celles qui n’ont pas fait faillite continuent à agir comme avant », déplore Jacques Attali. Elles inventent « de nouveaux produits spéculatifs » et ne prêtent, « très cher, qu’à celles des entreprises qui n’ont pas vraiment besoin de leur argent », dénonce-t-il.

Et personne ne vient « leur opposer des réglementations », souligne-t-il.

Faisant remarquer qu’après la crise de 1929, qui sert depuis le début de la crise actuelle de point de référence, « des réglementations très strictes ont été imposées aux banques américaines », il constate qu’ »aujourd’hui, rien n’est imposé à personne. Le G20 n’aura été qu’une jolie comédie », fustige-t-il. A qui la faute ? C’est dans « l’influence » de Wall Street et « des lobbys bancaires, fort bien dotés, (qui) arrosent le Congrès », qu’il faut chercher les coupables, estime-t-il.

Goldman Sachs dans le collimateur d’Attali

Jacques Attali s’en prend en particulier à Goldman Sachs : « Après avoir éliminé ses principaux concurrents, (dont Lehman), après avoir profité de ces faillites et reçu de l’Etat d’énormes prêts sans intérêt, cette institution plus que centenaire fait aujourd’hui fortune grâce à des décisions prises par Geithner, Summers et les autres, dont chacun sait qu’ils rejoindront un jour la firme, après avoir quitté leurs fonctions », écrit-il.

Il accuse enfin les banques de continuer à « enfoncer dans la dépression ceux qu’elles ont déjà largement ruinés », à savoir les salariés des entreprises industrielles.

« Une révolution politique »

« Ces lobbys sont si puissants qu’on n’en sortira que par une révolution politique », conclut l’ancien conseiller de François Mitterand. « Elle devrait conduire, au moins, à interdire aux responsables publics du secteur financier de travailler ensuite dans les établissements qu’ils contrôlent. Et, au plus, à nationaliser ce secteur. »

Source: Le Nouvel Observateur

août 20 2009

La richesse à crédit

Par Laure Delesalle

Pour la première fois dans l’histoire de l’économie mondiale, le déficit budgétaire et commercial des Etats-Unis atteint une ampleur colossale. Pour certains, la situation économique du pays est comparable à une bombe à retardement. Pour d’autres, la croissance économique américaine et la force du dollar contrebalancent les effets néfastes de ces pertes. Face à ce déficit abyssal de l’Amérique, quels sont les scénarios d’avenir ? Comment ce problème va-t-il évoluer ? De New York à Seattle, Laure Delesalle a enquêté, rencontrant spécialistes et simples citoyens.

  

riches-922a5

 

août 15 2009

Les conséquences dramatiques des délocalisations

La mondialisation libérale consiste principalement en la suppression de toute entrave à la circulation des marchandises et des capitaux, rendant possible les délocalisations, les chantages à l’emploi, et les profits sans précédent des multinationales. Au risque de causer la désindustrialisation et le déclin géopolitique des pays occidentaux…

 

png_dessin429_titom_crise_capitalistes_unis

  

Faire baisser le « coût du travail »

Pour maximiser le profit des entreprises, la solution la plus facile et la plus efficace est de faire baisser le « coût du travail ». Il existe d’autres moyens pour accroître les profits (l’innovation, la recherche et développement…), mais leurs résultats sont incertains et ne peuvent être obtenus qu’à long-terme, alors que la réduction du « coût du travail » permet de générer une augmentation des profits de façon certaine et immédiate.

La baisse du « coût du travail » est obtenue en réduisant les salaires et les charges sociales, et en augmentant le temps de travail.

Et pour que les salariés acceptent des conditions moins avantageuses, il est nécessaire d’augmenter la concurrence sur le marché du travail.

 

Le but central de la mondialisation: augmenter la concurrence sur le marché du travail

Les délocalisations et les chantages à l’emploi ont révélé l’objectif principal de la « mondialisation »: instituer un nouvel esclavage en mettant en concurrence directe les salariés de tous les pays, grâce à la suppression des barrières douanières et des restrictions à la circulation des capitaux.

A travers une série d’accords internationaux (établis depuis 1995 dans le cadre de l’OMC), cette déréglementation a permis aux multinationales de dissocier totalement le lieu de production du lieu de vente, en délocalisant les usines en Chine pour vendre les produits en Amérique du Nord ou en Europe, là où se trouvaient les consommateurs et le pouvoir d’achat.

Au début, les délocalisations ne concernaient que les emplois industriels. Aujourd’hui, elles touchent tous les secteurs, y compris le tertiaire (comptabilité, services informatiques, call-centers…) la haute technologie, ou la recherche et développement.

Les délocalisations continueront tant que les entreprises auront le moindre profit à y gagner, c’est à dire tant que le salarié européen ou nord-américain n’aura pas accepté les mêmes conditions que le salarié chinois, en travaillant 70 heures par semaine, 6 jours sur 7, avec une semaine de vacances par an, sans protection sociale, le tout pour un salaire de moins de 150 euros par mois.

Certains espèrent qu’avec le temps, les salaires des pays émergents rejoindront ceux des pays occidentaux. Mais cet espoir est illusoire tant que l’absence de démocratie dans les pays émergents empêche toute revendication sociale pour l’amélioration des salaires et des conditions de travail. De même, tant que la surpopulation assure une surabondance de main d’oeuvre disponible, l’égalisation des conditions de travail et des salaires ne peut se faire que par le bas.

Cette baisse massive et durable du coût du travail pour les entreprises rend moins utiles les investissements dans la robotisation des moyens de production, les esclaves coûtant encore moins cher que les robots. Ainsi, les usines délocalisées en Europe de l’Est ou en Chine ressemblent aux usines des années 70, avec un retour au travail à la chaine des ouvriers.

 

Paupérisation et enrichissement

La paupérisation des consommateurs occidentaux pourrait sembler être un mauvais calcul de la part des multinationales, car au bout du compte, la baisse des revenus entraînera l’effondrement de la consommation. Mais en réalité, dans les prévisions des multinationales, la consommation globale ne sera pas affectée. Tout d’abord parce que l’appauvrissement des classes moyennes est compensée par un enrichissement sans précédent des « classes supérieures » qui profitent à plein du libéralisme. Ces 10 dernières années, pendant que les classes moyennes s’appauvrissaient, le revenu des 1% les plus riches n’a jamais autant augmenté. Ce que les uns ont perdu, les autres l’ont gagné, selon le principe bien connu des vases communicants.

Par ailleurs, la baisse de la consommation des classes moyennes en Occident est équilibrée par l’accroissement massif du nombre de consommateurs dans les pays émergents. Même si les revenus y sont faibles, cette faiblesse est compensée par le nombre (la population additionnée de l’Inde et la Chine est de 2,2 milliards d’habitants).

 

Le prix écologique de la mondialisation

L’intensification de la circulation des marchandises d’un continent à l’autre entre les lieux de fabrication, d’assemblage et de vente se fait au prix d’un accroissement considérable des transports (par avions, bateaux, ou camions) et donc de la pollution au CO2. Une pollution également accrue par l’entrée des pays émergents dans l’âge industriel et la « société de consommation », avec la généralisation de la voiture et du mode de vie occidental polluant.

Outre la pollution globale au CO2, les pays émergents payent au prix fort les conséquences écologiques de leur croissance économique effrénée. Les pollutions causées par les accidents industriels se multiplient en Chine, où les habitants des villes portent souvent des masques, protection dérisoire contre une pollution de l’air qui tue 400.000 chinois chaque année.

 

Epuisement et dépression collective des citoyens occidentaux

Pendant que la Chine ou l’Inde faisaient des efforts massifs et continus pour l’éducation de sa population et utilisait l’argent public de façon optimale pour développer ses infrastructures et son industrie, les dirigeants des pays occidentaux comme les Etats-Unis et la France se sont ingéniés à abrutir leur population (pour la rendre plus facilement manipulable), à affaiblir les énergies individuelles, à saboter l’éducation et les services publics (pour justifier ensuite leur privatisation), et à dilapider et détourner l’argent public.

Au moment où les citoyens devraient redoubler d’imagination et de créativité pour relever le « défi de la mondialisation », ils sont épuisés, déprimés, vidés de leur énergie par leurs dirigeants qui n’ont cessé de les vampiriser et de les brimer (au nom de la « tolérance zéro »).

L’avantage majeur dont disposait l’Occident jusqu’à présent était son avance dans les industries technologiques et culturelles. L’épuisement des énergies, l’abêtisation, et une société de plus en plus étouffante et répressive ont affaibli les capacités d’innovation et réduit les atouts des pays occidentaux, en voie d’être rattrapés puis dépassés par la Chine, l’Inde, et d’autres pays émergents.

 

Désindustrialisation et déclin de l’Occident

Les délocalisations représentent un danger stratégique pour les pays occidentaux, en particulier pour les pays européens. L’affaiblissement des secteurs industriels entraîne à sa périphérie celui des « services à l’industrie », de la recherche et développement, et finalement des sièges sociaux qui tendront à se rapprocher des nouveaux centres de production et de consommation. Bientôt le savoir-faire ainsi que la capacité d’initiative seront perdus dans un ensemble de secteurs dont certains sont essentiels pour le rang que ces pays souhaitent occuper dans le monde. La puissance géopolitique et militaire repose sur la puissance économique et technologique. Une fois appauvris et désindustrialisés, les pays occidentaux devront renoncer à leur leadership mondial, au bénéfice des actuels « pays émergents », au premier rang desquels se trouvent la Chine et l’Inde.

Les Etats-Unis et surtout l’Europe de l’Ouest sont en voie de désindustrialisation (d’où la stagnation du PNB européen, avec une croissance inférieure à 2% par an contre 12 à 14% pour la Chine). Depuis 10 ans, les capitaux occidentaux se sont investis massivement en Chine, avec pour conséquence des infrastructures et un appareil productif vieillissant dans les pays occidentaux où les investissements ont manqué. Les villes et les usines des pays émergents sont souvent plus modernes que dans les pays européens désormais en voie de sous-développement, tandis que les anciens « pays en voie de développement » sont en train de devenir les pays riches des prochaines décennies. Bientôt, les rôles seront inversés, et les citoyens européens réduits à la misère deviendront les esclaves qui fabriqueront à bas coût les produits consommés en Chine.

L’ironie du sort, c’est que ce sont les « forces vives » du capitalisme (les entreprises) qui sont en train de transformer la Chine en superpuissance, alors que c’est la dernière grande dictature communiste de la planète.

Car la Chine est toujours dirigée par un parti unique, sans élections libres, et ses dirigeants ont toujours affirmé que la phase actuelle n’était qu’un moyen transitoire pour parvenir à la victoire du « socialisme ».

Les dirigeants chinois ont parfaitement mis en pratique la stratégie des arts martiaux et de la sagesse orientale: utiliser la force de l’adversaire contre lui-même.

La Chine a analysé méthodiquement les faiblesses de l’Occident, en identifiant parfaitement le point faible principal, à savoir l’incroyable cupidité des multinationales et le dévoiement du pouvoir politique par les élites économiques. La Chine a peut-être aussi été inspirée par cette citation de Lénine: « Les capitalistes étrangers font tout pour l’argent. Ils essaient même de nous vendre la corde avec laquelle nous les pendrons. »

Le 21è siècle sera donc asiatique, et les deux premières puissances économiques mondiales seront la Chine et l’Inde. Après avoir dillapidé leurs ressources dans les guerres, détestés du monde entier, les Etats-Unis seront sur la voie du déclin, sauf si ils décident une guerre nucléaire contre la Chine pour sauvegarder leur position dominante. Quant à l’Europe, elle est durablement affaiblie par un élargissement sans fin, par les délocalisations, et par l’impuissance économique volontaire des états.

 

Consommateurs irresponsables

Les délocalisations n’auraient pas été possibles sans l’inconscience et l’irresponsabilité des consommateurs qui achètent des produits sans se soucier des conditions de production et de leurs conséquences.

Les citoyens ont encore le moyen de mettre en échec les délocalisations en boycottant totalement les productions délocalisées, ce qui implique une grève quasi totale de la consommation de produits manufacturés (produits électroniques et informatiques, vètements, chaussures, articles de sport, de jouets, etc). Le lieu de fabrication est indiqué sur les produits. La mention « made in PRC » (signifiant « Popular Republic of China ») est souvent utilisée pour dissimuler l’origine chinoise au consommateur non-averti.

Pour être efficace, cette grève doit avoir lieu tant que les consommateurs occidentaux représentent encore la part majoritaire du chiffre d’affaire des multinationales.

 

Restaurer les barrières douanières

Chaque pays est dans une situation différente, avec une culture et une histoire différentes. Il est donc normal que les systèmes sociaux soient différents. De même qu’une cellule est pourvue d’une membrane pour maintenir les conditions nécessaires à son milieu intérieur, la seule manière pour un pays de sauvegarder son système social est d’établir des barrières douanières, pour équilibrer les conditions économiques différentes des pays d’où proviennent les produits importés.

Il n’existe donc que deux solutions pour mettre fin aux délocalisations et au déclin industriel des pays occidentaux: l’alignement des conditions sociales sur celles en vigueur dans les pays émergents, ou bien, le rétablissement des barrières douanières proportionnellement aux différences de salaires, de droits sociaux, et de législation environnementale.

 

Dernier moment pour agir

La période actuelle est le dernier moment pour agir. Il n’y aura en effet plus de retour en arrière possible lorsque les machines, les capitaux, et le savoir-faire seront partis ailleurs. Il sera également trop tard lorsque la capacité d’action des états (et donc des citoyens) aura été totalement neutralisée par les accords multilatéraux, les traités européens, et surtout, par l’effet conjugué de l’endettement (dont le remboursement représente déjà le quart des dépenses de l’état en France) et de la réduction des recettes de l’état, du fait de la désindustrialisation et de l’appauvrissement des salariés.

 

Coût de la main d’oeuvre dans l’industrie manufacturière en dollar par heure, charges sociales incluses:

 

1990      1995      2000      2001
Etats-Unis
14,9        17,2      19,7         20,3
Japon
12,8       23,8       22,0        19,6
Europe des 15
17,2       21,8       18,5         18,4
Allemagne
    -           30,3      23,0         22,9
Royaume-Uni
12,7       13,8       16,4          16,1
France
15,5       19,4       15,7          15,9
Italie
17,5       16,2         14,0        13,8
Espagne
11,4        12,8        10,8         10,9
Pologne
  -            2,8        4,1             -
Hongrie
  -            2,6       3,4             -
République tchèque
 -            2,2          3,0              -
Corée
3,7         7,3            8,5             8,1
Hong Kong
3,2         4,9            5,6             6,0

Taiwan
3,9         5,9            5,9             5,7
 

Chine
  -           -           0,5            0,4

Inde
  -            -            0,3            0,3

Brésil
  -          -            3,6           3,0

Mexique
1,6        1,7          2,1               2,3

 

Source des chiffres: Ministère américain du Travail

 

L’entreprise vampire

À cause de leur inefficience croissante, les grandes entreprises ne sont plus capables de créer de la valeur, mais seulement « d’aspirer » la richesse des autres acteurs économiques, du corps social, et des états…

Pour satisfaire les exigences des marchés financiers, les entreprises doivent afficher une croissance annuelle des bénéfices d’au moins 20%. Pour la plupart des entreprises, une telle performance est impossible avec une croissance économique globale qui n’est que de 2 à 4%.

De plus, à cause leurs méthodes de gestion (downsizing, pression constante sur les salariés, recherche de la rentabilité immédiate, encouragement du conformisme et refus du risque…) les entreprises sont devenues incapables de créer la vraie valeur économique, qui naît de l’innovation, dont les matières premières sont l’intelligence, l’imagination, l’anticonformisme, et le temps.

Faute de créer des richesses sur un rythme de 20%, les entreprises doivent donc augmenter leurs profits en « aspirant » de la richesse supplémentaire qui est prélevée sur la nature et sur les autres acteurs économiques, c’est à dire au détriment du reste de la société et de la véritable richesse du monde.

Les entreprises prélèvent de la richesse sur les salariés par une réduction des salaires et des avantages sociaux, ou en exigeant une plus grande quantité de travail pour le même salaire, ou encore par les « restructurations » et les « délocalisations », c’est à dire en remplaçant les salariés occidentaux par des esclaves du Tiers-Monde. La misère dans laquelle sont plongés les chômeurs et les sans-abris est le résultat d’un transfert de richesse, selon le principe des vases communicants.

Les entreprises prélèvent aussi de la richesse sur leurs clients en augmentant les prix et en abaissant la qualité des produits et des services, ou bien sur leurs fournisseurs en exigeant des prix toujours plus bas, et en organisant la baisse des cours des matières premières minières ou agricoles.

Les entreprises prélèvent également de la richesse sur la nature et sur les populations qui ont été spoliées de leurs terres ou de leurs ressources, condamnés à rejoindre les bidonvilles et à devenir esclaves dans les « ateliers de la sueur » des multinationales.

Enfin, les entreprises prélèvent de la richesse sur les états, c’est à dire sur les contribuables, en obtenant toujours davantage de subventions injustifiées et d’exonérations de cotisations sociales ou d’impôts, tout cela grâce au « lobbying » et au contrôle des partis politiques par des organisations et réseaux occultes qui transforment les gouvernements en serviteurs d’intérêts particuliers au lieu de l’intérêt général.

Les entreprises prétendent « créer des richesses ». En réalité, leurs profits ne sont qu’un tour de passe-passe, réalisé en oubliant de comptabiliser le coût des destructions, de la pollution et du malheur humain qui auront été nécessaires pour permettre les « profits ». Pour les entreprises, tous ces coûts ont une valeur nulle. Une autre erreur délibérée est la sous-estimation du coût réel des ressources naturelles utilisées. Si tous ces coûts étaient pris en compte, il y aurait un chiffre astronomiquement négatif dans la colonne « profit » des entreprises. En vérité, les entreprises devraient être rebaptisées « centre d’esclavage et de nuisance »…

Mais à long-terme, un capitalisme qui ne respecte pas l’homme et l’environnement se condamne lui-même. Comme un virus ou un cancer, le capitalisme-vampire est en train de tuer son support, la Terre, son écosystème, et ses habitants.

 

Citation

« Je définirais la mondialisation comme la liberté pour mon groupe de s’implanter où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales. »

Percy Barnevick, PDG d’ABB, 1995

 

Les salaires des patrons

Alors que l’on demande au citoyen ordinaire de travailler plus pour un salaire de misère, dans une précarité généralisée, et sous la menace permanente d’une « restructuration » ou d’une délocalisation », les entreprises engrangent des bénéfices record. Le bénéfice net totalisé par les 40 plus grandes entreprises françaises a été de 57 milliards d’euros en 2004. Mais le coût humain de ces profits n’a pas été chiffré.

Pendant que les salariés s’appauvrissent, les dirigeants de ces entreprises s’octroient des augmentations souvent à deux chiffres, alors même que leur salaire est déjà 500 fois supérieur au salaire moyen de leurs employés…

Pour exemple, voici le salaire des patrons des 40 entreprises françaises du CAC 40, le principal indice de la Bourse de Paris. (chiffres 2003)

 

Nom du PDG

Entreprise

Salaire annuel

Variation annuelle

 

Lindsay Owen-Jones

L’Oréal

6.570.000 euros

+ 4,9 %

 

Edouard Michelin

Michelin

4.260.000 euros

+ 146 %

 

Antoine Zacharias

Vinci

3,020.000 euros

 

Daniel Bernard

Carrefour

2.960.000 euros

+ 11 %

 

Daniel Bouton

Société générale

2.950.000 euros

+ 63 %

 

Igor Landau

Aventis

2.770.000 euros

+ 38 %

 

Patrick Le Lay

TF1

2.590.000 euros

+ 66 %

 

Thierry Desmarest

Total

2.520.000 euros

+ 5 %

 

Frank Riboud

Danone

2.490.000 euros

+ 3,9 %

 

Martin Bouygues

Bouygues

2.420.000 euros

+ 25 %

 

Jean-René Fourtou

Vivendi Universal

2.250.000 euros

 

Jean-François Dehecq

Sanofi-Synthélabo

2.100.000 euros

+ 10,5 %

 

Henri de Castries

Axa

2.090.000 euros

+ 57 %

 

Philippe Camus

EADS

2.060.000 euros

+ 13 %

 

Louis Schweitzer

Renault

1.970.000 euros

+ 19 %

 

Bernard Arnault

LVMH

1.930.000 euros

+ 35 %

 

Patrick Ricard

Pernod Ricard

1.880.000 euros

- 20 %

 

Serge Weinberg

PPR

1.860.000 euros

+ 7,2 %

 

Bertrand Collomb

Lafarge

1.780.000 euros

+ 26 %

 

Gérard Mestrallet

Suez

1.770.000 euros

- 22 %

 

Christian Couvreux

Casino Guichard

1.750.000 euros

+ 4 %

 

Michel Pébereau

BNP Paribas

1.720.000 euros

- 13 %

 

Jean-Louis Beffa

Saint-Gobain

1.660.000 euros

+ 3,7 %

 

Benoît Potier

Air liquide

1.640.000 euros

+ 27 %

 

Jean-Martin Folz

Peugeot

1.620.000 euros

- 15 %

 

Henri Proglio

Veolia Environnement

1.610.000 euros

+ 23 %

 

Jean-Marc Espalioux

Accor

1.530.000 euros

- 5 %

 

Serge Tchuruk

Alcatel

1.530.000 euros

+ 0,4 %

 

Arnaud Lagardère

Lagardère

1.430.000 euros

 

Pierre Richard

Dexia

1.410.000 euros

+ 6,4 %

 

Thierry Breton

France Télécom

1.340.000 euros

 

Henri Lachmann

Schneider Electric

1.320.000 euros

+ 50 %

 

Paul Hermelin

Cap Gemini

1.210.000 euros

+ 32 %

 

Denis Ranque

Thales

1.170.000 euros

+ 26 %

 

Pasquale Pistorio

STMicroelectronics

1.090.000 euros

- 9 %

 

Charles Dehelly

Thomson

960.000 euros

 

Jean-Philippe Thierry

AGF

890.000 euros

- 10 %

 

Guy Dollé

Arcelor

780.000 euros

 

Pierre Bellon

Sodexho Alliance

640.000 euros

+ 17 %

 

René Carron

Crédit agricole

250.000 euros

 

Source: Syti.net