La guerre à la frontière yémeno-saoudienne s’intensifie

 

De rares portraits de soldats, chahids (martyrs) tombés au combat, affichés à l’arrière de voitures, les brefs rugissements des Mig-21 en partance pour les positions des rebelles, quelques points de contrôle militaires dressés la nuit tombée sur les axes principaux de la ville, la guerre du Nord se fait discrète à Sanaa. Le huis clos imposé par les autorités yéménites, qui interdisent au nom de la sécurité l’accès aux provinces montagneuses frontalières de l’Arabie saoudite qu’elle a pour théâtre, continue de faire son oeuvre.

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Quatre ans après son déclenchement dans la région de Saada, cette guerre entrecoupée de trêves ne cesse de gagner en intensité. Elle menace de gangrener un Etat dont la population, surarmée par tradition, compte parmi les plus pauvres de la planète, et où un puissant système tribal n’a de cesse de défier le pouvoir central incarné par le président Ali Abdallah Saleh.

Le 4 novembre, les combats qui ont repris à la mi-août se sont étendus pour la première fois en territoire saoudien. Accusés d’avoir attaqué une patrouille et tué un soldat au cours d’une incursion au-delà de la frontière, les fidèles du chef rebelle Abdel Malik Al-Houthi ont été la cible d’une offensive de l’armée du puissant voisin. Une escalade qui ne fait qu’officialiser le soutien de l’Arabie saoudite au président Saleh. La rébellion houthiste dénonce depuis longtemps l’autorisation accordée aux chasseurs-bombardiers yéménites d’utiliser l’espace aérien du royaume pour tenter de la prendre à revers.

Samedi 7 novembre, le président yéménite, coutumier des formules à l’emporte-pièce, s’est engagé à en finir au plus vite avec les rebelles, affirmant que les opérations militaires menées au cours des cinq phases précédentes n’étaient qu’un « échauffement ».

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Les militaires saoudiens utilisent des bombes au phosphore pendant des raids nocturnes, selon la chaîne de télévision Al-Alam

« Encercler les rebelles »

Energique et sobre, le vice-premier ministre chargé du secteur stratégique de la sécurité, Rashad Al-Aleimi, qui reçoit dans un bureau austère au coeur de la capitale yéménite, se montre plus prudent. « Il va nous falloir du temps, l’objectif est d’encercler les rebelles, d’empêcher leur ravitaillement en armes, de les affaiblir au point qu’ils seront obligés de s’arrêter, assure-t-il. Nous, nous voulons la paix, mais ils ont toujours refusé les mains tendues. » Pour le vice-premier ministre, il ne fait pas de doute que la rébellion houthiste « a un agenda iranien ». « Ce qu’elle veut, dit-il, c’est se tailler un territoire entre les Saoudiens et nous, avec un accès à la mer, exactement comme le Hezbollah libanais », dans une zone particulièrement stratégique qui permettrait d’étendre l’influence iranienne au Moyen-Orient.

Alors que les autorités ont fait grand cas, le 26 octobre, de l’arraisonnement en mer Rouge d’un navire iranien chargé d’armes destinées, selon elles, aux rebelles, M. Aleimi assure ne pas disposer d’éléments permettant d’accuser directement Téhéran. Dans les cercles du pouvoir, certains affirment en revanche être convaincus de la présence de houthistes dans les camps d’entraînement du Hezbollah, notamment pendant la guerre contre Israël, à l’été 2006.

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Photographie de الوعد الصادق issue du forum Mecanopolis

Il n’était pourtant question ni de Riyad ni de Téhéran en 2005, lors de la tentative d’arrestation d’un ancien député influent, Hussein Al-Houthi, qui a déclenché la guerre de Saada. Ce dernier était alors accusé d’alimenter des tensions confessionnelles entre la communauté zaïdite dont il était issu (une forme particulière du chiisme) et un courant salafiste qu’il jugeait agressif et encouragé par le pouvoir. Le président Saleh était également indisposé par les slogans hostiles aux Etats-Unis et à Israël clamés par les houthistes.

Un haut responsable yéménite, issu d’une grande famille du pays et s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, juge fondée la thèse selon laquelle Hussein Al-Houthi visait la restauration d’un pouvoir à la fois politique et spirituel millénaire, l’imamat, mis à bas dans les années 1960 avec l’instauration de la république au Yémen du Nord. Après la mort au combat de Hussein, en 2005, le flambeau a été repris par son frère Abdel Malik, et la guerre du Nord s’est enkystée.

La perpétuation de combats de plus en plus destructeurs et leur extension aux provinces proches de celles de Saada font que la guerre semble désormais alimentée par sa propre dynamique, nourrie par une somme d’intérêts convergents. Tout d’abord les dissensions entre deux grandes confédérations tribales, les Bakil et les Hashid, ces derniers étant traditionnellement proches du pouvoir. Puis l’essor d’une économie de guerre, avec une dimension parfois baroque lorsque l’un des plus importants des nombreux marchands d’armes du Yémen, Fares Manna, figure parmi les personnalités chargées des médiations entre les houthistes et les autorités. Haut responsable d’une formation zaïdite, le Parti du droit, Hassan Zeid, qui reçoit dans son mafraj (salon) au coeur de la vieille ville de Sanaa, juge enfin que si les houthistes « se battent pour se défendre parce que c’est leur seul moyen de survie », la guerre permet accessoirement au président d’affaiblir le responsable militaire de la région Nord, le puissant Ali Mohsen Al-Ahmar, pour le plus grand profit de son propre fils Ali Ahmad, chef des forces spéciales et de la garde républicaine, qu’il promet à un brillant avenir.

Sur le même sujet, lire les articles du site La Voix des Opprimés


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Les militaires saoudiens utilisent des bombes au phosphore pendant des raids nocturnes, selon la chaîne Al-Alam
 

2 Responses to “La guerre à la frontière yémeno-saoudienne s’intensifie”

  1. Les massacres d’enfants menés par le Yemen sont terribles et inadmissibles. Les photos rapportées sont cruelles et répugnantes. Les opérations militaires doivent tenter d’éviter de telles atteintes humanitaires et devraient mobiliser les teneurs de la moralité.
    Les fidèles d’Abdel Malik Al-Houthi n’ont pas de chance. Le Yemen n’est pas Israël.Sinon le monde entier se serait mobilisé en leur faveur. Ici le Yemen, voir l’Arabie Séoudite, pourront larguer en toute quiétude des gaz ou des bombes au phosphore, l’opinion public mondiale, occidentale et musulmane, ne s’en offusquera pas.
    Abdel Malik Al-Houthi aurait dû y penser à deux fois, avant de défier le pouvoir central yéménite. Il n’est pas Arafat qui s’était rendu compte et avait confié que sa cause avait la chance d’être confrontée à Israël et non pas à un autre pays.

     
    • Joshoua
  2. Il est assez étonnant de ne pas encore avoir entendu une réaction américaine et/ou française à l’escalade de ce conflit implicant des ingérences iranienne et libanaise du Hezbollah. Surtout d’après le site  » Pour convaincre, la vérité ne suffit plus  » qui rapporte : « [i]Par ailleurs, selon le président yéménite Ali Abdullah Saleh, le 7 novembre, la « vrai guerre » contre les rebelles a juste commencé depuis deux jours (les réfugiés apprécieront). Lors d’un discours d’inauguration du Yemen liquefied natural gas project, dont Total est partie prenante, il a affirmé que les combats iraient jusqu’à leur terme pour rétablir la sécurité et la stabilité que nécessite ce projet. C’est donc très clair, l’offensive actuelle est indispensable pour sécuriser les exportations de gaz.[/i] »

     
    • Bao
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