Pour une alliance eurasienne contre les USA
Écrivain, activiste politique et figure du nationalisme russe contemporain, Alexandre Douguine – le fondateur du Mouvement eurasiste international- est un théoricien qui a beaucoup d’audience dans les cercles dirigeants russes qui défendent une ligne dure. Il préconise une alliance entre l’ancienne Union soviétique et le Moyen-Orient pour rivaliser avec l’Alliance atlantique. Il affirme que la crise géorgienne pourrait être le départ d’un vrai conflit avec les USA.
Comment estimez-vous la place de la Russie dans le monde aujourd’hui et comment, selon-vous, la Russie devrait-elle se comporter vis-à-vis à l’Occident ?
Tout d’abord, je dois préciser que je suis favorable à un monde multipolaire. Je pense que la prétention des USA à être l’unique pôle du monde est totalement erronée, immorale et inacceptable par les autres grands centres de pouvoir.
Nous autres, russes, sommes en faveur de la création de grands espaces politiques. De quelques grands espaces auto-centrés, au lieu de la domination d’un seul centre de pouvoir, les USA. Nous pensons que la Russie doit être à l’avant-garde de ce processus.
Nous considérons – non seulement moi-même, mais nos chefs politiques – qu’en Géorgie, Saakachvili non seulement a commis un crime, mais aussi qu’il a testé ce qu’il y a derrière les déclarations russes, derrière les protestations russes contre la domination américaine. Ses maîtres désiraient tester jusqu’à quel point nos déclarations et protestations étaient seulement des paroles et voir ce que la Russie pouvait opposer directement en terme d’actes concrets.
Nombreux sont ceux qui, en Occident, croient que Moscou a provoqué délibérément la confrontation autour des républiques sécessionnistes de Géorgie. Qui est, pour vous, le responsable du conflit armé ?
C’était trop risqué pour nous d’être à l’origine d’un tel affrontement. Et je pense aussi, connaissant Poutine et Medvedev, qu’ils voulaient à tout prix éviter une confrontation directe avec les États-Unis.
Leur idée était qu’ils devaient gagner du temps pour préparer la Russie à attaquer les États-Unis, ou à supporter une attaque possible de ceux-ci, et qu’ils avaient besoin de dix ans pour cela. La réaction de Poutine et de Medvedev a été telle uniquement parce qu’ils ont considéré ce qui venait de se passer comme une provocation inacceptable des Géorgiens. Et ce fut bien une réaction, non pas une offensive stratégique planifiée… Poutine et Medvedev n’étaient pas prêts à initier par eux-mêmes, de leur propre volonté, une telle situation et une guerre difficile qui ne semble pas devoir se terminer. En tant qu’analystes politiques nous savions que nous pouvions faire éclater une telle guerre, mais que celle-ci n’aurait pas de fin.
Quoiqu’on puisse en croire, nous sommes actuellement très loin de la fin de la guerre. Nous sommes seulement au début d’une confrontation, entre nous et les Américains, qui peut être très dangereuse pour tous.
Quelle est l’idée stratégique qui se cache derrière la reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud ? La Russie est, jusqu’à maintenant, très seule dans cette reconnaissance…
D’abord, par cette mesure la Russie a confirmé sa volonté d’aller jusqu’au bout dans ce conflit… Ce fut une sorte de démonstration de notre volonté sérieuse et profonde de persévérer dans notre position.
Ensuite, nous avions besoin de fournir une explication juridique à ce que nos forces armées faisaient sur le territoire géorgien. Maintenant, avec cette reconnaissance, notre position est plus claire.
Concernant la reconnaissance, je pense que si la Russie reste ferme dans cette confrontation, si elle continue cette démonstration de puissance, d’autres pays reconnaîtront, petit à petit, pas à pas, l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.
Cela ne veut pas dire qu’à partir de maintenant nous reconnaîtrons toutes les républiques séparatistes. Absolument pas. Nous reconnaîtrons uniquement les républiques séparatistes qui seront géopolitiquement de notre côté – soit de notre côté, soit du côté de nos amis – et opposées aux États-Unis.
Les États-Unis n’ont cessé de nous donner en exemple cette double moralité. Ils reconnurent le Kosovo pro-américain et ils ne reconnaissent pas l’ Ossétie du Sud et l’Abkhazie, car ce sont des pays anti-américains et pro-russes. Ils ne se sont pas souciés de l’intégrité de la Serbie, mais ils défendent l’intégrité de la Géorgie.
Comment les Russes voient-il le développement de relations amicales entre les États-Unis et les anciennes républiques soviétiques telles que l’Ukraine et la Géorgie ?
Nous les voyons comme une déclaration ouverte de guerre psychologique, géopolitique et économique.
Poutine était pro-occidental au début. Il était pro-américain. C’était la raison pour laquelle nous critiquions sa politique. Par exemple, après le 11 septembre nous étions opposés à l’aide qu’il apporta aux États-Unis.
Mais petit à petit, il s’est trouvé confronté avec des interlocuteurs niant tous les intérêts russes. Avec les néo-conservateurs, avec Richard Perle et Dick Cheney, nous étions toujours coopératifs. « Nous signerons ceci, c’est parfait. »
Pas à pas, avec l’économie et le commerce des ressources énergétiques, nous avons finalement trouvé la force et la volonté de réagir contre cette guerre. Parce que cette guerre nous ne la désirions pas. C’était un défi. Elle nous était imposée par les États-Unis.
Nous considérons que dans la totalité de l’espace post-soviétique – sauf dans les États baltes – nous sommes dans une zone civilisationnelle eurasienne, et non pas dans une zone européenne, ou occidentale. Tenter de faire sortir ces espaces hors de notre contrôle, de notre alliance ou de nos relations spéciales avec eux – basées sur l’histoire – était une attaque, une déclaration de guerre. Ce n’est pas, comme les Américains aiment à le dire, une compétition… Ce n’était pas perçu comme une compétition mais comme un acte d’agression, comme celles de Napoléon ou d’Hitler.
Quand la Russie fit face à un mouvement séparatiste en Tchétchénie, elle réagit avec une opération militaire de grande ampleur et une attaque aérienne qui laissa Grozny en ruines. Pourtant Moscou a été prompte à critiquer Tbilissi d’avoir lancé une opération militaire dans sa république dissidente, ne s’agit-il pas d’un double langage ?
Oui, tout à fait… C’est répondre à une double morale par une double morale. Je suis d’accord avec vous.
Si on se comporte ainsi, où le cercle vicieux se termine-t-il ?
Les États-Unis se conduisent comme une source unique de référence qui a le pouvoir de définir ce qui est bon et ce qui est mauvais… Cela ne s’arrêtera jamais si on ne dit : « Mettez un terme à cela »… Ainsi la Russie devait clairement exprimer : « Arrêtez cela ou vous vous en repentirez. Peut-être que nous aussi nous nous repentirons, mais vous c’est certain que vous vous repentirez. Donc, arrêtez cela. »
Vous avez été interdit de séjour en Ukraine. Croyez-vous que l’Ukraine va rejoindre l’Otan et si tel est le cas comment réagira la Russie ?
Je pense que la majeure partie de la population Ukrainienne ne désire pas entrer dans l’Otan. La majorité de la population, après l’affaire géorgienne encore plus qu’avant, désire avoir de bonnes relations avec la Russie. L’entrée dans l’Otan signifierait la fin complète de toutes relation et une confrontation réelle et dure.
La moitié de la population ukrainienne se considère comme étant russe – politiquement, géopolitiquement, culturellement, ethniquement, etc.
On ne peut donc pas exclure une division territoriale de l’Ukraine si un compromis n’est pas trouvé entre les parties.
Le président Ioutchenko s’est emporté contre moi, exigeant que je sois expulsé et que l’on m’interdise à l’avenir d’entrer dans son pays. Je pense que c’est son droit. Il dirige un État souverain… Mais je pense qu’en faisant ainsi il a montré son peu de respect pour les ukrainiens qui ne partagent pas son point de vue. En effet, mes idées sont très populaires en Ukraine orientale et en Crimée et il y a beaucoup, des centaines de milliers, de citoyens qui y sont partisans du mouvement eurasiste.
Si l’Ukraine devait entrer dans l’Otan, qu’elle serait, à votre avis, la réaction russe ?
Je pense que la réaction russe serait de soutenir un soulèvement dans les parties orientales et en Crimée et je n’exclue pas l’entrée de notre armée dans ces régions, comme dans le scénario ossète.
Mais, ce qui fait la différence c’est que la moitié de la population ukrainienne est russe, et qu’elle se considère comme étant opprimée au niveau des valeurs, de la langue et des choix géopolitiques faits par le gouvernement, complètement contre sa volonté. Ainsi, je ne crois pas que, dans ce cas, une intervention directe des forces russes serait nécessaire. Je pense qu’à la veille de l’entrée dans l’Otan il y aura des émeutes et que l’Ukraine se divisera en deux parties.
Que pensez vous qu’il arriverait si l’Ukraine devait interdire à la flotte russe de la Mer noire le port de Sébastopol ?
Je crains qu’il pourrait y avoir un conflit armé, parce que maintenant nous avons gagné en confiance en nous.
Nous sommes prêts à continuer en Géorgie. Nous n’en avons pas fini en Géorgie. La situation est loin d’être réglée. Il nous faut la tête de Saakachvili. Nous le considérons comme un agresseur et l’auteur de crimes de guerre.
Je pense que notre armée et nos chefs politiques sont moralement tout à fait prêts à hausser le ton avec le leader ukrainien parce que nous le considérons comme étant un complice de Saakachvili.
Dans le passé, vous avez parlé de l’Iran comme d’une alternative à la puissance américaine. Voyez-vous toujours Téhéran sous ce jour ?
Je pense que l’Iran doit et peut être un allié de la Russie… En travaillant avec l’Iran, en échangeant des armes, des ressources naturelles et en organisant le transport de celles-ci en Eurasie, en combinant nos efforts stratégiques, militaires, économiques et énergétiques – nous pourrions créer une force réelle qui pèserait tout le Moyen Orient… et au-delà.
Nous avons des intérêts communs avec les Iraniens, parce que je considère que mettre un terme à l’unipolarité américaine est actuellement la chose la plus importante, le but absolu… Les partis pro-occidentaux en Russie et leurs relais dans le gouvernement russe, soutiennent que l’Iran, étant fondamentaliste, pourrait, à un certain moment, nous agresser. Mais c’est de la propagande contre les Iraniens faites par les forces pro-américaines, pro-occidentales à Moscou.
Votre opinion sur Vladimir Poutine a fluctuée…
Dans le passé, j’ai beaucoup apprécié ses mesures concrètes pour renforcer l’ordre politique en Russie, pour se débarrasser des oligarques, pour diminuer l’influence des Occidentaux et sauver l’unité territoriale russe dans l’affaire Tchétchène.
Mais dans le même temps, je constatais qu’il était entouré de politiciens, de conseillers et d’experts pro-occidentaux et c’était la raison principale de mes critiques envers lui.
Mais je pense que maintenant, après l’intervention militaire russe en Géorgie du 8 août, Poutine et Medvedev ont franchi le point de non-retour. Ils ont montré que leur décision de mettre leurs paroles en pratique est irréversible. Aussi mon soutien à Poutine et Medvedev est maintenant absolu.
J’étais déçu par Medvedev, parce que je considérais qu’il était la revanche des libéraux. Mais il a prouvé qu’il était un vrai patriote russe et un homme d’État.
La Russie ne risque-t-elle pas trop en adaptant cette position ? De nombreux analystes se demandent si la Russie a une force militaire et une stabilité économique suffisante pour risquer l’isolement.
La Russie ne sera pas isolée – ni de l’Europe ni de l’Asie. Des États-Unis peut-être, mais cela ne signifie pas grand chose pour nous.
Cet entretien été accordé par Alexandre Douguine au quotidien Los Angeles Times du 4 septembre 2008. Il a été traduit et adapté par Evrasia




oui au retablissement oppere par poutine contre ceux qui voulait brader la russie au capitalisme a la resistance contre l’intrusion americaine en ossetie et la tentative en ukraine, on peut reprocher a poutine sa passivite pour aider la serbie. je regrette que cet interlocuteur ne se considere pas comme partie prenante dans le concert europeen. le but absolu comme strategie ultime, me parait tres restrictif, et dangereux, resister ne necessite pas une conflagration possible dont souffirait irremediablement les peuples en voie de devellopement et je pense a l’afrique noire en particulier. avant d’employer des imperatifs si categoriques, la diplomatie est encore necessaire, meme si l’on sait que les des sont pipes. La resistance russe a paye. contre les SOROS et Cie (main des americains et des ANGLAIS qu’il ne faut surtout pas oublie). Puisque les instances dirigeantes ont enfin Comprise que la Resistance pouver produire des resultats . L’alliance avec l’ Iran pour des raisons de geo politique me parait tres tres aventureuse la soutenir officieusement pour contrecarrer les anglos saxons est naturelle, mais aller au dela trop, trop risque pour la paix du monde qui est plus importante que l’equilibre precipite du monde. Alain