Et le désert avance…
Une jeune journaliste française côtoyant un despote africain sanguinaire et mégalomane, des diplomates français animés par une raison d’état surréaliste, des agents plus ou moins secrets dominés par leur névrose, des officiers et soldats aveuglés par la pureté de leur motivation… Ceci pourrait être l’accroche d’un nouveau roman d’aventure dont l’héroïne serait le pendant féminin de Tintin. En fait, il s’agit du livre « Retour du Tchad » de Sonia Rolley, publié chez Actes Sud.
Cette dernière relate de façon PASSIONNANTE ses deux années passées de 2006 à 2008 au Tchad en tant que correspondante de RFIL
Les liens entre la France et le Tchad remontent en avril 1900, lorsque la mission menée par le commandant Lamy s’empare des rivages du Lac Tchad. Ceci permet à la France de réaliser une liaison entre les différents territoires littoraux colonisés. Une administration de la zone s’établit progressivement.
Mais surtout le Tchad est le théâtre d’une des pages mythiques de l’histoire gauloise et gaulliste. C’est en 1941 à Koufra, un bastion italien dont ils viennent de s’emparer que les hommes du Général Leclerc font le fameux serment éponyme : « Nous sommes en marche, nous ne nous arrêterons que lorsque le drapeau français flottera sur la cathédrale de Strasbourg. ».
En 1960, le pays obtient l’Indépendance. La présidence revient à François Tombalbaye, un sudiste d’origine Sara. Le pays est divisé entre ethnies arabes nomades au Nord et à l’Est, aux frontières de la Libye et du Soudan, et noires sédentaires au sud. Très vite, le pouvoir sudiste est contesté par les nordistes, qui s’organisent en une milice armée, le FROLINAT, animée par les Touranes, Hissène Habré et Goukouni Weddeye, auxquels se joignent des Zaghawa, dont le homeland se situe à cheval entre l’Est du Tchad et la région soudanaise du Darfour.
En 1969, les nordistes menacent à tel point le régime de Tombalbaye que la France se voit obligé d’intervenir. Elle ne parvient pas cependant à empêcher l’assassinat du président tchadien dans la nuit 13 au 14 avril 1975. Dès lors et jusqu’en avril 1987, on assiste à la fois à une guerre entre nordistes et sudistes mais également à des conflits internes au FROLINAT, dont Hissène Habré sort vainqueur, avec l’appui de la France. Cette dernière en 1982 déclenche l’opération Manta, s’opposant à l’avancée des troupes libyennes venues soutenir Weddeye.
Habré, qui entre temps a instauré un régime sanguinaire et despotique, est renversé en novembre 1990 par Idriss Déby, avec l’accord tacite de la France, de la Libye et du Soudan. Ce coup d’état voit l’émergence au sommet de la hiérarchie politique tchadienne de l’ethnie Zaghawa. Déby, fort de l’appui français, matérialisé par les bases militaires de Ndjamena et Abéché, d’un contrôle policier permanent et de la découverte de pétrole dans le sud du pays en 2002, parvient à se maintenir au pouvoir jusqu’à ce jour. Et ce malgré les nombreuses tentatives des milices rebelles, entre autres animés par son propre neveu !
Outre ces trahisons ethniques et familiales, Déby doit faire face à l’hostilité du Soudan. Les opposants au régime de Khartoum, ont en effet trouvé refuge dans le homeland des Zaghawa, à la frontière du Darfour. Incapable de maitriser ces miliciens, Déby suscite la colère du Soudan qui décide d’armer les opposants au régime tchadien. Ces derniers, par deux fois, en octobre 2006 et février 2008, tentent de s’emparer de Ndjamena, sans succès.
C’est dans ce climat de coup d’état permanent, que Sonia Rolley, après plusieurs séjours au Sénégal, en République Démocratique du Congo et au Rwanda, dont elle se fit expulser, pose ses bagages à Ndjamena, la capitale tchadienne. Elle tisse progressivement un réseau de connaissances aussi bien dans les arcanes du pouvoir local, qu’au sein des milieux français et des milices rebelles.
Animé par une éthique sans faille, la jeune journaliste froisse très vite les autorités locales en évoquant la présence d’enfants soldats au sein de l’ANT (Armée Nationale Tchadienne), en relatant les difficultés de cette dernière à maitriser sur le terrain les miliciens rebelles ou en mettant en avant la corruption endémique du régime, aggravée par la découverte de pétrole au sud du pays.
Elle se créée également de fortes inimitiés au sein de l’Ambassade de France, notamment par son traitement de l’affaire de l’Arche de Zoé, mettant en avant les ambiguïtés de la diplomatie française.
Prise entre le marteau et l’enclume, Sonia Rolley se voit obligée de quitter le pays en 2008, à l’issue de la dernière tentative rebelle de prise de Ndjamena. Avec amertume, elle rappelle que le Quai d’Orsay est l’organisme de tutelle de son employeur RFI.
Riche de cette expérience, Sonia Rolley nous livre un témoignage passionnant sur un pays mythique, maillon central de la Françafrique, mettant en avant son amour d’un continent ravagé par l’avidité des puissances capitalistes. Elle montre paradoxalement l’attachement irrationnel de la France au Tchad, car outre la présence de sociétés dans le secteur des infrastructures, les intérêts économiques de l’hexagone sont extrêmement limités, la rare richesse du pays, le pétrole, lui échappant, exploité par un consortium américano-malaisien…
Laurence Siran, pour Mecanopolis





j’ai passé moi aussi deux ans au Tchad, mais je n’étais pas protégé par un média aux service de la françafrique. je n’ai dailleurs plus le droit d’y retourner, sinon …couic !
Nul doute que si cette demoiselle avait un tant soit peu « froissé » les « autorités » locales, elle n’aurait pas fait long feu au Tchad.
le Tchad est un bon exemple, en 2010 de la récente alliance US et France en afrique. Il était un bon exemple en 1990, de la guerre larvée US – France en Afrique. Elle dit que les intérêts de la France au Tchad sont mineurs, que dailleurs c’est les US qui exploitent le pétrole ? quelle fausse naïveté. c’est à cause de ce pétrole que la France à mit au pouvoir le sanguinaire Déby, avec l’aide de la « famille » françafricaine ». que par la suite les gisement soient exploités par les USA n’est que le symptôme mineur d’un marchandage à plus grande échelle. Et il y a des ressources minières non encore dévoilées qui sommeillent, et qui sont un enjeu caché, sans compter la position géostratégique. Sans compter le double jeu entre Tchad et Soudan mené par l’occident…….. vraiment quelle fausse naïveté encore.
on laisse des jeunes journalistes divulguer des infos que tout le monde connait, des pseudos scoop…..pour faire bonne figure. ne nous y trompons pas, le cas du Tchad est le des plus évident de la mise en coupe de l’afrique par des sociétés dont les intérêts dépassent ceux des états.
on nous ferait croire ainsi que finalement la France ne défendrait là bas qu’une bande désert stérile ??? bientôt Déby sera un démocrate ? alors qu’il est à peine un être humain !
Je pense que Sonia Rolley, puis à sa suite Laurence Siran, sont hélas victime ici d’une instrumentalisation, un simple coup dans une partie vaste et longue qui cherche à manipuler les opinions.
allons allons, les ambassades de France en Afrique contrôle de près tous les français qui s’y trouvent, surveillent les conversations téléphoniques et leurs mails.
je, nous en avons fait l’expérience, et au Tchad.
croire que Sonia Rolley avec son Thuraya dans la main a pu écrire plus d’une seule fois, dire plus d’une seule fois des choses qui auraient (réellement pour de vrai) déplu à son Ambassade est méconnaitre comment les choses se passent au Tchad en particulier, en Afrique en générale.
mettre la lumière sur de fausse révélation avec un alibi de « journaliste de terrain », pour mieux masquer la réalité. c’est une vieille pratique.
j’appelle mécanopolis à plus de vigilence et de discernement
De nombreux gaulois regrettent encore la perte de l’empire français. Frustrés de vivre en tchadiens dans l’empire U.S.
Les liens avec le tchad ne s’expliquent pas par des gains économiques. La fonction de ces liens est de conserver la puissance du fantasme. Un gain symbolique qu’il ne faut pas mésétimer.
Sonia rolley ne nous dis pas que le neveu d’idriss deby est également soutenu par la france.
Qui dit coq, dit poule. les oeufs sont placés un pas partout. sait-on jamais ?