Le général Desportes placé sur écoute avec le feu vert de l’Elysée
La dernière livraison du « Canard enchaîné » rapporte que le contre-espionnage français a enregistré, en 2009 et 2010, les conversations du patron de l’Ecole de guerre, qui ose mettre en cause l’engagement de la France en Afghanistan.
Selon l’Elysée et le ministre de la défense, la République est en danger quand un général ose émettre quelques critiques sur l’engagement de la France en Afghanistan.
A sein de l’état-major des armées, on n’ignore pas l’intérêt porté par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) aux conversations et aux relations du général Desportes. Motif de cet espionnage électronique réalisé sans l’aval d’un juge d’instruction : Vincent Desportes serait membre d’un réseau militaire clandestin baptisé « Surcouf ».
Réseau « Surcouf »
En 2008, des généraux, des amiraux et des colonels en activité ou à la retraite, tous contraints à l’anonymat, rédigent ensemble un texte qu’ils signent « Surcouf ». Puis, ils insistent auprès du Figaro pour que cette « tribune» paraisse le 18 juin. Une date choisie pour le symbole gaulliste qu’elle représente.
Ce texte taille en pièce le Livre blanc de la défense, un document concocté à l’Elysée sous l’autorité du Président. Pour le chef d’état-major des armées, l’amiral Guillaud, qui a collaboré à la rédaction de ce Livre blanc, cette prise de position dans le « Figaro » tient de l’affront personnel. Sarkozy et Guillaud, furieux et inquiets, veulent savoir combien d’officiers se cachent derrière « Surcouf ».
Deux perquisitions sont menées à l’Ecole militaire. Les locaux du Collège interarmées de défense, dont le directeur est à l’époque le général Vincent Desportes, sont « visités ». Autres bureaux perquisitionnés, ceux du Chem, « l’aile militaire » de l’Institut des hautes études de défense nationale, d’où sortiront les futures généraux. Dans les deux cas, plusieurs ordinateurs d’officiers sont embarqués, dans l’espoir de découvrir les noms des membres et amis du réseau « Surcouf ».
Une guerre dont les armées françaises ne veulent pas
Dès lors, Vincent Desportes est dans le collimateur. En 2010, il apprend que l’état-major, les ministres de la Défense, des Affaires étrangères et leurs porte-parole ont reçu, de Sarkozy, l’ordre de faire silence sur l’Afghanistan. Mais il n’en a cure.
A quelques semaines de prendre sa retraite, Desportes devient le premier officier de haut rang à mettre publiquement en cause l’engagement de la France. Dans un entretien qu’il accorde au « Monde » (daté du 2 juillet 2010), il affirme que « la situation en Afghanistan n’a jamais été pire (…). C’est une guerre américaine ». Avant de conclure : « Il faudra bien revoir la stratégie (…). L’armée américaine doute des directives de ses chefs. Tout se passe comme si le président Obama n’était pas très sûr de ses choix. » Puis Desportes confirme que la France ne participe à aucune décision sur l’engagement des troupes.
Dès la parution du « Monde », nombre d’officiers et de généraux approuvent discrètement ce qu’ils viennent de lire. Au centre de planification et de conduite des opérations – où l’on est « branché » en direct sur Kaboul – personne ne met en cause ce constat. Même réaction, en général, à l’Ecole militaire. Au Quai d’Orsay, plusieurs hauts diplomates se félicitent de voir un militaire ainsi monter au feu.
Avec l’accord de Sarkozy, l’amiral Guillaud décide de réagir. Il s’invite dès le lendemain à Europe 1 et traite Desportes d’irresponsable avant de lui promettre une sévère sanction pour sa faute. Au « Figaro », où plusieurs journalistes ont leurs entrées dans les milieux militaires, la réaction est fort différente. Un article paraît, le 3 juillet, qui cite les propos acerbes du général Desportes sous ce titre révélateur : « La guerre en Afghanistan provoque une crise dans la hiérarchie militaire française. »
L’amiral Guillaud a en effet parlé trop vite. Plusieurs conseillers du ministre de la Défense, Hervé Morin, téléphonent à des officiers pour évaluer les dégâts provoqués par la sortie de Vincent Desportes, et ils constatent une « certaine poussée de fièvre » parmi les gradés des trois armées. Convaincu de l’existence d’un réel malaise au sein des troupes, Sarkozy et Guillaud rengaine ite leur colère. Desportes ne doit pas devenir un martyr. Il n’écopera donc que d’une petite « réprimande », et simplement orale…
Desportes persiste et signe
Trois mois plus tard, alors que, retraité, il occupe un poste de direction chez Panhard, où l’on fabrique des petits blindés, Vincent Desportes hausse encore le ton. Dans un entretien publié à « l’Express », le 18 octobre dernier, il enfonce le clou : « Si on en donne pas sa chance à une pensée critique et constructive dans les armées, on est condamné à voir se multiplier les Surcouf (…). Une armée dans laquelle la pensée critique est bannie s’affaiblit. » Et il affirme qu’aucun débat « ouvert et franc » sur la guerre en Afghanistan « n’aura lieu tant que la majorité et l’opposition ne seront pas saisie sur le sujet ».
Tout le monde est donc prié d’attendre que les élus de la nation se réveillent. A la différence de leurs homologues britanniques, allemands ou autres, les députés et sénateurs français n’ont pas la possibilité de voter « pour » ou « contre » la guerre d’Afghanistan. Et ils ne s’offusquent même pas qu’un militaire vienne leur donner la leçon. Ce général, mis sur écoutes, ils devraient pourtant l’écouter, eux aussi…
Claude Angeli (Le Canard Enchaîné)
Sur le même sujet, lire également « 2011 sera l’année de la victoire pour la résistance afghane »





@ Naullay
Je rejoins totalement votre point de vue.
Cette guerre est une hérésie intégriste des américains.
bonjour,
partage le chagrin de « nos familles » francaises endeuillees par la perte des leurs qui nous sont aussi tres proches. et bien entendu comme l’exprime Anissa tous les innocents perdus dans ce conflit ou la France n’a rien a y faire. Et Obama qui parfois resiste au complexe militaro industriel se posant des questions precises sur ce conflit. La France a des militaires de haut rang qui ont fort heureusement une vision tres claire de la situation et que ce fut un vrai gaulliste ne fait qu’enteriner la confiance que nous en avons. Une humiliation de plus du pouvoir politique envers nos militaires Republicains. Ce fut deja le cas pour le Rwanda ou ils furent accuses d’avoir facilite le genocide des tutsis( voir plutot chez les Belges, les Anglo Saxons qui ont fait officier leur homme de main genocidaire de son propre peuple, le denomme machiavelique Kagame) avec le pardon du President de la Republique Francaise dont la la rencontre avec Kagame fut le fruit d’un homme qui aujourd’ui a perdu toutes credibilites aupres des Francais : Monsieur K. dont le mieux a faire et bien de le laisser moisir dans son coin, se ressassant ses impostures dont le Kosovo fut une tache indelibile, a rajouter a son CV.de neo conservateur pronant la globalisation.
Ecoutons ceux qui ont a dire quelques choses(ne croyez pas que je sois un inconditionnel de l’armee fut elle Republicaine, je serai plutot Clementiste) mais je respecte ses hommes qui vont au bout de leur devoir jusqu’a en mourir. Messieurs les politiques prenez de la graine « de courage », meme ceux qui porte le drapeau du FMI ‘fouteur de merde internationnale ». c’est ce qui vous manque de plus en plus de nos jours. Alors qu’il faudrait aujourd’hui un courage a toute epreuve et non des camouflages, des mensonges ehontes. Ou des incapables (grippe A etc) sont toujours en poste. General les vrais Republicains sont a vos cotes. Car si la Nation est notre fondement historique, la Republique solidaire est ce qui nous guide pour l’avenir. Merci mon general. Cordialement alain monier.
Il est rassurant de savoir que certains militaires de haut rang de notre armée sont encore des « patriotes », et non pas des serviteurs du néo-mondialisme apatride.
Il est révélateur que ces officiers « Gaullistes » soient contraints de prendre le nom d’un corsaire (un franc-tireur au fond) : Surcouf, pour défendre leurs idées sur la défense de la république et des valeurs de la véritable liberté, au service du Peuple souverain.
Il est aussi bien triste de savoir que ce valeureux général Desportes, n’a pu rompre la chape de plomb que parce qu’il va bientôt partir à la retraite…mais tout est dit dans ce qui suit :
« Desportes devient le premier officier de haut rang à mettre publiquement en cause l’engagement de la France. Dans un entretien qu’il accorde au « Monde » (daté du 2 juillet 2010), il affirme que « la situation en Afghanistan n’a jamais été pire (…). C’est une guerre américaine ».
Une Guerre Américaine, c’est en deça de la réalité. C’est un guerre pour l’oppression de l’humanité par le rouleau compresseur de la finance internationale maffieuse, du lobby militaro-industriel et de l’idéologie ultra-libérale qui ruine l’économie réelle.
Les Afghans qui défendent leur liberté et leur identité face au rouleau compresseur Etats-Unis/Otan mettent en échec la machine de guerre impérialiste, et ce faisant, ils contribuent à sauver une partie de l’Humanité de la conquête jusqu’ici irrésistible de l’Empire. Même si nous ne partageons pas leurs valeurs religieuses et sociales, leur FOI soulève les montagnes…
En tout cas je partage la douleur des familles des français qui ont été tués en Afghanistan et je partage aussi celle des familles afghanes qui y perdent chaque jours femmes, enfants, personnes âgées, c’est une guerre inutile, les européens ainsi que les américains n’ont rien à faire là bàs, les Afghans sont chez eux…