• Home
  • René Guénon
  • Introduction à la pensée traditionnelle, par Thierry de Crozals

Introduction à la pensée traditionnelle, par Thierry de Crozals

 

Comme nous l’écrivions il y a quelques jours, il y a aujourd’hui une nécessité urgente à créer un véritable courant critique, ainsi que de de passer à un stade supérieur d’efficacité, dans notre travail éditorial mais aussi d’une manière plus concrète. Dans cette idée Mecanopolis éditera, dans les premières semaines de 2013, le livre de Thierry de Crozals, La pensée traditionnelle face à la modernité. C’est d’ailleurs cet ouvrage que nous présente aujourd’hui l’auteur, sous la forme d’une introduction à la pensée traditionnelle.

Frédéric Courvoisier, Mecanopolis

Introduction à la pensée traditionnelle.

En guise d’avant-propos, nous prions le lecteur de bien vouloir nous excuser pour les inévitables omissions (volontaires et involontaires), oublis, dont cet article fait preuve. En effet, introduire à la pensée traditionnelle n’est pas chose aisée tant l’oeuvre est magistrale, tant l’étendue des thèmes abordés est vaste (et le mot est faible…)

Pour remédier à ces lacunes nous renvoyons le lecteur désireux d’approfondir ce sujet capital, car particulièrement à même de fournir les clefs de compréhension du monde dans lequel nous vivons, à notre ouvrage « La pensée traditionnelle face à la modernité, deux visions du monde irréductibles. », ou, mieux encore, aux auteurs que nous allons mentionner.

« Est traditionnel ce qui est transmis à partir d’une source divine »

C’est par ces mots de Frithjof Schuon que nous débuterons afin de fournir au lecteur les bases essentielles qui lui permettront de saisir dans sa globalité ce que nous appelons aujourd’hui la « pensée traditionnelle », à laquelle appartiennent des auteurs comme René Guénon, Frithjof Schuon, Ananda Kentish Coomaraswamy, Titus Burckhardt, Julius Evola, qui en constituent les représentants les plus connus (bien évidemment, cette liste est loin d’être exhaustive.)

Ces auteurs ont remis en lumière, à la suite de nombreux sages, saints, savants, la « notion » de Tradition Primordiale, véritable Sophia Perennis, sagesse éternelle, qui constitue le principe originel, initial, de toutes les religions. Il convient alors de parler, avec Frithjof Schuon, d’Unité transcendante des religions, par-delà leurs apparentes contradictions qui ne sont qu’illusoires quant à leur fin ultime, Unité métaphysique qui fonde, alimente, exprime et adapte toute forme religieuse ou sapientielle en échappant elle-même à toute forme: l’Absolu et l’Infini ne sauraient en aucune façon être limités par une quelconque forme. Les religions constituent autant d’adaptations, de manifestations, dans le temps et l’espace, de la Révélation Primordiale, Connaissance Sacrée d’origine et d’essence « non-humaine ».

« Toutes les religions sont des chemins qui conduisent à Dieu, mais les chemins ne sont pas Dieu », résume superbement Shrî Râmakrishna.

Tout mythe, rite, symbole, sont alors autant de signes du Sacré permettant à l’homme, pont entre le Ciel et la Terre, de renouer avec sa dimension spirituelle, sa réalité fondamentale, l’insérant pleinement et totalement au sein de l’ordre cosmique et divin. Ainsi, chaque chose manifestée, créée, tient sa réalité d’un principe transcendant qui la dépasse et la fonde. Tout est donc sacré et possède une signification par rapport au sacré. Comme le dit René Guénon dans ses « Aperçus sur l’intiation »:

« En effet, il n’y a pas proprement un domaine profane, auquel un certain ordre de choses appartiendrait par sa nature même; il y a seulement, en réalité, un point de vue profane, qui n’est que la conséquence et le produit d’une certaine dégénerescence, résultant elle-même de la marche descendante du cycle humain et de son éloignement graduel de l’état principiel. »

Cette dimension « holistique », totale, où tout fait sens, où chaque chose est ordonnée à sa place, on le voit bien, est capitale pour qui veut comprendre cet univers d’une richesse intellectuelle incomparable qu’est la pensée traditionnelle.

La Tradition, qui est principalement connaissance métaphysique, intègre donc bien évidemment tout le processus de manifestation, toute cosmologie, qui en découle nécessairement. Les auteurs traditionnels, et ce, conformément aux Ecritures des différentes traditions, adhèrent donc naturellement, logiquement, à une conception cyclique de l’histoire: l’humanité suit un itinéraire inévitable allant d’un état de perfection et de simplicité principielle à un état de déchéance spirituelle et intellectuelle, un mouvement allant de l’intérieur à l’extérieur, du centre à la périphérie (la roue des cycles).

René Guénon, dans « Le règne de la quantité et les signes des temps », qualifie donc ce phénomène comme un « …éloignement graduel du principe, nécessairement inhérent à tout processus de manifestation. »; nous insistons sur ce point, afin de bien montrer à quel point la pensée traditionnelle se situe aux antipodes du mythe du progrès de l’histoire, si cher à la mentalité moderne.

Les représentants de la Tradition n’ont eu de cesse de démonter méticuleusement, avec une rigueur « architectonique », tous les « mythes » de la modernité: évolutionnisme, rationalisme, athéisme, individualisme, egalitarisme, humanisme, materialisme, consumerisme etc etc, tous ces poisons pervers inoculés par une humanité décadente, à bout de souffle (celui de l’Esprit), en rupture avec ses principes. Poisons qui nous mènent inévitablement vers une confusion chaotique générale, vers une inversion totale des valeurs et principes traditionnels orthodoxes (c’est le passage, très bien analysé par ces auteurs, de l’anti-tradition à la contre-tradition avec les armes infra-humaines de la contre-initiation), vers une spiritualité à rebours, communiquant avec les états les plus inférieurs de l’être, les plus maléfiques (tamasiques en langage hindou), une « ouverture par le bas » menant à ce que Daniel Cologne appelle le « règne de l’intensité », forme de vitalisme exacerbé, imposture spirituelle s’il en est! Nous laissons au lecteur le soin de tirer toutes les conclusions qu’il jugera nécessaires tant cette subversion parodique s’exerce aujourd’hui dans tous les domaines…

Ces gardiens de la Tradition ont renoué, grâce à leurs travaux majeurs, le fil des vérités éternelles permettant les nécessaires rectifications, tant sur le plan spirituel (ou intellectuel, pris en son sens originel) que temporel (le gouvernement de la cité en tant qu’ordre médiateur (mésocosme), reflet du cosmos, qui n’est pas autre chose que l’art d’organiser cette vie en vue de la réalisation intégrale de la destinée humaine en harmonie avec le tout), afin de détruire les innombrables erreurs dans lesquelles l’humanité s’enfonce, comme on s’enfonce dans les ténèbres, peu à peu…

Mais, comme nous l’écrivons dans notre ouvrage « La pensée traditionnelle face à la modernité… »:

« la Tradition noue avec la modernité (et ce, dans ses aspects les plus caractéristiques et les plus dissolvants) une relation de mise en lumière; elle seule permet une compréhension de la nécessité du passage d’une civilisation traditionnelle au monde moderne et à ses aberrations qui jouent un rôle indispensable à l’épuisement des ultimes possiblités de ce cycle. »

Ou, comme l’exprime très justement Georges Vallin dans « La perspective métaphysique »:

« Sans doute est-il parfaitement légitime dans une telle optique (celle de la perspective métaphysique) de dénoncer les contrefaçons et les impostures, mais il est tout aussi nécessaire, croyons-nous, de comprendre la nécessité de ces dernières. »

Thierry de Crozals, pour Mecanoplis

Lire également sur le même sujet Ultimes tribulations en Kali-Yuga

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
© 2012 Mecanopolis