L’endettement finira t-il par engloutir les États ?
L’endettement finira t-il par engloutir les États ?
Voici deux articles traitant principalement de la dette de l’État qui se rejoignent et se complètent malgré une différence de ton.

Le budget de l’État et sa dette:
Les dépenses:
Le budget de l’État n’est pas le tonneau des Danaïdes. Les sommes colossales qu’il engloutit ne disparaissent pas dans le néant, elles sont partout autour de nous: la justice, la police, l’école, les infrastructures. Tout cela coûtre très cher. Et encore, l’État ne dépense, en son nom propre, que la moitié de ce que dépense la Sécurité sociale.
Dans l’ordre, les principales dépenses de l’État concernent:
- L’enseignement et la recherche
- La défense
- La solidarité et l’emploi
- La sécurité
- Les transports
- La justice
La moitié des dépenses de l’État (128 milliards sur 276) servent à la rémunération du personnel des différentes administrations: enseignants, chercheurs, personnels hospitaliers, policiers, juges et militaires. L’État est, de loin, le principal employeur du pays.
Le poste de dépense qui est le plus préoccupant est celui intitulé sobrement « engagements financiers de l’État ». Il s’agit du remboursement de la dette. En 2006, celui-ci représente un peu plus que le budget de la défense: 40 milliards d’euros.
L’épineux problème de la dette:
On dit qu’un enfant qui naît en France hérite d’une dette de 17 500 euros. La dette de la France a effectivement dépassé en 2003 le cap des 1000 milliards d’euros. La dette publique (mesurée selon les normes du traité de Maastricht) représente l’ensemble des engagements financiers des administrations centrales (l’État, et une centaine d’administrations centrales: CEA, CNRS, musées nationaux…), des administrations locales et de la Sécurité sociale.
La dette provient de l’accumulation des décifits de ces organismes; la « charge de la dette » du budget représente les annuités de remboursement. En France, le déficit public (44 milliards) pèse à peu près le même poids que la charge de la dette (40 milliards). On considère qu’une « bonne » dette est celle qui sert à financer des investissements productifs, seuls capables de générer les ressources capables de rembourser cette dette. Mais il est très difficile de distinguer, dans les dépenses de l’État, ce qui est productif de ce qui ne l’est pas.
Le financement de la dette:
En attendant, il faut payer. La voie royale du financement de la dette est l’émission de titres publics, bons du Trésor ou obligations. L’emprunt public est un grand classique de l’histoire économique française (emprunt Pinay, emprunt Giscard). Les « clients » (particuliers, banques et assurances) sont généralement friands de ce type de produit, notamment grâce à la sécurité dont il s’accompagne. Le Trésor public peut acheter ses propres titres et en émettre d’autres, à des taux différents.
Le critère à bien garder en tête est celui-ci: si le taux d’intérêt de la dette dépasse le taux de croissance du PIB, on peut avoir un effet boule de neige et le poids de la dette s’alourdit automatiquement. Si, au contraire, le taux d’intérêt est inférieur au taux de croissance, le poids de la dette s’allège.
Depuis la modification du statut des banques centrales avec la création de l’euro, l’État ne peut pas faire appel à des « découverts » auprès de la Banque de France, ni avoir recours à l’inflation pour réduire le poids de la dette. Cette méthode, souvent pratiquée dans le passé, est impossible dans le cadre du traité de Maastricht et du pacte de stabilité (1997) qui fixent des garde-fous (3% du PNB de déficit autorisé et endettement limité à 60% du PNB). La France a dépassé ces limites.
Une situation désespérée (mais pas trop grave):
À en croire certains, la situation est critique. L’image de l’hypothèque qui pèse sur l’avenir du pays est la plus conramment utilisée. D’autres, au contraire, estiment que la situation n’est pas si grave que cela.
Utilisons une méthode simple pour clarifier la situation. La France est-elle surendettée ? On peut parler de surendettement lorsque la dette dépasse les capacités de remboursement. La France n’en est pas là .
Constatons d’abord que, bien que la dette française soit importante (66% du PIB), elle se situe en dessous de la moyenne des pays de la zone euro (72%). Certains pays, qui ne passent pas pour des morts de faim, ont eu dans les années récentes, et ont toujours des dettes beaucoup plus lourdes: le Japon en est à 169% et les États-Unis, première puissance mondiale, sont chroniquement et lourdement endettés depuis des décennies. La dette totale de ces derniers est de 30 000 milliards de dollars, soit 31% du PIB mondial. On ne prête qu’aux riches, paraît-il.
Deux autres arguments sont avancés pour atténuer la gravité de la dette française. Tout d’abord le fait que les créditeurs de la France sont essentiellement des… Français. Et essentiellement des « proches » de l’État: assurances, caisses de retraites, organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPVCM), établissements de crédit. Les « non-résidents » ne détiennent que 17% de la dette.
L’autre argument est que ces mêmes créditeurs en redemandent. En avril 2005, l’État français a émis une obligation à cinquante ans à un taux d’intérêt de 4%. L’État s’était engagé à en émettre pour 6 milliards d’euros. La demande a frôlé les 20 milliards. L’État n’est pas près d’être en rupture de paiements. D’autant plus que contrairement à un débiteur normal il est immortel. Jean-Paul Fitoussi dit: « Un Ètat a un horizon infini, ce qui veut dire qu’en réalité, il ne rembourse jamais sa dette. Quand il rembourse un prêt, il réemprunte aussitôt pour constituer des investissements pour les nouvelles générations. »
Le cercle vicieux:
Que peut-on faire pour sortir de l’endettement ? L’unanimité s’est faite auprès des économistes pour accepter l’idée que l’État ne peut se permettre ni d’avoir des déficits budgétaires ni un endettement important. On en appelle à la réduction de ce que Jacques Marseille (né en 1945à appelle le « grand gaspillage ». Ce qui est un souhait tout à fait raisonnable. Mais rationaliser l’immense machine que sont l’État et la Sécurité sociale est une oeuvre de grande ampleur et de longue haleine. Il faudra sans doute le courage de plus d’un gouvernement de sensibilité politique différente pour venir à bout de la tâche. Reconnaissons que droite et gauche, chacune à ses priorités, et les comptes à rendre à son électorat, ont entamé ce grand chantier.
En attendant, le problème est pris dans un cercle vicieux. Pour que la dette se réduise, il faut, c’est élémentaire, que le déficit soit moins important que les remboursements. La seule chose qui puisse faire mécaniquement augmenter les recettes de l’État et de la Sécurité sociale, c’est la croissance. Or, qu’on le veuille ou non, le seul outil qui reste dans les mains de l’État pour soutenir la croissance, c’est bel et bien son budget. Moins dans l’optique d’une relance, dont on a vu qu’elle était quelque peu sortie de la culture des dirigeants, que dans celle de la stabilisation. Quand la croissance ralentit, ce sont les dépenses publiques (indemnités, chômage, RMI) qui « amortissent » ce ralentissement. En quelque sorte, pour éviter que le déficit ne se creuse ultérieurement et que l’endettement ne s’aggrave, il faut maintenir un certain niveau de déficit et d’endettement…
C’est probablement cela qui explique l’inertie évidente des finances publiques au cours de la dernière décennie: le taux des prélèvements obligatoires est resté quasiment inchangé depuis 1994 (entre 43 et 44% du PIB) ainsi que le poids de dépenses publiques dans le PIB (autour de 54%).
Michel Musolino, professeur d’économie en classes préparatoires à HEC
L’endettement, bombe à retardement pour imposer le libéralisme:
L’endettement est une arme à retardement pour imposer le libéralisme, en obligeant les États à privatiser leurs services publics, tout en transformant les citoyens en esclaves des banques et des multinationales. Lorsque les dégâts de cette arme deviennent perceptibles, il est déjà trop tard. Il n’y a alors plus de retour en arrière possible, ni d’autre choix que le l’anéantissement du pouvoir de l’état, et donc des citoyens…
L’endettement est un moyen pour réduire inexorablement les ressources financières des États, et donc leur capacité d’action, conformément au projet « libéral » qui vise à réduire les États à l’impuissance, afin de laisser un champ d’action maximal aux entreprises.
En appauvrissant l’état, l’endettement entraîne une réduction progressive du financement des services publics et des prestations sociales (retraites, assurance-maladie, assurance chômage), dont les déficits ou l’inefficience servent ensuite de prétexte pour présenter les privatisations comme une « solution ».
En cas d’hostilité de l’opinion aux privatisations, l’accroissement de l’endettement permet d’amener le pays au bord de la faillite, afin de contraindre l’état à privatiser pour rembourser la dette, quelle que soit la couleur politique du gouvernement choisi par les électeurs. Ce n’est pas un hasard si les premier ministres qui ont le plus endetté la France sont aussi les plus « libéraux »: Edouard Balladur et Jean-Pierre Raffarin.
La dette de la France a dépassé en 2005 les 1100 milliards d’euros, soit 67% du PIB. L’endettement de chaque citoyen français (nouveau-nés compris) est donc de 18.300 euros. Le remboursement de la dette absorbe chaque année la totalité de l’impôt sur le revenu.
Depuis 30 ans, la droite libérale et la gauche libérale se sont relayées au pouvoir pour dilapider l’argent public et pour le détourner au bénéfice d’intérêts particuliers: corruption, subventions et allègements de charges accordés aux multinationales, travaux publics inutiles au grand bénéfice des entreprises de bâtiment (et des élus politiques qui perçoivent des commissions occultes sur les marchés publics).
Des groupes de personnes et des entreprises se sont ainsi enrichies, et cet enrichissement a été financé en endettant l’état, c’est à dire la collectivité. Les citoyens vont maintenant devoir rembourser l’argent dont ont bénéficié leurs « maîtres », sans oublier les intérêts de l’emprunt. Concrètement, ce remboursement se traduira par des augmentations d’impôts, une dégradation des prestations de l’État (sauf en matière de répression), la fin de l’État-providence, et la privatisation des dernières entreprises publiques (vendues à un prix très inférieur à leur valeur pour la collectivité et à l’argent des contribuables qui y a été investi pendant des dizaines d’années).
L’endettement est aussi un cadeau offert aux banques, assurées de percevoir une rente à long terme prélevée sur chaque citoyen. Il est important de préciser que les banques prêtent de l’argent qui ne leur appartient pas, puisqu’il s’agit en réalité de l’argent déposé par leurs clients. C’est donc leur propre argent que les citoyens vont devoir rembourser aux banques…
Comme on le voit, l’endettement est une bonne affaire pour tout le monde, sauf pour les citoyens de base qui paieront la facture.
Source: www.syti.net




Le bilatéralisme va semble-t-il atteindre ses limites mais la Suisse officielle redoute un débat sans préjugés sur l’avenir de notre politique européenne. Il faut que cela cha (...)
Les Etats-unis ont confirmé que le nombre de soldats présents en Irak aujourd’hui est inférieur à celui au moment de l’invasion du pays, en 2003. Ce fait va être utilisé dans (...)
La littérature est-elle morte ? Elle est en tout cas, à l'évidence, disqualifiée à dessein, marginalisée et maintenue, de force, dans l'ombre, par « l'ordre en place » et ses o (...)
Tous les curseurs sont maintenant au rouge et les agences mondialistes prévoient les pires scénarios. Après la pause estivale, il est à craindre que la crise économique ne connaiss (...)
Comment gouverner des populations rétives ? En leur faisant peur. Une martingale qui remonte à loin et qui se montre toujours efficace. Jusqu’à quand ?
Naguère, le religieux (...)