Nicolas Sarkozy et Edouard Balladur impliqués dans l’affaire de l’attentat de Karachi (vidéo)
L’attentat, qui avait fait 14 morts dont 11 ingénieurs français en 2002, ne serait pas lié à Al-Qaïda mais commis en représailles au non-versement de commissions de la France au Pakistan dans le cadre de la vente de sous-marins.

L’enquête sur l’attentat de Karachi en 2002 contre des salariés des arsenaux d’Etat DCN s’oriente non plus vers Al-Qaïda, mais vers une « affaire d’Etats » dans laquelle apparaissent les noms d’Edouard Balladur, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.
Selon l’avocat de sept familles de victimes, Me Olivier Morice, qui a rencontré jeudi 18 juin les juges antiterroristes Marc Trévidic et Yves Jannier, « la piste Al-Qaïda est totalement abandonnée. Le mobile de l’attentat apparaît lié à un arrêt des versements de commissions » de la France au Pakistan, dans le cadre de la vente de sous-marins Agosta, précise l’avocat.
Campagne présidentielle d’Edouard Balladur
Les rétro-commissions pourraient avoir participé au financement de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, par le biais d’une société, Heine, créée avec le feu vert de Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget.
« Ces commissions ont été arrêtées à l’arrivée de Jacques Chirac à la présidence de la République en 1995 afin que des rétrocommissions » destinées à financer la campagne d’Edouard Balladur, Premier ministre avant l’arrivée de Jacques Chirac à la présidence, « ne soient pas versées », affirme Me Olivier Morice.
L’avocat pourrait demander dans les prochaines semaines les auditions d’Edouard Balladur et de Jacques Chirac. « On s’oriente nécessairement vers des actes de grande importance. Des personnalités politiques de premier plan vont être entendues », a estimé Me Morice.
Selon ce scénario, l’attentat de Karachi aurait été commis en représailles au non-versement des commissions distribuées par l’actuel chef de l’Etat pakistanais, Asif Ali Zardari, alors Premier ministre, a ajouté Magali Drouet, fille d’un salarié de la DCN, défendue par Me Olivier Morice. « Il s’agit d’une affaire d’Etats impliquant la France, le Pakistan et l’Arabie Saoudite, bailleur de fonds du Pakistan », a-t-elle ajouté.

Nautilus
Cette piste avait brusquement surgi en 2008 dans le cadre d’une enquête sur des faits présumés de corruption et de ventes d’armes.
Des policiers ont mis la main lors d’une perquisition au siège de la DCNS (ex-DCN) sur des documents portant sur des sociétés par lesquelles ont transité des commissions, versées en marge de contrats d’armements.
Un de ces documents, baptisé Nautilus et non signé, faisait état d’une « instrumentalisation » de militants islamistes par des membres des services secrets pakistanais et de l’armée. Il indiquait que « l’attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l’armée (pakistanaise) et au sein des bureaux de soutien aux guérillas islamistes » des services secrets pakistanais.
Selon cette note, versée au dossier de l’instruction, « les personnalités ayant instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l’action poursuivaient un but financier (…) Il s’agissait d’obtenir le versement de commissions non honorées » dans le cadre d’un achat de sous-marins français par le Pakistan en 1994.

Le nom de l’auteur du document révélé
Alors que l’avocat des familles des victimes rendait publique l’avancée du dossier jeudi, le site Mediapart a révélé le nom de l’auteur de la fameuse note « Nautilus », jusqu’ici anonyme : il s’agit de Claude Thévenet, un ancien membre des services secrets français. « Longtemps employé par la DCN (rebaptisée DCNS), il a reconnu devant un juge antiterroriste, le 14 mai, être l’auteur de ce document. Et l’a confirmé à Mediapart », précise le site.
« Oui, c’est moi qui ai écrit ‘Nautilus’ et c’est ce que j’ai dit au juge », a déclaré l’ancien espion à Mediapart. « J’avais été chargé par les instances dirigeantes de la DCN de recouper un certain nombre d’informations parce que la DCN avait peur que les services officiels, comme la DGSE ou la DST, lui livrent des informations inexactes ou tronquées sur ce qui s’est réellement passé au Pakistan. »
L’aval de Nicolas Bazire et de Nicolas Sarkozy
Cette thèse est partagée par un ancien directeur financier et administratif de la DCNI, la filiale commerciale de DCN, Gérard-Philippe Menayas. Dans un mémorandum d’avril 2008, que l’AFP a consulté, Gérard-Philippe Menayas indique que « selon les informations qu’(il) a pu recueillir, l’arrêt des paiements aurait pu avoir une conséquence dramatique: l’attentat de Karachi en rétorsion contre la défaillance française dans l’accomplissement des ses engagements commerciaux ».
Le versement de commissions, interdit par une convention de l’OCDE de 2000, était encore légal en 1994. D’éventuelles rétro-commissions dont auraient pu bénéficier à cette époque des décideurs français sont par contre réprimées par la loi.
Un éventuel financement de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995 par des commissions sur des contrats d’armements de la DCN était apparu dans le cadre d’une enquête préliminaire sur des sociétés d’intelligence économique mandatées par la DCN.
Les policiers avaient alors trouvé à la DCN une note mentionnant l’aval pour la création de la société Heine du directeur de cabinet d’Edouard Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, et celui du ministre du Budget d’alors, Nicolas Sarkozy, laissant « supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur pour l’élection présidentielle de 1995″.

Jacques Chirac, alors président, rendant un hommage « solennel » aux victimes françaises de l’attentat
« Grotesque », répond Nicolas Sarkozy
Interrogé vendredi lors d’une conférence de presse à Bruxelles, Nicolas Sarkozy, dans une réponse pour le moins chaotique, a simplement qualifié ces informations de « grotesque ».
« Qui peut croire à une fable pareille. Et puis si vous avez des éléments donnez-les à la justice et demandez à la justice qu’ils enquêtent », a déclaré le président de la République.
Pour sa part, Edouard Balladur a reconnu jeudi sur France 3 qu’il avait certes « entendu parler de cette histoire depuis des années » mais il a souligné que tout, selon ce qu’il savait, s’était déroulé de manière « parfaitement régulière ».
« Il y a eu effectivement des accords qui ont été passés avec le gouvernement pakistanais », a dit l’ancien chef de gouvernement, ajoutant : « A ma connaissance tout cela était parfaitement régulier, je n’ai rien à ajouter ».
« Si quelqu’un a un témoignage, une preuve à apporter, qu’il saisisse la justice, c’est tout », a-t-il poursuivi.
L’attentat de Karachi a fait le 8 mai 2002 14 morts, dont 11 ingénieurs français travaillant pour les anciens arsenaux d’Etat DCN ou des sous-traitants, et 12 blessés.
Sur le même sujet, lire l’article de Mediapart
Derniers développements :
samedi 19 juin 2009, 13h30
Cette opération de représaille menée par la DGSE a fait quatre victimes pakistanaises (dont trois amiraux, précise le quotidien Libération, qui ajoute que l’une des victimes a été tuée). Les juges ont confirmé cette hypothèse lors de leur rencontre jeudi avec les familles des victimes.
Règlement de comptes
Maintenant, il faudrait déterminer si cette opération musclée des services secrets français a été effectuée après l’attentat ou avant l’attentat. C’est-à -dire en réponse à l’attentat du 8 mai 2002, et donc à titre de vengeance. Ou bien avant, c’est-à -dire en réponse aux tentatives de chantage qui ont précédé l’attentat.
Pour les familles, c’est très important : car si c’est cette dernière hypothèse qui prévaut, cela pourrait signifier que les 14 morts de l’attentat sont les victimes collatérales d’un règlement de comptes entre services français et pakistanais.
Source : Radio France Internationale





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