Print This Post

Le retour de la directive Bolkestein

Article placé le 24 juin 2009, par Frédéric Courvoisier

Thierry Brun

La directive de libéralisation des services dite « Bolkestein », du nom de son auteur ultralibéral Fritz Bolkestein, n’est pas morte. Elle doit même faire l’objet d’une procédure législative en France d’ici le 28 décembre 2009. Depuis quelques semaines, le ministère des Finances, chargé de la transposition de cette directive et d’évaluer les exigences existantes, travaille sur ce dossier lourd de conséquences pour un secteur des services qui pèse 66 % du PIB européen et 75 % des emplois.

bolkestein_mauvaiscoup-677222

Fritz Bolkestein, celui par qui est arrivée la libéralisation des services

Les Etats membres de l’Union européenne ont en effet jusqu’au 28 décembre pour « évaluer pour chacune des exigences identifiées dans leur législation, si elle est non discriminatoire, justifiée par une raison d’intérêt général et proportionnée » (article 15 de la directive « révisée », relative aux services dans le marché intérieur, dite directive Bolkestein).

En pleine campagne pour les européennes, la discrétion est requise au gouvernement et à l’Elysée. Et les principaux candidats aux élections européennes, en particulier ceux de la majorité et du parti socialiste, se gardent bien de débattre sur ce terrain glissant de la libéralisation des services, d’autant plus que, lors de la campagne référendaire française de 2005, les partisans du oui au TCE ont laissé croire que celle-ci était « enterrée ». En vérité, une majorité a été trouvée (avec le PPE pour la droite et le Parti socialiste européenne, PSE, pour la gauche) pour consacrer la déréglementation de services publics en Europe ainsi que le dumping social.

Quel est le contenu de cette directive ? La directive Bolkestein a pour objectif de lever les obstacles à la libre circulation des services dans l’UE. Et après plus de deux ans d’intenses controverses, qui ont suscité un débat déterminant en faveur du non au traité constitutionnel européen lors du référendum de mai 2005, une directive « révisée » a finalement été adoptée en deuxième lecture par le Conseil européen (seules la Belgique et la Lituanie se sont abstenues) en décembre 2006.

La version actuellement en cours de transposition n’est pas moins dangereuse que l’original. Si l’on se souvient de la controverse sur le « principe du pays d’origine » et des objectifs de libéralisation des services publics, la version actuelle de la directive, principal outil de mise en œuvre de la Stratégie de Lisbonne, consacre le principe de « libre prestation de services », une des dispositions du traité de Rome, et le champ d’application concerne bien les services publics, du moins les « services d’intérêt économique général » (SIEG), c’est-à-dire les transports, les services postaux, l’approvisionnement en eau, l’électricité, le traitement des déchets, etc. Auxquels il faut ajouter les services aux entreprises, les services fournis à la fois aux entreprises et aux consommateurs.

Cette directive, entérine la mise en concurrence des salariés et le nivellement de la protection sociale par le bas, et applique à la lettre le principe de la concurrence « libre et non faussée », fondement que l’on retrouve dans le Traité de Lisbonne dans un Protocole, partie intégrante du Traité, qui stipule : le « marché intérieur tel qu’il est défini à l’article 3 [...] comprend un système garantissant que la concurrence est libre et non faussée ».

Pourquoi est-il si intéressant de revenir sur cette directive Bolkestein ? En cette période de crise et de retour annoncé à plus de régulation, le ministère des Finances, sous couvert de crainte de contentieux à venir, est à l’évidence en train de s’aligner sur la position de la Commission européenne, validée par le Parlement européen après un compromis entre les groupes du PPE et du Parti socialiste européen.

Certains rétorqueront que la directive révisée a supprimé le « principe du pays d’origine », selon lequel un prestataire qui souhaite fournir ses services temporairement dans un autre pays (sans s’y établir) peut le faire sans avoir à appliquer d’autres mesures que celles de son pays d’origine. Il n’en est rien. Après l’adoption de la directive Bolkestein, un règlement européen (593/2008/CE du Parlement européen et du Conseil du 17 juin 2008 sur la loi applicable aux obligations contractuelles), qui s’applique donc directement aux Etats membres, a, sans bruit, mis en place un dispositif similaire au « principe du pays d’origine ».

Le réseau européen de soutien aux entreprises Enterprise Europe Network, mis en place par la Commission européenne en février 2008, l’a fort bien résumé : « Ce règlement s’applique à toute obligation née d’un contrat, tel qu’un accord de transfert de technologie ou une licence internationale de propriété intellectuelle. Le principe de base de ce texte est que les parties contractantes sont libres de choisir la loi applicable au contrat. Si elles ne parviennent pas à s’accorder, la loi la plus étroitement liée au contrat s’appliquera. Il est présumé que cette loi est la loi de résidence ou d’établissement du titulaire de la licence, bien qu’il puisse y avoir des exceptions ».

Ce règlement s’appliquera aux contrats conclus après le 17 décembre 2009 et remplacera la convention de Rome de 1980. A cette date « une entreprise et un salarié français exerçant ses talents en France, pourront parfaitement convenir en toute liberté que la loi applicable à leur rapport sera celle du Yémen du Sud », explique Gilles Karpman, directeur général délégué du Cabinet Idée Consultants dans un article publié en septembre 2008. Il ajoute que cette règle « s’applique à tous les contrats y compris de travail et meret aux parties de choisir et de changer à tout moment la loi applicable à leurs relations, et cela pas seulement en optant pour une des législations des Etats membres mais en vertu d’un principe dit d’universalité (c’est beau) éventuellement pour n’importe quelle législation même extra communautaire (le plombier kazakh fera-t-il autant jaser que son confrère polonais ?) ».

D’autres souligneront que six mois après l’adoption de la directive Bolkestein, un protocole inédit sur les « services d’intérêt général » annexé au traité de Lisbonne fait clairement la distinction entre les SIEG et les services « non-économiques » (justice, police, régimes de sécurité sociale). Ce document n’est pas encore ratifié et loin de l’être. Dans le même temps, les SIEG sont quasiment tous tombés sous le coup de la concurrence libre et non faussée. De plus, le ministère des Finances n’a pas encore indiqué quels seraient les services sociaux exclus de la transposition de la directive Bolkestein. En effet, les services d’intérêt général (SIG) n’existent pas en droit européen et la Commission ne connaît que la définition des services que donne la jurisprudence de la Cour de justice par laquelle une activité de service est « une activité fournie en échange d’une contrepartie économique ».

Rappelons enfin que la directive 96/71 du 16 décembre 1996 sur le détachement de travailleurs dans le cadre d’une prestation de services intercommunautaire laisse aussi la place à de nombreuses pratiques de dumping social. «  La règle qu’elle édicte veut que quelle que soit la loi applicable à la relation de travail, les travailleurs détachés d’un pays à un autre de l’Union en application d’un contrat de prestation de services restent soumis à la loi du pays où ils ont conclu leur contrat de travail à l’exception d’un socle de règles du pays d’accueil ». Plusieurs affaires jugées par la Cour de justice (CJCE) ont donné lieu à un jugement privilégiant la liberté d’établissement et la libre prestation des services plutôt que les droits sociaux fondamentaux.

Directive Bolkestein, ce qui est déjà transposé :

La loi de modernisation de l’économie adoptée en juillet 2008 a transposé une partie de la directive européenne sur les services de 2006, en particulier dans son titre II. Il s’agit de l’assouplissement des conditions d’implantation des grandes surfaces sur le territoire. Une grande surface de moins de 1000 m² (contre 300 m² auparavant) pourra désormais s’installer sans autorisation préalable de la commission départementale d’urbanisme (autorité compétente pour délivrer les permis d’implantation).

Thierry Brun

Télécharger le règlement du parlement europééen

2 Commentaires

(Requis.)

  • 2009.06.26 13:08, par erb:

    Par erb, le 26 juin 2009 à 12:00

    Ne sont-ils pas à plaindre ces gens?Ceux qui meurent physiquement aussi bien que ceux qui “vivent”avec leur sang sur les mains?
    Que doit être la vie une fois qu’on a participer à des massacres d’enfants?
    Quel système permet de changer l’humain bâti pour la tendresse et la communication en tortionnaire enfermé à perpétuité dans cette prison de violences?
    Car quel que soit la justification d’un acte d’agression,
    le bonheur se refusera à jamais aux tueurs!
    Dans leur crâne,les “PEUREUX”(c’est ainsi,que je pense, il convient de nommer les gens tentés de s’armer pour faire passer leurs opinions qui,si elles étaient louables,n’auraient besoin que d’être débattues.)ont instillé la certitude que la mort apportera les solutions.L’armée et la police sont les boulets des humains.Les programmes TV regorgent de concepts selon lesquels les polices et les armées sont non seulement légitimes,mais de véritables héros???
    MON HEROS A MOI C’EST L’HUMAIN!Et pas l’aveugle qui tue sur ordre,désarmé de sa capacité de discernement.Ils y perdent tout,et,le tréfond de leur âme est à jamais obscurci au point que le bonheur leur soit pour toujours interdit!
    Il faudra que toutes ces gens mettent leurs énergies vitales au service de la construction de l’homme plutôt qu’à sa destruction!
    Aucun serial killer n’a poursuivit l’objectif d’être ce qu’il est devenu contrairement à ceux dont la carrière
    s’est inscrite dans un shéma de mort de violences et de soumission à une “élite” malveillante!
    Ce n’est pas avec un microscope,des gants de latex et un révolver que l’on construit l’homme.Car il est vrai que ce ne sont plus les civils que l’on doit redouter ,mais bien de ses groupes armés par des gouvernements médiocres dont les plans visés ne peuvent être atteints qu’avec le concours de la force et des armes portées par des lobotomisés!
    Prendrez-vous des armes pour tuer d’autres hommes si l’on vous l’ordonnait?Notre génération comprend,mieux que jamais,l’abération de l’idée même.Ils tentent de nous faire régresser mais notre génome est plus puissant que leur doctrine:ECCLES n’a-t-il pas constaté que les zones du cerveau humain concernant la violence et la peur sont en régression au regard des zones qui concernent la tendresse et la communication?Quoi que fassent les “PEUREUX”, nos concepteurs ont induit en nos âmes des armes autrement plus puissantes que la plus grosse des bombes nucléaire et qui se nomment compassion,
    respect,dévouement et amour qui innévitablement prennent le dessus sur la peur.
    N’oublions pas que notre espèce est toute jeune et brillament se dirige vers une destiné où l’amour triomphe.
    A tous ceux tentés par des carrières au service de l’oligarchie:policiers,soldats,magistrats et consors,je veux dire qu’il faut pensez que vous ne pouvez être légitimés que s’il cultivent une souche de criminalité.
    On a pas de la police parce qu’il y a des voleurs et des tueurs,mais on a des voleurs parce qu’il leur faut la police,nuance.Attitude échaffaudé sur le concept que l’homme est profondément mauvais…remarque s’ils se basent(les peureux), pour justifier cette analyse, sur ce qu’ils voient chaque matin dans leur miroir,je veux bien les croire!Ils fabriquent du danger(en se dotant d’une partie de la population promise dés le plus jeune âge au rôle de délinquant)par un manque calculé d’éducation(c’est suffisant)on prépare la une de nos quotidiens qui demain permettront de justifier notre système répressif, démesuré,et ainsi s’assurer du contrôle des populations et de l’application des décisions du pouvoir en place.
    Le monde regorge de métiers revalorisants au service des autres qui n’impliquent pas de rapport de force.
    Soldats,policiers,magistrats et assassins,sondez votre fond intérieur,extirpez les peurs qui vous ont conduit à trouver refuge dans les bras du pouvoir et lavez-vous les mains de leurs ambitions qui vous conduisent à la bassesse,à l’aliénation,à la mortification induite par les regrets.
    Une grande partie de l’avenir de l’humanité va désormais reposer sur votre capacité de remise en question et du refus d’opprimer ou de supprimer la vie.
    C’est de vous que secrètement nous attendons le salut.
    Sera-t-il long à venir ce geste salvateur si facile à accomplir consistant à fondre le métal des armes pour en faire des ponts qui nous rellieront?
    Allez,les gars en uniformes,montrer vos visages d’humains.Quand nous étions des lézards la peur était un gage de survie.Aujourd’hui c’est l’amour L’arme suprême!
    Et,ne vous dissimulez pas dérrière les urnes en se disant que le peuple à choisi ses “élus”.Ils font élire qui bon leur semble même dans les pays les plus intellectualisés.Non vraiment si vous choisissez comme armes les fusils,votre existance ne sera que de médiocre . BON TOUJOURS A TOUS.

    Mecanopolis » Les crimes de guerre des Israéliens

    • 2009.06.28 15:33, par Hector l'Alligator:

      Propagande puante que voila.