La Russie, obstacle majeur sur la route de « l’Amérique-monde »
Alors que les Etats-Unis tentent, depuis le 11 septembre 2001, d’accélérer leur projet de transformation du monde à l’image de la société démocratique et libérale rêvée par leurs pères fondateurs, les civilisations non occidentales se dressent sur leur chemin et affirment leur volonté de puissance.
La Russie, en particulier constitue un obstacle géopolitique majeur pour Washington. Elle entend défendre son espace d’influence et montrer au monde qu’elle est incontournable sur le plan énergétique.
L’un des auteurs classiques de la géopolitique, Halford J. Mackinder (1861-1947), un amiral britannique, qui professa la géographie à Oxford, défendait comme thèse centrale que les grandes dynamiques géopolitiques de la planète s’articulaient autour d’un cœur du monde (heartland), l’Eurasie. Pivot de la politique mondiale que la puissance maritime ne parvenait pas à atteindre, l’Eurasie avait pour cœur intime la Russie, un Empire qui « occupait dans l’ensemble du monde la position stratégique centrale qu’occupe l’Allemagne en Europe ».
Autour de cet épicentre des secousses géopolitiques mondiales, protégé par une ceinture faite d’obstacles naturels (vide sibérien, Himalaya, désert de Gobi, Tibet) que Mackinder appelle le croissant intérieur, s’étendent les rivages du continent eurasiatique : Europe de l’Ouest, Moyen-Orient, Asie du Sud et de l’Est.
Au-delà de ces rivages, par-delà les obstacles marins, deux systèmes insulaires viennent compléter l’encadrement du heartland : la Grande-Bretagne et le Japon, têtes de pont d’un croissant plus éloigné auquel les États-Unis appartiennent.
Selon cette vision du monde, les puissances maritimes mondiales, les thalassocraties que défend Mackinder, doivent empêcher l’unité continentale eurasiatique.
Elles doivent donc maintenir les divisions est/ouest entre les principales puissances continentales capables de nouer des alliances (France/Allemagne, Allemagne/Russie, Russie/Chine) mais aussi contrôler les rivages du continent eurasiatique.
Cette matrice anglo-saxonne, que l’on peut appliquer au cas de l’Empire britannique au XIXe siècle, comme à celui de la thalassocratie américaine au XXe siècle, reste un outil pertinent pour comprendre la géopolitique d’aujourd’hui.
La théorie de Mackinder nous rappelle deux choses que les thalassocraties anglo-saxonnes n’ont jamais oubliées : il n’y a pas de projet européen de puissance (d’Europe puissance) sans une Allemagne forte et indépendante (or l’Allemagne reste largement sous l’emprise américaine depuis 1945) ; il n’y pas d’équilibre mondial face au mondialisme américain sans une Russie forte.
L’Amérique veut l’Amérique-monde ; le but de sa politique étrangère, bien au-delà de la seule optimisation des intérêts stratégiques et économiques du pays, c’est la transformation du monde à l’image de la société américaine. L’Amérique est messianique et là est le moteur intime de sa projection de puissance. En 1941, en signant la Charte de l’Atlantique, Roosevelt et Churchill donnaient une feuille de route au rêve d’un gouvernement mondial visant à organiser une mondialisation libérale et démocratique. Jusqu’en 1947, l’Amérique aspira à la convergence avec l’URSS dans l’idée de former avec celle-ci un gouvernement mondial, et ce, malgré l’irréductibilité évidente des deux mondialismes américain et soviétique. Deux ans après l’effondrement européen de 1945, les Américains comprirent qu’ils ne parviendraient pas à entraîner les Soviétiques dans leur mondialisme libéral et ils se résignèrent à rétrécir géographiquement leur projet : l’atlantisme remplaça provisoirement le mondialisme.
Puis, en 1989, lorsque l’URSS vacilla, le rêve mondialiste redressa la tête et poussa l’Amérique à accélérer son déploiement mondial. Un nouvel ennemi global, sur le cadavre du communisme, fournissait un nouveau prétexte à la projection globale : le terrorisme islamiste. Durant la Guerre froide, les Américains avaient fait croître cet ennemi, pour qu’il barre la route à des révolutions socialistes qui se seraient tournées vers la Russie soviétique. L’islamisme sunnite avait été l’allié des Américains contre la Russie soviétique en Afghanistan. Ce fut le premier creuset de formation de combattants islamistes sunnites, la matrice d’Al Qaida comme celle des islamistes algériens… Puis il y eut la révolution fondamentaliste chiite et l’abandon par les Américains du Shah d’Iran en 1979. Le calcul de Washington fut que l’Iran fondamentaliste chiite ne s’allierait pas à l’URSS, contrairement à une révolution marxiste, et qu’il offrirait un contrepoids aux fondamentalistes sunnites.
Dans le monde arabe, ce furent les Frères musulmans qui, d’Egypte à la Syrie, furent encouragés. Washington poussa l’Irak contre l’Iran, et inversement, suivant le principe du « let them kill themselves (laissez-les s’entretuer) » déjà appliqué aux peuples russe et allemand, afin de détruire un nationalisme arabe en contradiction avec les intérêts d’Israël. L’alliance perdura après la chute de l’URSS. Elle fut à l’œuvre dans la démolition de l’édifice yougoslave et la création de deux Etats musulmans en Europe, la Bosnie-Herzégovine puis le Kosovo.
L’islamisme a toujours été utile aux Américains, tant dans sa situation d’allié face au communisme durant la Guerre froide, que dans sa nouvelle fonction d’ennemi officiel depuis la fin de la bipolarité. Certes, les islamistes existent réellement ; ils ne sont pas une création imaginaire de l’Amérique ; ils ont une capacité de nuisance et de déstabilisation indéniable. Mais s’ils peuvent prendre des vies, ils ne changeront pas la donne de la puissance dans le monde.
La guerre contre l’islamisme n’est que le paravent officiel d’une guerre beaucoup plus sérieuse : la guerre de l’Amérique contre les puissances eurasiatiques.
Après la disparition de l’URSS, il est apparu clairement aux Américains qu’une puissance continentale, par la combinaison de sa masse démographique et de son potentiel industriel, pouvait briser le projet d’Amérique-monde : la Chine. La formidable ascension industrielle et commerciale de la Chine face à l’Amérique fait penser à la situation de l’Allemagne qui, à la veille de la Première Guerre mondiale, rattrapait et dépassait les thalassocraties anglo-saxonnes. Ce fut la cause première de la Première Guerre mondiale.
Si la Chine se hisse au tout premier rang des puissances, pensent les stratèges américains, par la combinaison de sa croissance économique et de son indépendance géopolitique, et tout en conservant son modèle confucéen à l’abri du démocratisme occidental, alors c’en est fini de l’Amérique-monde. Les Américains peuvent renoncer à leur principe de Destinée manifeste (Principle of Manifest Destiny) de 1845 ainsi qu’au messianisme de leurs pères fondateurs, fondamentalistes biblistes ou franc-maçons.
Alors que l’URSS venait à peine de s’effondrer, les stratèges américains orientèrent donc leurs réflexions sur la manière de contenir l’ascension de la Chine.
Sans doute comprirent-ils alors toute l’actualité du raisonnement de Mackinder. Les Anglo-Saxons avaient détruit le projet eurasiatique des Allemands, puis celui des Russes ; il leur fallait abattre celui des Chinois. Une nouvelle fois la Mer voulait faire pièce à la Terre.
La guerre humanitaire et la guerre contre le terrorisme seraient les nouveaux prétextes servant à masquer les buts réels de la nouvelle grande guerre eurasiatique : la Chine comme cible, la Russie comme condition pour emporter la bataille.
La Chine comme cible parce que seule la Chine est une puissance capable de dépasser l’Amérique dans le rang de la puissance matérielle à un horizon de vingt ans. La Russie comme condition parce que de son orientation stratégique découlera largement l’organisation du monde de demain : unipolaire ou multipolaire.
Face à la Chine, les Américains entreprirent de déployer une nouvelle stratégie globale articulée sur plusieurs volets :
•L’extension d’un bloc transatlantique élargi jusqu’aux frontières de la Russie et à l’ouest de la Chine.
•Le contrôle de la dépendance énergétique de la Chine.
•L’encerclement de la Chine par la recherche ou le renforcement d’alliances avec des adversaires séculaires de l’Empire du Milieu (les Indiens, les Vietnamiens, les Coréens, les Japonais, les Taïwanais…).
•L’affaiblissement de l’équilibre entre les grandes puissances nucléaires par le développement du bouclier anti-missiles.
•L’instrumentalisation des séparatismes (en Serbie, en Russie, en Chine, et jusqu’aux confins de l’Indonésie) et le remaniement de la carte des frontières (au Moyen-Orient arabe).
Washington a cru, dès 1990, pouvoir faire basculer la Russie de son côté, pour former un vaste bloc transatlantique de Washington à Moscou avec au milieu la périphérie européenne atlantisée depuis l’effondrement européen de 1945. Ce fut la phrase de George Bush père, lequel en 1989 appelait à la formation d’une alliance « de Vladivostok à Vancouver » ; en somme le monde blanc organisé sous la tutelle de l’Amérique, une nation paradoxalement appelée, par le contenu même de son idéologie, à ne plus être majoritairement blanche à l’horizon 2050.
L’extension du bloc transatlantique est la première dimension du grand jeu eurasiatique. Les Américains ont non seulement conservé l’OTAN après la disparition du Pacte de Varsovie mais ils lui ont redonné de la vigueur : premièrement l’OTAN est passé du droit international classique (intervention uniquement en cas d’agression d’un Etat membre de l’Alliance) au droit d’ingérence. La guerre contre la Serbie, en 1999, a marqué cette transition et ce découplage entre l’OTAN et le droit international. Deuxièmement, l’OTAN a intégré les pays d’Europe centrale et d’Europe orientale. Les espaces baltique et yougoslave (Croatie, Bosnie, Kosovo) ont été intégrés à la sphère d’influence de l’OTAN.
Pour étendre encore l’OTAN et resserrer l’étau autour de la Russie, les Américains ont fomenté les révolutions colorées (Géorgie en 2003, Ukraine en 2004, Kirghizstan en 2005), ces retournements politiques non violents, financés et soutenus par des fondations et des ONG américaines, lesquelles visaient à installer des gouvernements anti-russes. Une fois au pouvoir, le président ukrainien pro-occidental demanda naturellement le départ de la flotte russe des ports de Crimée et l’entrée de son pays dans l’OTAN.
Quant au président géorgien il devait, dès 2003, militer pour l’adhésion de son pays dans l’OTAN et l’éviction des forces de paix russes dédiées depuis 1992 à la protection des populations abkhazes et sud-ossètes.
À la veille du 11 septembre 2001, grâce à l’OTAN, l’Amérique avait déjà étendu fortement son emprise sur l’Europe. Elle avait renforcé l’islam bosniaque et albanais et fait reculer la Russie de l’espace yougoslave.
Durant les dix premières années post-Guerre froide, la Russie n’avait donc cessé de subir les avancées américaines. Des oligarques souvent étrangers à l’intérêt national russe s’étaient partagés ses richesses pétrolières et des conseillers libéraux proaméricains entouraient le président Eltsine. La Russie était empêtrée dans le conflit tchétchène, remué largement par les Américains comme d’ailleurs l’ensemble des abcès islamistes. Le monde semblait s’enfoncer lentement mais sûrement dans l’ordre mondial américain, dans l’unipolarité.
En 2000, un événement considérable, peut-être le plus important depuis la fin de la Guerre froide (plus important encore que le 11 septembre 2001) se produisit pourtant : l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. L’un de ces retournements de l’histoire qui ont pour conséquences de ramener celle-ci à ses fondamentaux, à ses constantes.
Poutine avait un programme très clair : redresser la Russie à partir du levier énergétique. Il fallait reprendre le contrôle des richesses du sous-sol des mains d’oligarques peu soucieux de l’intérêt de l’Empire. Il fallait construire de puissants opérateurs pétrolier (Rosneft) et gazier (Gazprom) russes liés à l’Etat et à sa vision stratégique. Mais Poutine ne dévoilait pas encore ses intentions quant au bras de fer américano-chinois. Il laissait planer le doute.
Certains, dont je fais d’ailleurs partie puisque j’analysais à l’époque la convergence russo-américaine comme passagère et opportune (le discours américain de la guerre contre le terrorisme interdisait en effet momentanément la critique américaine à propos de l’action russe en Tchétchénie), avaient compris dès le début que Poutine reconstruirait la politique indépendante de la Russie ; d’autres pensaient au contraire qu’il serait occidentaliste. Il lui fallait en finir avec la Tchétchénie et reprendre le pétrole. La tâche était lourde. Un symptôme évident pourtant montrait que Poutine allait reprendre les fondamentaux de la grande politique russe : le changement favorable à l’Iran et la reprise des ventes d’armes à destination de ce pays ainsi que la relance de la coopération en matière de nucléaire civil.
Pourquoi alors l’accession de Poutine était-elle un événement si considérable ?
Sans apparaître à l’époque de manière éclatante, cette arrivée signifiait que l’unipolarité américaine, sans la poursuite de l’intégration de la Russie à l’espace transatlantique, était désormais vouée à l’échec, et avec elle, par conséquent, la grande stratégie visant à briser la Chine et à prévenir l’émergence d’un monde multipolaire.
Au-delà encore, nombre d’Européens ne perçurent pas immédiatement que Poutine portait l’espoir d’une réponse aux défis de la compétition économique mondiale fondée sur l’identité et la civilisation. Sans doute les Américains, eux, le comprirent-ils mieux que les Européens de l’Ouest. George Bush n’en fit-il pas l’aveu lorsqu’il avoua un jour qu’il avait vu en Poutine un homme habité profondément par l’intérêt de son pays ?
Le 11 septembre 2001 offrit pourtant l’occasion aux Américains d’accélérer leur programme d’unipolarité. Au nom de la lutte contre un mal qu’ils avaient eux-mêmes fabriqué, ils purent obtenir une solidarité sans failles des Européens (donc plus d’atlantisme et moins « d’Europe puissance »), un rapprochement conjoncturel avec Moscou (pour écraser le séparatisme tchétchéno-islamiste), un recul de la Chine d’Asie centrale face à l’entente russo-américaine dans les républiques musulmanes ex-soviétiques, un pied en Afghanistan, à l’ouest de la Chine donc et au sud de la Russie, et un retour marqué en Asie du Sud-est.
Mais l’euphorie américaine en Asie centrale ne dura que quatre ans. La peur d’une révolution colorée en Ouzbékistan poussa le pouvoir ouzbek, un moment tenté de devenir la grande puissance d’Asie centrale en faisant contrepoids au grand frère russe, à évincer les Américains et à se rapprocher de Moscou. Washington perdit alors, à partir de 2005, de nombreuses positions en Asie centrale, tandis qu’en Afghanistan, malgré les contingents de supplétifs qu’elle ponctionne à des Etats européens incapables de prendre le destin de leur civilisation en main, elle continue de perdre du terrain face à l’alliance talibano-pakistanaise, soutenue discrètement en sous-main par les Chinois qui veulent voir l’Amérique refoulée d’Asie centrale.
Les Chinois, de nouveau, peuvent espérer prendre des parts du pétrole kazakh et du gaz turkmène et construire ainsi des routes d’acheminement vers leur Turkestan (le Xinjiang). Pékin tourne ses espoirs énergétiques vers la Russie qui équilibrera à l’avenir ses fournitures d’énergie vers l’Europe par l’Asie (non seulement la Chine mais aussi le Japon, la Corée du Sud, l’Inde…).
Le jeu de Poutine apparaît désormais au grand jour. Il pouvait s’accorder avec Washington pour combattre le terrorisme qui frappait aussi durement la Russie. Il n’avait pas pour autant l’intention d’abdiquer quant aux prétentions légitimes de la Russie : refuser l’absorption de l’Ukraine (car l’Ukraine pour la Russie c’est une nation sœur, l’ouverture sur l’Europe, l’accès à la Méditerranée par la mer Noire grâce au port de Sébastopol en Crimée) et de la Géorgie dans l’OTAN. Et si l’indépendance du Kosovo a pu être soutenue par les Américains et des pays de l’Union européenne, au nom de quoi les Russes n’auraient-ils pas le droit de soutenir celles de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, d’autant que les peuples concernés eux-mêmes voulaient se séparer de la Géorgie ?
Mackinder avait donc raison. Dans le grand jeu eurasiatique, la Russie reste la pièce clé. C’est la politique de Poutine, bien plus que la Chine (pourtant cible première de Washington car possible première puissance mondiale) qui a barré la route à Washington. C’est cette politique qui lève l’axe énergétique Moscou (et Asie centrale)-Téhéran-Caracas, lequel pèse à lui seul ¼ des réserves prouvées de pétrole et près de la moitié de celles de gaz (la source d’énergie montante). Cet axe est le contrepoids au pétrole et au gaz arabes conquis par l’Amérique.
Washington voulait étouffer la Chine en contrôlant l’énergie. Mais si l’Amérique est en Arabie Saoudite et en Irak (1ère et 3e réserves prouvées de pétrole), elle ne contrôle ni la Russie, ni l’Iran, ni le Venezuela, ni le Kazakhstan et ces pays bien au contraire se rapprochent. Ensemble, ils sont décidés à briser la suprématie du pétrodollar, socle de la centralité du dollar dans le système économique mondial (lequel socle permet à l’Amérique de faire supporter aux Européens un déficit budgétaire colossal et de renflouer ses banques d’affaires ruinées).
Nul doute que Washington va tenter de briser cette politique russe en continuant à exercer des pressions sur la périphérie russe. Les Américains vont tenter de développer des routes terrestres de l’énergie (oléoducs et gazoducs) alternatives à la toile russe qui est en train de s’étendre sur tout le continent eurasiatique, irriguant l’Europe de l’Ouest comme l’Asie. Mais que peut faire Washington contre le cœur énergétique et stratégique de l’Eurasie ? La Russie est une puissance nucléaire.
Les Européens raisonnables et qui ne sont pas trop aveuglés par la désinformation des médias américains, savent qu’ils ont plus besoin de la Russie qu’elle n’a besoin d’eux. Toute l’Asie en croissance appelle le pétrole et le gaz russe et iranien.
Dans ces conditions et alors que la multipolarité se met en place, les Européens feraient bien de se réveiller. La crise économique profonde dans laquelle ils semblent devoir s’enfoncer durablement conduira-t-elle à ce réveil ? C’est la conséquence positive qu’il faudrait espérer des difficultés pénibles que les peuples d’Europe vont endurer dans les décennies à venir.
Aymeric CHAUPRADE
Source du texte : Theatrum-Belli





https://docs.google.com/Doc?docid=0AevnAZEI5La7ZGMybThwNjJfMjc3aGs4OWdtZDI&hl=fr
http://www.weeklystandard.com/Content/Public/Articles/000/000/015/439vfaoo.asp
La Russie : un tigre de papier
Par Stuart Koehl, Weekly Standard, 19 août 2008 (« The ‘Pain Game’ Revisited »)
Un bon coup, et paf !
Ma petite évaluation des options ouvertes à l’Occident dans le conflit géorgien actuel — « The Pain Game: A Military response to Russia’s aggression? » ( http://weeklystandard.com/Content/Public/Articles/000/000/015/410pebgo.asp ) a inspiré de nombreux commentaires, à la fois favorables et défavorables. La critique la plus raisonnée m’a accusé de faire passer la tactique avant la stratégie, c’est-à-dire de ne pas avoir vu les choses « en grand ».
A cela je réponds par un « mea culpa » qualifié. Le texte était conçu comme une réplique concentrée à de nombreux commentateurs, décideurs, et analystes qui prétendaient qu’ l’Occident n’avait « aucune option militaire » en Géorgie, alors qu’en réalité, des options militaires, il y en a.
Cependant, j’ai réfléchi assez longuement à une approche stratégique complète des rapports des États-unis avec la Russie. On peut trouver ces idées, résumées dans le chapitre 9 de Ideas for America’s Future (http://www.brookings.edu/press/Books/2008/ideasforamericasfuture.aspx ) que j’ai écrit en collaboration avec Jeffrey P. Bialos du Johns Hopkins University Center for Transatlantic Relations ( http://transatlantic.sais-jhu.edu/ ).
La stratégie décrite se fondait sur les prémisses suivantes :
1. La Russie est un pays qui se trouve probablement au milieu d’un déclin irréversible. Elle souffre d’une crise démographique sérieuse –un taux de fertilité total d’environ 1,4 % et une espérance de vie pour les hommes de seulement 59 ans, qui va voir sa population décliner jusqu’à 125 millions voire moins dans les dix prochaines années. Son gouvernement est de plus en plus autocratique, réprimant la liberté d’expression, chassant l’investissement étranger direct et les transferts de technologie nécessaires pour entretenir le développement économique.
L’économie russe est elle-même de plus en plus dépendante de transferts militaires à haute technologie d’un côté, et de l’extraction des matières premières –principalement le pétrole et le gaz naturel—de l’autre.
Quant à l’armée russe, elle tire la langue faute de ressources (y compris du personnel de qualité), c’est un équipement de plus en plus vétuste qu’elle utilise, et ses plans de modernisation et de reconversion se heurtent à des problèmes sévères.
2. La Russie a connu une période transitoire de prospérité à cause de l’inflation du prix du pétrole et du gaz naturel. Cependant, la production russe de pétrole et de gaz décline depuis plusieurs années. La Russie a d’énormes réserves non exploitées mais nécessite une infusion de technologie occidentale pour les tirer du sol.
Or, cet investissement technologique ne viendra pas, du fait de la « réappropriation » par Putin du « secteur d’extraction » et de l’expropriation des investissement occidentaux [bien fait pour ces c...] dans diverses entreprises conjointes avec les sociétés pétrolières de Russie.
La base industrielle de la pétrochimie russe est une antiquité, et de plus en plus difficile à faire tourner. Il s’ensuit que les exportations russes de pétrole et de gaz commenceront à baisser fortement dans un avenir proche.
3. Putin a utilisé la bulle sur le marché du pétrole et du gaz pour entretenir le développement économique et donner de la prospérité aux citoyens de Russie, même si la distribution des richesses est fortement inégale.
En Russie, la plus grande partie de la nouvelle richesse est concentrée à Moscou et Saint Pétersbourg, et quelques centres pétroliers en Sibérie, mais les villes de province, de même que la campagne, sont pour la plupart toujours embourbées dans la pauvreté. Putin avait quand même réussi à passer un marché avec le peuple russe : en échange de la prospérité et de la stabilité, le peuple lassera faire une plus forte concentration de pouvoir à Moscou.
4. L’autre aspect du Putainisme est l’emploi du pétrole et du gaz naturel comme des armes contre les ennemis supposés dans l’ »étranger proche » et en Europe occidentale. Parce que les oléoducs existants depuis l’Asie centrale et la Sibérie passent tous par le territoire de la Russie, le gouvernement russe, par son contrôle des compagnies pétrolières et gazières d’État, peut interrompre la livraison, et réduire ou accroître le prix du pétrole et du gaz naturel en Europe centrale et orientale, menaçant ainsi la stabilité économique de ces pays, ce dont on peut se servir pour soutirer des concessions diplomatiques et économiques d’un côté, et punir les comportements contraires aux projets de Moscou de l’autre.
C’est ainsi que la Russie, en dépit de son économie anémique et de son armée inepte, s’est débrouillée pour jouer un rôle dans la grande politique européenne.
5. Pourtant, le bon temps n’aura qu’un temps, et à long terme, toutes les tendances s’opposent à la réémergence de la Russie comme grande puissance.
Cela pose un danger potentiel pour les États-unis et leurs alliés, parce que les empires sur le déclin créent l’instabilité sur leurs régions-frontière jusqu’à ce qu’ils s’effondrent totalement ou qu’apparaisse une nouvelle structure de pouvoir.
Étant donné ces points de départ, les États-unis devraient avoir pour objectif de négocier un « atterrissage en douceur » pour la Russie, à mesure que celle-ci régresse vers son statut amoindri de puissance moyenne parmi d’autres sur le continent eurasiatique. La différence avec la Russie, bien sûr, est son stock résiduel d’armes nucléaires stratégiques, à peu près le seul atout qu’elle détienne encore.
La stratégie des États-unis vis-à-vis de la Russie doit comporter des éléments économiques, diplomatiques et militaires dans des proportions presque égales.
Pour prévenir d’autres aventures irrédentistes dirigées par Moscou contre les anciennes républiques de l’Union soviétique, nous devons bâtir un cordon d’états forts, indépendants et démocratiques le long de la frontière russe. Cela implique de fournir à ces états –l’Ukraine, la Pologne, la Géorgie, la Bulgarie et les pays baltes, toute l’aide économique et militaire nécessaire pour assurer la stabilité politique et la sécurité militaire.
On pourra renforcer encore cette sécurité en accélérant l’entrée dans l’OTAN pour les États qui la souhaitent et qui n’ont toujours pas été admis. La Russie se plaindra certainement qu’elle est encerclée par des puissances hostiles, mais c’est uniquement dans ses illusions les plus paranoïaques que celle-ci peut s’imaginer que l’OTAN représenterait une menace d’agression. En tous cas c’est la Russie qui l’aura voulu, avec son comportement irresponsable.
La Russie peut toujours exercer une influence économique sur l’Europe de l’Est par son contrôle sur les oléoducs et les gazoducs, ce qui rend de ce fait impératif de compléter les circuits de distribution parallèles qui contournent le territoire de la Russie, et qui ne peuvent pas être entravés par des actions militaires des Russes (ou de leurs marionnettes).
Étant donné que la prospérité de la Russie (et de ce fait sa capacité à entretenir des opérations militaires au-delà de ses frontière) est tellement dépendante des rentes de son secteur d’extraction, les États-unis et leurs alliés doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faire descendre le prix du pétrole et du gaz naturel.
Déjà, avec un prix du pétrole de 20 % plus bas que ses sommets du début de l’été, la Russie doit forcément ressentir une gêne dans sa trésorerie. Si l’on peut réduire le prix du pétrole au-dessous de 100 dollars le baril, la Russie aura quelques décisions sérieuses à prendre à la fois pour ses politiques économique et étrangère : continuera-t-elle à s’en remettre à la gestion étatique dans le premier cas et à l’intransigeance dans le second, ou tentera-t-elle de devenir un membre plus responsable de la communauté internationale ?
C’est pourquoi l’exploration de nouvelles sources de pétrole et de gaz, une production accrue des sources existantes, et les investissements dans la conservation et les techniques énergétiques de remplacement doivent être poussées non pour d’amorphes raisons écologiques mais pour des raisons stratégiques bien pragmatiques : le pétrole est une arme, et nous devons empêcher au maximum nos adversaires de s’en servir.
Enfin, une pierre d’angle de la stratégie des États-unis doit être une politique du « rien n’est gratuit » –-on ne doit laisser les Russes commettre aucun acte d’agression sans qu’il ait pour elles des conséquences réelles et graves.
Les résolutions et les sanctions édentées ne pourront plus suffire. Partout où la Russie attaque l’Occident, mené par les États-unis, doit riposter. C’est seulement comme cela qu’on empêchera de nouvelles agressions.
C’est pourquoi j’avais proposé que l’on fournisse aux Géorgiens les moyens de mener une guerre populaire contre les Russes jusqu’à ce qu’ils abandonnent le territoire souverain de la République de Géorgie –y compris l’Abkhazie et l’Ossétie.
De nombreux critiques de cette proposition semblent penser que nous risquerions une riposte terrible de la part des Russes, la brinquebalante armée russe leur fait peur.
En réalité, ladite armée russe craquera à la première occasion, et ses menaces militaires sont fondamentalement vaines si ce n’est contre les plus faibles de ses adversaires.
Nous ne devons pas nous laisser intimider par les rodomontades de la Russie.
La position russe sous le Putainisme est un énorme bluff, une martingale désespérée de la part d’un gouvernement qui se sent glisser vers l’insignifiance internationale pour s’accrocher aussi longtemps que possible à une place sur la scène mondiale.
Il est temps pour nous d’exposer ce bluff, et d’arrêter ce jeu-là une bonne fois pour toutes.
Stuart Koehl writes frequently for THE WEEKLY STANDARD Online.
« Y en a qui ont le syndrome de reopen911.info…quand quelqu’un dit que le 911 y aurait un truc louche,on l’idolatre sans voir ce qu’il dit en tout… »
Cette remarque n’a aucun sens (quand bien même elle serait une réponse à aurelien), le texte de Chauprade publié par Mecanopolis ne faisant aucunement allusion aux mensonges du 11/09 mais exposant en grande partie ses analyses sur la Russie et l’Eurasie, après sa lecture on est donc obligatoirement au courant de ses prise de positions autres que celles concernant le 11/09.
D’ailleurs Chauprade a produit plusieurs analyses géopolitiques depuis sa prise de position sur le 11/09 (dont une très bonne analyse du mondialisme).
De plus, le concept « syndrome reopen911″ (idôlatrer celui qui conteste la vo du 11/09 sans tenir compte du reste) me parait peu pertinent, vu qu’il n’y a aucune trace sur le site Reopen911 de la plus subversive déclaration sur le 11/09 faite par un politicien français, càd celle de Le Pen.
« Sauf que Pierre Hillard a vu l’arnaque et l’a dénoncé(voir l’itw avec wac brest »
Merci pour l’info mais…
…les propos de Hillard avec wac brest sont PRECISEMENT ceux que j’ai rapporté dans mon commentaire précédent !!!
Dans lequel je faisais d’ailleurs remarquer que les propos de Hillard concernant la personne de De Villiers sont plutot modérés car déclarer ne pas savoir si De Villiers a trahis la cause nationale en connaissance de cause, c’est loin d’être une dénonciation extrêmement dure envers le « dissident » Villiers !!!
La modération de Hillard vient du fait qu’il avait auparavant une certaine affection pour la personne de De Villiers, comme ce fut le cas pour d’autres personnes engagées pour la cause nationale (dont Chauprade fait partie).
C’est pourquoi dénigrer Chauprade sur sa relation avec De Villiers est pour le moins douteux, d’autant plus quand on se base sur une fausse information apparue dans les articles appelant à son renvoi de l’armée française !!!
Salut à tous.
Mecanopolis, je pensais avoir envoyé un commentaire sur cet article dans lequel je vous demandais si vous pouviez m’indiquer l’adresse d’un site pertinent qui concernerait les emprunts des Etats ( où seraient recensés les montants, dates, bénéficiaires et prêteurs ).
Apparement, j’ai dû me manquer en l’envoyant non?
Merci de m’expliquer.
Cette nouvelle analyse de Chauprade m’incite à croire ce que Brzezinski craignait le plus dans le Grand Echiquier, un rival contre l’américanisation de l’Eurasie. Il est logique de penser que les vaches à lait du Kremlin, Gazprom et Lukoïl, ne fermeront pas les yeux sur tout le tas de fric que représente la dépendance énergétique de l’Asie du Sud et de l’Est, en particulier la Chine. Il y a fort craindre que le Caucase se transforme en poudrière comme l’Afpak si les Occidentaux viennent y faire de l’ingérence.
« Petit rappel pour ceux qui ont la mémoire courte:
Pierre Hillard fut proche du mouvement de De Villiers à une époque pas si lointaine. »
>>> Sauf que Pierre Hillard a vu l’arnaque et l’a dénoncé(voir l’itw avec wac brest)
Pierre Hillard expose les faits sur les russes qui sont dans la mafia
chauprade comme soral sont des fanatiques aveugles qui fantasment sur une résistance russe alors qu’ils massacrent les tchétchènes.
Y en a qui ont le syndrome de reopen911.info…quand quelqu’un dit que le 911 y aurait un truc louche,on l’idolatre sans voir ce qu’il dit en tout…
« menteur car j’ai lu sa proximité avec « le dissident » de villiers pour avoir fait partie de sa campagne »
Ridicule ! Pour plusieurs raisons parfaitement établies:
-Contrairement à ce qui a été écrit dans « Le Point » et « Le Canard Enchainé » Chauprade n’a jamais participé à la campagne de De Villiers (même si cela lui avait été proposé pour les dernières présidentielles).
-De Villiers n’était pas affilié à « Libertas » à l’époque des présidentielles, cette affiliation s’est mise en place lors des dernières élections européennes (d’où le départ du MPF en mai dernier de Paul-Marie Couteaux l’ancien profésseur et actuel ami de Pierre Hillard). Cette affiliation à « Libertas » n’a donc aucun lien avec Chauprade.
-Le ralliement de De Villliers au parti de l’étranger càd l’UMP est très récent puisqu’il s’est fait durant l’été. Ce ralliement n’a donc aucun lien avec Chauprade.
-Chauprade est un ami proche de De Villiers depuis assez longtemps, mais on peut raisonablement douter que ce soit toujours le cas vu que De Villiers travaille aujourd’hui main dans la main avec les personnes responsables du renvoi brutal de Chauprade.
PS: je n’ai jamais considéré que De Villiers était un « dissident » (mais plutot un rabatteur de voix pour la droite d’affaire), cependant je constate que plusieurs personnes sincèrement engagées pour la cause nationale ont très longtemps pensé le contraire, comme l’illustrent d’ailleurs parfaitement les déclarations très modérées de Pierre Hillard cet été à propos du financement de De Villiers via Libertas par le très atlanto-sioniste milliardaire de l’armement Duncan Ganley « Villiers il avait besoin d’argent mais le problème c’est que la personne c’était un agent du système, et il s’est fait avoir, ou il savait qu’il allait se faire avoir, je ne sais pas ».
Chauprade serait névrosé, tiens donc…
Mais après tout pourquoi pas…
Je ne rejette pas cette hypotèse car elle est sûrement formulé par une personne ayant les compétences médicales appropriées.
De plus cette personne fait souvent preuve d’une si grande retenue…
C’est vrai que malheureusement Chauprade ne milite pas contre la venue du faux messie dajaal…
Je comprend parfaitement que certains préfèrent s’afficher anti-mondialiste afin de ne pas mettre trop en avant leur unique grille de lecture: la conspiration version religieuse.
Petit rappel pour ceux qui ont la mémoire courte:
Pierre Hillard fut proche du mouvement de De Villiers à une époque pas si lointaine.
Farid_y à écrit « Ridicule ! mais plus menteur car j’ai lu sa proximité avec « le dissident » de villiers pour avoir fait partie de sa compagne »
Relis toi stp farid_y , ton propos pourrait être classé X.
Mais si tu a voulu me faire rire c’est réussi!
Sinon les tchétchénes étaient financés par Rothshild et Cie afin de déstabiliser la russie, faut se renseigner un peu. La politique internationnale c’est un plus compliqué que les méchants d’un côté et les bons de l’autre.
Et Aymeric CHAUPRADE a pris le risque de sacrifier sa carriére afin qu’éclate la vérité, il a droit a tout notre respect.
je dirais plus géopolitologue souveriniste névrosé adepte de la russie qui massacre en Tchétchénie et qui construit la gouvernance mondiale avec les mêms anglo-saxons(monnaie mondial de medvedev à l’aquila,leur bloc le CEEA,poutine était lié en tant que président à la fondation bertelsman).
Ridicule ! mais plus menteur car j’ai lu sa proximité avec « le dissident » de villiers pour avoir fait partie de sa compagne !
Un géopoliticien d’une grande qualité et particulièrement attaché à la souveraineté nationale, et qui plus est courageux dans ses prises de position concernant l’Empire atlanto-sioniste.
Un profil inacceptable pour le parti de l’étranger dont le représentant en chef Mr Sarkozy et son collaborateur Mr Morin se devaient d’exclure définitivement cet élément génant au sein de l’armée française.
Le procéssus d’exclusion a commencé par deux articles publiés dans les journaux « Le Point » et « Le Canard Enchainé » qui étaient un appel au ministre de la Défense pour que celui-ci réagisse au plus vite et de la manière forte au fait qu’un éminent membre de l’armée française ait osé publier les faits troublants concernant le 11/09 dans un livre.
(les articles en questions étaient bien-sûr à charges, mensongers et diffamatoires)
Cet évènement est particulièrement significatif de la main-mise progréssive de l’Empire sur le système militaro-politico-médiatique français.