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jan 21 2010

Haïti regorge de ressources en matières premières

En cherchant un peu sur le web, on peut trouver un grand nombre d’indicateurs qui expliquent que Haïti, la plus petite partie de Hispaniola (l’autre, et plus grande partie de l’île, étant la République Dominicaine ou Saint-Domingue) représente un potentiel énorme en ressources pétrolières, aurifères, mais également en Iridium (métal rare du groupe du Platine qui est actuellement utilisé dans l’industrie militaire : missiles nucléaires, mais aussi dans le développement de l’industrie liée à la conquête de l’espace : fusées, système de mise en orbite, etc…).

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A la lumière de ces éléments, on pourrait facilement en déduire que  la volonté et l’énergie déployées par Washington pour déployer rapidement entre 12 et 15.000 soldats sur le sol haïtien dans une mission qui, comme l’annonce le haut commandement militaire US, se prolongera dans le long terme.

Dans les années 70 des travaux géophysiques ont été entrepris en divers points d’Haïti. Les forages ont signalé la présence d’huile et de gaz révélateurs de l’existence de pétrole. Des réservoirs de pétrole ont été localisés dans les sédiments marins entre 6000 à 7000 mètres de profondeur dans le Canal de la Gonâve et spécifiquement dans la Baie de Rochelois à l’Ile de la Gonâve.

Parmi les zones d’intérêt potentiel, citons le Plateau Central, la partie terrestre de la Plaine du Cul-de-Sac et la Grande Caïmite. « L’état actuel des connaissances accumulées sur le potentiel pétrolier haïtien est suffisamment satisfaisant pour attirer des investissements. » conclut le rapport No 3 du Bureau des mines d’Haïti.

Mais pourquoi ne peut-on pas exploiter le pétrole d’Haïti et soulager la misère du Peuple haïtien ?

La raison est d’ordre politique. Haïti est considérée comme l’arrière-cour du Grand Voisin (les USA bien sur). Le pétrole haïtien est inclus dans leurs réserves au cas d’une pénurie mondiale causée par la Guerre ou l’épuisement de cette ressource naturelle non renouvelable sur les autres Continents.

En 1949, le Gouvernement de Dumarsais Estimé avait déjà tenté d’exploiter les gisements pétrolifères haïtiens en faisant appel à la « Atlantic Reffining Company » (ATRECO). Les travaux de forage ont été exécutés avec l’assistance du Ministère de l’Agriculture et des Ressources Naturelles et du Développement Rural sous la supervision de l’Agronome Jean David.

Encore aujourd’hui, si l’on se rend sur la localité de Caradeux, entre l’Aéroport International et Pétion-Ville, on peut voir les traces des Derricks qui ont oeuvré dans la zone. La bouche du puit est scellée avec une plaque en cuivre portant la date de forage et le nom de la ATRECO.

L’ordre formel fut donné par Washington de cesser immédiatement les travaux, ATRECO fut dédommagée. Adieu pétrole haïtien!

Il n’est pas superflu de mentionner qu’en 1975 le Gouvernement de Jean Claude Duvalier a fait appel à la Crux Limited pour l’exploration des dites ressources pétrolières repérées dans la rade de Port-au-Prince près de la Gonâve, aussi bien qu’à Grande Saline.

L’INAREM ou Institut National des Ressources Minières dont le Coordinateur fut Henri P.Bayard a entamé des recherches pendant près de 6 mois de Port-au-Prince jusqu’à la frontière dominicaine comme l’aire possible du forage entrepris par la ATRECO dans la Plaine du Cul-de-Sac.

Ce puit se trouverait sur la route vicinale qui sort de Caradeux pour aller à la chapelle Ste Marie de Pétion-ville.

Des échantillons ont été prélevés et analysés dans le laboratoire du Bureau des mines. Les ingénieurs ont établi l’existence d’une nappe de pétrole sous-marine contiguë aux gisements pétrolifères du Venezuela (la capacité de cette nappe est estimée par certains, 5 fois supérieure à celle de son voisin continental). Une fois de plus, la Compagnie Crux Limited a été forcée d’abandonner les travaux d’exploration, pour les mêmes raisons qu’ATRECO en 1949 .

Quelques années plus tard, un ingénieur géologue haïtien, ministre des Mines a tenté de reprendre les travaux de concert avec les autorités vénézuéliennes, et si ce n’est grâce à la vigilance de la police vénézuélienne, il serait mort suite à une tentative d’assassinat dans la chambre d’hôtel où il se trouvait lors de son séjour au Venezuela pour mettre les accords au point.

De plus, l’ex-président de la Raffinerie Dominicaine de Pétrole (REFIDOMSA), Leopold Espaillat Nanita, a expliqué que l’une des solutions pour que l’Etat haïtien puisse sortir de cette dette externe sans fin, mais aussi, afin de résoudre ses problèmes socio-économiques, se trouverait dans l’exploitation de ces gisement aurifères ainsi que ceux d’autres minéraux que possède le territoire voisin de la République Dominicaine.

Espaillat Nanita a révélé que les études et les recherches géologiques réalisées sur le sol haïtien indiquent que cette nation possède conjointement avec Saint-Domingue, possiblement le terrain aurifère non exploité le plus grand du monde.

De même, il existe un gisement (en seconde position après l’Afrique du Sud, le principal fournisseur mondial), d’un minerai peu connu : l’Iridium, utilisé dans la construction de navettes spatiales, missiles tactiques et autres engins. Ces deux ressources sont suffisantes pour alléger la « pauvreté » du peuple haïtien…

Espaillat Nanita, qui est également architecte, dénonce le fait que ces ressources sont peu connues en raison d’une « conspiration » des multinationales, qui prétendent enlever aux Haïtiens leurs richesses naturelles.

L’ex-président de REFIDOMSA a dit que dans cette « conspiration », sont impliqués certains holdings pro-USA mais aussi des fonctionnaires d’Etat qui se dédient à entretenir la pauvreté et l’indigence en Haïti.

Dans ce sens, il appuie les déclarations du tout récent Premier ministre désigné, Jean-Max Bellerive, sur la recherche de nouvelles alternatives qui faciliteront la création d’emplois et attireront des investisseurs étrangers dans le plus petit des deux pays qui se partagent l’île d’Hispaniola au lieu de compter exclusivement sur la République Dominicaine.

Espaillat reconnaît qu’il existe en Haïti une classe nationaliste formée principalement d’hommes politiques et d’intellectuels – à laquelle appartient Bellerive (Désigné Premier ministre le 30 octobre 2009 par le président René Préval) – intéressée à ce que les problèmes d’Haïti trouvent des solutions sur son propre territoire et non dans une autre partie du monde, comme par exemple chez son voisin (Saint-Domingue).

L’ex-fonctionnaire de l’énergie a fait ces déclarations au cours d’un entretien réalisé par le programme de radio « Dejando huellas » sur Dominicana FM.

Sources : Jean Erich René et Espacinsular.org

Traduction et mise en forme : Chevalier Jedi pour Mecanopolis

Jean Erich René est originaire d’Haïti. Il est né dans la ville de Jérémie où il a accompli ses études primaires et secondaires. Il a exploré divers domaines scientifiques notamment: – Agronomie à la Faculté d’Agronomie de Damien (Haïti) 1970-1974 – Gestion et Hautes Etudes Internationales à l’Institut National d’Administration (Haïti)1990-1994 – Administration à l’Université d’Ottawa (Canada) 1995-1998 – Economie à l’Université d’Ottawa (Canada)1998-2001

avr 14 2009

Affaire de Tarnac : Devoir de haine face à la violence sociale

Par Faouzi ELMIR, Mecanopolis

Le 11 novembre 2008, dix jeunes gens résidant à Tarnac, petit village de Corrèze, ont été interpellés suite à des actes de sabotage de lignes de chemin de fer ayant causé la rupture de plusieurs caténaires et entraîné le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. L’opération baptisée « opération Taïga » a été menée d’une manière musclée et à grands renforts médiatiques, par 150 policiers cagoulés, hélicoptères dans le ciel, fusils d’assaut et portes défoncées. Au même moment, des perquisitions ont eu lieu simultanément à Rouen, Paris, Limoges, et Metz. Pour accréditer la thèse du terrorisme et ses prétendues ramifications internationales, des perquisitions, des saisies et une arrestation ont eu lieu le 27 décembre 2008 chez les membres belges du comité de soutien aux jeunes de Tarnac.

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Manifestation pour libération de Julien Coupat, le 31 janvier dernier à Paris

Pour la police et la Justice, les jeunes gens arrêtés à Tarnac font partie du « noyau dur d’une cellule qui avait pour objet la lutte armée ». L’accusation prétend avoir découvert les « armes du terrorisme» à Tarnac : l’ouvrage devenu célèbre, l’Insurrection qui vient, un horaire de la SNCF, une échelle et la présence de cinq suspects près des lignes sabotées. Ces indices matériels semblent concourir à la qualification d’actes de terrorisme nécessitant le recours à des procédures spéciales destinées à la « lutte contre le terrorisme ». Aussitôt après l’interpellation des jeunes gens de Tarnac, la ministre de la police et de la répression, Madame Alliot-Marie, a pointé du doigt « l’ultra-gauche » et la « mouvance anarcho-autonome », et « anarcho-libertaire ». Les autorités policières et judiciaires présentent les jeunes gens de Tarnac comme des « activistes politiques » qui « tiennent des discours très radicaux », qui entretiennent « des liens avec des groupes étrangers » et qui « participaient de façon régulière à des manifestations politiques » notamment « aux cortèges contre le fichier Edwige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration ». Leur habitat est décrit comme un « lieu de rassemblement, d’endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes (voir l’article de Jean-Claude Paye, l’Arnaque sécuritaire de Tarnac du 18 janvier 2009).

D’abord une première remarque concernant la mouvance anacho-autonome. Soyons indulgent et moins regardant sur la précision sémantique du langage des policiers et des politiciens qui utilisent des mots et des concepts à l’emporte-pièce. Le terme ultra gauche est utilisé habituellement pour désigner des groupes situés à la gauche de l’extrême gauche représentée en France par la Lutte ouvrière dirigée aujourd’hui par Nathalie Arthaud qui vient de succéder à Arlette Laguiller et la LCR d’Olivier Besancenot qui vient de fonder le NPA, Nouveau parti anticapitaliste (sur l’histoire du terme ultra gauche, lire l’article de Claude Guillon, Généalogie d’une invention, 7 décembre 2008.). Cette ultra-gauche rassemble tous ceux qui ne refusent le jeu des élections et des institutions existantes. Parmi ces groupes, il y a effectivement les anarchistes et les autonomes. Mais les anarchistes ne sont pas des autonomes bien qu’ils se rejoignent sur certains. Les anarchistes ont une longue histoire qui remonte au XIXe siècle et dont les pères fondateurs s’appelaient Max Stirner, Joseph Proudhon et Michel Bakounine. Quant aux autonomes, ils appartiennent à un mouvement politique apparu en Italie au début des années 1970 portant le nom d’  »Autonomia opereria »Â  (autonomie ouvrière)  avec pour but de lutter en faveur de l’autonomie du prolétariat par rapport à l’Etat, au capitalisme, aux syndicats et aux partis politiques traditionnels. Bien que l’anarchisme et le mouvement autonome soient deux courants de pensée distincts, ils partagent cependant des points communs comme le refus des normes politiques existantes, l’État, les partis politiques et l’autonomie dans la façon de penser et de faire. Le mouvement autonome a eu des disciples en France en la personne de Yann Moulier Boutang qui a fondé la revue « Camarades ». La Cause du peuple, journal dirigé par Jean Paul Sartre, exprimait les idées de la Gauche prolétarienne, un courant politique se réclamant du mouvement autonome. À la différence des anarchistes, certains courants du mouvement autonome français, bien qu’hostiles aux partis et aux syndicats, n’étaient pas opposés à l’idée d’un État fort pourvu qu’il défende les acquis de l’autonomie. C’est la question de l’État qui différencie les courants anarchistes et libertaires aussi bien des militants du mouvement autonome que des courants marxistes et des communistes. Cette confusion opérée par les services des renseignements entre anarchistes et autonomes témoigne soit d  »une totale ignorance des caractères spécifiques de ces deux courants de pensée soit d’une stratégie policière délibérée visant à accréditer l’idée de l’existence d’un large mouvement de conspiration, la « mouvance anarcho-autonome » intégrant des réseaux terroristes structurés et bien organisés.

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COMMENTAIRE D’ARRÊT

Allant à l’encontre d’une décision rendue par le Juge des libertés, ordonnant la mise en liberté de Julien Coupat, la Cour d’Appel de Paris en a décidé autrement donnant suite favorable au référé détention du Parquet. D’ailleurs, le juge qui a ordonné la remise en liberté de Julien Coupat a complètement disparu de la procédure (voir l’entretien de l’avocate de Julien Coupat, Maître Irène Terrel) . L’ordonnance de maintien en détention de Julien Coupat a été publié par le site Bakchich.info le 30 janvier 2009. Je voudrais procéder comme un sage étudiant en droit à ce redoutable exercice qu’est le commentaire d’arrêt.

Voici ce que dit l’ordonnance du 23 décembre 2008 rendue par la Cour d’Appel de Paris pour justifier le maintien en détention à la prison de la Santé de Julien Coupat depuis le 15 novembre 2008. Les motifs avancés par la Cour pour justifier le maintien de Coupat en détention ont pour but de :

« mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public provoqué par la gravité des infractions, les circonstances de leur commission et le préjudice qu’elles ont causé, s’agissant d’une idéologie de destruction cherchant à ébranler les structures de la société par des attaques massives et violentes contre les moyens de communication, suscitant une très vive inquiétude dans l’ensemble de la population »

Rappelons par ailleurs que Julien Coupat est incarcéré pour :

« des chefs de : direction et organisation de malfaiteurs en vue de préparer des actes de TERRORISME (le mot est écrit en lettres majuscules), destruction ou dégradation en réunion en relation avec une entreprise TERRORISTE(le mot est écrit en lettres majuscules), refus de se soumettre à un prélèvement biologique en relation connexe avec une entreprise TERRORISTE(le mot est écrit en lettres majuscules).

A- TROUBLE EXCEPTIONNEL ET PERSISTANT A L’ORDRE PUBLIC

Si l’on tente un examen attentif des motifs contenus dans l’ordonnance de la Cour d’Appel de Paris, on découvre que Julien Coupat et ses camarades ont été mis en prison non pas spécialement pour avoir causé un « trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public » mais plutôt pour leurs idées et leur mode de vie. La justice reproche aux ados de Tarnac leurs »mauvaises lectures » et leur « idéologie de destruction ». L’idée que Julien Coupat et ses camarades ont provoqué un « trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public » ne résiste pas un seul instant à l’examen, car, ce qui a troublé à l’ordre, ce ne sont pas les jeunes de Tarnac mais plutôt le tapage médiatique, radios, télévision et mass medias contrôlées par les amis de Sarkozy(Lagardère, Dassault et Bouygues) qui a entouré leur arrestation un matin du 11 novembre. Sans ce tapage médiatique et policier, personne en France n’aurait jamais entendu parler des jeunes gens de Tarnac ni de « sabotage » de lignes de la SNCF. D’ailleurs, le terme de sabotage a été soigneusement choisi par la police, la justice et la ministre pour faire croire à la population que l’on vit dans une ambiance de guerre qui rappelle celle de la Deuxième guerre mondiale où les voies de communication allemandes étaient fréquemment sabotées par les résistants français pour empêcher l’arrivée de renforts nazis en France. Quelques trains étaient partis avec du retard après la rupture de caténaires, peut-on appeler cela de sabotage de lignes de chemins de fer. En tout cas, les jeunes gens de Tarnac sont plutôt des piètres amateurs à côté des saboteurs français de la Seconde Guerre mondiale. Le terme sabotage a été sciemment choisi par les policiers et l’autorité judiciaire et relayé par les medias, pour s’intégrer dans casting du film des dangereux et redoutables « terroristes » de Tarnac.

Par ailleurs, si sabotage il y a eu, en quoi a-t-il provoqué un trouble à l’ordre public ? D’abord, la notion de trouble à l’ordre public est une notion fourre-tout. Elle est trop générale pour nous dire ce qu’est réellement un trouble à l’ordre public. À mon sens, pour mieux comprendre ce que signifie dans un système comme le mode de production capitaliste, il faut garder à l’esprit le principe qui est l’origine de son fonctionnement, c’est la libre circulation des hommes et des marchandises. Pour qu’il y ait un véritable trouble à l’ordre public dans un système capitaliste, deux conditions doivent être réunies : 1) l’empêchement des producteurs de la plus-value de se rendre sur le lieu de l’extorsion du profit ; 2) empêchement de la circulation des marchandises produites qui achève le processus de l’extorsion de la plus-value par la conversion de la valeur d’usage en valeur marchande et par la transformation des marchandise en leur équivalent monétaire. A part ces deux conditions, l’ordre capitaliste marche comme sur des roulettes et rien ne le perturbe malgré quelques faits divers et quelques gestes qui sont plutôt du vandalisme, de l’incivilité et du défoulement de casseurs et d’incendiaires de voitures en mal de vivre et qui s’ennuient à mort dans leur vie quotidienne mais qui n’ont jamais fait peur à personne et surtout pas à ceux qui veillent au bon grain, la police et l’armée.

B- GRAVITÉ DES INFRACTIONS, LES CIRCONSTANCES DE LEUR COMMISSION ET LE PRÉJUDICE QU’ELLES ONT CAUSÉ

À ce jour, soit 5 mois après les faits, ni la police ni la justice n’ont pu avancer un seul élément probant susceptible de démontrer une quelconque implication des jeunes gens de Tarnac dans une entreprise terroriste. Il ne suffit pas de disposer d’indices matériels, encore faut-il démontrer un lien de causalité entre les éléments ainsi rassemblés et l’intention délictuelle ou criminelle des mis en examen de Tarnac. Admettons par ailleurs que le groupe de Tarnac ait provoqué l’arrêt ou le retard des trains TGV, pourquoi l’arrêt ou le retard des trains mériterait-il la mobilisation de 150 policiers, des perquisitions en France et en Belgique et des hélicoptères dans le ciel? En quoi mettre un morceau de ferraille sur des caténaires de la SNCF s’avère–t-il un acte plus grave que le blocage des trains par des éleveurs en colère, la destruction du parlement de Bretagne par les marins ou l’incendie d’un immeuble de la Sécurité sociale par des agriculteurs dans le Midi? Comme dit l’auteur d’un article drôle, ces épouvantables jeunes gens de Tarnac, ces Baader de la Corrèze ont commis peut-être commis un acte d’incivilité et ils mériteront certes une fessé mais sûrement pas les journaux de télé, des hélicoptères dans le ciel, 150 policiers cagoulés et une Cour spéciale de « justice » (lire cet article drôle sur le site Bakchich.info) « Quand l’anarchie a le dos large, 12 novembre 2008 ». En utilisant les gros moyens, la Justice et la police ont utilisé un gourdin pour assommer une mouche (Lire l’article de Nicolas Beau, L’ultra gauche plus proche du vandalisme que du terrorisme, dans Bakchich.info du 23 décembre 2008).

Pour mesurer la gravité des faits allégués à l’encontre des jeunes de Tarnac, il faut comparer différentes situations de violence. En quoi un morceau de ferraille jeté sur une caténaire est-il un acte plus grave que de fermer une usine en mettant à carreaux des milliers de salariés ? Jeter un morceau sur une voie ferrée retardera le train mais le licenciement et le chômage sont des actes beaucoup plus graves et ils constituent une forme de violence certes discrète et muette mais beaucoup plus destructrice pour les hommes. Quand des plans sociaux annoncés avec à la clé des centaines voire des milliers de chômeurs jetés dans la rue, cette décision trouble beaucoup plus l’ordre public que de jeter un morceau de ferraille qui retardera quelques trains mais qui n’entraînera pas des conséquences psychiques et matérielles aussi dramatiques que le chômage. Car il faut savoir que dans nos sociétés actuelles, tout est payant et tout est conditionné par l’argent. C’est l’emploi qui apporte le salaire et la sécurité de l’emploi est une nécessité sans laquelle il n’est pas possible de survivre et, de vivre réellement, de progresser et de se réaliser en utilisant les mains et le cerveau. Mais l’emploi n’est pas seulement synonyme de salaire qui permet au salarié de vivre dignement de son salaire, il est aussi un puissant vecteur de sociabilité liant les hommes les uns aux autres dans des relations de camaraderie et de convivialité. L’ambiance dans l’entreprise montre que les salariés attendent autre chose que le seul gain financier. La vie sociale commence dans le travail et tant que nos sociétés n’auront pas réussi à créer les conditions de travail qui permettent à chaque individu de gagner sa vie et de dépasser les seuls travaux de nécessité, le système actuel est voué à son autodestruction et il chancellera sur ses bases. Malgré la gravité de l’acte de licenciement, nous n’avons jamais vu débarquer 150 policiers cagoulés appuyés par des hélicoptères dans le ciel dans une entreprise qui ferme ou qui licencie pour arrêter le PDG et les actionnaires pour trouble à l’ordre public alors que par leurs actes, ils ont brisé des vies entières et ils ont troublé l’ordre social beaucoup plus des trains partis en retard.

On peut extrapoler et dire la même chose des infractions commises par les hommes politiques. En quoi les actes commis par les jeunes de Tarnac sont-ils plus graves que le détournement par des hommes politiques, des chefs d’entreprise et des PDG, des millions d’euros sans être inquiétés ni poursuivis par la Justice pour escroquerie ou pour détournement de fonds publics ? Comme chacun le sait, si par miracle, ils sont condamnés, ils vont soit prendre l’air ailleurs pour se faire une virginité politique avant de retrouver leur ancien siège d’élu ou leur ancien poste, soit, s’agissant d’hommes d’affaire, ils sortiront de prison au bout de quelques mois grâce au paiement d’une caution avancée par des généreux donateurs. Qui trouble le plus l’ordre public, ceux qui jettent un morceau de ferraille sur une caténaire ou ceux qui partent avec la caisse pour aller s’installer dans des paradis fiscaux, comme les Iles caïman, les Bahamas, Monaco, Lichtenstein etc ?

C- IDÉOLOGIE DE DESTRUCTION CHERCHANT À ÉBRANLER LES STRUCTURES DE LA SOCIÉTÉ PAR DES ATTAQUES MASSIVES ET VIOLENTES CONTRE LES MOYENS DE COMMUNICATION

Le reproche fait par la Cour d’appel de Paris à Julien Coupat, c’est d’avoir des idées et une « idéologie de destruction ». Ce faisant, la Cour d’appel criminalise la liberté de pensée et de conviction des citoyens, une liberté affirmée jusqu’à preuve du contraire par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et par la constitution. En accusant Julien Coupat d’être adepte d’une idéologie de destruction, ses juges pensent être en dehors de toute idéologie en pensent appliquer des règles juridiques en dehors de toute contamination idéologique. En refusant à Julien Coupat d’avoir sa propre idéologie, soit-elle la plus destructrice, on viole une liberté publique que l’on appelle encore la liberté d’expression. Julien Coupat comme tout citoyen français a le droit d’avoir des idées et une idéologie autant que ses juges et les hommes politiques. Les juges de la Cour d’appel de Paris jugent donc Julien Coupat non pas sur des actes commis mais sur une idéologie. Dans la typologie des régimes politiques, parmi les critères qui différencient les démocraties libérales des régimes totalitaires, entendons les systèmes communistes, se trouvent la liberté d’expression et l’existence de plusieurs idéologies dans les premières alors que les communistes ne tolèrent ni liberté d’expression ni d’idéologies autres que l’idéologie officielle. Dans les démocraties occidentales, la liberté d’expression est certes affirmée et proclamée constitutionnellement mais il existe par ailleurs des restrictions qui lui ôtent toute portée. On peut citer deux facteurs qui limitent la liberté d’expression dans les démocraties occidentales: le monopole de la propagande politique par la classe capitaliste qui contrôle les mass medias et l’existence des dispositions juridiques et législatives qui entravent la liberté d’expression. Prenons par exemple la loi du 29 juillet 1881, une loi périodiquement modifiée et modernisée par le législateur et la jurisprudence. Cette loi de 1881 comporte en ses articles 23 et suivants, la longue liste des infractions commises par voie de presse ou par tout autre »support de l’écrit, de la parole et de l’image » : provocation à commettre un fait qualifié crime ou délit, apologie de tel ou tel, diffusion de fausses nouvelles, injure ou diffamation envers les particuliers, les agents publics, les parlementaires, les tribunaux, les corps constitués, les armées, les officiers, le Président de la République,, les gouvernements et représentants d’États étrangers. Il faut y ajouter les outrages envers les dépositaires de l’autorité et de la force publique ainsi que le droit de rectification gratuite dont jouit, envers une publication, tout dépositaire de l’autorité publique au sujet d’actes de sa fonction qu’elle aurait inexactement rapportés. Une jurisprudence judiciaire, si elle n’oblige pas l’auteur d’écrits historiques ou journalistiques au conformisme total, elle lui interdit de passer sous silence des éléments ou analyses dès qu’ils sont suffisamment notoires. Un fonctionnaire ne peut dire et écrire ce qu’il veut puisqu’une jurisprudence administrative lui interdit d’émettre des opinions de nature à faire douter de son loyalisme envers les institutions et ceux qui les incarnent. Même hors service, s’applique aussi un devoir de réserve. Nous avons un exemple récent en la personne de Bruno Guigue, sous préfet en Gironde qui a été révoqué par Allliot Marie pour violation de droit de réserve suite à ses prises de position pro palestiniennes (sur la révocation de Bruno Guigue sous-préfet de la Gironde pour des articles critiquant le lobby juif en France, voir notre article sur Bruno Guigue) . Vous pouvez dire et écrire tout ce que vous voudrez pourvu que vos idées ne viennent pas heurter frontalement l’idéologie capitaliste dominante. Si vos idées contestataires trouvent par miracle un éditeur pour les publier, il y a de fortes chances qu’elles soient noyées dans la masse des idées conformistes que véhiculent et propagent les canaux de production et de diffusion contrôlés par des grands groupes capitalistes. À ce monopole de la propagande politique par la classe capitaliste s’ajoutent de nombreuses interdictions prévues par la loi de 1881 sur la presse. Que reste-t-il alors de la liberté d’expression ? Rien, sinon on peut parler de tout et de rien. Sauf évidemment de l’essentiel.

L’affaire de Julien Coupat est l’exemple type d’une liberté d’expression en trompe-l’oeil. Au fond, Julien Coupat est embastillé actuellement à la Santé non pas parce qu’il a commis des actes répréhensibles mais parce qu’il est porteur selon les termes de l’ordonnance d’une « idéologie de destruction cherchant à ébranler les structures de la société par des attaques massives et violentes contre les moyens de communication ». Même l’éditeur de l’ouvrage « l’Insurrection qui vient », Eric Hazan a été entendu le jeudi 9 avril par la Police judiciaire dans une affaire de terrorisme(voir l’article de Erich Inciyan et de Jade Lindgaard). Alors qu’un éditeur devrait normalement répondre d’infractions commises dans le cadre de la loi du 24 juillet 1881 sur la presse.

D- Julien Coupat est accusé « des chefs de : direction et organisation de malfaiteurs en vue de préparer des actes de TERRORISME (le mot est écrit en lettres majuscules), destruction ou dégradation en réunion en relation avec une entreprise TERRORISTE (le mot est écrit en lettres majuscules), refus de se soumettre à un prélèvement biologique en relation connexe avec une entreprise TERRORISTE (le mot est écrit en lettres majuscules).

Si l’on cherche à méditer ces chefs d’accusation, on découvre que Julien Coupât ainsi que ses amis sont coupables non pas d’avoir commis des actes terroristes mais parce qu’ils sont porteurs d’une « idéologie de destruction ». L’affaire coupa et des jeunes de Tarmac ont d’être une affaire policière et judiciaire mais elle n’a rien à voir au fond ni avec le droit ni avec le Justice; c’est une simple affaire de règlement de compte d’un système qui cherche à se défendre contre ses ennemis. L’affaire Coupat et les jeunes de Tarnac, c’est une affaire d’État et d’une classe qui instrumentalisent la justice et la police pour punir tous ceux qui sont tentés tant soit peu par une quelconque volonté d’ « ébranler les structures de la société ». D’ailleurs, cette lutte implacable d’un Etat et d’une classe contre leurs ennemis ne date pas d’aujourd’hui avec l’affaire Coupat et du groupe de Tarnac. Ella est une constante et elle remonte loin dans l’histoire. Le reproche fait à Coupat et à ses amis sur leur « idéologie de destruction », on le trouve dans les rapports de police et dans les procès politiques contre les militants socialistes, communistes et anarchistes depuis les Enragés et Gracchus Babeuf sous la révolution française et tout au long du XIXe siècle. Cette constante dans la lutte du système capitaliste contre ses ennemis a été parfaitement résumée par Proudhon qui écrit « il est de l’essence d’une réaction de manifester, à mesure que la révolution la presse, ses mauvais penchants…Ainsi un gouvernement se trouvait gêné par les institutions ! le droit ne suffisait pas à le défendre ; il lui fallait de l’arbitraire »(Proudhon, Idée générale de la révolution au 19e siècle, pp 14-15). Les détracteurs du système capitaliste s’appellent aujourd’hui l’ultra-gauche et la « mouvance  anarcho- autonome », ceux des années 1960-1980, « années de plomb » s’appelaient Action Directe en France, Fraction Armé Rouge(Rote Armee Fraktion) en Allemagne, les Brigades Rouges(Brigade rosse) en Italie, Cellules Combattantes communistes en Belgique, 17 novembre en Grèce, Grapo en Espagne, Fractions Armées révolutionnaires Libanaises dont des militants sont encore emprisonnés en France. Sous la Révolution française, il y avait les Enragés de 1793, Gracchus Babeuf, puis dans la première moitié du XIXe siècle, les sociétés secrètes de tradition babouviste popularisées par Buonarroti à travers ses loges(Haute vente, Monde, Sfera. En 1839, les sociétés secrètes ont été démantelées après le coup de force de Blanqui et de Barbès. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les États capitalistes européens avaient accusé l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), d’être une conjuration secrète et le commanditaire d’attentats et des explosions dans différents pays. Alors que l’AIT était une instance de coordination de l’action des travailleurs des différents pays. Pendant la Commue de Paris, Thiers l’a dénoncée comme le tyran du capital et Picard donnait l’ordre de couper tous les moyens de communication entre les membres français de l’AIT et leurs collègues à l’étranger.

Ce qui a changé entre le XIXe siècle et aujourd’hui, c’est que le terroriste a remplacé le subversif de jadis. Alors que Babeuf, Blanqui et Barbès étaient qualifiés de subversifs, Coupat et les jeunes gens de Tarmac sont devenus des terroristes. Mais le commun dénominateur entre Babeuf, Blanqui, Barbès, Coupat et les jeunes de Tarnac est la dénonciation de la violence structurelle inhérente aux rapports sociaux capitalistes. La violence dont le terrorisme est la forme extrême est une donnée intrinsèque à toute société fondée sur l’exploitation du travail. À croire le discours dominant, le terrorisme se réduit à un meurtre de civils innocents. Durant la guerre d’Algérie, les combattants du FLN étaient des terroristes et aujourd’hui, les combattants palestiniens sont des terroristes pour l’État sioniste. Mais les « terroristes » algériens et palestiniens tuent-ils des civils innocents, pour le plaisir de tuer des civils innocents ou pour se défendre face à une agression colonialiste ? Tuent-ils parce qu’ils sont assoiffés de sang ou parce qu’ils sont des résistants cherchant à défendre leur cause nationale et leur dignité d’hommes ? Un Palestinien qui se fait exploser au milieu d’une foule et qui tue des civils innocents est tout de suite présenté dans les médias du monde entier comme un terroriste. Son acte doit être condamné sans appel. Mais ceux qui le qualifient de terroriste et l’accusent de terrorisme oublient une chose que s’il se fait exploser, c’est parce qu’il n’a pas comme arme pour se défendre que son corps. Pour que le Palestinien cesse d’être terroriste, donnez-lui des avions et des chars et vous verrez qu’il cessera d’être un terroriste qui se fait exploser en tuant des civils innocents pour devenir un vrai combattant luttant à armes égales contre les occupants et les usurpateurs de la terre. Pourquoi les militants du Hezbollah libanais ne se font-ils pas exploser comme les combattants du Hamas ? Pourtant le Liban, comme la Palestine, avait été occupé pendant dix-huit ans par l’armée sioniste. Si les militants du Hezbollah libanais n’avaient pas utilisé la technique des kamikazes palestiniens, c’est parce qu’ils se sont dotés des moyens militaires leur permettant de résister et de combattre la machine de guerre sioniste, comme lors de la guerre de juillet-août 2006.

On voit bien que la frontière entre terrorisme, violence et résistance est indistincte et bien mouvante pour que l’on puisse donner une définition bien tranchée de ces termes. C’est une vision manichéenne des choses qui identifie terrorisme et meurtre de civils innocents. Le matraquage systématique pratiqué dans les mass medias capitalistes finit par persuader les opinions publiques qu’il ne saurait y avoir de terrorisme que le terrorisme et la violence terroriste islamique. C’est cette vision réductrice qui empêche d’examiner les différentes facettes du terrorisme et de la violence terroriste. Ceux qui résistent à l’exploitation de l’homme par l’homme sont-ils des terroristes ou des résistants? Si l’on suit aveuglement tous les clichés fabriqués par les États impérialistes (Etats-Unis et Europe), pourquoi ne pas décerner le « prix Nobel de la lutte contre le terrorisme » à George Bush et à Tony Blair pour avoir provoqué la mort de 1,2 million d’irakiens morts depuis l’invasion de l’Irak il y a six ans jour pour jour ? Il faudra aussi décerner le « prix Nobel de la lutte contre le terrorisme » à tous les Chefs d’État dont les armées tuent tous les jours des civils et des enfants en Afghanistan.

FRANCE-JUSTICE-DEMO-COUPAT

« Le train-train quotidien va bientôt dérailler », manif du 31 janvier 2009

GROUPE DE TARNAC, UN CAS DE PATHOLOGIE SOCIALE

L’accusation de terrorisme des jeunes gens de Tarnac est tout simplement une accusation farfelue dénuée de tout fondement. Ce que l’on reproche aux jeunes gens de Tarnac, c’est leur refus d’un mode de vie et leur sortie du circuit de la production et de la consommation. La ministre de la police et de la répression dévoile le fonds de sa pensée quand elle parlent des jeunes gens de Tarnac en ces termes « Ils ont adopté la méthode de la clandestinité. Ils n’utilisent jamais de téléphone portable et résident dans des endroits où ils se sont arrangés pour avoir dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prévenir de la présence d’ étrangers» (cité par Jean-Claude Paye, dans l’Arnaque sécuritaire de Tarnac, article déjà cité). Aller dans un village de 350 âmes en Corrèze devient un acte suspect et ceux qui s’y aventurent sont soupçonnés d’être des terroristes. Ne pas avoir de téléphone portable devient un acte suspect, car les jeunes gens de Tarnac ont opté pour le téléphone arabe de Ben Laden pour ne pas se faire prendre. Entretenir des relations amicales avec les gens du village est un geste condamnable, car il est interdit d’aller à l’encontre de l’égoïsme ambiant et de l’individualisme possessif, c’est-à-dire, le principe du chacun pour soi et Dieu pour tous.

Ceux qui reprochent aux jeunes gens de Tarnac leur choix d’un mode de vie un peu « louche », oublient de s’interroger sur les raisons profondes qui sont à l’origine de cette rupture avec les normes sociales dominantes. La décision de ces jeunes gens de quitter les villes et d’aller vivre à la campagne doit être analysée comme une réaction endémique et un cas de pathologie sociale face à une société qui n’a plus rien à offrir à sa jeunesse, sinon le chômage, la précarité et un environnement anxiogène. En allant s’installer dans un petit village de Corrèze, le groupe de Tarnac a voulu envoyer un message clair: le refus d’un mode de production, en l’occurrence le mode de production capitaliste, MDC et d’une idéologie qui érige la concurrence et la lutte pour l’existence comme normes de la vie sociale. Ces jeunes gens de Tarnac ont observé la montée du chômage de masse qui réduit les hommes o ne plus comme horizon que la précarité, le salaire de misère, les restaurants du CÅ“ur et les associations de charité, publiques et privées.

L’épicerie de Tarnac n’est pas un choix arbitraire. Sa création en dit long sur le parti pris et les motivations des jeunes gens qui ont sans doute observé et analysé la logique de fonctionnement d’un système où la dominance oriente les rapports sociaux et où les besoins des classes dominées sont définis par les groupes dominants, économiques et politiques, en fonction de leurs propres intérêts. Il est bien évident que les rapports de classes, la recherche du profit, la reproduction du système social, les luttes pour le pouvoir ont des incidences sur la détermination des besoins sociaux. La notion de besoin est souvent confondue avec celles de désir, de pulsions et d’instinct et d’intérêt. La forme la plus radicale de réhabilitation du besoin consiste à l’inscrire dans la logique même de la vie, la logique biologique. Bichat disait « la vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ». Si la production était orientée d’après une consommation fondée sur la seule valeur d’usage, les objets produits iront à la satisfaction des désirs et des besoins des individus et des groupes sociaux. Mais nous vivons dans un système capitaliste où la consommation est déterminée par la production des biens et des services à des fins de profit et c’est la valeur marchande qui l’emporte sur la valeur d’usage. Cette valeur d’échange se réfère non aux besoins des groupes et des individus et aux désirs de tous les hommes mais aux intérêts des groupes dominants qui manipulent les désirs et les besoins à des fins purement mercantiles. Dans le mode de production capitaliste, ce ne sont pas les besoins qui déterminent l’offre de biens, c’est l’offre de biens qui, par cibles et créneaux (explorés par le marketing, exploités par la publicité), induit une demande « solvable » maximisée. L’idée d’un « client-roi » est un mythe fabriqué. Le besoin solvable qui est le seul que connaît le marché peut ne pas correspondre à un besoin réel et peut ne pas satisfaire du tout ou du moins une infime partie du vrai besoin. Avec le perfectionnement des moyens de manipulation mentale des hommes, les vrais besoins sociaux et individuels ont dû céder la place à des faux besoins et des faux désirs. Pour quelqu’un qui s’ennuie dans son HLM, acheter de l’alcool et des films d’évasion prime sur l’achat d’une nourriture saine(bio par exemple) ou la lecture d’un livre susceptible d’enrichir l’esprit. L’inconscient n’est plus seulement ce qui nous détermine- en partie, à notre insu, c’est aussi ce qui nous détermine de l’extérieur juste au moment où nous croyons nous déterminer nous-mêmes (librement). Cet extérieur n’est autre que le Pouvoir politique qui réprime le vrai besoin pour ne laisser aux individus et aux groupes que les faux besoins et les faux désirs. Le régime psychologique des besoins, leur vocation culturelle, dépendent intrinsèquement du régime politique qui aménage et contrôle leur mode de satisfaction et le sort du désir s’y joue du même coup. Le biologisme qui dérive les besoins d’une nature humaine immuable ignore le caractère  « évolutif » « historique » des normes de satisfaction imposées par une organisation sociale des pouvoirs qui explique comment les besoins sont soumis à des normes contraignantes. Il en va du Pouvoir comme du droit, qui n’est oppressif qu’en tant qu’instrument de contrainte au service d’une caste ou d’une classe dominante. En mode de production capitaliste, précisément, la multiplication et la massification des besoins sont là pour accompagner l’accumulation du capital et la marchandisation générale des rapports sociaux qui ne limite pas à une seule société ou une zone géographique mais elle s’étend à la planète entière. Dans le contexte de la marchandisation, le besoin réel est structurellement et institutionnellement converti en besoin solvable. Donc, une double falsification des besoins en résulte : d’abord ne sont reconnus que les besoins proprement économiques, d’où une mutilation de l’expérience psychologique et ensuite les besoins économiques eux-mêmes ne sont admis sur le marché qu’en fonction de la solvabilité des acheteurs. La réduction du besoin à la demande solvable aliène l’individu à la logique marchande et un besoin aliéné engendre fatalement un désir mystifié. La captation du besoin qui est aussi détournement du désir provoque des tensions et une violence symbolique. Les pratiques et les aspirations engendrées par l’expérience des faux besoins et des désirs détournés marquent l’irrationalité sociale et culturelle du mode de production capitaliste.

L’irrationalité sociale est induite par l’aliénation et la violence économique. À côté de la violence économique, il y a la violence symbolique créée et entretenue par l’incorporation d’un habitus et l’inculcation d’un arbitraire culturel par le truchement de l’appareil scolaire. L’aliénation économique produit la mystification, laquelle s’alimente entre autres à l’imaginaire qui conforte à son tour la mystification. L’irrationalité économique induit le phantasme qui est la réalité niée et dont la répression conduit à la névrose voire à la folie. Mais la répression a sa source dans le Capital puisque c’est lui qui produit les besoins qui assujettissent. C’est le Capital qui suscite chez l’homme « un besoin nouveau pour le contraindre à un nouveau sacrifice, pour le placer dans une nouvelle dépendance et le pousser à un nouveau mode de jouissance, donc de ruine économique. Ainsi avec la masse des objets, s’agrandit l’empire des êtres étrangers auxquels l’homme est soumis. Tout produit nouveau renforce encore la tromperie réciproque et le pillage mutuel ; l’homme devient de plus en pauvre en tant qu’homme ; il a de plus en plus besoin d’argent pour s’emparer de l’être hostile et la puissance de son argent diminue en raison inverse de l’accroissement du volume de la production. Autrement dit, son indigence augmente à mesure que croît la puissance d’argent. Le besoin d’argent est donc le vrai besoin produit par l’économie politique et l’unique besoin qu’elle produit »(Karl Marx, la première critique de l’économie politique, Ecrits de 1843-1844, UGE, 1972. pp 168-169.)

Ce qui vient d’être dit montre l’ampleur de la violence qu’exerce un pouvoir qui ne détient pas seulement le monopole de la violence physique (policière et judiciaire) mais aussi celui du couple manipulation-répression des besoins. Car le « pouvoir » pour autant qu’un régime social du désir le permet, est voué, non seulement à satisfaire des besoins, mais aussi à maintenir la satisfaction insatisfaite, à ménager au besoin un avenir, de façon que la satisfaction du besoin préserve pour ainsi dire la flamme du désir qui en est, en termes psychanalytiques, le foyer. La norme, c’est le mode d’action du pouvoir qui naît avec la satisfaction du besoin pour en produire d’autres. Mais lesquels ? Il y a des besoins dont on n’a pas besoin ou ils sont des désirs négatifs et aliénants, c’est-à-dire des pures fantasmes. La limite de la jouissance procurée par la satisfaction des besoins, en mode de production capitaliste, c’est la saturation des marchandises. Le désir, comme d’ailleurs le besoin, est enrôlé au service de la production. En définitive, nous sommes immanquablement conduits à une certaine pratique productive qui convertit à l’instar de la thermodynamique, le besoin dépendance en besoin puissance, d’où l’accumulation indéfinie des marchandises. La stratégie du Pouvoir traite le besoin à la fois comme base de sa puissance(économique) et comme menace pour sa cohérence(sociale). Il est donc d’un intérêt capital, après avoir capté le besoin, de captiver le désir en lui fournissant le vaste royaume des compensations fictives, représentations et symboles en lesquels se projettent et se gratifient les frustrations foisonnantes d’une quotidienneté que travaille l’absurde.

Parmi les finalités de la lutte politique, il y a la lutte pour imposer de nouvelles normes de production de besoins, c’est-à-dire de biens et de services. À cet égard, l’épicerie de Tarnac apparaît comme une forme de lutte politique contre une norme de production et un régime politique qui la produit et qui l’oriente.

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CONCLUSION

En guise de conclusion sur l’affaire Coupat et le groupe de Tarnac, nous allons reprendre l’une des règles de la méthode sociologique d’Emile Durkheim, celle relative à la distinction du normal et du pathologique. La première phrase du chapitre III qui traite des « Règles relatives à la distinction du normal et du pathologique » dit ceci : « L’observation, conduite d’après les règles qui précèdent, confond deux ordres de faits, très dissemblables par certains côtés : ceux qui sont tout ce qu’ils doivent être et ceux qui devraient être autrement qu’ils ne sont, les phénomènes normaux et les phénomènes pathologiques »(Emile Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, Paris, Quadrige/PUF, 1997, 9ème édition, p.47.) Pour Durkheim, l’intérêt de la distinction consiste à éclairer la pratique. Parmi les phonémiques pathologiques, Durkheim cite le crime qui, au-delà des réactions qu’il suscite dans le corps social, est un phénomène de sociologie normale. La criminalité est un phénomène normal et nécessaire pour l’équilibre de la société et le crime est « un facteur de la santé publique »(p.66).

Cette distinction de Durkheim entre le normal et le pathologique peut s’avérer opérante dans le cas de Julien Coupat et le groupe de Tarnac. Comme le crime pour Durkheim, le groupe de Tranac est un phénomène pathologique induit par nos sociétés actuelles dont les fondements et le mode de fonctionnement sont basés sur la violence sous sa double forme physique et symbolique. Les réactions et les comportements des jeunes gens de Tarnac comme tous ceux qui sont armés « d’une idéologie de destruction » sont des constantes pathologiques qui réagissent à une violence chronique et structurelle induite par un système social délictogène et criminogène. Tout en étant l’expression d’une société et d’un Etat qui fonctionne grâce et à cause de la violence, le groupe de Tarnac, comme le crime chez Durkeim, est une facteur de la santé publique. Le groupe de Tarnac est la médecine chargée de nous soigner et de nous guérir, car la guérison est la reconquête d’un état de stabilité et guérir, ce n’est pas autre chose que de se donner de nouvelles normes de vie supérieures aux anciennes. C’est en ce sens que l’on peut considérer Julien Coupat et ses camarades de Tarnac comme de la médecine, car s’il y a médecine c’est parce qu’il y a maladie à guérir et cette maladie c’est la violence sociale.

S’il y avait une vraie justice inspirée par l’esprit du juste et de l’équité, ce ne sont pas les jeunes gens de Tarnac que l’on poursuivrait et que l’on inculperait pour terrorisme et sabotage mais ceux qui détiennent le monopole et l’usage de la violence, à savoir les États et les classes dominantes. Ceux qui exercent la violence terroriste, ce sont ceux qui disposent de gigantesques moyens(les vrais) sophistiqués, scientifiques, techniques et humains pour exercer et perpétuer la violence sous sa double forme physique et symbolique. À vrai dire, la violence et le terrorisme ne peuvent être le fait des classes dominées qui n’ont ni armes, ni munitions, ni services de renseignements, ni services d’espionnage, ni Compagnies républicaines de sécurité(CRS), ni police judiciaire, ni hélicoptères de surveillance, ni mouchards, ni informateurs etc. Il est illogique de parler de la violence des classes dominées, car comment peuvent-elles pratiquer la violence et le terrorisme sans en avoir les moyens nécessaires ? La violence terroriste dans nos sociétés actuelles est à sens unique et elle ne peut être que le fait d’un Etat et d’une classe dominante. Face à la violence dominante, les classes dominées sont condamnées soit à subir soit à résister.

Un tribunal pénal international aurait dû être créé spécialement pour juger les dirigeants du G 8, du G 20 et ceux de l’OTAN des chefs d’« association de malfaiteurs, direction et organisation du terrorisme international en bande organisée en vue de préparer des guerres impérialistes et de mener des actions terroristes partout où il y a des matières premières et des marchés à contrôler et à conquérir ». Le secrétaire général de l’ONU et dles directeurs du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC, scientifiques et humains auraient dû être jugés et condamnés pour « : direction et organisation de la violence internationale utilisée comme méthodes et techniques de gouvernement et de domination des nations et des peuples»

et « organisation et direction de malfaiteurs ayant entraîné la mort et la famine des millions d’hommes dans le monde »

En définitive, tous les hommes libres se reconnaîtront immanquablement dans Julien Coupat et le groupe de Tarnac qui ont accompli une véritable Å“uvre d’hygiène mentale en rappelant à tout un chacun, son DEVOIR DE HAINE FACE A LA VIOLENCE SOCIALE.

Faouzi ELMIR, pour Mecanopolis

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avr 08 2009

Les pièges de la Constitution européenne

Une Constitution piégée

drapeau

Une Europe en déficit démocratique

Depuis 30 ans, les états européens ont transféré une part croissante de leur pouvoir à une Union Européenne dont les institutions ne sont toujours pas démocratiques. Le parlement est élu au suffrage universel, mais son pouvoir est limité. Quant au gouvernement européen (la « Commission ») et son président, ils ne sont toujours pas élus par les citoyens européens. Le président de la Commission est choisi par les dirigeants des états-membres, après des tractations opaques. Quant aux ministres (les « Commissaires européens »), ils sont choisi par le président de la Commission, une fois celui-ci nommé. La Commission doit néanmoins obtenir un vote d’investiture du Parlement.

Le projet de Constitution donne un peu plus de pouvoir au parlement, mais à dose homéopathique. La Commission continue de ne pas être responsable devant le parlement une fois nommée, et tous les domaines les plus importants continuent de relever du seul pouvoir de la Commission. Contrairement à l’usage dans toutes les démocraties, le Parlement n’a pas le droit de proposer des lois (article I-26). Cette impuissance du Parlement est tout simplement inacceptable, compte tenu de l’étendue des pouvoirs qui ont été transférés à l’Union Européenne par les états. Avant de transférer encore plus de pouvoir à l’Union, et surtout, avant que les états ne renoncent à des constitutions nationales démocratiques, il est impératif de rendre les institutions européennes conformes aux critères de la démocratie. Or c’est justement ce que ne fait pas le projet de constitution.

Une Europe marchande sous l’emprise des multinationales

La politique européenne est élaborée par la Commission en étroite collaboration avec l’European Round Table (ERT), un lobby qui rassemble les dirigeants des grandes multinationales européennes. L’European Round Table est associée à toutes les grandes décisions en matière économique, financière, sociale, ou environnementale.

Depuis le départ, la construction européenne se limite à un espace marchand, à un grand bazar commerçant dans lequel les intérêts des grandes entreprises sont prioritaires. L’émergence d’une citoyenneté européenne, un fonctionnement plus démocratique des institutions, ou encore une convergence sociale et fiscale et sociale équivalente à la convergence financière et économique, toutes ces questions sont secondaires, voire indésirables du point de vue des entreprises.

Une Europe à orientation dissymétrique

Depuis 20 ans, la construction européenne se fait toujours dans certains domaines (ceux qui favorisent les intérêts des grandes entreprises) et jamais dans d’autres domaines toujours remis à plus tard (ceux qui vont dans le sens de l’intérêt des citoyens-salariés-consommateurs). Ainsi, on a organisé une harmonisation financière et commerciale entre les pays, sans organiser une harmonisation équivalente de la fiscalité, des salaires, et des charges sociales. C’est ce qui permet à certains pays de pratiquer un « dumping » fiscal et social pour attirer les délocalisations. C’est le cas en particulier des pays d’Europe de l’Est, récemment intégrés dans l’Union afin d’offrir aux entreprises un réservoir de main d’oeuvre bon marché.

L’Europe des délocalisations

Le nouveau président néo-libéral et pro-américain de la Commission est loin de vouloir remédier à cette dissymétrie. José Manuel Barroso (en photo) estime que « la concurrence fiscale » des nouveaux pays de l’UE est « juste ». Il a qualifié « d’irréaliste » l’harmonisation de l’impôt sur les sociétés au niveau européen. Quant aux délocalisations, José Manuel Barroso a le mérite d’être clair. En février 2005, il a déclaré: « Les délocalisations sont des décisions que les entreprises peuvent et doivent prendre ».

La commissaire européenne Danuta Hübner est également explicite lorsqu’elle parle de la nécessité de « faciliter les délocalisations au sein de l’Europe ». Dans un entretien publié par le quotidien français « La Tribune » et le journal allemand « Handelsblatt », elle déclare:
« Prévenir les délocalisations, les stopper par des règles artificielles travaillerait contre la compétitivité des entreprises. Ce que nous devons faire, au contraire, c’est faciliter les délocalisations au sein de l’Europe. Ainsi les sociétés européennes seront globalement plus fortes car elles pourront abaisser leurs coûts ». Selon Danuta Hübner, faciliter les délocalisations au sein de l’Europe est la seule solution pour éviter que les entreprises ne délocalisent vers l’Inde ou la Chine.

Or cette logique consiste à céder au chantage à l’emploi exercé par les multinationales. Cela conduit à un alignement progressif des salaires européens sur les salaires chinois. En Chine, une ouvrière de l’industrie textille est payée 100 euros par mois pour 12 heures de travail par jour, 6 jours sur 7 et avec 5 jours de vacances par an. Les conditions sont à peu près identiques en Roumanie, un pays qui entrera dans l’Union européenne en 2007, et dont 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les entreprises n’ayant aucun sens civique ni aucune responsabilité envers la société et les populations, les délocalisations continueront tant qu’il y aura le moindre centime à y gagner.
Une Constitution opaque et anti-démocratique

Dans toutes les grandes démocraties, la constitution est un texte court d’une vingtaine d’articles, rédigés dans un langage clair et compréhensible par tous. A l’inverse, la Constitution Européenne concoctée par Valéry Giscard d’Estaing est un monument de technocratie et d’hermétisme, avec pas moins de 458 articles et plus de 400 pages auxquelles s’ajoutent de nombreuses annexes. Et pour être certain qu’aucun citoyen ne puisse comprendre le sens du « contrat » qu’on lui demande de signer, les articles de la Constitution contiennent une multitude de renvois à d’autres articles ou à des traités européens précédents.

Des droits civiques en trompe-l’oeil

La Constitution affirme que l’Europe est fondée sur « l’égalité des êtres, la liberté, le respect de la raison », ajoutant que « les peuples de l’Europe sont résolus à dépasser leurs anciennes divisions et, unis d’une manière sans cesse plus étroite, à forger leur destin commun ». La constitution définit les droits fondamentaux en vigueur dans l’Union. Elle garantit la liberté d’expression et de religion. Elle évoque également le droit à la vie, à un toit, à l’éducation ou encore à des conditions de travail justes. Le problème est que les droits du citoyen sont toujours formulés dans des termes vagues qui ne permettront pas leur application dans la pratique. Alors que les droits accordés aux entreprises sont formulés de manière beaucoup plus précise. La Constitution ne prévoit rien pour faire respecter les libertés individuelles et les droits sociaux. Mais lorsqu’il s’agit des principes favorables aux entreprises, la Constitution prévoit des sanctions judiciaires, notamment contre les états qui entraveraient la « libre-concurrence ».

De plus, la plupart des droits civiques énnoncés par la Constitution dans sa « Charte des droits fondamentaux » (partie II) sont en réalité vidés de leur contenu par des annexes placées discrètement à la fin du traité constitutionnel (partie IV). Enfin, certains droits fondamentaux sont absents de cette constitution, comme la liberté de disposer de son propre corps. L’absence de cette liberté est la porte ouverte aux abus médicaux, et à un contrôle social médicalisé, par le biais de la biométrie et des futurs implants. Le revenu minimum et le droit au logement sont également absents de cette constitution, alors qu’ils sont reconnus par la déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée par l’ONU en 1948.

Camisole de force pour coup d’état libéral

Cette constitution outrepasse son rôle normal dans une démocratie, en incluant des articles qui fixent définitivement les orientations économiques « libérales », quels que soient les éventuels changements de majorité politique issus des futures élections. La Constitution rend définitives des politiques économiques dont le choix doit dépendre des électeurs, et ce choix doit pouvoir varier dans le temps. Il est tout simplement inacceptable que la politique économique et sociale soit ainsi « constitutionnalisée ».

Le but de cette Constitution n’est rien moins que d’enfermer définitivement les pays européens dans une camisole de force libérale, sans aucune possibilité de changer de politique par la suite. Et c’est bien pour cette raison que nos dirigeants politiques tiennent tant à ce que cette Constitution soit adoptée. Ceux dont ils servent les intérêts ont beaucoup à y gagner, ce qui signifie que les citoyens ont beaucoup à y perdre…

Une Constitution définitive

Les partisans du « oui » à la Constitution disent en substance: « cette constitution est imparfaite, mais prenons ce qu’il y a de bon a y prendre, et ses imperfections pourront toujours être corrigées plus tard ». En réalité, il n’y aura pas de révision de cette constitution pour l’améliorer dans le futur. Car toute tentative de réforme de la constitution est assurée de ne jamais obtenir la double unanimité nécessaire des parlements et des gouvernements des 25 pays-membres.

Une Europe sans débat public franc

Comme les étapes précédentes de la construction européenne, le projet de Constitution fait l’objet d’un débat public biaisé, où toutes les cartes ne sont pas présentées aux citoyens.

Les arguments utilisés par les partisans du « Oui » sont aussi lyriques qu’imprécis et incomplets, avec un mensonge par omission sur les points les plus importants. Comme lors du débat sur l’euro, les pro-européens utilisent une stratégie de dramatisation, en présentant un refus éventuel comme une catastrophe qui remettrait en cause toute la construction européenne, voire même la paix en Europe.

On retrouve là des tactiques de manipulation typiques des agents de la pensée unique: utiliser la peur, « noyer le poisson » dans la confusion (afin que les gens finissent par ne plus savoir quoi penser), et faire appel à l’émotionnel (au pathos) plutôt qu’à l’analyse.

Dans le même temps, le public n’est jamais informé des conséquences concrètes des « avancées » qui lui sont proposés. Au moment de l’adoption de l’euro, personne n’a dit au « public » que cela entraînerait une hausse des prix de 30 à 40%.

De même, au moment de l’élargissement à 25 pays-membres, les citoyens européens ont été invités à une joie béate pour célébrer l’unité européenne. Mais personne ne leur a dit que la première conséquence allait être une accélération des délocalisations, ni que les nouveaux pays-membres pratiquaient un dumping fiscal et social qui favorise ces délocalisations.

Les pièges de la Constitution

Ce que l’on ne dit pas aux citoyens aujourd’hui, c’est que ce projet de Constitution est en réalité une abdication définitive des gouvernements élus, et donc de la démocratie. Comme l’AMI, la Constitution a pour but de soustraire les décisions économiques et sociales importantes au débat démocratique et au pouvoir des gouvernements élus, et à empêcher toute politique contraire aux intérêts des entreprises, même dans le cas où un gouvernement authentiquement au service des citoyens serait élu.

Un autre point commun avec l’AMI est la sacralisation du principe de « libre concurrence » pour démanteler les services publics. Par exemple, le financement par l’état d’un service public comme la Poste peut être accusé de fausser la concurrence par rapport aux entreprises postales privées qui ne peuvent compter que sur leur propres ressources. De même, l’enseignement public fausse la concurrence par rapport aux écoles privées. Les télévisions publiques ou les subventions à la culture sont également menacés. Si la Constitution est adoptée, les services publics ne pourront exister que dans les secteurs où aucune entreprise n’est présente, autrement dit les secteurs totalement non-rentables. Mais ces secteurs sont de plus en plus rares, car même la police où l’armée sont destinées à devenir des « prestations » fournies aux états par des entreprises privées. Le principe de « concurrence libre et non-faussée » interdit aussi aux états de fixer un salaire minimum (SMIC) qui limite la « concurrence » sur le « marché du travail ». Or les entreprises tiennent à accroître cette concurrence, car elle permet de tirer les salaires vers le bas.

Ce que l’on oublie également de dire au citoyen, c’est que cette Constitution contient des articles qui seront lourds de conséquences. Il est notamment prévu que le vote des pays européens disposant d’un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU devra être conforme à la « Politique Etrangère et de Sécurité Commune » (dite « PESC ») définie par la Commission. Or, le responsable européen de la PESC est l’ancien secrétaire général de l’OTAN, Javier Solana, qui était favorable à l’intervention militaire américaine en Irak. Avec la Constitution, la France n’aurait pu s’opposer à cette guerre comme elle l’a fait au Conseil de Sécurité de l’ONU. La Constitution affirme aussi que la politique de défense de l’Union devra se faire dans le cadre de l’OTAN, une organisation sous la tutelle des Etats-Unis.

Les défenseurs du « Oui » essayent de faire miroiter aux Français que la Constitution permettrait l’affirmation d’une Europe qui serait un contrepoids aux Etats-Unis. En réalité, c’est le contraire qui a été décidé par les actuels dirigeants de l’Europe, de même que la Constitution a été conçue pour renforcer l’ancrage de l’Union Européenne dans l’orbite des Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard si Mr Barroso a été choisi pour être le président de la Commission pour les 5 prochaines années. Comme Javier Solana, José Manuel Barroso a soutenu la politique de Bush en Irak (il était alors premier ministre du Portugal et avait décidé l’envoi de soldats portugais en Irak).

Un autre article du projet de Constitution donne tout pouvoir à la Commission (gouvernement non-élu) pour négocier les accords multilatéraux (comme l’AMI ou l’AGCS) à la place des états. En 1998, l’AMI n’avait pu être adopté à cause de l’opposition de la France. Avec l’entrée en vigueur de la Constitution Européenne, un pays n’aura plus la possibilité de faire échouer les accords multilatéraux en préparation.

Ce projet de Constitution est tout simplement un piège mortel, dont le but est d’accroître et de rendre définitive l’orientation ultra-libérale de l’Europe, de rendre possible et même obligatoire le démantèlement des services publics, de livrer les citoyens européens au bon vouloir des entreprises, et d’aligner l’Europe sur la politique des Etats-Unis.
Une occasion unique

Pour ceux qui refusent l’orientation ultra-libérale de l’Europe, le référendum sur la Constitution est la dernière occasion de changer le cours des choses. Un « Non » français à la Constitution, loin d’affaiblir la construction européenne, obligerait au contraire les dirigeants politiques à proposer une nouvelle Constitution, sur des bases plus équilibrées et plus démocratiques, en accord avec les aspirations des citoyens européens. Cette nouvelle constitution devra être débarrassée de la « partie III » (les 300 pages qui constitutionnalisent la politique économique et sociale) en se centrant sur les institutions et les droits civiques, comme doit le faire une Constitution dans toute démocratie.

La campagne d’intimidation du « Oui » prédit un isolement de la France en Europe dans le cas où le « Non » l’emporterait, alors que lorsque la Grande Bretagne a refusé d’adopter l’Euro elle n’a pas été mise au banc pour autant. En réalité, c’est même le contraire qui se produirait: en disant NON, la France entrainerait les autres électeurs européens à prendre conscience des pièges de cette Constitution. Déjà, le Non est donné gagnant avec 58% des voix en Hollande (pays pourtant très pro-européen) où un réferendum aura lieu 3 jours après le réferendum français. Le « non » gagne du terrain en Pologne, et il est majoritaire en Grande-Bretagne. En Belgique et en Allemagne, la constitution sera adoptée sans référendum, mais la contestation monte et une majorité de citoyens de ces pays espèrent désormais que les Français diront « Non ».

Tous les responsables politiques de droite et de gauche qui n’ont cessé de mentir et de tromper les électeurs depuis 20 ans sont à l’unisson en faveur de la Constitution. Au service d’intérêts particuliers (les multinationales), ils se sont relayés au pouvoir pour appauvrir les salariés, détruire les services publics, enrichir les entreprises, endetter l’état, et créer la situation économique et sociale que nous connaissons aujourd’hui (salaires de misère, hausse des prix, précarité généralisée, délocalisations en masse, chantages à l’emploi, etc…). Pour les citoyens, voter NON à la Constitution est donc une superbe occasion pour exprimer leur colère simultanément envers la droite libérale et la gauche libérale, et faire mordre la poussière à des élites politiques dévoyées, arrogantes et autistes.

© Syti.net, Avril-Mai 2005

Rappel des mensonges de Maastricht


A l’occasion du référendum français sur le traité de Maastricht qui instituait l’abandon du franc pour l’euro, voici ce que promettaient ceux qui nous demandent aujourd’hui de voter « oui » à la constitution…

Edouard Balladur, UMP (droite libérale), dans « Le Monde » (29 avril 1992)
« Chaque Etat conservera la maîtrise de sa politique budgétaire et fiscale, dans des limites qui ne seront pas plus étroites que celles d’aujourd’hui. »

Michel Sapin, PS (gauche libérale), dans « Le Figaro » (20 août 1992)
« J’aimerai convaincre chaque français, chaque lecteur, que le traité d’union européenne se traduira en France par plus de croissance, plus d’emploi, plus de solidarité. »

Martine Aubry, PS (gauche libérale), discours à Béthune (12 septembre 1992)
« C’est peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contre-vérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les inquiets sur ces contre-vérités. (…) Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion…

L’ERT – European Round Table

L’European Round Table (ERT) est un lobby fondé par Etienne Davignon (ex-président de la Société Générale de Belgique et membre du Groupe de Bilderberg) et qui rassemble les dirigeants des grandes multinationales européennes. L’European Round Table est associée à toutes les grandes décisions de l’Union Européenne en matière économique, financière, sociale, ou environnementale.

Liste des principaux membres de l’European Round Table:
Président:
Helmut Maucher – Nestlé
Vice-Présidents:
André Leysen – Agfa-Gevaert
David Simon – British Petroleum (BP)

Membres:
Américo Amorin – Amorin Group
Percy Barnevik – ABB
Jean-Louis Beffa – Saint-Gobain
Marcus Bierich – Robert Bosch
Peter Bonfield – British Telecom (BT)
Cor Boonstra – Philips
Simon Caims – B.A.T Industries
Bertrand Collomb – Lafarge
François Cornelis – Petrofina
Alfonso Cortina de Alcover – Repsol
Gehrard Cromme Fried – Krupp
Etienne Davignon – Sté Générale de Belgique
Carlo de Benedetti – Olivetti
Casimir Ehmrooth – UPM Kymmene
Jean-René Fourtou – Vivendi Universal
(également ex-PDG de Rhône-Poulenc devenu Aventis avant de fusionner avec Sanofi-Synthelabo)
Jose Antonio Garrido – Iberdrola
Fritz Gerber – Hoffmann-La Roche
Ronald Hampel – ICI (International Chemical Industries)
Cornelius Herkströter – Royal Dutch Shell
Daniel Janssen – Solvay
Jak Kamhl – Profilo Holding
David Lees – GKN
Flemming Lindelov – Carlsberg
Pietro Marzotto – Marzotto
Jérôme Monod – Lyonnaise des eaux
Egil Myklebust – Norsk Hydro
Théodore Papalexopoulos – Titan Cement
Heinrich von Pierer – Siemens
Lars Ramqvist – Ericsson
Edzard Reuter – Airbus Industrie
Cesare Romiti – Fiat
Nigel Rudd – Oilkington
Richard Schenz – OMV
Manfred Schneider – Bayer
Jürgen Schaempp – Daimler Benz
Louis Schweizer – Renault
Mickael Smurfit – Jefferson Smurfit
Morris Tabaksblat – Unilever

Source: Syti.net