Si l’on prend en compte les réserves du Golfe, d’Afrique du Nord et d’Asie centrale, ce sont près de 75 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz prouvées qui sont entre les mains du monde musulman. Les USA, qui veulent épuiser le moins vite possible leurs réserves, entendent continuer, à n’importe quel prix, de contrôler le trafic pétrolier et à bénéficier du rôle privilégié que joue le dollar dans celui-ci.

Pour conserver le plus longtemps possible leur hégémonie mondiale, les USA consolident leurs positions dans les régions riches en ressources naturelles où leur supériorité technologique demeure irrattrapable (Moyen-Orient, Asie centrale, Afrique) ou bien dans les zones de civilisation occidentale riches où la culture américaine a été intégrée à l’identité nationale et où la capacité de consommation des produits américains est très élevée.
« Les priorités américaines dans la région sont : négocier et développer des accords de sécurité dans la région du Golfe afin d’en assurer la stabilité et l’accès aux réserves pétrolières vitales pour notre prospérité économique ; assurer l’accès aux entreprises américaines dans la région » (Robert Pelletreau, le 6 avril 1995 devant la commission des Relations internationales du Congrès)
USA et islamisme radical
Les USA ne luttent pas contre les fondamentalistes islamistes, ils se servent d’eux depuis bien longtemps. Les USA ont pour priorité de conserver une emprise sur les réserves d’hydrocarbures du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Depuis la fin des années 70, la stratégie diplomatique et militaire des USA impose d’ étouffer les mouvances les plus modernistes de l’islam, désireuses d’échapper à l’impérialisme économique US, et de promouvoir les régimes les plus conservateurs de manière à les rendre dépendant de sociétés américaines.
Depuis que Washington est parvenu à obtenir du Roi Ibn Séoud, le 29 mai 1933, le paradigme de la stratégie » islamo-pétrolière » des USA à été le suivant : « Vous nous laissez appliquer la loi islamique et régner en Arabie Saoudite selon nos valeurs islamiques et nous coopérons économiquement avec vous ».
Il est important de prendre en compte, afin de comprendre l’islamisme radical moderne, le choc pétrolier d’après 1973 et la hausse du cours du brut provoquée par les pays arabes producteurs de pétrole et également par les sociétés pétrolières américaines. Ceci aura pour conséquence l’enrichissement considérable des pays musulmans producteurs, notamment l’Arabie Saoudite – dont les revenus annuels sont passés, entre 1973 et 1978, de 4,35 à 36 milliards de dollars – qui investira une grande partie de ses rentes dans la promotion de l’islam hanbalite, celui dont s’inspirent les islamistes sunnites et les wahhabites. Le lit de l’islamisme sera par conséquent préparé dans un premier temps par la promotion d’un islam fondamentaliste dont l’introduction au sein des législations des États musulmans sera la condition sine qua non de l’aide au développement. La quasi totalité des réseaux islamistes implantés au Proche-Orient, en Afrique et en Occident, seront ainsi financés par l’État saoudien et par le biais d’institutions islamiques internationales qu’il contrôle : l’Organisation de la Conférence Islamique (créée en 1970), la Ligue islamique mondiale (ONG aux objectifs missionnaires, créée en 1962), et surtout les holdings et banques saoudiennes, tels les groupes Fayçal Islamic Bank, Dar el-Mal, Dellah el-Baraka, etc
Anecdote qui démontre à quel point les liens entre fondamentalistes islamistes et CIA étaient étroits : la « porte-parole officielle » du régime taliban à l’ONU n’était autre que Laili Helms, petite-fille de Faïz Mohammed Zikira, dernier ministre des Affaires étrangères du régime Taliban, et surtout épouse de Richard Helms, numéro 2 de la CIA à l’époque.
CIA et Moudjahidîn
En 1977 la CIA avait mis sur pied des réseaux de propagande islamiste destinés à infiltrer les mouvements nationalistes musulmans sunnites en Asie centrale afin de les dégager de l’influence soviétique de l’époque. Des exemplaires du Coran et de la littérature interdite par Moscou (qui avait fait détruire 70′000 mosquées par l’armée rouge), sur les héros de guerres anciennes contre les Russes, furent introduits en masse, ainsi que des armes. Ces réseaux furent organisés sous l’autorité du patron du NSC (National Security Council), Zbigniew Brzezinski, qui parvint à convaincre Carter de jouer la carte islamique pour affaiblir l’Union soviétique. La CIA a aidé les moujahidîns, en rébellion contre Najibullah, dès le 3 juillet 1979, soit six mois avant l’invasion soviétique. Ils ont en fait, à travers cette opération clandestine, provoquant ainsi l’invasion soviétique.
Si le soutien US des moudjahidin en Afghanistan visait en premier lieu de se placer dans un conflit indirect contre les soviétiques, il s’agissait aussi de neutraliser l’expansion et l’influence de l’islamisme chiite iranien dans la région.
Ben Laden et Al-Qaeda
C’est à ce moment là que commence l’histoire de Ben Laden. Dans les années 80 il crée, avec le prince Turki Ibn-Fayçal issu du clan ultra puissant des Sudaïri, et chef des services secrets saoudiens, la « Légion islamique afghane», milice directement soutenue par la CIA et Riyad.
Par la suite, William Casey, chef de la CIA, ne voulant pas que Washington fût mêlé de trop près aux opérations en Afghanistan, ce sont les services secrets pakistanais, l’Inter Service Intelligence (ISI), qui se chargèrent de la formation des combattants islamistes et des livraisons d’armes au travers des camps de Ben Laden. La CIA fit livrer les premières armes aux rebelles afghans en janvier 1982, via l’ISI :
-5000 fusils Enfield 303 > USA
-450 lance-roquettes RPG-7 > Egypte
-4000 kalachnikovs > Egypte
Au début des années 80, 3 000 arabes combattaient en Afghanistan. En 1985, il seront 16 000 auprès de Hekmatyar et Ben Laden. En avril 1982, un centre de recrutement pour combattants islamistes, le « El-Kifah Center », avait déjà été ouvert aux USA par la CIA, à Brooklyn – sous l’autorité de William Casey. La direction en avait été confiée à l’égyptien Mustafa Shalabi. Les volontaires recrutés dans ce centre seront autorisés à s’entraîner à tirer au High Rock Shooting Range de Naugatuck dans le Connecticut. 17 centres semblables à l’El-Kifah Center seront ouverts par la suite aux USA.
Le rôle de Ben Laden était, outre le financement, le lien entre services secrets saoudiens, américains, pakistanais et volontaires arabes et autres islamistes venu combattre. C’est pour cela qu’il a créé Al-Qaeda, qui était la base de donnée informatique qui faisait le pont entre les différents services qui répertoriait les noms, fonctions et états de services des moudjahidîn. Al-Qaeda n’a jamais été ce nom comme définissant un groupe d’action ou même de terroriste. Ca n’a jamais été qu’une base de donnée, entre les mains de la CIA, de l’ISI et des services secrets saoudiens. Le nom d’Al-Qaeda est apparu pour la première fois dans un rapport du congrès US en 1998. L’idée était de trouver un slogan pour définir ce qu’étaient devenu les différentes structures de combattants en Afghanistan puis en Bosnie.
Bosnie, Moudjaihidîn et CIA
En 1989, quand le gouvernement soviétique de Mikhaïl Gorbatchev décide de jeter l’éponge et de quitter l’Afghanistan, l’Armée Rouge laisse derrière elle un pays exsangue, avec un million de morts (sur une population restante de 13 millions), encore plus de blessés et mutilés, et de profondes divisions. Les USA et les saoudiens ont redéfini les objectifs des « afghans » en deux axes : les plus spécialisés pour accomplir des opérations clandestines (du terrorisme au trafic de drogue) et les combattants pour des guerres de grande intensité. Zawahiri se rend aux USA pour la seconde fois à la fin de 1991. De façon à maintenir la pression sur les USA, il se rend également en Iran en 1992. En effet, l’ex-Yougoslavie venait d’imploser, et Téhéran, proche de Alija Izetbegovic commençait à fournir la résistance bosniaque en armes.
En mai 1992, Zawahiri rejoint Ben Laden au Soudan et ils commencent ensemble à organiser, avec l’aide du Soudan et de l’Iran, le déplacement de combattants de l’Afghanistan à la Bosnie.
Ben Laden se rendra en 1993 à Sarajevo afin d’y rencontrer Izetbegovic. Ce dernier lui remettra un passeport bosniaque en remerciement symbolique pour son soutien.
Zawahiri séjournera à plusieurs reprises en Bosnie, allant même jusque dans des zones de combats, jusqu’à la fin 94. Il a commandé toutes les opérations des « afghans » en Bosnie jusqu’à cette période.
Aussi étrange que cela puisse paraître, la CIA a collaboré avec les services secrets iraniens dès 1992 dans l’apport d’armes à la Bosnie, une concession faite pour ne pas laisser tout le terrain sur place aux iraniens. Ils récupèreront ensuite, par l’intermédiaire de MPRI la quasi-totalité des combattants qui resteront sur place après les accords de Dayton en les enrôlant dans l’armée régulière bosniaque.
En effet, les iraniens ne pouvaient rivaliser avec la diplomatie américaine qui offrait la victoire à Izetbegovic avec les accords de Dayton et le programme « Train and Equip » qui chargea le MPRI d’entraîner l’armée de la fédération Croato-musulmane. Un contrat de 16 mois signé le 16 juillet 1996, renouvelé pour une année supplémentaire en septembre 1997. Le financement du programme Train and Equip a été assuré, pour 203 millions de dollars, par les Etats-Unis, et pour 340 millions de dollars par des pays musulmans (Arabie Saoudite, Koweït, Emirats Arabes Unis, Malaisie et Brunei). De plus l’Egypte, comme en Afghanistan, a fourni des pièces d’artillerie.
Zawahiri et l’UCK
Après les accords de Dayton, l’armée régulière bosniaque a enrôlé quasi tous les afghans qui se trouvaient en Bosnie. Ayman al-Zawahiri, ses lieutenants et se sont retranché dans leur QG de Sofia. Mohammed al-Zawahiri a organisé un camp d’entraînement de l’UCK à Tirana. Le mouvement albano-kossovar luttait contre les serbes. MPRI a ensuite intégré les membres de l’UCK dans les forces de police légales au Kosovo.
Bosnie, néo-conservatisme et terrorisme
Les USA avait un intérêt détruire la Yougoslavie, à la démembrer, parce que, après la fin du bloc soviétique, elle aurait été un modèle de combinaison intelligente entre éléments capitalistes et socialistes. Mais les USA voulaient imposer le modèle néolibéral à tous.
Les néo conservateurs-américain n’ont eu d’autres plans, depuis cette guerre en Bosnie, que de construire un réseau clandestin de marionnettes « fondamentalistes ». Ce qui s’est passé dans les Balkans n’était que la répétition de ce qui s’était passé en Afghanistan : l’utilisation de moudjahidîn pour les intérêts géostratégique américains.
Le réseau terroriste que les services secrets américains et britanniques ont formé durant la guerre civile en Bosnie et plus tard au Kosovo, a fourni un réservoir de combattants que l’on a ensuite retrouvés impliqués dans les attentats de New York, Madrid, Londres. L’instigateur des attentats de Madrid, Djemal Zougam, était un vétéran de la Bosnie. Il était sous surveillance permanente depuis 4 ans par les services secrets espagnols et la CIA.
Les USA n’ont jamais cessé d’alimenter, financièrement et logistiquement, les djihadistes. Ceci pour les utiliser afin de déstabiliser des régions entières et de les rendre ainsi dépendantes de leur soutien, dans le but d’assurer leurs intérêts géopolitique et énergétique. Les USA ne luttent pas contre le terrorisme, ils le fabriquent et s’en servent contre tous ceux qui pourraient porter atteinte à leur hégémonie.
Après le Moyen-orient, l’Asie centrale est en passe de devenir leur nouveau terrain d’action, où il s’agira pour les USA de s’octroyer les réserves d’hydrocarbures. De nouvelles guérillas sont programmées avec l’objectif d’empêcher la Russie d’acquérir ces mêmes objectifs et de redevenir une puissance mondiale.
L’Iran demeure la seule pièce de résistance car elle est inattaquable. Les iraniens ont récupéré plus de 2000 afghans après la Bosnie et les ont disséminés dans tous les pays occidentaux, de sorte qu’un conflit ouvert entraînerait un « 11 septembre » tous les jours pendant plusieurs semaines.
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Source : Forums Mecanopolis