août 15 2009

Les conséquences dramatiques des délocalisations

La mondialisation libérale consiste principalement en la suppression de toute entrave à la circulation des marchandises et des capitaux, rendant possible les délocalisations, les chantages à l’emploi, et les profits sans précédent des multinationales. Au risque de causer la désindustrialisation et le déclin géopolitique des pays occidentaux…

 

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Faire baisser le « coût du travail »

Pour maximiser le profit des entreprises, la solution la plus facile et la plus efficace est de faire baisser le « coût du travail ». Il existe d’autres moyens pour accroître les profits (l’innovation, la recherche et développement…), mais leurs résultats sont incertains et ne peuvent être obtenus qu’à long-terme, alors que la réduction du « coût du travail » permet de générer une augmentation des profits de façon certaine et immédiate.

La baisse du « coût du travail » est obtenue en réduisant les salaires et les charges sociales, et en augmentant le temps de travail.

Et pour que les salariés acceptent des conditions moins avantageuses, il est nécessaire d’augmenter la concurrence sur le marché du travail.

 

Le but central de la mondialisation: augmenter la concurrence sur le marché du travail

Les délocalisations et les chantages à l’emploi ont révélé l’objectif principal de la « mondialisation »: instituer un nouvel esclavage en mettant en concurrence directe les salariés de tous les pays, grâce à la suppression des barrières douanières et des restrictions à la circulation des capitaux.

A travers une série d’accords internationaux (établis depuis 1995 dans le cadre de l’OMC), cette déréglementation a permis aux multinationales de dissocier totalement le lieu de production du lieu de vente, en délocalisant les usines en Chine pour vendre les produits en Amérique du Nord ou en Europe, là où se trouvaient les consommateurs et le pouvoir d’achat.

Au début, les délocalisations ne concernaient que les emplois industriels. Aujourd’hui, elles touchent tous les secteurs, y compris le tertiaire (comptabilité, services informatiques, call-centers…) la haute technologie, ou la recherche et développement.

Les délocalisations continueront tant que les entreprises auront le moindre profit à y gagner, c’est à dire tant que le salarié européen ou nord-américain n’aura pas accepté les mêmes conditions que le salarié chinois, en travaillant 70 heures par semaine, 6 jours sur 7, avec une semaine de vacances par an, sans protection sociale, le tout pour un salaire de moins de 150 euros par mois.

Certains espèrent qu’avec le temps, les salaires des pays émergents rejoindront ceux des pays occidentaux. Mais cet espoir est illusoire tant que l’absence de démocratie dans les pays émergents empêche toute revendication sociale pour l’amélioration des salaires et des conditions de travail. De même, tant que la surpopulation assure une surabondance de main d’oeuvre disponible, l’égalisation des conditions de travail et des salaires ne peut se faire que par le bas.

Cette baisse massive et durable du coût du travail pour les entreprises rend moins utiles les investissements dans la robotisation des moyens de production, les esclaves coûtant encore moins cher que les robots. Ainsi, les usines délocalisées en Europe de l’Est ou en Chine ressemblent aux usines des années 70, avec un retour au travail à la chaine des ouvriers.

 

Paupérisation et enrichissement

La paupérisation des consommateurs occidentaux pourrait sembler être un mauvais calcul de la part des multinationales, car au bout du compte, la baisse des revenus entraînera l’effondrement de la consommation. Mais en réalité, dans les prévisions des multinationales, la consommation globale ne sera pas affectée. Tout d’abord parce que l’appauvrissement des classes moyennes est compensée par un enrichissement sans précédent des « classes supérieures » qui profitent à plein du libéralisme. Ces 10 dernières années, pendant que les classes moyennes s’appauvrissaient, le revenu des 1% les plus riches n’a jamais autant augmenté. Ce que les uns ont perdu, les autres l’ont gagné, selon le principe bien connu des vases communicants.

Par ailleurs, la baisse de la consommation des classes moyennes en Occident est équilibrée par l’accroissement massif du nombre de consommateurs dans les pays émergents. Même si les revenus y sont faibles, cette faiblesse est compensée par le nombre (la population additionnée de l’Inde et la Chine est de 2,2 milliards d’habitants).

 

Le prix écologique de la mondialisation

L’intensification de la circulation des marchandises d’un continent à l’autre entre les lieux de fabrication, d’assemblage et de vente se fait au prix d’un accroissement considérable des transports (par avions, bateaux, ou camions) et donc de la pollution au CO2. Une pollution également accrue par l’entrée des pays émergents dans l’âge industriel et la « société de consommation », avec la généralisation de la voiture et du mode de vie occidental polluant.

Outre la pollution globale au CO2, les pays émergents payent au prix fort les conséquences écologiques de leur croissance économique effrénée. Les pollutions causées par les accidents industriels se multiplient en Chine, où les habitants des villes portent souvent des masques, protection dérisoire contre une pollution de l’air qui tue 400.000 chinois chaque année.

 

Epuisement et dépression collective des citoyens occidentaux

Pendant que la Chine ou l’Inde faisaient des efforts massifs et continus pour l’éducation de sa population et utilisait l’argent public de façon optimale pour développer ses infrastructures et son industrie, les dirigeants des pays occidentaux comme les Etats-Unis et la France se sont ingéniés à abrutir leur population (pour la rendre plus facilement manipulable), à affaiblir les énergies individuelles, à saboter l’éducation et les services publics (pour justifier ensuite leur privatisation), et à dilapider et détourner l’argent public.

Au moment où les citoyens devraient redoubler d’imagination et de créativité pour relever le « défi de la mondialisation », ils sont épuisés, déprimés, vidés de leur énergie par leurs dirigeants qui n’ont cessé de les vampiriser et de les brimer (au nom de la « tolérance zéro »).

L’avantage majeur dont disposait l’Occident jusqu’à présent était son avance dans les industries technologiques et culturelles. L’épuisement des énergies, l’abêtisation, et une société de plus en plus étouffante et répressive ont affaibli les capacités d’innovation et réduit les atouts des pays occidentaux, en voie d’être rattrapés puis dépassés par la Chine, l’Inde, et d’autres pays émergents.

 

Désindustrialisation et déclin de l’Occident

Les délocalisations représentent un danger stratégique pour les pays occidentaux, en particulier pour les pays européens. L’affaiblissement des secteurs industriels entraîne à sa périphérie celui des « services à l’industrie », de la recherche et développement, et finalement des sièges sociaux qui tendront à se rapprocher des nouveaux centres de production et de consommation. Bientôt le savoir-faire ainsi que la capacité d’initiative seront perdus dans un ensemble de secteurs dont certains sont essentiels pour le rang que ces pays souhaitent occuper dans le monde. La puissance géopolitique et militaire repose sur la puissance économique et technologique. Une fois appauvris et désindustrialisés, les pays occidentaux devront renoncer à leur leadership mondial, au bénéfice des actuels « pays émergents », au premier rang desquels se trouvent la Chine et l’Inde.

Les Etats-Unis et surtout l’Europe de l’Ouest sont en voie de désindustrialisation (d’où la stagnation du PNB européen, avec une croissance inférieure à 2% par an contre 12 à 14% pour la Chine). Depuis 10 ans, les capitaux occidentaux se sont investis massivement en Chine, avec pour conséquence des infrastructures et un appareil productif vieillissant dans les pays occidentaux où les investissements ont manqué. Les villes et les usines des pays émergents sont souvent plus modernes que dans les pays européens désormais en voie de sous-développement, tandis que les anciens « pays en voie de développement » sont en train de devenir les pays riches des prochaines décennies. Bientôt, les rôles seront inversés, et les citoyens européens réduits à la misère deviendront les esclaves qui fabriqueront à bas coût les produits consommés en Chine.

L’ironie du sort, c’est que ce sont les « forces vives » du capitalisme (les entreprises) qui sont en train de transformer la Chine en superpuissance, alors que c’est la dernière grande dictature communiste de la planète.

Car la Chine est toujours dirigée par un parti unique, sans élections libres, et ses dirigeants ont toujours affirmé que la phase actuelle n’était qu’un moyen transitoire pour parvenir à la victoire du « socialisme ».

Les dirigeants chinois ont parfaitement mis en pratique la stratégie des arts martiaux et de la sagesse orientale: utiliser la force de l’adversaire contre lui-même.

La Chine a analysé méthodiquement les faiblesses de l’Occident, en identifiant parfaitement le point faible principal, à savoir l’incroyable cupidité des multinationales et le dévoiement du pouvoir politique par les élites économiques. La Chine a peut-être aussi été inspirée par cette citation de Lénine: « Les capitalistes étrangers font tout pour l’argent. Ils essaient même de nous vendre la corde avec laquelle nous les pendrons. »

Le 21è siècle sera donc asiatique, et les deux premières puissances économiques mondiales seront la Chine et l’Inde. Après avoir dillapidé leurs ressources dans les guerres, détestés du monde entier, les Etats-Unis seront sur la voie du déclin, sauf si ils décident une guerre nucléaire contre la Chine pour sauvegarder leur position dominante. Quant à l’Europe, elle est durablement affaiblie par un élargissement sans fin, par les délocalisations, et par l’impuissance économique volontaire des états.

 

Consommateurs irresponsables

Les délocalisations n’auraient pas été possibles sans l’inconscience et l’irresponsabilité des consommateurs qui achètent des produits sans se soucier des conditions de production et de leurs conséquences.

Les citoyens ont encore le moyen de mettre en échec les délocalisations en boycottant totalement les productions délocalisées, ce qui implique une grève quasi totale de la consommation de produits manufacturés (produits électroniques et informatiques, vètements, chaussures, articles de sport, de jouets, etc). Le lieu de fabrication est indiqué sur les produits. La mention « made in PRC » (signifiant « Popular Republic of China ») est souvent utilisée pour dissimuler l’origine chinoise au consommateur non-averti.

Pour être efficace, cette grève doit avoir lieu tant que les consommateurs occidentaux représentent encore la part majoritaire du chiffre d’affaire des multinationales.

 

Restaurer les barrières douanières

Chaque pays est dans une situation différente, avec une culture et une histoire différentes. Il est donc normal que les systèmes sociaux soient différents. De même qu’une cellule est pourvue d’une membrane pour maintenir les conditions nécessaires à son milieu intérieur, la seule manière pour un pays de sauvegarder son système social est d’établir des barrières douanières, pour équilibrer les conditions économiques différentes des pays d’où proviennent les produits importés.

Il n’existe donc que deux solutions pour mettre fin aux délocalisations et au déclin industriel des pays occidentaux: l’alignement des conditions sociales sur celles en vigueur dans les pays émergents, ou bien, le rétablissement des barrières douanières proportionnellement aux différences de salaires, de droits sociaux, et de législation environnementale.

 

Dernier moment pour agir

La période actuelle est le dernier moment pour agir. Il n’y aura en effet plus de retour en arrière possible lorsque les machines, les capitaux, et le savoir-faire seront partis ailleurs. Il sera également trop tard lorsque la capacité d’action des états (et donc des citoyens) aura été totalement neutralisée par les accords multilatéraux, les traités européens, et surtout, par l’effet conjugué de l’endettement (dont le remboursement représente déjà le quart des dépenses de l’état en France) et de la réduction des recettes de l’état, du fait de la désindustrialisation et de l’appauvrissement des salariés.

 

Coût de la main d’oeuvre dans l’industrie manufacturière en dollar par heure, charges sociales incluses:

 

1990      1995      2000      2001
Etats-Unis
14,9        17,2      19,7         20,3
Japon
12,8       23,8       22,0        19,6
Europe des 15
17,2       21,8       18,5         18,4
Allemagne
    -           30,3      23,0         22,9
Royaume-Uni
12,7       13,8       16,4          16,1
France
15,5       19,4       15,7          15,9
Italie
17,5       16,2         14,0        13,8
Espagne
11,4        12,8        10,8         10,9
Pologne
  -            2,8        4,1             -
Hongrie
  -            2,6       3,4             -
République tchèque
 -            2,2          3,0              -
Corée
3,7         7,3            8,5             8,1
Hong Kong
3,2         4,9            5,6             6,0

Taiwan
3,9         5,9            5,9             5,7
 

Chine
  -           -           0,5            0,4

Inde
  -            -            0,3            0,3

Brésil
  -          -            3,6           3,0

Mexique
1,6        1,7          2,1               2,3

 

Source des chiffres: Ministère américain du Travail

 

L’entreprise vampire

À cause de leur inefficience croissante, les grandes entreprises ne sont plus capables de créer de la valeur, mais seulement « d’aspirer » la richesse des autres acteurs économiques, du corps social, et des états…

Pour satisfaire les exigences des marchés financiers, les entreprises doivent afficher une croissance annuelle des bénéfices d’au moins 20%. Pour la plupart des entreprises, une telle performance est impossible avec une croissance économique globale qui n’est que de 2 à 4%.

De plus, à cause leurs méthodes de gestion (downsizing, pression constante sur les salariés, recherche de la rentabilité immédiate, encouragement du conformisme et refus du risque…) les entreprises sont devenues incapables de créer la vraie valeur économique, qui naît de l’innovation, dont les matières premières sont l’intelligence, l’imagination, l’anticonformisme, et le temps.

Faute de créer des richesses sur un rythme de 20%, les entreprises doivent donc augmenter leurs profits en « aspirant » de la richesse supplémentaire qui est prélevée sur la nature et sur les autres acteurs économiques, c’est à dire au détriment du reste de la société et de la véritable richesse du monde.

Les entreprises prélèvent de la richesse sur les salariés par une réduction des salaires et des avantages sociaux, ou en exigeant une plus grande quantité de travail pour le même salaire, ou encore par les « restructurations » et les « délocalisations », c’est à dire en remplaçant les salariés occidentaux par des esclaves du Tiers-Monde. La misère dans laquelle sont plongés les chômeurs et les sans-abris est le résultat d’un transfert de richesse, selon le principe des vases communicants.

Les entreprises prélèvent aussi de la richesse sur leurs clients en augmentant les prix et en abaissant la qualité des produits et des services, ou bien sur leurs fournisseurs en exigeant des prix toujours plus bas, et en organisant la baisse des cours des matières premières minières ou agricoles.

Les entreprises prélèvent également de la richesse sur la nature et sur les populations qui ont été spoliées de leurs terres ou de leurs ressources, condamnés à rejoindre les bidonvilles et à devenir esclaves dans les « ateliers de la sueur » des multinationales.

Enfin, les entreprises prélèvent de la richesse sur les états, c’est à dire sur les contribuables, en obtenant toujours davantage de subventions injustifiées et d’exonérations de cotisations sociales ou d’impôts, tout cela grâce au « lobbying » et au contrôle des partis politiques par des organisations et réseaux occultes qui transforment les gouvernements en serviteurs d’intérêts particuliers au lieu de l’intérêt général.

Les entreprises prétendent « créer des richesses ». En réalité, leurs profits ne sont qu’un tour de passe-passe, réalisé en oubliant de comptabiliser le coût des destructions, de la pollution et du malheur humain qui auront été nécessaires pour permettre les « profits ». Pour les entreprises, tous ces coûts ont une valeur nulle. Une autre erreur délibérée est la sous-estimation du coût réel des ressources naturelles utilisées. Si tous ces coûts étaient pris en compte, il y aurait un chiffre astronomiquement négatif dans la colonne « profit » des entreprises. En vérité, les entreprises devraient être rebaptisées « centre d’esclavage et de nuisance »…

Mais à long-terme, un capitalisme qui ne respecte pas l’homme et l’environnement se condamne lui-même. Comme un virus ou un cancer, le capitalisme-vampire est en train de tuer son support, la Terre, son écosystème, et ses habitants.

 

Citation

« Je définirais la mondialisation comme la liberté pour mon groupe de s’implanter où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales. »

Percy Barnevick, PDG d’ABB, 1995

 

Les salaires des patrons

Alors que l’on demande au citoyen ordinaire de travailler plus pour un salaire de misère, dans une précarité généralisée, et sous la menace permanente d’une « restructuration » ou d’une délocalisation », les entreprises engrangent des bénéfices record. Le bénéfice net totalisé par les 40 plus grandes entreprises françaises a été de 57 milliards d’euros en 2004. Mais le coût humain de ces profits n’a pas été chiffré.

Pendant que les salariés s’appauvrissent, les dirigeants de ces entreprises s’octroient des augmentations souvent à deux chiffres, alors même que leur salaire est déjà 500 fois supérieur au salaire moyen de leurs employés…

Pour exemple, voici le salaire des patrons des 40 entreprises françaises du CAC 40, le principal indice de la Bourse de Paris. (chiffres 2003)

 

Nom du PDG

Entreprise

Salaire annuel

Variation annuelle

 

Lindsay Owen-Jones

L’Oréal

6.570.000 euros

+ 4,9 %

 

Edouard Michelin

Michelin

4.260.000 euros

+ 146 %

 

Antoine Zacharias

Vinci

3,020.000 euros

 

Daniel Bernard

Carrefour

2.960.000 euros

+ 11 %

 

Daniel Bouton

Société générale

2.950.000 euros

+ 63 %

 

Igor Landau

Aventis

2.770.000 euros

+ 38 %

 

Patrick Le Lay

TF1

2.590.000 euros

+ 66 %

 

Thierry Desmarest

Total

2.520.000 euros

+ 5 %

 

Frank Riboud

Danone

2.490.000 euros

+ 3,9 %

 

Martin Bouygues

Bouygues

2.420.000 euros

+ 25 %

 

Jean-René Fourtou

Vivendi Universal

2.250.000 euros

 

Jean-François Dehecq

Sanofi-Synthélabo

2.100.000 euros

+ 10,5 %

 

Henri de Castries

Axa

2.090.000 euros

+ 57 %

 

Philippe Camus

EADS

2.060.000 euros

+ 13 %

 

Louis Schweitzer

Renault

1.970.000 euros

+ 19 %

 

Bernard Arnault

LVMH

1.930.000 euros

+ 35 %

 

Patrick Ricard

Pernod Ricard

1.880.000 euros

- 20 %

 

Serge Weinberg

PPR

1.860.000 euros

+ 7,2 %

 

Bertrand Collomb

Lafarge

1.780.000 euros

+ 26 %

 

Gérard Mestrallet

Suez

1.770.000 euros

- 22 %

 

Christian Couvreux

Casino Guichard

1.750.000 euros

+ 4 %

 

Michel Pébereau

BNP Paribas

1.720.000 euros

- 13 %

 

Jean-Louis Beffa

Saint-Gobain

1.660.000 euros

+ 3,7 %

 

Benoît Potier

Air liquide

1.640.000 euros

+ 27 %

 

Jean-Martin Folz

Peugeot

1.620.000 euros

- 15 %

 

Henri Proglio

Veolia Environnement

1.610.000 euros

+ 23 %

 

Jean-Marc Espalioux

Accor

1.530.000 euros

- 5 %

 

Serge Tchuruk

Alcatel

1.530.000 euros

+ 0,4 %

 

Arnaud Lagardère

Lagardère

1.430.000 euros

 

Pierre Richard

Dexia

1.410.000 euros

+ 6,4 %

 

Thierry Breton

France Télécom

1.340.000 euros

 

Henri Lachmann

Schneider Electric

1.320.000 euros

+ 50 %

 

Paul Hermelin

Cap Gemini

1.210.000 euros

+ 32 %

 

Denis Ranque

Thales

1.170.000 euros

+ 26 %

 

Pasquale Pistorio

STMicroelectronics

1.090.000 euros

- 9 %

 

Charles Dehelly

Thomson

960.000 euros

 

Jean-Philippe Thierry

AGF

890.000 euros

- 10 %

 

Guy Dollé

Arcelor

780.000 euros

 

Pierre Bellon

Sodexho Alliance

640.000 euros

+ 17 %

 

René Carron

Crédit agricole

250.000 euros

 

Source: Syti.net

mai 19 2009

La liberté sous surveillance électronique

Par Régis Mex, Mecanopolis

Notre liberté est en permanence sous haute surveillance électronique. Les technologies informatiques ont permis d’augmenter ce que les spécialistes appellent notre « traçabilité ». Nos activités, nos conversations, nos goûts et nos centres d’intérêts laissent des traces dans les multiples systèmes informatiques qui gèrent notre vie quotidienne. Toutes ces données sont collectées, centralisées et mémorisées par des organisations publiques ou privées qui peuvent connaitre à tout moment le « profil » de chaque individu.Fichiers informatiques, téléphones portables, internet, association de la carte de crédit et du code barre, réseau Echelon, voici les moyens par lesquels notre liberté est devenue très surveillée…

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Les fichiers

Les fichiers des administrations et des sociétés privés rassemblent de nombreuses données personnelles sur des millions de citoyens ou de consommateurs. Ces données sont inoffensives tant qu’elles sont éparses, réparties dans de multiples systèmes informatiques. Mais en utilisant des techniques familières aux pirates informatiques, des « organisations » qui s’en donnent les moyens peuvent facilement pénétrer ces systèmes, afin de collecter et centraliser toutes ces informations.

De nombreuses sociétés fondées ces dernières années (principalement aux Etats-Unis) sont spécialisées dans la collecte d’informations individuelles, officiellement à des fins commerciales. Mais ces fichiers privés commencent à rassembler des millions de profils individuels très précis de consommateurs répartis dans l’ensemble des pays occidentaux. Les informations de ces fichiers sont vendues à quiconque souhaite les acheter.

La carte de crédit associée au code-barre

Les dépenses effectuées avec une carte de crédit permettent de retracer nos déplacements, mais aussi de connaitre très précisément les produits achetés par une personne.

Pour optimiser la gestion des stocks et la comptabilité, les systèmes informatiques des magasins mémorisent de façon conjointe les numéros de carte et les codes-barre des produits achetés. Si par exemple le produit est un livre, le code barre permet de savoir QUEL livre, et ainsi de connaitre le profil culturel ou politique de l’acheteur.

L’association du code-barre et du numéro de carte de crédit signifie l’association automatique de produits identifiés avec des consommateurs identifiés.

Les téléphones portables

Tout le monde sait qu’avec un récepteur de type scanner (dont l’usage est illégal mais dont la vente est autorisée), il est très facile pour n’importe qui de réaliser des écoutes téléphoniques sur les portables.

Ce que l’on sait moins, c’est que le portable permet de localiser à tout moment son propriétaire, même hors-communication, en position de veille.

Car pour recevoir un appel, il est techniquement indispensable que les systèmes de l’opérateur puissent localiser l’abonné, pour déterminer la cellule locale qui lui transmettra l’appel. Les téléphones portables émettent donc en permanance un signal pour indiquer leur présence aux cellules les plus proches.

Le téléphone portable est donc un véritable collier électronique. Un collier volontaire, et payé par celui qui le porte.

Le réseau Echelon

Le réseau Echelon est un système automatisé d’écoute des communications, quel que soit leur support: téléphone, fax, eMail, satellites.

Le réseau Echelon a été mis en place depuis 20 ans et dans le plus grand secret par 5 pays anglo-saxons: les Etats Unis, la Grande Bretagne, le Canada, l’Australie, et la Nouvelle Zelande. Le réseau Echelon est principalement gérée par la NSA, l’agence de renseignement électronique américaine.

L’idée géniale d’Echelon est d’utiliser les technologies de reconnaissance vocale pour repérer automatiquement des mots-clés dans les conversations écoutées. Les mots-clés à repérer sont choisis par les officiers d’Echelon en fonction de l’actualité et des objectifs du moment.

La technique d’écoute étant automatisée, un très grand nombre de communications dans le monde peuvent être enregistrées et traitées chaque jour. Seules les communications contenant les mots-clé sont sélectionnées pour une écoute humaine.

Echelon peut ainsi analyser 2 millions de conversations par minute. Chaque jour, Echelon intercepte 4,3 milliards de communications, soit presque la moitié des 10 milliards de communications échangées quotidiennement dans le monde.

L’existence de ce réseau n’a été révélée par les médias qu’en 1998, à l’occasion d’un rapport du Parlement Européen, qui reprochait à Echellon de violer « le caractère privé des communications de non-Américains, dont des gouvernements, des sociétés et des citoyens européens ».

A lire sur le Web…
le dossier Echelon publié par le site du Monde Diplomatique
une très intéressante étude du Parlement Européen sur les « techniques de contrôle politique » tels que le réseau Echelon ou les logiciels de surveillance et d’identification des foules

la résolution votée par le Parlement Européen à propos d’Echelon
la page Echelon sur Terre Sacrée
la page Echelon sur Cyberzoide (qui propose d’autres articles sur le thème « techno-parano »)

Livres…
le rapport européen sur Echelon

La vidéosurveillance

Toujours sous le prétexte de la sécurité, les caméras de surveillance se multiplient dans la plupart des villes. Rien qu’en Grande-Bretagne, on compte plus de 4 millions de caméras de surveillance, installées dans les rues, les gares, le métro, devant les édifices publics ou les immeubles. A ces caméras s’ajoutent les appareils photo des radars automatiques sur les routes. Techniquement, rien n’empêche qu’ils soient utilisés pour une identification systématique de tous les véhicules.

L’identification des individus dans une foule est désormais possible en raccordant les caméras à des logiciels de reconnaissance des visages. Ces logiciels sont capables d’identifier simultanément de multiples visages dans une foule en les comparant avec des visages dont l’image est stockée dans une base de données. Ainsi, le processus de surveillance peut être entièrement automatisé, et donc systématisé.

Dans un premier temps, l’image des caméras sera comparée avec les visages des personnes fichées par la police: terroristes, criminels, malfaiteurs, mais aussi militants politiques ou syndicaux, journalistes, etc. Avec la généralisation des cartes d’identité biométriques, le visage de chaque personne sera enregistré numériquement dans une base de données. Dans un futur proche, le visage de chaque citoyen pourra être identifié par les caméras de surveillance et il sera possible de suivre entièrement le déplacement d’une personne donnée dans une ville (l’ordinateur passant automatiquement d’une caméra à l’autre afin de la garder toujours présente sur l’écran).

Une fonction encore plus dangereuse est actuellement intégrée dans les logiciels d’analyse des images. Aux Etats-Unis et en Europe, des centres de recherche travaillent à la mise au point de logiciels qui permettent d’identifier des « comportement suspects » d’individus dans une foule, et de transmettre automatiquement une alerte avec localisation aux policiers. Le logiciel permet de distinguer des personnes qui convergent et se rassemblent en un lieu, une personne qui dépose un objet à terre (qui peut donc potentiellement être une bombe), un rôdeur qui s’arrête et change de trajet continuellement au lieu de marcher régulièrement dans une direction précise, ou encore une personne dans un hall qui semblerait attendre à l’écart.

On peut imaginer les conséquences des alertes déclenchées par ce type de logiciel. Tous ceux qui ont un comportement un tant soit peu différent du « troupeau » risqueront d’être abattus par des policiers ayant l’ordre de tirer directement à la tête pour éviter tout risque d’attentat, comme ce fut le cas à Londres en Juillet 2005 (lorsque des policiers anti-terroristes à Londres avaient exécuté de 6 balles dans la tête un innocent identifié à tort comme terroriste potentiel).

On peut aussi imaginer les utilisations qui seront faites de ce logiciel dans les entreprises, pour épier et analyser les moindres faits et gestes des salariés.

Les puces RFID
Les puces RFID sont incorporées par les multinationales dans certains de leurs produits pour en assurer la traçabilité. La puce permet ensuite de localiser le produit pendant sa distribution, mais aussi après son achat.

La puce RFID étant identifiée au moment du passage à la caisse du supermarché, elle peut être associée à la carte de crédit ou au chèque de l’acheteur, et donc à son identité. Chaque produit acheté devient ensuite un « mouchard électronique » qui permet de localiser son utilisateur.

Par ailleurs sur certaines versions de la RFID, les dessins formés par les circuits de la puce sont assez étranges, avec une sorte de croix gammée, ou un quadruple « Tau » (un symbole franc-maçon que l’on retrouve dans l’excellent film « Equilibrium »).

La puce a déjà été utilisée notamment par Gilette, pour « tracer » ses rasoirs jetables. Elle est fabriquée par une société américaine dénommée… Matrics, ainsi que par les sociétés japonaises NEC et Hitachi. Elle a été inventée par Gemplus, une société française rachetée par des investisseurs américains.

Les puces RFID mesurent un peu moins de 1 millimètre. Malgré cette miniaturisation, elles intègrent une mémoire de 1 kbit et une antenne qui émet dans la bande de fréquence des 2,5 GHz.

Les implants – les puces « Digital Angel » et « Verichip »

Fabriquée par la société américaine Applied Digital Solutions, la puce « Digital Angel » permet l’identification et la localisation par satellite des individus. Il s’agit d’une puce électronique de la taille d’un grain de riz et qui est implantée sous la peau. Elle est aussi capable de renvoyer des informations biologiques sur son porteur (température du corps, rythme cardiaque, etc).

Une autre version de la puce appelée « Veripay » a été présentée en Novembre 2003 au salon ID World à Paris. Elle permet d’y inscrire des données personnelles en vue de servir de carte d’identité ou de carte de crédit.

Déjà, une troisième version de la puce, Verichip, est implantée sur le bétail pour en assurer la « traçabilité ». Bientôt le bétail humain lui aussi sera parfaitement « traçable », dès qu’un nouveau « 11 Septembre » fournira le prétexte pour rendre la puce obligatoire, au nom de la « sécurité ».

De multiples moyens sont actuellement utilisées pour préparer l’opinion publique à accepter la puce, et pour réduire la répulsion instinctive à l’intrusion d’objets matériels dans le corps. D’où les efforts des médias et de l’industrie culturelle pour populariser les piercings, les implants en silicone, ou encore les anneaux gastriques (comme solution à l’obésité).

Pour rendre la puce désirable et « tendance », une discothèque de Barcelone dirigée par un américain propose déjà à ses clients de se faire implanter pour 100 euros afin de pouvoir payer les consommations au bar sans argent (voir l’article à ce sujet dans les « Brèves nouvelles des Maitres du Monde »). Mais la méthode la plus largement utilisée est de populariser la puce grâce à des prétextes médicaux. Des hôpitaux américains encouragent déjà les patients à se faire greffer une puce contenant leurs données médicales personnelles (groupe sanguin, traitements déjà en cours, etc), dans le but d’éviter les risques d’erreur dans l’identification et le traitement des malades. Les implants seront aussi proposés pour une surveillance médicale à distance avec envoi automatique d’une alerte au médecin en cas de problème.

Cette puce est la prochaine étape pour un contrôle absolu des individus par les « Maîtres du Monde ». A terme, les implants électroniques permettront de contrôler directement les esprits en modifiant le fonctionnement du cerveau, et donc, l’humeur, les émotions, les pensées et le comportement.

Internet

Il n’y a pas plus transparent que le réseau internet. Avec les logiciels adéquats, n’importe qui peut pister les informations consultées par un internaute. L’utilisateur d’internet est par ailleurs facilement identifiable grâce aux données personnelles stoquées par le navigateur et le système. Les données sur notre identité sont « interrogeables à distance », ainsi que le contenu du fameux fichier « magic cookie ». Ce fichier garde la trace de certains sites visités qui y inscrivent des informations afin d’identifier les utilisateurs et mémoriser leur profil.

De plus, depuis les attentats du 11 Septembre 2001, la plupart des pays occidentaux ont adopté des lois qui autorisent la surveillance de l’ensemble des communications sur Internet: les mails, mais aussi les sites visités, les pages consultées, le temps passé sur chaque site, ou encore les participations à des forums. Les informations mémorisées sont extrêmement détaillées, beaucoup plus que ne le nécéssiterait la lutte contre d’éventuels terroristes. Par contre, les informations recueillies correspondent exactement à ce qui serait nécéssaire pour établir le « profil » de chaque citoyen.

Microsoft et Intel

La palme du Big Brother électronique revient incontestablement à Microsoft, avec son système Windows et son navigateur Internet Explorer, qui renferment un numéro d’identification de l’utilisateur, le GUID (Globally Unique Identifier). Ce numéro d’identification est ensuite inscrit dans tous les documents créés avec les applications de Microsoft Office. Il peut être consulté à distance par Internet grâce à des commandes spéciales prévues par Microsoft.

Le système Windows et Internet Explorer intègrent d’autres commandes spéciales qui permettent de sonder le contenu du disque dur de l’utilisateur, à son insu, durant ses connexions à Internet. Microsoft a reconnu l’existence de ces commandes spéciales et du GUID.

Selon un rapport réalisé en 1999 pour le ministère français de la Défense, il existerait des liens entre Microsoft et les services de renseignements américains, et des membres de la NSA travailleraient dans des équipes de Microsoft. Ce rapport parlait aussi de la présence de programmes espions ( »back-doors ») dans les logiciels de Microsoft.

De son coté, Intel a également placé un numéro d’identification consultable à distance dans les puces Pentium III et Xeon.

La solution pour protéger votre vie privée et vos données: utilisez un Macintosh (ou le système Linux), et surfez sur le Net avec un autre navigateur qu’Internet Explorer (par exemple Firefox).

Le « système de veille totale »
Les attentats du 11 Septenbre 2001 ont été le prétexte à une vaste opération de rédution des libertés publiques. En Novembre 2002, un nouveau pas a été franchi par George W. Bush, au nom de la « sécurité intérieure ». L’administration Bush va établir un système de surveillance baptisé « Total Awareness Information System », qui va légaliser ce qui se pratique déjà illégalement depuis quelques années.

Le système aura pour fonction d’explorer toutes les bases de données de la planète pour réunir toutes les informations sur la vie privée de l’ensemble des citoyens américains, et probablement aussi des citoyens de tous les pays du monde. Plus rien de ce que nous ferons et lirons ne sera ignoré par ce super Big Brother: email, fax, communication téléphoniques, comptes bancaires, soins médicaux, achats de billets d’avion, abonnements à des journaux ou magazines, consultations de sites web…

Le futur porte-monnaie électronique

Le porte-monnaie électronique, actuellement en phase de test, est appelé à remplacer totalement l’argent liquide. Sous forme de carte à puce, ce porte-monnaie mémorisera également des données sur notre identité. Outre le fait d’être un nouveau mouchard électronique de nos déplacements et nos achats, le porte monnaie électronique combiné avec la disparition de l’argent liquide rendra les individus totalement dépendants des moyens de paiement électroniques.

Dès lors, une future dictature mondiale n’aura qu’à « débrancher » un individu gênant dans les systèmes informatiques, et celui-ci n’aura plus la possibilité d’acheter de quoi se nourrir ou se déplacer.

Source : syti.net

mai 11 2009

L’endettement finira t-il par engloutir les États ?

L’endettement finira t-il par engloutir les États ?

Voici deux articles traitant principalement de la dette de l’État qui se rejoignent et se complètent malgré une différence de ton.

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Le budget de l’État et sa dette:

Les dépenses:

Le budget de l’État n’est pas le tonneau des Danaïdes. Les sommes colossales qu’il engloutit ne disparaissent pas dans le néant, elles sont partout autour de nous: la justice, la police, l’école, les infrastructures. Tout cela coûtre très cher. Et encore, l’État ne dépense, en son nom propre, que la moitié de ce que dépense la Sécurité sociale.

Dans l’ordre, les principales dépenses de l’État concernent:

  1. L’enseignement et la recherche
  2. La défense
  3. La solidarité et l’emploi
  4. La sécurité
  5. Les transports
  6. La justice

La moitié des dépenses de l’État (128 milliards sur 276) servent à la rémunération du personnel des différentes administrations: enseignants, chercheurs, personnels hospitaliers, policiers, juges et militaires. L’État est, de loin, le principal employeur du pays.

Le poste de dépense qui est le plus préoccupant est celui intitulé sobrement « engagements financiers de l’État ». Il s’agit du remboursement de la dette. En 2006, celui-ci représente un peu plus que le budget de la défense: 40 milliards d’euros.

L’épineux problème de la dette:

On dit qu’un enfant qui naît en France hérite d’une dette de 17 500 euros. La dette de la France a effectivement dépassé en 2003 le cap des 1000 milliards d’euros. La dette publique (mesurée selon les normes du traité de Maastricht) représente l’ensemble des engagements financiers des administrations centrales (l’État, et une centaine d’administrations centrales: CEA, CNRS, musées nationaux…), des administrations locales et de la Sécurité sociale.

La dette provient de l’accumulation des décifits de ces organismes; la « charge de la dette » du budget représente les annuités de remboursement. En France, le déficit public (44 milliards) pèse à peu près le même poids que la charge de la dette (40 milliards). On considère qu’une « bonne » dette est celle qui sert à financer des investissements productifs, seuls capables de générer les ressources capables de rembourser cette dette. Mais il est très difficile de distinguer, dans les dépenses de l’État, ce qui est productif de ce qui ne l’est pas.

Le financement de la dette:

En attendant, il faut payer. La voie royale du financement de la dette est l’émission de titres publics, bons du Trésor ou obligations. L’emprunt public est un grand classique de l’histoire économique française (emprunt Pinay, emprunt Giscard). Les « clients » (particuliers, banques et assurances) sont généralement friands de ce type de produit, notamment grâce à la sécurité dont il s’accompagne. Le Trésor public peut acheter ses propres titres et en émettre d’autres, à des taux différents.

Le critère à bien garder en tête est celui-ci: si le taux d’intérêt de la dette dépasse le taux de croissance du PIB, on peut avoir un effet boule de neige et le poids de la dette s’alourdit automatiquement. Si, au contraire, le taux d’intérêt est inférieur au taux de croissance, le poids de la dette s’allège.

Depuis la modification du statut des banques centrales avec la création de l’euro, l’État ne peut pas faire appel à des « découverts » auprès de la Banque de France, ni avoir recours à l’inflation pour réduire le poids de la dette. Cette méthode, souvent pratiquée dans le passé, est impossible dans le cadre du traité de Maastricht et du pacte de stabilité (1997) qui fixent des garde-fous (3% du PNB de déficit autorisé et endettement limité à 60% du PNB). La France a dépassé ces limites.

Une situation désespérée (mais pas trop grave):

À en croire certains, la situation est critique. L’image de l’hypothèque qui pèse sur l’avenir du pays est la plus conramment utilisée. D’autres, au contraire, estiment que la situation n’est pas si grave que cela.

Utilisons une méthode simple pour clarifier la situation. La France est-elle surendettée ? On peut parler de surendettement lorsque la dette dépasse les capacités de remboursement. La France n’en est pas là.

Constatons d’abord que, bien que la dette française soit importante (66% du PIB), elle se situe en dessous de la moyenne des pays de la zone euro (72%). Certains pays, qui ne passent pas pour des morts de faim, ont eu dans les années récentes, et ont toujours des dettes beaucoup plus lourdes: le Japon en est à 169% et les États-Unis, première puissance mondiale, sont chroniquement et lourdement endettés depuis des décennies. La dette totale de ces derniers est de 30 000 milliards de dollars, soit 31% du PIB mondial. On ne prête qu’aux riches, paraît-il.

Deux autres arguments sont avancés pour atténuer la gravité de la dette française. Tout d’abord le fait que les créditeurs de la France sont essentiellement des… Français. Et essentiellement des « proches » de l’État: assurances, caisses de retraites, organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPVCM), établissements de crédit. Les « non-résidents » ne détiennent que 17% de la dette.

L’autre argument est que ces mêmes créditeurs en redemandent. En avril 2005, l’État français a émis une obligation à cinquante ans à un taux d’intérêt de 4%. L’État s’était engagé à en émettre pour 6 milliards d’euros. La demande a frôlé les 20 milliards. L’État n’est pas près d’être en rupture de paiements. D’autant plus que contrairement à un débiteur normal il est immortel. Jean-Paul Fitoussi dit: « Un Ètat a un horizon infini, ce qui veut dire qu’en réalité, il ne rembourse jamais sa dette. Quand il rembourse un prêt, il réemprunte aussitôt pour constituer des investissements pour les nouvelles générations. »

Le cercle vicieux:

Que peut-on faire pour sortir de l’endettement ? L’unanimité s’est faite auprès des économistes pour accepter l’idée que l’État ne peut se permettre ni d’avoir des déficits budgétaires ni un endettement important. On en appelle à la réduction de ce que Jacques Marseille (né en 1945à appelle le « grand gaspillage ». Ce qui est un souhait tout à fait raisonnable. Mais rationaliser l’immense machine que sont l’État et la Sécurité sociale est une oeuvre de grande ampleur et de longue haleine. Il faudra sans doute le courage de plus d’un gouvernement de sensibilité politique différente pour venir à bout de la tâche. Reconnaissons que droite et gauche, chacune à ses priorités, et les comptes à rendre à son électorat, ont entamé ce grand chantier.

En attendant, le problème est pris dans un cercle vicieux. Pour que la dette se réduise, il faut, c’est élémentaire, que le déficit soit moins important que les remboursements. La seule chose qui puisse faire mécaniquement augmenter les recettes de l’État et de la Sécurité sociale, c’est la croissance. Or, qu’on le veuille ou non, le seul outil qui reste dans les mains de l’État pour soutenir la croissance, c’est bel et bien son budget. Moins dans l’optique d’une relance, dont on a vu qu’elle était quelque peu sortie de la culture des dirigeants, que dans celle de la stabilisation. Quand la croissance ralentit, ce sont les dépenses publiques (indemnités, chômage, RMI) qui « amortissent » ce ralentissement. En quelque sorte, pour éviter que le déficit ne se creuse ultérieurement et que l’endettement ne s’aggrave, il faut maintenir un certain niveau de déficit et d’endettement…

C’est probablement cela qui explique l’inertie évidente des finances publiques au cours de la dernière décennie: le taux des prélèvements obligatoires est resté quasiment inchangé depuis 1994 (entre 43 et 44% du PIB) ainsi que le poids de dépenses publiques dans le PIB (autour de 54%).

Michel Musolino, professeur d’économie en classes préparatoires à HEC

L’endettement, bombe à retardement pour imposer le libéralisme:

L’endettement est une arme à retardement pour imposer le libéralisme, en obligeant les États à privatiser leurs services publics, tout en transformant les citoyens en esclaves des banques et des multinationales. Lorsque les dégâts de cette arme deviennent perceptibles, il est déjà trop tard. Il n’y a alors plus de retour en arrière possible, ni d’autre choix que le l’anéantissement du pouvoir de l’état, et donc des citoyens…

L’endettement est un moyen pour réduire inexorablement les ressources financières des États, et donc leur capacité d’action, conformément au projet « libéral » qui vise à réduire les États à l’impuissance, afin de laisser un champ d’action maximal aux entreprises.

En appauvrissant l’état, l’endettement entraîne une réduction progressive du financement des services publics et des prestations sociales (retraites, assurance-maladie, assurance chômage), dont les déficits ou l’inefficience servent ensuite de prétexte pour présenter les privatisations comme une « solution ».

En cas d’hostilité de l’opinion aux privatisations, l’accroissement de l’endettement permet d’amener le pays au bord de la faillite, afin de contraindre l’état à privatiser pour rembourser la dette, quelle que soit la couleur politique du gouvernement choisi par les électeurs. Ce n’est pas un hasard si les premier ministres qui ont le plus endetté la France sont aussi les plus « libéraux »: Edouard Balladur et Jean-Pierre Raffarin.

La dette de la France a dépassé en 2005 les 1100 milliards d’euros, soit 67% du PIB. L’endettement de chaque citoyen français (nouveau-nés compris) est donc de 18.300 euros. Le remboursement de la dette absorbe chaque année la totalité de l’impôt sur le revenu.

Depuis 30 ans, la droite libérale et la gauche libérale se sont relayées au pouvoir pour dilapider l’argent public et pour le détourner au bénéfice d’intérêts particuliers: corruption, subventions et allègements de charges accordés aux multinationales, travaux publics inutiles au grand bénéfice des entreprises de bâtiment (et des élus politiques qui perçoivent des commissions occultes sur les marchés publics).

Des groupes de personnes et des entreprises se sont ainsi enrichies, et cet enrichissement a été financé en endettant l’état, c’est à dire la collectivité. Les citoyens vont maintenant devoir rembourser l’argent dont ont bénéficié leurs « maîtres », sans oublier les intérêts de l’emprunt. Concrètement, ce remboursement se traduira par des augmentations d’impôts, une dégradation des prestations de l’État (sauf en matière de répression), la fin de l’État-providence, et la privatisation des dernières entreprises publiques (vendues à un prix très inférieur à leur valeur pour la collectivité et à l’argent des contribuables qui y a été investi pendant des dizaines d’années).

L’endettement est aussi un cadeau offert aux banques, assurées de percevoir une rente à long terme prélevée sur chaque citoyen. Il est important de préciser que les banques prêtent de l’argent qui ne leur appartient pas, puisqu’il s’agit en réalité de l’argent déposé par leurs clients. C’est donc leur propre argent que les citoyens vont devoir rembourser aux banques…

Comme on le voit, l’endettement est une bonne affaire pour tout le monde, sauf pour les citoyens de base qui paieront la facture.

Source: www.syti.net

avr 29 2009

À quoi joue-t-on avec l’immigration ?

Petit historique de l’immigration en France:

« En France, l’immigration est très ancienne. Elle a surtout concerné des personnes des classes supérieures jusqu’à la Révolution industrielle, venant notamment dans l’entourage des souverains. L’immigration de travailleurs se fait en réponse au malthusianisme des Français, sensible dès le milieu du XVIIIe siècle et les vagues d’immigration nombreuses suivent les phases de croissance économique : 1850-1873 (1,5 million de personnes), 1896-1930 (2,5 millions de personnes) et 1945-1975 (4 millions de personnes), soit 25 fois plus que durant les « Grandes Invasions » de la fin de l’Antiquité et du haut Moyen Âge.

 

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Du milieu du XIXe siècle à 1914, les immigrés sont originaires des pays limitrophes de la France; principalement de Belgique et d’Italie, qui constituent les deux tiers des immigrants, mais aussi d’Allemagne, de Suisse et d’Espagne, qui constituent de 7% à 9% des immigrants en France alors qu’on compte moins de 5% de Britanniques, Russes et Austro-Hongrois et que la part des étrangers non européens est quasiment nulle. Le recensement de 1851 est le premier à faire apparaître la catégorie « étranger » qui représente alors 1% de la population totale, 2 % vers 1872. Les Belges représentent 40% de cette immigration.

Durant l’Entre-deux-guerres, les Italiens constituent le groupe le plus important, alors que l’immigration des Belges, des Suisses et des Allemands s’atténue et que celle des Espagnols (réfugiés) et des Polonais s’intensifie. Ces derniers présentent une nouveauté : ils ne viennent pas d’un pays frontalier. La Seconde Guerre mondiale provoque de nombreux départs, environ 300 000 étrangers quittent la France entre septembre 1939 et juin 1940.

Après la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à la fin des années 1960, les tendances précitées se maintiennent alors que l’immigration en provenance du Portugal puis du Maghreb et de l’Afrique noire s’intensifie. En 1970, l’immigration connaît une forte croissance non européenne et maghrébine. En 1975, les Algériens sont le second groupe d’étrangers le plus important en France, avec un taux de 20% des immigrants.

Après une période au cours de laquelle les pouvoirs publics favorisent l’immigration afin de satisfaire aux besoins de l’économie française dans les années 1960, la crise économique des années 1970 les pousse à mettre en place un contrôle des flux migratoires. Ainsi les circulaires Marcellin – Fontanet, en 1972, lient l’attribution d’une carte de séjour à la possession d’un titre de travail et limitent les régularisations. Valéry Giscard d’Estaing, nouveau président de la République, stoppe les nouvelles immigrations, sauf les regroupements familiaux qui formeront désormais la plus grande partie de l’immigration légale. Il propose également une prime au retour (le « million Stoléru »). En 1980, la loi Bonnet, qui durcit les conditions d’entrée sur le territoire français et facilite l’expulsion des immigrés clandestins, déclenche des grèves de la faim et doit être partiellement suspendue.

En 1981, le nouveau pouvoir socialiste procède à une régularisation massive d’immigrés en situation irrégulière, assouplit les conditions de séjour des immigrés en annulant la loi Bonnet et supprime la prime d’aide au retour. Trois ans plus tard, la loi 84-622 instaure un titre unique de séjour de dix ans, dissocié du titre de travail. Dans le même temps le gouvernement propose à nouveau une aide à la réinsertion des travailleurs étrangers dans leur pays d’origine.

Lors du changement de pouvoir en 1986, le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, fait adopter par le Parlement la loi n° 86-1025 du 9 septembre 1986, relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France, qui restreint l’accès à la carte de résident et facilite les expulsions d’étrangers en situation illégale. Le 8 octobre, l’expulsion de 101 Maliens déclenche une vague de protestations. En 1988, l’Office national d’immigration devient l’Office des migrations internationales (en 2005 ses attributions sont reprises par l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM).

En 1989, la loi Pasqua est en partie adoucie. Le premier ministre, Michel Rocard, déclare l’année suivante que « la France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais il faut qu’elle y prenne sa part ». Le gouvernement crée le Haut conseil à l’intégration, organisme consultatif.

Pendant l’été 1996, des manifestations en faveur de la régularisation des étrangers en situation irrégulière (que leurs défenseurs appellent « sans-papiers ») aboutissent à l’occupation de plusieurs bâtiments publics. En août, la police expulse par la force des Africains qui occupent l’église Saint-Bernard, à Paris. En avril 1997, la loi Debré est abrogée après un mouvement soutenu notamment par des réalisateurs de cinéma.

Peu après, le nouveau gouvernement de Lionel Jospin lance un nouveau processus de régularisation d’étrangers en situation irrégulière.
D’après le premier rapport annuel de la Commission européenne sur la migration et l’intégration, il est difficile d’obtenir une estimation fiable de la contribution budgétaire nette des immigrants, bien que les immigrants soient soumis aux mêmes obligations fiscales que les Français. Dans son ouvrage le Creuset français (publié en 1988, mis à jour en 2006), Gérard Noiriel indique, en se basant notamment sur les travaux de Georges Mauco (1977), que les immigrés ont depuis la deuxième Guerre mondiale construit 90% des autoroutes françaises, une machine sur sept, et un logement sur deux.

Yves-Marie Laulan, économiste et président de l’Institut de géopolitique des populations, estime le coût annuel de l’immigration en France à 36 milliards d’euros (soit l’équivalent de 80% du déficit public annuel). Son étude, qui prend en compte le différentiel entre les recettes et les dépenses apportées par les immigrés s’appuie notamment sur les travaux des professeurs d’économie Jacques Bichot et Gérard Lafay avec comme données principales les dépenses en maintien de l’ordre, de la justice, frais de scolarité, de santé, formation professionnelle, logement, coûts supplémentaires dans les quartiers dits « sensibles », les aides sociales diverses ou le regroupement familial.

Selon une autre étude de Jacques Bichot pour l’Institut Thomas More, ce coût serait de 24 milliards d’euros pour l’année 2005.
Ces calculs rejoignent en partie ceux plus anciens de Maurice Allais, « prix Nobel » d’économie 1988. Celui-ci a calculé que, lorsqu’un travailleur immigré entre dans un pays, il faut consacrer une épargne quatre fois supérieure à son salaire annuel pour construire les équipements (école, logement, hôpital…) dont il a besoin, charge relevant en France de la collectivité. »

Tiré de Wikipédia

« L’effondrement démographique de l’Europe

La population de l’Union européenne à quinze membres, avant l’élargissement de 2004, se caractérisait déjà comme étant la population la plus âgée du monde. En 2004, la part des enfants et jeunes âgés de moins de vingt ans est inférieure à celle des personnes âgées de plus de soixante ans. Cette situation est révélée plus encore par la comparaison du rapport dit de vieillissement démographique par zone régionale.

Ce rapport est égal au quotient de la « post fécondité » sur la « pré fécondité », soit le nombre de seniors (personnes âgées de plus de cinquante ans) sur le nombre d’enfants et jeunes âgés de moins de vingt ans. Pour l’Union européenne des Quinze – avant l’élargissement donc – ce rapport était de 1,5 et, si l’on examine le détail du vieillissement par nation, les situations les plus graves sont celles de l’Italie (1,85) et de l’Allemagne (1,7) tandis que la France affiche un rapport de 1,28, donc inférieur à la moyenne européenne. Autrement dit, pour les Quinze, la « vieillesse » est déjà à 50 % plus présente que la « jeunesse » et pour certains pays, comme l’Italie et l’Allemagne, on tend vers les 2 « seniors » pour 1 jeune.

Regardons ce chiffre en Amérique du Nord, dans l’espace ALENA. Le rapport y est de 0,74 : ce qui signifie que les personnes âgées de moins de vingt ans sont plus nombreuses encore que celles de plus de cinquante. La démographie nord-américaine est donc beaucoup moins déclinante que celle de l’Europe.

Quant aux zones économiquement émergentes comme l’Inde et la Chine, leur entrée dans le vieillissement est bien plus récente que la nôtre ; la jeunesse y reste nombreuse : en Chine il y a presque deux fois plus de jeunes de moins de vingt ans que de personnes de plus de cinquante (le rapport est de 0,58); trois fois plus en Inde (rapport de 0,34). Enfin, le record de jeunesse est affiché par les pays musulmans (très contrastée cependant entre les mondes arabe, turc, asiatique et africain) dont le rapport de vieillissement démographique est de 0,22 (soit une « jeunesse » cinq fois plus représentée que les seniors).

L’effondrement de la fécondité est un phénomène qui touche le monde entier, à l’exception toutefois de l’Afrique subsaharienne qui n’est pas encore entrée dans le processus d’inversion de la pyramide des âges. Mais si le monde entier (sauf l’Afrique noire donc) se trouve dans le processus d’inversion de cette pyramide, il est important de souligner que ce sont les Européens qui y sont entrés les premiers. Or dans l’histoire, le décalage temporel entre les différentes aires géographiques est décisif, car les flux de migrations vont depuis toujours des zones les plus jeunes vers les zones les plus âgées. C’est l’excédent démographique européen, à la sortie du Moyen Age, qui a provoqué le repeuplement du continent américain à partir du XVIème siècle. Intéressons-nous donc à ce décalage temporel entre zones géographiques. L’inversion de la pyramide des âges signifie que la part des plus de soixante ans devient supérieure à celle des moins de vingt ans. Dès 1965, la Suède est entrée dans l’inversion ; l’ensemble de l’Union au début des années 1980, la Russie en 1995, l’ALENA et la Chine devraient y entrer autour de 2010, l’Afrique du Nord autour de 2030 et l’ensemble du monde musulman au début des années 2040.

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L’Union européenne est donc bien confrontée à un défi démographique d’importance majeure : sa propre survie est en jeu car elle déjà « vieille » au moment où tous ses autres concurrents géopolitiques sont encore « jeunes ».

L’explication de ce vieillissement accéléré ne réside toutefois pas seulement dans l’allongement de la durée de la vie, conséquence du développement matériel de l’Occident. Pour large partie, elle résulte d’un effondrement de la natalité. Sur les vingt-cinq pays de l’Union élargie, dix-sept (dont ceux d’Europe centrale) connaissent en effet des excédents de décès par rapport aux naissances. Il y a trente ans, sur les territoires européens correspondant à l’Europe des Quinze et qui comptaient alors 330 millions d’habitants, le nombre annuel de naissances était supérieur à six millions. S’agissant des mêmes pays, il s’est aujourd’hui effondré, passant de 6 à 4 millions, alors que la population européenne considérée croissait de 50 millions. Autre chiffre frappant : avec ses quelques 380 millions d’habitants, l’Union européenne des quinze pays d’avant l’élargissement de 2004 n’avait pas plus de naissances que les Etats-Unis avec leurs 295 millions de citoyens ! Or l’élargissement n’apporte aucune solution au problème de la dénatalité. Bien au contraire, il l’aggrave. Chaque année, l’Europe orientale perd 200 000 habitants. Et l’Union européenne, dans son ensemble, verra sa population décroître d’ici 25 ans : de 458 millions d’habitants aujourd’hui, elle passera à 469,5 en 2025 (soit + 2%), puis à 468, 7 millions en 20304. La situation est encore pire au-delà des frontières de la Grande Europe. La Russie, la Biélorussie et l’Ukraine ensemble perdent 1,2 millions d’habitants par an5.

C’est donc bien à un phénomène de dépeuplement massif de l’Europe par ses populations autochtones auquel nous assistons, la dénatalité expliquant largement le vieillissement voire la réduction des populations.

Le repeuplement de l’Union par des populations extra-européennes

Parallèlement au recul de ses populations de souche, l’Union européenne affronte depuis le dernier tiers du XXème siècle, un autre défi majeur : l’établissement en masse sur les sols nationaux de populations d’origine extra-européenne. Très logiquement, les migrants viennent compenser (pour partie) le dépeuplement européen. Deux aires géographiques sont à distinguer de ce point de vue au sein de l’Union : d’une part, la nouvelle Europe, celle de l’Elargissement, qui se dépeuple à grande vitesse et n’est que très peu concernée par les flux migratoires extra-européens ; d’autre part, l’Europe occidentale – celle que l’on appelle parfois la « vieille Europe » mais qui n’a pas plus d’ancienneté historique que la « nouvelle »…

Son accroissement naturel (soustraction des décès aux naissances) n’est, pour quinze pays, que de + 400 000, tandis que son solde migratoire annuel est de l’ordre de + 1,6 millions de personnes. Autrement dit, l’immigration (légale) est quatre fois plus importante que l’accroissement naturel des citoyens européens (qui évidemment ne sont pas uniquement des Européens de souche). Si l’immigration progresse 4 fois plus vite que l’accroissement naturel (lequel, faut-il encore le répéter, comptabilise la natalité des immigrés arrivés les années précédentes), on peut alors en conclure aisément que la population européenne est en passe d’être remplacée, sur un temps historique relativement court, par des populations non européennes.

Officiellement, selon Eurostat, l’Union des Quinze comptait 15 millions d’étrangers extra européens ne disposant pas de la citoyenneté d’un pays membre. Ce qui représente environ 4% de la population de cet ensemble. Mais ce chiffre ne prend pas en compte les populations extra européennes, très nombreuses, qui ont acquis la citoyenneté de l’un des pays de l’Union. Nous ne disposons pas de chiffres sûrs à l’échelle européenne parce que, dans leurs statistiques officielles, plusieurs pays ne distinguent pas, une fois la nationalité acquise, les citoyens selon leur origine ethnique. Toujours est-il que l’on estime le nombre d’immigrés arrivant en France chaque année entre 300 000 et 400 000.

Considérons le cas français, l’un des pays les plus concernés par les flux migratoires extra-européens.  Nous disposons de chiffres récents de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques). Officiellement, 9 % de la population de la France métropolitaine8 est originaire du continent africain et d’Eurasie (Turquie). A eux seuls, ces 9 % assurent 16 % des naissances en France (qui donnent accès à la nationalité française), soit 110 000 naissances. Une projection pour 2030 ouvre sur la perspective suivante : dans 25 ans, la France compterait 10 millions de résidants légaux d’origine extra-européenne, ce qui représenterait 15 % de la population (on serait donc passé de 9 % à 15 %) et 30 % des naissances. Autrement dit, au tiers de ce siècle, un tiers de la « future France » serait déjà d’origine extra-européenne9. Dans ces conditions, il paraît assuré qu’à la fin du siècle, la population de France serait très majoritairement de souche extra-européenne, les derniers « Gaulois » étant en train de mourir… Selon Michèle Tribalat, démographe à l’Institut national d’études démographiques (INED), près de 14 millions de Français avaient en 1999 un parent ou un grand-parent immigré, soit 23 % de la population. Dans « L’avenir du travail », paru en 2007, Jacques Attali nous dit : « Pour sauver les retraites, le 3ème choix consisterait à accueillir 2 millions d’étrangers par an entre 2020 et 2040, ce qui se traduirait par l’entrée sur notre sol de 93 millions d’immigrés; la France compterait alors 187 millions d’habitants dont 68% d’immigrés de première ou de deuxième génération.

Or, jusqu’à présent nous n’avons considéré que l’immigration légale, comptabilisée officiellement et soutenue par les « Etats providence » européens.
L’immigration illégale est un phénomène qui pèse aussi à côté de l’immigration légale, et ceci de manière croissante puisqu’il s’accélère dans tous les pays européens. En France, les autorités arrêtent en moyenne 10 000 clandestins par an et estiment qu’il ne s’agit là que d’un dixième environ des flux illégaux. Les optimistes penchent pour 100 000 entrées illégales par an, les pessimistes pour 300 000. Selon Maxime Tandonnet, spécialiste des flux migratoires au Ministère de l’Intérieur français, plus de 600 000 immigrés en situation irrégulière vivent en France en 2004.

Les facteurs d’amplification du phénomène

Pour quelles raisons, en effet, la pression migratoire du Sud sur l’Union européenne va-t-elle s’aggraver ? Comparons l’évolution quantitative des populations de la rive Nord et de la rive Sud de la Méditerranée. Sur la rive Nord nous rassemblons le Portugal, l’Espagne, la France, l’Italie et la Grèce ; sur la rive Sud, en faisant le tour du « boulevard périphérique méditerranéen », le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, la Turquie, les 4/5 de la population de Chypre, la Syrie, la Palestine, le Liban et la Jordanie. Israël est mis à part car c’est un pays d’accueil d’une forte immigration juive et très peu un pays source.

La rive Nord (européenne) compte aujourd’hui environ 180 millions d’habitants tandis que la rive Sud en compte 240 millions. En 2030, dans 25 ans, la rive Nord aura perdu – si l’on ne compte pas l’afflux d’immigrés extra-européens qu’elle connaîtra certainement – 6 millions d’habitants, tandis que la rive Sud dépassera les 300 millions d’habitants16. Les démographies italienne et espagnole connaîtront un recul particulièrement terrible. On aura donc « face à face », dans l’interface méditerranéenne, deux fois plus de population au Sud qu’au Nord…

Or ce réservoir démographique qui fait face aux rivages méditerranéens de l’Europe est caractérisé notamment par le plus fort taux d’émigration du monde. Alors que la moyenne mondiale se situe à 2 % de la population (qui émigre chaque année), le taux de départ moyen en Méditerranée est de 5 % de la population17. Taux supérieur à la zone Caraïbes et à l’Asie. Traduisons cela en données quantitatives : depuis le début des années 1960, près de 20 millions des ressortissants des pays de la rive Sud ont émigré (pas seulement vers l’Europe, mais aussi vers l’Amérique du Nord). Or cette réalité démographique de la rive Sud doit être combinée avec les risques géopolitiques qui pèsent dans la région.

Le premier risque majeur est celui de l’évolution des régimes du monde méditerranéen musulman vers l’islam politique (l’islamisme). La persistance du conflit israélo-palestinien, la présence américaine en Irak, la collaboration de leurs gouvernements avec les Etats-Unis d’Amérique perçue par une très large majorité des Arabes d’Afrique du Nord comme du Levant comme une aliénation et une humiliation, l’absence de véritable développement socio-économique au-delà de marques évidentes de croissance, tout ceci contribue à faire le lit de l’islamisme. Quel est, dans ces conditions, le degré de solidité des régimes de certains de ces pays ?

Deuxième phénomène à prendre en compte : les conséquences de la révolution économique mondiale causée par l’émergence de l’Asie et notamment de la Chine. Sous pression croissante et pour rester compétitives, les économies européennes risquent de connaître un glissement vers l’économie souterraine. Déjà 10 % du PNB de l’Espagne et 30 % du PNB de l’Italie ou de la Grèce sont le « fruit » de l’économie parallèle. Plus l’Europe vieillit, plus les Etats providence sont confrontés aux coûts de la vieillesse et de la santé, plus l’économie en subit les conséquences, et plus celle-ci cherche naturellement à se soustraire à la ponction fiscale, en délocalisant ou en fraudant.

Or, qui dit plus d’économie clandestine dit davantage d’emplois clandestins. Des pans entiers des économies européennes risquent donc de recourir à de l’emploi étranger et clandestin ou même légal dans la mesure où « l’immigré » est généralement considéré comme moins exigeant en matière de conditions de travail et de niveau de rémunération : il n’a tout simplement pas le choix ! Il y a une pompe aspirante de l’immigration légale et illégale qui est d’essence économique, de nombreux acteurs de l’économie jugeant que la « mondialisation » leur permet de rester compétitif face à la capacité d’adaptation remarquable des Etats-Unis et surtout face au défi chinois et plus largement asiatique. (Voir la vidéo ci-dessous à propos de la régularisation des immigrés clandestins embauchés)

A propos de mondialisation, parmi les multiples conséquences, positives ou négatives d’ailleurs, de celle-ci, figure l’aggravation du poids des mafias transétatiques. La globalisation financière et la liberté de tous les flux favorisent en effet les structures trans-étatiques illicites. Or l’un des secteurs lucratifs
de ces mafias est justement le « marché de l’immigration clandestine ». Plus la demande migratoire augmente, plus les maffias prospèrent, et plus celles-ci prospèrent, plus elles sont en mesure de développer de nouvelles filières d’immigration clandestine et donc de susciter l’offre.

L’analyse des flux d’immigration clandestine révèle le poids des réseaux albanais, yougoslaves, chinois, russes… Le trafic d’êtres humains se combine d’ailleurs souvent avec le trafic de drogue, les immigrés clandestins étant souvent obligés de payer leur passage en jouant le rôle de revendeurs ou de passeurs de drogues et hypothéquant ainsi fortement les chances de leur liberté et de leur dignité futures. Les mafias marocaines en particulier obligent nombre de leurs candidats à l’émigration à leur acheter du haschisch du Rif qu’ils devront revendre en Espagne, en France ou en Belgique pour survivre dans les premiers mois de leur arrivée ! S’agissant du Maroc, ce trafic d’humains couplé à un trafic de stupéfiants pèse de l’ordre de 10 milliards de dollars par an…

Mais les perspectives d’immigration ne sauraient se limiter au constat d’un différentiel démographique béant entre rive Nord et rive Sud, à la pression asiatique sur les économies européennes qui déterminera chez de nombreux acteurs un comportement favorable à l’immigration, ou encore au risque de basculement dans l’islamisme de pays du Maghreb ou du Machrek. Une question souvent ignorée, en effet, est celle des perspectives post-pétrolières dans le Golfe arabo-persique. Aujourd’hui, a-t-on bien conscience que le Golfe arabo-persique, grâce à son économie pétrolière et gazière, absorbe une proportion importante de l’émigration asiatique, égyptienne et turque qui aurait pu venir jusqu’en Europe ? Six pays du Golfe, dont la population arabe autochtone est relativement faible, absorbent à eux seuls plus de onze millions d’immigrés : des Pakistanais, des Hindous, des Philippins, des Egyptiens, des Turcs…

Or deux remarques sont à faire concernant l’évolution du profil de cette immigration dans la zone « tampon » du Golfe située entre Europe et Asie. D’une part la proportion des Arabes par rapport aux Asiatiques tend à diminuer. En 1990, les Egyptiens formaient encore 40 % des actifs en Irak et au Koweït. Aujourd’hui, plus de 70 % de la main d’oeuvre est asiatique. Les raisons de cette évolution sont évidemment multiples. Mais il faut insister sur la peur de l’islamisme dans les pays du Golfe qui risque de pousser ceux-ci à favoriser la venue d’immigrés asiatiques non musulmans, comme également sur le fait que l’asiatique est souvent réputé plus travailleur que le méditerranéen. Songeons maintenant à ce qui se passera lorsque nous entrerons pleinement dans une nouvelle révolution énergétique mondiale, c’est-à-dire, sans doute autant pour des raisons d’épuisement des ressources elles-mêmes que de saturation en gaz à effet de serre de notre atmosphère terrestre, lorsque l’humanité aura enfin choisi de se libérer des hydrocarbures. Que se passera-t-il alors ? Le Golfe sera-t-il encore cette zone tampon placée sur le chemin de cette « marche vers l’ouest » de millions de migrants asiatiques ? N’iront-ils pas plutôt alors grossir les rangs de l’émigration vers
l’Europe ?

Autant la carte géopolitique de l’Europe est pacifiée, autant celle du Moyen-Orient ne l’est pas. Personne ne peut affirmer, par exemple, que les minorités kurdes, incorporées aujourd’hui dans tel ou tel Etat-nation, le seront encore demain. Le peuple kurde, sans Etat et dans des frontières étatiques parfois fragiles, constitue encore un formidable réservoir d’émigration vers l’Europe. Déjà 2,5 millions de Kurdes vivent en Allemagne ; 200 000 en France et 200 000 en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.

L’Europe, victime d’abord d’elle-même ?

Tous les éléments que nous avons pointés jusqu’ici témoignent d’une extraordinaire fragilité, d’un terrifiant abaissement. Et au fond, cette faiblesse de l’Europe face au défi de l’immigration n’est-elle pas finalement la principale menace qui pèse sur elle ? L’Europe accepte le fait accompli de l’immigration illégale en régularisant sans cesse davantage. Chaque année, sur le territoire de l’Union des Quinze (avant l’élargissement de 2004 donc), entrait environ un demi million de clandestins (c’est évidemment une estimation). Chaque année le nombre de personnes régularisées après avoir enfreint les lois européennes ne cesse d’augmenter sur tout le territoire de l’Union : 220 000 régularisations en France ces trois dernières années ; 50 000 en Belgique ; 720 000 en Grèce ; 1,5 million en Italie (dont 700 000 pour la seule année 2002) ; 575 000 en Espagne ; 240 000 au Portugal.

On oublie souvent que la mécanique du regroupement familial fait (en France notamment mais aussi dans plusieurs autres pays de l’Union) qu’une seule régularisation signifie du même coup trois, quatre ou cinq nouveaux immigrés légaux. 20 000 personnes régularisées peuvent faire d’un coup jusqu’à 100 000 nouveaux immigrés légaux…

L’Union européenne est donc entrée, en profondeur, dans un processus qui, à l’issue de ce siècle, aura abouti au remplacement de sa population d’origine par des populations non européennes, africaines et asiatiques. L’Europe sera-t-elle encore européenne à la fin du XXIème siècle ?

Mais ce que connaît notre civilisation européenne, héritière de Rome et des cathédrales du Moyen-Age, est à différencier de la situation nord-américaine, des Etats-Unis en particulier. Le dernier livre de l’universitaire américaine Samuel Huntington montre en effet que si l’Amérique tend à perdre sa dominante WASP25, elle reste néanmoins culturellement chrétienne. Plus que cela, les guerres dans lesquelles elle est entrée contribuent, au-delà des fractures communautaristes, à refonder la nation américaine autour d’une religiosité commune. Les Etats-Unis continuent donc, à partir de plusieurs souches ethniques, à fabriquer des Américains.

Au contraire, il y a peu d’espoir que l’Union européenne, à partir de populations ethniquement extraeuropéennes, ne parvienne à fabriquer des Européens de culture. D’abord parce qu’à la différence des Etats-Unis – qui absorbent une majorité de Chrétiens et parvient encore à convertir une proportion significative de ceux qui ne l’étaient pas -, la grande majorité des migrants vers l’Europe n’est pas de religion chrétienne; ensuite, parce que la volonté de « convertir » ces migrants, si ce n’est à la religion des Européens, du moins aux valeurs qui en découlent, a disparu.

Non seulement la construction européenne telle qu’elle est envisagée aujourd’hui participe à l’affaiblissement des identités nationales, mais aucune identité européenne de substitution n’est proposée en lieu et place de celles-ci. En conséquence, l’immigré extra-européen est accueilli par un ensemble économique progressivement vidé de ses contenus identitaires et dans lequel il n’a aucune chance de s’assimiler puisqu’il n’a plus rien à assimiler.

Plus les années passeront, moins les écoles européennes seront en mesure d’assimiler les petits enfants d’origine extra-européenne. Regardons à ce propos les chiffres en France et notamment celui des effectifs des enfants d’immigrés d’origine extra-européennes (âgés de moins de 15 ans) : ils constituent déjà 13 % des enfants dans les classes. En 2030, ce chiffre sera passé à 25 % mais dans les grands centres urbains (Paris, Marseille, Strasbourg…) cette proportion pourra être de 50 voire 75  %. On voit bien que l’idée même d’assimilation n’a déjà plus de sens.

Est-il encore temps d’élaborer et d’appliquer des remèdes efficaces pour l’avenir ? Nous l’ignorons. Ce que nous savons en revanche, c’est que les actuelles pistes de réflexion étudiées par la Commission européenne nous apparaissent dérisoires au regard de l’enjeu de civilisation dont il est question. Croit-on sérieusement que c’est en se penchant sur l’organisation du temps de travail des salariés, sur l’égalité entre hommes et femmes sur les lieux de travail ou sur une politique savoureusement dite du  « vieillissement actif » que l’Europe comblera son déficit de millions de naissances ?… Cette vision, consistant  en l’arasement des priorités (et donc des urgences), en la confusion de l’essentiel et de l’accessoire, ou plus  exactement, des ambitions et des moyens, nous paraît bien peu promettre pour
l’avenir.

C’est d’un véritable « Plan Marshall » de la natalité, de la politique familiale et de la réduction de l’immigration extra-européenne dont l’Europe a besoin, dont certaines mesures peuvent être déjà avancées : politique d’immigration sélective ; abolition du regroupement familial dans les pays où il existe ; obligation de mise à niveau culturel minimal pour les candidats à l’immigration ; obligation réelle de conformation aux coutumes et règles de vie des pays d’accueil ; politique d’encouragement au retour, en diminuant notamment l’accès aux prestations sociales ; politiques actives d’aide au développement des pays d’émigration ; …

Ajoutons, avant de conclure, que la coupable faiblesse des pays européens en matière d’immigration, alliée à un sentiment d’insécurité économique en cours de généralisation, fait à l’évidence le lit d’une « nouvelle xénophobie », d’un nouveau ras le bol toujours plus perceptible du « petit blanc ». On commence à parler – en France notamment – d’un racisme anti-blanc : cette reconnaissance, y compris médiatique, d’un fait déjà ancien risque d’être le prélude, si rien n’est fait, à une réaction politique vigoureuse, incontrôlée et – comme toujours, lorsque le mal est compris trop tardivement – excessive des populations ?

Notre conclusion est donc radicale ou sombre : ou bien l’Union européenne lance dans les prochaines années une sorte de « Plan Marshall » démographique ou bien la civilisation européenne, en tant que civilisation vivante incarnée, aura disparu à l’issue de ce siècle… »

« L’immigration extraeuropéenne, un défi majeur pour l’Union Européenne », par Aymeric Chauprade, directeur des études de géopolitique du Collège Interarmées de Défense (Paris), publié par l’Institut Thomas More

Commentaire:

La seule suggestion que je pourrais ajouter à ce parfait résumé de la situation européenne par rapport à l’immigration est que l’encouragement clair aux populations extra-européennes de venir s’installer en Europe par l’absence de toute mesure d’une quelconque dissuasion peut sans doute être lié à la volonté mondialiste du cosmopolitisme et de la dislocation des nations européennes dans le processus d’unification de l’Union Européenne. En effet, si les États-Unis ont tout intérêt à ne rester qu’un bloc qui ne peut se permettre de voir apparaître des revendications séparatistes menaçant son unité, l’Union Européenne est en pleine accélération et radicalisation des procédures visant à unifier l’ensemble des nations européennes en une seule entité européenne. De fait, tout ce qui peut accélérer l’affaiblissement des cultures et identités nationales est sans doute jugé utile par les dirigeants européistes. Si l’on approfondit encore, on s’accordera sans doute sur le fait que la mondialisation et le mondialisme galopants envoient un signal fort au cosmopolitisme, et donc à une politique de métissage, qui se concrétisera de plus en plus au fur à mesure que le monde se réduira à l’état de « village ». Cette accentuation de l’absorption européenne des populations étrangères, tout comme l’élection d’un métis noir au poste de président de la nation la plus puissante du monde, qui compte elle aussi énormément d’habitants de cultures extra-américaines bien qu’attachées à l’identité américaine, ne sont sans doute pas des signes anodins, il s’agit de toute évidence d’une préparation du terrain. En outre, l’Union Européenne, géographiquement plus concernée par ces mouvements de populations, pourrait, d’ici peut-être une vingtaine d’années, réchauffer tant ses rapports avec l’autre rive de la méditerranée, par le biais d’institutions comme, par exemple, une Union Méditerranéenne, qu’une sorte d’Empire Européen finirait par s’étendre jusqu’aux pays du Maghreb, ce que de nombreux personnages occidentaux de l’élite mondialiste espèrent déjà.

En somme, le facteur du cosmopolitisme me semble jouer un rôle important dans l’orientation des politiques d’immigration. Cependant, au niveau culturel et identitaire, le résultat de ce métissage que l’on a d’ores et déjà pu observer est que, à l’inverse d’un apport à l’enrichissement moral et intellectuel par la cohabitation étroite de deux cultures distinctes dans un même pays, il semble y avoir une destruction claire des deux cultures à la fois, car le jeune métis, pris entre deux identités différentes, souvent victime de discrimination alors qu’un de ses parents est citoyen de naissance et de culture du pays qu’il habite, aura plus de mal à s’apparenter à des racines culturelles bien définies, qui l’aideront à fonder sa personnalité, qu’un individu dont l’ethnie est sans équivoque. Cet aspect destructeur ferait, lui aussi, le bonheur des protagonistes des marchés occidentaux, voire mondiaux, qui trouveront là une aide conséquente à la pensée de masse consommatrice. On n’en est plus à une dégénérescence de plus ou de moins pour contribuer à transformer de jeunes gens désorientés et aveuglés en machine organique à consommer.

On peut donc s’inquiéter quant aux capacités réelles qu’ont nos gouvernements à jouer avec un feu si vif qu’il pourrait les brûler à tout instant, étant donné qu’ouvrir la porte à tant de désordres internes et d’éventuelles revendications territoriales, culturelles, sociales, religieuses et j’en passe, pourrait permettre l’apparition de groupes détachés de quelque influence européen que ce soit. On se demande également comment un gouvernement peut applaudir à l’idée de constituer son pays de 70% d’habitants d’origine extra-européenne, car quel serait sa légitimité pour contrôler une population si différente des moeurs du pays d’exemple, à moins de se conformer aux attentes de cette dernière et de léser par conséquent les 30% des citoyens restant, qui, eux, sont d’ethnie du pays natal ? Il faudra forcément qu’une certaine politique d’assimilation apparaisse un jour ou l’autre, sans quoi les apprentis sorciers, bien que malins, auront tôt fait de voir leur création ubuesque prendre son indépendance vis-à-vis d’eux.

Bref, ce commentaire n’est que ma pensée personnelle sur les faits, appuyées par des éléments concrets, et il se peut que des mesures futures réduisent le caractère catastrophique de la situation. Cependant, l’immigration me semble un domaine à grande importance dans la marche de l’empire américo-européen; un empire qui, si le caractère européen se désagrère au point que tout ce que nous avons relevé le laisse entendre, pourrait ne plus être dominé que par une seule identité: l’américaine.

Régis Mex, pour Mecanopolis

NB: Je vous recommande cette vidéo, qui reprend les points essentiels du sujet en une petite vingtaine de minutes: