août 30 2010

Entretien avec Julien Teil, ONG : L’impĂ©rialisme humanitaire Ă  l’Ĺ“uvre

Julien Teil, qui collabore rĂ©gulièrement Ă  Mecanopolis, s’entretenait avec les rĂ©dacteurs de la revue RĂ©bellion*, en mars dernier.

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Rébellion : Vous avez travaillé dans le monde des Organisations Non-Gouvernementales ? Quels enseignements avez-vous tiré de leur mode de fonctionnement parfois opaque ?

Julien Teil : Je n’ai pas travaillé au sein d’ONG mais pour une société spécialisée dans la collecte de fonds pour de grandes ONG. Suite à cela, une réflexion sur l’essence des ONG et leur instrumentalisation m’apparut plus que nécessaire. Tout d’abord, il faut prendre le soin de préciser quelques éléments : Les ONG, accréditées auprès de l’ONU exercent ce qu’on appelle un soft power, c’est-à-dire qu’elles influencent des instances décisionnaires à l’échelle mondiale. Pour certains, c’est une nouvelle forme de démocratie. Pourtant, les ONG ne sont pas élues, et leurs propres modes de gouvernance ne sont pas toujours démocratiques. A cela il faut ajouter les liens qu’ont certaines grandes ONG avec des transnationales qui animent en parallèle de puissants lobbys. Par ailleurs, elles jouent parfois un rôle géopolitique, principalement par l’intermédiaire des grands bailleurs de fonds comme ECHO pour l’union européenne et USAID pour les Etats-Unis. Enfin, parmi les ONG accréditées par l’ONU, beaucoup sont en réalité des fondations. Celles-ci sont souvent issues des grandes familles philanthropes, de multinationales et de banques. On y trouve aussi des instituts, des think-tanks, etc. ; bref, tout ce qui peut être qualifié de « société civile ». Du fait de tous ces éléments, il est difficile de cataloguer les ONG en général, et l’étude de leur fonctionnement est souvent rude et complexe.

Leur financement est souvent difficile à établir. Les grandes multinationales interviennent-elles auprès des ONG ?

Oui, elles interviennent, mais pas nécessairement sous forme de financements, bien que cela arrive ceux-ci sont en général peu importants par rapport au total des fonds levés par les ONG. Par contre, les partenariats entre ONG et multinationales sont courants. Les grandes multinationales aux pratiques contestées, notamment dans les PED, peuvent ainsi labelliser leur image. C’est une sorte de greenwashing. En règle générale, une multinationale agit souvent par intérêt, tout financement et partenariat pose donc des questions sur la légitimité d’une ONG, d’autant plus lorsque la multinationale en question a des intérêts dans les pays ou travaille l’ONG. Enfin, elles ont la possibilité d’intervenir indirectement au travers des personnes qui ont des postes importants au sein des ONG. Un bref aperçu de leurs parcours montre qu’elles ont parfois servi ces multinationales, aujourd’hui partenaires de leur ONG.

L’humanitaire est devenu un enjeu gĂ©opolitique. Pouvez-vous nous donner des exemples du dĂ©tournement de cette idĂ©e dans des buts très Ă©loignĂ©s de l’aide aux pays du Sud ?

Il y a un exemple très parlant au sujet de l’actualité. C’est avec prudence que je l’aborde, car encore une fois il s’agit de quelques ONG et fondations et qu’il est très difficile à saisir. Certaines ONG entendent proposer une « Robin Hood Tax » ; celle-ci étant la continuité des revendications associatives suite à « l’échec de Copenhague ».

Mais avant tout, quelques prĂ©cisions sont nĂ©cessaires. Beaucoup d’ONG estiment que le rĂ©chauffement climatique anthropique aura des consĂ©quences sur l’accĂ©lĂ©ration de l’assèchement des terres africaines, et donc de l’appauvrissement des cultures vivrières. C’est en tout cas ce que prĂ©tend par exemple Action Contre la Faim.

En parallèle, comme je l’ai expliquĂ© dans mon article  » Les liaisons incestueuses des ONG avec les Etats et les transnationales », ces fondations et ONG participent Ă  des programmes financĂ©s par la Howard Buffet Foundation , dont le Global Water Initiative est le pilier central. L’IIED, partenaire important du Global Water Initiative, a d’ailleurs publiĂ© les dĂ©tails de l’opĂ©ration sur son site internet.

Le site du journal Le Monde a quant à lui publié la liste des ONG impliquées dans la « Robin Hood Tax ». On y trouve Oxfam et Greenpeace, des organismes hautement impliqués dans le sommet de Copenhague, Oxfam étant aussi partenaire du Global Water Initiative. Notons que ces organismes n’ont jamais émis le moindre doute suite à l’affaire du Climatgate, suivie de la démission du président du CLU (Climat Research Unit), ni au sujet de l’inexistence d’un consensus sur la question de la théorie du réchauffement climatique anthropique.

Parmi les soutiens du projet de la « Robin Hood Tax », on retrouve aussi bien des politiques (Gordon Brown, Nicolas Sarkozy) que Warren Buffet. La famille Buffet est impliquĂ©e au travers de ses fondations dans de nombreux programmes de solidaritĂ© et a des intĂ©rĂŞts dans les solutions dites « Ă©cologiques » : voitures Ă©lectriques, bioĂ©thanol, etc. ; mais aussi dans les Organismes GĂ©nĂ©tiquement ModifiĂ©s (OGM) et leur distribution.

Bien que la taxe proposĂ©e par ces ONG et reprĂ©sentants du pouvoir politique et Ă©conomique propose de taxer les transactions financières, il faut s’interroger sur les secteurs dans lesquels les fonds seront affĂ©rĂ©s. Il est spĂ©cialement question selon Oxfam de « rĂ©duire la pauvretĂ© Ă  travers le monde et d’aider les pays pauvres Ă  s’adapter au changement climatique ». C’est donc en toute prudence que je dĂ©cide d’indiquer les instituts et organismes impliquĂ©s dans l’élaboration de cette taxe. Il est donc lĂ©gitime, au vu de l’histoire et des implications de ces organismes, de s’interroger sur leur rĂ©elle ambition.

Par ailleurs, les rĂ©seaux occultes de solidaritĂ© de la Françafrique, tels ceux de Charles Pasqua avec CoopĂ©ration 92, et ceux de Jacques Attali avec Planet Finance, ont montrĂ© que certains rĂ©seaux pouvaient interfĂ©rer dans l’ambition humanitaire affichĂ©e, et en particulier en Afrique. C’est aussi ce que l’on constate dans le cas de la loi Oudin-Santini. Parfois ces organismes sont crĂ©es Ă  des fins qui n’ont rien Ă  voir avec la solidaritĂ© internationale, ou sont utilisĂ©s par exemple dans l’affaire de l’Angolagate Ă  des fins criminelles.

Pour comprendre la situation actuelle, il convient de se rĂ©fĂ©rer au passĂ©. Celui-ci comporte de nombreuses analogies avec la situation prĂ©sente. Pour ce faire, la lecture du livre  » PĂ©trole une guerre d’un siècle, l’ordre mondial anglo-amĂ©ricain « , de William Engdahl, (en particulier les pages 168-172) est particulièrement intĂ©ressante. Celui-ci montre comment, il y a dĂ©jĂ  des dĂ©cennies, ces problĂ©matiques de ressources Ă©nergĂ©tiques et vitales donnaient lieu aux accointances les plus douteuses. Ces rĂ©alitĂ©s questionnent sur la nature du sommet de Copenhague, et invitent Ă  s’interroger sur la voie dans laquelle s’engagent ses architectes. Il se pourrait que ce sommet mondial reflète Ă©galement les combats pour la gouvernance du vivant et des futures Ă©nergies. Et, on ne peut nier que ces domaines sont en particulier importants pour les intĂ©rĂŞts amĂ©ricains, qui du fait de la crise Ă©conomique sont en perte de vitesse. D’ailleurs l’administration U.S est de longue date impliquĂ©e dans ces pratiques par l’intermĂ©diaire de fondations, de think-tanks et d’ONG. C’est donc encore une fois, une rĂ©alitĂ© gĂ©opolitique qui pourrait, en partie, expliquer la voie dans laquelle s’engagent ces ONG, fondations, et gouvernements au nom de l’Ă©cologie.

Comment les ONG servent-elles les intĂ©rĂŞts des Etats occidentaux ? L’ « impĂ©rialisme humanitaire » est-il une nouvelle forme de la domination des grandes puissances ?

Les ONG peuvent servir les intérêts des Etats occidentaux pour la simple raison qu’elles sont transnationales. Elles travaillent partout, et remontent une quantité d’information à travers leurs études et les bilans de leurs pratiques. Les Etats occidentaux, quant à eux, ont toujours cherché à faire perdurer le colonialisme, notamment par l’intermédiaire de leurs multinationales (comme Danone ou Lafarge par exemple). Il est évident que ces sources humanitaires sont pour eux du pain béni, et permettent de poursuivre les processus coloniaux en ayant nombre d’informations à disposition. En ce qui concerne le colonialisme, seules les formes changent, mais le but reste le même : privatiser les biens publics, les terres, les ressources. Les ONG assoient nécessairement l’hégémonie des pays occidentaux, tout comme le font le FMI et la Banque Mondiale.

La seule différence que l’on peut noter en comparaison avec le passé se résume par le fait que ces « grandes puissances » ont tendance à devenir privées, alors qu’auparavant elles étaient étatiques. Même si les pratiques des Etats occidentaux étaient auparavant faites au nom des peuples souverains, avec leur argent et sans leur accord, il s’agissait de renforcer l’hégémonie d’une Nation, aujourd’hui il s’agit de renforcer celle des multinationales. Ces deux pratiques doivent être condamnées mais ce constat n’est pas anodin. Ce phénomène va de pair avec la mutation des politiques nationales vers une gouvernance mondiale anti-démocratique. C’est d’ailleurs cette mutation que Francois Xavier Verschave décrivait dans son livre « de la Françafrique à la Mafiafrique » lorsqu’il expliquait que certains grands industriels n’ont plus besoin d’un Etat pour conduire leurs pratiques prédatrices en Afrique. Néanmoins, l’impérialisme humanitaire revêt aussi une forme géopolitique, lorsqu’il administre un pays pour les intérêts d’un autre pays par exemple, c’est notamment ce qu’on peut observer en Haïti. L’intervention des armées lors d’opérations humanitaires se généralise, ce mélange des genres est regrettable et en dit long sur les ambitions à long terme.

Que pensez-vous du modèle de l’aide au dĂ©veloppement ? N’y a-t-il pas une volontĂ© de rendre dĂ©pendant l’ensemble des pays de la planète, des Organisations Economiques Internationales (comme le FMI ) ?

Tout à fait. A ce sujet, je vous renvoie aux travaux du comité d’annulation de la dette du tiers monde. Il est certain que les programmes prodigués par la banque mondiale et le FMI entretiennent dans un premier temps le maintien de la pauvreté, la perte de la souveraineté alimentaire et de toute autonomie dans les PED. Dans un second temps, ces modèles de gouvernance nés sous prétexte de réajustement économique et au nom d’une soi-disant nécessaire croissance mondiale, vont être visiblement utilisés dans les pays dits développés qui souffrent actuellement de la crise économique. L’Allemagne a d’ailleurs appelé à la création d’un FME (Fonds Monétaire Européen). Que va-t-il se passer ? La Grèce va-t-elle être vendue aux multinationales comme ce fut le cas pour l’Argentine ?

L’aide au développement est, de plus, un concept hiérarchisant, qui mériterait quelques critiques. Les DSRP (documents stratégiques de réduction de la pauvreté) qui ont suivi les programmes d’ajustements structurels, prétendent intégrer les peuples dans les décisions. Mais ils ne font que permettre la pérennité d’un néocolonialisme en perpétuelle mutation, là est la dite stratégie. Cette stratégie ne pourrait exister sans le très contestable rayonnement de la culture occidentale, qui lui même est impérial et profondément ethnocentriste.

La mondialisation capitaliste se dirige vers la mise en place d’une gouvernance mondiale. Quelles furent les Ă©tapes de sa mise en place et quels objectifs vise-t-elle ?

Il est difficile de répondre à cette question. Le mondialisme n’est pas seulement une conséquence de la mondialisation mais aussi une idéologie. Pierre Hillard a récemment publié un article intitulé « histoire du nouvel ordre mondial » qui décrit l’ensemble des processus mis en place par les grands princes du mondialisme. Il y a de plus, une mystique mondialiste assumée par ses acteurs. Elle est difficile à interpréter, mais ses objectifs sont clairement énoncés. Les processus sont longs et peuvent prendre différentes formes.

Jacques Attali décrit dans « Une brève histoire de l’avenir » la perspective de cette gouvernance mondiale. Je ne pense pas qu’il se trompe, les ambitions qu’il révèle sont d’ailleurs en synchronicité avec ce à quoi nous assistons de nos jours.

Il serait donc question d’une gouvernance mondiale, au sein de laquelle chaque être humain consommerait, penserait et agirait de la même manière et uniformément sur le globe. Cela passe évidemment par l’abolition des souverainetés, pas seulement étatiques, mais aussi alimentaires, ce qui à mon sens représente un énorme danger. L’intervention des assurances semble également inéluctable pour aboutir à un tel système : chaque homme ayant droit selon des critères socio-économiques, à une alimentation de telle catégorie, une santé de telle catégorie, une éducation de telle catégorie, etc. ; le tout régi par des assurances mondiales sous le contrôle de divers ministères et organismes mondiaux. Nous vivons déjà dans un tel système mais il n’est pas encore totalement verrouillé. Le but est naturellement d’aboutir à un système profondément antidémocratique puisque calqué sur la gouvernance européenne, qui n’est autre que la gouvernance des lobbys. À ce propos, seul 40% des agences de lobbyistes sont inscrites sur le registre bruxellois.

L’opacité de la gouvernance européenne, pourrait certainement se retrouver dans une gouvernance mondiale institutionnalisée, et ses institutions ne seraient plus seulement interventionnistes mais exerceraient une primauté sur les droits nationaux et les constitutions. Cela s’accompagnera bien entendu, comme l’a montré Medvedev en présentant un prototype de pièce mondiale lors du sommet du G20 à l’Aquila, d’une monnaie mondiale. La crise actuelle sert en outre indiscutablement l’accélération de l’abolition des monnaies nationales au profit de l’émergence de nouvelles monnaies continentales qui convergeront vers la monnaie mondiale. C’est du moins ce qu’indiquent les écrits des laboratoires de pensée élitistes, notamment Foreign Affairs, la revue du CFR. Il faut noter que l’émission de cette monnaie se fera sans aucun doute par les banques privées, ce qui pourrait détruire le principe même de souveraineté, et de facto annoncer la fin de la démocratie. C’est d’ailleurs ce qu’a permis l’article 104 du traité de Maastricht en Europe: mettre une fin définitive à l’indépendance des peuples face aux banques privées, entretenir la dette des pays européens, pendant que le FMI et la Banque Mondiale construisaient celle des PED. Notons que ces dettes coloniales et antidémocratiques n’ont aucun sens et aucune légitimité au regard de nombreuses constitutions.

La question de la « FrançAfrique » est toujours d’actualitĂ© pour vous. OĂą en sont les rapports entre les gouvernements français et les Etats africains ? Les « rĂ©seaux africains » des partis politiques français de Gauche comme Droite existent-ils encore ?

Dresser un tableau d’actualité des relations franco-africaines serait un travail long et pénible. Je vous renvoie donc aux travaux de l’association Survie. Samuel Foutoyet a publié fin 2008 un parfait résumé de la situation dans son ouvrage « Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée ». Il faut bien comprendre que sous Sarkozy nous avons affaire à la branche affairiste de la Françafrique, des réseaux Pasqua et donc de ceux de la Corse. Les réseaux africains des partis politiques français subsistent, mais il est certain que des réseaux chinois, israéliens, américains, iraniens et libanais, etc., sont engagés dans la « conquête de l’Afrique ». De plus, comme l’a expliqué Verschave, les multinationales sont elles aussi de plus en plus présentes et n’agissent pas au nom d’un pays, mais simplement au nom du profit. Cela est à mettre en rapport avec la mutation des relations internationales vers une gouvernance mondiale dirigée par des multinationales et des banques privées.

La rĂ©sistance Ă  la mondialisation a pris diverses formes en Europe. Comment jugez-vous le bilan de l’altermondialisme ? La crise de ce mouvement, longtemps reprĂ©sentĂ© par ATTAC, est-elle rĂ©vĂ©latrice de ses faiblesses initiales (mĂ©lange de rĂ©formisme et d’analyses dĂ©passĂ©es) ?

Ce n’est que mon avis mais je vais rester général : ces organisations proposent de traiter les conséquences du système en place. Elles ne proposent aucunement de le démanteler en s’attaquant à sa base. Elles ne font finalement que rationaliser l’expression des maux de la société, lui ôtant toute sa charge vindicative. Elles se présentent pour la plupart en tant que société civile, mais elles ne sont pas élues. En somme, elles veulent sauver le système, l’économie, la démocratie ; en bref sauver des choses qui ont depuis longtemps fait l’aveu de leur propre inconsistance.

*Rébellion n°41 (mars/avril 2010)

Consulter le blog de la revue Rébellion

août 15 2010

La Hongrie défie le FMI

La Hongrie qui assurera pour 6 mois à partir du 1er janvier 2011 la présidence de l’UE (Union Européenne), subit très fortement les conséquences d’une crise financière qui n’en finit pas. Pourtant pas si éloignée des objectifs de Maastricht en matière de déficit (3,8 % en 2008), la Hongrie devient le premier pays de l’Union européenne à obtenir un soutien financier de la Troïka FMI, UE et Banque mondiale.

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En octobre 2008, un plan de 20 milliards d’euros est décidé pour la Hongrie : 12,3 milliards d’euros sont prêtés par le FMI ; 6,5 par l’Union européenne et 1 par la Banque mondiale. Le stock de la dette s’accroit mécaniquement. Outre la perte sèche en paiement des intérêts qui alourdit le déficit, les conditions sont sévères pour la population : hausse de 5 points de la TVA, aujourd’hui à 25 % ; âge légal de départ à la retraite porté à 65 ans ; gel des salaires des fonctionnaires pour deux ans ; suppression du treizième mois des retraités ; baisses des aides publiques à l’agriculture et aux transports publics…

L’extrême droite entre au Parlement

La Hongrie, auparavant gouvernée par les sociaux-démocrates, avait réussi à sauvegarder un système social relativement protecteur, mais l’application, sur injonction du FMI, de telles mesures d’austérité a mécontenté la population et bénéficié à la droite conservatrice qui a remporté les élections législatives d’avril 2010. Pourtant, la victoire du nouveau premier ministre conservateur, Viktor Orban, est aussitôt saluée par l’agence de notation Fitch Ratings qui estime que son parti, le Fidesz, obtenant la majorité nécessaire pour modifier la Constitution, « représente une opportunité pour introduire des réformes structurelles » |1|. Les sociaux-démocrates ont ainsi connu une défaite historique et ont ouvert un boulevard à l’extrême-droite (Jobbik) qui est entrée au Parlement pour la première fois avec un score de 16,6 %.

A peine arrivé à la tête de l’Etat, le gouvernement lance des déclarations alarmistes sur la situation financière du pays évoquant une sous-estimation des comptes par l’exécutif précédent ramenant le déficit à 7,5 % du PIB, bien plus que les 3,8 % escomptés par le FMI. Coup de bluff ou falsification de comptes ? Le lendemain 5 juin 2010, un vent de panique fait chuter les Bourses de Londres, Paris, Budapest…et l’euro se déprécie dans la crainte de difficultés semblable à celles de la Grèce. Le gouvernement sous pression tente alors de se reprendre et multiplie les communiqués pour calmer tant bien que mal les spéculateurs survoltés.

Taxer le capital ou le travail ?

Pour réduire son déficit à 3,8% du PIB en 2010 comme le réclame le FMI et l’UE, le gouvernement prépare l’instauration d’une taxe temporaire sur l’ensemble du secteur financier, qui permettrait de prélever 0,45% de l’actif net des banques (calculée non pas sur les bénéfices, mais sur le chiffre d’affaires), de taxer à hauteur de 5,2% les revenus des compagnies d’assurance et de 5,6 % pour les autres entités financières (bourse, agents financiers, gérants de fonds d’investissement…). La Hongrie surenchérit ainsi sur Obama qui a timidement évoqué une taxe de seulement 0,15 % sur les banques. Mais cette mesure qui devrait rapporter environ 650 millions d’euros de recettes annuelles pendant deux ans (en 2010 et 2011), soit environ 0,8 % du PIB selon le gouvernement, ne plait pas aux banques : celles-ci font pression et menacent de retirer leurs investissements en Hongrie. Quand au FMI, il stoppe toute négociation et menace de fermer le robinet du crédit accordé en 2008. Le plan devant initialement expirer en mars 2010 avait pourtant été prolongé jusqu’à octobre de la même année.

C’est bien Ă©videmment le projet de taxe sur le secteur financier, vĂ©ritable pomme de discorde entre le FMI et la Hongrie, qui bloque la poursuite du prĂŞt. Le Fonds estime que le pays doit prendre des mesures en adĂ©quation avec le dogme nĂ©olibĂ©ral en cours : entendez par lĂ  taxer les pauvres avant de taxer les banques : certes, les pauvres ont peu d’argent mais il y a beaucoup de pauvres… N’auriez vous pas remarquĂ© le cynisme Ă  l’œuvre ?

De plus, le projet de plafonnement des rémunérations dans la fonction publique, salaire du gouverneur de la banque centrale compris, est tout à fait aux antipodes des recommandations du Fonds qui préfère un nivellement par le bas en réduisant ou gelant les salaires comme en Grèce ou en Roumanie par exemple. Attention à ne pas se faire d’illusion pour autant de la part d’un parti au pouvoir qui avait déjà favorisé la pénétration du néolibéralisme dans les années 1990…

« C’est soit la taxe bancaire, soit l’austérité »

Christoph Rosenberg, qui conduisait la dĂ©lĂ©gation du FMI en Hongrie, a indiquĂ© que l’organisation internationale souhaitait obtenir davantage de prĂ©cisions sur le budget de l’annĂ©e prochaine : « Lorsque nous viendrons la prochaine fois, Ă  moins que nous ne venions la semaine prochaine, le gouvernement aura logiquement avancĂ© sur le budget 2011 et ce sera un budget très important », a-t-il dit |2|. Une fois de plus le FMI s’apprĂŞte Ă  revoir la copie du gouvernement et intervenir directement dans l’élaboration du budget hongrois au dĂ©pend de toute souverainetĂ©. En attendant, le FMI estime que le pays va devoir prendre « des mesures supplĂ©mentaires » d’austĂ©ritĂ© pour parvenir aux objectifs de dĂ©ficit qu’il a lui-mĂŞme fixĂ©. De son cĂ´tĂ©, le ministre de l’Economie Gyorgy Matolcsy dĂ©clare lors d’un entretien : « Nous avons dit que nous ne pouvions pas mettre en place de nouvelles mesures de rigueur [...]. Cela fait cinq ans que nous appliquons des mesures d’austĂ©ritĂ©, c’est pourquoi nous en sommes lĂ  ». « Nous allons imposer la taxe bancaire, nous savons que c’est un lourd fardeau supplĂ©mentaire, mais nous savons Ă©galement que nous pouvons atteindre (l’objectif) d’un dĂ©ficit de 3,8% », « C’est soit la taxe bancaire, soit l’austĂ©ritĂ© », a-t-il par ailleurs ajoutĂ© |3|. Afin de se protĂ©ger d’une extrĂŞme droite en pleine ascension lors des prochaines Ă©lections municipales dĂ©but octobre, la droite conservatrice au pouvoir veut Ă©viter des mesures trop impopulaires et rejette toute poursuite de nĂ©gociation avec le Fonds.

Rupture consommée entre la Hongrie et le FMI ?

Le 17 juillet le FMI suspend la négociation et par voie de conséquence, le versement de nouvelles tranches. Dans un premier temps, la sanction des marchés ne s’est pas fait attendre et la monnaie nationale, le forint reculait d’environ 2,4% à l’ouverture, tandis que la Bourse perdait plus de 4%. Le premier ministre, Viktor Orban, monte au créneau et réussit à calmer les spéculations en remerciant le FMI pour son « aide de trois ans » tout en indiquant que « l’accord sur le prêt expirait en octobre, et qu’il n’y avait donc rien à suspendre. ». « Les banques étaient à l’origine de la crise mondiale, il est normal qu’elles contribuent au rétablissement » de la situation, a-t-il souligné |4|.

La nouvelle loi sur la taxe financière qui prévoit par ailleurs une réduction de l’impôt sur les petites et moyennes entreprises (PME) de 16 à 10 %, est approuvée haut la main (301 votes en faveur et seulement 12 contre) le 22 juillet par le Parlement dominé par le Fidesz de M. Orban. Sans surprise, dès le lendemain, les agences de notation financière Moody’s et Standard and Poor’s placent la note de la dette souveraine hongroise sous surveillance avec un possible abaissement à la clé. Le rôle de ces agences, juges et parties d’un système spéculatif mortifère, est résumé en peu de temps : on améliore la note lors de l’accession du gouvernement conservateur au pouvoir en l’estimant sur la voie de l’austérité capitaliste et quand on se rend compte que les mesures prennent un chemin divergeant du dogme néolibéral, on s’apprête à l’abaisser.

Le journal “Le Monde” soutient les créanciers

Contrairement aux dire du journal français Le Monde |5| dans son édition du 20 juillet, il faut soutenir l’insoumission affichée du gouvernement hongrois envers le FMI et défendre l’idée qu’il en fasse de même avec son autre créancier, l’Union européenne. Prendre ses distances envers ces créanciers ne constitue en rien une insulte envers le peuple hongrois qui devra in fine rembourser une dette dont les conditions imposées par le FMI et l’UE sont déjà un lourd fardeau pour la population.

Bien sûr, il faut aller au-delà d’une simple rupture diplomatique en proposant par exemple un front de pays unis contre le paiement de la dette, car comme l’a si bien dit Sankara, ancien président du Burkina Faso, quelques mois avant d’être assassiné : « La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également. (…) Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serais pas là à la prochaine conférence. Par contre, avec le soutien de tous, dont j’ai besoin, (applaudissements) avec le soutien de tous, nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer nous pourrons consacrer nos maigres ressources à notre développement. » |6| Seule une mobilisation populaire réclamant la vérité sur la destination des sommes empruntées au même titre que la satisfaction des revendications en termes de salaires, emplois ou protection sociale permettra de faire payer le coût de la crise aux véritables responsables de celles–ci.

C’est pourquoi il est primordial pour les peuples d’Europe et d’ailleurs, d’auditer ces dettes entachées d’illégalités pour en répudier le paiement. C’est un premier pas vers la souveraineté qui permettrait d’envoyer les énormes fonds dédiés au remboursement de la dette vers les véritables besoins des populations en matière de santé, d’éducation ou de pensions de retraite, de sauvegarder leurs services publics plutôt que de les offrir aux entreprises privées.

Jérôme Duval, pour le CADTM

Notes :

1. Le Figaro du 26 avril 2010

2. Nouvel Obs du 18 juillet 2010

3. Dépêche Reuters du 19 juillet 2010

4. Le Monde du 19 juillet 2010

5. Discours de Thomas SANKARA Ă  Addis-Abeba, le 29 Juillet 1987, quelques mois avant sa mort.

juil 26 2010

La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe

La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurels qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. A l’époque, comme aujourd’hui, la véritable difficulté consistait à faire accepter aux peuples de supporter le coût de la crise. Mais depuis lors, les politiques permettant de faire passer ces purges amères ont été peaufinées, prévient-il, rappelant que l’OCDE a rédigé à toutes fins utiles un guide décrivant les stratégies à employer en de telles circonstances. On peut par exemple y lire que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement. » Cela ne vous évoque rien ?

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La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe

La Grèce est très endettée et la finance internationale attaque ce maillon faible de la zone euro pour tester la cohésion de l’ensemble, avant éventuellement de spéculer contre d’autres pays pour générer d’énormes profits.

La réaction à cette attaque devrait entraîner la mise « sous tutelle » de la Grèce par la Commission européenne, par ses partenaires au sein de la zone euro et par un Fonds monétaire européen. A l’instar des pays du Tiers-Monde à partir des années 1980, la Grèce va se voir imposer un programme d’ajustement économique et social drastique, traduisant sa Tiers-Mondialisation qui préfigure sans doute celle d’autres pays européens.

La Grèce enregistre des déficits publics importants qui doivent être financés par l’emprunt dont le cumul accroît le volume de la dette de l’État. Pour rétablir la confiance de ses bailleurs de fonds privés, le pays doit réduire son endettement. A défaut, la prime de « risque », réclamée par les bailleurs, qui s’ajoute au taux d’intérêt « normal » pourrait conduire à un taux usuraire. Georges Papandréou n’a pas le choix, il doit impérativement s’endetter moins, voire diminuer le volume de la dette grecque.

L’exemple du Tiers-Monde en 1982

La situation de la Grèce, liée au « surendettement », n’est pas sans rappeler celle des pays du Tiers-Monde lors de la crise de la dette de 1982. En effet, pour pouvoir faire face à leurs obligations financières, les pays du Sud, en quasi cessation de paiements, ont été « aidés » par le FMI et par la Banque mondiale. Ces institutions ont accordé des prêts aux pays du Sud afin qu’ils puissent rembourser leurs banques créancières. Lesdites banques ont ainsi pu transférer au FMI et à la Banque mondiale une bonne partie de leurs créances « pourries » (ou « actifs toxiques » en langage politiquement correct). En contrepartie, les pays « aidés » se sont vus imposer des programmes d’ajustement structurel, traduction du consensus de Washington |1| d’inspiration néolibérale monétariste.

A travers l’application de ses dix commandements, le consensus de Washington vise à permettre aux pays sous ajustement de recouvrer la capacité d’assurer le service (principal + intérêts) de leur dette extérieure. Il faut, à n’importe quel prix, dégager des fonds pour payer les créanciers.

Réduire le déficit de l’Etat

Cette démarche passe par la compression des dépenses et l’augmentation des recettes de l’État.

L’action sur la dépense publique implique la réduction :

- de la masse salariale de la fonction publique (baisse des effectifs et/ou du niveau des traitements)

- des autres dĂ©penses de fonctionnement (Ă©ducation, social…)

- des subventions (services publics, associations…)

- des investissements publics (infrastructures…)

L’augmentation des recettes réclame :

- l’alourdissement de la fiscalité

- la privatisation de services publics rentables (eau, Ă©lectricitĂ©…)

Plus généralement, la croissance est censée élargir les marges de manœuvre par le développement de l’activité économique qui, mécaniquement, augmente les recettes de l’Etat. La croissance peut être tirée par les exportations si la production nationale gagne en compétitivité externe, grâce à la dévaluation de la monnaie nationale, ou, si cette opération se révèle impossible, par la désinflation compétitive (comme pour le franc CFA avant la dévaluation de 1994 |2| ) qui consiste à obtenir un taux d’inflation plus faible que celui des pays concurrents.

La philosophie des programmes d’ajustement est, in fine, d’une part, de tenter d’augmenter la production locale de surplus (par la croissance) et, d’autre part, de réduire la consommation locale dudit surplus afin de l’exporter. En aucun cas, il s’agissait de se préoccuper du bien-être des populations.

Un bilan des ajustements dramatique

Malgré de nombreuses études financées par la Banque mondiale et le FMI, tendant à démontrer que l’ajustement générait de la croissance et, par effet de ruissellement, bénéficiait même aux pauvres. Les conséquences sociales négatives ont été rapidement mises à jour et dénoncées |3| . Ainsi, la pauvreté s’est accrue et les classes moyennes préexistantes ont été paupérisées. Les populations du Sud ont subi les conséquences funestes de l’ajustement pour rembourser des dettes dont elles n’avaient que peu profité.

La Grèce « inaugure » les politiques d’ajustement en Europe

Jusqu’à prĂ©sent, l’ajustement nĂ©olibĂ©ral imposĂ© Ă©tait rĂ©servĂ© aux pays « non dĂ©veloppĂ©s ». La Grèce inaugure le processus de Tiers-Mondialisation de l’Europe en passant sous les fourches caudines de « l’ajustement ». A l’instar des pays du Tiers-Monde, il s’agit de dĂ©gager des marges de manĹ“uvre budgĂ©taires pour rembourser la dette extĂ©rieure Ă  travers la rĂ©duction du pĂ©rimètre de l’État, la privatisation, la dĂ©rĂ©gulation, les coupes claires dans les budgets de santĂ©, d’éducation…

La Grèce est un test pour l’Europe néolibérale

L’inconnue reste la rĂ©action populaire. La population va-t-elle accepter l’austĂ©ritĂ© ? DĂ©jĂ , des grèves et des manifestations se dĂ©roulent. Hier, le 11 mars, plus de 100 000 personnes manifestaient dans les rues d’Athènes. Au Portugal et en Espagne, la mobilisation sociale s’opère. L’ajustement va-t-il buter sur l’obstacle social ? D’autant plus que les consĂ©quences des troubles sociaux pourraient atteindre le domaine politique avec l’émergence et l’éventuelle arrivĂ©e au pouvoir de forces politiques situĂ©es en-dehors du « consensus » : droite « molle » – gauche « caviar ». Mais, lĂ  aussi, les Ă©lites complices peuvent trouver l’inspiration dans l’expĂ©rience du Tiers-Monde pour faire « passer » les rĂ©formes.

La faisabilité politique de l’ajustement

Dans les années 1990, de nombreux travaux ont été menés, au sein de l’OCDE, sur la faisabilité politique de l’ajustement néolibéral |4|. Christian Morrisson prévient : « l’application de programmes d’ajustement dans des dizaines de pays pendant les années 1980 a montré que l’on avait négligé la dimension politique de l’ajustement. Sous la pression de grèves, de manifestations, voire d’émeutes, plusieurs gouvernements ont été obligés d’interrompre ou d’amputer sévèrement leurs programmes » (p. 6). Il convient de minimiser les risques et adopter une stratégie politique adéquate.

Prendre des mesures politiquement et socialement peu risquées

A partir de plusieurs études-pays, Christian Morrisson met en avant « l’intérêt politique de certaines mesures [...] : une politique monétaire restrictive, des coupures brutales de l’investissement public ou une réduction des dépenses de fonctionnement ne font prendre aucun risque à un gouvernement. Cela ne signifie pas que ces mesures n’ont pas des conséquences économiques ou sociales négatives : la chute des investissements publics ralentit la croissance pour les années à venir et met sur-le-champ des milliers d’ouvriers du bâtiment au chômage, sans allocation. Mais nous raisonnons ici en fonction d’un seul critère : minimiser les risques de troubles » (p. 16). Peu importe, « dans la réalité, les entreprises du bâtiment souffrent beaucoup de telles coupures [dans les investissements publics] qui multiplient les faillites et les licenciements. Mais ce secteur, composé surtout de petites et moyennes entreprises, n’a quasiment aucun poids politique » (p.17). « La réduction des salaires et de l’emploi dans l’administration et dans les entreprises parapubliques figure, habituellement, parmi les principales mesures des programmes [d’ajustement] » (p. 29).

Selon Christian Morrisson, cette mesure est « moins dangereuse politiquement » que d’autres « et elle touche les classes moyennes plutĂ´t que les pauvres » (p. 29). En cas de troubles (grèves…), « le gouvernement a toutefois les moyens de faire appel au pragmatisme des fonctionnaires. Il peut, par exemple, expliquer que, le FMI imposant une baisse de 20 pour cent de la masse salariale, le seul choix possible est de licencier ou de rĂ©duire les salaires et qu’il prĂ©fère la seconde solution dans l’intĂ©rĂŞt de tous. Les expĂ©riences de plusieurs gouvernements africains montrent que ce discours peut ĂŞtre entendu » (p. 29). Ce qui est vrai en Afrique l’est certainement sous d’autres cieux.

Agir sur la qualité des services publics

« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (p. 30). Sans commentaire !

Diviser et opposer pour imposer

« Un gouvernement peut difficilement [ajuster] contre la volonté de l’opinion publique dans son ensemble. Il doit se ménager le soutien d’une partie de l’opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes (c’est-à-dire qui serait neutre du point de vue social) serait plus difficile à appliquer qu’un programme discriminatoire, faisant supporter l’ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu’ils soutiennent le gouvernement. » (p. 17). Comme « la plupart des réformes frappent certains groupes tout en bénéficiant à d’autres, [...] un gouvernement peut toujours s’appuyer sur la coalition des groupes gagnants contre les perdants » (p. 18). Il faut donc diviser et opposer pour imposer.

Un régime « dictatorial » serait idéal pour imposer les réformes

« Une comparaison pour les pays d’Amérique latine entre des régimes démocratiques comme la Colombie, l’Équateur, le Pérou, et des régimes militaires, comme l’Argentine et le Chili, en 1981-82, montre que les troubles sont plus rares lorsque le régime est militaire [...] La comparaison entre les deux expériences de l’Argentine sous un régime militaire (en 1981) et en démocratie (1987) est parlante : le niveau de protestation a été trois fois plus élevé en 1987 et il y a eu beaucoup plus de manifestations » (p. 12). Ainsi, un régime dur serait idéal pour imposer les réformes. Le néolibéralisme serait-il entrain de déraper ?

Au total, la Grèce préfigure bien la Tiers-Mondialisation de l’Europe.

Bernard Conte, est l’auteur du livre La Tiers-Mondialisation de la planète

CADTM

Placé sur Mecanopolis le 26 juillet 2010

Notes :

|1| Voir :Le consensus de Washington

|2| Bernard Conte, Dévaluation du Franc CFA et équilibre des paiements courants, DT n°20, C.E.D., Bordeaux, 1997

|3| Voir par exemple : Cornia, Giovanni Andrea, Richard Jolly, and Frances Stewart. Adjustment with a human face. Protecting the vulnerable and promoting growth vol 1. Oxford : Clarendon Press, 1987

|4| Cf. Christian Morrisson, La faisabilité politique de l’ajustement, Paris, Centre de développement de l’OCDE, Cahier de politique économique n° 13, 1996. (jusqu’à la dernière note, les numéros de page des citations se réfèrent au présent document).

juil 05 2010

Est-il vain de vouloir soulager les maux de ce monde ?

Tribune libre d’Alexandre Lentz

« Tout le mal du monde vient de ce que nous nous tracassons les uns des autres, soit pour faire le bien, soit pour faire le mal, notre âme et le ciel et la terre nous suffisent. Vouloir plus est perdre cela, et nous vouer au malheur. »
Fernando Pessoa
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Il paraĂ®trait Ă©trange, face Ă  la misère du monde, de prĂ©tendre qu’il est vain de vouloir soulager les maux des autres lĂ  oĂą il nous serait possible de le faire. Il va de soi qu’en toute Ă©poque et en tout lieu, les individus et les nations se prĂ©occupent gĂ©nĂ©ralement peu de leur environnement extĂ©rieur car ils prĂ©fèrent oeuvrer Ă  la rĂ©alisation de leurs propres intĂ©rĂŞts, qu’ils n’ont d’ailleurs de cesse de poursuivre, tĂŞte baissĂ©e, dans les dĂ©dales des longs couloirs intellectuels qu’ils s’imaginent pour parvenir Ă  mettre la main sur l’objet de leurs dĂ©sirs. On ne connaĂ®t que trop les cas des rĂ©gimes totalitaires qui, pour assurer le pouvoir et la prospĂ©ritĂ© financière d’une minoritĂ©, ont tyrannisĂ© des populations entières en usant de moyens rĂ©pressifs divers, des plus communs aux plus inhumains. Le monde dĂ©mocratique n’est pas pour autant exempt de pratiques discutables qui sont capables, par leur violence, d’assurer la gamme des puissants intĂ©rĂŞts qui incombent Ă  sa vigilance. Par exemple, les coups d’État qu’ont commanditĂ©s les États-Unis au cours de la Guerre froide, sous prĂ©texte d’endiguer l’avancĂ©e communiste, ont essentiellement servi les intĂ©rĂŞts de plusieurs de leurs grandes multinationales aux dĂ©pens de tout un peuple.

Ainsi, comme l’explique l’historien et politologue belge Éric Toussaint dans son article « Le soutien de la Banque mondiale et du FMI aux dictatures » [1], le Chili de Salvador Allende, prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu et soucieux de procĂ©der Ă  plusieurs nationalisations de biens alors sous l’emprise d’entreprises amĂ©ricaines, a vu chuter les prĂŞts de la Banque Mondiale d’un montant qui avoisinait les 30 millions de dollars lors de l’Ă©lection d’Allende en 1970 Ă  une somme qui Ă©tait infĂ©rieure Ă  10 millions de dollars au moment du putsch d’Augusto Pinochet en 1973, soutenu par la CIA. Ă€ partir de cette mĂŞme annĂ©e, les crĂ©dits accordĂ©s par la Banque Mondiale au Chili se sont mieux portĂ©s que jamais, malgrĂ© le rĂ©gime autoritaire qui dirigeait alors le pays, atteignant le niveau des 70 millions de dollars en 1981. La dictature de Pinochet sera accompagnĂ©e de tant de meurtres arbitraires et de tortures qu’au total, 30 000 chiliens disparurent entre 1973 et 1990, lorsqu’il Ă©tait Ă  la tĂŞte du Chili. La junte militaire rĂ©duit la population Ă  la misère : une famille chilienne devait consacrer environ 74% de ses revenus Ă  l’achat du pain, ce qui l’obligeait Ă  rogner sur des « luxes » tels que le lait et les tickets d’autobus : par comparaison, ces trois choses, sous Allende, monopolisaient 17% du salaire d’un fonctionnaire. Pinochet jugea pourtant que le salaire des mĂ©nages Ă©tait « suffisant ». Ce simple cas illustre bien que, tout comme le commun des mortels peut faire du mal Ă  ceux qui peuplent son entourage sous le simple effet irrationnel de l’une ou l’autre pulsion de colère, les grands de ce monde peuvent faire preuve d’une attitude tout Ă  fait psychopathe en Ă©tant mus par la seule ambition de dĂ©fendre leurs intĂ©rĂŞts ; le mal qu’ils causent Ă  des ensembles collectifs est alors clairement dĂ©montrĂ©. Comment une bonne intention, quant Ă  elle, pourrait-elle se rĂ©vĂ©ler malsaine ?

La maladresse dont on est susceptible de se rendre coupable lorsque l’on entreprend unilatĂ©ralement d’aider quelqu’un est due au fait que l’on ne mĂ©connait que trop souvent l’entièretĂ© des causes qui provoquent sa souffrance. Il peut Ă©galement arriver que l’on souhaite, au fond, amener la personne qui reçoit nos services Ă  vivre comme on voudrait qu’elle vive, de sorte Ă  se construire un environnement dans lequel nos attentes profondes, qu’elles soient altruistes ou non, puissent ĂŞtre satisfaites. Il en rĂ©sulterait un Ă©goĂŻsme que l’axiome suivant d’Oscar Wilde (1854-1900), Ă©crivain irlandais, ne dĂ©ment pas : « L’Ă©goĂŻsme ne consiste pas Ă  vivre comme on en a envie, mais Ă  demander aux autres de vivre comme on a soi-mĂŞme envie de vivre ». L’inutilitĂ©, voire la nocivitĂ© de cette dĂ©marche, a Ă©tĂ© parfaitement exprimĂ©e par Jacques Attali, Ă©conomiste et haut fonctionnaire français nĂ© en 1943, lorsqu’il a Ă©crit, dans « Le Premier Jour après moi » ; « Ă‰goĂŻsme que de prĂ©tendre vivre pour les autres : nul n’a besoin que l’on vive pour lui. » Ainsi, nous pouvons difficilement nous permettre l’ingĂ©rence dans les affaires d’autrui si ceux-ci n’en ont pas fait la demande urgente et explicite, et mĂŞme dans ce dernier cas, il n’est pas certain que les consĂ©quences de nos agissements engendrent plus de bien que de mal. Mais en continuant de nous aventurer ainsi sur le chemin que nous a tracĂ© Pessoa, n’allons-nous pas trĂ©bucher très bientĂ´t sur la problĂ©matique de l’individualisme le plus absolu ?

ConsidĂ©rons un exemple Ă  la fois concret et consĂ©quent : l’impact de la rĂ©volution libĂ©rale entamĂ©e dès la fin des annĂ©es 1970′ sur la vie Ă©conomique. Selon Milton Friedman, l’un des pères de cette croisade nĂ©olibĂ©rale, l’Histoire avait « commencĂ© du mauvais pied » lorsque des politiciens avaient prĂŞtĂ© l’oreille Ă  John Maynard Keynes, l’intellectuel Ă  l’origine du New Deal et de l’État-providence moderne. « Selon moi, Ă©crivait Friedman dans une lettre adressĂ©e Ă  Pinochet, qu’il conseillait alors, en 1975, l’erreur principale fut de croire qu’il Ă©tait possible de faire le bien avec l’argent des autres ». Les prĂ©ceptes de cette Ă©cole nĂ©olibĂ©rale, qui valent plus que jamais aujourd’hui et dont on ne peut que percevoir l’influence funeste de façon flagrante, sont d’avis que l’individu est rationnel et que rien ne saurait entraver lĂ©gitimement ses envies d’investissement, d’achat, de vente, … ; bref, ils consacrent l’avènement de la sociĂ©tĂ© de consommation et de l’individualisme forcenĂ© dans un contexte de rapports de forces incarnĂ©s par le libre-Ă©change et la mondialisation oĂą le dernier mot est laissĂ© Ă  celui qui est Ă  la fois le plus fortunĂ© et le plus impitoyable. Cet exemple nous montre que se rĂ©fugier dans l’Ă©goĂŻsme, Ă  dĂ©faut de pouvoir changer le monde, n’est pas des plus rĂ©jouissants.

Aboutissons-en Ă  une conclusion. Platon disait que, quand les sages voient la foule rĂ©pandue dans les rues et sur les places pendant une longue et forte pluie, ils crient Ă  cette multitude insensĂ©e de rentrer au logis, pour se mettre Ă  couvert. Et, si leur voix n’est pas entendue, ils restent chez eux, et se contentent d’être seuls Ă  l’abri, puisqu’ils ne peuvent guĂ©rir la folie des autres. Si la meilleure chose que l’on ait Ă  faire est de vivre pour soi-mĂŞme, ne perdons-nous pas le bĂ©nĂ©fice d’une importante part de l’existence ? Moins les actes et paroles d’un ĂŞtre sont attachĂ©es Ă  l’ego, et plus elles me semblent valeureuses. Mais dans un monde oĂą l’Ă©crasante majoritĂ© des individus est elle-mĂŞme Ă©goĂŻste et de nature malfaisante, le rĂ©alisme le plus Ă©lĂ©mentaire nous souffle effectivement Ă  l’oreille que toute tentative de nier la profonde imperfection des systèmes humains est vouĂ©e Ă  l’Ă©chec, et que, en s’obstinant Ă  aller contre cette rĂ©alitĂ©, on ne travaillerait ni Ă  l’intĂ©rĂŞt collectif, ni Ă  nos propres intĂ©rĂŞts.

Alexandre Lentz (Bruxelles), pour Mecanopolis

Note

[1]: Éric Toussaint, 25 août 2004, Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde

juin 30 2010

L’ONU prĂ©conise l’abandon du dollar comme monnaie de rĂ©fĂ©rence et la crĂ©ation d’une devise internationale

Un rapport prĂ©sentĂ© mardi Ă  New York par l’ONU, lors d’une sĂ©ance spĂ©ciale, appelle Ă  Ă©tablir un nouveau système de rĂ©serve monĂ©taire mondial et prĂ©conise l’abandon du dollar, jugĂ© trop instable, comme monnaie de rĂ©fĂ©rence.

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L’Ă©dition 2010 de « l’Etude de la situation Ă©conomique et spĂ©ciale dans le monde » de l’ONU, intitulĂ©e « De nouveaux outils pour le dĂ©veloppement » prĂ©conise l’abandon du dollar comme monnaie de rĂ©fĂ©rence. « Une rĂ©serve de valeurs stable est une condition nĂ©cessaire pour une monnaie de rĂ©serve », ce qui n’est effectivement plus le cas du dollar, aujourd’hui largement surĂ©valuĂ©.

Le rapport propose la mise en place d’un nouveau système mondial de rĂ©serve qui « ne devrait plus ĂŞtre basĂ© sur une ou plusieurs monnaies nationales, mais plutĂ´t par la crĂ©ation d’une devise internationale – sur le modèle des DTS – afin de crĂ©er un environnement plus stable pour le système financier mondial ».

Le DTS, droits de tirages spĂ©ciaux (en anglais SDR, Special Drawing Rights) est une unitĂ© de compte propre au FMI, qui reprĂ©sente une crĂ©ance sur les monnaies des pays membres, et dont la valeur reprĂ©sente la somme des 4 monnaies de rĂ©fĂ©rence, le dollar l’euro, la livre et le yen.

Selon une dépêche de Reuters, plusieurs responsables européens, présent lors de cette séance, ont indiqués que ce sont les marchés et non les politiques qui devront définir quelles monnaies nationales peuvent servir de référence pour la création de cette devise internationale.

Ce rapport de l’ONU va dans le sens de Dominique Strauss-Kahn, directeur gĂ©nĂ©ral du FMI, qui, lors d’une confĂ©rence donnĂ©e Ă  Zurich au dĂ©but du mois de mai dernier, a appelĂ© Ă  la crĂ©ation d’une monnaie mondiale. M. Strauss-Kahn avait alors indiquĂ© que « la crise est une opportunitĂ© pour pousser la crĂ©ation d’une monnaie mondiale et d’une banque centrale mondiale ».

En avril 2009, le Washington Post avait rapporté l’existence de plans pour transformer le FMI en « une véritable ONU de l’économie mondiale » en lui accordant « une vaste autorité élargie pour agir comme banquier mondial pour les gouvernements riches et pauvres ».

Comme nous l’indiquions dans notre article du 21 mai dernier, la chute incessante de la devise europĂ©enne, qui se retrouvera bientĂ´t a paritĂ© avec le dollar, et la crise des États semblent ĂŞtre de nature Ă  prĂ©cipiter les plans mondialistes en vue de la crĂ©ation d’une monnaie mondiale.

Mecanopolis

Merci à Réda, administrateur du forum Mecanopolis, de nous avoir communiqué cette information.

juin 08 2010

On ne pourra pas sauver le « soldat euro »…

Il y a quinze jours, le banquier suisse Alexandre Wohlwend annonçait avec fracas la fin de l’euro dans les médias suisses, et accusait les États-Unis d’avoir “contaminé l’Europe avec leur concept de mondialisation et de profit maximum à court terme”. Pour la revue Flash, notre camarade Clovis Casadue a rencontré ce financier qui ne pratique pas la langue de bois.

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Dans un rĂ©cent entretien accordĂ© au quotidien suisse la “Tribune de Genève”, vous avez annoncĂ© la fin de l’euro, rompant ainsi avec le discours feutrĂ© auquel vos banquiers nous ont habituĂ©s.

Je dois préciser que je n’appartiens à aucun parti politique, que je n’ai pas de tendance politique et que je suis viscéralement Suisse, donc neutre en ce domaine. Je ne suis pas non plus un donneur de leçons. Mon analyse est donc fondée sur une profonde réflexion. Je pense que l’euro est réellement malade, il n’y a rien de subversif dans tout cela, mais cette monnaie, par son essence plurinationale, et en raison des déséquilibres des pays la partageant, est vouée à disparaitre.

Et la fin de la devise européenne, ce serait pour quand ?

Je ne veux pas me hasarder dans un pronostic chiffré, mais cela pourrait être assez rapide. J’estime qu’avant cinq ans, les pays européens auront largement commencé à se retirer de la zone euro pour revenir à leur monnaie nationale. La fin de l’euro s’effectuera par paliers.

Cette monnaie restera un certain temps entre 1,20 et 1,26 dollar, puis viendra une période où elle s’échangera entre 1,12 et 1,14. Enfin, si la “ligne de flottaison” historique à 1,08 dollar est rompue… Ce sera alors le plongeon final…

Les pays de la zone euro pourraient-ils récupérer leur monnaie nationale ?

Je crois que cela est inexorable. C’est d’ailleurs le seul plan de sauvetage possible. L’euro tel qu’il a Ă©tĂ© conçu n’est qu’un leurre. Nous sommes entrĂ©s dans la seconde phase d’une crise mondiale. Une crise qui est structurelle et systĂ©mique.

On a voulu fabriquer une Europe sur le modèle des États-Unis et cela n’est absolument pas viable. Ce qui se passe aujourd’hui avec la Grèce est le premier symptôme du dysfonctionnement.

Quand un État connaît une évolution sociale, financière et salariale qui le met en porte-à-faux par rapport à ses pays partenaires en matière de commerce ou vis-à-vis d’une monnaie commune, on parle alors de “choc asymétrique”. Quand un pays est souverain, il peut régler ce problème par un réajustement, par une dépréciation ou une dévaluation de sa monnaie. Dans le cas présent c’est impossible.

Mais le pouvoir européen voudrait placer les pays de la zone euro – et les Allemands l’ensemble de l’Union européenne – sous tutelle, justement pour en ajuster les économies…

Cette harmonisation fiscale et salariale est impossible. C’est-à-dire placer tout le monde au même niveau pour liquider ce choc asymétrique. La Grande-Bretagne refuse catégoriquement. Les pays de l’Est ne sont pas entrés dans l’Union pour cela, et pour tous les autres, on risque de se retrouver avec une situation de révolte semblable à celle de Mai 68.

En ce moment, l’Europe est euphorique parce qu’elle est droguée à l’endettement. Or cette “solution” ne fait qu’augmenter la dose de drogue en créant encore plus de dettes !

On peut éventuellement créer une embellie temporaire sur les marchés boursiers mais on ne pourra pas sauver “le soldat euro” de cette façon. Tout cet argent sera finalement ponctionné auprès des contribuables. On va aller vers une paupérisation grandissante des peuples européens, ce qui risque d’entraîner une crise sociale importante. On le voit déjà aujourd’hui : les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux qui, comme le nôtre (la Suisse, Ndlr), ont conservé leur monnaie.

Quel est votre intérêt à vous exprimer dans les médias ?

Depuis l’article de La Tribune de Genève, je n’ai pris que des coups. J’essaie simplement de faire passer, dans le débat démocratique, un autre avis que celui qui est formulé par le consensus financier.

Mon combat est celui de la vérité et de l’honneur. Beaucoup de gens partagent mon opinion.

Parfois, le progrès, c’est de savoir revenir en arrière.

Propos recueillis par Clovis Casadue pour la revue Flash

Publié en exclusivité sur Mecanopolis, avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction

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Reproduction libre avec indication des sources


Sommaire de FLASH n°41 :

• Contre la mondialisation : vive le vin français ! Entretien exclusif avec l’œnologue Alexandre Rougé, part en guerre contre le pinard Mc World !

• La basilique de Saint-Denis en ruine ? Karim Ouchikh vole au secours des tombeaux des rois de France. Flash relaie la pétition des Manants du Roi en page 7

• Bhoutan : le pays où l’immigration est interdite. L’Île de Sercq, du droit féodal aux prédateurs capitalistes… Les révélations de Christian Bouchet en pages 8 et 9

• Délinquances : Alain Soral fait le tri en page 11

• Les bois sculptés de Jean de Villiers, artisan français : Marie-Claire Roy les a vus pour vous en page 14

• Contre le fléau Lady Gaga, Nicolas Gauthier a trouvé l’antidote en page 15. C’est Corinne Bailey Rae !

• Clermont-Ferrand, champion de France de rugby ? Gabriel Fouquet salue l’exploit de cette équipe pas comme les autres en page 16…

Pour vous abonner en ligne et en toute sécurité : www.flashmagazine.fr

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mai 15 2010

Peuples d’Europe, soulevons-nous ! (communiquĂ©)

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacrĂ© des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Constitution de 1793, Article XXXV

Rassemblement le 29 mai 2010 Ă  16 heures

devant l’Opéra Bastille à Paris

Les citoyens des diverses sensibilitĂ©s de l’arc rĂ©publicain, fidèles Ă  la RĂ©publique et aux idĂ©aux de la RĂ©volution française, les gaullistes attachĂ©s Ă  la souverainetĂ© nationale, les communistes patriotes, internationalistes et refusant le mensonge de « l’Europe sociale », les socialistes fidèles Ă  Jaurès, les syndicalistes dĂ©sireux de dĂ©fendre sans complaisance les acquis sociaux, se retrouveront Ă  la Bastille dont l’image peut symboliser de nos jours, l’euro dictature Ă  abattre.

Comité-Valmy

valmy

Ils diront à nouveau Non, catégoriquement non, à l’Union européenne qui enchaîne les peuples, broie les nations souveraines et les conquêtes sociales et Oui aux grands principes du CNR : indépendance nationale, antifascisme et antiracisme, progrès social, secteur public fort, laïcité, démocratie, coopération internationale.

Tout montre que ce rassemblement peut et doit marquer un tournant dans la renaissance républicaine de notre pays, aujourd’hui étranglé par les diktats de l’UE et de sa monnaie unique, par la félonie des milieux financiers prêts à casser leur pays pour accroître leurs profits, par un gouvernement d’autant plus agressif contre la nation et le monde du travail qu’il est sorti très affaibli des élections régionales.

D’une part, la crise de l’UE et de l’euro est patente ; elle menace l’Europe et le monde d’un nouveau krach financier. Elle se traduit dès aujourd’hui par un plan draconien de mise en tutelle de la Grèce, doublé d’un appauvrissement tragique des milieux populaires.

D’autre part, le gouvernement Fillon promet, de manière Ă  peine voilĂ©e, une « purge » renforcĂ©e pour la France qui aura donc encore moins d’enseignants, de chercheurs, de personnel hospitalier, etc. Dans l’immĂ©diat, un nouvel et grave affaiblissement des retraites par rĂ©partition est programmĂ© et la casse de la fonction publique est accĂ©lĂ©rĂ©e.

En fait de « sortie de la crise » du capitalisme mondialisĂ©, les politiques europĂ©ennes doublĂ©es de la politique thatchĂ©rienne de rupture pratiquĂ©e par Sarkozy, promet Ă  perpĂ©tuitĂ© des mesures qui appauvrissent le travailleur, ouvriers, employĂ©s et ingĂ©nieurs, mais aussi paysans, artisans, PME et professions libĂ©rales. Pire, par une fuite en avant typique de la « construction europĂ©enne », Merkel et Sarkozy s’orientent vers la mise en place d’un « gouvernement Ă©conomique » qui signifie la mise en tutelle complète de notre pays.

Or il n’y a pas de solution du cĂ´tĂ© du PS : il n’est que de voir comment se comportent Zapatero en Espagne et PapandrĂ©ou (prĂ©sident de l’Internationale socialiste) en Grèce, sous le haut parrainage du « socialiste » français D. Strauss-Kahn, pour voir que les partis sociaux-dĂ©mocrates ne sont que l’aile gauche du programme nĂ©olibĂ©ral de dĂ©sintĂ©gration des nations d’Europe.

C’est pourquoi, sauf à abandonner notre peuple au désespoir et de laisser le champ libre à la démagogie de l’extrême droite, il est pertinent que se dessine comme le propose l’ARP, une démarche politique nouvelle. Celle-ci est en concordance avec la prise de conscience du peuple de France et des autres peuples d’Europe. Elle ouvre la voie à une démarche de rassemblement populaire. Ce rassemblement est destiné à devenir majoritaire car il se construit, pas à pas, sur des bases clairement anti-Maastricht, patriotiques, républicaines, antifascistes, et de progrès social qui sont celles aujourd’hui, du monde du travail.

Le 29 mai, tout républicain conscient, responsable et disponible pourra en y participant, contribuer à assurer le succès du rassemblement ainsi qu’à lancer la dynamique unitaire de reconquête républicaine, démocratique et sociale qui s’amorce. Les manifestants représenteront les 55% de Français qui ont dit non en 2005 et qui exprimaient la souveraineté populaire trahie en 2008 par des parlementaires félons.

Comité-Valmy

Rassemblement le 29 mai 2010 Ă  16 heures

devant l’Opéra Bastille à Paris


mai 05 2010

Les Etats-Unis Ă  la veille de la faillite

«Les finances des Etats-Unis augmentent à la puissance deux», nous fait savoir, à titre strictement officieux, un collaborateur du Fonds monétaire international et ami. «Le système financier des Etats-Unis est quasiment en faillite, de quelle valeur sont en­core les garanties?» Telle est sa question provocante.

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Certes, la Société d’assurance des dépôts (FDIC) répète constamment que les avoirs en banque sont en sécurité, tout au moins jusqu’à concurrence du montant assuré. Mais les observateurs savent pertinemment que cette institution ne dispose pas du capital prouvant la validité de cette affirmation. La moitié des dépôts n’est, en effet, pas assurée du tout. Le reste est couvert à raison d’un cent (!) par dollar. Tant que la FDIC ne ferme que de petites banques – durant les trois premiers mois de l’année en cours, elle y a déjà procédé dans 40 cas –, elle peut satisfaire à ses engagements financiers. Lors de la plus grande banqueroute bancaire survenue jusqu’à maintenant, à savoir l’effondrement de la «Washington Mutual», les limites ont déjà été dépassées. Durant les jours précédant la faillite, les clients de la «Washington Mutual» ont vite retiré 16,7 milliards de dollars en raison de la situation incertaine. Ainsi s’est effondrée rapidement la plus grande caisse d’épargne des Etats-Unis, qui disposait de 43 000 collaborateurs et de plus de 2000 comptoirs. Le groupe financier J.P. Morgan a acquis la banque au prix dérisoire de USD 1,9 milliard. L’année précédente, elle s’était déjà procuré la banque d’investissements insolvable Bear Stearns à un prix de liquidation et l’avait absorbée.

Après la nationalisation des deux géants hypothécaires Freddie Mac et Fannie Mae, le gouvernement des Etats-Unis s’était déjà engagé à répondre des engagements de ces établissements pour un montant quasiment illimité. Sur quoi le monde financier avait fait des deux groupes son dépotoir de papiers toxiques. Les établissements de crédit continuent de déverser leurs reconnaissances de dettes ayant perdu toute valeur sur les deux entreprises soutenues par l’Etat, procédé par lequel les billions de pertes essuyées par les banques sont transmis à l’Etat et, pratiquement, au contribuable. Or les banques enregistrent de nouveau des bénéfices appréciables.

«Ni la crise financière ni la récession ne sont complètement surmontées», et, malgré certains signes de rétablissement, il ne saurait être déjà question d’un rétablissement général. Même les Américains optimistes – au premier chef Ben Bernanke, le président de la Fed – soulignent davantage, dans leurs déclarations, que «le pire n’a pas encore eu lieu.» Les Etats-Unis souhaiteraient que de nouvelles attributions de milliards de dollars aux circuits financiers continuent d’être les stimulants de l’économie mondi­ale. Cependant, bien des choses sont encore en marche, dont les Américains n’ont pas encore pris connaissance.

Le taux de chômage continue de varier entre 9 et 10%. De plus, les experts considèrent la baisse de mars comme un attrape-nigaud. Le gouvernement a «engagé» à court terme 132 000 personnes, dont la plupart étaient des chômeurs, pour procéder au recensement et au relevé de la population qui a lieu tous les dix ans. Cet embellissement de la statistique du chômage a été immédiatement interprété comme signe de renforcement. Les prochaines données montreront s’il s’agissait d’un feu de baille allumé par le gouvernement. •

Source : Vertraulicher Schweizer Brief n° 1247 du 13/4/10

Traduction : Horizons et Débats

avr 28 2010

« Prémonition de grands malheurs pour la Grèce »

Avec le sens commun dont je dispose, je ne peux pas expliquer et encore moins justifier la vitesse à laquelle notre pays a dégringolé à partir de 2009, au point d’en arriver au FMI, perdant ainsi sa souveraineté nationale et passant à un régime de tutelle.

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Et il est curieux que personne jusqu’à présent ne s’est occupé du plus simple, à savoir de notre parcours économique chiffré à partir de données, degré par degré, de manière à ce que nous ignorants comprenions les motifs réels de ce développement vertigineux et sans précédent, qui a abouti à la perte de notre identité nationale accompagné de l’humiliation internationale.

J’entends parler d’une dette de 360 milliards, alors qu’en même temps je vois les mêmes dettes, voire de plus grandes, dans de nombreux autres pays. Donc, celle-là ne peut pas être la cause de notre malheur. De plus, un élément s’ajoute à mon trouble, celui de l’exagération des coups internationaux, portés sur un pays à l’économie insignifiante, ce qui finit par être suspect. Ainsi suis-je conduit à la conclusion que quelques personnes nous amènent à la confusion, nous font peur, de manière à nous conduire au FMI, qui constitue un facteur clef dans la politique expansionniste des Etats-Unis et qui lance la solidarité européenne comme de la poudre aux yeux, pour cacher qu’il s’agit d’une initiative purement américaine, pour nous jeter dans une crise économique artificielle, de manière à ce que notre peuple ait peur, qu’il s’apprivoise, qu’il perde des conquêtes précieuses et enfin qu’il se mette à genoux, une fois la domination étrangère acceptée. Mais pourquoi ? Pour servir quels plans et quels objectifs ?

Bien que j’aie été et reste partisan de l’amitié gréco-turque, je dois dire que je crains et un renforcement soudain des relations, et les contacts précipités entre ministres et autres acteurs, et les déplacements récents à Chypre, et la prochaine visite d’Erdogan. Je soupçonne que la politique américaine en arrière-plan dissimule ses projets suspects, qui concerne notre espace géographique, l’existence de gisements sous-marins, le régime de Chypre, la mer Egée, nos voisins du nord et l’attitude arrogante de la Turquie, le seul obstacle étant la méfiance et l’opposition du peuple grec.

Tout autour de nous, de près ou de loin, tous sont attachés au char des USA. La seule différence, c’est que nous a été imposée la dictature et, à l’issue, la perte de 40% de Chypre, et ensuite, les visées de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine et l’ultranationalisme des Albanais, ce que nous acceptons continuellement sans coup férir.

Il faudrait ainsi que nous soyons éliminés en tant que peuple et c’est ce qui arrive exactement aujourd’hui. J’appelle les économistes, les politiciens, las analystes, à me démentir. Je crois qu’il n’existe pas d’autre logique en dépit du complot international, auquel ont participé les européens philo-américains du type Merkel, la Banque Européenne, la presse réactionnaire internationale, tous ensemble ont participé à un « grand machin », la dévalorisation d’un peuple libre, soumis à des vassaux. Moi, je ne peux donner aucune autre explication. Je reconnais que je ne suis pas un expert mais ce que je dis, je le dis avec mon sens commun. Beaucoup d’autres pensent comme moi et nous verrons ce que les jours à venir nous réserveront.

En tout cas, je voudrais préparer l’opinion publique et souligner que si mon analyse est juste, alors la crise économique (qui, comme je le dis, nous a été imposée) n’est pas seulement la première pilule amère qui suivra un déjeuner enjoué ; viendront des questions nationales cruciales, dont je ne veux pas imaginer où elles nous conduiront.

Mikis THEODORAKIS

Athènes, le mardi 27 avril 2010

Traduit par Josette Vossot

Source : RESALTO

RESALTO est une revue d’intervention politique et culturelle, qui défend l’hellénisme.

C’est elle qui a la primeur des déclarations de Mikis THEODORAKIS. Elle l’a mise en ligne hier soir. Aujourd’hui 28 avril, cette déclaration est diffusée dans les blogs de résistance patriotique et elle est citée en partie dans le journal à grand tirage « To Vima ».

Reproduction autorisée avec indication des sources

avr 12 2010

Pousser la Grèce dans les bras du FMI

De réunion en réunion, les gouvernements de la zone euro ne sont toujours pas parvenus à lever le veto de l’Allemagne, dont l’objectif est de pousser la Grèce dans les bras du FMI, afin de ne pas être financièrement impliqué dans son sauvetage, et de défendre ce que l’on commence à appeler le deutscheuro.

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Une téléconférence de l’Eurogroup devait avoir lieu ce dimanche à 14 heures, sans attendre la réunion des ministres du week-end prochain de Madrid, la situation réclamant qu’une décision soit prise sans tarder. C’est sans doute la réunion de la dernière chance, la Grèce n’ayant ensuite plus comme issue que de demander tôt ou tard l’intervention du FMI, dont les experts sont déjà à pied d’oeuvre.

Cette gestion calamiteuse de la première crise de la dette publique augure très mal de celles qui vont suivre. En Europe pour commencer. L’heure n’est plus à déplorer l’impéritie dont les gouvernements font preuve ou bien de tenter de décrypter leurs calculs. Peu importe, car le fait est là : la Grèce va être pour les Etats le signal que Lehman Brothers a été pour les banques, aussi résolument même si son effet va être plus progressif. L’affaire ne peut pas et ne va pas en rester là. De premiers Etats, les plus vulnérables, vont rejoindre les banques dans un même statut de sinistré. « Dans quoi nous entraînent-ils ? quelle démonstration veulent-ils faire? », nous commençons à la comprendre.

Si la crise grecque a mis en évidence une chose, c’est que l’effet domino (on dit systémique maintenant) est susceptible de fonctionner en Europe, non pas selon un seul mécanisme mais avec la combinaison de deux : une brutale et incontrôlable hausse des taux obligataires atteignant un nouveau pays – la liste des pré-sélectionnés est connue – les banques pouvant ensuite vite répandre le mal, comme le cas de la Grèce le montre en ce moment. Car les grandes banques européennes sont gavées d’obligations d’Etats, et un plan global de restructuration de la dette qui interviendrait à la faveur de la crise d’un pays européen, avec réduction de peine à la clé, pourrait générer en retour un rude choc pour certaines. Confirmation du fait que les secousses successives de la crise – dégonflement brutal puis très lent de la dette privée, gonflement irrésistible de la dette publique – influent l’une sur l’autre, ce qui n’arrange rien.

En conséquence, il n’est pas concevable de laisser un pays faire défaut. Cette contrainte risquerait à force de poser problème, même au FMI, si les sauvetages devaient se succéder et le montant de l’addition s’envoler. Quant à elles, les banques centrales ont déjà donné tout ce qu’elles pouvaient, et sont désormais réduites au rôle de figurant. C’est clairement le cas de la BCE, qui n’est pas aux commandes, comme celui de la Fed. Cette dernière est traversée par des débats internes transparaissant de plus en plus, exprimant des désaccords accrus entre les membres du comité de politique monétaire à propos du maintien ou non de ses mesures de soutien et du risque d’apparition d’une nouvelle bulle financière privée pour certains, du retour de l’inflation pour d’autres. Ayant utilisé leur artillerie monétaire, les banques centrales n’ont plus d’autre ressource et leur seul discours possible porte sur les modalités et le calendrier de retrait des dispositions qu’elles ont prises.

Une seconde vérité commence à se faire jour, illustrant en contre-point que les gouvernements n’ont pas encore pris toute la mesure de la situation. Ils se réfugient toujours dans l’illusion que des plans de rigueur budgétaires (assortis de hausses d’impôts) vont permettre de réduire la voilure de l’endettement et de dégonfler la bulle publique, ne s’y engageant cependant qu’avec la plus extrême prudence, quand ils le peuvent. Sachant pourtant qu’une course de vitesse est engagée entre la hausse des taux obligataires, qui a débuté pays par pays, et un désendettement progressif, qui n’a pas commencé.

Mais les choses ne sont pas si simples. Les gouvernements doivent faire face à deux impératifs strictement contradictoires : diminuer les dépenses, mais sans plonger leur pays dans la récession. Ils sont aussi placés devant une autre réalité qui complique le jeu: la dette publique est pour une large part structurelle. Un mot qui, dans le langage des économistes, signifie qu’il faut remuer des montagnes pour y changer quoi que ce soit.

C’est la Banque des règlements internationaux (BRI) qui l’a annoncé de toute son autorité, et a analysé les dérangeantes conséquences. Elles sont toutes simples : la charge de la dette (le règlement de ses seuls intérêts) va atteindre des sommets dans les années à venir, dépassant souvent de beaucoup le seuil de 20% des ressources budgétaires des Etats occidentaux. Ce qui signifie qu’il va être pratiquement impossible pour ceux-ci de diminuer leur déficit primaire, car le payement des intérêts de la dette va absorber une partie très importante des économies réalisées dans le cadre des plans de rigueur, destinées à l’origine à réduire le déficit. C’est ce qui pourrait se passer pour la Grèce, qui est décidément un laboratoire. Ce nouveau paramètre pourrait entraîner les économies dans une spirale déflationniste descendante. Le Japon devenant alors le modèle précurseur et peu enviable de l’économie occidentale.

Qu’importe si la BRI, pour étayer sa démonstration, considère que le vieillissement de la population dans les pays occidentaux est à lui seul la source de la hausse de la dépense publique, ou si elle voit les efforts budgétaires de réduction de la dette comme unique cause du faible taux de croissance futur des pays de l’OCDE. Deux analyses que l’on va beaucoup entendre et qui ont en commun d’escamoter le reste. La conséquence est que l’effort de réduction du déficit, s’il est réalisé, va précipiter les pays occidentaux dans la déflation, réduisant leurs rentrées fiscales et accentuant encore la part de leurs ressources attribuée au payement de leur dette.

Le décalage est impressionnant entre cette logique, les hésitations et les soubresauts qu’elle annonce, et les discours des gouvernements. Surtout si l’on écoute les partisans les plus farouches de la pensée néolibérale axiomatique, les Tories britanniques, Républicains américains et autres Libéraux allemands, qui expriment de manière crue le credo partagé plus mezzo voce par tous les autres. Toutes ces équipes se trompent d’époque et ne maitrisent toujours rien. La planche de salut qu’ils cherchent à imposer ne mènera nulle part. Au bout de la rigueur subsistera encore un énorme déficit et nous aurons à la fois l’une et l’autre !

Les marchés, eux, auront trouvé un nouveau gisement d’actifs à bon rendement et à faible risque. Risquant à force de faire de ce placement de père de famille de véritables junk bonds à l’arrivée ! L’industrie financière, décidément, n’est pas fréquentable. Elle nous prépare un nouveau méga transfert financier en sa faveur.

Alors que les Etats-Unis étaient encore en retrait à propos de la réduction de leur déficit public, Ben Bernanke, le président de la Fed, vient de prononcer à Dallas un discours annonciateur de la suite des opérations. Très prudent lorsqu’il a abordé les chapitres de la croissance, du chômage, de l’activité de crédit, ou de la reprise du marché du logement, il a par contre annoncé la certitude de « choix difficiles » à venir. Le pays aura, selon lui, à choisir inévitablement entre des impôts plus élevés, des modifications dans les programmes d’allocations chômage ou de sécurité sociale, des dépenses publiques moins fortes, de l’éducation à la défense, ou une combinaison de ces différentes propositions. Ben Bernanke sortait-il de la mission de la Fed – la lutte contre l’inflation et le chômage – en abordant ses thèmes ? Son discours aurait en tout cas pu être prononcé par Barack Obama, qui n’a toutefois jamais été aussi précis jusqu’à maintenant.

On assiste actuellement à l’élargissement d’un grand écart. Avec d’un côté un monde financier toujours subventionné par les banques centrales, qui continue d’accumuler bénéfices et résultats tout en masquant ses pertes réelles, et de l’autre une économie dont la faible relance dépend toujours de mesures de soutien public, y compris et surtout aux Etats-Unis. Comme si ces deux mondes de la finance et de l’économie étaient animés par des dynamiques dissemblables, l’économie réelle jouant le rôle de la parente pauvre.

Fermer les portes des salles de jeu du casino pourrait y remédier, mais cela n’en prend pas le chemin : le grand écart va donc se poursuivre, s’installer et risque de s’accentuer. Cela va s’accompagner de lourdes conséquences sociales et politiques, si cette logique s’impose.

Dans le fastidieux labyrinthe des mesures de la future régulation financière, encore à l’étude, un exemple permet d’illustrer la tendance. Michel Barnier, commissaire européen au marché intérieur et aux services financiers a, le 4 avril dernier, stupéfait l’assistance d’une assemblée de financiers à Londres, en envisageant de modifier la composition de l’IASB, l’organisme international qui définit les normes comptables. Celui-ci se refusant depuis des semaines à assouplir comme demandé par Bruxelles sa position, Michel Barnier a tout simplement proposé d’en modifier la composition, afin qu’en soient membres plus de représentants des régulateurs nationaux, des banques et des entreprises. Il a aussi précisé, à titre d’amicale pression, que le projet d’augmentation du budget de l’IASB était prématuré, les deux questions étant liées. On sait les enjeux qu’il y a derrière l’adoption de nouvelles normes comptables, attendues comme le Messie par la profession bancaire en Europe, afin de pouvoir sortir de la clandestinité et présenter des bilans officiellement estampillés.

Certes, L’industrie financière ne va pas sortir totalement indemne. Elle va devoir s’accommoder de contraintes, contre lesquelles elle bataille avec la dernière énergie – notamment à propos des projets de taxe des banques et de l’augmentation des fonds propres – son activité allant être plus ou moins bridée suivant les décisions qui seront finalement prises.

Fondant ses espoirs dans la relance du marché de la titrisation, toujours en panne quand il n’est pas garanti par l’Etat, même si elle sait que ses beaux jours sont derrière lui, elle va s’efforcer de compenser les limitations apportées à ses champs d’action par l’ouverture de nouveaux marchés, en utilisant un instrument et une mécanique qui ont fait, si l’on peut dire, leurs preuves : celles des produits dérivés, à la fois coeur et poumons. Et elle va profiter sans attendre de la hausse progressive des taux sur le marché de la dette, qui va néanmoins l’atteindre par ricochet, quand elle devra à son tour lever des capitaux pour accroître ses fonds propres (à moins que d’autres formules sophistiquées plus souples, en discussion, soient admises comme éligibles et les soulagent).

L’industrie financière va utiliser ses énormes capitaux afin d’assouvir en priorité et à sa manière ses besoins insatiables. Car, moins que jamais dans la période qui s’annonce, l’économie réelle va se révéler en mesure de lui offrir les rendements de ses rêves. Cette dernière, de son côté, va devoir accepter des taux élevés pour financer son activité sur le marché obligataire privé, les banques n’étant plus en mesure – en raison de leurs nouveaux ratios de fonds propres – de distribuer comme auparavant le crédit, ou considérant surtout qu’elles ont mieux à faire que de se recapitaliser ou de prêter aux grandes entreprises.

Ce désquilibre global vaut, et bien plus, tous les déséquilibres commerciaux qui mobilisent en ce moment les chancelleries et que les Chinois et les Allemands, les deux premiers exportateurs mondiaux, sont sommés de réduire. Mais il est ignoré par des gouvernements qui s’accrochent toujours et encore à l’idée que la machine repartira comme avant, une fois que la dette publique aura été contenue et réduite. Un pari, un de plus, qui n’est pas gagné.

François Leclerc