Et si la GrĂšce montrait la voie de la rĂ©volte contre l’UE et le FMI ?
La ruine financiĂšre totale, autrefois un problĂšme rĂ©servĂ© aux pays en dĂ©veloppement, frappe maintenant lâEurope. Le FMI impose ses «mesures dâaustĂ©rité» aux pays pĂ©riphĂ©riques de lâUE, la GrĂšce, lâIslande et la Lettonie Ă©tant les plus touchĂ©es. Mais ce ne sont pas nos habituels solliciteurs du tiers monde. Historiquement, lâIslande a Ă©tĂ© colonisĂ©e par les Vikings qui envahirent avec succĂšs la Grande-Bretagne. Les tribus lettones repoussĂšrent mĂȘme les Vikings. Les Grecs, quant Ă eux, conquirent tout lâEmpire perse.
Des dizaines de pays ont Ă©tĂ© dans lâincapacitĂ© de payer leurs dettes au cours des rĂ©centes dĂ©cennies, le dernier Ă©tant Dubai, qui a deÂmandĂ© le 26âŻnovembre un moratoire sur sa dette. Si lâĂ©mirat arabe naguĂšre hyper-riche peut le faire, des pays dont la situation est plus dĂ©sespĂ©rĂ©e le peuvent Ă©galement. Et quand lâalternative est de dĂ©truire lâĂ©conomie indiÂgĂšne, il est difficile de prĂ©tendre quâils devraient sâen abstenir. Câest particuliĂšrement vrai lorsque les crĂ©anciers sont largement responsables et quâon a de bonnes raisons de penser que les dettes nâont pas lieu dâĂȘtre. Les problĂšmes de la GrĂšce ont commencĂ© quand de faibles taux dâintĂ©rĂȘts inadaptĂ©s Ă la GrĂšce ont Ă©tĂ© maintenus pour sauver lâAllemagne de lâeffondrement Ă©conomique. Et lâIslande comme la Lettonie se sont retrouvĂ©es responsables de dettes privĂ©es qui ne les concernaient pas. LâĂ©conomiste Michael Hudson Ă©crit:
«LâUnion europĂ©enne et le Fonds monĂ©taire international leur ont dit de remplacer les dettes privĂ©es par des obligations publiques et de les financer en augmentant les impĂŽts, en rĂ©duisant les dĂ©penses publiques et en obligeant les citoyens Ă dĂ©penser leurs Ă©conomies. Les gens en veulent de plus en plus non seulement Ă ceux qui ont fait ces dettes mais Ă©galement aux conseillers nĂ©olibĂ©raux et au crĂ©anciers Ă©trangers qui ont fait pression sur leurs gouvernements pour quâils vendent les banques et leurs infrastructures publiques Ă des initiĂ©s.»1
Mauvais fonctionnement de lâUE: Ă©chec de la monnaie commune
La GrĂšce pourrait ĂȘtre le premier des pays pĂ©riphĂ©rique Ă se rĂ©volter. Ambrose Evans-Pritchard Ă©crit dans le «Daily Telegraph» du 13 dĂ©cembre dernier que «la GrĂšce est le premier pays en crise aux marges de lâunion monĂ©taire europĂ©enne Ă dĂ©fier Bruxelles et Ă rejeter ce remĂšde moyenĂągeux quâest la baisse des salaires. Le Premier ministre PapandhrĂ©ou a dĂ©clarĂ© le 11 dĂ©cembre:
«Les salariĂ©s ne feront pas les frais de la situation: nous nâallons pas procĂ©der Ă un gel ou Ă une baisse des salaires. Nous ne sommes pas venus au pouvoir pour dĂ©manteler lâEtat social.»
Evans-Pritchard note que «M. PapanÂdhrĂ©ou a de bonnes raisons de dĂ©fier lâUE. On a dit Ă la GrĂšce dâadopter des mesures dâaustĂ©ritĂ© sans la dĂ©valuation qui est au centre des plans du FMI. Cette demande est ruineuse et manifestement contraire au but recherchĂ©.»
La monnaie ne peut pas ĂȘtre dĂ©valuĂ©e parce que le mĂȘme euro a cours partout. Cela sigÂnifie que, comme la capacitĂ© du pays Ă rembourser sa dette est paralysĂ©e par les mesures dâaustĂ©ritĂ©, il nây a pas moyen de rĂ©duire le coĂ»t de la dette. Evans-Pritchard conclut:
«La vĂ©ritĂ© que peu de personnes dans la zone euro sont prĂȘtes Ă considĂ©rer est que lâUnion monĂ©taire europĂ©enne pose de graves problĂšmesâŻâŠ Ă la GrĂšce, Ă lâAllemagne, Ă tous les pays membres.»2
Câest pourquoi lâIslande, qui nâest pas encore membre de lâUE, a de bonnes raisons de reconsidĂ©rer sa position. On met comme condition Ă son adhĂ©sion quâelle rembourse les investisseurs hollandais et britanniques qui ont perdu de lâargent dans la faillite dâIceSave, filiale en ligne de la plus grande banque privĂ©e islandaise. Eva Joly, juge norvĂ©go-française engagĂ©e pour enquĂȘter sur la faillite de la banque islandaise, parle de chantage. Pour elle, cĂ©der aux demandes de lâUE, ce serait ponctionner les ressources du pays et de ses habitants qui sont contraints dâĂ©migrer pour trouver du travail.3
La Lettonie est membre de lâUE et devrait adopter lâeuro, mais elle nâen est pas encore Ă ce stade. LâUE et le FMI ont demandĂ© au gouvernement dâemprunter des monnaies Ă©trangĂšres pour stabiliser le taux de change de sa monnaie afin dâaider les emprunteurs Ă payer les hypothĂšques souscrites en monnaies Ă©trangĂšres dans des banques Ă©trangĂšres. On exige que le gouvernement, pour obtenir de lâargent du FMI, procĂšde aux Ă©conomies habituelles. Selon Nils Muiznieks, directeur de lâAdvanced Social and Political Institute de Riga, « le reste du monde applique des plans de relance allant de 1 Ă 10% du PIB mais en mĂȘme temps, on demande Ă la Lettonie de faire dâimportantes coupes budgĂ©taires qui se montent cette annĂ©e Ă 38% dans le secteur public et Ă augmenter les impĂŽts afin de rĂ©duire le dĂ©ficit. »4
En novembre, le gouvernement letton a adoptĂ© le budget le plus rigoureux de ces derniĂšres annĂ©es, avec des coupes de prĂšs de 11%. Il a dĂ©jĂ augmentĂ© les impĂŽts, taillĂ© dans les dĂ©penses publiques, diminuĂ© les salaires des fonctionnaires et fermĂ© des diÂzaines dâĂ©coles et dâhĂŽpitaux. Il en rĂ©sulte que la Banque nationale prĂ©voit un recul de lâĂ©conomie de 17,5% cette annĂ©e5 alors que le pays aurait besoin dâune Ă©conomie productive pour se remettre dâaplomb. En Islande, lâĂ©conomie a subi un recul de 7,2% au cours du troisiĂšme trimestre,6 taux le plus important jamais enregistrĂ©. Comme dans les autres pays saignĂ©s Ă blanc par les restrictions nĂ©olibĂ©rales de productivitĂ©, lâemploi et la production sont paralysĂ©s, ce qui met lâĂ©conomie Ă genoux.
Si lâon est cynique, on dira que câĂ©tait bien lĂ lâintention. Au lieu dâaider les pays post-soviĂ©tiques Ă dĂ©velopper des Ă©conomies indĂ©pendantes, Ă©crit Marshall Auerback, « lâOccident les a considĂ©rĂ©s comme des huĂźtres Ă©conomiques Ă briser et Ă endetter afin dâen tirer profit, laissant des coquilles vides .»7
Mais les gens ne se soumettent pas sans mot dire. En Lettonie, au dĂ©but dĂ©cembre 2009, alors que le Parlement dĂ©battait de la dette publique, des milliers dâĂ©tudiants et dâenseignants dĂ©filaient dans les rues pour protester contre la fermeture de centaines dâĂ©coles et des baisses de salaires allant jusquâĂ 60%. Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: «Ils ont vendu leur Ăąme au diable» et « Nous sommes contre la pauvretĂ© ». Au Parlement islandais, le dĂ©bat sur IceSave a durĂ©, aux derÂniĂšres nouvelles, plus de 140 heures, un nouveau record. Et une proportion croissante de la population refuse dâassumer une dette qui, Ă son avis, nâest pas celle de lâEtat.
Le 3âŻdĂ©cembre, dans un article du «Daily Mail» intitulĂ© «Ce que lâIslande peut apÂprendre aux Tories», Mary Ellen Synon Ă©crivait que depuis que lâĂ©conomie islandaise sâĂ©tait effondrĂ©e, lâannĂ©e derniĂšre, « les bĂątisseurs dâempire de Bruxelles espĂ©raient que les Islandais ruinĂ©s et effrayĂ©s seraient finalement prĂȘts Ă Ă©changer leur indĂ©pendance contre la stabilitĂ© que leur offrait lâadhĂ©sion Ă lâUE ». Mais le mois dernier, un sondage dâopinion montrait que 54% des Islandais Ă©taient opposĂ©s Ă lâadhĂ©sion alors que seuls 29% y Ă©taient favorables. Synon Ă©crivait:
« Bien que les Islandais aient pu avoir une peur bleue lâannĂ©e derniĂšre, ils se dĂ©gagent maintenant des ruines de leur prospĂ©ritĂ© et ont dĂ©cidĂ© que la chose la plus prĂ©cieuse qui leur reste est leur indĂ©pendance. Ils ne sont pas disposĂ©s Ă lâĂ©changer, mĂȘme dans la perspective dâun sauvetage de la Banque centrale europĂ©enne. »8
LâIslande, la Lettonie et la GrĂšce sont toutes en situation de mettre le FMI et lâUE au pied du mur. Dans un article paru le 1er octobre et intitulĂ© «Lettonie, la folie continue», Marshall Auerback affirmait que le problĂšme de la dette de la Lettonie pouvait ĂȘtre rĂ©glĂ© au cours dâun week-end au moyen dâune sĂ©rie de mesures: 1) ne pas rĂ©pondre au tĂ©lĂ©phone lorsque des crĂ©anciers Ă©trangers appellent le gouvernement; 2) dĂ©clarer les banques insolÂvables, convertir leur dette extĂ©rieure en capital propre, les rouvrir et leur permettre de garantir les dĂ©pĂŽts en monnaie locale; 3) accorder Ă toutes les personnes disposĂ©es et capables de travailler un emploi payĂ© Ă un saÂlaire minimum en monnaie locale avec sĂ©curitĂ© sociale, comme lâa fait lâArgentine aprĂšs que le rĂ©gime Kirchner eut repoussĂ© le plan toxique de remboursement de sa dette imposĂ© par le FMI.»9
Evans-Pritchard suggĂšre un remĂšde similaire pour la GrĂšce qui pourrait lui perÂmettre de faire sauter le carcan mortel oĂč elle se trouve en suivant lâexemple de lâArgentine. Elle pourrait «rĂ©tablir sa monnaie, la dĂ©valuer, adopter une loi transformant les dettes en euro en monnaie locale et en « restructurant les contrats avec lâĂ©tranger ».
Un moyen peu utilisé: dire non au FMI
RĂ©sister au FMI nâest pas un moyen trĂšs utiÂlisĂ©, mais lâArgentine a montrĂ© la voie. En 2001, au vu des pronostics dĂ©sastreux selon lesquels lâĂ©conomie pourrait sâeffondrer en lâabsence de crĂ©dits Ă©trangers, elle a dĂ©fiĂ© ses crĂ©anciers et sâest dĂ©tournĂ©e de ses dettes. A lâautomne 2004, trois ans aprĂšs un dĂ©faut de payement record de plus de 100âŻmilliards de dollars, le pays Ă©tait sur la voie du redressement et il avait rĂ©ussi cette prouesse sans aide Ă©tranÂgĂšre. La croissance Ă©conomique fut de 8% pendant deux annĂ©es consĂ©cutives. Le volume des exportations augmenta, la monnaie Ă©tait stable, les investisseurs revenaient et le chĂŽmage diminua. Selon lâĂ©conomiste Mark Weisbrot interrogĂ© en 2004 par le New York Times, « câest un Ă©vĂ©nement historique remarquable qui remet en cause 25âŻans de mauvaise politique. Alors que dâautres pays avancent cahin-caha, lâArgentine vit une croissance trĂšs saine dont rien ne permet de penser quâelle ne durera pas, et elle lâa rĂ©ussie sans faire aucune concession pour attirer des capitaux Ă©trangers. »
Weisbrot est le co-directeur du laboratoire dâidĂ©es Center for Economic and Policy Research basĂ© Ă Washington qui a publiĂ© en octobre 2009 une Ă©tude sur les 41 pays dĂ©biteurs du FMI. Selon cette Ă©tude, les politiques dâaustĂ©ritĂ© imposĂ©es par le FMI, notamment la rĂ©duction des dĂ©penses et le resserrement de la politique monĂ©taire, risquaient de faire plus de mal que de bien aux Ă©conomies de ces pays.
Câest Ă©galement la conclusion dâune Ă©tude publiĂ©e en fĂ©vrier 2009 et due Ă Yonka Ăzemir de la Middle East Technical University dâAnkara, qui compare lâassistance du FMI Ă lâArgentine et Ă la Turquie.10 Ces deux marchĂ©s Ă©mergents ont subi en 2001 de graves crises Ă©conomiques prĂ©cĂ©dĂ©es de dĂ©ficits budgĂ©taires chroniques, dâune croissance insuffisante des exportations, dâun important endettement, dâune instabilitĂ© politique et dâune inĂ©galitĂ© dans la rĂ©partition des richesses.
Tandis que lâArgentine faisait bande Ă part, la Turquie suivait les conseils du FMI. Le rĂ©sultat final a Ă©tĂ© que lâArgentine a rebondi alors que la Turquie connaĂźt encore la crise financiĂšre. La confiance de la Turquie dans les investissements Ă©trangers lâa rendue trĂšs vulnĂ©rable Ă la rĂ©cession mondiale. LâArgentine, elle, a choisi dâinvestir dans le pays, de dĂ©velopper lâĂ©conomie indigĂšne.
Pour trouver lâargent nĂ©cessaire, elle nâa pas eu besoin dâinvestisseurs Ă©trangers. Sa banque centrale a Ă©mis sa propre monnaie et accordĂ© ses crĂ©dits. Lorsque la monnaie nationale sâest totalement effondrĂ©e en 1995, puis une nouvelle fois en 2000, les gouvernements locaux ont Ă©mis des obligations locales qui ont Ă©tĂ© nĂ©gociĂ©es comme de la monnaie. Les provinces ont payĂ© leurs fonctionnaires avec des « obligations dâannulation de dette » Ă©quivalentes au peso. Ces obligations annulaient les dettes des provinces envers leurs fonctionnaires et pouvaient ĂȘtre dĂ©pensĂ©es comme de lâargent. Les provinces avaient «monĂ©tisé» leurs dettes en transformant leurs obligations en monnaie lĂ©gale.
LâArgentine est un vaste pays dont les ressources sont plus importantes que celles de lâIslande, de la Lettonie ou de la GrĂšce, mais les nouvelles technologies permettent Ă©galement Ă des petits pays de devenir autosuffisants. (cf. David Blume: alcoholcanbeagas)11
Des monnaies locales pour un développement local
Les gouvernements ont le droit souverain dâĂ©mettre et de prĂȘter de la monnaie et lâIslande le perdra si elle rejoint lâUE qui interdit aux Etats membres dâemprunter de lâargent Ă leurs propres banques centrales. Pourtant les habitants de ces pays frappĂ©s par la crise pourraient continuer de dĂ©velopper leurs resÂsources sâils disposaient des crĂ©dits nĂ©cesÂsaires. Un contrĂŽle souverain sur leur monnaie locale leur permettrait dâobtenir des crĂ©dits simplement en les crĂ©ant dans la comptabilitĂ© de leurs banques dâEtat.
En rĂ©alitĂ©, cette proposition nâa rien dâextraordinaire. Toutes les banques privĂ©es obtiennent les crĂ©dits quâelles accordent Ă leurs clients en les crĂ©ant dans leur comptabilitĂ©. Contrairement aux idĂ©es reçues, les banques ne prĂȘtent pas leur propre argent ou celui de leurs dĂ©posants. Comme le confirme la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine,12 les banques prĂȘtent de lâargent neuf créé par une comptabilitĂ© en partie double sous la forme de dĂ©pĂŽts des emprunteurs dâun cĂŽtĂ© et dâactifs de la banque de lâautre.
Outre le fait quâils permettent de lutter contre le gel des crĂ©dits, les crĂ©dits accordĂ©s par les gouvernements ont lâavantage de pouvoir ĂȘtre sans intĂ©rĂȘt. En Ă©liminant les intĂ©rĂȘts, on rĂ©duit considĂ©rablement les coĂ»ts de production.13
Lâargent Ă©mis par les gouvernements pour financer des projets publics a une longue histoire couronnĂ©e de succĂšs qui remonte au moins au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, lorsque la colonie amĂ©ricaine de Pennsylvanie Ă©mit une monnaie qui Ă©tait Ă la fois prĂȘtĂ©e et dĂ©pensĂ©e par le gouvernement local dans lâĂ©conomie locale. Il en rĂ©sulta une pĂ©riode de prospĂ©ritĂ© sans prĂ©cĂ©dent obtenue sans inflation ni impĂŽts.14
LâEtat insulaire de Guernesey, situĂ© dans la Manche, a financĂ© ses infrastructures avec de lâargent Ă©mis par le gouvernement il y a plus de 200âŻans sans inflation des prix ni dette publique.
Durant la PremiĂšre Guerre mondiale, lorsque les banques demandaient des intĂ©rĂȘts de 6%, la Commonwealth Bank, Ă©tablissement de lâEtat australien, a financĂ© lâeffort de guerre du pays Ă un taux dâintĂ©rĂȘt infĂ©rieur Ă 1%, Ă©conomisant aux Australiens 12âŻmillions de dollars de frais bancaires. AprĂšs la guerre, le gouverneur de la banque a Ă©pargnĂ© aux Australiens la dĂ©pression qui rĂ©gnait dans dâautres pays en finançant la production, la construction de logements et en accordant des crĂ©dits Ă des gouvernements locaux pour la construction de routes, de lignes de trams, de ports, dâusines Ă gaz et de centrales Ă©lectriques. Les profits de la banque Ă©taient reversĂ©s Ă lâEtat.
AprĂšs avoir Ă©lu son premier gouvernement travailliste dans les annĂ©es 1930, la NouÂvelle-ZĂ©lande mit en place avec succĂšs un programme dâinfrastructures financĂ© grĂące Ă un crĂ©dit national sans intĂ©rĂȘt. Le crĂ©dit accordĂ© par la banque centrale nationalisĂ©e permit Ă la Nouvelle-ZĂ©lande de prospĂ©rer Ă une Ă©poque oĂč le reste du monde Ă©tait en proie Ă la pauvretĂ© et au manque de productivitĂ©.
Lâargument contre lâĂ©mission et le prĂȘt dâargent par les gouvernements pour les infrastructures est que cela provoque lâinflation, mais ce nâest pas nĂ©cessairement le cas. Lâinflation des prix se produit lorsque la «deÂmande» (lâargent) augmente plus rapidement que lâ«offre» (biens et services). Quand on augmente la masse monĂ©taire nationale pour financer des projets productifs, lâoffre augmente avec la demande, sans affecter les prix.
De toute façon, comme nous lâavons dit plus haut, les banques privĂ©es crĂ©ent elles-mĂȘmes lâargent quâelles prĂȘtent. Le processus par lequel elles crĂ©ent de la monnaie est inflationniste parce quâelles ne prĂȘtent que le capital, pas les intĂ©rĂȘts nĂ©cessaires Ă rembourser leurs emprunts. Pour payer les intĂ©rĂȘts, il faut faire de nouveaux emprunts.
Lâimportant, câest dâutiliser la monnaie nouvellement créée ou le crĂ©dit pour des projets productifs qui augmentent les biens et les services plutĂŽt que pour la spĂ©culation et pour payer les dettes publiques en monnaies Ă©trangĂšres (le piĂšge dans lequel est tombĂ© le Zimbabwe). On peut protĂ©ger la monnaie nationale contre les spĂ©culateurs15 en imposant des contrĂŽles des changes, comme lâa fait la Malaisie en 1998, en imposant des conÂtrĂŽles des capitaux, comme le font actuellement le BrĂ©sil et Taiwan, en interdisant les instruments financiers Ă terme ou en imposant une «taxe Tobin» sur les transactions monĂ©taires internationales.
Guérir les créanciers
Si les crĂ©anciers souhaitent vraiment rĂ©cupĂ©rer leurs prĂȘts, ils comprendront quâil est sage de laisser le pays dĂ©biteur dĂ©velopper son Ă©conomie pour lui permettre de rembourser ses dettes. Si les crĂ©anciers ne tiennent pas vraiment Ă ĂȘtre remboursĂ©s mais utilisent la dette comme un moyen dâexploiter le pays dĂ©biteur et de le priver de ses actifs, il faut dĂ©noncer le bluff des crĂ©anciers.
Lorsque le pays dĂ©biteur refuse de payer, le fardeau pousse les crĂ©anciers Ă se guĂ©rir eux-mĂȘmes. LâĂ©conomiste britannique Michael Rowbotham suggĂšre que dans le monde de la monnaie Ă©lectronique, cela peut ĂȘtre effectuĂ© par des rĂ©gulateurs bancaires crĂ©atifs simplement en modifiant les rĂšgles comptables. Aujourdâhui, on peut crĂ©er des dettes Ă lâaide dâĂ©critures comptables et les annuler de la mĂȘme maniĂšre. Rowbotham esquisse deux moyens permettant de changer les rĂšgles afin dâannuler des dettes impossibles Ă rembourser:
«La premiĂšre option consiste Ă libĂ©rer les banques de lâobligation de maintenir la paritĂ© entre lâactif et le passif. Ainsi, si une banque commerciale dĂ©tient pour 10 millions de dollars de crĂ©ances dâun pays en dĂ©veloppement, elle pourrait ĂȘtre autorisĂ©e Ă avoir Ă perpĂ©tuitĂ©, aprĂšs annulation, 10âŻmillions de dollars de dĂ©ficit dans son bilan. Câest une simple question dâĂ©critures.
La seconde option consiste Ă annuler les crĂ©ances tout en permettant aux banques de les conserver pour des raisons comptables. Les dettes seraient annulĂ©es pour les pays en dĂ©veloppement mais conservĂ©es Ă des fins de comptabilitĂ© bancaire. Ces crĂ©ances seraient conservĂ©es Ă leur valeur nominale en tant quâactifs permanents, non nĂ©gociables.»16
Si les banques étaient autorisées soit à porter en compte les crédits non remboursables ou à se faire rembourser en monnaies locales, leurs actifs et leur solvabilité seraient préservés.
Source : Web Of Debt
Traduction : Horizons et Débats
Notes :



























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