déc 01 2009

Les rĂ©seaux pro-israĂ©liens, par Paul-Éric Blanrue (vidĂ©o)

pantin

Cette fois, c’est l’historien et journaliste bien connu des plateaux de TV Paul-Éric Blanrue, auteur de « Sarkozy, IsraĂ«l et les juifs », qui nous prĂ©sente les grandes lignes de son enquĂȘte sur le danger des rĂ©seaux pro-israĂ©liens en France. Nous avons rĂ©pondu Ă  de nombreux courriels suite aux prĂ©cĂ©dentes mises en ligne sur la question du sionisme abordĂ©e par Jean Bricmont et Pierre Panet sur notre site et sur Dailymotion. N’hĂ©sitez pas Ă  renouveler vos questionnements Ă  cette occasion.


nov 02 2009

La fin de la propagande sioniste internationale

drapeau Isaélien

Il faut d’abord dire quelques mots sur ce que nous entendons par propagande sioniste internationale. Il convient de distinguer entre propagande sioniste internationale et propagande sioniste menĂ©e Ă  l’intĂ©rieur de l’État d’IsraĂ«l. Une propagande sioniste internationale est le fait de groupes, de partis politiques, de lobbies juifs et non juifs, de gouvernements comme ceux des Etats-Unis et de l’Union europĂ©enne, etc. Par leur dĂ©faitisme, les pays arabes font indirectement de la propagande sioniste internationale. Rappelons qu’une propagande vise des objectifs et nĂ©cessite une organisation sophistiquĂ©e. L’objectif de la propagande est la modification de la posture psychologique des individus en vue de l’action ou de prise de position par rapport Ă  un problĂšme donnĂ©. Pour atteindre son objectif, la propagande utilise des moyens de communication de masse, les mass medias. Dans nos sociĂ©tĂ©s capitalistes, ceux qui peuvent faire de la propagande, ce sont les grands groupes capitalistes et les États qui les servent, c’est-Ă -dire ceux qui dĂ©tiennent les moyens financiers pour acheter et contrĂŽler les mass medias. Contrairement aux apparences trompeuses, il n’y a pas plusieurs propagandes dans les sociĂ©tĂ©s capitalistes, il ne saurait y avoir qu’une seule, la propagande capitaliste. Les « deux partis uniques » qui alternent au pouvoir pour mieux gĂ©rer les intĂ©rĂȘts du Capital aux Etats-Unis et en Europe sont Ă©lus avec l’aide des mass medias dĂ©tenues et contrĂŽlĂ©es par ce mĂȘme Capital. Pour dissiper un dernier malentendu lourd de consĂ©quences, il n’y a aucune diffĂ©rence entre la propagande politique des capitalistes privĂ©s et la propagande d’État, car l’une et l’autre concourent Ă  une mĂȘme fin, crĂ©er des individus aliĂ©nĂ©s et abrutir les masses pour mieux les dominer.

sionisme-colombe-tu-e

Cela dit, s’il est impossible de mener une contre-propagande Ă  l’intĂ©rieur des États, il n’en est pas de mĂȘme Ă  l’échelle internationale oĂč une propagande politique peut ĂȘtre combattue et neutralisĂ©e par une propagande adverse du fait de l’existence de clivages idĂ©ologiques entre les Etats. Par exemple, Ă  l’époque de l’Union soviĂ©tique et du bloc socialiste, la propagande capitaliste internationale avait en face d’elle une propagande capable de la contrecarrer. Pour annihiler les effets d’une propagande adverse, il faut d’abord se doter de moyens humains et matĂ©riels Ă©quivalents. Il faut ensuite repĂ©rer les thĂšmes centraux de la propagande adverse et les rĂ©futer systĂ©matiquement en faisant apparaĂźtre leurs visĂ©es idĂ©ologiques et politiques. Aujourd’hui, grĂące Ă  l’internet et aux satellites, la propagande capitaliste et impĂ©rialiste mondiale a du plomb dans l’aile et elle commence Ă  ĂȘtre combattue, neutralisĂ©e et dĂ©masquĂ©e comme propagande. Mais dĂšs lors qu’une propagande a Ă©tĂ© dĂ©masquĂ©e comme propagande, elle perd ses effets escomptĂ©s. Nous nous trouvons aujourd’hui dans le mĂȘme cas de figure qu’à l’époque de l’union soviĂ©tique et du bloc de l’Est, avec l’émergence d’une contre-propagande menĂ©e sur la scĂšne internationale par de nouveaux dirigeants politiques comme le prĂ©sident iranien Mahmoud Ahmadinejad et le prĂ©sident vĂ©nĂ©zuĂ©lien Hugo Chavez qui n’hĂ©sitent pas Ă  se servir des confĂ©rences internationales comme tribune politique pour vilipender le sionisme et l’impĂ©rialisme. Sans parler d’autres supports d’information indĂ©pendants qui ne sont plus tributaires des multinationales de l’information occidentales pour retransmettre leurs propres images, fabriquer leurs propres nouvelles et fournir leurs propres interprĂ©tations des faits et des Ă©vĂ©nements. Nous voilĂ  donc Ă  un tournant qui annonce non seulement la fin de la propagande capitaliste, impĂ©rialiste et sioniste mais la fin de toutes les propagandes.

LE DESSOUS DE LA PROPAGANDE SIONISTE INTERNATIONALE

Quand on parle de la propagande sioniste internationale, on pense immĂ©diatement et machinalement au lobby israĂ©lien aux Etats-Unis et en Europe. C’est notamment la thĂšse soutenue en 2006 par John Mearsheimer et Steven Walt qui considĂšrent que la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine au Moyen Orient est sous influence d’un puissant lobby israĂ©lien qui lui imprime ses actions et ses orientations. Sans nier aucunement l’influence de ce lobby surtout au congrĂšs et Ă  la Chambre des ReprĂ©sentants, sa puissance a Ă©tĂ© exagĂ©rĂ©e volontairement justement par la propagande sioniste internationale elle-mĂȘme pour faire croire que les juifs sont des hommes super intelligents, dotĂ©s d’un QI supĂ©rieur aux autres et d’un pouvoir manipulateur hors du commun. On parle trop souvent du lobby israĂ©lien aux Etats-Unis ou en Europe mais on ne parle pas assez ou pas du tout de tous ces groupes obscurs et de tous ces lobbies non juifs et non sionistes qui exercent discrĂštement et sournoisement une influence considĂ©rable sur les orientations de la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine et europĂ©enne au Moyen Orient. Les villes amĂ©ricaines sont peuplĂ©es de groupes de pression, de think tanks de tous genres, d’institutions, civiles, religieuses, politiques, de centres de recherche politiques, stratĂ©giques et militaires, de fondations comme le NED (National Endownment for Democracy), Fondations Soros, Fondations Rockefeller etc. qui sont des groupements non juifs et non sionistes mais qui font une propagande active et efficace tant Ă  l’intĂ©rieur qu’à l’extĂ©rieur des Etats-Unis en faveur du soutien inconditionnel Ă  l’entitĂ© sioniste en Palestine. Le lobby israĂ©lien aux USA et en Europe ne reprĂ©sente en fait qu’un petit groupe trĂšs minoritaire par rapport Ă  une myriade d’autres groupes non juifs et non sionistes qui agissent dans l’ombre et qui apportent un soutien indĂ©fectible Ă  IsraĂ«l. Rappelons par ailleurs que le but de ces groupes non juifs et non sionistes n’est pas franchement l’amour du juif et l’Etat d’IsraĂ«l mais la planification et la prĂ©paration des prochaines guerres impĂ©rialistes au Moyen Orient. Plus prĂ©cisĂ©ment, le travail de ces think tanks non juifs et non sionistes consiste Ă  semer des troubles et Ă  fomenter des conflits au sein des sociĂ©tĂ©s arabo-musulmanes quand bien mĂȘme ces derniĂšres reprĂ©sentent un terrain fertile et rĂ©ceptif Ă  toutes les sollicitations extĂ©rieures du fait de leur composition ethnique et religieuse. Ceux qui mettent en avant ou exagĂšrent la puissance du lobby israĂ©lien cherchent en rĂ©alitĂ© Ă  dĂ©tourner les regards du vrai danger qui menace le Moyen-Orient qui est moins l’entitĂ© sioniste que la soldatesque des Etats-Unis. En se focalisant sur le lobby israĂ©lien aux Etats-Unis, on occulte par ailleurs les vraies motivations de la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine au Moyen Orient qui, rappelons-le au passage, ne sont ni morales, ni religieuses ni Ă©thiques mais la protection des intĂ©rĂȘts du capital et des multinationales. IsraĂ«l reprĂ©sente certes une menace permanente au Moyen Orient mais ce qui menace le plus cette rĂ©gion, c’est l’impĂ©rialisme amĂ©ricain. Le soutien amĂ©ricain inconditionnel n’est pas spĂ©cifique au seul Etat d’IsraĂ«l, c’est une constance de la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine que l’on relĂšve dans bien d’autres rĂ©gions du monde, en Afrique, en Europe ou en AmĂ©rique latine. L’aide apportĂ©e par les États unis Ă  leurs alliĂ©s est conditionnĂ©e comme toujours par leur degrĂ© de fidĂ©litĂ© et leur coopĂ©ration directe ou indirecte pour la protection des intĂ©rĂȘts des multinationales amĂ©ricaines. Par consĂ©quent, le soutien des Etats-Unis Ă  l’État d’IsraĂ«l dĂ©pend de la position hautement stratĂ©gique qu’occupe l’entitĂ© sioniste dans la mise en Ɠuvre de l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine au Moyen Orient. Ce sont cet enchevĂȘtrement et cette collusion entre les intĂ©rĂȘts stratĂ©giques et tactiques des Etats-Unis et d’IsraĂ«l qui empĂȘchent de bien discerner les objectifs visĂ©s par la propagande impĂ©rialiste amĂ©ricaine et ceux de la propagande sioniste internationale.

1252042794obama_flags_us_israel

Essayons de voir par ailleurs de quelle maniĂšre la propagande sioniste internationale sert les intĂ©rĂȘts du grand capital amĂ©ricain et accessoirement le grand capital europĂ©en au Moyen Orient. L’existence de l’État sioniste au cƓur du Moyen-Orient est d’abord et avant tout une source de conflits et de tensions permanents dans cette rĂ©gion du monde. C’est dĂ©jĂ  une affaire juteuse pour les Etats-Unis et pour l’Europe, ou plus prĂ©cisĂ©ment pour les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel. À intervalles rĂ©guliers, pour pouvoir survivre et maintenir l’unitĂ© de ses populations que tout sĂ©pare, l’histoire et la gĂ©ographie, IsraĂ«l est condamnĂ© Ă  faire des guerres et Ă  entretenir des tensions permanentes au Moyen-Orient. Dans les annĂ©es1950, MoshĂ© Dayan a affirmĂ© qu’IsraĂ«l n’avait pas besoin d’une alliance militaire, car il n’est menacĂ© ni par ses voisins arabes ni par les palestiniens qui n’ont pas d’armes. La grande menace qui pĂšse sur IsraĂ«l, dit-il, est le maintien de son unitĂ© intĂ©rieure et dans ce dessein il fallait sans cesse faire peur aux IsraĂ©liens en leur racontant des histoires comme par exemple les AmĂ©ricains et les Anglais sont en train de dĂ©barquer dans le dĂ©sert du NĂ©guev. Cet aveu de MoshĂ© Dayan confirme le fait que l’État d’IsraĂ«l n’est pas un État créé pour des juifs europĂ©ens persĂ©cutĂ©s et victimes de l’antisĂ©mitisme et de l’holocauste mais comme une simple base militaire occidentale, appelĂ©e Ă  jouer le rĂŽle de gendarme et du berger allemand au Moyen-Orient. Ces guerres Ă  rĂ©pĂ©tition sont donc du pain bĂ©ni pour les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel amĂ©ricain et europĂ©en. D’ailleurs, si l’État sioniste n’avait pas existĂ©, les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel l’aurait inventĂ©. Autrement dit, IsraĂ«l n’est autre chose qu’un marchepied et un pion au service des marchands d’armes et du complexe militaro-industriel.

AprĂšs chaque conflit armĂ©, les marchands d’armes et les reprĂ©sentants du complexe militaro-industriel amĂ©ricain et europĂ©en accourent en IsraĂ«l pour faire le point avec les militaires sionistes sur l’efficacitĂ© des armes utilisĂ©es contre les populations civiles palestiniennes et libanaises et cela dans le but de les perfectionner pour les prochaines guerres. AprĂšs chaque guerre, les think tanks Ă©tats -uniens, europĂ©ens et sionistes se mettent aussitĂŽt au travail pour prĂ©parer les prochaines guerres moyen orientales avec Ă  la clĂ© le futur plan de campagne et le prochain ennemi Ă  abattre. Avec les guerres et les conflits armĂ©s au Moyen-Orient, les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel font deux coups avec une seule pierre en vendant les armes dernier cri aux IsraĂ©liens et les armes dĂ©fensives ou presque obsolĂštes aux États arabes voisins. Naturellement avant chaque guerre, il faut prĂ©parer psychologiquement les opinions publiques occidentales grĂące Ă  une intense propagande. Depuis l’effondrement de l’Union soviĂ©tique, la collusion entre la propagande impĂ©rialiste amĂ©ricaine et la propagande sioniste internationale est parfaite et les deux propagandes ont travaillĂ© ensemble, main dans la main et elles ont conjuguĂ© leurs efforts pour en finir avec tous les rĂ©gimes qui faisaient obstacle Ă  l’hĂ©gĂ©monie des Etats-Unis au Moyen-Orient. La premiĂšre guerre du Golfe avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© planifiĂ©e une dizaine d’annĂ©es avant, c’est-Ă -dire aprĂšs la fin de la guerre Iran-Irak en 1980. Avant le 11 septembre 2001, la propagande impĂ©rialiste et la propagande sioniste avaient dĂ©jĂ  dĂ©signĂ© les futurs ennemis Ă  abattre, les États de l’Axe du mal ou les États voyous (Rogue States) l’Irak, l’Iran et la CorĂ©e du Nord. Pour mener leur propagande guerriĂšre et pour violer psychiquement les opinions publiques occidentales, les marchands d’armes et le complexe militaro-industriel ont fait main basse sur les mass medias aux Etats-Unis et en Europe. Aux USA, parmi les dix grands groupes de communication, sept sont contrĂŽlĂ©s par des marchands d’armes et par le complexe militaro-industriel. Par exemple, General Electric est la maison mĂšre de la chaĂźne amĂ©ricaine NBC. Le cas de la France est assez Ă©loquent Ă  cet Ă©gard puisque les mass medias sont aujourd’hui contrĂŽlĂ©es par deux marchands d’armes, LagardĂšre et Dassault. La collusion est donc parfaite entre les intĂ©rĂȘts du complexe militaro-industriel amĂ©ricano europĂ©en, la propagande sioniste internationale et la propagande impĂ©rialiste amĂ©ricaine.

CONTRE PROPAGANDE ET NEUTRALISATION DE LA PROPAGANDE SIONISTE INTERNATIONALE

La propagande sioniste internationale est fondĂ©e sur la suggestion Ă©motionnelle qui a si bien rĂ©ussi Ă  Hitler pour accĂ©der au pouvoir en Allemagne. La propagande de type Ă©motionnel n’est pas Ă  vrai dire une prorogative des dictatures, car on trouve aux Etats-Unis et en Europe des techniques similaires visant Ă  exciter l’émotivitĂ© et l’impulsivitĂ© des individus. Dans le plan de campagne de la propagande sioniste internationale, on trouve une sĂ©rie de fables et de lĂ©gendes fabriquĂ©es pour le besoin de la cause comme le droit historique des juifs sur la terre de la Palestine et l’holocauste devenu une industrie. L’holocauste qui est une autre maniĂšre pour exciter l’émotivitĂ© a Ă©tĂ© mis Ă  contribution pour lĂ©gitimer l’occupation israĂ©lienne et pour couvrir les exactions et les atrocitĂ©s commises Ă  l’égard des populations civiles palestiniennes. (Sur les origines du sionisme, lire cet excellent article de RenĂ© Castillon. Pour une critique pertinente du droit historique des juifs, voir l’article documentĂ© de FrĂ©dĂ©ric Courvoisier sur le site mecanopolis, « L’exil du peuple juif remis en cause » )

620Palestinien de JĂ©rusalem rĂ©sistant Ă  l’invasion des forces d’occupation Ă  Al-Aqsa
Photographie issue du Forum Mecanopolis

Aujourd’hui, le thĂšme de l’éternelle victimisation du juif est en perte de vitesse et ne fait plus recette. Les crimes Ă  rĂ©pĂ©tition commis par les forces d’occupation sioniste en Palestine et l’extension de la colonisation de la terre palestinienne dĂ©masquent jour aprĂšs jour les mensonges de la propagande sioniste internationale. Quand on parle de la fin de la propagande sioniste, cela veut dire concrĂštement qu’une propagande adverse, en l’occurrence une propagande anti-sioniste, fera appel Ă  des donnĂ©es factuelles pour montrer que la propagande sioniste internationale n’est qu’un tissu de mensonges. La propagande anti-sioniste se doit d’évoquer des faits et des Ă©vĂ©nements rĂ©els en Ă©vitant la propagande Ă©motionnelle. Pour convaincre, la propagande anti-sioniste doit diffuser ses propres images, produire ses propres informations et donner ses propres interprĂ©tations des faits et des Ă©vĂ©nements. Les multinationales de l’information occidentales n’ont plus aujourd’hui le monopole de la production des images et de l’information et elles ont perdu du coup l’exclusivitĂ© dans l’interprĂ©tation des faits. Les sources d’information se diversifient et se multiplient en permettant Ă  tout un chacun de confronter des points de vue diffĂ©rents sur la mĂȘme question. Aujourd’hui, chacun des protagonistes au Moyen Orient possĂšde ses propres moyens de propagande par lesquels il s’exprime et combat la propagande adverse. Pendant la premiĂšre guerre du Golfe, CNN Ă©tait le seul organe de propagande amĂ©ricano-sioniste. Depuis, CNN a perdu le monopole de la propagande Ă  cause de l’émergence d’une chaĂźne arabe concurrente, Al-Jazira. Pendant la guerre libanaise de l’étĂ© 2006, l’aviation israĂ©lienne a bombardĂ© en premier Al-Manar, l’organe de propagande du Hezbollah. Le Hamas palestinien a sa radio et sa tĂ©lĂ©vision. Sous la pression du lobby sioniste en France, le gouvernement français a interdit la diffusion de la chaĂźne Al Manar.

Durant la guerre sur Gaza, malgrĂ© le bouclage et l’interdiction faite aux journalistes Ă©trangers de filmer le massacre et des exactions commis Ă  l’égard des populations civiles palestiniennes, le monde entier a tout de mĂȘme pu dĂ©couvrir Ă  travers les images diffusĂ©es par la chaĂźne Al-Jazira, les corps d’enfants palestiniens, dĂ©chiquetĂ©s et brĂ»lĂ©s par les bombes Ă  phosphore. Le monde entier a ainsi pu voir et constater de visu, la sauvagerie et la barbarie sioniste en Palestine. GrĂące aux images d’Al-Jazira et d’observateurs Ă©trangers, europĂ©ens, amĂ©ricains, le monde entier a pu se rendre compte que les victimes d’hier de l’holocauste juif deviennent aujourd’hui Ă  leur tour des bourreaux et des criminels de guerre en commettant massacre aprĂšs massacre Ă  l’égard les populations civiles palestiniennes. La propagande sioniste internationale ne pouvaint rien contre les images diffusĂ©es par satellite, car ces images parlent d’elles-mĂȘmes et elles n’ont besoin ni de long discours ni de commentaires. Les membres des ONG et des organisations internationales de dĂ©fense des droits de l’homme prĂ©sentes sur place durant la guerre contre Gaza ont tout vu et ils ont filmĂ© les crimes de guerre et les crimes contre l’humanitĂ© commis par l’armĂ©e sioniste dans les territoires occupĂ©s. D’ailleurs, pour Ă©tablir son rapport, la commission Goldstone qui, par ailleurs a Ă©tĂ© empĂȘchĂ©e d’enquĂȘter sur place, a puisĂ© l’essentiel de ses informations dans les reportages et les rapports rĂ©alisĂ©s par des ONG et des organisations humanitaires indĂ©pendantes.

N’ayant plus la maĂźtrise absolue de la production de l’image et de l’information, la propagande sioniste internationale s’est trouvĂ©e dĂ©sarmĂ©e et elle a du coup manquĂ© son objectif, celui de berner et de manipuler comme par le passĂ©, les opinions publiques occidentales. La mobilisation sans prĂ©cĂ©dent de celles-ci en faveur des palestiniennes et contre IsraĂ«l durant la guerre de Gaza, une attitude contrastant bizarrement avec les positions pro-sionistes des gouvernements europĂ©ens, montrent Ă  quel point la propagande sioniste internationale a perdu la guerre de l’image et de l’information et elle s’est dĂ©masquĂ©e comme propagande.

DMS314D1HV

Palestinienne agressée par un extrémiste juif à Jérusalem
Photographie issue du Forum Mecanopolis

Les enceintes internationales deviennent de plus en plus un lieu de propagande anti-sioniste. Au mois de septembre, lors de la rĂ©union annuelle de l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations-unies, le colonel Kadhafi qui, aprĂšs avoir dĂ©chirĂ© la Charte des nations unies, a accusĂ© l’organisation onusienne d’avoir fomentĂ© et cautionnĂ© 67 guerres depuis sa crĂ©ation et il a rĂ©clamĂ©, entre autres, l’ouverture d’une enquĂȘte internationale sur le massacre de Sabra et Chatila et l’invasion de la bande de Gaza en 2008. Les fulminations et diatribes du prĂ©sident vĂ©nĂ©zuelien Hugo Chavez contre l’impĂ©rialisme amĂ©ricain et l’expulsion de l’ambassadeur israĂ©lien pendant la guerre de Gaza s’apparentent Ă  une forme de propagande anti-sioniste. La colĂšre et le dĂ©part prĂ©cipitĂ© de Davos en Suisse du premier ministre turc, Regip Taeb Erdogan de Davos en Suisse suite Ă  des propos prononcĂ©s par le prĂ©sident israĂ©lien Shimon Peres contre le Hamas palestinien sont une maniĂšre personnelle de s’opposer Ă  la propagande sioniste internationale.

Par ailleurs, certains chefs d’États arabes osent aborder la question du nuclĂ©aire israĂ©lien en brisant un tabou sur la question de l’arme atomique au Moyen-Orient. Le colonel Khadafi a dĂ©clarĂ© lors d’une interview diffusĂ©e lundi 26 octobre par la chaĂźne britannique Sky News, que les Egyptiens, les Syriens et les Saoudiens ont le droit de possĂ©der l’arme atomique au mĂȘme titre qu’IsraĂ«l. Dans une interview au Sunday Times le premier ministre turc, Erdogan, a reprochĂ© Ă  l’Occident son acharnement Ă  l’égard du nuclĂ©aire iranien alors que les mĂȘmes membres du conseil de sĂ©curitĂ© qui veulent empĂȘcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, possĂšdent chacun son propre arsenal nuclĂ©aire. Depuis deux dĂ©cennies, les dĂ©lĂ©gations des États arabes demandent Ă  l’AIEA d’enquĂȘter sur le nuclĂ©aire israĂ©lien mais en vain. DerniĂšrement, une rĂ©solution prĂ©sentĂ©e par les pays arabes a Ă©tĂ© votĂ©e par 49 voix contre 45 demande au prĂ©sident de l’AIEA Mohammed El Baradei de soumettre le nuclĂ©aire israĂ©lien Ă  des inspections au mĂȘme titre que le nuclĂ©aire iranien. Mais IsraĂ«l a refusĂ© toute inspection de ses installations nuclĂ©aires ainsi que toutes formes de coopĂ©ration avec l’agence onusienne sous prĂ©texte qu’il n’est pas signataire du traitĂ© de non-prolifĂ©ration nuclĂ©aire. Quelle serait l’attitude de la soi-disant communautĂ© internationale si c’est un État arabe qui refusait l’inspection de ses installations nuclĂ©aires? Bush et Blair ne sont-ils pas allĂ©s en Irak sous prĂ©texte que le rĂ©gime de Saddam Hussein cachait des armes de destruction massive. Comprenne qui pourra.

IndĂ©niablement, c’est le prĂ©sident iranien Mahmoud Ahmadinejad qui se rĂ©vĂšle sur la scĂšne internationale comme un redoutable propagandiste anti-sioniste en brisant des tabous et en mettant en selle des thĂšmes que personne n’ose aborder en Occident tels l’holocauste et de l’antisĂ©mitisme, sous peine d’ĂȘtre poursuivi et condamnĂ© pour nĂ©gationnisme. Il faut bien reconnaĂźtre qu’avant Ahmadinejad, aucun chef d’État n’a eu le courage et n’a osĂ© poser la question de l’holocauste, de l’antisĂ©mitisme et les conditions qui ont Ă©tĂ© Ă  l’origine de la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l. Quand le prĂ©sident iranien monte sur les tribunes internationales, il pose la question de l’holocauste et de l’origine de l’Etat d’IsraĂ«l en avançant des arguments dont certains sont certes discutables et mĂȘme critiquables mais d’autres sont pertinents. Je reproduits ici un extrait d’une interview donnĂ©e par la prĂ©sident iranien Ă  l’hebdomadaire Neesweek, oĂč il aborde entre autres la question de l’holocauste et les victimes juives de la Seconde Guerre mondiale.

newsweek_ahmadinejad_cover

Newsweek : Alors que l’Iran tente de renouer des liens avec l’Occident, pourquoi Ă  nouveau nier la rĂ©alitĂ© de l’Holocauste, quand ces thĂšses sont si aisĂ©ment rĂ©futables ? Ne pensez-vous pas que l’Holocauste est un sujet important ?

Mahmoud Ahmadinejad : Oui, je pense que c’est le plus grand crime du XXe siùcle.

Vous ĂȘtes donc d’accord sur le fait que le sujet est important. Pensez-vous que l’Holocauste est encore d’actualitĂ© aujourd’hui, qu’il nous concerne encore aujourd’hui par ses effets ?

Pouvez-vous m’expliquer en quoi il influe sur les questions de l’heure ?

Ce que je pense importe peu, M. le prĂ©sident, c’est ce que vous pensez qui compte.

Bien sûr, mais je voudrais que nous puissions échanger nos points de vue afin de pouvoir régler une question.

Le monde voudrait savoir ce que vous pensez.

De quel monde parle-t-on ici ?

L’Iran tente d’amĂ©liorer ses relations avec l’Occident, c’est du moins ainsi que je le comprends. Il est clair que l’Holocauste a eu lieu. Pourquoi dire qu’il n’a pas eu lieu ? Pensez-vous qu’il ne devrait pas y avoir un Ă©tat Juif ? Pas d’IsraĂ«l ?

Ce que je dis est extrĂȘmement clair. C’est une approche acadĂ©mique d’un sujet d’importance capitale, qui se fonde Ă©galement sur des considĂ©rations humanitaires. Ce que je dis, c’est que bien des choses sont survenues tout au long de l’histoire, et qu’au cours de la seconde guerre mondiale, bien des crimes ont Ă©tĂ© commis. Plus de 60 millions de gens ont Ă©tĂ© tuĂ©s, encore plus dĂ©placĂ©s. Il se pose donc un certain nombre de questions spĂ©cifiques quant aux Ă©vĂ©nements de la seconde guerre mondiale, et je pense qu’on ne pourra trouver de rĂ©ponses Ă  ces questions dans la propagande que diffusent les mĂ©dias. Au bout du compte, il faut des rĂ©ponses convaincantes Ă  ces questions. La premiĂšre chose que je voudrais comprendre, c’est la raison pour laquelle, Ă©tant donnĂ© tout ce qui s’est passĂ© au cours de la seconde guerre mondiale, on met l’accent sur l’Holocauste plus que sur tout autre [Ă©vĂ©nement] ?

Disons que les crimes de Staline Ă©taient de mĂȘme gravitĂ©.

La seconde question est : pourquoi les hommes politiques en occident sont tellement obsĂ©dĂ©s par ce problĂšme ? La troisiĂšme question est : de quelle façon cet Ă©vĂ©nement est-il reliĂ© aux problĂšmes que nous pouvons observer autour de nous dans le monde d’aujourd’hui ? Fut-il un Ă©vĂ©nement historique isolĂ©, sans impact sur la situation prĂ©sente ? La question qu’on doit se poser ensuite est : si cet Ă©vĂ©nement s’est produit, oĂč s’est-il produit, qui en sont les responsables, et quel fut le rĂŽle du peuple palestinien ? Quel crime a-t-il commis pour mĂ©riter ce qu’il a subi en consĂ©quence ? Pour quelle raison le peuple palestinien devrait-il ĂȘtre brimĂ© ? Saviez-vous que plus de cinq millions de Palestiniens ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s, et bĂ©nĂ©ficient du statut de rĂ©fugiĂ© ? Quel rĂŽle ont-ils jouĂ© dans l’Holocauste ? Pourquoi exploite-t-on l’Holocauste comme prĂ©texte Ă  l’occupation de la terre d’un autre peuple ? Pourquoi les Palestiniens devraient-ils donner leur vie en Ă©change ? Vous devez savoir que les habitants de Gaza ont dĂ» subir plusieurs embargos.

Et ceux-ci ont lancé des frappes contre Israël au moyen de missiles.

En fin de compte, les habitants de Gaza sont dans leur maison, c’est leur vie, et c’est leur terre. Qui est l’occupant ici ? Quel rĂ©gime d’occupation est condamnĂ© par les rĂ©solutions des Nations Unies ? Quel esprit juste pourrait accepter qu’un Ă©vĂ©nement qui s’est dĂ©roulĂ© en Europe entraĂźne l’occupation de sa terre, autre part dans le monde ? Si un crime a Ă©tĂ© commis en Europe, pourquoi les habitants de Palestine devraient-ils en payer le prix ? La question est simple Ă  comprendre. Malheureusement, les politiciens occidentaux refusent de rĂ©pondre Ă  ces questions, et prĂ©fĂšrent changer le sujet. Nous sommes opposĂ©s par principe au meurtre d’ĂȘtres humains. Soixante millions de gens ont Ă©tĂ© tuĂ©s Ă  l’époque [de la seconde guerre mondiale] et c’est effectivement trĂšs regrettable. Peu importe quelles Ă©taient leur foi ou leurs opinions — c’étaient des ĂȘtres humains et leurs vies auraient dĂ» ĂȘtre respectĂ©es du seul fait que c’étaient des ĂȘtres humains. Je voudrais souligner que nous ne vivons pas dans le monde d’il y a soixante ans. Nous vivons aujourd’hui. Nous considĂ©rons l’Holocauste comme un prĂ©texte au gĂ©nocide commis sur le peuple palestinien.

L’intĂ©gralitĂ© de cet interview est disponible sur Mecanopolis

the world

À GenĂšve, le 20 avril 2009, lors de la confĂ©rence de Durban II sur le racisme, Ahmadinejad Ă©voque les conditions dans lesquelles a Ă©tĂ© fondĂ© l’État d’IsraĂ«l provoquant ainsi le retrait prĂ©cipitĂ© des dĂ©lĂ©gations occidentales prĂ©sentes dans la salle. Voila ce que dit le prĂ©sident iranien Ă  propos de l’Etat d’IsraĂ«l « « A la fin de la deuxiĂšme guerre mondiale, prenant prĂ©texte des souffrances juives ils (les EuropĂ©ens, ndlr) ont eu recours aux moyens militaires pour crĂ©er une nation de sans abris. Ils ont envoyĂ© des migrants d’Europe et des États unis et d’autres parties du monde afin d’établir un gouvernement totalement raciste dans la Palestine occupĂ©e » (sur l’analyse du discours d’Ahmadinejad Ă  la confĂ©rence de Durban sur le racisme Ă  GenĂšve, lire l’article de Frederic Courvoisier Mahmoud Ahmadinejad Ă  la ConfĂ©rence de « Durban II » : Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range. La confĂ©rence sur l’holocauste organisĂ©e Ă  TĂ©hĂ©ran en 2006 en prĂ©sence du nĂ©gationniste français Faurisson est une forme de propagande anti-sioniste.

En guise de conclusion, il convient d’évoquer la gĂ©ographie politique du vote du rapport Goldstone. L’analyse du vote marque la fin de la propagande sioniste internationale et une timide prise de conscience des pays du Tiers-monde vis-Ă -vis d’un État, l’État sioniste, qui, jusqu’ici, a violĂ© toutes les lois internationales et qui a bĂ©nĂ©ficiĂ©, grĂące Ă  la complicitĂ© occidentale, d’une impunitĂ© parfaite. Mais n’allons pas vite en besogne, car ce n’est pas demain que nous verrons les criminels de guerre sionistes, les mains enchaĂźnĂ©es, en train de rĂ©pondre de leurs crimes devant un tribunal pĂ©nal international, devant la Cour pĂ©nale internationale ou devant une instance pĂ©nale nationale. AprĂšs la guerre de Gaza, l’inquiĂ©tude gagne le rang des hauts responsables militaires et politiques israĂ©liens menacĂ©s de poursuites judiciaires ou d’arrestations lors de leurs dĂ©placements Ă  l’étranger. Pour les informer sur les pays Ă  risque notamment l’Espagne, une cellule spĂ©ciale a Ă©tĂ© mise en place au ministĂšre des affaires Ă©trangĂšres. Cela Ă©tant dit, revenons Ă  prĂ©sent au rapport Goldstone. Le rapport Goldstone a Ă©tĂ© adoptĂ© par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU par 25 voix contre 6 voix. Les États qui ont votĂ© pour le rapport Goldstone sont : BahreĂŻn, Djibouti, Egypte, Jordanie, Qatar, Arabie saoudite, Pakistan, IndonĂ©sie, Bangladesh, SĂ©nĂ©gal, les Etats d’AmĂ©rique centrale et du sud (BrĂ©sil, Argentine, Bolivie, Chili, Cuba, Nicaragua), Nigeria, Afrique du sud, Zambie, Ghana, Inde, Philippines, Chine, Russie. Les États qui ont votĂ© contre, ce sont les Etats-Unis et leurs satellites, Italie, Hollande, NorvĂšge, Slovaquie, Ukraine et Hongrie. 11 Pays se sont abstenus comme l’Allemagne, la France, la SlovĂ©nie, le Japon, la CorĂ©e du sud, le Mexique. Mais ce qui attire l’attention lors de ce vote est l’attitude de la Bosnie-HerzĂ©govine qui a votĂ© contre le rapport Goldstone alors que les Bosniaques ont vĂ©cu une situation dramatique similaire Ă  celle que vit aujourd’hui les palestiniens sous l’occupation israĂ©lienne. Bien que vouĂ©, comme tous les autres rapports, aux oubliettes de l’histoire, le rapport Goldstone a tout de mĂȘme rĂ©vĂ©lĂ© un phĂ©nomĂšne inĂ©dit, la fin de la propagande sioniste internationale qui ne peut plus cacher les images de l’horreur et de la barbarie israĂ©lienne en Palestine et qui n’a plus assez de ressources pour manipuler comme bon lui semble les opinions publiques occidentales ou non occidentales et de ce fait on ne peut que s’en fĂ©liciter.

Faouzi Elmir, pour Mecanopolis

Nous vous recommandons de visiter le blog de Faouzi Elmir :

Le Bulletin de l’International

juil 08 2009

L’appropriation du sens rĂ©el des spiritualitĂ©s comme arme contre la servitude (deuxiĂšme partie)

Par Régis Mex

On estime que 95 % des ĂȘtres humains ont accĂšs Ă  la « Sainte Bible » dans une langue qu’ils comprennent, de nos jours. Environ 40 millions de bibles sont distribuĂ©es chaque annĂ©e dans le monde; il s’agit du livre le plus lu de l’histoire de l’humanitĂ©. Si une partie de la Bible est dotĂ©e de sens, Ă  l’instar des Évangiles et d’autres passages du Nouveau Testament, on ne peut pas en dire autant de la version de la GenĂšse que l’on trouve dans l’Ancien Testament. Or, ce qui n’a pas de sens et a fortement contribuĂ© Ă  occulter toute chose plus subtile que ce qui est accessible par les cinq sens organiques a longtemps Ă©tĂ© prĂ©fĂ©rĂ© au contenu plus intelligent et Ă©ducatif du grand livre chrĂ©tien.

3529082359_291e96643c

Voici quelques exemples de cette manipulation:

Ce document, conservé à la BibliothÚque nationale de France, contient certains conseils que les cardinaux donnÚrent au pape Jules III à son élection en 1550:

« La lecture de l’Evangile ne doit ĂȘtre permise que le moins possible, surtout en langue moderne et dans les pays soumis Ă  votre autoritĂ©. Le trĂšs peu qui est lu gĂ©nĂ©ralement Ă  la messe devrait suffire et il faudrait dĂ©fendre Ă  quiconque d’en lire plus. Tant que le peuple se contentera de ce peu, vos intĂ©rĂȘts prospĂ©reront, mais dĂšs l’instant qu’on voudra en lire plus, vos intĂ©rĂȘts commenceront Ă  en souffrir.

VoilĂ  le livre qui, plus qu’aucun autre, provoquera contre nous les rĂ©bellions, les tempĂȘtes qui ont risquĂ© de nous perdre. En effet, quiconque examine diligemment l’enseignement de la Bible et le compare Ă  ce qui se passe dans nos Eglises trouvera bien vite les contradictions et verra que nos enseignements s’Ă©cartent souvent de celui de la Bible et, plus souvent encore, s’opposent Ă  celle-ci. Si le peuple se rend compte de ceci, il nous provoquera jusqu’Ă  ce que tout soit rĂ©vĂ©lĂ© et alors nous deviendrons l’objet de la dĂ©rision et de la haine universelles. Il est donc nĂ©cessaire que la Bible soit enlevĂ©e et dĂ©robĂ©e des mains du peuple avec zĂšle, toutefois sans provoquer de tumulte ».

(Feuille BibliothĂšque nationale 1089. Volume II. Page 641-650 – rĂ©fĂ©rences Fond Latin n°12558 – AnnĂ©e 1550)

L’historique suivant est repris du travail de Mary Ann Collins:

L’Église Catholique a longtemps enchaĂźnĂ© la Bible en ne diffusant que sa traduction en latin, la Vulgate (qui remonte au dĂ©but du Ve siĂšcle), et en refusant qu’elle soit traduite dans les langues courantes, ce qui aurait permis que tout le monde la comprenne.

Dans l’empire romain, le latin Ă©tait devenu la langue universelle. La Bible a Ă©tĂ© Ă©crite en hĂ©breu pour l’Ancien Testament, et en grec pour le Nouveau Testament. Quand elle fut traduite en latin, davantage de gens purent la lire. Toutefois, avec l’effondrement de l’empire romain, le latin fut de moins en moins parlĂ©. Finalement, seuls les Ă©rudits pouvaient le comprendre. La grande majoritĂ© du peuple ne parlait plus le latin.

A partir de 1080, suite Ă  de nombreux incidents, le Pape, les Conciles de l’Eglise et les Ă©vĂȘques finirent par interdire la traduction de la Bible dans la langue vernaculaire, c’est-Ă -dire dans la langue parlĂ©e par tout le monde. Des hommes comme William Tyndale furent brĂ»lĂ©s comme hĂ©rĂ©tiques pour avoir traduit la Bible en anglais. 

L’interdiction portĂ©e par l’Église romaine de lire les livres saints remonte au concile de Toulouse en 1229. MĂȘme les laĂŻcs n’Ă©taient pas autorisĂ©s Ă  lire la Bible en latin. Le seul fait de lire la Bible Ă©tait considĂ©rĂ© comme une preuve d’hĂ©rĂ©sie. Des hommes et des femmes furent brĂ»lĂ©s vifs pour avoir lu la Bible en latin.

En 1582 fut publiĂ©e la premiĂšre traduction catholique du Nouveau Testament en anglais. Une traduction catholique de l’Ancien Testament fut publiĂ©e en 1609. Ces traductions ne furent pas faites Ă  partir des textes originaux hĂ©breu et grec, mais Ă  partir d’une version en latin.

Selon l’enseignement officiel de l’Église Catholique, les Catholiques ne sont pas autorisĂ©s Ă  croire ce qu’ils lisent eux-mĂȘmes dans la Bible, sans avoir consultĂ© d’abord les autoritĂ©s de l’Église Catholique. Ils doivent savoir de quelle maniĂšre les Ă©vĂȘques de l’Église interprĂštent ces passages, et ils doivent aussi accepter avec « docilitĂ© » les enseignements des Ă©vĂȘques, comme s’ils Ă©taient donnĂ©s par JĂ©sus-Christ lui-mĂȘme. Ils ne sont pas autorisĂ©s Ă  recourir Ă  leur propre jugement, ni Ă  suivre leur propre conscience. On leur demande de croire tout ce que leur diront leurs Ă©vĂȘques, sans rien remettre en question.

MalgrĂ© de nombreuses manipulations de traduction lors de passage de textes de l’hĂ©breu et du grec au latin, puis du latin en langue vernaculaire, le clergĂ© craignait donc les rĂ©vĂ©lations que contenaient le livre qui Ă©tait la pierre principale sur laquelle reposaient les fondations de leur Église. Le sens des textes relatifs Ă  la vie de JĂ©sus, par exemple, Ă©tait restĂ© intact, mais l’enseignement du Christ contrariait quelque peu les intentions du clergĂ©, Ă  mille lieues d’un message de fraternitĂ© et de paix. VoilĂ  pourquoi ils l’ont occultĂ© et ont auto-qualifiĂ© leur parole comme Ă©tant infaillible, ainsi que tant d’autres subterfuges qui ont servi Ă  manipuler les masses pour des buts exclusivement politiques.

Matthieu 15:8-9:

Ce peuple m’honore des lĂšvres, mais son cƓur est Ă©loignĂ© de moi. C’est en vain qu’ils m’honorent, en enseignant des prĂ©ceptes qui sont des commandements d’hommes.

Marc 7:8:

Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous observez la tradition des hommes.

Matthieu 13:11, 15:

Car le coeur de ce peuple est devenu insensible; ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermĂ© leurs yeux, de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles, qu’ils ne comprennent de leur coeur.

Au-delĂ  de la gravitĂ© des faits qui ont eu lieu pendant 1500 ans de main-mise de l’Église catholique sur les affaires des pays europĂ©ens, la pensĂ©e empoisonnĂ©e qu’elle a dispensĂ©e s’est accrochĂ©e profondĂ©ment dans les fondements de la doctrine judĂ©o-chrĂ©tienne et dans l’esprit de tous ceux qui y ont baignĂ©, habituant les occidentaux Ă  penser en des termes rĂ©ducteurs, et façonnant sans doute en grande partie les raisons de l’avĂšnement de nos sociĂ©tĂ©s de consommation.

Pourtant, le travail remarquable de nombreux occultistes des Temps Modernes dĂ©sireux de retourner Ă  la source des spiritualitĂ©s n’a pas trouvĂ© de rĂ©el Ă©cho dans l’opinion publique, et peu d’entre nous sont au fait de leurs ouvrages. Dans la suite de cet article, je vais tenter de donner un aperçu de l’ampleur de la diffĂ©rence entre sens biblique et sens rĂ©el du SĂ©pher de MoĂŻse par comparaison entre les deux versions en reprenant la retraduction du SĂ©pher de MoĂŻse de Fabre d’Olivet et en m’appuyant sur les commentaires que Claude Le Moal en fait dans son livre « La vĂ©ritable histoire d’Adam et Eve, Tome 1: La Providence ». Bien sĂ»r, j’essaie de rĂ©sumer Ă  ma maniĂšre les idĂ©es et versets essentiels d’un livre de plus de 500 pages, ce qui ne peut qu’ĂȘtre approximatif, mais j’espĂšre que cela intĂ©ressera un maximum d’entre vous.

creation

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ 1‬ :

1.27.‭ ‬Dieu crĂ©a l’homme Ă  son image ‭; ‬il le crĂ©a Ă  l’image de Dieu,‭ ‬il crĂ©a l’homme et la femme.‭

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ C‬hapitre I :

27.‭ ‬Et Lui,‭ ‬L’Être des ĂȘtres,‭ ‬avait créé l’existence potentielle d’Adam,‭ ‬l’Homme universel,‭ ‬en son ombre rĂ©flĂ©chie ‭; ‬en son ombre divine il l’avait créé ‭; ‬et puissance collective,‭ ‬l’avait identifiĂ© ensemble mĂąle et femelle.‭

Dans cette premiĂšre comparaison, la diffĂ©rence entre ces deux extraits est moindre que dans les suivants. Mais elle n’en reste pas moins de taille. Fabre d’Olivet dit que Dieu a tout d’abord créé « l’existence potentielle d’Adam », donc le principe duquel dĂ©coule les lois propres Ă  l’Homme, une sorte d’archĂ©type qui fixerait les mĂ©canismes selon lesquels les hommes se comportent, leur raison d’ĂȘtre, ou encore leur destinĂ©e. Il prĂ©cise que cet « Homme universel » est Ă  la fois mĂąle et femelle, avant que ce principe ne se divise en deux autres principes, respectivement AĂźsh et AĂźshah (Eve), ce qui sera important pour la comprĂ©hension de certains des prochains extraits.

Le plus important dans ce passage est toutefois la diffĂ©rence entre « Dieu crĂ©a l’homme Ă  son image » et « Dieu crĂ©a l’Homme universel en son ombre rĂ©flĂ©chie, en son ombre divine ». La premiĂšre phrase sous-entend que « l’image » Ă  partir de laquelle Dieu a créé l’homme est purement visible, physique, ce qui a suscitĂ© par la suite la reprĂ©sentation de Dieu comme un vieillard barbu perchĂ© sur son nuage Ă©garĂ© dans le ciel. Or, la seconde version dit bien que c’est en terme de reflet divin, dans le domaine spirituel, que l’Homme est l’ombre de son CrĂ©ateur. Cette nuance change donc du tout au tout les perspectives de la destinĂ©e humaine; lĂ  oĂč la GenĂšse Biblique nous laisse entendre qu’il n’y a pas de rĂ©el but dans l’existence du genre humain, parce qu’il n’est soi-disant rien de plus que le plus intelligent des animaux, le SĂ©pher de MoĂŻse indique clairement que l’ĂȘtre humain se distingue du rĂšgne animal par les capacitĂ©s potentielles d’un esprit d’essence divine qu’il est le seul Ă  possĂ©der. J’ai bien dit que ces capacitĂ©s Ă©taient potentielles; leur activation dĂ©pend de l’effort qui est fait dans ce but. Plus l’on se dĂ©tĂąche des aspirations vulgaires et instinctives du matĂ©rialisme et des comportements vicieux, et plus l’on cultive au contraire les comportements vertueux, et plus l’esprit se rapproche de sa nature divine, puisqu’il suit les lois divines qui s’expriment dans la justice et la subtilitĂ© d’action, de pensĂ©e, et de parole, ou encore la qualitĂ© du discernement. Par « se dĂ©tĂącher du matĂ©rialisme », j’insiste bien sur le fait que j’entends par lĂ  se dĂ©tĂącher de tout mauvais penchant Ă  vouloir trop possĂ©der, ou Ă  dĂ©sirer des choses inutiles et malsaines; donc savoir utiliser le matĂ©riel simplement pour ce qu’il est, dans les proportions oĂč il le faut, et y trouver un juste milieu, ce qui n’a rien Ă  voir avec une vie ascĂ©tique ou quoique ce soit de ce genre. La dĂ©rive matĂ©rialiste survient lorsque le matĂ©riel et le confort de mĂȘme que le plaisir purement physiques qu’il procure deviennent les buts mĂȘmes de la vie de quelqu’un, auquel cas il est possĂ©dĂ© par ce qu’il possĂšde, comme le veut le dicton. Un autre dicton dit que l’on est ce qu’on mange; dire que l’on est ce qu’on pense est Ă©galement vrai. La voie de l’Ă©volution de l’homme est donc celle du bien; s’il ne l’emprunte pas, il stagne ou rĂ©gresse.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬2 :

2.7.‭ ‬L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussiĂšre de la terre,‭ ‬il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un ĂȘtre vivant.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ C‬hapitre II :

7.‭ ‬Or,‭ ‬l’Être des ĂȘtres,‭ ‬ayant formĂ© la substance d’Adam,‭ ‬de la sublimation des parties les plus subtiles de l’ÉlĂ©ment adamique,‭ ‬inspira dans son entendement une essence exhalĂ©e des Vies,‭ ‬et dĂšs lors Adam,‭ ‬l’Homme universel,‭ ‬devint une similitude de l’Âme vivante,‭ ‬universelle.‭

Ce verset rejoint le deuxiĂšme paragraphe du verset prĂ©cĂ©dent; par « inspira dans son entendement une essence exhalĂ©e des Vies », il faut comprendre que l’Homme universel possĂšde une intelligence spirituelle grĂące Ă  « l’essence exhalĂ©e des Vies », soit son essence d’origine divine. La prĂ©sence de cette intelligence spirituelle est possible du fait que l’Homme universel a Ă©tĂ© créé « des parties les plus subtiles de l’ÉlĂ©ment adamique », l’ÉlĂ©ment adamique reprĂ©sentant l’Ă©tat primordial des forces encore non-manifestĂ©es, non contractĂ©es en matiĂšre, soit les forces supĂ©rieures qui se sont Ă©tablient en principes dont les lois rĂ©gissent les manifestations qui en dĂ©coulent. De fait, Adam est semblable Ă  « l’Âme vivante, universelle », donc semblable Ă  Dieu d’aprĂšs les principes dont il est issu, tout comme n’importe quelle autre crĂ©ation, puisque Dieu est dans tout Ă©tant donnĂ© que tout est Ă©manĂ© de Dieu. Mais l’Homme universel, lui, a Ă©tĂ© manifestĂ© dans une forme humanoĂŻde dans la sphĂšre des manifestations, aprĂšs avoir Ă©tĂ© divisĂ© en deux polaritĂ©s mĂąle et femelle, et a Ă©tĂ© inspirĂ© de « l’entendement de l’essence exhalĂ©e des Vies ». Il se distingue donc de l’animal par ses facultĂ©s supĂ©rieures, qui lui permettent, entre autre, la crĂ©ation, le discernement, l’imagination, de mĂȘme que la possibilitĂ© d’apprĂ©hender l’aprĂšs-mort.

Si nous avons la notion d’un Au-DelĂ , c’est parce que la partie de nous qui tire son origine divine, l’esprit, n’est pas plus soumise au temps ni Ă  la mortalitĂ© que Dieu lui-mĂȘme. Or, Dieu est immortel puisqu’il est une sorte de champ de forces les plus subtiles et sublimĂ©es qui existent dans l’Univers; il est donc logique que l’esprit humain le soit aussi. Mais, puisque comme le disait Virgile,‭ «‏ Les choses d’ici-bas reçoivent autant de force et de vertu des cieux que la matiĂšre est disposĂ©e Ă  en recevoir ‭», le niveau de puretĂ© de l’esprit humain dĂ©pend de la conduite de son hĂŽte.

‭Nous pourrions faire une analogie intĂ©ressante entre la concentration des molĂ©cules d’un objet solide, d’un liquide et d’un gaz; plus les molĂ©cules sont concentrĂ©es, moins l’objet est subtil. Ce principe est Ă©galement valable pour le domaine de l’esprit; plus les pensĂ©es sont vulgaires, et plus leur action sur l’esprit est compressive, asservissante. En somme, plus l’individu est attachĂ© aux bassesses de ce monde, et plus sa libertĂ© vis-Ă -vis de lui-mĂȘme et ses facultĂ©s spirituelles sont dĂ©clinantes, voire absentes. Au contraire, plus il s’en dĂ©tache, et plus il devient indĂ©pendant des aspirations matĂ©rielles de son corps physique, et est donc plus apte Ă  connaĂźtre ses propres façons de fonctionner en profondeur et Ă  maĂźtriser ses pulsions. Il obtient plus de sens critique envers lui-mĂȘme et devient l’observateur et le garant de son propre comportement. Ce sont des consĂ©quences parmi d’autres de la stimulation de l’intelligence spirituelle, qui amĂšne au dĂ©veloppement des plus subtiles capacitĂ©s de l’ĂȘtre humain, car connaĂźtre les lois selon lesquelles on fonctionne, c’est ĂȘtre libre. Il me semble aussi appropriĂ© d’ajouter la citation « Connais toi toi-mĂȘme et tu connaĂźtras le monde et les dieux » dans ce contexte.

‭Cette Ă©volution est due au respect des rĂšgles divines par l’individu concernĂ©, et, s’Ă©tant engagĂ© sur cette voie qui l’a menĂ© vers la Conscience, les murmures de la Providence, selon les termes de Claude Le Moal, lui deviennent audibles. Cette Providence accorde la personne ayant atteint la libertĂ© intĂ©rieure sur des niveaux de pensĂ©e qui correspondent Ă  la puretĂ© de ses propres pensĂ©es, et lui suggĂšre quelques inspirations de mĂȘme ordre. La citation de Virgile ci-dessus ou l’adage « On est ce que l’on pense » expriment la mĂȘme chose. Quelqu’un qui resterait dans le domaine de l’instinctif animal et du raisonnement purement cĂ©rĂ©bral et matĂ©rialiste resterait prisonnier des « forces du Destin », ce qui signifie qu’il serait soumis Ă  ce que lui dicte son programme biologique, et suivrait donc des lois infĂ©rieures Ă  celles de la Providence, sans rĂ©el libre-arbitre.

‭Or, si l’on admet que chacun de nous est « connectĂ© » Ă  une « frĂ©quence » de pensĂ©es selon ses aspirations, et que cette « connexion » se passe dans le domaine de l’esprit, nous pouvons dĂ©duire que notre aprĂšs-mort sera constituĂ© de la sensation procurĂ©e par le « niveau de puretĂ© » que nous aurons atteint, puisque l’esprit est immortel.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬2 :

2.17.‭ ‬Mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal,‭ ‬car le jour oĂč tu en mangeras,‭ ‬tu mourras.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ C‬hapitre II :

17.‭ ‬Mais de la substance physique ‭(‬cinq sens organiques‭) ‬de la connaissance du bien et du mal,‭ ‬garde-toi de faire aucune satisfaction car au jour mĂȘme oĂč tu t’en alimenteras,‭ ‬tu deviendras muable,‭ ‬et tu mourras.

‭Ici, il est dĂ©conseillĂ© de se satisfaire de la « substance physique connaissance du bien et du mal », Ă©tant donnĂ© que quiconque considĂ©rant les cinq sens organiques comme seule vĂ©ritĂ© de la connaissance du bien et du mal se retrouverait de fait sous la domination du Destin. Il n’y a effectivement pas d’autres alternatives en se contentant de choses purement physiques.

‭Il est ensuite prĂ©cisĂ© que si l’on en vient Ă  se satisfaire de cet Ă©tat de soumission Ă  soi-mĂȘme qu’est le Destin, l’on devient « muable », et meurt. Ceci est Ă  remettre dans le vĂ©ritable contexte du SĂ©pher de MoĂŻse, car le concept de rĂ©incarnation y est compris, malgrĂ© le fait que la chrĂ©tientĂ© l’ait par la suite rejettĂ© et que ceux qui y adhĂ©raient Ă©taient dĂ©clarĂ©s hĂ©rĂ©tiques. Á l’instar du bouddhisme, donc, il est considĂ©rĂ© qu’une vie humaine n’est pas suffisante pour parvenir Ă  l’objectif de l’Ă©volution humaine qu’est l’Ă©lĂ©vation de la puretĂ© d’esprit Ă  un niveau digne d’atteindre le NirvĂąna ou le Paradis, qui sont des synonymes pour dĂ©crire la plus grande qualitĂ© d’ondes spirituelles Ă  laquelle l’on puisse parvenir. La logique est que l’on se rĂ©incarne dans d’autres corps humains (le SĂ©pher de MoĂŻse, contrairement Ă  la doctrine bouddhiste, exclut l’idĂ©e qu’un ĂȘtre humain puisse se rĂ©incarner en animal, ce qui induit une Ă©volution constante) dont les caractĂ©ristiques, que ce soit au niveau de la personnalitĂ©, de l’intellect, etc., dĂ©pendent du niveau d’Ă©volution de l’esprit qui le reçoit. Nous pourrions Ă  nouveau citer Virgile pour justifier ce phĂ©nomĂšne («‏ Les choses d’ici-bas reçoivent autant de force et de vertu des cieux que la matiĂšre est disposĂ©e Ă  en recevoir ‭»), de mĂȘme que ce prochain verset:

La Genùse Biblique,‭ ‬chapitre‭ ‬6 :

6.2.‭ ‬Les fils de Dieu virent que les filles des hommes Ă©taient belles,‭ ‬et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre VI :

2.‭ ‬Or,‭ ‬les ĂȘtres Ă©manĂ©s de l’Être des ĂȘtres,‭ ‬effluences spirituelles,‭ ‬ayant considĂ©rĂ© ces formes sensibles,‭ ‬les trouvĂšrent agrĂ©ables,‭ ‬et s’unirent comme Ă  des facultĂ©s gĂ©nĂ©ratrices,‭ ‬à toutes celles qui leur plurent de prĂ©fĂ©rence.‭

‭Il dĂ©coule donc de ceci que tant que l’on subit ce cycle des rĂ©incarnations, on est condamnĂ© Ă  poursuivre son Ă©volution sur Terre, seule maniĂšre de parfaire tous les aspects des individus dans leur intĂ©gralitĂ©, avec le lot de souffrances que cela implique. C’est donc pour cela que l’on « meurt » lorsque l’on est soumi au Destin, parce que l’on ne cesse d’ĂȘtre mortel. Peut-ĂȘtre ce sort est-il ce que certaines personnes dĂ©crivent par le mot « Enfer ».

La GenĂšse Biblique, Chapitre 2 :

2.21. Alors l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, qui s’endormit; il prit une de ses cĂŽtes, et referma la chair Ă  sa place.

Le Sépher de Moïse, Chapitre II :

21. Alors l’Être des ĂȘtres laissa tomber un sommeil profond et sympathique sur cet Homme universel, qui s’endormit soudain; et rompant l’unitĂ© de ses enveloppes extĂ©rieures, il prit l’une d’elles, et revĂȘtit de forme et de beautĂ© corporelle sa faiblesse originelle.

De cette division qui donnera lieu Ă  la polarisation de l’Homme universel en AĂźsh et en AĂźshah dĂ©coule la nĂ©cessitĂ© de l’ĂȘtre humain de retrouver l’unitĂ© dĂ©sormais rompue de l’Homme universel, de sorte Ă  accĂ©der Ă  la Conscience et Ă  sortir de sa dĂ©pendance Ă  l’inconscient collectif, qui est l’Ă©tat de « sommeil profond » dans lequel il est plongĂ© jusqu’alors.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬2 :

2.23.‭ ‬Et l’homme dit :‭ «‏ Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ‭! ‬On l’appellera femme,‭ ‬parce qu’elle a Ă©tĂ© prise de l’homme. ‭»

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre II :

23.‭ ‬Et Adam,‭ ‬dĂ©clarant sa pensĂ©e,‭ ‬dit :‭ «‏ Celle-ci est vĂ©ritablement substance de ma substance,‭ ‬et forme de ma forme ‭; ‬et il l’appela AĂźshah,‭ ‬facultĂ© volitive efficiente,‭ ‬à cause du principe volitif intellectuel AĂźsh,‭ ‬dont elle avait Ă©tĂ© tirĂ©e en substance.‭

‭Tout comme la GenĂšse Biblique n’a pas fait mention de la crĂ©ation d’un archĂ©type androgyne du genre humain, elle ne parle pas non plus de la polarisation de l’Homme universel en deux nouveaux principes qui donneront respectivement Ă  l’homme et Ă  la femme manifestĂ©es certaines spĂ©cificitĂ©s. Les mĂ©canismes du principe fĂ©minin AĂźshah, lui donnent les caractĂ©ristiques d’ĂȘtre la « facultĂ© volitive efficiente », soit volontĂ©, clĂ© du libre-arbitre. l’attribut divin de la Conscience, passivitĂ©, intuitivitĂ©. Quant au principe masculin, ‬AĂźsh, ses attributs sont davantage axĂ©s sur l’intellect raisonneur, le mental. Or, tout comme chacun de nous a des parties cĂ©rĂ©brales masculines et fĂ©minines quel que soit son sexe, notre esprit possĂšde Ă©galement les deux faces de la piĂšce, un principe Ă©tant gĂ©nĂ©ralement laissĂ© latent par rapport Ă  l’autre plus actif, dans des proportions relatives Ă  un individu donnĂ©. La difficultĂ© survient lorsque l’on dĂ©sire activer les aspects des deux principes Ă  la fois; si l’on parvient Ă  une telle maĂźtrise, l’unitĂ© spirituelle de l’Homme universelle est alors retrouvĂ©e, ce qui permet d’avoir accĂšs Ă  toutes les facultĂ©s potentielles de notre ĂȘtre tout en trouvant la paix intĂ©rieure, l’arrivĂ©e Ă  un tel Ă©tat ne pouvant qu’aller de pair avec l’entendement de la Providence obtenu grĂące au perfectionnement de son esprit et au dĂ©tachement de ses aspirations matĂ©rielles inutiles.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬2 :

2.25.‭ ‬C’est pourquoi l’homme quittera son pĂšre et sa mĂšre,‭ ‬et s’attachera Ă  sa femme,‭ ‬et ils deviendront une seule chair.‭

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre II :

24.‭ ‬VoilĂ  pourquoi l’homme intellectuel,‭ ‬AĂźsh,‭ ‬doit se rĂ©unir Ă  sa compagne intellectuelle,‭ ‬AĂźshah,‭ ‬sa facultĂ© volitive ‭; ‬afin de ne faire avec elle qu’un seul ĂȘtre sous une mĂȘme forme.‭

Ce verset est dans la continuitĂ© de l’explication du prĂ©cĂ©dent, car il est dit qu’AĂźsh et AĂźshah doivent s’unir pour ne plus former qu’un seul ĂȘtre (toujours dans le domaine strictement spirituel).

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :

3.1.‭ ‬Le serpent Ă©tait le plus rusĂ© de tous les animaux des champs que l’Éternel Dieu avait faits.‭ ‬Il dit Ă  la femme :‭ ‬Dieu a-t-il rĂ©ellement dit :‭ «‏ Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ‭?‏ ‭»

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

1.‭ ‬Cependant,‭ ‬Nahash,‭ ‬l’attract originel,‭ ‬la CupiditĂ©,‭ ‬cette ardeur interne,‭ ‬appĂ©tente,‭ ‏était la passion entraĂźnante de la vie Ă©lĂ©mentaire,‭ ‬le principe intĂ©rieur de la Nature,‭ ‬ouvrage de l’Être des ĂȘtres.‭ ‬Or,‭ ‬cette Passion insidieuse dit Ă  AĂźshah,‭ ‬la facultĂ© volitive d’Adam: ‭«‏ Pourquoi vous a-t-il recommandĂ©,‭ ‬l’Être des Êtres,‭ ‬de ne pas vous alimenter de toute la substance de la sphĂšre organique ‭?‏ ‭»

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :

3.2.‭ ‬et‭ ‬3.3.‭ ‬La femme rĂ©pondit au serpent :‭ « ‬Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.‭ ‬Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin,‭ ‬Dieu a dit :‭ «‏ Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point,‭ ‬de peur que vous ne mouriez. ‭»

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

2.‭ ‬et‭ ‬3.‭ ‬Et la FacultĂ© volitive rĂ©pondit Ă  cette Ardeur cupide :‭ «‏ Nous pouvons sans crainte nous alimenter du fruit substantiel de l’enceinte organique. ‭» ‬Mais quant au fruit de la substance mĂȘme qui est au centre de cette enceinte,‭ ‬il nous a dit,‭ ‬l’Être des ĂȘtres ‭; «‏ Vous n’en ferez pas aliment,‭ ‬vous n’y aspirerez pas votre Ăąme,‭ ‬de peur que vous ne vous fassiez inĂ©vitablement mourir. ‭»

‭Nous retrouvons le mĂȘme principe que dans le verset 2.17 quant au danger de mortalitĂ© continue lorsqu’on s’alimente (au sens figurĂ©) exclusivement de substance physique, et que l’on aspire son Ăąme dans la matĂ©rialitĂ©. Il est cependant prĂ©cisĂ© ici qu’il n’y a pas de crainte Ă  avoir par rapport Ă  l’utilisation du « fruit substantiel de l’enceinte organique », car il faut bien passer, dans les premiers stades de l’Ă©volution, par un certain attrait vis-Ă -vis des aspects Ă©lĂ©mentaires de la vie. En effet, il n’y aurait pas d’Ă©volution s’il n’y avait que le bien ou que le mal sur Terre; l’existence du mal (le mal n’Ă©tant pas nĂ©cessairement de la mĂ©chancetĂ©, mais l’expression des penchants vulgaires qui existent sur Terre, sans discernement) est nĂ©cessaire dans un premier temps pour que l’individu puisse finalement prendre conscience, lorsque le fait qu’il n’est pas sur la bonne voie devient flagrant, que la meilleure solution est de s’engager sur le chemin qui mĂšne vers un plus grand bien. Ce bien finit toujours par remplacer l’imperfection qui est inhĂ©rente au mal, car les alternatives plus subtiles sont aussi les plus sophistiquĂ©es, et donc les meilleures. Le mal n’existe donc que pour servir de « tremplin » vers un Ă©tat de plus grand bien. Il n’existe que sur Terre car la Terre est le seul endroit oĂč il puisse y avoir une quelconque Ă©volution, grĂące Ă  l’activitĂ© incessante qui y a lieu. Mais moins on en est affectĂ©, et plus on s’Ă©carte de la soumission du Destin, pour s’approcher davantage de la Providence.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :

3.16.‭ ‬Il dit Ă  la femme :‭ «‏ J’augmenterai la souffrance de tes grossesses,‭ ‬tu enfanteras avec douleur,‭ ‬et tes dĂ©sirs se porteront vers ton mari,‭ ‬mais il dominera sur toi.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

16.‭ ‬S’adressant Ă  AĂźshah,‭ ‬la facultĂ© volitive,‭ ‬il lui dit :‭ «‏ Je multiplierai le nombre des obstacles physiques de toutes sortes,‭ ‬opposĂ©s Ă  l’exĂ©cution de tes dĂ©sirs,‭ ‬en augmentant en mĂȘme temps le nombre de tes conceptions mentales et de tes enfantements.‭ ‬Avec travail et douleur tu donneras l’ĂȘtre Ă  tes productions ‭; ‬et vers ton principe intellectuel,‭ ‬entraĂźnĂ© par ton penchant,‭ ‬tu subiras son empire,‭ ‬et il se reprĂ©sentera en toi.‭

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :‭

3.17.‭ ‬Il dit Ă  l’homme :‭ «‏ Puisque tu as Ă©coutĂ© la voix de ta femme,‭ ‬et que tu as mangĂ© de l’arbre au sujet duquel je t’avais donnĂ© cet ordre :‭ ‬Tu n’en mangeras point ‭! ‬Le sol sera maudit Ă  cause de toi.‭ ‬C’est Ă  force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

17.‭ ‬Et Ă  l’Homme universel,‭ ‬Adam,‭ ‬il dit ensuite :‭ ‬puisque tu as prĂȘtĂ© l’oreille Ă  la voix de ta facultĂ© volitive,‭ ‬et que tu t’es nourri de cette substance,‭ ‬de laquelle je t’avais expressĂ©ment recommandĂ© de ne t’alimenter nullement,‭ ‬maudit soit l’Ă©lĂ©ment adamique,‭ ‬homogĂšne et similaire Ă  toi,‭ ‬relativement Ă  toi ‭; ‬avec angoisse tu seras forcĂ© d’en alimenter tous les moments de ton existence.‭

‭Ce verset n’est que la claire consĂ©quence du pĂȘchĂ© originel que nous connaissons tous; ayant cĂ©dĂ© Ă  la « substance physique du centre de l’enceinte organique » par l’exercice de son libre-arbitre et en toute connaissance de cause, le chemin vers la rĂ©demption d’AĂźsh et AĂźshah sera long et angoisseux du fait de leur soumission au Destin.

La Genùse Biblique,‭ C‬hapitre‭ ‬3 :‭

3.19.‭ ‬C’est Ă  la sueur de ton visage que tu mangeras du pain,‭ ‬jusqu’Ă  ce que tu retournes dans la terre,‭ ‬d’oĂč tu as Ă©tĂ© pris ‭; ‬car tu es poussiĂšre,‭ ‬et tu retourneras dans la poussiĂšre.

Le SĂ©pher de MoĂŻse,‭ ‬Chapitre III :

19.‭ ‬Tu te nourriras dans l’agitation continuelle de ton esprit,‭ ‬et jusqu’au moment de ta rĂ©intĂ©gration Ă  l’ÉlĂ©ment adamique,‭ ‬homogĂšne et similaire Ă  toi :‭ ‬car,‭ ‬comme tu as Ă©tĂ© tirĂ© de cet Ă©lĂ©ment,‭ ‬et que tu en es une Ă©manation spiritueuse,‭ ‬ainsi c’est Ă  cette Ă©manation spiritueuse que tu dois ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ©.‭

Nous terminons cette prĂ©sentation de versets du SĂ©pher de MoĂŻse retraduit par Fabre d’Olivet par cette rĂ©affirmation que l’ĂȘtre humain est une Ă©manation spiritueuse d’origine divine, et qu’il doit ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ© Ă  cet Ă©lĂ©ment divin Ă  la fin de son parcours d’Ă©volution sur Terre.

Pour ceux qui seraient intĂ©ressĂ©s par la lecture de l’ouvrage intĂ©gral avec commentaire, ils le trouveront en tĂ©lĂ©chargement gratuit en bas de cette page.

La premiĂšre partie de cet article est disponible ici.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

juil 07 2009

L’appropriation du sens rĂ©el des spiritualitĂ©s comme arme contre la servitude (premiĂšre partie)

Par Régis Mex

Le fait que nous vivons dans une sociĂ©tĂ© aux valeurs inversĂ©es, c’est-Ă -dire dans une sociĂ©tĂ© oĂč l’esprit collectif a plus de respect pour toutes les manifestations du mal que pour celles du bien, n’est un secret pour personne. Les masses vouent effectivement plus de respect Ă  tout vice qui revĂȘt d’un caractĂšre Ă©goĂŻste, impudique et impulsif qu’Ă  l’altruisme, l’Ă©rudition, la gĂ©nĂ©rositĂ© ou toute autre vertu. Elles n’apprĂ©cient en fait ces derniĂšres que lorsqu’elles peuvent en profiter et non lorsqu’elles peuvent les appliquer; autrement dit, lorsque cela peut contribuer Ă  renforcer leur Ă©goĂŻsme. Ces mĂȘmes masses ont toutefois l’audace d’attendre que les plus grandes vertus siĂšgent « ad vitam eternam » en la personne de leurs dirigeants, sans avoir conscience que l’Ăąme de l’Ă©lite d’un pays est le reflet de l’Ăąme de ce mĂȘme pays. Et l’Ăąme de ce pays est faite par la majoritĂ© des citoyens qui y vivent. Le sommet d’une construction est tel que sa base; il ne peut dĂ©fier fiĂšrement et longuement le ciel en grande splendeur si la base sur laquelle il repose est pourrie.

040_sm0008majesty-of-gaia-posters

En thĂ©orie, l’État est fait pour ĂȘtre au service des citoyens plus que les citoyens ne sont faits pour servir l’État. Mais si les citoyens sont esclaves d’eux-mĂȘmes, comment pourraient-ils devenir autre chose, en toute logique, que les esclaves de l’État qui dĂ©coule de leur existence ? En effet, s’il est vrai que quelques hommes ou femmes politiques avec de nobles intentions arrivent jusqu’Ă  des postes d’une importance suffisante pour avoir un certain impact sur des domaines dĂ©finis, il est Ă©galement vrai qu’ils/elles perdront rapidement l’indĂ©pendance nĂ©cessaire pour pouvoir continuer de nourrir des desseins qui s’Ă©cartent de la ligne de route tracĂ©e par les vĂ©ritables dĂ©tenteurs du pouvoir. Ces derniers sont, entre autre, les plus riches des oligarques et les plus Ă©minents stratĂšges et experts des sphĂšres politique et Ă©conomique. Alors que l’opinion publique voit rassemblĂ© dans son prĂ©sident le pouvoir ultime du pays qu’il dirige, le pouvoir qu’il dĂ©tient n’est que symbolique, puisqu’il a comme seule possibilitĂ© d’exĂ©cuter des choix et d’appliquer des directives qui Ă©manent d’autres personnes que lui.

1-dollar

Mais si nous avons transcendĂ© l’illusion que le pouvoir rĂ©el est toujours dans les mains de l’État, nous ne continuons pas moins de nous demander pourquoi les vĂ©ritables chefs, venant du secteur privĂ©, ne pourraient pas trouver en leur sein quelques dissidents susceptibles de changer la nature de leurs desseins. Il nous est plus dĂ©licat de le savoir, puisque ces personnes travaillent dans l’opacitĂ©, mais en toute logique, il y en a, puisqu’il y a toujours des dissidents dans tout domaine que ce soit. Or, il est Ă©vident qu’ils subiront le mĂȘme sort que tout autre indĂ©sirable de cette espĂšce; soit ils finiront par se ranger derriĂšre la pensĂ©e dominante, soit ils seront Ă©cartĂ©s.

Qu’est-ce que cette « pensĂ©e dominante » ? Rien de plus, au sens auquel je l’entends, que la feuille de route qui a prĂ©valu en matiĂšre politique et Ă©conomique depuis le dĂ©but de la civilisation. Si les civilisations et les systĂšmes de sociĂ©tĂ© furent effectivement nombreux au cours de l’histoire humaine, les plus anciens disparaissant pour laisser place Ă  de nouveaux, l’ĂȘtre humain en lui-mĂȘme n’a guĂšre changĂ© depuis sa derniĂšre Ă©volution biologique en homo sapiens. C’est pourquoi mĂȘme nos sociĂ©tĂ©s industrialisĂ©es actuelles, derriĂšre leur apparence civilisĂ©e, cachent une sauvagerie Ă©quivalente aux sociĂ©tĂ©s d’il y a 6000 ans, 500 ans, 10 ans, … Le fond de l’histoire reste toujours le mĂȘme ; seule la forme change Ă  peu prĂšs. Par exemple, nos dĂ©mocraties ne sont dignes de ce nom que par la forme, car le fond n’est pas diffĂ©rent d’une dictature ou de n’importe quel autre rĂ©gime qui ait existĂ© au cours de l’histoire. Les mĂ©canismes sont toujours les mĂȘmes en substance. Simplement, la force physique par laquelle rĂšgnent les dictatures est remplacĂ©e par des notions juridiques qui servent le pouvoir en place (les autres sont contournĂ©es si nĂ©cessaire) en dĂ©mocratie, ce qui est encore de la force, mais rĂ©gie par une forme plus subtile. S’il est plus agrĂ©able de vivre dans un tel systĂšme, il n’en reste pas moins que nous y sommes tout autant esclaves que dans un rĂ©gime dit de non droit.

C’est pourquoi les rĂ©gimes instaurĂ©s par tous les rĂ©volutionnaires, aprĂšs qu’ils aient rĂ©ussi Ă  faire s’effondrer le rĂ©gime en place dans leur pays, ressemblaient en substance Ă  s’y mĂ©prendre au prĂ©cĂ©dent… La forme sous laquelle ils se sont manifestĂ©s Ă©tait simplement meilleure ou pire que celle de leur prĂ©dĂ©cesseur. Les capacitĂ©s de l’ĂȘtre humain d’influencer, voire de modifier, l’ordre naturel des choses sont impuissantes Ă  changer son ordre intĂ©rieur. En effet, tant que l’humanitĂ© restera telle qu’elle l’est, au plus profond d’elle-mĂȘme, c’est-Ă -dire tant que le programme biologique de l’ĂȘtre humain continuera d’avoir une emprise absolue sur son comportement, l’Histoire ne cessera de se rĂ©pĂ©ter. Seule une nouvelle Ă©volution biologique pourrait rendre le monde moins mauvais qu’il ne l’est actuellement. La seule chose en rapport avec l’humanitĂ© qui Ă©volue rĂ©ellement est la quantitĂ© de connaissances qui lui est accessible, et qu’elle ne cesse d’augmenter de maniĂšre exponentielle grĂące Ă  ses incessantes recherches et dĂ©couvertes. Cela n’empĂȘche cependant pas que la proportion de savants et d’Ă©rudits dans la population reste inchangĂ©e par rapport Ă  ce qu’il y a toujours eu au cours de l’Histoire, car il n’y a pas plus de personnes ayant l’intelligence nĂ©cessaire pour avoir envie d’apprendre des choses et ĂȘtre capable de les comprendre qu’Ă  n’importe quel autre Ă©poque. Le destin de l’Homme est effectivement tout tracĂ© par sa biologie, puisqu’il n’a d’autre choix que d’obĂ©ir Ă  ce qui est Ă©crit dans son ADN. Or, l’ordre des choses veut qu’il reste toujours la mĂȘme proportion de psychopathes, d’imbĂ©ciles et d’Ă©goĂŻstes dans la population, quel que soit le nombre de personnes qu’elle reprĂ©sente, que de braves, d’altruistes et de savants. Et force est de constater que ces proportions ne sont pas trĂšs Ă©gales, ni au niveau des compĂ©tences intellectuelles, ni au niveau de la puretĂ© d’esprit (encore moins).

Peut-ĂȘtre les adeptes des principes de la pyramide en briques surmontĂ©e d’un Ɠil reprĂ©sentĂ©e sur le billet d’un dollar, qui reprĂ©sente l’Ă©lite (l’Ɠil) dominant les masses aveugles (les briques) se rendent-ils comptent que le modĂšle que reprĂ©sente un tel symbole est illusoire. En effet, tout comme l’esclave est esclave de son maĂźtre Ă  cause des moyens que celui-ci utilise pour maintenir sa domination sur lui, le maĂźtre est esclave de la nĂ©cessitĂ© de conserver sans cesse ce contrĂŽle et finit par ĂȘtre corrompu par la nature des moyens auxquels il doit avoir recours. Les « maĂźtres » ne sont donc eux-mĂȘmes pas libres ; et quand bien mĂȘme de nobles intentions rĂ©formatrices les animeraient-ils, ils devraient rapidement les abandonner car il y a de fortes chances que le peuple, prĂ©fĂ©rant rester dans sa vulgaritĂ© et son ignorance, les repousse. L’Ă©lite elle-mĂȘme n’aura donc qu’un pouvoir illusoire face Ă  l’ordre des choses, qu’elle sera contrainte de suivre. Elle s’en retrouvera rabaissĂ©e Ă  la mĂȘme vulgaritĂ© que le peuple qu’elle mĂ©prise, ayant comme seule possibilitĂ© de se plonger dans l’Ă©goĂŻsme et la prĂ©occupation de son seul confort.

Comme nous le disions dans le premier paragraphe, l’Ă©lite d’un groupe n’est que le reflet de ce groupe, puisque ce sont ses membres qui lui permettent, plus ou moins consciemment, plus ou moins directement, d’accĂ©der Ă  la fonction suprĂȘme qui consiste Ă  les guider. Ils ne pourront alors choisir que des personnes avec qui ils partagent des affinitĂ©s, qui les rassurent, qui leur promettent une vie bĂ©ate dĂ©nuĂ©e de toute souffrance due Ă  quelque prise de conscience que ce soit… C’est aussi la raison pour laquelle les Ă©lites d’un temps chutent et que d’autres leur succĂšdent ; les chefs sont remplacĂ©s lorsque la diffĂ©rence entre eux et ceux qu’ils mĂšnent a atteint un seuil critique.

Or, en quoi la base sur laquelle ces chefs reposent, donc les classes sociales qui leur sont infĂ©rieures, peut-elle changer, puisque le genre humain n’a pas changĂ© depuis qu’il est tel que nous le connaissons ? S’il n’a pas changĂ© dans le fond, la mentalitĂ© de certaines sociĂ©tĂ©s et quelques circonstances ont permis des changements de rĂ©gime sur fond de rĂ©volution. Ceux qui n’ont rien eu dans leur vie, de leur naissance Ă  leur dĂ©cĂšs, n’ont gĂ©nĂ©ralement pas tendance Ă  se rebeller car ils trouvent cet Ă©tat des choses normal, puisqu’il a toujours Ă©tĂ© le leur. La frustration qui mĂšne Ă  l’envie de rĂ©bellion apparaĂźt lorsqu’une part significative de la qualitĂ© de vie a Ă©tĂ© enlevĂ©e, ou qu’il devient si pĂ©nible pour la survie des classes les plus pauvres que la rĂ©volte est le dernier recours auquel leur corps puisse faire appel ; c’est une consĂ©quence de l’accumulation de connaissances par le genre humain : les savoirs acquis et exploitĂ©s servent souvent Ă  vivre mieux tout en travaillant moins pĂ©niblement, et il ne peut y avoir de retour en arriĂšre sans rĂ©sistance. Alors est rassemblĂ©e la condition principale Ă  l’Ă©tablissement d’une base populaire nĂ©cessaire aux Ă©ventuels intellectuels, gĂ©nĂ©raux et oligarques mĂ©contents du systĂšme, qui pourront prĂ©tendre le renverser.

456877

Donc, pour en revenir Ă  la symbolique de la pyramide du billet d’un dollar ; il est impossible qu’un Ɠil surmontant une pyramide de briques ne devienne lui-mĂȘme l’Ă©quivalent spirituel d’une de ces briques. Pour que cet Ɠil puisse rester digne de ce qu’il reprĂ©sente, il faudrait que toutes les briques soient remplacĂ©es par des yeux. Peut-ĂȘtre les partisans d’une telle croyance en la supĂ©rioritĂ© de l’Ă©lite dirigeante n’ont-ils pas conscience de l’ineptie de ce paradoxe, trop enfoncĂ©s dans un Ă©goĂŻsme rĂ©sultant de leur bassesse spirituelle. Il est vrai que l’on a occultĂ© de tous temps les indescriptibles richesses de la plus puissante facultĂ© de l’Homme, la spiritualitĂ©. Pourtant, tout a Ă©tĂ© dit sur ce sujet depuis l’aube de la civilisation, l’Égypte ayant Ă©tĂ© la plus complĂšte dans ce domaine.

Cependant, plus les progrĂšs matĂ©riels se sont multipliĂ©s, et plus l’importance de la spiritualitĂ© a diminué ; le sens des analogies et mĂ©taphores tirĂ©s des mythologies et des symboles fut si dĂ©voyĂ© qu’elles finirent par ne plus avoir de sens du tout, empĂȘtrĂ©es dans le grotesque et l’absurde, prĂ©lude de la disparition de la religion Ă  laquelle elles appartenaient. En gĂ©nĂ©ral, une nouvelle religion succĂ©dait ; par exemple, le christianisme a pu s’imposer et remplacer les dieux romains parce que plus personne dans l’Empire n’avait de foi dans les mythes romains, dĂ©nuĂ©s de tout sens si on les lisait au sens propre, et ne rendait plus de culte qu’Ă  l’empereur par obligation. Le christianisme a alors joui de la plus grande crĂ©dibilitĂ©, jusqu’Ă  ce qu’il la perde progressivement en allant de corruption en corruption, pour finir par ĂȘtre dĂ©trĂŽnĂ© par une Science de plus en plus respectĂ©e grĂące Ă  ses explications indiscutables de toute une sĂ©rie de phĂ©nomĂšnes. Or, comme le disait si bien Rabelais : « Science sans Conscience n’est autre que ruine de l’Ăąme ». Dire que la foi sans la raison serait ruine de l’Ăąme serait tout aussi vrai.

Il se trouve que nous avons passĂ© notre histoire dans ce dĂ©sĂ©quilibre ; l’obscurantisme religieux et l’obscurantisme matĂ©rialiste se sont relayĂ©s sans cesse. Une sociĂ©tĂ© Ă  qui il manque soit l’intelligence spirituelle soit l’intelligence pragmatique souffre d’une cruelle imperfection. Il est vrai qu’atteindre un stade oĂč l’on peut concilier en dose suffisante les deux faces de la piĂšce demande autant d’une intelligence que de l’autre, ce qui n’est pas Ă  la portĂ©e de tout le monde. Ceux qui ont l’une n’ont gĂ©nĂ©ralement pas l’autre, et la catĂ©gorie des masses n’a ni l’une ni l’autre. Mais, si les lois les plus inexorables de ce monde ont Ă©tabli que rien ne pouvait ĂȘtre parfait ici bas, les dirigeants pourraient toujours prĂ©tendre rendre leur sociĂ©tĂ© aussi parfaite que possible.

Certes, si le sens rationnel et puissant de la spiritualitĂ© n’a jamais pu ĂȘtre compris des masses, et que seuls des mythes incohĂ©rents et vulgairement ravalĂ©s Ă  une conception matĂ©rielle furent Ă  leur portĂ©e, il n’en est pas moins que les dirigeants de tous temps n’ont jamais ignorĂ© que la religion pouvait reprĂ©senter un formidable outil de manipulation et d’asservissement des masses. Ils ont donc abusĂ© de l’incomprĂ©hension de l’opinion publique pour transformer le domaine de la spiritualitĂ©, libre d’accessibilitĂ© et dĂ©pourvu de toute intolĂ©rance, en religion, fondĂ©e sur une doctrine et Ă©rigĂ©e en pilier du fonctionnement de l’État, ce qui n’a pu que lui donner un rĂŽle plus temporel (politique) que spirituel dans la sociĂ©tĂ© jusqu’Ă  la sĂ©paration entre l’État et le clergĂ© (1905 en France, jamais advenu aux États-Unis), ce qui n’empĂȘche pas le Vatican de continuer de jouer un rĂŽle politique incontestable dans certaines affaires.

Donc, nous pouvons nous demander comment rĂ©agirait le public si on lui servait, de bonne foi, une vraie spiritualitĂ© qui soit irrĂ©prochable dans sa logique et dans son approche des rĂ©alitĂ©s du monde, ce qui la rendrait alors conciliable avec la Science puisqu’elle serait une science en elle-mĂȘme. Sans doute, pour autant que cela ne tourne pas Ă  nouveau Ă  la dĂ©rive religieuse, cela ne pourrait-il avoir que des rĂ©sultats positifs, et contribuerait Ă  trouver, autant que possible, un Ă©quilibre entre Science et Conscience au sein de la sociĂ©tĂ©. C’est en cela qu’Ă  mon sens, la seule rĂ©volution qui puisse vĂ©ritablement aider le XXIe siĂšcle est d’ordre spirituel.

Or, de majestueux ouvrages oĂč tout est dit sur le domaine de la spiritualitĂ© existent depuis trĂšs longtemps, et la plupart des occultistes des XVIII et XIX siĂšcles n’ont fait que redire ce qui avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dit en s’inspirant d’anciens Ă©crits. Le problĂšme est qu’il n’est pas toujours des plus Ă©vidents de trouver l’une de ces perles qui constitue une piĂšce maĂźtresse du sujet. La version retraduite du SĂ©pher de MoĂŻse par Fabre d’Olivet (1767-1825), Ă©crivain, philologue et occultiste français qui avait fourni de remarquables efforts pour s’approprier toutes les subtilitĂ©s de la langue hĂ©breuse est des plus marquantes, car elle offre un contraste choquant avec la grossiĂšre version biblique de la GenĂšse. Nous consacrerons la deuxiĂšme partie de cet article à la publication et Ă  l’explication des passages les plus importants et accessibles de la comparaison entre ces deux versions. Pour ce qui est des commentaires, je m’aiderai de ceux dont Claude Le Moal fait part dans son livre « La vĂ©ritable histoire d’Adam et Ève enfin dĂ©voilĂ©e ». En avant-goĂ»t de la suite, je place ci-dessous un extrait de l’Évangile de Matthieu qui exprime clairement l’hypocrisie des classes dirigeantes, phĂ©nomĂšne inhĂ©rent aux sociĂ©tĂ©s humaines:

253945

Évangile selon Matthieu :

23.1.‭ ‬Alors JĂ©sus,‭ ‬parlant Ă  la foule et Ă  ses disciples,‭ ‬dit :‭ «‏ Les scribes et les Pharisiens sont assis dans la chaire de MoĂŻse.‭ ‬Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent ‭; ‬mais n’agissez pas selon leurs Ɠuvres.‭ ‬Car ils disent,‭ ‬et ne font pas.‭

23.4.‭ ‬Ils lient des fardeaux pesants,‭ ‬et les mettent sur les Ă©paules des hommes,‭ ‬mais ils ne veulent pas les remuer du doigt.‭ ‬Ils font toutes leurs actions pour ĂȘtre vus des hommes.‭ ‬Ainsi,‭ ‬ils portent de larges phylactĂšres,‭ ‬et ils ont de longues franges Ă  leurs vĂȘtements ‭; ‬ils aiment la premiĂšre place dans les festins,‭ ‬et les premiers siĂšges dans les synagogues ‭; ‬ils aiment Ă  ĂȘtre saluĂ©s dans les places publiques,‭ ‬et Ă  ĂȘtre appelĂ©s par les hommes Rabbi,‭ ‬Rabbi.‭ ‬Mais vous,‭ ‬ne vous faites pas appeler Rabbi ‭; ‬car quiconque s’Ă©lĂšvera sera abaissĂ©,‭ ‬et quiconque s’abaissera sera Ă©levĂ©.

23.14.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬scribes et pharisiens hypocrites ‭! ‬Parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux,‭ ‬vous n’y entrez pas vous-mĂȘmes,‭ ‬et vous n’y laissez pas entrer ceux qui veulent y entrer.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬parce que vous dĂ©vorez les maisons des veuves,‭ ‬et que vous faites pour l’apparence de longues priĂšres ‭; ‬à cause de cela,‭ ‬vous serez jugĂ©s plus sĂ©vĂšrement.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosĂ©lyte ‭; ‬et quand il l’est devenu,‭ ‬vous en faites un fils de la gĂ©henne deux fois plus que vous.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬conducteurs aveugles,‭ ‬qui dites :‭ «‏ Si quelqu’un jure par le temple,‭ ‬ce n’est rien ‭; ‬mais si quelqu’un jure par l’or du temple,‭ ‬il est engagé ‭»‏.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬parce que vous payez la dĂźme de la menthe,‭ ‬de l’aneth et du cumin,‭ ‬et que vous laissez ce qui est plus important dans la Loi :‭ ‬la justice,‭ ‬la misĂ©ricorde et la fidĂ©litĂ©.‭ ‬C’est lĂ  ce qu’il fallait pratiquer,‭ ‬sans nĂ©gliger les autres choses.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat,‭ ‬et qu’au-dedans ils sont pleins de rapine et d’intempĂ©rance.‭

23.26.‭ ‬Pharisien aveugle ‭! ‬Nettoie premiĂšrement l’intĂ©rieur de la coupe et du plat,‭ ‬afin que l’extĂ©rieur aussi devienne net.‭ ‬Malheur Ă  vous,‭ ‬scribes et pharisiens hypocrites,‭ ‬parce que vous ressemblez Ă  des sĂ©pulcres blanchis,‭ ‬qui paraissent beaux au dehors,‭ ‬et qui,‭ ‬au-dedans,‭ ‬sont pleins d’ossements de morts et de toute espĂšce d’impuretĂ©s.‭ ‬Vous,‭ ‬de mĂȘme,‭ ‬au dehors vous paraissez justes aux hommes,‭ ‬mais au-dedans,‭ ‬vous ĂȘtes pleins d’hypocrisie et d’iniquitĂ©.‭ ‬Serpents,‭ ‬race de vipĂšres ‭! ‬Comment Ă©chapperez-vous au chĂątiment de la gĂ©henne ‭?

23.34.‭ ‬C’est pourquoi,‭ ‬voici,‭ ‬je vous envoie des prophĂštes,‭ ‬des sages et des scribes.‭ ‬Vous tuerez et crucifierez les uns,‭ ‬vous battrez de verges les autres dans vos synagogues,‭ ‬et vous les persĂ©cuterez de ville en ville,‭ ‬afin que retombe sur vous tout le sang innocent rĂ©pandu sur la terre,‭ ‬depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie,‭ ‬fils de Barachie,‭ ‬que vous avez tuĂ© entre le temple et l’autel.‭ ‬Je vous le dis en vĂ©ritĂ©,‭ ‬tout cela retombera sur cette gĂ©nĂ©ration.‭

La deuxiĂšme partie est disponible ici.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

juin 28 2009

Qui est Philippe Val ?

par Noël Blandin

Philippe Val est nĂ© le 14 septembre 1952 Ă  Paris. Il ne fait pas d’Ă©tudes, prĂ©fĂ©rant se lancer trĂšs jeune dans la chanson et le cafĂ©-théùtre. Dans les annĂ©es ‘70, il rencontre le chansonnier Patrick Font avec qui il forme le duo « Font et Val » qui perdurera sur scĂšne jusqu’en 1996, annĂ©e oĂč Font sera accusĂ© de pĂ©dophilie.

philippe-val

En 1990, Philippe Val intĂšgre la rĂ©daction de La Grosse Bertha qu’il quitte en 1992 pour relancer l’hebdomadaire satirique Charlie-Hebdo, fondĂ© et dirigĂ© de 1969 Ă  1981 par l’Ă©quipe de feu Hara-Kiri (Georges Bernier, Delfeil de Ton, Cavanna,…). Actionnaire principal de Charlie-Hebdo — avec les dessinateurs GĂ©bĂ© et Cabu et le chanteur Renaud — Philippe Val est aussi nommĂ© rĂ©dacteur en chef, avant de devenir en 2004 directeur de la rĂ©daction. Il collabore parallĂšlement Ă  divers journaux et radios dont LibĂ©ration et France Inter.

À l’origine engagĂ© politiquement Ă  gauche, Philippe Val prend progressivement au cours des annĂ©es 2000 des positions idĂ©ologiques nĂ©o-libĂ©rales, nĂ©o-conservatrices, occidentalistes et islamophobes, qu’il exprime chaque semaine dans ses Ă©ditos « polĂ©miques » de Charlie-Hebdo. Intellectuel autodidacte autoproclamĂ© philosophe, infatuĂ© et autocrate, l’ancien gauchiste devenu rĂ©actionnaire provoque de nombreux conflits au sein de la rĂ©daction et plusieurs collaborateurs sont contraints de se soumettre ou de quitter le journal. Plusieurs d’entre eux l’accusent aujourd’hui d’ĂȘtre un imposteur. Pro-israĂ©lien et philosĂ©mite notoire, Philippe Val se fait Ă©galement une spĂ©cialitĂ© de voir des antisĂ©mites partout. Il devient parallĂšlement l’un des chouchous des mĂ©dias et tient chronique sur plusieurs radios et chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision, de Canal+ Ă  iTĂ©lĂ© en passant par France Culture et France Inter. Le petit Ă©cran fait aussi rĂ©guliĂšrement appel au personnage lorsqu’il s’agit de diaboliser la mouvance de gauche: altermondialistes, libertaires, « islamo-gauchistes », « nonistes » au TraitĂ© de Constitution europĂ©enne et mĂȘme SĂ©golĂšne Royal qu’il qualifie de « degrĂ© zĂ©ro de la politique ». Pour toutes ces raisons, et sans doute aussi pour le remercier de ses deux derniers faits d’arme Ă  la tĂȘte de Charlie-Hebdo — transformation du procĂšs des caricatures de Mahomet en curĂ©e mĂ©diatique islamophobe au nom de la libertĂ© d’expression, et licenciement sous prĂ©texte d’antisĂ©mitisme du dessinateur SinĂ© qui avait eu l’impudence de critiquer Jean Sarkozy — cet ami personnel de Carla Bruni-Sarkozy est propulsĂ© en mai 2009 par l’ElysĂ©e aux cĂŽtĂ©s de Jean-Luc Hees Ă  la tĂȘte de Radio France. Philippe Val abandonne un Charlie-Hebdo qu’il a en partie sabordĂ© — son concurrent SinĂ©-Hebdo l’a rapidement supplantĂ© sur le marchĂ© de la presse satirique — pour diriger France Inter. Le jour mĂȘme de sa prise de fonction Ă  la tĂȘte de la radio de service public, il enlĂšve au journaliste FrĂ©dĂ©ric Pommier sa revue de presse matinale, ce dernier Ă©tant coupable d’avoir citĂ© SinĂ©-Hebdo.

Noël Blandin, pour La République des Lettres

juin 06 2009

Quelle est l’ampleur de l’influence du lobby pro-israĂ©lien sur la politique des États-Unis ? (vidĂ©os)

Par Régis Mex

aipac

Aux États-Unis, les partisans d’IsraĂ«l ont trouvĂ© un terrain fertile Ă  l’Ă©tablissement de lobbys protĂ©geant leurs intĂ©rĂȘts. Le plus puissant d’entre eux, l’AIPAC, est capable d’exercer des pressions telles sur la politique Ă©trangĂšre des États-Unis d’AmĂ©rique que ceux-ci en arrivent souvent Ă  favoriser davantage les intĂ©rĂȘts israĂ©liens que les leurs. D’aprĂšs le colonel Lawrence Wilkerson, stratĂ©giste Ă  l’universitĂ© George Washington, l’intĂ©rĂȘt gĂ©opolitique de l’aide Ă  IsraĂ«l s’est considĂ©rablement rĂ©duit depuis la fin de la guerre froide, oĂč a disparu la nĂ©cessitĂ© d’empĂȘcher un maximum de pays de tomber sous des rĂ©gimes communistes. Pourtant, IsraĂ«l bĂ©nĂ©ficie encore de 3 milliards de dollars d’aide par an, et ce sans aucune contrepartie. Il est vrai que l’État hĂ©breux sert encore de gendarme dans les environs d’une rĂ©gion oĂč sont dĂ©tenus les 2/3 de rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz mondiales. Mais selon Tony Judt, historien Ă  l’universitĂ© de New York, les liens entre les États-Unis et IsraĂ«l sont si Ă©troits que l’octroi d’aides est inconditionnel. Mais combien de temps l’AmĂ©rique continuera-t-elle d’accepter de traĂźner un poids stratĂ©gique et Ă©conomique pour plaire Ă  l’oligarchie juive ? Le documentaire qui suit donne les prĂ©cieux opinions de spĂ©cialistes sur les Ă©lĂ©ments prĂ©sentĂ©s dans ce synopsis.

juin 03 2009

De l’abĂątardissement des masses occidentales par la culture amĂ©ricaine

Par Régis Mex

« Tu seras solitaire parce que la culture est aussi une prison. »
Aldous Huxley

epok_248x309

Souvent, nous sommes habituĂ©s Ă  n’envisager que les menaces que nous percevons dans notre environnement extĂ©rieur. Nous craignons souvent que nos sociĂ©tĂ©s occidentales soient surclassĂ©es par les nouvelles puissances orientales, que des tensions ne nous prĂ©cipitent dans un conflit avec une faction Ă©trangĂšre, que nos Ă©lites financiĂšres et politiques ne nous envoient elles-mĂȘmes dans le gouffre. Nous mĂ©prisons, et Ă  juste titre, les guerres quelles qu’elles soient et ceux qui les provoquent. Mais nous sous-estimons trop souvent l’ampleur dĂ©vastatrice de ce que les amĂ©ricains appellent le « soft power », qui est dĂ©fini comme la capacitĂ© d’un acteur politique – comme un État, une firme multinationale, une ONG, une institution internationale (comme l’ONU ou le FMI) voire un rĂ©seau de citoyens (comme le mouvement altermondialiste) – d’influencer indirectement le comportement d’un autre acteur ou la dĂ©finition par cet autre acteur de ses propres intĂ©rĂȘts Ă  travers des moyens non coercitifs (structurels, culturels ou idĂ©ologiques). Cette sĂ©duction du citoyen par des moyens culturo-idĂ©ologiques, que son effet soit perçu consciemment ou non, est principalement encouragĂ©e par les Etats-Unis, et ce de façon croissante depuis une trentaine d’annĂ©es.

Le problĂšme est que la culture que nous vendent les amĂ©ricains est souvent des plus… infectes. Et plus elle l’est, mieux elle semble passer auprĂšs de la moyenne du public europĂ©en, les jeunes Ă©tant les plus concernĂ©s. Au fur et Ă  mesure que nos sociĂ©tĂ©s « s’amĂ©ricanisent », nous sommes non seulement plus vulnĂ©rables Ă  la perte de notre identitĂ© nationale et de nos valeurs sĂ©culaires, mais la gangrĂšne intellectuelle qui rĂšgne aux Etats-Unis nous contamine de Ă©galement de plus en plus gravement. Voici le rĂ©sumĂ© semi-amusant semi-inquiĂ©tant d’une Ă©tude Ă  propos du niveau moyen de gĂ©ographie des jeunes amĂ©ricains :

DĂ©pĂȘche de l’AFP du 3 mai 2006 :

« La majoritĂ© des jeunes AmĂ©ricains sont nuls en gĂ©ographie et sont incapables, par exemple, de situer l’Irak sur une carte, selon une Ă©tude effectuĂ©e pour la revue National Geographic.

Cette Ă©tude, rĂ©alisĂ©e par l’Institut Roper auprĂšs de 510 jeunes ĂągĂ©s de 18 Ă  24 ans, montre Ă©galement que les jeunes AmĂ©ricains connaissent assez mal leur propre pays, la moitiĂ© d’entre eux Ă©tant incapables d’identifier sur une carte New York ou l’Etat de l’Ohio et 30% estimant que les Etats-Unis comptent entre 1 milliard et 2 milliards d’habitants.

La moitiĂ© des personnes interrogĂ©es estiment qu’il est « important mais pas absolument nĂ©cessaire » de savoir situer un pays ou de parler une langue Ă©trangĂšre, a indiquĂ© l’Institut Roper mardi. La majoritĂ© des personnes interrogĂ©es, a Ă©galement relevĂ© l’Institut, ne se montrait pas prĂ©occupĂ©e par ces lacunes en gĂ©ographie.

Alors que des soldats amĂ©ricains se trouvent en Irak depuis mars 2003 et que ce pays fait la Une des mĂ©dias amĂ©ricains depuis maintenant plus de trois ans, 63% des personnes interrogĂ©es sont incapables de situer ce pays sur une carte. 75% ne savent pas non plus oĂč se trouvent IsraĂ«l et l’Iran. »

La situation intellectuelle et culturelle aux Etats-Unis est malheureusement bien plus grave encore que ce que montre cet article. Pour ceux qui comprennent l’anglais, la vidĂ©o ci-dessous oĂč des amĂ©ricains sont interrogĂ©s au hasard dans la rue est Ă©loquente :

Quant Ă  l’enseignement primaire et secondaire, qui est l’un des plus mauvais du monde (il y a en fait un grand contraste avec l’enseignement universitaire amĂ©ricain, qui, lui, est rĂ©putĂ© excellent) et dont la qualitĂ© a souffert d’une dĂ©gradation stupĂ©fiante sous la prĂ©sidence de George Bush. Voici un graphique tirĂ© de Zeitgeist et quelques chiffres :

enseignementusa-zeitgeist2

« Au dĂ©but des annĂ©es 1980, l’enseignement primaire et secondaire souffrait de graves dĂ©fauts : le niveau des Ă©lĂšves Ă©tait plutĂŽt mauvais et la violence faisait partie du quotidien. Les inĂ©galitĂ©s liĂ©es au statut social et Ă  l’origine ethnique Ă©taient trĂšs marquĂ©es. On accusait frĂ©quemment le corps professoral pour ces mauvais rĂ©sultats. C’est le rapport Nation at Risk (1983) qui fait prendre conscience des Ă©checs du systĂšme Ă©ducatif amĂ©ricain. »

« En 2000, 68 millions d’amĂ©ricains Ă©taient scolarisĂ©s. En 1967, la moitiĂ© des adultes avaient fait des Ă©tudes secondaires ; le chiffre est passĂ© Ă  61 % en 2000, 61% des adultes avaient fait des Ă©tudes secondaires. »

Qui plus est, comme nous l’avons dit prĂ©cĂ©demment, l’adoption de la culture amĂ©ricaine par les pays europĂ©ens leur font petit Ă  petit perdre leur identitĂ©, du fait qu’ils intĂšgrent des Ă©lĂ©ments d’une culture Ă©trangĂšre mais ne redynamisent pas la leur pour qu’elle puisse s’imposer tant sur le sol national qu’au niveau international. Elle a donc tendance Ă  mourir Ă  petit feu, en emportant avec elle une certaine partie de l’Ăąme du pays dont elle provient. En atteste cet article de Vigile.net:

« La nouvelle a Ă©tĂ© sur toutes les lĂšvres depuis que le magazine Time en a fait l’annonce : la culture française dĂ©cline. La littĂ©rature française n’a plus d’impact, quasiment nulle en littĂ©rature, guĂšre plus, tout bien pesĂ©, que son théùtre ou son cinĂ©ma. Et l’article Ă©nonce son verdict. La culture française dĂ©cline car elle est dĂ©sormais indigne d’intĂ©rĂȘt.

Le Time magazine a aussi fait ample Ă©cho au cours de l’annĂ©e Ă  la fameuse scĂšne lors du Miss America Pageant. On a demandĂ© Ă  une concurrente, miss Upton, comment se faisait-il que les AmĂ©ricains, dans leur vaste majoritĂ©, Ă©taient incapables de situer les Etats-Unis d’AmĂ©rique sur une carte.

« C’est sans doute parce qu’ils n’ont pas de carte », a-t-elle rĂ©pondu.

On pourrait ajouter au commentaire de la belle madame Upton : « S’ils jugent indignes d’intĂ©rĂȘt de situer leur pays sur une mappemonde, ils ne doivent pas trouver d’Ă©nergie supplĂ©mentaire pour apprĂ©cier la culture française. »

Il faut noter Ă©galement que le prototype de sensibilitĂ© a changĂ© depuis trente ans et que cela touche aussi le cinĂ©ma. À force d’ĂȘtre hyper-stimulĂ©, le public a perdu des façons plus subtiles de percevoir. On a fait une expĂ©rience par exemple en prĂ©sentant de vieux films de Jean-Luc Godard Ă  de jeunes publics de vingt Ă  trente-deux ans. Tous habituĂ©s aux jeux vidĂ©o, aux sonogrammes qui signalent les bons coups dans les joutes, aux trames sonores des films, plusieurs se dirent effarĂ©s par les silences utilisĂ©s par ce cinĂ©aste. »

C’est dans ce contexte de surstimulation que le Time annonce le dĂ©clin de la culture française. L’auteur de l’article a presque l’air de s’en fĂ©liciter comme si aprĂšs la dinde on ne pouvait pas souhaiter mieux. »

« Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’Histoire nous enseigne. »

Aldous Huxley

Une chose est sĂ»re : la dignitĂ© humaine la plus Ă©lĂ©mentaire n’est pas innĂ©e chez tout un chacun, et le seul moyen d’y remĂ©dier en partie est de vivifier la vie intellectuelle de son pays et en ressuscitant la culture en lui donnant de nouvelles formes de noblesse. Mais comme tout le monde le sait, c’est l’inverse qui a lieu. La culture Ă©mane bien plus, de nos jours, des multinationales que des initiatives d’un État et de ses intellectuels. De fait, celle-ci se rĂ©sume au « McDonald and Coca-Cola’s way of life ». Elle ne se contente pas seulement de faire perdre au citoyen les sens plus subtils que les cinq organiques, mais s’applique Ă©galement Ă  atrophier ces derniers en encourageant les gens Ă  manger de plus en plus mal, ce qui rend leur santĂ© plus fragile pour le plus grand bonheur des industries pharmaceutiques et leur personnalitĂ© plus grossiĂšre encore. On est ce que l’on pense tout comme on est ce que l’on mange.

En outre, les nouvelles gĂ©nĂ©rations semblent de plus en plus apprĂ©cier de faire vanitĂ© de leurs vices, et adopter les aspects les plus grossiers et Ă©goĂŻstes de l’homme comme seule rĂ©alitĂ© de l’existence. Le rejet des anciennes valeurs, qu’elles soient liĂ©es Ă  la hiĂ©rarchie dans la famille ou Ă  la religion, est le principal responsable de cela. Certaines coutumes ridicules disparaissent Ă  juste titre, mais les valeurs conduisant au respect, Ă  la luciditĂ©, Ă  la volontĂ© de dĂ©passement de soi-mĂȘme et autre ont aussi fortement tendance Ă  subir cet aveugle processus. Le mouvement de masse n’est effectivement pas dotĂ© d’assez de subtilitĂ© pour distinguer ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, et se contente de rejeter tout en bloc parce qu’il assimile certains Ă©lĂ©ments d’une mentalitĂ© au restant de tous les aspects de cette derniĂšre. Il se bĂątit ensuite sur les valeurs opposĂ©es Ă  celles qu’il a dĂ©truit.

DĂ©sormais, on ne respecte plus celui qui aime connaĂźtre et comprendre les choses de la vie, mais on le discrĂ©dite et le craint, car le mouvement de masse considĂšre comme plus appropriĂ© de profiter seulement de l’excitation des sens que procure certaines choses de la vie. De fait, on passe du rĂ©flĂ©chi au pur ressenti, et on tente d’accentuer ce dernier de la façon la plus forte et la plus grossiĂšre qui soit, c’est-Ă -dire en recourant aux alcools et aux drogues pour pimenter les joies d’une existence qui s’avĂšre dĂšs lors bien inutile…

La discipline, la pudeur et la sagesse sont abandonnĂ©es au profit de ce qui procure plus de sensations. Les chances d’accĂ©der Ă  la sagesse et Ă  une attitude digne sont elles-mĂȘmes rĂ©duites Ă  nĂ©ant par la destruction des facultĂ©s plus subtiles de percevoir les rĂ©alitĂ©s du monde, puisqu’on ne considĂšre dĂ©sormais plus que ce qui est purement tangible et matĂ©riellement accessible, soit ce que l’on peut voir, toucher, sentir, entendre et goĂ»ter comme seule rĂ©alitĂ©.

Les gĂ©nĂ©rations passĂ©es considĂ©raient volontiers l’argent comme source premiĂšre de pouvoir, mĂȘme si l’on peut se demander avec justesse quelle importance a le moyen d’avoir du pouvoir si l’on ne dispose pas des connaissances appropriĂ©es pour savoir comment bien s’en servir. Or, les jeunes d’aujourd’hui semblent se sentir peu concernĂ©s par les dignes perspectives d’avenir ; leur personnalitĂ© est si affaiblie par leur environnement extĂ©rieur que la majoritĂ© d’entre eux est plus que jamais disposĂ©e Ă  embrasser une mentalitĂ© d’esclave. Ce n’est pas tant que la volontĂ© de pouvoir leur manque, mais ils sont tellement perdu dans le tourbillon de leurs sens qu’ils n’ont aucune idĂ©e de ce qu’avoir sa destinĂ©e en main signifie vraiment.

« Ce n’est pas un gage de bonne santĂ© que d’ĂȘtre bien intĂ©grĂ© dans une sociĂ©tĂ© profondĂ©ment malade.« 

J.Krishnamurti

Les nouveaux courants culturels sont Ă©galement nombreux Ă  rĂ©clamer plus de « libertĂ© ». AprĂšs tout, ne sommes-nous pas en dĂ©mocratie ? Mais qu’est-ce au juste que la libertĂ© ? D’aprĂšs le Larousse 2007, la libertĂ© est l’Ă©tat de quelqu’un qui n’est pas soumis Ă  la servitude, et peut donc agir sans entraves. Mais ne naĂźt-il pas un certain danger en officialisant une dĂ©finition aussi vague ?

En effet, si les conditions dans lesquelles nous nous sentons libres sont celles oĂč nous pouvons faire ce que nous voulons, exaucer le moindre de nos dĂ©sirs, peut-on considĂ©rer qu’une telle libertĂ© appliquĂ©e chez tous aura des effets bĂ©nĂ©fiques sur la sociĂ©tĂ© ? Il paraĂźt clair que non, car cette « libertĂ© » serait synonyme de chaos et conduirait rapidement Ă  une forme de servitude des plus perverses.

Comme le dit le dicton populaire « ta libertĂ© s’arrĂȘte lĂ  oĂč commence celle d’autrui », on ne peut plus parler de libertĂ© si l’exercice des dĂ©sirs d’une personne empĂȘche un autre individu d’ĂȘtre en condition de garder son confort et sa propre libertĂ©. Pour prendre un exemple simple, on ne pourra pas parler d’exercice de la libertĂ© si un habitant empĂȘche son voisin de dormir en faisant hurler de la musique en pleine nuit pour contenter son simple plaisir.

Il paraĂźt donc bien plus rĂ©aliste de dire que la libertĂ© est la facultĂ© qui permet Ă  un individu de faire des choix qui permettent la satisfaction des besoins qui garantissent sa dignitĂ©, tout en respectant la dignitĂ© d’autrui. Karl Jaspers disait que « Lorsqu’on mutile la libertĂ© de l’homme, cette libertĂ© que Dieu a créée et qui se rapporte Ă  lui, on mutile prĂ©cisĂ©ment ce par quoi Dieu, indirectement, s’annonce. ». Il n’en reste pas moins que des conditions d’existence aussi fragiles sont difficiles Ă  faire appliquer au plus grand nombre…

Et c’est bien parce que cette difficultĂ© relĂšve carrĂ©ment de l’impossibilitĂ© que notre sociĂ©tĂ© est plongĂ©e dans un plus grand chaos civil qu’autrefois. La majoritĂ© des gens confondent malheureusement les deux façons d’aborder la libertĂ© que nous avons citĂ©es ; une libertĂ© plus chaotique et Ă©goĂŻste, et une autre respectueuse des lois de la vie et de son entourage, qui est la seule qui soit digne de porter le nom de libertĂ©. Une libertĂ© qui a pour seul objectif la satisfaction sans entraves de tous les dĂ©sirs de l’individu n’est effectivement pas une libertĂ©, mais une forme de servitude. En effet, en s’habituant Ă  rĂ©pondre systĂ©matiquement Ă  leurs moindres envies sans considĂ©ration morale, les gens qui agissent ainsi deviennent esclaves d’eux-mĂȘmes, de leurs propres pulsions. Ainsi, en plongeant dans l’esclavage du dĂ©sir et de l’Ă©goĂŻsme, ils deviennent de plus en plus incapables d’avoir recours Ă  des façons plus subtiles de percevoir que les cinq sens, telles que la rĂ©flexion, l’empathie ou l’intuition.

Dans leur addiction, ils exigent de plus en plus de « libertĂ©s », qui les rendront encore plus esclaves d’eux-mĂȘmes, alors qu’ils ne se sont mĂȘme pas attachĂ©s Ă  cultiver leurs libertĂ©s fondamentales, comme le disait Sören Kierkegaard : « Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertĂ©s qu’ils possĂšdent, mais rĂ©clament celles qu’ils ne possĂšdent pas ». Mais puisqu’ils ont de la libertĂ© la dĂ©finition qu’elle est ce qui permet d’agir sans entraves, ils se pensent libres. Or, comme le disait Johann Wolfgang Von Goethe, « Nul n’est plus dĂ©sespĂ©rĂ©ment esclave que celui qui croit le plus faussement ĂȘtre libre ». Alors, ces « esclaves » empoisonnent la sociĂ©tĂ© qui devient de plus en plus chaotique au fur et Ă  mesure qu’elle est rongĂ©e par ce type de pensĂ©e. Ces nouveaux « esclaves » sont si dĂ©connectĂ©s des rĂ©alitĂ©s du monde et de la nature qu’un profond malaise finit par accompagner leur existence dĂ©pravĂ©e, malaise qui s’exprime par de nouveaux faits de criminalitĂ© et de dĂ©linquance de mĂȘme qu’une consommation accrue de drogues et d’alcools dans l’optique d’Ă©chapper aux souffrances causĂ©es par sa propre perdition au lieu de les affronter.

Ces conditions sont alors un terreau fertile Ă  l’Ă©tablissement d’une dictature implicite. Les « esclaves » sont perdus dans une cĂ©citĂ© si profonde et une bestialitĂ© telle qu’ils n’ont cure des problĂšmes de leur pays et encore moins de ceux du monde. Ils se contentent alors de faire tourner le moteur de la sociĂ©tĂ© de consommation en achetant de façon compulsive une quantitĂ© de choses dont la majoritĂ© d’entre elles ne servira qu’Ă  les pousser encore plus profondĂ©ment dans le matĂ©rialisme dans lequel ils se confortent et dont ils ne veulent surtout pas sortir car il serait trop douloureux de prendre conscience qu’ils ont bĂąti leur vie sur une erreur. Repoussant par instinct de survie tout ce qui pourrait le leur faire apparaĂźtre clairement, ils deviennent plus mallĂ©ables que jamais par tous les dĂ©cideurs en matiĂšre de politique et d’Ă©conomie qui emmĂšnent ce troupeau dans le sens qu’ils dĂ©sirent en lui promettant de conserver son innocence en n’inondant les moutons qui constituent ce troupeau que de mensonges qui concordent avec leur simplicitĂ© d’esprit. AndrĂ© Maurois disait que « Les abus de la libertĂ© tueront toujours la libertĂ© ». Un dictateur bien connu, Benito Mussolini, avait lui-mĂȘme dĂ©clarĂ© « Il y a des libertĂ©s ; la libertĂ© n’a jamais existĂ© ». RabindranĂ th Tagore, lui, a dit tout aussi justement que « Il est aisĂ© d’Ă©craser, au nom de la libertĂ© extĂ©rieure, la libertĂ© intĂ©rieure de l’homme ». Platon Ă©crivait dĂ©jĂ  Ă  son Ă©poque, dans « La RĂ©publique », que « si les citoyens n’ont plus de respect envers la sociĂ©tĂ© dans laquelle ils vivent, si les enfants ne respectent plus l’autoritĂ© de la hiĂ©rarchie familiale, alors, un pas dĂ©cisif vers la tyrannie a Ă©tĂ© franchi ».

« Les consĂ©quences de nos actions sont des Ă©pouvantails pour les lĂąches, et des rayons de lumiĂšre pour les sages. »

Aldous Huxley

Pour ce qui est de l’enseignement, il semble que ceux qui en ont la responsabilitĂ© soient dĂ©sireux d’Ă©tablir un certain fossĂ© entre l’enseignement primaire/secondaire et l’enseignement supĂ©rieur. L’Ă©cart s’agrandit donc entre les 15% de la population qui ont eu accĂšs Ă  des Ă©tudes universitaires et les 85 autres %, ce qui contribue Ă  faciliter la domination implicite ou explicite des 15% sur les 85%. En effet, cette majoritĂ© de la population aura Ă©tĂ© bien peu Ă©duquĂ©e lors de leurs Ă©tudes secondaires, car mĂȘme dans la section gĂ©nĂ©rale, le programme proposĂ© est plus infantilisant qu’instructif. Ainsi, nombre d’Ă©lĂšves qui terminent leurs humanitĂ©s Ă  18 ans restent trĂšs insuffisamment formĂ©s Ă  la citoyennetĂ© et ont un niveau de culture mĂ©diocre, car les programmes scolaires n’ont jamais prĂ©tendu les Ă©duquer sur ces sujets pourtant importants, mais avaient plutĂŽt pour objectif d’en faire de bonnes machines Ă  travailler rĂ©ceptives aux attentes de l’État et des entreprises. Seuls ceux qui se sont cultivĂ©s sur le cĂŽtĂ© et ceux qui ont eu accĂšs par la suite Ă  des Ă©tudes universitaires ont pu atteindre un bon niveau d’instruction. MalgrĂ© tout, le niveau de notre enseignement reste l’un des plus Ă©levĂ©s au monde… Et c’est presque inquiĂ©tant puisque bien peu de matiĂšres abordĂ©es contribuent rĂ©ellement Ă  construire la personnalitĂ© de l’Ă©lĂšve sur de bonnes bases. En outre, ne doutons pas que les rĂ©sultats de sondages sur les connaissances gĂ©ographiques de jeunes français ne varieraient pas significativement des mĂ©diocres rĂ©sultats amĂ©ricains… Comment pourrait-on arriver Ă  une sociĂ©tĂ© juste et bien bĂątie si 85% de la population ne comprend pas suffisamment notre sociĂ©tĂ© et n’en connaĂźt pas assez d’aspects dĂ©cisifs ? Comment faire en sorte que ces 85% de la population ne soient pas extrĂȘmement mallĂ©ables et ne se laissent toujours manipuler par les politiciens et les entreprises pour en arriver Ă  un rĂ©sultat qui rĂ©jouit ces derniers mais dĂ©savantage tout Ă  fait les gens qui leur ont permis d’en arriver lĂ  ?

« L’idĂ©alisme est la noble toge dont les hommes politiques drapent leur volontĂ© de puissance. »

Aldous Huxley

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

mai 30 2009

Historique des événements importants de manipulation monétaire

Régis Mex

La crĂ©ation monĂ©taire par le crĂ©dit commercial est la forme la plus importante de crĂ©ation monĂ©taire et l’escompte est le mĂ©canisme qui accompagne automatiquement l’essentiel de la crĂ©ation de biens rĂ©els. Ainsi, l’Ă©quation fondamentale monnaie = richesses rĂ©elles est assurĂ©e. La crĂ©ation monĂ©taire opĂ©rĂ©e lors des opĂ©rations d’escompte est bel et bien parallĂšle Ă  la crĂ©ation de richesses rĂ©elles. Car derriĂšre toute traite Ă©mise et escomptĂ©e, il ne peut y avoir que production de biens. Par ce biais, d’un cĂŽtĂ© on met donc en circulation les produits pendant que de l’autre cĂŽtĂ© on crĂ©e l’argent nĂ©cessaire pour les faire circuler.

hold-up_planetaire_web

Mais cette Ă©galitĂ©, qui a toujours Ă©tĂ© au coeur de l’Ă©quilibre Ă©conomique, et qui l’est chaque jour davantage, est bien fragile. Si elle est rompue, les pires catastrophes peuvent se produire, notamment l’inflation ou la dĂ©flation. On parle d’inflation (du latin inflare, gonfler) lorsque la masse monĂ©taire augmente plus vite que la production. Il y a trop de monnaie par rapport aux biens: les prix augmentent (ou, ce qui revient au mĂȘme, la monnaie se dĂ©prĂ©cie). La dĂ©flation est au contraire une contraction, un « dĂ©gonflement » de la masse monĂ©taire. Dans ce cas, les prix baissent.

La brouette et les poireaux: l’hyperinflation allemande

L’exemple le plus spectaculaire d’inflation eut lieu dans l’Allemagne de Weimar, dans les annĂ©es 1920. Tout au long de l’aprĂšs-guerre, les prix augmentent en Allemagne plus qu’ailleurs. Au cours de l’Ă©tĂ© et de l’automne 1923, la hausse des prix connaĂźt une envolĂ©e hyperbolique. Les prix flambent de jours en jours, puis d’heure en heure. La Banque centrale allemande n’a mĂȘme pas le temps d’imprimer de nouveaux billets: on les surcharge avec des zĂ©ros supplĂ©mentaires Ă  coups de tampon. Les mĂ©nagĂšres vont faire les courses avec des brouettes remplies de billets et reviennent avec quelques poireaux. Les ouvriers sont payĂ©s deux fois par jour: ainsi, Ă  midi, ils peuvent faire quelques courses et Ă©viter l’inflation de l’aprĂšs-midi.

On raconte l’histoire d’un journaliste amĂ©ricain arrivant en Allemagne: il n’a qu’un dollar en poche et dĂ©sire dĂźner. Il entre dans un restaurant et demande si on peut lui servir quelque chose pour un dollar. On lui sert un repas gargantuesque. AprĂšs le dessert, alors qu’il est en train de fumer un cigare, il est surpris de voir le garçon lui apporter une entrĂ©e. ÉtonnĂ©, il demande la raison de cette prolongation curieuse de son repas. « Le dollar vient encore d’augmenter », rĂ©pondit simplement le garçon. Les chiffres parlent d’eux-mĂȘmes. En 1919, 1 dollar valait 14 marks. Fin novembre 1923, ce mĂȘme dollar valait la bagatelle de 4 200 000 000 000 marks. Oui, vous avez bien lu: quatre mille deux cent milliards de marks !

Étalon monĂ©taire ou talon d’Achille ? (Les problĂšmes monĂ©taires internationaux)

Admettons que, grĂące Ă  la puissance de l’État et Ă  sa crĂ©dibilitĂ©, une monnaie soit acceptĂ©e et utilisĂ©e dans un pays. Mais que se passe-t-il dĂšs qu’on sort des frontiĂšres et qu’on achĂšte ou vend des produits Ă  l’Ă©tranger ? Il est Ă©vident qu’un vendeur ne voudra accepter un paiement que s’il est effectuĂ©e dans sa monnaie, la seule qu’il connaisse. L’acheteur, lui, n’aura pour payer que la monnaie utilisĂ©e dans son pays. Un problĂšme Ă©pineux se pose donc: celui du change.

Écartons pour le moment l’existence d’un moyen de paiement commun Ă  l’acheteur et au vendeur, ou reconnu par les deux. Cela a existĂ© et cela existe: le pĂ©trole se paie aujourd’hui en dollars, mais c’est une exception. La rĂšgle veut plutĂŽt que les contrats soient signĂ©s dans la monnaie du vendeur et que l’acheteur paie dans cette mĂȘme monnaie. Il doit donc s’adresser Ă  sa banque pour une opĂ©ration de change.

On voit immĂ©diatement la question dĂ©licate qui doit ĂȘtre rĂ©glĂ©e: quelle est la valeur de l’autre monnaie ? Dans l’histoire, on a connu trois systĂšmes rĂ©glant le problĂšme du change ou de la paritĂ© entre monnaies: l’Ă©talon-or, l’Ă©talon change or et les changes flottants.

L’Ă©talon-or

Le Royaume-Uni promulgue en 1817 le Gold Standard Act. La loi stipule que chaque livre vaut quelque 8 grammes d’or. Ce systĂšme, appuyĂ© par la domination incontestĂ©e de l’Angleterre dans les domaines Ă©conomique, monĂ©taire et financier s’Ă©tend au monde entier comme rĂ©fĂ©rence. DĂšs lors, le problĂšme du change et de la paritĂ© entre monnaies trouve une solution simple. Chaque pays possĂšde une masse monĂ©taire et un stock d’or. Le rapport masse monĂ©taire/stock d’or donne la paritĂ© or de la monnaie. Le taux de change entre monnaies est fixĂ© par une simple rĂšgle de trois: si la livre vaut 8 grammes d’or et que le franc en vaut 4, alors la livre vaut 2 francs. Enfantin.

Parité or et échanges commerciaux

Dans ces conditions, les Ă©changes se dĂ©roulent sans encombre. Imaginons que France et Angleterre aient des Ă©changes Ă©quilibrĂ©s: dans ce cas, l’entreprise anglaise qui importe demande Ă  sa banque mettons 200 francs, qui vont lui coĂ»ter 100 livres. De l’autre cĂŽtĂ© de la Manche, l’entreprise française qui importe demande 100 livres qui lui coĂ»tent 200 francs. Si les Ă©changes sont Ă©quilibrĂ©s, deux autres entrepriss expriment une demande contraire de mĂȘme montant. Dans ce cas, les banques Ă  qui les entreprises s’adressent ont exactement de quoi satisfaire les demandes en devises de leurs clients.

Imaginons qu’il n’y ait qu’une banque. Lorsque le client anglais, importateur de produits français, vient lui demander 200 francs, elle lui donne les 200 francs que le client français, acheteur de produits anglais, lui a donnĂ© pour acheter les 100 livres dont elle a besoin.

Ainsi, offre et demande de devises dans les deux pays sont identiques. Les francs restent en France et les livres en Angleterre. Les masses monĂ©taires des deux pays ne varient pas, ni leurs rĂ©serves en or. Masses monĂ©taires stables, stock d’or stables: la paritĂ© entre les deux monnaies reste la mĂȘme. Tirons-en cette conclusion: si les Ă©changes extĂ©rieurs d’un pays sont Ă©quilibrĂ©s, la paritĂ© de sa monnaie ne varie pas.

Que se passe-t-il si ce n’est pas le cas ? Simplifions: si un pays achĂšte plus qu’il ne vend, la mĂ©canique ci-dessus ne joue qu’Ă  hauteur de la partie des importations couverte par des exportations. Et le reste ? Et le dĂ©ficit ? LĂ , il n’y a qu’une possibilitĂ©: sortir de l’or. Soit pour payer le vendeur directement, soit pour acheter sa devise et le payer avec celle-ci. Mais la sanction est immĂ©diate: le pays dĂ©ficitaire a moins d’or et sa monnaie est dĂ©prĂ©ciĂ©e, dĂ©valuĂ©e. Pourquoi ? Parce ce que dans le pays il y a autant de monnaie en circulation, mais cette monnaie est dĂ©sormais garantie par moins d’or: sa paritĂ© or baisse. Et si le pays a un excĂ©dent commercial, c’est le contraire. Tirons-en cette conclusion: lorsqu’un pays a un dĂ©ficit commercial, sa monnaie se dĂ©value; lorsqu’il a un excĂ©dent, elle se réévalue.

Gardons en tĂȘte ce principe, car il est valable pour tous les systĂšmes monĂ©taires.

Punition et rééquilibrage

Ces mĂ©canismes ont un sens Ă©conomique prĂ©cis. Un pays qui a un dĂ©ficit commercial est sanctionnĂ© par la baisse de sa monnaie. ConcrĂštement, cela signifie qu’il est « puni ». Punition immĂ©diate, impitoyable. Avec la baisse de sa monnaie, tous les produits Ă©trangers lui coĂ»tent plus cher. ParallĂšlement, ses produits deviennent moins chers pour les Ă©trangers. En clair, le pays s’appauvrit. Pour avoir la mĂȘme quantitĂ© de produits Ă©trangers, il doit cĂ©der une plus grande quantitĂ© de ses produits. Son travail, ses terres, son patrimoine, toutes ses richesses sont dĂ©prĂ©ciĂ©es. Mais quelle faute est la sienne ? Une faute impardonnable: il a moins donnĂ© qu’il n’a pris aux autres: il a eu plus besoin des autres que les autres n’ont eu besoin de lui. En clair, il a vĂ©cu au-dessus de ses moyens.

C’est la dure loi du marchĂ©. Mais si le marchĂ© est dur il sait se monter magnanime. La punition de ce pays frivole est aussi le moyen de sa rĂ©demption. S’il comprend la leçon et sait en tenir compte, tout devrait rentrer dans la normalitĂ©. Les produits Ă©trangers sont devenus plus chers ? Qu’Ă  cela ne tienne: le pays devra en consommer moins. Ses produits sont devenus moins chers ? Tant mieux: il pourra en vendre plus. Ainsi, si la logique est respectĂ©e, la balance commerciale devrait se rééquilibrer.

Au cours de la PremiĂšre Guerre mondiale, le systĂšme de l’Ă©talon-or, qui s’Ă©tait bĂąti au XIXe siĂšcle autour de la puissance britannique, vole en Ă©clats et un autre systĂšme se met en place.

Des monnaies pivots

Les pays europĂ©ens ont connu au cours de la guerre, en sus des autres, un double malheur monĂ©taire: leurs masses monĂ©taires, exagĂ©rĂ©ment gonflĂ©es par le recours massif des États au crĂ©dit, ont littĂ©ralement explosĂ©. ParallĂšlement, leurs stocks d’or ont fondu. Les AmĂ©ricains avaient beau ĂȘtre les alliĂ©s de la France et de l’Angleterre, ils n’acceptaient en paiement de leurs armes, de leur nourriture et de leurs marchandises que de l’or en barres. Au dĂ©but des annĂ©es 1920, la vĂ©ritĂ© apparaĂźt dans toute sa cruautĂ©: les deux tiers de l’or mondial qui, avant la guerre, se trouvait en Europe sont dĂ©sormais aux États-Unis. En Europe, il ne reste que la moitiĂ© de l’or de 1914, mais les masses monĂ©taires sont multipliĂ©es par sept ! Dans ces conditions, plus question d’Ă©talon-or (sauf pour les États-Unis, bien sĂ»r).

Une drĂŽle de confĂ©rence monĂ©taire se tient Ă  GĂȘnes en 1922, qui va donner naissance Ă  un drĂŽle de systĂšme. Á GĂȘnes, les AmĂ©ricains sont absents. Depuis la victoire des rĂ©publicains aux Ă©lections, le mot d’ordre est Ă  l’isolationnisme: les affaires du monde ne les intĂ©ressent plus. Á l’inverse, la Russie soviĂ©tique est lĂ , on se demande pourquoi. Dans le dĂ©sarroi ambiant, on imagine un systĂšme palliant l’impossibilitĂ© de bon nombre de pays de revenir Ă  la paritĂ© or et Ă  la convertibilitĂ© de leur monnaie: ils n’ont qu’Ă  utiliser les devises convertibles en or comme garantie et Ă©talon de valeur de leur monnaie. Ainsi, toutes les monnaies se trouvent rattachĂ©es Ă  l’or; certaines directement, d’autres indirectement, en passant par des monnaies pivots.

C’est ce systĂšme qu’on appelle alors l’Ă©talon change or (Gold Exchange Standard). Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce systĂšme bĂątard ne satisfait personne. Surtout pas la France et l’Angleterre qui, ayant gagnĂ© la guerre et Ă©tant Ă  la tĂȘte de deux empires coloniaux s’Ă©tendant sur la planĂšte entiĂšre, se voyaient mal ravalĂ©es au rang de puissances monĂ©taires de banlieue. LĂ©nine n’avait-il pas d’ailleurs dit: « La dĂ©valuation est l’arrĂȘt de mort du capitalisme ? ». Et la dĂ©valuation Ă©tait bien lĂ . La livre et le franc n’Ă©taient que l’ombre de ce qu’elles Ă©taient en 1914.

« La dĂ©cision la plus catastrophique »

Dans le systĂšme de GĂȘnes, tout pays en ayant les moyens pouvait revenir Ă  la convertibilitĂ© de sa monnaie. L’Ă©goĂŻsme et la prĂ©tention des vainqueurs fit le reste. En 1925, Churchill dĂ©crĂ©ta le retour de la livre Ă  la paritĂ© or et, qui plus est, avec la mĂȘme valeur qu’en 1914. J.K. Galbraith devait dire que ce fut « la dĂ©cision la plus radicalement dĂ©sastreuse des temps modernes en matiĂšre monĂ©taire ».

Un tel jugement mĂ©rite quelques explications. Pour revenir Ă  la paritĂ© or de 1914, le gouvernement britannique a dĂ» pratiquer une politique durement dĂ©flationniste. Compte tenu de la situation anglaise de l’aprĂšs-guerre, cela signifiait « dĂ©gonfler » la masse monĂ©taire, la rĂ©duire. Comment s’y est-il pris ? En augmentant les taux d’intĂ©rĂȘt d’abord, en pratiquant un strict Ă©quilibre budgĂ©taire ensuite, c’est-Ă -dire en limitant les dĂ©penses de l’État et en augmentant les recettes, ce qui veut dire alourdir impĂŽts et taxes. Socialement, cette politique s’est traduite par des conflits sociaux trĂšs durs, notamment la cĂ©lĂšbre grĂšve des mineurs de 1926, le conflit le plus ravageur de l’histoire britannique. Mais le jugement sĂ©vĂšre de Galbraith sous-entend que la dĂ©cision de Churchill eut un impact bien plus dĂ©vastateur encore que cela.

Probablement faut-il chercher lĂ  une des causes essentielles d’une des crises les plus dramatiques de l’histoire: la crise de 1929. L’attachement Ă  la paritĂ© or des monnaies fut en effet le dogme le mieux partagĂ© des annĂ©es 1920. Les États-Unis s’y sont tenus avec rigueur, les Anglais y ont sacrifiĂ© leur croissance dĂšs 1925 et la France n’a pas Ă©tĂ© en reste publique dĂšs 1926 elle s’est lancĂ©e dans la mĂȘme politique aboutissant au retour de la paritĂ© or avec le franc PoincarĂ© en 1928. Or, la crise de 1929 a Ă©tĂ© une crise dĂ©flationniste, caractĂ©risĂ©e par la contraction de la masse monĂ©taire, la baisse des prix, des salaires, de la production et de l’emploi. Les politiques de rigueur monĂ©taire des annĂ©es 1920 ont probablement fait le lit de la catastrophe de 1929. Milton Friedman lui-mĂȘme qualifie la politique monĂ©taire des États-Unis Ă  la veille de la crise d’ »ineptie ». C’est dire…

Bretton Woods et l’Ă©talon dollar

AprĂšs la DeuxiĂšme Guerre mondiale, les vainqueurs absolus, les États-Unis, ont visiblement retenu la leçon. Le systĂšme qu’ils mettent en place en 1944 Ă  la confĂ©rence de Bretton Woods sous entend la volontĂ©, totalement exclue en 1919, d’assumer pleinement leur rĂŽle de puissance dominante. Le projet du reprĂ©sentant britannique, un certain J.M. Keynes, est rapidement Ă©cartĂ©. Ce projet Ă©tait fondĂ© sur la crĂ©ation d’une monnaie internationale: le bancor. Fi de la monnaie internationale spĂ©cifique, cette monnaie existe dĂ©jĂ : c’est le dollar.

Le systĂšme mis en place est encore un Ă©talon change or, mais cette fois-ci, la seule monnaie convertible en or est le dollar. La devise amĂ©ricaine devient ainsi le pilier d’un systĂšme solide, tenu par des rĂšgles strictes, enfin en accord avec la situation rĂ©elle.

Les parités fixes

Le dollar est convertible en or sur la base d’une paritĂ© de 35 dollars l’once et les autres monnaies sont thĂ©oriquement rattachĂ©es Ă  l’or par l’intermĂ©diaire du dollar. Le systĂšme de change entre monnaies est un systĂšme de paritĂ©s fixes. La valeur du change est dĂ©finie une bonne fois pour toutes: seule une variation de + ou -1% est autorisĂ©e. Au-delĂ , les pays doivent entamer une procĂ©dure complexe de dĂ©valuation ou de réévaluation. Les banques centrales des diffĂ©rents pays sont tenues d’intervenir sur le marchĂ© des changes pour Ă©viter des variations excessives, c’est-Ă -dire supĂ©rieures Ă  1%. Comment font-elles ? C’est simple: si leur monnaie a tendance Ă  monter, elles doivent en vendre. Si elle a tendance Ă  baisser, elles doivent en acheter.

ConcrĂštement, si le mark monte au-delĂ  de 1%, la Bundesbank doit vendre des marks; si le franc baisse au-delĂ  de 1%, la Banque de France doit acheter des francs. Ainsi l’Ă©quilibre entre l’offre et la demande sera rĂ©tabli et la paritĂ© de la monnaie prĂ©servĂ©e. Mais un problĂšme se pose ici: oĂč les banques centrales vont-elles chercher les devises nĂ©cessaires pour ces interventions ? Si tout va bien, elles peuvent puiser dans leurs rĂ©serves de change constituĂ©es par l’accumulation des devises issues d’un commerce extĂ©rieur excĂ©dentaire. Sinon, elles doivent demander des prĂȘts Ă  un organisme ad hoc: le Fonds monĂ©taire international (FMI).

Le roi dollar

Dans ce systĂšme, le dollar a un rĂŽle privilĂ©giĂ©. Seule monnaie convertible en or, il devient as good as gold (aussi bon que l’or). Le systĂšme des paritĂ©s fixes fait par ailleurs de la monnaie amĂ©ricaine l’outil privilĂ©giĂ© des interventions sur le marchĂ© des changes. Deux bonnes raisons pour faire du dollar la monnaie de rĂ©serve privilĂ©giĂ©e.

Ce n’est pas tout. Étant la monnaie pivot, le dollar jouit de deux prĂ©rogatives princiĂšres: la premiĂšre est que le risque de change si on utilise le dollar pour les paiements internationaux est moindre. Voyons comment. Le risque de change est la possibilitĂ© de payer plus cher que prĂ©vu un produit achetĂ© Ă  l’Ă©tranger. Dans le commerce international, comme dans toute forme de commerce entre entreprises, les paiements se font par traite. On signe un contrat aujourd’hui, on paie dans un mois, deux mois, plus Ă©ventuellement. Le contrat Ă©tant stipulĂ© dans la monnaie du vendeur, l’acheteur peut, au moment oĂč il va Ă  la banque acheter des devises, payer ces devises plus cher si leur cours a augmentĂ©.

Dans le systĂšme de Bretton Woods, chaque monnaie peut, sur une pĂ©riode donnĂ©e, varier de + ou -1% par rapport au dollar. Si on compte bien, en tout, on a une possibilitĂ© de variation de 2%. Si, pour les besoins du commerce, on doit passer, par exemple, du franc au mark, le risque de change est de 4% (2% de baisse totale du franc +2% de hausse totale du mark). Si on utilise le dollar, le risque est limitĂ© Ă  2%, c’est-Ă -dire la variation maximale autorisĂ©e entre une monnaie quelconque et le dollar. Cette raison, avec d’autres, a fait du dollar la monnaie la plus utilisĂ©e dans les Ă©changes internationaux.

L’autre privilĂšge du dollar est Ă©galement liĂ© Ă  sa nature de pivot du systĂšme. Les États-Unis, en effet, font l’Ă©conomie d’interventions dispendieuses sur le marchĂ© des changes pour garantir la paritĂ© du dollar. Comment est-ce possible ? Si le franc baisse, par exemple, la Banque de France achĂšte des francs. Avec quoi ? Des dollars entre autre. La Banque de France Ă©vite ainsi que le dollar ne s’apprĂ©cie exagĂ©rĂ©ment. Si le mark monte, la Bundesbank va en vendre. Contre quoi ? Des dollars probablement. La Banque centrale allemande empĂȘche donc que le dollar baisse. Ce sont ainsi les banques centrales du monde entier qui s’occupent de la sale besogne. C’est tout bĂ©nĂ©fice pour la FED, la Banque centrale amĂ©ricaine !

Eurodollars et capitaux fébriles

La consĂ©quence de ce systĂšme ne s’est pas fait attendre. Le dollar est devenu, et reste, la monnaie la plus utilisĂ©e dans les Ă©changes internationaux, bien au-delĂ  des Ă©changes amĂ©ricains. Le pĂ©trole, c’est bien connu, se paie en dollars. il est devenu Ă©galement une monnaie de rĂ©serve pour bon nombre d’États et, in fine, s’est en quelque sorte Ă©mancipĂ© de son crĂ©ateur pour devenir eurodollar. Les eurodollars sont des dollars qui circulent en dehors des États-Unis. On doit leur nom au code d’une banque soviĂ©tique ( »eurobank ») qui la premiĂšre a dĂ©tenu des comptes en dollars (le rouble n’ayant jamais Ă©tĂ© acceptĂ© pour les Ă©changes avec l’Occident).

Ainsi, une masse colossale de billets verts s’est mise Ă  circuler Ă  travers le monde, se dĂ©plaçant d’un pays Ă  l’autre au grĂšs d’opĂ©rations lĂ©gales ou illĂ©gales (la drogue et les armes se paient en dollars) dans un but qui s’est affirmĂ© comme dĂ©finitivement prioritaire: la spĂ©culation. Le systĂšme a parfaitement fonctionnĂ© pendant une vingtaine d’annĂ©es. Il a notamment permis une extraordinaire croissance des Ă©changes mais, Ă  partir de la fin des annĂ©es 1960, Bretton Woods s’est transformĂ© en un monstre ingĂ©rable. Pour les États-Unis et pour le monde.

Fluctuat et agitatur: les changes flottants

Ce qui Ă©tait arrivĂ© aux monnaies europĂ©ennes Ă  cause de la guerre arrive Ă©galement aux États-Unis, en pleine paix. la masse de dollars, gonflĂ©e par l’essor des Ă©changes et par une demande toujours inassouvie, finit par dĂ©passer allĂ©grement sa couverture en or. Dans le deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1960, des esprits malins ou clairvoyants, dont la France du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, comprennent que la paritĂ© or du dollar ne va pas pouvoir ĂȘtre maintenue Ă©ternellement. Ils se sont mettent donc Ă  demander la conversion de leurs dollars en or. Les États-Unis doivent faire face Ă  une vĂ©ritable hĂ©morragie. Et une ultime et calamiteuse tentative de retour Ă  la paritĂ© or de la livre (dĂ©cidĂ©ment…) fait basculer le monde dans le cauchemar.

En 1971, pour la premiĂšre fois, la balance commerciale amĂ©ricaine devient dĂ©ficitaire. Le dollar ne peut que baisser. Sa paritĂ© or devient intenable. Le 15 aoĂ»t, Nixon proclame l’inconvertibilitĂ© du dollar. Tous ceux qui s’Ă©taient accrochĂ©s Ă  une monnaie as good as gold sont servis.

Le désordre monétaire international

Les annĂ©es 1970 commencent par la longue agonie du systĂšme monĂ©taire qui avait scellĂ© la domination amĂ©ricaine. Elles s’achĂšvent par la rĂ©affirmation de cette mĂȘme domination, mais de maniĂšre bien plus perverse.

Le systĂšme de Bretton Woods est attaquĂ© de toutes parts. Son pilier, le dollar, s’effrite: dĂ©tachĂ© de l’or, il plonge au fur et Ă  mesure que les États-Unis sombrent dans une des pĂ©riodes les plus noires de leur histoire. Chocs pĂ©troliers, dĂ©faite au Vietnam, Watergate et, pour finir, la rĂ©volution iranienne. Les paritĂ©s fixes ne tiennent pas face aux mouvements spĂ©culatifs puissants. Le FMI n’a plus de devises Ă  prĂȘter, on essaie de lui inventer une nouvelle monnaie de rĂ©fĂ©rence: les droits de tirages spĂ©ciaux (DTS): c’est l’Ă©chec.

En 1973, on effectue un replĂątrage du systĂšme: les marges de variations sont Ă©largies (+ ou – 2,25%), mais ça ne fait qu’exciter la spĂ©culation. Les monnaies faibles (livre, franc, livre) sont dĂ©valuĂ©es Ă  rĂ©pĂ©tition. Les monnaies fortes (mark, yen, franc suisse) s’envolent. En 1976, Ă  la confĂ©rence de la JamaĂŻque, on prend le taureau par les cornes: les paritĂ©s fixes sont abandonnĂ©es, l’or est dĂ©finitivement dĂ©monitisĂ©. Il faut dire que sur le marchĂ©, il ne se nĂ©gocie plus Ă  35 mais Ă  500 dollars l’once !

Les changes flottants

Bretton Woods est mort et enterrĂ©. Les gouvernements abandonnent une partie perdue d’avance: on ne peut plus contrĂŽler le cours des monnaies. Le professeur Friedman et les Ă©conomistes libĂ©raux tiennent lĂ  leur premiĂšre victoire: dĂ©sormais, c’est le marchĂ©, et lui seul, qui va fixer la valeur des monnaies. Leur cours va varier quotidiennement selon les variations de l’offre et de la demande. La marchĂ© des changes brasse dĂ©sormais quotidiennement plus de capitaux que la Bourse elle-mĂȘme. Le dollar touche le fond: en 1979, il vaut moins de 4 francs.

Avec l’arrivĂ©e au pouvoir de Ronald Reagan, les choses vont prendre une toute autre tournure. De stricte obĂ©dience libĂ©rale, le nouveau PrĂ©sident s’en prend violemment Ă  l’inflation et Ă  l’État. Pour terrasser l’inflation, la FED augmente les taux d’intĂ©rĂȘt de maniĂšre plus que consĂ©quente: on n’est pas loin de 20%. Par ailleurs, libĂ©rĂ©s de toute contrainte, les salaires s’effondrent, ainsi que les dĂ©penses sociales de l’État. L’inflation est vite jugulĂ©e par cette cure violente. Sur le marchĂ© des changes, le dollar s’envole. AttirĂ©s par les taux amĂ©ricains, les capitaux fĂ©briles se ruent sur le billet vert, d’autant plus que la politique Ă©trangĂšre de Reagan restaure trĂšs vite la crĂ©dibilitĂ© amĂ©ricaine mise Ă  mal par ses prĂ©decesseurs. Le dollar se hisse Ă  plus de 10 francs.

Un droit de cuissage planétaire

Tout va bien donc. La politique de Reagan est efficace: l’Ă©conomie amĂ©ricaine repart, l’inflation baisse, le chĂŽmage Ă©galement. Le dollar est fort. Le prĂ©sident amĂ©ricain se permet mĂȘme de narguer ses collĂšgues. Á François Mitterrand (1916-1996) qui lui fait remarquer que le dollar est trop haut, Reagan rĂ©pond: « Ce n’est pas le dollar qui est trop fort, ce sont les autres monnaies qui sont trop faibles. »

Reste un dĂ©tail. La libĂ©ration du marchĂ© des changes aurait dĂ» rendre les devises Ă  la vĂ©ritĂ© des prix, si chĂšre aux libĂ©raux. On l’a vu, ce qui devrait Ă©tablir la valeur d’une monnaie, c’est la situation du commerce extĂ©rieur d’un pays: Ă  dĂ©ficit commercial, monnaie faible, et Ă  excĂ©dent commercial, monnaie forte, avec les rééquilibrages automatiques que l’on sait. Une monnaie faible devait permettre de vendre plus et obliger Ă  acheter moins et le contraire pour une monnaie forte.

Qu’en est-il des États-Unis ? Depuis 1971, ce pays a un commerce extĂ©rieur chroniquement dĂ©ficitaire. Bon an mal an, les AmĂ©ricains achĂštent au minimum 100 milliards de dollars de plus qu’ils ne vendent. Cela fait trente ans que ça dure. Dans une telle situation, n’importe quel autre pays aurait Ă©tĂ© rĂ©duit Ă  la faillite. Sa monnaie ne devrait mĂȘme pas valoir le prix du papier sur lequel elle est imprimĂ©e. Rien de tel ne s’est produit pour les États-Unis. Comment est-ce possible ? MĂȘme dĂ©tachĂ© de l’or, le dollar reste le moyen de paiement et de rĂ©serve le plus utilisĂ© au monde. Les dollars avec lesquels les AmĂ©ricains paient leurs dĂ©ficits ne reviennent pas aux États-Unis. Cela veut dire qu’ils ne paient pas leur dĂ©ficit. C’est exactement comme si vous payiez vos achats avec des chĂšques que personne n’aurait l’idĂ©e d’encaisser.

Tant que la confiance rĂšgne, tout cela ne pose guĂšre de problĂšmes. Lorsque les États-Unis n’ont plus d’argent pour payer leurs importations ou le dĂ©ficit de leur budget, ils Ă©mettent des bons du trĂ©sor. Le monde souscrit avec empressement. On leur prĂȘte leurs dollars. Depuis 1971, les États-Unis vivent des crĂ©dits que leur fournissent les autres pays. Un gigantesque plan Marshall Ă  l’envers, dont le colossal endettement amĂ©ricain donne la mesure: quelques 10 000 milliards de dollars si on additionne la dette publique et la dette externe, 30 000 milliards de dette total, soit 31% du produit mondial brut. Une paille.

Du serpent Ă  l’euro: la construction d’une alternative monĂ©taire

Le dĂ©sordre monĂ©taire international qui s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© dans les annĂ©es 1970 ne pouvait laisser l’Europe indiffĂ©rente. Sur le Vieux Continent, l’abolition des frontiĂšres au sein de la CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne (CEE) n’Ă©tait pas un vain mot: les pays europĂ©ens sont les pays les plus ouverts au commerce international; l’instabilitĂ© monĂ©taire est pour eux particuliĂšrement insupportable. On comprend donc que l’Europe se soit lancĂ©e trĂšs vite dans la mise en place d’un systĂšme monĂ©taire rompant avec les mouvements erratiques des monnaies. DĂšs 1969, au sommet de La Haye, les Six s’Ă©taient donnĂ© comme objectif la rĂ©alisation globale d’une union monĂ©taire.

En 1972 d’abord, avec le « serpent monĂ©taire » puis en mars 1979, avec le SystĂšme monĂ©taire europĂ©en (SME), on rĂ©instaure en Europe ce qui avait progressivement disparu au niveau mondial: un systĂšme de paritĂ©s fixes avec des marges de variation limitĂ©es. Mais les problĂšmes s’accumulent: choc pĂ©trolier, entrĂ©e de nouveaux pays dans le CEE… Pratiquement tous les ans, telle monnaie est dĂ©valuĂ©e, telle autre réévaluĂ©e. Certaines monnaies ne rentrent pas dans le systĂšme. D’autres y rentrent pour en sortir aussitĂŽt. Les marges de flottement flottent-elles mĂȘmes allĂšgrement: selon le moment et la monnaie, elles sont Ă©largies Ă  6% ou ramenĂ©es Ă  1%.

Mais au-delĂ  de ces difficultĂ©s, la vĂ©ritable nouveautĂ© du SME est que, dĂ©sormais, les taux pivots sont fixĂ©s en une unitĂ© de compte europĂ©enne: l’ECU (EuropĂ©en Currency Unit), une sorte de synthĂšse des monnaies europĂ©ennes, oĂč chaque devvise compte pour un pourcentage tenant compte du poids Ă©conomique et monĂ©taire de chaque pays.

L’idĂ©e d’une Europe monĂ©taire progresse. En 1986, l’Acte unique rĂ©affirme l’objectif de l’union monĂ©taire. Le traitĂ© de Maastricht, en 1992, fixe les critĂšres de convergence et les conditions Ă  remplir pour accĂ©der Ă  la monnaie unique. Il s’agit de mesures strictes visant Ă  limiter l’inflation, les dĂ©ficits budgĂ©taires et l’endettement. La mĂȘme annĂ©e, une tempĂȘte s’abat sur les monnaies europĂ©ennes les plus faibles: franc, peseta, lire, livre sterling. Le processus continue malgrĂ© tout. En 1995, on choisit le nom de la future monnaie europĂ©enne: le nom ECU est abandonnĂ© (notamment Ă  cause d’une assonance dĂ©sagrĂ©able en allemand avec die kuh, la vache) au profit de « euro », plus digeste dans les diffĂ©rentes langues.

Le lancement de la nouvelle monnaie a lieu officiellement le 1er janvier 1999. Á cette date, onze pays sont « Ă©ligibles ». Les Britanniques ne sont pas de l’aventure, ni les Danois et les SuĂ©dois qui refusent par rĂ©fĂ©rendum de l’adopter. Les Grecs, qui ne remplissaient pas alors les conditions d’adhĂ©sion, rejoignent les onze Ă©lus en 2000. Le 1er janvier 2002, l’euro entre physiquement en circulation dans douze pays.

Euro qui comme Ulysse…

La monnaie europĂ©enne n’en est qu’au dĂ©but d’un long voyage, mais dĂ©jĂ  on ne peut que constater sa rĂ©ussite. Elle est d’abord la manifestation la plus tangible de la construction europĂ©enne. L’Europe passe dans nos mains quand nous payons une baguette avec une piĂšce allemande ou espagnole. Nous nous sentons moins Ă  l’Ă©tranger quand nous payons un cafĂ© au Portugal (0,50 euro…) avec la monnaie qu’on nous a rendu Ă  Paris.

Mais le plus important n’est pas lĂ . C’est avec l’euro que l’Europe est devenu rĂ©ellement un grand marchĂ© unique. Les entreprises y ont rĂ©alisĂ© des Ă©conomies colossales et le marchĂ© est devenu rĂ©ellement transparent (voir le prix du cafĂ© portugais). C’est avec l’euro que nos pays se sont soustraits au dĂ©sordre monĂ©taire international et Ă  l’emprise du dollar; C’est grĂące Ă  l’euro que le dernier choc pĂ©trolier, pourtant violent, a pu ĂȘtre encaissĂ© sans trop de dĂ©gats. Ose-t-on imaginer ce que seraient devenus le franc ou la lire dans les grandes tempĂȘtes de ce dĂ©but de millĂ©naire ? C’est par (et pour) l’euro que nous profitons de faibles taux d’inflation et de faibles taux d’intĂ©rĂȘt.

DĂ©jĂ  deuxiĂšme monnaie mondiale aprĂšs le dollar pour les Ă©changes, la monnaie europĂ©enne est utilisĂ©e par des pays tiers pour libeller contrats et emprunts. Des accords spĂ©cifiques la lient aux monnaies d’Europe de l’Est et de la MĂ©diterranĂ©e. Une alternative vitale pour les temps qui courent.

Le coĂ»t de l’euro

Pourtant, des voix s’Ă©lĂšvent rĂ©guliĂšrement pour protester contre la monnaie unique et ses sous-entendus. Le sous-entendu le plus Ă©vident, c’est que l’Europe, qui a tant de difficultĂ©s Ă  s’accorder sur une quelconque politique commune, s’est livrĂ©e pieds et poings liĂ©s Ă  une politique de rigueur pour atteindre l’objectif de la monnaie unique. Le choix fait par François Mitterrand en 1983 d’abandonner la politique de relance de Pierre Mauroy (nĂ© en 1928) vaut dĂ©sormais pour tout le monde. ContrĂŽle sĂ©vĂšre des dĂ©penses publiques, limitation des dĂ©ficits, privatisations: le pacte de stabilitĂ© n’est pas fait pour plaire Ă  tout le monde.

La philosophie de base de l’euro est toute allemande et la localisation de la Banque centrale europĂ©enne Ă  Francfort n’est pas fortuite. On a voulu une monnaie forte, on a voulu terrasser l’inflation, cette vieille phobie allemande: tout cela passe par de la rigueur, encore et toujours. C’est pour cela qu’on reproche Ă  l’euro la croissance molle et Ă©ventuellement le chĂŽmage, qui sĂ©vit sur le Vieux Continent. Un pays semble particuliĂšrement touchĂ©: l’Italie.

Le cas de ce pays est instructif: longtemps habituĂ© aux dĂ©lices d’une monnaie faible qui favorisait ses exportations, l’Italie est confrontĂ©e, avec l’arrivĂ©e de l’euro, Ă  une perte catastrophique de compĂ©titivitĂ©. Ses produits sont de plus en plus concurrencĂ©s par ceux des pays asiatiques, Chine en tĂȘte. DĂšs lors, le populisme des hommes politiques (dont certains ministres de Berlusconi) n’hĂ©site pas Ă  mettre sur le dos de l’euro tous les malheurs du pays, y compris la violente hausse du coĂ»t de la vie qui s’est manifestĂ©e lors de l’abandon de la lire. Le vrai problĂšme de l’Italie, ce n’est pas l’euro, mais l’euro confronte l’Italie a ses vrais problĂšmes: Ă©nergie trop chĂšre par refus du nuclĂ©aire, innovation insuffisante, systĂšme d’enseignement dĂ©passĂ©. Le vrai problĂšme de l’Italie est de trouver d’autres arguments de vente que le prix de ses marchandises.

L’euro, quant Ă  lui, a un seul vrai dĂ©faut: il condamne l’Europe Ă  l’innovation, Ă  la qualitĂ© et Ă  l’excellence.

Grandeur et décadence du franc

C’est en 1360 que Jean le Bon fit frapper une piĂšce d’une livre tournois portant l’inscription « rex francorum ». Cette piĂšce devint, dans le langage courant, un franc. Le franc devint officiellement la monnaie de la France par la loi du 10 avril 1795. La loi du 17 germinal an XI (7 avril 1803) en fixe la paritĂ© or (0,2903225 gramme) et argent (4,50 grammes). C’est ce franc germinal qui assure la stabilitĂ© monĂ©taire du pays jusqu’en 1914. L’inflation nĂ©e de la guerre et la spĂ©culation, notamment pendant le gouvernement du Cartel des gauches (1924-1926), mettent Ă  mal la monnaie française, qui devient inconvertible en or. PoincarĂ©, au prix d’une longue politique de rigueur, rĂ©ussit Ă  rĂ©tablir la valeur du franc et sa convertibilitĂ©, mais Ă  un niveau bien plus faible qu’avant guerre (65,5 mg). Pendant le Front Populaire, le franc est de nouveau victime de la spĂ©culation et du « mur de l’argent » (les milieux d’affaires, qui se mĂ©fient du gouvernement de gauche, exportent massivement des capitaux). Entre 1936 et 1938, le franc est de nouveau dĂ©valuĂ© et devient encore une fois inconvertible. Dans l’aprĂšs-guerre, aprĂšs de sĂ©rieux efforts, le franc redevient une monnaie forte: en 1958, le passage au « nouveau franc » (valant 100 anciens francs) symbolise une nouvelle soliditĂ© monĂ©taire, confortĂ©e par des excĂ©dents commerciaux qui provoquent des entrĂ©es de devises (notamment de dollars), dont de Gaulle demande habilement la conversion en or. Les Ă©vĂ©nements de 1968 provoquent une crise passagĂšre et une dĂ©valuation (en 1969) qui en annonce bien d’autres, tout au long du dernier quart du siĂšcle. Dans cette pĂ©riode, secouĂ© par les chocs pĂ©troliers, la crise ou l’arrivĂ©e de la gauche au pouvoir, le franc se dĂ©mĂšne entre dĂ©valuations, flottement et ancrage dans les systĂšmes de stabilisation europĂ©ens. Une derniĂšre attaque spĂ©culative contre le franc, fin 1992, est vaillamment repoussĂ©e par la Banque de France. Á partir de ce moment lĂ , le sort du franc se joue dans le cadre du traitĂ© de Maastricht. La France en respecte d’emblĂ©e les critĂšres et le franc se dissout dans la nouvelle monnaie europĂ©enne, l’euro, en 1999. En 2002, les francs sont rapidement retirĂ©s de la circulation.

Michel Musolino, professeur d’économie en classes prĂ©paratoires Ă  HEC

mai 27 2009

Qui a peur de Claude AllÚgre ? (Vidéos)

Par AgatĂ  Kovacs

Il y a une dizaine de jours, une polĂ©mique a Ă©tĂ© causĂ©e au sein de l’UMP par l’annonce d’une Ă©ventuelle nomination de l’ancien ministre socialiste Claude AllĂšgre Ă  la tĂȘte d’un ministĂšre couvrant l’industrie, l’innovation et la recherche Ă  l’occasion d’un futur remaniement en juin 2009. Or, beaucoup y offrent des rĂ©sistances de plus en plus virulentes, qu’ils fassent partie de la droite ou des milieux Ă©cologistes.

ellepleure600x450

Ce qui est dĂ©rangeant pour ces personnes, ce sont les positions de Claude AllĂšgre par rapport au rĂ©chauffement climatique. PrĂ©sentons tout d’abord le principal intĂ©ressĂ© en quelques mots: Claude AllĂšgre, nĂ© le 31 mars 1937 Ă  Paris, est un gĂ©ochimiste et un homme politique français. Ses travaux scientifiques et sa carriĂšre de chercheur ont notamment Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s par le Prix Crafoord en 1986 et la MĂ©daille d’or du CNRS en 1994. Il a Ă©tĂ© ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Lionel Jospin de 1997 Ă  2000. Bien que militant depuis 1973 au PS, il dĂ©cide de ne pas reprendre sa carte en janvier 2008. Nicolas Sarkozy, chez qui il avait Ă©tĂ© aperçu entre les deux tours de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, dĂ©clare en fĂ©vrier 2008 qu’il aimerait bien travailler avec lui. Le 28 aoĂ»t 2008, Nicolas Sarkozy, prĂ©sident en exercice du Conseil europĂ©en, a confiĂ© Ă  l’ancien ministre socialiste de l’Éducation nationale Claude AllĂšgre le soin d’organiser les Assises europĂ©ennes de l’innovation.

Quant questions environnementales, la prise de position publique de Claude AllĂšgre est que le rĂ©chauffement climatique existe bel et bien, mais ne trouve pas son origine dans les activitĂ©s humaines. Une illustration de son propos est donnĂ©e par ses dĂ©clarations sur le rĂ©chauffement climatique du 21 septembre 2006 dans la chronique hebdomadaire qu’il tient dans le magazine L’Express, et qui ont contribuĂ© les premiĂšres Ă  faire naĂźtre la polĂ©mique. Il y Ă©crit que la cause de la modification climatique contemporaine reste incertaine et n’est pas forcĂ©ment due Ă  l’activitĂ© humaine. Il stigmatise simultanĂ©ment « l’Ă©cologie de l’impuissance protestataire [qui] est devenue un business trĂšs lucratif pour quelques-uns ».

En rĂ©action aux prises de positions d’AllĂšgre, certains scientifiques ont ainsi critiquĂ© explicitement ses arguments. Le biologiste Pierre-Henri Gouyon parle de « nĂ©gationnisme Ă©cologique » de la part d’AllĂšgre. D’autres scientifiques, en revanche, le soutiennent, parfois partiellement. Ainsi, lors d’une sĂ©ance de l’AcadĂ©mie des sciences en mars 2007 ses arguments ont Ă©tĂ© dĂ©fendus par ses collĂšgues gĂ©ophysiciens de l’IPGP Jean-Louis Le MouĂ«l et Vincent Courtillot, membres de l’AcadĂ©mie des sciences. Ces derniers ont Ă©tĂ© vivement critiquĂ©s par deux autres acadĂ©miciens des sciences, spĂ©cialistes du climat, HervĂ© Le Treut et Édouard Bard (professeur au CollĂšge de France).

Il vaut la peine de se pencher sur cette thĂšse « dissidente » de rĂ©chauffement climatique dĂ» aux cycles naturels et non Ă  l’homme. En effet, n’en dĂ©plaise Ă  Al Gore et Ă  son film « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range », douter de l’origine humaine du rĂ©chauffement n’est pas un crime commis contre la citoyennetĂ© et l’honnĂȘtetĂ©, mais bien un doute non seulement lĂ©gitime Ă  la base, mais d’autant plus renforcĂ© par la mise au grand jour de plusieurs mensonges et exagĂ©rations d’Al Gore dans son fameux documentaire. Les responsables du systĂšme Ă©ducatif n’ont d’ailleurs pas toujours accueilli ce dernier avec l’enthousiasme le plus extraordinaire qui soit.

En effet, en octobre 2007, le film a fait l’objet d’un jugement de la justice britannique saisie par le chef d’Ă©tablissement d’un lycĂ©e du Kent qui contestait la diffusion du film dans le cadre scolaire. Le directeur d’Ă©cole, Stewart Dim-mock, a en effet portĂ© plainte contre le gouvernement britannique en l’accusant de faire du lavage de cerveau. Notons que d’aprĂšs la loi britannique, si les enseignants prĂ©sentent le film sans le signaler clairement, ils peuvent se trouver en violation de la section 406 de l’ »Education Act 1996″ et ĂȘtre reconnus coupables d’endoctrinement politique.

Le tribunal ne s’est pas opposĂ© Ă  la diffusion du film dans les Ă©tablissements scolaires du Royaume-Uni, Ă  condition qu’il soit accompagnĂ© d’une documentation indiquant ce qui est de l’ordre du consensus scientifique, ce qui ne l’est pas et ce qui est un point de vue politique. Le tribunal a effectivement relevĂ© plusieurs erreurs dans le documentaire, dont les sept que voici :

Le film prĂ©tend que la fonte des neiges au Mont Kilimandjaro est attribuable au rĂ©chauffement climatique alors que le consensus scientifique est qu’on ne peut rien affirmer de tel.

Le film suggĂšre une interprĂ©tation des graphes montrant l’Ă©volution des tempĂ©ratures et du CO2 sur 650 000 ans, le jugement considĂ©rant que s’il y avait un large accord chez les scientifiques sur un lien entre les deux courbes, celles-ci ne prouvaient pas ce qu’affirme Gore.

Le film lie l’ouragan Katrina au rĂ©chauffement climatique alors que l’opinion scientifique est qu’il n’y a pas de preuves suffisantes.

Le film montre l’assĂšchement du Lac Tchad et prĂ©tend que c’est une consĂ©quence du rĂ©chauffement climatique, alors que les preuves sont lĂ  aussi insuffisantes.

Le film prĂ©tend qu’une Ă©tude montre que des ours polaires se sont noyĂ©s Ă  cause de la fonte des glaces arctiques. Il apparait que la seule Ă©tude scientifique trouvĂ©e sur le sujet parle de quatre ours polaires noyĂ©s Ă  cause d’une tempĂȘte.

Le film suggĂšre que les calottes de glace du Groenland et de l’Ouest Antarctique pourraient fondre et entraĂźner une hausse alarmante du niveau des mers. Alors que le film semble suggĂ©rer une fonte dans un proche avenir, le point de vue gĂ©nĂ©ral est que le Groenland ne pourra pas fondre avant des millĂ©naires.

Le film prĂ©tend que la hausse du niveau des mers a causĂ© l’Ă©vacuation de certaines Ăźles du Pacifique en direction de la Nouvelle-ZĂ©lande, alors qu’aucune preuve d’une telle Ă©vacuation n’existe.

D’autre part, Ă  la fin de son « documentaire », Al Gore prĂ©tend que les seules publications ayant remis en doute l’origine humaine du rĂ©chauffement avaient paru dans des revues populaires, et Ă©taient destinĂ©es Ă  jeter un « doute mal intentionnĂ© », alors qu’aucune revue scientifique n’avait remis cette soi-disante vĂ©ritĂ© en cause. Or, il s’avĂšre que les scientifiques expĂ©rimentĂ©s ne sont pas peu nombreux Ă  se poser un certain nombre de questions…

Par exemple, alors que le dĂ©bat sur le rĂ©chauffement climatique fasait plus que jamais les manchettes depuis le dĂ©pĂŽt du rapport de Nicholas Stern, ex-Ă©conomiste en chef de la Banque mondiale, lequel fait Ă©tat du coĂ»t possible de cette crise autour de 7 000 milliards de dollars, un Ă©crivain quĂ©bĂ©cois autodidacte, Pierre de ChĂątillon affirmait dans son livre que le rĂ©chauffement du climat est un mythe, car selon lui, le climat n’est pas dans une pĂ©riode de rĂ©chauffement unique Ă  l’Ă©poque Ă  laquelle nous vivons mais a toujours rĂ©pondu Ă  des changements cycliques depuis la nuit des temps. Depuis la sortie du rapport Stern, qui compte tout prĂšs de 700 pages, tous les journaux de la planĂšte ont relancĂ© la nĂ©cessitĂ© de la mise en application du protocole de Kyoto. Selon de ChĂątillon, des bouleversements climatiques semblables Ă  ceux qu’on observe aujourd’hui sont survenus Ă  des pĂ©riodes de l’histoire et ont provoquĂ© la disparition de civilisations trĂšs avancĂ©es. L’auteur avance qu’il y a plus de 10 000 ans, des civilisations dont on a retrouvĂ© les vestiges dans les ocĂ©ans sont disparues lors de catastrophes climatiques qui ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es aussi bien par Platon qu’inscrites dans les annales chinoises. Selon lui, ces bouleversements climatiques rĂ©apparaissent dans l’histoire humaine avec la rĂ©gularitĂ© d’une horloge.

Selon de ChĂątillon, les gaz Ă  effet de serre ne peuvent expliquer le rĂ©chauffement climatique et cette thĂ©orie semble donner raison au prĂ©sident amĂ©ricain, qui a dĂ©clarĂ© n’ĂȘtre pas convaincu de la relation entre rĂ©chauffement climatique et gaz Ă  effet de serre. L’auteur ajoute que beaucoup de scientifiques sont incapables d’Ă©tablir un lien de cause Ă  effet entre le rĂ©chauffement climatique et les gaz Ă  effet de serre et qu’ils ne comprennent tout simplement pas comment cette relation a pu ĂȘtre Ă©tablie. Une chose est sĂ»re: pas une semaine ne passe sans qu’on fasse Ă©tat, quelque part sur la planĂšte, de phĂ©nomĂšnes extrĂȘmes tels que sĂ©cheresses, incendies de forĂȘts, tempĂȘtes, ouragans, inondations et glissements de terrain. Sans parler de la fonte accĂ©lĂ©rĂ©e des glaciers et de la montĂ©e du niveau des mers. Pour Pierre de ChĂątillon, ces phĂ©nomĂšnes sont trop rapides et gĂ©nĂ©ralisĂ©s pour n’ĂȘtre dĂ»s qu’Ă  l’effet de serre. L’auteur prĂ©cise qu’Ă  certains endroits, les hivers sont plus longs et plus rigoureux: on a vu tomber de la neige dans le dĂ©sert d’Arabie et au Mexique. Bref, selon lui, on ne peut parler de «rĂ©chauffement» mais bien de «bouleversement climatique».

La crise du climat a commencĂ© avec le gigantesque trou constatĂ© il y a une vingtaine d’annĂ©es dans la couche d’ozone, rĂ©putĂ©e protĂ©ger la planĂšte contre le rayonnement solaire. Les fluorocarbones (CFC) utilisĂ©s dans les rĂ©frigĂ©rateurs, les systĂšmes de climatisation et les contenants sous pressions furent dĂ©signĂ©s comme responsables de la dĂ©perdition de ce bouclier filtrant les rayonnements cosmiques. Puis on a accusĂ© les BrĂ©siliens qui coupent la forĂȘt amazonienne, les courants El Niño et El Niña. Ensuite, ce fut au tour des millions de vĂ©hicules automobiles et leurs Ă©manations de CO2 dans l’atmosphĂšre. MalgrĂ© toutes les mesures prises, les changements climatiques se sont accĂ©lĂ©rĂ©s puis on a accusĂ© les industries. Or, dit de ChĂątillon, si on fait abstraction des trois quarts de la planĂšte qui sont recouverts par les ocĂ©ans, 3% par les calottes polaires, les marais, lacs, dĂ©serts et montagnes, il ne reste que 1,8% de la planĂšte qui est peuplĂ© d’ĂȘtres humains. Selon le National Geographic, la totalitĂ© des espaces peuplĂ©s et industriels de la Terre pourraient tenir dans un territoire grand comme l’Espagne. De ChĂątillon parle d’hystĂ©rie collective, d’autant plus que nombre de climatologistes ne croient pas au rĂ©chauffement climatique dĂ» Ă  l’accumulation des gaz Ă  effet de serre. L’auteur croit qu’il est erronĂ© ou au mieux signe de grande vanitĂ© de croire que l’activitĂ© humaine pourrait ĂȘtre la cause d’un rĂ©chauffement climatique global. Il avance qu’il suffirait d’une seule Ă©ruption volcanique comme il y en a dĂ©jĂ  eu par le passĂ© pour que la pollution engendrĂ©e dans l’atmosphĂšre soit supĂ©rieure Ă  toute celle causĂ©e par l’activitĂ© humaine.

De ChĂątillon cite les travaux du professeur Robert Pease, professeur de physique et de climatologie, selon qui la couche d’ozone se rĂ©pare d’elle-mĂȘme, alors que les molĂ©cules d’ozone dans l’atmosphĂšre sont constamment reconstituĂ©es lorsque l’Ă©nergie de la lumiĂšre ultra-violette brise les liens des molĂ©cules d’oxygĂšne. Selon les calculs du Pr Rowland, il y aurait une molĂ©cule de CFC pour 136 000 000 de molĂ©cules d’oxygĂšne dans la couche d’ozone, Ă  une hauteur de 25km d’altitude. Selon ce dernier, la thĂ©orie de la dĂ©plĂ©tion de l’ozone est inexistante, car elle est basĂ©e sur la supposition que les molĂ©cules de CFC grimperaient dans l’atmosphĂšre sans difficultĂ©… alors qu’elles sont plus lourdes que l’air. Quant au CO2, ce gaz ne reprĂ©sente que 0,035% de l’atmosphĂšre et mĂȘme si ce taux doublait, tout ce qui vit sur Terre pourrait s’en accommoder. Selon les scientifiques, plus de 99,9% du CO2 se trouve au niveau du sol ou en dessous et 71% de ce gaz est dissous dans l’eau de mer. Or, puisque le CO2 est un gaz plus lourd que l’air et qu’il se dissout dans l’eau de mer, il est donc impossible qu’il s’accumule dans les hautes couches de l’atmosphĂšre et occasionne un quelconque effet de serre. DĂšs que le CO2 se manifeste dans l’atmosphĂšre, il est aussitĂŽt captĂ© par les eaux de pluie et ramĂ©nĂ© au sol. De plus, l’augmentation de CO2 dans l’atmosphĂšre devrait produire logiquement une explosion de la vĂ©gĂ©tation, puisque ce gaz est utilisĂ© par les plantes dans leur mĂ©tabolisme, et on sait bien qu’il n’en est rien. Par ailleurs, l’atmosphĂšre de la planĂšte VĂ©nus est entiĂšrement composĂ©e de CO2 produit par l’activitĂ© volcanique. Mars possĂšde des calottes polaires qui sont composĂ©es de CO2 solide (glace sĂšche). Or, dit l’auteur, si le CO2 Ă©tait la cause d’un hypothĂ©tique rĂ©chauffement climatique, Mars serait beaucoup plus chaude qu’elle ne l’est actuellement. Selon lui, la Terre se rĂ©chauffe en fait depuis le dĂ©but du siĂšcle dernier, Ă  un moment oĂč la pollution automobile et industrielle Ă©tait quasi inexistante. Bref, mĂȘme si la simultanĂ©itĂ© du bouleversement climatique et du CO2 connaissent un cycle similaire, rien ne permet de croire que l’un est la cause de l’autre. Alors quoi? Si les bouleversements climatiques ne sont imputables ni Ă  une augmentation des gaz Ă  effet de serre, ni Ă  une dĂ©perdition de la couche d’ozone, ni aux courants El Niño et El Niña ni mĂȘme aux gaz intestinaux des vaches, quelle en est la cause ?

Claude AllĂšgre chez Ruquier

Pierre de ChĂątillon explique que les bouleversements climatiques vont de pair avec certains phĂ©nomĂšnes, mais n’en sont pas la cause. L’auteur admet l’augmentation du nombre des tornades et l’explique par une montĂ©e des tempĂ©ratures, lesquelles auraient dĂ©butĂ© en 1860 (voir graphique). Comme il est possible de le constater, dit-il, dĂ©jĂ  en 1920, la courbe de croissance est visible et l’augmentation de la tempĂ©rature est de 1 degrĂ© sur 90 ans, en accĂ©lĂ©ration depuis 1990 jusqu »Ă  aujourd’hui. Ainsi est-on passĂ© d’une moyenne annuelle de 150 tornades depuis 1920 pour atteindre 600 en 1955 et plus de 1200 en 1990.

Quant au niveau de la mer, selon Pierre de ChĂątillon, il est en augmentation depuis le dĂ©but du siĂšcle, tout en notant que l’escalade s’est accĂ©lĂ©rĂ©e depuis 1980. L’activitĂ© volcanique elle, est passĂ©e de 1500 journĂ©es d’activitĂ© en moyenne en 1940 au double en 1990, puis encore au double entre 1990 et 2004. Les tremblements de terre (voir graphique) de magnitude 2,5 et plus sont passĂ©s d’une moyenne de 500 par annĂ©e de 1920 Ă  5000 par annĂ©e en 1973 puis Ă  25 000 en 2004. Selon de ChĂątillon, le rĂ©chauffement climatique ne serait pour rien dans cette augmentation. Selon l’auteur, qui cite Schumann, la Terre se conduit comme un Ă©norme condensateur Ă©lectrique. La cavitĂ© entre la surface de la Terre et l’ionosphĂšre agit comme un condensateur dans un circuit Ă©lectrique en oscillant. Or, cette oscillation, qui se situait Ă  7,8 sur une Ă©chelle de 13 il y a dix ans, se situe aujourd’hui Ă  12. Bref, cette rĂ©sonnance est en relation inverse directe de la puissance du champ magnĂ©tique de la Terre. Selon l’auteur, dans les temps anciens, cette situation a toujours prĂ©cĂ©dĂ© une modification importante du champ magnĂ©tique terrestre. Et si la Terre participe Ă  cette rĂ©sonnance, elle n’est pour rien dans sa crĂ©ation. Selon de ChĂątillon, l’Ă©nergie nĂ©cessaire Ă  ces vagues provient de la haute troposphĂšre. Bref, les sources des bouleversements climatiques actuels seraient extĂ©rieurs Ă  la planĂšte !

L’auteur dĂ©montre un accroissement de l’activitĂ© solaire. Voir Ă  ce sujet la vidĂ©o ci-dessous. En dĂ©cembre 2001, la NASA a publiĂ© des photos de la planĂšte Mars indiquant une fonte majeure de ses calottes polaires, tout comme sur la Terre. Un astronome russe, Pasichnyk, a rapportĂ© qu’il semblait se dĂ©velopper sur Mercure des calottes polaires, ce qui est considĂ©rĂ© comme impossible, vu sa faible distance du soleil. Sur VĂ©nus, des observateurs ont observĂ© en 1999 une luminositĂ© verte typique d’une atmosphĂšre composĂ©e d’oxygĂšne, ce qui a causĂ© une grande surprise. On a observĂ© dans l’atmosphĂšre de Mars la formation de nuages et le champ magnĂ©tique de Jupiter a doublĂ© d’intensitĂ© depuis 1992. En 1997, on a observĂ© la formation d’un gigantesque tube de plasma entre Jupiter et Io, une de ses lunes. L’Ă©nergie colossale nĂ©cessaire Ă  ce phĂ©nomĂšne est de l’ordre de plusieurs millions d’ampĂšres. On a observĂ© depuis quelques temps des aurores brillantes Ă  la surface de l’atmosphĂšre de Saturne, ce qui indique une augmentation de sa charge Ă©lectrique. MĂȘme chose pour Uranus, soumise Ă  de fortes luminositĂ©s et des aurores borĂ©ales. Bref, les scientifiques, tout en Ă©coutant les propos alarmistes des environnementalistes, se grattent la tĂȘte en essayant de comprendre la relation entre tous ces Ă©vĂ©nements. Selon Pierre de ChĂątillon, ce qui se passe est bien plus qu’un simple rĂ©chauffement climatique: il s’agit d’une vĂ©ritable tempĂȘte d’ordre cosmique, Ă  l’Ă©chelle de l’univers et nous serions sur le point de devoir y faire face, tout comme d’autres civilisations les ont subies il y a des milliers d’annĂ©es, et qui ont disparu de la surface de Terre…

En outre, le chef du Laboratoire d’Études spatiales de l’Observatoire de Poulkovo et membre de l’AcadĂ©mie des Sciences russes, Khabiboullo Abdoussamatov et plusieurs scientifiques apparus rĂ©cemment dans une Ă©mission de dĂ©bat sur la BBC expliquent que malgrĂ© les pressions qu’ils subissent, ils continueront Ă  affirmer que la production du CO2 serait l’effet et non pas la cause du rĂ©chauffement climatique. En fait, la hausse des tempĂ©ratures, disent-ils, prĂ©cĂšdent de plus de 800 ans la hausse de CO2 et est, de ce fait, une consĂ©quence de la hausse de tempĂ©rature. Bref, selon de plus en plus de scientifiques, la cause du rĂ©chauffement du climat de la Terre est complexe, et semble rĂ©sulter d’une cascade d’Ă©vĂ©nements qui se passent sur notre soleil.
La personnalitĂ© la plus mĂ©diatisĂ©e qui incarne la lutte contre le rĂ©chauffement climatique en France est sans doute Nicolas Hulot. En dehors de cela, il est Ă©galement connu pour accepter des fonds de la part de grandes entreprises considĂ©rĂ©es comme polluantes Ă  l’image d’EDF, L’OrĂ©al ou RhĂŽne-Poulenc. Vincent Cheynet a Ă©crit Ă  ce sujet: « En fait, le diable en personne proposerait Ă  Nicolas Hulot de figurer dans son comitĂ© de soutien en lui promettant de fermer le robinet en se lavant les dents que l’hĂ©licologiste accepterait aussitĂŽt. Ce qu’il y a de magique avec le Pacte Ă©cologique, c’est qu’il n’y a plus ni pollueurs ni polluĂ©s, ni droite ni gauche, ni bien ni mal, ni exploiteurs ni exploitĂ©s, mais seulement des gentils consommateurs qui cliquent sur Internet pour sauver la planĂšte ».

12

Sur son site, Nicolas Hulot s’appuie entre autre sur ce graphique pour dĂ©montrer le rĂŽle des citoyens dans la lutte contre la pollution et la trop grande Ă©mission de CO2, donc soi-disant contre le rĂ©chauffement climatique. Ces donnĂ©es sont sans doute correctes, mais est-il tout aussi correct de remettre la majoritĂ© de la faute du rĂ©chauffement climatique (qui n’est sans doute pas du tout d’origine humaine, d’aprĂšs ce que nous avons vu) sur le pauvre citoyen ? Il paraĂźt Ă©vident que non, car on ne leur propose aucune alternative permettant de continuer Ă  vivre et Ă  servir leur pays par le biais de leur travail aussi confortablement et efficacement avec des Ă©nergies renouvelables et non polluantes, car nos sociĂ©tĂ©s occidentales soient elles-mĂȘmes loin d’ĂȘtre en mesure de s’auto-suffire en usant d’Ă©nergies vertes. Elles n’ont donc pas les moyens, pour l’instant tout du moins, de proposer des services assez efficaces pour permettre Ă  une quantitĂ© significative de citoyens de remplacer leur mode de consommation d’Ă©nergie et d’obtenir ainsi des rĂ©sultats non-nĂ©gligeables sur l’Ă©mission totale de CO2. Il est d’ailleurs intĂ©ressant de mettre ceci en relation avec l’avant-dernier paragraphe de l’article de RĂ©gis Mex Ă  propos du problĂšme environnemental, dans lequel il dit ceci:

« Alors que le chemin devrait ĂȘtre tout ouvert devant ces alternatives, de nombreux lobbys dont les intĂ©rĂȘts se trouvent dans le commerce des hydrocarbures rachĂštent les brevets des inventions qui pourraient causer du tort Ă  leur entreprise, et freinent donc la recherche. Ils ne permettent pas que les Ă©vĂ©nements les dĂ©passent et qu’ils puissent perdre leur mainmise sur l’Ă©nergie Ă  cause de l’une ou l’autre invention permise par le progrĂšs, mais ils seront forcĂ©s, un jour ou l’autre, de se convertir Ă  d’autres types d’Ă©nergie que ceux dans lesquels ils font actuellement fortune, car la disparition du pĂ©trole et du gaz est bel et bien inĂ©luctable. C’est pourquoi il est permis de chercher mais pas de trouver ni de mettre en place des projets vraiment significatifs trop tĂŽt : il faudra attendre que ces magnats du monde financier soient prĂȘts Ă  faire migrer leurs intĂ©rĂȘts vers les nouvelles Ă©nergies, de sorte Ă  ne pas disparaĂźtre ni faire trop de pertes, pour que des nouvelles techniques puissent Ă©merger sur le marchĂ©. Mais, Ă©tant donnĂ© qu’ils iront sans doute jusqu’au bout de leurs moyens, c’est-Ă -dire attendre aussi longtemps que ces 30-50 ans de longĂ©vitĂ© des ressources le leur accordent, beaucoup de mal qui aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ© sera fait Ă  la planĂšte. MalgrĂ© tout, l’hypocrisie et le manque de scrupules sont poussĂ©s jusqu’Ă  ce que certains fonds d’investissement tentent de faire de l’Ă©cologie un business lucratif ; ces fonds se spĂ©cialisent dans l’achat et la vente de droits Ă  polluer dans l’objectif de faire du profit avec ce type de produits, exactement comme ils le font avec le pĂ©trole, avec les produits alimentaires, avec les crĂ©dits immobiliers, etc. Ces droits de polluer induits par les Protocoles de Kyoto semblent donc faire des heureux. Protocoles qui sont un retentissant Ă©chec, puisque outre le fait qu’ils n’ont mĂȘme pas Ă©tĂ© ratifiĂ©s par la premiĂšre puissance mondiale que sont les Etats-Unis, l’Ă©mission des gaz Ă  effet de serre a augmentĂ© de 35% au niveau mondial entre 1997 et 2007, et on conçoit mal ce que les États ont le pouvoir de faire pour contraindre des entreprises qui les dominent complĂštement Ă  baisser leurs Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Ces derniers ont d’ailleurs Ă©tĂ© si gĂ©nĂ©reux avec les entreprises que le prix de la tonne de carbone est quasiment d’un niveau 0, leur permettant ainsi de polluer autant que cela leur chante. »

L’hypocrisie consiste donc Ă  donner l’illusion aux citoyens qu’ils ont le pouvoir d’avoir un impact sur la situation environnementale alors qu’en fait, ils ne l’auront que lorsque nos sociĂ©tĂ©s seront dĂ©cidĂ©es Ă  le lui donner. Pour l’instant, on semble prĂ©parer lentement la transition entre modes d’Ă©nergie basĂ©s sur les hydrocarbures et le nuclĂ©aire Ă  des Ă©nergies vertes dans les mentalitĂ©s. Mais tout laisse Ă  penser que ce dĂ©lai, qui s’annonce long, permet aussi aux magnats de l’Ă©nergie de se convertir petit Ă  petit de sorte Ă  conserver en dĂ©finitive leur monopole, ne laissant la recherche s’effectuer qu’au rythme qu’ils veulent bien lui accorder.

L’idĂ©e est aussi de rejeter systĂ©matiquement la responsabilitĂ© des pires tragĂ©dies sur le pauvre citoyen. Ainsi, pense-t-on, si on arrive Ă  faire en sorte qu’il croie sincĂšrement ĂȘtre celui qui doit faire changer les choses, on pourra instrumentaliser la façon dont il agira aux façons que l’on choisira, puisqu’il suit le chemin tout tracĂ© par la propagande de masse. On pourra alors, entre autre, leur faire accepter plus facilement leur propre asservissement s’ils sont convaincus que c’est pour le bien de la planĂšte. Joseph Goebbels, ministre du Reich Ă  l’Éducation du peuple et Ă  la Propagande sous le TroisiĂšme Reich (1933-1945), indissolublement liĂ© Ă  l’emploi des techniques modernes de la manipulation des masses et de la dĂ©magogie, disait que la meilleure façon de persuader le public de la vĂ©racitĂ© de quelque chose, c’Ă©tait de le lui rĂ©pĂ©ter ce quelque chose de façon massivement rĂ©pĂ©titive. Continuellement. Et finalement, le public croit que ce quelque chose est vrai, mĂȘme s’il n’est appuyĂ© par rien de tangible. Le sujet du rĂ©chauffement climatique rĂ©pond Ă  ses critĂšres, et sa diffusion est largement permise par des lobbys tels que le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat). Á noter Ă©galement que les fonds investis dans la recherche pour l’Ă©cologie et le climat sont passĂ©s de 170 millions de dollars par an avant Bush pĂšre Ă  2 milliards de dollars par an. D’oĂč de nouveaux investissements et des crĂ©ations d’emplois qui en ont fait un secteur rentable.

Tout ceci pour dire que notre cher Claude AllĂšgre a bien des raisons de douter, et que ceux qui l’accusent de « nĂ©gationnisme Ă©cologique » ont plus de scrupules Ă  protĂ©ger une version de la rĂ©alitĂ© pour des raisons plus confortables Ă©conomiquement et sociologiquement parlant que pour une rĂ©elle Ă©thique scientifique et morale. Pas Ă©tonnant donc qu’on en vienne Ă  utiliser le mot « nĂ©gationnisme » comme si nier l’origine humaine du rĂ©chauffement climatique Ă©tait aussi grave que de nier l’Holocauste. Tout est fait pour discrĂ©diter Claude AllĂšgre par les façons les plus mĂ©diocres qui soient.
Mais qu’en est-il de ses chances de rentrer au gouvernement ? Jean-Marc Jancovici raisonne que «Si Nicolas Sarkozy veut se ridiculiser Ă  huit mois du rendez-vous de Copenhague (le sommet sur le rĂ©chauffement climatique, NDLR), il peut nommer Claude AllĂšgre». Notons que Jancovici est un proche de Nicolas Hulot, trĂšs influent dans l’univers du dĂ©veloppement durable, et notamment auprĂšs de Martin Bouygues, l’ami de toujours de Nicolas Sarkozy.

Mais les chances que Claude AllĂšgre soit nommĂ© au gouvernement sont, malgrĂ© tout, loin d’ĂȘtre inexistantes: Alain JuppĂ© estime que l’arrivĂ©e de Claude AllĂšgre constituerait un «contre-signal formidable» en raison des positions du scientifique sur le rĂ©chauffement climatique.
Nicolas Sar­kozy lui-mĂȘme, malgrĂ© toutes les critiques que nous avons relevĂ©es, semble dĂ©cidĂ© Ă  nommer cet homme, qu’il considĂšre comme «trĂšs intelligent». «Il s’en fout de ce que pensent ses ministres, il veut s’entourer des plus intelligents», dĂ©crypte un ministre. Le prĂ©sident veut surtout maintenir et amplifier sa politique d’ouverture.

De plus, si le transfert de Xavier Darcos au ministĂšre de la Justice ou Ă  l’IntĂ©rieur se prĂ©cise, Nicolas Sarkozy se trouve bien en peine de lui trouver un remplaçant. D’oĂč la tentation de nommer un spĂ©cialiste du sujet, plutĂŽt proche de la gauche. «Il est dans le schĂ©ma de rĂ©flexion du prĂ©sident», confirme l’un de ses collaborateurs.

On se demanderait bien quel mal prendrait le gouvernement Sarkozy pour refuser un homme qui a largement prouvĂ© ses compĂ©tences sous le gouvernement Jospin et qui a le mĂ©rite d’aller dans le contre-courant de la pensĂ©e Ă©cologiste dominante pour affirmer sa propre conviction des choses, qui est, Ă  n’en pas douter, la plus proche de la rĂ©alitĂ©. Sa nomination ne pourrait clairement ĂȘtre qu’un plus, ajoutant un ministre compĂ©tent et honnĂȘte dans ses opinions, prĂ©fĂ©rant Ă©viter la langue de bois, auprĂšs de Nicolas Sarkozy. Mais il reste Ă  ce que ce dernier fasse son choix…

AgatĂ  Kovacs, pour Mecanopolis

Profil Facebook de AgĂĄta Kovacs

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet du rĂ©chauffement climatique d’origine non-humaine, je conseille l’excellent documentaire que vous trouverez Ă  ce lien

Extraits-résumés du documentaire:

« C’est dans les annĂ©es 70 que la thĂšse du rĂ©chauffement climatique commença Ă  se rĂ©pandre. La premiĂšre personnalitĂ© politique qui fut intĂ©ressĂ©e par le rĂŽle que cette thĂšse pourrait jouer sur la scĂšne politique fut Margaret Tatcher qui, aprĂšs la grĂšve des mineurs, voulait que son pays dĂ©pende le moins possible du charbon et du pĂ©trole. Elle  privilĂšgia alors le nuclĂ©aire. L’adoption de la thĂšse du rĂ©chauffement climatique dĂ» Ă  l’excĂšs d’Ă©mission de CO2 d’origine humaine contribua Ă  renforcer la crĂ©dibilitĂ© du nuclĂ©aire à la diffĂ©rence du charbon et du pĂ©trole, rĂ©putĂ©s peu Ă©cologiques. »

« AprĂšs la chute de l’URSS, de nombreux anciens communistes se sont subtilement reconvertis dans une nouvelle idĂ©ologie qui allait naturellement contre le sens du capitalisme; l’Ă©cologie. Ils y distilĂšrent leurs principes nĂ©o-marxistes. »

mai 23 2009

La dĂ©gradation de l’environnement restera-t-elle un problĂšme majeur du XXIĂšme siĂšcle ?

Par Régis Mex

De nos jours, le respect de l’environnement est l’un des sujets que nos postes de tĂ©lĂ©vision et de radio nous rabĂąchent le plus. Or, je doute que beaucoup de citoyens pensent rĂ©ellement qu’il leur incombe de remĂ©dier Ă  la plus grande partie du problĂšme Ă©cologique en prĂ©fĂ©rant se rendre en bus plutĂŽt qu’en voiture sur leur lieu de travail ou en ne laissant pas couler le robinet pendant qu’ils se brossent les dents. Nous devrions plutĂŽt attendre de nos hommes politiques qu’ils prennent des dĂ©cisions significatives Ă  l’Ă©chelle nationale, voire mondiale, pour lutter contre la pollution. Comme le dĂ©bat que l’Ă©cologie suscite part souvent dans divers sens confus et simplistes, dont la finalitĂ© culpabilisera souvent le petit citoyen, je vous propose ma propre rĂ©flexion sur le sujet.

futureearthwallpaper

La pollution est effectivement quelque chose qui est intrinsĂšque Ă  notre monde, mais qui s’est manifestĂ©e sous des formes multiples Ă  travers le temps. À la pollution animale, naturelle, a succĂ©dĂ© la pollution humaine, irrespectueuse de l’Ă©quilibre. Celle-ci peut constituer un vĂ©ritable danger du fait de son pouvoir de casser la fragile stabilitĂ© environnementale, mais ses consĂ©quences peuvent-elles menacer la survie de l’humanitĂ© pendant tout le reste de son existence ?

Il convient tout d’abord de s’entendre sur ce que nous qualifions de pollution en fixant une dĂ©finition bien prĂ©cise Ă  ce terme. Nous pourrions lui donner le sens communĂ©ment admis qui dĂ©crit la pollution comme la « modification dĂ©favorable du milieu naturel qui apparaĂźt en totalitĂ© ou en partie comme un sous-produit de l’action humaine, au travers d’effets directs ou indirects altĂ©rant les critĂšres de rĂ©partition des flux d’Ă©nergie, des niveaux de radiation, de la constitution physico-chimique du milieu naturel et de l’abondance des espĂšces vivantes » ; c’est sous cet angle de vue que nous allons aborder les choses. Nous exclurons ainsi la pollution animale, terme qui sonne plutĂŽt faux, car, bien que la vie des animaux comporte parfois des comportements nocifs Ă  l’environnement ainsi que la nĂ©cessitĂ© de toujours consommer des produits issus des crĂ©ations terrestres et d’en rejeter les dĂ©chets, cette façon de faire s’harmonise toujours totalement avec les lois naturelles, et elle ne crĂ©e donc en aucun cas de dĂ©sĂ©quilibre ni de souillure qui puisse avoir un quelconque impact contre-nature sur l’environnement. Les animaux font effectivement partie intĂ©grante de la nature, et c’est pourquoi parler de pollution animale ne peut ĂȘtre dĂ©nuĂ© d’une consonance paradoxale, puisqu’elle ne modifie en rien le milieu naturel d’une façon dĂ©favorable qui n’aurait pas Ă©tĂ© prĂ©vue par les lois de la nature, contrairement Ă  l’homme, et c’est de son cas que nous dĂ©battrons, puisqu’il est le seul qui cause une pollution qui soit significative. L’ĂȘtre humain est effectivement plus qu’un animal intelligent ; il a la capacitĂ© d’imaginer, de crĂ©er et de se mettre en phase avec des idĂ©es et principes qui dĂ©passent les lois naturelles fondamentales desquelles les animaux peuvent s’Ă©carter. De ce fait, il a rĂ©ellement le pouvoir de faire deux choix extrĂȘmes : vivre en osmose avec la nature ou la dominer. Il ne faut pas pour autant confondre ĂȘtre en symbiose avec son environnement et ĂȘtre soumis par lui, car pour parler de choix, encore faut-il avoir conscience de sa situation et de ses Ă©ventuelles alternatives ; ainsi les premiers hommes Ă©taient-ils maĂźtrisĂ©s par les lois naturelles avant le dĂ©but de la civilisation, moment auquel ils ont finalement pu s’extirper de cet Ă©tat de simple animal intelligent, et ĂȘtre en mesure de faire ce fameux choix entre l’attitude harmonieuse ou l’exploitation irrationnelle de leur environnement.

Nous pouvons opposer deux types de sociĂ©tĂ©s sur base de ce modĂšle : les civilisations de type occidental, que ce soient les Ă©gyptiennes, mĂ©sopotamiennes, grecques, romaines, scandinaves et autres de l’antiquitĂ©, qui, bien que nettement plus spirituelles et respectueuses de la nature que notre sociĂ©tĂ© actuelle (qualitĂ© qui a paradoxalement diminuĂ© au cours du temps proportionnellement Ă  l’amĂ©lioration des richesses matĂ©rielles et des moyens techniques), ne faisaient pas pour autant de leur environnement une rĂ©elle prĂ©occupation, ayant plutĂŽt tendance Ă  se rapporter Ă  des dieux Ă©chappant Ă  toute tangibilitĂ©. En revanche, les civilisations vivant en AmĂ©rique (essentiellement du Nord) Ă  la mĂȘme Ă©poque et jusqu’Ă  leur colonisation, de mĂȘme que quelques peuples chinois, asiatiques plus gĂ©nĂ©ralement et plusieurs tribus africaines ont longtemps Ă©tĂ©, et continuent de l’ĂȘtre pour certains, animistes. Donc, ces peuples Ă©taient baignĂ©s dans une civilisation, brillante au demeurant en ce qui concerne particuliĂšrement les Indiens d’AmĂ©rique, mais bĂ©nĂ©ficiaient d’une conscience plus large de l’importance de leur milieu naturel et y vivaient avec plus de prĂ©cautions. L’interprĂ©tation des forces naturelles majoritairement sous formes d’esprits plutĂŽt que de dieux contribuait Ă  les maintenir plus attentionnĂ©s aux rĂ©alitĂ©s de leur monde ; en somme, les esprits qu’ils vĂ©nĂ©raient, de façon semblable Ă  ce que les autres civilisations faisaient avec leurs dieux, Ă©tant parties intĂ©grantes de la nature, on ne peut que comprendre facilement la propension qui est nĂ©e Ă  entourer cette derniĂšre de tous leurs soins. L’histoire nous a cependant montrĂ© que ce n’est pas cette vision du monde qui a primĂ© et a Ă©tĂ© en mesure de survivre au cours du temps, car il semblerait que le point auquel ces peuples animistes se sont fondus et complais dans la nature a retardĂ© les nĂ©cessitĂ©s plus matĂ©rielles mais tout aussi vitales qui auraient contribuĂ© Ă  l’avancement de leur civilisation, ce qui les a rendus de faciles proies pour les peuples moins pacifiques, le meilleur exemple Ă©tant l’extermination des Indiens d’AmĂ©rique du Nord Ă  95% par les colons britanniques/amĂ©ricains. Le modĂšle qui a survĂ©cu a donc Ă©tĂ© celui de notre sociĂ©tĂ© actuelle, celui qui suit la loi de la raison du plus fort ; effectivement, au fur et Ă  mesure que les civilisations qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s et sur lesquelles reposent les fondations de notre sociĂ©tĂ© occidentale ont progressĂ©, cela s’est fait sur le plan matĂ©riel, des techniques et des inventions, et bien moins du point de vue de la sagesse, une certaine lassitude Ă©tant Ă©prouvĂ©e pour les anciens dieux farfelus, tout comme le dieu unique qui leur a succĂ©dĂ© se retrouvera progressivement dĂ©laissĂ© Ă  cause des abus et des Ă©garements du clergĂ© qui lui Ă©tait dĂ©diĂ©. En vĂ©ritĂ©, il est nĂ©cessaire de se rĂ©fĂ©rer Ă  ces Ă©lĂ©ments qui font partie des causes de la mentalitĂ© collective actuelle, puisqu’en effet, tout ceci nous permet de voir que plus une civilisation a Ă©voluĂ© sur le plan matĂ©riel, plus elle a rĂ©gressĂ© sur le plan philosophico-spirituel. Ainsi les innovations techniques ont toujours contribuĂ© Ă  dĂ©truire l’environnement, Ă  cette « modification dĂ©favorable du milieu naturel qui apparaĂźt comme un sous-produit de l’action humaine », en permettant une contrepartie d’amĂ©lioration du confort pour ceux qui en bĂ©nĂ©ficiaient, et de profit pour ceux qui en Ă©taient Ă  l’origine et les mettaient en oeuvre. Lorsque l’on trouvait de nouvelles ressources permettant d’amĂ©liorer Ă  la fois la puissance, l’utilitĂ© et les rendements que permettaient la technologie, ces mĂȘmes ressources Ă©taient presque toujours plus polluantes que leurs prĂ©dĂ©cesseurs. Le point d’orgue de l’Ă©garement dans le pur matĂ©rialisme est maintenant atteint avec la situation catastrophique dans laquelle nous sommes, que ce soit au niveau du rĂ©chauffement climatique, de la disparition des espĂšces, ou de la surconsommation… Mais si l’on se projette dans le futur, il semblerait que les choses soient destinĂ©es Ă  changer.

En effet, les rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz mondiales n’ont plus qu’une durĂ©e de vie estimĂ©e Ă  33 et 56 ans, et il se fait de plus en plus difficile d’en trouver Ă©tant donnĂ© que, par exemple, la moyenne de l’importance des gisements de pĂ©trole que l’on dĂ©couvre devient de plus en plus petite. Le processus de disparition a donc dĂ©jĂ  commencĂ©, et ses effets se feront progressivement sentir pendant cette trentaine d’annĂ©es qu’il reste Ă  vivre au pĂ©trole. La demande de pĂ©trole, qui augmente de plus en plus, ne pourra donc pas ĂȘtre honorĂ©e, tout comme cela sera le cas avec le gaz plus tard. Il va donc devenir impĂ©ratif de trouver des mĂ©thodes alternatives, et ces derniĂšres ne pourront sans doute qu’ĂȘtre non polluantes.

Il est effectivement incontestable que l’on se penche de plus en plus sur des moyens « verts » de produire de l’Ă©nergie, que ce soit en utilisant l’Ă©nergie solaire, de l’eau, du vent… Autant de possibilitĂ©s exploitant des ressources naturelles renouvelables et infinies. Il est cependant inquiĂ©tant de voir que certains voient dans les biocarburants une source viable d’Ă©nergie, alors qu’ils ne peuvent ĂȘtre confectionnĂ©s qu’en utilisant de maniĂšre massive des produits le plus souvent vĂ©gĂ©taux et qui peuvent servir d’aliments, ce qui contribue Ă  dĂ©truire l’environnement encore plus qu’il ne l’est dĂ©jĂ , et Ă  aggraver une famine qui existe dĂ©jĂ  gĂ©nĂ©ralement dans les pays oĂč a lieu cette exploitation. Nous pouvons illustrer ces catastrophes par l’exemple qui est probablement le plus connu Ă  ce propos ; les fameuses cultures de soja brĂ©siliennes, qui demandent une vaste dĂ©forestation de la forĂȘt amazonienne pour crĂ©er des hectares d’espaces libres permettant la culture du soja. De surcroĂźt, comme ces terrains appartiennent Ă  de grosses entreprises, les petits cultivateurs indĂ©pendants subissent des pressions de leur part pour qu’ils quittent leur habitation et aillent s’installer ailleurs, dans des endroits oĂč ils ne pourront souvent plus gĂ©nĂ©rer des revenus dĂ©cents. Ajoutons Ă  cette destruction de l’environnement et Ă  cet appauvrissement de la population locale que tout ce qui est produit de la sorte pour crĂ©er des biocarburants est ce qui n’aura aucune chance d’arriver dans les assiettes des brĂ©siliens souffrant de famine. Il s’agit donc d’une Ă©nergie qui, je l’espĂšre, ne devrait pas rĂ©ussir Ă  s’imposer dans le futur.

La voie la plus crĂ©dible est donc bien celle des Ă©nergies vertes renouvelables, qui font de plus en plus l’objet d’Ă©tudes de viabilitĂ© et d’investissements.
Le soleil, la force de l’eau et du vent, l’hydrogĂšne et la fusion nuclĂ©aire sont thĂ©oriquement capables d’engendrer toute l’Ă©nergie dont l’homme a besoin. L’homme dispose de ressources potentielles illimitĂ©es: le problĂšme de leur utilisation est simplement technique. Dans les annĂ©es 1970, le futurologue Herman Kahn (1922-1983) considĂ©rait que la Terre pourrait nourrir 20 milliards d’hommes avec un revenu moyen nettement supĂ©rieur Ă  celui des pays dĂ©veloppĂ©s de l’Ă©poque, sans sous-estimer aucunement les problĂšmes d’environnement et de pollution, avec en perspective l’idĂ©e que le volume de la population se stabiliserait vers le milieu du XXIĂšme siĂšcle. Les problĂšmes sont plus qualitatifs que quantitatifs.

Il demeure cependant un problĂšme : alors que le chemin devrait ĂȘtre tout ouvert devant ces alternatives, de nombreux lobbys dont les intĂ©rĂȘts se trouvent dans le commerce des hydrocarbures rachĂštent les brevets des inventions qui pourraient causer du tort Ă  leur entreprise, et freinent donc la recherche. Ils ne permettent pas que les Ă©vĂ©nements les dĂ©passent et qu’ils puissent perdre leur mainmise sur l’Ă©nergie Ă  cause de l’une ou l’autre invention permise par le progrĂšs, mais ils seront forcĂ©s, un jour ou l’autre, de se convertir Ă  d’autres types d’Ă©nergie que ceux dans lesquels ils font actuellement fortune, car la disparition du pĂ©trole et du gaz est bel et bien inĂ©luctable. C’est pourquoi il est permis de chercher mais pas de trouver ni de mettre en place des projets vraiment significatifs trop tĂŽt : il faudra attendre que ces magnats du monde financier soient prĂȘts Ă  faire migrer leurs intĂ©rĂȘts vers les nouvelles Ă©nergies, de sorte Ă  ne pas disparaĂźtre ni faire trop de pertes, pour que des nouvelles techniques puissent Ă©merger sur le marchĂ©. Mais, Ă©tant donnĂ© qu’ils iront sans doute jusqu’au bout de leurs moyens, c’est-Ă -dire attendre aussi longtemps que ces 30-50 ans de longĂ©vitĂ© des ressources le leur accordent, beaucoup de mal qui aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ© sera fait Ă  la planĂšte. MalgrĂ© tout, l’hypocrisie et le manque de scrupules sont poussĂ©s jusqu’Ă  ce que certains fonds d’investissement tentent de faire de l’Ă©cologie un business lucratif ; ces fonds se spĂ©cialisent dans l’achat et la vente de droits Ă  polluer dans l’objectif de faire du profit avec ce type de produits, exactement comme ils le font avec le pĂ©trole, avec les produits alimentaires, avec les crĂ©dits immobiliers, etc. Ces droits de polluer induits par les Protocoles de Kyoto semblent donc faire des heureux. Protocoles qui sont un retentissant Ă©chec, puisque outre le fait qu’ils n’ont mĂȘme pas Ă©tĂ© ratifiĂ©s par la premiĂšre puissance mondiale que sont les Etats-Unis, l’Ă©mission des gaz Ă  effet de serre a augmentĂ© de 35% au niveau mondial entre 1997 et 2007, et on conçoit mal ce que les États ont le pouvoir de faire pour contraindre des entreprises qui les dominent complĂštement Ă  baisser leurs Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Ces derniers ont d’ailleurs Ă©tĂ© si gĂ©nĂ©reux avec les entreprises que le prix de la tonne de carbone est quasiment d’un niveau 0, leur permettant ainsi de polluer autant que cela leur chante.

Il est donc clair que la pollution en tant que modification du milieu naturel par l’action humaine existera toujours, mais ce n’en est pas pour autant une « fatalité » dans le sens oĂč cela serait dĂ©favorable ; en effet, bien que cela blessera toujours la nature, il n’en est pas pour autant vrai que l’homme, pour vivre diffĂ©remment d’un animal, doit obligatoirement sortir du cycle naturel avec les consĂ©quences que cela engendre sur son environnement. Le problĂšme avec l’ĂȘtre humain, c’est qu’il a toujours manquĂ© de sagesse ; il a Ă©tĂ© conçu de sorte Ă  ĂȘtre une force de la nature Ă  part entiĂšre, ce qu’il est plus que jamais Ă  l’heure actuelle, pouvant influencer le cours de bien des cycles naturels, mais il ne s’est pas encore montrĂ© capable d’assumer rĂ©ellement cette responsabilitĂ©. En effet, les peuples animistes Ă©taient trop proches de la nature et pas assez des prĂ©occupations de leur civilisation, alors que faire progresser cette derniĂšre est tout de mĂȘme la raison d’ĂȘtre de l’homme ; en consĂ©quence, ils ont quasiment disparu et ceux qu’il reste Ă  l’heure actuelle ne vivent plus que dans un Ă©tat primitif, de mĂȘme que tous les autres modes de vie qui Ă©taient certes porteurs des meilleures intentions, mais trop Ă©loignĂ©s des nĂ©cessitĂ©s du monde rĂ©el pour que leur existence ne soit pas Ă©phĂ©mĂšre. Actuellement, dans nos sociĂ©tĂ©s de consommation dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es qui ont perdu les meilleurs repĂšres qui puissent guider l’ĂȘtre humain, comme Dieu, et qui ne jurent plus que par de futiles jouissances matĂ©rielles, nous sommes dans une optique extrĂȘme, dont le dĂ©faut est d’ĂȘtre si profondĂ©ment ancrĂ© sur ce que l’on pense ĂȘtre les rĂ©alitĂ©s du monde que l’on en oublie les choses autrement plus subtiles et utiles que ce qui est purement matĂ©riel, tangible, mais n’en est pas pourtant tout aussi nĂ©cessaire, rĂ©el et vital. Nul doute que cette stupide logique de court terme ne cause notre perte tout comme les Ă©garements d’autres peuples, sociĂ©tĂ©s ou civilisations ont causĂ© la leur. Mais il est encore possible de rectifier le tir. Il ne faut en aucun cas s’attendre Ă  ce qu’un changement providentiel vienne de nos gouvernements irresponsables, mais cela n’empĂȘche pas que l’on puisse avoir une certaine foi dans le destin, puisque comme nous l’avons vu, il semble que l’humanitĂ© soit obligĂ©e d’adopter des techniques d’Ă©nergie verte dans un avenir relativement proche. Cependant, bien que cela rĂ©glera peut-ĂȘtre le problĂšme des gaz Ă  effets de serre, qui seraient, bien que beaucoup de scientifiques en doutent encore, Ă  l’origine du rĂ©chauffement climatique, et que cela contribuera Ă  assainir l’environnement, il n’en reste pas moins que les problĂšmes de surconsommation qu’engendre la surpopulation, et qui causent une disparition affolante des espĂšces, persisteront. Cette surconsommation me semble d’ailleurs plus dramatique que le rĂ©chauffement climatique, et peut ĂȘtre Ă©galement considĂ©rĂ© comme une sorte de pollution. Reste Ă  savoir si ce type de pollution sera, lui, non seulement une fatalitĂ©, mais Ă©galement fatal au genre humain. Ce point relĂšve donc plus de la spĂ©culation que le premier, mais au vu du dĂ©rĂšglement climatique qui engendre des cataclysmes de plus en plus nombreux et violents, nous pouvons dĂ©duire que, si l’humanitĂ© ne rĂšgle pas bientĂŽt ce problĂšme d’elle-mĂȘme, en trouvant une parade, la Terre s’en chargera d’elle-mĂȘme. Cela ne causerait certainement pas une extinction du genre humain, mais un retour Ă  l’Ă©quilibre qui ferait des centaines de millions, si ce n’est des milliards, de victimes. Cependant, si l’humanitĂ© veut Ă©chapper Ă  cette tragĂ©die, elle doit se dĂ©barrasser de son modĂšle de vie dĂ©sĂ©quilibrĂ©, vouĂ© Ă  une mort certaine comme ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, et adopter enfin la sagesse du juste milieu, qui permette au genre humain de faire progresser ses particularitĂ©s d’humain en utilisant ce qui lui est nĂ©cessaire dans la nature pour faire avancer sa civilisation, mais en veillant aux lois qui permettent l’Ă©quilibre de son environnement. Une sorte d’intermĂ©diaire entre les caractĂ©ristiques des sociĂ©tĂ©s animistes et de celles de notre Ă©poque : une harmonie sans fusion, une exploitation sans domination. Tant que notre sociĂ©tĂ© n’aura pas atteint cet idĂ©al, les pires types de pollution ne pourront qu’ĂȘtre des fatalitĂ©s.

Régis Mex, pour Mecanopolis