jan 20 2010

La procĂ©dure des « inculpĂ©s de Tarnac » a du plomb dans l’aile (vidĂ©o)

Les flics de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) n’auront reculĂ© devant rien pour coincer la « bande de Tarnac ». On peut mĂŞme dire qu’ils se sont assis sur le Code de procĂ©dure pĂ©nal, en installant en toute illĂ©galitĂ©, depuis le 15 aoĂ»t 2008, deux camĂ©ras qui surveillaient en permanence la cour intĂ©rieure de l’immeuble de Julien Coupat.

coupat

Les avocats de Julien Coupat s’apprĂŞtent Ă  demander l’annulation de toute la procĂ©dure qui, de fait, risque en effet de s’Ă©crouler comme un château de cartes. L’un deux, MaĂ®tre Assous, a affirmĂ© sur Europe 1 (voir notre vidĂ©o ci-dessous), que les policiers ont placĂ© ces camĂ©ras de surveillance sans l’autorisation du juge d’instruction. « Ça tĂ©moigne de la mĂ©connaissance des règles Ă©lĂ©mentaires de la procĂ©dure pĂ©nale par les officiers de la sous-direction antiterroriste chargĂ©s de cette enquĂŞte. Ils se croient tout permis », a dĂ©clarĂ© maĂ®tre Assous.

Fabrication de preuves

Selon le site du Nouvel Obsevateur, les avocats de Coupat dénoncent également des « présomptions très sérieuses de falsifications » par les enquêteurs et dénoncé un « florilège de manipulations ».

« On est au-delĂ  de la dĂ©loyautĂ©, on est dans des prĂ©somptions très sĂ©rieuses de la falsification sinon de la fabrication de preuves », a dĂ©clarĂ© l’un des avocats des membres du groupe de Tarnac, Me William Bourdon lors d’une confĂ©rence de presse Ă  l’AssemblĂ©e nationale aux cĂ´tĂ©s de plusieurs parlementaires de gauche, en novembre dernier.

« Au-delĂ  de l’absence de charges, du fiasco judiciaire, on est dans le scandale judiciaire, on est dans le scandale d’État », a-t-il alors estimĂ©.

Me Thierry LĂ©vy, autre avocat de Julien Coupat, a de son cĂ´tĂ© affirmĂ© : « on est arrivĂ© Ă  un point oĂą l’authenticitĂ© des procès-verbaux de la police judiciaire est suspecte ».

Les juges s’en foutent

Le Canard enchaĂ®nĂ©, dans son Ă©dition du 20 janvier, indique que, malgrĂ© les dĂ©rapages qui plombent sĂ©vèrement le dossier, les magistrats en charge de l’affaire prĂ©sentent une grande dĂ©contraction et font mĂŞme preuve d’une dĂ©licieuse lĂ©gèretĂ© face Ă  ces pratiques policières illĂ©gales : «  On s’en fout complètement, cela annulera les images, certainement pas l’instruction ! » Qu’en pensera la Cour d’appel ? Et la cour de cassation ? Elles s’en foutent complètement elles aussi ?

Agata Kovacs, pour Mecanopolis

D’autres rĂ©vĂ©lations sur l’affaire de Tarnac dans le Canard enchaĂ®nĂ© du 20 janvier 2010, en vente dans tous les kiosques.

Agáta Kovacs

déc 03 2009

«Pourquoi nous cessons de respecter les contrôles judiciaires»

L’arrestation de Christophe, le 27 novembre, marque un palier dans la bouffée délirante d’État que l’on nomme pudiquement «affaire de Tarnac». Sa mise en examen situe le point où une procédure ne se poursuit qu’afin de se sauver elle-même, où l’on inculpe une personne de plus dans le seul espoir de maintenir le reste des inculpations.

JUSTICE-MANIF-TARNAC

Manifestation de soutien aux inculpés de Tarnac, Paris juin 2009

En fait de «premier cercle», Christophe appartient surtout au petit nombre de ceux avec qui nous discutons de notre défense. Le contrôle judiciaire qui voudrait, pour l’avenir, lui interdire de nous voir est l’aberration de trop ; c’est une mesure consciente de désorganisation de la défense, aussi. À ce point de torsion de toutes les notions du droit, qui pourrait encore exiger de nous que nous respections ces contrôles judiciaires et cette procédure démente ? À l’absurde nul n’est tenu. Il n’y a pas besoin de se croire au-dessus de la justice pour constater qu’elle est en dessous de tout. Au reste, une société qui se maintient par des moyens si évidemment criminels n’a de procès à intenter à personne.

La liberté sous contrôle judiciaire est le nom d’une sorte d’expérience mystique que chacun peut se figurer. Imaginez que vous ayez le droit de voir qui vous voulez, sauf ceux que vous aimez, que vous puissiez habiter n’importe où, sauf chez vous, que vous puissiez parler librement, au téléphone ou devant des inconnus, mais que tout ce que vous dites puisse être, un jour ou l’autre, retenu contre vous. Imaginez que vous puissiez faire tout ce que vous voulez, sauf ce qui vous tient à cœur. Un couteau sans manche auquel on a retiré la lame ressemble davantage à un couteau que la liberté sous contrôle judiciaire ne ressemble à la liberté.

Vous flânez sur un boulevard avec trois amis ; sous la plume des flics qui vous filochent, cela se dit : «Les quatre objectifs se déplacent en direction de…» Vous retrouvez après des mois de séparation un être qui vous est cher ; dans le jargon judiciaire, cela devient une «concertation frauduleuse». Vous ne renoncez pas, même dans l’adversité, à ce que toute amitié suppose de fidélité ; c’est évidemment une «association de malfaiteurs».

La police et sa justice n’ont pas leur pareil pour travestir ce qui tombe sous leur regard. Peut-être ne sont-elles finalement que cette entreprise de rendre monstrueux ce qui, aimable ou détestable, se comprend sans peine.

S’il suffit de ne se reconnaĂ®tre dans aucune des organisations politiques existantes pour ĂŞtre «autonome», alors il faut bien admettre que nous sommes une majoritĂ© d’autonomes dans ce pays. S’il suffit de regarder les directions syndicales comme des traĂ®tres avĂ©rĂ©s Ă  la classe ouvrière pour ĂŞtre d’«ultragauche», alors la base de la CGT est prĂ©sentement composĂ©e d’une sĂ©rie de dangereux noyaux d’ultragauchistes.

Nous désertons. Nous ne pointerons plus et nous comptons bien nous retrouver, comme nous l’avons fait, déjà, pour écrire ce texte. Nous ne chercherons pas à nous cacher. Simplement, nous désertons le juge Fragnoli et les cent petites rumeurs, les mille aigreurs misérables qu’il répand sur notre compte devant tel ou tel journaliste. Nous désertons la sorte de guerre privée dans laquelle la Sous-direction antiterroriste voudrait nous engager à force de nous coller aux basques, de «sonoriser» nos appartements, d’épier nos conversations, de fouiller nos poubelles, de retranscrire tout ce que nous avons pu dire à notre famille durant nos parloirs en prison.

S’ils sont fascinés par nous, nous ne sommes pas fascinés par eux — eux que nos enfants appellent désormais, non sans humour, les «voleurs de brosses à dents» parce que, à chaque fois qu’ils déboulent avec leurs 9 mm, ils raflent au passage toutes les brosses à dents pour leurs précieuses expertises ADN. Ils ont besoin de nous pour justifier leur existence et leurs crédits, nous pas. Ils doivent nous constituer, par toutes sortes de surveillances et d’actes de procédure, en groupuscule paranoïaque, nous, nous aspirons à nous dissoudre dans un mouvement de masse, qui, parmi tant d’autres choses, les dissoudra, eux.

Mais ce que nous désertons d’abord, c’est le rôle d’ennemi public, c’est-à-dire, au fond, de victime, que l’on a voulu nous faire jouer. Et, si nous le désertons, c’est pour pouvoir reprendre la lutte. «Il faut substituer au sentiment du gibier traqué l’allant du combattant», disait, dans des circonstances somme toute assez semblables, Georges Guingouin (Résistant communiste).

Partout dans la machine sociale, cela explose à bas bruit, et parfois à si bas bruit que cela prend la forme d’un suicide. Il n’y a pas un secteur de cette machine qui ait été épargné dans les années passées par ce genre d’explosion : agriculture, énergie, transports, école, communications, recherche, université, hôpitaux, psychiatrie. Et chacun de ces craquements ne donne, hélas, rien, sinon un surplus de dépression ou de cynisme vital — choses qui se valent bien, en fin de compte.

Comme le plus grand nombre aujourd’hui, nous sommes déchirés par le paradoxe de la situation : d’un côté, nous ne pouvons pas continuer à vivre comme cela, ni laisser le monde courir à sa perte entre les mains d’une oligarchie d’imbéciles, de l’autre, toute forme de perspective plus désirable que le désastre présent, toute idée de chemin praticable pour échapper à ce désastre se sont dérobées. Et nul ne se révolte sans perspective d’une vie meilleure, hormis quelques âmes sympathiquement désespérées.

L’époque ne manque pas de richesse, c’est plutôt la longueur du souffle qui lui fait défaut. Il nous faut le temps, il nous faut la durée — des menées au long cours. Un des effets principaux de ce qu’on appelle répression, comme du travail salarié d’ailleurs, c’est de nous ôter le temps. Pas seulement en nous ôtant matériellement du temps — le temps passé en prison, le temps passé à chercher à faire sortir ceux qui y sont —, mais aussi et d’abord en imposant sa propre cadence. L’existence de ceux qui font face à la répression, pour eux-mêmes comme pour leur entourage, est perpétuellement obnubilée par des événements immédiats. Tout la ramène au temps court, et à l’actualité. Toute durée se morcelle. Les contrôles judiciaires sont de cette nature, les contrôles judiciaires ont ce genre d’effets. Cela va bien ainsi.

Ce qui nous est arrivé n’était pas centralement destiné à nous neutraliser nous, en tant que groupe, mais bien à impressionner le plus grand nombre ; notamment ceux, nombreux, qui ne parviennent plus à dissimuler tout le mal qu’ils pensent du monde tel qu’il va. On ne nous a pas neutralisés. Mieux, on n’a rien neutralisé du tout en nous utilisant de la sorte.

Et rien ne doit plus nous empêcher de reprendre, et plus largement sans doute, qu’auparavant, notre tâche : réélaborer une perspective capable de nous arracher à l’état d’impuissance collective qui nous frappe tous. Non pas exactement une perspective politique, non pas un programme, mais la possibilité technique, matérielle, d’un chemin praticable vers d’autres rapports au monde, vers d’autres rapports sociaux ; et ce en partant des contraintes existantes, de l’organisation effective de cette société, de ses subjectivités comme de ses infrastructures.

Car c’est seulement à partir d’une connaissance fine des obstacles au bouleversement que nous parviendrons à désencombrer l’horizon. Voilà bien une tâche de longue haleine, et qu’il n’y a pas de sens à mener seuls. Ceci est une invitation.

Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Mathieu et Yildune sont les dix personnes mises en examen dans l’affaire dite «de Tarnac».

Tribune parue dans Le Monde du 4 décembre 2009.


avr 14 2009

Affaire de Tarnac : Devoir de haine face Ă  la violence sociale

Par Faouzi ELMIR, Mecanopolis

Le 11 novembre 2008, dix jeunes gens rĂ©sidant Ă  Tarnac, petit village de Corrèze, ont Ă©tĂ© interpellĂ©s suite Ă  des actes de sabotage de lignes de chemin de fer ayant causé la rupture de plusieurs catĂ©naires et entraĂ®nĂ© le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. L’opĂ©ration baptisĂ©e « opĂ©ration TaĂŻga » a Ă©tĂ© menĂ©e d’une manière musclĂ©e et Ă  grands renforts mĂ©diatiques, par 150 policiers cagoulĂ©s, hĂ©licoptères dans le ciel, fusils d’assaut et portes dĂ©foncĂ©es. Au mĂŞme moment, des perquisitions ont eu lieu simultanĂ©ment Ă  Rouen, Paris, Limoges, et Metz. Pour accrĂ©diter la thèse du terrorisme et ses prĂ©tendues ramifications internationales, des perquisitions, des saisies et une arrestation ont eu lieu le 27 dĂ©cembre 2008 chez les membres belges du comitĂ© de soutien aux jeunes de Tarnac.

manif-coupat1

Manifestation pour libération de Julien Coupat, le 31 janvier dernier à Paris

Pour la police et la Justice, les jeunes gens arrĂŞtĂ©s Ă  Tarnac font partie du « noyau dur d’une cellule qui avait pour objet la lutte armĂ©e ». L’accusation prĂ©tend avoir dĂ©couvert les « armes du terrorisme» Ă  Tarnac : l’ouvrage devenu cĂ©lèbre, l’Insurrection qui vient, un horaire de la SNCF, une Ă©chelle et la prĂ©sence de cinq suspects près des lignes sabotĂ©es. Ces indices matĂ©riels semblent concourir Ă  la qualification d’actes de terrorisme nĂ©cessitant le recours Ă  des procĂ©dures spĂ©ciales destinĂ©es Ă  la « lutte contre le terrorisme ». AussitĂ´t après l’interpellation des jeunes gens de Tarnac, la ministre de la police et de la rĂ©pression, Madame Alliot-Marie, a pointĂ© du doigt « l’ultra-gauche » et la « mouvance anarcho-autonome », et « anarcho-libertaire ». Les autoritĂ©s policières et judiciaires prĂ©sentent les jeunes gens de Tarnac comme des « activistes politiques » qui « tiennent des discours très radicaux », qui entretiennent « des liens avec des groupes Ă©trangers » et qui « participaient de façon rĂ©gulière Ă  des manifestations politiques » notamment « aux cortèges contre le fichier Edwige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration ». Leur habitat est dĂ©crit comme un « lieu de rassemblement, d’endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes (voir l’article de Jean-Claude Paye, l’Arnaque sĂ©curitaire de Tarnac du 18 janvier 2009).

D’abord une première remarque concernant la mouvance anacho-autonome. Soyons indulgent et moins regardant sur la prĂ©cision sĂ©mantique du langage des policiers et des politiciens qui utilisent des mots et des concepts Ă  l’emporte-pièce. Le terme ultra gauche est utilisĂ© habituellement pour dĂ©signer des groupes situĂ©s Ă  la gauche de l’extrĂŞme gauche reprĂ©sentĂ©e en France par la Lutte ouvrière dirigĂ©e aujourd’hui par Nathalie Arthaud qui vient de succĂ©der Ă  Arlette Laguiller et la LCR d’Olivier Besancenot qui vient de fonder le NPA, Nouveau parti anticapitaliste (sur l’histoire du terme ultra gauche, lire l’article de Claude Guillon, GĂ©nĂ©alogie d’une invention, 7 dĂ©cembre 2008.). Cette ultra-gauche rassemble tous ceux qui ne refusent le jeu des Ă©lections et des institutions existantes. Parmi ces groupes, il y a effectivement les anarchistes et les autonomes. Mais les anarchistes ne sont pas des autonomes bien qu’ils se rejoignent sur certains. Les anarchistes ont une longue histoire qui remonte au XIXe siècle et dont les pères fondateurs s’appelaient Max Stirner, Joseph Proudhon et Michel Bakounine. Quant aux autonomes, ils appartiennent Ă  un mouvement politique apparu en Italie au dĂ©but des annĂ©es 1970 portant le nom d’  »Autonomia opereria »Â  (autonomie ouvrière)  avec pour but de lutter en faveur de l’autonomie du prolĂ©tariat par rapport Ă  l’Etat, au capitalisme, aux syndicats et aux partis politiques traditionnels. Bien que l’anarchisme et le mouvement autonome soient deux courants de pensĂ©e distincts, ils partagent cependant des points communs comme le refus des normes politiques existantes, l’État, les partis politiques et l’autonomie dans la façon de penser et de faire. Le mouvement autonome a eu des disciples en France en la personne de Yann Moulier Boutang qui a fondĂ© la revue « Camarades ». La Cause du peuple, journal dirigĂ© par Jean Paul Sartre, exprimait les idĂ©es de la Gauche prolĂ©tarienne, un courant politique se rĂ©clamant du mouvement autonome. Ă€ la diffĂ©rence des anarchistes, certains courants du mouvement autonome français, bien qu’hostiles aux partis et aux syndicats, n’Ă©taient pas opposĂ©s Ă  l’idĂ©e d’un État fort pourvu qu’il dĂ©fende les acquis de l’autonomie. C’est la question de l’État qui diffĂ©rencie les courants anarchistes et libertaires aussi bien des militants du mouvement autonome que des courants marxistes et des communistes. Cette confusion opĂ©rĂ©e par les services des renseignements entre anarchistes et autonomes tĂ©moigne soit d  »une totale ignorance des caractères spĂ©cifiques de ces deux courants de pensĂ©e soit d’une stratĂ©gie policière dĂ©libĂ©rĂ©e visant Ă  accrĂ©diter l’idĂ©e de l’existence d’un large mouvement de conspiration, la « mouvance anarcho-autonome » intĂ©grant des rĂ©seaux terroristes structurĂ©s et bien organisĂ©s.

fer_1_-804bc

COMMENTAIRE D’ARRĂŠT

Allant Ă  l’encontre d’une dĂ©cision rendue par le Juge des libertĂ©s, ordonnant la mise en libertĂ© de Julien Coupat, la Cour d’Appel de Paris en a dĂ©cidĂ© autrement donnant suite favorable au rĂ©fĂ©rĂ© dĂ©tention du Parquet. D’ailleurs, le juge qui a ordonnĂ© la remise en libertĂ© de Julien Coupat a complètement disparu de la procĂ©dure (voir l’entretien de l’avocate de Julien Coupat, MaĂ®tre Irène Terrel) . L’ordonnance de maintien en dĂ©tention de Julien Coupat a Ă©tĂ© publiĂ© par le site Bakchich.info le 30 janvier 2009. Je voudrais procĂ©der comme un sage Ă©tudiant en droit Ă  ce redoutable exercice qu’est le commentaire d’arrĂŞt.

Voici ce que dit l’ordonnance du 23 dĂ©cembre 2008 rendue par la Cour d’Appel de Paris pour justifier le maintien en dĂ©tention Ă  la prison de la SantĂ© de Julien Coupat depuis le 15 novembre 2008. Les motifs avancĂ©s par la Cour pour justifier le maintien de Coupat en dĂ©tention ont pour but de :

« mettre fin au trouble exceptionnel et persistant Ă  l’ordre public provoquĂ© par la gravitĂ© des infractions, les circonstances de leur commission et le prĂ©judice qu’elles ont causĂ©, s’agissant d’une idĂ©ologie de destruction cherchant Ă  Ă©branler les structures de la sociĂ©tĂ© par des attaques massives et violentes contre les moyens de communication, suscitant une très vive inquiĂ©tude dans l’ensemble de la population »

Rappelons par ailleurs que Julien Coupat est incarcéré pour :

« des chefs de : direction et organisation de malfaiteurs en vue de préparer des actes de TERRORISME (le mot est écrit en lettres majuscules), destruction ou dégradation en réunion en relation avec une entreprise TERRORISTE(le mot est écrit en lettres majuscules), refus de se soumettre à un prélèvement biologique en relation connexe avec une entreprise TERRORISTE(le mot est écrit en lettres majuscules).

A- TROUBLE EXCEPTIONNEL ET PERSISTANT A L’ORDRE PUBLIC

Si l’on tente un examen attentif des motifs contenus dans l’ordonnance de la Cour d’Appel de Paris, on dĂ©couvre que Julien Coupat et ses camarades ont Ă©tĂ© mis en prison non pas spĂ©cialement pour avoir causĂ© un « trouble exceptionnel et persistant Ă  l’ordre public » mais plutĂ´t pour leurs idĂ©es et leur mode de vie. La justice reproche aux ados de Tarnac leurs »mauvaises lectures » et leur « idĂ©ologie de destruction ». L’idĂ©e que Julien Coupat et ses camarades ont provoquĂ© un « trouble exceptionnel et persistant Ă  l’ordre public » ne rĂ©siste pas un seul instant Ă  l’examen, car, ce qui a troublĂ© Ă  l’ordre, ce ne sont pas les jeunes de Tarnac mais plutĂ´t le tapage mĂ©diatique, radios, tĂ©lĂ©vision et mass medias contrĂ´lĂ©es par les amis de Sarkozy(Lagardère, Dassault et Bouygues) qui a entourĂ© leur arrestation un matin du 11 novembre. Sans ce tapage mĂ©diatique et policier, personne en France n’aurait jamais entendu parler des jeunes gens de Tarnac ni de « sabotage » de lignes de la SNCF. D’ailleurs, le terme de sabotage a Ă©tĂ© soigneusement choisi par la police, la justice et la ministre pour faire croire Ă  la population que l’on vit dans une ambiance de guerre qui rappelle celle de la Deuxième guerre mondiale oĂą les voies de communication allemandes Ă©taient frĂ©quemment sabotĂ©es par les rĂ©sistants français pour empĂŞcher l’arrivĂ©e de renforts nazis en France. Quelques trains Ă©taient partis avec du retard après la rupture de catĂ©naires, peut-on appeler cela de sabotage de lignes de chemins de fer. En tout cas, les jeunes gens de Tarnac sont plutĂ´t des piètres amateurs Ă  cĂ´tĂ© des saboteurs français de la Seconde Guerre mondiale. Le terme sabotage a Ă©tĂ© sciemment choisi par les policiers et l’autoritĂ© judiciaire et relayĂ© par les medias, pour s’intĂ©grer dans casting du film des dangereux et redoutables « terroristes » de Tarnac.

Par ailleurs, si sabotage il y a eu, en quoi a-t-il provoquĂ© un trouble Ă  l’ordre public ? D’abord, la notion de trouble Ă  l’ordre public est une notion fourre-tout. Elle est trop gĂ©nĂ©rale pour nous dire ce qu’est rĂ©ellement un trouble Ă  l’ordre public. Ă€ mon sens, pour mieux comprendre ce que signifie dans un système comme le mode de production capitaliste, il faut garder Ă  l’esprit le principe qui est l’origine de son fonctionnement, c’est la libre circulation des hommes et des marchandises. Pour qu’il y ait un vĂ©ritable trouble Ă  l’ordre public dans un système capitaliste, deux conditions doivent ĂŞtre rĂ©unies : 1) l’empĂŞchement des producteurs de la plus-value de se rendre sur le lieu de l’extorsion du profit ; 2) empĂŞchement de la circulation des marchandises produites qui achève le processus de l’extorsion de la plus-value par la conversion de la valeur d’usage en valeur marchande et par la transformation des marchandise en leur Ă©quivalent monĂ©taire. A part ces deux conditions, l’ordre capitaliste marche comme sur des roulettes et rien ne le perturbe malgrĂ© quelques faits divers et quelques gestes qui sont plutĂ´t du vandalisme, de l’incivilitĂ© et du dĂ©foulement de casseurs et d’incendiaires de voitures en mal de vivre et qui s’ennuient Ă  mort dans leur vie quotidienne mais qui n’ont jamais fait peur Ă  personne et surtout pas Ă  ceux qui veillent au bon grain, la police et l’armĂ©e.

B- GRAVITÉ DES INFRACTIONS, LES CIRCONSTANCES DE LEUR COMMISSION ET LE PRÉJUDICE QU’ELLES ONT CAUSÉ

Ă€ ce jour, soit 5 mois après les faits, ni la police ni la justice n’ont pu avancer un seul Ă©lĂ©ment probant susceptible de dĂ©montrer une quelconque implication des jeunes gens de Tarnac dans une entreprise terroriste. Il ne suffit pas de disposer d’indices matĂ©riels, encore faut-il dĂ©montrer un lien de causalitĂ© entre les Ă©lĂ©ments ainsi rassemblĂ©s et l’intention dĂ©lictuelle ou criminelle des mis en examen de Tarnac. Admettons par ailleurs que le groupe de Tarnac ait provoquĂ© l’arrĂŞt ou le retard des trains TGV, pourquoi l’arrĂŞt ou le retard des trains mĂ©riterait-il la mobilisation de 150 policiers, des perquisitions en France et en Belgique et des hĂ©licoptères dans le ciel? En quoi mettre un morceau de ferraille sur des catĂ©naires de la SNCF s’avère–t-il un acte plus grave que le blocage des trains par des Ă©leveurs en colère, la destruction du parlement de Bretagne par les marins ou l’incendie d’un immeuble de la SĂ©curitĂ© sociale par des agriculteurs dans le Midi? Comme dit l’auteur d’un article drĂ´le, ces Ă©pouvantables jeunes gens de Tarnac, ces Baader de la Corrèze ont commis peut-ĂŞtre commis un acte d’incivilitĂ© et ils mĂ©riteront certes une fessĂ© mais sĂ»rement pas les journaux de tĂ©lĂ©, des hĂ©licoptères dans le ciel, 150 policiers cagoulĂ©s et une Cour spĂ©ciale de « justice » (lire cet article drĂ´le sur le site Bakchich.info) « Quand l’anarchie a le dos large, 12 novembre 2008 ». En utilisant les gros moyens, la Justice et la police ont utilisĂ© un gourdin pour assommer une mouche (Lire l’article de Nicolas Beau, L’ultra gauche plus proche du vandalisme que du terrorisme, dans Bakchich.info du 23 dĂ©cembre 2008).

Pour mesurer la gravitĂ© des faits allĂ©guĂ©s Ă  l’encontre des jeunes de Tarnac, il faut comparer diffĂ©rentes situations de violence. En quoi un morceau de ferraille jetĂ© sur une catĂ©naire est-il un acte plus grave que de fermer une usine en mettant Ă  carreaux des milliers de salariĂ©s ? Jeter un morceau sur une voie ferrĂ©e retardera le train mais le licenciement et le chĂ´mage sont des actes beaucoup plus graves et ils constituent une forme de violence certes discrète et muette mais beaucoup plus destructrice pour les hommes. Quand des plans sociaux annoncĂ©s avec Ă  la clĂ© des centaines voire des milliers de chĂ´meurs jetĂ©s dans la rue, cette dĂ©cision trouble beaucoup plus l’ordre public que de jeter un morceau de ferraille qui retardera quelques trains mais qui n’entraĂ®nera pas des consĂ©quences psychiques et matĂ©rielles aussi dramatiques que le chĂ´mage. Car il faut savoir que dans nos sociĂ©tĂ©s actuelles, tout est payant et tout est conditionnĂ© par l’argent. C’est l’emploi qui apporte le salaire et la sĂ©curitĂ© de l’emploi est une nĂ©cessitĂ© sans laquelle il n’est pas possible de survivre et, de vivre rĂ©ellement, de progresser et de se rĂ©aliser en utilisant les mains et le cerveau. Mais l’emploi n’est pas seulement synonyme de salaire qui permet au salariĂ© de vivre dignement de son salaire, il est aussi un puissant vecteur de sociabilitĂ© liant les hommes les uns aux autres dans des relations de camaraderie et de convivialitĂ©. L’ambiance dans l’entreprise montre que les salariĂ©s attendent autre chose que le seul gain financier. La vie sociale commence dans le travail et tant que nos sociĂ©tĂ©s n’auront pas rĂ©ussi Ă  crĂ©er les conditions de travail qui permettent Ă  chaque individu de gagner sa vie et de dĂ©passer les seuls travaux de nĂ©cessitĂ©, le système actuel est vouĂ© Ă  son autodestruction et il chancellera sur ses bases. MalgrĂ© la gravitĂ© de l’acte de licenciement, nous n’avons jamais vu dĂ©barquer 150 policiers cagoulĂ©s appuyĂ©s par des hĂ©licoptères dans le ciel dans une entreprise qui ferme ou qui licencie pour arrĂŞter le PDG et les actionnaires pour trouble Ă  l’ordre public alors que par leurs actes, ils ont brisĂ© des vies entières et ils ont troublĂ© l’ordre social beaucoup plus des trains partis en retard.

On peut extrapoler et dire la mĂŞme chose des infractions commises par les hommes politiques. En quoi les actes commis par les jeunes de Tarnac sont-ils plus graves que le dĂ©tournement par des hommes politiques, des chefs d’entreprise et des PDG, des millions d’euros sans ĂŞtre inquiĂ©tĂ©s ni poursuivis par la Justice pour escroquerie ou pour dĂ©tournement de fonds publics ? Comme chacun le sait, si par miracle, ils sont condamnĂ©s, ils vont soit prendre l’air ailleurs pour se faire une virginitĂ© politique avant de retrouver leur ancien siège d’Ă©lu ou leur ancien poste, soit, s’agissant d’hommes d’affaire, ils sortiront de prison au bout de quelques mois grâce au paiement d’une caution avancĂ©e par des gĂ©nĂ©reux donateurs. Qui trouble le plus l’ordre public, ceux qui jettent un morceau de ferraille sur une catĂ©naire ou ceux qui partent avec la caisse pour aller s’installer dans des paradis fiscaux, comme les Iles caĂŻman, les Bahamas, Monaco, Lichtenstein etc ?

C- IDÉOLOGIE DE DESTRUCTION CHERCHANT À ÉBRANLER LES STRUCTURES DE LA SOCIÉTÉ PAR DES ATTAQUES MASSIVES ET VIOLENTES CONTRE LES MOYENS DE COMMUNICATION

Le reproche fait par la Cour d’appel de Paris Ă  Julien Coupat, c’est d’avoir des idĂ©es et une « idĂ©ologie de destruction ». Ce faisant, la Cour d’appel criminalise la libertĂ© de pensĂ©e et de conviction des citoyens, une libertĂ© affirmĂ©e jusqu’Ă  preuve du contraire par la DĂ©claration universelle des Droits de l’Homme et par la constitution. En accusant Julien Coupat d’ĂŞtre adepte d’une idĂ©ologie de destruction, ses juges pensent ĂŞtre en dehors de toute idĂ©ologie en pensent appliquer des règles juridiques en dehors de toute contamination idĂ©ologique. En refusant Ă  Julien Coupat d’avoir sa propre idĂ©ologie, soit-elle la plus destructrice, on viole une libertĂ© publique que l’on appelle encore la libertĂ© d’expression. Julien Coupat comme tout citoyen français a le droit d’avoir des idĂ©es et une idĂ©ologie autant que ses juges et les hommes politiques. Les juges de la Cour d’appel de Paris jugent donc Julien Coupat non pas sur des actes commis mais sur une idĂ©ologie. Dans la typologie des rĂ©gimes politiques, parmi les critères qui diffĂ©rencient les dĂ©mocraties libĂ©rales des rĂ©gimes totalitaires, entendons les systèmes communistes, se trouvent la libertĂ© d’expression et l’existence de plusieurs idĂ©ologies dans les premières alors que les communistes ne tolèrent ni libertĂ© d’expression ni d’idĂ©ologies autres que l’idĂ©ologie officielle. Dans les dĂ©mocraties occidentales, la libertĂ© d’expression est certes affirmĂ©e et proclamĂ©e constitutionnellement mais il existe par ailleurs des restrictions qui lui Ă´tent toute portĂ©e. On peut citer deux facteurs qui limitent la libertĂ© d’expression dans les dĂ©mocraties occidentales: le monopole de la propagande politique par la classe capitaliste qui contrĂ´le les mass medias et l’existence des dispositions juridiques et lĂ©gislatives qui entravent la libertĂ© d’expression. Prenons par exemple la loi du 29 juillet 1881, une loi pĂ©riodiquement modifiĂ©e et modernisĂ©e par le lĂ©gislateur et la jurisprudence. Cette loi de 1881 comporte en ses articles 23 et suivants, la longue liste des infractions commises par voie de presse ou par tout autre »support de l’Ă©crit, de la parole et de l’image » : provocation Ă  commettre un fait qualifiĂ© crime ou dĂ©lit, apologie de tel ou tel, diffusion de fausses nouvelles, injure ou diffamation envers les particuliers, les agents publics, les parlementaires, les tribunaux, les corps constituĂ©s, les armĂ©es, les officiers, le PrĂ©sident de la RĂ©publique,, les gouvernements et reprĂ©sentants d’États Ă©trangers. Il faut y ajouter les outrages envers les dĂ©positaires de l’autoritĂ© et de la force publique ainsi que le droit de rectification gratuite dont jouit, envers une publication, tout dĂ©positaire de l’autoritĂ© publique au sujet d’actes de sa fonction qu’elle aurait inexactement rapportĂ©s. Une jurisprudence judiciaire, si elle n’oblige pas l’auteur d’Ă©crits historiques ou journalistiques au conformisme total, elle lui interdit de passer sous silence des Ă©lĂ©ments ou analyses dès qu’ils sont suffisamment notoires. Un fonctionnaire ne peut dire et Ă©crire ce qu’il veut puisqu’une jurisprudence administrative lui interdit d’Ă©mettre des opinions de nature Ă  faire douter de son loyalisme envers les institutions et ceux qui les incarnent. MĂŞme hors service, s’applique aussi un devoir de rĂ©serve. Nous avons un exemple rĂ©cent en la personne de Bruno Guigue, sous prĂ©fet en Gironde qui a Ă©tĂ© rĂ©voquĂ© par Allliot Marie pour violation de droit de rĂ©serve suite Ă  ses prises de position pro palestiniennes (sur la rĂ©vocation de Bruno Guigue sous-prĂ©fet de la Gironde pour des articles critiquant le lobby juif en France, voir notre article sur Bruno Guigue) . Vous pouvez dire et Ă©crire tout ce que vous voudrez pourvu que vos idĂ©es ne viennent pas heurter frontalement l’idĂ©ologie capitaliste dominante. Si vos idĂ©es contestataires trouvent par miracle un Ă©diteur pour les publier, il y a de fortes chances qu’elles soient noyĂ©es dans la masse des idĂ©es conformistes que vĂ©hiculent et propagent les canaux de production et de diffusion contrĂ´lĂ©s par des grands groupes capitalistes. Ă€ ce monopole de la propagande politique par la classe capitaliste s’ajoutent de nombreuses interdictions prĂ©vues par la loi de 1881 sur la presse. Que reste-t-il alors de la libertĂ© d’expression ? Rien, sinon on peut parler de tout et de rien. Sauf Ă©videmment de l’essentiel.

L’affaire de Julien Coupat est l’exemple type d’une libertĂ© d’expression en trompe-l’oeil. Au fond, Julien Coupat est embastillĂ© actuellement Ă  la SantĂ© non pas parce qu’il a commis des actes rĂ©prĂ©hensibles mais parce qu’il est porteur selon les termes de l’ordonnance d’une « idĂ©ologie de destruction cherchant Ă  Ă©branler les structures de la sociĂ©tĂ© par des attaques massives et violentes contre les moyens de communication ». MĂŞme l’Ă©diteur de l’ouvrage « l’Insurrection qui vient », Eric Hazan a Ă©tĂ© entendu le jeudi 9 avril par la Police judiciaire dans une affaire de terrorisme(voir l’article de Erich Inciyan et de Jade Lindgaard). Alors qu’un Ă©diteur devrait normalement rĂ©pondre d’infractions commises dans le cadre de la loi du 24 juillet 1881 sur la presse.

D- Julien Coupat est accusé « des chefs de : direction et organisation de malfaiteurs en vue de préparer des actes de TERRORISME (le mot est écrit en lettres majuscules), destruction ou dégradation en réunion en relation avec une entreprise TERRORISTE (le mot est écrit en lettres majuscules), refus de se soumettre à un prélèvement biologique en relation connexe avec une entreprise TERRORISTE (le mot est écrit en lettres majuscules).

Si l’on cherche Ă  mĂ©diter ces chefs d’accusation, on dĂ©couvre que Julien Coupât ainsi que ses amis sont coupables non pas d’avoir commis des actes terroristes mais parce qu’ils sont porteurs d’une « idĂ©ologie de destruction ». L’affaire coupa et des jeunes de Tarmac ont d’ĂŞtre une affaire policière et judiciaire mais elle n’a rien Ă  voir au fond ni avec le droit ni avec le Justice; c’est une simple affaire de règlement de compte d’un système qui cherche Ă  se dĂ©fendre contre ses ennemis. L’affaire Coupat et les jeunes de Tarnac, c’est une affaire d’État et d’une classe qui instrumentalisent la justice et la police pour punir tous ceux qui sont tentĂ©s tant soit peu par une quelconque volontĂ© d’ « ébranler les structures de la sociĂ©té ». D’ailleurs, cette lutte implacable d’un Etat et d’une classe contre leurs ennemis ne date pas d’aujourd’hui avec l’affaire Coupat et du groupe de Tarnac. Ella est une constante et elle remonte loin dans l’histoire. Le reproche fait Ă  Coupat et Ă  ses amis sur leur « idĂ©ologie de destruction », on le trouve dans les rapports de police et dans les procès politiques contre les militants socialistes, communistes et anarchistes depuis les EnragĂ©s et Gracchus Babeuf sous la rĂ©volution française et tout au long du XIXe siècle. Cette constante dans la lutte du système capitaliste contre ses ennemis a Ă©tĂ© parfaitement rĂ©sumĂ©e par Proudhon qui Ă©crit « il est de l’essence d’une rĂ©action de manifester, Ă  mesure que la rĂ©volution la presse, ses mauvais penchants…Ainsi un gouvernement se trouvait gĂŞnĂ© par les institutions ! le droit ne suffisait pas Ă  le dĂ©fendre ; il lui fallait de l’arbitraire »(Proudhon, IdĂ©e gĂ©nĂ©rale de la rĂ©volution au 19e siècle, pp 14-15). Les dĂ©tracteurs du système capitaliste s’appellent aujourd’hui l’ultra-gauche et la « mouvance  anarcho- autonome », ceux des annĂ©es 1960-1980, « annĂ©es de plomb » s’appelaient Action Directe en France, Fraction ArmĂ© Rouge(Rote Armee Fraktion) en Allemagne, les Brigades Rouges(Brigade rosse) en Italie, Cellules Combattantes communistes en Belgique, 17 novembre en Grèce, Grapo en Espagne, Fractions ArmĂ©es rĂ©volutionnaires Libanaises dont des militants sont encore emprisonnĂ©s en France. Sous la RĂ©volution française, il y avait les EnragĂ©s de 1793, Gracchus Babeuf, puis dans la première moitiĂ© du XIXe siècle, les sociĂ©tĂ©s secrètes de tradition babouviste popularisĂ©es par Buonarroti Ă  travers ses loges(Haute vente, Monde, Sfera. En 1839, les sociĂ©tĂ©s secrètes ont Ă©tĂ© dĂ©mantelĂ©es après le coup de force de Blanqui et de Barbès. Dans la deuxième moitiĂ© du XIXe siècle, les États capitalistes europĂ©ens avaient accusĂ© l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), d’ĂŞtre une conjuration secrète et le commanditaire d’attentats et des explosions dans diffĂ©rents pays. Alors que l’AIT Ă©tait une instance de coordination de l’action des travailleurs des diffĂ©rents pays. Pendant la Commue de Paris, Thiers l’a dĂ©noncĂ©e comme le tyran du capital et Picard donnait l’ordre de couper tous les moyens de communication entre les membres français de l’AIT et leurs collègues Ă  l’Ă©tranger.

Ce qui a changĂ© entre le XIXe siècle et aujourd’hui, c’est que le terroriste a remplacĂ© le subversif de jadis. Alors que Babeuf, Blanqui et Barbès Ă©taient qualifiĂ©s de subversifs, Coupat et les jeunes gens de Tarmac sont devenus des terroristes. Mais le commun dĂ©nominateur entre Babeuf, Blanqui, Barbès, Coupat et les jeunes de Tarnac est la dĂ©nonciation de la violence structurelle inhĂ©rente aux rapports sociaux capitalistes. La violence dont le terrorisme est la forme extrĂŞme est une donnĂ©e intrinsèque Ă  toute sociĂ©tĂ© fondĂ©e sur l’exploitation du travail. Ă€ croire le discours dominant, le terrorisme se rĂ©duit Ă  un meurtre de civils innocents. Durant la guerre d’AlgĂ©rie, les combattants du FLN Ă©taient des terroristes et aujourd’hui, les combattants palestiniens sont des terroristes pour l’État sioniste. Mais les « terroristes » algĂ©riens et palestiniens tuent-ils des civils innocents, pour le plaisir de tuer des civils innocents ou pour se dĂ©fendre face Ă  une agression colonialiste ? Tuent-ils parce qu’ils sont assoiffĂ©s de sang ou parce qu’ils sont des rĂ©sistants cherchant Ă  dĂ©fendre leur cause nationale et leur dignitĂ© d’hommes ? Un Palestinien qui se fait exploser au milieu d’une foule et qui tue des civils innocents est tout de suite prĂ©sentĂ© dans les mĂ©dias du monde entier comme un terroriste. Son acte doit ĂŞtre condamnĂ© sans appel. Mais ceux qui le qualifient de terroriste et l’accusent de terrorisme oublient une chose que s’il se fait exploser, c’est parce qu’il n’a pas comme arme pour se dĂ©fendre que son corps. Pour que le Palestinien cesse d’ĂŞtre terroriste, donnez-lui des avions et des chars et vous verrez qu’il cessera d’ĂŞtre un terroriste qui se fait exploser en tuant des civils innocents pour devenir un vrai combattant luttant Ă  armes Ă©gales contre les occupants et les usurpateurs de la terre. Pourquoi les militants du Hezbollah libanais ne se font-ils pas exploser comme les combattants du Hamas ? Pourtant le Liban, comme la Palestine, avait Ă©tĂ© occupĂ© pendant dix-huit ans par l’armĂ©e sioniste. Si les militants du Hezbollah libanais n’avaient pas utilisĂ© la technique des kamikazes palestiniens, c’est parce qu’ils se sont dotĂ©s des moyens militaires leur permettant de rĂ©sister et de combattre la machine de guerre sioniste, comme lors de la guerre de juillet-aoĂ»t 2006.

On voit bien que la frontière entre terrorisme, violence et rĂ©sistance est indistincte et bien mouvante pour que l’on puisse donner une dĂ©finition bien tranchĂ©e de ces termes. C’est une vision manichĂ©enne des choses qui identifie terrorisme et meurtre de civils innocents. Le matraquage systĂ©matique pratiquĂ© dans les mass medias capitalistes finit par persuader les opinions publiques qu’il ne saurait y avoir de terrorisme que le terrorisme et la violence terroriste islamique. C’est cette vision rĂ©ductrice qui empĂŞche d’examiner les diffĂ©rentes facettes du terrorisme et de la violence terroriste. Ceux qui rĂ©sistent Ă  l’exploitation de l’homme par l’homme sont-ils des terroristes ou des rĂ©sistants? Si l’on suit aveuglement tous les clichĂ©s fabriquĂ©s par les États impĂ©rialistes (Etats-Unis et Europe), pourquoi ne pas dĂ©cerner le « prix Nobel de la lutte contre le terrorisme » Ă  George Bush et Ă  Tony Blair pour avoir provoquĂ© la mort de 1,2 million d’irakiens morts depuis l’invasion de l’Irak il y a six ans jour pour jour ? Il faudra aussi dĂ©cerner le « prix Nobel de la lutte contre le terrorisme » Ă  tous les Chefs d’État dont les armĂ©es tuent tous les jours des civils et des enfants en Afghanistan.

FRANCE-JUSTICE-DEMO-COUPAT

« Le train-train quotidien va bientôt dérailler », manif du 31 janvier 2009

GROUPE DE TARNAC, UN CAS DE PATHOLOGIE SOCIALE

L’accusation de terrorisme des jeunes gens de Tarnac est tout simplement une accusation farfelue dĂ©nuĂ©e de tout fondement. Ce que l’on reproche aux jeunes gens de Tarnac, c’est leur refus d’un mode de vie et leur sortie du circuit de la production et de la consommation. La ministre de la police et de la rĂ©pression dĂ©voile le fonds de sa pensĂ©e quand elle parlent des jeunes gens de Tarnac en ces termes « Ils ont adoptĂ© la mĂ©thode de la clandestinitĂ©. Ils n’utilisent jamais de tĂ©lĂ©phone portable et rĂ©sident dans des endroits oĂą ils se sont arrangĂ©s pour avoir dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prĂ©venir de la prĂ©sence d’ étrangers» (citĂ© par Jean-Claude Paye, dans l’Arnaque sĂ©curitaire de Tarnac, article dĂ©jĂ  citĂ©). Aller dans un village de 350 âmes en Corrèze devient un acte suspect et ceux qui s’y aventurent sont soupçonnĂ©s d’ĂŞtre des terroristes. Ne pas avoir de tĂ©lĂ©phone portable devient un acte suspect, car les jeunes gens de Tarnac ont optĂ© pour le tĂ©lĂ©phone arabe de Ben Laden pour ne pas se faire prendre. Entretenir des relations amicales avec les gens du village est un geste condamnable, car il est interdit d’aller Ă  l’encontre de l’Ă©goĂŻsme ambiant et de l’individualisme possessif, c’est-Ă -dire, le principe du chacun pour soi et Dieu pour tous.

Ceux qui reprochent aux jeunes gens de Tarnac leur choix d’un mode de vie un peu « louche », oublient de s’interroger sur les raisons profondes qui sont Ă  l’origine de cette rupture avec les normes sociales dominantes. La dĂ©cision de ces jeunes gens de quitter les villes et d’aller vivre Ă  la campagne doit ĂŞtre analysĂ©e comme une rĂ©action endĂ©mique et un cas de pathologie sociale face Ă  une sociĂ©tĂ© qui n’a plus rien Ă  offrir Ă  sa jeunesse, sinon le chĂ´mage, la prĂ©caritĂ© et un environnement anxiogène. En allant s’installer dans un petit village de Corrèze, le groupe de Tarnac a voulu envoyer un message clair: le refus d’un mode de production, en l’occurrence le mode de production capitaliste, MDC et d’une idĂ©ologie qui Ă©rige la concurrence et la lutte pour l’existence comme normes de la vie sociale. Ces jeunes gens de Tarnac ont observĂ© la montĂ©e du chĂ´mage de masse qui rĂ©duit les hommes o ne plus comme horizon que la prĂ©caritĂ©, le salaire de misère, les restaurants du CĹ“ur et les associations de charitĂ©, publiques et privĂ©es.

L’Ă©picerie de Tarnac n’est pas un choix arbitraire. Sa crĂ©ation en dit long sur le parti pris et les motivations des jeunes gens qui ont sans doute observĂ© et analysĂ© la logique de fonctionnement d’un système oĂą la dominance oriente les rapports sociaux et oĂą les besoins des classes dominĂ©es sont dĂ©finis par les groupes dominants, Ă©conomiques et politiques, en fonction de leurs propres intĂ©rĂŞts. Il est bien Ă©vident que les rapports de classes, la recherche du profit, la reproduction du système social, les luttes pour le pouvoir ont des incidences sur la dĂ©termination des besoins sociaux. La notion de besoin est souvent confondue avec celles de dĂ©sir, de pulsions et d’instinct et d’intĂ©rĂŞt. La forme la plus radicale de rĂ©habilitation du besoin consiste Ă  l’inscrire dans la logique mĂŞme de la vie, la logique biologique. Bichat disait « la vie est l’ensemble des fonctions qui rĂ©sistent Ă  la mort ». Si la production Ă©tait orientĂ©e d’après une consommation fondĂ©e sur la seule valeur d’usage, les objets produits iront Ă  la satisfaction des dĂ©sirs et des besoins des individus et des groupes sociaux. Mais nous vivons dans un système capitaliste oĂą la consommation est dĂ©terminĂ©e par la production des biens et des services Ă  des fins de profit et c’est la valeur marchande qui l’emporte sur la valeur d’usage. Cette valeur d’Ă©change se rĂ©fère non aux besoins des groupes et des individus et aux dĂ©sirs de tous les hommes mais aux intĂ©rĂŞts des groupes dominants qui manipulent les dĂ©sirs et les besoins Ă  des fins purement mercantiles. Dans le mode de production capitaliste, ce ne sont pas les besoins qui dĂ©terminent l’offre de biens, c’est l’offre de biens qui, par cibles et crĂ©neaux (explorĂ©s par le marketing, exploitĂ©s par la publicitĂ©), induit une demande « solvable » maximisĂ©e. L’idĂ©e d’un « client-roi » est un mythe fabriquĂ©. Le besoin solvable qui est le seul que connaĂ®t le marchĂ© peut ne pas correspondre Ă  un besoin rĂ©el et peut ne pas satisfaire du tout ou du moins une infime partie du vrai besoin. Avec le perfectionnement des moyens de manipulation mentale des hommes, les vrais besoins sociaux et individuels ont dĂ» cĂ©der la place Ă  des faux besoins et des faux dĂ©sirs. Pour quelqu’un qui s’ennuie dans son HLM, acheter de l’alcool et des films d’Ă©vasion prime sur l’achat d’une nourriture saine(bio par exemple) ou la lecture d’un livre susceptible d’enrichir l’esprit. L’inconscient n’est plus seulement ce qui nous dĂ©termine- en partie, Ă  notre insu, c’est aussi ce qui nous dĂ©termine de l’extĂ©rieur juste au moment oĂą nous croyons nous dĂ©terminer nous-mĂŞmes (librement). Cet extĂ©rieur n’est autre que le Pouvoir politique qui rĂ©prime le vrai besoin pour ne laisser aux individus et aux groupes que les faux besoins et les faux dĂ©sirs. Le rĂ©gime psychologique des besoins, leur vocation culturelle, dĂ©pendent intrinsèquement du rĂ©gime politique qui amĂ©nage et contrĂ´le leur mode de satisfaction et le sort du dĂ©sir s’y joue du mĂŞme coup. Le biologisme qui dĂ©rive les besoins d’une nature humaine immuable ignore le caractère  « évolutif » « historique » des normes de satisfaction imposĂ©es par une organisation sociale des pouvoirs qui explique comment les besoins sont soumis Ă  des normes contraignantes. Il en va du Pouvoir comme du droit, qui n’est oppressif qu’en tant qu’instrument de contrainte au service d’une caste ou d’une classe dominante. En mode de production capitaliste, prĂ©cisĂ©ment, la multiplication et la massification des besoins sont lĂ  pour accompagner l’accumulation du capital et la marchandisation gĂ©nĂ©rale des rapports sociaux qui ne limite pas Ă  une seule sociĂ©tĂ© ou une zone gĂ©ographique mais elle s’Ă©tend Ă  la planète entière. Dans le contexte de la marchandisation, le besoin rĂ©el est structurellement et institutionnellement converti en besoin solvable. Donc, une double falsification des besoins en rĂ©sulte : d’abord ne sont reconnus que les besoins proprement Ă©conomiques, d’oĂą une mutilation de l’expĂ©rience psychologique et ensuite les besoins Ă©conomiques eux-mĂŞmes ne sont admis sur le marchĂ© qu’en fonction de la solvabilitĂ© des acheteurs. La rĂ©duction du besoin Ă  la demande solvable aliène l’individu Ă  la logique marchande et un besoin aliĂ©nĂ© engendre fatalement un dĂ©sir mystifiĂ©. La captation du besoin qui est aussi dĂ©tournement du dĂ©sir provoque des tensions et une violence symbolique. Les pratiques et les aspirations engendrĂ©es par l’expĂ©rience des faux besoins et des dĂ©sirs dĂ©tournĂ©s marquent l’irrationalitĂ© sociale et culturelle du mode de production capitaliste.

L’irrationalitĂ© sociale est induite par l’aliĂ©nation et la violence Ă©conomique. Ă€ cĂ´tĂ© de la violence Ă©conomique, il y a la violence symbolique créée et entretenue par l’incorporation d’un habitus et l’inculcation d’un arbitraire culturel par le truchement de l’appareil scolaire. L’aliĂ©nation Ă©conomique produit la mystification, laquelle s’alimente entre autres Ă  l’imaginaire qui conforte Ă  son tour la mystification. L’irrationalitĂ© Ă©conomique induit le phantasme qui est la rĂ©alitĂ© niĂ©e et dont la rĂ©pression conduit Ă  la nĂ©vrose voire Ă  la folie. Mais la rĂ©pression a sa source dans le Capital puisque c’est lui qui produit les besoins qui assujettissent. C’est le Capital qui suscite chez l’homme « un besoin nouveau pour le contraindre Ă  un nouveau sacrifice, pour le placer dans une nouvelle dĂ©pendance et le pousser Ă  un nouveau mode de jouissance, donc de ruine Ă©conomique. Ainsi avec la masse des objets, s’agrandit l’empire des ĂŞtres Ă©trangers auxquels l’homme est soumis. Tout produit nouveau renforce encore la tromperie rĂ©ciproque et le pillage mutuel ; l’homme devient de plus en pauvre en tant qu’homme ; il a de plus en plus besoin d’argent pour s’emparer de l’ĂŞtre hostile et la puissance de son argent diminue en raison inverse de l’accroissement du volume de la production. Autrement dit, son indigence augmente Ă  mesure que croĂ®t la puissance d’argent. Le besoin d’argent est donc le vrai besoin produit par l’Ă©conomie politique et l’unique besoin qu’elle produit »(Karl Marx, la première critique de l’Ă©conomie politique, Ecrits de 1843-1844, UGE, 1972. pp 168-169.)

Ce qui vient d’ĂŞtre dit montre l’ampleur de la violence qu’exerce un pouvoir qui ne dĂ©tient pas seulement le monopole de la violence physique (policière et judiciaire) mais aussi celui du couple manipulation-rĂ©pression des besoins. Car le « pouvoir » pour autant qu’un rĂ©gime social du dĂ©sir le permet, est vouĂ©, non seulement Ă  satisfaire des besoins, mais aussi Ă  maintenir la satisfaction insatisfaite, Ă  mĂ©nager au besoin un avenir, de façon que la satisfaction du besoin prĂ©serve pour ainsi dire la flamme du dĂ©sir qui en est, en termes psychanalytiques, le foyer. La norme, c’est le mode d’action du pouvoir qui naĂ®t avec la satisfaction du besoin pour en produire d’autres. Mais lesquels ? Il y a des besoins dont on n’a pas besoin ou ils sont des dĂ©sirs nĂ©gatifs et aliĂ©nants, c’est-Ă -dire des pures fantasmes. La limite de la jouissance procurĂ©e par la satisfaction des besoins, en mode de production capitaliste, c’est la saturation des marchandises. Le dĂ©sir, comme d’ailleurs le besoin, est enrĂ´lĂ© au service de la production. En dĂ©finitive, nous sommes immanquablement conduits Ă  une certaine pratique productive qui convertit Ă  l’instar de la thermodynamique, le besoin dĂ©pendance en besoin puissance, d’oĂą l’accumulation indĂ©finie des marchandises. La stratĂ©gie du Pouvoir traite le besoin Ă  la fois comme base de sa puissance(Ă©conomique) et comme menace pour sa cohĂ©rence(sociale). Il est donc d’un intĂ©rĂŞt capital, après avoir captĂ© le besoin, de captiver le dĂ©sir en lui fournissant le vaste royaume des compensations fictives, reprĂ©sentations et symboles en lesquels se projettent et se gratifient les frustrations foisonnantes d’une quotidiennetĂ© que travaille l’absurde.

Parmi les finalitĂ©s de la lutte politique, il y a la lutte pour imposer de nouvelles normes de production de besoins, c’est-Ă -dire de biens et de services. Ă€ cet Ă©gard, l’Ă©picerie de Tarnac apparaĂ®t comme une forme de lutte politique contre une norme de production et un rĂ©gime politique qui la produit et qui l’oriente.

manif-coupat2

CONCLUSION

En guise de conclusion sur l’affaire Coupat et le groupe de Tarnac, nous allons reprendre l’une des règles de la mĂ©thode sociologique d’Emile Durkheim, celle relative Ă  la distinction du normal et du pathologique. La première phrase du chapitre III qui traite des « Règles relatives Ă  la distinction du normal et du pathologique » dit ceci : « L’observation, conduite d’après les règles qui prĂ©cèdent, confond deux ordres de faits, très dissemblables par certains cĂ´tĂ©s : ceux qui sont tout ce qu’ils doivent ĂŞtre et ceux qui devraient ĂŞtre autrement qu’ils ne sont, les phĂ©nomènes normaux et les phĂ©nomènes pathologiques »(Emile Durkheim, Les règles de la mĂ©thode sociologique, Paris, Quadrige/PUF, 1997, 9ème Ă©dition, p.47.) Pour Durkheim, l’intĂ©rĂŞt de la distinction consiste Ă  Ă©clairer la pratique. Parmi les phonĂ©miques pathologiques, Durkheim cite le crime qui, au-delĂ  des rĂ©actions qu’il suscite dans le corps social, est un phĂ©nomène de sociologie normale. La criminalitĂ© est un phĂ©nomène normal et nĂ©cessaire pour l’Ă©quilibre de la sociĂ©té et le crime est « un facteur de la santĂ© publique »(p.66).

Cette distinction de Durkheim entre le normal et le pathologique peut s’avĂ©rer opĂ©rante dans le cas de Julien Coupat et le groupe de Tarnac. Comme le crime pour Durkheim, le groupe de Tranac est un phĂ©nomène pathologique induit par nos sociĂ©tĂ©s actuelles dont les fondements et le mode de fonctionnement sont basĂ©s sur la violence sous sa double forme physique et symbolique. Les rĂ©actions et les comportements des jeunes gens de Tarnac comme tous ceux qui sont armĂ©s « d’une idĂ©ologie de destruction » sont des constantes pathologiques qui rĂ©agissent Ă  une violence chronique et structurelle induite par un système social dĂ©lictogène et criminogène. Tout en Ă©tant l’expression d’une sociĂ©tĂ© et d’un Etat qui fonctionne grâce et Ă  cause de la violence, le groupe de Tarnac, comme le crime chez Durkeim, est une facteur de la santĂ© publique. Le groupe de Tarnac est la mĂ©decine chargĂ©e de nous soigner et de nous guĂ©rir, car la guĂ©rison est la reconquĂŞte d’un Ă©tat de stabilitĂ© et guĂ©rir, ce n’est pas autre chose que de se donner de nouvelles normes de vie supĂ©rieures aux anciennes. C’est en ce sens que l’on peut considĂ©rer Julien Coupat et ses camarades de Tarnac comme de la mĂ©decine, car s’il y a mĂ©decine c’est parce qu’il y a maladie Ă  guĂ©rir et cette maladie c’est la violence sociale.

S’il y avait une vraie justice inspirĂ©e par l’esprit du juste et de l’Ă©quitĂ©, ce ne sont pas les jeunes gens de Tarnac que l’on poursuivrait et que l’on inculperait pour terrorisme et sabotage mais ceux qui dĂ©tiennent le monopole et l’usage de la violence, Ă  savoir les États et les classes dominantes. Ceux qui exercent la violence terroriste, ce sont ceux qui disposent de gigantesques moyens(les vrais) sophistiquĂ©s, scientifiques, techniques et humains pour exercer et perpĂ©tuer la violence sous sa double forme physique et symbolique. Ă€ vrai dire, la violence et le terrorisme ne peuvent ĂŞtre le fait des classes dominĂ©es qui n’ont ni armes, ni munitions, ni services de renseignements, ni services d’espionnage, ni Compagnies rĂ©publicaines de sĂ©curitĂ©(CRS), ni police judiciaire, ni hĂ©licoptères de surveillance, ni mouchards, ni informateurs etc. Il est illogique de parler de la violence des classes dominĂ©es, car comment peuvent-elles pratiquer la violence et le terrorisme sans en avoir les moyens nĂ©cessaires ? La violence terroriste dans nos sociĂ©tĂ©s actuelles est Ă  sens unique et elle ne peut ĂŞtre que le fait d’un Etat et d’une classe dominante. Face Ă  la violence dominante, les classes dominĂ©es sont condamnĂ©es soit Ă  subir soit Ă  rĂ©sister.

Un tribunal pĂ©nal international aurait dĂ» ĂŞtre créé spĂ©cialement pour juger les dirigeants du G 8, du G 20 et ceux de l’OTAN des chefs d’« association de malfaiteurs, direction et organisation du terrorisme international en bande organisĂ©e en vue de prĂ©parer des guerres impĂ©rialistes et de mener des actions terroristes partout oĂą il y a des matières premières et des marchĂ©s Ă  contrĂ´ler et Ă  conquĂ©rir ». Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU et dles directeurs du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC, scientifiques et humains auraient dĂ» ĂŞtre jugĂ©s et condamnĂ©s pour « : direction et organisation de la violence internationale utilisĂ©e comme mĂ©thodes et techniques de gouvernement et de domination des nations et des peuples»

et « organisation et direction de malfaiteurs ayant entraĂ®nĂ© la mort et la famine des millions d’hommes dans le monde »

En dĂ©finitive, tous les hommes libres se reconnaĂ®tront immanquablement dans Julien Coupat et le groupe de Tarnac qui ont accompli une vĂ©ritable Ĺ“uvre d’hygiène mentale en rappelant Ă  tout un chacun, son DEVOIR DE HAINE FACE A LA VIOLENCE SOCIALE.

Faouzi ELMIR, pour Mecanopolis

Retrouvez tous les articles de Faouzi Elmir sur Le Bulletin de l’International

jan 18 2009

L’affaire de Tarnac, symptôme d’une société psychotique

Le 11 novembre 2008, les policiers français ont procĂ©dĂ© Ă  la spectaculaire interpellation d’un groupe de « terroristes prĂ©sumĂ©s » dans un petit village de Corrèze. Deux mois plus tard, il apparaĂ®t qu’il s’agit en rĂ©alitĂ© de jeunes gens rĂ©fractaires Ă  la sociĂ©tĂ© de consommation et de surveillance, et que l’instruction ne dispose d’aucune preuve Ă  charge. Le sociologue Jean-Claude Paye, qui Ă©tudie depuis plusieurs annĂ©es la dĂ©rive autoritaire des sociĂ©tĂ©s occidentales, analyse ici cet Ă©trange usage des lois anti-terroristes.

tarnac

L’affaire de Tarnac est exemplaire d’un processus rapide de subjectivation de l’ordre juridique. On est poursuivi pour terrorisme, non pas sur base d’un dĂ©lit matĂ©riel dĂ©terminĂ©, mais en fonction d’une virtualitĂ© construite par l’imaginaire du pouvoir. Le 11 novembre 2008, dans le cadre de « l’opĂ©ration TaĂŻga », 150 policiers ont encerclĂ© Tarnac. SimultanĂ©ment, des perquisitions Ă©taient menĂ©es Ă  Rouen, Paris, Limoges et Metz. L’interpellation de 10 jeunes gens est avant tout un spectacle destinĂ© Ă  crĂ©er l’effroi.

Leur arrestation serait en rapport avec des actes de sabotages de lignes de chemin de fer, qui ont causĂ©, le 8 novembre, le retard de certains TGV sur la ligne Paris-Lille. Les actes malveillants, l’arrachage de plusieurs catĂ©naires, ont Ă©tĂ© qualifiĂ©s de terroristes, alors qu’ils n’ont, Ă  aucun moment, menacĂ© la vie humaine. L’accusation, qui dit disposer de nombreux indices, notamment des Ă©crits et la prĂ©sence de cinq suspects près de lignes sabotĂ©es au moment des faits, reconnaĂ®t n’avoir aucune Ă©lĂ©ment matĂ©riel de preuve.

C’est leur profil qui justifie leur inculpation. Ils ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s car « ils tiennent des discours très radicaux et ont des liens avec des groupes Ă©trangers » et nombre d’entre eux « participaient de façon rĂ©gulière Ă  des manifestations politiques », par exemple : « aux cortèges contre le fichier Edvige et contre le renforcement des mesures sur l’immigration » [1] Quant Ă  leur logement, il est dĂ©signĂ© comme un « lieu de rassemblement, d’endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes ».

Bien qu’ils seraient le « noyau dur d’une cellule qui avait pour objet la lutte armĂ©e » [2], la plupart seront rapidement libĂ©rĂ©es, certains sous condition, d’autres assignĂ©s Ă  rĂ©sidence, mais ils resteront inculpĂ©s. Seul le « chef » et sa compagne demeureront emprisonnĂ©s. Le 26 dĂ©cembre, la Cour d’Appel de Paris, a, Ă  la requĂŞte du parquet, annulĂ© l’ordonnance de mise en libertĂ© de Julien Coupat [3]. Le 16 janvier, la Cour d’Appel de Paris a ordonnĂ© la remise en libertĂ©, sous contrĂ´le judiciaire, d’Yldune LĂ©vy. Sa remise en libertĂ© devra ĂŞtre confirmĂ©e vendredi 23 par la chambre de l’instruction de Paris, qui examinera, sur le fond, l’appel du parquet.

Le discours du pouvoir procède Ă  un double dĂ©placement : de simples actes de sabotages, comme il peut, par exemple, y en avoir dans un mouvement social, sont qualifiĂ©s de terroristes et ces actes sont nĂ©cessairement attribuĂ©s aux jeunes de Tarnac, malgrĂ© que la police reconnaĂ®t l’absence de tout Ă©lĂ©ment matĂ©riel de preuve. L’image du terrorisme Ă©rigĂ©e par le pouvoir crĂ©e un rĂ©el qui se substitue aux faits. Ceux-ci ne sont pas niĂ©s, mais toute capacitĂ© explicative leur est dĂ©niĂ©e. Les actes de sabotage ne peuvent ĂŞtre que le fait de personnes dĂ©signĂ©es comme terroristes. L’acte de nommer, antĂ©rieur Ă  toute procĂ©dure d’Ă©valuation objective, renverse celle-ci et enferme dans l’image, dans une forme vide.

Une reconstruction du langage

L’absence d’Ă©lĂ©ments matĂ©riels permettant de poursuivre les inculpĂ©s n’est pas niĂ©e, mais la nĂ©cessaire prĂ©valence des faits est renversĂ©e au profit de la primautĂ© de l’image construite par le pouvoir. La position du ministre de l’intĂ©rieur, Michèlle Alliot-Marie, reprise au sein d’un rapport de la Direction Centrale du Renseignement IntĂ©rieur, est particulièrement intĂ©ressante : « Ils ont adoptĂ© la mĂ©thode de la clandestinitĂ©, assure la ministre. Ils n’utilisent jamais de tĂ©lĂ©phones portables et rĂ©sident dans des endroits oĂą il est très difficile Ă  la police de mener des inquisitions sans se faire repĂ©rer. Ils se sont arrangĂ©s pour avoir, dans le village de Tarnac, des relations amicales avec les gens qui pouvaient les prĂ©venir de la prĂ©sence d’Ă©trangers. » Mais la ministre en convient : « Il n’y a pas de trace d’attentats contre des personnes. » [4]

Ces dĂ©clarations rĂ©sument bien l’ensemble de l’affaire. Ce qui fait de ces jeunes gens des terroristes, c’est leur mode de vie, le fait qu’ils tentent d’Ă©chapper Ă  la machine Ă©conomique et qu’ils n’adoptent pas un comportement de soumission « proactive » aux procĂ©dures de contrĂ´le. Ne pas avoir de tĂ©lĂ©phone portable devient un indice Ă©tablissant des intentions terroristes. RĂ©tablir le lien social est Ă©galement un comportement incriminĂ©, puisque cette pratique reconstruit le lien symbolique et permet de poser un cran d’arrĂŞt au dĂ©ploiement de la toute puissance de l’État.

Dans les dĂ©clarations de Mme Alliot-Marie la rĂ©fĂ©rence aux faits, en l’absence de tout indice matĂ©riel probant, ne peut ĂŞtre intĂ©grĂ©e rationnellement et engendre la phase du dĂ©lire, une reconstruction du rĂ©el avec l’image du terrorisme comme support.

Ce processus est Ă©galement visible dans les rapports de police, dans lesquels s’opère, au niveau du langage, toute une reconstruction fantasmatique de la rĂ©alitĂ©. Ainsi, comme indice matĂ©riel prouvant la culpabilitĂ© des inculpĂ©s, la police parle « de documents prĂ©cisant les heures de passage des trains, commune par commune, avec horaire de dĂ©part et d’arrivĂ©e dans les gares » [5] Un horaire de la SNCF devient ainsi un document particulièrement inquiĂ©tant, dont la possession implique nĂ©cessairement la participation Ă  des dĂ©gradations contre la compagnie de chemins de fer. De mĂŞme, une Ă©chelle devient du « matĂ©riel d’escalade » et, ainsi, sa possession est un Ă©lĂ©ment Ă  charge.

Cette construction psychotique n’est pas le seul fait des autoritĂ©s françaises. Elle est partagĂ©e par la Belgique. Le 27 novembre, a eu lieu une arrestation, des perquisitions et des saisies chez des membres du comitĂ© belge de soutien aux inculpĂ©s de Tarnac. Le mandat de perquisition portait la mention « association de malfaiteurs et dĂ©tĂ©riorations en rĂ©union » [6] DĂ©tenir des documents relatifs Ă  un comitĂ© de soutien peut, selon le rapport de forces du moment, autoriser des poursuites et, en tout cas, associe ses dĂ©tenteurs Ă  l’enquĂŞte menĂ©e en France.

Un ordre social psychotique

La mise en scène de l’arrestation et de l’inculpation des « autonomes de Tarnac » est un phĂ©nomène qui rĂ©vèle non seulement un bouleversement de l’ordre juridique, mais aussi une mutation plus profonde, celle de l’ordre symbolique de la sociĂ©tĂ©. Le renversement du rĂ´le de la loi est lui-mĂŞme le phĂ©nomène d’une « père-version » de la Loi symbolique.

Les procĂ©dures mises en place reprĂ©sentent un des aspects les plus significatifs de la tendance imprimĂ©e par la « lutte contre le terrorisme », Ă  savoir qu’un individu est dĂ©signĂ© comme terroriste, non pas parce qu’il a commis des actes dĂ©terminĂ©s, mais simplement parce qu’il est nommĂ© comme tel.

Le pouvoir a la possibilitĂ© de crĂ©er un nouveau rĂ©el, une virtualitĂ© qui ne supprime pas, mais qui supplante les faits. La faiblesse du mouvement social, la faillite de la fonction symbolique explique l’absence de frein Ă  la toute puissance de l’État qui se montre en tant qu’image englobante, en tant que figure maternelle. Ă€ un ordre social nĂ©vrotique qui se rĂ©vèle contradictoire, se substitue une structure psychotique, un ordre qui supprime tout conflit, toute possibilitĂ© de confrontation subjective.

L’affaire des « autonomes » de Tarnac n’a pas grand chose Ă  voir avec la vieille notion d’ennemi intĂ©rieur et la stigmatisation traditionnelle des opposants politiques. Ici, on ne s’attaque pas Ă  une idĂ©ologie dĂ©terminĂ©e, Ă  une forme de conscience, mais simplement au corps, Ă  des comportements, au refus de s’abandonner Ă  la machine de mort. Il ne s’agit donc pas de dĂ©manteler une avant-garde, mais de montrer que le refus de faire de l’argent, d’Ă©viter les dispositifs de contrĂ´le ou la volontĂ© de refaire du lien social constituent une forme d’infraction, la plus grave qui existe dans notre sociĂ©tĂ©, un acte terroriste. Cela concerne tout un chacun et non seulement une minoritĂ©.

Jean-Claude Paye, pour le Réseau Voltaire

[1] « Terrorisme ou tragi-comédie », par Giorgio Agamben, Libération, 19 novembre 2008.

[2] « Au village, sans prĂ©tention », par Marie-NoĂ«lle Bertrand et SĂ©bastien Homer, L’HumanitĂ©, 28 novembre 2008.

[3] « Sabotages à la SNCF : Julien coupat maintenu en détention », Le Monde, 27 février 2008.

[4] Isabelle Mandraud, « L’obsession de l’ultra gauche », Le Monde, 3 dĂ©cembre 2008.

[5] Agamben, Op. Cit.

[6] Soutien aux inculpés du 11 Novembre

déc 09 2008

l’UFJP exige la libĂ©ration de Julien Coupat et Yldune (communiquĂ©)

L’Union juive française pour la Paix a pour vocation principale d’intervenir sur le conflit israĂ©lo-palestinien, lĂ -bas et ici, ainsi que sur ses rĂ©percussions en France, en faisant entendre une voix juive laĂŻque.

Ces combats, pour être menés, supposent le plein usage des libertés démocratiques.

C’est pourquoi l’UJFP, qui porte la mĂ©moire douloureuse des consĂ©quences dĂ©sastreuses de la violation de l’Ă©tat de droit, s’alarme d’un grand nombre d’atteintes rĂ©centes et graves aux droits humains.

C’est le cas de la chasse aux Ă©trangers dont Brice Hortefeux et les PrĂ©fets se font les agents zĂ©lĂ©s, afin d’atteindre d’inhumains quotas de sinistre mĂ©moire, sans Ă©pargner, comme autrefois, les enfants.

C’est le cas des mesures rĂ©pressives surdimensionnĂ©es, dont des contrĂ´les prĂ©ventifs, Ă  la montĂ©e des cars, Ă  l’occasion d’une manifestation, Ă  Vichy, contre la rĂ©union provocatrice, quant au lieu et au thème, par le mĂŞme ministre, de ses collègues europĂ©ens.

C’est le cas de l’interpellation rĂ©cente et musclĂ©e d’un journaliste, une grave atteinte Ă  la libertĂ© de la presse, ou de l’intervention scandaleuse de gendarmes et de chiens dans un Ă©tablissement scolaire, dans le Gers.

C’est enfin le cas, mais la liste est loin d’ĂŞtre limitative, du montage idĂ©ologique qui a conduit Ă  interpeller, inculper et emprisonner neuf personnes, tenant une Ă©picerie Ă  Tarnac. La ministre de l’IntĂ©rieur, largement relayĂ©e, en boucle, par une grande partie de la presse Ă©crite et audiovisuelle, a voulu les faire passer pour des nouveaux « ennemis intĂ©rieurs » qui auraient Ă©tĂ© liĂ©s au terrorisme international.

En rĂ©alitĂ©, trois semaines après, la bulle « terroriste » se dĂ©gonfle, tant il apparaĂ®t qu’aucune charge rĂ©elle ne peut ĂŞtre reconnue contre eux, Ă  moins que la lecture d’un ouvrage en vente libre (« L’insurrection qui vient » –Eric Hazan, Ă©diteur-) ne soit considĂ©rĂ©e comme telle, ce qui serait le signe d’une vraie dĂ©gradation de l’Ă©tat des libertĂ©s en France.

Ces mesures rĂ©pressives s’aggravent d’annĂ©e en annĂ©e, depuis un certain onze septembre, du fait du ministre de l’IntĂ©rieur, Sarkozy, puis du mĂŞme, devenu prĂ©sident de la RĂ©publique qui aligne la France sur la politique Ă©tatsunienne d’un prĂ©tendu « choc des civilisations ». Elles n’ont, hĂ©las, rencontrĂ©, au dĂ©but, que peu d’opposition de la part des organisations dĂ©mocratiques et de dĂ©fense des droits de l’homme.

C’est pourquoi, l’UJFP, considĂ©rant que la limite est dĂ©passĂ©e :


1. Condamne fermement toutes les mesures rĂ©pressives du gouvernement et la criminalisation des mouvements sociaux et s’oppose au dĂ©lire sĂ©curitaire qui s’installe.
2. Prendra toute sa place aux cĂ´tĂ©s des organisations dĂ©mocratiques en vue de dĂ©fendre les libertĂ©s et l’État de droit.
3. Exige la libération de Jean-Marc Rouillan, remis en prison, pour refus de repentance.
4. Exige la libération immédiate des deux derniers emprisonné-e-s de Tarnac et la levée des inculpations.
5. Appelle tous les citoyens Ă  la vigilance pour la dĂ©fense des libertĂ©s dĂ©mocratiques menacĂ©es et l’Etat de droit.

Paris, le 8 décembre 2008, Le Bureau National de l’UJFP

Envoyé par Bellaciao

nov 23 2008

Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette d’inculper n’importe qui ?

Voici le texte de la pétition initiée par Éric Hazan et La Fabrique au sujet de l’affaire des neuf inculpations de la semaine dernière (les soi-disant «terroristes» du Comité Invisible).
Il est possible de la signer en renvoyant votre nom et votre qualité (profession ou absence de profession, statut ou absence de statut) à cette adresse.

Une opĂ©ration rĂ©cente, largement mĂ©diatisĂ©e, a permis d’arrĂŞter et d’inculper neuf personnes, en mettant en Ĺ“uvre la lĂ©gislation antiterroriste. Cette opĂ©ration a dĂ©jĂ  changĂ© de nature : une fois Ă©tablie l’inconsistance de l’accusation de sabotage des catĂ©naires, l’affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la RĂ©publique, «le but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’État, et de parvenir par la violence – je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise – Ă  troubler l’ordre politique, Ă©conomique et social».

La cible de cette opĂ©ration est bien plus large que le groupe des personnes inculpĂ©es, contre lesquelles il n’existe aucune preuve matĂ©rielle, ni mĂŞme rien de prĂ©cis qui puisse leur ĂŞtre reprochĂ©. L’inculpation pour «association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste» est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et comment faut-il entendre ce «en vue de» sinon comme une criminalisation de l’intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la dĂ©finition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer Ă  pratiquement n’importe quoi – et que possĂ©der tel ou tel texte, aller Ă  telle ou telle manifestation suffit Ă  tomber sous le coup de cette lĂ©gislation d’exception.

Les personnes inculpĂ©es n’ont pas Ă©tĂ© choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participĂ© Ă  des manifestations – dernièrement, celle de Vichy, oĂą s’est tenu le peu honorable sommet europĂ©en sur l’immigration. Ils rĂ©flĂ©chissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On a parlĂ© de clandestinitĂ© : ils ont ouvert une Ă©picerie, tout le monde les connaĂ®t dans la rĂ©gion, oĂą un comitĂ© de soutien s’est organisĂ© dès leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat, ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la mĂ©tropole. Finalement, l’absence de preuve elle-mĂŞme devient une preuve : le refus des inculpĂ©s de se dĂ©noncer les uns les autres durant la garde Ă  vue est prĂ©sentĂ© comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

En rĂ©alitĂ©, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’Ă  quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ? OĂą se situe la limite de la libertĂ© d’expression ? Les lois d’exception adoptĂ©es sous prĂ©texte de terrorisme et de sĂ©curitĂ© sont-elles compatibles Ă  long terme avec la dĂ©mocratie ? Sommes-nous prĂŞts Ă  voir la police et la justice nĂ©gocier le virage vers un ordre nouveau ? La rĂ©ponse Ă  ces questions, c’est Ă  nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrĂŞt des poursuites et la libĂ©ration immĂ©diate de celles et ceux qui ont Ă©tĂ© inculpĂ©s pour l’exemple.

nov 16 2008

Comité invisible : L’insurrection qui vient (PDF)

Comité invisible

Chaque secteur spĂ©cialisĂ© de la connaissance fait Ă  sa manière le constat d’un dĂ©sastre. Les psychologues attestent d’inquiĂ©tants phĂ©nomènes de dissolution de la personnalitĂ©, d’une gĂ©nĂ©ralisation de la dĂ©pression qui se double, par points, de passages Ă  l’acte fou. Les sociologues nous disent la crise de tous les rapports sociaux, l’implosion-recomposition des familles et de tous les liens traditionnels, la diffusion d’une vague de cynisme de masse ; Ă  tel point que l’on trouve dorĂ©navant des sociologues pour mettre en doute l’existence mĂŞme d’une quelconque « sociĂ©té ». Il y a une branche de la science Ă©conomique – l’« économie non autistique » – qui s’attache Ă  montrer la nullitĂ© de tous les axiomes de la prĂ©tendue « science Ă©conomique ». Et il est inutile de renvoyer aux donnĂ©es recueillies par l’écologie pour dresser le constat de la catastrophe naturelle.

Le Comité invisible croit au contraire que tous les remous qui agitent la surface du présent émanent d’un craquement tectonique dans les couches les plus profondes de la civilisation. Ce n’est pas une société qui est en crise, c’est une figure du monde qui passe. Les accents de fascisme désespéré qui empuantissent l’époque, l’incendie national de novembre 2005, la rare détermination du mouvement contre le CPE, tout cela est témoin d’une extrême tension dans la situation. Tension dont la formule est la suivante : nous percevons intuitivement l’étendue de la catastrophe, mais nous manquons de tout moyen pour lui faire face. L’insurrection qui vient tâche d’arracher à chaque spécialité le contenu de vérité qu’elle retient, en procédant par cercles. Il y a sept cercles, bien entendu, qui vont s’élargissant. Le soi, les rapports sociaux, le travail, l’économie, l’urbain, l’environnement, et la civilisation, enfin. Arracher de tels contenus de vérité, cela veut dire le plus souvent : renverser les évidences de l’époque. Au terme de ces sept cercles, il apparaît que, dans chacun de ces domaines, la police est la seule issue au sein de l’ordre existant. Et l’enjeu des prochaines présidentielles se ramène à la question de savoir qui aura le privilège d’exercer la terreur ; tant politique et police sont désormais synonymes.

L’insurrection qui vient nous sort de trente ans où l’on n’aura cessé de rabâcher que « l’on ne peut pas savoir de quoi la révolution sera faite, on ne peut rien prévoir ». De la même façon que Blanqui a pu livrer les plans de ce qu’est une barricade efficace avant la Commune, nous pouvons déterminer quelles voies sont praticables hors de l’enfer existant, et lesquelles ne le sont pas. Une certaine attention aux aspects techniques du cheminement insurrectionnel n’est donc pas absente de cette partie. Tout ce que l’on peut en dire ici, c’est qu’elle tourne autour de l’appropriation locale du pouvoir par le peuple, du blocage physique de l’économie et de l’anéantissement des forces de police.

Télécharger le livre au format PDF