août 18 2010

Comment la Fondation Bertelsmann endoctrine et manipule les citoyens d’Europe

Des « ateliers du futur », des « forums prĂ©visionnels » ou des « ateliers de dĂ©mographie » en vue du soi-disant « dĂ©veloppement de la commune » – cela n’existe pas en Suisse seulement. C’est Ă  travers l’Europe entiĂšre que les communes ont affaire Ă  de telles organisations douteuses et anti-dĂ©mocratiques. Et partout elles se dĂ©roulent selon le mĂȘme schĂ©ma, guidĂ©es par des animateurs externes.

manipulation3

En Allemagne, c’est la Fondation Bertelsmann qui en fournit le modĂšle. Sur ses sites internet on trouve des directives stratĂ©giques, des conseils, des manuels en vue de crĂ©er des «ateliers dans les communes» ainsi que des «visions sur le dĂ©veloppement communal».1

Quant aux «visions» de la Fondation Bertelsmann, elles sont Ă©videntes. Il s’agit du dĂ©tournement vers le privĂ© des institutions communales («out-sourcing»), de l’usurpation de tĂąches rĂ©servĂ©es Ă  la souverainetĂ© de la commune, de privatisation de piscines commu­nales et des rĂ©gies communales de l’eau, des maisons de retraite, des associations et unions d’intĂ©rĂȘt public etc.; les communes et leurs institutions devront, selon ces plans, devenir des entreprises fonctionnant selon le principe de gain et profit, quitte Ă  participer Ă  la course aux avantages locaux. Il est Ă©vident que cela n’a plus rien Ă  voir avec la dĂ©mocratie.

En Angleterre, l’entreprise Arvato, filiale Ă  100% de la Fondation Bertelsmann, a ainsi pris possession de la commune de East Riding, Yorkshire, gĂ©rant maintenant des tĂąches auparavant rĂ©servĂ©es Ă  la souverainetĂ© communale dans une circonscription qui compte pas moins que 325 000 habitants (cf. en­cadrĂ©) – s’étendant du prĂ©lĂšvement des impĂŽts communaux, en passant par la distribution des allocations d’aide sociale, jusqu’à la gestion des finances.2

En Allemagne, c’est la ville de Wurzburg (Basse-Franconie) oĂč Arvato gĂšre «la totalitĂ© des prestations administratives».3 D’autres communes devraient suivre ce modĂšle.

Or, en Allemagne, il s’agit de 105 milliards d’euros, provenant des fonds fiscaux qui, selon estimation, circulent dans les communes et leurs institutions par an. Ce sont ces milliards-lĂ  qui provoquent l’aviditĂ© de la multinationale Bertelsmann. Pour le moment, Arvato «se contente» d’un cinquiĂšme de cette somme, comme dit son chef, Rolf Buch: «Il s’agit d’un marchĂ© de plus de 20 milliards d’euros, soit autant que le chiffre d’affaires actuel de Bertelsmann.»4

Non, dĂ©cidĂ©ment, avec Bertelsmann, on n’a plus affaire Ă  un cercle Ă  connivence chrĂ©tienne distribuant des livres et des pĂ©riodiques dont les magazines illustrĂ©s peuplaient, du temps de l’aprĂšs-guerre, les mé­nages, les cabinets mĂ©dicaux et les pharmacies allemands. Aujourd’hui, il s’agit d’un empire des mĂ©dias connectĂ© dans le monde entier, disposant d’un chiffre d’affaires en milliards et qui, dans de nombreux pays, entretient des relations les plus privilĂ©giĂ©es avec des hommes politiques de haut rang, des prĂ©sidents de partis et des chefs d’Etat, ainsi qu’avec des fonctionnaires de syndicats etc. Les gens de Bertelsmann siĂšgent dans des institutions et commissions de l’UE et influencent tous les domaines de la politique – qu’il s’agisse de la Constitution europé­enne, de la formation d’une armĂ©e europĂ©enne ou de la privatisation des domaines de la formation et de la santĂ© et, derniĂšrement aussi des communes.5

La «vision» de la Fondation Bertelsmann est une «Europe des rĂ©gions» dans laquelle les nations souveraines ont disparu6 et dont les unitĂ©s administratives sont des «espaces mĂ©tropolitains» ou des communes fusionnĂ©es, unitĂ©s sous l’administration centrale de Bruxelles7 et exploitĂ©es sur le marchĂ© par Bertelsmann. C’est dans cette direction-lĂ  qu’est dirigĂ© ce «changement», changement oĂč les dĂ©cisions dĂ©mocratiques des citoyens ne font que dĂ©ranger.

Pour dĂ©marrer le «changement» on convoque – aprĂšs concertation avec les conseillers externes – un groupe, complĂštement arbi­traire, mais pourtant soigneusement choisi – de membres d’exĂ©cutifs, d’associations, d’Eglises, de corps de mĂ©tier et corporations, d’entreprises etc. dans les «ateliers du futur» susnommĂ©s qui n’ont aucune lĂ©gitimation ni reprĂ©sentation dĂ©mocratiques. Ainsi, avec le recours Ă  des mĂ©thodes de manipulation psychologique employĂ©es dans des groupes d’envergure (mise en place, «open space» etc.) qui n’ont rien Ă  faire dans un processus de dĂ©cision libre et dĂ©mocratique, on se met Ă  dis­soudre «les forces rĂ©calcitrantes» de la sociĂ©tĂ©.8 Il s’agit de crĂ©er une «ambiance positive de renouveau» qui vise «l’enthousiasme des acteurs locaux».9 Ceux qui mettent en doute les «visions» sont traitĂ©s de «passĂ©istes» et de «traditionalistes arriĂ©rĂ©s». De telles images nuisibles ne font que semer la discorde dans les communes et dĂ©ranger la paix politique.

Nous n’avons pas besoin d’«ateliers du futur» qui, comme des «cabinets de l’ombre», se mettent Ă  saper l’autonomie communale. Il ne nous faut pas du «strip-tease» psycholo­gique dans des salles polyvalentes pour procrĂ©er des «visions communales», qui ne crĂ©ent, en fait, que des coĂ»ts. Le vrai dĂ©bat sur les thĂšmes d’avenir se situe dans les conseils municipaux et les rĂ©unions communales oĂč chaque citoyen est censĂ© contribuer, proposer des motions et solliciter un vote, dĂ©nuĂ© de tout endoctrinement et de toute manipulation.

Mais dĂ©trompons-nous: en Suisse aussi, une 5e colonne de traĂźtres au pays se bĂątit sous forme d’«acteurs» en vue du dĂ©veloppement europĂ©en rĂ©gional misant sur les mĂ©thodes Bertelsmann. Ainsi «rĂ©giosuisse», un rĂ©seau central national en faveur du dĂ©veloppement rĂ©gional suisse, recommande-t-il chaudement «la fondation allemande de Bertelsmann». «Sur son site internet», poursuit-il, «elle fournit toute une gamme d’idĂ©es Ă  l’usage des gestionnaires rĂ©gionaux et instances constructrices de rĂ©seaux» (sic!); on y trouve, ajoute-t-il, «diverses publications et une banque de donnĂ©es intitulĂ©e â€čBest Practices des communes pour les com­munesâ€ș etc. qui offrent, Ă©galement aux instances ac­trices suisses pour le dĂ©veloppement communal d’intĂ©ressants intrants.»10

VoilĂ  pourquoi, dans nos communes, les «ateliers du futur» surgissent du sol comme des champignons. Il ne faut pourtant pas oublier que ce sont toujours les citoyennes et citoyens qui dĂ©cideront, en derniĂšre in­stance, s’ils veulent effectivement l’«Anschluss» Ă  une «Europe des rĂ©gions», gĂ©rĂ©e de maniĂšre centraliste par Bruxelles, oĂč il n’y aurait plus de nations souveraines, ni par consĂ©quent, de citoyens jouissant de leurs pleins droits de dĂ©mocratie directe.

Horizons et Débats

Sur le mĂȘme sujet, lire Ă©galement Les « ateliers du futur », nouvelle cinquiĂšme colonne des stratĂšges de l’UE

Notes :

1 Bertelsmann-Stiftung: Workshops fĂŒr Kommunen. URL: www.bertelsmann-stiftung.de/cps/rde/xchg/SID-0FEC8238-A85109F4/bst/hs.xsl/93630.htm
2 Privat statt Staat: Das englische Modell. Bertels mann-Tochter Arvato ĂŒbernimmt Verwaltung. «Neue WestfĂ€lische», Bielefeld, 1/9/06
3 Arvato Services Bertelsmann: Arvato startet Dienstleistungen fĂŒr die öffentliche Verwaltung in Deutschland. URL: www.arvato-services.de/de/news-20070427.html
4 Siebenhaar, Hans-Peter: «Ein riesiger Markt vor der HaustĂŒr». «Handelsblatt», 4/4/08
5 cf. Hillard, Pierre: La Fondation Bertelsmann et
la gouvernance mondiale, Paris 2009
6 cf. Hillard, Pierre: La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale, Paris 2009
7 cf. WĂŒthrich, Marianne: Bruxelles tente de court-circuiter la structure politique de la Suisse. Horizons et dĂ©bats no 31 du 10/8/09
8 Willener, Alex: Zukunftswerkstatt. Hochschule Luzern o.J. URL: www.hslu.ch/s-zukunftswerk-statt.pdf
9 Bertelsmann-Stiftung (Hrsg.): Demographie konkret – HandlungsansĂ€tze fĂŒr die kommunale Praxis. GĂŒtersloh o.J., S. 35
10 regiosuisse: Organisationen/Institutionen/Netz werke (CH/EU). www.regiosuisse.ch/adressen/links/links/#organisationen-institutionen-ch

août 18 2010

Les « ateliers du futur », nouvelle cinquiĂšme colonne des stratĂšges de l’UE

Alors que l’UE balance entre l’éclatement et un pouvoir de plus en plus dictatorial, les attaques contre la Suisse se pour­suivent. AprĂšs les brutales attaques verbales de SteinbrĂŒck et consorts qui ont amenĂ© les Suisses Ă  se serrer rĂ©solument les coudes, un groupe obscure d’adversaire bruxellois sous influence anglo-amĂ©ricaine a manifestement recours Ă  une stratĂ©gie secrĂšte: Puisque le modĂšle suisse de dĂ©mocratie directe ne peut pas ĂȘtre attaquĂ© par la cavalerie, on essaie de le faire Ă  l’aide d’une cinquiĂšme colonne, de louches «cabinets de conseil en matiĂšre de changement social» pilotĂ©s discrĂštement dans l’ombre par la Fondation Bertelsmann. La recette est ancienne et peu appĂ©tissante: comme les Suisses rĂ©pugnent Ă  se soumettre au joug de l’UE, on tente de crĂ©er insidieusement de nouvelles structures et de les placer Ă  cĂŽtĂ© des anciennes qui ont fait leurs preuves.

Depuis quelque temps, dans de nom­breuses communes, sous le label «atelier du futur» et par l’intermĂ©diaire de cabinets de conseil privĂ©s, on instrumentalise les citoyens Ă  l’aide de mĂ©thodes perfides de manipulation psychologique des grands groupes, les incitant Ă  procĂ©der Ă  des fusions de communes et Ă  propager la stratĂ©gie des rĂ©gions mĂ©tropolitaines. L’objectif est le suivant: en semant la discorde entre les citoyens des communes, on cherche Ă  dissoudre les structures effi­caces et Ă  crĂ©er de grandes rĂ©gions euro-compatibles soumises directement Ă  Bruxelles au lieu de l’ĂȘtre aux Etats nations. Mais cela ne se fera pas si les citoyens vigilants sont au courant de ce qui se trame.

manipulation

Le « Social Engineering » n’a rien Ă  faire dans une dĂ©mocratie

Par Horizons et Débats

Avec toutes ses facettes et ses structures Ă©quilibrĂ©es comme l’autonomie communale, le principe de subsidiaritĂ©, le fĂ©dĂ©ralisme, le principe de milice, la pĂ©rĂ©quation financiĂšre, la solidaritĂ© entre les communes et les cantons et surtout la participation directe des citoyens aux processus politiques qui permettent d’opposer la raison et la pondĂ©ration du peuple Ă  la soif de pouvoir de quelques-uns, la dĂ©mocratie directe a apportĂ© Ă  notre pays la stabilitĂ© politique et Ă©conomique, l’indĂ©pendance et la prospé­ritĂ©, et cela grĂące Ă  une culture politique qui se nourrit du dialogue de citoyens Ă©gaux en droits.

Le pays a besoin de citoyens responsables et à la pensée indépendante

Comme les citoyens suisses ne sont pas prĂȘts Ă  abandonner ce modĂšle pacifique qui pourrait se rĂ©vĂ©ler salutaire dans d’autres rĂ©gions du monde (Ă  condition de les adapter), et bien qu’ils subissent depuis des annĂ©es le feu des critiques des mĂ©dias Ă©trangers, ceux qui tirent les ficelles ont chargĂ© leurs spin-doctors d’imaginer une nouvelle ruse de guerre: les «ateliers du futur» der­riĂšre lesquels se dissimule un projet de l’UE qui vise Ă  dissoudre les structures commu­nales et Ă  les remplacer par de nou­velles rĂ©gions sans racines historiques ni con­trĂŽle dĂ©mocra­tique. Sous ce label d’«ateliers du futur», on cherche Ă  vendre aux Suisses quelque chose qui n’a absolument rien Ă  voir avec leur pays, son histoire et ses rĂšgles du jeu dĂ©mocratique. Des organismes privĂ©s, la plupart du temps des cabinets de conseil animĂ©s par des individus mĂ©diocres passĂ©s maĂźtres dans l’art de la manipulation, de l’endoctrinement et des relations pu­bliques mais qui n’ont aucune idĂ©e des rĂ©alitĂ©s politiques et des problĂšmes concrets invitent les citoyens Ă  participer Ă  des «ateliers du futur», et cela Ă  la de­mande de quelques membres d’une administration communale (autoritĂ©s scolaires, conseil communal, etc.) mal connus des autres citoyens, souvent nouveaux dans la commune et disposant d’une obscure formation complĂ©mentaire. Il s’agit d’attirer des citoyens triĂ©s sur le volet selon des critĂšres opaques, avant tout des membres d’autoritĂ©s, d’institutions, de corporations et d’associations, Ă  procĂ©der, dans la salle polyvalente de la commune, Ă  un strip-tease psychologique et Ă  dĂ©velopper des «visions d’avenir» sur ce que la com­mune devrait ĂȘtre dans 20 ans, sur les choses et les personnes qui les dé­rangent depuis longtemps et ce qui devrait ĂȘtre modifiĂ© pour que leur bien-ĂȘtre s’amĂ©liore. Les thĂšmes favoris sont l’énergie et les transports ainsi que de grands projets de construction aux contrats lucratifs Ă  l’aide desquels on tente d’appĂąter certains membres de la commune. On notera que ces «élus» ne sont aucunement reprĂ©sentatifs de leur organisme ou corporation et qu’ils n’en sont surtout pas les dĂ©lĂ©guĂ©s. On ne tolĂšre pas les critiques envers ces manipulations collectives et ceux qui ne hurlent pas avec les loups sont stigmatisĂ©s, traitĂ©s de «passĂ©istes» devant toutes les personnes pré­sentes et marginalisĂ©s.

Or les citoyens lucides doivent rĂ©vĂ©ler avec clartĂ© les agissements minables des individus mĂ©diocres et louches Ă  qui l’on confie le rĂŽle d’animateurs.

C’est une chose absolument nouvelle en Suisse que les critiques objectives suscitent des attaques personnelles et oĂč les contradicteurs se voient marginalisĂ©s. L’exemple de l’atelier du futur de Malters le montre clairement (cf. encadrĂ©).

Ces ateliers sont non seulement dĂ©pourvus de toute lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique; ce sont des mascarades Ă  l’aide desquelles les adversaires de la Suisse cherchent, par le biais de conseillers extĂ©rieurs, Ă  amener la Suisse Ă  se soumettre Ă  Bruxelles. On ne veut pas ici de citoyens responsables et Ă  la pensĂ©e indĂ©pendante qui ont l’habitude d’exprimer leurs opinions Ă  l’abri des interprĂ©tations psychologiques. La plupart du temps, on lance sans rĂ©flĂ©chir dans le dĂ©bat des platitudes telles qu’«évolution dĂ©mographique», «manque d’attrait Ă©conomique du site», ou «sociĂ©tĂ© qui Ă©volue rapidement» pour faire croire aux «élus», grĂące Ă  une habile manipulation, qu’il est urgent de changer quelque chose dans leur commune. On veut ainsi empĂȘcher que quelqu’un s’oppose Ă  ces thĂšmes et au procĂ©dĂ© manipulateur. On crĂ©e ainsi un Ă©tat d’esprit dans lequel le dĂ©bat objectif est impossible et d’ailleurs non souhaitĂ©.

Intrusion inadmissible dans la vie privée

C’est une pure dĂ©rision de traiter de cette maniĂšre des gens responsables et Ă  la pensĂ©e indĂ©pendante. Tout citoyen suisse responsable a la possibilitĂ©, aux niveaux communal, cantonal et surtout fĂ©dĂ©ral, par le biais des procĂ©dures de consultation, de l’initiative et du rĂ©fĂ©rendum, d’avoir une influence directe sur la politique, avantage que nous envient fortement les citoyens Ă©trangers qui cherchent maintenant peu Ă  peu Ă  obtenir ces droits mais rencontrent une grande rĂ©sis­tance, surtout de la part des politiques. Nous pouvons (Ă  vrai dire depuis des siĂšcles) dĂ©battre de questions politiques relevant du niveau communal lors de chaque assemblĂ©e communale, nous pouvons lancer une initiative et amener un large public Ă  en dé­battre. Nous disposons de tous les moyens poli­tiques de discuter de questions spĂ©cifiques avec tous les membres d’une commune et de chercher des solutions praticables, satisfaisantes pour toutes les parties. Nulle part ailleurs que dans les com­munes, l’échange d’idĂ©es sur des questions spĂ©cifiques entre les citoyens n’est aussi vivant.

Mais dĂšs que l’on a besoin de «visions» pour augmenter le bien-ĂȘtre des individus, on assiste Ă  une intrusion inadmissible dans la vie privĂ©e qui n’a rien Ă  voir avec la maĂźtrise de questions spĂ©cifiques. La commune a pour mission de trouver des solutions aux problĂšmes quotidiens pour le bien de l’ensemble des habitants lĂ  oĂč la loi le prĂ©voit, avec eux, sans parler des activitĂ©s bĂ©nĂ©voles importantes accomplies de toute façon par les citoyens.

Les citoyens responsables n’ont pas ­besoin d’animateurs qui, Ă  l’aide d’as­tuces psychologiques et de mises en scĂšne Ă©tudiĂ©es, cherchent Ă  les mener dans la direction voulue avant tout par les initiateurs de l’«atelier du futur». L’échange d’idĂ©es ouvert et honnĂȘte entre les citoyens constitue la base du bon fonctionnement des communes suisses et par consĂ©quent d’une dĂ©mocratie saine.

L’Etat de droit en lieu et place de la dictature des opinions

Les «ateliers du futur» n’ont rien Ă  faire dans notre dĂ©mocratie: ils relĂšvent des techniques psychologiques manipulatrices. Les spĂ©cialistes appellent cela «Social Engineering» ce que l’on pourrait traduire par «manipulation de l’opinion publique». La formation de l’opinion, qui naĂźt des dĂ©bats objectifs, et parfois Ă©galement Ă©motionnels, entre citoyens responsables est un processus ouvert et transparent qui a toujours pour objectif la solution de questions concrĂštes. Les attaques person­nelles et les interprĂ©tations n’ont pas leur place ici et sont catĂ©goriquement bannies des assemblĂ©es communales. Le dĂ©bat concerne la recherche de solutions. Or les «ateliers du futur» procĂšdent tout diffĂ©remment: les participants sont entraĂźnĂ©s sur le plan affectif, lequel n’a rien Ă  voir avec l’indĂ©pendance et les libres dĂ©cisions. On installe une «dictature des opinions» trĂšs Ă©loignĂ©e de la dĂ©mocratie et qui n’a absolument rien Ă  voir avec l’Etat de droit.

La Suisse n’a absolument pas besoin de cela. Depuis des siĂšcles, les citoyens sont habituĂ©s Ă  dĂ©fendre leur libertĂ© et leur indĂ©pendance. Ce fut un long et dur combat, mais il a conduit au plus dĂ©mocratique de tous les Etats, qui a acquis un rĂŽle de pionnier. Allons-nous perdre ce prĂ©cieux hĂ©ritage Ă  cause d’un groupe d’arrivistes uniquement parce qu’ils ne peuvent pas rĂ©sister aux tentations du pouvoir et se laissent embrigader comme des idiots dociles par ceux qui veulent avoir encore plus de pouvoir sur le pays et ses citoyens afin de mettre Ă  exĂ©cution leur obscurs projets?

Non, nous sommes redevables Ă  nos descendants et Ă  nos ancĂȘtres de sauvegarder de toutes nos forces ce que ces derniers ont obtenu et dĂ©fendu de haute lutte: la libertĂ©, l’indĂ©pendance et un Etat de droit qui accorde Ă  ses citoyens un haut degrĂ© de participation politique.

Horizons et Débats

« Ateliers du futur » : l’exemple de Malters

Parmi les exemples significatifs d’«ateliers du futur» se trouve celui de la commune de Malters. Les 22 et 23 aoĂ»t 2008 a eu lieu, sous la devise «Organiser ensemble l’avenir», un «atelier du futur pour le dĂ©veloppement communal». Il a Ă©tĂ© animĂ© par trois personnes Ă©trangĂšres Ă  la commune qui s’intitulent «spĂ©cialistes du dĂ©veloppement communal, urbain et rĂ©gional»2 et dirigent le cabinet de conseil kon-sens.

manipulation2

Dans une dĂ©mocratie, le peuple est souverain et cela signifie que ce ne sont pas des spĂ©cialistes qui dĂ©cident de l’avenir de la commune mais le peuple. One man one vote. A Malters, selon la documentation, les participants Ă  l’«atelier du futur» sensĂ©s organiser l’avenir de toute la commune ont Ă©tĂ© triĂ©s sur le volet par un «groupe de pilotage» en fonction de critĂšres opaques: il s’agissait de membres de partis, de l’Eglise, d’associations, de l’économie privĂ©e, de la commission scolaire, de l’administration communale, aucune de ces personnes n’ayant de lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique. Le groupe de pilotage, composĂ© de membres du cabinet de conseil et de membres de l’exĂ©cutif agissant de leur propre autoritĂ©, opĂ©rait en coulisse et sans mandat lĂ©gitime. Officiellement, on a prĂ©tendu que les participants avaient Ă©tĂ© invitĂ©s «à la demande du conseil communal». Le prĂ©sident de commune avait manifestement un rĂŽle de figurant dans cet atelier dont l’objet avait Ă©tĂ© fixĂ© Ă  l’avance par le groupe de pilotage et puis sagement «élaboré» par les participants de l’atelier du futur.

Le premier jour, le prĂ©sident de commune a prĂ©sentĂ© une brĂšve introduction et a confiĂ© la direction au cabinet de conseil. Bel exemple d’expertocratie! kon-sens a expliquĂ© les «rĂšgles du jeu», c’est-Ă -dire les mĂ©thodes de manipulation psychologique, les procĂ©dures et la rĂ©partition en groupes. Un processus de grand groupe Ă©tait ainsi mis en marche. A la fin, le rĂ©sultat Ă©tait conforme Ă  ce que voulait le groupe de pilotage.

Les mĂ©thodes psychologiques mises en Ɠuvre proviennent des officines de la programmation neuro-linguistique, de la thĂ©orie systĂ©mique, de l’écologie des profondeurs, Peter Singer inclus, et de la thĂ©orie des «systĂšmes autorĂ©gulĂ©s», telles qu’elles ont Ă©tĂ© importĂ©es des Etats-Unis par le groupe autrichien metalogikon, par exemple, mĂ©thodes qui remplacent l’action rĂ©flĂ©chie par l’imagination, les visions et le strip-tease psychologique. Il s’agit lĂ  d’une ingĂ©rence anticonstitutionnelle de psychologues Ă  la manque, de sociologues et de reprĂ©sentants d’autres sciences sociales dans des processus dĂ©mocratiques oĂč ils n’ont rien Ă  faire. Dans ces sĂ©ances, les citoyens qui assument des responsabilitĂ©s dans la gestion de leur commune n’ont plus d’opinion personnelle (pour autant qu’on leur de­mande leur avis): le groupe de pilotage les mĂšne lĂ  oĂč il veut. Les participants Ă  ces bavardages infantiles de salle polyvalente affublĂ©s de termes anglo-amĂ©ricains tels qu’«open space technology», «world cafe» ou «atelier du futur», comme Ă  Malters, ne savent pas qui a mandatĂ© les animateurs.

L’exemple de Malters doit nous mettre en garde contre la maniĂšre dont on cherche, Ă  l’aide de techniques manipulatrices pratiquĂ©es dans des grands groupes Ă  dĂ©manteler, des structures et des procĂ©dures dĂ©mocratiques qui se sont dĂ©veloppĂ©es au cours des siĂšcles. Etant donnĂ© l’ignorance politique et la superficialitĂ© intellectuelle des «conseillers» et de leurs «thĂ©ories», il est facile de mettre fin Ă  leur sinistre manipulation psychologique.

Horizons et Débats

Instaurer la stratĂ©gie europĂ©enne des espaces mĂ©tropolitains en Suisse – sans prendre en compte le peuple

Le programme des agglomĂ©rations ou la crĂ©ation d’espaces mĂ©tropolitains sont des projets nĂ©o-libĂ©raux. Il est promu par l’Union europĂ©enne avec le but de dissoudre progressivement les frontiĂšres des Etats-nations. On veut crĂ©er des rĂ©gions transnationales qui agiront en tant qu’unitĂ©s administratives sans traditions pour contrĂŽler les gens qui y vivent, tout en les privant de leur identitĂ©. La dĂ©mocratie doit ĂȘtre dĂ©construite pour pouvoir gĂ©rer le budget «plus efficacement» et avoir un meilleur contrĂŽle, bref, pour mieux pouvoir exploiter la population au profit d’une petite oligarchie.

Le SchĂ©ma de dĂ©veloppement de l’espace communautaire (SDEC), la conception de la stratĂ©gie des espaces mĂ©tropolitains de l’UE, divise l’Europe en 16 espaces mĂ©tropolitains dans lesquels la Suisse – bien sĂ»r sans avoir eu voix au chapitre – est entiĂšrement impliquĂ©e comme si l’UE avait quoi que ce soit Ă  dĂ©cider concernant notre pays. L’espace mĂ©tropolitain zurichois est dĂ©signĂ© comme moteur Ă©conomique et Ă©levĂ© au niveau d’espace mĂ©tropolitain europĂ©en. Que cela ait Ă©tĂ© acceptĂ© favorablement par quelques stratĂšges de l’UE en Suisse s’est avĂ©rĂ© lors de la fondation de l’Association mĂ©tropolitaine de Zurich, juste avant les vacances d’étĂ© de l’annĂ©e passĂ©e. Les initiateurs Ă©taient Markus Notter, conseiller d’Etat, Elmar Ledergerber, maire de Zurich Ă  l’époque et Ernst Wohlwend, maire de Winterthur. En fait, tous les trois sont sociaux-dĂ©mocrates. Ils ont créé une association, dirigĂ©e par des membres exĂ©cutifs Ă©lus et gĂ©rĂ©e par une entreprise de communication privĂ©e, qui s’ingĂšre activement dans les affaires communales et cantonales (Ă©conomie, trafic, sociĂ©tĂ©, habitat). Aucune trace de contrĂŽle dĂ©mocratique. MĂȘme les dĂ©putĂ©s des cantons concernĂ©s n’étaient pas au courant de ce processus. Un scandale!

A ce jour, cette association existe toujours et tente, avec son caractĂšre de sociĂ©tĂ© secrĂšte, de prĂ©parer le terrain pour une adhĂ©sion Ă  l’UE, Ă  laquelle aspirent notamment les trois politiciens mentionnĂ©s ci-dessus. C’est scandaleux. C’est totalement antidĂ©mocratique, immoral et profondĂ©ment contre les coutumes suisses que des hommes politiques se ré­unissent dans une association privĂ©e pour traiter de questions politiques qui concernent directement leur propre fonction mais qui sont du ressort des autoritĂ©s cantonales ou communales concernĂ©es, et qui sont ainsi complĂštement sous­traites Ă  tout contrĂŽle dĂ©mocratique.

Mais en Suisse, on ne prĂ©pare pas le terrain seulement au niveau cantonal. Le Projet de territoire suisse a Ă©tĂ© manigancĂ© dans le dĂ©partement Leuenberger (PS) et coordonnĂ© avec l’UE. Le nouveau programme du parti socialiste en dit long. Les militants se retrouvent.

Les espaces mĂ©tropolitains ont pour but de dissoudre les structures dĂ©mocratiques, de les remplacer par des entitĂ©s rĂ©gionales nouvellement créées afin de mieux pouvoir rĂ©duire la participation de la population. Le citoyen actif devient un sujet qui est privĂ© de sa participation dĂ©mocratique. – Cela, nous ne pouvons le tolĂ©rer!

«Metalogikon»: manipulation «minimalement structurée» de grands groupes et programmation neuro-linguistique

A la recherche des dessous du monde suisse des «ateliers du futur», on ren­contre des entreprises comme flow, kon-sens ou Metalogikon – Association pour le dĂ©veloppement et la recherche d’innovations entrepreneuriales et sociales. Elle a collaborĂ© Ă©troitement avec le cabinet de conseil fischli&wĂŒrmli fondĂ© en 2000 et Ă©tabli Ă  Glaris. Des agents de Metalogikon organisent avec des membres de fischli&wĂŒrmli des programmes d’enseignement des cadres de Migros. Christoph Mandl de Metalogikon, remplit en outre des missions Ă  l’EPF de Zurich, Ă  l’UniversitĂ© de Saint-Gall, Ă  la Commission europĂ©enne ainsi qu’à la Cour des comptes europĂ©enne.

Metalogikon a Ă©tĂ© fondĂ© en 1997 tout d’abord en tant que groupe de travail de 6 «conseillĂšres en organisation» autrichiennes. Devenue aujourd’hui une association, la sociĂ©tĂ© couvre les pays germanophones d’Europe ainsi que l’Italie. Depuis 1997, Metalogikon prend en charge des «interventions sur les grands groupes» – dĂ©veloppĂ©es aux Etats-Unis dans les annĂ©es 1980 – dans lesquels on provoque, Ă  l’aide de techniques psychologiques, des «processus minimalement structurĂ©s». Ces groupes (pouvant compter plusieurs milliers de participants!) sont par exemple des communes (cf. Malters), des cantons, des Etats. Une combinaison de l’open space technology et du dialogue, deux de ces mĂ©thodes appli­cables Ă  de grands groupes et venant des Etats-Unis, ont ensuite Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©es pour ĂȘtre appliquĂ©es en Europe: il s’agit des confĂ©rences mĂ©talogues, qui ont lieu depuis 1998.

Ces mĂ©thodes sont, selon leurs inventeurs, un perfectionnement des groupes-T (petits groupes) inventĂ©s par Kurt Lewin et destinĂ©es particuliĂšrement aux «activitĂ©s crĂ©atrices» des grands groupes, parce que les groupes-T s’étaient avĂ©rĂ©s «trop rigides».1 Dans leur article programma­tique paru en 2000 et intitulĂ© «Les confĂ©rences mĂ©talogues – innovation venant d’Autriche», Mandl et Weber Ă©crivent que les fondements des confĂ©rences mĂ©talogues (et par consĂ©quent Ă©galement des «ateliers du futur» ) sont dĂ©rivĂ©s de la «thĂ©orie de l’auto-organisation» de Stuart Kauffman et le concept de mĂ©talogue remonte Ă  Gregory Bateson, qui se vante d’ĂȘtre l’auteur de la programmation neuro-linguistique.

Horizons et Débats

août 10 2010

Qu’est-ce que le terrorisme ?

Se demander ce qu’est le terrorisme est une de ces questions qu’il est en apparence inutile de poser, parce qu’elle est destinĂ©e Ă  recevoir une rĂ©ponse univoque. En rĂ©alitĂ© – lorsqu’elle est formulĂ©e de maniĂšre rigoureuse –, elle ne manque pas de susciter des rĂ©actions Ă©tonnantes. Les rĂ©ponses sont en effet toujours diffĂ©rentes et contradictoires. « Le terrorisme, c’est la violence de ceux qui combattent l’Etat » diront certains ; « le terrorisme c’est la violence de l’Etat » rĂ©pondront d’autres ; « mais non, le terrorisme est tout acte de violence politique, d’oĂč qu’elle vienne », prĂ©ciseront les derniers. Et ne parlons pas des dĂ©bats qui s’ouvrent face aux distinctions qui peuvent ĂȘtre faites par la suite en la matiĂšre : par exemple, le terrorisme est uniquement la violence contre les personnes ou Ă©galement contre les choses ? Doit-il nĂ©cessairement possĂ©der une motivation d’ordre politique ou se caractĂ©rise-t-il uniquement par la panique qu’il sĂšme ?

almani1

La multiplicitĂ© de sens assignĂ©s Ă  ce terme est suspecte. La sensation ici n’est pas de se trouver en prĂ©sence des malentendus habituels liĂ©s Ă  l’incapacitĂ© des mots Ă  exprimer une rĂ©alitĂ© dont la complexitĂ© dĂ©passe les symboles qui voudraient la reprĂ©senter. Au contraire, l’impression est celle de se retrouver face Ă  un confusionnisme intĂ©ressĂ©, Ă  une relativisation d’interprĂ©tations créée artificiellement, dans l’intention de vider les idĂ©es de leur sens, de neutraliser la force pratique, de banaliser toute la question en rĂ©duisant Ă  du bavardage toute rĂ©flexion qu’on pourrait mener Ă  son propos.

Pourtant, ce mot de dix lettres doit bien avoir une origine, une histoire, dont il serait possible de dĂ©duire un sens en mesure de dissiper au moins une bonne partie des ambiguĂŻtĂ©s que son usage gĂ©nĂšre aujourd’hui. Et c’est en effet le cas.

La premiĂšre dĂ©finition qui est donnĂ©e Ă  ce terme par la plus grande partie des dictionnaires est Ă  caractĂšre historique : « le gouvernement de la Terreur en France ». On connaĂźt donc avec prĂ©cision l’origine du vocable. Le terrorisme correspond Ă  la pĂ©riode de la RĂ©volution Française qui va d’avril 1793 Ă  juillet 1794, lorsque le ComitĂ© de salut public menĂ© par Robespierre et Saint-Just a ordonnĂ© un grand nombre d’exĂ©cutions capitales. La Terreur Ă©tait donc reprĂ©sentĂ©e par cette guillotine dont la lame a tranchĂ© la tĂȘte Ă  des milliers de personnes qui, prĂ©sume-t-on, constituaient une menace pour la sĂ©curitĂ© du nouvel Etat en formation. A partir de cette base, les mĂȘmes dictionnaires ajoutent par extension une dĂ©finition plus gĂ©nĂ©rale du terrorisme : « toute mĂ©thode de gouvernement fondĂ©e sur la terreur ». A prĂ©sent, cette premiĂšre interprĂ©tation du concept de terrorisme est extrĂȘmement claire. Tout d’abord, elle met au jour le lien Ă©troit qu’il y a entre terrorisme et Etat. Le terrorisme est nĂ© avec l’Etat, est exercĂ© par l’Etat, est justement une « mĂ©thode de gouvernement » que l’Etat emploie contre ses ennemis pour garantir sa propre conservation. « La guillotine – disait Victor Hugo – est la concrĂ©tion de la loi ». Seul l’Etat peut promulguer des lois. Et la loi, loin d’ĂȘtre l’expression de ce contrat social garant de la cohabitation harmonieuse entre les ĂȘtres humains, reprĂ©sente le fil barbelĂ© avec lequel le pouvoir protĂšge ses privilĂšges. Quiconque oserait l’outrepasser aura Ă  passer entre les mains du bourreau. Ainsi, avant le mois d’avril 1793, de prĂ©tendus criminels de droit commun et quelques insurgĂ©s Ă©taient dĂ©jĂ  montĂ©s Ă  l’échafaud.

Quoi qu’on en pense, la guillotine n’est en effet pas une invention de monsieur Guillotin. En France, cet instrument d’exĂ©cution capitale avait dĂ©jĂ  une histoire, mais personne ne parlait encore de Terreur. Ce n’est que lorsque l’autoritĂ© de l’Etat, alors aux mains des jacobins, sera menacĂ©e par une vague rĂ©volutionnaire, ce n’est que lorsqu’il n’aura plus seulement affaire Ă  de simples hors-la-loi ou Ă  des insurgĂ©s isolĂ©s, mais Ă  un Ă©norme mouvement social capable de le renverser, ce n’est qu’à ce moment que la violence rĂ©pressive se nommera Terreur.

Mais, en plus de son caractĂšre institutionnel, une autre caractĂ©ristique distingue le terrorisme : tout un chacun peut en ĂȘtre victime. Au cours de la pĂ©riode de la Terreur, rien que dans Paris, il y aurait eu pas moins de 4 000 exĂ©cutions. Louis Blanc aurait retrouvĂ© l’identitĂ© de 2 750 guillotinĂ©s, dĂ©couvrant que seulement 650 d’entre eux appartenaient aux classes aisĂ©es. Cela signifie que la machine Ă©tatique de la guillotine ne faisait pas tant de distinctions, dĂ©capitant quiconque Ă©tait estimĂ© incommode ou suspect. Il n’y a pas que les nobles, les militaires et les prĂȘtres qui ont perdu leur tĂȘte lors de ces journĂ©es – comme le voudrait la propagande la plus conservatrice et traditionaliste –, mais surtout de simples artisans, des paysans, des pauvres. Le terrorisme est tel parce qu’il frappe Ă  l’aveugle, d’oĂč le sentiment de panique collective qu’il inspire. L’usage indiscriminĂ© de la guillotine, systĂ©matisĂ© grĂące Ă  la simplification des procĂ©dures judiciaires permise par la loi de Prairial, crĂ©e l’effet inĂ©luctable d’opĂ©rations Ă  la chaĂźne, annulant les diffĂ©rences individuelles entre tous ces dĂ©capitĂ©s. Cette pratique de l’amalgame a un sens politique prĂ©cis : regroupant en une mĂȘme sĂ©ance des personnes soupçonnĂ©es de « crimes » de nature ou d’identitĂ© complĂštement diffĂ©rents, la Terreur vise Ă  anĂ©antir les diffĂ©rences individuelles pour crĂ©er un consensus populaire, et Ă  dĂ©truire « l’abjection du moi personnel » (Robespierre), vu qu’il ne doit exister qu’une seule entitĂ© dans laquelle fondre les individus : l’Etat. Le terrorisme est donc nĂ© comme instrument institutionnel et indiscriminĂ©. Ces deux aspects retentissent aussi dans des expressions courantes, comme par exemple « des bombardements terrorisants ». Un bombardement, en effet, non seulement se dĂ©roule lors d’une guerre menĂ©e entre Etats, mais sĂšme la mort et la dĂ©solation dans toute la population. On pourrait faire le mĂȘme discours concernant le terrorisme psychologique, considĂ©rĂ© comme « une forme d’intimidation ou de chantage afin de manipuler l’opinion publique, effectuĂ©e surtout Ă  travers les moyens de communication, par l’exagĂ©ration des dangers de certaines situations ou bien en les inventant, afin d’induire les masses Ă  des comportements dĂ©terminĂ©s au plan politique, social, Ă©conomique ». On voit bien comment seul celui qui dĂ©tient le pouvoir est en mesure de manipuler les grands moyens de communication et, Ă  travers eux, les « masses », afin d’atteindre son but.

almani2

Le terrorisme est donc la violence aveugle de l’Etat, comme le montre sans ambiguĂŻtĂ© l’origine duterme. Mais le langage n’est jamais une expression neutre. Loin d’ĂȘtre uniquement descriptif, le langage est avant tout un code. Le sens des mots indique toujours le cĂŽtĂ© vers lequel penche la balance de la domination. Celui qui dĂ©tient le pouvoir possĂšde aussi le sens des mots. Cela explique comment il se fait que, le temps passant, le concept de terrorisme ait recouvert un nouveau sens qui contredit complĂštement sa genĂšse historique mais correspond aux exigences de la domination. Aujourd’hui, ce concept est dĂ©fini comme « une mĂ©thode de lutte politique fondĂ©e sur des violences intimidatrices (meurtres, sabotages, attentats explosifs, etc), employĂ©s gĂ©nĂ©ralement par des groupes rĂ©volutionnaires ou subversifs (de gauche ou de droite) ». Comme on le voit, cette interprĂ©tation, qui a commencĂ© Ă  se diffuser Ă  la fin du XIXe siĂšcle, s’oppose complĂštement Ă  ce qui a Ă©tĂ© dit jusqu’à prĂ©sent. Dans l’acceptation initiale du terme, c’est l’Etat qui recourt au terrorisme contre ses ennemis ; dans la seconde, ce sont ses ennemis qui emploient le terrorisme contre l’Etat. Le renversement de sens ne pourrait ĂȘtre plus explicite. L’utilitĂ© d’une telle opĂ©ration pour la Raison d’Etat n’est que trop Ă©vidente. Mais comment naĂźt cette mystification ? La Terreur en France a Ă©tĂ© l’Ɠuvre d’un Etat nĂ© lors d’une RĂ©volution. Pour justifier le sens actuel du concept de terrorisme, l’idĂ©ologie dominante a du intervertir les sujets et attribuer Ă  la RĂ©volution la responsabilitĂ© qui appartenait en rĂ©alitĂ© Ă  l’Etat. Ainsi, on nous enseigne aujourd’hui que la Terreur est l’Ɠuvre de la RĂ©volution qui, en ce lointain contexte historique, s’était incarnĂ©e dans l’Etat. La Terreur serait donc synonyme de violence rĂ©volutionnaire. Un saut acrobatique de la logique qui continue Ă  enchanter les parterres de spectateurs du monde entier, qui ne semblent pas se rendre compte de l’arnaque plus qu’évidente.

En rĂ©alitĂ©, on ne peut attribuer la Terreur Ă  la RĂ©volution, au peuple insurgĂ©, parce que ce n’est que lorsque la RĂ©volution s’est faite Etat que la Terreur est apparue. C’est un Ă©norme mensonge idĂ©ologique et un faux historique grossier que de faire de la Terreur l’expression mĂȘme de la violence rĂ©volutionnaire « massacrante », celle des rues, des journĂ©es sur les barricades, de la vengeance populaire. Avant le 17 avril 1793 (jour de la fondation du tribunal rĂ©volutionnaire), la violence exercĂ©e contre le pouvoir, mĂȘme celle particuliĂšrement cruelle, n’avait jamais recouvert le nom de terrorisme. Ni les sanglantes Jacqueries du XIVe siĂšcle, ni les excĂšs qui se sont dĂ©roulĂ©s lors de la Grande RĂ©volution (comme par exemple la manifestation des femmes de Marseille qui portaient Ă  la ronde, au bout d’une pique, les viscĂšres du major De Beausset au cri de « qui veut des tripes ? ») n’ont Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s comme des actes de terrorisme. Ce terme n’indiquait que la violence rĂ©pressive de l’appareil Ă©tatique au moment oĂč il devait se dĂ©fendre – pour la premiĂšre fois dans l’histoire – d’un assaut rĂ©volutionnaire. En somme, l’aspect historique du terme montre comment le terrorisme est la violence du pouvoir qui se dĂ©fend de la RĂ©volution, non pas la RĂ©volution qui attaque le pouvoir.

Il faut dire Ă  ce propos que la persistance de cette ambiguĂŻtĂ© a Ă©tĂ© encouragĂ©e pendant longtemps par les rĂ©volutionnaires eux-mĂȘmes, qui ont acceptĂ© de bon grĂ© ce qualificatif, sans se rendre compte que ce faisant, ils aidaient la propagande de cet Etat qu’ils souhaitaient frapper. Et si le concept de terrorisme peut lĂ©gitimement trouver sa place dans un concept autoritaire de la rĂ©volution (comme LĂ©nine et Staline l’ont dĂ©montrĂ© en Russie), il est absolument privĂ© de sens, pour ne pas dire aberrant, dans une perspective de libĂ©ration anti-autoritaire. Ce n’est pas par hasard si ce sont justement les anarchistes qui ont en premier revu l’usage impropre de ce terme, peut-ĂȘtre poussĂ©s par les Ă©vĂ©nements. En 1921 eut lieu le tragique attentat contre le cinĂ©ma-théùtre Diana de Milan, qui a causĂ© la mort et des blessures Ă  de nombreux spectateurs, bien qu’ayant comme objectif le prĂ©fet de la ville, responsable de l’incarcĂ©ration de quelques anarchistes cĂ©lĂšbres. MalgrĂ© les intentions de ses auteurs, ce fut un acte de terrorisme. Comme on peut l’imaginer, cet acte a provoquĂ© d’ñpres discussions Ă  l’intĂ©rieur du mouvement anarchiste. Ainsi, face Ă  la condamnation du geste par de nombreux anarchistes, si la revue Anarchismo de Pise, sans aucun doute la publication plus diffusĂ©e de l’anarchisme autonome en Italie, continuait Ă  dĂ©fendre « cette vĂ©ritĂ© anarchiste cardinale, Ă  savoir l’impossibilitĂ© de sĂ©parer le terrorisme de l’insurrectionnalisme », elle commençait d’un autre cĂŽtĂ© Ă  esquisser les premiĂšres rĂ©flexions critiques sur le concept de terrorisme : « pourquoi nommer et taxer de “terreur catastrophique” – qui est le propre de l’Etat – l’acte de rĂ©volte individuel ? L’Etat est terroriste, le rĂ©volutionnaire qui s’insurge, jamais ! ». Un demi-siĂšcle plus tard, en un contexte de fortes tensions sociales, cette critique sera reprise et dĂ©veloppĂ©e par ceux qui n’entendaient pas accepter l’accusation de terrorisme lancĂ©e par l’Etat contre ses ennemis.

Les mots ont toujours Ă©tĂ© sujets Ă  une Ă©volution de leur sens. Il n’est pas surprenant que le sens du terme terrorisme se soit Ă©galement modifiĂ©. Il n’est toutefois pas acceptable qu’il contredise chacune de ses caractĂ©ristiques originaires, qui sont celles de l’aspect institutionnel et indiscriminĂ© de la violence. Cette violence peut ĂȘtre exercĂ©e contre les personnes ou contre les choses, peut ĂȘtre physique ou psychologique, mais pour qu’on puisse parler de terrorisme, il faut au moins qu’une de ces deux caractĂ©ristiques demeure. Par exemple, on a justement parlĂ© de terrorisme pour indiquer les actions menĂ©es par des escadrons de la mort de l’Etat espagnol contre des militants d’ETA. Ces actions Ă©taient dirigĂ©es contre un objectif prĂ©cis, mais il s’agissait de toute façon d’une forme de violence institutionnelle contre une menace considĂ©rĂ©e comme rĂ©volutionnaire. De mĂȘme, le terrorisme peut ne pas toujours ĂȘtre menĂ© par des institutions. Mais pour qu’on puisse le considĂ©rer ainsi, ses manifestations doivent alors frapper de maniĂšre indiscriminĂ©e. Une bombe dans une gare ou dans un supermarchĂ© en service, ou sur une plage surpeuplĂ©e peut Ă  juste titre ĂȘtre dĂ©finie comme terroriste. MĂȘme lorsque c’est le fruit du dĂ©lire d’un « fou » ou lorsque cela est revendiquĂ© par une organisation rĂ©volutionnaire, le rĂ©sultat d’une telle action est de semer la panique dans la population.

Lorsqu’en revanche la violence n’est ni institutionnelle ni indiscriminĂ©e, c’est un non-sens de parler de terrorisme. Un individu en proie Ă  une crise de folie et qui extermine sa famille n’est pas un terroriste. Pas plus qu’un rĂ©volutionnaire ou une organisation subversive qui choisit avec soin les objectifs de ses actions. Bien sĂ»r que c’est de la violence, de la violence rĂ©volutionnaire, mais pas du terrorisme. Elle ne vise ni Ă  dĂ©fendre l’Etat ni Ă  semer la terreur dans la population. Si, lors de telles attaques, les mĂ©dias parlent de « psychose collective » ou « de nations toutes entiĂšres qui tremblent », ce n’est qu’en rĂ©fĂ©rence au vieux mensonge qui veut identifier un pays entier avec ses reprĂ©sentants, pour mieux justifier la poursuite des intĂ©rĂȘts privĂ©s de quelques uns au nom et aux dĂ©pends des intĂ©rĂȘts sociaux de tous les autres. Si quelqu’un devait commencer Ă  tuer les politiciens, les industriels et les magistrats, cela ne sĂšmerait la terreur que parmi les politiciens, les industriels et les magistrats. Personne d’autre ne serait matĂ©riellement touchĂ©. Mais si quelqu’un posait une bombe dans un train, n’importe qui pourrait en ĂȘtre victime, sans exclusive : le politicien comme l’ennemi de la politique, l’industriel comme l’ouvrier, le magistrat comme le repris de justice. Dans le premier cas, nous sommes face Ă  un exemple de violence rĂ©volutionnaire, dans le second il s’agit en revanche de terrorisme. Et malgrĂ© toutes les objections, critiques et perplexitĂ© que puissent soulever la premiĂšre forme de violence, on ne peut certainement pas la comparer Ă  la seconde.

Mare Almani

Traduit de Diavolo in corpo, n°3 (Turin)

Mecanopolis, le 9 août 2010

fév 10 2010

Fin de partie pour les pays de l’Union europĂ©enne

Addendum ajouté le 11 février

Les manipulations gĂ©nĂ©rales en faveur de l’Ă©tablissement d’un nouvel ordre Ă©conomique sont devenues si denses qu’elles s’Ă©talent presque au grand jour. Pourtant, les vĂ©ritables influences restent cachĂ©es, et les intentions ultimes ne peuvent qu’ĂȘtre assez difficilement soupçonnĂ©es, presque jamais comprises.

La crise financiĂšre aura permis de recapitaliser les banques avec l’argent public. Aujourd’hui ce sont ces mĂȘmes institutions qui menacent de dĂ©truire les États qui les ont sauvĂ©es. Qui peut un instant croire encore que ces opĂ©rations de dĂ©stabilisation seraient dues Ă  la seule irrationalitĂ© des marchĂ©s, et qu’elles n’obĂ©issent pas, en premier lieu, Ă  un agenda cachĂ© ?

euro

Chronologie de la crise en cours

C’est l’agence de notation Flitch Ratings, contrĂŽlĂ©e par le holding français Fimalac, qui a Ă©tĂ© la premiĂšre Ă  dĂ©grader la GrĂšce, en dĂ©cembre dernier. Ce sont ensuite les dirigeants de la la Banque centrale europĂ©enne (BCE) qui ont mi le feu aux poudres, en annonçant « Si avant la fin de l’annĂ©e la GrĂšce n’a pas retrouvĂ© son niveau de notation qu’elle avait avant la crise, nous ne garantissons pas que la dette grecque puisse ĂȘtre refinancĂ©e par la BCE. Ce n’est d’ailleurs pas notre problĂšme, mais celui de la GrĂšce seulement ».

Ensuite, comme plusieurs sources le confirment, c’est une grande banque amĂ©ricaine d’investissements et deux hedge funds (fonds de gestion spĂ©culatifs) qui ont dĂ©cidĂ© de faire courir la panique sur les marchĂ©s. Ces « investisseurs » ont tout d’abord pariĂ© sur la baisse du prix des obligations Ă©mises par le trĂ©sor grec, portugais ou espagnol, puis, se sont prĂ©cipitĂ©s sur les produits dĂ©rivĂ©s qui permettent de s’assurer contre le risque de dĂ©faut de paiement d’un Etat ou d’une entreprise, appelĂ©s Credit Default Swap (lire notre article du 6 fĂ©vrier).

Avant la réunion du G7, en fin de semaine derniÚre, Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, a créé un nouvel effet panique en annonçant que « son institution était disponible pour voler au secours de la GrÚce ».

Mensonges

Mais en rĂ©alitĂ© la faillite de la GrĂšce est impossible. Cela pour une raison simple, c’est qu’elle ne peut, du fait de son appartenance Ă  la zone euro, se retrouver en manque de liquiditĂ©s (en comparaison, quand l’Argentine Ă  Ă©tĂ© en « faillite » en 2001 c’Ă©tait parce qu’elle n’avait plus de devises en dollars pour financer ses importations). De plus, les traitĂ©s europĂ©ens prĂ©voient que l’UE doit assister les États en cas de « menace sĂ©rieuse de graves difficultĂ©s ». Il est donc mensonger de prĂ©tendre que l’UE pourrait sacrifier la GrĂšce. La plupart des analystes admettent d’ailleurs qu’il s’agit d’une opĂ©ration planifiĂ©e . En fait, la dĂ©stabilisation de la GrĂšce n’a pour but que de donner l’illusion que l’UE est engagĂ©e dans un bras de fer avec les spĂ©culateurs, alors qu’il s’agit en rĂ©alitĂ© d’une « action concertĂ©e », comme l’indiquait le premier ministre grec la semaine derniĂšre.

Les statuts de la BCE ne permettant pas d’Ă©mettre une dette publique, mais seulement de racheter ces dettes Ă  travers les institutions bancaires privĂ©es, il ne sera donc pas possible pour l’UE de refinancer directement la GrĂšce et les autres pays en difficultĂ©s, dont l’Ă©tat de dĂ©labrement demandera Ă©galement un « plan de sauvetage » dans les semaines ou mois Ă  venir. Dans l’immĂ©diat, pour « couvrir » la GrĂšce, il va ĂȘtre nĂ©cessaire de crĂ©er un nouvel « organe » afin de mettre en commun une grande partie de la politique budgĂ©taire europĂ©enne. La GrĂšce sera donc contrainte de faire d’autres concessions que celles des derniers jours, de sorte Ă  ouvrir la voie des rĂ©formes sociales qui seront ensuite promulguĂ©es en Espagne, en Italie et au Portugal, pour commencer. L’idĂ©e centrale est d’utiliser cette crise des Etats afin contraindre au fĂ©dĂ©ralisme Ă©conomique la majoritĂ© des pays membres qui s’y refusaient jusqu’ici.

L’homme de l’ombre

Le prĂ©sident du Conseil europĂ©en, Herman Van Rompuy avait Ă©voquĂ©, en novembre dernier, la crĂ©ation d’un « gouvernement Ă©conomique » des 27 pays membres, de mĂȘme que l’Ă©tablissement d’un impĂŽt europĂ©en. Le prĂ©sident de la Commission europĂ©enne JosĂ© Manuel Barroso lui avait emboitĂ© le pas quelques jours plus tard, devant le parlement europĂ©en : « Je ne suis pas contre l’idĂ©e d’un impĂŽt europĂ©en pour permettre Ă  l’UE de bĂ©nĂ©ficier de ressources propres par rapport aux contributions des États. J’ai l’intention d’examiner toutes les questions de fiscalitĂ© dans l’Union europĂ©enne, nous devons passer en revue toutes les ressources (financiĂšres) de l’UE (…) Le programme sur lequel j’ai Ă©tĂ© Ă©lu dit qu’il faut examiner de possibles ressources propres ».

Le 11 novembre 2009, Mario Borghezio, membre italien du parlement europĂ©en, avait Ă©voquĂ© la possibilitĂ© que les candidats aux postes de prĂ©sident et ministre des Affaires Ă©trangĂšres de l’UE, comme Jan Peter Balkenende, David Miliband, Herman Van Rompuy parmi d’autres, pourraient ĂȘtre ceux des « groupes occultes » Bilderberg et TrilatĂ©rale et non simplement ceux des forces politiques des pays (voir cette vidĂ©o du Parlement). Le lendemain, Herman Van Rompuy se rendait au ChĂąteau de Val Duchesse pour une rĂ©union du Groupe Bilderberg oĂč il donna, dans un discours, sa vision quant Ă  la gouvernance de l’Europe et la nĂ©cessitĂ© de centraliser les flux financier des États membres (faits rapportĂ©s par cet article du Times).

La mise en place de ce « gouvernement » n’aura pas pour but de sauver la GrĂšce, l’Espagne ou le Portugal, mais d’unifier les budgets des pays membre de l’UE afin de pouvoir disposer de leurs ressources, c’est Ă  dire, pour ĂȘtre plus prĂ©cis, de mettre fin Ă  leur souverainetĂ© Ă©conomique. Les dispositions du TraitĂ© de Lisbonne, entrĂ© en vigueur le 1er dĂ©cembre dernier, donne toute la marge de manƓuvre nĂ©cessaire pour cela.

C’est dans une ambiance de crise qu’Herman Van Rompuy pourra donc se prĂ©senter en sauveur de la zone euro au sommet qui rĂ©unira les chefs d’État europĂ©ens ce jeudi 11 fĂ©vrier, Ă  Bruxelles. Pourtant, les solutions qu’il prĂ©conisera n’auront en rien Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©es dans l’urgence, parce que des pays europĂ©ens pourraient se retrouver en faillite. Il est en rĂ©alitĂ© prĂ©parĂ© depuis plus de vingt ans par le prĂ©sident europĂ©en, ses complices et l’oligarchie financiĂšre qui l’a mis en place (voir le document pdf en fin d’article).

Bien entendu, ce gouvernement ne sera pas effectif au matin du 12 fĂ©vrier. Pour faire plier les États et que les populations europĂ©ennes acceptent d’ĂȘtre entiĂšrement dominĂ©es par Bruxelles, ainsi que toutes les rĂ©formes nĂ©cessaires qui leurs seront imposĂ©es sous prĂ©texte de relancer la zone euro (lire notre article du 2 fĂ©vrier), il faut que la situation se dĂ©grade encore. Mais le piĂšge est d’ors et dĂ©jĂ  en train de se refermer.

La dĂ©mocratie europĂ©enne, qui Ă©tait nĂ©e en GrĂšce en 507 avant J.C., sera morte, en GrĂšce Ă©galement, dans les premiers mois de l’annĂ©e 2010.

Addendum, 11 février 2010

Joli numĂ©ro de passe-passe dans les coulisses de Bruxelles aujourd’hui. On pourrait presque penser que Sarkozy et Merkel veulent voler la vedette au prĂ©sident du Conseil von Rompuy. Ce serait oublier que cette crise des États trouve, d’une part, son origine dans le dĂ©classement de la GrĂšce par l’agence de notation Flitch, propriĂ©tĂ© du groupe français Fimalac et que, d’autre part c’est la Deutsche Bank, en concertation avec la banque amĂ©ricaine Goldman Sachs, qui est Ă  l’origine des spĂ©culations sur l’euro, comme l’indique cette dĂ©pĂȘche de l’AFP.(1) Il est donc difficile de ne pas admettre que ce sont toujours les mĂȘmes qui sont aux commandes – oĂč qu’il y a pour le moins collusion d’intĂ©rĂȘts – et que l’on voudrait nous faire voir des divergences lĂ  oĂč il n’y a que des complicitĂ©s.

Reste que Sarkozy et Merkel ne vont en aucune maniĂšre venir rĂ©ellement et directement en aide Ă  la GrĂšce. Ils se limiteront Ă  des dĂ©clarations d’intention, de sorte Ă  calmer un peu les marchĂ©s et Ă©vacuer tout soupçons, en indiquant qu’ils se porteront garant de la GrĂšce si elle en venait Ă  se trouver vĂ©ritablement en faillite – ce qui est impossible, pour les raisons que nous avons dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©es plus haut.

Ce n’est bien sur pas le genre d’Ă©lucubrations hystĂ©riques dont Sarkozy s’est fait le spĂ©cialiste qui doit retenir notre attention – il n’est que l’idiot utile d’un jeu qui n’est pas le sien – mais le plan que prĂ©sentera Hermann von Rompuy ce soir, puis les premiers actes de validation lors de la rencontre des ministres des finances des pays de la zone euro avec Jean-Claude Junker, patron de l’Eurogroupe et ministre des finances luxembourgeois (et ancien directeur de la Banque Mondiale), lundi prochain.

1. Ce qui n’a pas empĂȘchĂ© le patron de la Deutsche Bank, dont le cynisme laisse penser qu’il aime prendre les gens pour des imbĂ©ciles, d’indiquer : « La pression sur l’euro s’accroĂźt. L’UE doit maintenant tout entreprendre pour stabiliser la GrĂšce et l’euro ». (source)

Mecanopolis

Télécharger Unification économique européenne

logo forum

fév 06 2010

« Une attaque concertĂ©e par des groupes financiers est en cours contre l’euro » (vidĂ©os)

« Le pays se trouve au centre de spĂ©culations qui ont pour cible finale l’euro et l’utilisation de la GrĂšce en tant que maillon faible. Il est du devoir national de repousser ces tentatives qui veulent conduire le pays Ă  l’abĂźme.» C’est en ces termes que le premier ministre grec s’est attaquĂ© mercredi aux marchĂ©s financiers. Et, lors d’un discours prononcĂ© hier Ă  New Dehli, le chef d’État grec a encore surenchĂ©ri : « Une attaque concertĂ©e par des groupes financiers en cours contre l’euro, en passant par l’Espagne et le Portugal, comme cela a Ă©tĂ© le cas avec la GrĂšce ».

euro-dollars

Vendredi, les principaux marchĂ©s europĂ©ens (actions, obligation et devise) ont continuĂ© leur dĂ©gringolade. La Bourse de paris Ă  perdu 3.40%. Et celle d’AthĂšnes 3.715. L’euro, lui, est passĂ© sous la barre des 1.36 dollar pour la premiĂšre fois depuis huit mois. En ligne de mire : les 30′000 milliards de dette publique cumulĂ©s par les pays du G7 et la situation de la GrĂšce, de l’Espagne et du Portugal.

Qui attaque la GrĂšce et l’Espagne ?

Pourtant, la situation des finances publiques de la zone euro, y compris celle de la GrĂšce, ne justifie une telle panique des marchĂ©s financiers qui dĂ©sormais jouent clairement l’Ă©clatement de la zone euro. Selon l’Ă©dition de ce samedi du quotidien suisse Le Temps, citant des informations Ă©manant Ă  la fois d’autoritĂ©s de marchĂ© et d’Ă©tablissements financiers, une grande banque amĂ©ricaine et deux trĂšs importants hedge funds (dont l’un basĂ© Ă  Londres) seraient principalement derriĂšre les attaques contre la GrĂšce, le Portugal et l’Espagne. Leur objectif : rĂ©aliser un gigantesque hold-up en crĂ©ant une panique qui leur permet d’exiger de la GrĂšce des taux d’intĂ©rĂȘt de plus en plus Ă©levĂ© tout en spĂ©culant.

Pour les marchĂ©s, la dette est un « produit financier » comme un autre. Elle a un prix dĂ©fini par une offre et une demande. Comme pour le baril de pĂ©trole ou une action en Bourse. Ainsi, selon Le Temps, les deux hedge funds qui tiennent le marchĂ© grec, en concertation avec une banque amĂ©ricaine, se sont dĂ©cidĂ© Ă  faire courir la panique sur le marchĂ© des crĂ©dit default swap (CDS). Que recouvre cette appellation ? Un titre d’assurances que l’on contracte pour se prĂ©munir contre un potentiel dĂ©faut d’un État Ă  qui l’on a prĂȘtĂ© de l’argent. Un CDS a un prix et s’Ă©change sur un marchĂ© non rĂ©gulĂ© et totalement opaque.

Vendredi, le CDS grec Ă©tait Ă  428 points de base, un niveau sans prĂ©cĂ©dent, alors que celui du Liban plafonnait Ă  255, ou celui du Maroc Ă  113… En clair, pour le marchĂ©, le risque de faillite de la GrĂšce serait quatre fois supĂ©rieur Ă  celui du Maroc, ce qui est irrĂ©aliste.

Complicité des agences de notation

Trois agences de notation, Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch, distribuent des notes Ă  la terre entiĂšre. Leur rĂŽle est d’Ă©valuer la capacitĂ© des emprunteurs Ă  rembourser leurs dettes. Aucun produit financier ne leur Ă©chappe : aussi bien les obligation Ă©mises par NestlĂ© que les produits structurĂ©s montĂ©s par les banques, de mĂȘme que que les fonds levĂ©s par les États.

Leurs alertes sur les dettes publiques sont en train de faire tomber la GrĂšce et vaciller le Portugal et l’Espagne. Il est donc lĂ©gitime de s’interroger sur leur rĂŽle de dĂ©clencheur de panique ou d’amplificateur de la crise, sinon mĂȘme de complice. Cela d’autant plus que ce sont ces mĂȘmes agences qui ont construit la bombe des subprimes Ă  l’origine de la crise financiĂšre en 2008.

Mecanopolis

Lire notre article du 10 février :

Fin de partie pour les pays de l’Union europĂ©enne


jan 11 2010

Les expériences secrÚtes de la CIA (vidéo)

100109181

Dans les annĂ©es 50, les AmĂ©ricains veulent Ă  tout prix gagner la guerre froide contre la Russie et la montĂ©e du communisme. La CIA est impliquĂ©e dans la bataille par le biais de recherches particuliĂšrement poussĂ©es et inquiĂ©tantes sur le contrĂŽle biologique et chimique du comportement humain. Dans le plus grand secret, des centaines d’AmĂ©ricains sont soumis Ă  des armes biologiques mettant leur vie en pĂ©ril. Expositions prolongĂ©es au LSD chez des dĂ©tenus, Ă©lectrochocs administrĂ©s Ă  des patients psychiatriques, manipulations mentales, utilisations de sĂ©rums de vĂ©ritĂ©, autant d’expĂ©riences faites au nom de la sĂ©curitĂ© du pays. Les travaux de deux mĂ©decins sont relatĂ©s dans ce documentaire choc, le docteur Olson qui a finalement Ă©tĂ© assassinĂ©, et ceux du Dr Cameron, mĂ©decin montrĂ©alais.

Mecanopolis

Ce documentaire peut ĂȘtre tĂ©lĂ©charger au format dvix Ă  cette adresse.

Merci Ă  SaĂŻd de nous avoir fait parvenir le document

déc 22 2009

L’agression de Berlusconi, du bluff ? (vidĂ©o)

On peut constater que juste aprĂšs l’agression, on ne trouve aucune goutte de sang sur son visage… pas mĂȘme une griffe :

berlu_falso_01-3a7d7

Depuis son agression, Silvio Berlusconi a vu sa cĂŽte remonter dans les sondages. La question sur la vĂ©racitĂ© de son agression commence Ă  se poser. Une chaĂźne de tĂ©lĂ© (une des rares qui n’appartient pas Ă  l’homme politique) a dĂ©cryptĂ© les images de la scĂšne, indique la RTBF sur son site Internet.

On peut constater que juste aprĂšs l’agression, on ne trouve aucune goutte de sang sur son visage… pas mĂȘme une griffe. MĂȘme si les deux dents cassĂ©es, la fracture du nez et la blessure Ă  la lĂšvre supĂ©rieure sont bien rĂ©elles. Mais voilĂ , le mĂ©decin de Berlusconi avait indiquĂ© qu’il avait perdu un demi-litre de sang… mais aucune goutte sur son col de chemise? Avouez que le doute s’impose.

AprĂšs ĂȘtre montĂ© dans sa voiture, souvenez-vous, plusieurs minutes s’égrainent avant que le visage de l’homme politique n’apparaisse et sur une image, un homme se tient Ă  ses cĂŽtĂ©s avec un objet (bizarre?) dans sa main. Tout homme politique de cette envergure aurait vite Ă©tĂ© emmenĂ© loin des lieux du crime. Mais le chef du gouvernement italien n’a peur de rien et se permet mĂȘme de remontrer son visage Ă  la foule…

Coup montĂ© d’Il Cavaliere? Ce genre de scĂ©nario n’est pas original. Mitterrand en 1959 et Balladur en 1995 avaient Ă©galement Ă©laborĂ© une mise en scĂšne les rendant plus populaire…

Un dĂ©cryptage d’une chaĂźne de tĂ©lĂ© italienne :

envoyé par Mecanopolis


Source : Lalibre.be

déc 21 2009

Qu’en est-il de la libertĂ© de la presse en France ?

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La libertĂ© de la presse est l’un des principes fondamentaux des systĂšmes dĂ©mocratiques, qui reposent sur la libertĂ© d’opinion, la libertĂ© mentale et d’expression. En France, elle a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e pour la premiĂšre fois dans la DĂ©claration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il y est stipulĂ© que « La libre communication des pensĂ©es et des opinions est un des droits les plus prĂ©cieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, Ă©crire, imprimer librement, sauf Ă  rĂ©pondre Ă  l’abus de cette libertĂ© dans les cas dĂ©terminĂ©s par la Loi ». S’il est habituellement consensuel de dire que la libertĂ© de la presse est fortement bridĂ©e dans la plupart des pays du monde, nous pourrions lĂ©gitimement Ă©mettre de sĂ©rieuses interrogations quant au respect de cette derniĂšre dans nos pays dits dĂ©mocratiques que nous considĂ©rons habituellement comme un havre de civilisation qui se doit de dispenser ses inĂ©galables lumiĂšres au reste du globe. Pour disposer d’une vue d’ensemble sur la question, nous allons aborder trois points essentiels, qui sont les censures de la libertĂ© d’expression en France, le fonctionnement gĂ©nĂ©ral des mĂ©dias et leur financement, pour terminer par une vue globale de la nature de ces derniers.

Libertédelapresse

La notion mĂȘme de libertĂ© est passablement floue dans la langue française. Si le plus grand nombre de gens s’accorderait Ă  dire que la libertĂ© consiste Ă  faire ce que l’on veut quand on le veut sans ĂȘtre entravĂ© par quelque contrainte que ce soit, le bon sens dirait plutĂŽt qu’ĂȘtre libre, c’est savoir agir de la meilleure maniĂšre possible dans l’observance des rĂšgles auxquelles notre marge d’action est soumise. En somme, c’est dans l’accroissement de ses responsabilitĂ©s que l’on trouve plus de libertĂ©. Dans le cas de la presse, donc, il s’agit de repĂ©rer les responsabilitĂ©s et les rĂšgles que l’on impose aux journalistes pour pouvoir se faire une idĂ©e un tant soit peu pertinente de sa marge de manƓuvre.

Pour ce qui est de la presse Ă©crite, il est essentiel de savoir que la matiĂšre premiĂšre des quotidiens est fournie par la majeure agence de presse, l’Agence France-Presse (AFP). Elle a donc une influence considĂ©rable, car beaucoup de journaux se contentent souvent de rĂ©cupĂ©rer ses nouvelles pour toucher leur public. L’AFP Ă©tait un Ă©tablissement d’État jusqu’en 1957. Elle dispose aujourd’hui d’un nouveau statut censĂ© garantir son indĂ©pendance rĂ©dactionnelle, mais ses recettes proviennent pour moitiĂ© de ses clients, pour moitiĂ© de l’État. Les batailles homĂ©riques qui entourent la nomination trĂšs politique de son prĂ©sident ont tendance Ă  montrer que l’AFP n’est pas rĂ©ellement neutre.

D’autre part, le travail des journalistes de tous bords est soumis au contrĂŽle de leur rĂ©dacteur en chef, qui veille au respect de la ligne Ă©ditoriale d’une publication ou d’un journal audiovisuel. S’il juge qu’une partie de la production qui lui est prĂ©sentĂ©e est indĂ©cente, il peut la supprimer, ce qui est une forme de censure indirecte. Le contrĂŽle des rĂ©dactions passe par la rĂ©duction de leur nombre. On a assistĂ© Ă  une concentration sans prĂ©cĂ©dent de la presse quotidienne depuis la LibĂ©ration. Les journalistes, s’ils sont enregistrĂ©s par la Commission de la carte oĂč siĂšgent des reprĂ©sentants du Premier ministre, ou si l’administration le dĂ©cide discrĂ©tionnairement, font bĂ©nĂ©ficier leurs employeurs de cotisations sociales rĂ©duites et en bĂ©nĂ©ficient eux-mĂȘmes, ainsi que d’une dĂ©duction fiscale supplĂ©mentaire. Les journaux doivent, eux, ĂȘtre enregistrĂ©s par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP, instance dont le travail est peu mĂ©diatique mais qui a pourtant un rĂŽle capital) oĂč siĂšgent d’autres reprĂ©sentants du Premier ministre pour bĂ©nĂ©ficier du taux rĂ©duit de TVA Ă  2,1% au lieu de 19,6%. Ils bĂ©nĂ©ficient alors aussi de tarifs ultra-prĂ©fĂ©rentiels Ă  La Poste. À ce subventionnement indirect s’ajoute un subventionnement direct par les services du Premier ministre des quotidiens nationaux. Le refus ou le retrait d’un de ces agrĂ©ments vaut toutes les censures : il condamne gĂ©nĂ©ralement le journal concernĂ© Ă  la faillite immĂ©diate. Et s’il survit, il est rĂ©duit Ă  la marginalitĂ© sur un marchĂ© assistĂ© oĂč ne s’appliquent pas les rĂšgles de la libre concurrence.

Dans le cas de la publication de livres, il ne suffit pas de trouver un Ă©diteur : encore faut-il qu’il soit mis Ă  la disposition des libraires, ce qui est le travail des diffuseurs. Les sociĂ©tĂ©s assurant ce service peuvent trĂšs bien refuser d’afficher l’éventuel livre dans leur catalogue, condamnant ledit ouvrage Ă  ĂȘtre distribuĂ© quasiment sous le manteau par des rĂ©seaux improbables.

La libertĂ© de la presse ne peut s’apprĂ©cier qu’au regard de l’appareil judiciaire qui en garantit l’harmonieux fonctionnement. Au XIXe siĂšcle, Georges ClĂ©menceau se battit pour que les journaux ne soient pas jugĂ©s en correctionnelle par des magistrats nommĂ©s par l’État, mais par des jurys populaires. Cette procĂ©dure indispensable a Ă©tĂ© supprimĂ©e par le Gouvernement provisoire et jamais rĂ©tablie. LĂ  encore, si les chambres spĂ©cialisĂ©es sont tenues par de fins juristes, il suffit d’observer les batailles qui entourent la nomination de ces magistrats pour mesurer le caractĂšre politique de leur fonction.

Les journaux et Ă©missions tĂ©lĂ©visĂ©es, de leur cĂŽtĂ©, sont contrĂŽlĂ©s par le CSA, Conseil SupĂ©rieur de l’Audiovisuel, qui est un organisme de l’État français. Jouissant d’un statut d’autoritĂ© indĂ©pendante, il dĂ©livre des autorisations d’Ă©mettre aux radios privĂ©es et aux chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision privĂ©es, nationales, rĂ©gionales ou locales selon le bon vouloir de ses neuf conseillers nommĂ©s par l’État. En guise d’aperçu de ce que le CSA est capable de faire, il faut savoir qu’en avril 2002, le CSA a Ă©crit Ă  France TĂ©lĂ©visions aprĂšs le passage du journaliste Thierry Meyssan dans une Ă©mission de Thierry Ardisson et lui a ordonnĂ© de ne plus lui donner la parole Ă  propos des attentats du 11 septembre, dont il infĂ©rait la responsabilitĂ© au gouvernement des États-Unis. Une copie de cette lettre a Ă©tĂ© adressĂ©e Ă  tous les mĂ©dias audio-visuels sous convention. Depuis, Meyssan n’a plus Ă©tĂ© invitĂ© sur une chaĂźne française, y compris lorsque Arte a consacrĂ© une soirĂ©e complĂšte Ă  le mettre en cause.

Bien que les mĂ©dias privĂ©s soient importants aujourd’hui, il n’en a pas toujours Ă©tĂ© ainsi en France. Charles De Gaulle entrant dans Paris promulgue, le 26 aoĂ»t 1944, une ordonnance rĂ©digĂ©e Ă  Alger qui nationalise toute la presse Ă©crite et audiovisuelle. La France est le seul État non communiste Ă  avoir jamais procĂ©dĂ© de la sorte. L’idĂ©e de l’époque est que pour ĂȘtre objective, la presse doit ĂȘtre un service public. L’État devient le garant de la VĂ©ritĂ© Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre celui de l’esprit critique. Ce n’est qu’en 1954 que Pierre MendĂšs-France privatisera la presse Ă©crite. Il faudra attendre 1982 pour que François Mitterrand, devenu prĂ©sident de la RĂ©publique, privatise partiellement la radio, et 1986 pour que Jacques Chirac privatise partiellement la tĂ©lĂ©vision.

Au niveau du fonctionnement et du financement des agences de presse, nous allons à nouveau opérer une distinction entre presse écrite et audiovisuelle en prenant des exemples éloquents de médias privés.

Prenons l’exemple du Figaro pour la presse Ă©crite : Le Figaro est une filiale de la Socpresse dont le prĂ©sident est l’industriel et sĂ©nateur Serge Dassault. En 2009, selon le magazine Forbes, il est le 90e homme le plus riche du monde avec une fortune estimĂ©e Ă  plus de cinq milliards de dollars. Serge Dassault a expliquĂ©, en 2004, que les journaux doivent diffuser des « idĂ©es saines », car « nous sommes en train de crever Ă  cause des idĂ©es de gauche ». « J’espĂšre que vous allez cesser de former des journalistes de gauche ! » avait-il ainsi lancĂ© Ă  des responsables du Centre de formation des journalistes. Il refuse que son journal publie, en aoĂ»t 2004, un entretien avec Andrew Wang, dans le cadre de l’Affaire des frĂ©gates de TaĂŻwan (l’entretien est finalement publiĂ© dans le magazine Le Point du 9 septembre 2004). À la suite de ses propos sur la subordination du journal Ă  son propriĂ©taire, des troubles surgissent pendant quelques mois au sein de la rĂ©daction. En octobre 2008, le journal Le Monde rapporte des tĂ©moignages de journalistes du Figaro qui se plaignent de la pression exercĂ©e par Serge Dassault sur la rĂ©daction. En fĂ©vrier 2008, Pascale Pascariello, journaliste de France Inter, est prise Ă  partie par le service d’ordre, aprĂšs avoir posĂ© des questions lors d’une rĂ©union publique organisĂ©e par Serge Dassault. Le 19 juin 2008, Serge Dassault dĂ©clenche une nouvelle polĂ©mique en dĂ©clarant qu’il juge « anormal » d’aider les chĂŽmeurs, « des gens qui ne veulent pas travailler ». Sur iTĂ©lĂ©, en juillet 2008, il avait Ă©galement fait part de son admiration pour l’organisation chinoise du travail, a vantĂ© les mĂ©rites des ouvriers chinois « qui travaillent 45 heures par semaine et dorment dans leurs usines », s’est dĂ©solĂ© de l’existence des grĂšves et des syndicats et a dit soutenir une plus grande flexibilitĂ© pour les entreprises. Nous sommes en droit de nous demander quelle part de libertĂ© et d’objectivitĂ© existe dans un mĂ©dia qui est sous la coupe de quelqu’un comme Serge Dassault


MĂȘme un journal Ă  la rĂ©putation plus neutre comme Le Monde ne fait pas figure d’exception dans les critĂšres de rentabilitĂ©. Dans l’essai « La face cachĂ©e du Monde », Pierre PĂ©an affirmait, entre autres, que l’équipe dirigeante du journal avait pris le parti de s’orienter vers une logique commerciale, faisant fi des rĂšgles dĂ©ontologiques et usant des techniques de dĂ©sinformation. Les critiques pointaient Ă©galement du doigt certains partis-pris Ă©ditoriaux. D’autre part, un employĂ© du Monde avait Ă©tĂ© licenciĂ© peu de temps aprĂšs cette publication pour « cause rĂ©elle et sĂ©rieuse » portant « atteinte Ă  l’entreprise » dans laquelle il travaillait, pour avoir critiquĂ© l’absence de rĂ©action du Monde aux critiques de l’essai de Pierre PĂ©an.

Le 9 novembre 2005, selon Le Canard enchaĂźnĂ© du 16 novembre 2005, Nicolas Sarkozy convoque au ministĂšre de l’IntĂ©rieur le prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral des Éditions First, Vincent Barbare, pour le menacer de « foudres judiciaires et variĂ©es ». Cette maison d’Ă©dition s’apprĂȘtait Ă  publier le 24 novembre l’ouvrage signĂ© de ValĂ©rie Domain, journaliste Ă  Gala, et intitulĂ© CĂ©cilia Sarkozy, entre le cƓur et la raison. Dans une interview du Parisien publiĂ©e le 18 novembre 2005, CĂ©cila Sarkozy indique que c’est elle qui a alertĂ© son mari sur la sortie du livre. « Je ne souhaite pas que ma vie privĂ©e soit mĂ©diatisĂ©e », a-t-elle affirmĂ©. L’auteur affirme quant Ă  elle que CĂ©cilia Sarkozy Ă©tait parfaitement au courant de la teneur du livre. ValĂ©rie Domain souhaite que son ouvrage soit publiĂ© et est entrĂ©e en contact avec l’Ă©diteur Fayard. MalgrĂ© des pressions d’Arnaud LagardĂšre, directeur du groupe Hachette, sur Claude Durand, directeur de Fayard, la biographie de CĂ©cilia Sarkozy par ValĂ©rie Domain a Ă©tĂ© publiĂ©e le 8 fĂ©vrier 2006 et tirĂ©e Ă  100 000 exemplaires sous le titre Entre le cƓur et la raison sous forme de roman aux Ă©ditions Fayard. CĂ©cilia avait donnĂ© son accord pour cette biographie avant de se raviser aprĂšs de multiples entretiens avec l’auteur. Du fait des menaces de poursuites judiciaires par le couple Sarkozy, CĂ©cilia y apparaĂźt sous le nom de « CĂ©lia Michaut-Cordier, Ă©pouse d’un homme politique influent ». « Une femme quitte un homme pour un autre. Homme de pouvoir, cet autre la voit Ă  son tour lui Ă©chapper pour un troisiĂšme. DĂšs lors, il n’a de cesse de la reconquĂ©rir » rĂ©sume l’auteur.

Reprise d’un article de Yann Chollet, journaliste indĂ©pendant et auteur du livre « 7 jours sur 7 Ă  votre service »Â : « La censure existe sous couvert d’une relation allĂ©chante du genre « j’achĂšte une campagne de pub dans ton journal et tu me protĂšges sur cette affaire ». Et je comprends mieux pourquoi des journalistes de journaux dits de gauche (Canard EnchaĂźnĂ©, libĂ©ration…) prĂ©fĂšrent dĂ©molir la SNCF ou critiquer les mĂ©chantes multinationales US plutĂŽt que de s’attaquer Ă  nos gentilles multinationales françaises, toutes socialement responsables et Ă©thiques. Fin 2002, une journaliste dite  » d’investigation  » du magazine Capital, m’explique vouloir parler de mon livre et rĂ©vĂ©ler l’affaire des 60 procĂšs dont la chaĂźne Formule 1 est la mire. Au final, cette journaliste passera par la Tour Montparnasse, siĂšge du PDG ACCOR et Ă©crira un article exposant une image trĂšs positive du groupe. Mon livre n’est mĂȘme pas citĂ©, les arguments contradictoires invisibles. Je prĂ©viens la rĂ©daction du magazine que la mĂ©thode utilisĂ©e par leur journaliste ne respecte pas la dĂ©ontologie de la profession. Je menace de rĂ©vĂ©ler cette erreur et rapidement le rĂ©dacteur en chef m’offre un droit de rĂ©ponse. D’autres exemples identiques suivront concernant mon ouvrage, dans la presse française. Nicolas Beau du Canard EnchaĂźnĂ©, me dira de façon dĂ©daigneuse au tĂ©lĂ©phone :  » On ne se paye pas ACCOR comme ça « . Surprenant ! Le rĂ©dacteur en chef de  » Nouvel Ouest  » m’expliquera clairement, sans dĂ©tour, ĂȘtre en tractation  » partenariat publicitaire  » avec le groupe ACCOR et qu’il ne pourra pas parler de mon livre. Par Yann Chollet. Journaliste indĂ©pendant et auteur du livre  » 7 jours sur 7 Ă  votre service « . A travers un exemple simple et concret, exposons la subtilitĂ© de cette dĂ©rive. En 2002, j’Ă©cris un livre  » 7 jours sur 7 Ă  votre service  » aux Ă©ditions du Vent, qui dĂ©voile l’exploitation des humains dans l’hĂŽtellerie Ă©conomique. A travers mon tĂ©moignage, mes propres souffrances vĂ©cues, j’expose en 287 pages une rĂ©alitĂ© dĂ©nonçant l’esclavage des temps modernes. A plus de 80 heures par semaine pour un SMIC, le mot n’est peut-ĂȘtre pas assez fort. Comme contre-attaque,  » le groupe ACCOR, impliquĂ© dans l’ouvrage sous l’anagramme du groupe ROCCA  » comme l’expose Philippe Cohen dans un article publiĂ© dans Marianne, ne tente rien contre le livre directement, en connaissance de cause. Par contre, c’est Ă  travers une vĂ©ritable campagne de dĂ©sinformation que ce groupe impose le silence autour de mon ouvrage, qui par ailleurs se vend hors rĂ©seau traditionnel, Ă  plus de 1.800 exemplaires. Des dizaines de gĂ©rants me tĂ©moignent leur reconnaissance aprĂšs lecture. »

FondĂ© sous l’Ă©gide de Jean-Paul Sartre, le premier numĂ©ro paraĂźt le 18 avril 1973. PositionnĂ© Ă  l’extrĂȘme gauche Ă  ses dĂ©buts, LibĂ©ration Ă©volue vers la gauche sociale-dĂ©mocrate au dĂ©but des annĂ©es 1980, suite au dĂ©part de Jean-Paul Sartre. En 1978, le journal n’a dĂ©jĂ  plus rien de maoĂŻste : Serge July le dĂ©crit alors comme « libĂ©ral-libertaire ». Le journal reprend le titre d’un journal de la RĂ©sistance, LibĂ©ration qui Ă©tait dirigĂ© par Emmanuel d’Astier de la Vigerie. En proie Ă  de graves difficultĂ©s financiĂšres et Ă  une baisse de sa diffusion depuis le dĂ©but du XXIe siĂšcle, LibĂ©ration a aujourd’hui pour actionnaire de rĂ©fĂ©rence Édouard de Rothschild (38,87%), ancien membre de la commission exĂ©cutive du CNPF et grande fortune française. Son siĂšge social est au 11 rue BĂ©ranger Ă  Paris, dans le 3e arrondissement.

Au niveau de la presse tĂ©lĂ©visĂ©e, parlons de TF1, dont l’actionnaire principal est le groupe Bouygues, qui situe ses services dans les tĂ©lĂ©coms/mĂ©dias et la construction (routes, immobilier
). L’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, expliquait la mission de sa chaĂźne ainsi : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du tĂ©lĂ©spectateur soit disponible. Nos Ă©missions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-Ă -dire de le divertir, de le dĂ©tendre pour le prĂ©parer entre deux messages. Ce que nous vendons Ă  Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Au vu du programme nettement commercial de TF1, on ne peut douter que c’est effectivement cette stratĂ©gie-lĂ  que la premiĂšre chaĂźne de France met en application. Or, on peut se demander quelle est la crĂ©dibilitĂ© d’un journal tĂ©lĂ©visĂ© paraissant sur une chaĂźne qui affirme un tel Ă©tat d’esprit, d’autant plus qu’une personne qui a Ă©tĂ© divertie avant de regarder un journal parlĂ© sera sans doute plus susceptible d’en avaler tout le contenu sans faire appel Ă  la rĂ©flexion.

Toutes les autres chaĂźnes privĂ©es connues et une multitude d’autres de moindre importance sont, comme TF1, possĂ©dĂ©es par des entreprises puissantes qui ont diversifiĂ© leurs actions dans plusieurs secteurs rentables, comme Bouygues. Par exemple, les chaĂźnes de radio et de tĂ©lĂ©vision RTL font partie de RTL Group, le plus grand groupe de tĂ©lĂ©vision et radiodiffusion europĂ©en et premier producteur d’Ă©mission du monde, avec 45 chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision et 33 rĂ©seaux de radio dans onze pays europĂ©ens. Ce groupe est lui-mĂȘme dĂ©tenu par le gĂ©ant des mĂ©dias allemand Bertelsmann. Cette mĂȘme multinationale est spĂ©cialisĂ©e dans la presse Ă©crite, et possĂšde notamment Random House, la premiĂšre maison d’édition au monde. Barack Obama a notamment choisi Random House comme Ă©diteur pour ses mĂ©moires intitulĂ©es « Les rĂȘves de mon pĂšre ». Il est aussi bon de savoir que le n°2 mondial de l’édition, Hachette, est dĂ©tenu par le groupe LagardĂšre, dont les deux principales sociĂ©tĂ©s sont LagardĂšre MĂ©dia (Europe 1, Virgin Radio, Virgin 17, Hachette Filipacchi MĂ©dias, MCM, RFM, …) et EADS, qui occupe la deuxiĂšme place mondiale dans l’industrie spatiale, aĂ©ronautique et de dĂ©fense). Bertelsmann possĂšde aussi une cinquantaine de magazines dont Stern, Capital, Geo, Gala.

dormez-citoyens

À la lumiĂšre de toutes ces informations, nous pouvons nous faire une idĂ©e pertinente de la nature de la presse, et si je devais la rĂ©sumer en deux principes, je les nommerais rentabilitĂ© et justification du pouvoir en place. Pour ce qui est de la premiĂšre assertion, suivons une rĂ©flexion Ă©lĂ©mentaire qui nous fait effectivement savoir que personne ne se lance dans une activitĂ© qui ne lui rapporte rien ou qui le fait travailler Ă  perte, et que les grands vecteurs de la presse doivent assurĂ©ment bĂ©nĂ©ficier de bases financiĂšres solides pour bĂ©nĂ©ficier des moyens qu’ils possĂšdent. Et il se trouve qu’en effet, comme nous l’avons dit, les plus grands mĂ©dias, ceux qui touchent le plus grand nombre de personnes et qui jouissent de la plus grande estime, sont soit dĂ©tenus par des entreprises qui recherchent bel et bien le profit, soit par l’État, et lorsqu’il s’agit de chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision, cela implique le contrĂŽle du type d’informations qui apparaĂźt dans leurs journaux parlĂ©s et du recrutement de ses journalistes. En plus de cela, nous avons vu que de multiples processus de censure plus ou moins directs existent tant dans la presse Ă©crite que dans le domaine de l’audiovisuel. Il faut donc que l’information diffusĂ©e ait, d’une part, une teneur commerciale, ce qui implique qu’elle fasse part Ă  son public de messages destinĂ©s Ă  le toucher, comme de la vulgarisation de l’information fortement axĂ©e sur l’émotivitĂ©, des faits divers de toutes sortes, ainsi que des nouvelles sur les sports ou mĂȘme sur des cĂ©lĂ©britĂ©s. Cette stratĂ©gie commune Ă  tous les mĂ©dias importants sert leur deuxiĂšme but essentiel : la justification du pouvoir en place. On aurait effectivement tort de penser que le secteur privĂ© permet plus de libertĂ© d’expression que l’État : si l’État a intĂ©rĂȘt Ă  dissimuler les informations qui sont susceptibles de remettre en cause la politique qu’il mĂšne, il n’en va pas diffĂ©remment avec les entreprises qui possĂšdent des pans de l’information. Ce qu’elles font est tout Ă  fait similaire, Ă  la seule diffĂ©rence que le rĂ©sultat est pire encore. L’orientation clairement pro-capitaliste de leur ligne Ă©ditoriale a Ă©galement pour but de dĂ©fendre l’élite des ultra-libĂ©raux et de ne pas permettre de critiques significatives du systĂšme en place. La presse d’État et la presse privĂ©e partagent donc le mĂȘme intĂ©rĂȘt existentiel, qui est la prĂ©servation des politiques Ă©conomiques et sociĂ©tales sur lesquelles les secteurs public et privĂ© s’entendent parfaitement. Elles dĂ©tournent alors majoritairement l’attention de leurs lecteurs et de leur auditoire sur des faits et des problĂšmes futiles, vulgarisĂ©s ou dĂ©formĂ©s Ă  coups de propagande, ce dont ces derniers raffolent par ailleurs le plus.

De ce systĂšme discrĂštement verrouillĂ©, il rĂ©sulte une presse fade et rĂ©vĂ©rencieuse dont le public se dĂ©sintĂ©resse, prĂ©fĂ©rant souvent s’informer par d’autres moyens. On estime que 57% de la population lit les journaux. Ces mĂȘmes journaux en sont rĂ©duits Ă  combler leurs colonnes par des faits divers des plus courants aux plus sordides, choisis arbitrairement parmi tant d’autres, ou encore par des rubriques entiĂšres consacrĂ©es aux sports, pour compenser toute la rĂ©tention d’informations et le manque cruel d’analyse qui concernent les sujets politique et Ă©conomique qui devraient ĂȘtre l’une des prĂ©occupations majeures des citoyens dignes de ce nom. Malheureusement, l’écrasante majoritĂ© de la population n’a cure de ce qui se fait d’important : elle se moque Ă©perdument des idĂ©aux de justice et d’équitĂ©, et rĂ©agit trĂšs peu aux injustices qui la frappent de plein fouet, mĂȘme lorsqu’elle voit nettement les droits pour lesquels ses ancĂȘtres se sont battus si longtemps et si ardemment leur Ă©chapper. Les gens prĂ©fĂšrent se laisser aller au cortĂšge d’émotions et de niaiseries par lesquelles on les dirige aisĂ©ment dans le sens que l’on dĂ©sire, et qui est l’instrument principal sur lequel se sont toujours appuyĂ©es les propagandes de tous bords.

Ils ont besoin que l’on pense pour eux, de se rassurer de la logique manichĂ©enne internationale qui leur est si abondamment diffusĂ©e et qui leur dit qu’il y a, dans le monde, un axe du bien, dans lequel ils ont la chance inestimable de vivre, et de l’autre un axe du mal, peuplĂ© de mĂ©chants qui ne rĂȘvent que de dĂ©truire leur joli paradis. Ils ont besoin de voir un homme providentiel faire son apparition soudaine pour rĂ©soudre miraculeusement tous les problĂšmes, qu’ils acclament avec vĂ©hĂ©mence pour le mettre au pouvoir mais pour se dĂ©sintĂ©resser ensuite de ce que leur messie y fait, et ne se rendent alors pas compte que, comme tous ses prĂ©dĂ©cesseurs, il trompe les serments qu’il leur avait tenus. Cette bĂȘtise permet Ă  la censure de la presse de se radicaliser. Depuis l’accession de Nicolas Sarkozy Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique, la France est devenue le premier pays europĂ©en en termes de perquisitions dans les rĂ©dactions et de journalistes mis en examen ou placĂ©s en garde-Ă -vue. Mais Ă©videmment, la population accorde trop peu d’importance Ă  ses acquis et Ă  sa libertĂ© pour daigner les dĂ©fendre. Ce n’est pas que la libertĂ© d’expression ne soit pas absolue qui est choquant, car il serait normal de laisser, en toutes circonstances, des rĂšgles de base qui empĂȘcheraient la diffusion d’idĂ©es haineuses, diffamatoires ou extrĂ©mistes. Mais au vu de tout ce dont nous avons parlĂ©, il est clair que la libertĂ© de la presse se trouve aujourd’hui si limitĂ©e qu’elle est devenue un vecteur de propagande oĂč seules les idĂ©es utiles Ă  l’appui d’idĂ©ologies sĂ©lectionnĂ©es sont autorisĂ©es. Pourtant, la subtilitĂ© de notre systĂšme est de faire croire que le fait que des scandales liĂ©s Ă  la corruption de politiciens puissent faire la une des journaux, ou encore que chacun soit en mesure de critiquer la personne du prĂ©sident sont autant de preuves de libertĂ© d’expression. Cela rassurera alors les gens, et les esprits petits bourgeois diront alors : « Vous voyez que nous sommes libres, puisque nous pouvons nous exprimer ainsi. » On trouvera nos dirigeants bien bons de tolĂ©rer de telles excentricitĂ©s, qui sont en rĂ©alitĂ© aussi futiles que vaines. Nous ne manquerons pas non plus de voir moult personnages rĂ©putĂ©s proposer des solutions humanistes et miraculeuses aux problĂšmes qui surviennent en temps de crises (qui, rappelons-le, ne sont dues qu’aux alĂ©as incontrĂŽlables d’un systĂšme et non pas aux Ă©lites dirigeants qui n’ont soi-disant plus Ă©tĂ© maĂźtres de la situation). Mais cela n’en restera jamais qu’au stade de proposition hypothĂ©tique, car aucune information ou idĂ©e qui pourrait rĂ©ellement changer le systĂšme, et donc menacer les privilĂšges auxquels ceux qui en bĂ©nĂ©ficient s’agrippent, ne pourra filtrer ou ĂȘtre appliquĂ©e sans leur consentement. On ne peut donc plus parler de libertĂ©, et ceux qui sont encore sĂ©duits par l’argument d’autoritĂ© et la preuve sociale qui sont associĂ©es aux mĂ©dias puissants et Ă  leurs Ă©minents journalistes sont soit mal informĂ©s, soit trĂšs naĂŻfs.

Régis Mex, pour Mecanopolis

nov 29 2009

La privatisation de l’Etat

Un oxymore, une contradiction dans les termes ? Et pourtant c’est bien Ă  ce phĂ©nomĂšne politique que nous assistons aujourd’hui.

1650-1247228963-faillite---800!!x600!!

La dĂ©rive libĂ©rale du systĂšme marchand, caractĂ©risĂ©e par le dĂ©sengagement Ă©conomique et social de l’Etat, la liquidation des services publics et son accaparement par un clan, 
 aboutit Ă  une vĂ©ritable mutation de la nature de l’Etat en parfaite contradiction avec les principes rĂ©publicains.

ETAT ET CLASSES SOCIALES

Ce n’est pas nouveau d’affirmer que dans une sociĂ©tĂ© divisĂ©e en classes sociales, aux intĂ©rĂȘts antagonistes et contradictoires, l’Etat reprĂ©sente la force coercitive qui garanti les intĂ©rĂȘts de la classe des possĂ©dants

Ce n’est pas nouveau, mais il est urgent et indispensable de le rappeler aujourd’hui.

Ce n’est certes pas l’apanage du systĂšme marchand. En effet, tous les systĂšmes d’organisation sociale de l’Histoire ont fonctionnĂ© sur cette logique
 sauf peut-ĂȘtre les sociĂ©tĂ©s dites « primitives ».

L’Etat garanti les intĂ©rĂȘts des possĂ©dants en tenant compte des rapports de forces, des Ă©vĂšnements historiques, des Ă©volutions de la sociĂ©tĂ© qu’il domine. Il peut apparaĂźtre Ă  certains moments conciliant, voire donner l’apparence de la mĂ©diation, comme il peut apparaĂźtre parfaitement autoritaire, voire dictatorial – le 20e siĂšcle est une parfaite illustration de ces facultĂ©s d’adaptation de l’institution « Etat ».

LE MYTHE REPUBLICAIN

L’effondrement de l’Ancien RĂ©gime, en Europe au 18e et 19e siĂšcle a laissĂ© la place au systĂšme marchand, capitalisme, salariat, qui s’est fondĂ© sur une ambiguĂŻtĂ© dont nous payons encore aujourd’hui les consĂ©quences politiques.

Les discours philosophico-humanistes des penseurs des LumiÚres, et de certains des philosophes de la Révolution Française ont vite laissé la place au discours « réaliste » des affairistes et des marchands.

Les intĂ©rĂȘts des nouveaux possĂ©dants se sont bien vite heurtĂ©s aux valeurs que ceux-ci avaient prĂ©cipitamment mais imprudemment gravĂ©es dans la pierre des frontons des Ă©difices publics. L’écrasement des rĂ©voltes ouvriĂšres dĂšs le dĂ©but du 19e siĂšcle, la Commune de Paris, n’ont Ă©tĂ© que le prĂ©lude des grandes rĂ©pressions du 20e siĂšcle.

Le mythe de la RĂ©publique pour tous, pour le peuple, d’une RĂ©publique garante et dĂ©fenseuse des opprimĂ©s s’est trĂšs vite avĂ©rĂ© ĂȘtre une remarquable et efficace escroquerie.

Le systĂšme Ă©lectoral, c’est-Ă -dire le moyen de tenir compte des dĂ©sirs et de la volontĂ© du peuple, en nommant des reprĂ©sentant a Ă©tĂ© depuis longtemps parfaitement dĂ©tournĂ© ce qui a permis l’émergence d’une nouvelle « aristocratie » qui a pris possession du Pouvoir et l’a gardĂ©,
 quels que soient les modifications apportĂ©es aux modes de scrutins.

Il suffisait, pour entretenir l’illusion d’assĂ©ner rĂ©guliĂšrement et systĂ©matiquement le « bon peuple » de slogans bien conçus pour lui faire croire que « les promesses seront bien tenues », « les Ă©lus sont responsables devant leurs Ă©lecteurs » et,
 cerise sur le gĂąteau « le vote est non seulement un droit mais aussi un devoir ». Ainsi l’Etat, « bien commun » du Peuple (ce qu’il n’a jamais Ă©tĂ©), s’est donnĂ© le beau rĂŽle :

- donner l’illusion de la dĂ©mocratie,

- demeurer le garant d’un systĂšme fondamentalement inĂ©galitaire et exploiteur.

La force, mais aussi les faiblesses et les ambiguĂŻtĂ©s politiques du mouvement ouvrier vont, au 19e siĂšcle, et surtout au 20e, entretenir le mythe de l‘ « Etat dĂ©mocratique » avant un dĂ©but de renversement de la tendance au dĂ©but du 21e siĂšcle.

L’ETAT ET LE MOUVEMENT OUVRIER

TrĂšs tĂŽt, les ouvriers, les salariĂ©s ont eu Ă  pĂątir de la politique de l’Etat dans le systĂšme marchand,
 mais ils ont su aussi l’utiliser.

Les multiples et sanglantes rĂ©voltes ouvriĂšres montrent, s’il en Ă©tait besoin, que tous les discours « dĂ©mocratiques » s’arrĂȘtent oĂč commencent les intĂ©rĂȘts du systĂšme marchand. Pourtant, n’en dĂ©plaisent aux « rĂ©volutionnaires professionnels », jamais, dans aucun pays dĂ©veloppĂ©, la classe ouvriĂšre n’a voulu et n’a pris le pouvoir. Au contraire elle a luttĂ©, et efficacement, pour amĂ©liorer ses conditions de travail et de vie, rencontrant en cela un Etat, prĂȘt Ă  faire des concessions pour s’acheter la « paix sociale ».

Ainsi l’illusion d’un Etat dĂ©fendant l’ « intĂ©rĂȘt public » s’est peu Ă  peu fait jour, au point que les organisations politiques ouvriĂšres sont allĂ©es elles mĂȘmes gĂ©rer le capitalisme dans « l’intĂ©rĂȘt des travailleurs ». Le mythe du « systĂšme dĂ©mocratique », de l’ « Etat dĂ©fenseur de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral » Ă©tait nĂ©, y compris et surtout parmi ses plus dĂ©terminĂ©s dĂ©tracteurs, les salariĂ©s.

Les rapports de forces, les Ă©vĂšnements historiques (les guerres), les cultures nationales ont permis aux salariĂ©s d’acquĂ©rir des avantages consĂ©quents qui existent encore – pas pour longtemps – aujourd’hui, les acquis sociaux. Cette situation a renforcĂ© la vision « dĂ©mocratique » de l’Etat, la soumission des salariĂ©s Ă  un systĂšme qui savait leur accorder des miettes substantielles, bref, la croyance aujourd’hui encore profondĂ©ment ancrĂ©e en un Etat neutre, mĂ©diateur et dĂ©fenseur de l’intĂ©rĂȘt public.

Cette croyance a produit et continue de produire, le rĂ©formisme des organisations « rĂ©volutionnaires » et « contestataires » – qui ne jurent que par les Ă©lections, mĂȘme si elles ont un discours opportunĂ©ment radical, de mĂȘme que des syndicats partenaires de l’Etat dans la gestion du capitalisme.

VERS LA PRIVATISATION DE L’ETAT

Tout ce bel agencement Ă©conomico-politique a Ă©tĂ© bouleversĂ© par la mondialisation marchande. Les petites affaires, les nĂ©gociations, les compromis, entre classes antagonistes dans le cadre d’un « Etat-nation »,
 c’est terminĂ©. Le Capital, dĂ©sormais intĂ©gralement mondialisĂ©, aussi bien dans sa valorisation, que dans sa gestion, n’est plus Ă  mĂȘme d’accorder des miettes aux classes salariĂ©es des « anciens pays industriels », il peut mĂȘme s’en passer ayant de multiples ressources, et moins chĂšres, ailleurs.

L’Etat, sans changer de nature – toujours garant des intĂ©rĂȘts du systĂšme -, a Ă©videmment changĂ© de tactique et de politique.

La notion de « bien public », d’ « intĂ©rĂȘt public », bref de « service public », perd de son sens. On garde ces termes pour les discours Ă©lectoraux afin de tromper l’électeur naĂŻf. Dans les faits on livre toutes ces activitĂ©s juteuses aux appĂ©tits du Capital. OpĂ©ration d’autant plus facile que le « bon peuple », consciencieusement endormi par les mĂ©dias et la classe politique ne sait absolument pas comment rĂ©agir sinon par des manifestations, pĂ©titions et autres « votations » ridicules et inefficaces.

L’Etat se rĂ©duit de plus en plus Ă  ses fonctions rĂ©galiennes qui n’ont qu’un seul et unique but : maintenir contre « vents et marĂ©es » le systĂšme en place. La classe politique devient une « aristocratie » au renouvellement limitĂ©, via les partis qu’elle contrĂŽle, Ă  partir d’élections complĂštement sous contrĂŽle. Quand le « bon peuple » « vote mal », on recommence ou on contourne le scrutin (voit le rĂ©fĂ©rendum sur l’Europe). Cette « aristocratie », divisĂ©e en clans se partage le Pouvoir oĂč rĂšgne la voyoucratie (des noms ?), l’incompĂ©tence (des noms ?), le nĂ©potisme (des noms ?), l’impunitĂ© (des noms ?),
 Le tout protĂ©gĂ© par une milice armĂ©e de plus en plus efficace, bĂ©nĂ©ficiant d’une quasi impunitĂ©, abusivement baptisĂ©e « police rĂ©publicaine »( ?).

L’Etat n’a plus ainsi Ă  « dĂ©fendre l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral » dĂ©sormais soumis aux lois du marchĂ©, mais Ă  dĂ©fendre les privilĂšges de la classe politique qui sait intĂ©grer et corrompre tout ce qui peut apparaĂźtre comme une opposition dangereuse
 Ainsi, les uns aprĂšs les autres, les « contestataires » accĂšdent Ă  des postes grassement rĂ©munĂ©rĂ©s donnant accĂšs Ă  privilĂšges exorbitants.

L’Etat n’est plus qu’une affaire de clans et un instrument coercitif destinĂ© Ă  faire respecter l’ordre marchand.

Toutes les « grandes dĂ©mocraties » glissent sur cette pente qui ne peut conduire qu’au dĂ©clin et Ă  la dĂ©cadence. Les cas les plus significatifs, parmi celles –ci, et caricaturaux sont aujourd’hui la France et l’Italie.

Le citoyen, si tant est que ce terme ait encore un sens, n’a plus rien Ă  attendre des institutions Ă©tatiques qui ne sont lĂ  que pour l’asservir Ă  des contraintes qui correspondent non pas Ă  ses intĂ©rĂȘts mais Ă  ceux de la classe politique dĂ©fenseuse des intĂ©rĂȘt du Capital – le sens et la teneur des mesures prises lors de la crise que nous traversons en est la plus parfaite illustration.

En l’absence d’une alternative crĂ©dible, ce qui est actuellement le cas, la situation ne peut qu’empirer ouvrant la voie Ă  toutes les aventures


Octobre 2009 Patrick MIGNARD

nov 24 2009

Récapitulatif des implications du Traité de Lisbonne

Étant donnĂ© que l’on a beaucoup parlĂ© du traitĂ© de Lisbonne au cours de ces deux derniĂšres annĂ©es, mais que l’on a nettement moins souvent exposĂ© son contenu, je vous propose cette synthĂšse non-exhaustive de ses implications, en espĂ©rant que cela aide certains Ă  avoir un point de vue plus clair sur ce traitĂ©.

xin_8a10a3df802244e5a04d0c146eed1b91

Rappel de la nature du traité de Lisbonne et bref historique de sa ratification:

D’aprĂšs ValĂ©ry Giscard d’Estaing, il ne s’agit que d’une « pĂąle copie » du TraitĂ© Ă©tablissant une Constitution pour l’Europe [aussi nommĂ© TraitĂ© de Rome, rejetĂ© en 2004], dans laquelle seule la forme a Ă©tĂ© changĂ©e, mais pas le contenu :

« La conclusion vient d’elle-mĂȘme Ă  l’esprit. Dans le traitĂ© de Lisbonne, rĂ©digĂ© exclusivement Ă  partir du projet de traitĂ© constitutionnel, les outils sont exactement les mĂȘmes. Seul l’ordre a Ă©tĂ© changĂ© dans la boĂźte Ă  outils. La boĂźte, elle-mĂȘme, a Ă©tĂ© redĂ©corĂ©e, en utilisant un modĂšle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche. »

Il affirme toutefois : « Au lieu d’ĂȘtre de tonalitĂ© constitutionnelle, il modifie les anciens traitĂ©s, ce qui constitue une diffĂ©rence fondamentale. »

Selon Bertie Ahern, Premier ministre de la RĂ©publique d’Irlande, « 90 % [de la Constitution] est toujours là
 ces changements n’ont apportĂ© aucune modification spectaculaire Ă  l’accord de 2004. », signifiant que 90 % des dĂ©cisions du TraitĂ© de Rome seront toujours prĂ©sentes, notamment le transfert de certaines compĂ©tences Ă  l’Union europĂ©enne (dont une partie de la politique Ă©trangĂšre).

L’extension de la rĂšgle de la majoritĂ© qualifiĂ©e puis de la double majoritĂ© (calculĂ©es selon le poids dĂ©mographique des États) demandant un nombre important d’États pour modifier un article ayant trait Ă  l’Union europĂ©enne, n’empĂȘchera pas l’Union d’Ă©voluer, mais bloquera toute tentative de modification d’actes dĂ©jĂ  adoptĂ©s (notamment de nombreux projets d’ordre Ă©conomiques, politiques ou sĂ©curitaires).

GenÚse du traité:

En raison du rejet par rĂ©fĂ©rendum, en 2005, du traitĂ© de Rome de 2004 par la majoritĂ© des Ă©lecteurs français et nĂ©erlandais, une pĂ©riode dite de rĂ©flexion s’était ouverte. En janvier 2007, alors qu’elle prenait la prĂ©sidence de l’Union europĂ©enne, l’Allemagne a dĂ©clarĂ© cette pĂ©riode close.

En mars 2007, lors des célébrations du 50e anniversaire des traités de Rome de 1957, une déclaration de Berlin a été signée afin de donner un nouvel élan à la construction européenne, avant les élections du Parlement européen, en juin 2009.

À la suite du rejet rĂ©fĂ©rendaire, un groupe Amato (ComitĂ© d’action pour la dĂ©mocratie europĂ©enne, prĂ©sidĂ© par Giuliano Amato, officiellement en anglais Action Committee for European Democracy, ACED), composĂ© de « sages » et soutenu par la Commission Barroso, a travaillĂ© de façon non-officielle, en réécrivant le traitĂ©. Le 4 juin 2007, le groupe arrĂȘta un texte en français, constituĂ© aux trois quarts de l’ancien TraitĂ© constitutionnel auquel quelques modifications ont Ă©tĂ© rajoutĂ©es. Il a Ă©tĂ© certes allĂ©gĂ© en Ă©paisseur, non en contenu.

Le Parlement européen a approuvé le 20 février 2008 le traité à une trÚs forte majorité :

525 votes favorables (82 %), 115 défavorables, 29 abstentions

Processus de ratification:

Les quatre premiers États Ă  avoir ratifiĂ© le traitĂ© font partie des pays adhĂ©rents rĂ©cents Ă  l’Union europĂ©enne : la Hongrie, Malte et la SlovĂ©nie parmi les Etats entrĂ©s en 2004 dans l’Union europĂ©enne ; la Roumanie entrĂ©e en 2007.

En France : aprĂšs le rejet par 55 % des français du rĂ©fĂ©rendum sur la Constitution en 2004, la France n’a pas proposĂ© de nouveau rĂ©fĂ©rendum Ă  ses citoyens au motif que ce nouveau traitĂ© n’est pas une Constitution europĂ©enne. Une rĂ©vision de la Constitution française, effectuĂ©e par la voie du CongrĂšs le 4 fĂ©vrier 2008, a permis la ratification du traitĂ© lui-mĂȘme par la voie parlementaire le 8 fĂ©vrier.

L’Irlande:

Un premier référendum qui a lieu en Irlande le 12 juin 2008 aboutit au rejet du traité de Lisbonne par 53,4 % des voix.

Au 6 mai 2009, un seul État n’avait pas encore ratifiĂ© le traitĂ©. Il s’agissait de l’Irlande, pourtant membre de la zone euro. C’est le seul pays Ă  s’ĂȘtre prononcĂ© par la voie rĂ©fĂ©rendaire, du fait de sa constitution qui l’oblige Ă  consulter la population. Des dĂ©marches ont toutefois Ă©tĂ© entreprises pour l’amener Ă  revoter sur ce traitĂ©.

Le prĂ©sident du Parlement europĂ©en, Jerzy Buzek, s’est rendu en Irlande le 8 septembre. « Ce rĂ©fĂ©rendum n’est pas un test de popularitĂ© de votre gouvernement, il concerne notre avenir commun dans l’Union europĂ©enne »

Le 19 septembre, JosĂ© Manuel Barroso a fait « un geste » en direction de l’Irlande en proposant le vote d’une aide de 14,8 millions € pour la reconversion des 2 400 salariĂ©s de l’usine Dell de Limerick rĂ©cemment licenciĂ©s. « L’Union europĂ©enne est fondĂ©e sur la solidaritĂ©. Notre rĂ©ponse naturelle est de venir en aide Ă  ceux qui connaissent des difficultĂ©s » a-t-il dĂ©clarĂ©.

Un nouveau rĂ©fĂ©rendum a Ă©tĂ© organisĂ© le 2 octobre 2009. L’Irlande, qui connait depuis un an une grave crise Ă©conomique, notamment du fait de l’ampleur de sa crise immobiliĂšre, a Ă©tĂ© aidĂ©e par l’UE. Les Irlandais ont votĂ© en grande majoritĂ© pour le oui, avec 67,13% des voix au rĂ©fĂ©rendum.

« Il est Ă©vident qu’un 2Ăšme vote « non » au traitĂ© de Lisbonne aurait des consĂ©quences sĂ©rieuses et dommageables pour l’Irlande, surtout maintenant que nos partenaires nous ont accordĂ© ce que nous demandions » a dĂ©clarĂ© le Premier ministre Brian Cowen.

La République TchÚque:

Le gouvernement tchĂšque a dĂ©jĂ  signĂ© le traitĂ© de Lisbonne et les deux chambres du Parlement l’ont ratifiĂ©. Mais cette ratification devait ĂȘtre promulguĂ©e par le PrĂ©sident Vaclav Klaus, rĂ©putĂ© eurosceptique. Des recours contre le texte approuvĂ© par le Parlement Ă©taient possibles de la part de certains sĂ©nateurs ODS, sĂ©nateurs qui ont in fine attaquĂ© le texte devant la Cour constitutionnelle tchĂšque en septembre 2009. Le 9 octobre, Klaus demande Ă  la prĂ©sidence suĂ©doise de tenir compte du fait que les dĂ©crets BeneĆĄ pourraient ĂȘtre remis en cause sur la base du traitĂ© de Lisbonne et notamment de la Charte des droits fondamentaux qu’il contient. Le 14 octobre 2009, M. Klaus dĂ©clare Ă  Moscou qu’il n’est pas prĂȘt Ă  revenir sur les objections qu’il a formulĂ©es Ă  l’encontre du traitĂ© de Lisbonne : « J’ai expliquĂ© que je crains et que je ne suis pas seul Ă  craindre un approfondissement de l’intĂ©gration de l’Union europĂ©enne. Pour moi c’est une chose d’importance vitale. À mon avis, les conditions que j’ai formulĂ©es pour signer l’accord sont sĂ©rieuses et l’idĂ©e que je peux oublier mes objections est mal fondĂ©e » tandis que JosĂ© Manuel Barroso l’exhorte Ă  ne pas prendre le reste de l’Europe en otage et Ă  respecter « les valeurs et principes » de l’Union europĂ©enne.

14.10.2009 Journal « HospodĂĄrskĂ© Noviny »: Courrier International:

La RĂ©publique tchĂšque est le dernier pays Ă  n’avoir pas ratifiĂ© le traitĂ© de Lisbonne. Le prĂ©sident Vaclav Klaus, un eurosceptique, rechigne Ă  signer le texte, dĂ©jĂ  votĂ© par le Parlement. Au sein du pays, on cherche la parade. Alena Gajduskova, la vice-prĂ©sidente du SĂ©nat, suggĂšre de destituer Klaus pour trahison.

14.10.2009 @Novinky.cz: La sĂ©natrice GajdĆŻĆĄkovĂĄ veut se dĂ©barrasser des pouvoirs de Klaus.La Vice-PrĂ©sidente du SĂ©nat Alena GajdĂčskovĂą est prĂȘte Ă  proposer que le PrĂ©sident VĂĄclav Klaus soit privĂ© de pouvoirs. Le document de ratification pourrait alors ĂȘtre signĂ© par le Premier ministre Jan Fischer, qui prendrait les pouvoirs du prĂ©sident.

« Si la Cour constitutionnelle dĂ©cide que le traitĂ© de Lisbonne est conforme Ă  la Charte des Droits et LibertĂ©s et si le PrĂ©sident continue de soutenir que la ratification ne peut ĂȘtre signĂ©, Vaclav Klaus ne peut donc plus exercer son mandat conformĂ©ment Ă  l’article 66 de la Constitution qui dit que si le prĂ©sident ne peut exercer son autoritĂ©, sa compĂ©tence en matiĂšre de traitĂ©s internationaux passe au Premier ministre » a-t-elle dĂ©clarĂ©.

Au dĂ©but de dĂ©cembre 2008, le prĂ©sident tchĂšque a pu se rendre compte de la maniĂšre dont l’UE traitait ceux qui ne veulent pas se soumettre aux diktats de Berlin, Paris, Londres et Bruxelles. Un groupe de dĂ©putĂ©s du Parlement europĂ©en est allĂ© le voir et l’a forcĂ© Ă  publier, aprĂšs la rencontre, le procĂšs-verbal de leurs entretiens.2 On peut y lire notamment les propos du parlementaire Daniel Cohn-Bendit: «Votre avis sur le TraitĂ© de Lisbonne ne m’intĂ©resse pas. Vous allez devoir le ratifier. En outre, je veux que vous m’expliquiez le degrĂ© de votre amitiĂ© avec Monsieur Ganley [le chef du parti irlandais Libertas dont la campagne a considĂ©rablement contribuĂ© au succĂšs du non lors du rĂ©fĂ©rendum de mai 2008]. Comment pouvez-vous rencontrer un homme dont on ne sait pas qui le finance ? Etant donnĂ© votre fonction, vous ne deviez pas le rencontrer.»

Le prĂ©sident tchĂšque a rĂ©agi d’une maniĂšre trĂšs comprĂ©hensible: «Depuis 6 ans [depuis qu’il est prĂ©sident], personne ne m’a jamais parlĂ© sur ce ton. Nous ne sommes pas sur les barricades de Paris. Je croyais que ces mĂ©thodes avaient cessĂ© pour nous il y a 19 ans. Je vois que je me suis trompĂ©. [
] Je ne me doutais pas qu’une telle chose Ă©tait possible. Je n’avais pas vĂ©cu cela depuis 19 ans. Je croyais que cela appartenait au passĂ©, que nous vivions en dĂ©mocratie, mais l’UE fonctionne vraiment comme une post-dĂ©mocratie. Vous avez parlĂ© de valeurs europĂ©ennes. Ce sont avant tout la libertĂ© et la dĂ©mocratie et c’est surtout Ă  ces valeurs que sont attachĂ©s les citoyens de l’UE, mais aujourd’hui elles disparaissent de plus en plus.»

Le 17 octobre, il dĂ©clare toutefois lors d’un entretien au LidovĂ© noviny qu’il pourrait sans doute signer le traitĂ© dans le mois qui vient mĂȘme s’il demeure opposĂ© Ă  ce texte : « Au train oĂč vont les choses, c’est-Ă -dire trĂšs vite, il n’est plus possible d’arrĂȘter le traitĂ© ni de faire marche arriĂšre, quand bien mĂȘme certains d’entre nous le voudrions » et « Je n’ai jamais dit qu’il Ă©tait nĂ©cessaire que ma note de bas de page soit ratifiĂ©e par l’ensemble des États membres, ce qui impliquerait que l’on recommence tout le processus de ratification de Lisbonne ».

Le 3 novembre, la Cour constitutionnelle tchĂšque donne son feu vert pour poursuivre la derniĂšre Ă©tape de ratification malgrĂ© une plainte d’un groupe de sĂ©nateurs, proches du prĂ©sident, qui entendaient faire vĂ©rifier qu’il Ă©tait bien conforme Ă  la loi fondamentale tchĂšque. Quelques heures plus tard, Vaclav Klaus signe finalement le traitĂ©.


Allocution de Vaclav Klaus au Parlement européen
 
  
 
La Pologne:

De son cĂŽtĂ©, en Pologne, le PrĂ©sident Lech KaczyƄski, conservateur, avait dĂ©clarĂ© le 1er juillet 2008 que le rejet du texte par les Ă©lecteurs irlandais lors d’un rĂ©fĂ©rendum le 12 juin rendait « inutile » sa ratification, pourtant acceptĂ©e Ă  une large majoritĂ© (380+77 oui, 54+17 non) par le parlement en avril. Le prĂ©sident polonais Lech KaczyƄski avait finalement signĂ© le traitĂ© le 10 octobre 2009, comme il avait promis de le faire en cas de « oui » irlandais. Le traitĂ© de Lisbonne avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© ratifiĂ© par le Sejm et le SĂ©nat polonais.

1) ÉlĂ©ments essentiels du traitĂ© de Lisbonne:

       Que contient le traité de Lisbonne ?

  • Il permet d’accueillir de nouveaux États membres afin d’approfondir le projet de rĂ©conciliation europĂ©enne engagĂ© au dĂ©but des annĂ©es 50 ;
  • Concernant les dispositions institutionnelles (partie 1 de la « Constitution »), le traitĂ© de Lisbonne retient les dispositions suivantes :

− octroi de la personnalitĂ© juridique Ă  l’Union ;

− fusion des trois piliers ;

− nouvelle rĂšgle de la double majoritĂ©

− affirmation du principe de codĂ©cision entre le Parlement europĂ©en et le Conseil des ministres comme procĂ©dure lĂ©gislative ordinaire ;

− prĂ©sidence stable du Conseil europĂ©en (pendant 2 ans et demi) renouvelable une fois ;

− crĂ©ation du poste de « haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ© » ;

− droit d’initiative citoyenne ;

− renforcement de la dĂ©mocratie participative, etc.

- obtiention d’une personnalitĂ© juridique, qui donne la capacitĂ© de contracter, notamment d’ĂȘtre partie d’une convention internationale ou d’ĂȘtre membre d’une organisation internationale.

Piliers de l’Union europĂ©enne

Le TraitĂ© de Maastricht a organisĂ© l’Union europĂ©enne autour de trois piliers :

  • Premier pilier : le pilier communautaire qui correspond aux trois communautĂ©s :

− la CommunautĂ© europĂ©enne (CE).

− la CommunautĂ© europĂ©enne de l’Ă©nergie atomique (EURATOM).

− et l’ancienne CommunautĂ© europĂ©enne du charbon et de l’acier (CECA), qui avait Ă©tĂ© créée pour 50 ans et qui n’existe plus depuis le 22 juillet 2002.

  • DeuxiĂšme pilier : le pilier consacrĂ© Ă  la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune.
  •  TroisiĂšme pilier : le pilier consacrĂ© Ă  la coopĂ©ration policiĂšre et judiciaire en matiĂšre pĂ©nale.

Le systÚme de double majorité

Les dispositions relatives Ă  l’extension de la nouvelle rĂšgle de la double majoritĂ© Ă  un nombre croissant de domaines (par exemple les visas et le contrĂŽle de la circulation des Ă©trangers, le systĂšme commun d’asile, la politique commune de l’immigration et encore la coopĂ©ration judiciaire en matiĂšre pĂ©nale, etc.) sont reprises de la partie 3 de la Constitution. Jusqu’Ă  maintenant, la majoritĂ© qualifiĂ©e est dĂ©finie selon un systĂšme complexe de pondĂ©ration des voix selon lequel les États membres bĂ©nĂ©ficient d’un certain nombre de voix, pour une large part en fonction de leur poids dĂ©mographique. Le traitĂ© de Lisbonne y substituera un systĂšme fondĂ© sur une double majoritĂ© d’États et de population, selon lequel une « loi » sera adoptĂ©e au sein du Conseil si elle obtient au moins l’accord de 55% des États de l’Union (soit 15 États membres dans une Union composĂ©e de 27 États membres) reprĂ©sentant au moins 65% de la population de l’Union.

Le traitĂ© de Lisbonne prĂ©voit l’extension du vote Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e Ă  33 nouveaux articles. Avec les 63 articles qui relĂšvent dĂ©jĂ  de la majoritĂ© qualifiĂ©e, 96 articles sont dĂ©sormais concernĂ©s par le vote Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e.

Pour ce qui concerne les dispositions concernant la procĂ©dure de rĂ©vision, la rĂšgle de l’unanimitĂ© est maintenue.

NĂ©anmoins, le traitĂ© de Lisbonne prĂ©voit des possibilitĂ©s d’adaptation des traitĂ©s, permettant d’éviter des procĂ©dures de rĂ©vision lourdes :

  • les « clauses passerelles » (qui permettent au Conseil europĂ©en de dĂ©cider – Ă  l’unanimitĂ© et sauf en matiĂšre de dĂ©fense – le passage au vote dans tel ou tel domaine Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e).
  • les « clauses de flexibilitĂ© » pour Ă©tendre les compĂ©tences de l’Union.

2) Le traitĂ© de Lisbonne n’est plus la « Constitution europĂ©enne »

La « Constitution europĂ©enne » proposait d’abroger l’ensemble des traitĂ©s actuels et de les remplacer par un texte unique dont la vocation constitutionnelle Ă©tait affirmĂ©e. Le traitĂ© de Lisbonne se borne Ă  modifier les traitĂ©s existants, d’oĂč le nom de « traitĂ© modificatif » ou « rĂ©formateur ».

Une commission réduite

La Commission européenne conserve un rÎle central.

AprĂšs l’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne :

  • La premiĂšre Commission investie (2009-2014) comprendra, comme c’est le cas aujourd’hui, un commissaire issu de chaque État membre.
  • À partir de 2014, le nombre de commissaires correspondra aux deux tiers des États

membres (soit 18 dans une Union composĂ©e de 27 États membres). Les membres seront sĂ©lectionnĂ©s selon un systĂšme de rotation Ă©galitaire entre les États.

L’innovation la plus importante rĂ©side dans la crĂ©ation d’une prĂ©sidence stable. Comme le Parlement europĂ©en et comme la Commission, le Conseil europĂ©en aura un prĂ©sident Ă  plein temps, qui ne pourra pas exercer de mandat national. Il sera Ă©lu Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e par le Conseil europĂ©en pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois.

Le président du Conseil européen :

  • donne une voix et un visage Ă  l’Union europĂ©enne ;
  • assure la reprĂ©sentation de l’Union sur la scĂšne internationale ;
  • prĂ©side et coordonne les travaux du Conseil europĂ©en.

Un nouveau mode de décision au conseil des ministres

Le Conseil des ministres des États membres de l’Union (qui comprend diffĂ©rentes formations en fonction des secteurs concernĂ©s comme l’économie et les finances, l’agriculture, etc.) a pour rĂŽle principal de voter les actes de l’Union europĂ©enne.

La rÚgle de vote est modifiée.

En effet, Ă  la diffĂ©rence du Parlement europĂ©en, oĂč l’on vote Ă  la majoritĂ© simple, la rĂšgle de vote au Conseil prend en compte le poids respectif de chaque État de maniĂšre Ă  ce que les « lois » votĂ©es reflĂštent Ă  la fois la volontĂ© de la majoritĂ© des citoyens europĂ©ens mais aussi la rĂ©alitĂ© du poids des États membres de l’Union. C’est ce que l’on appelle la « double majoritĂ© » des États et des citoyens.

Un haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ©

Le traitĂ© de Lisbonne crĂ©e un Haut reprĂ©sentant de l’Union pour les affaires Ă©trangĂšres et la politique de sĂ©curitĂ©.

  • Il fusionnera les fonctions actuelles de Haut reprĂ©sentant de l’Union europĂ©enne pour la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune (poste occupĂ© aujourd’hui par Javier Solana) et de Commissaire europĂ©en chargĂ© des relations extĂ©rieures (poste occupĂ© actuellement par Benita Ferrero-Waldner)
  • NommĂ© par le Conseil europĂ©en et investi par le Parlement europĂ©en, il sera Vice-PrĂ©sident de la Commission europĂ©enne et prĂ©sidera le Conseil des affaires Ă©trangĂšres du Conseil des ministres.

Le Parlement européen: une institution encore plus influente

Les pouvoirs du Parlement européen sont étendus :

  • Les pouvoirs du Parlement sont renforcĂ©s en matiĂšre lĂ©gislative, budgĂ©taire mais aussi de contrĂŽle politique.
  • Le Parlement investit le PrĂ©sident de la Commission sur proposition du Conseil europĂ©en, « en tenant compte des Ă©lections du Parlement europĂ©en ».

En matiÚre législative:

- Extension de la procédure de codécision législative (Conseil des ministres et Parlement) à prÚs de 50 nouveaux domaines. Cette procédure donne au Parlement européen des pouvoirs législatifs comparables à ceux du Conseil des ministres.

- Cette procĂ©dure est principalement appliquĂ©e aux domaines de compĂ©tences actuels de l’Union europĂ©enne (marchĂ© intĂ©rieur et gouvernance Ă©conomique en particulier) et aux quelques compĂ©tences nouvelles qui lui sont attribuĂ©es. Dans ce dernier cas, on peut par exemple noter que les pouvoirs lĂ©gislatifs du Parlement europĂ©en portent dĂ©sormais sur le contrĂŽle des personnes aux frontiĂšres, aux dispositions rĂ©gissant l’accueil et le traitement des demandeurs d’asile, ainsi qu’à la lutte contre l’immigration clandestine.

En matiÚre budgétaire:

- Le Parlement europĂ©en se voit reconnaĂźtre un droit de dĂ©cision Ă©gal Ă  celui du Conseil des ministres, notamment pour l’adoption de l’ensemble du budget annuel (alors que le Conseil a aujourd’hui le dernier mot sur les dĂ©penses dites « obligatoires » qui reprĂ©sentent une large part du budget europĂ©en et notamment les dĂ©penses agricoles). Avec le traitĂ© de Lisbonne, le Parlement europĂ©en, qui est la seule institution de l’Union Ă  ĂȘtre Ă©lue au suffrage universel direct, voit donc ses pouvoirs et son poids politique fortement accrus au sein du « triangle institutionnel » (la Commission, le Conseil des ministres et le Parlement europĂ©en). Le traitĂ© de Lisbonne clarifie le partage des pouvoirs entre l’Union europĂ©enne et les États membres. Il apporte une rĂ©ponse Ă  la question « Qui fait quoi ? » dans l’Union europĂ©enne, ce qui renforce la responsabilitĂ© des diffĂ©rents niveaux de pouvoir.

Le Compromis de Ioannina

La nouvelle rĂšgle de vote issue du traitĂ© de Lisbonne (la double majoritĂ©) ne s’appliquera qu’en 2014, voire en 2017.

En effet, afin de rallier dĂ©finitivement la Pologne au cours de la nĂ©gociation, un dispositif transitoire (compromis de Ioannina, qui tire son nom d’une rĂ©union informelle des ministres des Affaires Ă©trangĂšres Ă  Ioannina, en GrĂšce, en 1994) a Ă©tĂ© prĂ©vu, par lequel si les États membres qui s’opposent Ă  un texte franchissent un certain seuil significatif tout en Ă©tant insuffisant pour bloquer la dĂ©cision (1/3 des États membres ou 25% de la population), l’ensemble des États membres s’engagent Ă  rechercher une solution pour rallier les opposants tout en se rĂ©servant la possibilitĂ© de passer Ă  tout moment au vote.

Quels principes de partage des compétences ?

Le partage des compĂ©tences entre l’Union europĂ©enne et les États membres est Ă©tabli ainsi :

  • L’Union dispose des compĂ©tences que les États lui attribuent dans le TraitĂ© de Lisbonne ;
  • Toutes les autres compĂ©tences continuent d’appartenir aux États.

Le traité de Lisbonne distingue trois grandes catégories de compétences :

  • Les compĂ©tences exclusives de l’Union dans les domaines oĂč celle-ci lĂ©gifĂšre seule :

− Union douaniùre ;

− Établissement des rĂšgles de concurrence nĂ©cessaires au fonctionnement du marchĂ© intĂ©rieur ;

− Politique monĂ©taire pour les États membres dont la monnaie est l’euro ;

− Conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique  commune de la pĂȘche ;

− Politique commerciale commune ;

− Conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prĂ©vue dans un acte lĂ©gislatif de l’Union, ou est nĂ©cessaire pour lui permettre d’exercer sa compĂ©tence interne, ou dans la mesure oĂč elle est susceptible d’affecter des rĂšgles communes ou d’en altĂ©rer la portĂ©e.

  • Les compĂ©tences partagĂ©es entre l’Union et les États membres, les États exerçant leur compĂ©tence dans la mesure oĂč l’Union n’a pas exercĂ© la sienne :

− MarchĂ© intĂ©rieur ;

− Politique sociale, pour les aspects dĂ©finis dans le prĂ©sent traitĂ© ;

− CohĂ©sion Ă©conomique, sociale et territoriale ;

− Agriculture et la pĂȘche, Ă  l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer ;

− Environnement ;

− Protection des consommateurs ;

− Transports ;

− RĂ©seaux transeuropĂ©ens ;

− Énergie ;

− Espace de libertĂ©, de sĂ©curitĂ© et de justice ;

− Enjeux communs de sĂ©curitĂ© en matiĂšre de santĂ© publique, pour les aspects dĂ©finis dans le traitĂ© de Lisbonne ;

− Recherche, dĂ©veloppement technologique, espace ;

− CoopĂ©ration au dĂ©veloppement et aide humanitaire.

  • Enfin, les domaines oĂč les États membres demeurent totalement compĂ©tents mais oĂč l’Union peut mener des actions d’appui ou de coordination (excluant toute harmonisation) du point de vue de l’aspect europĂ©en de ces domaines :

− Protection et amĂ©lioration de la santĂ© humaine ;

− Industrie ;

− Culture ;

− Tourisme ;

− Éducation, formation professionnelle, jeunesse et sport ;

− Protection civile ;

− CoopĂ©ration administrative.

Notons que les États coordonnent leurs politiques Ă©conomiques et celles de l’emploi au sein de l’Union et que la politique Ă©trangĂšre et de sĂ©curitĂ© commune bĂ©nĂ©ficie d’un rĂ©gime spĂ©cifique.

Au niveau économique

Avant le traitĂ© de Lisbonne (Avec le traitĂ© de Nice – 2001):

  • Politique monĂ©taire :

- La Banque centrale europĂ©enne (BCE) est compĂ©tente pour les États de la zone euro.

- Chacun des États non membres de la zone euro reste seul compĂ©tent de sa politique monĂ©taire.

  • Politiques budgĂ©taire et fiscale :

- Les États membres sont seuls compĂ©tents.

- Ils sont nĂ©anmoins tenus de coordonner leurs politiques avec les autres États membres et de veiller au respect des rĂšgles du pacte de stabilitĂ© et de croissance.

Les apports du traité de Lisbonne :

  • Les modifications sont peu nombreuses mais elles consacrent l’existence officielle de l’Eurogroupe. La structuration des liens des États membres ayant adoptĂ© l’euro est clarifiĂ©e afin de coordonner plus Ă©troitement leurs politiques Ă©conomiques budgĂ©taires et fiscales.

Eurogroupe

L’Eurogroupe est une rĂ©union mensuelle informelle des ministres de l’économie et des finances des États membres de la zone euro. Ces rĂ©unions leur permettent de se concerter, notamment en matiĂšre de politique budgĂ©taire.

Il est présidé depuis le 1er janvier 2005 par Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.

Vers une politique de défense européenne

Le traitĂ© de Lisbonne comprend des avancĂ©es importantes en matiĂšre de « politique de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense commune » et constitue un pas essentiel vers le dĂ©veloppement d’une dĂ©fense europĂ©enne.

  • Il introduit une « clause de dĂ©fense mutuelle »: si l’un des États membres de l’Union europĂ©enne fait l’objet d’une agression, les autres ont un devoir d’assistance Ă  son Ă©gard.
  • Il introduit Ă©galement une « clause de solidaritĂ© »: elle assigne Ă  l’Union et Ă  chaque État membre le devoir de porter assistance, par tous les moyens, Ă  un État membre touchĂ© par une catastrophe d’origine humaine ou naturelle ou par une attaque terroriste.
  • Il Ă©tend aussi les possibilitĂ©s d’actions de l’Union Ă  la lutte contre le terrorisme, aux missions de prĂ©vention des conflits, aux missions de stabilisation postconflit, etc.
  • Il introduit la « coopĂ©ration structurĂ©e permanente », ouverte aux États qui s’engageront Ă  participer aux principaux programmes europĂ©ens d’Ă©quipement militaire et Ă  fournir des unitĂ©s de combat immĂ©diatement disponibles pour l’Union europĂ©enne.
  • Il consacre l’existence de l’Agence europĂ©enne de dĂ©fense, dans la perspective de dĂ©velopper une rĂ©elle politique europĂ©enne de l’armement et de coordonner l’effort d’Ă©quipement des diffĂ©rentes armĂ©es nationales, ce qui constitue une innovation importante.

Le traitĂ© de Lisbonne Ă©tend son champ d’activitĂ© aux questions industrielles et commerciales dans le domaine de l’armement. Ces États seront ainsi en mesure de remplir les missions militaires les plus exigeantes pour le compte de l’Union europĂ©enne, en particulier pour rĂ©pondre Ă  des demandes des Nations Unies.

Passage controversé concernant la peine de mort

L’article 2 («droit Ă  la vie») de la nouvelle Charte des droits fondamentaux dispose que «nul ne peut ĂȘtre condamnĂ© Ă  la peine de mort ni exĂ©cutĂ©.» Cela paraĂźt incontestable, mais dans un passage en petits caractĂšres on trouve les exceptions:

«La mort n’est pas considĂ©rĂ©e comme infligĂ©e en violation de cet article dans les cas oĂč elle rĂ©sulterait d’un recours Ă  la force rendu absolument nĂ©cessaire:

a)    pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b)    pour effectuer une arrestation rĂ©guliĂšre ou pour empĂȘcher l’évasion d’une personne rĂ©guliĂšrement dĂ©tenue;
c)    pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
»

3) Les nominations du prĂ©sident permanent du Conseil europĂ©en, du Haut reprĂ©sentant et du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne:

La prĂ©sidence suĂ©doise de l’Union europĂ©enne a ouvert, le jeudi 19 novembre au soir, le dĂźner de travail des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union en proposant la dĂ©signation du premier ministre belge au poste de prĂ©sident permanent du Conseil, et celle de la Britannique Catherine Ashton comme chef de la diplomatie. Cette proposition a Ă©tĂ© soumise pour approbation aux 27 dirigeants europĂ©ens Ă  l’occasion d’un tour de table. La dĂ©cision est tombĂ©e rapidement car aucune voix ne s’est Ă©levĂ©e contre cette proposition.

Herman Van Rompuy:

La presse belge le cite comme l’un des favoris sollicitĂ©s par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union europĂ©enne pour devenir le premier prĂ©sident permanent du Conseil europĂ©en, et Ă©voque les problĂšmes de gouvernement que son dĂ©part poserait Ă  la Belgique.

Herman Van Rompuy

Le 11 novembre 2009, Mario Borghezio, membre italien (MEP Ligue du Nord) du parlement europĂ©en Ă©voque la possibilitĂ© que les candidats aux postes de prĂ©sident et ministre des Affaires Ă©trangĂšres, comme Jan Peter Balkenende, David Miliband, Herman Van Rompuy parmi d’autres, pourraient ĂȘtre ceux des « groupes occultes » Bilderberg et Commission TrilatĂ©rale et non simplement ceux des forces politiques des pays. Le lendemain, Herman Van Rompuy se rend au ChĂąteau de Val Duchesse pour une rĂ©union du Groupe Bilderberg oĂč il donne, dans un discours, sa vision quant Ă  la gouvernance de l’Europe. Il y exprime l’idĂ©e selon laquelle l’Europe devrait ĂȘtre fĂ©dĂ©raliste Ă  l’image des États-Unis, et devrait pouvoir prĂ©lever un impĂŽt au niveau europĂ©en.

L’exercice de cette fonction commence thĂ©oriquement le 1er dĂ©cembre 2009, date d’entrĂ©e en vigueur du traitĂ© de Lisbonne. Selon ce traitĂ©, le prĂ©sident permanent ne peut assumer de mandat national le temps de sa prĂ©sidence. Herman Van Rompuy doit donc quitter son poste de Premier ministre le 30 novembre au plus tard. Exceptionnellement, de maniĂšre Ă  permettre au Premier ministre suĂ©dois (prĂ©sident tournant du Conseil europĂ©en jusqu’au 31 dĂ©cembre 2009) de terminer son mandat, il est dĂ©cidĂ© qu’Herman Van Rompuy dĂ©butera son mandat au 1er janvier 2010.

« L’horloger des compromis impossibles » est nommĂ© le 19 novembre 2009 au poste de premier prĂ©sident permanent, en mĂȘme temps que les deux autres titulaires des nouveaux postes créés par l’Union : le Haut reprĂ©sentant (Catherine Ashton) et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne (Pierre de Boissieu).

« Il n’est encore jamais arrivĂ© que des nĂ©gociations n’aboutissent pas Ă  l’adhĂ©sion de l’État en question Ă  l’Union europĂ©enne et cela n’arrivera pas non plus cette fois-ci. » ; intĂ©grer la Turquie, « pays important pour l’Europe », pose la question de l’attitude Ă  adopter pour d’autres pays comme l’Ukraine par exemple ; « L’Ă©largissement Ă  la Turquie n’est en rien comparable aux prĂ©cĂ©dentes vagues d’Ă©largissement. La Turquie n’est pas l’Europe et ne le sera jamais. Dire que l’Europe chrĂ©tienne est opposĂ©e Ă  cet Ă©largissement, c’est travestir la vĂ©ritĂ©. L’on peut en effet dire la mĂȘme chose d’autres familles et groupes politiques dans d’autres pays. Le fait est que l’adhĂ©sion d’un grand pays islamique comme la Turquie entraĂźnera une dilution des valeurs universelles sur lesquelles l’Europe repose et qui jouent par ailleurs un rĂŽle fondamental dans la doctrine chrĂ©tienne. »

« L’Europe est une Union de valeurs. C’est pourquoi nous avons la responsabilitĂ© de jouer un rĂŽle important dans le monde. [...] D’ailleurs, j’espĂšre que notre Union s’élargira encore pendant les prochains 2 ans et demi Ă  des pays qui, bien sĂ»r, rempliront les conditions. »

Catherine Ashton:

Née le 20 mars 1956, elle est une personnalité politique britannique, économiste de formation.

20091119205128371580_20

Elle est nommĂ©e pair Ă  vie en tant que baronne Ashton of Upholland en 1999. Membre du Parti travailliste, elle devient en juin 2001 secrĂ©taire d’État au ministĂšre de l’Éducation, puis en septembre 2004, au dĂ©partement des Affaires constitutionelles, et enfin au ministĂšre de la Justice en 2007. Elle devient leader de la Chambre des Lords, pour le Parti travailliste. Politicienne de l’annĂ©e 2006, elle est dĂ©signĂ©e par Gordon Brown le 27 juin 2007 comme leader de la Chambre des Lords et Lord-prĂ©sidente du Conseil. AgĂ©e de 53 ans, cette travailliste est moins connue dans son pays qu’Ă  Bruxelles, oĂč elle a succĂ©dĂ© avec succĂšs, l’an dernier, Ă  son compatriote Peter Mandelson, comme commissaire europĂ©enne au commerce. Elle est rĂ©putĂ©e apprĂ©ciĂ©e par le prĂ©sident de la Commission, JosĂ© Manuel Barroso.

Pierre de Boissieu:

Pour le quotidien d’information spĂ©cialisĂ© Europolitique, « Bien plus qu’un acteur clĂ© de la construction europĂ©enne, Pierre de Boissieu est quasiment une lĂ©gende pour toute une gĂ©nĂ©ration de diplomates, d’eurocrates et de journalistes qui ont arpentĂ© les couloirs de l’Europe entre le milieu des annĂ©es 1970 et la fin de la derniĂšre dĂ©cennie. »

Pierre de Boissieu

Pierre de Boissieu, diplomate de formation, a Ă©tĂ© membre du cabinet du français François-Xavier Ortoli, vice prĂ©sident de la Commission europĂ©enne. A cette fonction, « il ne sera pas Ă©tranger au succĂšs de deux initiatives qui ont pavĂ© le chemin de l’euro : la fondation du SystĂšme monĂ©taire europĂ©en et la crĂ©ation de l’unitĂ© de compte europĂ©enne : l’Ă©cu », selon le quotidien spĂ©cialisĂ© Europolitique.

Il a alors Ă©tĂ© l’un des principaux nĂ©gociateurs et rĂ©dacteur du traitĂ© de Maastricht conclu en dĂ©cembre 1991. Il est l’inventeur de l’organisation en trois piliers (JAI, PESC, UEM), qui a fini par s’imposer. « Poids trĂšs lourd dans les enceintes du conseil », il devint « le conseiller trĂšs Ă©coutĂ© tant de François Mitterrand que de Jacques Chirac ».

Pierre de Boissieu a Ă©tĂ© ambassadeur de France auprĂšs de l’Union europĂ©enne (ou « ReprĂ©sentant permanent », ou « RP ») de 1993 Ă  1999, battant le record de longĂ©vitĂ© dans ce poste.

Il devint secrĂ©taire adjoint du Conseil de l’Union europĂ©enne le 18 octobre 1999. Selon Europolitique, alors que le secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale Javier Solana se consacrait aux affaires internationales, Pierre de Boissieu « est devenu le patron absolu de l’institution. Sa connaissance des dossiers, des mĂ©canismes institutionnels, du personnel politique des Etats membres de l’UE l’ont rendu incontournable ». Pour Le Figaro en 2001, « dans les faits, Pierre de Boissieu est seul maĂźtre Ă  bord de ce qui est devenu, depuis l’affaiblissement de la Commission, le navire-amiral de l’Union. »

Le 19 novembre 2009, Pierre de Boissieu a Ă©tĂ© choisi comme SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Conseil de l’Union europĂ©enne. Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral joue un rĂŽle crucial pour l’organisation des travaux europĂ©ens dans il assure la coordination. « De Boissieu a Ă©tĂ© nommĂ© pour deux ans jusqu’Ă  l’Ă©tĂ© 2011 », a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident français.

Note: Le texte intégral du traité de Lisbonne est disponible ici.

Sources: Fondation Robert Schuman

MecanoForums

Wikipédia