mai 15 2010

Rassurer les marchés financiers et les spéculateurs, ou les démanteler ?

Par Jacques Nikonoff, ancien président d’Attac, porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP)

Après le « sommet » européen qui s’est tenu à Bruxelles du 7 au 9 mai 2010 à propos de la crise de l’Union européenne, jamais la confusion n’avait été aussi profonde. Il se dit et s’écrit n’importe quoi. La tâche n’est pas facile pour les citoyens de base qui veulent tenter de suivre les évènements, comprendre les décisions prises et en saisir le sens. D’autant que la matière n’est pas d’un accès aisé et que personne ne fait vraiment d’efforts pour la rendre accessible aux gens de tous les jours.

julien

Toutes ces questions, complexes mais assimilables à qui fait l’effort de comprendre, deviennent un enjeu politique de masse. Ou plus exactement doivent le devenir. Car il devient chaque jour un peu plus probable que la campagne de l’élection présidentielle de 2012 – qui a déjà commencé – soit menée sur le thème de la dette publique. Ce sera l’intérêt de Sarkozy et de Strauss-Kahn si, par malheur, il était le candidat du PS. Sans parler des seconds couteaux que sont Bayrou et de Villepin qui n’ont rien à dire et qui trouveront là un excellent terrain.

Essayons d’y voir clair :

I.- SE MÉFIER DES GRANDS MÉDIAS

Les grands médias, une nouvelle fois, se distinguent par leur partialité au service des puissants, leur absence totale d’esprit critique, leur caractère moutonnier et souvent leur incompétence. Des tombereaux d’âneries s’abattent sur une population désorientée.

Le lundi 10 mai 2010, au lendemain de cette réunion de Bruxelles, il était impossible de comprendre quoi que se soit en écoutant les émissions matinales des radios ou des télévisions. La lecture des journaux ne faisait qu’aggraver le malaise. Qu’on en juge :

* À la Une de Libération du 10 mai 2010 : « L’Union a proposé hier soir un méga-plan de secours de 500 milliards d’euros ».

* À la Une des Échos du 10 mai 2010 : « Les ministres des Finances prêts à mobiliser 600 milliards d’euros pour calmer les marchés financiers ».

* À la Une du Figaro du 10 mai 2010 : « Sarkozy et Merkel ont proposé hier soir un plan d’aide d’au moins 500 milliards d’euros ».

* À la Une du Monde daté du mardi 11 mai 2010 : « Un fonds de 750 milliards ».

Quel est le bon chiffre : 500, 600, 750 milliards d’euros ? Rappelons à ceux qui valsent allègrement avec les milliards – l’écart entre le bas et le haut de la fourchette est de 250 milliards !- que le financement d’un salaire moyen, cotisations sociales incluses, est de 40 000 euros par an. Avec 250 milliards d’euros il est donc possible de financer 6,25 millions de salaires !

Le Monde a étalé son incompétence, sur un sujet essentiel, dans son éditorial de Une du numéro daté du mardi 11 mai 2010. On peut lire en effet que Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, « a dû se résoudre à ce que son institution achète directement des emprunts d’État – ce qui revient à ‘‘monétiser’’ la dette – après avoir totalement écarté cette éventualité trois jours auparavant ».

Mais non ! Les auteurs de cet éditorial confondent marché primaire et marché secondaire des obligations. Le marché primaire est le marché du neuf, comme pour les voitures neuves, où l’on émet les obligations pour la première fois. Il y a « monétisation » lorsque ce sont les banques centrales et non les marchés financiers qui achètent les obligations directement à l’État. C’est ce que font de nombreuses banques centrales aux États-Unis, Japon, Grande-Bretagne, Suisse… Sauf la BCE !

Le marché secondaire est celui des titres d’occasion, là aussi comme pour les voitures, où celui qui a acheté un titre neuf (sur le marché primaire) peut le revendre (sur le marché secondaire) à celui qui voudra bien l’acheter. La décision prise par la BCE n’est absolument pas d’acheter les titres directement aux États lorsque ces derniers les émettent sur le marché primaire, mais de les acheter aux banques, sur le marché secondaire. Pas seulement pour aider les États, mais pour aider les banques en leur évitant une dévalorisation de leurs créances !

Une telle erreur commise par un journal qui se veut « de référence » traduit bien la confusion de la période. Elle est inexcusable. Elle jette le doute sur tout ce que peut écrire ce journal qui s’est bruyamment réjouit de l’austérité et dont l’action militante européiste est bien connue.

Ainsi, ceux qui voulaient se faire une idée des décisions prises à Bruxelles le week-end du 7 au 9 mai 2010 ne pouvaient compter pratiquent sur personne, ni sur les radios, ni sur les télévisions, ni sur les journaux. Pour comprendre, il était nécessaire d’aller à la source, sur les sites Internet de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne, de la Présidence de la République, du ministère des Finances… En mettant bout à bout des informations parfois exprimées dans un langage obscur, et à condition de disposer de plusieurs heures, il n’était pas possible de parvenir à ses fins !

La matière brute disponible, le mardi 11 mai 2010 en fin de matinée, était insuffisante et ne permettait pas de se faire une opinion précise sur les détails des décisions prises :

* La « Déclaration des chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro » du 7 mai 2010.

* La conférence de presse du Président de la République française tenue à Bruxelles le 8 mai 2010.

* Le compte rendu de la « Participation de la France au dispositif de soutien aux États-membres de la zone euro » du ministère Finances du 9 mai 2010.

* Le communiqué de presse du Conseil de l’Union européenne du 10 mai 2010.

* Le communique de presse de la BCE, en anglais, du 10 mai 2010.

* Le communiqué de presse du Conseil extraordinaire des 9 et 10 mai 2010.

* Le compte rendu de la réunion ECOFIN du 10 mai 2010 fait par la Commission européenne.

II.- LES DÉCISIONS PRISES À BRUXELLES LE WEEK-END DU 7 AU 9 MAI 2010 REVIENNENT À INSTAURER L’HYPER-AUSTÉRITÉ

Selon le compte rendu de la réunion ECOFIN fait par la Commission européenne du 10 mai 2010, « Le Conseil et les États-membres ont décidé d’arrêter un ensemble complet de mesures pour préserver la stabilité financière en Europe, y compris un mécanisme européen de stabilisation financière d’un montant total pouvant atteindre 500 milliards d’euros ». Ces décisions peuvent être classées en deux catégories : les décisions opérationnelles et les décisions de bla-bla.

A.- Les décisions opérationnelles prises à Bruxelles

Ce sont trois décisions opérationnelles qui ont été prises à Bruxelles :

1.- « Assainissement » des finances publiques

« Assainissement », dans la langue du système de Bruxelles, signifie austérité, rigueur, plan d’ajustement structurel ou tout autre synonyme. Les pays de l’Union européenne et particulièrement ceux de la zone euro avaient été plongés dans l’austérité, on leur promet aujourd’hui l’hyper-austérité.

Dans leur « Déclaration » du 7 mai 2010, les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro appellent en effet la Commission et le Conseil ECOFIN à respecter le pacte de stabilité et de croissance. De la même manière, dans le communiqué de presse du Conseil extraordinaire des 9 et 10 mai 2010, il est indiqué « nous saluons et soutenons sans réserve l’engagement du Portugal et de l’Espagne d’arrêter de nouvelles mesures d’assainissement importantes en 2010 et 2011 et de les présenter au Conseil ECOFIN du 18 mai ». Il s’agit d’un message très clair aux marchés indiquant que ces deux malheureux pays, dirigés par des socialistes, avaient accepté l’hyper-austérité, les Vingt-Sept les suppliant de faire un geste, d’être sympas, et de laisser ces pays en paix puisque leurs dirigeants venaient de décider de saigner leur peuple.

2.- Mise en place d’un « mécanisme européen de stabilisation »

Le communiqué de presse du Conseil extraordinaire des 9 et 10 mai 2010 précise que « ce mécanisme est fondé sur l’article 122, paragraphe 2, du traité et sur un accord intergouvernemental entre les États-membres de la zone euro. Son activation est subordonnée à une stricte conditionnalité, s’inscrit dans le cadre d’un soutien conjoint de l’UE et du FMI, et est soumise à des modalités et à des conditions semblables à celles fixées par le FMI ». Il est tout à fait clair – c’est écrit – que l’Union européenne est devenue, par ce plan, l’annexe européenne du FMI. Toutes les décisions prises dans le cadre du « mécanisme européen de stabilisation » auront des « conditionnalités » (l’hyper-austérité). Ce plan est en réalité un « plan d’ajustement structurel », comme ceux du FMI de triste mémoire, qui ont servi à imposer le néolibéralisme, avec le succès que l’on sait, dans de nombreux pays.

Ce « mécanisme européen de stabilisation » comporte deux volets : « un soutien financier pour les États-membres qui connaissent des difficultés en raison de circonstances exceptionnelles échappant à leur contrôle » et relevant de l’article 122-2 ; et une entité ad hoc qui pourra emprunter sur les marchés financiers.

a.- Soutien financier pour les États-membres qui connaissent des difficultés en raison de circonstances exceptionnelles échappant à leur contrôle

Ce mécanisme « sera maintenu aussi longtemps que nécessaire », un montant de 60 milliards d’euros est prévu et « l’activation du mécanisme est subordonnée à une stricte conditionnalité ». Le communiqué de presse du Conseil extraordinaire des 9 et 10 mai 2010 précise que « Ce mécanisme ne remet pas en cause le mécanisme existant de soutien financier à moyen terme des balances des paiements des États n’appartenant pas à la zone euro ». La garantie se fera « avec les ressources propres de l’Union » selon le compte rendu de la réunion ECOFIN du 10 mai 2010 fait par la Commission européenne.

Un fonds similaire existe déjà, doté de 50 milliards d’euros, pour les pays non membres de la zone euro connaissant des difficultés de balance des paiements. Il avait servi en 2008, pour 6,5 milliards d’euros, à la Hongrie. Les sommes sont immédiatement mobilisables. Une fois les 60 milliards consommés, le second dispositif sera activé.

b.- Entité ad hoc qui pourra emprunter sur les marchés financiers

Cette entité sera « garantie […] par les États-membres jusqu’à un montant de 440 milliards d’euros ». Elle prendra fin après une période de trois ans. Le FMI « participera au dispositif de financement » pour un montant correspondant « à la moitié au moins de la contribution de l’UE » (communiqué de presse du Conseil extraordinaire des 9 et 10 mai 2010). Le FMI va abonder les prêts européens au moins à hauteur de 50%, soit 250 milliards d’euros.

Ce sera une société de droit britannique, de type « Special Purpose Vehicule » (une société ad hoc), méthode souvent utilisée aux États-Unis par exemple dans les opérations de titrisation. C’est le SPV qui émettra des obligations dont le capital, comme pour les emprunts d’État, sera garanti par les pays de la zone euro.

Faisons nos comptes :

* 60 milliards mobilisables immédiatement

* 440 milliards pouvant être empruntés

* 250 milliards du FMI

Cela fait 750 milliards, dont 500 milliards de l’Union européenne, plus les 110 milliards pour le seul plan concernant la Grèce. En dollars, cela fait près de 1 000 milliards de dollars !

3.- La mobilisation de la BCE

La BCE va acheter, sur le marché secondaire, des obligations d’État des pays membres de la zone euro.

Selon le compte rendu de la réunion ECOFIN du 10 mai 2010 fait par la Commission européenne, « la Banque centrale européenne a pris une série de mesures exceptionnelles sur les marchés de la dette et des devises ». Dans un communiqué du même jour, la BCE confirme qu’elle a décidé « d’intervenir sur les marchés de la dette publique et privée, pour garantir la liquidité dans les segments qui ne fonctionnent pas de manière appropriée ».

Et d’après le compte rendu de la réunion ECOFIN du 10 mai 2010 fait par la Commission européenne, « dans le but de neutraliser l’impact de ces opérations sur les marchés de la dette, la BCE mènera à bien des opérations spécifiques pour réabsorber la liquidité injectée dans le système, de manière à ce que la position de la politique monétaire de l’organisme ne soit pas touchée ».

Traduction : pour éviter de gonfler la masse monétaire lors de ces opérations d’achat de titres de dette des États sur le marché secondaire, la BCE vendra d’autres titres qu’elle détient en portefeuille pour un montant équivalent.

B.- Les décisions de bla-bla prises à Bruxelles

Il s’agit de « paroles verbales », de pure rhétorique, comme nous en avons l’habitude, du même style que celles faites à partir de novembre 2008 au moment de l’ancienne crise financière, à propos de la « moralisation du capitalisme ». Il y a peu, Sarkozy avait même dit que la crise était « finie » ! On voit, aujourd’hui, les résultats de ces efforts de « moralisation ».

1.- Renforcement de la « gouvernance » économique

Dans leur « Déclaration » du 7 mai 2010, les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro décident de renforcer la « gouvernance » de la zone euro et demandent au président européen de rapporter pour le 12 mai 2010. Les points suivants devraient être abordés :

* La « surveillance économique et la coordination des politiques dans la zone euro, y compris en suivant de près les niveaux d’endettement et l’évolution de la compétitivité ».

* « Renforcer les règles et procédures pour la surveillance des États-membres de la zone euro, y compris par un renforcement du pacte de stabilité et de croissance et par l’instauration de sanctions plus efficaces ».

* La mise en place d’un « cadre solide pour la gestion des crises ».

Toutes ces mesures étaient déjà prévues dans les traités, tandis que l’Eurogroupe avait les moyens de les mettre en œuvre.

2.- « Réglementation des marchés financiers et lutte contre la spéculation »

Dans leur « Déclaration » du 7 mai 2010, les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro décident de « progresser rapidement en matière de réglementation et de surveillance des marchés financiers », notamment les « produits dérivés ». Il faudra, en outre, « se pencher sur le rôle des agences de notation ».

Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, n’est-ce pas ?

III.- DES DÉCISIONS QUI SONT UNE FUITE EN AVANT AUX EFFETS DE COURT TERME

Les conclusions suivantes peuvent être tirées du plan de Bruxelles :

* Désobéissance européenne en matière monétaire.

* Désobéissance européenne en matière budgétaire.

* Un coup de bluff.

* Les anticipations de la contagion vont-elle être « auto-réalisatrices » ?

* Ces sommes servent à « sauver » non pas les États ou leur population, mais leurs créanciers.

* L’austérité va aggraver la situation économique et sociale et susciter à terme de nouvelles offensives des marchés financiers.

1.- Désobéissance européenne en matière monétaire

La décision prise par la BCE d’acheter des titres de dette des États membres de la zone euro sur le marché secondaire – en réalité imposée à la BCE par les chefs d’États et de gouvernements – a quelque chose de réjouissant même si elle est ambigüe. Elle remet en ca use, en effet, le mythe de l’ « indépendance » de la BCE. Elle montre que c’est toujours le pouvoir politique qui est le maître à bord, même si tout est fait pour camoufler cette réalité et faire semblant (les appuis répétés des autorités européennes à la BCE dans tous leurs communiqués). La photo qui a circulé dans les journaux où l’on voit M. Trichet dans un bureau avec M. Sarkozy et Mme Merkel est symbolique : M. Trichet venait aux ordres. Et c’est très bien ainsi.

La décision imposée à la BCE évite la dévalorisation des actifs des banques ce qui est une bonne chose, même si les banques devront rendre des comptes sur leurs responsabilités dans les crises de ces dernières années. Cette décision contribue en outre à faire baisser le niveau des taux d’intérêt pour les emprunts d’État des pays ciblés par les spéculateurs (Grèce, Portugal, Espagne…). Dès le lundi 10 mai 2010, d’ailleurs, les taux sur les emprunts grecs à 10 ans avaient baissé à 6,6% contre plus de 12% le vendredi 7 mai. Quant au taux des obligations à deux ans qui était de 19% le vendredi, il était redescendu à 5,6% le lundi. C’est bien la preuve qu’il est possible d’agir efficacement contre les marchés financiers.

La décision imposée à la BCE est la seule qui ait un caractère relativement positif dans le vaste plan d’ajustement structurel décidé par les oligarques de Bruxelles. Si les statuts de la BCE sont respectés à la lettre, ils ne le sont plus dans l’esprit car c’est quand même une façon détournée, pour la BCE, d’acheter la dette des États de la zone euro. Cela revient indirectement à financer les États. Or la BCE se refusait jusqu’à présent à prendre cette décision. C’est pourtant ce que fait la Fed depuis toujours, ainsi que d’autres banques centrales.

C’est une forme de désobéissance européenne !

Mais les conditions de nouvelles attaques spéculatives sont réunies quand on lit le Wall Street Journal du 11 mai 2010 qui estime que la BCE, après avoir accepté d’acheter des titres de dette alors qu’elle se refusait à le faire une semaine avant, « fait monter les doutes sur son indépendance ».

En outre, on déplace le risque des pays les moins bien notés, vers les pays mieux notés qui vont voir leurs taux d’intérêt augmenter. C’est parfaitement logique puisque ces pays, comme la France et l’Allemagne, supportent l’essentiel des garanties apportées au fonds de 440 milliards d’euros, et donc augmentent leur risque.

2.- Désobéissance européenne en matière budgétaire

Prétendre résoudre l’endettement des États par un nouvel endettement est une manière de contourner les critères de Maastricht qui prévoient une dette publique maximale autorisée de 60% du PIB. Il est cocasse de tenter de résoudre un endettement par un nouvel endettement. Cela s’appelle de la « cavalerie ». Comme pour la BCE, c’est une façon hypocrite de ne pas respecter les traités dans l’esprit, tout en les respectant à la lettre. Ce jésuitisme conduit à ,créer une entité juridique spéciale qui va emprunter sur les marchés et donc s’endetter. Ce ne sont donc pas les États qui s’endettent !Ces derniers apportent seulement leur garantie aux emprunts.

Mais c’est encore de la désobéissance européenne !

3.- Un coup de bluff

Ce plan est comme la menace nucléaire, il est dissuasif ; il peut fonctionner – à court terme – à condition de ne pas s’en servir. Le programme de la BCE d’achat de titres d’État de la zone euro sur le marché secondaire vise ainsi à ne pas utiliser les autres mesures, les 60+440+250 milliards d’euros. Mais que se passera-t-il quand il faudra réellement mettre la main à la poche et sortir des milliards qui ne sont pour l’instant que virtuels ? Tout le montage est conçu pour gagner du temps. Mais combien de temps va-t-il tenir ?

4.- Les anticipations de la contagion vont-elle être « auto-réalisatrices » ?

Avec son plan, l’UE a pris acte du risque d’insolvabilité, en plus de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal, pays qui sont plusieurs fois cités dans les documents officiels. C’est une anticipation qui est correcte, mais elle risque d’être auto-réalisatrice. L’Union européenne anticipe la contagion. Les marchés vont donc comprendre : « on nous donne 750 milliards d’euros » ! Ce montant correspond aux besoins du Portugal, de l’Espagne et de l’Irlande, la Grèce ayant déjà eu son plan. Selon la banque Natixis, par exemple, un plan de sauvetage de l’Espagne couterait entre 400 et 500 milliards d’euros. Du coup, on ne voit pas ce qui retiendrait les marchés financiers de repartir à l’assaut, une fois la bulle médiatique du plan de Bruxelles dissipée.

5.- Ces sommes servent à « sauver » non pas les États ou leur population, mais leurs créanciers


Avec ce plan, rien n’est fait pour améliorer le sort des populations, bien au contraire. C’est un plan qui vise à améliorer le sort des banques. Une nouvelle fois. On a traité la crise de liquidité, il reste la crise de solvabilité. Et les banques, quand elles jugeront le moment venu, mordront une nouvelle fois la main qui les nourri.

6.- L’austérité va aggraver la situation économique et sociale et susciter à terme de nouvelles offensives des marchés financiers

Le plan de Bruxelles n’a aucune chance de donner des résultats positifs en termes de développement économique, écologique et social. Ne s’attaquant pas aux causes profondes de la crise – la déflation salariale – il crée les conditions d’une nouvelle crise, même si un calme relatif peut se produire à court terme. Écrasés par l’hyper-austérité, les pays de l’Union européenne ne pourront pas rétablir l’équilibre de leurs finances publiques dans ces conditions. Les marchés financiers pourront alors reprendre leurs opérations spéculatives.

Avec le plan de Bruxelles, nous sommes déjà dans la désobéissance européenne, mais de droite ; il faut passer à la désobéissance européenne de gauche !

IV.- LA SOLUTION À LA CRISE DU SYSTÈME DE BRUXELLES : L’HYPER-AUSTÉRITÉ POUR L’HYPER-CLASSE

Il faut un plan de développement économique, écologique et social, financé par une baisse de la rémunération du capital : l’hyper-austérité pour l’hyper-classe. Il faut une réponse systémique. Celle-ci doit marcher sur ses deux jambes : des mesures pour modifier le fonctionnement et les politiques de l’Union européenne, qui ne peuvent que s’inscrire dans le long terme ; des mesures de ruptures avec l’Union européenne décidées par des pays ou de petits groupes de pays, qui sont des mesures de court terme.

A.- Des mesures pour modifier le fonctionnement et les politiques de l’Union européenne, qui ne peuvent que s’inscrire dans le long terme

Ces propositions, s’inscrivant dans le cadre de l’Union européenne, sont absolument nécessaires pour faire bouger les lignes. Et il est probablement possible de les faire bouger. Mais elles présentent néanmoins trois inconvénients qui justifient de les articuler avec des perspectives de court terme :

* Dans une Union européenne dominée par la droite qui dirige la plupart des pays membres, il parait difficile d’imposer une politique de gauche. Si les circonstances le permettent, ce ne peut être que sur des sujets relativement marginaux. Il est difficilement envisageable que les droites, à l’échelle européenne, se mettent à conduire des politiques différentes de celles qu’elles mènent dans leurs pays. Ce n’est pas impossible, mais le facteur temps empêche de faire reposer une stratégie politique sur ces aléas et ces hypothèses hautement improbables.

* Pour transformer en profondeur le fonctionnement, l’organisation et les politiques de l’Union européenne, il faut changer les traités. Or, pour y parvenir, il faut l’accord unanime des Vingt-Sept, à la virgule près. Ce n’est probablement pas impossible, mais quand ? Là encore le facteur temps est un handicap à la définition d’une perspective politique claire.

* Tout modifier d’un coup, ou engager des modifications partielles, une fois que les Vingt-Sept seront tous d’accord, est une stratégie politique illisible pour la population qui ne voit pas de perspective. Cette stratégie donne l’impression d’une succession de vœux pieux et étale son impuissance.

C’est pourquoi, sans renoncer à la réflexion sur une « autre Europe », il faut absolument définir des mesures de court terme, de gauche, susceptibles d’entrainer l’adhésion de la population. Tout de suite.

B.- Des mesures de ruptures avec l’Union européenne décidées par des pays ou de petits groupes de pays, qui sont des mesures de court terme

Il n’est pas possible, dans le cadre de cet article, d’entrer dans le détail. Ce sera pour les jours et les semaines qui viennent. Mais il est possible de montrer les lignes d’action que chaque pays peut suivre, seul ou avec d’autres, pour se sortir de la crise, à partir d’une vision de gauche, internationaliste :

* Annuler les plans d’austérité pour la population, décréter l’hyper-austérité pour l’hyper-classe.

* Refuser les prêts conditionnés par l’hyper-austérité.

* Sortir de l’euro et revenir aux monnaies nationales.

* Dévaluer.

* Annoncer le défaut de paiement pour les pays concernés.

* Nationaliser la politique monétaire (la Banque centrale achète une partie des emprunts d’État…).

* Nationaliser les banques et les compagnies d’assurance (et, du coup, démanteler les marchés financiers comme les dérivés de crédits, encadrer le crédit…).

* Contrôler les mouvements de changes.

* Contrôler les mouvements de capitaux.

* Organiser une relance keynésienne basée sur un grand emprunt national servant à amorcer le financement du droit opposable à l’emploi.

* Prendre des mesures protectionnistes, si nécessaire, dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane (il existe un protectionnisme de gauche comme il y avait un « non » de gauche lors du référendum de 2005 !).

La conclusion est simple : il faut, à court terme, désobéir à l’Union européenne pour créer les conditions d’une transformation totale de ses fondements et de son fonctionnement ; à défaut d’y parvenir, il faudra sortir de l’Union européenne. Quant à l’euro, il apparait désormais de plus en plus clairement qu’il faut l’abandonner sous sa forme actuelle de monnaie unique pour en faire une monnaie commune. La crise grecque représente l’heure de vérité pour tout le monde, notamment pour la gauche européenne.

V.- APRÈS LES BANQUES, IL FAUT SAUVER LA GAUCHE QUI SEMBLE TOTALEMENT DÉPASSÉE PAR LES ÉVÈNEMENTS

Une nouvelle fois, la confusion entre la droite et la gauche est à son comble. Cette situation alimente l’abstention, le vote d’extrême droite, les replis nationalistes et la xénophobie. Après l’attitude lamentable des députés socialistes qui ont voté le plan d’austérité pour la Grèce, il faut relever le courage et la clairvoyance politiques des députés du PCF, du PG et de quelques Verts qui ont refusé d’organiser une solidarité à l’envers : celle des Grecs vis-à-vis des banques qui les étranglent.

L’éditorial de Patrick Lehyaric, député européen du Front de gauche et directeur de l’Humanité (L’Humanité, 11 mai 2010) n’en est que plus étrange et soulève la question d’un changement d’orientation du PCF.

Il estime que « La création, enfin, d’un fonds d’entraide et de solidarité européenne que nous avions souhaitée, marque un tournant important dans l’histoire de la construction européenne. Elle vient tard, malheureusement ». Cette analyse ne correspond pas à la réalité des décisions prises dans le plan de Bruxelles. Ce n’est pas un fonds visant à aider les pays mais à aider les banques. Par ailleurs, on ne peut pas être d’accord avec ce plan comme semble l’être Patrick Lehyaric, car il s’agit d’un gigantesque plan d’ajustement structurel.

Le directeur de l’Humanité poursuit : « Si cet outil servait réellement à racheter des dettes insupportables des États et d’autres institutions publiques et à créer des conditions de leur refinancement à très bas taux d’intérêt en lien avec la Banque centrale européenne, ce serait utile ». Ce n’est pas du tout ce qui est prévu, ces fonds prêteront dans les mêmes conditions qu’à la Grèce.

« La question de l’utilisation et de l’orientation de ce fonds doit donc maintenant faire l’objet de la mobilisation des populations pour qu’il soit orienté vers des objectifs sociaux, de sécurisation du travail et de développement humain durable, et non pas pour rassurer les pieuvres du capitalisme international ». Hormis le caractère abstrait de ces propos, personne ne se mobilisera dans cette perspective qui apparait vaine. Pourquoi M. Sarkozy, M. Berlusconi, Mme Merkel et consorts changeraient-ils d’orientation du tout au tout ? Sous l’effet de quelles forces sociales ? Quand ?

« Reprendre la main et agir en faveur d’une grande initiative politique européenne pour élaborer un nouveau traité pour une Europe sociale, solidaire, écologique et pacifique ». Pourquoi pas, mais un nouveau traité nécessite l’accord des Vingt-Sept et de nombreuses années pour se mettre d’accord. D’ailleurs, cela fait déjà de nombreuses années que ce slogan est avancé, sans que le moindre début de commencement d’un nouveau traité n’ait vu le jour ! Ce n’est donc pas pour demain. Attention à ne pas donner l’impression de botter en touche sans rien proposer à court terme.

« La Banque centrale européenne doit devenir un instrument public […] pour impulser un crédit de type nouveau ». Même chose : il faut l’accord des Vingt-Sept, à la virgule près. Si on se limite à ce genre de propositions, on désespère la population qui ne voit aucune perspective crédible dans un horizon accessible.

Le problème n’est donc pas de « rassurer » les marchés financiers mais de les démanteler. Et d’agir de façon articulée au niveau européen et au niveau national.

Jacques Nikonoff, pour le M’PEP

avr 30 2010

L’art et la manière d’intoxiquer les masses

Jacques Marseille qui formait les futurs journalistes à l’art et à la manière d’intoxiquer les masses, répétait à qui voulait l’entendre que LES Français sont aujourd’hui plus riches qu’il y a cinquante ou cent ans. Ce qui est vrai, c’est que la France d’aujourd’hui croule sous les richesses produites mais deux questions méritent d’être posées: 1° qui a produit ces richesses ? 2° à qui profitent réellement toutes les richesses produites ?

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Les agents attitrés de la propagande politique capitaliste cherchent à noyer le poisson en faisant croire que les richesses produites depuis cinquante ou cent ans sont le fait du Capital, et dues à l’énergie, au « dynamisme» et au « génie » des capitalistes. En réalité, les richesses colossales accumulées depuis un siècle ont été produites par des millions d’individus utilisant leurs bras et leurs muscles pour transformer les matières premières en marchandises, lesquelles marchandises générant à leur argent et en profit pour le grand bonheur des capitalistes. Il faut rappeler que toutes les richesses produites depuis un siècle n’ont pas été dans un but orienté vers la satisfaction des vrais besoins humains mais seulement pour faire plus d’argent et pour l’enrichissement de quelques-uns. Que les fameuses classes moyennes aient profité par ricochet de quelques miettes laissées par les capitalistes sur leur table de festin une fois rassasiés, cela ne fait aucun doute mais les quelques compensations accordées à ces groupes intermédiaires sont insignifiantes par rapport aux profits colossaux amassés par les détenteurs des capitaux. Quant aux couches subalternes de la société, elles peuvent seulement regarder de loin toutes les richesses produites depuis, car pour pouvoir les acquérir, il faut un pouvoir d’achat lié à un salaire suffisant et à une situation sociale et économique stable. Ce qui n’est nullement le cas. Dire, comme le prétendait Jacques Marseille qui n’est plus de ce monde, que LES Français sont plus riches aujourd’hui qu’il y a 50 ou 100 ans, c’est tout simplement de la poudre aux yeux et de la propagande, car si la France est aujourd’hui plus riche aujourd’hui qu’il y a 50 ou 100 ans, tous LES français n’ont pas profiter d’une manière égale des richesses produites. La raison en est : l’appropriation privée des moyens de production et la logique purement mercantile du mode de production capitaliste en France. Si c’était vrai que les Français sont plus riches aujourd’hui qu’il y a 50 ou 100 ans, comment Jacques Marseille et ses acolytes expliquent-ils le phénomène de la paupérisation d’une bonne moitié des populations françaises à juger par la prolifération des associations de charité et des institutions chargées de distribuer de la soupe populaire aux « plus démunies » et de la lutte contre la faim dans un pays riche comme la France?

Un autre propagandiste employé à temps plein par les massmedias capitalistes, c’est Michel Godet qui fait l’apologie d’un système où les hommes vivent en MOYENNE 81 ans. Comme d’autres notions générales et ambiguës, le PNB, ou le revenu par habitant, la question des moyennes statistiques se prête à confusion. Il faut dire d’emblée que les modélisations mathématiques et les statistiques font partie des matériaux de base du propagandiste qui y recourt pour évacuer les questions de fond et pour donner des interprétations tendancieuses et erronées de la réalité sociale, économique et politique. Les modélisations mathématiques et les statistiques sont des techniques prouvées visant à dispenser leurs utilisateurs du contact avec le réel vécu et à ce titre on peut les classer parmi les catégories qui contribuent à la paresse intellectuelle et à l’économie de la pensée et de la réflexion. Dire que les hommes vivent aujourd’hui en moyenne 81 ans, c’est de la pure manipulation mentale, car cet énoncé fait complètement abstraction des conditions réelles des hommes dans les sociétés capitalistes. La question de la moyenne recèle une perversion fondée sur des promesses d’avenir et une hypothétique longévité qui empêchent les hommes de rechercher « ailleurs », c’est-à-dire un monde meilleur que le système capitaliste qui les exploite de leur naissance à leur mort. La question de l’espérance de vie fait partie de ces thèmes qui font croire aux classes exploitées qu’elles vivent plus longtemps qu’avant et qu’elles vivent dans le meilleur des mondes possibles. Il est bien vrai que l’espérance de vie des hommes a augmenté mais c’est une pure illusion de croire qu’elle l’a été pour leur bonheur et pour leur bien-être terrestre. Si en effet les hommes vivent aujourd’hui plus longtemps qu’il y a 20, 50 ou 100 ans, c’est pour le plus grand bonheur d’un système capitaliste qui peut exploiter plus longtemps les bras et les muscles des ouvriers et des travailleurs grâce à la médecine et c’est pourquoi Pasteur et son institut ont été mis sur un piédestal. Godet et ses compères se gardent bien d’évoquer les conditions de travail pénibles et abrutissantes de la majorité des hommes dans un système capitaliste qui n’a qu’un seul objectif, exploiter. En miroitant aux hommes une espérance de vie plus longue, Godet et consorts n’ont qu’une idée dans la tête: convaincre ceux qui travaillent de se faire exploiter le plus longtemps possible pour le plus grand bonheur des capitalistes et ceux qui ne travaillent pas d’armer de patience, car tout peut arriver même à un âge avancé, puisqu’en continuant à travailler jusqu’à l’âge de 70 ans, nous aurions encore une espérance de vie 11 ans et à l’âge de 75 ans, une espérance de vie de 6 ans. Le travail en soi n’est pas une tare mais le travail dans un système capitaliste fondé sur l’exploitation éhontée de la force de travail, le travail devient une corvée et une grande souffrance physique et psychologique. Le système capitaliste qui est par définition u voleur de temps par nature, vole aux hommes leurs meilleures années de leur vie en ne leur laissant que les mauvaises années. Dans un système d’exploitation, les hommes ne peuvent plus donner sens à leur travail qui devient un simple moyen de gagner de l’argent soit pour survivre s’ils sont pauvres soit pour se donner des « loisirs » s’ils appartiennent aux « classes moyennes » soit encore comme moyen pour accumuler plus d’argent.

En claironnant à longueur de journée dans les massmedias capitalistes que la moyenne de vie des Français est de 81 ans, Godet et consorts cherchent à manipuler le psychisme humain pour faire oublier aux hommes d’aujourd’hui ce qu’ils attendent demain, la pandémie du cancer devenue la première cause de mortalité dans le monde avant les maladies cardio-vasculaires. Contrairement aux prétentions de la propagande officielle, la pandémie du cancer n’est pas au gène mais à un mode de vie rapide et stressant, à une nourriture empoisonnée par les produits chimiques et aux différentes pollutions chimiques et atmosphériques provoquées par un mode spécifique de production et de consommation.

Si Marseille jadis et Godet aujourd’hui occupent l’espace médiatique, ce n’est pas pour leur esprit d’analyse mais pour le rôle qu’ils jouent dans la propagande capitaliste qui prépare psychologiquement les Français au démantèlement de leur système de retraite et à l’abandon progressif de tous leurs acquis sociaux arrachés de hautes luttes à la bourgeoisie et aux capitalistes par des générations d’ouvriers et de travailleurs.

Faouzi Elmir, Bulletin de l’International


mar 30 2010

Le diable est dans la place ! (vidéos)

Par HISNOULMUSLIM

Peut-on dire que « l’influence démoniaque » ou encore la « pactisation » avec d’obscures forces sont quantifiables dans l’actualité ou bien la moindre allusion à ces phénomènes ne renverrait-elle pas tout simplement à la psychanalyse ?

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Comment aborder le sujet ainsi sans l’entacher des dérives et bêtises d’un « Malleus Maleficarum », outil d’une inquisition qui chassait alors les « pas très Catholiques » au sens littéral du terme et autres Juifs et Musulmans du côté de l’Espagne ?

Dans un monde qui a nié en apparence le thème des sciences occultes on pourrait pourtant se demander pourquoi le sujet est tant représenté dans les médias (séries TV, dessins animés, clip musicaux, jeux vidéos etc…).

Certes il fascine mais alors comment expliquer le rapport entre celui-ci et une pub pour les produits laitiers où l’usage d’un symbolisme ancien à connotation sacrificielle s’y diffuse de façon subversive ?

Loin de moi l’idée que cela se soit fait intentionnellement mais alors comment l’expliquer sans citer le hasard et sans pour autant jeter l’anathème sur les véhicules de ce phénomène.

En réalité, vous qui lisez ces quelques lignes, que vous y croyez ou non n’est pas tellement le sujet de cette introduction qui n’a pas non plus pour vocation de convaincre. Mais si vous, vous n’y croyez pas alors sachez que ce n’est pas forcément le cas de ceux qui décident de la conduite à tenir sur le plan géopolitique. Le sujet est plutôt de prendre conscience que certaines décisions capitales sur la scène internationale pour exemple ont parfois pour source une vision intégralement eschatologique.

Pour preuve, un « Code Ezéchiel » ou comment le président de la plus grande puissance militaro-industrielle du monde de l’époque appelle par téléphone un autre président pour lui expliquer que les prophéties apocalyptiques se manifestent et qu’elles nécessitent par conséquent une intervention des forces du bien contre l’axe du mal.

C’est bien ainsi que s’est déroulé les tentatives de Georges W. Bush en vue de motiver Jacques Chirac de participer à l’invasion de l’Irak en 2003 (lire le document George W. Bush et le Code Ezéchiel, Université de Lausanne, 2007). Si le commun des peuples n’est pas conscient de la prise en considération d’un tel facteur par ceux qui les dirigent n’est-il pas tout de même étrange de constater la persistance de la manifestation d’un symbolisme occulte qui suggère le sang, et qui traverse les âges pour réapparaitre dans nos médias sous ses formes originelles ?

Vous aussi désormais balancez des Å“ufs sur ceux qui sonnent à vos portes la nuit du 31 octobre avant que ce ne soit eux qui le fassent sous prétexte que vous n’ayez de bonbons à sacrifier en vue de commémorer un rite druidique en l’honneur d’un panthéon d’entités divines. Certes détourné au fil des siècles à des fins commerciales mais toujours dans l’optique d’asservissement à une idole [Mammon] sous couvert de divertissement.

Plaisanterie mise à part les vidéos « Le Symboles des Deux Cornes » et « Clarification » n’ont pour but que de présenter une autre vision, à travers la Foi, de l’interprétation du phénomène de la réapparition des symboles occultes.

HISNOULMUSLIM, pour Mecanopolis






Voir les autres vidéos de HISNOULMUSLIM sur Dailymotion

mar 23 2010

Marc-Edouard Nabe magistral chez Taddeï (vidéos)

Il dit qu’il est devenu l’écrivain le plus détesté de la planète. La preuve : plus un éditeur ne veut de lui. Marc-Edouard Nabe imprime donc et distribue lui-même son nouveau roman. Un régal.

nabe

Sept cents pages, tassées. Pas de chapitres, pas un blanc entre les scènes. Ca part et ça ne s’arrête plus. Pas la moindre pause. Pourquoi des pauses puisqu’on n’a aucune envie de le lâcher, puisque, pendant quatre jours, cinq jours, on ne va plus rien faire d’autre que promener le livre pour s’y plonger au moindre interstice de la vie sociale ?

« Ça part», j’ai écrit. « Ça. » Nabe commence par : «Bon, ben voilà, ça y est, c’est fait. J’ai arrêté d’écrire » Ce « ça » doit rappeler quelque chose et, de fait, le héros du livre, Nabe lui-même, qui arrête d’écrire, qui prend la définitive décision, qui sort à l’air libre, qui respire enfin, sur qui tombe-t-il, dix-sept pages plus loin ? Sur un certain Jean-Phi qui reconnaît l’écrivain qu’il n’est plus, l’ex-écrivain qui est «passé de la vie écrite à la vie réelle. Avant, je vivais en voyant d’avance ce que je pourrais écrire ».

Un esprit libre

Le temps d’être recalé de tous les bureaux d’aide sociale, le temps de changer de vêture, puis ce Jean-Phi va lui soulever tous les toits de Paris. On ne pensera pas seulement à Lesage en lisant « l’Homme qui arrêta d’écrire », on pensera à Mercier, on pensera à Rétif. Nabe est un homme du XVIIIe siècle, un esprit libre, une plume qui ne prend pas garde. Il est aussi l’homme à qui Jean-Phi demande, tout naturellement puisque Nabe a dit adieu à toute littérature : « Voir en vrai le manuscrit de «Voyage au bout de la nuit», ça vous dirait ?» Il l’entraîne dans son loft, un troisième sous-sol de la place Gaillon, et là, de la main de Céline, le manuscrit, que son propriétaire a confié pour qu’on le lui scanne avant de le mettre en vente, le début magique : «Ça a commencé comme ça. » Le vrai premier début de « Voyage au bout de la nuit ».

Le roman de Nabe ira au bout de Nabe. Six jours d’errance jour et nuit, conduite par ce diable de Jean-Phi, toutes les rencontres dans un Paris qui représente le monde, plus réel que le monde réel déréalisé, un monde surréalisé par Nabe, cent pages par journée, une féerie pour aujourd’hui.

On est dans le pur Nabe qui sème ses farces et ses attrapes. Nabe qui a mis cinq ans pour se mettre dans la peau de l’homme qui n’écrit plus et qui nous donne là, avec ce roman qui n’avance qu’à coups de dialogues, la somme de ses précédents 27 livres. Nabe, méprisé par tous ceux qu’on méprise, insulté, calomnié, a écrit un livre lumineux, d’une audace folle, un livre qu’aucun éditeur n’aurait édité en l’état. Les avocats, c’est 10 coupes, 100 coupes qu’ils auraient exigées avant de donner le feu vert pour la publication.

Nabe n’en est plus là. Il a ses fans (ça doit se voir), il a une oeuvre derrière lui et une oeuvre devant lui. Les critiques n’en voulaient pas, les libraires n’en voulaient pas ou le servaient avec des pincettes, il ne les importunera plus. Nabe, tous ses éditeurs vous le diront, est invendable. Il a 1 000 lecteurs et il prétend en vivre. Au fou !



Vive internet !

A force, Nabe a dit merde à tous ses éditeurs. De ceux qui ne demandaient pas mieux que de s’en débarrasser, il a repris ses droits, et ses invendus. L’homme qui n’arrêtera jamais d’écrire arrête de publier chez les éditeurs. Vive internet ! Nabe s’édite lui-même, vend lui-même son nouveau livre. Il vend lui-même ses anciens invendus. Qu’il réimprimera quand il n’en aura plus. Il en fera des beaux livres, tout noirs. «L’Homme qui arrêta d’écrire», tiré à 1.000 exemplaires, 850 étaient souscrits avant impression. Nabe réimprime ! Il ramasse tous les sous dont libraires, distributeurs, éditeurs n’ont pas voulu. Leur gâteau, juste ordre des choses, il est pour lui. « 1.000 lecteurs ? J’en vivrai » Avant, il pouvait en crever. Son dernier mécène l’avait lâché. Heureusement qu’il avait sa peinture.

Il les a tous baisés car le beau de l’affaire, c’est que ça commence à se répandre que son livre est une parfaite réussite, que d’un bout à l’autre on s’émerveille, qu’il y a une invention sans pareille, que c’est d’une drôlerie de tous les instants et ils voudraient bien, tous, maintenant, voir ce qu’il y a dedans. Pas de service de presse. Les critiques devront l’acheter. Ah ! qu’on rigole. C’est pas de la baudruche, Nabe.

Delfeil de Ton

Le nouveau livre de Marc-Edouard Nabe sur marcedouardnabe.com

fév 20 2010

Pourquoi Sarkozy a fait censurer la vidéo des otages français en Afghanistan (vidéo)

Nicolas Sarkozy aimerait pouvoir tabler sur une libération des deux otages français en Afghanistan quelques jours avant les élections régionales de mars, de sorte à redorer son image et celle de l’UMP. De fait, la diffusion du témoignage des deux journalistes de France 3, retenus prisonniers depuis janvier par les talibans en Afghanistan, ne pouvait qu’affaiblir encore la « cote de popularité » du président français, en chute libre dans les sondages (56% de mauvaise opinion selon BVA).

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Dimanche dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait appelé à la «discrétion» à la suite d’informations relatives «au contenu d’une cassette vidéo dans laquelle apparaissent» les deux journalistes français de la télévision publique France 3 enlevés en décembre en Afghanistan. «Dans ce type de situation, par égard vis-à-vis des familles de nos deux compatriotes et dans l’intérêt même de leur sécurité, la discrétion s’impose», avait indiqué le ministre.

Nicolas Sarkozy était manifestement moins inquiet pour la sécurité des otages et soucieux pour le « respect des familles », lorsqu’il avait dénoncé « l’imprudence vraiment coupable » des deux journalistes « Ils font courir des risques aussi à beaucoup de nos forces armées, qui, du reste, sont détournées de leurs missions principales. Je crois que, quand même, le scoop ne doit pas être recherché à tout prix.»

Exiger la discrétion absolue des médias et se permettre de stigmatiser deux journalistes aguerris qui ne font que leur travail sur le terrain relève d’une bonne dose de cynisme et d’une drôle de conception de l’information. A moins que Nicolas Sarkozy tente également d’utiliser cette prise d’otages pour dissuader les journalistes de se rendre en Afghanistan.

Instrumentalisation

En voyant ces images, où les deux otages ne semblent pas spécialement contraints de remettre en cause l’inefficacité de Nicolas Sarkozy, on comprend mieux les raisons de cette censure gouvernementale. Pour les conseillers de l’Élysée, il est sans doute plus opportun de retarder leur libération jusqu’au début du mois de mars, afin que le gouvernement puisse s’en attribuer le mérite juste avant les élections régionales.

Déclaration malheureuse de Kouchner

Le ministre français des affaires étrangères ne semblait pas, hier matin, avoir besoin de manifester la même prudence  sur le dossier des deux otages suisses retenus en Libye depuis plus d’un an (lire Kadhafi voudrait détruire la Suisse). Interrogé par des journalistes de la Télévision suisse romande, Bernard Kouchner a jugé que « La France n’avait pas à faire preuve de solidarité avec la Suisse », se refusant ainsi de trancher le différend qui oppose « nos amis suisses et nos amis libyens » (le message a été bien reçu).

Kouchner a en effet toujours démontré qu’il était l’ami de Kadhafi et qu’il soutenait tous les autres dictateurs d’Afrique du Nord (et d’ailleurs), comme Ben Ali ou Hosni Moubarak, pour ne citer que ces deux exemples, en plus de s’enorgueillir d’une solidarité parfaite avec Israël en général et Netanyahou en particulier. La Suisse devrait pouvoir se passer sans trop de difficulté de ce genre d’amitié.

Frédéric Courvoisier, Mecanopolis

fred [at] mecanopolis.org

Avertissement : Alors que les médias nous parlent tous les jours de « terrorisme », les communiqués de ces groupes et organisations qui, souvent, luttent légitimement contre une occupation illégale, ou, dans d’autres cas, sont directement manipulés par des intérêts étrangers, ne sont jamais portés au public.  Bien évidemment, il n’est pas question pour nous d’adhérer où de relayer une idéologie de violence, mais de permettre à chacun de se faire une opinon.


jan 29 2010

Pour la presse européenne, la « loi française sur la burqa » est islamophobe

Avec une loi qui interdirait le voile islamique intégral, la France voudrait démontrer qu’elle préserve sa tradition laïque. Mais pour beaucoup de journaux, elle apparaît ainsi de moins en moins tolérante envers sa minorité musulmane. Réglementer l’accès aux services publics est une chose, légiférer sur la tenue vestimentaire arborée sur la voie publique en est une autre. Revue de presse européenne.

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C’est un vrai problème qu’explicite la Süddeutsche Zeitung : « Interdire la Burqa, c’est échapper au problème (…) Mieux vaudrait répondre à la question fondamentale de savoir dans quelle mesure on a le droit de vivre selon ses traditions et ses règles religieuses. Au cous de siècles précédents, c’est au christianisme que les sociétés occidentales se confrontaient. Aujourd’hui, c’est de plus en plus l’islam qui prend le relais »

A l’enseigne de « l’impossible interdiction », le site Presseurop a décortiqué pas mal de journaux européens sur ce sujet chaud. Par exemple Libération, quotidien pour lequel à la contrainte, la majorité parlementaire « a tenu à ajouter l’humiliation publique. Pour ces paranoïaques de l’identité française, il faut donc que ces femmes, pourtant plus victimes que coupables, soit arrêtées sur la voie publique et verbalisées ». Cette « exaltations prohibitrice » a quelques chose d’irrationnel et d’inquiétant ».

En attendant, « on y voit toujours pas très clair sur l’aboutissement ou non, réglementaire ou non, de ces discussions », commente La Libre Belgique. Car, note le quotidien, « réglementer les conditions d’accès aux services publics est une chose. Mais légiférer sur la tenue vestimentaire arborée sur la voix publique en est une autre ». Et le risque existe pour le législateur d’être retoqué par le Conseil constitutionnel ou la Cour européenne des des droits de l’homme.

Le quotidien danois Politiken estime pour sa part que la « meilleure manière de faire se propager la burqa et le niqab est de les « présenter comme des problèmes ». Ils deviennent ainsi des symboles – non pas de la soumission de la femme – mais de protestation et de défi.

Le Times de Londres confirme que la « burqa n’es pas une cape d’invisibilité. Toute personne la portant signale qu’elle souhaite rester hors de la société. Pour autant, personne ne souhaite voir la police arracher les voiles des femmes dans la rue. Les Français sont allés trop loin ».

Sur le même sujet, lire également cet article du journal Le Monde : Le New York Times accuse Sarkozy d’attiser la haine

Mecanopolis

Mecanopolis

déc 21 2009

Qu’en est-il de la liberté de la presse en France ?

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

La liberté de la presse est l’un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques, qui reposent sur la liberté d’opinion, la liberté mentale et d’expression. En France, elle a été déclarée pour la première fois dans la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il y est stipulé que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». S’il est habituellement consensuel de dire que la liberté de la presse est fortement bridée dans la plupart des pays du monde, nous pourrions légitimement émettre de sérieuses interrogations quant au respect de cette dernière dans nos pays dits démocratiques que nous considérons habituellement comme un havre de civilisation qui se doit de dispenser ses inégalables lumières au reste du globe. Pour disposer d’une vue d’ensemble sur la question, nous allons aborder trois points essentiels, qui sont les censures de la liberté d’expression en France, le fonctionnement général des médias et leur financement, pour terminer par une vue globale de la nature de ces derniers.

Libertédelapresse

La notion même de liberté est passablement floue dans la langue française. Si le plus grand nombre de gens s’accorderait à dire que la liberté consiste à faire ce que l’on veut quand on le veut sans être entravé par quelque contrainte que ce soit, le bon sens dirait plutôt qu’être libre, c’est savoir agir de la meilleure manière possible dans l’observance des règles auxquelles notre marge d’action est soumise. En somme, c’est dans l’accroissement de ses responsabilités que l’on trouve plus de liberté. Dans le cas de la presse, donc, il s’agit de repérer les responsabilités et les règles que l’on impose aux journalistes pour pouvoir se faire une idée un tant soit peu pertinente de sa marge de manœuvre.

Pour ce qui est de la presse écrite, il est essentiel de savoir que la matière première des quotidiens est fournie par la majeure agence de presse, l’Agence France-Presse (AFP). Elle a donc une influence considérable, car beaucoup de journaux se contentent souvent de récupérer ses nouvelles pour toucher leur public. L’AFP était un établissement d’État jusqu’en 1957. Elle dispose aujourd’hui d’un nouveau statut censé garantir son indépendance rédactionnelle, mais ses recettes proviennent pour moitié de ses clients, pour moitié de l’État. Les batailles homériques qui entourent la nomination très politique de son président ont tendance à montrer que l’AFP n’est pas réellement neutre.

D’autre part, le travail des journalistes de tous bords est soumis au contrôle de leur rédacteur en chef, qui veille au respect de la ligne éditoriale d’une publication ou d’un journal audiovisuel. S’il juge qu’une partie de la production qui lui est présentée est indécente, il peut la supprimer, ce qui est une forme de censure indirecte. Le contrôle des rédactions passe par la réduction de leur nombre. On a assisté à une concentration sans précédent de la presse quotidienne depuis la Libération. Les journalistes, s’ils sont enregistrés par la Commission de la carte où siègent des représentants du Premier ministre, ou si l’administration le décide discrétionnairement, font bénéficier leurs employeurs de cotisations sociales réduites et en bénéficient eux-mêmes, ainsi que d’une déduction fiscale supplémentaire. Les journaux doivent, eux, être enregistrés par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP, instance dont le travail est peu médiatique mais qui a pourtant un rôle capital) où siègent d’autres représentants du Premier ministre pour bénéficier du taux réduit de TVA à 2,1% au lieu de 19,6%. Ils bénéficient alors aussi de tarifs ultra-préférentiels à La Poste. À ce subventionnement indirect s’ajoute un subventionnement direct par les services du Premier ministre des quotidiens nationaux. Le refus ou le retrait d’un de ces agréments vaut toutes les censures : il condamne généralement le journal concerné à la faillite immédiate. Et s’il survit, il est réduit à la marginalité sur un marché assisté où ne s’appliquent pas les règles de la libre concurrence.

Dans le cas de la publication de livres, il ne suffit pas de trouver un éditeur : encore faut-il qu’il soit mis à la disposition des libraires, ce qui est le travail des diffuseurs. Les sociétés assurant ce service peuvent très bien refuser d’afficher l’éventuel livre dans leur catalogue, condamnant ledit ouvrage à être distribué quasiment sous le manteau par des réseaux improbables.

La liberté de la presse ne peut s’apprécier qu’au regard de l’appareil judiciaire qui en garantit l’harmonieux fonctionnement. Au XIXe siècle, Georges Clémenceau se battit pour que les journaux ne soient pas jugés en correctionnelle par des magistrats nommés par l’État, mais par des jurys populaires. Cette procédure indispensable a été supprimée par le Gouvernement provisoire et jamais rétablie. Là encore, si les chambres spécialisées sont tenues par de fins juristes, il suffit d’observer les batailles qui entourent la nomination de ces magistrats pour mesurer le caractère politique de leur fonction.

Les journaux et émissions télévisées, de leur côté, sont contrôlés par le CSA, Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, qui est un organisme de l’État français. Jouissant d’un statut d’autorité indépendante, il délivre des autorisations d’émettre aux radios privées et aux chaînes de télévision privées, nationales, régionales ou locales selon le bon vouloir de ses neuf conseillers nommés par l’État. En guise d’aperçu de ce que le CSA est capable de faire, il faut savoir qu’en avril 2002, le CSA a écrit à France Télévisions après le passage du journaliste Thierry Meyssan dans une émission de Thierry Ardisson et lui a ordonné de ne plus lui donner la parole à propos des attentats du 11 septembre, dont il inférait la responsabilité au gouvernement des États-Unis. Une copie de cette lettre a été adressée à tous les médias audio-visuels sous convention. Depuis, Meyssan n’a plus été invité sur une chaîne française, y compris lorsque Arte a consacré une soirée complète à le mettre en cause.

Bien que les médias privés soient importants aujourd’hui, il n’en a pas toujours été ainsi en France. Charles De Gaulle entrant dans Paris promulgue, le 26 août 1944, une ordonnance rédigée à Alger qui nationalise toute la presse écrite et audiovisuelle. La France est le seul État non communiste à avoir jamais procédé de la sorte. L’idée de l’époque est que pour être objective, la presse doit être un service public. L’État devient le garant de la Vérité à défaut d’être celui de l’esprit critique. Ce n’est qu’en 1954 que Pierre Mendès-France privatisera la presse écrite. Il faudra attendre 1982 pour que François Mitterrand, devenu président de la République, privatise partiellement la radio, et 1986 pour que Jacques Chirac privatise partiellement la télévision.

Au niveau du fonctionnement et du financement des agences de presse, nous allons à nouveau opérer une distinction entre presse écrite et audiovisuelle en prenant des exemples éloquents de médias privés.

Prenons l’exemple du Figaro pour la presse écrite : Le Figaro est une filiale de la Socpresse dont le président est l’industriel et sénateur Serge Dassault. En 2009, selon le magazine Forbes, il est le 90e homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à plus de cinq milliards de dollars. Serge Dassault a expliqué, en 2004, que les journaux doivent diffuser des « idées saines », car « nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche ». « J’espère que vous allez cesser de former des journalistes de gauche ! » avait-il ainsi lancé à des responsables du Centre de formation des journalistes. Il refuse que son journal publie, en août 2004, un entretien avec Andrew Wang, dans le cadre de l’Affaire des frégates de Taïwan (l’entretien est finalement publié dans le magazine Le Point du 9 septembre 2004). À la suite de ses propos sur la subordination du journal à son propriétaire, des troubles surgissent pendant quelques mois au sein de la rédaction. En octobre 2008, le journal Le Monde rapporte des témoignages de journalistes du Figaro qui se plaignent de la pression exercée par Serge Dassault sur la rédaction. En février 2008, Pascale Pascariello, journaliste de France Inter, est prise à partie par le service d’ordre, après avoir posé des questions lors d’une réunion publique organisée par Serge Dassault. Le 19 juin 2008, Serge Dassault déclenche une nouvelle polémique en déclarant qu’il juge « anormal » d’aider les chômeurs, « des gens qui ne veulent pas travailler ». Sur iTélé, en juillet 2008, il avait également fait part de son admiration pour l’organisation chinoise du travail, a vanté les mérites des ouvriers chinois « qui travaillent 45 heures par semaine et dorment dans leurs usines », s’est désolé de l’existence des grèves et des syndicats et a dit soutenir une plus grande flexibilité pour les entreprises. Nous sommes en droit de nous demander quelle part de liberté et d’objectivité existe dans un média qui est sous la coupe de quelqu’un comme Serge Dassault…

Même un journal à la réputation plus neutre comme Le Monde ne fait pas figure d’exception dans les critères de rentabilité. Dans l’essai « La face cachée du Monde », Pierre Péan affirmait, entre autres, que l’équipe dirigeante du journal avait pris le parti de s’orienter vers une logique commerciale, faisant fi des règles déontologiques et usant des techniques de désinformation. Les critiques pointaient également du doigt certains partis-pris éditoriaux. D’autre part, un employé du Monde avait été licencié peu de temps après cette publication pour « cause réelle et sérieuse » portant « atteinte à l’entreprise » dans laquelle il travaillait, pour avoir critiqué l’absence de réaction du Monde aux critiques de l’essai de Pierre Péan.

Le 9 novembre 2005, selon Le Canard enchaîné du 16 novembre 2005, Nicolas Sarkozy convoque au ministère de l’Intérieur le président-directeur général des Éditions First, Vincent Barbare, pour le menacer de « foudres judiciaires et variées ». Cette maison d’édition s’apprêtait à publier le 24 novembre l’ouvrage signé de Valérie Domain, journaliste à Gala, et intitulé Cécilia Sarkozy, entre le cÅ“ur et la raison. Dans une interview du Parisien publiée le 18 novembre 2005, Cécila Sarkozy indique que c’est elle qui a alerté son mari sur la sortie du livre. « Je ne souhaite pas que ma vie privée soit médiatisée », a-t-elle affirmé. L’auteur affirme quant à elle que Cécilia Sarkozy était parfaitement au courant de la teneur du livre. Valérie Domain souhaite que son ouvrage soit publié et est entrée en contact avec l’éditeur Fayard. Malgré des pressions d’Arnaud Lagardère, directeur du groupe Hachette, sur Claude Durand, directeur de Fayard, la biographie de Cécilia Sarkozy par Valérie Domain a été publiée le 8 février 2006 et tirée à 100 000 exemplaires sous le titre Entre le cÅ“ur et la raison sous forme de roman aux éditions Fayard. Cécilia avait donné son accord pour cette biographie avant de se raviser après de multiples entretiens avec l’auteur. Du fait des menaces de poursuites judiciaires par le couple Sarkozy, Cécilia y apparaît sous le nom de « Célia Michaut-Cordier, épouse d’un homme politique influent ». « Une femme quitte un homme pour un autre. Homme de pouvoir, cet autre la voit à son tour lui échapper pour un troisième. Dès lors, il n’a de cesse de la reconquérir » résume l’auteur.

Reprise d’un article de Yann Chollet, journaliste indépendant et auteur du livre « 7 jours sur 7 à votre service »Â : « La censure existe sous couvert d’une relation alléchante du genre « j’achète une campagne de pub dans ton journal et tu me protèges sur cette affaire ». Et je comprends mieux pourquoi des journalistes de journaux dits de gauche (Canard Enchaîné, libération…) préfèrent démolir la SNCF ou critiquer les méchantes multinationales US plutôt que de s’attaquer à nos gentilles multinationales françaises, toutes socialement responsables et éthiques. Fin 2002, une journaliste dite  » d’investigation  » du magazine Capital, m’explique vouloir parler de mon livre et révéler l’affaire des 60 procès dont la chaîne Formule 1 est la mire. Au final, cette journaliste passera par la Tour Montparnasse, siège du PDG ACCOR et écrira un article exposant une image très positive du groupe. Mon livre n’est même pas cité, les arguments contradictoires invisibles. Je préviens la rédaction du magazine que la méthode utilisée par leur journaliste ne respecte pas la déontologie de la profession. Je menace de révéler cette erreur et rapidement le rédacteur en chef m’offre un droit de réponse. D’autres exemples identiques suivront concernant mon ouvrage, dans la presse française. Nicolas Beau du Canard Enchaîné, me dira de façon dédaigneuse au téléphone :  » On ne se paye pas ACCOR comme ça « . Surprenant ! Le rédacteur en chef de  » Nouvel Ouest  » m’expliquera clairement, sans détour, être en tractation  » partenariat publicitaire  » avec le groupe ACCOR et qu’il ne pourra pas parler de mon livre. Par Yann Chollet. Journaliste indépendant et auteur du livre  » 7 jours sur 7 à votre service « . A travers un exemple simple et concret, exposons la subtilité de cette dérive. En 2002, j’écris un livre  » 7 jours sur 7 à votre service  » aux éditions du Vent, qui dévoile l’exploitation des humains dans l’hôtellerie économique. A travers mon témoignage, mes propres souffrances vécues, j’expose en 287 pages une réalité dénonçant l’esclavage des temps modernes. A plus de 80 heures par semaine pour un SMIC, le mot n’est peut-être pas assez fort. Comme contre-attaque,  » le groupe ACCOR, impliqué dans l’ouvrage sous l’anagramme du groupe ROCCA  » comme l’expose Philippe Cohen dans un article publié dans Marianne, ne tente rien contre le livre directement, en connaissance de cause. Par contre, c’est à travers une véritable campagne de désinformation que ce groupe impose le silence autour de mon ouvrage, qui par ailleurs se vend hors réseau traditionnel, à plus de 1.800 exemplaires. Des dizaines de gérants me témoignent leur reconnaissance après lecture. »

Fondé sous l’égide de Jean-Paul Sartre, le premier numéro paraît le 18 avril 1973. Positionné à l’extrême gauche à ses débuts, Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate au début des années 1980, suite au départ de Jean-Paul Sartre. En 1978, le journal n’a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire ». Le journal reprend le titre d’un journal de la Résistance, Libération qui était dirigé par Emmanuel d’Astier de la Vigerie. En proie à de graves difficultés financières et à une baisse de sa diffusion depuis le début du XXIe siècle, Libération a aujourd’hui pour actionnaire de référence Édouard de Rothschild (38,87%), ancien membre de la commission exécutive du CNPF et grande fortune française. Son siège social est au 11 rue Béranger à Paris, dans le 3e arrondissement.

Au niveau de la presse télévisée, parlons de TF1, dont l’actionnaire principal est le groupe Bouygues, qui situe ses services dans les télécoms/médias et la construction (routes, immobilier…). L’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, expliquait la mission de sa chaîne ainsi : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Au vu du programme nettement commercial de TF1, on ne peut douter que c’est effectivement cette stratégie-là que la première chaîne de France met en application. Or, on peut se demander quelle est la crédibilité d’un journal télévisé paraissant sur une chaîne qui affirme un tel état d’esprit, d’autant plus qu’une personne qui a été divertie avant de regarder un journal parlé sera sans doute plus susceptible d’en avaler tout le contenu sans faire appel à la réflexion.

Toutes les autres chaînes privées connues et une multitude d’autres de moindre importance sont, comme TF1, possédées par des entreprises puissantes qui ont diversifié leurs actions dans plusieurs secteurs rentables, comme Bouygues. Par exemple, les chaînes de radio et de télévision RTL font partie de RTL Group, le plus grand groupe de télévision et radiodiffusion européen et premier producteur d’émission du monde, avec 45 chaînes de télévision et 33 réseaux de radio dans onze pays européens. Ce groupe est lui-même détenu par le géant des médias allemand Bertelsmann. Cette même multinationale est spécialisée dans la presse écrite, et possède notamment Random House, la première maison d’édition au monde. Barack Obama a notamment choisi Random House comme éditeur pour ses mémoires intitulées « Les rêves de mon père ». Il est aussi bon de savoir que le n°2 mondial de l’édition, Hachette, est détenu par le groupe Lagardère, dont les deux principales sociétés sont Lagardère Média (Europe 1, Virgin Radio, Virgin 17, Hachette Filipacchi Médias, MCM, RFM, …) et EADS, qui occupe la deuxième place mondiale dans l’industrie spatiale, aéronautique et de défense). Bertelsmann possède aussi une cinquantaine de magazines dont Stern, Capital, Geo, Gala.

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À la lumière de toutes ces informations, nous pouvons nous faire une idée pertinente de la nature de la presse, et si je devais la résumer en deux principes, je les nommerais rentabilité et justification du pouvoir en place. Pour ce qui est de la première assertion, suivons une réflexion élémentaire qui nous fait effectivement savoir que personne ne se lance dans une activité qui ne lui rapporte rien ou qui le fait travailler à perte, et que les grands vecteurs de la presse doivent assurément bénéficier de bases financières solides pour bénéficier des moyens qu’ils possèdent. Et il se trouve qu’en effet, comme nous l’avons dit, les plus grands médias, ceux qui touchent le plus grand nombre de personnes et qui jouissent de la plus grande estime, sont soit détenus par des entreprises qui recherchent bel et bien le profit, soit par l’État, et lorsqu’il s’agit de chaînes de télévision, cela implique le contrôle du type d’informations qui apparaît dans leurs journaux parlés et du recrutement de ses journalistes. En plus de cela, nous avons vu que de multiples processus de censure plus ou moins directs existent tant dans la presse écrite que dans le domaine de l’audiovisuel. Il faut donc que l’information diffusée ait, d’une part, une teneur commerciale, ce qui implique qu’elle fasse part à son public de messages destinés à le toucher, comme de la vulgarisation de l’information fortement axée sur l’émotivité, des faits divers de toutes sortes, ainsi que des nouvelles sur les sports ou même sur des célébrités. Cette stratégie commune à tous les médias importants sert leur deuxième but essentiel : la justification du pouvoir en place. On aurait effectivement tort de penser que le secteur privé permet plus de liberté d’expression que l’État : si l’État a intérêt à dissimuler les informations qui sont susceptibles de remettre en cause la politique qu’il mène, il n’en va pas différemment avec les entreprises qui possèdent des pans de l’information. Ce qu’elles font est tout à fait similaire, à la seule différence que le résultat est pire encore. L’orientation clairement pro-capitaliste de leur ligne éditoriale a également pour but de défendre l’élite des ultra-libéraux et de ne pas permettre de critiques significatives du système en place. La presse d’État et la presse privée partagent donc le même intérêt existentiel, qui est la préservation des politiques économiques et sociétales sur lesquelles les secteurs public et privé s’entendent parfaitement. Elles détournent alors majoritairement l’attention de leurs lecteurs et de leur auditoire sur des faits et des problèmes futiles, vulgarisés ou déformés à coups de propagande, ce dont ces derniers raffolent par ailleurs le plus.

De ce système discrètement verrouillé, il résulte une presse fade et révérencieuse dont le public se désintéresse, préférant souvent s’informer par d’autres moyens. On estime que 57% de la population lit les journaux. Ces mêmes journaux en sont réduits à combler leurs colonnes par des faits divers des plus courants aux plus sordides, choisis arbitrairement parmi tant d’autres, ou encore par des rubriques entières consacrées aux sports, pour compenser toute la rétention d’informations et le manque cruel d’analyse qui concernent les sujets politique et économique qui devraient être l’une des préoccupations majeures des citoyens dignes de ce nom. Malheureusement, l’écrasante majorité de la population n’a cure de ce qui se fait d’important : elle se moque éperdument des idéaux de justice et d’équité, et réagit très peu aux injustices qui la frappent de plein fouet, même lorsqu’elle voit nettement les droits pour lesquels ses ancêtres se sont battus si longtemps et si ardemment leur échapper. Les gens préfèrent se laisser aller au cortège d’émotions et de niaiseries par lesquelles on les dirige aisément dans le sens que l’on désire, et qui est l’instrument principal sur lequel se sont toujours appuyées les propagandes de tous bords.

Ils ont besoin que l’on pense pour eux, de se rassurer de la logique manichéenne internationale qui leur est si abondamment diffusée et qui leur dit qu’il y a, dans le monde, un axe du bien, dans lequel ils ont la chance inestimable de vivre, et de l’autre un axe du mal, peuplé de méchants qui ne rêvent que de détruire leur joli paradis. Ils ont besoin de voir un homme providentiel faire son apparition soudaine pour résoudre miraculeusement tous les problèmes, qu’ils acclament avec véhémence pour le mettre au pouvoir mais pour se désintéresser ensuite de ce que leur messie y fait, et ne se rendent alors pas compte que, comme tous ses prédécesseurs, il trompe les serments qu’il leur avait tenus. Cette bêtise permet à la censure de la presse de se radicaliser. Depuis l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, la France est devenue le premier pays européen en termes de perquisitions dans les rédactions et de journalistes mis en examen ou placés en garde-à-vue. Mais évidemment, la population accorde trop peu d’importance à ses acquis et à sa liberté pour daigner les défendre. Ce n’est pas que la liberté d’expression ne soit pas absolue qui est choquant, car il serait normal de laisser, en toutes circonstances, des règles de base qui empêcheraient la diffusion d’idées haineuses, diffamatoires ou extrémistes. Mais au vu de tout ce dont nous avons parlé, il est clair que la liberté de la presse se trouve aujourd’hui si limitée qu’elle est devenue un vecteur de propagande où seules les idées utiles à l’appui d’idéologies sélectionnées sont autorisées. Pourtant, la subtilité de notre système est de faire croire que le fait que des scandales liés à la corruption de politiciens puissent faire la une des journaux, ou encore que chacun soit en mesure de critiquer la personne du président sont autant de preuves de liberté d’expression. Cela rassurera alors les gens, et les esprits petits bourgeois diront alors : « Vous voyez que nous sommes libres, puisque nous pouvons nous exprimer ainsi. » On trouvera nos dirigeants bien bons de tolérer de telles excentricités, qui sont en réalité aussi futiles que vaines. Nous ne manquerons pas non plus de voir moult personnages réputés proposer des solutions humanistes et miraculeuses aux problèmes qui surviennent en temps de crises (qui, rappelons-le, ne sont dues qu’aux aléas incontrôlables d’un système et non pas aux élites dirigeants qui n’ont soi-disant plus été maîtres de la situation). Mais cela n’en restera jamais qu’au stade de proposition hypothétique, car aucune information ou idée qui pourrait réellement changer le système, et donc menacer les privilèges auxquels ceux qui en bénéficient s’agrippent, ne pourra filtrer ou être appliquée sans leur consentement. On ne peut donc plus parler de liberté, et ceux qui sont encore séduits par l’argument d’autorité et la preuve sociale qui sont associées aux médias puissants et à leurs éminents journalistes sont soit mal informés, soit très naïfs.

Régis Mex, pour Mecanopolis

nov 29 2009

La privatisation de l’Etat

Un oxymore, une contradiction dans les termes ? Et pourtant c’est bien à ce phénomène politique que nous assistons aujourd’hui.

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La dérive libérale du système marchand, caractérisée par le désengagement économique et social de l’Etat, la liquidation des services publics et son accaparement par un clan, … aboutit à une véritable mutation de la nature de l’Etat en parfaite contradiction avec les principes républicains.

ETAT ET CLASSES SOCIALES

Ce n’est pas nouveau d’affirmer que dans une société divisée en classes sociales, aux intérêts antagonistes et contradictoires, l’Etat représente la force coercitive qui garanti les intérêts de la classe des possédants

Ce n’est pas nouveau, mais il est urgent et indispensable de le rappeler aujourd’hui.

Ce n’est certes pas l’apanage du système marchand. En effet, tous les systèmes d’organisation sociale de l’Histoire ont fonctionné sur cette logique… sauf peut-être les sociétés dites « primitives ».

L’Etat garanti les intérêts des possédants en tenant compte des rapports de forces, des évènements historiques, des évolutions de la société qu’il domine. Il peut apparaître à certains moments conciliant, voire donner l’apparence de la médiation, comme il peut apparaître parfaitement autoritaire, voire dictatorial – le 20e siècle est une parfaite illustration de ces facultés d’adaptation de l’institution « Etat ».

LE MYTHE REPUBLICAIN

L’effondrement de l’Ancien Régime, en Europe au 18e et 19e siècle a laissé la place au système marchand, capitalisme, salariat, qui s’est fondé sur une ambiguïté dont nous payons encore aujourd’hui les conséquences politiques.

Les discours philosophico-humanistes des penseurs des Lumières, et de certains des philosophes de la Révolution Française ont vite laissé la place au discours « réaliste » des affairistes et des marchands.

Les intérêts des nouveaux possédants se sont bien vite heurtés aux valeurs que ceux-ci avaient précipitamment mais imprudemment gravées dans la pierre des frontons des édifices publics. L’écrasement des révoltes ouvrières dès le début du 19e siècle, la Commune de Paris, n’ont été que le prélude des grandes répressions du 20e siècle.

Le mythe de la République pour tous, pour le peuple, d’une République garante et défenseuse des opprimés s’est très vite avéré être une remarquable et efficace escroquerie.

Le système électoral, c’est-à-dire le moyen de tenir compte des désirs et de la volonté du peuple, en nommant des représentant a été depuis longtemps parfaitement détourné ce qui a permis l’émergence d’une nouvelle « aristocratie » qui a pris possession du Pouvoir et l’a gardé,… quels que soient les modifications apportées aux modes de scrutins.

Il suffisait, pour entretenir l’illusion d’asséner régulièrement et systématiquement le « bon peuple » de slogans bien conçus pour lui faire croire que « les promesses seront bien tenues », « les élus sont responsables devant leurs électeurs » et,… cerise sur le gâteau « le vote est non seulement un droit mais aussi un devoir ». Ainsi l’Etat, « bien commun » du Peuple (ce qu’il n’a jamais été), s’est donné le beau rôle :

- donner l’illusion de la démocratie,

- demeurer le garant d’un système fondamentalement inégalitaire et exploiteur.

La force, mais aussi les faiblesses et les ambiguïtés politiques du mouvement ouvrier vont, au 19e siècle, et surtout au 20e, entretenir le mythe de l‘ « Etat démocratique » avant un début de renversement de la tendance au début du 21e siècle.

L’ETAT ET LE MOUVEMENT OUVRIER

Très tôt, les ouvriers, les salariés ont eu à pâtir de la politique de l’Etat dans le système marchand,… mais ils ont su aussi l’utiliser.

Les multiples et sanglantes révoltes ouvrières montrent, s’il en était besoin, que tous les discours « démocratiques » s’arrêtent où commencent les intérêts du système marchand. Pourtant, n’en déplaisent aux « révolutionnaires professionnels », jamais, dans aucun pays développé, la classe ouvrière n’a voulu et n’a pris le pouvoir. Au contraire elle a lutté, et efficacement, pour améliorer ses conditions de travail et de vie, rencontrant en cela un Etat, prêt à faire des concessions pour s’acheter la « paix sociale ».

Ainsi l’illusion d’un Etat défendant l’ « intérêt public » s’est peu à peu fait jour, au point que les organisations politiques ouvrières sont allées elles mêmes gérer le capitalisme dans « l’intérêt des travailleurs ». Le mythe du « système démocratique », de l’ « Etat défenseur de l’intérêt général » était né, y compris et surtout parmi ses plus déterminés détracteurs, les salariés.

Les rapports de forces, les évènements historiques (les guerres), les cultures nationales ont permis aux salariés d’acquérir des avantages conséquents qui existent encore – pas pour longtemps – aujourd’hui, les acquis sociaux. Cette situation a renforcé la vision « démocratique » de l’Etat, la soumission des salariés à un système qui savait leur accorder des miettes substantielles, bref, la croyance aujourd’hui encore profondément ancrée en un Etat neutre, médiateur et défenseur de l’intérêt public.

Cette croyance a produit et continue de produire, le réformisme des organisations « révolutionnaires » et « contestataires » – qui ne jurent que par les élections, même si elles ont un discours opportunément radical, de même que des syndicats partenaires de l’Etat dans la gestion du capitalisme.

VERS LA PRIVATISATION DE L’ETAT

Tout ce bel agencement économico-politique a été bouleversé par la mondialisation marchande. Les petites affaires, les négociations, les compromis, entre classes antagonistes dans le cadre d’un « Etat-nation »,… c’est terminé. Le Capital, désormais intégralement mondialisé, aussi bien dans sa valorisation, que dans sa gestion, n’est plus à même d’accorder des miettes aux classes salariées des « anciens pays industriels », il peut même s’en passer ayant de multiples ressources, et moins chères, ailleurs.

L’Etat, sans changer de nature – toujours garant des intérêts du système -, a évidemment changé de tactique et de politique.

La notion de « bien public », d’ « intérêt public », bref de « service public », perd de son sens. On garde ces termes pour les discours électoraux afin de tromper l’électeur naïf. Dans les faits on livre toutes ces activités juteuses aux appétits du Capital. Opération d’autant plus facile que le « bon peuple », consciencieusement endormi par les médias et la classe politique ne sait absolument pas comment réagir sinon par des manifestations, pétitions et autres « votations » ridicules et inefficaces.

L’Etat se réduit de plus en plus à ses fonctions régaliennes qui n’ont qu’un seul et unique but : maintenir contre « vents et marées » le système en place. La classe politique devient une « aristocratie » au renouvellement limité, via les partis qu’elle contrôle, à partir d’élections complètement sous contrôle. Quand le « bon peuple » « vote mal », on recommence ou on contourne le scrutin (voit le référendum sur l’Europe). Cette « aristocratie », divisée en clans se partage le Pouvoir où règne la voyoucratie (des noms ?), l’incompétence (des noms ?), le népotisme (des noms ?), l’impunité (des noms ?),… Le tout protégé par une milice armée de plus en plus efficace, bénéficiant d’une quasi impunité, abusivement baptisée « police républicaine »( ?).

L’Etat n’a plus ainsi à « défendre l’intérêt général » désormais soumis aux lois du marché, mais à défendre les privilèges de la classe politique qui sait intégrer et corrompre tout ce qui peut apparaître comme une opposition dangereuse… Ainsi, les uns après les autres, les « contestataires » accèdent à des postes grassement rémunérés donnant accès à privilèges exorbitants.

L’Etat n’est plus qu’une affaire de clans et un instrument coercitif destiné à faire respecter l’ordre marchand.

Toutes les « grandes démocraties » glissent sur cette pente qui ne peut conduire qu’au déclin et à la décadence. Les cas les plus significatifs, parmi celles –ci, et caricaturaux sont aujourd’hui la France et l’Italie.

Le citoyen, si tant est que ce terme ait encore un sens, n’a plus rien à attendre des institutions étatiques qui ne sont là que pour l’asservir à des contraintes qui correspondent non pas à ses intérêts mais à ceux de la classe politique défenseuse des intérêt du Capital – le sens et la teneur des mesures prises lors de la crise que nous traversons en est la plus parfaite illustration.

En l’absence d’une alternative crédible, ce qui est actuellement le cas, la situation ne peut qu’empirer ouvrant la voie à toutes les aventures…

Octobre 2009 Patrick MIGNARD

nov 24 2009

Récapitulatif des implications du Traité de Lisbonne

Étant donné que l’on a beaucoup parlé du traité de Lisbonne au cours de ces deux dernières années, mais que l’on a nettement moins souvent exposé son contenu, je vous propose cette synthèse non-exhaustive de ses implications, en espérant que cela aide certains à avoir un point de vue plus clair sur ce traité.

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Rappel de la nature du traité de Lisbonne et bref historique de sa ratification:

D’après Valéry Giscard d’Estaing, il ne s’agit que d’une « pâle copie » du Traité établissant une Constitution pour l’Europe [aussi nommé Traité de Rome, rejeté en 2004], dans laquelle seule la forme a été changée, mais pas le contenu :

« La conclusion vient d’elle-même à l’esprit. Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l’on cherche. »

Il affirme toutefois : « Au lieu d’être de tonalité constitutionnelle, il modifie les anciens traités, ce qui constitue une différence fondamentale. »

Selon Bertie Ahern, Premier ministre de la République d’Irlande, « 90 % [de la Constitution] est toujours là… ces changements n’ont apporté aucune modification spectaculaire à l’accord de 2004. », signifiant que 90 % des décisions du Traité de Rome seront toujours présentes, notamment le transfert de certaines compétences à l’Union européenne (dont une partie de la politique étrangère).

L’extension de la règle de la majorité qualifiée puis de la double majorité (calculées selon le poids démographique des États) demandant un nombre important d’États pour modifier un article ayant trait à l’Union européenne, n’empêchera pas l’Union d’évoluer, mais bloquera toute tentative de modification d’actes déjà adoptés (notamment de nombreux projets d’ordre économiques, politiques ou sécuritaires).

Genèse du traité:

En raison du rejet par référendum, en 2005, du traité de Rome de 2004 par la majorité des électeurs français et néerlandais, une période dite de réflexion s’était ouverte. En janvier 2007, alors qu’elle prenait la présidence de l’Union européenne, l’Allemagne a déclaré cette période close.

En mars 2007, lors des célébrations du 50e anniversaire des traités de Rome de 1957, une déclaration de Berlin a été signée afin de donner un nouvel élan à la construction européenne, avant les élections du Parlement européen, en juin 2009.

À la suite du rejet référendaire, un groupe Amato (Comité d’action pour la démocratie européenne, présidé par Giuliano Amato, officiellement en anglais Action Committee for European Democracy, ACED), composé de « sages » et soutenu par la Commission Barroso, a travaillé de façon non-officielle, en réécrivant le traité. Le 4 juin 2007, le groupe arrêta un texte en français, constitué aux trois quarts de l’ancien Traité constitutionnel auquel quelques modifications ont été rajoutées. Il a été certes allégé en épaisseur, non en contenu.

Le Parlement européen a approuvé le 20 février 2008 le traité à une très forte majorité :

525 votes favorables (82 %), 115 défavorables, 29 abstentions

Processus de ratification:

Les quatre premiers États à avoir ratifié le traité font partie des pays adhérents récents à l’Union européenne : la Hongrie, Malte et la Slovénie parmi les Etats entrés en 2004 dans l’Union européenne ; la Roumanie entrée en 2007.

En France : après le rejet par 55 % des français du référendum sur la Constitution en 2004, la France n’a pas proposé de nouveau référendum à ses citoyens au motif que ce nouveau traité n’est pas une Constitution européenne. Une révision de la Constitution française, effectuée par la voie du Congrès le 4 février 2008, a permis la ratification du traité lui-même par la voie parlementaire le 8 février.

L’Irlande:

Un premier référendum qui a lieu en Irlande le 12 juin 2008 aboutit au rejet du traité de Lisbonne par 53,4 % des voix.

Au 6 mai 2009, un seul État n’avait pas encore ratifié le traité. Il s’agissait de l’Irlande, pourtant membre de la zone euro. C’est le seul pays à s’être prononcé par la voie référendaire, du fait de sa constitution qui l’oblige à consulter la population. Des démarches ont toutefois été entreprises pour l’amener à revoter sur ce traité.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, s’est rendu en Irlande le 8 septembre. « Ce référendum n’est pas un test de popularité de votre gouvernement, il concerne notre avenir commun dans l’Union européenne »

Le 19 septembre, José Manuel Barroso a fait « un geste » en direction de l’Irlande en proposant le vote d’une aide de 14,8 millions € pour la reconversion des 2 400 salariés de l’usine Dell de Limerick récemment licenciés. « L’Union européenne est fondée sur la solidarité. Notre réponse naturelle est de venir en aide à ceux qui connaissent des difficultés » a-t-il déclaré.

Un nouveau référendum a été organisé le 2 octobre 2009. L’Irlande, qui connait depuis un an une grave crise économique, notamment du fait de l’ampleur de sa crise immobilière, a été aidée par l’UE. Les Irlandais ont voté en grande majorité pour le oui, avec 67,13% des voix au référendum.

« Il est évident qu’un 2ème vote « non » au traité de Lisbonne aurait des conséquences sérieuses et dommageables pour l’Irlande, surtout maintenant que nos partenaires nous ont accordé ce que nous demandions » a déclaré le Premier ministre Brian Cowen.

La République Tchèque:

Le gouvernement tchèque a déjà signé le traité de Lisbonne et les deux chambres du Parlement l’ont ratifié. Mais cette ratification devait être promulguée par le Président Vaclav Klaus, réputé eurosceptique. Des recours contre le texte approuvé par le Parlement étaient possibles de la part de certains sénateurs ODS, sénateurs qui ont in fine attaqué le texte devant la Cour constitutionnelle tchèque en septembre 2009. Le 9 octobre, Klaus demande à la présidence suédoise de tenir compte du fait que les décrets BeneÅ¡ pourraient être remis en cause sur la base du traité de Lisbonne et notamment de la Charte des droits fondamentaux qu’il contient. Le 14 octobre 2009, M. Klaus déclare à Moscou qu’il n’est pas prêt à revenir sur les objections qu’il a formulées à l’encontre du traité de Lisbonne : « J’ai expliqué que je crains et que je ne suis pas seul à craindre un approfondissement de l’intégration de l’Union européenne. Pour moi c’est une chose d’importance vitale. À mon avis, les conditions que j’ai formulées pour signer l’accord sont sérieuses et l’idée que je peux oublier mes objections est mal fondée » tandis que José Manuel Barroso l’exhorte à ne pas prendre le reste de l’Europe en otage et à respecter « les valeurs et principes » de l’Union européenne.

14.10.2009 Journal « Hospodárské Noviny »: Courrier International:

La République tchèque est le dernier pays à n’avoir pas ratifié le traité de Lisbonne. Le président Vaclav Klaus, un eurosceptique, rechigne à signer le texte, déjà voté par le Parlement. Au sein du pays, on cherche la parade. Alena Gajduskova, la vice-présidente du Sénat, suggère de destituer Klaus pour trahison.

14.10.2009 @Novinky.cz: La sénatrice Gajdůšková veut se débarrasser des pouvoirs de Klaus.La Vice-Présidente du Sénat Alena Gajdùskovâ est prête à proposer que le Président Václav Klaus soit privé de pouvoirs. Le document de ratification pourrait alors être signé par le Premier ministre Jan Fischer, qui prendrait les pouvoirs du président.

« Si la Cour constitutionnelle décide que le traité de Lisbonne est conforme à la Charte des Droits et Libertés et si le Président continue de soutenir que la ratification ne peut être signé, Vaclav Klaus ne peut donc plus exercer son mandat conformément à l’article 66 de la Constitution qui dit que si le président ne peut exercer son autorité, sa compétence en matière de traités internationaux passe au Premier ministre » a-t-elle déclaré.

Au début de décembre 2008, le président tchèque a pu se rendre compte de la manière dont l’UE traitait ceux qui ne veulent pas se soumettre aux diktats de Berlin, Paris, Londres et Bruxelles. Un groupe de députés du Parlement européen est allé le voir et l’a forcé à publier, après la rencontre, le procès-verbal de leurs entretiens.2 On peut y lire notamment les propos du parlementaire Daniel Cohn-Bendit: «Votre avis sur le Traité de Lisbonne ne m’intéresse pas. Vous allez devoir le ratifier. En outre, je veux que vous m’expliquiez le degré de votre amitié avec Monsieur Ganley [le chef du parti irlandais Libertas dont la campagne a considérablement contribué au succès du non lors du référendum de mai 2008]. Comment pouvez-vous rencontrer un homme dont on ne sait pas qui le finance ? Etant donné votre fonction, vous ne deviez pas le rencontrer.»

Le président tchèque a réagi d’une manière très compréhensible: «Depuis 6 ans [depuis qu’il est président], personne ne m’a jamais parlé sur ce ton. Nous ne sommes pas sur les barricades de Paris. Je croyais que ces méthodes avaient cessé pour nous il y a 19 ans. Je vois que je me suis trompé. […] Je ne me doutais pas qu’une telle chose était possible. Je n’avais pas vécu cela depuis 19 ans. Je croyais que cela appartenait au passé, que nous vivions en démocratie, mais l’UE fonctionne vraiment comme une post-démocratie. Vous avez parlé de valeurs européennes. Ce sont avant tout la liberté et la démocratie et c’est surtout à ces valeurs que sont attachés les citoyens de l’UE, mais aujourd’hui elles disparaissent de plus en plus.»

Le 17 octobre, il déclare toutefois lors d’un entretien au Lidové noviny qu’il pourrait sans doute signer le traité dans le mois qui vient même s’il demeure opposé à ce texte : « Au train où vont les choses, c’est-à-dire très vite, il n’est plus possible d’arrêter le traité ni de faire marche arrière, quand bien même certains d’entre nous le voudrions » et « Je n’ai jamais dit qu’il était nécessaire que ma note de bas de page soit ratifiée par l’ensemble des États membres, ce qui impliquerait que l’on recommence tout le processus de ratification de Lisbonne ».

Le 3 novembre, la Cour constitutionnelle tchèque donne son feu vert pour poursuivre la dernière étape de ratification malgré une plainte d’un groupe de sénateurs, proches du président, qui entendaient faire vérifier qu’il était bien conforme à la loi fondamentale tchèque. Quelques heures plus tard, Vaclav Klaus signe finalement le traité.


Allocution de Vaclav Klaus au Parlement européen
 
  
 
La Pologne:

De son côté, en Pologne, le Président Lech KaczyÅ„ski, conservateur, avait déclaré le 1er juillet 2008 que le rejet du texte par les électeurs irlandais lors d’un référendum le 12 juin rendait « inutile » sa ratification, pourtant acceptée à une large majorité (380+77 oui, 54+17 non) par le parlement en avril. Le président polonais Lech KaczyÅ„ski avait finalement signé le traité le 10 octobre 2009, comme il avait promis de le faire en cas de « oui » irlandais. Le traité de Lisbonne avait déjà été ratifié par le Sejm et le Sénat polonais.

1) Éléments essentiels du traité de Lisbonne:

       Que contient le traité de Lisbonne ?

  • Il permet d’accueillir de nouveaux États membres afin d’approfondir le projet de réconciliation européenne engagé au début des années 50 ;
  • Concernant les dispositions institutionnelles (partie 1 de la « Constitution »), le traité de Lisbonne retient les dispositions suivantes :

− octroi de la personnalité juridique à l’Union ;

− fusion des trois piliers ;

− nouvelle règle de la double majorité

− affirmation du principe de codécision entre le Parlement européen et le Conseil des ministres comme procédure législative ordinaire ;

− présidence stable du Conseil européen (pendant 2 ans et demi) renouvelable une fois ;

− création du poste de « haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité » ;

− droit d’initiative citoyenne ;

− renforcement de la démocratie participative, etc.

- obtiention d’une personnalité juridique, qui donne la capacité de contracter, notamment d’être partie d’une convention internationale ou d’être membre d’une organisation internationale.

Piliers de l’Union européenne

Le Traité de Maastricht a organisé l’Union européenne autour de trois piliers :

  • Premier pilier : le pilier communautaire qui correspond aux trois communautés :

− la Communauté européenne (CE).

− la Communauté européenne de l’énergie atomique (EURATOM).

− et l’ancienne Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), qui avait été créée pour 50 ans et qui n’existe plus depuis le 22 juillet 2002.

  • Deuxième pilier : le pilier consacré à la politique étrangère et de sécurité commune.
  •  Troisième pilier : le pilier consacré à la coopération policière et judiciaire en matière pénale.

Le système de double majorité

Les dispositions relatives à l’extension de la nouvelle règle de la double majorité à un nombre croissant de domaines (par exemple les visas et le contrôle de la circulation des étrangers, le système commun d’asile, la politique commune de l’immigration et encore la coopération judiciaire en matière pénale, etc.) sont reprises de la partie 3 de la Constitution. Jusqu’à maintenant, la majorité qualifiée est définie selon un système complexe de pondération des voix selon lequel les États membres bénéficient d’un certain nombre de voix, pour une large part en fonction de leur poids démographique. Le traité de Lisbonne y substituera un système fondé sur une double majorité d’États et de population, selon lequel une « loi » sera adoptée au sein du Conseil si elle obtient au moins l’accord de 55% des États de l’Union (soit 15 États membres dans une Union composée de 27 États membres) représentant au moins 65% de la population de l’Union.

Le traité de Lisbonne prévoit l’extension du vote à la majorité qualifiée à 33 nouveaux articles. Avec les 63 articles qui relèvent déjà de la majorité qualifiée, 96 articles sont désormais concernés par le vote à la majorité qualifiée.

Pour ce qui concerne les dispositions concernant la procédure de révision, la règle de l’unanimité est maintenue.

Néanmoins, le traité de Lisbonne prévoit des possibilités d’adaptation des traités, permettant d’éviter des procédures de révision lourdes :

  • les « clauses passerelles » (qui permettent au Conseil européen de décider – à l’unanimité et sauf en matière de défense – le passage au vote dans tel ou tel domaine à la majorité qualifiée).
  • les « clauses de flexibilité » pour étendre les compétences de l’Union.

2) Le traité de Lisbonne n’est plus la « Constitution européenne »

La « Constitution européenne » proposait d’abroger l’ensemble des traités actuels et de les remplacer par un texte unique dont la vocation constitutionnelle était affirmée. Le traité de Lisbonne se borne à modifier les traités existants, d’où le nom de « traité modificatif » ou « réformateur ».

Une commission réduite

La Commission européenne conserve un rôle central.

Après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne :

  • La première Commission investie (2009-2014) comprendra, comme c’est le cas aujourd’hui, un commissaire issu de chaque État membre.
  • À partir de 2014, le nombre de commissaires correspondra aux deux tiers des États

membres (soit 18 dans une Union composée de 27 États membres). Les membres seront sélectionnés selon un système de rotation égalitaire entre les États.

L’innovation la plus importante réside dans la création d’une présidence stable. Comme le Parlement européen et comme la Commission, le Conseil européen aura un président à plein temps, qui ne pourra pas exercer de mandat national. Il sera élu à la majorité qualifiée par le Conseil européen pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois.

Le président du Conseil européen :

  • donne une voix et un visage à l’Union européenne ;
  • assure la représentation de l’Union sur la scène internationale ;
  • préside et coordonne les travaux du Conseil européen.

Un nouveau mode de décision au conseil des ministres

Le Conseil des ministres des États membres de l’Union (qui comprend différentes formations en fonction des secteurs concernés comme l’économie et les finances, l’agriculture, etc.) a pour rôle principal de voter les actes de l’Union européenne.

La règle de vote est modifiée.

En effet, à la différence du Parlement européen, où l’on vote à la majorité simple, la règle de vote au Conseil prend en compte le poids respectif de chaque État de manière à ce que les « lois » votées reflètent à la fois la volonté de la majorité des citoyens européens mais aussi la réalité du poids des États membres de l’Union. C’est ce que l’on appelle la « double majorité » des États et des citoyens.

Un haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Le traité de Lisbonne crée un Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

  • Il fusionnera les fonctions actuelles de Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune (poste occupé aujourd’hui par Javier Solana) et de Commissaire européen chargé des relations extérieures (poste occupé actuellement par Benita Ferrero-Waldner)
  • Nommé par le Conseil européen et investi par le Parlement européen, il sera Vice-Président de la Commission européenne et présidera le Conseil des affaires étrangères du Conseil des ministres.

Le Parlement européen: une institution encore plus influente

Les pouvoirs du Parlement européen sont étendus :

  • Les pouvoirs du Parlement sont renforcés en matière législative, budgétaire mais aussi de contrôle politique.
  • Le Parlement investit le Président de la Commission sur proposition du Conseil européen, « en tenant compte des élections du Parlement européen ».

En matière législative:

- Extension de la procédure de codécision législative (Conseil des ministres et Parlement) à près de 50 nouveaux domaines. Cette procédure donne au Parlement européen des pouvoirs législatifs comparables à ceux du Conseil des ministres.

- Cette procédure est principalement appliquée aux domaines de compétences actuels de l’Union européenne (marché intérieur et gouvernance économique en particulier) et aux quelques compétences nouvelles qui lui sont attribuées. Dans ce dernier cas, on peut par exemple noter que les pouvoirs législatifs du Parlement européen portent désormais sur le contrôle des personnes aux frontières, aux dispositions régissant l’accueil et le traitement des demandeurs d’asile, ainsi qu’à la lutte contre l’immigration clandestine.

En matière budgétaire:

- Le Parlement européen se voit reconnaître un droit de décision égal à celui du Conseil des ministres, notamment pour l’adoption de l’ensemble du budget annuel (alors que le Conseil a aujourd’hui le dernier mot sur les dépenses dites « obligatoires » qui représentent une large part du budget européen et notamment les dépenses agricoles). Avec le traité de Lisbonne, le Parlement européen, qui est la seule institution de l’Union à être élue au suffrage universel direct, voit donc ses pouvoirs et son poids politique fortement accrus au sein du « triangle institutionnel » (la Commission, le Conseil des ministres et le Parlement européen). Le traité de Lisbonne clarifie le partage des pouvoirs entre l’Union européenne et les États membres. Il apporte une réponse à la question « Qui fait quoi ? » dans l’Union européenne, ce qui renforce la responsabilité des différents niveaux de pouvoir.

Le Compromis de Ioannina

La nouvelle règle de vote issue du traité de Lisbonne (la double majorité) ne s’appliquera qu’en 2014, voire en 2017.

En effet, afin de rallier définitivement la Pologne au cours de la négociation, un dispositif transitoire (compromis de Ioannina, qui tire son nom d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Ioannina, en Grèce, en 1994) a été prévu, par lequel si les États membres qui s’opposent à un texte franchissent un certain seuil significatif tout en étant insuffisant pour bloquer la décision (1/3 des États membres ou 25% de la population), l’ensemble des États membres s’engagent à rechercher une solution pour rallier les opposants tout en se réservant la possibilité de passer à tout moment au vote.

Quels principes de partage des compétences ?

Le partage des compétences entre l’Union européenne et les États membres est établi ainsi :

  • L’Union dispose des compétences que les États lui attribuent dans le Traité de Lisbonne ;
  • Toutes les autres compétences continuent d’appartenir aux États.

Le traité de Lisbonne distingue trois grandes catégories de compétences :

  • Les compétences exclusives de l’Union dans les domaines où celle-ci légifère seule :

− Union douanière ;

− Établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur ;

− Politique monétaire pour les États membres dont la monnaie est l’euro ;

− Conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique  commune de la pêche ;

− Politique commerciale commune ;

− Conclusion d’un accord international lorsque cette conclusion est prévue dans un acte législatif de l’Union, ou est nécessaire pour lui permettre d’exercer sa compétence interne, ou dans la mesure où elle est susceptible d’affecter des règles communes ou d’en altérer la portée.

  • Les compétences partagées entre l’Union et les États membres, les États exerçant leur compétence dans la mesure où l’Union n’a pas exercé la sienne :

− Marché intérieur ;

− Politique sociale, pour les aspects définis dans le présent traité ;

− Cohésion économique, sociale et territoriale ;

− Agriculture et la pêche, à l’exclusion de la conservation des ressources biologiques de la mer ;

− Environnement ;

− Protection des consommateurs ;

− Transports ;

− Réseaux transeuropéens ;

− Énergie ;

− Espace de liberté, de sécurité et de justice ;

− Enjeux communs de sécurité en matière de santé publique, pour les aspects définis dans le traité de Lisbonne ;

− Recherche, développement technologique, espace ;

− Coopération au développement et aide humanitaire.

  • Enfin, les domaines où les États membres demeurent totalement compétents mais où l’Union peut mener des actions d’appui ou de coordination (excluant toute harmonisation) du point de vue de l’aspect européen de ces domaines :

− Protection et amélioration de la santé humaine ;

− Industrie ;

− Culture ;

− Tourisme ;

− Éducation, formation professionnelle, jeunesse et sport ;

− Protection civile ;

− Coopération administrative.

Notons que les États coordonnent leurs politiques économiques et celles de l’emploi au sein de l’Union et que la politique étrangère et de sécurité commune bénéficie d’un régime spécifique.

Au niveau économique

Avant le traité de Lisbonne (Avec le traité de Nice – 2001):

  • Politique monétaire :

- La Banque centrale européenne (BCE) est compétente pour les États de la zone euro.

- Chacun des États non membres de la zone euro reste seul compétent de sa politique monétaire.

  • Politiques budgétaire et fiscale :

- Les États membres sont seuls compétents.

- Ils sont néanmoins tenus de coordonner leurs politiques avec les autres États membres et de veiller au respect des règles du pacte de stabilité et de croissance.

Les apports du traité de Lisbonne :

  • Les modifications sont peu nombreuses mais elles consacrent l’existence officielle de l’Eurogroupe. La structuration des liens des États membres ayant adopté l’euro est clarifiée afin de coordonner plus étroitement leurs politiques économiques budgétaires et fiscales.

Eurogroupe

L’Eurogroupe est une réunion mensuelle informelle des ministres de l’économie et des finances des États membres de la zone euro. Ces réunions leur permettent de se concerter, notamment en matière de politique budgétaire.

Il est présidé depuis le 1er janvier 2005 par Jean-Claude Juncker, Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg.

Vers une politique de défense européenne

Le traité de Lisbonne comprend des avancées importantes en matière de « politique de sécurité et de défense commune » et constitue un pas essentiel vers le développement d’une défense européenne.

  • Il introduit une « clause de défense mutuelle »: si l’un des États membres de l’Union européenne fait l’objet d’une agression, les autres ont un devoir d’assistance à son égard.
  • Il introduit également une « clause de solidarité »: elle assigne à l’Union et à chaque État membre le devoir de porter assistance, par tous les moyens, à un État membre touché par une catastrophe d’origine humaine ou naturelle ou par une attaque terroriste.
  • Il étend aussi les possibilités d’actions de l’Union à la lutte contre le terrorisme, aux missions de prévention des conflits, aux missions de stabilisation postconflit, etc.
  • Il introduit la « coopération structurée permanente », ouverte aux États qui s’engageront à participer aux principaux programmes européens d’équipement militaire et à fournir des unités de combat immédiatement disponibles pour l’Union européenne.
  • Il consacre l’existence de l’Agence européenne de défense, dans la perspective de développer une réelle politique européenne de l’armement et de coordonner l’effort d’équipement des différentes armées nationales, ce qui constitue une innovation importante.

Le traité de Lisbonne étend son champ d’activité aux questions industrielles et commerciales dans le domaine de l’armement. Ces États seront ainsi en mesure de remplir les missions militaires les plus exigeantes pour le compte de l’Union européenne, en particulier pour répondre à des demandes des Nations Unies.

Passage controversé concernant la peine de mort

L’article 2 («droit à la vie») de la nouvelle Charte des droits fondamentaux dispose que «nul ne peut être condamné à la peine de mort ni exécuté.» Cela paraît incontestable, mais dans un passage en petits caractères on trouve les exceptions:

«La mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire:

a)    pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b)    pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue;
c)    pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
»

3) Les nominations du président permanent du Conseil européen, du Haut représentant et du secrétaire général du Conseil de l’Union européenne:

La présidence suédoise de l’Union européenne a ouvert, le jeudi 19 novembre au soir, le dîner de travail des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union en proposant la désignation du premier ministre belge au poste de président permanent du Conseil, et celle de la Britannique Catherine Ashton comme chef de la diplomatie. Cette proposition a été soumise pour approbation aux 27 dirigeants européens à l’occasion d’un tour de table. La décision est tombée rapidement car aucune voix ne s’est élevée contre cette proposition.

Herman Van Rompuy:

La presse belge le cite comme l’un des favoris sollicités par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne pour devenir le premier président permanent du Conseil européen, et évoque les problèmes de gouvernement que son départ poserait à la Belgique.

Herman Van Rompuy

Le 11 novembre 2009, Mario Borghezio, membre italien (MEP Ligue du Nord) du parlement européen évoque la possibilité que les candidats aux postes de président et ministre des Affaires étrangères, comme Jan Peter Balkenende, David Miliband, Herman Van Rompuy parmi d’autres, pourraient être ceux des « groupes occultes » Bilderberg et Commission Trilatérale et non simplement ceux des forces politiques des pays. Le lendemain, Herman Van Rompuy se rend au Château de Val Duchesse pour une réunion du Groupe Bilderberg où il donne, dans un discours, sa vision quant à la gouvernance de l’Europe. Il y exprime l’idée selon laquelle l’Europe devrait être fédéraliste à l’image des États-Unis, et devrait pouvoir prélever un impôt au niveau européen.

L’exercice de cette fonction commence théoriquement le 1er décembre 2009, date d’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. Selon ce traité, le président permanent ne peut assumer de mandat national le temps de sa présidence. Herman Van Rompuy doit donc quitter son poste de Premier ministre le 30 novembre au plus tard. Exceptionnellement, de manière à permettre au Premier ministre suédois (président tournant du Conseil européen jusqu’au 31 décembre 2009) de terminer son mandat, il est décidé qu’Herman Van Rompuy débutera son mandat au 1er janvier 2010.

« L’horloger des compromis impossibles » est nommé le 19 novembre 2009 au poste de premier président permanent, en même temps que les deux autres titulaires des nouveaux postes créés par l’Union : le Haut représentant (Catherine Ashton) et le secrétaire général du Conseil de l’Union européenne (Pierre de Boissieu).

« Il n’est encore jamais arrivé que des négociations n’aboutissent pas à l’adhésion de l’État en question à l’Union européenne et cela n’arrivera pas non plus cette fois-ci. » ; intégrer la Turquie, « pays important pour l’Europe », pose la question de l’attitude à adopter pour d’autres pays comme l’Ukraine par exemple ; « L’élargissement à la Turquie n’est en rien comparable aux précédentes vagues d’élargissement. La Turquie n’est pas l’Europe et ne le sera jamais. Dire que l’Europe chrétienne est opposée à cet élargissement, c’est travestir la vérité. L’on peut en effet dire la même chose d’autres familles et groupes politiques dans d’autres pays. Le fait est que l’adhésion d’un grand pays islamique comme la Turquie entraînera une dilution des valeurs universelles sur lesquelles l’Europe repose et qui jouent par ailleurs un rôle fondamental dans la doctrine chrétienne. »

« L’Europe est une Union de valeurs. C’est pourquoi nous avons la responsabilité de jouer un rôle important dans le monde. [...] D’ailleurs, j’espère que notre Union s’élargira encore pendant les prochains 2 ans et demi à des pays qui, bien sûr, rempliront les conditions. »

Catherine Ashton:

Née le 20 mars 1956, elle est une personnalité politique britannique, économiste de formation.

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Elle est nommée pair à vie en tant que baronne Ashton of Upholland en 1999. Membre du Parti travailliste, elle devient en juin 2001 secrétaire d’État au ministère de l’Éducation, puis en septembre 2004, au département des Affaires constitutionelles, et enfin au ministère de la Justice en 2007. Elle devient leader de la Chambre des Lords, pour le Parti travailliste. Politicienne de l’année 2006, elle est désignée par Gordon Brown le 27 juin 2007 comme leader de la Chambre des Lords et Lord-présidente du Conseil. Agée de 53 ans, cette travailliste est moins connue dans son pays qu’à Bruxelles, où elle a succédé avec succès, l’an dernier, à son compatriote Peter Mandelson, comme commissaire européenne au commerce. Elle est réputée appréciée par le président de la Commission, José Manuel Barroso.

Pierre de Boissieu:

Pour le quotidien d’information spécialisé Europolitique, « Bien plus qu’un acteur clé de la construction européenne, Pierre de Boissieu est quasiment une légende pour toute une génération de diplomates, d’eurocrates et de journalistes qui ont arpenté les couloirs de l’Europe entre le milieu des années 1970 et la fin de la dernière décennie. »

Pierre de Boissieu

Pierre de Boissieu, diplomate de formation, a été membre du cabinet du français François-Xavier Ortoli, vice président de la Commission européenne. A cette fonction, « il ne sera pas étranger au succès de deux initiatives qui ont pavé le chemin de l’euro : la fondation du Système monétaire européen et la création de l’unité de compte européenne : l’écu », selon le quotidien spécialisé Europolitique.

Il a alors été l’un des principaux négociateurs et rédacteur du traité de Maastricht conclu en décembre 1991. Il est l’inventeur de l’organisation en trois piliers (JAI, PESC, UEM), qui a fini par s’imposer. « Poids très lourd dans les enceintes du conseil », il devint « le conseiller très écouté tant de François Mitterrand que de Jacques Chirac ».

Pierre de Boissieu a été ambassadeur de France auprès de l’Union européenne (ou « Représentant permanent », ou « RP ») de 1993 à 1999, battant le record de longévité dans ce poste.

Il devint secrétaire adjoint du Conseil de l’Union européenne le 18 octobre 1999. Selon Europolitique, alors que le secrétaire générale Javier Solana se consacrait aux affaires internationales, Pierre de Boissieu « est devenu le patron absolu de l’institution. Sa connaissance des dossiers, des mécanismes institutionnels, du personnel politique des Etats membres de l’UE l’ont rendu incontournable ». Pour Le Figaro en 2001, « dans les faits, Pierre de Boissieu est seul maître à bord de ce qui est devenu, depuis l’affaiblissement de la Commission, le navire-amiral de l’Union. »

Le 19 novembre 2009, Pierre de Boissieu a été choisi comme Secrétaire général du Conseil de l’Union européenne. Le Secrétaire général joue un rôle crucial pour l’organisation des travaux européens dans il assure la coordination. « De Boissieu a été nommé pour deux ans jusqu’à l’été 2011 », a déclaré le président français.

Note: Le texte intégral du traité de Lisbonne est disponible ici.

Sources: Fondation Robert Schuman

MecanoForums

Wikipédia

nov 09 2009

Les conséquences de politiques antéchristiques

C’est que tu ne sais pas, mon fils, avec quel peu de sagesse le monde est gouverné
Pape Jules III

Fire_on_earth

Les politiques économiques de mondialisation et de libéralisme effréné que nous connaissons ont beau remporter de multiples victoires à court terme pour le plus grand plaisir de leurs instigateurs, fort est de constater que la situation mondiale actuelle nous donne toujours plus d’éléments démontrant que les conséquences à long terme de ces mêmes politiques renforcent les effets contraires que le capitalisme mondialiste est censé avoir. En effet, partout où les populations sont lésées par la perte forcée de leur patrimoine due aux ponctions violentes qui résultent d’une stratégie irrationnelle de libéralisme sauvage, le mécontentement contre, entre autres, les mesures d’ouverture des frontières et de libre-échange qui sont propres à la mondialisation croît, et avec lui, les nationalismes. Plus les peuples, quels qu’ils soient, se sentent menacés par l’influence de ce qui est étranger, et plus le dégoût des caractéristiques du système en place grandit, au point qu’un nombre exponentiel d’individus rejettent ce même système dans son intégralité et se précipitent dans les bras de « l’opposition », anti-libéraliste, raciste, voire parfois même anti-moderniste et anti-démocratique. Des groupuscules à l’idéologie musclée voient alors leur importance s’élargir considérablement. L’extrait suivant de l’introduction du livre Soleil Noir, dédié à l’explication des causes de la montée des mouvements néonazis, résume précisément cette problématique :

« En 1900, les races européennes blanches constituaient quelque 35% de la population mondiale. En raison du déclin de la natalité parmi la population blanche des pays industrialisés, couplé avec l’explosion démographique du tiers-monde due aux progrès de la médecine, ce chiffre est aujourd’hui juste sous les 10% au niveau mondial. Les travailleurs immigrés, les immigrants, les migrants économiques, les réfugiés et les demandeurs d’asile constituent un flux de population important, amenant la population excédentaire des pays en voie de développement vers des territoires traditionnellement habités par des Européens blancs. Ces économies industrielles avancées absorbent des taux d’immigrants plus élevés que jamais, et leur engagement politique envers la mixité raciale est maintenant une profession de foi. Aujourd’hui, les Etats-Unis et la plupart des pays européens font face à un changement démographique qui fait perdre à leurs habitants de souche leur position majoritaire. La question qui en découle pour l’identité blanche est identique au dilemme des Austro-Allemands qui craignaient une perte de l’influence du vieil Empire des Habsbourg.

La réaction à ce phénomène résulte dans une résurgence des idéologies radicales, qui se nourrissent des menaces de la globalisation économique, des mesures de discrimination positive et de l’immigration en provenance du tiers-monde. Cela se manifeste essentiellement parmi les jeunes Blancs aliénés et la population à faibles revenus, de plus en plus marginalisés par les nouvelles industries high-tech et l’intégration croissante de minorités ethniques dans leur communauté. Aux Etats-Unis, l’augmentation rapide de l’immigration hispanique et des pays du tiers-monde, tout comme en Europe l’immigration en provenance des pays en voie de développement vers l’Europe de l’Ouest, ont ravivé de nouvelles peurs d’inondation raciale. La chute de l’Union soviétique et de la Yougoslavie a poussé plus loin les migrations vers l’Europe de l’Ouest, notamment parmi les populations de l’Europe de l’Est et les gitans. Les accords de libre-échange, le déclin des industries manufacturières traditionnelles et l’exportation de métiers de service à l’étranger, comme dans le domaine des communications et de l’informatique, stimulent le racisme et l’hostilité envers le libéralisme. »

De fait, le racisme latent habitant chaque représentant du commun des mortels étroit d’esprit, craignant de regarder au-delà de l’horizon que lui offre son patelin et effrayé à l’idée qu’une cohabitation avec des personnes de culture différente pourrait modifier un tantinet la vie placide et béate qu’il a l’habitude de mener, se voit significativement excité. Pour cet archétype du citoyen moyen qui est tout aussi incapable de chercher des causes par lui-même, au-delà des faits qu’il constate de façon simpliste, que de concevoir des valeurs telles que la tolérance, la faute de son éventuel licenciement échoit moins à la politique que mène l’entreprise ou l’État pour lequel il travaille qu’à l’immigré polonais qui est prétendument arrivé sur son sol pour lui dérober son emploi. Ainsi, la haine que les Nords-Américains et les Européens peuvent éprouver à l’encontre des injustices du système se focalise sur les étrangers à leur territoire, ces mêmes étrangers qui volent soi-disant l’emploi de ceux qui en cherchent, sont prêts à travailler à plus bas salaire et dans des conditions moins confortables, et qui accentuent plus ou moins indirectement la montée du taux de chômage du fait des délocalisations des industries dans leurs pays d’origine où les prix de travail sont diaboliquement peu élevés. Le terrain est alors tout préparé pour que certains plongent dans des délires racistes dualistes où un peuple, qui représente le bien, est supérieur à tous les autres, sources de tous ses maux, qu’il combat, ou qu’il doit carrément éliminer. Cette idéologie raciste peut aussi être relayée, plus ou moins inconsciemment, par des « spiritualités » creuses de types New Age, dans lesquels les mythes qu’inventent des ésotéristes dégénérés racontent souvent des histoires de surhommes ou de peuple supérieur.

Il y a deux manières de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes
Nicolas Machiavel

Si les conséquences sociales de cette « invasion » sont déjà considérables, elles grandissent encore en ampleur si les immigrés en question importent une religion qui n’est pas celle du sol national. Effectivement, rien ne terrifie plus les héritiers du christianisme qu’une « islamisation rampante » de leur contrée, christianisme que la plupart d’entre eux ont pourtant abandonné depuis longtemps, ainsi que ses valeurs. Il ne se passe donc pas un mois sans que le gros de la plèbe ne vomisse ses médiocres préjugés à la vision de faits où leur culture, si ce n’est leur « race », est confrontée à une autre, étrangère, par le relais de médias complaisants. Ils se gardent généralement bien d’exposer leurs vues trop publiquement, cependant, car ce n’est pas politiquement correct. En effet, il faut respecter son conditionnement et rester « politiquement correct », et donc conforme à la forme en laquelle cette société nous a modelés, car en quoi cela pourrait-il bien être logique de tenir la ploutocratie mondialiste comme responsable des échecs de sa politique cosmopolite ?

Il paraît évident que l’enrichissement d’une élite et la paupérisation des classes moyennes et populaires sont dus à la façon dont les politiques libérales sont actuellement appliquées, et non aux immigrés, qui ne sont pas responsables de la mauvaise gestion du système d’immigration et sont victimes des fautes que l’on rejette sur eux. En outre, on peut difficilement les blâmer de chercher de meilleures conditions dans des pays qui les accueillent pour combler une manque de main-d’œuvre dans certains secteurs et un déficit démographique. Le taux de chômage français actuel, supérieur à 10%, trouve son origine dans le fait que la population marginalisée par les attentes présentes du capitalisme n’ont pas suffisamment de secteurs nouveaux dans lesquels se réinsérer, étant donné que l’innovation est réprimée et non encouragée. Évidemment, nos dirigeants préféreront toujours renvoyer la faute sur quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes, et ne pas mettre en question les points discutables du système.

En plus du fait que l’antagonisme entre les prétendues « races » trompe la population d’adversaire, et lui permet de trouver un bouc-émissaire sur lequel reporter son attention et sa haine, il contribue aussi largement à amenuiser la cohésion nationale des États d’Europe et à appauvrir toutes les cultures coexistant dans les pays par l’incompatibilité qui est entretenue entre elles, plutôt que de faire en sorte qu’elles s’enrichissent réciproquement. Ainsi, à nouveau, les réactions nationalistes des peuples d’Europe dues à la perte « d’identité blanche » servent les stratégies mondialistes dont ces mêmes peuples craignent pourtant les effets dont ils méconnaissent l’origine. Les populations étant trop occupées par les rivalités ethniques et les gouvernements devant s’échiner à gérer ces problèmes, le pouvoir étatique est d’autant plus affaibli et laisse cours plus docilement aux desseins des acteurs économiques.

Les penchants racistes exacerbés d’une majorité de Nords-Américains et d’Européens font aussi en sorte que l’opinion publique n’éprouve pas trop de scrupules lorsque leurs pays sont en guerre au Moyen-Orient, étant donné que beaucoup d’entre eux se rassurent par l’intime conviction que ce ne sont là que des « bougnoules » et des « sauvages » qui meurent, pour l’hypothétique bien de leur petite sécurité. Au contraire, plutôt que d’être offusqués par les effets de guerres faciles et injustes, leur haine ne se trouve que renforcée par le fait qu’ils sont convaincus que leur pays a dû intervenir pour effacer une « menace » qui émanait d’eux, et va jusqu’à les tenir responsables des conséquences de cette guerre. Le problème palestinien suscite pourtant plus de réactions généralement, mais la raison est sans doute moins liée au fait que le conflit en question dure depuis une soixantaine d’années qu’à l’antisémitisme qui est lui aussi présent, comme les autres formes de racismes, chez une part croissante et non négligeable de la population. D’autre part, beaucoup de personnes parmi les peuples arabes, exaspérés par près deux siècles d’occupations et d’influences subversives venant des Européens, depuis les colonisations jusqu’à la situation actuelle de l’Irak en passant par la tromperie des accords de Sykes-Picot qui ont suivi la dissection de l’Empire Ottoman, ont nourri un fort ressentiment anti-européen et anti-chrétien, sentiments désormais fortement imprégnés dans leur conscience nationale. Il en résulte que la cohabitation entre Européens de souches et immigrés arabes n’en est que plus compliquée encore.

Celui qui ne sait pas et qui n’agit pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui n’agit pas est un criminel
Bertolt Brecht

Nos gouvernements ne semblent donc pas réellement dérangés par la radicalisation ambiante des comportements, n’ayant eux-mêmes qu’assez peu de conviction quant à l’importance du respect des principes démocratiques. Il n’en est pas moins que la multiplication des messages simplistes émanant d’une pléthore de mouvements et de sites internet qui sont, ou non, liés entre eux est problématique pour la bonne santé de ce qui reste des valeurs de notre société. En effet, au-delà du racisme, les explications caricaturales de conspirations juives ou maçonniques pour expliquer l’état d’un monde sous le joug du « Nouvel Ordre Mondial » contentent un nombre croissant de personnes au fur et à mesure que le mécontentement envers le système s’accroît. Ces derniers croient avoir compris le fonctionnement du monde et bénéficier du savoir que le reste de la population n’a pas, alors qu’ils ne font que plonger tête la première dans la bêtise et font souvent le jeu de mouvements de contestation douteux, qui sont soit composés d’illuminés, de fascistes ou de personnes désireuses de servir des intérêts extérieurs au pays dans lequel elles opèrent.

Pour prendre l’exemple de l’expression « Nouvel Ordre Mondial », qui a été reprise par plusieurs personnalités de la scène politique française récemment, beaucoup ignorent qu’elle fut également utilisée au début de la Guerre Froide pour désigner la séparation du monde en trois parties : les Etats-Unis et l’Europe, l’Union soviétique, et le Tiers-Monde. Elle fut à nouveau utilisée à la fin de la Guerre Froide avec la chute du communisme, et réapparaît aujourd’hui, sans doute pour signifier la victoire définitive du capitalisme sur le globe avec la gouvernance mondiale qui s’ensuivra. Or, lorsque quelqu’un qui prétend s’opposer au système entend « Nouvel Ordre Mondial », il a tendance à ne penser qu’à un vaste projet mondialiste, stigmatise ceux qui en font la promotion et rejoint ceux qui sont censés le dénoncer. Mais quand les présidents Chavez et Ahmadinejad parlent de Nouvel Ordre Mondial, par exemple, on se doute qu’il s’agit, pour eux, d’espérer un monde multipolaire où l’union de plusieurs pays permettraient de contrer la seule hégémonie des Etats-Unis, plutôt, justement, qu’un monde unifié aux critères libéraux. D’autre part, il est facile, pour les pseudo-mouvements de contestation, de jouer sur le terrain des points auxquels le public auquel ils s’adressent est sensible. Ainsi, en usant de critiques répandues et consensuelles du système, ils s’attireront l’attention de ceux qui penseront que les personnes qui tiennent un discours qui leur convient doivent être des gens biens. Or, il est facile de dénoncer, mais ceux qui prétendent le faire disent rarement pourquoi ils le font, et ont rarement de meilleures solutions aux problèmes dont ils traitent, exagérés ou réels, que les mesures qui sont déjà en place pour les gérer. Cette propagande dont l’ampleur grandit n’atteindra probablement pas une influence suffisante pour être un tant soit peu dangereuse pour le bien public, mais elle abrutit ceux qui y prêtent oreille et discrédite le travail de ceux qui tentent de faire de l’information réelle.

Ce n’est pas rejeter en bloc le système qui pourra être d’une quelconque utilité pour nous-mêmes comme pour le bien commun, ce qui ne peut être fait que par des gens qui se laissent dominer par leurs sentiments de frustration et de mécontentement sans tenter de discerner précisément ce qui les gêne dans le système et ce qu’il est bon de conserver. Plutôt que cela, il faudrait justement trouver un consensus sur ce qui tourne mal dans nos sociétés, et proposer des solutions. Bien sûr, ce n’est pas en faisant de longs discours que quiconque parmi ceux qui ont le pouvoir de changer quoi que ce soit au système sera convaincu qu’il doit revoir la politique qu’il mène depuis des années, mais je suis personnellement convaincu que les travers d’un système sont comme des chaînes pesantes que quelqu’un devrait traîner au prix de son énergie et du ralentissement qu’ils lui causent, jusqu’au moment où la gêne deviendra trop lourde pour être supportable, et où il faudra se démener pour se débarrasser de ses parasites. En clair, les imperfections ne peuvent que miner le système le plus obstiné jusqu’au jour où elles créeront des événements d’une ampleur suffisante pour l’amener à revoir impérativement les zones d’ombre de sa structure, le tout échappant aux hommes qui tenaient jusque là les rennes. Mais lorsque cela arrivera, si cela arrive, encore faudra-t-il que des programmes ambitieux aient été pensés et que ce soient des alternatives justes qui prévalent.

J’ai aimé la justice et j’ai haï l’iniquité : c’est pour cela que je meurs en exil.
Pape Jean XIV

En l’occurrence, présentement, le problème principal de notre système me semble être le musellement de l’innovation. En effet, la ploutocratie établie préfère s’assurer la conservation des privilèges qu’elle a acquis sur les critères de réussite actuellement appliqués plutôt que d’aider, au moyen de ses immenses possessions financières, des projets qui pourraient bénéficier grandement aux citoyens de leur pays et aider ses scientifiques, ses philosophes et autres intellectuels dans leur quête de connaissance. Ce facteur me paraît être le principal responsable du taux de chômage élevé, ainsi que du grand nombre de personnes déprimées et de suicides. En effet, cela ne convient pas à tout le monde de mener une existence terne, partagée entre plaisirs du divertissement et travail, nécessitant le plus souvent l’utilisation de personnes conditionnées comme des machines, du fait qu’elles ont été formées pour accomplir un travail bien spécifique et que la plus grande partie de leur vie se résume à cela. Si personne ne trouve la paix dans une société guerrière, privilégiant les valeurs masculines de force et d’expansion, l’autre extrême, une société qui se complait dans la passivité et la stagnation, croyant qu’il ne reste plus rien à accomplir dans ce monde, pourrit assurément. L’idéal serait d’associer l’harmonie féminine à la propension plus masculine à l’expansion, mais dans le domaine de la connaissance, soit profiter de la paix pour parfaire la société humaine grâce à l’acquisition d’encore plus de savoirs.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.