sept 01 2010

Pour une Contrelittérature de résistance

La littĂ©rature est-elle morte ? Elle est en tout cas, Ă  l’Ă©vidence, disqualifiĂ©e Ă  dessein, marginalisĂ©e et maintenue, de force, dans l’ombre, par « l’ordre en place » et ses officines de contrĂ´le. Cette prohibition exercĂ©e par l’ennemi ne se cantonne pas exclusivement Ă  la zone du politiquement correct, ce qui serait dĂ©jĂ  inconcevable, mais va bien plus loin encore, parce que cette prohibition concerne aussi, et surtout, la qualitĂ© de la production littĂ©raire en cours : l’ordre d’interdiction en vigueur exige que l’on empĂŞche l’Ă©mergence de toute Ĺ“uvre d’un niveau non-subalterne. Ordre donnĂ© et suivi sans faille, sans la moindre dĂ©rogation.

Aussi, avec les moyens qui sont les nĂ´tres,  nous contribuerons Ă  faire Ă©clore, par la l’Ă©dition et la diffusion d’une dizaine de titres par an, une contrelittĂ©rature de rĂ©sistance. Le roman de Nicolas Deloffre, « Jihad, trois jours avec Cyril », que nous prĂ©sentons ci-après – et qui est actuellement en impression – sera le premier livre dont nous assurerons, d’ici quelques semaines, la diffusion.

Mecanopolis

mecano

« Jihad, trois jours avec Cyril »

Un roman qui prend Ă  contre-pied toute la lâchetĂ© de la presse mondaine et qui donne un grand coup Ă  la politique atlanto-sioniste de Sarkozy, est sur le point de jaillir de l’underground mĂ©diatique, Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre encensĂ© par les rĂ©seaux de l’Ă©dition bien alignĂ©e. Les derniers rĂ©sistants du Monde libre, ce Monde sans frontière qui s’Ă©tend de jour en jour et dĂ©verse son sĂ©rum de vĂ©ritĂ© et ses cures informatives Ă  base de bon sens et de discernement, soutiennent ce projet littĂ©raire de toutes leurs forces, malgrĂ© les censures et autres boycottes des esclaves de la pensĂ©e unique.

Ces rĂ©sistants du monde numĂ©rique espèrent de tout cĹ“ur voir l’explosion de vĂ©ritĂ©s sorties tout droit des sous-sols mĂ©diatiques, Ă©clabousser la bonne presse et rendre ainsi hommage Ă  la libertĂ© d’expression, de pensĂ©e et d’agir pour l’agrĂ©gation des bonnes volontĂ©s rĂ©conciliatrices.

Ce livre, que bon nombre de ploutocrates accroupis devant l’idĂ©ologie capitaliste ultralibĂ©rale et leurs dĂ©cideurs banquiers souhaiteraient faire disparaĂ®tre Ă  jamais, s’intitule « Jihad, trois jours avec Cyril ». Un titre provocateur me direz-vous. Pas si l’on considère la vĂ©ritable dĂ©finition du Jihad Majeur, celui qui consiste pour celui qui l’applique, Ă  lutter contre soi-mĂŞme, ses dĂ©fauts et ses faiblesses, faisant que chaque jour soit un pas de plus sur le chemin de la saintetĂ© et de la soumission Ă  Dieu, Le MaĂ®tre des voies d’ascension. C’est ainsi que Cyril, le personnage principal de ce roman conçoit la vie. MalgrĂ© sa condition de chĂ´meur, de musulman victime de l’islamophobie Ă©tatique, et de jeune Ă©rudit, il avance en donnant Ă  son quotidien et Ă  sa lutte les caractères les plus nobles. Son but : dĂ©noncer les dĂ©marches et desseins obscènes des politiciens belliqueux et de leurs complices « journaleux », tout en survivant dans une jungle urbaine dont il connaĂ®t les pièges par expĂ©rience. Terrible combat, surtout pour un jeune homme qui, en dĂ©pit de la duretĂ© de l’Ă©poque, souhaite manifester tout l’amour qu’il est encore capable d’exprimer Ă  sa mère et Ă  son entourage.

Ainsi, ce roman donne-t-il une vision neuve, purifiĂ©e et Ă©clairante de l’actualitĂ©. Il traite avec Ă©normĂ©ment de clartĂ© des phĂ©nomènes d’atomisation des gens, il en explique les raisons et par l’exemple de Cyril, montre des solutions concrètes de lutte. L’idĂ©al proposĂ© n’est pas une conversion des masses Ă  l’Islam, mais au contraire, une comprĂ©hension mutuelle et une unification des gens autour de la lutte contre les vrais ennemis des libertĂ©s fondamentales. La mĂ©thode que Cyril exprime par son comportement est celle de l’Amour ; avec un grand A s’il vous plaĂ®t. A l’heure oĂą les dirigeants nous embarquent vers une guerre mondiale contre l’Iran et des affrontements interreligieux menant Ă  des Ă©ventuelles guerres civiles par la division des citoyens, il n’y a plus d’autre Ă©chappatoire possible que l’amour et la rĂ©conciliation gĂ©nĂ©rale des Français.

Évidemment, ce genre d’idĂ©es n’est pas Ă  la mode. Dire le contraire de ce que s’Ă©puisent Ă  nous faire gober les organes de propagande du pouvoir est un crime grave. Avant Nicolas Deloffre, l’auteur de « Jihad, trois jours avec Cyril », bon nombre de personne ont dĂ» endurer dans leurs chaires l’acharnement des ennemis de la libertĂ© d’expression. On pense tout de suite Ă  DieudonnĂ© ou Ă  Blanrue, mais on ne peut ignorer le cas de Vincent Reynouard, ce Français de 41 ans, enfermĂ© en ce moment mĂŞme dans les geĂ´les françaises pour ne pas avoir pensĂ© comme il le fallait.

Deloffre n’est pas le seul Ă  vouloir faire de la prise de conscience gĂ©nĂ©rale son fer-de-lance. Cependant, ce qui le diffĂ©rencie des autres auteurs, c’est le soin qu’il apporte Ă  prouver par l’exemple de Cyril, que l’Islam procure Ă  celui qui l’applique sĂ©rieusement, selon l’exemple du prophète Muhammad, une sĂ©rĂ©nitĂ© et une force d’amour transcendante Ă  toute Ă©preuve. Deloffre est convaincu que ce sont ces aspects du personnage qui grènent le plus. Comment convaincre les gens qu’il faut anĂ©antir l’Iran, humilier et rabaisser les musulmans pour les convertir au capitalisme ultralibĂ©ral si ce petit con de Cyril se mets Ă  donner une bonne image de l’Islam ? VoilĂ  en rĂ©sumĂ© la problĂ©matique que se posent les dĂ©cideurs face Ă  un livre de cette teneur. Car on le sait, Pierre Hillard, le cĂ©lèbre Docteur en science politique l’a expliquĂ© Ă  maintes reprises : l’Islam est l’ultime rempart au nouvel ordre mondial et donc le dernier espoir des peuples libres, toutes cultures et toutes religions confondues.

Alexis Esselier, pour Mecanopolis

alexis [at] mecanopolis.org

Alexis Esselier

juil 26 2010

La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe

La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurels qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. A l’époque, comme aujourd’hui, la véritable difficulté consistait à faire accepter aux peuples de supporter le coût de la crise. Mais depuis lors, les politiques permettant de faire passer ces purges amères ont été peaufinées, prévient-il, rappelant que l’OCDE a rédigé à toutes fins utiles un guide décrivant les stratégies à employer en de telles circonstances. On peut par exemple y lire que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement. » Cela ne vous évoque rien ?

casadue

La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe

La Grèce est très endettée et la finance internationale attaque ce maillon faible de la zone euro pour tester la cohésion de l’ensemble, avant éventuellement de spéculer contre d’autres pays pour générer d’énormes profits.

La réaction à cette attaque devrait entraîner la mise « sous tutelle » de la Grèce par la Commission européenne, par ses partenaires au sein de la zone euro et par un Fonds monétaire européen. A l’instar des pays du Tiers-Monde à partir des années 1980, la Grèce va se voir imposer un programme d’ajustement économique et social drastique, traduisant sa Tiers-Mondialisation qui préfigure sans doute celle d’autres pays européens.

La Grèce enregistre des déficits publics importants qui doivent être financés par l’emprunt dont le cumul accroît le volume de la dette de l’État. Pour rétablir la confiance de ses bailleurs de fonds privés, le pays doit réduire son endettement. A défaut, la prime de « risque », réclamée par les bailleurs, qui s’ajoute au taux d’intérêt « normal » pourrait conduire à un taux usuraire. Georges Papandréou n’a pas le choix, il doit impérativement s’endetter moins, voire diminuer le volume de la dette grecque.

L’exemple du Tiers-Monde en 1982

La situation de la Grèce, liée au « surendettement », n’est pas sans rappeler celle des pays du Tiers-Monde lors de la crise de la dette de 1982. En effet, pour pouvoir faire face à leurs obligations financières, les pays du Sud, en quasi cessation de paiements, ont été « aidés » par le FMI et par la Banque mondiale. Ces institutions ont accordé des prêts aux pays du Sud afin qu’ils puissent rembourser leurs banques créancières. Lesdites banques ont ainsi pu transférer au FMI et à la Banque mondiale une bonne partie de leurs créances « pourries » (ou « actifs toxiques » en langage politiquement correct). En contrepartie, les pays « aidés » se sont vus imposer des programmes d’ajustement structurel, traduction du consensus de Washington |1| d’inspiration néolibérale monétariste.

A travers l’application de ses dix commandements, le consensus de Washington vise à permettre aux pays sous ajustement de recouvrer la capacité d’assurer le service (principal + intérêts) de leur dette extérieure. Il faut, à n’importe quel prix, dégager des fonds pour payer les créanciers.

Réduire le déficit de l’Etat

Cette démarche passe par la compression des dépenses et l’augmentation des recettes de l’État.

L’action sur la dépense publique implique la réduction :

- de la masse salariale de la fonction publique (baisse des effectifs et/ou du niveau des traitements)

- des autres dĂ©penses de fonctionnement (Ă©ducation, social…)

- des subventions (services publics, associations…)

- des investissements publics (infrastructures…)

L’augmentation des recettes réclame :

- l’alourdissement de la fiscalité

- la privatisation de services publics rentables (eau, Ă©lectricitĂ©…)

Plus généralement, la croissance est censée élargir les marges de manœuvre par le développement de l’activité économique qui, mécaniquement, augmente les recettes de l’Etat. La croissance peut être tirée par les exportations si la production nationale gagne en compétitivité externe, grâce à la dévaluation de la monnaie nationale, ou, si cette opération se révèle impossible, par la désinflation compétitive (comme pour le franc CFA avant la dévaluation de 1994 |2| ) qui consiste à obtenir un taux d’inflation plus faible que celui des pays concurrents.

La philosophie des programmes d’ajustement est, in fine, d’une part, de tenter d’augmenter la production locale de surplus (par la croissance) et, d’autre part, de réduire la consommation locale dudit surplus afin de l’exporter. En aucun cas, il s’agissait de se préoccuper du bien-être des populations.

Un bilan des ajustements dramatique

Malgré de nombreuses études financées par la Banque mondiale et le FMI, tendant à démontrer que l’ajustement générait de la croissance et, par effet de ruissellement, bénéficiait même aux pauvres. Les conséquences sociales négatives ont été rapidement mises à jour et dénoncées |3| . Ainsi, la pauvreté s’est accrue et les classes moyennes préexistantes ont été paupérisées. Les populations du Sud ont subi les conséquences funestes de l’ajustement pour rembourser des dettes dont elles n’avaient que peu profité.

La Grèce « inaugure » les politiques d’ajustement en Europe

Jusqu’à prĂ©sent, l’ajustement nĂ©olibĂ©ral imposĂ© Ă©tait rĂ©servĂ© aux pays « non dĂ©veloppĂ©s ». La Grèce inaugure le processus de Tiers-Mondialisation de l’Europe en passant sous les fourches caudines de « l’ajustement ». A l’instar des pays du Tiers-Monde, il s’agit de dĂ©gager des marges de manĹ“uvre budgĂ©taires pour rembourser la dette extĂ©rieure Ă  travers la rĂ©duction du pĂ©rimètre de l’État, la privatisation, la dĂ©rĂ©gulation, les coupes claires dans les budgets de santĂ©, d’éducation…

La Grèce est un test pour l’Europe néolibérale

L’inconnue reste la rĂ©action populaire. La population va-t-elle accepter l’austĂ©ritĂ© ? DĂ©jĂ , des grèves et des manifestations se dĂ©roulent. Hier, le 11 mars, plus de 100 000 personnes manifestaient dans les rues d’Athènes. Au Portugal et en Espagne, la mobilisation sociale s’opère. L’ajustement va-t-il buter sur l’obstacle social ? D’autant plus que les consĂ©quences des troubles sociaux pourraient atteindre le domaine politique avec l’émergence et l’éventuelle arrivĂ©e au pouvoir de forces politiques situĂ©es en-dehors du « consensus » : droite « molle » – gauche « caviar ». Mais, lĂ  aussi, les Ă©lites complices peuvent trouver l’inspiration dans l’expĂ©rience du Tiers-Monde pour faire « passer » les rĂ©formes.

La faisabilité politique de l’ajustement

Dans les années 1990, de nombreux travaux ont été menés, au sein de l’OCDE, sur la faisabilité politique de l’ajustement néolibéral |4|. Christian Morrisson prévient : « l’application de programmes d’ajustement dans des dizaines de pays pendant les années 1980 a montré que l’on avait négligé la dimension politique de l’ajustement. Sous la pression de grèves, de manifestations, voire d’émeutes, plusieurs gouvernements ont été obligés d’interrompre ou d’amputer sévèrement leurs programmes » (p. 6). Il convient de minimiser les risques et adopter une stratégie politique adéquate.

Prendre des mesures politiquement et socialement peu risquées

A partir de plusieurs études-pays, Christian Morrisson met en avant « l’intérêt politique de certaines mesures [...] : une politique monétaire restrictive, des coupures brutales de l’investissement public ou une réduction des dépenses de fonctionnement ne font prendre aucun risque à un gouvernement. Cela ne signifie pas que ces mesures n’ont pas des conséquences économiques ou sociales négatives : la chute des investissements publics ralentit la croissance pour les années à venir et met sur-le-champ des milliers d’ouvriers du bâtiment au chômage, sans allocation. Mais nous raisonnons ici en fonction d’un seul critère : minimiser les risques de troubles » (p. 16). Peu importe, « dans la réalité, les entreprises du bâtiment souffrent beaucoup de telles coupures [dans les investissements publics] qui multiplient les faillites et les licenciements. Mais ce secteur, composé surtout de petites et moyennes entreprises, n’a quasiment aucun poids politique » (p.17). « La réduction des salaires et de l’emploi dans l’administration et dans les entreprises parapubliques figure, habituellement, parmi les principales mesures des programmes [d’ajustement] » (p. 29).

Selon Christian Morrisson, cette mesure est « moins dangereuse politiquement » que d’autres « et elle touche les classes moyennes plutĂ´t que les pauvres » (p. 29). En cas de troubles (grèves…), « le gouvernement a toutefois les moyens de faire appel au pragmatisme des fonctionnaires. Il peut, par exemple, expliquer que, le FMI imposant une baisse de 20 pour cent de la masse salariale, le seul choix possible est de licencier ou de rĂ©duire les salaires et qu’il prĂ©fère la seconde solution dans l’intĂ©rĂŞt de tous. Les expĂ©riences de plusieurs gouvernements africains montrent que ce discours peut ĂŞtre entendu » (p. 29). Ce qui est vrai en Afrique l’est certainement sous d’autres cieux.

Agir sur la qualité des services publics

« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (p. 30). Sans commentaire !

Diviser et opposer pour imposer

« Un gouvernement peut difficilement [ajuster] contre la volonté de l’opinion publique dans son ensemble. Il doit se ménager le soutien d’une partie de l’opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes (c’est-à-dire qui serait neutre du point de vue social) serait plus difficile à appliquer qu’un programme discriminatoire, faisant supporter l’ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu’ils soutiennent le gouvernement. » (p. 17). Comme « la plupart des réformes frappent certains groupes tout en bénéficiant à d’autres, [...] un gouvernement peut toujours s’appuyer sur la coalition des groupes gagnants contre les perdants » (p. 18). Il faut donc diviser et opposer pour imposer.

Un régime « dictatorial » serait idéal pour imposer les réformes

« Une comparaison pour les pays d’Amérique latine entre des régimes démocratiques comme la Colombie, l’Équateur, le Pérou, et des régimes militaires, comme l’Argentine et le Chili, en 1981-82, montre que les troubles sont plus rares lorsque le régime est militaire [...] La comparaison entre les deux expériences de l’Argentine sous un régime militaire (en 1981) et en démocratie (1987) est parlante : le niveau de protestation a été trois fois plus élevé en 1987 et il y a eu beaucoup plus de manifestations » (p. 12). Ainsi, un régime dur serait idéal pour imposer les réformes. Le néolibéralisme serait-il entrain de déraper ?

Au total, la Grèce préfigure bien la Tiers-Mondialisation de l’Europe.

Bernard Conte, est l’auteur du livre La Tiers-Mondialisation de la planète

CADTM

Placé sur Mecanopolis le 26 juillet 2010

Notes :

|1| Voir :Le consensus de Washington

|2| Bernard Conte, Dévaluation du Franc CFA et équilibre des paiements courants, DT n°20, C.E.D., Bordeaux, 1997

|3| Voir par exemple : Cornia, Giovanni Andrea, Richard Jolly, and Frances Stewart. Adjustment with a human face. Protecting the vulnerable and promoting growth vol 1. Oxford : Clarendon Press, 1987

|4| Cf. Christian Morrisson, La faisabilité politique de l’ajustement, Paris, Centre de développement de l’OCDE, Cahier de politique économique n° 13, 1996. (jusqu’à la dernière note, les numéros de page des citations se réfèrent au présent document).

juil 20 2010

Le CFR annonce une Troisième guerre du Liban

Dans un rapport publiĂ© sur son site internet, le Council on Foreign Relations annonce l’imminence d’une troisième guerre du Liban et exonère par avance IsraĂ«l de toute responsabilitĂ©.

cfr

Quatre ans après un conflit dĂ©vastateur de 34 jours – qui coĂ»ta la vie Ă  plus de 1200 Libanais – une sĂ©rie d’accrochages et de violations flagrantes de la rĂ©solution 1701 de l’ONU par IsraĂ«l, survenue ces dernières semaines, laisse prĂ©sager une reprise imminente des combats entre le Hezbollah et l’armĂ©e de l’Etat hĂ©breu.

La semaine dernière, le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies, Ban Ki-moon, a tentĂ© d’intervenir, en dĂ©nonçant « les survols quasi quotidiens du territoire libanais par les forces aĂ©riennes israĂ©liennes  qui constituent des violations de la souverainetĂ© libanaise qui doivent immĂ©diatement cesser ». Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a Ă©galement exhorter IsraĂ«l Ă  « accĂ©lĂ©rer sans plus tarder » le retrait se ses forces « de la partie nord du village de Ghajar et de la zone limitrophe au nord de la Ligne Bleue » qui dĂ©limite la frontière entre les deux Etats. (1)

Rapport du CFR

Ces tensions surviennent alors que le Council on Foreign Relations (CFR) vient de publier un rapport dans lequel il annonce l’imminence d’une troisième guerre du Liban. Il n’est pas inutile de rappeler ici que si le CFR – prĂ©sidĂ© par le milliardaire David Rockefeller, qui est Ă©galement le fondateur du Groupe Bilderberg et de la Commission TrilatĂ©rale – se prĂ©sente comme un « think-tank non partisan ayant pour but d’analyser la politique Ă©trangère amĂ©ricaine et la situation politique mondiale », il est en rĂ©alitĂ© une organisation opaque qui rĂ©git des intĂ©rĂŞt financiers internationaux liĂ©s Ă  l’idĂ©ologie mondialiste nĂ©olibĂ©rale (lire Ă  ce sujet notre article du 10 mai dernier ).

Le document de neuf pages, que nous reproduisons en fin d’article, indique qu’il y a un « danger croissant de la reprise de la guerre entre IsraĂ«l et le Hezbollah. Depuis le dernier conflit entre ces deux parties au Liban, pendant l’Ă©tĂ© 2006, le Hezbollah n’a cessĂ© de se rĂ©armer et son arsenal est maintenant plus puissant, tant en quantitĂ© qu’en qualitĂ©. IsraĂ«l ne peut que constater que la menace faite Ă  sa sĂ©curitĂ© nationale est devenue intolĂ©rable ». Une attaque prĂ©ventive serait donc lĂ©gitime, selon ce rapport.

Le CFR n’apporte pas la preuve du rĂ©armement de la milice chiite. Il se base uniquement sur des rapports du renseignement israĂ©liens et d’autres rumeurs d’officines et relais de dĂ©sinformation. NĂ©anmoins, après les crimes de guerre perpĂ©trĂ©s par l’Etat hĂ©breu en 2006, dĂ©noncĂ©s par Amnesty International (2), la rĂ©organisation militaire du Hezbollah semble pour le moins lĂ©gitime, puisque qu’elle est sa seule garantie de survie, ainsi que celle du peuple libanais.

Le rapport de l’agence mondialiste prĂ©tend Ă©galement que « l‘Iran pourrait pousser le Hezbollah Ă  attaquer IsraĂ«l, afin de faire diversion sur la pression internationale Ă  propos de son programme nuclĂ©aire. »

La logique du CFR nĂ©cessiterait quelques Ă©claircissements, car on voit mal comment une attaque du Hezbollah sur IsraĂ«l permettrait Ă  l’Iran de faire diversion sur quoique ce soit. C’est mĂŞme le contraire qui ne manquerait pas de se produire en pareil cas. Par ailleurs, l’histoire rĂ©cente du Proche Orient dĂ©montre que c’est l’Etat juif qui a toujours su trouver quelques prĂ©textes fallacieux pour agresser ses voisins. Mais on voit bien ou veut en venir le CFR, qui n’hĂ©site pas a exonèrer par avance IsraĂ«l de toute violation des rĂ©solutions de l’ONU en affirmant que « dans tous les cas, le Hezbollah arguerait probablement du fait qu’il rĂ©pondait aux survols israĂ©liens du territoire libanais pour entrer en guerre. » Pour l’organisation de M. Rockefeller, il  serait bien sĂ»r tout Ă  fait intolĂ©rable que les libanais rĂ©agissent aux provocations quotidiennes de Tsahal. Ils doivent se soumettre en silence. Dans la foulĂ©e, le CFR ne manque pas de promulguer quelques conseils Ă  l’État hĂ©breu, comme par exemple « d’attaquer des Ă©quipements et des dĂ©pĂ´ts d’arme en Syrie ». Et pourquoi pas en Iran, pendant qu’on y est ?

Il est impossible de dresser une liste des contres vĂ©ritĂ©s promulguĂ©es par ce document tant elle sont nombreuses. En fait, pour Ă©tablir un travail complet, il faudrait revenir sur chacune des phrases qui y figurent. Les conclusions de ce rapport sont sans Ă©quivoque : La diplomatie Ă©tasunienne ne rĂ©ussira pas Ă  empĂŞcher cette guerre (en a-t-elle l’intention ?), et elle devrait d’ores et dĂ©jĂ  se concentrer sur la future… reconstruction du Liban. David Rockefeller a-t-il dĂ©jĂ  nĂ©gociĂ© les contrats ?

Ce même David Rockfeller qui indiquait sans complexe dans Newsweek le 1er février 1999 : « Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire ». Et encore, huit ans plus tôt : « La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est assurément préférable au principe d’autodétermination des peuples ».

Pour des agences mondialistes comme le CFR, Bilderberg ou la Commission TrilatĂ©rale, nos vies, comme celles des ennemis qu’ils nous fabriquent, est un business. Ce n’est pas de leur Nouvel ordre mondial dont nous avons besoin, et encore moins de leurs Nouvelles guerres, mais d’un monde dĂ©barassĂ© de leur prĂ©sence nĂ©faste.

Agata Kovacs, pour Mecanopolis

Télécharger le rapport du Council on Foreign Relations

Merci Ă  Julien de nous avoir fait parvenir ce document

Notes :

1. Lire le communiquĂ© de l’ONU

2. Article du Monde diplomatique

juin 30 2010

Comment la France se dissout dans l’ordre mondialiste

Pour la majoritĂ© des Français, la suppression de la « garden party » du 14 juillet Ă  l’ÉlysĂ©e et dans les prĂ©fectures des dĂ©partements est accueillie comme une mesure d’Ă©conomie d’un État subitement devenu exemplaire. En rĂ©alitĂ©, alors que le prĂ©sident Sarkozy s’apprĂŞte Ă  modifier la Constitution pour que le budget de l’Etat soit subordonnĂ© au « triumvirat » (1) – BCE, Eurogroupe et Commission europĂ©enne -  elle est en fait un pas de plus, hautement symbolique, vers l’abandon de la souverainetĂ© de la France au bĂ©nĂ©fice d’une Europe infĂ©odĂ©e Ă  l’ordre mondialiste promulguĂ© par Washington.

sarkozy

MalgrĂ© les dĂ©saccords de façade, Nicolas Sarkozy est, avec Angela Merkel, Ă  l’avant garde du « PĂ´le Carolingien » d’une union fĂ©dĂ©rale de la France et de l’Allemagne devant constituer, ensemble, l’armature intĂ©rieure d’une Europe infĂ©odĂ©e Ă  l’ordre mondialiste.

Ainsi, la troisième phase de la crise Ă©conomique qui va frapper dans les semaines a venir (2) n’aura d’autre but que de mettre Ă  genoux les pays de l’Union europĂ©enne sous la dictature d’un gouvernement Ă©conomique, non plus des 16 pays de la zone euro comme il Ă©tait annoncĂ© ces derniers mois, mais des 27 pays membres.

Pire encore, nous verrons très prochainement comment le pouvoir totalitaire de Bruxelles projette d’utiliser la chute sans fin de l’euro et la crise des États pour faire adhĂ©rer Ă  l’Union europĂ©enne la Turquie et IsraĂ«l, de sorte Ă  Ă©loigner encore un peu plus l’Europe de la Russie, afin que la constitution d’une Grande Europe continentale indĂ©pendante et forte, susceptible de concurrencer les États-Unis – mais ainsi rendue impossible – ne voie jamais le jour.

Car c’est bien de cela dont il s’agit pour les États-Unis, depuis qu’ils ont pris conscience qu’une Europe forte et indĂ©pendante serait en mesure de les dĂ©passer dans tous les domaines de la puissance, notamment Ă©conomique, et dont les stratèges ont tout fait pour prĂ©venir le moindre rĂ©veil, tuer dans l’Ĺ“uf la moindre vellĂ©itĂ© d’autonomie, au cas oĂą quelques dirigeants lucides auraient dĂ©cidĂ© de mettre sur pied une Grande Europe continentale, rĂ©conciliant ses « deux poumons », orthodoxe et occidental.

Sarkozy supprime la « garden party »

Mais nous ne pouvons, sur ce sujet comme tant d’autres, jouer maintenant les innocents, puisque, depuis au moins une dĂ©cennie, les tenants de l’ordre mondial ont publiquement affichĂ©s leurs plans. Ici comme ailleurs, nous ne somme victimes que de notre inertie.

Le ministre des Affaires Ă©trangères Joshka Fischer avait, en quelque sorte, ouvert le bal, lors de son discours Ă  l’UniversitĂ© de Humboldt, le 12 mai 2000, relayĂ© quelques jours après par son prĂ©dĂ©cesseur dans le quotidien collaborationniste Le Figaro : « L’intention de Joshka Fischer est maintenant de renforcer l’Union europĂ©enne dans la perspective de son Ă©largissement. Il s’agit d’en faire un acteur efficace du nouvel ordre mondial » (3). Puis encore, comme pour enfoncer le clou, Wolfghang Schäuble, ex patron de la CDU, dans Le Monde du 22 mai de la mĂŞme annĂ©e : « Au monde bipolaire de la guerre froide s’est substituĂ© un monde multipolaire. Les États-Unis, la Russie, la Chine et, Ă  quelques distances, le Japon, y ont dĂ©jĂ  pris place. L’Inde va entrer dans le club. Il ne faut pas que l’Europe soit en reste. A ses dĂ©buts, le nouveau gouvernement allemand avait laissĂ© un peu en friche le terrain de la politique Ă©trangère. Ce plan Fisher lui restitue un visage europĂ©en sur l’arrière plan de la mondialisation. ».

La doctrine stratĂ©gique « globale » des États-Unis a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e une vingtaine d’annĂ©es auparavant. Il est clairement Ă©noncĂ© dans le nouveau concept Ă©tasunien de « stratĂ©gie nationale de sĂ©curité », dont le contenu fut rĂ©vĂ©lĂ© dans un article du New York Times du 8 mars 1992, qui mentionnait pour la première fois le Defense Planning Guidance du Pentagone, Ă©laborĂ© en liaison avec le Conseil national de la sĂ©curitĂ© (NSA), plus haute instance amĂ©ricaine de sĂ©curitĂ© et de politique internationale. On y apprend que les États-Unis doivent « tout faire pour dissuader d’Ă©ventuels rivaux, parmi les pays avancĂ©s et industrialisĂ©s, de dĂ©fier notre domination, ne serais-ce d’aspirer Ă  un rĂ´le plus grand Ă  l’Ă©chelle mondiale ou rĂ©gionale (…) La mission des États-unis sera de s’assurer qu’il ne soit permis a aucune puissance rivale d’Ă©merger en Europe occidentale, en Asie ou sur le territoire de la CEI ». En bref, il s’agit ni plus ni moins d’empĂŞcher par n’importe quels moyens l’Europe et le Japon, « alliĂ©s » relativement dociles, ainsi que la Russie affaiblie, mais encore redoutable, de relever la tĂŞte et de porter, un jour, ombrage au nouvel ordre mondial politique et Ă©conomique imposĂ© par Washington.

Ce document rend inutile tout commentaire, car il Ă©claire par lui mĂŞme les intentions Ă©tasuniennes, et nous renseigne en mĂŞme temps sur la tâche que nous devons absolument accomplir si nous avons un tant soit peu l’intention de mettre en Ă©chec le plan mondialiste, et mĂŞme, pendant qu’il en est encore temps, de l’abattre comme un chien galeux.

La catastrophe qui frappera le monde dans les toutes prochaines semaines sera Ă©galement, pour le front clandestin qui ne cesse de s’Ă©tendre, l’ultime occasion de renverser l’actuel espace politique europĂ©en.

Pris comme n’importe qui à l’intérieur d’une réalité aussi mouvante que violemment destructrice, nous nous gardons d’oublier ce fait d’expérience que l’action de quelques individus, ou de groupes humains très restreints, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de volonté, avoir des conséquences incalculables.

LoĂŻc Devaussac, pour Mecanopolis

Sur le même sujet, lire également Nicolas Sarkozy accélère l’affaiblissement programmé de l’Etat français

Notes :

1. Lire notre article Bruxelles instaure une dictature économique dans la zone euro

2. Notre camarade C. Casadue revient précisément sur ce sujet dans sa dernière chronique du magazine Flash, que nous publierons vendredi sur Mecanopolis.

3. Le Figaro du 20 mai 2000

juin 29 2010

Obama dĂ©nonce « l’obsession de ceux qui veulent arrĂŞter la guerre en Afghanistan »

Le 10 dĂ©cembre 2009, alors qu’il venait rĂ©cupĂ©rer son « prix Nobel de la paix » à Oslo, Barack Obama avait annoncĂ© un retrait des troupes amĂ©ricaines en Afghanistan pour le dĂ©but juillet 2011. Prenant la parole dans le sillage du sommet du G20, le week-end dernier, le prĂ©sident des États-Unis a renoncĂ© Ă  sa promesse, dĂ©nonçant mĂŞme ce qu’il appelle « l’obsession de ceux qui veulent arrĂŞter la guerre en Afghanistan ».

obama

Non seulement il n’est plus question de retraits des troupes, mais il semblerait que cette guerre doivent durer Ă©ternellement, cela malgrĂ© les difficultĂ©s croissantes des armĂ©es d’occupation sur place.

Dimanche, le directeur de la CIA, Leon Panetta, prĂ©tendait sur la chaine ABC que les États-Unis sont incapables de rĂ©colter « des informations solides depuis des annĂ©es sur l’endroit oĂą se trouve Oussama ben Laden », et que « la victoire sera plus difficile et plus lente que ce que tout le monde avait anticipĂ© ». C’est sans doute la raison pour laquelle le patron de la CIA vient de signer un contrat de 120 millions de dollars avec la sociĂ©tĂ© militaire privĂ©e (SMP) Blackwater ( rebaptisĂ©e «Xe» ), qui va donc engager ses mercenaires en Afghanistan.

Si Blackwater a pris le soin de changer de nom, c’est parce qu’il Ă©tait de triste renommĂ©e après avoir Ă©tĂ© impliquĂ© dans plusieurs scandales en Irak, en particulier la mort d’au moins 14 civils Ă  Bagdad en septembre 2007. Le ministre irakien de l’IntĂ©rieur avait ordonnĂ© en fĂ©vrier 2010 l’expulsion de 250 anciens employĂ©s de Blackwater. Pas plus tard qu’en mai dernier, Washington a Ă©galement retirĂ© Ă  la compagnie le service de protection de ses diplomates Ă  Bagdad.

Le « prix Nobel de la paix » du président Obama a décidément un goût amer.

La résistance afghane dénonce une « mafia internationale »

Dans un communiquĂ© publiĂ© le 26 juin dernier*, le porte parole de l’Emirat Islamique d’Afghanistan, Qari Youssouf Ahmadi, a indiquĂ©, Ă  propos du limogeage du gĂ©nĂ©ral McCrystal, commandant des forces amĂ©ricaines en Afghanistan, qu’il Ă©tait « la consĂ©quence logique et naturelle de l’Ă©chec de l’occupant Ă©tranger en Afghanistan. Toute personne nommĂ©e Ă  ce poste devra s’attendre aux mĂŞmes consĂ©quences car le peuple afghan ne laissera jamais triompher les forces Ă©trangères. »

Selon le porte parole de la rĂ©sistance – et comme nous l’indiquions dĂ©jĂ  dans notre article du 23 juin dernier, « les raisons du renvoi de MacCrystal ne sont pas dues Ă  ses propos dans la presse, mais Ă  une victoire de nos moudjahidines, qui ont permis de repousser l’ennemi et, au final, de dĂ©jouer la nouvelle stratĂ©gie d’Obama. Le prĂ©sident amĂ©ricain voudrait s’exonĂ©rer de ses choix, en faisant porter le poids de l’échec de cette stratĂ©gie sur l’armĂ©e et plus particulièrement sur le gĂ©nĂ©ral McCrystal, cela afin de sauver la face et celle de la mafia internationale qui le soutien.

Obama et McCrystal ont rĂ©alisĂ© des opĂ©rations d’une force et d’une brutalitĂ© sans prĂ©cĂ©dent, n’hĂ©sitant pas a perpĂ©trer des attentats sanglants au sein des populations civiles pour les attribuer ensuite aux moujahidines, dans le but de dicrĂ©diter les forces de rĂ©sistance qui se battent contre l’occupant Ă©tanger.

Peu importe les stratĂ©gies misent en place par les amĂ©ricains, nous le rĂ©pĂ©tons Ă  nouveau : l’Afghanistan sera leur tombeau. Au gĂ©nĂ©ral Petraeus, qui va remplacer McCrystal, et Ă  ses armĂ©es, nous promettons, avec l’aide de Dieu, une dĂ©faite sanglante » Ă  conclu Qari Youssouf Ahmadi dans son communiquĂ©.

Spencer Delane, pour Mecanopolis

*Le communiqué de la résistance afghane nous a été transmis par Ansar al-Jihad Network (as-ansar.com)

juin 24 2010

Dans son adresse Ă  la nation, Obama couvre les crimes de BP

Le discours du président Obama, prononcé mardi soir du Bureau ovale, sur la catastrophique marée noire du golfe du Mexique était une lâche dérobade et dissimulation qui aurait pu être écrit par le service de publicité de BP.

BP

Le discours de 18 minutes, prononcĂ© le 57e jour de la pire catastrophe environnementale de l’histoire des Etats-Unis, n’a pas donnĂ© d’estimation concrète des causes de la marĂ©e noire ni de l’ampleur de la crise, en termes de dommages Ă  l’Ă©cosystème ou Ă  l’Ă©conomie.

Le discours reprĂ©sente une totale capitulation devant BP et les autres grandes sociĂ©tĂ©s. Quiconque s’attendait Ă  voir Obama profiter de l’occasion pour fournir au peuple amĂ©ricain une description honnĂŞte du dĂ©sastre et de la culpabilitĂ© de BP ne peut qu’avoir Ă©tĂ© cruellement déçu.

PrononcĂ© quelques heures seulement avant une rencontre avec les hauts dirigeants de BP Ă  la Maison-Blanche, le discours a clairement Ă©tabli que l’administration Obama reçoit ses ordres de l’oligarchie patronale et financière. Dans sa rĂ©action Ă  la catastrophe du golfe du Mexique, Obama a adoptĂ© la mĂŞme approche que devant les actions criminelles de Wall Street qui ont jetĂ© les Etats-Unis et le monde dans la plus profonde crise Ă©conomique depuis la Grande DĂ©pression. Personne ne sera tenu responsable et rien ne sera fait qui pourrait poser problème aux intĂ©rĂŞts fondamentaux de l’aristocratie financière.

Dans son discours, Obama n’a jamais condamnĂ© clairement les actes de BP, ceux avant ou après l’explosion, survenue le 20 avril sur la plate-forme Deepwater Horizon, qui a coĂ»tĂ© la vie Ă  11 travailleurs et qui a entraĂ®nĂ© le dĂ©versement de millions de litres de pĂ©trole dans le golfe du Mexique.

Il n’a rien dit des dernières rĂ©vĂ©lations troublantes sur les violations systĂ©matiques des procĂ©dures de sĂ©curitĂ© par BP tout juste avant que l’explosion ne vienne couler la plate-forme. Ces violations faisaient partie de la politique de la compagnie de systĂ©matiquement prendre des raccourcis pour Ă©conomiser temps et argent et gonfler les profits.

Il n’a mĂŞme pas fait mention des nouvelles estimations rendues publiques le jour mĂŞme par des scientifiques du gouvernement qui Ă©tablissaient le taux de dĂ©versement de pĂ©trole entre 135.000 et 230.000 litres par jour – la plus rĂ©cente indication que BP ment Ă  rĂ©pĂ©tition sur la crise.

L’enquĂŞte criminelle sur BP, dont l’administration avait fait miroiter l’idĂ©e il y a deux semaines, mais qui a Ă©tĂ© abandonnĂ©e depuis, n’a jamais Ă©tĂ© mentionnĂ©e.

Obama a consacrĂ© prĂ©cisĂ©ment quatre courtes phrases et moins d’une minute Ă  l’explosion sur la plate-forme Deepwater Horizon, omettant tout ce qui aurait pu ĂŞtre dommageable Ă  BP. Il n’a pas mentionnĂ© par exemple que le bloc obturateur de puits de la compagnie, prĂ©sumĂ©ment le dispositif de sĂ©curitĂ© dans le cas d’un jaillissement de pĂ©trole, n’avait pas fonctionnĂ©.

« Parce que la fuite est si importante et situĂ©e Ă  une telle profondeur, ce qu’il faut faire pour l’arrĂŞter frĂ´le les limites de la technologie humaine », a-t-il dit.

C’est une tentative misérable et malhonnête de prétendre que BP n’est pas responsable du désastre. Le problème n’est pas la supposée limite de la technologie humaine, mais plutôt le fait que BP n’avait aucun plan en place afin de faire face à l’explosion.

Obama a poursuivi en vantant sa réponse décousue et incompétente face à la marée noire, déclarant « Suite à ces efforts, nous avons ordonné à BP de mobiliser des équipements et de la technologie additionnels. Et dans les semaines et les jours à venir, ces efforts devraient permettre de récupérer jusqu’à 90 pour cent du pétrole qui fuit du puits. Ceci jusqu’à ce que la compagnie finissent le forage du puits de secours plus tard durant l’été, ce qui devrait arrêter la fuite complètement ».

D’où provient le chiffre de 90 pour cent d’endiguement? De BP!

Obama a présenté les prétentions de la compagnie, y compris l’arrêt complet de la fuite d’ici la fin de l’été, comme s’ils étaient dignes de confiance. Ceci après que BP ait fourni des informations fausses et erronées depuis le premier jour du désastre, des informations que Obama et ses subordonnés ont accepté tel quel et retransmises au public.

Obama n’a rien dit sur l’histoire de tromperie de BP, à commencer par son affirmation, après le 20 avril, qu’il n’y avait aucune fuite de pétrole, suivie de ses estimations frauduleuse de 1000 barils par jour et puis 5000 barils. Il n’a pas non plus mentionné la défiance de la compagnie face à l’appel de l’Agence de protection environnementale, pour qu’il arrête de pomper le dispersant d’huile toxique Corexit dans le golfe. Ou bien sa politique d’empêcher les médias d’avoir accès aux plages et aux marais pollués.

Et comme il a précisé dans son discours, l’administration va continuer à diffuser les mensonges de BP.

« Mais ne vous méprenez pas », a dit Obama, « nous allons combattre cette marée noire de toutes nos forces, le temps qu’il faudra. Nous allons faire payer à BP les dommages que leur compagnie a causés. Et nous allons faire tout ce qui est nécessaire afin d’aider la côte du golfe et ses habitants à se remettre de cette tragédie, »

Ces affirmations sont si générales qu’elles ne veulent rien dire. On parle ici d’un désastre dont les coûts totaux de destruction économique et environnemental atteignent les centaines de milliards et mêmes des billions de dollars. Mais Obama a pris soin de ne pas donner une estimation du coût de l’explosion à ce jour, les pertes envisagées pour le tourisme et l’industrie de la pêche, les centaines de milliers d’emplois anéantis, rendant sa promesse de « faire payer BP » et « faire tout ce qui est nécessaire » vide et sans aucune crédibilité.

« En raison de nos efforts », s’est vanté Obama, « des millions de gallons de pétrole ont déjà été retirés de l’eau par la combustion, l’écrémage et d’autre méthodes de collecte. Plus de 5 millions et demi de pieds de barrage ont été disposés sur le golfe afin de bloquer et d’absorber le pétrole qui s’approche des berges. »

Cette défense de ce qui est vu universellement comme une réponse incompétente, désorganisée et entièrement inadéquate de la part du gouvernement et de BP est une insulte à l’intelligence du peuple américain. Le matin même du discours d’Obama, le New York Times publiait un long article de première page ayant pour titre : « Les efforts pour repousser la marée noire sont décrits comme étant chaotiques ».

Obama a ensuite voulu se faire rassurant pour les victimes du déversement du pétrole dans le golfe : « Alors que le nettoyage continue, nous allons offrir toutes les ressources additionnelles et toute l’aide dont pourrait avoir besoin nos États de la côte… Mais nous devons reconnaître que, malgré nos meilleurs efforts, le pétrole a déjà causé des dommages à nos côtes et à la vie qu’elles abritent. Et malheureusement, peu importe l’efficacité de notre réponse, il y aura d’autre pétrole et d’autres destructions. Voilà pourquoi la deuxième chose sur laquelle nous allons concentrer nos efforts est le rétablissement et la restauration de la côte du golfe du Mexique. »

Encore une fois, il s’agit de généralités parmi les plus vagues que l’on puisse trouver. Elles sont démenties par le refus du gouvernement d’allouer à ce jour des ressources qui sont proches de ce que la situation commande ou d’entreprendre toute action qui irait à l’encontre de la propriété ou des profits de BP. Pour entreprendre sérieusement « le rétablissement et la restauration » de la côte du golfe, il faut saisir les actifs de BP et nationaliser l’industrie pétrolière pour la mettre sous le contrôle démocratique des travailleurs.

« Demain », a déclaré Obama, « je vais rencontrer le président de BP et l’informer qu’il doit conserver la somme nécessaire pour compenser les travailleurs et les entrepreneurs qui ont été lésés à cause de la témérité de la compagnie. Et ce fond ne sera pas contrôlé par BP. Dans le but d’assurer que les réclamations légitimes sont satisfaites d’une manière équitable et rapide, le compte doit être, et sera, administré par un tiers parti indépendant. »

Encore une fois, pas un seul chiffre. « La somme nécessaire » est une généralité qui peut être tordue dans le sens où l’on veut bien l’entendre par satisfaire les besoins des gros bonnets. Malgré les déclarations d’Obama sur le « tiers parti indépendant » qui devra administrer le fond de compensation, ceux qui vont véritablement dicter ce qui sera fait, ce seront BP, l’industrie du pétrole dans son ensemble et Wall Street.

On trouve également l’expression « les réclamations légitimes ». Qui déterminera la légitimité des déclarations ? C’est une formule pour ne pas donner de compensation adéquate à des dizaines de milliers de travailleurs dont les emplois se sont volatilisés suite au désastre du golfe.

« La troisième partie de notre plan », a continué Obama, « consiste en mesures que nous prenons pour nous assurer qu’un désastre comme celui que nous venons de traverser ne se reproduise plus jamais. Il y a quelques mois, j’ai approuvé une proposition de considérer de nouveaux forages, très limités, avec l’assurance que cela sera absolument sécuritaire, que la technologie appropriée sera disponible et que les précautions nécessaires sont prises. »

« Cela n’était évidemment pas le cas de la plateforme de forage Deepwater Horizon, et nous voulons savoir pourquoi… Et j’ai donc établi une commission nationale dont la fonction sera de comprendre les causes de ce désastre et de nous faire des recommandations pour de nouvelles normes de sécurité et de nouvelles normes environnementales que nous devons mettre en place. »

La promesse d’Obama qu’un « désastre comme celui que nous venons de traverser ne se reproduise plus jamais » n’est pas crédible. On peut dire la même chose de son ignorance des causes de l’explosion de Deepwater Horizon.

A ce jour, une montagne de faits sont connus du public qui prouvent que la cause de l’explosion a été le non-respect des règles de sécurité par la compagnie, parce qu’elles étaient considérées comme des obstacles dans sa course aux profits. Il a été bien établi que le gouvernement, y compris celui d’Obama, a facilité cela en permettant à la compagnie de se superviser elle-même.

Étant donné la servilité dont font preuve les deux partis politiques et toutes les branches et niveaux de gouvernement lorsqu’il s’agit les profits de la grande entreprise, il ne peut y avoir de doute que les conditions pour d’autres désastres continueront de prévaloir.

En réalité, le véritable mandat la commission nationale (sur laquelle siège un membre du conseil d’administration de Conoco-Phillips), tel qu’indiqué précédemment par Obama lui-même, est de rapidement arriver avec une proposition pour des améliorations de sécurité bidon pour recommencer au plus tôt les forages en eaux profondes dans le golfe du Mexique et ailleurs.

Obama a répété son mantra qu’il « faut se regrouper » en tant que nation, « les travailleurs et les entrepreneurs, les scientifiques et les citoyens, le secteur privé et le secteur public ». En d’autres mots, il ne faut pas monter de mouvement d’opposition qui irait à l’encontre des intérêts de la grande entreprise criminelle et ne pas les rendre imputables de leurs crimes.

Autre insulte à l’intelligence du peuple américain, il a introduit Dieu à la fin de ses remarques, déclarant que « nous prions pour qu’une main nous guide à travers l’orage vers un jour meilleur ».

Obama nous a donné le discours d’un individu et d’un gouvernement sous la coupe de BP et de l’élite de la grande entreprise et du monde financier dans son ensemble. Son discours suintant la servilité et la couardise devant la grande entreprise et le mépris pour la population.

Il a été rendu clair que rien ne serait fait pour compenser l’immense majorité des travailleurs et des petits entrepreneurs qui ont perdu leur emploi et leur gagne-pain à cause du déversement de pétrole dans le golfe.

Ce discours fait partie d’une campagne de relations publiques de trois jours qui comprend une tournée de deux jours du golfe et la rencontre mercredi du président et PDG de BP à la Maison-Blanche qui a pour but de préparer une entente avec BP. L’entente comprendra fort probablement un report temporaire du paiement de milliards de dollars en dividendes aux actionnaires de BP et la mise en place d’un fonds spécial qui limitera la responsabilité de la compagnie à une petite fraction du coût réel du désastre pour laquelle elle est responsable.

Barry Grey, pour WSWS


Evolution de la marrée noire BP
envoyé par Mecanopolis.

juin 14 2010

Les peuples : nos seuls camarades

Tribune libre de Jean-Marc Desanti

L’histoire que l’on enseigne dans les prestigieuses universitĂ©s par les faiseurs d’opinions se pare de la vertu de la cohĂ©sion, de la logique et de la science. Au bout du compte tout s’expliquerait d’une manière rationnelle. Par exemple, il fallait Ă©craser l’Allemagne nazie comme le Japon ImpĂ©rial- c’est-Ă -dire aussi des peuples innocents – par le fer et par le feu. Il Ă©tait normal que le pacte germano-soviĂ©tique se rompit et que l’URSS s’accoquinât avec l’impĂ©rialisme amĂ©ricain, Stalingrad effaçant Une journĂ©e d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne. On se devait de soutenir la juste lutte des peuples colonisĂ©s, mais en fermant les yeux sur les atrocitĂ©s commises, aussi, par les indĂ©pendantistes. Bref, on nous fait et refait sans cesse, le coup « du sens de l’Histoire » sans s’inquiĂ©ter des racines des malheurs des temps et du prix exorbitant Ă  payer par les populations. DĂ©jĂ , nous pouvons prĂ©voir qu’on Ă©duquera les futurs robots des espĂ©rances planĂ©taires dans l’idĂ©e qu’il Ă©tait finalement souhaitable de dĂ©manteler l’Irak, de persĂ©cuter les afghans ou demain de faire disparaĂ®tre IsraĂ«l de la carte, sans doute pour marquer, comme il se doit dans une perspective historique « correcte », le triomphe dĂ©finitif sur les patries charnelles, du libĂ©ralisme Ă©conomique mondialisĂ©, cette fin de l’Histoire.

desanti

Les idéologues manipulateurs « de renom » ne se contentent pas d’être des conformistes obéissants et d’acter le passé. Ils en font une philosophie du déterminisme : Puisque c’est arrivé, c’est que le phénomène était aussi inévitable et naturel que la nuit succédant au jour. Il y a eu des massacres de peuples, des destructions massives mais après vient toujours le temps de la « reconstruction » économique. En réalité triste jeu télévisé où l’animateur, employé par Big Brother, un petit carton rempli de réponses, qui lui confère l’autorité cathodique, joue les encyclopédistes en répétant la ritournelle des doctes : « Mais oui, bien sûr ! Vous ne le saviez pas ? »

Savoir quoi ? Que les gentils deviennent très méchants mais qu’ils ont toutes les excuses ? Que les méchants finissent par nous apitoyer devant le spectacle hideux de leurs enfants agonisants ? Qu’à la fin c’est toujours le gros riche dont le fric pue les cadavres immolés qui tire son épingle du jeu sanguinaire et conserve son magot ?

Que le seul vainqueur c’est celui qui sait ĂŞtre boutefeux Ă  l’hĂ´tel Bilderberg au dĂ©but, cynique, pendant, Ă  Londres et new-yorkais modĂ©rĂ© de l’ONU, Ă  la fin ?

Nous le connaissons ce grand seigneur et saigneur par procuration. Il est toujours là pour rebâtir et faire des affaires. C’est l’affairiste « marchand de gloire » poussant le mutilé médaillé sur scène, et des coulisses lui soufflant son discours.

C’est Barras le mandataire corrompu du Directoire, c’est le carpetbagger nordiste, profiteur de la guerre de Sécession, c’est Poincaré décidant l’occupation de la Ruhr, c’est Alfred Krupp, membre de la SS dès 1931, arrêté, jugé puis acquitté, et finalement libre en 1951, c’est le chinois nouveau en Afrique et le trader américain partout.

Mais nous connaissons aussi les vaincus, les foules des misérables, des minables détritus jetés en paquets sur les routes des exodes ou qu’on oublie à la Kolyma, dans les Laogaï, qu’on persécute à Dachau et exécute à Auschwitz. ou dans les villes ghettos , Varsovie, Cracovie, Lodz hier, aujourd’hui les favelas, Gaza et demain Beíer Sheva, Lod, Afula, Hébron ou Tel Aviv.

Il n’y a aucune logique.

Ceux qui résistent, les frères Bielski dans la région de Lida et de Novogrudok en 1942, les jeunes tchétchènes, kabardes, tcherkesses, ingouches ou lezguiens aujourd’hui, les chrétiens d’Orient, les tibétains … Eux ne seront jamais riches, et ne seront plus là pour témoigner. Pour eux parleront des témoins faussaires, des résistants de la dernière heure, des intellectuels réfugiés à l’étranger tous des roublards encostumés d’anciens Topaze, qui, par veulerie auront épousé, à temps, les valeurs de la « haute ».

Et les gueux qui n’ont droit qu’aux monuments funéraires gravés à leurs noms ne verront jamais les fruits de leur sacrifice. Et, pour une fois, ils ont bien de la chance, cela leur évite de côtoyer avec nous la pourriture de la récolte.

Ce sont eux, les damnés de la terre, qui sont nos camarades, ceux à qui les propriétaires de Rolex font croire que l’autre est leur ennemi. Ceux qui n’ont pas voulu admettre qu’il n’existe qu’une dialectique désespérante : celle des exploiteurs et des sacrifiés, des voleurs et des spoliés, des bourreaux et des victimes, des banquiers et des naïfs.

Depardieu, tout bouffi de viande grasse et d’alcools de luxe peut impunément traiter de cons «  les ouvriers qui ne se révoltent pas », il est vrai qu’il ne se risque d’être Jean Valjean que dans des films de fiction.

Alors il ne reste, à tous ceux qui n’ont comme seul bien que la terre de leur patrie de se devoir assistance et fraternité. C’est en s’enracinant sur leur sol, en cultivant leur singularité, en préservant leurs héritages qu’ils résisteront le mieux aux folies messianiques des fossoyeurs des identités, lissés au botox.

Chaque patrie préservée, chaque peuple debout est une digue contre la déferlante babélienne. Soyons fiers d’être européen, africain ou asiatique. Aimons chez l’autre sa beauté brute et non caviardée. Nous ne devons pas aimer l’Islam mais le musulman dans l’Islam et le musulman comme le juif n’ont pas à aimer le christianisme mais Jésus le rabbin prophète… Et que l’athée se contente de saluer le cheminement chaotique et grandiose de la pensée humaine dans le religieux.

Peuples, nos seuls camarades, traduisez vos livres dans la langue de l’autre, accueillez l’étranger en transhumance, émerveillez-vous des odeurs et des couleurs inconnues, apprenez de vos frères de passage et retournez à vos champs.

Et si des individus tombent en amour devant une de vos civilisations, laissez-le épouser vos fils et vos filles et devenir un des vôtres, le meilleur d’entre vous, mais en reniant à jamais sa culture première, en oubliant pour toujours cet autre qu’il fut, en déchirant son passé sans jamais vous en reprocher la douleur : La paix est à ce prix.

Jean-Marc Desanti, pour Mecanopolis

juin 08 2010

On ne pourra pas sauver le « soldat euro »…

Il y a quinze jours, le banquier suisse Alexandre Wohlwend annonçait avec fracas la fin de l’euro dans les médias suisses, et accusait les États-Unis d’avoir “contaminé l’Europe avec leur concept de mondialisation et de profit maximum à court terme”. Pour la revue Flash, notre camarade Clovis Casadue a rencontré ce financier qui ne pratique pas la langue de bois.

arabesque

Dans un rĂ©cent entretien accordĂ© au quotidien suisse la “Tribune de Genève”, vous avez annoncĂ© la fin de l’euro, rompant ainsi avec le discours feutrĂ© auquel vos banquiers nous ont habituĂ©s.

Je dois préciser que je n’appartiens à aucun parti politique, que je n’ai pas de tendance politique et que je suis viscéralement Suisse, donc neutre en ce domaine. Je ne suis pas non plus un donneur de leçons. Mon analyse est donc fondée sur une profonde réflexion. Je pense que l’euro est réellement malade, il n’y a rien de subversif dans tout cela, mais cette monnaie, par son essence plurinationale, et en raison des déséquilibres des pays la partageant, est vouée à disparaitre.

Et la fin de la devise européenne, ce serait pour quand ?

Je ne veux pas me hasarder dans un pronostic chiffré, mais cela pourrait être assez rapide. J’estime qu’avant cinq ans, les pays européens auront largement commencé à se retirer de la zone euro pour revenir à leur monnaie nationale. La fin de l’euro s’effectuera par paliers.

Cette monnaie restera un certain temps entre 1,20 et 1,26 dollar, puis viendra une période où elle s’échangera entre 1,12 et 1,14. Enfin, si la “ligne de flottaison” historique à 1,08 dollar est rompue… Ce sera alors le plongeon final…

Les pays de la zone euro pourraient-ils récupérer leur monnaie nationale ?

Je crois que cela est inexorable. C’est d’ailleurs le seul plan de sauvetage possible. L’euro tel qu’il a Ă©tĂ© conçu n’est qu’un leurre. Nous sommes entrĂ©s dans la seconde phase d’une crise mondiale. Une crise qui est structurelle et systĂ©mique.

On a voulu fabriquer une Europe sur le modèle des États-Unis et cela n’est absolument pas viable. Ce qui se passe aujourd’hui avec la Grèce est le premier symptôme du dysfonctionnement.

Quand un État connaît une évolution sociale, financière et salariale qui le met en porte-à-faux par rapport à ses pays partenaires en matière de commerce ou vis-à-vis d’une monnaie commune, on parle alors de “choc asymétrique”. Quand un pays est souverain, il peut régler ce problème par un réajustement, par une dépréciation ou une dévaluation de sa monnaie. Dans le cas présent c’est impossible.

Mais le pouvoir européen voudrait placer les pays de la zone euro – et les Allemands l’ensemble de l’Union européenne – sous tutelle, justement pour en ajuster les économies…

Cette harmonisation fiscale et salariale est impossible. C’est-à-dire placer tout le monde au même niveau pour liquider ce choc asymétrique. La Grande-Bretagne refuse catégoriquement. Les pays de l’Est ne sont pas entrés dans l’Union pour cela, et pour tous les autres, on risque de se retrouver avec une situation de révolte semblable à celle de Mai 68.

En ce moment, l’Europe est euphorique parce qu’elle est droguée à l’endettement. Or cette “solution” ne fait qu’augmenter la dose de drogue en créant encore plus de dettes !

On peut éventuellement créer une embellie temporaire sur les marchés boursiers mais on ne pourra pas sauver “le soldat euro” de cette façon. Tout cet argent sera finalement ponctionné auprès des contribuables. On va aller vers une paupérisation grandissante des peuples européens, ce qui risque d’entraîner une crise sociale importante. On le voit déjà aujourd’hui : les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux qui, comme le nôtre (la Suisse, Ndlr), ont conservé leur monnaie.

Quel est votre intérêt à vous exprimer dans les médias ?

Depuis l’article de La Tribune de Genève, je n’ai pris que des coups. J’essaie simplement de faire passer, dans le débat démocratique, un autre avis que celui qui est formulé par le consensus financier.

Mon combat est celui de la vérité et de l’honneur. Beaucoup de gens partagent mon opinion.

Parfois, le progrès, c’est de savoir revenir en arrière.

Propos recueillis par Clovis Casadue pour la revue Flash

Publié en exclusivité sur Mecanopolis, avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction

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Reproduction libre avec indication des sources


Sommaire de FLASH n°41 :

• Contre la mondialisation : vive le vin français ! Entretien exclusif avec l’œnologue Alexandre Rougé, part en guerre contre le pinard Mc World !

• La basilique de Saint-Denis en ruine ? Karim Ouchikh vole au secours des tombeaux des rois de France. Flash relaie la pétition des Manants du Roi en page 7

• Bhoutan : le pays où l’immigration est interdite. L’Île de Sercq, du droit féodal aux prédateurs capitalistes… Les révélations de Christian Bouchet en pages 8 et 9

• Délinquances : Alain Soral fait le tri en page 11

• Les bois sculptés de Jean de Villiers, artisan français : Marie-Claire Roy les a vus pour vous en page 14

• Contre le fléau Lady Gaga, Nicolas Gauthier a trouvé l’antidote en page 15. C’est Corinne Bailey Rae !

• Clermont-Ferrand, champion de France de rugby ? Gabriel Fouquet salue l’exploit de cette équipe pas comme les autres en page 16…

Pour vous abonner en ligne et en toute sécurité : www.flashmagazine.fr

flash41

juin 06 2010

Le groupe Bilderberg s’est rĂ©uni ce week-end en Espagne

Le Club Bilderberg, rassemblant des hommes d’affaires, des personnalitĂ©s de la diplomatie, des chefs d’État, des banquiers, des membres des monarchies europĂ©ennes et les personnes les plus influentes dans le monde, s’est rĂ©uni en fin de semaine dernière et ce week-end dans un hĂ´tel de Sitges (province de Barcelone).

bilderberg

La rencontre, qui se tient chaque annĂ©e dans un pays diffĂ©rent, se dĂ©roule dans un climat de discrĂ©tion totale et d’opacitĂ©. Les rĂ©unions et dĂ©cisions sont très confidentielles et ne sont absolument pas mĂ©diatisĂ©es.

Le prĂ©sident espagnol, JosĂ© Luis Rodriguez Zapatero, est intervenu vendredi pour transmettre aux participants, entre autres, un message de « crĂ©dibilitĂ© et de confiance » autour de l’Ă©conomie espagnole.


Manifestation contre la réunion Bilderberg (Sitges, juin 2010)
envoyé par Mecanopolis

Parmi les participants de la rĂ©union du groupe Bilderberg se sont retrouvĂ© des hommes politiques de haut niveau et des dirigeants d’entreprises leaders dans le monde, avec une grande capacitĂ© d’influence. Les entreprises du secteur Ă©nergĂ©tique BP et Shell, pour ne citer que quelques noms, sont habituellement au rendez-vous. On y retrouve aussi les reprĂ©sentants des principales banques du monde et des gĂ©ants du secteur des tĂ©lĂ©communications, comme Google, qui Ă©tait Ă  Sitges cette annĂ©e.

La reine d’Espagne, la reine Beatrix d’Hollande, le prĂ©sident autrichien Heinz Fischer, le premier ministre français François Fillon, Bill Gates et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen sont quelques-unes des personnalitĂ©s qui se sont rendues Ă  Sitges. De mĂŞme, le directeur de l’Organisation mondial du commerce, Pascal Lamy, le prĂ©sident de la BCE, Jean-Claude Trichet, le Britannique Peter Mandelson, le prĂ©sident de la Banque mondiale, Robert Zoellick, l’ancien commissaire europĂ©en Pedro Solbes, le conseiller d’Obama Paul Volcker, l’ancien commissaire europĂ©en Pedro Solbes, ou encore les rĂ©dacteurs en chef de The Economist et du Financial Times étaient Ă©galement prĂ©sents.

Les alentours de l’hĂ´tel Dolce, oĂą logeaient les participants, a littĂ©ralement Ă©tĂ© placĂ© en Ă©tat de siège et soumis Ă  de drastiques mesures de sĂ©curitĂ©. Les habitants et employĂ©s de la zone rĂ©sidentielle attenante Ă  l’hĂ´tel ont mĂŞme dĂ» s’accrĂ©diter auprès des forces de sĂ©curitĂ©, rapporte Europa Press. Le terrain de golf et la boĂ®te de nuit en plein air qui venait d’inaugurer la saison ont en plus Ă©tĂ© fermĂ©s au public pour le week-end.

C’est le contribuable espagnol qui devra en partie payer ces Ă©normes mesures de sĂ©curitĂ©. « Un gaspillage injustifiĂ© », selon le syndicat de Mossos d’Esquadra, la police catalane, qui a ainsi dĂ©noncĂ© publiquement vendredi le dĂ©ploiement de « centaines de Mossos […] en pleine crise et alors que les gouvernements imposent une baisse de salaire aux fonctionnaires. » Le quotidien PĂşblico estime que cette facture s’Ă©levera Ă  600 000 euros.

En France, peu d’informations ont Ă©tĂ© publiĂ©es jusqu’ici, Ă  l’exception du blog de la romancière Flore Vasseur et une dĂ©pĂŞche AFP tombĂ©e vendredi.

Nous reviendrons très prochainement sur les conséquences de cette réunion.

Mecanopolis

juin 01 2010

De l’echec des marchés au nouvel ordre économique mondial

La crise économique qui sévit depuis l’automne 2008 a des conséquences dans le monde entier. La menace d’insolvabilité de différents Etats en constitue actuellement le point culminant. Un redressement durable de l’économie n’est pas pour demain.

Alarmés par les effets dévastateurs de la crise, avant tout pour les pays en développement et parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec les tentatives de solution rapides de quelques pays du G 20, l’ex-président de l’Assemblée générale des Nations Unies Miguel d’Escoto Brockmann et Joseph Stiglitz ont convoqué l’été dernier un sommet de crise de l’ONU qui partait de l’idée que la crise concernait la totalité de la communauté internationale et que tous les peuples devaient avoir leur mot à dire dans la recherche de solutions. Beaucoup d’idées du rapport que Stiglitz avait élaboré avec d’autres personnes au sein d’une commission préparatoire ont été discutées et présentées dans une déclaration finale. Le rapport demandait des réformes profondes des marchés financiers internationaux, notamment un Conseil économique mondial représentatif et des contrôles éta­tiques de la circulation des capitaux. Ce rapport a été rejeté par les pays industrialisés.

Il est d’autant plus salutaire que Joseph Stiglitz publie maintenant un ouvrage inti­tulé «Le triomphe de la cupidité» dans lequel, inspiré par le respect de la souveraineté des Etat nations, il expose de manière claire ses vues sur la crise et ses causes: Les guerres qui, depuis le début des années 1990, ont coûté des sommes colossales et ont nécessité un gonflement artificiel de l’argent (cf. «Une guerre à 3000 milliards de dollars»), les effets dévastateurs des contraintes pour le tiers monde (cf. «La grande désillusion»), la déréglementation et le déchaînement des marchés qu’elle a entraîné, les mauvais stimulants et la répartition injuste des richesses ont mené le monde au bord de l’abîme.

Au lieu de proposer des mesures hâtives, Stiglitz invite à une réflexion commune approfondie. Désireux d’éviter les crises fu­tures, il expose dans toute leur complexité les tâches que nous impose l’avenir et il nous invite à trouver des solutions humaines. Après l’échec de toutes les solutions envisagées jusqu’ici, nous devons rassembler toutes les forces de la réflexion et le lecteur lui-même est appelé à prendre ses responsabilités. Sans accuser personne individuellement et avec une grande franchise, Stiglitz évoque les négligences et les mauvaises décisions qui ont conduit au désastre actuel. La question est de savoir si les pays pourront être assez indépendants et consensuels pour s’atteler ensemble à cette tâche.

Nous reproduisons ci-dessous la préface du livre de Stiglitz auquel nous souhaitons un large public. Il est à la portée de tout lecteur attentif.

Horizons et Débats*

noem

Dans la Grande Récession qui a commencé en 2008, plusieurs millions de personnes, en Amérique et dans le monde entier, ont perdu maison et emploi. Beaucoup plus ont été tenaillés par l’angoisse de les perdre aussi, et pratiquement tous ceux qui avaient fait quelques économies pour leur retraite ou les études de leurs enfants ont vu ces investissements se réduire à peau de chagrin. Née en Amérique, la crise a vite gagné toute la planète: des dizaines de millions de personnes dans le monde ont perdu leur travail – 20 millions pour la seule République populaire de Chine –, des dizaines de millions de vies ont sombré dans la pauvreté.1

Ce n’est pas ce qui était prévu. La théorie économique en vigueur, avec sa foi dans le libre marché et la mondialisation, avait promis la prospérité à tous. La «nouvelle économie» tant vantée – les innovations stupéfiantes des dernières décennies du XXe siècle, dont la déréglementation et l’ingénierie financière – devait nous permettre de mieux gérer le risque et mettre un point final au cycle des affaires. Et si, à elles deux, la nouvelle économie et la théorie économique moderne n’avaient pas totalement anéanti les fluctuations économiques, elles les avaient domptées. Du moins le disait-on.

La Grande Récession a pulvérisé ces illusions. C’est à l’évidence le pire effondrement économique depuis la Grande Dépression d’il y a soixante-quinze ans. Il nous contraint à repenser ce que nous avons si longtemps adoré. Cela fait un quart de siècle que règnent certaines idées: les marchés libres et sans entraves sont efficaces; s’ils font des erreurs, ils les corrigent vite; le meilleur Etat est le plus discret; la réglementation n’est qu’un obstacle à l’innovation; les banques centrales doivent être indépendantes et avoir pour seul souci de contenir l’inflation. Aujourd’hui, même le grand-prêtre de cette idéologie, Alan Greenspan, président du Federal Reserve Board à l’époque où prévalaient ces principes, reconnaît que quelque chose clochait dans ce raisonnement. Mais cet aveu arrive trop tard pour les très nombreuses victimes.

«Je suis persuadé que les marchés sont au cœur de toute économie dynamique mais ne fonctionnent pas bien tout seuls.»

Ce livre parle d’un combat d’idées: il porte sur les idées à l’origine des politiques désastreuses qui ont provoqué la crise, et sur les leçons que nous en tirons. Avec le temps, toute crise a une fin. Mais aucune, surtout lorsqu’elle est d’une telle gravité, ne disparait sans laisser d’héritage. Celle de 2008 nous léguera, entre autres, de nouveaux éclairages sur une vieille controverse: quel est le système économique le plus bénéfique? Le duel entre capitalisme et communisme est peut-être

fini, mais les économies de marché sont très diverses, et le débat fait rage à propos de leurs mérites respectifs.

Je suis persuadé que les marchés sont au cœur de toute économie dynamique mais ne fonctionnent pas bien tout seuls. Je m’inscris à cet égard dans la tradition inaugurée par l’illustre économiste britannique John Maynard Keynes, dont la haute stature domine la recherche économique de notre temps. L’Etat a un rôle, qui ne se réduit pas à venir sauver l’économie quand les marchés chancellent et à réglementer pour éviter le type d’effondrement que nous venons de vivre. Les économies ont besoin d’équilibrer le rôle du marché et celui de l’Etat – tout en recevant d’importantes contributions d’institutions qui ne relèvent ni du marché ni de l’Etat. Depuis vingt-cinq ans, l’Amérique a perdu cet équilibre, et elle a imposé sa vision déséquilibrée au monde entier.

Des idées fausses ont conduit à la crise, et c’est aussi à cause d’elles que les décideurs du secteur privé et les responsables de l’action publique ont eu du mal à voir que les problèmes

s’envenimaient, puis ont été incapables de gérer efficacement les retombées. C’est ce que ce livre va expliquer. La durée de la récession dépendra des politiques que nous suivrons. Les erreurs déjà commises vont la prolonger et l’aggraver. Mais la gestion de la crise n’est que l’une de mes préoccupations: je me soucie également de ce qui en sortira. Nous ne pouvons pas revenir et nous ne reviendrons pas à ce qui existait «avant».

«Les économies ont besoin d’équilibrer le rôle du marché et celui de l’Etat – tout en recevant d’importantes contributions d’institutions qui ne relèvent ni du marché ni de l’Etat.»

Avant la crise, les Etats-Unis, et le monde entier, étaient confrontés à de nombreux problèmes; la nécessité de s’adapter au réchauffement de la planète n’était pas le moindre; le rythme de la mondialisation imposait aux économies des changements structurels ra­pides qui mettaient nombre d’entre elles à rude épreuve. Après la crise, ces défis seront toujours là, encore plus importants, mais les ressources dont nous disposerons pour y faire face auront considérablement diminué.

La crise conduira, je l’espère, à un changement dans l’action publique et dans les idées. Si nous prenons les bonnes décisions, pas les plus commodes politiquement ou socialement, nous allons réduire les risques de nouvelles crises et peut-être même accélérer le type d’innovations réelles qui améliorent la vie dans le monde entier. Si nous prenons les mauvaises, nous sortirons de la récession avec une société plus divisée et une économie plus vulnérable aux crises, moins bien armée pour affronter les défis du XXIe siècle.

L’un des objectifs de ce livre est d’aider à se faire une meilleure idée de l’ordre mondial d’après crise qui finira par apparaître, et à mieux comprendre comment ce que nous faisons aujourd’hui contribue à le modeler, pour le meilleur ou pour le pire.

On aurait pu croire que la crise de 2008 mettrait fin au débat sur le fanatisme du marché – la doctrine «fondamentaliste» qui soutient que, si on ne lui impose aucune en­trave, le libre jeu des marchés peut assurer la prospérité et la croissance économiques. On aurait pu croire que personne ne soutiendrait plus jamais – ou du moins pas avant que le souvenir de cette crise se soit estompé dans le lointain passé – que les marchés se corrigent d’eux-mêmes et que nous pouvons faire confiance au comportement intéressé de leurs acteurs pour que tout se passe bien.

«En 1997, j’ai vu avec horreur le département américain du Trésor et le Fonds monétaire international (FMI) proposer, face à la crise asiatique, un ensemble de mesures qui faisaient retour aux politiques malavisées du président Herbert Hoover pendant la Grande Dépression et ne pouvaient qu’échouer.»

Mais ceux à qui le fanatisme du marché a si bien réussi interprètent la situation tout autrement. Selon certains, notre économie a eu un «accident», et les accidents, ça arrive. Nul ne suggère que nous cessions de conduire parce que, de temps en temps, il y a une collision. Pour les tenants de cette position, nous devons revenir au monde d’avant 2008 le plus vite possible. Les banquiers n’ont rien fait de mal, assurent-ils.2

Donnons aux banques l’argent qu’elles demandent, ajustons un peu les réglementations, signifions sans ménagement aux autorités de contrôle qu’elles ne doivent plus laisser les Bernie Madoff frauder impunément, ajoutons quelques cours d’éthique au programme des écoles d’affaires, et nous sortirons de la crise en pleine forme.

Je vais montrer dans ce livre que les problèmes sont plus profonds. Dans les vingt-cinq dernières années, notre système financier, ce mécanisme prétendument capable de s’autoréguler, a été sauvé de multiples fois par l’Etat. De sa survie, nous avons tiré une fausse leçon: qu’il fonctionnait tout seul. En réalité, pour la plupart des Américains, notre économie d’avant la crise n’était pas si efficace. Certains prospéraient, oui, mais pas l’Américain moyen.

L’économiste regarde une crise comme le médecin examine une pathologie: en observant ce qui se passe en situation anor­male, l’un et l’autre apprennent bien des choses sur l’état normal. Face à la crise de 2008, je me sentais mieux armé que d’autres observateurs: j’étais, en un sens, un «vétéran des crises», un «crisologue». Ce n’était évidemment pas la première crise majeure de ces dernières années. Dans les pays en développement, les crises éclatent avec une régularité alarmante – de 1970 à 2007, une étude en a dénombré 124.3 J’étais économiste en chef à la Banque mondiale pendant la dernière crise financière internationale, en 1997–1998. Je l’ai vue naître en Thaïlande, s’étendre à d’autres pays asiatiques, puis gagner l’Amérique latine et la Russie. C’était un cas classique de contagion: la défaillance d’une région du système économique mondial faisait tache d’huile dans d’autres. Les conséquences complètes d’une crise économique peuvent mettre des années à se manifester. La crise argentine a commencé en 1995 dans le sillage de la crise mexicaine, elle a été exacerbée par les crises asiatiques de 1997, puis par la crise brésilienne de 1998, mais l’effondrement total n’a eu lieu que fin 2001.

Les économistes sont peut-être fiers des progrès qu’a faits leur science dans les sept décennies qui nous séparent de la Grande Dépression, mais ils ne sont pas pour autant unanimes sur la bonne façon de gérer les crises. En 1997, j’ai vu avec horreur le département américain du Trésor et le Fonds monétaire international (FMI) proposer, face à la crise asiatique, un ensemble de mesures qui faisaient retour aux politiques malavisées du président Herbert Hoover pendant la Grande Dépression et ne pouvaient qu’échouer.

C’est donc avec un sentiment de déjà-vu que j’ai regardé, une fois de plus, le monde glisser vers la crise en 2007. Entre ce que j’ai observé alors et une décennie plus tôt, les similitudes étaient troublantes. Je n’en citerai qu’une: la négation initiale de la crise dans le discours public. Il y a dix ans, le Trésor et le Fonds monétaire avaient d’abord nié qu’il y eût une récession/dépression en Asie. Larry Summers, alors sous-secrétaire au Trésor et aujourd’hui premier conseiller économique du président Obama, est sorti de ses gonds quand Jean-Michel Severino, à l’époque vice-président de la Banque mondiale pour l’Asie orientale, a utilisé le mot en R (Récession) et le mot en D (Dépression) pour décrire ce qui se passait. Mais comment qualifier autrement un effondrement économique qui avait privé de leur emploi 40% des habitants de Java, l’île centrale de l’Indonésie?

Même tableau en 2008: l’administration Bush a commencé par nier tout problème sérieux. Nous avions simplement construit quelques maisons de trop, a suggéré le président.4 Dans les premiers mois de la crise, le Trésor et la Federal Reserve zigzaguaient comme des chauffeurs ivres: ils sauvaient certaines banques et en laissaient d’autres couler. Impossible de comprendre en vertu de quels principes ils prenaient leurs décisions. Les responsables de l’administration Bush disaient agir de façon pragmatique, et – soyons justes – ils étaient en terra incognita.

Tandis que les nuages commençaient à s’accumuler sur l’économie américaine, en 2007 et au début de 2008, une question était souvent posée aux économistes: une nouvelle dépression, ou même une récession grave, était-elle possible? NON! répondaient d’instinct la plupart d’entre eux. Avec les progrès de la science économique, y compris le savoir sur la façon de gérer l’économie mon­diale, de nombreux experts jugeaient une cata­strophe inconcevable. Pourtant, dix ans plus tôt, quand avait éclaté la crise asiatique, nous avions échoué, et lamentablement.

«Les théories économiques incorrectes avaient inspiré des mesures incorrectes […].»

Les théories économiques incorrectes avaient inspiré des mesures incorrectes, mais ceux qui les avaient préconisées pensaient, bien sûr, qu’elles allaient fonctionner. Ils ont eu tort. Ces mauvaises politiques ont non seulement déclenché, mais aggravé et prolongé la crise asiatique, et laissé des économies affaiblies et des montagnes de dettes.

L’échec d’il y a dix ans a été aussi, en partie, un échec de la politique mondiale. La crise avait frappé des pays en développement – la «périphérie» du système écono­mique mondial, comme on dit parfois. Ceux qui géraient ce système pensaient moins à protéger la vie et les moyens d’existence des habitants de ces pays qu’à sauver les banques occidentales qui leur avaient prêté de l’argent. Aujourd’hui, alors que l’Amérique et le reste du monde ne parviennent pas à rendre à leurs économies une croissance vigoureuse, l’échec est à nouveau technique et politique.

Chute libre

En 2008, quand l’économie mondiale a basculé dans le vide, nos convictions l’ont fait aussi. Des idées bien établies sur la théorie économique, sur l’Amérique, sur nos héros, sont tombées dans l’abîme. Au lendemain de la précédente crise financière d’enver­gure, le 15 février 1999, l’hebdomadaire Time avait représenté en couverture le président de la Federal Reserve, Alan Greenspan, et le secrétaire au Trésor, Robert Rubin (auxquels on avait longtemps attribué le mérite du boom des années 1990), en compagnie de leur protégé, Larry Summers, avec cette légende: «Le Comité pour sauver le monde.» Et la mentalité populaire les regardait bel et bien comme des dieux. En 2000, le journaliste d’investigation et auteur à succès Bob Woodward a publié une hagiographie de Greenspan intitulée «Maestro».5

Témoin direct de la gestion de la crise asia­tique, j’étais moins admiratif que Time ou que Bob Woodward. Pour moi, et pour la plupart des habitants des pays d’Asie orientale, les politiques imposées par le FMI et le Trésor sur ordre du «Comité pour sauver le monde» avaient considérablement aggravé les crises. Elles révélaient une incompréhension des fondamentaux de la macroéconomie mo­derne, qui, lorsque la situation d’une économie se dégrade, exigent des politiques budgétaire et monétaire expansionnistes.6

«En tant que société, nous avons à présent perdu tout respect pour nos anciens gourous économiques.»

En tant que société, nous avons à présent perdu tout respect pour nos anciens gourous économiques. Ces dernières années, pour demander conseil sur la gestion de ce système complexe qu’est notre économie, nous nous tournions vers Wall Street globalement – pas seulement vers les demi-dieux comme Rubin et Greenspan. Aujourd’hui, vers qui nous tourner? Pour l’essentiel, les économistes non plus n’ont pas été d’un grand secours. Beaucoup ont fourni l’armure intellectuelle qu’ont revêtue les politiques dans la marche à la déréglementation.

On détourne souvent notre attention du combat d’idées en l’attirant sur le rôle des individus: les voyous qui ont créé la crise, les héros qui nous ont sauvés. C’est regrettable. D’autres écriront (et ont d’ailleurs déjà écrit) des livres à charge contre tel ou tel politique, tel ou tel financier qui ont contribué à nous orienter vers la crise en cours. Cet ouvrage a un autre objectif. Il considère que la quasi-totalité des mesures cruciales, comme celles qui concernent la déréglementation, ont été dues à des «forces» politiques et écono­miques – des intérêts, des idées et des idéologies – qui transcendent tout individu.

En 1987, quand le président Ronald Reagan a nommé Greenspan à la tête de la Federal Reserve, il cherchait un partisan convaincu de la déréglementation. Paul Volcker, son prédécesseur, avait très brillamment réussi à la banque centrale en ramenant le taux d’inflation des Etats-Unis de 11,3% en 1979 à 3,6% en 1987.7 Normalement, après cet exploit, il aurait dû être automatiquement reconduit dans ses fonctions. Mais Volcker comprenait l’importance des réglementations, et Reagan voulait quelqu’un qui travaillerait à les démanteler. Si Greenspan n’avait pas été là, beaucoup d’autres auraient pu et voulu le faire. Le problème n’était pas tant Greenspan que l’idéologie de la déréglementation, qui avait établi son emprise.

«Trouver la racine du mal, c’est comme peler un oignon. Chaque explication soulève de nouvelles questions à un niveau inférieur.»

Il va être essentiellement question ici des croyances économiques et de la façon dont elles influencent l’action publique. Cela dit, pour voir le lien entre la crise et les cro­yances, il faut d’abord démêler l’écheveau des événements. Ce livre n’est pas un polar, mais d’importants éléments de ce qu’il raconte pourraient faire un bon roman policier. Comment la plus grande économie du monde a-t-elle coulé à pic? Quelles politiques et quels événements ont déclenché l’effondrement de 2008? Si nous ne pouvons nous entendre sur les réponses à ces questions, nous ne pourrons pas non plus nous mettre d’accord sur ce qu’il faut faire, tant pour sortir de cette crise que pour prévenir la prochaine. Mesurer le poids relatif de la mauvaise conduite des banques, de l’impéritie des autorités de contrôle et du lax­isme de la politique monétaire de la Federal Reserve n’est pas facile, mais j’expliquerai pourquoi les principaux responsables à mes yeux sont les institutions financières et les marchés financiers.

Trouver la racine du mal, c’est comme peler un oignon. Chaque explication sou­lève de nouvelles questions à un niveau inférieur. Des incitations perverses ont encouragé chez les banquiers un comportement risqué, à courte vue. Mais pourquoi y avait-il des incitations perverses? Une réponse s’impose aussitôt: les problèmes de gouver­nance d’entreprise, la façon dont étaient déterminées les incitations et les rémunérations. Mais pourquoi la discipline du marché ne s’est-elle pas exercée contre cette mauvaise gouver­nance d’entreprise, contre ces incitations mal structurées? La sélection naturelle est censée opérer par la survie du plus apte: les entreprises dont la gouvernance et les structures d’incitation étaient les plus aptes au succès durable auraient dû prospérer. Ce principe est l’une des victimes de cette crise. Quand on réfléchit aux problèmes qu’elle a révélés dans le monde financier, on voit clairement qu’ils sont d’ordre plus général, et qu’il y en a de comparables dans d’autres secteurs d’activité. Et il y a aussi cette vérité frappante, à savoir à quel point, lorsqu’on ne s’arrête pas à la surface des choses, lorsqu’on regarde au-delà des nouveaux produits financiers, des prêts hypothécaires subprime ou des collateralized debt instruments – les titres de cré­ance adossés à des actifs –, cette crise apparaît identique à beaucoup de celles qui l’ont précédée, aux Etats-Unis comme à l’étranger. Il y avait une bulle, et elle a éclaté, en apportant la dévastation dans son sillage. Cette bulle était alimentée par des prêts douteux des banques, qui acceptaient pour nantissement des actifs dont la valeur était gonflée par la bulle. Des innovations récentes ont permis aux banques de cacher une bonne partie de leurs prêts pourris, de les retirer de leur bilan, et d’accroître ainsi leur effet de levier – ce qui a rendu la bulle encore plus grosse et le chaos quand elle a éclaté en­core plus grave. De nouveaux instruments, les credit default swaps, prétendument conçus pour gérer le risque mais visant tout autant, en fait, à tromper les autorités régulatrices, se sont révélés si complexes qu’ils ont amplifié le danger. D’où la grande question, qui va nous occuper dans une bonne partie de ce livre –, comment et pourquoi avons-nous laissé ce mécanisme se reproduire une fois de plus, et à si grande échelle?

«Mais la crise n’est pas un cataclysme qui serait «arrivé» aux marchés financiers; elle est de fabrication humaine: Wall Street se l’est lui-même infligée, à lui et au reste de la société.»

Chercher les raisons profondes est diffi­cile, mais quelques explications simples peuvent être aisément rejetées. Les professionnels de Wall Street, je l’ai dit, veulent croire qu’à titre personnel ils n’ont rien fait de mal, et aussi que le système était fondamentalement juste. Ils sont persuadés d’être les malheureuses victimes d’un ouragan comme il s’en produit une fois tous les mille ans. Mais la crise n’est pas un cataclysme qui serait «arrivé» aux marchés financiers; elle est de fabrication humaine: Wall Street se l’est lui-même infligée, à lui et au reste de la société.

Pour ceux qui n’acceptent pas comme argument le «ça arrive», les défenseurs de Wall Street en ont d’autres. «C’est l’Etat qui nous a poussés à agir ainsi, en encourageant les gens à devenir propriétaires et les banques à prêter aux pauvres.» Ou encore: «L’Etat aurait dû nous arrêter; c’est la faute des autorités de contrôle.» Il y a quelque chose de particulièrement déplaisant dans ces efforts du système financier américain pour dévier le tir vers d’autres cibles, et, dans les chapitres qui suivent, nous verrons pourquoi ces arguments ne sont pas convaincants.

Les fidèles du système avancent aussi une troisième ligne de défense, la même qu’il y a quelques années, au temps des scandales Enron et Worldcom: tout système a ses brebis galeuses, et le nôtre – autorités de contrôle et investisseurs compris – n’a pas réussi à s’en protéger suffisamment; aux Ken Lay (PDG d’Enron) et Bernie Ebbers (PDG de Worldcom) des premières années de la décennie, nous devons ajouter aujourd’hui Bernie Madoff et beaucoup d’autres (dont Allen Stanford et Raj Rajaratnam), qui vont être traduits en justice. En réalité, alors comme aujourd’hui, la question ne se réduit pas aux méfaits de quelques-uns. Les défenseurs du secteur financier ne veulent pas comprendre que c’est leur tonneau qui était pourri.8, 9

«Les défenseurs du secteur financier ne veulent pas comprendre que c’est leur tonneau qui était pourri.»

Face à des problèmes aussi omniprésents et permanents que ceux qui ont accablé le système financier américain, on ne peut tirer qu’une seule conclusion: ils sont systémiques. Avec ses fortes rémunérations et son obsession du profit, Wall Street attire peut-être plus que sa part de personnages éthiquement faibles, mais l’universalité du problème indique qu’il y a des vices fondamentaux dans le système.

Difficultés d’interprétation

En matière d’action publique, il est encore plus difficile de déterminer s’il y a succès ou échec que de dire à qui ou à quoi en attribuer le mérite (ou la faute). Mais qu’est-ce que réussir ou échouer? Pour les observateurs américains et européens, les renflouements de 1997 en Asie ont été un succès parce que les Etats-Unis et l’Europe n’ont pas été touchés. Pour les habitants de la région, qui ont vu leurs économies ravagées, leurs rêves détruits, leurs entreprises liquidées et leurs pays accablés de milliards de dollars de dettes, ces renflouements ont été un terrible échec. Selon leurs adversaires, les politiques du FMI et du Trésor ont aggravé la situation. Selon leurs partisans, elles ont empêché le désastre. Et c’est là que leur raisonnement ne tient pas. Que se serait-il passé si nous avions suivi d’autres politiques? Les mesures du FMI et du Trésor ont-elles prolongé et exacerbé la récession, ou l’ont-elles abrégée et atténuée? Voilà les vraies questions. J’estime qu’elles ont une réponse claire: les hausses de taux d’intérêt et les réductions de dépenses pu­bliques imposées par le FMI et le Trésor (politiques diamétralement opposées à celles que l’on met en œuvre aux Etats-Unis et en Europe dans la crise actuelle) ont aggravé les choses.10 Les pays d’Asie orientale ont fini par se relever, mais malgré ces mesures, pas grâce à elles.

Voici une autre illusion comparable. Au vu de la longue expansion de l’économie mondiale à l’époque de la déréglementation, beaucoup ont conclu que les marchés laissés à eux-mêmes fonctionnaient bien – que la déréglementation avait permis cette croissance forte, qui serait durable. La réalité était tout à fait différente. La croissance reposait sur une montagne de dettes; ses fondements étaient fragiles, pour ne pas dire plus. Combien de fois les banques occidentales ont-elles été sauvées des extravagances de leurs pratiques de prêt par des renflouements? En Thaïlande, en Corée du Sud et en Indonésie, certes, mais aussi au Mexique, au Brésil, en Argentine, en Russie … – la liste serait sans fin ou presque.11 près chaque épisode, le monde continuait plus ou moins comme avant, et beaucoup en déduisaient que les marchés fonctionnaient parfaitement. Or c’était l’Etat qui, par ses interventions répétées, les sauvait de leurs bévues. Ceux qui avaient conclu que tout allait bien dans l’économie de marché avaient raisonné de travers, mais l’erreur n’est devenue «évidente» que lorsqu’une crise si gigantesque qu’on ne pouvait l’ignorer s’est produite ici.

Ces débats sur les effets de certaines poli­tiques aident à comprendre pourquoi les idées fausses peuvent se maintenir si longtemps. A mes yeux, la Grande Récession de 2008 était l’inévitable conséquence des politiques suivies les années précédentes.

Que ces politiques aient été modelées par des intérêts particuliers – les marchés financiers –, c’est évident. Le rôle de la théorie économique est plus complexe. Dans la longue liste de ceux qui sont à blâmer pour la crise, j’inclurai la profession des écono­mistes: elle a fourni aux intérêts particuliers des arguments sur l’efficacité et l’autorégulation des marchés – alors même que les progrès de la recherche au cours des vingt années précédentes avaient précisé les conditions fort restrictives dans lesquelles ces thèses étaient vérifiées. Il est à peu près certain que la crise va changer la science économique (sa théorie et sa pratique) autant que l’économie, et dans l’avant-dernier chapitre j’analyserai certains de ces changements.

«Il est à peu près certain que la crise va changer la science économique (sa théorie et sa pratique) autant que l’économie […].»

On me demande souvent comment la profession a pu se tromper à ce point. Il y a toujours eu des économistes «pessimistes», auxquels l’avenir paraît lourd de problèmes et qui ont prédit neuf des cinq dernières récessions. Mais il y avait un petit groupe d’économistes qui n’étaient pas seulement des pessimistes: ils partageaient aussi un ensemble d’idées expliquant pourquoi l’économie allait vers ces problèmes inévitables. Quand nous nous retrouvions lors de divers rassemblements annuels, tel le Forum économique mondial de Davos, chaque hiver, nous partagions nos diagnostics et tentions de déterminer pourquoi l’heure de vérité, que chacun de nous voyait si clairement arriver, n’avait pas encore sonné.

Nous, économistes, nous sommes bons pour repérer les forces profondes qui sont à l’œuvre; nous ne sommes pas bons pour prédire les dates avec précision. Au forum de 2007 à Davos, je me suis trouvé en position inconfortable. J’avais prédit de plus en plus vigoureusement, au cours des réunions annuelles précédentes, l’imminence de graves problèmes. Or l’expansion économique mondiale s’était poursuivie à bon rythme. Son taux de croissance, 7%, était quasiment sans précédent, et apportait même de bonnes nouvelles à l’Afrique et à l’Amérique latine. J’ai dit à l’assistance qu’il y avait deux interprétations possibles: soit mes principes théoriques étaient faux, soit la crise, quand elle frapperait, serait encore plus dure et plus longue. J’optais évidemment pour la seconde.

«La crise actuelle a révélé des vices fondamentaux du sy­stème capitaliste, ou du moins de la variante du capitalisme qui a émergé aux Etats-Unis dans les dernières décennies du XXe siècle […].»

La crise actuelle a révélé des vices fondamentaux du système capitaliste, ou du moins de la variante du capitalisme qui a émergé aux Etats-Unis dans les dernières décennies du XXe siècle (parfois nommée capitalisme «de style américain» ou «à l’américaine»). Il ne s’agit ni d’une question d’individus corrompus ou d’erreurs spécifiques, ni de quelques petits problèmes à résoudre ou ajustements à opérer.

Ces vices, nous, Américains, avons eu du mal à les voir. Nous voulions tant croire en notre système économique! «Notre équipe» avait fait tellement mieux que nos ennemis jurés du bloc soviétique! La force de notre système nous avait permis de triompher de la faiblesse du leur. Nous défendions notre équipe dans tous les matchs: Etats-Unis contre Europe, Etats-Unis contre Japon. Quand le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a dénigré la «vieille Europe» pour son opposition à notre guerre en Irak, le match qu’il avait à l’esprit était clair: la sclérose du modèle social européen contre le dynamisme américain. Dans les années 1980, les succès du Japon nous avaient fait un peu douter de notre supériorité. Notre système était-il vraiment meilleur que «Japon SA»? Cette an­goisse explique en partie pourquoi certains ont été si soulagés par la crise asiatique de 1997, par l’effondrement d’une Asie orien­tale où tant de pays avaient adopté des traits du modèle japonais.12 Nous nous sommes abstenus de tout triomphalisme ouvert à propos des dix ans de stagnation du Japon dans la décennie 1990, mais nous lui avons vivement conseillé d’adopter notre style de capita­lisme.

Les chiffres nous renforçaient dans nos fausses certitudes. Notre économie avait une croissance tellement plus rapide que la quasi-totalité des autres, sauf la Chine – et, avec les problèmes que nous pensions voir dans le système bancaire chinois, la Chine allait s’écrouler aussi, ce n’était qu’une question de temps.13 Du moins le croyions-nous.

Ce n’est pas la première fois que des jugements (dont ceux, éminemment faillibles, de Wall Street) ont été fondés sur une mauvaise lecture des chiffres. Dans la décennie 1990, on a exalté l’Argentine comme le grand succès de l’Amérique latine – le triomphe du «fanatisme du marché» dans le Sud. Ses statistiques de croissance ont paru bonnes pendant quelques années. Mais, comme aux Etats-Unis, cette croissance reposait sur une accumulation de dettes finançant une consommation d’une envergure insoutenable. Finalement, en décembre 2001, les dettes sont devenues si écrasantes que l’économie s’est effondrée.14

Aujourd’hui encore, beaucoup nient l’ampleur des problèmes qui se posent à notre économie de marché. Une fois surmontées nos épreuves actuelles – et toute récession a une fin –, ils s’attendent à la reprise d’une croissance solide. Mais un regard plus attentif sur l’économie américaine suggère qu’elle souffre de maux plus profonds: c’est une société de plus en plus inégalitaire, où même les classes moyennes voient leurs revenus stagner depuis dix ans; c’est un pays où, malgré des exceptions spectaculaires, les chances statistiques qu’a un Américain pauvre de parvenir au sommet sont plus faibles que dans la «vieille Europe»,15 et où les résultats moyens aux tests pédagogiques internationaux sont au mieux passables.16 Tout indique qu’aux Etats-Unis plusieurs secteurs économiques cruciaux autres que la finance sont en difficulté, notamment la santé, l’énergie et l’industrie manufacturière.

Mais les problèmes auxquels nous sommes confrontés ne se trouvent pas seulement au sein de nos frontières. Les déséquilibres commerciaux planétaires qui existaient avant la crise ne vont pas s’évaporer. Il est impossible, dans une économie mondialisée, de résoudre pleinement les problèmes de l’Amérique sans les appréhender en contexte élargi. C’est la demande mondiale qui déterminera la croissance mondiale, et, sans une économie mondiale dynamique, les Etats-Unis auront du mal à réaliser une reprise robuste au lieu de glisser dans une stagnation à la japonaise. Or assurer le dynamisme de l’économie mondiale risque d’être difficile tant qu’une partie du monde continue à produire beaucoup plus qu’elle ne consomme et une autre à consommer beaucoup plus qu’elle ne produit (alors qu’elle devrait épargner pour répondre aux besoins de sa population vieillissante).

«Nombre de ceux qui travaillent dans ce secteur, en fait, se sentent tout aussi victimes que les autres. Ils ont perdu une grande partie des économies qu’ils avaient accumulées pendant leur vie.»

Quand j’ai commencé à écrire ce livre, l’heure était à l’espoir: le nouveau président, Barack Obama, allait corriger les politiques mal orientées de l’administration Bush, et nous allions avancer simultanément vers la reprise immédiate et le règlement de nos problèmes de fond. Le déficit budgétaire serait momentanément plus élevé, mais l’argent serait bien dépensé: on allait aider les familles à garder leur maison, faire des investissements qui augmenteraient la productivité à long terme et protégeraient l’environnement, et imposer aux banques, en échange de toute aide financière publique, d’indemniser la population du risque qu’elle assumait en lui versant une part de leurs futurs profits.

La rédaction de l’ouvrage a été pénible: mes espoirs n’ont été qu’en partie satisfaits. Certes, nous devons nous réjouir d’avoir été éloignés du bord de l’abîme, du désa­stre que tant de gens sentaient imminent à l’au­tomne 2008. Mais certains cadeaux faits aux banques ont été aussi néfastes que tout ce qu’avait fait le président Bush, et l’aide aux propriétaires en difficulté inférieure à ce que j’avais attendu. Dans le système financier en gestation, la concurrence a diminué et le problème des banques «trop grandes pour faire faillite» s’est encore amplifié. L’argent qu’on aurait pu consacrer à restructurer l’économie et à créer de nouvelles entreprises dynamiques a été dilapidé dans le sauvetage de vieilles firmes en faillite. D’autres aspects de la politique économique d’Obama s’ori­entent nettement dans la bonne direction. Mais après avoir reproché à Bush certaines mesures, il serait injuste de ne pas protester quand son successeur prend les mêmes.

Ecrire ce livre a été éprouvant pour une autre raison. Je critique – certains diront que je dénigre – les banques et les banquiers, ainsi que d’autres professionnels de la fi­nance. J’ai beaucoup d’amis dans ce secteur: des hommes et des femmes intelligents et dévoués, de bons citoyens qui cherchent sérieusement comment apporter leur contribution à une société qui les a si amplement rétribués. Lorsqu’ils croient à une cause, ils donnent généreusement et ils travaillent dur pour la promouvoir. Ils ne se reconnaîtront pas dans les caricatures que je dessine ici, et je ne reconnais pas en eux ces caricatures. Nombre de ceux qui travaillent dans ce secteur, en fait, se sentent tout aussi victimes que les autres. Ils ont perdu une grande partie des économies qu’ils avaient accumulées pendant leur vie. Au sein du monde financier, la plupart des économistes, qui s’efforçaient de prédire l’évolution de l’économie, les spécialistes du montage financier de transactions, qui tentaient d’accroître l’efficacité du secteur des biens et services, et les analystes, qui essayaient d’utiliser les techniques les plus sophistiquées pour prédire la rentabilité et garantir aux investisseurs le rendement le plus élevé possible, n’étaient pas engagés dans les mauvaises pratiques qui ont valu à la finance une si triste réputation.

«Cette crise a été le résultat d’actes, de décisions et de raisonnements des professionnels du secteur financier. Le système qui a si lamentablement échoué n’est pas ‹arrivé›. Il a été créé.»

Comme on semble le dire souvent dans notre société moderne si complexe, il y a «des choses qui arrivent».17 Des désastres qui ne sont de la faute de personne. Mais cette crise a été le résultat d’actes, de décisions et de raisonnements des professionnels du secteur financier. Le système qui a si lamentablement échoué n’est pas «arrivé». Il a été créé. Beaucoup ont d’ailleurs fait de gros efforts – et de grosses dépenses – pour qu’il prenne la forme qu’il avait. Quiconque a contribué à mettre en place et à gérer ce système – notamment ceux qu’il a si bien rémunérés – doit rendre des comptes.

Si nous parvenons à comprendre ce qui a provoqué la crise de 2008 et pourquoi certaines réponses initiales des pouvoirs publics ont été des échecs si patents, nous pourrons réduire la probabilité des futures crises, leur durée et le nombre de leurs innocentes victimes; peut-être aussi ouvrir la voie à une croissance robuste aux bases solides, à l’opposé de la croissance éphémère fondée sur les dettes de ces dernières années; et peut-être même faire en sorte que les fruits de cette croissance soient partagés par l’immense majorité des citoyens.

Nous avons la mémoire courte: dans trente ans apparaîtra une nouvelle génération, sûre de ne pas tomber dans les pièges du passé. L’ingéniosité de l’homme est sans limite: quel que soit le système que nous imaginerons, certains trouveront moyen de circonvenir les lois et réglementations mises en place pour nous protéger. Le monde aussi va changer, et les réglementations conçues pour la situation d’aujourd’hui fonctionneront imparfaitement dans l’économie du milieu du XXIe siècle. Mais, au lendemain de la Grande Dépression, nous avons réussi à créer une structure de réglementation qui nous a bien servis pendant un demi-siècle: elle nous a apporté la croissance et la stabilité. Ce livre est écrit dans l’espoir incertain que nous puissions encore le faire.

Joseph E. Stiglitz

Source : Horizons et Débats N°21

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Joseph E. Stiglitz, économiste américain, l’un des principaux représentants du courant néokeynésien, dont les théories et prises de positions font le héros des mouvements altermondialistes.

Né en 1943 à Gary, Indiana (Etats-Unis) Joseph Eugene Stiglitz fait ses études à Amherst College puis au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston, où il obtint son doctorat en 1966. Très tôt reconnu par ses pairs, il est nommé professeur à 27 ans et entre, deux ans plus tard, à la Société d’économétrie, le panthéon de la profession. Il enseigne, en suite, dans de prestigieuses universités (MIT, Yale, Stanford, Princeton, Oxford). Il a notamment contribué à créer une nouvelle discipline, l’économie de l’information.

De 1993 à 1997, Joseph E. Stiglitz est le principal conseiller économique du président Clinton. En 1997, il intègre la Banque mondiale en tant qu’économiste en chef et vice-président. Il démissionne avec fracas de cette institution en 2000 dont il critique le rôle auprès des pays les plus pauvres. En 2001, Joseph Stiglitz reçoit le prix Nobel d’économie. En 2002, il publie la La Grande Désillusion (Globalization and Its Discontents), un ouvrage très critique à l’égard de la Banque mondiale et du Fond monétaire international (FMI) qui devient vite un best-seller mondial. Joe Stiglitz enseigne depuis 2000 dans la Graduate School of Business de l’Université de Columbia (New York).

Joseph Stiglitz collabore avec les forums sociaux et partage certaines analyses des mouvements altermondia listes: il est partisan d’une taxe de «type Tobin», de la réappropriation des ma tières premières par les Etats des pays les plus défavorisés. Joseph E. Stiglitz a chiffré le coût de la guerre en Irak à quelque 3000 milliards de dollars. En 2008 il publia Une guerre à 3000 milliards de dollars (Fayard) (The Three Trillion Dollar War: The True Cost of the Iraq Conflict).

En 2003, dans Quand le capitalisme perd la tête (Roaring Nineties), c’est en tant qu’ancien membre et président du Conseil économique du président Bill Clinton qu’il revient sur le rôle des décisions d’Alan Greenspan alors à la tête de la Réserve fédérale dans la récession économique de 2000 aux Etats-Unis.

En 2005, il publia Pour un commerce mondial plus juste (Fair Trade for All) et en 2006, Un autre monde: Contre le fanatisme du marché (Making Globalization Work).

Son dernier ouvrage Le triomphe de la cupidité (Freefall: America, Free Markets, and the Sinking of the World Economy) a paru au début de cette année.

Notes :
1 Sharon LaFraniere, «China Puts Joblessness for Migrants at 20 millions», New York Times, 2 fé­vrier 2009, p. A10. Le département des Affaires économiques et sociales du Secrétariat des
Nations Unies estime que, par rapport Ă  ce qui se serait passĂ© si la croissance d’avant la crise avait continuĂ©, 73 Ă  103 millions de personnes de plus vont rester pauvres ou basculer dans la pau­vretĂ© (Organisation des Nations Unies, «World Economic Situation and Prospects 2009» [Situation et perspectives de l’économie mondiale 2009], mai 2009, en ligne Ă  l’adresse www.un.org/esa/policy/wess/wesp2009files/wespO9update.pdf). L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que le chĂ´mage mondial pourrait augmenter de plus de 50 millions de personnes Ă  la fin de l’annĂ©e 2009, et que 200 millions de travailleurs vont retomber dans l’extrĂŞme pauvretĂ©. Voir le rapport du directeur gĂ©nĂ©ral, «Faire face Ă  la crise mondiale de l’emploi: une reprise centrĂ©e sur le travail dĂ©cent», prĂ©sentĂ© Ă  la ConfĂ©rence internationale du travail, juin 2009, en ligne Ă  l’adresse www.ilo.org/global/VVhat-we-do/Officialmeetingsfilc/ILCSessions/98thSession/ReportssubmittedtotheConference/lang–fr/docName–WCMS-106223/index.htm.
2 Alan Schwartz, qui dirigeait Bear Stearns, la première des grandes banques d’affaires à avoir sombré – mais d’une façon qui coûte malgré tout aux contribuables des milliards de dollars –, a répondu en ces termes au Comité du Sénat sur la banque qui lui demandait s’il pensait avoir commis des erreurs: «Je peux vous garantir que c’est une question à laquelle j’ai énormément réfléchi. En regardant en arrière, avec le recul, je me suis dit: ‹Si j’avais connu exactement les forces qui arrivaient, quelles mesures aurions-nous pu prendre à l’avance pour éviter cette situation?› Et je n’ai pas réussi à en ­trouver une seule […] qui aurait changé quelque chose à la situation où nous nous sommes trouvés.» (Déclaration devant le Comité du Sénat des Etats-Unis sur la banque, le logement et les affaires urbaines [U.S. Senate Committee on Banking, Housing, and Urban Affairs], audition de témoins concernant «la tourmente sur les marchés du crédit américains: examen des actions récentes des autorités fédé­rales de réglementation financière» [Turmoil in U.S. Credit Markets: Examining the Recent Actions of Federal Financial Regulators], Washington, DC, 3 avril 2008, cité in William D. Cohan, «A Tsunami of Excuses», New York Times, 11 mars 2009, p. A29).
3 Luc Laeven et Fabian Valencis, «Systemic Banking Crises: A New Database», document de travail du Fonds monétaire international, MT/08/224, Washington, DC, novembre 2008.
4 George W. Bush a déclaré dans une interview: «L’économie va mal parce que nous avons construit trop de maisons» (interview avec Ann Curry dans l’émission Today Show, NBC, 18 février 2008).
5 Bob Woodward, Maestro: Greenspans Fed and the American Boom, New York, Simon and Schuster, 2000.
6 Il y a une autre explication aux politiques suivies en Asie, si différentes de celles de la crise actuelle. Les Etats-Unis et l’Europe agissent conformément aux intérêts de leurs électorats – les politiques qui ont été imposées à l’Asie orientale auraient été jugées inacceptables par les Américains et les Européens. De même, en Asie orientale, le FMI et le Trésor ont, au moins en partie, agi conformément aux intérêts de leurs «mandants», les créanciers sur leurs marchés financiers, dont le seul souci était de se faire rembourser ce qu’ils avaient prêté à ces pays – même s’il fallait, pour ce faire, socialiser des dettes privées. Pour une analyse plus détaillée de ces événements, voir Joseph E. Stiglitz, La Grande Désillusion, trad. française de Paul Chemla, Paris, Fayard, 2002.
7 U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics, Indice des prix à la consommation, tous consommateurs urbains, tous articles, en ligne à l’adresse ftp://ftp.bls.gov/pub/special.requests/cpi/cpiai.txt.
8 Voir Susan S. Silbey, «Rotten Apples or a Rotting Barrel: Unchallangeable Orthodoxies in Science», contribution présentée à l’Arizona-State University Law School, 19–20 mars 2009. Parmi ceux qui ont contribué à la crise, seul un petit pourcentage a franchi la ligne rouge et a eu un comportement illégal; les autres ont été bien conseillés par leurs avocats sur la façon d’éviter la prison, et leurs lobby­istes ont travaillé dur pour obtenir que les lois leur laissent une large liberté d’action. Néanmoins, la liste de ceux qui risquent une condamnation s’allonge. Allen Stanford encourt jusqu’à 375 ans de prison s’il est condamné sur 21 chefs d’accusation – fraude de plusieurs milliards de dollars, blanchiment d’argent et obstruction. Stanford a été aidé par son directeur financier James Davis, qui a plaidé coupable sur trois chefs d’accusation: ­fraude postale, complot dans le but de commettre une fraude et complot dans l’intention de faire obstruction à une enquête. Deux courtiers du Crédit Suisse ont été accusés de mensonges à leurs clients ayant provoqué des pertes de 900 millions de dollars; l’un a été condamné par un jury et l’autre a plaidé coupable.
9 Renversement de l’expression proverbiale qui définit les mauvais éléments comme des «pommes pourries» risquant de contaminer tout le tonneau, qui est sain [ndt.].
10 On peut évidemment rétorquer que les conditions sont différentes. Si ces pays avaient mené des politiques budgétaires expansionnistes, cela aurait eu un effet contre-productif (tel était l’argument avancé). Il est utile de noter qu’en réalité les pays d’Asie orientale qui ont suivi la Prescription keynésienne
traditionnelle (la Malaisie et la Chine) ont eu de bien meilleurs résultats que ceux qui ont été contraints d’obéir aux diktats du FMI. Pour avoir des taux d’intérêt plus faibles, la Malaisie a dû imposer des restrictions temporaires sur les flux de capitaux. Mais sa récession a été plus courte et moins grave que celle des autres pays d’Asie orientale, et elle en est sortie moins endettée. Voir Ethan Kaplan et Dani Rodrik, «Did the Malaysian Capital Controls Work?», in S. Edwards et J. Frankel (éd.), Preventing Currency Crisis in Emerging Markets, Boston, NBER, 2002.
11 Aux renflouements internationaux, il convient d’ajouter les renflouements «intérieurs», ceux où un Etat a dû sauver ses propres banques sans faire appel à l’assistance des autres. Sur cette longue liste, il faut inscrire la débâcle des caisses d’épargne (les savings and loan) aux Etats-Unis dans les années 1980, ainsi que les faillites de banques en Scandinavie à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
12 L’étroite coopération entre l’Etat et le secteur privé en Malaisie avait conduit de nombreux observateurs à parler de la «Malaisie SA». Avec la crise, la coopération Etat-secteur privé a été rebaptisée «capitalisme de connivence».
13 Voir Nicholas Lardy, Chinas Unfinished Economic Revolution, Washington, DC, Brookings Institution Press, 1998, pour l’interprétation orthodoxe.
[L’ironie de la suite n’a pas échappé aux observateurs sur les deux rives du Pacifique: ce sont les banques américaines qui se sont effondrées et non les banques chinoises.]
14 La production du pays a encore chuté de 10,9% en 2002 (par rapport à 2001), en plus d’une baisse cumulée de 8,4% depuis son année record précé­dente (1998). Au total, la perte de production a été de 18,4% et le revenu par habitant a baissé de plus de 23%. La crise a aussi provoqué une hausse du chômage, propulsé à 26% par l’énorme contraction de la consommation, de l’investissement et de la production. Voir Hector E. Maletta, «A Catastrophe Foretold: Economic Reform, Crisis, Recovery and Employment in Argentina», septembre 2007, en ligne à l’adresse ssm.com/abstract=903124.
15 Selon une étude de huit économies nord-améri­caines et européennes (Royaume-Uni, Etats-Unis, Allemagne occidentale, Canada, Norvège, Danemark, Suède et Finlande), les Etats-Unis ont la
mobilité intergénérationnelle du revenu la plus réduite. La corrélation partielle intergénération­nelle (une mesure de l’immobilité) des Etats-Unis est le double de celle des pays nordiques. Seul le Royaume-Uni s’approche d’une immobilité semblable. «La vision des Etats-Unis comme ‹le pays où l’on peut faire fortune› persiste, et parait clairement déplacée», conclut l’étude. Voir Jo Blanden, Paul Gregg et Stephen Machin, «Intergenerational Mobility in Europe and North America», London School of Economics, Centre for Economic Performance, avril 2005, en ligne à l’adresse www.suttontrust.com/reports/IntergenerationalMobility.pdf. La mobilité française dépasse aussi celle des Etats-Unis. Voir Arnaud Lefranc et Alain Trannoy,
«Intergenerational Earnings Mobility in France: Is France More Mobile than the US?», Annales d’économie et de statistique, no 78, avril–juin 2005, p. 57–77.
16 Le PISA (Program for International Student Assess­ment) est un système d’évaluation internatio­nale qui, tous les trois ans, mesure les connaissances de base des élèves de quinze ans en lecture, mathématiques et sciences. Les élèves américains, en moyenne, ont des notes inférieures à la moyenne de l’OCDE (celle des trente pays membres de l’Organisation de coopération et de développement
économiques), tant pour l’alphabétisation scientifique (489 contre 500) que pour l’alphabétisation mathématique (474 contre 498). En sciences, les
élèves américains se classent derrière 16 des 29 autres pays de l’OCDE; en mathématiques, derrière 23 pays de l’OCDE. Voir S. Baldi, Y Jin, M. Skemer, P J. Green et D. Herget, Highlights from PISA 2006: Performance of U.S. 15-Year-Old Students in Science and Mathematics Literacy in an International Context (NCES 2008-016), U.S. Department of Education, Washington, DC, National Center for Education Statistics, décembre 2007.
17 «Stuff happens.» C’est ce qu’avait répondu en avril 2003 le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld quand on l’avait interrogé sur le scandaleux pillage du musée archéologique de Bagdad et d’autres sites non protégés, aux premières heures de la présence américaine dans la ville [ndt.].