mar 14 2010

Un « opposant patriote » est-il un terroriste en gestation ?

Le dernier livre d’Alain Bauer et François-Bernard Huyghe Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire est sorti des Presses Universitaires de France en janvier 2010. Le titre est simpliste mais il s’applique aussi Ă  ses auteurs qui demandent: « Hier, un lecteur attentif aurait sans doute pu prĂ©voir quelles idĂ©es dĂ©boucheraient sur quelles violences. Regretterons-nous demain de ne pas l’avoir fait maintenant ? »

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ForcĂ©s de reconnaĂ®tre qu’ils avaient falsifiĂ© les rapports de leurs services secrets pour accuser Saddam Hussein de fabriquer des armes de destruction massive, des crapules d’Ă©tat sortirent alors de leur chapeau le concept de « guerre prĂ©ventive« . Celle-ci n’a de fondement dans le droit international pas plus qu’en droit français. Dans un climat serein de paix civile, le public sait d’instinct que ce concept est arbitraire et dangereux. Il en va autrement de gens traumatisĂ© par un terrorisme importĂ© ou inventĂ©, comme l’a montrĂ© Naomi Klein Ă  propos des attentats du 11/9 et d’autres Ă©vènements [1].

Bauer et Huyghe dĂ©veloppent dans leur livre l’application politicarde de ce concept; voici comment ça marche. Ces experts en criminalitĂ© proposent de neutraliser le terroriste qui s’ignore, en criminalisant son milieu. Mais comment cerne-t-on le milieu d’un terroriste qui n’en est pas encore un? Il faut ratisser large, pour n’en rater aucun; la « guerre prĂ©ventive » dĂ©finira donc le « milieu terroriste » comme celui de l’opposition… Oh pas l’opposition de scène de la fausse gauche libĂ©rale, qui regarde ailleurs ou invente une dispute au sommet ou une Ă©lection interne quand son silence gĂŞne ses militants. Les gens qui sont visĂ©s – les opposants patriotes comme Alain Soral [2] – s’opposent Ă  la dissolution de la souverainetĂ© française dans l’Europe rĂ©gionale ultralibĂ©rale, au retour servile de la France dans l’OTAN, au soutien français Ă  l’impĂ©rialisme de l’Oncle Sam, Ă  la politique Ă©trangère pro-israĂ©lienne de Sarkozy et sa soumission au CRIF, Ă  la gĂ©nĂ©ration de tensions intercommunautaires et la diabolisation islamophobe et cætera. Tout rĂ©publicains qu’ils soient, ces ennemis du libĂ©ralisme atlantiste rĂ©clament presque un changement de rĂ©gime – ajoutez la sortie de l’Union EuropĂ©enne – puisque notre RĂ©publique a Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©e par le libĂ©ralisme de la fausse gauche et celui de la droite molle [3] de sa fin première – libertĂ©, Ă©galitĂ© et fraternitĂ©. L’accusation « prĂ©ventive » de « terrorisme potentiel » viendra d’elle-mĂŞme, quand les fonctionnaires du Ministère de l’IntĂ©rieur auront affublĂ© les opposants patriotes du bonnet de la sĂ©dition, Ă  la sortie du cours de « rĂ©pression prĂ©ventive » dispensĂ© par Alain Bauer…

Ce dernier est le pĂ©dagogue sĂ©curitaire que Nicolas Sarkozy parachuta Ă  la tĂŞte de la chaire de criminologie du CNAM, pour lui confier la dĂ©formation des forces de l’ordre. Il publie depuis 1999 des livres critiquĂ©s par les sociologues qui lui reprochent sa vision catastrophiste de la criminalitĂ©, ses statistiques douteuses et son discours politiquement biaisĂ© sur l’insĂ©curitĂ© et le terrorisme. Quand il Ă©tait Grand MaĂ®tre du Grand Orient, il Ă©crivit avec Michel Barat, Grand MaĂ®tre de la Grande Loge de France, un article intitulĂ© « Immigration, une chance pour la France » dans le Figaro du 18/10/2002 [4] avant d’analyser en 2010 les confidences anticipĂ©es du terroriste en gestation. C’est ainsi que Bauer, spĂ©cialiste prolixe de la franc-maçonnerie [5], applique la dialectique maçonne: tension, conflit, solution. Cette dernière profite Ă  qui impose les conditions de la paix après avoir semĂ© la zizanie: Bauer fait entrer les immigrĂ©s le matin et instruit la police et les gendarmes au cours du soir, sur la dĂ©linquance et la menace terroriste. Lit-il aussi Ă  ses Ă©lèves ses vieilles piges au Figaro et le bilan annuel d’AB-Associates, la sociĂ©tĂ© de conseil en sĂ©curitĂ© et gestion des crises, dont il est le prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral?

Denis Jaisson

Notes :

[1] « La stratĂ©gie du choc », Actes Sud, 2008 – «Naomi Klein dĂ©nonce (.) l’existence d’opĂ©rations concertĂ©es clans le but d’assurer la prise de contrĂ´le de la planète par les tenants d’un ultralibĂ©ralisme tout-puissant. Ce dernier met sciemment Ă  contribution crises et dĂ©sastres pour substituer aux valeurs dĂ©mocratiques (.) la seule loi du marchĂ© et la barbarie de la spĂ©culation» (prĂ©sentation de l’Ă©diteur)

[2] Alain Soral est le PrĂ©sident d’EgalitĂ© & RĂ©conciliation

[3] Jean-Claude MichĂ©a, « La double pensĂ©e: Retour sur la question libĂ©rale », Flammarion, 2008 – «Le libĂ©ralisme est, fondamentalement, une pensĂ©e double: apologie de l’Ă©conomie de marchĂ©, d’un cĂ´tĂ©, de l’Etat de droit et de la « libĂ©ration des mours » de l’autre. Mais, depuis George Orwell, la double pressĂ©e dĂ©signe aussi ce mode de fonctionnement psychologique singulier, fondĂ© sur le mensonge Ă  soi-mĂŞme, qui permet Ă  l’intellectuel totalitaire de soutenir simultanĂ©ment deux thèses incompatibles. Un tel concept s’applique Ă  merveille au rĂ©gime mental de la nouvelle intelligentsia de gauche. Son ralliement au libĂ©ralisme politique et culturel la soumet, en effet, Ă  un double bina affolant. Pour sauver l’illusion d’une fidĂ©litĂ© aux luttes de l’ancienne gauche, elle doit forger un mythe dĂ©lirant: l’idĂ©ologie naturelle de la sociĂ©tĂ© du spectacle serait le « nĂ©oconservatisme », soit un mĂ©lange d’austĂ©ritĂ© religieuse, de contrĂ´le Ă©ducatif impitoyable, et de renforcement incessant des institutions patriarcales, racistes et militaires. Ce n’est qu’Ă  cette condition que la nouvelle gauche peut continuer Ă  vivre son appel Ă  transgresser toutes les frontières morales et culturelles comme un combat « anticapitaliste ». La double pensĂ©e offre la clĂ© de cette Ă©trange contradiction. Et donc aussi celle de la bonne conscience inoxydable de l’intellectuel de gauche moderne» (prĂ©sentation de l’Ă©diteur)

[4] Le public n’a pas accès, dans le site Ă©lectronique du Figaro, Ă  cet article dont j’ai l’original. Pourquoi, Monsieur Serges Dassault? Parce que Bauer et Barat promurent dans votre torchon partisan «le nĂ©cessaire renouvellement des populations» – les Français plus bons Ă  rien vous remercient – «permettant de prĂ©server les Ă©quilibres sociaux» (noms d’oiseaux; censurĂ©) et affirmèrent que «l’immigration peut devenir un plus pour la France»… Un plus pour quelle « France »? Celle du roi Fric qui veut Ă  court terme faire baisser les salaires et celle des nĂ©oconservateurs qui veulent provoquer en France le « choc des civilisations » Ă  long terme – dĂ©jĂ  demain? Pour bientĂ´t, Ă  en juger par la culture liberticide de rĂ©pression prĂ©ventive Ă  prĂ©texte sĂ©curitaire, dont Bauer et Huyghe font l’apologie.

[5] Liste des livres écrits par Alain Bauer

jan 15 2010

Ce qu’on ne vous dit pas sur HaĂŻti (mais que vous devriez savoir)

Dans les heures qui ont suivi le sĂ©isme qui dĂ©vastateur en HaĂŻti, CNN, le New York Times et d’autres grands organes d’information ont adoptĂ© la mĂŞme interprĂ©tation de l’ampleur des destructions: le sĂ©isme d’une magnitude de 7,0 a Ă©tĂ© si dĂ©vastateur parce qu’il a frappĂ© des zones urbaines surpeuplĂ©es et très pauvres. Les maisons « construites les unes sur les autres » et bâties par les pauvres eux-mĂŞmes ont rĂ©sultĂ© en une ville fragile. Et de longues annĂ©es de sous-dĂ©veloppement ainsi que les troubles politiques ont fait que le gouvernement haĂŻtien Ă©tait mal prĂ©parĂ© Ă  faire face Ă  un tel dĂ©sastre.

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C’est assez vrai. Mais ce n’est pas toute l’explication, car il y manque l’explication de la raison pour laquelle tant d’HaĂŻtiens rĂ©sident dans Port-au-Prince et ses environs et pourquoi tant d’entre eux sont obligĂ©s de survivre avec si peu. En fait, mĂŞme quand on ose une explication, elle est souvent scandaleusement fausse Ă  l’image du tĂ©moignage d’un ancien diplomate US sur CNN selon qui la surpopulation de Port-au-Prince Ă©tait dĂ»e au fait que les HaĂŻtiens, comme la plupart des autres peuples du Tiers-Monde, ne savaient rien du contrĂ´le des naissances.

Les AmĂ©ricains affamĂ©s d’informations seront peut-ĂŞtre surpris d’apprendre que ces conditions de vie auxquelles les media attribuent, Ă  raison, l’amplification de l’impact de cette immense catastrophe, rĂ©sulte largement de politiques amĂ©ricaines et d’un modèle de dĂ©veloppement orientĂ© par les Etats Unis.

De 1957 Ă  1971, les HaĂŻtiens ont vĂ©cu dans l’ombre sinistre de « Papa Doc » Duvalier, un dictateur brutal qui jouissait de l’appui des Etats Unis qui le voyaient comme un anti-communiste fiable. Après sa mort, Jean-Claude « BĂ©bĂ© Doc », son fils, est devenu prĂ©sident Ă  vie Ă  l’âge de 19 ans et il a dirigĂ© HaĂŻti jusqu’Ă  son renversement en 1986. C’est dans les annĂ©es 1970 et 1980 que BĂ©bĂ© Doc et le gouvernement et les milieux d’affaires des Etats Unis ont collaborĂ© pour engager HaĂŻti et sa capitale sur la voie qui devait aboutir Ă  la situation du pays au 12 janvier 2010.

Après l’intronisation de BĂ©bĂ© Doc, des planificateurs AmĂ©ricains, membres ou non du gouvernement des Etats Unis, ont lancĂ© leur programme pour transformer HaĂŻti en « Taiwan de la CaraĂŻbe ». Ce pays, petit et pauvre, idĂ©alement situĂ© non loin des Etats Unis, se vit enjoindre d’abandonner son passĂ© agricole et de dĂ©velopper un secteur manufacturier fort et orientĂ© vers l’exportation. C’Ă©tait, avait-on dit Ă  Duvalier et ses alliĂ©s, la manière d’aller vers la modernisation etle dĂ©veloppement Ă©conomique.

Du point de vue de la banque Mondiale et de l’United States Agency for International Development (USAID), HaĂŻti Ă©tait un parfait candidat pour ce lifting nĂ©olibĂ©ral. La pauvretĂ© endĂ©mique des masses haĂŻtiennes les forcerait Ă  exercer des emplois faiblement rĂ©munĂ©rĂ©s dans la confection d’articles de baseball et l’assemblage d’autres produits.

Mais l’USAID avait des plans aussi pour la campagne. Non seulement les villes d’HaĂŻti devaient-elles devenir des centres d’exportation, mais les zones rurales Ă©galement, par un remodelage de l’agriculture haĂŻtienne vers des productions orientĂ©es vers l’exportation et la logique des marchĂ©s. Dans ce but, l’USAID, avec des industriels citadins et de fros propriĂ©taires terriens, a travaillĂ© Ă  la crĂ©ation d’Ă©quipements de traitement ds produits agro-alimentaires, alors mĂŞme qu’ils renforçaient les pratiques de dumping sur le prix des surplus agricoles des Etats Unis vendus Ă  la population haĂŻtienne.

Cette « aide » amĂ©ricaine et les changements structurels dans le monde rural ont contraint, comme on pouvait le prĂ©voir, des paysans HaĂŻtiens qui ne pouvaient plus survivre Ă  migrer vers les villes, particulièrement Port-au-Prince oĂą les nouveaux emplois du secteur manufacturier Ă©raient supposĂ©s se trouver.Mais une fois sur place, ils se rendirent compte que les emplois manufacturiers Ă©taient loin d’ĂŞtre en nombre suffisants. La ville est devenue de plus en plus densĂ©ment peuplĂ©e. Les bidonvilles se sont Ă©tendus. Et pour satisfaire les besoins en logement des paysans dĂ©placĂ©s, un programme de maisons bon marchĂ© et construites Ă  la va vite a Ă©tĂ© mis en plce, parfois en posant des maisons « sur le toit des autres. »

Assez rapidement, cependant, les planificateurs AmĂ©ricains et les Ă©lites haĂŻtiennes dĂ©cidèrent que leur modèle de dĂ©veloppement ne fonctionnait peut-ĂŞtre pas si bien en HaĂŻti et ils l’abandonnèrent. Les consĂ©quences des changement effectuĂ©s sous la direction des Etats Unis ont par contre subsistĂ©.

Quand dans l’après-midi et la soirĂ©e du 12 janvier 2010 HaĂŻti a subi cet horrible tremblement de terre et ses rĂ©pliques, les destructions ont Ă©tĂ© indubitablement aggravĂ©es par l’extrĂŞme surpeuplement et la pauvreta de Port-au-Prince et de ses environs. Mais les AmĂ©ricains en Ă©tat de choc peuvent faire plus que de secouer la tĂŞte et de faire un don par pitiĂ©. Ils peuvent s’intĂ©resser aus responsabilitĂ©s de leur propre pays dans les conditions de vie Ă  Port-au-Prince qui ont amplifiĂ© l’impact du sĂ©isme, et ils peuvent reconnaĂ®tre le rĂ´le de l’AmĂ©rique pour empĂŞcher HaĂŻti de parvenit Ă  un dĂ©veloppement significatif. Accepter l’approche incomplète d’haĂŻti proposĂ©e par CNN et le New York Times revient Ă  blâmer les HaĂŻtiens d’ĂŞtre les victimes d’un processus qui n’est pas de leur fait. Comme l’Ă©crivait John Milton, « ils ont Ă´tĂ© les yeux des gens, et leur reprochent d’ĂŞtre aveugles. »

Carl Lindskoog, pour Commondreams.org

Traduit de l’anglais par Mounadil al-DjazaĂŻri

Carl Lindskoog est un militant qui réside à Nex York. Historien, il termine son doctorat à la City University of New York

août 14 2009

Le fondateur d’internet craint l’effet « Big Brother »

Par 7sur7

Le Britannique Tim Berners-Lee, l’un des fondateurs du web, a mis en garde, le 22 avril, contre le risque qu’internet ne devienne une immense machine de surveillance de ses usagers.

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Instrumentalisation

« Je veux ĂŞtre sĂ»r que lorsque je clique sur un lien, cela restera entre moi et le site et que le fournisseur d’accès ne va pas immĂ©diatement me cataloguer pour un usage publicitaire ou gouvernemental », a expliquĂ© M. Berners-Lee lors d’un congrès international sur le web Ă  Madrid.

« Le facteur n’ouvre pas mes lettres et la compagnie de tĂ©lĂ©phone n’Ă©coute pas mes conversations. Et pourtant l’usage qui est fait d’internet va souvent plus profondĂ©ment que cela dans l’intimitĂ© », a expliquĂ© celui qui a Ă©tĂ© il y a 20 ans le co-inventeur du système du World Wide Web (www).

Un nouveau logiciel permet dĂ©sormais aux fournisseurs d’accès Ă  internet de diffuser des publicitĂ©s Ă  leurs clients en fonction de l’historique de leurs navigations sur le net.

La fin de la vie privée rentable pour certains

Plusieurs fournisseurs d’accès britanniques, dont BT et Virgin Media, ont indiquĂ© qu’ils envisageaient d’utiliser ce logiciel destinĂ© Ă  rendre le web financièrement plus rentable grâce Ă  l’argent de la publicitĂ©.

M. Berners-Lee s’exprimait dans un dĂ©bat organisĂ© dans le cadre du 18e Congrès international World Wide Web, auquel a Ă©galement participĂ© l’AmĂ©ricain Vinton Cerf, autre père fondateur d’internet.

Avec d’autres scientifiques du Centre europĂ©en de recherche nuclĂ©aire (Cern) près de Genève, Berners-Lee a mis au point en 1989 le World Wide Web pour permettre Ă  des milliers scientifiques dans le monde de communiquer.

Débat

Ce système qui permet de simplifier le processus de recherche d’information sur internet, a ensuite connu un succès fulgurant Ă  partir du moment oĂą le Cern a dĂ©cidĂ©, au dĂ©but des annĂ©es 90, de ne pas en percevoir de royalties.

Le Congrès international World Wide Web qui rĂ©unit jusqu’Ă  vendredi Ă  Madrid plus de 1.000 scientifiques, professionnels et experts de l’internet, est une manifestation annuelle, se dĂ©roulant Ă  chaque fois dans une ville diffĂ©rente, pour favoriser la recherche et le dĂ©bat sur le web.

Tous vos e-mails conservés pendant deux ans [12/08/2009]

Le ministre de la Justice flamand Stefaan De Clerck (CD&V) veut faire conserver toute communication Ă©lectronique durant deux ans, peut-on lire mercredi dans De Tijd. Il s’agit notamment de l’enregistrement de la circulation de courriers Ă©lectroniques et du moment auquel une personne se connecte au rĂ©seau internet. La Justice pourra rechercher les donnĂ©es dans les banques de donnĂ©es des opĂ©rateurs.

Stefaan De Clerck a dĂ©jĂ  prĂ©parĂ© Ă  cet effet un avant-projet de loi, ainsi qu’un arrĂŞtĂ© royal. Mais l’association belge des fournisseurs de services internet (ISPA) ne veut conserver les durĂ©es que sur une pĂ©riode de six mois. « Si la Justice veut des dĂ©lais de conservation plus Ă©tendus, elle n’a qu’Ă  en assumer les frais. Si la Justice veut rouler en ‘Rolls Royce’, il faut payer le prix. Sinon, ce sera Ă  l’usager internet de payer plus. »

« Le dĂ©lai de deux ans correspond aux besoins rĂ©els de la police et de la Justice », indique-t-on au cabinet du ministre De Clerck. Le procureur ou juge d’instruction devra justifier par Ă©crit chaque recherche et les abus seront sanctionnĂ©s.

La commission de protection de la vie privĂ©e estime trop longue la pĂ©riode de deux ans. « Après un an, les donnĂ©es doivent ĂŞtre dĂ©truites et la police et la Justice ne pourront plus les consulter », souligne la commission dans un nouvel avis Ă  l’attention de Stefaan De Clerck.

Source: 7sur7.be

août 13 2009

Comment la France écoute le monde

Par Vincent Jauvert

C’est une prioritĂ© des services français de renseignement: Ă©couter les communications qui transitent par les satellites. Depuis dix ans, la DGSE a ouvert plusieurs bases d’interception, en mĂ©tropole et dans les Dom-Tom. Comment fonctionnent ces stations secrètes ? Qui Ă©coutent-elles ? Avec quels rĂ©sultats ? Ces «grandes oreilles» peuvent-elles menacer la vie privĂ©e des citoyens ? Une enquĂŞte de Vincent Jauvert.

 

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C’est l’un des plus grands centres d’Ă©coute du monde. Dans cette base secrète protĂ©gĂ©e par des miradors, des chiens policiers et des barbelĂ©s Ă©lectrifiĂ©s, treize immenses antennes paraboliques espionnent, jour et nuit, toutes les communications internationales qui transitent par les satellites visĂ©s.

 

OĂą est cette base, dont «le Nouvel Observateur» publie ici la photo ? Aux Etats-Unis ? En Russie ? Non, dans le PĂ©rigord, sur le plateau de Domme, Ă  cĂ´tĂ© de l’aĂ©roport de Sarlat. Le lieu est officiellement (et pudiquement) appelĂ© «centre radioĂ©lectrique». LĂ , le service français d’espionnage, la DGSE, surveille quotidiennement des centaines de milliers (des millions ?) de discussions tĂ©lĂ©phoniques, d’e-mails, de fichiers ou de fax. C’est le site principal des «grandes oreilles» de la RĂ©publique.

 

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Ce n’est pas le seul. A l’instar des Etats-Unis et des pays anglo-saxons liĂ©s Ă  eux, la France a, ces dix dernières annĂ©es, mis en place un rĂ©seau mondial d’interception. «Le Nouvel Observateur» peut confirmer l’existence et publier les photos de trois autres bases d’Ă©coutes «satellitaires» de la DGSE. L’une dont le nom de code est «FrĂ©gate» est cachĂ©e dans la forĂŞt guyanaise, au coeur du centre spatial de Kourou. L’autre, terminĂ©e en 1998, est accrochĂ©e au flanc du cratère Dziani Dzaha, sur l’Ă®le française de Mayotte, dans l’ocĂ©an Indien. Toutes les deux sont gĂ©rĂ©es en commun avec le BND (Bundesnachichtendienst), le service secret allemand. Le troisième centre est dans la banlieue ouest de Paris, sur le plateau d’Orgeval, aux Alluets-le-Roi. Au total, une trentaine d’antennes «couvrent» la quasi-totalitĂ© du globe, Ă  l’exception du Nord sibĂ©rien et d’une partie du Pacifique.

 

Il y aura bientĂ´t d’autres stations. Elargir son rĂ©seau d’Ă©coute «satellitaire» est «une priorité» de la DGSE, comme l’Ă©crit le rapporteur du budget 2001 de la dĂ©fense, Jean-Michel Boucheron. A cette fin, le service secret français dispose chaque annĂ©e de moyens financiers accrus. Une nouvelle station est en construction sur le plateau d’Albion, lĂ  oĂą Ă©taient stockĂ©s les missiles nuclĂ©aires avant le dĂ©mantèlement des silos; une cinquième est en projet sur la base aĂ©ronavale de Tontouta, en Nouvelle-CalĂ©donie.

 

Bien entendu, cet ensemble est et restera beaucoup moins puissant et performant que son modèle anglo-saxon que l’on appelle communĂ©ment «Echelon». La NSA amĂ©ricaine est trente fois plus riche que son homologue français, la direction technique de la DGSE. L’une emploie 38000 personnes, l’autre 1600. Plus petit, «Frenchelon», comme disent les Anglo-Saxons, n’en est pas moins menaçant pour la vie privĂ©e. Y compris celle des Français. Voici pourquoi: quand elles passent par l’un des satellites surveillĂ©s par les bases de Domme, de Kourou ou de Mayotte, nos communications avec l’Ă©tranger ou les Dom-Tom peuvent ĂŞtre interceptĂ©es, recopiĂ©es et diffusĂ©es par la DGSE, sans qu’aucune commission de contrĂ´le ait son mot Ă  dire. Aucune ! Une situation unique en Occident.

 

Tous les pays dĂ©mocratiques qui se sont dotĂ©s de services d’Ă©coute «satellitaire» ont mis en place des garde-fous, des lois et des instances de contrĂ´le afin de protĂ©ger leurs citoyens contre la curiositĂ© de ces «grandes oreilles». Tous, l’Allemagne et les Etats-Unis en tĂŞte. Pas la France.

 

Pourtant notre pays espionne les satellites de communication depuis près de trente ans. C’est en 1974 Ă  Domme, Ă  l’emplacement d’un petit centre d’interception radio, que le Sdece (l’ancĂŞtre de la DGSE) installe sa première antenne parabolique. L’engin mesure 25 mètres de diamètre et existe toujours. Un autre suit rapidement. «Au dĂ©but, il n’y avait que quelques satellites, les Intelsat, explique un vĂ©tĂ©ran de la direction technique. Nous pouvions « aspirer » une bonne partie du trafic international.» Mais, dès 1980, la tĂ©lĂ©phonie mondiale explose, les mises sur orbite se multiplient: Eutelsat, Molniya, Inmarsat, Panamsat, Arabsat. «Nous avons vite Ă©tĂ© dĂ©bordĂ©s, raconte cet ancien haut responsable. Le centre de Domme s’est retrouvĂ© sous-Ă©quipĂ©, ridicule et nous, la DGSE, la risĂ©e de nos collègues amĂ©ricains et britanniques.»

 

En 1984, le patron du service secret, l’amiral Lacoste, exhorte François Mitterrand: «Il nous faut une autre station d’interception.» La France, assure-t-il, dispose d’un site idĂ©al pour ce genre d’opĂ©ration: le centre spatial de Kourou. IdĂ©al ? Il est situĂ© tout près de l’Ă©quateur, c’est-Ă -dire au meilleur endroit pour Ă©couter les satellites de communication, presque tous gĂ©ostationnaires. La base sera Ă  quelques kilomètres du pas de tir d’Ariane, ses antennes passeront donc inaperçues. Et puis, l’espionnage Ă©conomique est la nouvelle prioritĂ© du service secret français et l’AmĂ©rique, la cible principale. Or, les satellites qui «arrosent» les Etats-Unis sont justement en orbite au-dessus de la Guyane.

 

Pour partager les frais, et ancrer l’alliance franco-allemande, Lacoste propose d’associer le BND Ă  l’aventure. Le travail en commun sera d’autant plus facile, explique l’amiral, que les deux services collaborent dĂ©jĂ  Ă©troitement dans des stations d’interception Ă  Berlin-Ouest et ailleurs en RFA. Le prĂ©sident de la RĂ©publique donne son feu vert fin 1984. Le scandale du «Rainbow Warrior», qui survient quelques mois plus tard, retarde l’opĂ©ration. La base «FrĂ©gate» sera secrètement inaugurĂ©e en 1990 par Claude Silberzahn, le nouveau patron de la DGSE, et son homologue allemand.

 

Le prĂ©fet Silberzahn veut aller plus loin. Selon lui, pour revenir dans le club des grands, la DGSE a besoin de nouvelles stations. La guerre du Golfe lui donne des arguments. En Irak, les prouesses techniques des espions amĂ©ricains sont Ă©poustouflantes. François Mitterrand et Michel Rocard, le Premier ministre, sont convaincus. Silberzahn peut lancer un vaste plan d’investissement sur dix ans. Il modernise le centre de Domme, achète un super-ordinateur Cray et fait installer les premières antennes paraboliques aux Alluets-le-Roi, dans une base jusque-lĂ  rĂ©servĂ©e Ă  l’interception des ondes radio. Enfin, avec le BND, il lance le chantier de Mayotte. Ce territoire français de l’archipel des Comores est, lui aussi, proche de l’Ă©quateur. Le site choisi sera sur Petite-Terre, une minuscule Ă®le oĂą la LĂ©gion Ă©trangère dispose dĂ©jĂ  d’une base. De Mayotte, la direction technique de la DGSE pourra mieux «couvrir» l’Afrique, le Moyen-Orient et le continent qui monte, l’Asie. Cinq ans seront nĂ©cessaires pour achever le projet. De sordides histoires de maris trompĂ©s ont, dit-on, ralenti les travaux.

 

Aujourd’hui, sur trois continents, les «grandes oreilles» de la RĂ©publique disposent donc, on l’a dit, d’une trentaine d’antennes. Mobiles, celles-ci peuvent changer d’orientation plusieurs fois par jour, selon les heures ou les objectifs du service. Tous les pays sont exposĂ©s, mĂŞme les alliĂ©s. Les membres de l’Union europĂ©enne aussi? «Bien sĂ»r, dit ce responsable. Grâce aux satellites, on peut espionner tout le monde de chez soi. Pas de coups tordus, pas de risque d’incidents diplomatiques. C’est pour cela qu’on a tant investi»

 

Les satellites visĂ©s en prioritĂ© ? «Ceux qui peuvent nous livrer le plus de renseignements politiques et Ă©conomiques», dit un homme de l’art. Les Inmarsat, par exemple. Grâce Ă  eux, n’importe qui peut tĂ©lĂ©phoner, envoyer un e-mail ou un fax, de n’importe quel endroit du globe (ou presque). Pour cela, il suffit d’une petite valise de 2 kilos. Au dĂ©but, en 1982, les abonnĂ©s de ce service Ă©taient essentiellement des marins de mĂ©tier et des compagnies pĂ©trolières. Puis la clientèle s’est Ă©largie aux plaisanciers fortunĂ©s. «Une aubaine pour l’espionnage Ă©conomique! Vous n’imaginez pas tout ce que ces hommes d’affaires disent en clair au tĂ©lĂ©phone depuis leur bateau, explique un spĂ©cialiste. Au milieu de l’OcĂ©an, ils se croient Ă  l’abri. Ils parlent contrats, projets, dĂ©couvertes» Ce n’est pas tout. La sociĂ©tĂ© Inmarsat a passĂ© des accords avec la plupart des grandes compagnies aĂ©riennes et 650 avions d’affaires. Lorsque, en vol, un passager tĂ©lĂ©phone, la communication transite par ces satellites Ă  la satisfaction des «grandes oreilles». On utilise aussi Inmarsat sur terre, le plus souvent Ă  partir des points chauds de la planète, mal Ă©quipĂ©s en tĂ©lĂ©phonie. Au total, la compagnie a 200000 abonnĂ©s: journalistes, diplomates, fonctionnaires internationaux, responsables d’ONG. «Pour espionner cette clientèle de choix, pas besoin d’ordinateur très puissant, dit un expert. Par un satellite Inmarsat passent au maximum 2000 communications simultanĂ©es. C’est dix Ă  cinquante fois moins que les autres.»

 

Les autres, ce sont les poids lourds de la tĂ©lĂ©phonie mondiale: les Intelsat, Eutelsat et PanAmSat. Par eux transitent, chaque jour, plusieurs milliards de messages, venus de tous les continents. «Impossible de les ignorer, dit un homme de l’art, mais difficile de les traiter en entier. Dans leur faisceau, il faut choisir les segments qui nous intĂ©ressent.» Et notamment repĂ©rer les canaux louĂ©s par des militaires, des diplomates ou des entreprises. Certaines compagnies utilisent en particulier un nouveau service peu cher, le VSAT: ce rĂ©seau leur permet de connecter en permanence tous leurs Ă©tablissements dans le monde. Ainsi, Ă  Domme et Ă  Kourou, la DGSE «aspire» le trafic de l’Intelsat 801, qui assure des milliers de liaisons VSAT entre l’AmĂ©rique et l’Europe.

 

Les gros satellites transmettent aussi internet. Ils sont devenus des autoroutes, des back bones pour la Toile. «10% du trafic passe par lĂ , dit un spĂ©cialiste. C’est peu, mais ces 10%-lĂ , on peut les intercepter: le reste, qui transite par les câbles en fibres optiques, c’est autre chose» Dans le centre de Mayotte, on attend avec impatience le nouvel Intelsat 902, qui va dans quelques mois fournir des back bones en Afrique, en Asie et dans une partie de la Russie. Il sera positionnĂ© Ă  62° est, juste au-dessus de l’Ă®le française de l’ocĂ©an Indien.

 

Autres types de satellites visĂ©s: les rĂ©gionaux, qui n’«arrosent» qu’une partie de la planète. Ainsi, les Arabsat pour le Moyen-Orient et le Maghreb. «Ah, les Arabsat ! soupire un ancien des Ă©coutes. Dans les annĂ©es 80, ils nous en ont livrĂ©, des informations ! Sur Kadhafi pendant le conflit du Tchad ou sur IsraĂ«l au moment de l’invasion du Sud-Liban.»

 

Enfin il y a les nationaux. Certains pays sont trop pauvres et trop vastes pour installer un rĂ©seau de câbles tĂ©lĂ©phoniques sur l’ensemble de leur territoire. Pour relayer leurs communications internes, ils utilisent des satellites: les Raduga en Russie, les Mabuhay aux Philippines ou les Dong Fang Hong en Chine.

 

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Mais la multiplication des opĂ©rateurs satellites (ils sont plus de cent aujourd’hui !) pose un problème Ă  la DGSE. «Chacun code son faisceau et ne rend pas publique la clĂ© de dĂ©chiffrement», dit un ancien responsable. Pour obtenir le prĂ©cieux sĂ©same, il faut mobiliser toutes les ressources du service secret. «Il y a plusieurs mĂ©thodes, pas toujours propres, continue l’homme de l’art. On peut nĂ©gocier avec l’opĂ©rateur. On lui dit: la France vous confie une partie de son trafic international, en Ă©change vous nous donnez ce protocole confidentiel.» Autre technique: «Soudoyer un cadre de l’entreprise ou lui promettre une mĂ©daille.» Ou encore: «Si l’on apprend qu’un service secret Ă©tranger a ce logiciel, le nĂ©gocier contre autre chose.» On peut aussi s’introduire discrètement dans les locaux de l’opĂ©rateur et voler la prĂ©cieuse disquette. «A la DGSE, il y a un service très compĂ©tent pour ce genre de cambriolage», dit l’expert. Reste la mĂ©thode maison: dĂ©couvrir soi-mĂŞme le code. «Mais cela peut prendre beaucoup de temps. Entre-temps, on rate beaucoup de choses»

 

Ainsi, depuis quelques mois, un satellite tourmente particulièrement les ingĂ©nieurs du service secret français. Il s’agit de Thuraya, lancĂ© en octobre dernier par une compagnie d’Abu Dhabi. La firme Ă©mirati propose Ă  ses abonnĂ©s une couverture totale du monde arabe en tĂ©lĂ©phonie mobile. Son service sera opĂ©rationnel courant avril. Ses clients: des hauts fonctionnaires syriens, des hommes d’affaires libyens, des militaires Ă©gyptiens; autant de cibles pour la DGSE. «Il y a un hic, dit cet expert. Les Emirats financent l’opĂ©ration, mais c’est la firme Hugues, le gĂ©ant de l’aĂ©ronautique amĂ©ricaine, qui gère le système. Et en matière de codage de faisceau, Hugues en connaĂ®t un rayon. Pour l’instant, nous n’avons pas trouvĂ© la solution.»

 

Avec plus ou moins de difficultés, des dizaines de faisceaux sont donc, chaque jour, aspirés par les paraboles de la DGSE. Que se passe-t-il après? Au pied des antennes, en sous-sol, des techniciens et des opérateurs habilités «secret défense» travaillent dans des salles informatiques climatisées. Regroupés en équipes de jour et de nuit, ils sont environ deux cents à Domme et aux Alluets-le-Roi, une quarantaine à Mayotte et à Kourou.

 

Les techniciens s’activent devant des armoires Ă©lectroniques. Ils contrĂ´lent les puissants matĂ©riels (amplificateurs, dĂ©modulateurs, analyseurs, dĂ©chiffreurs) qui transforment les faisceaux des satellites en fax, e-mails, fichiers ou voix. Leur premier souci: dĂ©chiffrer les communications cryptĂ©es, ce qui est de plus en plus ardu.

 

Les opĂ©rateurs, eux, sont assis devant des consoles d’ordinateurs. Ils vĂ©rifient le tri automatique du trafic. Seulement quelques milliers de communications interceptĂ©es remontent, chaque jour, au QG du service secret, boulevard Mortier Ă  Paris. Elles sont envoyĂ©es par fibres optiques ou liaisons radio protĂ©gĂ©es. Les autres, la grande majoritĂ©, sont jetĂ©es dans une poubelle informatique. La sĂ©lection s’effectue grâce Ă  un dictionnaire d’«adresses» et de mots-clĂ©s.

 

«Adresses»? Il s’agit de la liste des numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone et des e-mails que la DGSE entend surveiller en permanence. Ambassades, ministères, organisations internationales, ONG, multinationales; il y en a plusieurs milliers, de tout pays, dans les ordinateurs des «grandes oreilles». Quand cette adresse apparaĂ®t dans le faisceau d’un satellite espionnĂ©, la communication est automatiquement enregistrĂ©e et envoyĂ©e Ă  Paris. Dans le jargon des Ă©coutes, ce type de surveillance a un nom: la «routine».

 

Mots-clĂ©s ? C’est une autre manière de filtrer le flux de donnĂ©es. «Ce peut ĂŞtre un nom propre, un surnom, une formule chimique, de l’argot, un acronyme, dit un expert. On les saisit dans un fichier et on attend» Dès que l’un de ces mots apparaĂ®t, l’ordinateur revient en arrière et enregistre la communication depuis le dĂ©but. A la DGSE, on appelle cela la «veille» ou «la pĂŞche au chalut».

 

«Pour les e-mails, ces tris informatiques sont très efficaces», dit un autre spĂ©cialiste. Il ajoute: «Etant donnĂ© les capacitĂ©s des ordinateurs, on peut, de la sorte, filtrer plusieurs millions de messages Ă©lectroniques par minute. Un bon moteur de recherche suffit. Il faut simplement l’adapter Ă  nos besoins.» Selon toute vraisemblance, la DGSE utilise l’outil de recherche dĂ©veloppĂ© par la sociĂ©tĂ© française Lexiquest.

 

Pour les fax, le tri est moins performant. Les experts estiment que le taux de succès ne dĂ©passe pas 60%. Pourquoi un tel dĂ©chet? Parce que la tĂ©lĂ©copie n’est pas «lue» directement par l’ordinateur. Elle doit d’abord ĂŞtre convertie en bits par un logiciel de reconnaissance de caractères. Or si cette phase est perturbĂ©e par une mauvaise Ă©mission ou une Ă©criture illisible, le fax retranscrit n’a plus de sens. Il est perdu pour les «grandes oreilles». MalgrĂ© ces difficultĂ©s, la DGSE est, depuis toujours, l’un des meilleurs services d’espionnage pour le traitement automatique des fax, d’oĂą ses succès dans l’espionnage Ă©conomique.

 

Pour la parole, il en va tout autrement. La DGSE n’a pas dĂ©veloppĂ© des techniques aussi performantes que celles de la NSA ou du Mossad israĂ©lien. Confidence d’un expert: «MalgrĂ© ce que l’on croit gĂ©nĂ©ralement, il est très difficile d’apprendre Ă  l’ordinateur Ă  attraper au vol des mots-clĂ©s prononcĂ©s au cours d’une conversation tĂ©lĂ©phonique.» Explications: «Certaines personnes parlent vite, d’autres lentement, les unes bafouillent, les autres ont un accent. RĂ©sultat: le taux d’Ă©chec est très Ă©levĂ©.» Le service français Ă©tudie une autre mĂ©thode de tri qu’AmĂ©ricains et IsraĂ©liens ont, semble-t-il, dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ©e: la transcription automatique. L’ordinateur transcrit toute la conversation tĂ©lĂ©phonique, puis un moteur de recherche trouve les mots-clĂ©s dans le fichier ainsi constituĂ©. «Aussi bizarre que cela puisse paraĂ®tre, c’est plus simple de procĂ©der comme cela» Le ministère de la DĂ©fense vient de demander au meilleur laboratoire français sur le traitement de la parole, le Limsi Ă  Orsay, de mettre au point un tel logiciel.

 

Après le tri, l’Ă©coute. A la DGSE, quelques centaines de personnes (300, 500?) passent leurs journĂ©es casque sur la tĂŞte. «Sachant qu’un bon professionnel peut traiter quotidiennement 50 Ă  100 conversations, faites le calcul !», dit un vĂ©tĂ©ran. Cela fait plus de 15000 par jour, soit au moins 5 millions par an.

 

Le jeu en vaut-il la chandelle? Cette masse d’informations, ces millions de conversations, d’e-mails ou de fax dĂ©tournĂ©s est-elle vraiment utile? De l’avis unanime, les «perles», les informations secrètes dignes de remonter jusqu’au prĂ©sident de la RĂ©publique, sont très rares. «Quelques dizaines en vingt ans, dit cet ancien haut responsable. Et encore» Il y a eu les cas dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©s de Kadhafi et d’IsraĂ«l dans les annĂ©es 80. Plus tard, on a interceptĂ© des consignes de vote au Conseil de SĂ©curitĂ© de l’ONU. RĂ©cemment, des Ă©coutes de hauts dignitaires serbes ont Ă©tĂ© transmises Ă  l’ElysĂ©e.

 

En fait, les vrais «joyaux» ont d’autres clients: plusieurs grands groupes industriels français. Depuis deux dĂ©cennies, la DGSE travaille en symbiose avec une quinzaine de firmes privĂ©es ou publiques. Entre espions et patrons, c’est donnant donnant. Les uns font du renseignement Ă©conomique et technologique (le service de recherche spĂ©cialisĂ© Ă  la DGSE emploie une cinquantaine de personnes). Les autres fournissent des couvertures aux agents en mission Ă  l’Ă©tranger.

 

Des anciens de la DGSE, recrutĂ©s par les firmes, assurent la liaison. Au QG de leur ex-employeur, boulevard Mortier, ils prennent rĂ©gulièrement livraison de copies de fax, d’e-mails ou de projets de contrats que les stations d’Ă©coute ont interceptĂ©s. La moisson est parfois excellente. «Nous recevons souvent des remerciements de patrons», dit ce haut responsable. Ainsi, en 1998, les «grandes oreilles» ont permis aux industriels français concernĂ©s de suivre l’Ă©volution d’une nĂ©gociation cruciale: la fusion (finalement avortĂ©e) entre le constructeur aĂ©ronautique allemand Dasa et son homologue britannique, British Aerospace.

 

Mais il n’y a pas que des «perles», loin s’en faut. Il y a le reste, le quotidien, ces milliers de comptes rendus d’interception, des «bruts» comme on dit Ă  la DGSE, qui s’empilent dans les services d’analyse, et qui ne sont pas toujours lus. «Pour une bonne info, il y a tellement de bla-bla inutiles, dit ce cadre du service secret. Je me demande si tout cela vaut la peine.» Beaucoup prĂ©fĂ©reraient que la DGSE investisse dans le renseignement humain plutĂ´t que dans la technique. «Avec ces fortunes dĂ©pensĂ©es, chaque annĂ©e, nous pourrions installer tellement d’agents Ă  l’Ă©tranger. Après tout, c’est cela notre vrai boulot»

 

Menace sur la vie privĂ©e ? Sans aucun doute. Parmi les millions de communications Ă©coutĂ©es, il peut y avoir l’une des vĂ´tres. Le risque sera d’autant plus fort que vous tĂ©lĂ©phonerez vers une zone peu câblĂ©e, comme l’Afrique, la Russie ou les Dom-Tom. Rien n’interdit Ă  la DGSE d’intercepter vos conversations ou vos e-mails, pour peu que ceux-ci passent par un satellite. Pire, cet espionnage est implicitement autorisĂ© par la loi de 1991 qui institue la commission de contrĂ´le des Ă©coutes. Son article 20 dispose, en effet, qu’il n’est pas dans le pouvoir de cette nouvelle commission de contrĂ´ler les «mesures prises par les pouvoirs publics pour assurer la surveillance des transmissions empruntant la voie hertzienne [ndlr: c'est-Ă -dire les airs].» En d’autres termes, l’instance pourra tout surveiller, sauf les Ă©coutes «satellitaires».

 

«Cette dĂ©rogation a Ă©tĂ© exigĂ©e par les plus hautes autoritĂ©s de l’Etat, confie un ancien conseiller du ministre de la DĂ©fense de l’Ă©poque, Pierre Joxe. Pourquoi ? Souvenez-vous, Ă  cette Ă©poque, la DGSE lançait un vaste plan de modernisation de ses « grandes oreilles ». Il Ă©tait hors de question de le compromettre.» Un ancien de l’ElysĂ©e dit: «Nous voulions laisser les coudĂ©es franches au service secret, ne pas l’enfermer dans son quota d’Ă©coutes autorisĂ©es»

 

Les parlementaires n’y ont vu que du feu. Ils auraient dĂ» ĂŞtre plus curieux. Ils auraient appris que beaucoup de pays dĂ©mocratiques avaient dĂ©jĂ  sĂ©vèrement rĂ©glementĂ© l’action de leurs «grandes oreilles». Depuis 1968, en Allemagne, huit experts indĂ©pendants nommĂ©s par le Parlement contrĂ´lent les Ă©coutes du BND: ils forment la commission dite «G 10». Leur pouvoir est considĂ©rable. Ils peuvent interroger tous les personnels du BND et voir l’ensemble de la production des Ă©coutes. «Le but: protĂ©ger la vie privĂ©e des Allemands», dit le professeur Claus Arndt, qui a siĂ©gĂ© Ă  cette commission de 1968 Ă  1999. Ainsi, lorsqu’au cours d’un tri alĂ©atoire, le nom d’un citoyen ou d’une firme allemands apparaĂ®t, le BND doit l’effacer, sauf autorisation expresse de la commission. «De mĂŞme, dit le professeur Arndt, le service secret doit soumettre la liste de tous les mots-clĂ©s qu’il entend utiliser. Il n’a pas le droit d’y inclure le nom d’un Allemand.» En juin prochain, une loi devrait autoriser les super-contrĂ´leurs Ă  visiter n’importe quel site du service secret allemand, y compris la station de Kourou. Si la France refuse, le prĂ©sident de la commission pourrait demander le retrait du BND de la base guyanaise.

 

En Australie, les «grandes oreilles» sont contrĂ´lĂ©es par un inspecteur gĂ©nĂ©ral dĂ©signĂ© par le gouvernement. Il a tout pouvoir pour vĂ©rifier que le DSD, le service d’espionnage, applique des lois très restrictives. Par exemple, toute information sur un Australien recueillie par les stations d’Ă©coute doit ĂŞtre dĂ©truite. Un rapport de destruction doit mĂŞme ĂŞtre remis Ă  l’inspecteur gĂ©nĂ©ral. Au Canada, c’est un commissaire dĂ©signĂ© par le Parlement qui assure cette mission de contrĂ´le. Chaque annĂ©e, il rĂ©dige un rapport public. Aux Etats-Unis, un inspecteur gĂ©nĂ©ral et le ministre de la Justice surveillent l’action de la NSA.

 

A quand la France ? Ces derniers mois, les parlementaires se sont intĂ©ressĂ© aux «grandes oreilles» amĂ©ricaines. La commission de la DĂ©fense a rendu rĂ©cemment un rapport vindicatif sur «Echelon» et la NSA. Il est temps qu’elle Ă©tudie aussi les pratiques de la DGSE et propose des moyens de les contrĂ´ler. Le moment serait bien choisi. Une rĂ©volution des «écoutes» se prĂ©pare. Le service secret envisage d’investir massivement dans l’interception des câbles sous-marins. Avant qu’il ne se lance dans l’aventure, ne pourrait-on lui imposer quelques règles dĂ©mocratiques ?

 

Source: Vincent Jauvert, Le Nouvel Observateur

août 12 2009

La fabrique d’esclaves des dĂ©mocraties vertueuses

Par Stephen Lendman

Le bouclage des frontières, les lois sur l’immigration de plus en plus drastiques, les « accords » commerciaux scĂ©lĂ©rats avec les pays pauvres, le « libre Ă©change », la demande constante pour une main-d’Ĺ“uvre pas chère et docile, et d’autres facteurs favorisent automatiquement les trafics de toutes sortes. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans le monde occidental oĂą l’appât du gain et le pillage de la planète ont fini par primer sur toute autre considĂ©ration, devrait-elle ĂŞtre teintĂ©e d’humanisme.

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Dans cet article « Modern Slavery in America », paru dans Dissident Voice le 7 mars 2009, Stephen Lendman passe en revue les diffĂ©rents secteurs oĂą hommes, femmes et enfants sont rĂ©duits Ă  la servitude par des patrons sans scrupules.

L’esclavage moderne en AmĂ©rique

Qu’on l’appelle traite des ĂŞtres humains ou travail forcĂ©, l’esclavage moderne est en plein essor en AmĂ©rique, oĂą il Ă©chappe Ă  tout contrĂ´le. Une Ă©tude de l’universitĂ© de Berkeley en 2004 situe ce phĂ©nomène principalement dans 5 secteurs d’activitĂ©:

- La prostitution et l’industrie du sexe: 46%

- le travail domestique: 27%

– l’agriculture: 10%

– les ateliers clandestins ( »sweatshops ») ou les usines: 5%

- la restauration / l’hĂ´tellerie: 4%

Le reste concerne l’exploitation sexuelle des enfants, les divertissements, et la vente d’Ă©pouses par correspondance.

Tout cela persiste Ă  cause du manque de rĂ©glementation, de l’insuffisance de contrĂ´les par l’inspection du travail, et d’une demande croissante pour une main d’oeuvre bon marchĂ© qui permet aux employeurs sans scrupules et aux rĂ©seaux criminels d’exploiter des travailleurs sans dĂ©fense Ă  des fins lucratives.

L’Organisation Internationale du travail (OIT) dĂ©finit le travail forcĂ© par: « tout travail ou service extorquĂ© Ă  quiconque sous la menace d’une sanction quelle qu’elle soit, et pour lequel ladite personne ne s’est pas portĂ©e volontaire ».

Le travail forcĂ© des enfants, c’est:

1. Toute forme d’esclavage ou de pratiques similaires assimilables Ă  de l’esclavage tels que la vente et la traite d’enfants, la servitude pour dettes et le servage, et le travail forcĂ© ou obligatoire, comprenant, entre autres, le recrutement forcĂ© ou obligatoire d’enfants dans les conflits armĂ©s.

2. Utiliser, se procurer un enfant ou lui proposer de l’embaucher avec pour objectif la prostitution, la production de pornographie ou de spectacles pornographiques.

3. Utiliser, se procurer un enfant ou lui proposer des activités illégales, en particulier le trafic de drogue tel que défini dans les traités internationaux appropriés.

4. Tout travail qui, par sa nature ou les circonstances dans lesquelles il est rĂ©alisĂ©, susceptible de porter atteinte Ă  la santĂ©, la sĂ©curitĂ© ou l’intĂ©gritĂ© des enfants.

La dĂ©finition de « Free the Slaves.net » (site « libĂ©rez les esclaves ») est : « ĂŞtre forcĂ© de travailler sans rĂ©munĂ©ration sous la menace de reprĂ©sailles et sans possibilitĂ© de s’en aller ».

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Selon le site:

- On estime Ă  27 millions le nombre de personnes rĂ©duites Ă  l’esclavage dans le monde, plus qu’Ă  toute autre pĂ©riode de l’histoire;

- Des milliers de personnes sont victimes de trafic tous les ans dans 90 villes diffĂ©rentes; environ 17.000 selon certaines estimations et jusqu’Ă  50.000 selon la CIA; sont victimes de travail forcĂ© ou de servitude sexuelle: des Ă©trangers, des citoyens amĂ©ricains ou des rĂ©sidents permanents;

- Ces activitĂ©s gĂ©nèrent plus de 9,5 milliards de dollars de profits par an; – Les victimes sont souvent des femmes et des enfants;

- La majoritĂ© d’entre elles rĂ©sident en Inde et dans les pays africains;

- L’esclavage est illĂ©gal mais a lieu « partout »;

- Les esclaves sont employés dans les travaux agricoles ou domestiques, les mines, la restauration, les bordels, et partout où les trafiquants peuvent les utiliser: ils ne coûtent presque rien, ils sont nombreux, ils sont jetables et remplaçables;

- 90 dollars, c’est le coĂ»t de revient moyen d’un esclave dans le monde par rapport aux 40.000 dollars en 1850 traduits en monnaie actuelle.

- La croissance dĂ©mographique, essentiellement dans les centres urbains oĂą il n’y a ni protection sociale ni lĂ©gislation du travail facilite ces pratiques;

- La corruption des gouvernements, le manque de contrĂ´le et l’indiffĂ©rence sont responsables de cet Ă©tat de fait.

Les différentes mesures prises aux Etats-Unis pour lutter contre les trafics

La lĂ©gislation interdit toute forme de trafic humain grâce Ă  des lois existantes ou renforcĂ©es par la loi de 2000, « Victims of Trafficking and Violence Protection Act (VTVPA), qui prĂ©voit des peines allant jusqu’Ă  20 ans et plus d’emprisonnement ainsi que d’autres sanctions.

En avril 2003, Ă©tait adoptĂ©e la loi Protect Act (contre l’exploitation des enfants, NDT). Cette loi qui protège les enfants punit sĂ©vèrement les contrevenants quand elle est appliquĂ©e. Elle est destinĂ©e Ă  poursuivre les citoyens amĂ©ricains et les rĂ©sidents permanents qui voyagent Ă  l’Ă©tranger dans le but d’exploiter sexuellement des enfants sans mĂŞme qu’il aient Ă  prouver leur intention de commettre l’acte.

La loi de 2000 (reconduite en 2005) offre des outils pour lutter contre les trafics qui ont lieu dans le monde entier. Ont Ă©tĂ© créés des services pour contrĂ´ler et combattre le trafic d’ĂŞtres humains (Office to Monitor and Combat Trafficking in Persons – TIP Office) ainsi que « the President’s Interagency Task Force » qui permet de coordonner les luttes contre les trafics. Il y a Ă©galement un service pour protĂ©ger les victimes « State Department’s Bureau of Population, Refugees, and Migration (PRM »). En outre, diffĂ©rentes autres agences sont engagĂ©es, comme, entre autres, le Ministère de la SantĂ© et le Ministère de la Justice, qui se charge d’engager les poursuites.

MalgrĂ© cela, il y a peu ou pas de poursuites, Ă  la fois au niveau fĂ©dĂ©ral et Ă  celui des Ă©tats, car les criminels sont puissants et que ceux qui en sont victimes sont les « damnĂ©s de la terre », pour la plupart des Noirs pauvres, des Latinos et des Asiatiques. En consĂ©quence, ces pratiques sont largement rĂ©pandues et en augmentation.

En voici des exemples:

Esclavage dans l’agriculture

Oxfam America s’inquiĂ©tait de ce problème croissant dans un rapport intitulĂ© « Comme des machines dans les champs; les travailleurs sans droits de l’agriculture en AmĂ©rique » et publiĂ© en mars 2004.

Ce compte-rendu rĂ©voltant montre que « derrière les images heureuses et lustrĂ©es des sempiternelles publicitĂ©s du secteur de la restauration rapide, se dissimule une autre rĂ©alitĂ© »:

- Près de 2 millions d’ouvriers agricoles surmenĂ©s vivent « bien en dessous du seuil de pauvretĂ©, sans aides sociales, sans avoir droit aux heures supplĂ©mentaires », sans un salaire dĂ©cent, sans aucune protection, y compris pour les enfants;

- En Floride, il n’est pas inhabituel de retrouver des travailleurs enchaĂ®nĂ©s Ă  des poteaux, enfermĂ©s dans des camions, battus et qu’on a privĂ©s de salaire; c’est tellement courant qu’un procureur fĂ©dĂ©ral a dĂ©crit dans un article du New Yorker cet Ă©tat comme Ă©tant la base de l’esclavage moderne;

- John Bowe, auteur de “Nobodies: Modern American Slave Labor and the Dark Side of the New Global Economy” ( »Les moins que rien, le travail d’esclave dans l’AmĂ©rique actuelle et la face cachĂ©e de la nouvelle Ă©conomie mondialisĂ©e »), qualifie l’agriculture en Floride de « monde rĂ©pugnant » oĂą des travailleurs comme Adan Ortiz ont peur de parler de leurs patrons parce qu’ils pourraient, comme dans les cauchemars d’Ortiz, « les poursuivre avec des machettes ou autres objets … ».

La lĂ©gislation du travail aux US ne concerne pas les travailleurs agricoles, comme, par exemple, le simple droit de se syndiquer; des lois comme la National Labor Relations Act (NLRB) de 1935 et la « Fair Labor Standards Act (FLSA) » de 1938 ou les protections dans le domaine du travail garanties par l’OSHA ( »Occupational Safety and Health Administration » – organisation gouvernementale des États-Unis dont la mission est la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des travailleurs, NDT) ne les concernent pas;

la loi de 1983 sur la protection des travailleurs saisonniers (Migrant and Seasonal Agricultural Worker Protection Act – AWPA or MSPA) apporte une aide modeste mais inappropriĂ©e, voire aucune quand elle n’est pas appliquĂ©e;

Oxfam explique que, sauf, modestement, en Californie, « les lois des Ă©tats pĂ©rennisent les inĂ©galitĂ©s », en particulier et surtout en Floride et en Caroline du Nord; Un dans l’autre, les contrĂ´les sont très insuffisants, au niveau fĂ©dĂ©ral et Ă  celui des Ă©tats, et sont encore plus laxistes ces dernières annĂ©es Ă  cause surtout du manque d’inspections, de poursuites et de subventions pour les mener Ă  bien; dans le cas des travailleurs sans papiers, aucune loi ne les protège vĂ©ritablement; – Beaucoup effectuent du travail forcĂ© contre leur grĂ© dans cette version moderne de l’esclavage: terrorisĂ©s par des employeurs violents , surveillĂ©s par des hommes armĂ©s, vivant dans des conditions proches de l’incarcĂ©ration, entassĂ©s dans des baraques ou des caravanes sordides, souvent rongĂ©es par la rouille ou la moisissure et Ă©quipĂ©es de matĂ©riel inutilisable, avec des toits qui s’affaissent ou qui fuient, des douches qui ne fonctionnent pas, et occupĂ©es par une multitude de personnes qui paient aux employeurs sans scrupules le prix exorbitant de 200 dollars par semaine;

Mais les travailleurs sont bien obligĂ©s de s’accommoder de ces conditions parce que, disent-ils: « Si nous ne travaillons pas, nous ne mangeons pas »;

Le pouvoir marchand de clients importants comme Wal-Mart (19% de parts de marchés dans la grande distribution aux Etats-Unis) et Yum Brands (leader mondial de la restauration rapide) forcent les producteurs et les grossistes à réduire leurs prix au plus bas;

La concurrence croissante avec les produits importĂ©s a eu le mĂŞme effet, surtout pendant les mois d’hiver;

Et alors que les prix et les salaires des producteurs sont calculés au plus serré, les bénéfices grimpent la chaîne de distribution pour arriver directement au sommet remplir les poches des géants de la distribution;

Ce sont les saisonniers qui en ont donc pâti en premier et ce sont probablement les travailleurs les plus pauvres et les plus mal traitĂ©s aux Etats-Unis. Environ la moitiĂ© d’entre eux gagne moins de 7500 dollars par an. Les plus chanceux atteignent les 10 000 dollars, mais dans les deux cas, c’est bien en deçà du seuil de pauvretĂ© aux Etats-Unis, et leurs salaires stagnent depuis les annĂ©es 1970. Alors qu’ils effectuent les tâches les plus difficiles et les plus dangereuses (car ils sont en contact avec des produits toxiques et exposĂ©s aux accidents du travail), ils sont forcĂ©s de vivre dans des taudis, d’accepter des emplois Ă  court terme, de se dĂ©placer de plus en plus et de subir la sĂ©paration familiale.

En plus d’avoir des salaires de misère, environ 95% d’entre eux n’ont droit ni aux aides sociales, ni Ă  l’assurance maladie (a fortiori aux congĂ©s payĂ©s et Ă  la retraite) pour eux-mĂŞmes et pour leurs familles. Les femmes qui travaillent dans l’agriculture sont confrontĂ©es Ă  d’autres violences comme le sexisme, le harcèlement sexuel, voire pire, tout en devant Ă©galement s’occuper des tâches au sein de leur famille.

Il y a du travail dans l’agriculture et l’Ă©levage partout aux US, mais plus de la moitiĂ© des emplois sont concentrĂ©s en Californie, en Floride, au Texas, en Caroline du Nord et dans l’Ă©tat de Washington. La plupart des ouvriers agricoles sont jeunes (entre 18 et 44 ans, voire plus jeunes), de sexe masculin (80%), et originaires d’AmĂ©rique Latine. Ils sont peu instruits, et beaucoup sont des immigrĂ©s sans papiers (majoritairement en provenance du Mexique) forcĂ©s d’Ă©migrer vers le nord Ă  cause de lois criminelles sur les Ă©changes commerciaux comme l’ALENA.

Les luttes pour s’organiser ont remportĂ© des victoires importantes mais pas suffisantes pour permettre aux travailleurs de peser davantage dans les nĂ©gociations dans un système fondamentalement injuste. Et donc, alors que les succès de syndicats comme la « Coalition of Immokalee Workers » (*CIW) en Floride (qui comprend plus de 2000 adhĂ©rents) sont impressionnants, ils ne reprĂ©sentent rien Ă  cĂ´tĂ© des puissants gĂ©ants de l’agrobusiness ou de Wal-Mart.

Pas plus qu’ils ne peuvent amĂ©liorer les conditions de travail dans un des secteurs d’activitĂ© du pays les plus dangereux. Les taux d’invaliditĂ© sont trois fois plus Ă©levĂ©s que pour l’ensemble de la population active. Il y a chaque annĂ©e environ 300.000 travailleurs qui souffrent d’empoisonnement aux pesticides et beaucoup d’autres sont victimes d’accidents, souffrent de lĂ©sions de l’appareil locomoteur ou d’autres (dont certaines sont chroniques).

Une Ă©tude effectuĂ©e en 1990 en Caroline du Nord indique que 4% seulement de ces travailleurs ont accès Ă  de l’eau potable, Ă  des lavabos ou Ă  des toilettes, une situation particulièrement critique pour les enfants et les femmes enceintes. Oxfam dĂ©crit les conditions de travail dans les champs actuellement comme Ă©tant l’Ă©quivalent de ce qui se passait dans les plantations au XIX°s, avec des ouvriers agricoles, un matĂ©riel rudimentaire, de longues heures de travail, peu de rĂ©munĂ©ration, pas d’aides sociales, dans un système fondamentalement inhumain et anachronique qui nĂ©cessite des rĂ©formes urgentes. Mais comment faire quand, Ă  tous les niveaux de responsabilitĂ©, on ferme les yeux sur les pires abus, et que quand il s’agit de sans papiers, on les rend responsables de leurs propres malheurs?

Esclavage domestique en Amérique

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Chaque annĂ©e des milliers de personnes, essentiellement des femmes, arrivent en AmĂ©rique avec des visas temporaires pour travailler comme domestiques (pour des riches diplomates Ă©trangers, ou d’autres hauts responsables, Ă©trangers ou amĂ©ricains). Elles (et ils) viennent pour fuir la misère et pour gagner de l’argent pour l’envoyer Ă  leur famille. Elles sont souvent exploitĂ©es ou persĂ©cutĂ©es par des trafiquants sans scrupules qui les rĂ©duisent Ă  l’esclavage, les font travailler jusqu’Ă  19 heures par jour, les gardent pratiquement prisonnières, les payent moins de 100 dollars par jour, et leur font souvent subir des sĂ©vices sexuels.

Les immigrĂ©s sans-papiers ne sont pas protĂ©gĂ©s par la loi, mais mĂŞme les immigrĂ©s qui sont entrĂ©s lĂ©galement ne le sont pas beaucoup. Parce que les visas ne sont accordĂ©s que si on a un contrat d’embauche, les employĂ©es sont les obligĂ©s de leur employeur, aussi brutal soit-il, et si elles le quittent, elles perdent leur statut d’immigrĂ©es et sont expulsĂ©es.

En consĂ©quence, peu d’entre elles portent plainte. Et celles qui le font sont rarement protĂ©gĂ©es parce que les agences gouvernementales sont peu empressĂ©es en matière de contrĂ´les ou d’application de la loi.

Les domestiques qui vivent chez leur employeur sont également exclues de la législation du travail en ce qui concerne la rémunération des heures supplémentaires, le droit de se syndiquer, de faire grève, et de négocier collectivement.

En outre, elles ne sont pas protĂ©gĂ©es par l’OSHA et, donc, contre le harcèlement sexuel, car l’article sur la protection des employĂ©s sur leur lieu de travail ne s’applique que pour les employeurs de 15 personnes ou plus. Pour ce qui est des employeurs Ă©trangers, ils jouissent de l’immunitĂ© diplomatique, quelle que soit la gravitĂ© des faits qui leur sont reprochĂ©s.

Et c’est ainsi que les domestiques qui ont un visa spĂ©cial pour sĂ©journer aux Etats-Unis, subissent des violations de leurs droits d’ĂŞtres humains. Les employeurs sont protĂ©gĂ©s tandis que leurs employĂ©s sont sans dĂ©fense face Ă  des abus tels que:

- Les coups et blessures. Les violences physiques ou les menaces de violences;

- La libertĂ© de mouvement limitĂ©e, dont la perte de libertĂ© arbitraire et forcĂ©e avec l’utilisation de serrures, de barreaux, la confiscation du passeport et de papiers officiels, l’emploi de chaĂ®nes et les menaces de reprĂ©sailles Ă  l’encontre de membres de leur famille;

- Les problèmes de santĂ© et de sĂ©curitĂ© qui peuvent dĂ©couler des conditions imposĂ©es par l’employeur, comme, par exemple: devoir dormir dans des sous-sols, des buanderies ou d’autres endroits inappropriĂ©s; avoir des conditions de travail dangereuses; ĂŞtre privĂ© de nourriture ou ne pas recevoir une alimentation saine; se voir refuser des soins mĂ©dicaux ou ĂŞtre contraint de travailler mĂŞme quand on est malade;

- Problèmes de salaires et d’horaires de travail: le code du travail aux Etats-Unis ne les protĂ©geant pas, il est donc courant que les employĂ©es de maison effectuent de longues heures de travail, aient droit Ă  peu de repos et reçoivent un salaire dĂ©risoire;

- Immixtions dans la vie privĂ©e: le Pacte international relatif aux droits civils et politiques adoptĂ© le 16 dĂ©cembre 1966 par l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies qui spĂ©cifie que « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires ou illĂ©gales dans sa vie privĂ©e, sa famille, son domicile ou sa correspondance » concerne tout ĂŞtre humain, mĂŞme les domestiques logĂ©s nourris avec un visa spĂ©cial; nĂ©anmoins, les violations de leurs droits sont courantes et les migrants n’ont, lĂ  encore, aucune chance d’obtenir rĂ©paration;

- Les pressions psychologiques – caractĂ©ristiques de la relation dominant-dominĂ© entre l’employeur et leurs employĂ©s qui font craindre Ă  ces derniers d’aller porter plainte; Parmi les autres abus, il y a: les insultes, la privation de nourriture, le refus de leur fournir des vĂŞtements adaptĂ©s, et diverses autres pratiques avilissantes.

- La servitude, le travail forcĂ© et les trafics: ils sont interdits par le Pacte de l’ONU et d’autres lois et règlements internationaux, qui ne font pas clairement la distinction entre « servitude » et esclavage.

Et donc, les sĂ©vices que font subir les employeurs sont inĂ©vitables; le trafic d’ĂŞtres humains, en particulier, est interdit par le Protocole des Nations Unies, adoptĂ© en 2000, visant Ă  prĂ©venir, rĂ©primer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, ainsi que par le protocole plus rĂ©cent (Convention des Nations Unies contre la criminalitĂ© transnationale organisĂ©e) qui cible les trafiquants et les proxĂ©nètes. MalgrĂ© cela, ces pratiques sont très rĂ©pandues et en expansion; et en ce qui concerne les employĂ©es domestiques Ă©trangères, les mauvais traitements sont courants et très peu mĂ©diatisĂ©s.

L’esclavage sexuel en AmĂ©rique

C’est la catĂ©gorie la plus nombreuse de travail forcĂ© aux Etats–Unis et pour des raisons simples:

- Il est liĂ© au crime organisĂ© et rapporte Ă©normĂ©ment d’argent;

- La demande pour les services sexuels, y compris avec des enfants, est importante et en augmentation;

- Les lois strictes restreignant l’immigration facilitent le trafic.

Le Département de la Justice des Etats-Unis indique que la moyenne d’âge d’entrée en prostitution se situe entre 12 et 14 ans.

« Shared Hope International » (une ONG qui s’occupe des femmes et des enfants victimes de la traite, NDT) fournit des informations sur le trafic sexuel actuel et examine les conditions dans lesquelles il existe.

L’organisation confirme que la plupart des victimes de la traite sont des filles mineures.

Une enquĂŞte du Congrès indique qu’entre 100.000 et 300.000 enfants peuvent y ĂŞtre exposĂ©s Ă  tout moment. Le DĂ©partement de la Justice estime que les proxĂ©nètes contrĂ´lent au moins 75% de mineurs exploitĂ©s, prenant pour cible les enfants vulnĂ©rables et utilisant la violence et l’intimidation psychologique pour les retenir.

L’Internet est un outil de recrutement frĂ©quent. Les autres cibles privilĂ©giĂ©es sont les enfants qui vivent dans des centres d’hĂ©bergement ou dans la rue, parmi lesquels des enfants qui ont fuguĂ©. On estime Ă  2,8 millions le nombre d’enfants qui vivent dans la rue, dont un tiers d’entre eux sont approchĂ©s dans les 48 heures qui suivent leur fugue. La prostitution familiale est Ă©galement courante, oĂą on vend un membre de la famille pour acheter de la drogue, pour payer un hĂ©bergement, ou tout simplement pour se procurer de l’argent.

Le marchĂ© du sexe comprend la prostitution, y compris enfantine, la pornographie, le striptease, les danses Ă©rotiques et les peep-shows, et est souvent entre les mains de la mafia. L’ensemble des activitĂ©s sexuelles, lĂ©gales ou non, font partie d’une gamme de produits et de services plus large, dont la drogue et le trafic de drogue.

Les trafiquants du sexe recrutent en gĂ©nĂ©ral des personnes de leur propre pays ou de leur ethnie, et le passage en fraude de migrants facilite le trafic. En outre, les lois fĂ©dĂ©rales et celles des Ă©tats sont trop souvent contradictoires, et permettent, ainsi, de refuser le statut de victimes Ă  ceux et celles qui ont subi des sĂ©vices, ralentissent les poursuites et se traduisent in fine par des sanctions peu sĂ©vères, quand il y en a. Egalement, il est rare que les clients des prostituĂ©-es (mĂŞme s’il s’agit de mineurs) soient arrĂŞtĂ©s et poursuivis, et globalement, les agences du maintien de l’ordre se retrouvent confrontĂ©es Ă  des questions systĂ©miques lĂ©gales qui font obstacle Ă  leur aptitude ou Ă  leur penchant Ă  poursuivre les clients. La sociĂ©tĂ© offre peu de protection aux victimes, comme, par exemple, des foyers d’accueil pour les jeunes enfants en difficultĂ©, et, c’est ainsi que les services sexuels sont en plein essor aux Etats-Unis.

Les ateliers clandestins et les usines.

D’après le syndicat des travailleurs du textile et des travaux d’aiguille (Union of Needle Trades and Industrial Textile Employees), 75% des fabriques de vĂŞtements sont des ateliers clandestins ( »sweatshops’ »). Le ministère du travail indique que plus de 50% de tous les ateliers sur le territoire amĂ©ricain sont clandestins, la majoritĂ© Ă©tant situĂ©s dans les centres textiles de New York, Californie, Dallas, Miami, et Atlanta, d’autres Ă©tant Ă©galement installĂ©s dans les territoires amĂ©ricains comme l’Ă®le de Saipan, Guam ou les Samoa amĂ©ricaines, oĂą la production porte la mention: ‘“Made in the USA.”

La concurrence avec les producteurs Ă©trangers Ă  faibles coĂ»ts incite Ă  faire pression sur les producteurs US pour qu’ils rĂ©duisent leurs coĂ»ts le plus possible, quitte Ă  violer la rĂ©glementation du travail, et parfois manifestement grâce au travail forcĂ©.

Comme l’agriculture et l’Ă©conomie domestique, ce secteur est particulièrement vulnĂ©rable car il s’organise au sein d’une Ă©conomie informelle oĂą les contrĂ´les sont peu nombreux, voire inexistants. En consĂ©quence, l’exploitation des travailleurs perdure. Les salaires sont en deçà du seuil de pauvretĂ©. La rĂ©munĂ©ration des heures supplĂ©mentaires est exceptionnelle, et les conditions de travail oscillent entre mauvaises et dangereuses. Les travailleurs qui se plaignent et tentent de s’organiser sont gĂ©nĂ©ralement licenciĂ©s et remplacĂ©s par de plus mallĂ©ables.

Des salaires de misère, des horaires à rallonge, des conditions de travail dangereuses et pas de protection sociale sont des pratiques courantes dans un secteur où les violations de la législation du travail sont notoires.

En 1995, deux Ă©normes scandales ont fait la une des journaux, un a eu lieu ici, aux US, l’autre Ă  l’Ă©tranger.

Le 2 aoĂ»t, la police faisait irruption dans un immeuble d’El Monte, Californie, oĂą 72 immigrĂ©s thaĂŻs sans papiers Ă©taient retenus prisonniers derrière des barbelĂ©s et des chaĂ®nes.

Cela faisait plus de 17 ans qu’ils Ă©taient enfermĂ©s lĂ , travaillant Ă  la confection de vĂŞtements pour les plus grands manufacturiers et distributeurs du pays.

Ils Ă©taient entassĂ©s les uns sur les autres dans des logements sordides. Des gardes armĂ©s imposaient la discipline, faisant pression sur eux et les intimidant pour les obliger Ă  travailler tous les jours, Ă  raison de 84 heures par semaine pour 70 cts l’heure. Les ouvriers Ă©taient forcĂ©s de travailler, de manger, de dormir et de vivre en captivitĂ©. Les coups de fil Ă©taient obligatoirement surveillĂ©s, le courrier censurĂ©, et tout ce qui venait de l’extĂ©rieur Ă©tait achetĂ© par leurs geĂ´liers qui faisaient payer la marchandise Ă  des prix exorbitants.

Sept responsables étaient alors arrêtés et, plus tard, condamnés pour travail souterrain, kidnapping, servitude involontaire, trafic et hébergement de clandestins.

Egalement, en 1995, les inspecteurs du « ComitĂ© national du travail » (National Labor Committee) ont surpris des adolescentes, dont certaines Ă©taient âgĂ©es de 13 ans Ă  peine, en train de confectionner des vĂŞtements pour la ligne de vĂŞtements de Kathy Lee Gifford au Honduras.

Elles gagnaient entre 6 et 9 cents de l’heure dans des conditions de travail Ă©pouvantables. Les heures supplĂ©mentaires obligatoires Ă©taient imposĂ©es pour respecter les dĂ©lais. Elle n’avaient droit Ă  se rendre aux toilettes que deux fois par jour. Les surveillants et les gardes en armes faisaient pression sur elles et les intimidaient pour les inciter Ă  travailler plus vite sur des machines rongĂ©es par la rouille et susceptibles de provoquer des accidents. Les tentatives des ouvrières de faire valoir leurs droits avaient Ă©tĂ© contrecarrĂ©es. La production Ă©tait destinĂ©e Ă  des grands distributeurs comme Wal-Mart.

Les employĂ©s dans la restauration et l’hĂ´tellerie aux Etats-Unis connaissent Ă©galement des conditions de travail pĂ©nibles et des salaires infĂ©rieurs Ă  la normale.

Dans les hĂ´tels, presque tous les agents de service sont des femmes Ă  qui on demande de nettoyer un minimum de 15 chambres par jour. Souvent, elles doivent sauter un repas, renoncer Ă  leur temps de pause, travailler en dehors de leurs heures pour remplir leur quota, et ont, en consĂ©quence, un taux d’accidents de 40% plus Ă©levĂ© que les autres employĂ©s dans le secteur des services. Selon les statistiques du Ministère du travail US, elles gagnent en moyenne 8,67 dollars de l’heure, c’est-Ă -dire 17.340 dollars par an si elles travaillent Ă  temps plein.

Les immigrĂ©s, essentiellement des femmes, sont particulièrement vulnĂ©rables dans les hĂ´tels et restaurants. Un communiquĂ© de presse de l’Union amĂ©ricaine pour les libertĂ©s civiles (American Civil Liberties Union – ACLU) citait en juin 2005 une action en justice parmi beaucoup d’autres engagĂ©e par deux serveuses immigrĂ©es contre un restaurant chinois du New Jersey pour discrimination sexuelle et exploitation.

Ayant portĂ© plainte en juin 2003, Mei Ying Liu et Shu Fang Chen accusaient leurs employeurs d’avoir, entre mai 2000 et novembre 2001, exercĂ© une surveillance totale sur les employĂ©s, de les avoir contraints Ă  travailler en moyenne 80 heures par semaine sans salaire, ni rĂ©munĂ©ration pour les heures supplĂ©mentaires, d’avoir prĂ©levĂ© un pourcentage sur leurs pourboires, d’avoir pratiquĂ© la discrimination raciale et sexuelle, de les avoir logĂ©es dans un appartement insalubre oĂą elles Ă©taient entassĂ©es et d’avoir profĂ©rĂ© des menaces de mort quand elles ont cessĂ© de travailler au restaurant.

Le trafic des *travailleurs « invitĂ©s » sur les bases militaires

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En plus de l’armĂ©e de dizaines de milliers d’immigrĂ©s US exploitĂ©s qui ont Ă©tĂ© engagĂ©s par Halliburton en Irak, en Afghanistan et ailleurs, le National Labor Committee –le NLC – (une ONG amĂ©ricaine de dĂ©fense des droits des travailleurs, NDT) a publiĂ© en juillet dernier un rapport qui indique que « des centaines de milliers de travailleurs « invitĂ©s » – parmi lesquels 240.000 originaires du Bangladesh – ont Ă©tĂ© passĂ©s clandestinement au KoweĂŻt (en leur faisant miroiter la perspective d’emplois bien rĂ©munĂ©rĂ©s) et forcĂ©s de travailler sur une base amĂ©ricaine 7 jours par semaine, 11 heures par jour sans des conditions Ă©pouvantables.

On leur confisque leurs passeports dès leur arrivĂ©e, ils sont entassĂ©s dans des dortoirs sordides, oĂą 7 personnes partagent une pièce de 10 m sur 10, sont payĂ©s entre 14 et 36 cents de l’heure, rouĂ©s de coups et menacĂ©s d’ĂŞtre mis aux arrĂŞts s’ils protestent, et contraints de dĂ©penser la majeure partie de leur salaire pour payer leurs repas Ă  des prix exorbitants.

Le cas de “M. Sabur” est significatif. EmbauchĂ© par la « Compagnie Koweitienne de Ramassage et de Recyclage des dĂ©chets » pour travailler dans le camp Arifjan du Pentagone, il devait effectuer le nettoyage de la base – toute la base, depuis les bureaux et les lieux de vie jusqu’aux tanks, aux lance-roquettes et aux missiles. Il travaillait 11 heures par jour, sept jours sur sept, et avait droit Ă  une heure de pause Ă  minuit pour le souper. Pour cela, il gagnait 34,72 dollars par semaine, bien moins que ce qu’on lui avait annoncĂ©, et devait rembourser 185.000 taka (monnaie du Bengladesh), l’Ă©quivalent de 2697 dollars, Ă  une agence d’intĂ©rim du Bengladesh pour son contrat de travail de trois ans. Sa famille a vendu tout ce qu’elle a pu pour rassembler l’argent, mais comme ce n’Ă©tait pas suffisant, elle a dĂ» Ă©galement emprunter Ă  un voisin.

Quand il a commencĂ© Ă  travailler, la compagnie koweĂŻtienne a refusĂ© illĂ©galement de lui verser son salaire les trois premiers mois, l’obligeant Ă  emprunter pour survivre. Quand il a demandĂ© Ă  ĂŞtre payĂ©, il a Ă©tĂ© battu et après une grève oĂą 80.000 travailleurs ont cessĂ© le travail, il a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©, incarcĂ©rĂ© pendant 5 jours, battu quand il Ă©tait en prison, puis expulsĂ© au Bangladesh dans ses vĂŞtements dĂ©chirĂ©s encore tachĂ©s de sang.

Il n’a jamais touchĂ© les milliers de dollars de rappel de salaire qui lui avaient Ă©tĂ© promis.

Ce qui s’est passĂ© pour lui est loin d’ĂŞtre exceptionnel. Le NLC estime Ă  1,2 milliards de dollars les sommes extorquĂ©es aux 240.000 ressortissants du Bangladesh, et le Pentagone est complice de ces exactions. Ce genre d’abus a Ă©galement lieu sur les bases US en Irak, en Afghanistan et probablement dans d’autres sites Ă  l’Ă©tranger.

Selon les termes d’un travailleur sri lankais qui travaille pour un sous-traitant d’Halliburton en Irak:  » Ils nous ont promis monts et merveilles, mais nous avons, au lieu de cela, les sales boulots, les horaires Ă  rallonge, les bas salaires, la nourriture malsaine, et pendant les trois premiers mois, nous sommes retenus en captivitĂ© dans des hangars sans fenĂŞtres près de l’aĂ©roport de Bagdad, sans argent, et parmi eux, certains seront, par la suite, logĂ©s dans des tentes dans des conditions encore pires que les hangars. »

 

Conclusion

VoilĂ  les Ă©preuves des personnes vulnĂ©rables en AmĂ©rique et de ceux que nous exploitons Ă  l’Ă©tranger, que ce soit dans les restaurants, les hĂ´tels, l’agriculture, le travail domestique, le commerce du sexe, ou sur les bases amĂ©ricaines Ă  l’Ă©tranger, et il est rare que les tribunaux leur rendent justice. C’est la face cachĂ©e de l’AmĂ©rique qui accumule les crimes et les abus, parmi lesquelles les guerres impĂ©riales, la torture, et le pillage des richesses nationales pour les donner Ă  des banquiers criminels et aux riches aux dĂ©pens de millions de citoyens dans le besoin qui sont laissĂ©s pour compte dans la pĂ©riode la plus horrible de notre histoire. Une tradition ancienne dĂ©rangeante, dont on n’a pas du tout de quoi ĂŞtre fiers.

Stephen Lendman rĂ©side Ă  Chicago. Il anime une Ă©mission de radio « The Global Research News Hour » sur RepublicBroadcasting.org le lundi de 11H Ă  13h.

Source: Des bassines et du zèle

août 11 2009

La philanthropie de Monsanto: comment défendre les pauvres ?

Par Kamalakar Duvvuru

La philanthropie de Monsanto

Sur une pĂ©riode de sept ans, Monsanto, une multinationale avec un chiffre d’affaires de plusieurs milliards de dollars, s’est donnĂ© beaucoup de mal pour se crĂ©er une image de dĂ©fenseur des pauvres. Pour lĂ©gitimer son image, la compagnie se livre Ă  des opĂ©rations d’envergure en distribuant des subventions Ă  certaines ONG connues comme World Vision.

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Monsanto a créé en 1964 « Monsanto Fund », branche caritative de la compagnie. Cette fondation dĂ©clare: « Notre objectif humanitaire est de combler le fossĂ© entre les besoins des gens et les ressources dont ils disposent. Nous voulons aider les gens Ă  rĂ©aliser leurs rĂŞves, et espĂ©rons-le, les inciter Ă  en amener d’autres Ă  partager leur point de vue ».

Monsanto possède Ă©galement « Monsanto Fund Matching Gifts Program ».

Ce programme « donne aux employĂ©s titulaires et aux membres actifs du conseil d’administration de Monsanto la possibilitĂ© de participer Ă  travers Monsanto Fund Ă  des dons Ă  des organismes Ă  but non lucratif ».

Monsanto indique clairement que la demande de soutien d’une ONG ne sera honorĂ©e que si « l’organisme bĂ©nĂ©ficiaire adhère aux conditions fixĂ©es par le Matching Gifts Program. Parmi les organismes qui sont Ă©ligibles, il y a : les facultĂ©s et les universitĂ©s, les Ă©coles Ă©lĂ©mentaires et secondaires privĂ©es et publiques, les organismes dont les actions portent sur la dĂ©fense de la jeunesse, des musĂ©es, des bibliothèques, de la santĂ© et des services Ă  la personne, les organisations de dĂ©fense de l’environnement, des collectivitĂ©s locales et les groupes Ă  vocation culturelle ». Et World Vision fait partie des bĂ©nĂ©ficiaires de ces programmes de « cadeaux de contrepartie (matching gifts) ».

Les activités philanthropiques de Monsanto visent non seulement à améliorer son image, mais à lui procurer des contacts indispensables. La compagnie sait mieux que quiconque que les relations, les partenariats et les réseaux sont les clés de la réussite de la compagnie.

Le 1° novembre 2006, au cours de la confĂ©rence organisĂ©e par IBM Ă  l’universitĂ© de Westminster Ă  Fulton, Missouri, sur  » Sabina Xhosa et les nouvelles chaussures: introduire de nouvelles technologies dans les pays en voie de dĂ©veloppement », Hugh Grant, le PDG du groupe a centrĂ© son discours sur l’agriculture dans l’Afrique sub-saharienne, prenant pour modèle le Malawi.

L’agriculture est le principal secteur d’activitĂ© au Malawi. D’après lui, « 72% de l’apport calorique de la population provient du maĂŻs », le maĂŻs Ă©tant l’aliment de base de la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne.

Or, Monsanto cherchait Ă  s’implanter dans les pays d’Afrique sub-saharienne. Grant a dĂ©clarĂ©:

« En Afrique, nous ne sommes implantĂ©s dans aucun pays sub-saharien, et donc, que suffit-il de faire ? Il suffit qu’un de ces pays dise oui. Qu’un seul pays africain dĂ©marre les essais en plein champ. Il nous suffit de lancer les essais en plein champ sur le sol africain, et Ă  Monsanto, nous sommes prĂŞts Ă  travailler avec *toutes sortes de partenaires pour y parvenir ».

Le moment opportun s’est prĂ©sentĂ© pour Monsanto quand le Malawi a Ă©tĂ© frappĂ© par une terrible sècheresse en 2004.

Tout prédateur recherche une proie vulnérable. Après la sécheresse, le Malawi était exactement le genre de proie recherchée par les compagnies prédatrices.

D’après Grant, Monsanto a organisĂ© « un dĂ©bat avec des ONG, le gouvernement du Malawi et certains organismes humanitaires, et plus particulièrement une ONG appelĂ©e « Vision du monde (World Vision).

Nous nous sommes rĂ©unis et sommes tombĂ©s d’accord que cette situation n’allait pas cesser de se reproduire si nous ne changions pas de politique. Et c’est ce que nous avons fait ».

Le 20 dĂ©cembre 2005, Monsanto annonçait son intention de faire don de 700 tonnes de « semences de maĂŻs hybride de premier choix » aux agriculteurs du Malawi. Ces semences de « premier choix » Ă©taient « offertes » aux agriculteurs par l’intermĂ©diaire de certaines de ces ONG et des organismes d’aide humanitaire et des agences gouvernementales qui travaillaient dans les rĂ©seaux de transport et de distribution ».

Alan Eastham, l’ambassadeur de Grande Bretagne au Malawi avait fait l’Ă©loge de Monsanto pour ce don. Il avait dĂ©clarĂ©:

« Le don de semences hybrides aux agriculteurs aura sans doute des rĂ©percussions importantes sur la qualitĂ© de la production de l’annĂ©e prochaine et est dans la plus pure tradition du comportement socialement responsable des entreprises privĂ©es aux Etats-Unis… ».

Un reprĂ©sentant de Vision du Monde-Malawi, l’une des sept ONG prĂ©sentes, a dĂ©clarĂ©: « Ce don rĂ©pond aux besoins Ă  la fois Ă  court terme et Ă  long terme de la population du Malawi, et correspond parfaitement Ă  notre programme dans ce pays ».

Les liens entre le gouvernement amĂ©ricain et Monsanto sont clairs, non seulement après la dĂ©claration de l’ambassadeur US au Malawi, mais Ă©galement Ă  la suite d’un compte-rendu très Ă©logieux rĂ©digĂ© par Charles Corey, journaliste au « Washington File ». Le Washington File est une Ă©manation du Bureau of International Information Programs, qui dĂ©pend du dĂ©partement d’Ă©tat aux US.

Et donc, le « don » de semences de Monsanto aux agriculteurs du Malawi par le biais de ses partenaires comme Vision du Monde visait Ă  mettre le pied Ă  l’Ă©trier Ă  la compagnie en Afrique sub-saharienne. Quels sont ses intĂ©rĂŞts ?

Monsanto promet le « dĂ©veloppement d’un monde meilleur » – « Nous voulons construire un monde meilleur pour les gĂ©nĂ©rations Ă  venir ».

AmĂ©liorer la production est la principale prĂ©occupation du groupe. Pour y parvenir, Monsanto fournit aux agriculteurs les « produits et les outils ».

Son produit phare, c’est le Roundup. Monsanto produit Ă©galement des semences OGM. Les OGM sont rĂ©sistants Ă  l’herbicide Roundup, ce qui permet aux agriculteurs de le rĂ©pandre sans affecter les rĂ©coltes. Les gènes contenus dans les semences OGM sont brevetĂ©s. Cela signifie que les agriculteurs qui achètent des semences doivent signer un contrat de licence pour la saison suivante.

Et ils sont tenus d’acheter de nouvelles semences Ă  chaque nouvelle saison. Ce qui interdit aux producteurs de conserver les semences des rĂ©coltes prĂ©cĂ©dentes. Et ces mesures ont des consĂ©quences dramatiques pour les agriculteurs pauvres. RĂ©cupĂ©rer les semences d’une rĂ©colte Ă  l’autre est un des moyens qui permettent aux agriculteurs de survivre. Le leur interdire, c’est les exposer Ă  d’Ă©normes difficultĂ©s financières. Car il leur faut dĂ©bourser toujours plus Ă  chaque saison pour acheter des semences. MĂŞme si Monsanto prĂ©tend aider les agriculteurs Ă  « amĂ©liorer leurs vies » grâce aux OGM, cela reprĂ©sente, en rĂ©alitĂ©, un poids financier considĂ©rable pour les agriculteurs pauvres.

Teresa Anderson (The Gaia Foundation, UK) explique:

« il y a des risques Ă©normes Ă  la fois sociaux et Ă©conomiques avec les OGM. Ils augmentent la dĂ©pendance Ă  des technologies extĂ©rieures, mettent les agriculteurs en marge de la R&D et aggravent, de ce fait, les difficultĂ©s Ă©conomiques et sociales. »

Les incidences sur le brevetage des gènes contenus dans les semences OGM dĂ©passent la simple interdiction de conserver des semences. Si les cultures voisines d’un champ d’OGM sont pollinisĂ©es par l’effet du vent, d’insectes, d’oiseaux ou par des mĂ©langes accidentels de semences, la rĂ©colte voisine sera alors Ă©galement porteuse du gène brevetĂ©. Monsanto pourrait alors prĂ©tendre que l’exploitation agricole voisine a violĂ© la loi sur la propriĂ©tĂ© intellectuelle.

L’agriculteur qui a Ă©tĂ© contaminĂ© accidentellement par les cultures OGM d’un autre serait passible de poursuites s’il conservait les semences et les replantait.

Monsanto traque les agriculteurs, les coopĂ©ratives agricoles, les semenciers, ou quiconque il soupçonne d’avoir violĂ© les droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle.

Depuis la mise sur le marchĂ© des semences OGM, en 1996, Monsanto a rĂ©alisĂ© des milliers d’enquĂŞtes et poursuivi en justice des centaines d’agriculteurs et de semenciers. Tout ceci revient Ă  dire que l’atroce vĂ©ritĂ©, c’est que Monsanto contrĂ´le une grande partie des stocks alimentaires mondiaux. Et contrĂ´ler la production alimentaire conduit Ă  contrĂ´ler les populations.

Origine de Monsanto

Hugh Grant dit: « En tant que compagnie biotechnologique engagĂ©e dans la dĂ©fense des droits de l’homme, nous avons l’occasion unique de protĂ©ger et de faire progresser les droits humains (…) ». Cette affirmation est-elle exacte?

Créée en 1901 par John Francis Queeny, la compagnie Monsanto produit de la saccharine. (…).

Parmi ses bons clients il y a une jeune entreprise de Georgie: Coca-Cola. Par la suite, Monsanto diversifiera son activité, produisant des plastiques, des résines, des additifs, du vinyle, des détergents pour machine à laver la vaisselle, des engrais, des herbicides, des pesticides (etc.).

Entre 1929 et 1971, Monsanto produit des PCBs (polychlorobiphĂ©nyls) qui servaient Ă  l’isolation Ă©lectrique et Ă  la stabilitĂ© thermique des transformateurs et autre matĂ©riel Ă©lectrique.

Dans les annĂ©es 60, Monsanto fabrique l’Agent Orange , un produit chimique hautement toxique. L’Agent Orange, c’est le nom de code d’un puissant dĂ©sherbant et exfoliant. C’est un « produit chimique qui dĂ©pouille les arbres et les plantes de leurs feuilles et qui est parfois utilisĂ© dans les guerres pour empĂŞcher les forces ennemies de se mettre Ă  couvert ».

L’armĂ©e US a utilisĂ© ce produit toxique au cours de la guerre du Vietnam. On estime Ă  plus de 80 millions de litres la quantitĂ© d’Agent Orange dĂ©versĂ©e dans tout le Sud Vietnam pour dĂ©folier la vĂ©gĂ©tation. Ce produit chimique provoque des maladies graves de la peau ainsi que divers cancers du poumon, de la prostate et du larynx. Les enfants qui habitaient dans les rĂ©gions oĂą l’agent orange a Ă©tĂ© utilisĂ© ont Ă©tĂ© affectĂ©s par toutes sortes de maladies et dĂ©formations graves (…).

D’après le ministère des affaires Ă©trangères vietnamien, 4,8 millions de Vietnamiens ont Ă©tĂ© exposĂ©s Ă  l’Agent Orange; il y a eu 400.000 morts ou victimes de handicaps et 500.000 enfants sont nĂ©s avec des dĂ©formations.

(…)

Au cours des années 1970, Monsanto investira davantage dans la biotechnologie. Puis, dans les années 80, la firme décide de devenir un des leaders mondiaux des biotechnologies agricoles (…).

En 1982, Monsanto est le premier à modifier génétiquement une cellule de plante. Et les années suivantes, il développe les semences génétiquement modifiées de coton, de soja, de maïs et de canola.

A la fin des annĂ©es 90, après la restructuration de la compagnie, celle-ci porte le titre de « compagnie des sciences de la vie ». (…) En 2002, Monsanto se proclame officiellement « compagnie agricole », ayant pour vocation de « construire un monde meilleur pour les gĂ©nĂ©rations futures « .

La vérité

L’association « Gaming The Market » a Ă©tabli une liste non exhaustive de griefs contre Monsanto.

(Parmi lesquels, NDT:)

1917: procès du gouvernement US contre Monsanto à propos des dangers de la saccharine;

1965-1972: décharge illégale de déchets toxiques au Royaume Uni;

AnnĂ©es 60: L’Agent Orange utilisĂ© comme arme chimique;

1979: un train de marchandise transportant 70.000 litres de chlorophĂ©nol dĂ©raille Ă  Sturgeon, Missouri, provoquant le dĂ©versement de toute la cargaison – le procès nommĂ© « Kemner vs Monsanto », est considĂ©rĂ© comme l’un des plus longs dans les annales judiciaires amĂ©ricaines;

A Anniston, Alabama des dĂ©chets contenant du mercure et des PCBs ont Ă©tĂ© dĂ©versĂ©s pendant 40 ans dans les cours d’eau;

Le dĂ©veloppement de semences stĂ©riles dites « Terminator », qui sont la cause de la pĂ©nurie alimentaire, la pauvretĂ© et la mort;

Le Posilac, hormone de croissance recombinante humaine (rHGH);

Les mesures de coercition pour obtenir le monopole du marché mondial;

PublicitĂ© mensongère sur la « biodĂ©gradabilitĂ© » du Roundup;

Violation des droits des enfants dans les champs de coton en Inde;

Suicide des agriculteurs en Inde;

Campagne contre les Ă©leveurs de vaches laitières qui refusent d’utiliser l’hormone de croissance, etc.

Le 11 mars 2008, a Ă©tĂ© diffusĂ© sur Arte un documentaire rĂ©alisĂ© par la journaliste et rĂ©alisatrice française Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto. Robin a rassemblĂ© du matĂ©riel pour son documentaire sur une pĂ©riode de 3 ans, allant recueillir les tĂ©moignages de gens de divers horizons. Elle a voyagĂ© partout, en AmĂ©rique Latine, en Asie, dans toute l’Europe et aux Etats-Unis, afin d’interviewer elle-mĂŞme les agriculteurs et les personnes Ă  des postes influents. Ce documentaire porte un sacrĂ© coup Ă  la crĂ©dibilitĂ© de Monsanto.

Les effets destructeurs des cultures d’OGM se retrouvent partout dans le monde, mais les dĂ©gâts immenses qui ont eu lieu en Inde ont Ă©tĂ© largement documentĂ©s par Vandana Shiva, physicienne et environnementaliste. C’est une militante Ă©cologiste qui a Ă©crit de nombreux ouvrages sur les consĂ©quences terribles des cultures OGM contrairement Ă  la sagesse de l’agriculture traditionnelle et biologique familiale. Parlant des consĂ©quences de l’utilisation de graines hybrides, sur les exploitations agricoles et la vie humaine elle dit:

« J’Ă©tais dernièrement Ă  Bhatinda, au Punjab, Ă  cause d’une Ă©pidĂ©mie de suicides d’agriculteurs. Le Punjab Ă©tait autrefois la rĂ©gion agricole la plus prospère de l’Inde. Aujourd’hui tous les agriculteurs sont endettĂ©s et dĂ©sespĂ©rĂ©s. D’immenses Ă©tendues de terre sont devenues des dĂ©serts gorgĂ©s d’eau. Et, comme l’a fait remarquer un vieil agriculteur, mĂŞme les arbres ont cessĂ© de produire des fruits parce que l’utilisation intensive de pesticides a tuĂ© ceux qui les pollinisaient – les abeilles et les papillons…

Et le Punjab n’est pas le seul Ă  connaĂ®tre cette catastrophe Ă©cologique et sociale.

Je me trouvais l’an dernier Ă  Warangal, Andhra Pradesh, oĂą il y a Ă©galement eu une vague de suicides parmi les agriculteurs. Les agriculteurs qui cultivaient traditionnellement les lĂ©gumes secs, le millet, et le riz, se sont laissĂ© persuader par les compagnies semencières d’acheter des graines de coton hybride appelĂ©es « or blanc » , qui Ă©taient censĂ©es les rendre millionnaires. Au lieu de cela, ils sont devenus pauvres ».

En Inde et en Chine, il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que les promesses de Monsanto que le coton Bt (coton gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©) produirait bien plus et s’avèrerait moins coĂ»teux en herbicides et en engrais Ă©taient mensongères.

Ce ne sont pas les scrupules qui Ă©touffent Monsanto (et ses associĂ©s comme Vision du Monde). Monsanto fait ses affaires exclusivement avec l’idĂ©e d’augmenter ses propres marges aux dĂ©pens des agriculteurs de monde entier. Si on le laisse faire, il dĂ©truira sans aucun doute non seulement les moyens de subsistance de millions d’agriculteurs, mais aussi leur propre vie.

Conclusion

Les semences gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es de Monsanto ont transformĂ© la compagnie et transforment radicalement l’agriculture mondiale. La compagnie a produit des graines de soja, de maĂŻs, de canola et de coton. Il existe d’autres produits Ă©galement et d’autres encore sont en projet, parmi lesquels la betterave Ă  sucre et l’alfala.

La compagnie envisage Ă©galement d’Ă©tendre ses activitĂ©s Ă  la production de lait en commercialisant une hormone artificielle destinĂ©e aux vaches pour augmenter la production de lait.

Le 25 avril 2009, Monsanto a annoncĂ© en Inde un programme spĂ©cial de bourses pour la recherche sur la reproduction du riz et du froment. Ce programme permettrait d’offrir une subvention de 10 millions de dollars pour pousser les jeunes doctorats Ă  effectuer des recherches sur la culture du riz et du froment.

Edward Runge, le directeur du Beachell-Borlaug International Scholars Program de Monsanto, a dĂ©clarĂ© que la compagnie cherchait Ă  sĂ©duire des Ă©tudiants indiens et chinois, pays dont l’Ă©conomie progresse le plus rapidement et pays les plus peuplĂ©s.

Le riz et le froment sont également les aliments de base de ces pays.

Source: Kamalakar Duvvuru, Dissident Voice

août 07 2009

Ă€ qui profite la cocaĂŻne ?

Par Régis Mex

Depuis la chute du Mur de Berlin, la cocaĂŻne a remplacĂ© le communisme. C’est au nom de la santĂ© du monde que les États-Unis interviennent dĂ©sormais en AmĂ©rique latine pour y protĂ©ger leurs intĂ©rĂŞts Ă©conomiques et stratĂ©giques. La militarisation de la guerre Ă  la drogue n’a eu aucun effet sur le trafic ; elle permet essentiellement de recycler le matĂ©riel du Pentagone et de rentabiliser 40 ans d’investissements en agences, services secrets et haute technologie militaire dans le cadre de la Guerre Froide.

L’ouverture des frontières est Ă  l’Europe ce que la Chute du Mur est aux États-Unis : la lutte contre la drogue permettra d’assigner de nouvelles fonctions Ă  des services devenus inutiles. LĂ  encore, la lutte contre le trafic est bien secondaire face aux intĂ©rĂŞts bureaucratiques.

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À qui profite la cocaïne ? [Partie 1/2]

 

À qui profite la cocaïne ? [Partie 2/2]

août 07 2009

Les effets à long terme de la nourriture génétiquement modifiée sur les humains

Par F. William Engdahl

L’un des grands mystères autour de la propagation des OGM dans le monde, depuis la sortie des premières cultures commerciales au dĂ©but des annĂ©es 90 aux États-Unis et en Argentine, c’est l’absence d’Ă©tudes scientifiques indĂ©pendantes sur les Ă©ventuels effets Ă  long terme d’un rĂ©gime Ă  base d’OGM sur l’homme ou mĂŞme le rat. La raison rĂ©elle se dĂ©voile maintenant. Les compagnies agro-alimentaires des OGM, comme Monsanto, BASF, Pioneer, Syngenta et d’autres, interdisent la recherche indĂ©pendante.

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En aoĂ»t 2009, un Ă©ditorial du mensuel scientifique rĂ©putĂ©, Scientific American, a rĂ©vĂ©lĂ© la rĂ©alitĂ© choquante et alarmante cachĂ©e derrière la prolifĂ©ration des OGM dans toute la chaĂ®ne alimentaire de la planète depuis 1994. Aucune revue scientifique rĂ©putĂ©e du monde ne publie d’étude scientifique indĂ©pendante pour une raison simple. Il est impossible de vĂ©rifier indĂ©pendamment que les cultures d’OGM, comme le Soja Roundup Ready de Monsanto ou le maĂŻs MON8110, se comportent comme le prĂ©tend la compagnie ou que, comme les compagnies l’affirment aussi, ils n’ont aucun effet secondaire pernicieux, parce que les compagnies des OGM interdisent ce genre de tests !

Parfaitement ! Comme condition prĂ©alable Ă  l’achat de semences d’OGM, soit Ă  cultiver, soit Ă  but de recherche, l’utilisateur final doit d’abord signer un accord avec Monsanto et les compagnies gĂ©nĂ©tiques gĂ©antes. Au cours de la dernière dĂ©cennie, la pĂ©riode de la plus grande prolifĂ©ration des semences d’OGM dans l’agriculture, Monsanto, Pioneer (DuPont) et Syngenta ont exigĂ© que toute personne achetant leurs graines d’OGM signe un accord interdisant explicitement leur utilisation dans quelque recherche indĂ©pendante. Les scientifiques n’ont pas le droit de tester les semences pour Ă©tudier dans quelles conditions elles se dĂ©veloppent, ou mĂŞme ratent. Ils ne peuvent pas comparer les caractĂ©ristiques d’une semence d’OGM avec celle, gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©e ou non, d’une autre compagnie. Plus alarmant, il leur est interdit de vĂ©rifier si les cultures gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es ont des effets secondaires non intentionnels, soit sur l’environnement, soit sur les animaux ou les humains.

Les seules recherches autorisĂ©es Ă  publication dans les revues scientifiques rĂ©putĂ©es, vĂ©rifiĂ©es par les pairs, sont les Ă©tudes approuvĂ©es prĂ©alablement par Monsanto et les autres compagnies de l’industrie des OGM. Aux États-Unis, le processus d’homologation entier des semences d’OGM, en commençant par la proclamation du PrĂ©sident George HW Bush en 1992, Ă  la demande de Monsanto, selon laquelle aucun test particulier ne pourrait ĂŞtre entrepris par le gouvernement sur la sĂ©curitĂ© des semences d’OGM, puisque le prĂ©sident les a jugĂ©es «substantiellement Ă©quivalentes» aux semences naturelles, fut rongĂ© par la corruption des intĂ©rĂŞts particuliers. D’anciens conseillers juridiques de Monsanto furent nommĂ©s en charge de l’EPA et de la FDA pour Ă©viter toute, rĂ©glementation particulière sur les semences d’OGM, et aucun test gouvernemental n’a Ă©tĂ© effectuĂ© jusqu’ici sur leur innocuitĂ©. Tous les tests de sĂ©curitĂ© ou de performance des OGM sont assurĂ©s pour le gouvernement par les compagnies elles-mĂŞmes, comme Monsanto. Il n’est guère Ă©tonnant que les OGM semblent positifs et que Monsanto et les autres puissent prĂ©tendre Ă  tort qu’ils sont la «solution Ă  la faim dans le monde.»

Aux États-Unis, un groupe de vingt-quatre grands universitaires spĂ©cialistes des insectes du maĂŻs a Ă©crit au Government Environmental Protection Agency (EPA) pour lui demander d’obliger de changer la pratique de censure de la corporation. C’est comme si Chevrolet, Tata Motors ou Fiat essayaient de censurer les tests de collision comparatifs de leurs voitures dans Consumer Reports ou une publication de consommateurs comparable, parce qu’ils n’aiment pas les rĂ©sultats du test. Seulement, cela concerne la chaĂ®ne alimentaire humaine et animale. Les scientifiques affirment Ă  juste titre Ă  l’EPA que la sĂ©curitĂ© alimentaire et la protection de l’environnement « comptent sur la mise Ă  disposition des spĂ©cialitĂ©s vĂ©gĂ©tales pour leur minutieux examen scientifique habituel. » Aux États-Unis, nous devons rĂ©flĂ©chir Ă  deux fois avant de manger au petit dĂ©jeuner la boĂ®te de cĂ©rĂ©ales suivante, si le maĂŻs utilisĂ© est un OGM.

Article original en anglais : GMO Scandal: The Long Term Effects of Genetically Modified Food on Humans, Scientific Tests Must Be Approved by Industry First, publié le 29 juillet 2009.

Traduction Pétrus Lombard, Alterinfo.

F. William Engdahl est associé de Mondialisation.ca/Global Research.

Il est l’auteur de « PĂ©trole, une guerre d’un siècle : L’ordre mondial anglo-amĂ©ricain », et de « Seeds of Destruction: The Hidden Agenda of Genetic Manipulation.’

août 05 2009

Vers une nouvelle crise de la dette

Par Éric Toussaint

La crise financière nord-américaine produit une onde de choc dans l’économie globale. Les ressources des pays en développement s’assèchent tandis que le loyer de l’argent s’élève. Une nouvelle crise de la dette est imminente. Des économies émergentes peuvent être englouties par cette vague. Ici l’enjeu n’est pas de savoir si les banquiers des pays riches toucheront leurs bonus, mais comment les populations des pays pauvres pourront survivre.

Bien qu’il représente une ponction très importante sur les recettes des pouvoirs publics, le remboursement de la dette publique, entre 2004 et 2008, n’a pas constitué un grand problème pour la plupart des pays à moyens revenus et pour les pays exportateurs de matières premières en général. En effet, la plupart des gouvernements de ces pays trouvaient facilement des prêts à des taux historiquement bas leur permettant de trouver les fonds nécessaires. Néanmoins, la crise de la dette privée qui a éclaté dans les pays les plus industrialisés en 2007 a modifié radicalement les conditions d’endettement des « Pays en développement » (PED), qui se dirigent vers une nouvelle crise de la dette.

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Un peu d’histoire

Au cours des deux siècles précédents de l’histoire du capitalisme, plusieurs crises internationales de la dette ont éclaté (on en compte trois au 19e siècle et deux au 20e siècle). Elles ont affecté directement le destin des pays émergents. Les origines des crises et les moments où elles éclatent sont intimement liés au rythme de l’économie mondiale, et principalement de celle des pays les plus industrialisés. Chaque crise de la dette a été précédée d’une phase de surchauffe de l’économie des pays du Centre au cours de laquelle il y a eu surabondance de capitaux dont une partie a été recyclée vers les économies de la Périphérie. La crise est généralement provoquée par une récession ou un krach frappant certaines des principales économies industrialisées. La crise qui a éclaté à partir de 2007-2008 dans la Triade confirme cette « règle ».

Entre 2004 et 2008, une grande partie des PED ont vu leurs recettes d’exportation fortement augmenter en raison de la hausse des prix des marchandises qu’ils vendent sur le marché mondial : hydrocarbures (pétrole et gaz), minéraux et produits agricoles. Cela leur a permis à la fois de puiser dans ces recettes en devises pour rembourser la dette et d’avoir la crédibilité suffisante pour contracter de nouveaux prêts.

De plus, les banques commerciales du Nord, qui avaient fortement réduit leurs prêts à partir de la fin des années 1990 suite aux crises financières dans les PED, ont progressivement rouvert toutes grandes les vannes des prêts de 2004 à 2008. D’autres groupes financiers privés (fonds de pensions, sociétés d’assurance, hedge funds) ont fourni du crédit aux PED en achetant les bons qu’ils émettaient sur les principales places financières. Des États ont également augmenté l’offre de crédits aux PED, de la Chine qui prête tous azimuts au Venezuela qui finance l’Argentine et des pays de la Caraïbe. En général, les taux demandés étaient nettement plus avantageux que ceux qui ont prévalu jusqu’au début des années 2000. Il faut ajouter à cela l’abondant crédit octroyé à l’intérieur des PED par les banques locales ou étrangères qui opèrent au Sud.

Le basculement de 2007

Un changement est intervenu avec la crise de la dette privée dans les pays les plus industrialisés en 2007. Le déclencheur en a été l’éclatement de la bulle spéculative dans le marché de l’immobilier aux États-Unis qui a entraîné l’effondrement de plusieurs marchés de la dette privée (marché des subprimes, des ABCP, des CDO, des LBO, des CDS, des ARS…). Cette crise est loin d’être terminée et le monde est seulement en train de découvrir ses multiples répercussions.

Alors que l’argent du crédit coulait à flot jusqu’en juillet 2007, les différentes sources privées se sont taries subitement au Nord. Les banques privées complètement engluées dans des montages chancelants de dettes ont commencé à se méfier les unes des autres et ont rechigné à se prêter de l’argent. Il a fallu que les pouvoirs publics des États-Unis, d’Europe occidentale et du Japon injectent massivement et à plusieurs reprises des liquidités (plus de 2 000 milliards de dollars et d’euros en 2007-2009) pour éviter la paralysie du système financier au Nord. Pendant ce temps, les banques privées qui se finançaient en vendant des titres non garantis n’ont plus trouvé acquéreur sur les marchés financiers du Nord. Elles ont dû commencer à assainir leurs comptes en amortissant les énormes pertes dues à leurs opérations aventureuses des dernières années. Pour s’en sortir, elles ont dû faire appel à des apports d’argent frais. Cet argent a été fourni au début par les fonds souverains des pays asiatiques et par ceux du Golfe persique. Ensuite, les États du Nord sont venus massivement à la rescousse. Les banques qui n’ont pas trouvé à temps de l’argent frais ont été rachetées par d’autres (Bear Stearns et WAMU ont été rachetées par JPMorgan) ou par l’État (en Grande Bretagne, Northern Rock Bank, Royal Bank of Scotland et l’établissement de crédit hypothécaire Bradford & Bingley ; le gouvernement des Pays-Bas a acheté ABN Amro ; le gouvernement belge a acheté de manière temporaire Fortis Bank pour la revendre ensuite à BNP Paribas ; le gouvernement états-unien a « nationalisé » Freddie Mac et Fannie Mae ainsi que AIG, etc.). La nationalisation de Freddie Mac et de Fannie Mae est un exemple parfait de la privatisation des bénéfices en temps de prospérité économique et de socialisation des pertes en temps de dépression. Ces deux institutions ont été privatisées au moment où elles produisaient de gros bénéfices. Avec la crise dans l’immobilier qui a éclaté en 2007, la situation de Freddie Mac et de Fannie Mae s’est dramatiquement dégradée. Alors qu’elles avaient distribué des dividendes à leurs actionnaires privés en 2007, les deux institutions subitement aux abois ont appelé l’État à la rescousse afin qu’il prenne en charge leurs pertes. Leur portefeuille de crédits hypothécaires s’élève à 5 300 milliards de dollars (c’est-à-dire l’équivalent de quatre fois la dette publique externe de l’ensemble des PED). L’éditorial du très néolibéral The Economist du 30 août 2008 déclara lui-même : « C’est le pire aspect du capitalisme : il signifie que les actionnaires et les dirigeants jouissent des profits tandis que les contribuables paient l’ardoise quand il y a des pertes ».

Dans un premier temps, la plupart des PED n’a pas souffert

En 2007, les Bourses de valeurs d’une série de PED ont vu affluer de l’argent spéculatif qui fuyait l’épicentre du séisme financier, c’est-à-dire l’Amérique du Nord. Les capitaux libérés par l’explosion de la bulle immobilière qui a traversé l’Atlantique d’Ouest en Est (l’Irlande, la Grande-Bretagne, l’Espagne ont été particulièrement touchées et la liste s’est allongée au fil du temps) se sont jetés sur d’autres marchés : les Bourses de matières premières et de produits alimentaires qui sont situées au Nord (renforçant par là même l’augmentation des prix) et certaines Bourses de valeurs du Sud. Mais cela n’a pas duré longtemps : en 2008, toutes les Bourses de valeurs du Sud étaient les grandes perdantes. Certaines d’entre elles sont reparties à la hausse en 2009 (Chine, Taïwan, Brésil, Russie…), mais pour combien de temps ?

Par ailleurs, la décision de la Réserve fédérale des États-Unis de baisser à plusieurs reprises son taux d’intérêt directeur a aussi allégé provisoirement le fardeau de la dette du Sud. Mais la situation changea radicalement mi-2008 quand les primes de risque-pays augmentèrent fortement et quand les banques du Nord restreignirent l’offre de nouveaux crédits destinés à refinancer le paiement de la dette. De la même manière, les investisseurs institutionnels (fonds de pension, assurances, banques…) réduisirent l’achat de titres de la dette du Sud pour acheter en priorité les bons du Trésor des États-Unis. Les prix des matières premières, qui s’étaient maintenus à la hausse jusqu’en juillet 2008, entamèrent une chute brutale. De plus, en 2008-2009, les monnaies des pays latino-américains se dévaluèrent face au dollar. Cela augmenta à nouveau le coût de la dette externe qui se paie majoritairement en dollars.

La Banque des Règlements Internationaux (BRI) confirme : « La crise économique et financière a frappé de plein fouet les « Économies émergentes » (ÉcÉm) au dernier trimestre 2008. La faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008, a été suivie par un recul sans précédent de la demande d’exportations, qui a coïncidé avec un important reflux des prêts bancaires internationaux et de l’investissement de portefeuille étranger. Le cours de change de nombreux pays s’est déprécié, la valorisation des actions a baissé et le coût du financement extérieur a fortement progressé. Avec l’atonie de la consommation et des dépenses d’investissement dans les économies avancées, la demande d’exportations des Économies émergentes s’est effondrée, ce qui a accentué l’inversion des flux de capitaux et mis fin à une longue période de croissance tirée par les exportations et soutenue par les entrées de fonds. »

Baisse des réserves en devises des PED en 2008-2009

Toujours selon la BRI, les réserves en devises des PED se sont mises à baisser : « Le stock d’avoirs de change, après avoir culminé en 2008, a fortement diminué dans plusieurs Économies émergentes, s’établissant à plus de 4 300 milliards [de dollars] pour l’ensemble du groupe en janvier 2009. […] Ainsi, au premier trimestre 2009, le niveau des réserves de change était tombé à 80 % de celui de juin 2008 en Corée et en Inde, à environ 75 % en Pologne et à 65 % en Russie. En cas de persistance des chocs extérieurs, ces ponctions soulèvent des interrogations, même si les stocks demeurent abondants, d’après les indicateurs classiques. »

Le ralentissement de la croissance économique, clairement perceptible en Amérique du Nord, en Europe et au Japon, a entraîné une réduction des exportations de produits manufacturés, principalement par la Chine, le Mexique et d’autres pays asiatiques. La demande interne chinoise ne sera pas en mesure de pallier à la réduction de la demande externe.

Le reflux de l’activité économique dans les pays industrialisés, en Chine et dans d’autres pays asiatiques gros consommateurs de matières premières (Malaisie, Thaïlande, Corée du Sud…), ainsi que la réduction des capitaux financiers disponibles pour spéculer à la hausse sur les marchés du futur, ont entraîné une réduction des prix des hydrocarbures et de quasiment toutes les autres matières premières (y compris les produits agricoles) : « La baisse des dépenses en biens de consommation durable dans les pays avancés pendant le second semestre 2008 a lourdement pesé sur les exportations dans les secteurs de l’automobile et des technologies de l’information (TI). Pour l’automobile, qui représente une part notable du PIB dans plusieurs Économies émergentes (3 % en Turquie, 6 % au Mexique, 8 % en Corée et en Thaïlande et plus de 10 % en Europe centrale), les exportations ont chuté, par exemple de 45 % au Mexique en février 2009 et de 54 % en Turquie au premier trimestre 2009. […] De plus, le ralentissement de la croissance mondiale a précipité un fléchissement des cours des produits de base. Entre juillet 2008 et mars 2009, les cours du pétrole ont cédé 65 %, et ceux des autres produits de base, 34 %. […] Or, les produits de base comptent pour plus de 40 % des exportations en Amérique latine (au-delà de 20 % au Mexique). »

Il faut y ajouter une forte réduction des transferts des migrants vers leur pays d’origine. Les travailleurs mexicains, équatoriens, boliviens qui travaillent dans le secteur de la construction aux États-Unis et en Espagne sont directement touchés par la crise de l’immobilier et perdent en masse leur emploi.

Durcissement des conditions de prĂŞt

Pendant que les recettes des États baissent, les dépenses pour le remboursement de la dette augmentent. Les banques réduisent leur offre de crédits et exigent une augmentation des primes de risque. Les pertes que les banques doivent éponger se sont constamment élevées depuis 2007. Le nombre de défauts de paiements a augmenté dans le Nord. Le marché des Credit default swaps, ces produits dérivés non régulés qui étaient censés protéger les détenteurs de créances contre le risque de non paiement, est plongé dans l’incertitude tant les sommes en jeu sont énormes.

Et nous sommes seulement au début de ce durcissement des conditions. En juin 2008, la BRI écrivait : « Même si les primes souveraines (c’est-à-dire les primes de risque que paient les pouvoirs publics aux prêteurs) demeurent bien inférieures aux niveaux observés durant les précédents épisodes de turbulences financières, elles sont beaucoup plus élevées qu’au premier semestre 2007, de sorte que les tensions sur les financements risquent de devenir contraignantes ». La BRI ajoutait un peu plus loin : « En ce qui concerne les entreprises, la hausse récente des primes de risque sur leurs obligations a souvent été plus forte que celle des primes souveraines, ce qui laisse penser que certains emprunteurs commencent à ressentir les effets d’un durcissement des conditions de crédit, après de nombreuses années d’endettement facile. » Puis : « Dans le contexte de turbulences qui frappe les banques des économies avancées, la seconde grande source de vulnérabilité pour certaines économies émergentes est le risque de tarissement des entrées de capitaux bancaires. Par le passé, ces flux se sont inversés brutalement à plusieurs reprises, comme au début des années 1980 pour l’Amérique latine et en 1997-1997, pour l’Asie émergente. »

Dans la version suivante de son rapport, en 2009, la BRI affirme : « En Amérique latine, par exemple, au premier trimestre 2009, plusieurs grandes banques internationales n’ont reconduit que 50–60 % des lignes de crédit commercial octroyées en 2008. […] De plus, les rapatriements de bénéfices se sont fortement accrus dans certains cas, car, à l’instar des banques internationales, nombre de multinationales ont eu besoin de liquidité sur leur marché d’origine. D’après le Centre de développement de l’OCDE, les rapatriements de ressources financières vers les sociétés mères expliquent la chute du réinvestissement des bénéfices et des prêts intragroupes. Puisque la crise actuelle s’accompagne d’une contraction sans précédent de l’activité économique mondiale, il est extrêmement difficile de prévoir quand et dans quelle mesure les capitaux privés reviendront vers les Économies émergentes. »

Conclusions

En conséquence de la crise qui a éclaté dans les pays les plus industrialisés, les conditions de prêts se sont déjà considérablement durcies pour les PED. Les importantes réserves de change qu’ils avaient engrangées ces dernières années ont constitué un amortisseur des effets de ce durcissement, mais elles ne suffiront sans doute pas à les protéger totalement. Certains maillons faibles de la chaîne de l’endettement au Sud sont directement touchés par la chute des matières premières. C’est par exemple le cas de l’Équateur (chute du prix du pétrole) et de l’Argentine (chute du prix du soja exporté). La situation n’est absolument pas sous contrôle et il faut agir résolument pour que ce ne soit pas les peuples qui paient une fois de plus le prix fort.

Source: Réseau Voltaire

août 04 2009

La « transition sans heurts » de Bush à Obama: le piège de la détente

Les deux articles suivants datent de plusieurs mois dĂ©jĂ , mais expriment bien la « continuitĂ© dans le changement » de la prĂ©sidence d’Obama et les objectifs de ses rares rĂ©formes.

Par D. J. McGuire

30/03/2009

Dans le courant du mois de fĂ©vrier, la secrĂ©taire d’État Hillary Clinton a signalĂ© que, sous le prĂ©sident Obama, les États-Unis n’Ă©taient plus intĂ©ressĂ©s Ă  dĂ©fendre les droits de l’homme ou d’autres questions Ă©pineuses. DorĂ©navant, la «coopĂ©ration» entre Washington et PĂ©kin allait ĂŞtre totale.

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Pékin a répliqué en réussissant à faire interdire la visite du dalaï-lama en Afrique du Sud et en appelant au remplacement du dollar américain en tant que devise internationale.

Pour ĂŞtre juste avec la nouvelle administration, «l’engagement» – l’Ă©tiquette qui, selon le prĂ©sident, inclut encore sa politique Chine – est en fait la saveur du jour depuis deux dĂ©cennies. La diffĂ©rence est que le prĂ©sident Obama est un peu plus servile, qu’il souhaite plaire davantage et qu’il est plus naĂŻf au sujet des dirigeants communistes que ses trois plus rĂ©cents prĂ©dĂ©cesseurs. Cette lĂ©gère diffĂ©rence a cependant Ă©tĂ© suffisante pour donner l’impression au Parti communiste chinois (PCC) qu’il peut agir en toute impunitĂ© – alors c’est ce qu’il fait.

Les administrations Bush et Clinton n’auraient jamais prĂ©sentĂ© une façade aussi faible Ă  PĂ©kin. En fait, mĂŞme dans leurs pires moments, ni Bush ni Clinton n’ont agi ainsi. Que l’administration Obama (au moment d’Ă©crire ces lignes) n’ait rien dit au sujet de l’Afrique du Sud qui a refusĂ© l’entrĂ©e au dalaĂŻ-lama [pour assister Ă  une confĂ©rence de Prix Nobel de la paix, ndlr] en dit long.

Lorsque vous permettez au dernier prĂ©sident de l’apartheid en Afrique du Sud, Frederik Willem de Klerk, d’occuper le piĂ©destal moral, c’est le bon moment de réévaluer votre politique. [M. de Klerk, laurĂ©at du prix Nobel de la paix 1993 avec Nelson Mandela, a retirĂ© sa participation Ă  la confĂ©rence pour protester contre l'interdiction d'entrĂ©e imposĂ©e au dalaĂŻ-lama, ndlr]. Malheureusement, nous obtenons plutĂ´t la propagation partout dans le monde du virus de «l’engagement».

Pendant que le prĂ©sident Obama fermait les yeux sur le PCC qui bombait le torse, il entreprenait une «ouverture» Ă  la «mollahcratie» iranienne, en soi un coup majeur pour un rĂ©gime considĂ©rĂ© par le prĂ©sident Bush comme faisant partie de «l’axe du mal». Mais encore, M. Obama n’a aucunement tentĂ© de s’adresser directement au peuple iranien, qui a souffert des effets de la tyrannie de TĂ©hĂ©ran plus que quiconque sur la planète. Il a plutĂ´t reconnu Ă  la «RĂ©publique islamique» une lĂ©gitimitĂ© qu’aucun prĂ©dĂ©cesseur ne lui avait accordĂ©e en trois dĂ©cennies.

La rĂ©ponse des tyrans s’est faite rapide et Ă©tait peu surprenante : merci beaucoup, maintenant donnez-nous plus.

Entre-temps, la colonie coréenne du PCC prépare un lancement de missile qui pourrait atteindre les États-Unis et garde en détention deux journalistes américaines – le silence de Washington est ahurissant.

Pour ceux qui se souviennent de l’administration Carter, tout cela est trop familier : un nouveau prĂ©sident qui veut faire table rase du passĂ© et tendre la main Ă  nos ennemis, qui ne comprend pas bien Ă  quel point ces ennemis sont dangereux et qui refuse de prendre position alors que les faiblesses exposĂ©es incitent lesdits ennemis Ă  ĂŞtre aventureux. NĂ©anmoins, mĂŞme le prĂ©sident Carter a jumelĂ© ses malheureuses politiques Ă©trangères avec une prĂ©occupation authentique pour les droits et la dignitĂ© des opprimĂ©s. On ne voit rien du genre avec l’administration Obama.

Le prĂ©sident Carter a rĂ©coltĂ© ce qu’il a semĂ© en Afghanistan et en Iran. Le prĂ©sident actuel verra probablement le rĂ©sultat de ses faiblesses Ă  Taiwan, en CorĂ©e et au Moyen-Orient et, s’il est chanceux, les consĂ©quences demeureront aussi Ă©loignĂ©es pour l’instant.

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La secrĂ©taire d’État amĂ©ricaine, Hillary Clinton, rencontre le dirigeant chinois Hu Jintao le 21 fĂ©vrier 2009 Ă  PĂ©kin. La nouvelle administration amĂ©ricaine a dit ouvertement que les questions de droits de l’homme ne devraient pas interfĂ©rer dans les relations sino-amĂ©ricaines. (Oliver Weiken/AFP/Getty Images)

NĂ©anmoins, malgrĂ© tous les sombres nuages Ă  l’horizon, il y a une chance importante d’une Ă©claircie.

Carter est arrivĂ© Ă  la prĂ©sidence en 1977, après avoir vaincu le candidat rĂ©publicain (Gerald Ford) qui trainait comme un boulet la politique de «dĂ©tente» de son prĂ©dĂ©cesseur (Richard Nixon). La «dĂ©tente» Ă©tait, Ă  bien des Ă©gards, une politique vouĂ©e Ă  l’Ă©chec, accordant aux SoviĂ©tiques un espace pour respirer dont ils avaient grandement besoin et leur donnant l’opportunitĂ© de faire avancer leurs intĂ©rĂŞts Ă  l’Ă©tranger Ă  nos dĂ©pens. Sur le plan domestique, c’Ă©tait une des choses qui avait dĂ©tournĂ© les Ă©lecteurs du Parti rĂ©publicain. Ce sont cependant les quatre annĂ©es Ă©cartĂ© du pouvoir, combinĂ©es aux erreurs de l’administration Carter, qui ont permis au Grand Old Party de s’approprier le flambeau anticommuniste – ce qu’il a fait sous Ronald Reagan dans les annĂ©es 1980. The rest is history, comme on dit.

De manière similaire, les rĂ©publicains en 2009 se remettent de cet «engagement» comme d’un mal de bloc, mais encore une fois, les erreurs de l’administration Obama donneront au parti la chance de saisir le flambeau anticommuniste. La question est : le fera-t-il?

Pour ceux d’entre nous qui sont anxieux de voir les peuples chinois, iranien et corĂ©en reprendre leur pays, les quatre prochaines annĂ©es seront très difficiles. Toutefois, si nous prenons le temps de nous assurer que les peuples du monde occidental sont conscients des menaces grandissantes – et du besoin de les confronter – ces quatre annĂ©es pourront quand mĂŞme ĂŞtre productives.

Source: La Grande Époque

Par Patrick Martin

17 janvier 2009

Trois jours avant l’investiture du 44e président des Etats-Unis, les différences entre le gouvernement sortant et le nouveau ont en grande partie été effacées.

George W. Bush, comme le reconnaissent même les médias, qui sont contrôlés par le patronat, est le président le plus détesté de l’histoire américaine. Barack Obama est, du moins selon les sondages qui mesurent l’opinion publique, le bénéficiaire d’une période provisoire de lune de miel durant laquelle les espoirs dépassent en poids l’expérience et nombreux sont ceux qui sont prêts à « lui donner sa chance. »

Bien plus décisive que ces illusions, il y a la politique du gouvernement Obama. Tout donne à croire que l’opposition populaire à Obama grandira rapidement et que la colère et l’indignation quant à la grossière tromperie impliquée dans le processus électoral jetteront de l’huile sur le feu. Alors que des millions de gens ont voté pour le candidat démocrate et contre le programme de guerre du gouvernement Bush, de répression et de faveurs accordées aux riches, les initiatives prises par Obama montrent l’unité fondamentale qui existe entre les deux grands partis pro-patronaux et qui tous deux sont des instruments de la même élite dirigeante patronale.

La première décision politique d’importance prise par Obama, avant même son entrée en fonctions à la Maison-Blanche, a été de jeter son poids dans la balance pour obtenir l’autorisation du Congrès de débloquer la deuxième moitié des 700 milliards de dollars mis de côté l’automne dernier sur demande du gouvernement Bush et destinée à soutenir le système financier américain. Le Sénat (les démocrates ayant voté par 46 voix sur 52 en faveur du déblocage) a soutenu jeudi le dernier plan de relance des banques.

Le président élu a annoncé le même jour qu’il s’attaquerait à une autre priorité du gouvernement Bush, la réduction des coûts des programmes de protection sociale tels Medicare, Medicaid et de la Sécurité sociale. Il a déclaré à la rédaction du Washington Post qu’il réunirait un « sommet consacré à la responsabilité fiscale » avant de soumettre son premier budget au Congrès. Il a dit au sujet des dépenses relatives au système public de protection sociale, « Nous devons faire preuve de sérieux en nous assurant que les décisions difficiles seront prises sous mon contrôle et personne d’autre. »

L’équipe économique choisie par Obama comprend Timothy Geithner comme secrétaire au Trésor. Geithner est l’un des trois responsables clés du gouvernement Bush pour la gestion de la crise financière en raison de ses fonctions de président de la Réserve fédérale (Fed, banque centrale américaine) de New York. Le plan de relance proposé par le futur gouvernement prévoit une baisse d’impôts d’un montant équivalent à au moins un quart de mille milliards de dollars dont un grand nombre vise les intérêts des entreprises.

Il y a une certaine continuité à la fois dans le personnel et la politique étrangère et militaire, notamment dans le choix de conserver Roberts Gates à son poste de ministre de la Défense, et c’est la première fois qu’un chef du Pentagone est maintenu dans ses fonctions en dépit d’un changement de parti à la Maison-Blanche. Gates est un fervent défenseur des premières décisions majeures prises en politique étrangère par le nouveau gouvernement, à savoir l’intensification de la guerre américaine en Afghanistan avec l’envoi de 30 000 troupes supplémentaires cette année ainsi qu’une hausse des attaques à l’intérieur du territoire du Pakistan voisin.

En ce qui concerne l’Irak, Obama garde à leur poste les trois généraux responsables de la guerre : Raymond Odierno, le commandant des troupes américaines en Irak ; le général David Petraeus, le nouveau chef du Commandement central (Centcom) qui couvre l’Irak et l’Afghanistan ; et le général Douglas Lute qui occupe le poste d’assistant et de conseiller adjoint en matière de sécurité nationale et qui est le coordinateur de la guerre en Irak et en Afghanistan auprès de la Maison-Blanche.

Pratiquement tous les candidats retenus par Obama en matière de politique étrangère et les conseillers, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le conseiller à la sécurité nationale James Jones, le vice-président Joseph Biden et une flopée d’adjoints au Conseil à la sécurité nationale, aux ministères d’Etat et de la Défense, ont soutenu la guerre en Irak jusqu’à ce qu’elle devienne une débâcle militaire et politique pour l’impérialisme américain.

Jones, l’ancien commandant des forces de l’OTAN, fait partie des quatre généraux et amiraux (respectivement de l’armée de terre, de la marine, de l’air et des Marines) à la retraite qui ont récemment été nommés au plus haut niveau de la hiérarchie dans le gouvernement Obama. Le général Jones sera rejoint par l’amiral Dennis Blair, nommé au poste de directeur du renseignement américain, le général Eric Shinseki, nommé au poste de secrétaire d’Etat aux anciens combattants et le général Jonathan Scott Gration qui prendra probablement la tête de la Nasa.

Tout au long de la période transitoire, Obama s’est abstenu de faire des commentaires sur une grande partie des questions relatives à la politique étrangère, en répétant la formule « il n’y a qu’un seul président à la fois ». Il ne s’est écarté du respect envers Bush qu’en une seule occasion : en défendant publiquement le droit d’Israël de perpétrer son attaque sanglante contre la population palestinienne de Gaza. Il n’y a pas le moindre « changement » dans la transition des républicains aux démocrates à la Maison-Blanche quand il s’agit d’accepter les crimes du régime sioniste.

Vendredi, une autre preuve évidente a été donnée qu’Obama poursuit les mêmes intérêts impérialistes que Bush. Conformément à un article paru dans le Washington Post, « Le président élu Barack Obama a signalé en privé à des membres des services secrets américains de haut rang qu’il n’envisage pas d’ouvrir une enquête juridique sur les pratiques passées de la CIA de torture par l’eau et d’autres méthodes d’interrogatoire, a dit hier l’ancien directeur de l’agence, Michael V. Hayden. Obama a été informé sur des détails clés des pratiques d’interrogatoire de la CIA le mois dernier lors d’une réunion à huis clos en faisant comprendre clairement après coup qu’il s’intéressait davantage à la protection du pays contre des attaques terroristes qu’à faire des enquêtes sur le passé, a précisé le directeur sortant de la CIA. »

L’article du Post n’a été publié que quelques jours après l’extraordinaire déclaration faite par un juriste du Pentagone responsable pour les tribunaux militaires à Guantánamo Bay que les prisonniers qui y étaient incarcérés avaient été systématiquement torturés sur ordre de Washington. Il s’agissait là d’un signal clair envoyé par Obama aux services du renseignement militaire américain que personne ne serait tenu pour responsable des crimes commis durant les huit années de Bush à la Maison-Blanche.

Le gouvernement Obama a adopté la « guerre contre le terrorisme » déclarée par Bush à la fois en paroles et en pratique. L’investiture même sera entourée de mesures de sécurité sans précédent dans l’histoire américaine, avec la fermeture des ponts traversant le Potomac, avec des centaines de policiers en civils dans le métro et des milliers d’agents armés en uniforme, déployés dans les rues. La semaine passée, les candidats retenus pour la Maison-Blanche rejoignaient leurs homologues du gouvernement Bush pour une répétition générale d’une attaque terroriste.

Obama et ses collaborateurs de haut rang ont à maintes reprises déclaré leur intention d’organiser une « transition sans heurts » en reconnaissant les mérites du gouvernement sortant pour sa coopération. Il ne s’agit pas là d’un échange de simples formules de politesse, ce qui se passe ce mois-ci à Washington est un changement de parti et, dans une certaine mesure, de personnel, mais pas un changement politique fondamental. Le gouvernement Obama, tout comme celui de Bush, défendra les intérêts de l’élite patronale à l’encontre de la population laborieuse et de l’impérialisme américain à l’encontre du monde.

Source: World Socialist Web Site