Par Stephen Lendman
Le bouclage des frontières, les lois sur l’immigration de plus en plus drastiques, les « accords » commerciaux scĂ©lĂ©rats avec les pays pauvres, le « libre Ă©change », la demande constante pour une main-d’Ĺ“uvre pas chère et docile, et d’autres facteurs favorisent automatiquement les trafics de toutes sortes. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans le monde occidental oĂą l’appât du gain et le pillage de la planète ont fini par primer sur toute autre considĂ©ration, devrait-elle ĂŞtre teintĂ©e d’humanisme.
 
Dans cet article « Modern Slavery in America », paru dans Dissident Voice le 7 mars 2009, Stephen Lendman passe en revue les diffĂ©rents secteurs oĂą hommes, femmes et enfants sont rĂ©duits Ă la servitude par des patrons sans scrupules.
L’esclavage moderne en AmĂ©rique
Qu’on l’appelle traite des ĂŞtres humains ou travail forcĂ©, l’esclavage moderne est en plein essor en AmĂ©rique, oĂą il Ă©chappe Ă tout contrĂ´le. Une Ă©tude de l’universitĂ© de Berkeley en 2004 situe ce phĂ©nomène principalement dans 5 secteurs d’activitĂ©:
- La prostitution et l’industrie du sexe: 46%
- le travail domestique: 27%
– l’agriculture: 10%
– les ateliers clandestins ( »sweatshops ») ou les usines: 5%
- la restauration / l’hĂ´tellerie: 4%
Le reste concerne l’exploitation sexuelle des enfants, les divertissements, et la vente d’Ă©pouses par correspondance.
Tout cela persiste Ă cause du manque de rĂ©glementation, de l’insuffisance de contrĂ´les par l’inspection du travail, et d’une demande croissante pour une main d’oeuvre bon marchĂ© qui permet aux employeurs sans scrupules et aux rĂ©seaux criminels d’exploiter des travailleurs sans dĂ©fense Ă des fins lucratives.
L’Organisation Internationale du travail (OIT) dĂ©finit le travail forcĂ© par: « tout travail ou service extorquĂ© Ă quiconque sous la menace d’une sanction quelle qu’elle soit, et pour lequel ladite personne ne s’est pas portĂ©e volontaire ».
Le travail forcĂ© des enfants, c’est:
1. Toute forme d’esclavage ou de pratiques similaires assimilables Ă de l’esclavage tels que la vente et la traite d’enfants, la servitude pour dettes et le servage, et le travail forcĂ© ou obligatoire, comprenant, entre autres, le recrutement forcĂ© ou obligatoire d’enfants dans les conflits armĂ©s.
2. Utiliser, se procurer un enfant ou lui proposer de l’embaucher avec pour objectif la prostitution, la production de pornographie ou de spectacles pornographiques.
3. Utiliser, se procurer un enfant ou lui proposer des activités illégales, en particulier le trafic de drogue tel que défini dans les traités internationaux appropriés.
4. Tout travail qui, par sa nature ou les circonstances dans lesquelles il est rĂ©alisĂ©, susceptible de porter atteinte Ă la santĂ©, la sĂ©curitĂ© ou l’intĂ©gritĂ© des enfants.
La dĂ©finition de « Free the Slaves.net » (site « libĂ©rez les esclaves ») est : « ĂŞtre forcĂ© de travailler sans rĂ©munĂ©ration sous la menace de reprĂ©sailles et sans possibilitĂ© de s’en aller ».

Selon le site:
- On estime Ă 27 millions le nombre de personnes rĂ©duites Ă l’esclavage dans le monde, plus qu’Ă toute autre pĂ©riode de l’histoire;
- Des milliers de personnes sont victimes de trafic tous les ans dans 90 villes diffĂ©rentes; environ 17.000 selon certaines estimations et jusqu’Ă 50.000 selon la CIA; sont victimes de travail forcĂ© ou de servitude sexuelle: des Ă©trangers, des citoyens amĂ©ricains ou des rĂ©sidents permanents;
- Ces activitĂ©s gĂ©nèrent plus de 9,5 milliards de dollars de profits par an; – Les victimes sont souvent des femmes et des enfants;
- La majoritĂ© d’entre elles rĂ©sident en Inde et dans les pays africains;
- L’esclavage est illĂ©gal mais a lieu « partout »;
- Les esclaves sont employés dans les travaux agricoles ou domestiques, les mines, la restauration, les bordels, et partout où les trafiquants peuvent les utiliser: ils ne coûtent presque rien, ils sont nombreux, ils sont jetables et remplaçables;
- 90 dollars, c’est le coĂ»t de revient moyen d’un esclave dans le monde par rapport aux 40.000 dollars en 1850 traduits en monnaie actuelle.
- La croissance dĂ©mographique, essentiellement dans les centres urbains oĂą il n’y a ni protection sociale ni lĂ©gislation du travail facilite ces pratiques;
- La corruption des gouvernements, le manque de contrĂ´le et l’indiffĂ©rence sont responsables de cet Ă©tat de fait.
Les différentes mesures prises aux Etats-Unis pour lutter contre les trafics
La lĂ©gislation interdit toute forme de trafic humain grâce Ă des lois existantes ou renforcĂ©es par la loi de 2000, « Victims of Trafficking and Violence Protection Act (VTVPA), qui prĂ©voit des peines allant jusqu’Ă 20 ans et plus d’emprisonnement ainsi que d’autres sanctions.
En avril 2003, Ă©tait adoptĂ©e la loi Protect Act (contre l’exploitation des enfants, NDT). Cette loi qui protège les enfants punit sĂ©vèrement les contrevenants quand elle est appliquĂ©e. Elle est destinĂ©e Ă poursuivre les citoyens amĂ©ricains et les rĂ©sidents permanents qui voyagent Ă l’Ă©tranger dans le but d’exploiter sexuellement des enfants sans mĂŞme qu’il aient Ă prouver leur intention de commettre l’acte.
La loi de 2000 (reconduite en 2005) offre des outils pour lutter contre les trafics qui ont lieu dans le monde entier. Ont Ă©tĂ© créés des services pour contrĂ´ler et combattre le trafic d’ĂŞtres humains (Office to Monitor and Combat Trafficking in Persons – TIP Office) ainsi que « the President’s Interagency Task Force » qui permet de coordonner les luttes contre les trafics. Il y a Ă©galement un service pour protĂ©ger les victimes « State Department’s Bureau of Population, Refugees, and Migration (PRM »). En outre, diffĂ©rentes autres agences sont engagĂ©es, comme, entre autres, le Ministère de la SantĂ© et le Ministère de la Justice, qui se charge d’engager les poursuites.
MalgrĂ© cela, il y a peu ou pas de poursuites, Ă la fois au niveau fĂ©dĂ©ral et Ă celui des Ă©tats, car les criminels sont puissants et que ceux qui en sont victimes sont les « damnĂ©s de la terre », pour la plupart des Noirs pauvres, des Latinos et des Asiatiques. En consĂ©quence, ces pratiques sont largement rĂ©pandues et en augmentation.
En voici des exemples:
Esclavage dans l’agriculture
Oxfam America s’inquiĂ©tait de ce problème croissant dans un rapport intitulĂ© « Comme des machines dans les champs; les travailleurs sans droits de l’agriculture en AmĂ©rique » et publiĂ© en mars 2004.
Ce compte-rendu rĂ©voltant montre que « derrière les images heureuses et lustrĂ©es des sempiternelles publicitĂ©s du secteur de la restauration rapide, se dissimule une autre rĂ©alitĂ© »:
- Près de 2 millions d’ouvriers agricoles surmenĂ©s vivent « bien en dessous du seuil de pauvretĂ©, sans aides sociales, sans avoir droit aux heures supplĂ©mentaires », sans un salaire dĂ©cent, sans aucune protection, y compris pour les enfants;
- En Floride, il n’est pas inhabituel de retrouver des travailleurs enchaĂ®nĂ©s Ă des poteaux, enfermĂ©s dans des camions, battus et qu’on a privĂ©s de salaire; c’est tellement courant qu’un procureur fĂ©dĂ©ral a dĂ©crit dans un article du New Yorker cet Ă©tat comme Ă©tant la base de l’esclavage moderne;
- John Bowe, auteur de “Nobodies: Modern American Slave Labor and the Dark Side of the New Global Economy” ( »Les moins que rien, le travail d’esclave dans l’AmĂ©rique actuelle et la face cachĂ©e de la nouvelle Ă©conomie mondialisĂ©e »), qualifie l’agriculture en Floride de « monde rĂ©pugnant » oĂą des travailleurs comme Adan Ortiz ont peur de parler de leurs patrons parce qu’ils pourraient, comme dans les cauchemars d’Ortiz, « les poursuivre avec des machettes ou autres objets … ».
La lĂ©gislation du travail aux US ne concerne pas les travailleurs agricoles, comme, par exemple, le simple droit de se syndiquer; des lois comme la National Labor Relations Act (NLRB) de 1935 et la « Fair Labor Standards Act (FLSA) » de 1938 ou les protections dans le domaine du travail garanties par l’OSHA ( »Occupational Safety and Health Administration » – organisation gouvernementale des États-Unis dont la mission est la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des travailleurs, NDT) ne les concernent pas;
la loi de 1983 sur la protection des travailleurs saisonniers (Migrant and Seasonal Agricultural Worker Protection Act – AWPA or MSPA) apporte une aide modeste mais inappropriĂ©e, voire aucune quand elle n’est pas appliquĂ©e;
Oxfam explique que, sauf, modestement, en Californie, « les lois des Ă©tats pĂ©rennisent les inĂ©galitĂ©s », en particulier et surtout en Floride et en Caroline du Nord; Un dans l’autre, les contrĂ´les sont très insuffisants, au niveau fĂ©dĂ©ral et Ă celui des Ă©tats, et sont encore plus laxistes ces dernières annĂ©es Ă cause surtout du manque d’inspections, de poursuites et de subventions pour les mener Ă bien; dans le cas des travailleurs sans papiers, aucune loi ne les protège vĂ©ritablement; – Beaucoup effectuent du travail forcĂ© contre leur grĂ© dans cette version moderne de l’esclavage: terrorisĂ©s par des employeurs violents , surveillĂ©s par des hommes armĂ©s, vivant dans des conditions proches de l’incarcĂ©ration, entassĂ©s dans des baraques ou des caravanes sordides, souvent rongĂ©es par la rouille ou la moisissure et Ă©quipĂ©es de matĂ©riel inutilisable, avec des toits qui s’affaissent ou qui fuient, des douches qui ne fonctionnent pas, et occupĂ©es par une multitude de personnes qui paient aux employeurs sans scrupules le prix exorbitant de 200 dollars par semaine;
Mais les travailleurs sont bien obligĂ©s de s’accommoder de ces conditions parce que, disent-ils: « Si nous ne travaillons pas, nous ne mangeons pas »;
Le pouvoir marchand de clients importants comme Wal-Mart (19% de parts de marchés dans la grande distribution aux Etats-Unis) et Yum Brands (leader mondial de la restauration rapide) forcent les producteurs et les grossistes à réduire leurs prix au plus bas;
La concurrence croissante avec les produits importĂ©s a eu le mĂŞme effet, surtout pendant les mois d’hiver;
Et alors que les prix et les salaires des producteurs sont calculés au plus serré, les bénéfices grimpent la chaîne de distribution pour arriver directement au sommet remplir les poches des géants de la distribution;
Ce sont les saisonniers qui en ont donc pâti en premier et ce sont probablement les travailleurs les plus pauvres et les plus mal traitĂ©s aux Etats-Unis. Environ la moitiĂ© d’entre eux gagne moins de 7500 dollars par an. Les plus chanceux atteignent les 10 000 dollars, mais dans les deux cas, c’est bien en deçà du seuil de pauvretĂ© aux Etats-Unis, et leurs salaires stagnent depuis les annĂ©es 1970. Alors qu’ils effectuent les tâches les plus difficiles et les plus dangereuses (car ils sont en contact avec des produits toxiques et exposĂ©s aux accidents du travail), ils sont forcĂ©s de vivre dans des taudis, d’accepter des emplois Ă court terme, de se dĂ©placer de plus en plus et de subir la sĂ©paration familiale.
En plus d’avoir des salaires de misère, environ 95% d’entre eux n’ont droit ni aux aides sociales, ni Ă l’assurance maladie (a fortiori aux congĂ©s payĂ©s et Ă la retraite) pour eux-mĂŞmes et pour leurs familles. Les femmes qui travaillent dans l’agriculture sont confrontĂ©es Ă d’autres violences comme le sexisme, le harcèlement sexuel, voire pire, tout en devant Ă©galement s’occuper des tâches au sein de leur famille.
Il y a du travail dans l’agriculture et l’Ă©levage partout aux US, mais plus de la moitiĂ© des emplois sont concentrĂ©s en Californie, en Floride, au Texas, en Caroline du Nord et dans l’Ă©tat de Washington. La plupart des ouvriers agricoles sont jeunes (entre 18 et 44 ans, voire plus jeunes), de sexe masculin (80%), et originaires d’AmĂ©rique Latine. Ils sont peu instruits, et beaucoup sont des immigrĂ©s sans papiers (majoritairement en provenance du Mexique) forcĂ©s d’Ă©migrer vers le nord Ă cause de lois criminelles sur les Ă©changes commerciaux comme l’ALENA.
Les luttes pour s’organiser ont remportĂ© des victoires importantes mais pas suffisantes pour permettre aux travailleurs de peser davantage dans les nĂ©gociations dans un système fondamentalement injuste. Et donc, alors que les succès de syndicats comme la « Coalition of Immokalee Workers » (*CIW) en Floride (qui comprend plus de 2000 adhĂ©rents) sont impressionnants, ils ne reprĂ©sentent rien Ă cĂ´tĂ© des puissants gĂ©ants de l’agrobusiness ou de Wal-Mart.
Pas plus qu’ils ne peuvent amĂ©liorer les conditions de travail dans un des secteurs d’activitĂ© du pays les plus dangereux. Les taux d’invaliditĂ© sont trois fois plus Ă©levĂ©s que pour l’ensemble de la population active. Il y a chaque annĂ©e environ 300.000 travailleurs qui souffrent d’empoisonnement aux pesticides et beaucoup d’autres sont victimes d’accidents, souffrent de lĂ©sions de l’appareil locomoteur ou d’autres (dont certaines sont chroniques).
Une Ă©tude effectuĂ©e en 1990 en Caroline du Nord indique que 4% seulement de ces travailleurs ont accès Ă de l’eau potable, Ă des lavabos ou Ă des toilettes, une situation particulièrement critique pour les enfants et les femmes enceintes. Oxfam dĂ©crit les conditions de travail dans les champs actuellement comme Ă©tant l’Ă©quivalent de ce qui se passait dans les plantations au XIX°s, avec des ouvriers agricoles, un matĂ©riel rudimentaire, de longues heures de travail, peu de rĂ©munĂ©ration, pas d’aides sociales, dans un système fondamentalement inhumain et anachronique qui nĂ©cessite des rĂ©formes urgentes. Mais comment faire quand, Ă tous les niveaux de responsabilitĂ©, on ferme les yeux sur les pires abus, et que quand il s’agit de sans papiers, on les rend responsables de leurs propres malheurs?
Esclavage domestique en Amérique

Chaque annĂ©e des milliers de personnes, essentiellement des femmes, arrivent en AmĂ©rique avec des visas temporaires pour travailler comme domestiques (pour des riches diplomates Ă©trangers, ou d’autres hauts responsables, Ă©trangers ou amĂ©ricains). Elles (et ils) viennent pour fuir la misère et pour gagner de l’argent pour l’envoyer Ă leur famille. Elles sont souvent exploitĂ©es ou persĂ©cutĂ©es par des trafiquants sans scrupules qui les rĂ©duisent Ă l’esclavage, les font travailler jusqu’Ă 19 heures par jour, les gardent pratiquement prisonnières, les payent moins de 100 dollars par jour, et leur font souvent subir des sĂ©vices sexuels.
Les immigrĂ©s sans-papiers ne sont pas protĂ©gĂ©s par la loi, mais mĂŞme les immigrĂ©s qui sont entrĂ©s lĂ©galement ne le sont pas beaucoup. Parce que les visas ne sont accordĂ©s que si on a un contrat d’embauche, les employĂ©es sont les obligĂ©s de leur employeur, aussi brutal soit-il, et si elles le quittent, elles perdent leur statut d’immigrĂ©es et sont expulsĂ©es.
En consĂ©quence, peu d’entre elles portent plainte. Et celles qui le font sont rarement protĂ©gĂ©es parce que les agences gouvernementales sont peu empressĂ©es en matière de contrĂ´les ou d’application de la loi.
Les domestiques qui vivent chez leur employeur sont également exclues de la législation du travail en ce qui concerne la rémunération des heures supplémentaires, le droit de se syndiquer, de faire grève, et de négocier collectivement.
En outre, elles ne sont pas protĂ©gĂ©es par l’OSHA et, donc, contre le harcèlement sexuel, car l’article sur la protection des employĂ©s sur leur lieu de travail ne s’applique que pour les employeurs de 15 personnes ou plus. Pour ce qui est des employeurs Ă©trangers, ils jouissent de l’immunitĂ© diplomatique, quelle que soit la gravitĂ© des faits qui leur sont reprochĂ©s.
Et c’est ainsi que les domestiques qui ont un visa spĂ©cial pour sĂ©journer aux Etats-Unis, subissent des violations de leurs droits d’ĂŞtres humains. Les employeurs sont protĂ©gĂ©s tandis que leurs employĂ©s sont sans dĂ©fense face Ă des abus tels que:
- Les coups et blessures. Les violences physiques ou les menaces de violences;
- La libertĂ© de mouvement limitĂ©e, dont la perte de libertĂ© arbitraire et forcĂ©e avec l’utilisation de serrures, de barreaux, la confiscation du passeport et de papiers officiels, l’emploi de chaĂ®nes et les menaces de reprĂ©sailles Ă l’encontre de membres de leur famille;
- Les problèmes de santĂ© et de sĂ©curitĂ© qui peuvent dĂ©couler des conditions imposĂ©es par l’employeur, comme, par exemple: devoir dormir dans des sous-sols, des buanderies ou d’autres endroits inappropriĂ©s; avoir des conditions de travail dangereuses; ĂŞtre privĂ© de nourriture ou ne pas recevoir une alimentation saine; se voir refuser des soins mĂ©dicaux ou ĂŞtre contraint de travailler mĂŞme quand on est malade;
- Problèmes de salaires et d’horaires de travail: le code du travail aux Etats-Unis ne les protĂ©geant pas, il est donc courant que les employĂ©es de maison effectuent de longues heures de travail, aient droit Ă peu de repos et reçoivent un salaire dĂ©risoire;
- Immixtions dans la vie privĂ©e: le Pacte international relatif aux droits civils et politiques adoptĂ© le 16 dĂ©cembre 1966 par l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies qui spĂ©cifie que « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires ou illĂ©gales dans sa vie privĂ©e, sa famille, son domicile ou sa correspondance » concerne tout ĂŞtre humain, mĂŞme les domestiques logĂ©s nourris avec un visa spĂ©cial; nĂ©anmoins, les violations de leurs droits sont courantes et les migrants n’ont, lĂ encore, aucune chance d’obtenir rĂ©paration;
- Les pressions psychologiques – caractĂ©ristiques de la relation dominant-dominĂ© entre l’employeur et leurs employĂ©s qui font craindre Ă ces derniers d’aller porter plainte; Parmi les autres abus, il y a: les insultes, la privation de nourriture, le refus de leur fournir des vĂŞtements adaptĂ©s, et diverses autres pratiques avilissantes.
- La servitude, le travail forcĂ© et les trafics: ils sont interdits par le Pacte de l’ONU et d’autres lois et règlements internationaux, qui ne font pas clairement la distinction entre « servitude » et esclavage.
Et donc, les sĂ©vices que font subir les employeurs sont inĂ©vitables; le trafic d’ĂŞtres humains, en particulier, est interdit par le Protocole des Nations Unies, adoptĂ© en 2000, visant Ă prĂ©venir, rĂ©primer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, ainsi que par le protocole plus rĂ©cent (Convention des Nations Unies contre la criminalitĂ© transnationale organisĂ©e) qui cible les trafiquants et les proxĂ©nètes. MalgrĂ© cela, ces pratiques sont très rĂ©pandues et en expansion; et en ce qui concerne les employĂ©es domestiques Ă©trangères, les mauvais traitements sont courants et très peu mĂ©diatisĂ©s.
L’esclavage sexuel en AmĂ©rique
C’est la catĂ©gorie la plus nombreuse de travail forcĂ© aux Etats–Unis et pour des raisons simples:
- Il est liĂ© au crime organisĂ© et rapporte Ă©normĂ©ment d’argent;
- La demande pour les services sexuels, y compris avec des enfants, est importante et en augmentation;
- Les lois strictes restreignant l’immigration facilitent le trafic.
Le Département de la Justice des Etats-Unis indique que la moyenne d’âge d’entrée en prostitution se situe entre 12 et 14 ans.
« Shared Hope International » (une ONG qui s’occupe des femmes et des enfants victimes de la traite, NDT) fournit des informations sur le trafic sexuel actuel et examine les conditions dans lesquelles il existe.
L’organisation confirme que la plupart des victimes de la traite sont des filles mineures.
Une enquĂŞte du Congrès indique qu’entre 100.000 et 300.000 enfants peuvent y ĂŞtre exposĂ©s Ă tout moment. Le DĂ©partement de la Justice estime que les proxĂ©nètes contrĂ´lent au moins 75% de mineurs exploitĂ©s, prenant pour cible les enfants vulnĂ©rables et utilisant la violence et l’intimidation psychologique pour les retenir.
L’Internet est un outil de recrutement frĂ©quent. Les autres cibles privilĂ©giĂ©es sont les enfants qui vivent dans des centres d’hĂ©bergement ou dans la rue, parmi lesquels des enfants qui ont fuguĂ©. On estime Ă 2,8 millions le nombre d’enfants qui vivent dans la rue, dont un tiers d’entre eux sont approchĂ©s dans les 48 heures qui suivent leur fugue. La prostitution familiale est Ă©galement courante, oĂą on vend un membre de la famille pour acheter de la drogue, pour payer un hĂ©bergement, ou tout simplement pour se procurer de l’argent.
Le marchĂ© du sexe comprend la prostitution, y compris enfantine, la pornographie, le striptease, les danses Ă©rotiques et les peep-shows, et est souvent entre les mains de la mafia. L’ensemble des activitĂ©s sexuelles, lĂ©gales ou non, font partie d’une gamme de produits et de services plus large, dont la drogue et le trafic de drogue.
Les trafiquants du sexe recrutent en gĂ©nĂ©ral des personnes de leur propre pays ou de leur ethnie, et le passage en fraude de migrants facilite le trafic. En outre, les lois fĂ©dĂ©rales et celles des Ă©tats sont trop souvent contradictoires, et permettent, ainsi, de refuser le statut de victimes Ă ceux et celles qui ont subi des sĂ©vices, ralentissent les poursuites et se traduisent in fine par des sanctions peu sĂ©vères, quand il y en a. Egalement, il est rare que les clients des prostituĂ©-es (mĂŞme s’il s’agit de mineurs) soient arrĂŞtĂ©s et poursuivis, et globalement, les agences du maintien de l’ordre se retrouvent confrontĂ©es Ă des questions systĂ©miques lĂ©gales qui font obstacle Ă leur aptitude ou Ă leur penchant Ă poursuivre les clients. La sociĂ©tĂ© offre peu de protection aux victimes, comme, par exemple, des foyers d’accueil pour les jeunes enfants en difficultĂ©, et, c’est ainsi que les services sexuels sont en plein essor aux Etats-Unis.
Les ateliers clandestins et les usines.
D’après le syndicat des travailleurs du textile et des travaux d’aiguille (Union of Needle Trades and Industrial Textile Employees), 75% des fabriques de vĂŞtements sont des ateliers clandestins ( »sweatshops’ »). Le ministère du travail indique que plus de 50% de tous les ateliers sur le territoire amĂ©ricain sont clandestins, la majoritĂ© Ă©tant situĂ©s dans les centres textiles de New York, Californie, Dallas, Miami, et Atlanta, d’autres Ă©tant Ă©galement installĂ©s dans les territoires amĂ©ricains comme l’Ă®le de Saipan, Guam ou les Samoa amĂ©ricaines, oĂą la production porte la mention: ‘“Made in the USA.”
La concurrence avec les producteurs Ă©trangers Ă faibles coĂ»ts incite Ă faire pression sur les producteurs US pour qu’ils rĂ©duisent leurs coĂ»ts le plus possible, quitte Ă violer la rĂ©glementation du travail, et parfois manifestement grâce au travail forcĂ©.
Comme l’agriculture et l’Ă©conomie domestique, ce secteur est particulièrement vulnĂ©rable car il s’organise au sein d’une Ă©conomie informelle oĂą les contrĂ´les sont peu nombreux, voire inexistants. En consĂ©quence, l’exploitation des travailleurs perdure. Les salaires sont en deçà du seuil de pauvretĂ©. La rĂ©munĂ©ration des heures supplĂ©mentaires est exceptionnelle, et les conditions de travail oscillent entre mauvaises et dangereuses. Les travailleurs qui se plaignent et tentent de s’organiser sont gĂ©nĂ©ralement licenciĂ©s et remplacĂ©s par de plus mallĂ©ables.
Des salaires de misère, des horaires à rallonge, des conditions de travail dangereuses et pas de protection sociale sont des pratiques courantes dans un secteur où les violations de la législation du travail sont notoires.
En 1995, deux Ă©normes scandales ont fait la une des journaux, un a eu lieu ici, aux US, l’autre Ă l’Ă©tranger.
Le 2 aoĂ»t, la police faisait irruption dans un immeuble d’El Monte, Californie, oĂą 72 immigrĂ©s thaĂŻs sans papiers Ă©taient retenus prisonniers derrière des barbelĂ©s et des chaĂ®nes.
Cela faisait plus de 17 ans qu’ils Ă©taient enfermĂ©s lĂ , travaillant Ă la confection de vĂŞtements pour les plus grands manufacturiers et distributeurs du pays.
Ils Ă©taient entassĂ©s les uns sur les autres dans des logements sordides. Des gardes armĂ©s imposaient la discipline, faisant pression sur eux et les intimidant pour les obliger Ă travailler tous les jours, Ă raison de 84 heures par semaine pour 70 cts l’heure. Les ouvriers Ă©taient forcĂ©s de travailler, de manger, de dormir et de vivre en captivitĂ©. Les coups de fil Ă©taient obligatoirement surveillĂ©s, le courrier censurĂ©, et tout ce qui venait de l’extĂ©rieur Ă©tait achetĂ© par leurs geĂ´liers qui faisaient payer la marchandise Ă des prix exorbitants.
Sept responsables étaient alors arrêtés et, plus tard, condamnés pour travail souterrain, kidnapping, servitude involontaire, trafic et hébergement de clandestins.
Egalement, en 1995, les inspecteurs du « ComitĂ© national du travail » (National Labor Committee) ont surpris des adolescentes, dont certaines Ă©taient âgĂ©es de 13 ans Ă peine, en train de confectionner des vĂŞtements pour la ligne de vĂŞtements de Kathy Lee Gifford au Honduras.
Elles gagnaient entre 6 et 9 cents de l’heure dans des conditions de travail Ă©pouvantables. Les heures supplĂ©mentaires obligatoires Ă©taient imposĂ©es pour respecter les dĂ©lais. Elle n’avaient droit Ă se rendre aux toilettes que deux fois par jour. Les surveillants et les gardes en armes faisaient pression sur elles et les intimidaient pour les inciter Ă travailler plus vite sur des machines rongĂ©es par la rouille et susceptibles de provoquer des accidents. Les tentatives des ouvrières de faire valoir leurs droits avaient Ă©tĂ© contrecarrĂ©es. La production Ă©tait destinĂ©e Ă des grands distributeurs comme Wal-Mart.
Les employĂ©s dans la restauration et l’hĂ´tellerie aux Etats-Unis connaissent Ă©galement des conditions de travail pĂ©nibles et des salaires infĂ©rieurs Ă la normale.
Dans les hĂ´tels, presque tous les agents de service sont des femmes Ă qui on demande de nettoyer un minimum de 15 chambres par jour. Souvent, elles doivent sauter un repas, renoncer Ă leur temps de pause, travailler en dehors de leurs heures pour remplir leur quota, et ont, en consĂ©quence, un taux d’accidents de 40% plus Ă©levĂ© que les autres employĂ©s dans le secteur des services. Selon les statistiques du Ministère du travail US, elles gagnent en moyenne 8,67 dollars de l’heure, c’est-Ă -dire 17.340 dollars par an si elles travaillent Ă temps plein.
Les immigrĂ©s, essentiellement des femmes, sont particulièrement vulnĂ©rables dans les hĂ´tels et restaurants. Un communiquĂ© de presse de l’Union amĂ©ricaine pour les libertĂ©s civiles (American Civil Liberties Union – ACLU) citait en juin 2005 une action en justice parmi beaucoup d’autres engagĂ©e par deux serveuses immigrĂ©es contre un restaurant chinois du New Jersey pour discrimination sexuelle et exploitation.
Ayant portĂ© plainte en juin 2003, Mei Ying Liu et Shu Fang Chen accusaient leurs employeurs d’avoir, entre mai 2000 et novembre 2001, exercĂ© une surveillance totale sur les employĂ©s, de les avoir contraints Ă travailler en moyenne 80 heures par semaine sans salaire, ni rĂ©munĂ©ration pour les heures supplĂ©mentaires, d’avoir prĂ©levĂ© un pourcentage sur leurs pourboires, d’avoir pratiquĂ© la discrimination raciale et sexuelle, de les avoir logĂ©es dans un appartement insalubre oĂą elles Ă©taient entassĂ©es et d’avoir profĂ©rĂ© des menaces de mort quand elles ont cessĂ© de travailler au restaurant.
Le trafic des *travailleurs « invitĂ©s » sur les bases militaires

En plus de l’armĂ©e de dizaines de milliers d’immigrĂ©s US exploitĂ©s qui ont Ă©tĂ© engagĂ©s par Halliburton en Irak, en Afghanistan et ailleurs, le National Labor Committee –le NLC – (une ONG amĂ©ricaine de dĂ©fense des droits des travailleurs, NDT) a publiĂ© en juillet dernier un rapport qui indique que « des centaines de milliers de travailleurs « invitĂ©s » – parmi lesquels 240.000 originaires du Bangladesh – ont Ă©tĂ© passĂ©s clandestinement au KoweĂŻt (en leur faisant miroiter la perspective d’emplois bien rĂ©munĂ©rĂ©s) et forcĂ©s de travailler sur une base amĂ©ricaine 7 jours par semaine, 11 heures par jour sans des conditions Ă©pouvantables.
On leur confisque leurs passeports dès leur arrivĂ©e, ils sont entassĂ©s dans des dortoirs sordides, oĂą 7 personnes partagent une pièce de 10 m sur 10, sont payĂ©s entre 14 et 36 cents de l’heure, rouĂ©s de coups et menacĂ©s d’ĂŞtre mis aux arrĂŞts s’ils protestent, et contraints de dĂ©penser la majeure partie de leur salaire pour payer leurs repas Ă des prix exorbitants.
Le cas de “M. Sabur” est significatif. EmbauchĂ© par la « Compagnie Koweitienne de Ramassage et de Recyclage des dĂ©chets » pour travailler dans le camp Arifjan du Pentagone, il devait effectuer le nettoyage de la base – toute la base, depuis les bureaux et les lieux de vie jusqu’aux tanks, aux lance-roquettes et aux missiles. Il travaillait 11 heures par jour, sept jours sur sept, et avait droit Ă une heure de pause Ă minuit pour le souper. Pour cela, il gagnait 34,72 dollars par semaine, bien moins que ce qu’on lui avait annoncĂ©, et devait rembourser 185.000 taka (monnaie du Bengladesh), l’Ă©quivalent de 2697 dollars, Ă une agence d’intĂ©rim du Bengladesh pour son contrat de travail de trois ans. Sa famille a vendu tout ce qu’elle a pu pour rassembler l’argent, mais comme ce n’Ă©tait pas suffisant, elle a dĂ» Ă©galement emprunter Ă un voisin.
Quand il a commencĂ© Ă travailler, la compagnie koweĂŻtienne a refusĂ© illĂ©galement de lui verser son salaire les trois premiers mois, l’obligeant Ă emprunter pour survivre. Quand il a demandĂ© Ă ĂŞtre payĂ©, il a Ă©tĂ© battu et après une grève oĂą 80.000 travailleurs ont cessĂ© le travail, il a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©, incarcĂ©rĂ© pendant 5 jours, battu quand il Ă©tait en prison, puis expulsĂ© au Bangladesh dans ses vĂŞtements dĂ©chirĂ©s encore tachĂ©s de sang.
Il n’a jamais touchĂ© les milliers de dollars de rappel de salaire qui lui avaient Ă©tĂ© promis.
Ce qui s’est passĂ© pour lui est loin d’ĂŞtre exceptionnel. Le NLC estime Ă 1,2 milliards de dollars les sommes extorquĂ©es aux 240.000 ressortissants du Bangladesh, et le Pentagone est complice de ces exactions. Ce genre d’abus a Ă©galement lieu sur les bases US en Irak, en Afghanistan et probablement dans d’autres sites Ă l’Ă©tranger.
Selon les termes d’un travailleur sri lankais qui travaille pour un sous-traitant d’Halliburton en Irak: » Ils nous ont promis monts et merveilles, mais nous avons, au lieu de cela, les sales boulots, les horaires Ă rallonge, les bas salaires, la nourriture malsaine, et pendant les trois premiers mois, nous sommes retenus en captivitĂ© dans des hangars sans fenĂŞtres près de l’aĂ©roport de Bagdad, sans argent, et parmi eux, certains seront, par la suite, logĂ©s dans des tentes dans des conditions encore pires que les hangars. »
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Conclusion
VoilĂ les Ă©preuves des personnes vulnĂ©rables en AmĂ©rique et de ceux que nous exploitons Ă l’Ă©tranger, que ce soit dans les restaurants, les hĂ´tels, l’agriculture, le travail domestique, le commerce du sexe, ou sur les bases amĂ©ricaines Ă l’Ă©tranger, et il est rare que les tribunaux leur rendent justice. C’est la face cachĂ©e de l’AmĂ©rique qui accumule les crimes et les abus, parmi lesquelles les guerres impĂ©riales, la torture, et le pillage des richesses nationales pour les donner Ă des banquiers criminels et aux riches aux dĂ©pens de millions de citoyens dans le besoin qui sont laissĂ©s pour compte dans la pĂ©riode la plus horrible de notre histoire. Une tradition ancienne dĂ©rangeante, dont on n’a pas du tout de quoi ĂŞtre fiers.
Stephen Lendman rĂ©side Ă Chicago. Il anime une Ă©mission de radio « The Global Research News Hour » sur RepublicBroadcasting.org le lundi de 11H Ă 13h.
Source: Des bassines et du zèle