sept 02 2010

L’Autriche va-t-elle sortir de l’Union europĂ©enne ?

En réponse à l’imposition brutale du Traité de Lisbonne, une plate-forme de citoyens a lancé une initiative nationale pour obtenir le retrait de l’Autriche de l’Union européenne. Il s’agit en premier lieu de garantir la liberté politique du peuple et le sauvetage des bases existentielles de l’Autriche : du (re-)développement d’un marché intérieur à l’abri des crises et d’un Etat social, ce qui n’est possible qu’à l’intérieur d’Etats indépendants, de remettre la neutralité au centre de la politique extérieure, de la liberté d’accepter ou refuser les OGM, de la réintroduction d’une monnaie nationale et de l’introduction d’une démocratie directe selon le modèle helvétique.

autriche

Les droits de souveraineté transférés aux organes communautaires, comme le prévoit le Traité de Lisbonne, ne sont pas limités et suite à cela, pas assez légitimés démocratiquement.

Puisque plus de 80% des lois sont imposées par l’UE à l’aide de prescriptions, directives, décisions et autres consignes, plus aucun politique ne porte de responsabilité pour ces lois. Ni les députés «représentants du peuple», ni la Cour constitutionnelle autrichienne ne s’opposent à cet politique européenne antidémocratique.

La majorité du peuple autrichien s’oppose à l’UE. Ainsi en témoigne le sondage effectué par le Linzer Meinungsforschungsinstitut Imas, révélant que 54% de la population estime que l’UE apporte plus de désavantages que d’avantages au pays .

Il faut rendre au peuple autrichien ses droits politiques

Economie

Les entreprises nationales qui sont en relation avec la population, ont de moins en moins de chances de survie dans un système supranational. L’Autriche ne peut plus conclure d’accords commerciaux, vitaux pour la protection de l’économie nationale, du fait de son appartenance à l’UE; le commerce international est entièrement dans les mains des organes centraux de l’UE. De nombreuses petites et moyennes entreprises ont dû fermer leurs portes depuis l’adhésion du pays à l’UE, dont beaucoup d’artisans et d’entreprises de production de biens, offrant à la jeunesse des places d’apprentissage et des emplois et contribuant fortement à l’économie nationale. Sans souveraineté économique, un Etat ne peut remplir sa mission de sauvegarde de la stabilité économique; il ne peut ni la conserver ni la développer.

C’est l’AELE qui se présente comme la véritable alternative à l’UE.

Son avantage principal est que, au con­traire de l’UE, elle ne mène pas de libre échange illimité. Les accords de l’AELE prévoient notamment une réduction des taxes douani­ères pour les produits industriels, mais chaque pays conserve le droit d’imposer ces dernières aux pays tiers et conserve sa propre politique économique et moné­taire. Et surtout: l’agriculture et le marché du travail sont exclus du libre échange!

L’AELE a une grande importance pour un pays comme la Suisse, fortement orienté vers les exportations, une voie dans laquelle devrait s’engager (à nouveau) l’Autriche.

Etat social

Le principe suprême de l’UE, soit les «libertés du marché», autrement dit la liberté illimitée de l’échange de marchandises, d’établissement, des services, la libre circulation des travailleurs, ainsi que la libre circulation des capitaux. Cette dernière est essentielle pour les multinationales, puisqu’elle permet une politique orientée vers le profit maximum, source de difficultés majeures pour beaucoup de monde; cette politique est soutenue depuis des décennies par la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE). La politique sociale y est totalement ignorée. La preuve en est apportée par l’augmentation constante du chômage, par la diminution des rentes vieillesse et l’écart s’élargissant entre riches et pauvres.

Neutralité

Est neutre un pays menant sa propre politique étrangère (comme la Suisse), se tenant strictement à l’écart de tout pacte militaire, et servant ainsi la paix. Du fait de son armée, à laquelle participe l’Autriche, l’UE représente elle-même un pacte militaire. A quoi il faut ajouter son étroite relation à l’OTAN, dont la majorité des pays de l’UE sont membres. Dans le dernier document sur la politique de sécurité du gouvernement fédéral autrichien, il est question d’inclure davantage le pays dans les structures de sécurité internationales, l’OTAN y gagne en importance, et le devoir d’assistance et de participation à des expéditions militaires est renforcé. Le Traité de Lisbonne nous contraint à améliorer constamment nos capacités militaires (exigence de réarmement) et à participer, le cas échéant, à des interventions bellicistes, souvent dénommées «mission de combat contre le terrorisme». Cette dernière mission finit parfois dans des guerres d’agression menées de par le monde.

Ce n’est qu’en quittant l’UE qu’il sera possible de retrouver la neutralité en tant que base pour la politique étrangère autrichienne.

Liberté d’accepter ou de refuser les OMG

Du fait des «libertés illimitées du marché» obligatoires, il n’est pas possible pour un Etat membre de l’UE d’empêcher l’importation de fourrage OMG, par exemple les pommes de terre cultivées industriellement (Amflora) ou bien des produits finis contenant des ingrédients OMG. Il est absolument nécessaire de respecter la volonté des 1,2 million d’Autrichiens qui ne veulent pas de génie génétique ni dans l’agriculture, ni dans les produits alimentaires. Les revendications de l’initiative populaire de 1997 à ce sujet sont toujours d’actualité:

1. pas de nourriture sortant des laboratoires de génie génétique en Autriche;

2. pas d’autorisation pour la mise en liberté d’êtres vivants génétiquement manipulés;

3. pas de brevets sur la vie.

La politique de l’UE nous interdit cette protection, c’est pourquoi il faut s’en retirer.

Monnaie nationale

La monnaie nationale est une caractéristique primordiale d’un Etat. L’Autriche n’est plus en mesure de diriger son économie par une politique monétaire et de crédits; c’est pourquoi il lui faut retrouver sa propre monnaie (p. ex. le Schilling), afin d’assurer sa stabilité économique. Encore récemment, l’Autriche a dû verser 2,3 milliards d’euros pour la prétendue «aide à la Grèce» et 12,6 milliards pour le «plan de sauvetage» de l’euro. Cette procédure est anticonstitutionnelle et contrevient aux accords – selon les experts. Le résultat de cette politique erronée est une inflation galopante et le risque d’une conversion monétaire sur le dos des contribuables.

L’internationalisation des monnaies nationales est une erreur qui a contribué aux difficultés financières et économiques actuelles. La reprise des déficits de pays instables par des pays stables, ces derniers représentant le socle de l’euro, amplifie encore les difficultés. En sortant de l’UE, l’Autriche pourrait retrouver sa propre monnaie et mettre un frein au renchérissement.

Agriculture

L’agriculture doit être protégée par la réintroduction de taxes douanières et de restrictions commerciales. Ce qui permettrait d’assurer l’approvisionnement du pays avec des produits locaux. Nous avons besoin d’une politique agricole qui a pour but le ravitaillement de la population par des produits sains, la préservation des surfaces arables ainsi que leur exploitation écologique. Il faut obtenir pour les producteurs des prix con­formes à leur travail et dans la mesure du possible favoriser la vente directe de produits de première nécessité, soit par le paysan lui-même soit par des coopératives agricoles. C’est fondamental pour assurer la sécurité alimentaire.

L’UE nous impose une production industrielle des produits alimentaires sur d’immenses exploitations et détruit ainsi les structures familiales réduites qui sont capables de s’adapter aux besoins régionaux de la nature, de l’homme et des animaux. Les agriculteurs sont tributaires des prix du marché mondialisé et des subventions de l’UE. Uniquement en quittant l’UE l’agriculture paysanne pourra survivre.

La liberté et la démocratie sont le fruit d’une lutte séculaire, les puissants n’ayant jamais lâché volontairement leur pouvoir.

Comment soutenir cette initiative populaire

Tous les citoyens autrichiens, âgés de 16 ans révolus, sont habilités à signer les initiatives populaires. Dès que 8032 citoyens (1 pour mille de la population) auront signé la déclaration de soutien, le ministère de l’Intérieur annoncera publiquement pour tout le pays la semaine au cours de laquelle seront récoltées les signatures.

Vous trouverez les déclarations de soutien sur Internet à l’adresse webinformation.at.

Vous pouvez aussi vous procurer ce document par téléphone: +43 650 736 22 00 ou par courriel: helmutschramm@gmx.at.

Source : Horizons et Débats

sept 01 2010

Un retrait des troupes d’Irak en trompe l’Ĺ“il: les soldats occupants Ă©tats-uniens remplacĂ©s par des mercenaires

Les Etats-unis ont confirmé que le nombre de soldats présents en Irak aujourd’hui est inférieur à celui au moment de l’invasion du pays, en 2003. Ce fait va être utilisé dans le cadre d’une manœuvre de propagande qui a comme objectif de dissimuler le maintien d’une force occupante et le remplacement de soldats par des mercenaires.

mercenaires

La déclaration de Barack Obama, annoncant la fin de la mission de combat sur ce territoire et le début d’ « opérations contre-terroristes » menées par une « force de transition » jusqu’au retrait « des troupes nord-américaines en 2011 », avait déjà fait la une des journaux début août. Mais ce qui a fait, avec un écho encore plus important, les unes des journaux des médias dominants, c’est la confirmation que les Etats-unis conservent en Irak un nombre de soldats inférieur à celui qu’ils avaient au début de la guerre contre ce pays.

Effectivement, avec le retrait de la quatrième brigade pour le Koweit et le transfert d’hommes et de matériels de guerre de ce pays du Moyen-Orient vers l’Afghanistan, également occupé, le nombre total de soldats de Washington tourne autour de 55 000, pouvant même être réduit à 50 000 d’ici au 31 août.

Mais quant aux faits correspondants à la réalité, arrêtons-nous ici. C’est que surfant sur la vague du départ d’une partie du contingent – il convient de ne pas oublier qu’il reste en Irak 50 000 militaires étrangers – le gouvernement des Etats-Unis en profite pour faire croire que la force qui restera cessera de réaliser des opérations de combat, se limitant à former les militaires irakiens, et que la date limite pour le départ définitif serait la fin de l’année 2011.

Déclarations occultées

Maintenant, la vérité est que pour les fonctionnaires ayant une responsabilité élevée, comme le commandement militaire David Patreus, les Etats-unis non seulement ne sont pas prêts à sortir d’Irak puisque ils conservent « une énorme capacité [opérationnelle] », a-t-il déclaré dans une interview à CBS.

Dans le même sens, l’Inter Press Service a trouvé auprès de sources liées aux cercles gouvernementaux que les 50 000 soldats qui resteront ne se confineront pas à leurs missions de formation ou à des opérations de défense du personnel et des installations nord-américaines.

Un autre qui semble avoir ignoré les propos du président est l’attaché du presse du général Patreus, Geoff Morrell, soulignant « que je ne connais personne qui ait déclaré la fin de la guerre ».

De même, pour le vice-assistant du secrétaire à la Défense, Colin Khal, les Etats-Unis sont en Irak « pour y rester encore longtemps » et toute décision est suspendue jusqu’à « ce que l’on voie ce que le gouvernement va faire ».

La phrase, apparemment énigmatique, a été déconstruite par la presse nord-américaine, qui spécule sur la possibilité que le futur gouvernement du pays se prépare à demander aux Etats-unis de rester au pays.

Les entreprises de sécurité doublent leur nombre

Par ailleurs, le maintien de dizaines de milliers de soldats en Irak – dans les termes de ceux qui les voit encore y rester pour longtemps et avec toujours les mêmes fonctions – est accompagné de la substitution de soldats sur le départ par des milliers de mercenaires au service des entreprises de sécurité.

La décision de remplacer la force militaire par une autre « civile » a été prise dans une réunion de hauts-responsables militaires nord-américains, qui s’est déroulé le 19 juin, bien que cela n’ait été clairement reconnu qu’à partir du 16 août.

Le plan est de donner au Département d’Etat un rôle plus effectif dans la coordination des opérations et d’entretenir des relations étroites avec les entreprises de sécurité privées. Celles-ci vont disposer d’hélicoptères, de chars d’assaut et de la technologie pour faire fonctionner des radars, de manière à ce qu’elles puissent demander des attaques aériennes et elles vont pouvoir téléguider des drones de combat, a informé le New York Times.

Le doublement du nombre d’entreprises sous-traitantes en Irak n’est pas une hypothèse. Le porte-parole du département d’Etat, P.J.Crowley, a admis que le total d’entreprises sous-traitantes en Irak pourrait atteindre les 7 000, admettant, également, que les Etats-Unis « ont des plans très spécifiques pour assurer la sécurité quand les militaires partiront ».

Actuellement, il existe en Irak 112 000 mercenaires au service de diverses entreprises, auxquels s’ajoutent plus de 11 500 individus inscrits en tant que personnel de sécurité privé et au moins 1 200 au titre de conseiller en sécurité, a publié de son côté le Guardian.

Le nouveau rĂ´le de la CIA

D’après le New York Times, l’agence des services secrets nord-américaine prend de plus en plus un caractère para-militaire, approfondissant, depuis l’entrée en fonctions de Barack Obama, la réalisation d’attaques avec des drones et l’élimination des personnes suspectées de terrorisme.

L’assistant du président des Etats-unis, John Brennan, qualifie les nouvelles lignes directrices comme un remplacement de la politique du marteau par celle du bistouri.

Par ailleurs, le lien avec les entreprises de services de sécurité s’est également intensifié, surtout au Pakistan et en Afrique du nord avec la mise en œuvre d’opérations clandestines de détention et d’arrestation de groupes présumés extrémistes.

Article issu de la revue portugaise Avante

Traduction : Solidarité Internationale


sept 01 2010

Pour une Contrelittérature de résistance

La littĂ©rature est-elle morte ? Elle est en tout cas, Ă  l’Ă©vidence, disqualifiĂ©e Ă  dessein, marginalisĂ©e et maintenue, de force, dans l’ombre, par « l’ordre en place » et ses officines de contrĂ´le. Cette prohibition exercĂ©e par l’ennemi ne se cantonne pas exclusivement Ă  la zone du politiquement correct, ce qui serait dĂ©jĂ  inconcevable, mais va bien plus loin encore, parce que cette prohibition concerne aussi, et surtout, la qualitĂ© de la production littĂ©raire en cours : l’ordre d’interdiction en vigueur exige que l’on empĂŞche l’Ă©mergence de toute Ĺ“uvre d’un niveau non-subalterne. Ordre donnĂ© et suivi sans faille, sans la moindre dĂ©rogation.

Aussi, avec les moyens qui sont les nĂ´tres,  nous contribuerons Ă  faire Ă©clore, par la l’Ă©dition et la diffusion d’une dizaine de titres par an, une contrelittĂ©rature de rĂ©sistance. Le roman de Nicolas Deloffre, « Jihad, trois jours avec Cyril », que nous prĂ©sentons ci-après – et qui est actuellement en impression – sera le premier livre dont nous assurerons, d’ici quelques semaines, la diffusion.

Mecanopolis

mecano

« Jihad, trois jours avec Cyril »

Un roman qui prend Ă  contre-pied toute la lâchetĂ© de la presse mondaine et qui donne un grand coup Ă  la politique atlanto-sioniste de Sarkozy, est sur le point de jaillir de l’underground mĂ©diatique, Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre encensĂ© par les rĂ©seaux de l’Ă©dition bien alignĂ©e. Les derniers rĂ©sistants du Monde libre, ce Monde sans frontière qui s’Ă©tend de jour en jour et dĂ©verse son sĂ©rum de vĂ©ritĂ© et ses cures informatives Ă  base de bon sens et de discernement, soutiennent ce projet littĂ©raire de toutes leurs forces, malgrĂ© les censures et autres boycottes des esclaves de la pensĂ©e unique.

Ces rĂ©sistants du monde numĂ©rique espèrent de tout cĹ“ur voir l’explosion de vĂ©ritĂ©s sorties tout droit des sous-sols mĂ©diatiques, Ă©clabousser la bonne presse et rendre ainsi hommage Ă  la libertĂ© d’expression, de pensĂ©e et d’agir pour l’agrĂ©gation des bonnes volontĂ©s rĂ©conciliatrices.

Ce livre, que bon nombre de ploutocrates accroupis devant l’idĂ©ologie capitaliste ultralibĂ©rale et leurs dĂ©cideurs banquiers souhaiteraient faire disparaĂ®tre Ă  jamais, s’intitule « Jihad, trois jours avec Cyril ». Un titre provocateur me direz-vous. Pas si l’on considère la vĂ©ritable dĂ©finition du Jihad Majeur, celui qui consiste pour celui qui l’applique, Ă  lutter contre soi-mĂŞme, ses dĂ©fauts et ses faiblesses, faisant que chaque jour soit un pas de plus sur le chemin de la saintetĂ© et de la soumission Ă  Dieu, Le MaĂ®tre des voies d’ascension. C’est ainsi que Cyril, le personnage principal de ce roman conçoit la vie. MalgrĂ© sa condition de chĂ´meur, de musulman victime de l’islamophobie Ă©tatique, et de jeune Ă©rudit, il avance en donnant Ă  son quotidien et Ă  sa lutte les caractères les plus nobles. Son but : dĂ©noncer les dĂ©marches et desseins obscènes des politiciens belliqueux et de leurs complices « journaleux », tout en survivant dans une jungle urbaine dont il connaĂ®t les pièges par expĂ©rience. Terrible combat, surtout pour un jeune homme qui, en dĂ©pit de la duretĂ© de l’Ă©poque, souhaite manifester tout l’amour qu’il est encore capable d’exprimer Ă  sa mère et Ă  son entourage.

Ainsi, ce roman donne-t-il une vision neuve, purifiĂ©e et Ă©clairante de l’actualitĂ©. Il traite avec Ă©normĂ©ment de clartĂ© des phĂ©nomènes d’atomisation des gens, il en explique les raisons et par l’exemple de Cyril, montre des solutions concrètes de lutte. L’idĂ©al proposĂ© n’est pas une conversion des masses Ă  l’Islam, mais au contraire, une comprĂ©hension mutuelle et une unification des gens autour de la lutte contre les vrais ennemis des libertĂ©s fondamentales. La mĂ©thode que Cyril exprime par son comportement est celle de l’Amour ; avec un grand A s’il vous plaĂ®t. A l’heure oĂą les dirigeants nous embarquent vers une guerre mondiale contre l’Iran et des affrontements interreligieux menant Ă  des Ă©ventuelles guerres civiles par la division des citoyens, il n’y a plus d’autre Ă©chappatoire possible que l’amour et la rĂ©conciliation gĂ©nĂ©rale des Français.

Évidemment, ce genre d’idĂ©es n’est pas Ă  la mode. Dire le contraire de ce que s’Ă©puisent Ă  nous faire gober les organes de propagande du pouvoir est un crime grave. Avant Nicolas Deloffre, l’auteur de « Jihad, trois jours avec Cyril », bon nombre de personne ont dĂ» endurer dans leurs chaires l’acharnement des ennemis de la libertĂ© d’expression. On pense tout de suite Ă  DieudonnĂ© ou Ă  Blanrue, mais on ne peut ignorer le cas de Vincent Reynouard, ce Français de 41 ans, enfermĂ© en ce moment mĂŞme dans les geĂ´les françaises pour ne pas avoir pensĂ© comme il le fallait.

Deloffre n’est pas le seul Ă  vouloir faire de la prise de conscience gĂ©nĂ©rale son fer-de-lance. Cependant, ce qui le diffĂ©rencie des autres auteurs, c’est le soin qu’il apporte Ă  prouver par l’exemple de Cyril, que l’Islam procure Ă  celui qui l’applique sĂ©rieusement, selon l’exemple du prophète Muhammad, une sĂ©rĂ©nitĂ© et une force d’amour transcendante Ă  toute Ă©preuve. Deloffre est convaincu que ce sont ces aspects du personnage qui grènent le plus. Comment convaincre les gens qu’il faut anĂ©antir l’Iran, humilier et rabaisser les musulmans pour les convertir au capitalisme ultralibĂ©ral si ce petit con de Cyril se mets Ă  donner une bonne image de l’Islam ? VoilĂ  en rĂ©sumĂ© la problĂ©matique que se posent les dĂ©cideurs face Ă  un livre de cette teneur. Car on le sait, Pierre Hillard, le cĂ©lèbre Docteur en science politique l’a expliquĂ© Ă  maintes reprises : l’Islam est l’ultime rempart au nouvel ordre mondial et donc le dernier espoir des peuples libres, toutes cultures et toutes religions confondues.

Alexis Esselier, pour Mecanopolis

alexis [at] mecanopolis.org

Alexis Esselier

août 30 2010

Entretien avec Julien Teil, ONG : L’impĂ©rialisme humanitaire Ă  l’Ĺ“uvre

Julien Teil, qui collabore rĂ©gulièrement Ă  Mecanopolis, s’entretenait avec les rĂ©dacteurs de la revue RĂ©bellion*, en mars dernier.

julien

Rébellion : Vous avez travaillé dans le monde des Organisations Non-Gouvernementales ? Quels enseignements avez-vous tiré de leur mode de fonctionnement parfois opaque ?

Julien Teil : Je n’ai pas travaillé au sein d’ONG mais pour une société spécialisée dans la collecte de fonds pour de grandes ONG. Suite à cela, une réflexion sur l’essence des ONG et leur instrumentalisation m’apparut plus que nécessaire. Tout d’abord, il faut prendre le soin de préciser quelques éléments : Les ONG, accréditées auprès de l’ONU exercent ce qu’on appelle un soft power, c’est-à-dire qu’elles influencent des instances décisionnaires à l’échelle mondiale. Pour certains, c’est une nouvelle forme de démocratie. Pourtant, les ONG ne sont pas élues, et leurs propres modes de gouvernance ne sont pas toujours démocratiques. A cela il faut ajouter les liens qu’ont certaines grandes ONG avec des transnationales qui animent en parallèle de puissants lobbys. Par ailleurs, elles jouent parfois un rôle géopolitique, principalement par l’intermédiaire des grands bailleurs de fonds comme ECHO pour l’union européenne et USAID pour les Etats-Unis. Enfin, parmi les ONG accréditées par l’ONU, beaucoup sont en réalité des fondations. Celles-ci sont souvent issues des grandes familles philanthropes, de multinationales et de banques. On y trouve aussi des instituts, des think-tanks, etc. ; bref, tout ce qui peut être qualifié de « société civile ». Du fait de tous ces éléments, il est difficile de cataloguer les ONG en général, et l’étude de leur fonctionnement est souvent rude et complexe.

Leur financement est souvent difficile à établir. Les grandes multinationales interviennent-elles auprès des ONG ?

Oui, elles interviennent, mais pas nécessairement sous forme de financements, bien que cela arrive ceux-ci sont en général peu importants par rapport au total des fonds levés par les ONG. Par contre, les partenariats entre ONG et multinationales sont courants. Les grandes multinationales aux pratiques contestées, notamment dans les PED, peuvent ainsi labelliser leur image. C’est une sorte de greenwashing. En règle générale, une multinationale agit souvent par intérêt, tout financement et partenariat pose donc des questions sur la légitimité d’une ONG, d’autant plus lorsque la multinationale en question a des intérêts dans les pays ou travaille l’ONG. Enfin, elles ont la possibilité d’intervenir indirectement au travers des personnes qui ont des postes importants au sein des ONG. Un bref aperçu de leurs parcours montre qu’elles ont parfois servi ces multinationales, aujourd’hui partenaires de leur ONG.

L’humanitaire est devenu un enjeu gĂ©opolitique. Pouvez-vous nous donner des exemples du dĂ©tournement de cette idĂ©e dans des buts très Ă©loignĂ©s de l’aide aux pays du Sud ?

Il y a un exemple très parlant au sujet de l’actualité. C’est avec prudence que je l’aborde, car encore une fois il s’agit de quelques ONG et fondations et qu’il est très difficile à saisir. Certaines ONG entendent proposer une « Robin Hood Tax » ; celle-ci étant la continuité des revendications associatives suite à « l’échec de Copenhague ».

Mais avant tout, quelques prĂ©cisions sont nĂ©cessaires. Beaucoup d’ONG estiment que le rĂ©chauffement climatique anthropique aura des consĂ©quences sur l’accĂ©lĂ©ration de l’assèchement des terres africaines, et donc de l’appauvrissement des cultures vivrières. C’est en tout cas ce que prĂ©tend par exemple Action Contre la Faim.

En parallèle, comme je l’ai expliquĂ© dans mon article  » Les liaisons incestueuses des ONG avec les Etats et les transnationales », ces fondations et ONG participent Ă  des programmes financĂ©s par la Howard Buffet Foundation , dont le Global Water Initiative est le pilier central. L’IIED, partenaire important du Global Water Initiative, a d’ailleurs publiĂ© les dĂ©tails de l’opĂ©ration sur son site internet.

Le site du journal Le Monde a quant à lui publié la liste des ONG impliquées dans la « Robin Hood Tax ». On y trouve Oxfam et Greenpeace, des organismes hautement impliqués dans le sommet de Copenhague, Oxfam étant aussi partenaire du Global Water Initiative. Notons que ces organismes n’ont jamais émis le moindre doute suite à l’affaire du Climatgate, suivie de la démission du président du CLU (Climat Research Unit), ni au sujet de l’inexistence d’un consensus sur la question de la théorie du réchauffement climatique anthropique.

Parmi les soutiens du projet de la « Robin Hood Tax », on retrouve aussi bien des politiques (Gordon Brown, Nicolas Sarkozy) que Warren Buffet. La famille Buffet est impliquĂ©e au travers de ses fondations dans de nombreux programmes de solidaritĂ© et a des intĂ©rĂŞts dans les solutions dites « Ă©cologiques » : voitures Ă©lectriques, bioĂ©thanol, etc. ; mais aussi dans les Organismes GĂ©nĂ©tiquement ModifiĂ©s (OGM) et leur distribution.

Bien que la taxe proposĂ©e par ces ONG et reprĂ©sentants du pouvoir politique et Ă©conomique propose de taxer les transactions financières, il faut s’interroger sur les secteurs dans lesquels les fonds seront affĂ©rĂ©s. Il est spĂ©cialement question selon Oxfam de « rĂ©duire la pauvretĂ© Ă  travers le monde et d’aider les pays pauvres Ă  s’adapter au changement climatique ». C’est donc en toute prudence que je dĂ©cide d’indiquer les instituts et organismes impliquĂ©s dans l’élaboration de cette taxe. Il est donc lĂ©gitime, au vu de l’histoire et des implications de ces organismes, de s’interroger sur leur rĂ©elle ambition.

Par ailleurs, les rĂ©seaux occultes de solidaritĂ© de la Françafrique, tels ceux de Charles Pasqua avec CoopĂ©ration 92, et ceux de Jacques Attali avec Planet Finance, ont montrĂ© que certains rĂ©seaux pouvaient interfĂ©rer dans l’ambition humanitaire affichĂ©e, et en particulier en Afrique. C’est aussi ce que l’on constate dans le cas de la loi Oudin-Santini. Parfois ces organismes sont crĂ©es Ă  des fins qui n’ont rien Ă  voir avec la solidaritĂ© internationale, ou sont utilisĂ©s par exemple dans l’affaire de l’Angolagate Ă  des fins criminelles.

Pour comprendre la situation actuelle, il convient de se rĂ©fĂ©rer au passĂ©. Celui-ci comporte de nombreuses analogies avec la situation prĂ©sente. Pour ce faire, la lecture du livre  » PĂ©trole une guerre d’un siècle, l’ordre mondial anglo-amĂ©ricain « , de William Engdahl, (en particulier les pages 168-172) est particulièrement intĂ©ressante. Celui-ci montre comment, il y a dĂ©jĂ  des dĂ©cennies, ces problĂ©matiques de ressources Ă©nergĂ©tiques et vitales donnaient lieu aux accointances les plus douteuses. Ces rĂ©alitĂ©s questionnent sur la nature du sommet de Copenhague, et invitent Ă  s’interroger sur la voie dans laquelle s’engagent ses architectes. Il se pourrait que ce sommet mondial reflète Ă©galement les combats pour la gouvernance du vivant et des futures Ă©nergies. Et, on ne peut nier que ces domaines sont en particulier importants pour les intĂ©rĂŞts amĂ©ricains, qui du fait de la crise Ă©conomique sont en perte de vitesse. D’ailleurs l’administration U.S est de longue date impliquĂ©e dans ces pratiques par l’intermĂ©diaire de fondations, de think-tanks et d’ONG. C’est donc encore une fois, une rĂ©alitĂ© gĂ©opolitique qui pourrait, en partie, expliquer la voie dans laquelle s’engagent ces ONG, fondations, et gouvernements au nom de l’Ă©cologie.

Comment les ONG servent-elles les intĂ©rĂŞts des Etats occidentaux ? L’ « impĂ©rialisme humanitaire » est-il une nouvelle forme de la domination des grandes puissances ?

Les ONG peuvent servir les intérêts des Etats occidentaux pour la simple raison qu’elles sont transnationales. Elles travaillent partout, et remontent une quantité d’information à travers leurs études et les bilans de leurs pratiques. Les Etats occidentaux, quant à eux, ont toujours cherché à faire perdurer le colonialisme, notamment par l’intermédiaire de leurs multinationales (comme Danone ou Lafarge par exemple). Il est évident que ces sources humanitaires sont pour eux du pain béni, et permettent de poursuivre les processus coloniaux en ayant nombre d’informations à disposition. En ce qui concerne le colonialisme, seules les formes changent, mais le but reste le même : privatiser les biens publics, les terres, les ressources. Les ONG assoient nécessairement l’hégémonie des pays occidentaux, tout comme le font le FMI et la Banque Mondiale.

La seule différence que l’on peut noter en comparaison avec le passé se résume par le fait que ces « grandes puissances » ont tendance à devenir privées, alors qu’auparavant elles étaient étatiques. Même si les pratiques des Etats occidentaux étaient auparavant faites au nom des peuples souverains, avec leur argent et sans leur accord, il s’agissait de renforcer l’hégémonie d’une Nation, aujourd’hui il s’agit de renforcer celle des multinationales. Ces deux pratiques doivent être condamnées mais ce constat n’est pas anodin. Ce phénomène va de pair avec la mutation des politiques nationales vers une gouvernance mondiale anti-démocratique. C’est d’ailleurs cette mutation que Francois Xavier Verschave décrivait dans son livre « de la Françafrique à la Mafiafrique » lorsqu’il expliquait que certains grands industriels n’ont plus besoin d’un Etat pour conduire leurs pratiques prédatrices en Afrique. Néanmoins, l’impérialisme humanitaire revêt aussi une forme géopolitique, lorsqu’il administre un pays pour les intérêts d’un autre pays par exemple, c’est notamment ce qu’on peut observer en Haïti. L’intervention des armées lors d’opérations humanitaires se généralise, ce mélange des genres est regrettable et en dit long sur les ambitions à long terme.

Que pensez-vous du modèle de l’aide au dĂ©veloppement ? N’y a-t-il pas une volontĂ© de rendre dĂ©pendant l’ensemble des pays de la planète, des Organisations Economiques Internationales (comme le FMI ) ?

Tout à fait. A ce sujet, je vous renvoie aux travaux du comité d’annulation de la dette du tiers monde. Il est certain que les programmes prodigués par la banque mondiale et le FMI entretiennent dans un premier temps le maintien de la pauvreté, la perte de la souveraineté alimentaire et de toute autonomie dans les PED. Dans un second temps, ces modèles de gouvernance nés sous prétexte de réajustement économique et au nom d’une soi-disant nécessaire croissance mondiale, vont être visiblement utilisés dans les pays dits développés qui souffrent actuellement de la crise économique. L’Allemagne a d’ailleurs appelé à la création d’un FME (Fonds Monétaire Européen). Que va-t-il se passer ? La Grèce va-t-elle être vendue aux multinationales comme ce fut le cas pour l’Argentine ?

L’aide au développement est, de plus, un concept hiérarchisant, qui mériterait quelques critiques. Les DSRP (documents stratégiques de réduction de la pauvreté) qui ont suivi les programmes d’ajustements structurels, prétendent intégrer les peuples dans les décisions. Mais ils ne font que permettre la pérennité d’un néocolonialisme en perpétuelle mutation, là est la dite stratégie. Cette stratégie ne pourrait exister sans le très contestable rayonnement de la culture occidentale, qui lui même est impérial et profondément ethnocentriste.

La mondialisation capitaliste se dirige vers la mise en place d’une gouvernance mondiale. Quelles furent les Ă©tapes de sa mise en place et quels objectifs vise-t-elle ?

Il est difficile de répondre à cette question. Le mondialisme n’est pas seulement une conséquence de la mondialisation mais aussi une idéologie. Pierre Hillard a récemment publié un article intitulé « histoire du nouvel ordre mondial » qui décrit l’ensemble des processus mis en place par les grands princes du mondialisme. Il y a de plus, une mystique mondialiste assumée par ses acteurs. Elle est difficile à interpréter, mais ses objectifs sont clairement énoncés. Les processus sont longs et peuvent prendre différentes formes.

Jacques Attali décrit dans « Une brève histoire de l’avenir » la perspective de cette gouvernance mondiale. Je ne pense pas qu’il se trompe, les ambitions qu’il révèle sont d’ailleurs en synchronicité avec ce à quoi nous assistons de nos jours.

Il serait donc question d’une gouvernance mondiale, au sein de laquelle chaque être humain consommerait, penserait et agirait de la même manière et uniformément sur le globe. Cela passe évidemment par l’abolition des souverainetés, pas seulement étatiques, mais aussi alimentaires, ce qui à mon sens représente un énorme danger. L’intervention des assurances semble également inéluctable pour aboutir à un tel système : chaque homme ayant droit selon des critères socio-économiques, à une alimentation de telle catégorie, une santé de telle catégorie, une éducation de telle catégorie, etc. ; le tout régi par des assurances mondiales sous le contrôle de divers ministères et organismes mondiaux. Nous vivons déjà dans un tel système mais il n’est pas encore totalement verrouillé. Le but est naturellement d’aboutir à un système profondément antidémocratique puisque calqué sur la gouvernance européenne, qui n’est autre que la gouvernance des lobbys. À ce propos, seul 40% des agences de lobbyistes sont inscrites sur le registre bruxellois.

L’opacité de la gouvernance européenne, pourrait certainement se retrouver dans une gouvernance mondiale institutionnalisée, et ses institutions ne seraient plus seulement interventionnistes mais exerceraient une primauté sur les droits nationaux et les constitutions. Cela s’accompagnera bien entendu, comme l’a montré Medvedev en présentant un prototype de pièce mondiale lors du sommet du G20 à l’Aquila, d’une monnaie mondiale. La crise actuelle sert en outre indiscutablement l’accélération de l’abolition des monnaies nationales au profit de l’émergence de nouvelles monnaies continentales qui convergeront vers la monnaie mondiale. C’est du moins ce qu’indiquent les écrits des laboratoires de pensée élitistes, notamment Foreign Affairs, la revue du CFR. Il faut noter que l’émission de cette monnaie se fera sans aucun doute par les banques privées, ce qui pourrait détruire le principe même de souveraineté, et de facto annoncer la fin de la démocratie. C’est d’ailleurs ce qu’a permis l’article 104 du traité de Maastricht en Europe: mettre une fin définitive à l’indépendance des peuples face aux banques privées, entretenir la dette des pays européens, pendant que le FMI et la Banque Mondiale construisaient celle des PED. Notons que ces dettes coloniales et antidémocratiques n’ont aucun sens et aucune légitimité au regard de nombreuses constitutions.

La question de la « FrançAfrique » est toujours d’actualitĂ© pour vous. OĂą en sont les rapports entre les gouvernements français et les Etats africains ? Les « rĂ©seaux africains » des partis politiques français de Gauche comme Droite existent-ils encore ?

Dresser un tableau d’actualité des relations franco-africaines serait un travail long et pénible. Je vous renvoie donc aux travaux de l’association Survie. Samuel Foutoyet a publié fin 2008 un parfait résumé de la situation dans son ouvrage « Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée ». Il faut bien comprendre que sous Sarkozy nous avons affaire à la branche affairiste de la Françafrique, des réseaux Pasqua et donc de ceux de la Corse. Les réseaux africains des partis politiques français subsistent, mais il est certain que des réseaux chinois, israéliens, américains, iraniens et libanais, etc., sont engagés dans la « conquête de l’Afrique ». De plus, comme l’a expliqué Verschave, les multinationales sont elles aussi de plus en plus présentes et n’agissent pas au nom d’un pays, mais simplement au nom du profit. Cela est à mettre en rapport avec la mutation des relations internationales vers une gouvernance mondiale dirigée par des multinationales et des banques privées.

La rĂ©sistance Ă  la mondialisation a pris diverses formes en Europe. Comment jugez-vous le bilan de l’altermondialisme ? La crise de ce mouvement, longtemps reprĂ©sentĂ© par ATTAC, est-elle rĂ©vĂ©latrice de ses faiblesses initiales (mĂ©lange de rĂ©formisme et d’analyses dĂ©passĂ©es) ?

Ce n’est que mon avis mais je vais rester général : ces organisations proposent de traiter les conséquences du système en place. Elles ne proposent aucunement de le démanteler en s’attaquant à sa base. Elles ne font finalement que rationaliser l’expression des maux de la société, lui ôtant toute sa charge vindicative. Elles se présentent pour la plupart en tant que société civile, mais elles ne sont pas élues. En somme, elles veulent sauver le système, l’économie, la démocratie ; en bref sauver des choses qui ont depuis longtemps fait l’aveu de leur propre inconsistance.

*Rébellion n°41 (mars/avril 2010)

Consulter le blog de la revue Rébellion

août 11 2010

De l’action directe

Notre camarade* et ami Pierre Wyrsh, responsable de la librairie Fahrenheit 451 Ă  Genève, nous a fait parvenir le texte que nous plaçons ci-après, et qu’il avait prĂ©sentĂ© lors du Festival Château Bruyant le 23 juillet dernier.

S.D.

*Bien que nous ne soyons en rien anarchistes, nous avons de nombreuses affinitĂ©s avec certains libertaires, dont Pierre Wyrsh, avec lesquels nous aurons très prochainement l’occasion de collaborer sur Mecanopolis.

voltairine

De l’action directe

Par Voltairine de Cleyre

Du point de vue de celui qui pense être capable de discerner la route du progrès humain, si tant est qu’il doit y avoir un progrès ; du point de vue de celui qui discerne un tel chemin sur la carte de son esprit et s’efforce de l’indiquer aux autres, de le leur montrer comme il le voit ; du point de vue de celui qui, en faisant cela, a choisi des expressions claires et simples à ses yeux afin de communiquer ses pensées aux autres —, pour un tel individu, il apparaît regrettable et confus pour l’esprit que l’expression « action directe » ait soudain acquis, aux yeux de la majorité de l’opinion publique, un sens limité, qui n’est pas du tout inclus dans ces deux mots, et que ceux qui pensent comme lui ne lui ont certainement jamais donné.

Cependant, il arrive souvent que le progrès joue des tours à ceux qui se croient capables de lui fixer des bornes et des limites. Fréquemment des noms, des phrases, des devises, des mots d’ordre ont été retournés, détournés, inversés, déformés à la suite d’événements incontrôlables par ceux qui utilisaient ces expressions correctement ; et ceux qui persistaient à défendre leur interprétation, et insistaient pour qu’on les écoute, ont finalement découvert que la période où se développaient l’incompréhension et les préjugés annonçait seulement une nouvelle étape de recherche et de compréhension plus approfondie.

J’ai tendance à penser que c’est ce qui se passera avec le malentendu actuel concernant l’action directe. A travers la mécompréhension, ou la déformation délibérée, de certains journalistes de Los Angeles, à l’époque où les frères McNamara [1] plaidèrent coupables, ce malentendu a soudain acquis, dans l’esprit de l’opinion, le sens d’ « attaques violentes contre la vie et la propriété » des personnes. De la part des journalistes, cela relevait soit d’une ignorance crasse, soit d’une malhonnêteté totale. Mais cela a poussé pas mal de gens à se demander ce qu’est vraiment l’action directe.


En réalité, ceux qui la dénoncent avec autant de vigueur et de démesure découvriront, s’ils réfléchissent un peu, qu’ils ont eux-mêmes, à plusieurs reprises, pratiqué l’action directe, et qu’ils le feront encore.

Toute personne qui a pensé, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, avoir le droit de protester, et a pris son courage à deux mains pour le faire ; toute personne qui a revendiqué un droit, seule ou avec d’autres, a pratiqué l’action directe. Il y a une trentaine d’années, je me souviens que l’Armée du Salut pratiquait vigoureusement l’action directe pour défendre la liberté de ses membres de s’exprimer en public, de se rassembler et de prier. On les a arrêtés, condamnés à des amendes et emprisonnés des centaines et des centaines de fois, mais ils ont continué à chanter, prier et défiler, jusqu’à ce que finalement ils obligent leurs persécuteurs à les laisser tranquilles. Les Industrial Workers of the World [2] mènent à présent le même combat, et ont, dans plusieurs cas, obligé les autorités à les laisser tranquilles, en utilisant la même tactique de l’action directe.

Toute personne qui a eu un projet, et l’a effectivement mené à bien, ou qui a exposé son plan devant d’autres et a emporté leur adhésion pour qu’ils agissent tous ensemble, sans demander poliment aux autorités compétentes de le concrétiser à leur place, toute personne qui a agi ainsi a pratiqué l’action directe. Toutes les expériences qui font appel à la coopération relèvent essentiellement de l’action directe.

Toute personne qui a dû, une fois dans sa vie, régler un litige avec quelqu’un et est allé droit vers la ou les personne(s) concernée(s) pour le régler, en agissant de façon pacifique ou par d’autres moyens, a pratiqué l’action directe. Les grèves et les campagnes de boycott en offrent un bon exemple ; beaucoup d’entre vous se souviennent de l’action des ménagères de New York qui ont boycotté les bouchers et obtenu que baisse le prix de la viande : en ce moment même, un boycott du beurre est sur le point de s’organiser, face à la hausse des prix décidée par les commerçants.

Ces actions ne sont généralement pas le produit d’un raisonnement profond sur les mérites de l’action directe ou indirecte, mais résultent des efforts spontanés de ceux qui se sentent opprimés par une situation donnée.

En d’autres termes, tous les êtres humains sont, le plus souvent, de fervents partisans du principe de l’action directe et la pratiquent. Cependant la plupart d’entre eux sont également favorables à l’action indirecte ou politique. Ils interviennent sur les deux plans en même temps, sans y réfléchir longuement. Seul un nombre limité d’individus se refusent à avoir recours à l’action politique dans telle ou telle circonstance, voire la récusent systématiquement ; mais personne, absolument personne, n’a jamais été « incapable » de pratiquer l’action directe.

La majorité de ceux qui font profession de réfléchir sont des opportunistes ; ils penchent tantôt vers l’action directe, tantôt vers l’action indirecte, mais sont surtout prêts à utiliser n’importe quel moyen dès lors qu’une occasion l’exige. En d’autres termes, ceux qui affirment que le fait de voter à bulletins secrets pour élire un gouverneur est néfaste et ridicule sont aussi ceux qui, sous la pression de certaines circonstances, considèrent qu’il est indispensable de voter pour que tel individu occupe un poste à un moment particulier. Certains croient qu’en général la meilleure façon pour les gens d’obtenir ce qu’ils veulent est d’utiliser la méthode indirecte : en faisant élire et en portant au pouvoir quelqu’un qui donnera force de loi à ce qu’ils désirent ; mais ce sont les mêmes qui parfois, dans des conditions exceptionnelles, prôneront que l’on se mette en grève ; et, comme je l’ai déjà dit, la grève est une forme d’action directe. Ou bien ils agiront comme l’ont fait les agitateurs du Socialist Party [3] (organisation qui désormais s’oppose vigoureusement à l’action directe) l’été dernier, lorsque la police tentait d’interdire leurs meetings. Ils sont allés en force aux lieux de réunion, prêts à prendre la parole à n’importe quel prix, et ont fait reculer les forces de l’ordre. Même si cette attitude était illogique de leur part, puisqu’ils se sont opposés aux exécuteurs légaux de la volonté majoritaire, leur action constituait un exemple parfait, et réussi, d’action directe.

Ceux qui, en raison de leurs convictions profondes, sont attachés à l’action directe sont seulement… mais qui donc ? Les non-violents, précisément ceux qui ne croient pas du tout en la violence ! Ne vous méprenez pas : je ne pense pas du tout que l’action directe soit synonyme de non-violence. L’action directe aboutit tantôt à la violence la plus extrême, tantôt à un acte aussi pacifique que les eaux paisibles de Siloé [4]. Non, les vrais non-violents peuvent seulement croire en l’action directe, jamais en l’action politique. La base de toute action politique est la coercition ; même lorsque l’État accomplit de bonnes choses, son pouvoir repose finalement sur les matraques, les fusils, ou les prisons, car il a toujours la possibilité d’y avoir recours.

Quelques exemples historiques

De nos jours, n’importe quel écolier américain a entendu parler de l’action directe de certains hommes non-violents, dans le cadre de son programme d’histoire. Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui des premiers quakers [5] qui s’installèrent au Massachusetts. Les puritains [6] les accusèrent de « troubler les hommes en leur prêchant la paix ». En effet, les quakers refusaient de payer des impôts ecclésiastiques, de porter les armes, de prêter serment d’allégeance à un gouvernement, quel qu’il soit. (En agissant ainsi, ils ont pratiqué l’action directe, mais de façon passive.) Aussi, les puritains, partisans de l’action politique, ont fait voter des lois pour empêcher les quakers d’entrer sur leur territoire, les exiler, leur infliger des amendes, des peines de prison, des mutilations et finalement les pendre. Les quakers ont continué à arriver en Amérique (ce qui était cette fois une forme active d’action directe) ; et les livres d’histoire nous rappellent que, après la pendaison de quatre quakers [7], et la flagellation de Margaret Brewster qui fut attachée à une charrette et promenée à travers les rues de Boston, « les puritains renoncèrent à faire taire les nouveaux missionnaires » et que la « ténacité des quakers et leur non-violence finirent par triompher ».

Autre exemple d’action directe, qui appartient aux débuts de l’histoire coloniale américaine : cette fois, il ne s’agit pas d’un conflit pacifique, mais de la révolte de Bacon [8]. Tous nos historiens défendent l’action des rebelles dans cette affaire, car ceux-ci avaient raison. Et pourtant il s’agissait d’une action directe violente contre une autorité légalement constituée. Laissez-moi vous rappeler les détails de cet événement : les planteurs de Virginie craignaient (avec raison) une attaque générale des Indiens. Partisans de l’action politique, ils demandèrent, ou plutôt leur dirigeant Bacon exigea que le gouverneur lui accorde le droit de recruter des volontaires pour se défendre. Ce dernier craignait — à juste titre — qu’une compagnie d’hommes armés ne devienne une menace pour lui-même. Il refusa donc d’accorder cette permission à Bacon. A la suite de quoi, les planteurs eurent recours à l’action directe. Ils levèrent des volontaires sans autorisation et combattirent victorieusement contre les Indiens. Le gouverneur décréta que Bacon était un traître mais le peuple était de son côté, si bien que le gouverneur eut peur de le traduire en justice. Finalement, la situation s’envenima tellement que les rebelles mirent le feu à Jamestown. Si Bacon n’était pas mort, bien d’autres événements se seraient produits. Bien sûr, la répression fut terrible, comme cela se passe habituellement lorsqu’une révolte s’effondre d’elle-même ou est écrasée. Néanmoins, pendant sa brève période de succès, cette révolte corrigea nombre d’abus. Je suis persuadée que, à l’époque, les partisans de l’action politique à tout prix, après que les réactionnaires furent revenus au pouvoir, ont dû s’exclamer : « Regardez tous les maux que provoque l’action directe ! Notre colonie a fait un bond d’au moins vingt-cinq ans en arrière » ; ils oubliaient que, si les colons n’avaient pas recouru à l’action directe, les Indiens auraient pris leurs scalps un an plus tôt, au lieu que nombre d’entre eux soient pendus par le gouverneur un an plus tard.

Dans la période d’agitation et d’excitation qui précéda la révolution américaine, on assista à toutes sortes d’actions directes, des plus pacifiques aux plus violentes ; je crois que presque tous ceux qui étudient l’histoire des Etats-Unis trouvent que ces actions constituent la partie la plus intéressante de l’histoire, celle qui s’imprègne le plus facilement dans leur mémoire.

Parmi les actions pacifiques, on peut citer notamment les accords de non-importation, les ligues pour porter des vêtements fabriqués dans la colonie et les « comités de correspondance » [9]. Comme les hostilités se développaient inévitablement, l’action directe violente prit elle aussi de l’ampleur ; par exemple, on détruisit les timbres fiscaux, on interdit le débarquement des cargaisons de thé, on les plaça dans des locaux humides, on les jeta dans les eaux du port, comme à Boston, on obligea un propriétaire d’une cargaison de thé à mettre le feu à son propre bateau, comme à Annapolis.

Toutes ces actions sont décrites dans nos manuels d’histoire, et aucun auteur ne les condamne, ou ne les regrette, bien qu’il se soit agi à chaque fois d’actions directes contre des autorités légalement constituées et contre le droit de propriété. Si je cite ces exemples et d’autres de même nature, c’est pour souligner deux points à l’intention de ceux qui répètent certains arguments comme des perroquets : premièrement, les hommes ont toujours eu recours à l’action directe ; et deuxièmement, ceux qui la condamnent aujourd’hui sont également ceux qui l’approuvent d’un point de vue historique.

George Washington dirigeait la Ligue des planteurs de Virginie contre les importations ; un tribunal lui aurait certainement « enjoint » de ne pas créer une telle organisation et, s’il avait insisté, il lui aurait infligé une amende pour offense à la Cour.

La Guerre de Sécession

Lorsque le grand conflit entre le Nord et le Sud s’intensifia, ce fut encore l’action directe qui précéda et précipita l’action politique. Et je ferai remarquer que l’on n’engage jamais, que l’on n’envisage même jamais aucune action politique, tant que les esprits assoupis n’ont pas été réveillés par des actes de protestation directe contre les conditions existantes.

L’histoire du mouvement abolitionniste et de la Guerre de Sécession nous offre un énorme paradoxe, même si nous savons bien que l’histoire n’est qu’une chaîne de paradoxes. Sur le plan politique, les États esclavagistes luttaient pour une plus grande liberté, pour l’autonomie de chaque État et contre toute intervention du gouvernement fédéral ; par contre, les États non esclavagistes voulaient un État centralisé et fort, État que les sécessionnistes condamnaient avec raison parce qu’il allait donner naissance à des formes de pouvoir de plus en plus tyranniques. Et c’est ce qui arriva. Depuis la fin de la guerre de Sécession, le pouvoir fédéral empiète de plus en plus sur les prérogatives de chaque État. Les négriers modernes (les industriels) se retrouvent continuellement en conflit avec le pouvoir centralisé contre lequel les esclavagistes d’antan protestaient (la liberté à la bouche mais la tyrannie au cœur). D’un point de vue éthique, ce sont les États non esclavagistes qui, en théorie, prônaient une plus grande liberté, tandis que les sécessionnistes défendaient le principe de l’esclavage. Mais cette position éthiquement juste était très abstraite : en effet, la majorité des Nordistes, qui n’avaient jamais côtoyé d’esclaves noirs, pensaient que cette forme d’exploitation était probablement une erreur ; mais ils n’étaient pas pressés de la faire disparaître. Seuls les abolitionnistes, une infime minorité, avaient une véritable position éthique : à leurs yeux seule importait l’abolition de l’esclavage — ils ne se souciaient pas de la sécession ni de l’union entre les États américains. Au point que beaucoup d’entre eux prônaient la dissolution de l’Union ; ils pensaient que le Nord devaient en prendre l’initiative afin que les Nordistes ne soient plus accusés de maintenir les Noirs prisonniers de leurs chaînes.

Bien sûr, toutes sortes de gens ayant toutes sortes d’idées voulaient abolir l’esclavage : des quakers comme Whittier [10] (les quakers, ces partisans de la paix à tout prix, furent en fait les premiers partisans de l’abolition de l’esclavage, dès leur arrivée en Amérique) ; des partisans modérés de l’action politique qui voulaient racheter les esclaves pour résoudre le problème rapidement ; et puis des gens extrêmement violents qui croyaient en la violence et menèrent toutes sortes d’actions radicales.

En ce qui concerne les politiciens, pendant trente ans ils essayèrent de se défiler, de conclure des compromis, de marchander, de maintenir le statut quo, d’amadouer les deux parties, alors que la situation exigeait des actes, ou au moins une parodie d’action. Mais « les étoiles dans leur course combattirent contre Sisera [11] », le système s’effondra de l’intérieur et, sans éprouver le moindre remords, les partisans de l’action directe agrandirent les fissures de l’édifice esclavagiste.

Parmi les différentes expressions de la révolte directe mentionnons l’organisation du « chemin de fer souterrain ». La plupart de ceux qui y participèrent soutenaient les deux formes d’action (directe et politique) ; cependant, même si, en théorie, ils pensaient que la majorité avait le droit d’édicter et d’appliquer des lois, ils n’y croyaient pas totalement. Mon grand-père avait fait partie de ce réseau clandestin et aidé de nombreux esclaves à rejoindre le Canada. C’était un homme attaché aux règles, dans la plupart des domaines, même si j’ai souvent pensé qu’il respectait la loi parce qu’il avait rarement affaire à elle ; ayant toujours mené la vie d’un pionnier, la loi le touchait généralement d’assez loin, alors que l’action directe avait pour lui la valeur d’un impératif. Quoi qu’il en soit, et aussi légaliste fût-il, il n’éprouvait aucun respect pour les lois esclavagistes, même si elles avaient été votées à une majorité de 500 pour cent. Et il violait consciemment toutes celles qui l’empêchaient d’agir.

Parfois, le bon fonctionnement du « chemin de fer souterrain » exigeait l’usage de la violence, et on l’employait. Je me souviens qu’une vieille amie me raconta qu’elle et sa mère avaient surveillé leur porte toute la nuit, pendant qu’un esclave recherché se cachait dans leur cave. Toutes deux avaient beau descendre de familles quakers et sympathiser avec leurs idées, elles avaient un fusil de chasse à portée de main, sur la table. Heureusement, elles n’eurent pas besoin de tirer, ce soir-là.

Lorsque la loi sur les esclaves évadés fut votée, grâce à certains politiciens du Nord qui voulaient encore amadouer les propriétaires d’esclaves, les partisans de l’action directe décidèrent de libérer les esclaves qui avaient été repris. Il y eut l’« opération Shadrach » puis l’opération « Jerry » (cette dernière sous la direction du fameux Gerrit Smith), et bien d’autres qui réussirent ou échouèrent. Cependant les politiciens continuèrent leurs manœuvres et tentèrent de concilier l’inconciliable. Les partisans de la paix à tout prix, les plus légalistes, dénoncèrent les abolitionnistes, un peu de la même façon que des gens comme William D. Haywood [12] et Frank Bohn [13] sont dénoncés par leur propre parti aujourd’hui.

John Brown

L’autre jour, j’ai lu dans le quotidien Daily Socialist de Chicago une lettre du secrétaire du Socialist Party de Louisville au secrétaire national. M. Dobbs demandait que l’on remplace M. Bohn, qui devait venir parler dans sa ville, par un orateur plus responsable et plus raisonnable. Pour expliquer sa démarche, il citait un passage de la conférence de Bohn : « Si les frères McNamara avaient défendu avec succès les intérêts de la classe ouvrière, ils auraient eu raison, de même que John Brown aurait eu raison s’il avait réussi à libérer les esclaves. Pour John Brown, comme pour les McNamara, l’ignorance était leur seul crime. »

Et M. Dobbs de faire le commentaire suivant. « Nous nous élevons fermement contre de tels propos. Cette comparaison entre la révolte ouverte — même si elle était erronée — de John Brown d’un côté, et les méthodes clandestines et meurtrières des frères McNamara de l’autre, est le fruit d’un raisonnement creux qui conduit à des conclusions logiques très dangereuses. »

M. Dobbs ignore certainement ce que furent la vie et les actions de John Brown. Ce partisan convaincu de la violence aurait traité avec mépris quiconque aurait essayé de le faire passer pour un agneau. Et une fois qu’une personne croit en la violence, c’est à elle seule de décider quelle est la façon la plus efficace de l’appliquer, en fonction des conditions concrètes et de ses propres moyens. John Brown n’hésita jamais à utiliser des méthodes conspiratives. Ceux qui ont lu l’ Autobiographie de Frederick Douglass [14] et les Souvenirsde Lucy Colman [15] savent que John Brown avait prévu d’organiser une série de camps fortifiés dans les montagnes de la Virginie-Occidentale, de la Caroline du Nord et du Tennessee, d’envoyer des émissaires secrets parmi les esclaves pour les inciter à venir se réfugier dans ces camps, et ensuite réfléchir aux mesures et aux conditions nécessaires pour fomenter la révolte chez les Noirs. Ce plan échoua surtout parce que les esclaves eux-mêmes ne désiraient pas assez fortement la liberté.

Plus tard, lorsque des politiciens à l’esprit tortueux, toujours soucieux de ne rien faire, votèrent la loi Kansas-Nebraska qui laissait les colons décider seuls de la légalité de l’esclavage, les partisans de l’action directe, dans les deux camps, envoyèrent de pseudo-colons dans ces territoires et ceux-ci s’affrontèrent. Les partisans de l’esclavage arrivèrent les premiers ; ils rédigèrent une constitution qui reconnaissait l’esclavage et une loi punissant de mort toute personne qui aiderait un esclave à s’échapper ; mais les Free Soilers [16], qui arrivèrent un peu plus tard parce qu’ils venaient d’États plus éloignés, rédigèrent une seconde constitution, et refusèrent de reconnaître les lois de leurs adversaires. John Brown se trouvait parmi eux et utilisa la violence, tantôt ouvertement tantôt clandestinement. Les politiciens décents, favorables à la paix sociale, le considéraient comme un « voleur de chevaux et un assassin ». Et il ne fait pas le moindre doute qu’il vola des chevaux, sans prévenir personne de son intention de les dérober, et qu’il tua des partisans de l’esclavage. Il se battit et réussit à s’en tirer un bon nombre de fois avant qu’il tente de s’emparer de l’arsenal de Harpers Ferry [17]. S’il n’utilisa pas la dynamite, c’est seulement parce qu’elle n’était pas encore une arme très répandue à l’époque. Il attenta à la vie de beaucoup plus de gens que les frères McNamara, dont M. Dobbs condamne les « méthodes meurtrières ». Pourtant les historiens ont compris la portée des actions de John Brown. Cet homme violent, qui avait du sang sur les mains, fut condamné et pendu pour haute trahison ; mais tout le monde sait que c’était une âme forte et belle, désintéressée, qui ne pouvait supporter que quatre millions d’hommes soient traités comme des animaux. John Brown pensait que combattre cette injustice, ce crime horrible, était un devoir sacré qu’il accomplissait sur l’ordre de Dieu — car cet homme très religieux appartenait à l’Eglise presbytérienne.

C’est grâce aux actions, pacifiques ou violentes, des précurseurs du changement social que la Conscience Humaine, la conscience des masses, s’éveille au besoin du changement. Il serait absurde de prétendre qu’aucun résultat positif n’a jamais été obtenu par les moyens politiques traditionnels ; parfois de bonnes choses en résultent. Mais jamais tant que la révolte individuelle, puis la révolte des masses ne l’imposent. L’action directe est toujours le héraut, l’élément déclencheur, qui permet à la grande masse des indifférents de prendre conscience que l’oppression devient intolérable.

Les luttes actuelles contre l’esclavage salarié

Nous subissons maintenant l’oppression dans ce pays — et pas seulement ici, mais dans toutes les parties du monde qui jouissent des bienfaits fort contrastés de la civilisation. Et de même que l’ancien esclavage, le nouveau provoque à la fois des actions directes et des actions politiques. Une fraction de la population américaine produit la richesse matérielle qui permet à tous de vivre ; exactement de la même façon que quatre millions d’esclaves noirs entretenaient la foule de parasites qui les commandaient. Aujourd’hui ce sont les travailleurs agricoles et les ouvriers d’industrie.

A travers l’action imprévisible d’institutions qu’aucun d’eux n’a créées, mais qui sévissent depuis leur naissance, ces travailleurs, la partie la plus indispensable de toute la structure sociale, sans le travail desquels personne ne pourrait ni manger, ni s’habiller, ni se loger, ces travailleurs, disais-je, sont justement ceux qui disposent du moins de nourriture, de vêtements et des pires logements — sans parler des autres bienfaits que la société est censée leur dispenser, comme l’éducation et l’accès aux plaisirs artistiques.

Ces ouvriers ont, d’une façon ou d’une autre, joint leurs efforts pour que leur condition s’améliore ; en premier lieu par l’action directe, en second lieu par l’action politique. Nous avons des groupes comme la Grange [18], les Farmers’ Alliances [19], les coopératives, les colonies expérimentales, les Knights of Labor [20], les syndicats et les Industrial Workers of the World. Tous ont organisé les travailleurs pour alléger le poids de l’exploitation, pour des prix meilleur marché, des conditions de travail moins catastrophiques, et une journée de travail un peu plus courte ; ou contre une réduction de salaire, la détérioration des conditions de travail ou l’allongement des horaires.

Aucun de ces groupes, à part les IWW, n’a reconnu qu’il existe une guerre sociale et qu’elle se poursuivra tant que se perpétueront les conditions sociales et juridiques actuelles. Ils ont accepté les institutions fondées sur la propriété privée, telles qu’elles étaient. Ces organisations regroupent des gens ordinaires, aux aspirations ordinaires, et elles ont entrepris de faire ce qu’il leur semblait possible et raisonnable d’accomplir. Lors de la création de ces groupes, ces militants ne se sont pas engagés sur un programme politique particulier, ils se sont associés pour mener une action directe, décidée par eux-mêmes, offensive ou défensive.

Il y a vingt-deux ans, j’ai rencontré des militants des Farmers’ Alliances, des Knights of Labor et des syndicalistes qui m’ont dit cela. Ils voulaient lutter pour des objectifs plus larges que ceux que proposés par leurs organisations ; mais ils devaient aussi accepter leurs camarades de travail comme ils étaient, et essayer de les inciter à lutter pour des objectifs immédiats qu’ils percevaient clairement : prix plus justes, salaires plus élevés, conditions de travail moins dangereuses ou moins tyranniques, semaine de travail moins longue. A l’époque où sont nés ces mouvements, les travailleurs agricoles ne pouvaient pas comprendre que leur lutte convergeait avec le combat des ouvriers des usines ou des transports ; et ces derniers ne voyaient pas non plus leurs points communs avec le mouvement des paysans. D’ailleurs, même aujourd’hui, peu d’entre eux le comprennent. Ils doivent encore apprendre qu’il n’existe qu’une seule lutte commune contre ceux qui se sont approprié les terres, les capitaux et les machines.

Malheureusement les grandes organisations paysannes ont gaspillé leur énergie en s’engageant dans une course stupide au pouvoir politique. Elles ont réussi à prendre le pouvoir dans certains États, mais les tribunaux ont déclaré que les lois votées n’étaient pas constitutionnelles, et toutes leurs conquêtes politiques ont été enterrées. A l’origine, leur programme visait à construire leurs propres silos, y stocker les produits et les tenir à l’écart du marché jusqu’à ce qu’ils puissent échapper aux spéculateurs. Ils voulaient aussi organiser des échanges de services et imprimer des billets de crédit pour les produits déposés afin de payer ces échanges. Si ce programme d’aide mutuelle directe avait fonctionné, il aurait montré, dans une certaine mesure, au moins pendant un temps, comment l’humanité peut se libérer du parasitisme des banquiers et des intermédiaires. Bien sûr, ce projet aurait fini par être liquidé, à moins que sa vertu exemplaire n’ait bouleversé tellement l’esprit des hommes qu’il leur ait donné envie de mettre fin au monopole légal de la terre et des capitaux ; mais au moins ce projet aurait eu un rôle éducatif fondamental. Malheureusement, ce mouvement poursuivit une chimère et se désintégra surtout à cause de sa futilité.

Les Knights of Labor sont eux aussi devenus pratiquement insignifiants, non pas parce qu’ils n’ont pas eu recours à l’action directe, ni parce qu’ils se sont mêlés de politique, mais parce qu’il s’agissait d’une masse d’ouvriers trop hétérogène pour réussir à conjuguer efficacement leurs efforts.

Pourquoi les patrons ont peur des grèves

Les syndicats ont atteint une taille bien plus imposante que celle des Knights of Labor et leur pouvoir a continué à croître, lentement mais sûrement. Certes cette croissance a connu des fluctuations, des reculs ; de grandes organisations ont surgi puis disparu. Mais dans l’ensemble, les syndicats constituent un pouvoir en plein développement. Malgré leurs faibles ressources, ils ont offert, à une certaine fraction des travailleurs, un moyen d’unir leurs forces, de faire pression directement sur leurs maîtres et d’obtenir ainsi une petite partie de ce qu’ils voulaient — de ce qu’ils devaient essayer d’obtenir, vu leur situation. La grève est leur arme naturelle, celle qu’ils se sont forgée eux-mêmes. Neuf fois sur dix, les patrons redoutent la grève — même si, bien sûr, il peut arriver que certains s’en réjouissent, mais c’est plutôt rare. Les patrons savent qu’ils peuvent gagner contre les grévistes, mais ils ont terriblement peur que leur production s’interrompe. Par contre, ils ne craignent nullement un vote qui exprimerait « la conscience de classe » des électeurs ; à l’atelier, vous pouvez discuter du socialisme, ou de n’importe quel autre programme ; mais le jour où vous commencez à parler de syndicalisme, attendez-vous à perdre votre travail ou au moins à ce que l’on vous menace et que l’on vous ordonne de vous taire. Pourquoi ? Le patron se moque de savoir que l’action politique n’est qu’une impasse où s’égare l’ouvrier, et que le socialisme politique est en train de devenir un mouvement petit-bourgeois. Il est persuadé que le socialisme est une très mauvaise chose — mais il sait aussi que celui-ci ne s’instaurera pas demain. Par contre, si tous ses ouvriers se syndiquent, il sera immédiatement menacé. Son personnel aura l’esprit rebelle, il devra dépenser de l’argent pour améliorer les conditions de travail, il sera obligé de garder des gens qu’il n’aime pas et, en cas de grève, ses machines ou ses locaux seront peut-être endommagés.

On dit souvent, et on le répète parfois jusqu’à la nausée, que les patrons ont une « conscience de classe », qu’ils sont solidement soudés pour défendre leurs intérêts collectifs, et sont prêts individuellement à subir toutes sortes de pertes plutôt que de trahir leurs prétendus intérêts communs. Ce n’est absolument pas vrai. La majorité des capitalistes sont exactement comme la plupart des ouvriers : ils se préoccupent beaucoup plus de leurs pertes personnelles (ou de leurs gains) que des pertes (ou des victoires) de leur classe. Et lorsqu’un syndicat menace un patron, c’est à son portefeuille qu’il s’en prend.

Toute grève est synonyme de violence

Aujourd’hui chacun sait qu’une grève, quelle que soit sa taille, est synonyme de violence. Même si les grévistes ont une préférence morale pour les méthodes pacifiques, ils savent parfaitement que leur action causera des dégâts. Lorsque les employés du télégraphe font grève, ils sectionnent des câbles et scient des pylônes, tandis que les jaunes bousillent leurs instruments de travail parce qu’ils ne savent pas les utiliser. Les sidérurgistes s’affrontent physiquement aux briseurs de grève, cassent des carreaux, détraquent certains appareils de mesure, endommagent des laminoirs qui coûtent très cher et détruisent des tonnes de matières premières. Les mineurs endommagent des pistes et des ponts et font sauter des installations. S’il s’agit d’ouvriers, ou d’ouvrières, du textile, un incendie d’origine inconnue éclate, des pierres volent à travers une fenêtre apparemment inaccessible ou une brique est lancée sur la tête d’un patron. Quand les employés des tramways font grève, ils arrachent les rails ou élèvent des barricades sur les voies avec des charrettes ou des wagons retournés, des clôtures volées, des voitures incendiées. Lorsque les cheminots se mettent en colère, des moteurs « expirent », des locomotives folles démarrent sans conducteur, des chargements déraillent et des trains sont bloqués. S’il s’agit d’une grève du bâtiment, les travailleurs dynamitent des constructions. Et à chaque fois, des combats éclatent entre d’un côté les briseurs de grève et les jaunes et, de l’autre, les grévistes et leurs sympathisants, entre le Peuple et la Police.

Pour les patrons, une grève sera synonyme de projecteurs, de fil de fer barbelé, de palissades, de locaux de détention, de policiers et d’agents provocateurs, de kidnappings violents et d’expulsions. Ils inventeront tous les moyens possibles pour se protéger directement, sans compter l’ultime recours à la police, aux milices, aux brigades spéciales et aux troupes fédérales.

Tout le monde sait cela et sourit lorsque les responsables syndicaux protestent, affirmant que leurs organisations sont pacifiques et respectent les lois. Tout le monde est conscient qu’ils mentent. Les travailleurs savent que les grévistes utilisent la violence, à la fois ouvertement et clandestinement, et qu’ils n’ont pas d’autres moyens, s’ils ne veulent pas capituler immédiatement. Et la population ne confond pas les grévistes qui sont obligés de recourir à la violence avec les crapules destructrices qui les provoquent délibérément. Généralement, les gens comprennent que les grévistes agissent ainsi parce qu’ils sont poussés par la dure logique d’une situation qu’ils n’ont pas créée, mais qui les force à attaquer pour survivre, sinon ils seront obligés de tomber tout droit dans la misère jusqu’à ce que la mort les frappe, à l’hospice, dans les rues des grandes villes ou sur les berges boueuses d’une rivière. Telle est l’horrible situation devant laquelle se trouvent les ouvriers ; ce sont les êtres les plus humains — ils font un détour pour soigner un chien blessé, ou ramener chez eux un chiot et le nourrir, ou s’écartent d’un pas pour ne pas écraser un ver de terre — et ils recourent à la violence contre leurs congénères. Ils savent, parce que la réalité le leur a appris, que c’est l’unique façon de gagner, si tant est qu’ils puissent gagner quelque chose. « Vous n’avez qu’à mieux voter aux prochaines élections ! » affirment certains. Il m’a toujours semblé qu’il s’agit de l’une des réponses les plus ridicules qu’une personne puisse faire, lorsqu’un gréviste lui demande de l’aide face à une situation matérielle délicate, et alors que les élections auront lieu dans six mois, un an voire deux ans.

Malheureusement, ceux qui savent comment la violence est utilisée dans la guerre des syndicats contre les patrons ne prennent pas publiquement la parole pour dire : « Tel jour, à tel endroit, telle action spécifique a été entreprise ; telles et telles concessions ont été accordées à la suite de cette action ; tel patron a capitulé. » Agir ainsi mettrait en péril leur liberté et leur pouvoir de continuer le combat. C’est pourquoi ceux qui sont les mieux informés doivent se taire et ricaner discrètement en écoutant les ignorants pérorer. Pourtant seule la connaissance des faits peut éclaircir leur position.

Les adversaires de l’action directe

Ces dernières semaines, certains n’ont pas été avares de paroles creuses. Des orateurs et des journalistes, honnêtement convaincus de l’efficacité de l’action politique, persuadés qu’elle seule peut permettre aux ouvriers de remporter la bataille, ont dénoncé les dommages incalculables causés par ce qu’ils appellent l’action directe (ils veulent dire en fait la « violence conspiratrice »).

Un certain Oscar Ameringer, par exemple, a récemment déclaré, lors d’un meeting à Chicago, que la bombe lancée à Haymarket Square en 1886 avait fait reculer le mouvement pour la journée de huit heures d’un quart de siècle. D’après lui, ce mouvement aurait été victorieux si la bombe n’avait pas été lancée. Ce monsieur commet une grave erreur.

Personne n’est capable de mesurer précisément l’effet positif ou négatif d’une action, à l’échelle de plusieurs mois ou de plusieurs années. Personne ne peut démontrer que la journée de huit heures aurait pu devenir obligatoire vingt-cinq ans auparavant.

Nous savons que les législateurs de l’Illinois ont voté une loi pour la journée de 8 heures en 1871 et que ce texte est resté lettre morte. On ne peut pas davantage démontrer que l’action directe des ouvriers aurait pu l’imposer. Quant à moi, je pense que des facteurs beaucoup plus puissants que la bombe de Haymarket ont joué un rôle.

D’un autre côté, si l’on croit que l’influence négative de la bombe a été si puissante, alors les conditions de travail et l’exercice des activités syndicales devraient être bien plus difficiles à Chicago que dans les villes où rien d’aussi grave ne s’est produit. Pourtant on constate le contraire. Même si les conditions des travailleurs y sont déplorables, elles sont bien moins mauvaises à Chicago que dans d’autres grandes villes, et le pouvoir des syndicats y est plus développé que dans n’importe quel autre endroit, excepté San Francisco. Si l’on veut donc absolument tirer des conclusions à propos des effets de la bombe de Haymarket, il faut tenir compte de ces faits avant d’avancer une hypothèse. En ce qui me concerne, je ne pense pas que cet événement ait joué un rôle important dans l’évolution du mouvement ouvrier.

Et il en sera de même avec la vigoureuse [campagne] actuelle contre la violence. Rien n’a fondamentalement changé. Deux hommes ont été emprisonnés pour ce qu’ils ont fait (il y a vingt-quatre ans, leurs semblables ont été pendus pour des actes qu’ils n’avaient pas commis) et quelques autres seront peut-être incarcérés. Mais les forces de la Vie continueront à se révolter contre leurs chaînes économiques. Cette révolte ne faiblira pas, peu importe le parti qui remportera ou perdra les élections, jusqu’à ces chaînes soient brisées.

Comment pourrons-nous briser nos chaînes ?

Les partisans de l’action politique nous racontent que seule l’action électorale du parti de la classe ouvrière pourra atteindre un tel résultat ; une fois élus, ils entreront en possession des sources de la Vie et des moyens de production ; ceux qui aujourd’hui possèdent les forêts, les mines, les terres, les canaux, les usines, les entreprises et qui commandent aussi au pouvoir militaire à leur botte, en bref les exploiteurs, abdiqueront demain leur pouvoir sur le peuple dès le lendemain des élections qu’ils auront perdues.

Et en attendant ce jour béni ?

En attendant, soyez pacifiques, travaillez bien, obéissez aux lois, faites preuve de patience et menez une existence frugale (comme Madero [21] le conseilla aux paysans mexicains après les avoir vendus à Wall Street).

Si certains d’entre vous sont privés de leurs droits civiques, ne vous révoltez même pas contre cette mesure, cela risquerait de « faire reculer le parti ».

Action politique et action directe

J’ai déjà dit que, parfois, l’action politique obtient quelques résultats positifs — et pas toujours sous la pression des partis ouvriers, d’ailleurs. Mais je suis absolument convaincue que les résultats positifs obtenus occasionnellement sont annulés par les résultats négatifs ; de même que je suis convaincue que, si l’action directe a parfois des conséquences négatives, celles-ci sont largement compensées par les conséquences positives de l’action directe.

Presque toutes les lois originellement conçues pour le bénéfice des ouvriers sont devenues une arme entre les mains de leurs ennemis, ou bien sont restées lettre morte, sauf lorsque le prolétariat et ces organisations ont imposé directement leur application. En fin de compte, c’est toujours l’action directe qui a le rôle moteur. Prenons par exemple la loi antitrusts censée bénéficier au peuple en général et à la classe ouvrière en particulier. Il y environ deux semaines, 250 dirigeants syndicaux ont été cités en justice. La compagnie de chemins de fer Illinois Central les accusait en effet d’avoir formé un trust en déclenchant une grève !

Mais la foi aveugle en l’action indirecte, en l’action politique, a des conséquences bien plus graves : elle détruit tout sens de l’initiative, étouffe l’esprit de révolte individuelle, apprend aux gens à se reposer sur quelqu’un d’autre afin qu’il fasse pour eux ce qu’ils devraient faire eux-mêmes ; et enfin elle fait passer pour naturelle une idée absurde : il faudrait encourager la passivité des masses jusqu’au jour où le parti ouvrier gagnera les élections ; alors, par la seule magie d’un vote majoritaire, cette passivité se transformera tout à coup en énergie. En d’autres termes, on veut nous faire croire que des gens qui ont perdu l’habitude de lutter pour eux-mêmes en tant qu’individus, qui ont accepté toutes les injustices en attendant que leur parti acquière la majorité ; que ces individus vont tout à coup se métamorphoser en véritables « bombes humaines », rien qu’en entassant leurs bulletins dans les urnes !

Les sources de la Vie, les richesses naturelles de la Terre, les outils nécessaires pour une production coopérative doivent devenir accessibles à tous. Le syndicalisme doit élargir et approfondir ses objectifs, sinon il disparaîtra ; et la logique de la situation forcera graduellement les syndicalistes à en prendre conscience. Les problèmes des ouvriers ne pourront jamais être résolus en tabassant des jaunes, tant que des cotisations élevées et d’autres restrictions limiteront les adhésions au syndicat et pousseront certains travailleurs à aider les patrons. Les syndicats se développeront moins en combattant pour des salaires plus élevés qu’en luttant pour une semaine de travail plus courte, ce qui permettra d’augmenter le nombre de leurs membres, d’accepter tous ceux qui veulent adhérer. Si les syndicats veulent gagner des batailles, tous les ouvriers doivent s’allier et agir ensemble, agir rapidement (sans en avertir les patrons à l’avance) et profiter de leur liberté d’agir ainsi à chaque fois. Et si, un jour, les syndicats regroupent tous les ouvriers, aucune conquête ne sera permanente, à moins qu’ils se mettent en grève pour tout obtenir — pas une augmentation de salaire, ni une amélioration secondaire, mais toutes les richesses de la nature — et qu’ils procèdent, dans la foulée, à l’expropriation directe et totale !

Le pouvoir des ouvriers ne réside pas dans la force de leur vote, mais dans leur capacité à paralyser la production. La majorité des électeurs ne sont pas des ouvriers. Ceux-ci travaillent à un endroit aujourd’hui, à un autre demain, ce qui empêche un grand nombre d’entre eux de voter ; un grand pourcentage des ouvriers dans ce pays sont des étrangers qui n’ont pas le droit de voter. Les dirigeants socialistes le savent parfaitement. La preuve ? Ils affadissent leur propagande sur tous les points afin de gagner le soutien de la classe capitaliste, du moins des petits entrepreneurs. Selon la presse socialiste, des spéculateurs de Wall Street assurent qu’ils sont prêts à acheter des actions de Los Angeles à un administrateur socialiste aussi bien qu’à un administrateur capitaliste. Les journaux socialistes prétendent que l’administration actuelle de Milwaukee a créé une situation économique très favorable aux petits investisseurs ; leurs articles publicitaires conseillent aux habitants de cette ville de se rendre chez Dupont ou Durand sur Milwaukee Avenue, qui les servira aussi bien qu’un grand magasin dépendant d’une grosse chaîne commerciale. En clair, parce que nos socialistes savent qu’ils ne pourront pas obtenir une majorité sans les voix de cette classe sociale, ils essaient désespérément de gagner le soutien (et de prolonger la vie) de la petite-bourgeoisie que l’économie socialiste fera disparaître.

Au mieux, un parti ouvrier pourrait, en admettant que ses députés restent honnêtes, former un solide groupe parlementaire qui conclurait des alliances ponctuelles avec tel ou tel autre groupe afin d’obtenir quelques mini-réformes politiques ou économiques.

Mais lorsque la classe ouvrière sera regroupée dans une seule grande organisation syndicale, elle pourra montrer à la classe possédante, en cessant brusquement le travail dans toutes les entreprises, que toute la structure sociale repose sur le prolétariat ; que les biens des patrons n’ont aucune valeur sans l’activité des travailleurs ; que des protestations comme les grèves sont inhérentes à ce système fondé sur la propriété privée et qu’elles se reproduiront tant qu’il ne sera pas aboli. Et, après l’avoir montré dans les faits, les ouvriers exproprieront tous les possédants.

« Mais le pouvoir militaire, objectera le partisan de l’action politique, nous devons d’abord obtenir le pouvoir politique, sinon on utilisera l’armée contre nous ! »

Contre une véritable grève générale, l’armée ne peut rien. Oh, bien sûr, si vous avez un socialiste dans le genre d’Aristide Briand [22] au pouvoir, il sera prêt à déclarer que les ouvriers sont tous des « serviteurs de l’Etat » et à essayer de les faire travailler contre leurs propres intérêts. Mais contre le solide mur d’une masse d’ouvriers immobiles, même un Briand se cassera les dents.

En attendant, tant que la classe ouvrière internationale ne se réveillera pas, la guerre sociale se poursuivra, malgré toutes les déclarations hystériques de tous ces individus bien intentionnés qui ne comprennent pas que les nécessités de la Vie puissent s’exprimer ; malgré la peur de tous ces dirigeants timorés ; malgré toutes les revanches que prendront les réactionnaires ; malgré tous les bénéfices matériels que les politiciens retirent d’une telle situation. Cette guerre de classe se poursuivra parce que la Vie crie son besoin d’exister, qu’elle étouffe dans le carcan de la Propriété, et qu’elle ne se soumet pas.

Et que la Vie ne se soumettra pas

Cette lutte durera tant que l’humanité ne se libérera pas elle-même pour chanter l’Hymne à l’Homme de Swinburne [23] :

« Gloire à l’Homme dans ses plus beaux exploits
Car il est le maître de toutes choses. »

Voltairine de Cleyre


[1] Le 10 octobre 1910, James et Joseph McNamara, respectivement membres des syndicat des typographes et du bâtiment, posèrent une bombe à proximité du Los Angeles Times,bombe censée causer uniquement des dégâts matériels. Malheureusement l’explosion déclencha un violent incendie et 21 employés du journal moururent suite à cet attentat. Les deux frères, sur le conseil de leur avocat Clarence Darrow, plaidèrent coupables et évitèrent la peine de mort.

[2] IWW (Industrial Workers of the World) ou Wobblies…. Syndicat rĂ©volutionnaire fondĂ© en 1905 par des syndicalistes radicaux qui s’opposaient Ă  la politique conservatrice et pro-patronale de l’American Federation of Labor. Les Wobblies comprenaient beaucoup de membres du Socialist Party of America, du Socialist Labor Party et d’autres groupes radicaux de gauche. Pendant les annĂ©es 1910, les IWW jouèrent un rĂ´le important dans la lutte pour les droits des travailleurs amĂ©ricains. Des militants cĂ©lèbres comme John Reed (auteur du classique Dix jours qui Ă©branlèrent le monde), Mother Jones, Big Bill Haywood, Joe Hill et d’autres prirent parti pour l’idĂ©e d’un « grand syndicat unique » en espĂ©rant que les travailleurs du monde entier pourraient s’unir et combattre ensemble contre leurs oppresseurs capitalistes. De 1905 Ă  1920 les IWW organisèrent des centaines de milliers d’ouvriers dans les mines, les usines et chez les paysans. Ils ne regroupèrent jamais plus de 150 000 membres Ă  la fois mais près de 3 millions de personnes y appartinrent Ă  un moment ou un autre. Les IWW Ă©taient surtout implantĂ©s dans l’ouest des États Unis oĂą ils organisaient ensemble femmes et hommes, Noirs et Blancs, les immigrĂ©s et AmĂ©ricains dans des syndicats d’industrie, non catĂ©goriels. Leur but explicite Ă©tait de renverser le capitalisme et beaucoup de ses membres sympathisèrent avec la rĂ©volution d’Octobre. Le gouvernement lança une rĂ©pression fĂ©roce contre les IWW en 1917 et l’influence du syndicat baissa rapidement. Cette organisation, aujourd’hui anarcho-syndicaliste, existe encore, mais ne regroupe que quelques centaines de militants.

[3] Socialist Party : créé en 1901, ce parti compte plus de mille Ă©lus (dont un membre du Congrès) en 1912 et joue Ă  l’époque un rĂ´le influent dans les syndicats de l’American Federation of Labor. Les trois dirigeants les plus importants furent Eugene Debs, Daniel De Leon et William D. « Big Bill » Haywood. Ce dernier, partisan de l’action directe, fut exclu du parti en 1913 après une longue discussion au terme de laquelle le parti dĂ©cida que « l’utilisation de la violence et du sabotage, mĂ©thodes destinĂ©es Ă  la guerre de guĂ©rilla, dĂ©moralise ceux qui emploient de telles mĂ©thodes et ouvrent la porte aux agents provocateurs ».

[4] Les eaux de Siloé : allusion à un réservoir qui constituait le seul point d’eau permanent de Jérusalem au VIIe siècle avant J.-C. Elles avaient la réputation d’avoir des vertus thérapeutiques, puisqu’il y est fait allusion dans l’évangile selon Jean.

[5] Mouvement né en 1647 d’une révolte contre l’Eglise anglicane. Persécutés en Angleterre comme en Amérique où ils s’établirent dès 1681, ils jouèrent un rôle important dans la lutte contre l’esclavage.

[6] Puritains. Ce terme désigne au départ un groupe de presbytériens rigides qui voulaient « purifier » l’Eglise anglicane des restes de l’influence catholique. Ils commencèrent à émigrer en 1620, en Virginie et en Nouvelle-Angleterre, notamment, pour constituer des communautés fermées. Pendant presque un siècle, ils essayèrent d’imposer leurs normes intolérantes et persécutèrent tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. Leur attachement au sens littéral de la Bible, qui les caractérise, a influencé toute l’histoire américaine jusqu’à aujourd’hui — comme en témoignent de nombreux aspects de la culture des États-Unis.

[7] La dernière d’entre elles s’appelait Mary Dyer, mère de six enfants, pendue à un arbre en 1660 à Boston. De 1660 à 1677, les sœurs Wright, Mary, Hannah et Lydia vinrent successivement protester à Boston contre les persécutions dont étaient victimes les quakers. Elles furent à chaque fois, emprisonnées, jugées puis expulsées de la ville. Les quakers étaient dénudés jusqu’à la ceinture, attachés à une charrette et fouettés dans les rues avant d’être chassés de la colonie. Lydia accompagna à Boston Margaret Brewster qui entra dans une église puritaine, vêtue comme une pénitente, pieds nus, cheveux au vent, des cendres sur la tête, et un sac recouvrant ses vêtements.

[8] Nathaniel Bacon (1647-1676) dirigea en 1676 un groupe de colons révoltés qui s’emparèrent de la ville de Jamestown et l’incendièrent pour obtenir des réformes et une plus grande participation dans le gouvernement de la Virginie.

[9] Les comités de correspondance furent créés en 1774 pour rassembler les doléances des Américains contre les Britanniques.

[10] John Whittier (1807-1892) poète américain opposé à l’esclavage. Au sud-est de Los Angeles, en Californie, il existe une ville fondée par les quakers et qui porte son nom

[11] La citation est extraite du livre des Juges 5, 20 : « Du haut des cieux, les étoiles ont combattu, de leurs sentiers, elles ont combattu Sisera. » L’Ancien Testament fait allusion à une intervention miraculeuse des étoiles en faveur des Juifs au cours de leur bataille contre le général Sisera.

[12] William D. (dit « Big Bill) Haywood (1869-) Travaille comme mineur dès l’âge de 9 ans et perd un œil à la suite d’un accident de travail. Suite aux sévères défaites subies par les mineurs à partir de 1901, il développe l’idée d’un « grand syndicat unique » et joue un rôle important dans la création des IWW. En 1917, le gouvernement arrête Haywood et une centaine d’autres militants en les accusant d’espionnage et aussi parce qu’ils ont appelé à des grèves en temps de guerre. Big Bill est condamné à une lourde peine de prison, mais s’enfuit en Union soviétique où il meurt en 1928.

[13] Frank Bohn, ce militant de la gauche du Socialist Party et des IWW tourna fort mal puisqu’il termina sa carrière comme député du Parti républicain !

[14] Frederick Douglass (1817-1895). Fils d’un Blanc et d’une esclave noire, il ne connut jamais son père et fut séparé très jeune de sa mère. Il vécut jusqu’à l’âge de 8 ans sur une plantation puis fut envoyé à Baltimore comme domestique. La femme de son maître lui apprit à lire, bien que ce fût illégal. Il dut retourner ensuite travailler sur la plantation. A 21 ans il s’échappa et devint un conférencier et journaliste célèbre. Partisan du droit de vote des femmes, il occupa plusieurs postes dans l’administration. Son autobiographie écrite en 1845 est un classique : Mémoires d’un esclave américain, traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez, Paris, F. Maspero, 1980.

[15] Lucy Colman (1817-1891) Conférencière et militante pour l’abolition de l’esclavage et l’égalité des femmes, contre le racisme et la discrimination (notamment dans les écoles où elle enseigna), elle devint libre-penseuse et agnostique à la fin d’une vie riche en rebondissements et en anecdotes savoureuses comme celle-ci : lors d’une réunion du mouvement pour le droit de vote des femmes, face à une motion de Frederick Douglass qui affirmait candidement : « le sacrifice de soi est une valeur positive qui doit être enseignée à toutes les femmes », elle lui demanda : « Pourquoi n’avez-vous pas appliqué vous-même cette vertu ? »

[16] Free Soilers : membres du Free Soil Party. Fondé en 1848, ce parti s’opposait à l’extension de l’esclavage dans les nouveaux territoires et à l’admission des États esclavagistes dans l’Union.

[17] Harpers Ferry, arsenal que tenta de prendre John Brown et qui marqua la fin de son combat

[18] National Grange of the Patrons of Husbandry : association de fermiers créée en 1867 et qui prit de l’ampleur après la crise agricole de 1873, durant laquelle les prix agricoles chutèrent considérablement. La Grange était organisée en sections où les femmes étaient admises à égalité avec les hommes. Les Grangers luttaient contre l’endettement et les tarifs de fret élevés pratiqués par les compagnies de chemin de fer. Le mouvement fut important dans l’Iowa, le Minnesota, le Wisconsin et l’Illinois où des lois furent votées en faveur des agriculteurs, mais balayées par le lobbying des chemins de fer auprès de la Cour suprême. Le mouvement atteignit son apogée en 1875, regroupant près de 20 000 membres puis déclina au profit d’autres forces comme le Greenback Party des années 1870, les Farmers Alliances des années 1880 et le Populist Party des années 1890. La Grange montra que les fermiers pouvaient s’organiser et avoir un rôle politique.

[19] La Southern Farmers Alliance fut fondée au Texas en 1875 et la Northern Farmers Alliance à Chicago en 1880. Les coopératives qu’elles créèrent firent faillite et les Alliances se tournèrent vers la politique politicienne pour former le People’s or Populist Party ; parti qui réclamait à la fois le droit de vote des femmes et l’arrêt de l’immigration, dénonçait la ploutocratie (« les banquiers, les actionnaires, les grandes sociétés capitalistes ») mais aussi les Noirs, les Juifs et les catholiques (!), et qui réclamait la journée de 8 heures. Le populisme est une des plaies de la vie politique américaine, comme en témoigna encore la campagne de Clinton en 1992 qui prétendit « défendre en priorité les intérêts du peuple » — avec le résultat catastrophique que l’on connaît.

[20] Knights of Labor. Organisation au départ clandestine, fondée en 1869 et qui regroupa jusqu’à 700 000 « producteurs » : ouvriers, petits commerçants et paysans. Son objectif était de remplacer le capitalisme par des coopératives ouvrières. Son influence déclina à partir de 1886.

[21] Francisco Madero (1873-1913). Gros propriétaire foncier, adversaire de Porfiro Diaz, il est soutenu par Pancho Villa. Elu président de la République en 1911, il est renversé par un coup d’Etat militaire deux ans plus tard et assassiné.

[22] Aristide Briand (1862-1932). Avocat et journaliste, partisan de la grève générale, il devient secrétaire général du Parti socialiste français qu’il fonde avec Jaurès, en opposition aux guesdistes du Parti ouvrier français. Hostile aux décisions de la Seconde Internationale qui interdisent, en 1904, aux députés socialistes de devenir ministres, il quitte le Parti socialiste unifié, puis la SFIO. Il sera 25 fois ministre et 11 fois président du Conseil ! Il réprime la grève des cheminots en 1910. Avant la Première Guerre mondiale et entre les deux guerres, Briand est l’incarnation parfaite, jusqu’à la caricature, du socialiste qui trahit tous ses idéaux.

[23] Algernon Charles Swinburne (1837-1909). Bien qu’il fût d’origine aristocratique, ce poète romantique anglais était républicain et antichrétien. Il dénonça tous les despotes de son époque, du tsar au pape, en passant par le Kaiser.

août 09 2010

Assistance au suicide ou réduction des populations encombrantes ?

En Suisse, prĂŞter assistance Ă  une personne qui a l’intention de se suicider n’est pas un dĂ©lit, pour autant que cette aide ne soit pas dispensĂ©e pour des motifs Ă©goĂŻstes. C’est ce que prĂ©voit l’article 115 du Code pĂ©nal suisse. Dans la pratique, il est donc aujourd’hui possible d’aider un malade dont le diagnostic mĂ©dical est sans issue Ă  mettre fin Ă  ses jours.  La ministre de la justice helvĂ©tique voudrait modifier la loi pour permettre que cela soit Ă©galement possible pour les malades chroniques.

schlumpf

La Suisse a dĂ©veloppĂ© une pratique plutĂ´t libĂ©rale dans le domaine de l’accompagnement au suicide. Il existe des organisations privĂ©es, comme Dignitas ou Exit, qui aident les personnes qui veulent mettre fin Ă  leurs jours.

L’assistance au suicide Ă©tant interdite dans de nombreux autres pays d’Europe, un nombre croissant de personnes – une centaine par annĂ©e – viennent en Suisse pour bĂ©nĂ©ficier de cet accompagnement vers la mort. Au point que, dans les mĂ©dias ou dans le monde politique, on parle dĂ©sormais de «tourisme de la mort».

Toutefois, la ministre de la justice helvĂ©tique, Eveline Widmer-Schlumpf, veut revoir la loi concernant l’aide au suicide et permettre l’extension de cette pratique aux malades chroniques (atteint de cancers, VIH, maladies cardio-vasculaire, Parkinson, etc). C’est ce qu’elle a indiquĂ© dans l’Ă©dition de ce week-end du Sonntags-zeitung. « Madame Schlumpf estime que l’aide au suicide ne doit plus ĂŞtre limitĂ©e aux personnes atteintes d’une maladie physique incurable dont l’issue sera fatale Ă  brève Ă©chĂ©ance , mais elle doit ĂŞtre Ă©tendue. » indique l’hebdomadaire zurichois. La commission nationale d’Ă©thique avait pourtant formulĂ© le souhait de durcir les règles de l’accompagnement au suicide. De mĂŞme que la plupart des partis – UDC et PS en tĂŞte – jugent inutile de rĂ©viser la loi en vigueur.

Mecanopolis

Source : Sonntags zeitung

juil 26 2010

La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe

La cure d’austérité drastique à laquelle la Grèce est sommée de se soumettre trouve son modèle dans les politiques d’ajustement structurels qui ont été imposées par le FMI aux pays du sud après la crise de la dette déclenchée par la remontée des taux de la Fed en 1982, note l’économiste Bernard Conte. A l’époque, comme aujourd’hui, la véritable difficulté consistait à faire accepter aux peuples de supporter le coût de la crise. Mais depuis lors, les politiques permettant de faire passer ces purges amères ont été peaufinées, prévient-il, rappelant que l’OCDE a rédigé à toutes fins utiles un guide décrivant les stratégies à employer en de telles circonstances. On peut par exemple y lire que « si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement. » Cela ne vous évoque rien ?

casadue

La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe

La Grèce est très endettée et la finance internationale attaque ce maillon faible de la zone euro pour tester la cohésion de l’ensemble, avant éventuellement de spéculer contre d’autres pays pour générer d’énormes profits.

La réaction à cette attaque devrait entraîner la mise « sous tutelle » de la Grèce par la Commission européenne, par ses partenaires au sein de la zone euro et par un Fonds monétaire européen. A l’instar des pays du Tiers-Monde à partir des années 1980, la Grèce va se voir imposer un programme d’ajustement économique et social drastique, traduisant sa Tiers-Mondialisation qui préfigure sans doute celle d’autres pays européens.

La Grèce enregistre des déficits publics importants qui doivent être financés par l’emprunt dont le cumul accroît le volume de la dette de l’État. Pour rétablir la confiance de ses bailleurs de fonds privés, le pays doit réduire son endettement. A défaut, la prime de « risque », réclamée par les bailleurs, qui s’ajoute au taux d’intérêt « normal » pourrait conduire à un taux usuraire. Georges Papandréou n’a pas le choix, il doit impérativement s’endetter moins, voire diminuer le volume de la dette grecque.

L’exemple du Tiers-Monde en 1982

La situation de la Grèce, liée au « surendettement », n’est pas sans rappeler celle des pays du Tiers-Monde lors de la crise de la dette de 1982. En effet, pour pouvoir faire face à leurs obligations financières, les pays du Sud, en quasi cessation de paiements, ont été « aidés » par le FMI et par la Banque mondiale. Ces institutions ont accordé des prêts aux pays du Sud afin qu’ils puissent rembourser leurs banques créancières. Lesdites banques ont ainsi pu transférer au FMI et à la Banque mondiale une bonne partie de leurs créances « pourries » (ou « actifs toxiques » en langage politiquement correct). En contrepartie, les pays « aidés » se sont vus imposer des programmes d’ajustement structurel, traduction du consensus de Washington |1| d’inspiration néolibérale monétariste.

A travers l’application de ses dix commandements, le consensus de Washington vise à permettre aux pays sous ajustement de recouvrer la capacité d’assurer le service (principal + intérêts) de leur dette extérieure. Il faut, à n’importe quel prix, dégager des fonds pour payer les créanciers.

Réduire le déficit de l’Etat

Cette démarche passe par la compression des dépenses et l’augmentation des recettes de l’État.

L’action sur la dépense publique implique la réduction :

- de la masse salariale de la fonction publique (baisse des effectifs et/ou du niveau des traitements)

- des autres dĂ©penses de fonctionnement (Ă©ducation, social…)

- des subventions (services publics, associations…)

- des investissements publics (infrastructures…)

L’augmentation des recettes réclame :

- l’alourdissement de la fiscalité

- la privatisation de services publics rentables (eau, Ă©lectricitĂ©…)

Plus généralement, la croissance est censée élargir les marges de manœuvre par le développement de l’activité économique qui, mécaniquement, augmente les recettes de l’Etat. La croissance peut être tirée par les exportations si la production nationale gagne en compétitivité externe, grâce à la dévaluation de la monnaie nationale, ou, si cette opération se révèle impossible, par la désinflation compétitive (comme pour le franc CFA avant la dévaluation de 1994 |2| ) qui consiste à obtenir un taux d’inflation plus faible que celui des pays concurrents.

La philosophie des programmes d’ajustement est, in fine, d’une part, de tenter d’augmenter la production locale de surplus (par la croissance) et, d’autre part, de réduire la consommation locale dudit surplus afin de l’exporter. En aucun cas, il s’agissait de se préoccuper du bien-être des populations.

Un bilan des ajustements dramatique

Malgré de nombreuses études financées par la Banque mondiale et le FMI, tendant à démontrer que l’ajustement générait de la croissance et, par effet de ruissellement, bénéficiait même aux pauvres. Les conséquences sociales négatives ont été rapidement mises à jour et dénoncées |3| . Ainsi, la pauvreté s’est accrue et les classes moyennes préexistantes ont été paupérisées. Les populations du Sud ont subi les conséquences funestes de l’ajustement pour rembourser des dettes dont elles n’avaient que peu profité.

La Grèce « inaugure » les politiques d’ajustement en Europe

Jusqu’à prĂ©sent, l’ajustement nĂ©olibĂ©ral imposĂ© Ă©tait rĂ©servĂ© aux pays « non dĂ©veloppĂ©s ». La Grèce inaugure le processus de Tiers-Mondialisation de l’Europe en passant sous les fourches caudines de « l’ajustement ». A l’instar des pays du Tiers-Monde, il s’agit de dĂ©gager des marges de manĹ“uvre budgĂ©taires pour rembourser la dette extĂ©rieure Ă  travers la rĂ©duction du pĂ©rimètre de l’État, la privatisation, la dĂ©rĂ©gulation, les coupes claires dans les budgets de santĂ©, d’éducation…

La Grèce est un test pour l’Europe néolibérale

L’inconnue reste la rĂ©action populaire. La population va-t-elle accepter l’austĂ©ritĂ© ? DĂ©jĂ , des grèves et des manifestations se dĂ©roulent. Hier, le 11 mars, plus de 100 000 personnes manifestaient dans les rues d’Athènes. Au Portugal et en Espagne, la mobilisation sociale s’opère. L’ajustement va-t-il buter sur l’obstacle social ? D’autant plus que les consĂ©quences des troubles sociaux pourraient atteindre le domaine politique avec l’émergence et l’éventuelle arrivĂ©e au pouvoir de forces politiques situĂ©es en-dehors du « consensus » : droite « molle » – gauche « caviar ». Mais, lĂ  aussi, les Ă©lites complices peuvent trouver l’inspiration dans l’expĂ©rience du Tiers-Monde pour faire « passer » les rĂ©formes.

La faisabilité politique de l’ajustement

Dans les années 1990, de nombreux travaux ont été menés, au sein de l’OCDE, sur la faisabilité politique de l’ajustement néolibéral |4|. Christian Morrisson prévient : « l’application de programmes d’ajustement dans des dizaines de pays pendant les années 1980 a montré que l’on avait négligé la dimension politique de l’ajustement. Sous la pression de grèves, de manifestations, voire d’émeutes, plusieurs gouvernements ont été obligés d’interrompre ou d’amputer sévèrement leurs programmes » (p. 6). Il convient de minimiser les risques et adopter une stratégie politique adéquate.

Prendre des mesures politiquement et socialement peu risquées

A partir de plusieurs études-pays, Christian Morrisson met en avant « l’intérêt politique de certaines mesures [...] : une politique monétaire restrictive, des coupures brutales de l’investissement public ou une réduction des dépenses de fonctionnement ne font prendre aucun risque à un gouvernement. Cela ne signifie pas que ces mesures n’ont pas des conséquences économiques ou sociales négatives : la chute des investissements publics ralentit la croissance pour les années à venir et met sur-le-champ des milliers d’ouvriers du bâtiment au chômage, sans allocation. Mais nous raisonnons ici en fonction d’un seul critère : minimiser les risques de troubles » (p. 16). Peu importe, « dans la réalité, les entreprises du bâtiment souffrent beaucoup de telles coupures [dans les investissements publics] qui multiplient les faillites et les licenciements. Mais ce secteur, composé surtout de petites et moyennes entreprises, n’a quasiment aucun poids politique » (p.17). « La réduction des salaires et de l’emploi dans l’administration et dans les entreprises parapubliques figure, habituellement, parmi les principales mesures des programmes [d’ajustement] » (p. 29).

Selon Christian Morrisson, cette mesure est « moins dangereuse politiquement » que d’autres « et elle touche les classes moyennes plutĂ´t que les pauvres » (p. 29). En cas de troubles (grèves…), « le gouvernement a toutefois les moyens de faire appel au pragmatisme des fonctionnaires. Il peut, par exemple, expliquer que, le FMI imposant une baisse de 20 pour cent de la masse salariale, le seul choix possible est de licencier ou de rĂ©duire les salaires et qu’il prĂ©fère la seconde solution dans l’intĂ©rĂŞt de tous. Les expĂ©riences de plusieurs gouvernements africains montrent que ce discours peut ĂŞtre entendu » (p. 29). Ce qui est vrai en Afrique l’est certainement sous d’autres cieux.

Agir sur la qualité des services publics

« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (p. 30). Sans commentaire !

Diviser et opposer pour imposer

« Un gouvernement peut difficilement [ajuster] contre la volonté de l’opinion publique dans son ensemble. Il doit se ménager le soutien d’une partie de l’opinion, au besoin en pénalisant davantage certains groupes. En ce sens, un programme qui toucherait de façon égale tous les groupes (c’est-à-dire qui serait neutre du point de vue social) serait plus difficile à appliquer qu’un programme discriminatoire, faisant supporter l’ajustement à certains groupes et épargnant les autres pour qu’ils soutiennent le gouvernement. » (p. 17). Comme « la plupart des réformes frappent certains groupes tout en bénéficiant à d’autres, [...] un gouvernement peut toujours s’appuyer sur la coalition des groupes gagnants contre les perdants » (p. 18). Il faut donc diviser et opposer pour imposer.

Un régime « dictatorial » serait idéal pour imposer les réformes

« Une comparaison pour les pays d’Amérique latine entre des régimes démocratiques comme la Colombie, l’Équateur, le Pérou, et des régimes militaires, comme l’Argentine et le Chili, en 1981-82, montre que les troubles sont plus rares lorsque le régime est militaire [...] La comparaison entre les deux expériences de l’Argentine sous un régime militaire (en 1981) et en démocratie (1987) est parlante : le niveau de protestation a été trois fois plus élevé en 1987 et il y a eu beaucoup plus de manifestations » (p. 12). Ainsi, un régime dur serait idéal pour imposer les réformes. Le néolibéralisme serait-il entrain de déraper ?

Au total, la Grèce préfigure bien la Tiers-Mondialisation de l’Europe.

Bernard Conte, est l’auteur du livre La Tiers-Mondialisation de la planète

CADTM

Placé sur Mecanopolis le 26 juillet 2010

Notes :

|1| Voir :Le consensus de Washington

|2| Bernard Conte, Dévaluation du Franc CFA et équilibre des paiements courants, DT n°20, C.E.D., Bordeaux, 1997

|3| Voir par exemple : Cornia, Giovanni Andrea, Richard Jolly, and Frances Stewart. Adjustment with a human face. Protecting the vulnerable and promoting growth vol 1. Oxford : Clarendon Press, 1987

|4| Cf. Christian Morrisson, La faisabilité politique de l’ajustement, Paris, Centre de développement de l’OCDE, Cahier de politique économique n° 13, 1996. (jusqu’à la dernière note, les numéros de page des citations se réfèrent au présent document).

juil 20 2010

Le CFR annonce une Troisième guerre du Liban

Dans un rapport publiĂ© sur son site internet, le Council on Foreign Relations annonce l’imminence d’une troisième guerre du Liban et exonère par avance IsraĂ«l de toute responsabilitĂ©.

cfr

Quatre ans après un conflit dĂ©vastateur de 34 jours – qui coĂ»ta la vie Ă  plus de 1200 Libanais – une sĂ©rie d’accrochages et de violations flagrantes de la rĂ©solution 1701 de l’ONU par IsraĂ«l, survenue ces dernières semaines, laisse prĂ©sager une reprise imminente des combats entre le Hezbollah et l’armĂ©e de l’Etat hĂ©breu.

La semaine dernière, le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies, Ban Ki-moon, a tentĂ© d’intervenir, en dĂ©nonçant « les survols quasi quotidiens du territoire libanais par les forces aĂ©riennes israĂ©liennes  qui constituent des violations de la souverainetĂ© libanaise qui doivent immĂ©diatement cesser ». Le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral a Ă©galement exhorter IsraĂ«l Ă  « accĂ©lĂ©rer sans plus tarder » le retrait se ses forces « de la partie nord du village de Ghajar et de la zone limitrophe au nord de la Ligne Bleue » qui dĂ©limite la frontière entre les deux Etats. (1)

Rapport du CFR

Ces tensions surviennent alors que le Council on Foreign Relations (CFR) vient de publier un rapport dans lequel il annonce l’imminence d’une troisième guerre du Liban. Il n’est pas inutile de rappeler ici que si le CFR – prĂ©sidĂ© par le milliardaire David Rockefeller, qui est Ă©galement le fondateur du Groupe Bilderberg et de la Commission TrilatĂ©rale – se prĂ©sente comme un « think-tank non partisan ayant pour but d’analyser la politique Ă©trangère amĂ©ricaine et la situation politique mondiale », il est en rĂ©alitĂ© une organisation opaque qui rĂ©git des intĂ©rĂŞt financiers internationaux liĂ©s Ă  l’idĂ©ologie mondialiste nĂ©olibĂ©rale (lire Ă  ce sujet notre article du 10 mai dernier ).

Le document de neuf pages, que nous reproduisons en fin d’article, indique qu’il y a un « danger croissant de la reprise de la guerre entre IsraĂ«l et le Hezbollah. Depuis le dernier conflit entre ces deux parties au Liban, pendant l’Ă©tĂ© 2006, le Hezbollah n’a cessĂ© de se rĂ©armer et son arsenal est maintenant plus puissant, tant en quantitĂ© qu’en qualitĂ©. IsraĂ«l ne peut que constater que la menace faite Ă  sa sĂ©curitĂ© nationale est devenue intolĂ©rable ». Une attaque prĂ©ventive serait donc lĂ©gitime, selon ce rapport.

Le CFR n’apporte pas la preuve du rĂ©armement de la milice chiite. Il se base uniquement sur des rapports du renseignement israĂ©liens et d’autres rumeurs d’officines et relais de dĂ©sinformation. NĂ©anmoins, après les crimes de guerre perpĂ©trĂ©s par l’Etat hĂ©breu en 2006, dĂ©noncĂ©s par Amnesty International (2), la rĂ©organisation militaire du Hezbollah semble pour le moins lĂ©gitime, puisque qu’elle est sa seule garantie de survie, ainsi que celle du peuple libanais.

Le rapport de l’agence mondialiste prĂ©tend Ă©galement que « l‘Iran pourrait pousser le Hezbollah Ă  attaquer IsraĂ«l, afin de faire diversion sur la pression internationale Ă  propos de son programme nuclĂ©aire. »

La logique du CFR nĂ©cessiterait quelques Ă©claircissements, car on voit mal comment une attaque du Hezbollah sur IsraĂ«l permettrait Ă  l’Iran de faire diversion sur quoique ce soit. C’est mĂŞme le contraire qui ne manquerait pas de se produire en pareil cas. Par ailleurs, l’histoire rĂ©cente du Proche Orient dĂ©montre que c’est l’Etat juif qui a toujours su trouver quelques prĂ©textes fallacieux pour agresser ses voisins. Mais on voit bien ou veut en venir le CFR, qui n’hĂ©site pas a exonèrer par avance IsraĂ«l de toute violation des rĂ©solutions de l’ONU en affirmant que « dans tous les cas, le Hezbollah arguerait probablement du fait qu’il rĂ©pondait aux survols israĂ©liens du territoire libanais pour entrer en guerre. » Pour l’organisation de M. Rockefeller, il  serait bien sĂ»r tout Ă  fait intolĂ©rable que les libanais rĂ©agissent aux provocations quotidiennes de Tsahal. Ils doivent se soumettre en silence. Dans la foulĂ©e, le CFR ne manque pas de promulguer quelques conseils Ă  l’État hĂ©breu, comme par exemple « d’attaquer des Ă©quipements et des dĂ©pĂ´ts d’arme en Syrie ». Et pourquoi pas en Iran, pendant qu’on y est ?

Il est impossible de dresser une liste des contres vĂ©ritĂ©s promulguĂ©es par ce document tant elle sont nombreuses. En fait, pour Ă©tablir un travail complet, il faudrait revenir sur chacune des phrases qui y figurent. Les conclusions de ce rapport sont sans Ă©quivoque : La diplomatie Ă©tasunienne ne rĂ©ussira pas Ă  empĂŞcher cette guerre (en a-t-elle l’intention ?), et elle devrait d’ores et dĂ©jĂ  se concentrer sur la future… reconstruction du Liban. David Rockefeller a-t-il dĂ©jĂ  nĂ©gociĂ© les contrats ?

Ce même David Rockfeller qui indiquait sans complexe dans Newsweek le 1er février 1999 : « Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire ». Et encore, huit ans plus tôt : « La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est assurément préférable au principe d’autodétermination des peuples ».

Pour des agences mondialistes comme le CFR, Bilderberg ou la Commission TrilatĂ©rale, nos vies, comme celles des ennemis qu’ils nous fabriquent, est un business. Ce n’est pas de leur Nouvel ordre mondial dont nous avons besoin, et encore moins de leurs Nouvelles guerres, mais d’un monde dĂ©barassĂ© de leur prĂ©sence nĂ©faste.

Agata Kovacs, pour Mecanopolis

Télécharger le rapport du Council on Foreign Relations

Merci Ă  Julien de nous avoir fait parvenir ce document

Notes :

1. Lire le communiquĂ© de l’ONU

2. Article du Monde diplomatique

juil 05 2010

Est-il vain de vouloir soulager les maux de ce monde ?

Tribune libre d’Alexandre Lentz

« Tout le mal du monde vient de ce que nous nous tracassons les uns des autres, soit pour faire le bien, soit pour faire le mal, notre âme et le ciel et la terre nous suffisent. Vouloir plus est perdre cela, et nous vouer au malheur. »
Fernando Pessoa
laur

Il paraĂ®trait Ă©trange, face Ă  la misère du monde, de prĂ©tendre qu’il est vain de vouloir soulager les maux des autres lĂ  oĂą il nous serait possible de le faire. Il va de soi qu’en toute Ă©poque et en tout lieu, les individus et les nations se prĂ©occupent gĂ©nĂ©ralement peu de leur environnement extĂ©rieur car ils prĂ©fèrent oeuvrer Ă  la rĂ©alisation de leurs propres intĂ©rĂŞts, qu’ils n’ont d’ailleurs de cesse de poursuivre, tĂŞte baissĂ©e, dans les dĂ©dales des longs couloirs intellectuels qu’ils s’imaginent pour parvenir Ă  mettre la main sur l’objet de leurs dĂ©sirs. On ne connaĂ®t que trop les cas des rĂ©gimes totalitaires qui, pour assurer le pouvoir et la prospĂ©ritĂ© financière d’une minoritĂ©, ont tyrannisĂ© des populations entières en usant de moyens rĂ©pressifs divers, des plus communs aux plus inhumains. Le monde dĂ©mocratique n’est pas pour autant exempt de pratiques discutables qui sont capables, par leur violence, d’assurer la gamme des puissants intĂ©rĂŞts qui incombent Ă  sa vigilance. Par exemple, les coups d’État qu’ont commanditĂ©s les États-Unis au cours de la Guerre froide, sous prĂ©texte d’endiguer l’avancĂ©e communiste, ont essentiellement servi les intĂ©rĂŞts de plusieurs de leurs grandes multinationales aux dĂ©pens de tout un peuple.

Ainsi, comme l’explique l’historien et politologue belge Éric Toussaint dans son article « Le soutien de la Banque mondiale et du FMI aux dictatures » [1], le Chili de Salvador Allende, prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu et soucieux de procĂ©der Ă  plusieurs nationalisations de biens alors sous l’emprise d’entreprises amĂ©ricaines, a vu chuter les prĂŞts de la Banque Mondiale d’un montant qui avoisinait les 30 millions de dollars lors de l’Ă©lection d’Allende en 1970 Ă  une somme qui Ă©tait infĂ©rieure Ă  10 millions de dollars au moment du putsch d’Augusto Pinochet en 1973, soutenu par la CIA. Ă€ partir de cette mĂŞme annĂ©e, les crĂ©dits accordĂ©s par la Banque Mondiale au Chili se sont mieux portĂ©s que jamais, malgrĂ© le rĂ©gime autoritaire qui dirigeait alors le pays, atteignant le niveau des 70 millions de dollars en 1981. La dictature de Pinochet sera accompagnĂ©e de tant de meurtres arbitraires et de tortures qu’au total, 30 000 chiliens disparurent entre 1973 et 1990, lorsqu’il Ă©tait Ă  la tĂŞte du Chili. La junte militaire rĂ©duit la population Ă  la misère : une famille chilienne devait consacrer environ 74% de ses revenus Ă  l’achat du pain, ce qui l’obligeait Ă  rogner sur des « luxes » tels que le lait et les tickets d’autobus : par comparaison, ces trois choses, sous Allende, monopolisaient 17% du salaire d’un fonctionnaire. Pinochet jugea pourtant que le salaire des mĂ©nages Ă©tait « suffisant ». Ce simple cas illustre bien que, tout comme le commun des mortels peut faire du mal Ă  ceux qui peuplent son entourage sous le simple effet irrationnel de l’une ou l’autre pulsion de colère, les grands de ce monde peuvent faire preuve d’une attitude tout Ă  fait psychopathe en Ă©tant mus par la seule ambition de dĂ©fendre leurs intĂ©rĂŞts ; le mal qu’ils causent Ă  des ensembles collectifs est alors clairement dĂ©montrĂ©. Comment une bonne intention, quant Ă  elle, pourrait-elle se rĂ©vĂ©ler malsaine ?

La maladresse dont on est susceptible de se rendre coupable lorsque l’on entreprend unilatĂ©ralement d’aider quelqu’un est due au fait que l’on ne mĂ©connait que trop souvent l’entièretĂ© des causes qui provoquent sa souffrance. Il peut Ă©galement arriver que l’on souhaite, au fond, amener la personne qui reçoit nos services Ă  vivre comme on voudrait qu’elle vive, de sorte Ă  se construire un environnement dans lequel nos attentes profondes, qu’elles soient altruistes ou non, puissent ĂŞtre satisfaites. Il en rĂ©sulterait un Ă©goĂŻsme que l’axiome suivant d’Oscar Wilde (1854-1900), Ă©crivain irlandais, ne dĂ©ment pas : « L’Ă©goĂŻsme ne consiste pas Ă  vivre comme on en a envie, mais Ă  demander aux autres de vivre comme on a soi-mĂŞme envie de vivre ». L’inutilitĂ©, voire la nocivitĂ© de cette dĂ©marche, a Ă©tĂ© parfaitement exprimĂ©e par Jacques Attali, Ă©conomiste et haut fonctionnaire français nĂ© en 1943, lorsqu’il a Ă©crit, dans « Le Premier Jour après moi » ; « Ă‰goĂŻsme que de prĂ©tendre vivre pour les autres : nul n’a besoin que l’on vive pour lui. » Ainsi, nous pouvons difficilement nous permettre l’ingĂ©rence dans les affaires d’autrui si ceux-ci n’en ont pas fait la demande urgente et explicite, et mĂŞme dans ce dernier cas, il n’est pas certain que les consĂ©quences de nos agissements engendrent plus de bien que de mal. Mais en continuant de nous aventurer ainsi sur le chemin que nous a tracĂ© Pessoa, n’allons-nous pas trĂ©bucher très bientĂ´t sur la problĂ©matique de l’individualisme le plus absolu ?

ConsidĂ©rons un exemple Ă  la fois concret et consĂ©quent : l’impact de la rĂ©volution libĂ©rale entamĂ©e dès la fin des annĂ©es 1970′ sur la vie Ă©conomique. Selon Milton Friedman, l’un des pères de cette croisade nĂ©olibĂ©rale, l’Histoire avait « commencĂ© du mauvais pied » lorsque des politiciens avaient prĂŞtĂ© l’oreille Ă  John Maynard Keynes, l’intellectuel Ă  l’origine du New Deal et de l’État-providence moderne. « Selon moi, Ă©crivait Friedman dans une lettre adressĂ©e Ă  Pinochet, qu’il conseillait alors, en 1975, l’erreur principale fut de croire qu’il Ă©tait possible de faire le bien avec l’argent des autres ». Les prĂ©ceptes de cette Ă©cole nĂ©olibĂ©rale, qui valent plus que jamais aujourd’hui et dont on ne peut que percevoir l’influence funeste de façon flagrante, sont d’avis que l’individu est rationnel et que rien ne saurait entraver lĂ©gitimement ses envies d’investissement, d’achat, de vente, … ; bref, ils consacrent l’avènement de la sociĂ©tĂ© de consommation et de l’individualisme forcenĂ© dans un contexte de rapports de forces incarnĂ©s par le libre-Ă©change et la mondialisation oĂą le dernier mot est laissĂ© Ă  celui qui est Ă  la fois le plus fortunĂ© et le plus impitoyable. Cet exemple nous montre que se rĂ©fugier dans l’Ă©goĂŻsme, Ă  dĂ©faut de pouvoir changer le monde, n’est pas des plus rĂ©jouissants.

Aboutissons-en Ă  une conclusion. Platon disait que, quand les sages voient la foule rĂ©pandue dans les rues et sur les places pendant une longue et forte pluie, ils crient Ă  cette multitude insensĂ©e de rentrer au logis, pour se mettre Ă  couvert. Et, si leur voix n’est pas entendue, ils restent chez eux, et se contentent d’être seuls Ă  l’abri, puisqu’ils ne peuvent guĂ©rir la folie des autres. Si la meilleure chose que l’on ait Ă  faire est de vivre pour soi-mĂŞme, ne perdons-nous pas le bĂ©nĂ©fice d’une importante part de l’existence ? Moins les actes et paroles d’un ĂŞtre sont attachĂ©es Ă  l’ego, et plus elles me semblent valeureuses. Mais dans un monde oĂą l’Ă©crasante majoritĂ© des individus est elle-mĂŞme Ă©goĂŻste et de nature malfaisante, le rĂ©alisme le plus Ă©lĂ©mentaire nous souffle effectivement Ă  l’oreille que toute tentative de nier la profonde imperfection des systèmes humains est vouĂ©e Ă  l’Ă©chec, et que, en s’obstinant Ă  aller contre cette rĂ©alitĂ©, on ne travaillerait ni Ă  l’intĂ©rĂŞt collectif, ni Ă  nos propres intĂ©rĂŞts.

Alexandre Lentz (Bruxelles), pour Mecanopolis

Note

[1]: Éric Toussaint, 25 août 2004, Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde

juin 30 2010

L’ONU prĂ©conise l’abandon du dollar comme monnaie de rĂ©fĂ©rence et la crĂ©ation d’une devise internationale

Un rapport prĂ©sentĂ© mardi Ă  New York par l’ONU, lors d’une sĂ©ance spĂ©ciale, appelle Ă  Ă©tablir un nouveau système de rĂ©serve monĂ©taire mondial et prĂ©conise l’abandon du dollar, jugĂ© trop instable, comme monnaie de rĂ©fĂ©rence.

fmi

L’Ă©dition 2010 de « l’Etude de la situation Ă©conomique et spĂ©ciale dans le monde » de l’ONU, intitulĂ©e « De nouveaux outils pour le dĂ©veloppement » prĂ©conise l’abandon du dollar comme monnaie de rĂ©fĂ©rence. « Une rĂ©serve de valeurs stable est une condition nĂ©cessaire pour une monnaie de rĂ©serve », ce qui n’est effectivement plus le cas du dollar, aujourd’hui largement surĂ©valuĂ©.

Le rapport propose la mise en place d’un nouveau système mondial de rĂ©serve qui « ne devrait plus ĂŞtre basĂ© sur une ou plusieurs monnaies nationales, mais plutĂ´t par la crĂ©ation d’une devise internationale – sur le modèle des DTS – afin de crĂ©er un environnement plus stable pour le système financier mondial ».

Le DTS, droits de tirages spĂ©ciaux (en anglais SDR, Special Drawing Rights) est une unitĂ© de compte propre au FMI, qui reprĂ©sente une crĂ©ance sur les monnaies des pays membres, et dont la valeur reprĂ©sente la somme des 4 monnaies de rĂ©fĂ©rence, le dollar l’euro, la livre et le yen.

Selon une dépêche de Reuters, plusieurs responsables européens, présent lors de cette séance, ont indiqués que ce sont les marchés et non les politiques qui devront définir quelles monnaies nationales peuvent servir de référence pour la création de cette devise internationale.

Ce rapport de l’ONU va dans le sens de Dominique Strauss-Kahn, directeur gĂ©nĂ©ral du FMI, qui, lors d’une confĂ©rence donnĂ©e Ă  Zurich au dĂ©but du mois de mai dernier, a appelĂ© Ă  la crĂ©ation d’une monnaie mondiale. M. Strauss-Kahn avait alors indiquĂ© que « la crise est une opportunitĂ© pour pousser la crĂ©ation d’une monnaie mondiale et d’une banque centrale mondiale ».

En avril 2009, le Washington Post avait rapporté l’existence de plans pour transformer le FMI en « une véritable ONU de l’économie mondiale » en lui accordant « une vaste autorité élargie pour agir comme banquier mondial pour les gouvernements riches et pauvres ».

Comme nous l’indiquions dans notre article du 21 mai dernier, la chute incessante de la devise europĂ©enne, qui se retrouvera bientĂ´t a paritĂ© avec le dollar, et la crise des États semblent ĂŞtre de nature Ă  prĂ©cipiter les plans mondialistes en vue de la crĂ©ation d’une monnaie mondiale.

Mecanopolis

Merci à Réda, administrateur du forum Mecanopolis, de nous avoir communiqué cette information.