jan 01 2010

Les cachotteries de Copenhague

Par Michel-François Clerin et GeneviÚve Azam

Est-il exact que les intĂ©rĂȘts qui promeuvent les thĂšses du rĂ©chauffement climatique et financent ceux qui les exposent sont ceux-lĂ  mĂȘmes qui dĂ©fendent depuis plus de 30 ans la dĂ©rĂ©gulation et les privatisations financiĂšres ?

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Prenons le cas d’Al Gore, dont le film « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range » peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le catalyseur de la peur et du pessimisme pour les gĂ©nĂ©rations futures du rĂ©chauffement climatique. Savez-vous que sa famille a possĂ©dĂ© la plus grande mine de zinc amĂ©ricaine au Tennessee, et notoirement connu comme un des sites les plus polluants des USA ? Al Gore est aussi l’agent intĂ©ressĂ© des spĂ©culateurs financiers de la City. Il est le porte parole qui permet de faire le lien entre le Premier ministre Gordon Brown, l’ancien Premier ministre Tony Blair et le milliardaire ex-patron d’E-Bay, Jeff Skoll. Les principales sources de financement du documentaire « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range » sont Mr Skoll en personne ainsi que le Hedge Fund « Generation Investment Management » gĂ©rĂ© par Mr. David Bloom, ex-directeur de Goldman Sachs. Al Gore est, de plus, un associĂ© de Zac Goldsmith, le fils du cĂ©lĂšbre Jimmy Goldschmit.

Mais quel est le coeur du systĂšme ?

Il s’agit du systĂšme de crĂ©ation de droits Ă  Ă©mettre du CO2 Ă©changĂ©s sur des marchĂ©s. Ce marchĂ© n’est en fait rien d’autre qu’un nouveau marchĂ© relativement opaque. C’est Gordon Brown, alors chancelier de l’Echiquier, qui a promu un systĂšme permettant la nĂ©gociation de 100 milliards de droits Ă  l’émission de CO2 Ă  travers toute l’économie. La City s’est assurĂ© une position dominante en contrĂŽlant le « Emission Trading Scheme » (Organisation EuropĂ©enne des droits Ă©changeables) par lequel passe plus de 60 % du volume de CO2 Ă©changĂ© dans le monde dont 80 % de sa valeur.

Toutefois, en raison de la crise et du surplus de droits Ă©mis, la valeur de ces droits n’a-t-elle pas chutĂ© ?

Effectivement, cela est correct mais Ă  la suite du COP15, on s’attend Ă  une baisse du nombre de droits Ă©mis, donc Ă  une forte hausse du marchĂ© par tarissement de l’offre. Dans une ambiance agitĂ©e de rĂ©chauffement climatique entretenue de toutes parts par les mĂȘmes banques d’affaires, grandement responsables de la crise financiĂšre, comme Goldman Sachs et Morgan Stanley, celles-ci se sont positionnĂ©es en tant que « Market Makers », dans la prĂ©vision d’immenses profits. D’aprĂšs le Daily Telegraph, Al Gore serait le premier milliardaire du carbone.

De quelle maniùre cela s’opùre-t-il ?

L’International Continental Exchange (ICE) créé en 2000 par des banquiers internationaux autour de Goldman Sachs et de compagnies pĂ©troliĂšres comme Shell et BP dominent les marchĂ©s Ă  terme du gaz et du pĂ©trole. ICE a achetĂ© l’International Petroleum Exchange (IPE) de Londres qui est un marchĂ© opaque et pratiquement dĂ©rĂ©gulĂ© sans qu’aucun registre sur les Ă©changes ne soit tenu. Bien que le siĂšge d’ICE soit Ă  Atlanta, la sociĂ©tĂ© opĂšre Ă  partir de Londres sous la forme d’un centre financier offshore. ICE contrĂŽle de fait le Chicago Climate Exchange (CCX) et sa filiale londonienne, le London Climate Exchange (LCX).Un des associĂ©s et fondateurs de l’ICE, Mr. Richard Sandor est l’inventeur des produits dĂ©rivĂ©s et des droits d’émissions Ă©changeables sur le CO2. Goldman Sachs est de son cĂŽtĂ© le plus gros actionnaire de CCX et le numĂ©ro deux de ICE. Or c’est Goldman Sachs qui a lancĂ© Al Gore dans le business des Hedge Funds lorsqu’en 2003, Mr. David Bloom, ancien CEO de Goldman Sachs Assets Management a constituĂ© « General Investment Management » avec Al Gore et deux anciens associĂ©s de GS. En Europe, Mr. Yann Arthus-Bertrand est un protĂ©gĂ© de la famille Pinault et Nicolas Hulot est sponsorisĂ© par Bouygues et TF1 mais ils font petit jeu comparĂ© Ă  l’ensemble. du dispositif de la mondialisation financiĂšre des droits d’émission.

Y a-t-il une sorte de conspiration et d’apartheid technologique lancĂ© contre les pays pauvres ?

Mr. Lawrence Summers, principal conseiller Ă©conomique du PrĂ©sident Barack Obama, fut le fossoyeur de toutes les rĂ©glementations financiĂšres aux USA (en particulier de la loi Glass Steagall). Il est actuellement ami et protecteur des comportementalistes amĂ©ricains et dĂ©fenseur des droits d’émission de CO2. Mr Summers a Ă©tĂ© en faveur de l’envoi des dĂ©chets des pays dĂ©veloppĂ©s dans les pays du tiers monde, sous prĂ©texte que ceux-ci Ă©taient moins polluĂ©s. Le groupement intergouvernemental d’experts sur le rĂ©chauffement climatique (GIEC) qui a partagĂ© le Prix Nobel avec Mr. Al Gore a Ă©tĂ© constituĂ© en novembre 1988. Au mois de novembre 2009, une fuite d’emails dans un des centres de recherches en Angleterre a créé une sorte de « Climategate » qui n’a toutefois pas Ă©tĂ© capable de bloquer ou de minimiser le Copenhague COP15 et les conclusions du GIEC. Le GIEC Ă©touffe le dĂ©bat scientifique (non tranchĂ© par l’AcadĂ©mie des Sciences en France) et refuse la critique. Ce qui est pour le moins anti-scientifique. Le coefficient de corrĂ©lation entre tempĂ©ratures et CO2 sur 1998-2007 est de 0,02 soit le constat avĂ©rĂ© d’aucune corrĂ©lation statistique. Le cĂ©lĂšbre Ă©cologiste Maurice Strong est directeur du Climate Exchange de Chicago (CCX) et le patron du GIEC, Mr. Rajendra Pachauri figure au comitĂ© consultatif : cela ne constitue t-il pas un conflit d’intĂ©rĂȘt ? Par ailleurs, la mise en place d’une taxe carbone signifie qu’un protectionnisme empĂȘchera les pays pauvres, notamment l’Afrique d’échanger avec les pays riches, ce qui Ă©touffera leur dĂ©veloppement.

On peut douter que le systĂšme de compensation de Copenhague puisse compenser quand on connait dĂ©jĂ  l’échec de l’aide internationale depuis trois gĂ©nĂ©rations dĂ» Ă  l’inefficacitĂ© et la corruption. Les milliards qui seront dĂ©pensĂ©s pour la lutte contre le rĂ©chauffement ne seront malheureusement pas utilisĂ©s contre la famine, la pollution des eaux et les ressources aquifĂšres, c’est-Ă -dire autant de problĂšmes vitaux pour les pays en dĂ©veloppement. , Ă©conomiste, UniversitĂ© de Chicago.

Michel-François Clerin

Silence, la finance carbone va sauver le climat !

Les marchĂ©s du carbone constituent depuis les annĂ©es 1990 la rĂ©ponse majeure de politique internationale pour rĂ©soudre la crise climatique. Leur conception est un produit de la rhĂ©torique nĂ©olibĂ©rale, alors Ă  son acmĂ©, ardemment dĂ©fendue par les États-Unis lors des nĂ©gociations devant aboutir au protocole de Kyoto en 1997, que ces derniers n’ont finalement pas ratifiĂ©.

Depuis les annĂ©es 2000, l’essentiel de l’Ă©nergie de l’Union europĂ©enne s’est dĂ©ployĂ©e pour la mise en place du premier marchĂ© du carbone en 2005. L’Union est aujourd’hui le plus ferme dĂ©fenseur de cette politique, alors que le marchĂ© europĂ©en du carbone est un exemple de la volatilitĂ© et de l’instabilitĂ© du prix du carbone et de son incapacitĂ© Ă  rĂ©guler la crise climatique.

Ces marchĂ©s ont vu leur taille doubler chaque annĂ©e entre 2005 et 2008. MĂȘme s’ils ne sont pas comparables par leur taille, approximativement Ă©quivalente Ă  100 milliards de dollars, aux marchĂ©s financiers dĂ©jĂ  en place, il sont promis Ă  connaĂźtre des volumes voisins des dĂ©rivĂ©s de crĂ©dit dans une dizaine d’annĂ©es selon James Kanter du New York Times (06-07-2007).

Au bonheur des fonds spéculatifs

La « finance carbone », surtout aprĂšs les dĂ©boires de l’immobilier, a rapidement attirĂ© les fonds spĂ©culatifs, les traders du secteur de l’Ă©nergie (comme EDF trading, Shell trading, Rhodia Energy
), des entreprises industrielles comme Arcelor-Mittal et les grandes banques d’investissement, Citigroup, Goldman Sachs, CrĂ©dit suisse, BNP-Paribas, Merrill Lynch, autant d’institutions dĂ©sormais connues du grand public pour leur prudence financiĂšre et leur souci du bien commun !

Car le marchĂ© du carbone n’est pas un simple commerce de droits et crĂ©dits d’Ă©mission Ă©changĂ©s entre entreprises pour satisfaire Ă  leurs obligations. Ces titres sont en effet dĂ©tenus aussi par d’autres acteurs, dont le but est de spĂ©culer sur leur valeur. Ainsi un marchĂ© secondaire s’est rapidement dĂ©veloppĂ©, avec des spĂ©cialistes de la spĂ©culation qui Ă©laborent des produits financiers complexes, Ă  partir des savants modĂšles de produits dĂ©rivĂ©s qui ont dĂ©jĂ  fait la preuve de leur dangerositĂ©, avec le risque d’une bulle financiĂšre.

Les contrats sur des « Ă©missions Ă©vitĂ©es », qui circulent dĂ©jĂ  sur les marchĂ©s Ă  terme, portent des risques importants de ne pas ĂȘtre rĂ©alisĂ©s. Alors que la crise climatique exige une transformation rapide des modĂšles de production et de consommation les plus polluants, elle se trouve ainsi entre les mains d’opĂ©rateurs qui en ont fait une nouvelle opportunitĂ© pour s’enrichir.

Le marchĂ© des quotas d’Ă©mission (ou encore droits Ă  polluer) est trĂšs singulier, car s’y Ă©change un titre Ă©mis par les États, les droits d’Ă©mission. Une fois ces droits en circulation, le marchĂ© dĂ©termine leur distribution finale et leur prix. Mais l’Ă©change de ces droits suppose une unitĂ© commune, c’est la tonne Ă©quivalent carbone : un quota d’Ă©mission Ă©gale toujours une tonne d’Ă©quivalent carbone Ă©mise, quelle que soit son origine. De cette rĂ©duction, dĂ©coulent des consĂ©quences Ă©cologiques et sociales alarmantes.

Un étalon unique

Cet Ă©talon unique est construit sur des rĂšgles de rĂ©duction entre les diffĂ©rents gaz Ă  effet de serre, ramenĂ©s Ă  un « Ă©quivalent carbone », alors que ces derniers contribuent diffĂ©remment au rĂ©chauffement global, et qu’ils devraient avoir des traitements diffĂ©renciĂ©s. C’est le cas du mĂ©thane, largement oubliĂ©, alors que des techniques assez simples et bon marchĂ© pourraient permettre de le rĂ©cupĂ©rer, notamment dans les pays du Sud. Par ailleurs, les solutions comme les agrocarburants, le nuclĂ©aire, le stockage du carbone, qui Ă  court terme peuvent certes faire baisser les Ă©missions, reprĂ©sentent potentiellement des catastrophes Ă©cologiques et sociales futures.

De mĂȘme, en posant comme Ă©quivalents une tonne de carbone Ă©mise et un quota obtenu n’importe oĂč et n’importe comment, la dĂ©forestation de la forĂȘt primaire peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme Ă©quivalente, en termes de tonnes Ă©quivalent carbone, Ă  son remplacement par une plantation nouvelle Ă  croissance rapide, la biodiversitĂ© et les droits des peuples indigĂšnes n’entrant pas dans l’unitĂ© de compte.

Et puisque toutes les rĂ©ductions sont ainsi Ă©quivalentes, il est logique de rechercher celles au moindre coĂ»t, par le dit « mĂ©canisme de dĂ©veloppement propre » et par la compensation carbone qui autorisent les entreprises des pays industriels Ă  gagner des droits d’Ă©mission en investissant dans les pays du Sud et en s’exonĂ©rant des rĂ©ductions domestiques. Ainsi, le passage Ă  des systĂšmes de production et de consommation soutenables, se trouvent retardĂ© d’autant dans les pays les plus pollueurs. Une tonne d’Ă©quivalent carbone Ă©vitĂ©e en Éthiopie aura la mĂȘme « valeur » qu’une rĂ©duction d’une tonne en Europe ou aux États-Unis !

Le climat devient une abstraction

Le choix du développement mondial du marché du carbone, avec son unité de compte en tonne équivalent carbone, fait du climat une pure abstraction, déliée des conditions sociales, historiques et technologiques de son équilibre. Le silence actuel sur ces mécanismes écologiquement inefficaces et économiquement dangereux, inventés dans les années 1990 en pleine euphorie financiÚre pour poursuivre les logiques de croissance infinie, est inquiétant.

Il se renforce d’un silence gĂȘnĂ© portĂ© par des « entrepreneurs du bien » selon l’expression de Gunter Anders, qui, face Ă  la dĂ©route, s’inscrivent dans le « c’est tout de mĂȘme mieux que rien ». Une forme de « l’empire du moindre mal » (Jean Claude Michea). Ce silence demande Ă  ĂȘtre levĂ© si nous ne voulons pas nous rĂ©veiller douloureusement.

GeneviĂšve Azam, Conseil scientifique d’Attac.

Source: Mondialisation.ca

déc 22 2009

CIA et propagande climatique (vidéo)

Quand l’agence de Langley s’intĂ©resse Ă  la question climatique, ce n’est pas par soucis Ă©cologique mais plutĂŽt par intĂ©rĂȘt stratĂ©gique. Une nouvelle perspective amĂ©ricaine qui mĂȘle climat, Ă©conomie et espionnage…

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Le 1er Octobre 2009, Dianne Feinstein, sĂ©natrice dĂ©mocrate de Californie annonçait devant le congrĂšs amĂ©ricain l’ouverture d’un centre d’un nouveau genre : le Centre sur le changement climatique et la sĂ©curitĂ© nationale. Sa mission est d’étudier les effets du rĂ©chauffement climatique sous l’angle sĂ©curitaire. L’aspect Ă©conomique n’a pas Ă©tĂ© oubliĂ©. Le centre aidera Ă©galement les entreprises amĂ©ricaines Ă  se positionner au mieux dans un secteur en plein essor, celui des ressources naturelles. Et ce n’est pas tout, alors que les Etats-Unis ont toujours refusĂ© de se soumettre au systĂšme de surveillance mis en place par le protocole de Kyoto, le centre effectuera sa propre surveillance satellite sur les autres pays.

Cette collaboration entre la CIA et les scientifiques rĂ©vĂšlent l’intĂ©rĂȘt des Etats-Unis pour les changements Ă  venir. Bien que l’initiative soit rĂ©cente, la stratĂ©gie amĂ©ricaine, elle, est ancienne et s’inscrit dans « leur volontĂ© de domination et d’hĂ©gĂ©monie », comme le souligne David MascrĂ©, professeur de gĂ©opolitique Ă  l’Ecole des Hautes Etudes en Relations Internationales. Selon lui, « le climat est considĂ©rĂ© depuis longtemps, par les AmĂ©ricains, comme un facteur stratĂ©gique majeur ».

En effet, l’importance de la question climatique a Ă©tĂ© remise au centre des prĂ©occupations dans le 4Ăšme rapport sur la prĂ©vision des enjeux majeurs Ă  venir, rĂ©digĂ© par le service de renseignement amĂ©ricain. Dans ce document, Thomas Fingar, directeur de la CIA, Ă©voque la nĂ©cessitĂ© de mesurer l’impact de ces changements sur la puissance amĂ©ricaine du point de vue gĂ©opolitique, militaire et Ă©conomique. Il prĂ©vient Ă©galement de l’augmentation des tensions et des conflits Ă  venir dans l’accĂšs aux ressources naturelles.

Le rĂ©chauffement climatique n’est plus simplement qu’une question environnementale, c’est devenu un enjeu stratĂ©gique majeur. Un aspect qui n’est pas envisagĂ© aussi clairement en Europe oĂč le dĂ©bat demeure entre les mains des scientifiques. La surveillance du climat est confiĂ©e Ă  l’Agence Spatiale EuropĂ©enne (ESA) qui dispose du satellite ENVISAT. RelevĂ©s de tempĂ©rature des eaux, surveillance du niveau des mers et de l’état des terres Ă©mergĂ©es, le satellite europĂ©en apporte de nombreuses donnĂ©es aux scientifiques sur l’évolution du climat. Un outil qui manque toutefois de prĂ©cision concernant les Ă©missions de dioxyde de carbone, comme le prĂ©cise le directeur de la stratĂ©gie et des programmes au CNES (Centre National d’Etudes Spatiales), Didier Renaut. Et pour combler cette lacune, le CNES dĂ©veloppe son propre programme, nommĂ© Microcarb. Un programme qui pour le moment est en phase d’étude et pourrait voir le jour d’ici 4 ou 5 ans.

En attendant, pour tenter de limiter ces changements climatiques, les Etats doivent se restreindre Ă  leurs engagements pris lors du sommet de Kyoto. Car mĂȘme si tous les pays, actuellement rĂ©unis Ă  Copenhague, s’accordent sur de nouvelles mesures plus contraignantes, la question de la surveillance demeure, elle, toujours en suspend


Mounia ben AĂŻssa

déc 21 2009

Lutte contre le réchauffement climatique ou lutte contre les peuples ? (video)

La gestion du climat est prĂ©sentĂ©e comme le domaine oĂč la mise en Ɠuvre de la gouvernance mondiale ne serait plus discutable. Nous aurions tous le mĂȘme intĂ©rĂȘt, le mĂȘme devoir : sauver la planĂšte. Le consensus serait de mise, il abolirait les classes sociales et les barriĂšres idĂ©ologiques.

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Copenhague, vers une gouvernance mondiale ?

Les mĂ©dia, certains Ă©cologistes, les politiques [1] et les grands patrons de l’industrie [2] tendent Ă  accrĂ©diter l’idĂ©e que l’affaire est entendue : Le rĂ©chauffement global proviendrait de l’effet de serre engendrĂ© par le CO2 que nous envoyons Ă  profusion dans l’atmosphĂšre et nous serions tous coupables Ă  quelques degrĂ©s prĂ©s et que pour Ă©viter « l’apocalypse », il faudrait se serrer les coudes, tous ensembles, exploitĂ©s comme exploitants. Pour ce faire, les leçons de civisme vert couvrent les pages et les Ă©crans pour mettre sur le mĂȘme plan celui qui jette son papier mouchoir sur le trottoir et celui qui fait pousser des roses en Afrique avec une main d’Ɠuvre bon marchĂ© en privant d’eau potable les autochtones africains (roses qui sont ensuite transportĂ©es par avions en AmĂ©rique du nord et en Europe pour les proposer en grandes surfaces en toutes saisons.)

Le discours est maintenant au point. Il faut dĂ©passer les Ă©goĂŻsmes, il faut rĂ©duire la production, il faudrait Ă©radiquer la paysannerie. Il faudrait mĂȘme diminuer drastiquement la population. Un vert, Yves Cochet, s’en est fait le chantre en proposant de rĂ©duire les allocations familiales. Une version maoĂŻste Ă  la sauce verte. A quand le sommet de la dĂ©population ?

Pour l’instant, constatons que l’instrumentalisation de cette question par toutes les institutions nationales, le FMI, la Banque mondiale, l’Union europĂ©enne, L’OCDE, l’ONU et par la plupart des gouvernement sert Ă  justifier la mise en Ɠuvre de politiques dĂ©vastatrices qu’on nous prĂ©sente sous le label de « dĂ©veloppement durable », un terme Ă  la mode [3]. En France, sous ce prĂ©texte sera créée une taxe carbone que paieront les classes pauvres et moyennes et dont seront exclus les riches.

Certains scientifiques [4], souvent liĂ©s aux industriels eux mĂȘme liĂ©s aux politiques forment un triumvirat sociologique qui cherche par une nouvelle croisade Ă  convaincre que l’avenir est incertain, sauf de nous serrer la ceinture toujours plus.

En matiĂšre de science le scepticisme est un devoir et d’autres scientifiques qui ne considĂšrent, au contraire des prĂ©cĂ©dents, rien comme acquis (cela ne se rĂ©sume pas Ă  Claude AllĂšgre), mettent en doute cette idĂ©e de rĂ©chauffement et plus encore certains prĂ©voient au contraire un refroidissement climatique. Bien entendu, ces derniers ne rentrent pas dans la « bonne » case de la pensĂ©e unique et n’ont donc pas droit aux grands moyens d’information.

En France, pour les grands moyens d’information, tout se passe comme si les dĂ©bats sur « le Mur de Berlin », sur « l’identitĂ© française » ou sur « le rĂ©chauffement climatique » avaient Ă©tĂ© conçus comme des points de fixation, afin de dĂ©tourner l’attention des sujets fĂącheux comme la crise, le renflouement des banques, les privatisation des services publics, les dĂ©localisations, le chĂŽmage, la fermeture des hĂŽpitaux, l’attaque contre la laĂŻcitĂ©, les droits des migrants ignorĂ©s, les syndicalistes victimes de violences, etc
.

Les avancĂ©es technologiques et scientifiques qui ont fait un bond en avant au vingtiĂšme siĂšcle, plus qu’aux dix siĂšcles prĂ©cĂ©dents et les choix politiques de production ont influĂ© et influent sur les conditions environnementales, quelquefois pour les amĂ©liorer, quelquefois pour les dĂ©tĂ©riorer.

Si nous prenons l’exemple de la chimie, notons deux mouvements contradictoires parmi d’autres : Pour le positif, le progrĂšs mĂ©dical qui permet d’avoir en moyenne depuis l’an mille, en France, doublĂ© l’espĂ©rance de vie ; pour le nĂ©gatif la recherche du profit par le productivisme qui conditionne la pollution des nappes phrĂ©atiques par les nitrates, les produits phytosanitaires, notamment les herbicides, et les solvants chlorĂ©s qui mettent en cause la vie des personnes et des animaux, notamment le long des cours d’eau.

Notons que ce sont les choix Ă©conomiques et politiques qui dĂ©terminent la recherche et ensuite l’application de cette recherche.

Dans ces conditions si la planĂšte est en danger, les participants du sommet de Copenhague devraient, presque tous, comparaĂźtre devant le tribunal de l’humanitĂ©. C’est ce qu’a d’ailleurs dĂ©clarĂ© le prĂ©sident bolivien Evo Morales, pour lui les responsables du rĂ©chauffement de la planĂšte doivent indemniser leurs victimes et ĂȘtre jugĂ©s.

En effet, les misĂšres que connaĂźt notre planĂšte avec la pollution de l’air (les aliments font le tour de la terre en avions et mĂ©ga camions avant de terminer dans notre assiette), de la terre (abus de produits phytosanitaires puis agrocarburants) et des eaux (hydrocarbures notamment) proviennent toutes d’un mode de production et sa recherche de profits Ă  court terme : le mode de production capitaliste. Ce sont les dĂ©cideurs de ce systĂšme qui se sont baguenaudĂ©s Ă  Copenhague. Des pyromanes pour Ă©teindre le feu.

S’agissant du sommet de Copenhague, sans verser dans la thĂ©orie du complot, on peut lĂ©gitimement se poser quelques questions et remarquer des convergences d’intĂ©rĂȘts :

Ce sommet aurait-il eu pour but (non dĂ©clarĂ©) de faire diversion, venant ainsi en renfort des terrorismes, dont celui d’Al-Qaida ?

Ce sommet aurait-il pour but en Europe d’invalider le cadre national au profit de l’Union europĂ©enne ?

Ce sommet aurait-il pour but de crĂ©er une gouvernance mondiale (c’est complĂ©mentaire avec la prĂ©cĂ©dente question), vrai projet totalitaire qui permettrait de choisir l’avenir de sept milliards d’ĂȘtre humains sans que ceux-ci aient leur mot Ă  dire, quitte Ă  ce que ces citoyens d’un nouveau monde soient peinturlurĂ©s en martiens, couleur d’espoir comme chacun sait ?

Ce sommet aurait-il pour but d’engager une nouvelle forme de dĂ©veloppement capitaliste permettant de relancer les profits tout en diminuant l’impact de l’extraction des hydrocarbures qui Ă  l’exception de l’Arabie Saoudite se fait dans des pays peu sĂ»rs pour le capitalisme : Iran, Venezuela, Russie, voire le Soudan, l’AlgĂ©rie, le Nigeria ?

Ce sommet aurait-il pour but de permettre de juteuses opĂ©rations financiĂšres avec les Ă©changes de quotas d’émission de gaz Ă  effet de serre. En effet, les grandes banques multiplient les partenariats avec des start-up « Ă©cologiques » pour gĂ©nĂ©rer du crĂ©dit carbone. Les allocations de droits Ă  polluer sont ainsi devenues objet de spĂ©culation.

Le champion contre le réchauffement climatique, Al Gore, en est le parfait exemple. Ce spéculateur a rejoint en 2007 la société Kleiner Perkins Caufield & Byers (KPCB), une société par actions à capitaux privés. Cette société a annoncé un investissement de 500 millions de dollars dans des entreprises de technologie de mûrissage écologique appelées Green Growth Fund.

Il s’agit donc bien d’un capitalisme vert dĂ©noncĂ© par ailleurs. Les sociĂ©tĂ©s s’auto-labellisent. Tous les produits que vous achetez en grande surface ont leur label vert. Le « vert » au service de la communication commerciale.

Revenons à Copenhague, d’un point de vue capitaliste, cette diversion se justifie. Quelques remarques non exhaustives.

Socialement, la moitiĂ© de l’humanitĂ© vit au-dessous du niveau de misĂšre. Les chiffres sont terrifiants : 20 % des plus riches consomment 82,49 % de toutes les richesses de la Terre, les 20 % les plus pauvres doivent se contenter d’un minuscule 1,6 %

Selon ATTAC, les 84 individus les plus riches du monde dĂ©tiennent une richesse supĂ©rieure au PIB de la Chine et de ses 1,3 milliards d’habitants.

En France, selon l’observatoire des inĂ©galitĂ©s, un mĂ©nage sur deux a moins de 1 800 euros par mois de revenus alors que les grands patrons on des revenus annuels de 2 millions Ă  plus de 3 millions d’euros (en 2008, 3,53 millions d’euros pour le PDG de l’OrĂ©al, Jean-Paul Agon).

Pour la France mĂ©tropolitaine, selon l’INSEE, le taux de chĂŽmage s’établit Ă  9,1 %, soit prĂšs de 2,6 millions de personnes en France mĂ©tropolitaine, Ă  3,8 millions de personnes si l’on ajoute les personnes exerçant une activitĂ© rĂ©duite.

La dĂ©forestation de la forĂȘt, en Amazonie, en Afrique centrale et en IndonĂ©sie, au profit de grands groupes agro-alimentaires bat son plein. Le pillage des ressources pĂ©troliĂšres, gaziĂšres et minĂ©rales en Afrique par de grands groupes industriels oĂč les Français sont bien reprĂ©sentĂ©s (Elf, BollorĂ©, Bouygues) aussi.

Copenhague, n’a apparemment pas prĂ©vu d’annuler la dette des pays dits du Sud. Or seule l’annulation de cette dette, en plus d’un acte de justice, permettrait Ă  ces pays de financer les infrastructures nĂ©cessaires Ă  leurs dĂ©veloppements et des secteurs sociaux essentiels et donc de protĂ©ger l’environnement.

Ces quelques exemples montrent que la meilleure santĂ© de la planĂšte dĂ©pend de la santĂ© sociale de ses habitants et que si ces derniers pensent que le systĂšme n’est pas bon, ils pourraient essayer d’en changer. C’est bien pourquoi la capitalisme pour continuer son biseness Ă  un impĂ©ratif besoin de diversion pour assurer sa pĂ©rennitĂ©

S’il s’agissait de sauver la planĂšte, pourquoi ne pas ajouter Ă  la lutte contre l’effet de serre, celle contre le nuclĂ©aire Ă  des fins militaires ? Pourtant, un accident, une guerre, aurait des effets nĂ©fastes sur l’environnement et vraisemblablement sur le climat.

Le nuclĂ©aire militaire reste le symbole de la puissance et du nĂ©ocolonialisme, par exemple, IsraĂ«l par rapport Ă  la Palestine et Ă  l’Iran. Pour permettre la continuation de systĂšmes nuclĂ©aires de plus en plus sophistiquĂ©s et de plus en plus dispersĂ©s qui rapportent beaucoup aux producteurs d’armes et Ă  leurs actionnaires, la menace terroriste s’est substituĂ©e Ă  « l’empire du mal ». Pour la France : Thales, EADS, Dassault, LagardĂšre, Safran
tirent les marrons du feux. Imaginons un seul instant l’argent utilisĂ© pour le nuclĂ©aire militaire employĂ© pour des emplois permettant d’amĂ©liorer les conditions de vie sur la planĂšte [5] ?

Dans le cadre d’un autre systĂšme politique, il n’en reste pas moins, quels que soient les accords internationaux ou mesures envisagĂ©es, que la pollution dĂ©jĂ  en place ne se rĂ©duira pas d’elle-mĂȘme.

La nature nous offre la solution grĂące aux arbres et autres vĂ©gĂ©taux avides de CO2 durant toute leur croissance. Il faudra encore mixer la problĂ©matique de la pollution avec celles de la dĂ©sertification et des conditions climatiques. Il faudra donner du temps au temps ce qui est contradictoire avec le capitalisme. AprĂšs avoir arrĂȘtĂ© la dĂ©forestation, il faudra utiliser les techniques qui existent pour faire pousser (ou repousser) des arbres en plein dĂ©sert. Avec une politique au service des personnes et non l’inverse, essayons-les. Leurs rĂ©ussites dĂ©pendent d’une coopĂ©ration sans recherche de profits avec des chercheurs indĂ©pendants de la finance et de plus en plus nombreux et sous contrĂŽle de l’opinion. Pour faire vite, nous avons besoin de services publics de qualitĂ©s et auto gestionnaires.

Enfin, il faudra produire bien pour bien nourrir tous les hommes et non pour enrichir quelques-uns. Croire qu’il suffit de produire plus pour nourrir la planĂšte est un non-sens. C’est la question de l’accĂšs aux denrĂ©es alimentaires qui est essentielle. Un milliard de personnes dans le monde ont faim parce qu’elles sont trop pauvres, pas parce que l’on ne produit pas de quoi les nourrir en quantitĂ© suffisante. Pauvres, Ă  qui le plus souvent, on a pris la terre sur laquelle ils se nourrissaient pour l’utiliser Ă  d’autres fins.

Les questions environnementales n’étant pas indĂ©pendantes des systĂšmes politiques qui les gĂšrent, il faut aux peuples reconquĂ©rir leur espace politique et leur souverainetĂ©, il faut qu’ils se mobilisent, fassent pression et promeuvent des changements venus d’en bas, proposant des Ă©changes multiculturels basĂ©s sur la coopĂ©ration [6] Ă  Ă©galitĂ© de droits et de devoirs, un vĂ©ritable internationalisme et un changement de systĂšme politique (rĂ©volutionnaire s’il s’agit d’un changement de l’ordre existant dans un sens du bien commun) avec de nouvelles rĂšgles constitutionnelles donnant prioritĂ© aux citoyens. [7]. Aucun changement rĂ©el ne vient d’en haut, il viendra d’en bas, il en va de la qualitĂ© de l’environnement comme pour celui de la sĂ©curitĂ© sociale, de la dĂ©mocratie ou de la paix entre les peuples.

Vraisemblablement, nous rentrons dans un nouveau cycle oĂč les gens et notamment les personnes les plus militantes devront crĂ©er de nouveaux dispositifs horizontaux, d’échanges, de propositions et d’actions Ă  la place des dispositifs verticaux ou trop souvent les leaders institutionnalisĂ©s [8] n’ont pas les mĂȘmes soucis que la base. C’est possible dans l’hexagone comme au niveau international [9]. Alors, seulement, les hommes feront leur propre histoire . . . et amĂ©lioreront les conditions planĂ©taires.

Serge Portejoie


notes :

[1] S’agissant des politiques, le consensus semble impressionnant, de la gauche de la gauche jusqu’aux palais prĂ©sidentiels les plus Ă  droite, tous y vont de leur couplet, ce qui a encouragĂ© des retournement de vestes. Certains se positionnant Ă  la fois sur le thĂšme Ă  la mode et les Ă©lections les plus proches.

[2] A Copenhague, les grandes entreprises étaient partout : Coca cola, Mc Donalds et Calsberg ayant été particuliÚrement remarquées. Alors, que les personnes venant de pays qui jouaient leur survie dans ces délibérations se retrouvaient en marge du sommet.

[3] le terme de « dĂ©veloppement durable » qui est comprĂ©hensif et valable en soi a Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ© et sert toutes les sauces. Toutefois, ce terme a Ă©tait amorcĂ© en 1972 avec AurĂ©lio Peccel, administrateur de plusieurs multinationales Ă  l’occasion d’une rĂ©union du club dit de Rome, il fut repris par la suite en 1987 par le rapport Brundtland dans le cadre de l’ONU. Ses « parrains » auguraient mal de son avenir.

[4] En France les prévisions des climatologues du bureau politique du GIEC, répercutées et amplifiées au centuple par les journaux, les radios, les télévisions 


[5] Il est trĂšs difficile de dĂ©terminer le coĂ»t mondial de l’arme nuclĂ©aire. En plus du « secret dĂ©fense », s’ajoutent de nombreuses dĂ©penses indirectes Tout ce qu’on est sĂ»r c’est qu’il s’agit de centaines de milliards d’euros.

[6 L’ALBA, nous offre un exemple de coopĂ©ration solidaire.

[7] L’un des slogans de la manifestation du samedi 12 dĂ©cembre Ă  Copenhague (100 000 participants) Ă©tait « Changeons le systĂšme, pas le climat ». Ce slogan reflĂ©tait Ă©galement le positionnement de quelques pays, dont celui de la Bolivie qui fut remarquĂ©. Le dĂ©but du commencement d’une lutte virulente contre le capitalisme ?

[8] Ce qui n’exclut pas les responsables de partis progressistes, parmi les plus dĂ©cidĂ©s, notamment les Ă©lus de proximitĂ©.

[9] Rappelons seulement pour l’hexagone les prĂ©mices qu’à constituĂ© le rĂ©fĂ©rendum du 29 mai 2005 puis l’abstention politique massive aux derniĂšres « europĂ©ennes » qui ont dĂ©passĂ©es les clivages des partis et les ambitions personnelles ainsi que le ramdam mĂ©diatique. Des militants progressistes et rĂ©publicains, des citoyens sans Ă©tiquettes (Ă©vitons la notion de gauche dĂ©naturĂ©e et dĂ©valorisĂ©e) se retrouvent le plus souvent sur des constations, des possibles solutions. Seul un certain « suivisme » de leaders aux services des institutions capitalistes les sĂ©pare, voire les dĂ©courage. Pourtant, aujourd’hui les conditions objectives de se retrouver pour faire ensemble sont de nature Ă  favoriser le changement de sociĂ©tĂ© dont nous avons tant besoin.

déc 16 2009

Un rapport du Pentagone sur le climat annonce un refroidissement global (deuxiĂšme partie)

Voici la deuxiĂšme partie du rapport commandĂ© par le dĂ©partement de la DĂ©fense du Pentagone, qui envisage pour 2010 un brusque refroidissement du climat. Bien sĂ»r, le Pentagone ne diffuse pas ses rapports sans arriĂšres pensĂ©es, notamment sur les solutions qu’il prĂ©conise. C’est donc avec un certain recul qu’il faut prendre connaissance de ce document.

paris

Un autre scĂ©nario pour l’hĂ©misphĂšre sud

Une trĂšs grande incertitude subsiste Ă  propos du dĂ©veloppement du climat dans l’hĂ©misphĂšre sud, principalement parce que nous disposons de moins donnĂ©es palĂ©oclimatologiques que pour l’hĂ©misphĂšre nord. Les modĂšles de climat dans les rĂ©gions principales de l’hĂ©misphĂšre sud pourraient imiter ceux de l’hĂ©misphĂšre nord, devenant plus froids, plus secs et plus rudes, en raison de flux de chaleur depuis les tropiques vers l’hĂ©misphĂšre nord qui tentent d’Ă©quilibrer thermodynamiquement le systĂšme climatique. Ou alors, le refroidissement de l’hĂ©misphĂšre nord pourrait entraĂźner une augmentation de la chaleur, des prĂ©cipitations et des tempĂȘtes dans le sud, la chaleur normalement transportĂ©e loin des rĂ©gions Ă©quatoriales par les courants ocĂ©aniques se retrouvant emprisonnĂ©e et le rĂ©chauffement des gaz Ă  effet de serre continuant Ă  s’accĂ©lĂ©rer. D’une façon ou d’une autre, il n’est pas invraisemblable que le changement brusque du climat provoquera des conditions atmosphĂ©riques extrĂȘmes, touchant en mĂȘme temps plusieurs des principales rĂ©gions du monde en terme de population et d’agriculture et mettant Ă  l’Ă©preuve l’approvisionnement en nourriture, en eau et en Ă©nergie de la planĂšte.

Les régions : 2010 à 2020

Le graphique ci-dessus présente une vue simplifiée des schémas climatiques décrits dans ce scénario.

Europe. Durement frappĂ©e par le changement climatique, avec une moyenne annuelle des tempĂ©ratures qui chute de 3,3°C en moins d’une dĂ©cennie et des Ă©carts plus importants encore le long de la cĂŽte nord-ouest. Le climat en Europe du Nord-Ouest est plus froid, plus sec et plus ventĂ©, la faisant davantage ressembler Ă  la SibĂ©rie. L’Europe du sud connaĂźt de moindres changements mais souffre nĂ©anmoins par moment de  brusques refroidissements et de rapides changements de tempĂ©rature. La rĂ©duction des prĂ©cipitations fait de l’appauvrissement des sols un problĂšme dans toute l’Europe, contribuant Ă  la pĂ©nurie alimentaire. L’Europe lutte pour contenir l’Ă©migration des nations scandinaves et de l’Europe du nord Ă  la recherche de chaleur, ainsi que pour refouler l’immigration issue des pays gravement touchĂ©s en Afrique et ailleurs.

États-Unis. Un temps plus froid, plus ventĂ© et plus sec rend les saisons de culture et de rĂ©colte plus courtes et moins productives dans tous les États-Unis du nord-est, plus longues et plus sĂšches dans le sud-ouest. Les zones dĂ©sertiques sont exposĂ©es Ă  une recrudescence des tempĂȘtes, alors que les zones agricoles souffrent de l’appauvrissement des sols du fait de l’Ă©lĂ©vation de la vitesse des vents et de la rĂ©duction de l’humiditĂ© au sol. L’Ă©volution vers un climat plus sec est particuliĂšrement prononcĂ©e dans les États du sud. Comme l’Ă©lĂ©vation du niveau de l’ocĂ©an continue le long des cĂŽtes, les zones littorales qui Ă©taient en pĂ©ril pendant la pĂ©riode de rĂ©chauffement le demeurent. Les États-Unis se replient sur eux-mĂȘmes, investissant leurs ressources pour nourrir leur propre population, renforcer leurs frontiĂšres et gĂ©rer la tension mondiale croissante.

Chine. Avec ses besoins alimentaires Ă©levĂ©s Ă©tant donnĂ©e son importante population, la Chine est durement frappĂ©e Ă  cause de ses pluies de mousson devenues alĂ©atoires. Celles-ci, occasionnelles pendant la saison d’Ă©tĂ©, sont bien accueillies pour l’eau qu’elles apportent, mais elles ont des effets dĂ©vastateurs car elles inondent des sols gĂ©nĂ©ralement Ă  nu. Des hivers plus longs, plus froids et des Ă©tĂ©s plus chauds, provoquĂ©s par une diminution du refroidissement par Ă©vaporation en raison de la rĂ©duction des prĂ©cipitations, diminuent les ressources en Ă©nergie et en eau dĂ©jĂ  faibles. Une vaste famine entraĂźne le chaos et des luttes internes, alors que la Chine, froide et affamĂ©e, lorgne jalousement sur les ressources Ă©nergĂ©tiques du cĂŽtĂ© de ses frontiĂšres avec la Russie et les pays situĂ©s Ă  l’ouest.

Bangladesh. Les ouragans persistants et un niveau de la mer plus Ă©levĂ© provoquent d’Ă©normes vagues qui entraĂźnent une importante Ă©rosion cĂŽtiĂšre rendant presque inhabitable une grande part du Bangladesh. De plus, l’Ă©lĂ©vation du niveau de la mer provoque la contamination des approvisionnements d’eau douce Ă  l’intĂ©rieur des terres, crĂ©ant une pĂ©nurie d’eau potable et une crise humanitaire. Une Ă©migration massive se produit, entraĂźnant des tensions en Chine et en Inde, dĂ©jĂ  en lutte pour contrĂŽler la crise à l’intĂ©rieur de leurs propres frontiĂšres.

Afrique de l’Est. Le Kenya, la Tanzanie et le Mozambique font face au lĂ©ger rĂ©chauffement du climat, mais sont confrontĂ©s Ă  une sĂ©cheresse persistante. AccoutumĂ©s Ă  des conditions climatiques sĂšches, ces pays ont Ă©tĂ© les moins influencĂ©s par le changement des conditions atmosphĂ©riques mais, comme les principales rĂ©gions de production cĂ©rĂ©aliĂšre sont en difficultĂ©, leur approvisionnement alimentaire est mis à mal.

Australie. Principale exportatrice alimentaire, l’Australie lutte pour fournir de la nourriture Ă  toute la planĂšte, car les changements moins importants de son climat n’affectent pas sĂ©vĂšrement son agriculture. Mais les grandes incertitudes au sujet du changement de climat dans l’hĂ©misphĂšre sud rendent suspect ce scĂ©nario moins prĂ©occupant.

IMPACT SUR LES RESSOURCES NATURELLES

Les modalitĂ©s de changement du temps et des tempĂ©ratures des ocĂ©ans affectent l’agriculture, les poissons, la faune sauvage, l’eau et l’Ă©nergie. Comme les principales rĂ©gions passent d’une tendance au rĂ©chauffement Ă  une tendance au refroidissement, les rendements agricoles sont moins prĂ©visibles car ils sont touchĂ©s par des perturbations de la tempĂ©rature et de la pluviomĂ©trie ainsi que par la chute de 10 Ă  25% de la durĂ©e des saisons de culture et de rĂ©colte. Alors que quelques parasites agricoles meurent en raison des changements de tempĂ©rature, d’autres espĂšces rĂ©sistent plus aisĂ©ment Ă  la sĂ©cheresse et aux vents, requĂ©rant de nouveaux pesticides ou toute une panoplie detraitements. Les pĂȘcheurs industriels, qui disposent de droits de pĂȘche spĂ©cifiques dans des zones prĂ©cises, seront mal Ă©quipĂ©s face Ă  une migration massive de leurs proies. Ne comptant que cinq ou six rĂ©gions essentielles pour la culture cĂ©rĂ©aliĂšre dans le monde (les États-Unis, l’Australie, l’Argentine, la Russie, la Chine, et l’Inde), l’excĂ©dent de l’approvisionnement alimentaire mondial est insuffisant pour rĂ©pondre Ă  de graves conditions climatiques dans plusieurs rĂ©gions en mĂȘme temps, sans parler de quatre ou cinq Ă  la fois. L’interdĂ©pendance Ă©conomique mondiale rend les États-Unis de plus en plus vulnĂ©rables Ă  des bouleversements Ă©conomiques, créés par des variations climatiques locales dans des zones agricoles clĂ©s et Ă  forte densitĂ© de population tout autour du monde. Des carences catastrophiques dans l’approvisionnement en eau et en énergie, ressources dĂ©jĂ  sous pression aujourd’hui dans le monde, ne peuvent ĂȘtre rapidement surmontĂ©es.

IMPACT SUR LA SECURITÉ NATIONALE

La civilisation humaine s’est Ă©tablie avec la stabilisation et le rĂ©chauffement du climat de la planĂšte. Un climat instable et plus froid aurait signifiĂ© que les humains n’auraient pu ni dĂ©velopper l’agriculture, ni s’Ă©tablir de façon permanente. Avec la fin du Dryas RĂ©cent et grĂące au rĂ©chauffement et Ă  la stabilisation qui ont suivi, les humains ont puapprendre les rythmes de l’agriculture et s’Ă©tablir dans des endroits dont le climat permettait une production assurĂ©e. La civilisation moderne n’a jamais fait l’expĂ©rience de conditions climatiques aussi durablement perturbĂ©es que celles dĂ©crites dans ce scĂ©nario. En consĂ©quence, les implications sur la sĂ©curitĂ© nationale dĂ©crites dans ce rapport ne sont qu’hypothĂ©tiques. Les impacts rĂ©els varieraient considĂ©rablement selon les nuances des conditions climatiques, de l’adaptabilitĂ© de l’humanitĂ© et des dĂ©cisions prises par les politiciens.

Les violences et les perturbations dues aux pressions qu’engendrent de brusques changements climatiques, prĂ©sentent un genre de menace diffĂ©rent pour la sĂ©curité nationale que celui auquel nous sommes accoutumĂ©s aujourd’hui. La confrontation militaire peut ĂȘtre dĂ©clenchĂ©e par un besoin extrĂȘme de ressources naturelles, telles que l’Ă©nergie, la nourriture et l’eau, plutĂŽt que par des conflits liĂ©s Ă  l’idĂ©ologie, Ă  la religion ou Ă  l’honneur national. Ces nouveaux motifs de confrontation changent la donne quant à la vulnĂ©rabilitĂ© des pays et modifieraient les signaux existants qui nous avertissent des menaces pesant sur la sĂ©curitĂ©

C’est un vieux dĂ©bat d’Ă©cole que de savoir dans quelle mesure les diminutions des ressources et les dĂ©fis environnementaux conduisent Ă  des conflits entre les États. Tandis que certains les considĂšrent comme seul motif nĂ©cessaire pour une nation d’en attaquer une autre, d’autres arguent du fait que leur effet premier est d’agir comme dĂ©clencheurs de conflits entre des pays qui font face Ă  des tensions sociales, économiques et politiques prĂ©existantes. IndĂ©pendamment de cette question, il semble indĂ©niable que des problĂšmes Ă©cologiques graves sont susceptibles de faire grimper le taux de conflit mondial.

Le co-fondateur et prĂ©sident du Pacific Institute for Studies in Development, Environment, and Security (Institut Pacifique d’Études sur le DĂ©veloppement, l’Environnement et la SĂ©curitĂ©), Peter Gleick, dĂ©crit les trois dĂ©fis les plus fondamentaux que pose un brusque changement climatique vis-Ă -vis de la sĂ©curitĂ© nationale :

1.Manque de nourriture dĂ» Ă  la baisse de la production agricole

2.Diminution de la disponibilitĂ© et de la qualitĂ© de l’eau douce, due aux inondations et aux sĂ©cheresses

3.Interruption de l’accĂšs aux minerais stratĂ©giques Ă  cause du gel et des tempĂȘtes

Dans l’hypothĂšse d’un brusque changement de climat, il est probable que les contraintes liĂ©es Ă  l’accĂšs aux ressources en nourriture, en eau et en Ă©nergie seront d’abord gĂ©rĂ©es par des moyens Ă©conomiques, politiques et diplomatiques, tels que des traitĂ©s ou des embargos commerciaux. Cependant, avec le temps, les conflits sur l’utilisation de l’eau et des terres seront susceptibles de devenir plus graves et plus violents. Au fur et à mesure que le dĂ©sespoir gagnera les États, la pression pour agir se fera plus forte.

fig5

Le graphique montre comment un brusque changement climatique peut faire que la capacitĂ© de l’Ă©cosystĂšme Ă  assurer la subsistance de l’homme tombe en dessous des besoins de celui-ci, suggĂ©rant qu’une insuffisance des ressources entraĂźne une diminution de la population par la guerre, la maladie et la famine (cliquer sur l’image pour l’agrandir).

LA BAISSE DE LA CAPACITÉ DE CHARGE

Aujourd’hui, la capacitĂ© de charge, qui reprĂ©sente l’aptitude de la Terre et de ses écosystĂšmes familiers, qui incluent les systĂšmes sociaux, Ă©conomiques et culturels, à assurer la subsistance d’un nombre fini de personnes sur la planĂšte, est mise au dĂ©fi partout dans le monde. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (International Energy Agency), la demande globale de pĂ©trole augmentera de 66% dans les trente annĂ©es Ă  venir, mais la source de ces approvisionnements est peu claire. L’eau potable connaĂźt une contrainte similaire dans beaucoup de zones autour du monde. Avec 815 millions de personnes recevant des moyens de subsistance insuffisants de par le monde, certains pourraient dire que pour notre planĂšte, nous vivons bien au-dessus de notre capacitĂ© de charge, signifiant par lĂ  qu’il n’y a pas assez de ressources naturelles pour entretenir notre mode de fonctionnement.

Beaucoup considĂšrent que l’innovation technologique et un comportement adaptatif sont des moyens de contrĂŽler l’Ă©cosystĂšme mondial. En effet, c’est bien le progrĂšs technologique qui a permis d’augmenter la capacitĂ© de charge au cours du temps. À travers les siĂšcles, nous avons appris comment produire plus de nourriture, d’Ă©nergie et comment accĂ©der Ă  plus d’eau. Mais le potentiel des nouvelles technologies sera-t-il suffisant quand une crise comme celle dĂ©crite dans ce scĂ©nario se prĂ©sentera ?

Le brusque changement climatique est susceptible de pousser la capacitĂ© de charge bien au-delĂ  de ses limites dĂ©jĂ  pĂ©rilleuses. La capacitĂ© de charge a une tendance naturelle ou un besoin de se rĂ©ajuster. Alors qu’un changement brusque du climat fait baisser la capacitĂ© de charge mondiale, des guerres offensives seront menĂ©es pour l’accĂšs Ă  la nourriture, l’eau et l’Ă©nergie. Les pertes humaines dues autant Ă  la guerre qu’Ă  la famine et la maladie diminueront la taille de la population, ce qui, avec le temps, rééquilibrer la capacitĂ© de charge.

Si vous observez la capacitĂ© de charge au niveau d’une rĂ©gion ou d’un État, il est Ă©vident que les nations disposant d’une capacitĂ© de charge Ă©levĂ©e, comme les États-Unis et l’Europe de l’ouest, sont susceptibles de s’adapter plus efficacement aux brusques changements climatiques, car par rapport Ă  la taille de leur population, elles ont plus de ressources Ă  solliciter. Cela peut provoquer une aggravation aiguĂ« des tensions entre ceux qui possĂšdent et ceux qui sont dĂ©munis et causer du ressentiment envers les nations dont la capacitĂ© de charge est plus Ă©levĂ©e. Comme les nations les plus riches ont tendance Ă  employer plus d’Ă©nergie et Ă  Ă©mettre dans l’atmosphĂšre plus de gaz Ă  effet de serre comme le CO2, cela peut conduire Ă  les montrer du doigt et Ă  les blĂąmer. Moins important que les preuves, scientifiquement Ă©tablies, qu’il existe une relation entre les émissions de CO2 et le changement climatique, est la perception des pays touchĂ©s et les actions qu’ils entreprennent.

LE LIEN ENTRE LA CAPACITÉ DE CHARGE ET LA GUERRE

Steven LeBlanc, archĂ©ologue de Harvard et auteur d’un nouveau livre intitulĂ© Carrying Capacity (La capacitĂ© de charge) dĂ©crit le rapport entre celle-ci et la guerre. Se basant sur d’abondantes donnĂ©es archĂ©ologiques et ethnologiques, LeBlanc argue du fait qu’historiquement les humains ont organisĂ© et menĂ© des guerres pour des raisons variĂ©es, y compris pour les ressources et l’environnement. Les humains combattent quand ils dĂ©passent la capacitĂ© de charge de leur environnement naturel. Chaque fois qu’il y a un choix entre mourir de faim et piller, les humains pillent. Depuis la chasse et la cueillette, au sein des tribus agricoles, dans les territoires sous l’autoritĂ© d’un chef jusqu’aux premiĂšres sociĂ©tĂ©s complexes, 25% de la population masculine adulte meure quand une guerre Ă©clate.

La paix s’instaure lorsque la capacitĂ© de charge augmente, comme cela a Ă©tĂ© le cas avecl’invention de l’agriculture, une bureaucratie efficace, l’ouverture du commerce à l’exportation et les percĂ©es technologiques. Des pertes humaines Ă  grande Ă©chelle, comme celles dues Ă  la peste, installent aussi des temps de paix – comme en Europe aprĂšs les grandes pestes et en AmĂ©rique du Nord chez les populations indigĂšnes aprĂšs que les maladies europĂ©ennes les eurent dĂ©cimĂ©es (c’est la diffĂ©rence entre l’Ă©chec de la colonie de Jamestown et le succĂšs de Plymouth Rock). Mais de telles pĂ©riodes d’apaisement sont de courte durĂ©e car la population augmente rapidement, se heurtant à nouveau Ă  la capacitĂ© de charge, et la guerre reprend. En effet, au cours des millĂ©naires la plupart des sociĂ©tĂ©s se sont dĂ©finies elles-mĂȘmes selon leur aptitude Ă  faire la guerre et la culture guerriĂšre s’est profondĂ©ment enracinĂ©e. Les sociĂ©tĂ©s les plus combatives sont celles qui ont survĂ©cu.

Les deux rĂ©actions les plus probables, face Ă  une baisse soudaine de la capacitĂ© de charge due Ă  un changement climatique, sont dĂ©fensives et offensives. Les États-Unis et l’Australie vont probablement faire de leurs pays des forteresses dĂ©fensives, car ils disposent de ressources et de rĂ©serves pour assurer leur autosuffisance. GrĂące Ă  la diversitĂ© de leurs sols et leurs climats, Ă  leur richesse, leurs technologies et leurs ressources abondantes, les États-Unis pourraient sans doute survivre sans pertes catastrophiques Ă  des cycles de culture agricole rĂ©duits ainsi qu’à des conditions climatiques difficiles. Les frontiĂšres seront renforcĂ©es autour du pays pour maintenir au-dehors les immigrants affamĂ©s indĂ©sirables en provenance des CaraĂŻbes (un problĂšme particuliĂšrement grave), du Mexique et de l’AmĂ©rique du Sud.

L’approvisionnement Ă©nergĂ©tique sera garanti grĂące Ă  des alternatives coĂ»teuses (Ă©conomiquement, politiquement et moralement) comme le nuclĂ©aire, les Ă©nergies renouvelables, l’hydrogĂšne et de nouveaux contrats passĂ©s avec le Moyen-Orient. Des conflits usants Ă  propos des droits de pĂȘche, des subventions Ă  l’agriculture et des aides aux dĂ©gĂąts des catastrophes deviendront monnaie courante. La tension entre l’AmĂ©rique et le Mexique monte lorsque les États-Unis dĂ©noncent le traitĂ© de 1944 qui garantit l’Ă©coulement de l’eau venant du fleuve Colorado. Des professionnels de l’assistance humanitaire seront recrutĂ©s pour assurer les secours face aux inondations le long de la partie sud de la cĂŽte est et pour faire face Ă  des conditions beaucoup plus sĂšches à l’intĂ©rieur des terres. Cependant, mĂȘme dans cet Ă©tat d’urgence permanent, les États- Unis seront en bien meilleure posture que d’autres. Le problĂšme insurmontable auquel sera confrontĂ©e la nation sera d’apaiser la tension militaire internationale croissante.

Lorsque la famine, les maladies, les catastrophes liĂ©es Ă  la mĂ©tĂ©o frappent, provoquĂ©s par le brusque changement climatique, les besoins de beaucoup de pays excĂ©deront leurs capacitĂ©s de subsistance. Cela crĂ©era un sentiment de dĂ©sespoir, susceptible de mener Ă  de violentes agressions visant Ă  restaurer l’Ă©quilibre. Imaginez les pays d’Europe de l’est, luttant pour nourrir leurs populations et dont l’approvisionnement en nourriture, en eau et en Ă©nergie est en chute libre, lorgnant sur la Russie, dont la population est dĂ©jĂ  en baisse, pour accĂ©der Ă  ses ressources cĂ©rĂ©aliĂšres, son minerai et son Ă©nergie. Ou figurez-vous le Japon, souffrant d’inondations le long de ses villes cĂŽtiĂšres et de la contamination de ses provisions d’eau douce, convoitant les rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz de l’Ăźle russe de Sakhaline, afin d’alimenter en Ă©nergie ses usines de dessalement et ses productions agricoles trĂšs consommatrices d’Ă©nergie. Envisagez le Pakistan, l’Inde et la Chine – tous Ă©quipĂ©s d’armes nuclĂ©aires – se dĂ©chirant Ă  leurs frontiĂšres Ă  propos des rĂ©fugiĂ©s, de l’accĂšs Ă  des riviĂšres communes et des terres arables.

Les pĂȘcheurs espagnols et portugais pourraient s’opposer Ă  propos des droits de pĂȘche, ce qui conduit Ă  des affrontements en mer. Et des pays incluant les États-Unis vont probablement renforcer la sĂ©curitĂ© de leurs frontiĂšres. Avec plus de 200 bassins fluviaux communs Ă  de multiples nations, il faut s’attendre Ă  des conflits pour l’accĂšs Ă  l’eau potable, pour l’irrigation et le transport fluvial. Le Danube touche douze nations, le Nilen concerne neuf et l’Amazone sept.

Dans ce scĂ©nario, nous pouvons nous attendre Ă  des alliances de circonstance. Les États- Unis et le Canada pourraient devenir un seul et mĂȘme pays, simplifiant le contrĂŽle desfrontiĂšres. Ou bien le Canada pourrait garder pour lui sa puissance hydroĂ©lectrique et poser des problĂšmes Ă©nergĂ©tiques aux États-Unis. Les deux CorĂ©es pourraient s’unir pour crĂ©er une entitĂ© au savoir-faire technologique et disposant de l’arme nuclĂ©aire.

L’Europe pourrait agir en tant que bloc unifiĂ© pour limiter les problĂšmes d’immigration entre les nations europĂ©ennes et organiser sa protection contre des agresseurs. La Russie, avec ses abondantes ressources en minerais, pĂ©trole et gaz naturel pourrait sejoindre Ă  l’Europe.

Dans ce monde d’États belligĂ©rants, la prolifĂ©ration d’armes nuclĂ©aires est inĂ©vitable. Les rĂ©serves existantes d’hydrocarbure s’amenuisent alors que le refroidissement du climat fait grimper la demande. Avec la pĂ©nurie des sources d’Ă©nergie et le besoin croissant d’y accĂ©der, le nuclĂ©aire deviendra une source d’Ă©nergie essentielle, ce qui accĂ©lĂšrera la prolifĂ©ration nuclĂ©aire, les pays dĂ©veloppant leur capacitĂ© à l’enrichissement et au retraitement [des matiĂšres radioactives] pour garantir leur sĂ©curitĂ© nationale. La Chine, l’Inde, le Pakistan, le Japon, la CorĂ©e du Sud, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne auront tous l’arme nuclĂ©aire, de mĂȘme qu’IsraĂ«l, l’Iran, l’Égypte et la CorĂ©e du Nord.

ContrĂŽler les tensions militaires et politiques, les incidents occasionnels et la menace de guerre, ce sera le dĂ©fi. Les pays tels que le Japon, qui ont un niveau Ă©levĂ© de cohĂ©sion sociale (oĂč le gouvernement peut engager avec efficacitĂ© la population Ă  changer de comportement), sont les plus Ă  mĂȘme d’y parvenir. Les pays dont la diversitĂ© produit dĂ©jĂ  des conflits, tels que l’Inde, l’Afrique du Sud et l’IndonĂ©sie, auront du mal à maintenir l’ordre. L’adaptabilitĂ© et l’accĂšs aux ressources seront dĂ©terminants. Le dĂ©fi le plus frustrant que posera le brusque changement de climat tiendra peut-ĂȘtre en ce que nous ne saurons jamais jusqu’Ă  quel point du scĂ©nario de changement climatique nous sommes parvenus et combien d’annĂ©es, 10, 100, 1000… seront encore nĂ©cessaires avant un certain retour Ă  des conditions plus chaudes avec un redĂ©marrage de la circulation thermohaline. Quand la capacitĂ© de charge chute soudainement, la civilisation est confrontĂ©e Ă  de nouveaux dĂ©fis qui paraissent aujourd’hui inimaginables.

CECI POURRAIT-IL VRAIMENT ARRIVER ?

Les scientifiques spĂ©cialistes des ocĂ©ans, de la terre et de l’atmosphĂšre, appartenant aux organisations internationales les plus prestigieuses, ont rĂ©vĂ©lĂ© de nouveaux indices au cours de la dĂ©cennie passĂ©e, qui suggĂšrent que la probabilitĂ© d’un important et rapide changement climatique est plus Ă©levĂ©e que ce que la majeure partie de la communauté scientifique et peut-ĂȘtre toute la communautĂ© politique ne sont prĂȘts Ă  envisager. S’il se produit, ce phĂ©nomĂšne rompra la tendance actuelle de rĂ©chauffement gĂ©nĂ©ral, ajoutant à la complexitĂ© et au manque de prĂ©visibilitĂ© du climat. Et une preuve palĂ©oclimatique suggĂšre qu’un changement aussi brusque du climat pourrait commencer dans un proche avenir.

L’Institut OcĂ©anographique de Woods Hole rapporte que les mers entourant l’Atlantique Nord sont devenues moins salĂ©es au cours des quarante derniĂšres annĂ©es, ce qui a pour effet de rafraĂźchir le fond de l’ocĂ©an dans l’Atlantique Nord. Cette tendance pourrait prĂ©parer le terrain Ă  un effondrement ou un ralentissement du courant ocĂ©anique et Ă  un brusque changement climatique.

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Le graphique ci-dessus met en Ă©vidence l’imminence possible d’un effondrement de la circulation thermohaline, l’Atlantique Nord Ă©tant de plus en plus rafraĂźchi par les mers qui l’entourent, devenues moins salĂ©es au cours des quarante derniĂšres annĂ©es (cliquer sur l’image pour l’agrandir).

Avec au moins huit brusques changements climatiques rĂ©pertoriĂ©s dans les relevĂ©s gĂ©ologiques, il semble qu’il vaille mieux s’interroger sur quand cela se passera, quelles en seront les rĂ©percussions et comment nous pouvons nous y prĂ©parer au mieux, plutĂŽt que de savoir si cela va vraiment avoir lieu.

SOMMES-NOUS PRÉPARÉS À CE QUE L’HISTOIRE SE RÉPÈTE À NOUVEAU ?

Tous les journaux de la planĂšte participent aujourd’hui au dĂ©bat sur l’impact de l’activité humaine sur le changement du climat. Puisque la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique est liĂ©e à l’utilisation de l’Ă©nergie et aux Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, on impute souvent au progrĂšs Ă©conomique d’ĂȘtre Ă  l’origine d’un changement du climat. D’autres signes suggĂšrent que le changement de climat peut se produire indĂ©pendamment de l’activité humaine, comme l’attestent les Ă©vĂ©nements climatiques survenus avant l’avĂšnement de la sociĂ©tĂ© moderne.

Il est important de comprendre les impacts humains sur l’environnement, autant ce qui est susceptible d’accĂ©lĂ©rer que de ralentir, voire mĂȘme d’inverser la tendance en matiĂšre de changement climatique. Les carburants alternatifs, le contrĂŽle des Ă©missions de gaz à effet de serre et les mesures de prĂ©servation sont des efforts qui valent la peine. De plus, nous devrions nous prĂ©parer aux effets inĂ©vitables d’un brusque changement du climat, qui surviendra probablement indĂ©pendamment de l’activitĂ© humaine.

Voici quelques recommandations prĂ©liminaires pour prĂ©parer les États-Unis Ă  un brusque changement de climat :

1. AmĂ©liorer les modĂšles de prĂ©vision climatique. Davantage de recherches devraient ĂȘtre conduites pour que les prĂ©visions portant sur le changement du climat soient plus fiables. Il faut approfondir la comprĂ©hension du rapport entre le comportement des ocĂ©ans et le changement de climat. Ces recherches devraient se concentrer sur les forces actuelles, passĂ©es et Ă  venir, dans le but d’accroĂźtre notre comprĂ©hension d’un brusque changement de climat, comment il peut intervenir etcomment nous saurons qu’il se produit.

2. Assembler des modĂšles prĂ©visionnels complets des rĂ©percussions du changement climatique. Des recherches consĂ©quentes devraient ĂȘtre menĂ©es sur les possibles consĂ©quences Ă©cologiques, Ă©conomiques, sociales et politiques du brusque changement climatique. Des modĂšles et des scĂ©narios sophistiquĂ©s devraient ĂȘtre dĂ©veloppĂ©s pour prĂ©voir les situations qui se produiront localement.

Un systĂšme devrait ĂȘtre conçu pour identifier comment le changement de climat peut affecter la rĂ©partition et gestion globale du pouvoir social, Ă©conomique et politique. Ces analyses peuvent ĂȘtre employĂ©es pour attĂ©nuer les causes potentielles de conflits avant qu’ils ne se produisent.

3. CrĂ©er une Ă©chelle de mesure de la vulnĂ©rabilitĂ©. Des critĂšres devraient ĂȘtre recensĂ©s pour apprĂ©hender la vulnĂ©rabilitĂ© d’un pays aux rĂ©percussions du changement de climat. Ces critĂšres peuvent inclure l’impact climatique sur les ressources agricoles, aquifĂšres et minĂ©rales, le savoir-faire technique, la cohĂ©sionsociale et l’adaptabilitĂ©.

4. Identifier des stratĂ©gies « sans regrets ni remords ». Des stratĂ©gies sĂ»res devraient ĂȘtre identifiĂ©es et mises en application pour garantir un accĂšs fiable aux approvisionnements alimentaires et Ă  l’eau et pour assurer la sĂ©curitĂ© nationale.

5. PrĂ©parer des rĂ©ponses adaptatives. Un ensemble de mesures adaptativesdevrait ĂȘtre mis en place pour rĂ©pondre et se prĂ©parer aux Ă©vĂ©nements inĂ©vitables engendrĂ©s par le climat, telles que les migrations massives, les maladies et lesĂ©pidĂ©mies, les carences d’approvisionnement en nourriture et en eau.

6. Étudier les implications locales. Les premiers effets du changement de climat sont locaux. Tandis que nous pouvons anticiper des changements de la frĂ©quence, de la rĂ©sistance et de la nuisance des parasites, ainsi que les changements de la productivitĂ© agricole, il convient de regarder de prĂ©s oĂč et dans quelles conditions spĂ©cifiques cela arrive pour savoir de quels parasites il s’agit, quelles rĂ©coltes et quelles rĂ©gions sont vulnĂ©rables, et Ă  quel point les rĂ©percussions seront graves. De telles Ă©tudes devraient ĂȘtre entreprises en particulier dans les rĂ©gions d’importance stratĂ©gique pour la production de nourriture.

7. Explorer des options gĂ©o-technologiques de contrĂŽle du climat. Aujourd’hui, il est plus facile de chauffer que de refroidir le climat, ainsi il pourrait ĂȘtre possible d’ajouter divers gaz Ă  l’atmosphĂšre, tels que des carbones hydrofluorĂ©s, pour compenser les effets du refroidissement. De telles actions devraient ĂȘtre évidemment Ă©tudiĂ©es avec soin, car elles risquent d’aggraver les conflits entre lesnations.

CONCLUSION

Il est tout Ă  fait plausible que d’ici Ă  une dĂ©cennie un changement brusque et imminent du climat devienne une Ă©vidence claire et sĂ»re. Il est Ă©galement possible que nos modĂšles nous permettent de mieux en prĂ©voir les consĂ©quences. Dans cette perspective, les États-Unis devront prendre des mesures d’urgence pour empĂȘcher et attĂ©nuer certains des impacts les plus importants. L’action diplomatique sera nĂ©cessaire pour rĂ©duire au minimum la probabilitĂ© de conflit dans les zones les plus touchĂ©es, les CaraĂŻbes et l’Asie tout particuliĂšrement. Cependant, dans ce scĂ©nario, des mouvements de population massifs sont inĂ©vitables. Apprendre Ă  contrĂŽler ces populations, les tensions qui surgissent aux frontiĂšres et les rĂ©fugiĂ©s qui en rĂ©sultent, deviendra primordial. De nouvelles formes d’accords de sĂ©curitĂ©, portant spĂ©cifiquement sur l’Ă©nergie, la nourriture et l’eau, seront Ă©galement nĂ©cessaires. En bref, alors que les États-Unis eux-mĂȘmes s’en sortiront mieux et ont une meilleure capacitĂ© adaptative, ils se retrouveront dans un monde oĂč l’Europe luttera intĂ©rieurement, confrontĂ©e Ă  des flots de rĂ©fugiĂ©s se dĂ©versant sur ses rivages, et oĂč l’Asie traversera une grave crise par rapport Ă  l’eau et Ă  la nourriture. Bouleversements et conflits seront les caractĂ©ristiquesendĂ©miques de la vie.

Source originale en anglais : Abrupt Climate Change

An Abrupt Climate Change Scenario and Its
Implications for United States National

Traduction : Paxhumana.info

juin 03 2009

De l’abĂątardissement des masses occidentales par la culture amĂ©ricaine

Par Régis Mex

« Tu seras solitaire parce que la culture est aussi une prison. »
Aldous Huxley

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Souvent, nous sommes habituĂ©s Ă  n’envisager que les menaces que nous percevons dans notre environnement extĂ©rieur. Nous craignons souvent que nos sociĂ©tĂ©s occidentales soient surclassĂ©es par les nouvelles puissances orientales, que des tensions ne nous prĂ©cipitent dans un conflit avec une faction Ă©trangĂšre, que nos Ă©lites financiĂšres et politiques ne nous envoient elles-mĂȘmes dans le gouffre. Nous mĂ©prisons, et Ă  juste titre, les guerres quelles qu’elles soient et ceux qui les provoquent. Mais nous sous-estimons trop souvent l’ampleur dĂ©vastatrice de ce que les amĂ©ricains appellent le « soft power », qui est dĂ©fini comme la capacitĂ© d’un acteur politique – comme un État, une firme multinationale, une ONG, une institution internationale (comme l’ONU ou le FMI) voire un rĂ©seau de citoyens (comme le mouvement altermondialiste) – d’influencer indirectement le comportement d’un autre acteur ou la dĂ©finition par cet autre acteur de ses propres intĂ©rĂȘts Ă  travers des moyens non coercitifs (structurels, culturels ou idĂ©ologiques). Cette sĂ©duction du citoyen par des moyens culturo-idĂ©ologiques, que son effet soit perçu consciemment ou non, est principalement encouragĂ©e par les Etats-Unis, et ce de façon croissante depuis une trentaine d’annĂ©es.

Le problĂšme est que la culture que nous vendent les amĂ©ricains est souvent des plus… infectes. Et plus elle l’est, mieux elle semble passer auprĂšs de la moyenne du public europĂ©en, les jeunes Ă©tant les plus concernĂ©s. Au fur et Ă  mesure que nos sociĂ©tĂ©s « s’amĂ©ricanisent », nous sommes non seulement plus vulnĂ©rables Ă  la perte de notre identitĂ© nationale et de nos valeurs sĂ©culaires, mais la gangrĂšne intellectuelle qui rĂšgne aux Etats-Unis nous contamine de Ă©galement de plus en plus gravement. Voici le rĂ©sumĂ© semi-amusant semi-inquiĂ©tant d’une Ă©tude Ă  propos du niveau moyen de gĂ©ographie des jeunes amĂ©ricains :

DĂ©pĂȘche de l’AFP du 3 mai 2006 :

« La majoritĂ© des jeunes AmĂ©ricains sont nuls en gĂ©ographie et sont incapables, par exemple, de situer l’Irak sur une carte, selon une Ă©tude effectuĂ©e pour la revue National Geographic.

Cette Ă©tude, rĂ©alisĂ©e par l’Institut Roper auprĂšs de 510 jeunes ĂągĂ©s de 18 Ă  24 ans, montre Ă©galement que les jeunes AmĂ©ricains connaissent assez mal leur propre pays, la moitiĂ© d’entre eux Ă©tant incapables d’identifier sur une carte New York ou l’Etat de l’Ohio et 30% estimant que les Etats-Unis comptent entre 1 milliard et 2 milliards d’habitants.

La moitiĂ© des personnes interrogĂ©es estiment qu’il est « important mais pas absolument nĂ©cessaire » de savoir situer un pays ou de parler une langue Ă©trangĂšre, a indiquĂ© l’Institut Roper mardi. La majoritĂ© des personnes interrogĂ©es, a Ă©galement relevĂ© l’Institut, ne se montrait pas prĂ©occupĂ©e par ces lacunes en gĂ©ographie.

Alors que des soldats amĂ©ricains se trouvent en Irak depuis mars 2003 et que ce pays fait la Une des mĂ©dias amĂ©ricains depuis maintenant plus de trois ans, 63% des personnes interrogĂ©es sont incapables de situer ce pays sur une carte. 75% ne savent pas non plus oĂč se trouvent IsraĂ«l et l’Iran. »

La situation intellectuelle et culturelle aux Etats-Unis est malheureusement bien plus grave encore que ce que montre cet article. Pour ceux qui comprennent l’anglais, la vidĂ©o ci-dessous oĂč des amĂ©ricains sont interrogĂ©s au hasard dans la rue est Ă©loquente :

Quant Ă  l’enseignement primaire et secondaire, qui est l’un des plus mauvais du monde (il y a en fait un grand contraste avec l’enseignement universitaire amĂ©ricain, qui, lui, est rĂ©putĂ© excellent) et dont la qualitĂ© a souffert d’une dĂ©gradation stupĂ©fiante sous la prĂ©sidence de George Bush. Voici un graphique tirĂ© de Zeitgeist et quelques chiffres :

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« Au dĂ©but des annĂ©es 1980, l’enseignement primaire et secondaire souffrait de graves dĂ©fauts : le niveau des Ă©lĂšves Ă©tait plutĂŽt mauvais et la violence faisait partie du quotidien. Les inĂ©galitĂ©s liĂ©es au statut social et Ă  l’origine ethnique Ă©taient trĂšs marquĂ©es. On accusait frĂ©quemment le corps professoral pour ces mauvais rĂ©sultats. C’est le rapport Nation at Risk (1983) qui fait prendre conscience des Ă©checs du systĂšme Ă©ducatif amĂ©ricain. »

« En 2000, 68 millions d’amĂ©ricains Ă©taient scolarisĂ©s. En 1967, la moitiĂ© des adultes avaient fait des Ă©tudes secondaires ; le chiffre est passĂ© Ă  61 % en 2000, 61% des adultes avaient fait des Ă©tudes secondaires. »

Qui plus est, comme nous l’avons dit prĂ©cĂ©demment, l’adoption de la culture amĂ©ricaine par les pays europĂ©ens leur font petit Ă  petit perdre leur identitĂ©, du fait qu’ils intĂšgrent des Ă©lĂ©ments d’une culture Ă©trangĂšre mais ne redynamisent pas la leur pour qu’elle puisse s’imposer tant sur le sol national qu’au niveau international. Elle a donc tendance Ă  mourir Ă  petit feu, en emportant avec elle une certaine partie de l’Ăąme du pays dont elle provient. En atteste cet article de Vigile.net:

« La nouvelle a Ă©tĂ© sur toutes les lĂšvres depuis que le magazine Time en a fait l’annonce : la culture française dĂ©cline. La littĂ©rature française n’a plus d’impact, quasiment nulle en littĂ©rature, guĂšre plus, tout bien pesĂ©, que son théùtre ou son cinĂ©ma. Et l’article Ă©nonce son verdict. La culture française dĂ©cline car elle est dĂ©sormais indigne d’intĂ©rĂȘt.

Le Time magazine a aussi fait ample Ă©cho au cours de l’annĂ©e Ă  la fameuse scĂšne lors du Miss America Pageant. On a demandĂ© Ă  une concurrente, miss Upton, comment se faisait-il que les AmĂ©ricains, dans leur vaste majoritĂ©, Ă©taient incapables de situer les Etats-Unis d’AmĂ©rique sur une carte.

« C’est sans doute parce qu’ils n’ont pas de carte », a-t-elle rĂ©pondu.

On pourrait ajouter au commentaire de la belle madame Upton : « S’ils jugent indignes d’intĂ©rĂȘt de situer leur pays sur une mappemonde, ils ne doivent pas trouver d’Ă©nergie supplĂ©mentaire pour apprĂ©cier la culture française. »

Il faut noter Ă©galement que le prototype de sensibilitĂ© a changĂ© depuis trente ans et que cela touche aussi le cinĂ©ma. À force d’ĂȘtre hyper-stimulĂ©, le public a perdu des façons plus subtiles de percevoir. On a fait une expĂ©rience par exemple en prĂ©sentant de vieux films de Jean-Luc Godard Ă  de jeunes publics de vingt Ă  trente-deux ans. Tous habituĂ©s aux jeux vidĂ©o, aux sonogrammes qui signalent les bons coups dans les joutes, aux trames sonores des films, plusieurs se dirent effarĂ©s par les silences utilisĂ©s par ce cinĂ©aste. »

C’est dans ce contexte de surstimulation que le Time annonce le dĂ©clin de la culture française. L’auteur de l’article a presque l’air de s’en fĂ©liciter comme si aprĂšs la dinde on ne pouvait pas souhaiter mieux. »

« Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’Histoire nous enseigne. »

Aldous Huxley

Une chose est sĂ»re : la dignitĂ© humaine la plus Ă©lĂ©mentaire n’est pas innĂ©e chez tout un chacun, et le seul moyen d’y remĂ©dier en partie est de vivifier la vie intellectuelle de son pays et en ressuscitant la culture en lui donnant de nouvelles formes de noblesse. Mais comme tout le monde le sait, c’est l’inverse qui a lieu. La culture Ă©mane bien plus, de nos jours, des multinationales que des initiatives d’un État et de ses intellectuels. De fait, celle-ci se rĂ©sume au « McDonald and Coca-Cola’s way of life ». Elle ne se contente pas seulement de faire perdre au citoyen les sens plus subtils que les cinq organiques, mais s’applique Ă©galement Ă  atrophier ces derniers en encourageant les gens Ă  manger de plus en plus mal, ce qui rend leur santĂ© plus fragile pour le plus grand bonheur des industries pharmaceutiques et leur personnalitĂ© plus grossiĂšre encore. On est ce que l’on pense tout comme on est ce que l’on mange.

En outre, les nouvelles gĂ©nĂ©rations semblent de plus en plus apprĂ©cier de faire vanitĂ© de leurs vices, et adopter les aspects les plus grossiers et Ă©goĂŻstes de l’homme comme seule rĂ©alitĂ© de l’existence. Le rejet des anciennes valeurs, qu’elles soient liĂ©es Ă  la hiĂ©rarchie dans la famille ou Ă  la religion, est le principal responsable de cela. Certaines coutumes ridicules disparaissent Ă  juste titre, mais les valeurs conduisant au respect, Ă  la luciditĂ©, Ă  la volontĂ© de dĂ©passement de soi-mĂȘme et autre ont aussi fortement tendance Ă  subir cet aveugle processus. Le mouvement de masse n’est effectivement pas dotĂ© d’assez de subtilitĂ© pour distinguer ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, et se contente de rejeter tout en bloc parce qu’il assimile certains Ă©lĂ©ments d’une mentalitĂ© au restant de tous les aspects de cette derniĂšre. Il se bĂątit ensuite sur les valeurs opposĂ©es Ă  celles qu’il a dĂ©truit.

DĂ©sormais, on ne respecte plus celui qui aime connaĂźtre et comprendre les choses de la vie, mais on le discrĂ©dite et le craint, car le mouvement de masse considĂšre comme plus appropriĂ© de profiter seulement de l’excitation des sens que procure certaines choses de la vie. De fait, on passe du rĂ©flĂ©chi au pur ressenti, et on tente d’accentuer ce dernier de la façon la plus forte et la plus grossiĂšre qui soit, c’est-Ă -dire en recourant aux alcools et aux drogues pour pimenter les joies d’une existence qui s’avĂšre dĂšs lors bien inutile…

La discipline, la pudeur et la sagesse sont abandonnĂ©es au profit de ce qui procure plus de sensations. Les chances d’accĂ©der Ă  la sagesse et Ă  une attitude digne sont elles-mĂȘmes rĂ©duites Ă  nĂ©ant par la destruction des facultĂ©s plus subtiles de percevoir les rĂ©alitĂ©s du monde, puisqu’on ne considĂšre dĂ©sormais plus que ce qui est purement tangible et matĂ©riellement accessible, soit ce que l’on peut voir, toucher, sentir, entendre et goĂ»ter comme seule rĂ©alitĂ©.

Les gĂ©nĂ©rations passĂ©es considĂ©raient volontiers l’argent comme source premiĂšre de pouvoir, mĂȘme si l’on peut se demander avec justesse quelle importance a le moyen d’avoir du pouvoir si l’on ne dispose pas des connaissances appropriĂ©es pour savoir comment bien s’en servir. Or, les jeunes d’aujourd’hui semblent se sentir peu concernĂ©s par les dignes perspectives d’avenir ; leur personnalitĂ© est si affaiblie par leur environnement extĂ©rieur que la majoritĂ© d’entre eux est plus que jamais disposĂ©e Ă  embrasser une mentalitĂ© d’esclave. Ce n’est pas tant que la volontĂ© de pouvoir leur manque, mais ils sont tellement perdu dans le tourbillon de leurs sens qu’ils n’ont aucune idĂ©e de ce qu’avoir sa destinĂ©e en main signifie vraiment.

« Ce n’est pas un gage de bonne santĂ© que d’ĂȘtre bien intĂ©grĂ© dans une sociĂ©tĂ© profondĂ©ment malade.« 

J.Krishnamurti

Les nouveaux courants culturels sont Ă©galement nombreux Ă  rĂ©clamer plus de « libertĂ© ». AprĂšs tout, ne sommes-nous pas en dĂ©mocratie ? Mais qu’est-ce au juste que la libertĂ© ? D’aprĂšs le Larousse 2007, la libertĂ© est l’Ă©tat de quelqu’un qui n’est pas soumis Ă  la servitude, et peut donc agir sans entraves. Mais ne naĂźt-il pas un certain danger en officialisant une dĂ©finition aussi vague ?

En effet, si les conditions dans lesquelles nous nous sentons libres sont celles oĂč nous pouvons faire ce que nous voulons, exaucer le moindre de nos dĂ©sirs, peut-on considĂ©rer qu’une telle libertĂ© appliquĂ©e chez tous aura des effets bĂ©nĂ©fiques sur la sociĂ©tĂ© ? Il paraĂźt clair que non, car cette « libertĂ© » serait synonyme de chaos et conduirait rapidement Ă  une forme de servitude des plus perverses.

Comme le dit le dicton populaire « ta libertĂ© s’arrĂȘte lĂ  oĂč commence celle d’autrui », on ne peut plus parler de libertĂ© si l’exercice des dĂ©sirs d’une personne empĂȘche un autre individu d’ĂȘtre en condition de garder son confort et sa propre libertĂ©. Pour prendre un exemple simple, on ne pourra pas parler d’exercice de la libertĂ© si un habitant empĂȘche son voisin de dormir en faisant hurler de la musique en pleine nuit pour contenter son simple plaisir.

Il paraĂźt donc bien plus rĂ©aliste de dire que la libertĂ© est la facultĂ© qui permet Ă  un individu de faire des choix qui permettent la satisfaction des besoins qui garantissent sa dignitĂ©, tout en respectant la dignitĂ© d’autrui. Karl Jaspers disait que « Lorsqu’on mutile la libertĂ© de l’homme, cette libertĂ© que Dieu a créée et qui se rapporte Ă  lui, on mutile prĂ©cisĂ©ment ce par quoi Dieu, indirectement, s’annonce. ». Il n’en reste pas moins que des conditions d’existence aussi fragiles sont difficiles Ă  faire appliquer au plus grand nombre…

Et c’est bien parce que cette difficultĂ© relĂšve carrĂ©ment de l’impossibilitĂ© que notre sociĂ©tĂ© est plongĂ©e dans un plus grand chaos civil qu’autrefois. La majoritĂ© des gens confondent malheureusement les deux façons d’aborder la libertĂ© que nous avons citĂ©es ; une libertĂ© plus chaotique et Ă©goĂŻste, et une autre respectueuse des lois de la vie et de son entourage, qui est la seule qui soit digne de porter le nom de libertĂ©. Une libertĂ© qui a pour seul objectif la satisfaction sans entraves de tous les dĂ©sirs de l’individu n’est effectivement pas une libertĂ©, mais une forme de servitude. En effet, en s’habituant Ă  rĂ©pondre systĂ©matiquement Ă  leurs moindres envies sans considĂ©ration morale, les gens qui agissent ainsi deviennent esclaves d’eux-mĂȘmes, de leurs propres pulsions. Ainsi, en plongeant dans l’esclavage du dĂ©sir et de l’Ă©goĂŻsme, ils deviennent de plus en plus incapables d’avoir recours Ă  des façons plus subtiles de percevoir que les cinq sens, telles que la rĂ©flexion, l’empathie ou l’intuition.

Dans leur addiction, ils exigent de plus en plus de « libertĂ©s », qui les rendront encore plus esclaves d’eux-mĂȘmes, alors qu’ils ne se sont mĂȘme pas attachĂ©s Ă  cultiver leurs libertĂ©s fondamentales, comme le disait Sören Kierkegaard : « Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertĂ©s qu’ils possĂšdent, mais rĂ©clament celles qu’ils ne possĂšdent pas ». Mais puisqu’ils ont de la libertĂ© la dĂ©finition qu’elle est ce qui permet d’agir sans entraves, ils se pensent libres. Or, comme le disait Johann Wolfgang Von Goethe, « Nul n’est plus dĂ©sespĂ©rĂ©ment esclave que celui qui croit le plus faussement ĂȘtre libre ». Alors, ces « esclaves » empoisonnent la sociĂ©tĂ© qui devient de plus en plus chaotique au fur et Ă  mesure qu’elle est rongĂ©e par ce type de pensĂ©e. Ces nouveaux « esclaves » sont si dĂ©connectĂ©s des rĂ©alitĂ©s du monde et de la nature qu’un profond malaise finit par accompagner leur existence dĂ©pravĂ©e, malaise qui s’exprime par de nouveaux faits de criminalitĂ© et de dĂ©linquance de mĂȘme qu’une consommation accrue de drogues et d’alcools dans l’optique d’Ă©chapper aux souffrances causĂ©es par sa propre perdition au lieu de les affronter.

Ces conditions sont alors un terreau fertile Ă  l’Ă©tablissement d’une dictature implicite. Les « esclaves » sont perdus dans une cĂ©citĂ© si profonde et une bestialitĂ© telle qu’ils n’ont cure des problĂšmes de leur pays et encore moins de ceux du monde. Ils se contentent alors de faire tourner le moteur de la sociĂ©tĂ© de consommation en achetant de façon compulsive une quantitĂ© de choses dont la majoritĂ© d’entre elles ne servira qu’Ă  les pousser encore plus profondĂ©ment dans le matĂ©rialisme dans lequel ils se confortent et dont ils ne veulent surtout pas sortir car il serait trop douloureux de prendre conscience qu’ils ont bĂąti leur vie sur une erreur. Repoussant par instinct de survie tout ce qui pourrait le leur faire apparaĂźtre clairement, ils deviennent plus mallĂ©ables que jamais par tous les dĂ©cideurs en matiĂšre de politique et d’Ă©conomie qui emmĂšnent ce troupeau dans le sens qu’ils dĂ©sirent en lui promettant de conserver son innocence en n’inondant les moutons qui constituent ce troupeau que de mensonges qui concordent avec leur simplicitĂ© d’esprit. AndrĂ© Maurois disait que « Les abus de la libertĂ© tueront toujours la libertĂ© ». Un dictateur bien connu, Benito Mussolini, avait lui-mĂȘme dĂ©clarĂ© « Il y a des libertĂ©s ; la libertĂ© n’a jamais existĂ© ». RabindranĂ th Tagore, lui, a dit tout aussi justement que « Il est aisĂ© d’Ă©craser, au nom de la libertĂ© extĂ©rieure, la libertĂ© intĂ©rieure de l’homme ». Platon Ă©crivait dĂ©jĂ  Ă  son Ă©poque, dans « La RĂ©publique », que « si les citoyens n’ont plus de respect envers la sociĂ©tĂ© dans laquelle ils vivent, si les enfants ne respectent plus l’autoritĂ© de la hiĂ©rarchie familiale, alors, un pas dĂ©cisif vers la tyrannie a Ă©tĂ© franchi ».

« Les consĂ©quences de nos actions sont des Ă©pouvantails pour les lĂąches, et des rayons de lumiĂšre pour les sages. »

Aldous Huxley

Pour ce qui est de l’enseignement, il semble que ceux qui en ont la responsabilitĂ© soient dĂ©sireux d’Ă©tablir un certain fossĂ© entre l’enseignement primaire/secondaire et l’enseignement supĂ©rieur. L’Ă©cart s’agrandit donc entre les 15% de la population qui ont eu accĂšs Ă  des Ă©tudes universitaires et les 85 autres %, ce qui contribue Ă  faciliter la domination implicite ou explicite des 15% sur les 85%. En effet, cette majoritĂ© de la population aura Ă©tĂ© bien peu Ă©duquĂ©e lors de leurs Ă©tudes secondaires, car mĂȘme dans la section gĂ©nĂ©rale, le programme proposĂ© est plus infantilisant qu’instructif. Ainsi, nombre d’Ă©lĂšves qui terminent leurs humanitĂ©s Ă  18 ans restent trĂšs insuffisamment formĂ©s Ă  la citoyennetĂ© et ont un niveau de culture mĂ©diocre, car les programmes scolaires n’ont jamais prĂ©tendu les Ă©duquer sur ces sujets pourtant importants, mais avaient plutĂŽt pour objectif d’en faire de bonnes machines Ă  travailler rĂ©ceptives aux attentes de l’État et des entreprises. Seuls ceux qui se sont cultivĂ©s sur le cĂŽtĂ© et ceux qui ont eu accĂšs par la suite Ă  des Ă©tudes universitaires ont pu atteindre un bon niveau d’instruction. MalgrĂ© tout, le niveau de notre enseignement reste l’un des plus Ă©levĂ©s au monde… Et c’est presque inquiĂ©tant puisque bien peu de matiĂšres abordĂ©es contribuent rĂ©ellement Ă  construire la personnalitĂ© de l’Ă©lĂšve sur de bonnes bases. En outre, ne doutons pas que les rĂ©sultats de sondages sur les connaissances gĂ©ographiques de jeunes français ne varieraient pas significativement des mĂ©diocres rĂ©sultats amĂ©ricains… Comment pourrait-on arriver Ă  une sociĂ©tĂ© juste et bien bĂątie si 85% de la population ne comprend pas suffisamment notre sociĂ©tĂ© et n’en connaĂźt pas assez d’aspects dĂ©cisifs ? Comment faire en sorte que ces 85% de la population ne soient pas extrĂȘmement mallĂ©ables et ne se laissent toujours manipuler par les politiciens et les entreprises pour en arriver Ă  un rĂ©sultat qui rĂ©jouit ces derniers mais dĂ©savantage tout Ă  fait les gens qui leur ont permis d’en arriver lĂ  ?

« L’idĂ©alisme est la noble toge dont les hommes politiques drapent leur volontĂ© de puissance. »

Aldous Huxley

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

mai 30 2009

Historique des événements importants de manipulation monétaire

Régis Mex

La crĂ©ation monĂ©taire par le crĂ©dit commercial est la forme la plus importante de crĂ©ation monĂ©taire et l’escompte est le mĂ©canisme qui accompagne automatiquement l’essentiel de la crĂ©ation de biens rĂ©els. Ainsi, l’Ă©quation fondamentale monnaie = richesses rĂ©elles est assurĂ©e. La crĂ©ation monĂ©taire opĂ©rĂ©e lors des opĂ©rations d’escompte est bel et bien parallĂšle Ă  la crĂ©ation de richesses rĂ©elles. Car derriĂšre toute traite Ă©mise et escomptĂ©e, il ne peut y avoir que production de biens. Par ce biais, d’un cĂŽtĂ© on met donc en circulation les produits pendant que de l’autre cĂŽtĂ© on crĂ©e l’argent nĂ©cessaire pour les faire circuler.

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Mais cette Ă©galitĂ©, qui a toujours Ă©tĂ© au coeur de l’Ă©quilibre Ă©conomique, et qui l’est chaque jour davantage, est bien fragile. Si elle est rompue, les pires catastrophes peuvent se produire, notamment l’inflation ou la dĂ©flation. On parle d’inflation (du latin inflare, gonfler) lorsque la masse monĂ©taire augmente plus vite que la production. Il y a trop de monnaie par rapport aux biens: les prix augmentent (ou, ce qui revient au mĂȘme, la monnaie se dĂ©prĂ©cie). La dĂ©flation est au contraire une contraction, un « dĂ©gonflement » de la masse monĂ©taire. Dans ce cas, les prix baissent.

La brouette et les poireaux: l’hyperinflation allemande

L’exemple le plus spectaculaire d’inflation eut lieu dans l’Allemagne de Weimar, dans les annĂ©es 1920. Tout au long de l’aprĂšs-guerre, les prix augmentent en Allemagne plus qu’ailleurs. Au cours de l’Ă©tĂ© et de l’automne 1923, la hausse des prix connaĂźt une envolĂ©e hyperbolique. Les prix flambent de jours en jours, puis d’heure en heure. La Banque centrale allemande n’a mĂȘme pas le temps d’imprimer de nouveaux billets: on les surcharge avec des zĂ©ros supplĂ©mentaires Ă  coups de tampon. Les mĂ©nagĂšres vont faire les courses avec des brouettes remplies de billets et reviennent avec quelques poireaux. Les ouvriers sont payĂ©s deux fois par jour: ainsi, Ă  midi, ils peuvent faire quelques courses et Ă©viter l’inflation de l’aprĂšs-midi.

On raconte l’histoire d’un journaliste amĂ©ricain arrivant en Allemagne: il n’a qu’un dollar en poche et dĂ©sire dĂźner. Il entre dans un restaurant et demande si on peut lui servir quelque chose pour un dollar. On lui sert un repas gargantuesque. AprĂšs le dessert, alors qu’il est en train de fumer un cigare, il est surpris de voir le garçon lui apporter une entrĂ©e. ÉtonnĂ©, il demande la raison de cette prolongation curieuse de son repas. « Le dollar vient encore d’augmenter », rĂ©pondit simplement le garçon. Les chiffres parlent d’eux-mĂȘmes. En 1919, 1 dollar valait 14 marks. Fin novembre 1923, ce mĂȘme dollar valait la bagatelle de 4 200 000 000 000 marks. Oui, vous avez bien lu: quatre mille deux cent milliards de marks !

Étalon monĂ©taire ou talon d’Achille ? (Les problĂšmes monĂ©taires internationaux)

Admettons que, grĂące Ă  la puissance de l’État et Ă  sa crĂ©dibilitĂ©, une monnaie soit acceptĂ©e et utilisĂ©e dans un pays. Mais que se passe-t-il dĂšs qu’on sort des frontiĂšres et qu’on achĂšte ou vend des produits Ă  l’Ă©tranger ? Il est Ă©vident qu’un vendeur ne voudra accepter un paiement que s’il est effectuĂ©e dans sa monnaie, la seule qu’il connaisse. L’acheteur, lui, n’aura pour payer que la monnaie utilisĂ©e dans son pays. Un problĂšme Ă©pineux se pose donc: celui du change.

Écartons pour le moment l’existence d’un moyen de paiement commun Ă  l’acheteur et au vendeur, ou reconnu par les deux. Cela a existĂ© et cela existe: le pĂ©trole se paie aujourd’hui en dollars, mais c’est une exception. La rĂšgle veut plutĂŽt que les contrats soient signĂ©s dans la monnaie du vendeur et que l’acheteur paie dans cette mĂȘme monnaie. Il doit donc s’adresser Ă  sa banque pour une opĂ©ration de change.

On voit immĂ©diatement la question dĂ©licate qui doit ĂȘtre rĂ©glĂ©e: quelle est la valeur de l’autre monnaie ? Dans l’histoire, on a connu trois systĂšmes rĂ©glant le problĂšme du change ou de la paritĂ© entre monnaies: l’Ă©talon-or, l’Ă©talon change or et les changes flottants.

L’Ă©talon-or

Le Royaume-Uni promulgue en 1817 le Gold Standard Act. La loi stipule que chaque livre vaut quelque 8 grammes d’or. Ce systĂšme, appuyĂ© par la domination incontestĂ©e de l’Angleterre dans les domaines Ă©conomique, monĂ©taire et financier s’Ă©tend au monde entier comme rĂ©fĂ©rence. DĂšs lors, le problĂšme du change et de la paritĂ© entre monnaies trouve une solution simple. Chaque pays possĂšde une masse monĂ©taire et un stock d’or. Le rapport masse monĂ©taire/stock d’or donne la paritĂ© or de la monnaie. Le taux de change entre monnaies est fixĂ© par une simple rĂšgle de trois: si la livre vaut 8 grammes d’or et que le franc en vaut 4, alors la livre vaut 2 francs. Enfantin.

Parité or et échanges commerciaux

Dans ces conditions, les Ă©changes se dĂ©roulent sans encombre. Imaginons que France et Angleterre aient des Ă©changes Ă©quilibrĂ©s: dans ce cas, l’entreprise anglaise qui importe demande Ă  sa banque mettons 200 francs, qui vont lui coĂ»ter 100 livres. De l’autre cĂŽtĂ© de la Manche, l’entreprise française qui importe demande 100 livres qui lui coĂ»tent 200 francs. Si les Ă©changes sont Ă©quilibrĂ©s, deux autres entrepriss expriment une demande contraire de mĂȘme montant. Dans ce cas, les banques Ă  qui les entreprises s’adressent ont exactement de quoi satisfaire les demandes en devises de leurs clients.

Imaginons qu’il n’y ait qu’une banque. Lorsque le client anglais, importateur de produits français, vient lui demander 200 francs, elle lui donne les 200 francs que le client français, acheteur de produits anglais, lui a donnĂ© pour acheter les 100 livres dont elle a besoin.

Ainsi, offre et demande de devises dans les deux pays sont identiques. Les francs restent en France et les livres en Angleterre. Les masses monĂ©taires des deux pays ne varient pas, ni leurs rĂ©serves en or. Masses monĂ©taires stables, stock d’or stables: la paritĂ© entre les deux monnaies reste la mĂȘme. Tirons-en cette conclusion: si les Ă©changes extĂ©rieurs d’un pays sont Ă©quilibrĂ©s, la paritĂ© de sa monnaie ne varie pas.

Que se passe-t-il si ce n’est pas le cas ? Simplifions: si un pays achĂšte plus qu’il ne vend, la mĂ©canique ci-dessus ne joue qu’Ă  hauteur de la partie des importations couverte par des exportations. Et le reste ? Et le dĂ©ficit ? LĂ , il n’y a qu’une possibilitĂ©: sortir de l’or. Soit pour payer le vendeur directement, soit pour acheter sa devise et le payer avec celle-ci. Mais la sanction est immĂ©diate: le pays dĂ©ficitaire a moins d’or et sa monnaie est dĂ©prĂ©ciĂ©e, dĂ©valuĂ©e. Pourquoi ? Parce ce que dans le pays il y a autant de monnaie en circulation, mais cette monnaie est dĂ©sormais garantie par moins d’or: sa paritĂ© or baisse. Et si le pays a un excĂ©dent commercial, c’est le contraire. Tirons-en cette conclusion: lorsqu’un pays a un dĂ©ficit commercial, sa monnaie se dĂ©value; lorsqu’il a un excĂ©dent, elle se réévalue.

Gardons en tĂȘte ce principe, car il est valable pour tous les systĂšmes monĂ©taires.

Punition et rééquilibrage

Ces mĂ©canismes ont un sens Ă©conomique prĂ©cis. Un pays qui a un dĂ©ficit commercial est sanctionnĂ© par la baisse de sa monnaie. ConcrĂštement, cela signifie qu’il est « puni ». Punition immĂ©diate, impitoyable. Avec la baisse de sa monnaie, tous les produits Ă©trangers lui coĂ»tent plus cher. ParallĂšlement, ses produits deviennent moins chers pour les Ă©trangers. En clair, le pays s’appauvrit. Pour avoir la mĂȘme quantitĂ© de produits Ă©trangers, il doit cĂ©der une plus grande quantitĂ© de ses produits. Son travail, ses terres, son patrimoine, toutes ses richesses sont dĂ©prĂ©ciĂ©es. Mais quelle faute est la sienne ? Une faute impardonnable: il a moins donnĂ© qu’il n’a pris aux autres: il a eu plus besoin des autres que les autres n’ont eu besoin de lui. En clair, il a vĂ©cu au-dessus de ses moyens.

C’est la dure loi du marchĂ©. Mais si le marchĂ© est dur il sait se monter magnanime. La punition de ce pays frivole est aussi le moyen de sa rĂ©demption. S’il comprend la leçon et sait en tenir compte, tout devrait rentrer dans la normalitĂ©. Les produits Ă©trangers sont devenus plus chers ? Qu’Ă  cela ne tienne: le pays devra en consommer moins. Ses produits sont devenus moins chers ? Tant mieux: il pourra en vendre plus. Ainsi, si la logique est respectĂ©e, la balance commerciale devrait se rééquilibrer.

Au cours de la PremiĂšre Guerre mondiale, le systĂšme de l’Ă©talon-or, qui s’Ă©tait bĂąti au XIXe siĂšcle autour de la puissance britannique, vole en Ă©clats et un autre systĂšme se met en place.

Des monnaies pivots

Les pays europĂ©ens ont connu au cours de la guerre, en sus des autres, un double malheur monĂ©taire: leurs masses monĂ©taires, exagĂ©rĂ©ment gonflĂ©es par le recours massif des États au crĂ©dit, ont littĂ©ralement explosĂ©. ParallĂšlement, leurs stocks d’or ont fondu. Les AmĂ©ricains avaient beau ĂȘtre les alliĂ©s de la France et de l’Angleterre, ils n’acceptaient en paiement de leurs armes, de leur nourriture et de leurs marchandises que de l’or en barres. Au dĂ©but des annĂ©es 1920, la vĂ©ritĂ© apparaĂźt dans toute sa cruautĂ©: les deux tiers de l’or mondial qui, avant la guerre, se trouvait en Europe sont dĂ©sormais aux États-Unis. En Europe, il ne reste que la moitiĂ© de l’or de 1914, mais les masses monĂ©taires sont multipliĂ©es par sept ! Dans ces conditions, plus question d’Ă©talon-or (sauf pour les États-Unis, bien sĂ»r).

Une drĂŽle de confĂ©rence monĂ©taire se tient Ă  GĂȘnes en 1922, qui va donner naissance Ă  un drĂŽle de systĂšme. Á GĂȘnes, les AmĂ©ricains sont absents. Depuis la victoire des rĂ©publicains aux Ă©lections, le mot d’ordre est Ă  l’isolationnisme: les affaires du monde ne les intĂ©ressent plus. Á l’inverse, la Russie soviĂ©tique est lĂ , on se demande pourquoi. Dans le dĂ©sarroi ambiant, on imagine un systĂšme palliant l’impossibilitĂ© de bon nombre de pays de revenir Ă  la paritĂ© or et Ă  la convertibilitĂ© de leur monnaie: ils n’ont qu’Ă  utiliser les devises convertibles en or comme garantie et Ă©talon de valeur de leur monnaie. Ainsi, toutes les monnaies se trouvent rattachĂ©es Ă  l’or; certaines directement, d’autres indirectement, en passant par des monnaies pivots.

C’est ce systĂšme qu’on appelle alors l’Ă©talon change or (Gold Exchange Standard). Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce systĂšme bĂątard ne satisfait personne. Surtout pas la France et l’Angleterre qui, ayant gagnĂ© la guerre et Ă©tant Ă  la tĂȘte de deux empires coloniaux s’Ă©tendant sur la planĂšte entiĂšre, se voyaient mal ravalĂ©es au rang de puissances monĂ©taires de banlieue. LĂ©nine n’avait-il pas d’ailleurs dit: « La dĂ©valuation est l’arrĂȘt de mort du capitalisme ? ». Et la dĂ©valuation Ă©tait bien lĂ . La livre et le franc n’Ă©taient que l’ombre de ce qu’elles Ă©taient en 1914.

« La dĂ©cision la plus catastrophique »

Dans le systĂšme de GĂȘnes, tout pays en ayant les moyens pouvait revenir Ă  la convertibilitĂ© de sa monnaie. L’Ă©goĂŻsme et la prĂ©tention des vainqueurs fit le reste. En 1925, Churchill dĂ©crĂ©ta le retour de la livre Ă  la paritĂ© or et, qui plus est, avec la mĂȘme valeur qu’en 1914. J.K. Galbraith devait dire que ce fut « la dĂ©cision la plus radicalement dĂ©sastreuse des temps modernes en matiĂšre monĂ©taire ».

Un tel jugement mĂ©rite quelques explications. Pour revenir Ă  la paritĂ© or de 1914, le gouvernement britannique a dĂ» pratiquer une politique durement dĂ©flationniste. Compte tenu de la situation anglaise de l’aprĂšs-guerre, cela signifiait « dĂ©gonfler » la masse monĂ©taire, la rĂ©duire. Comment s’y est-il pris ? En augmentant les taux d’intĂ©rĂȘt d’abord, en pratiquant un strict Ă©quilibre budgĂ©taire ensuite, c’est-Ă -dire en limitant les dĂ©penses de l’État et en augmentant les recettes, ce qui veut dire alourdir impĂŽts et taxes. Socialement, cette politique s’est traduite par des conflits sociaux trĂšs durs, notamment la cĂ©lĂšbre grĂšve des mineurs de 1926, le conflit le plus ravageur de l’histoire britannique. Mais le jugement sĂ©vĂšre de Galbraith sous-entend que la dĂ©cision de Churchill eut un impact bien plus dĂ©vastateur encore que cela.

Probablement faut-il chercher lĂ  une des causes essentielles d’une des crises les plus dramatiques de l’histoire: la crise de 1929. L’attachement Ă  la paritĂ© or des monnaies fut en effet le dogme le mieux partagĂ© des annĂ©es 1920. Les États-Unis s’y sont tenus avec rigueur, les Anglais y ont sacrifiĂ© leur croissance dĂšs 1925 et la France n’a pas Ă©tĂ© en reste publique dĂšs 1926 elle s’est lancĂ©e dans la mĂȘme politique aboutissant au retour de la paritĂ© or avec le franc PoincarĂ© en 1928. Or, la crise de 1929 a Ă©tĂ© une crise dĂ©flationniste, caractĂ©risĂ©e par la contraction de la masse monĂ©taire, la baisse des prix, des salaires, de la production et de l’emploi. Les politiques de rigueur monĂ©taire des annĂ©es 1920 ont probablement fait le lit de la catastrophe de 1929. Milton Friedman lui-mĂȘme qualifie la politique monĂ©taire des États-Unis Ă  la veille de la crise d’ »ineptie ». C’est dire…

Bretton Woods et l’Ă©talon dollar

AprĂšs la DeuxiĂšme Guerre mondiale, les vainqueurs absolus, les États-Unis, ont visiblement retenu la leçon. Le systĂšme qu’ils mettent en place en 1944 Ă  la confĂ©rence de Bretton Woods sous entend la volontĂ©, totalement exclue en 1919, d’assumer pleinement leur rĂŽle de puissance dominante. Le projet du reprĂ©sentant britannique, un certain J.M. Keynes, est rapidement Ă©cartĂ©. Ce projet Ă©tait fondĂ© sur la crĂ©ation d’une monnaie internationale: le bancor. Fi de la monnaie internationale spĂ©cifique, cette monnaie existe dĂ©jĂ : c’est le dollar.

Le systĂšme mis en place est encore un Ă©talon change or, mais cette fois-ci, la seule monnaie convertible en or est le dollar. La devise amĂ©ricaine devient ainsi le pilier d’un systĂšme solide, tenu par des rĂšgles strictes, enfin en accord avec la situation rĂ©elle.

Les parités fixes

Le dollar est convertible en or sur la base d’une paritĂ© de 35 dollars l’once et les autres monnaies sont thĂ©oriquement rattachĂ©es Ă  l’or par l’intermĂ©diaire du dollar. Le systĂšme de change entre monnaies est un systĂšme de paritĂ©s fixes. La valeur du change est dĂ©finie une bonne fois pour toutes: seule une variation de + ou -1% est autorisĂ©e. Au-delĂ , les pays doivent entamer une procĂ©dure complexe de dĂ©valuation ou de réévaluation. Les banques centrales des diffĂ©rents pays sont tenues d’intervenir sur le marchĂ© des changes pour Ă©viter des variations excessives, c’est-Ă -dire supĂ©rieures Ă  1%. Comment font-elles ? C’est simple: si leur monnaie a tendance Ă  monter, elles doivent en vendre. Si elle a tendance Ă  baisser, elles doivent en acheter.

ConcrĂštement, si le mark monte au-delĂ  de 1%, la Bundesbank doit vendre des marks; si le franc baisse au-delĂ  de 1%, la Banque de France doit acheter des francs. Ainsi l’Ă©quilibre entre l’offre et la demande sera rĂ©tabli et la paritĂ© de la monnaie prĂ©servĂ©e. Mais un problĂšme se pose ici: oĂč les banques centrales vont-elles chercher les devises nĂ©cessaires pour ces interventions ? Si tout va bien, elles peuvent puiser dans leurs rĂ©serves de change constituĂ©es par l’accumulation des devises issues d’un commerce extĂ©rieur excĂ©dentaire. Sinon, elles doivent demander des prĂȘts Ă  un organisme ad hoc: le Fonds monĂ©taire international (FMI).

Le roi dollar

Dans ce systĂšme, le dollar a un rĂŽle privilĂ©giĂ©. Seule monnaie convertible en or, il devient as good as gold (aussi bon que l’or). Le systĂšme des paritĂ©s fixes fait par ailleurs de la monnaie amĂ©ricaine l’outil privilĂ©giĂ© des interventions sur le marchĂ© des changes. Deux bonnes raisons pour faire du dollar la monnaie de rĂ©serve privilĂ©giĂ©e.

Ce n’est pas tout. Étant la monnaie pivot, le dollar jouit de deux prĂ©rogatives princiĂšres: la premiĂšre est que le risque de change si on utilise le dollar pour les paiements internationaux est moindre. Voyons comment. Le risque de change est la possibilitĂ© de payer plus cher que prĂ©vu un produit achetĂ© Ă  l’Ă©tranger. Dans le commerce international, comme dans toute forme de commerce entre entreprises, les paiements se font par traite. On signe un contrat aujourd’hui, on paie dans un mois, deux mois, plus Ă©ventuellement. Le contrat Ă©tant stipulĂ© dans la monnaie du vendeur, l’acheteur peut, au moment oĂč il va Ă  la banque acheter des devises, payer ces devises plus cher si leur cours a augmentĂ©.

Dans le systĂšme de Bretton Woods, chaque monnaie peut, sur une pĂ©riode donnĂ©e, varier de + ou -1% par rapport au dollar. Si on compte bien, en tout, on a une possibilitĂ© de variation de 2%. Si, pour les besoins du commerce, on doit passer, par exemple, du franc au mark, le risque de change est de 4% (2% de baisse totale du franc +2% de hausse totale du mark). Si on utilise le dollar, le risque est limitĂ© Ă  2%, c’est-Ă -dire la variation maximale autorisĂ©e entre une monnaie quelconque et le dollar. Cette raison, avec d’autres, a fait du dollar la monnaie la plus utilisĂ©e dans les Ă©changes internationaux.

L’autre privilĂšge du dollar est Ă©galement liĂ© Ă  sa nature de pivot du systĂšme. Les États-Unis, en effet, font l’Ă©conomie d’interventions dispendieuses sur le marchĂ© des changes pour garantir la paritĂ© du dollar. Comment est-ce possible ? Si le franc baisse, par exemple, la Banque de France achĂšte des francs. Avec quoi ? Des dollars entre autre. La Banque de France Ă©vite ainsi que le dollar ne s’apprĂ©cie exagĂ©rĂ©ment. Si le mark monte, la Bundesbank va en vendre. Contre quoi ? Des dollars probablement. La Banque centrale allemande empĂȘche donc que le dollar baisse. Ce sont ainsi les banques centrales du monde entier qui s’occupent de la sale besogne. C’est tout bĂ©nĂ©fice pour la FED, la Banque centrale amĂ©ricaine !

Eurodollars et capitaux fébriles

La consĂ©quence de ce systĂšme ne s’est pas fait attendre. Le dollar est devenu, et reste, la monnaie la plus utilisĂ©e dans les Ă©changes internationaux, bien au-delĂ  des Ă©changes amĂ©ricains. Le pĂ©trole, c’est bien connu, se paie en dollars. il est devenu Ă©galement une monnaie de rĂ©serve pour bon nombre d’États et, in fine, s’est en quelque sorte Ă©mancipĂ© de son crĂ©ateur pour devenir eurodollar. Les eurodollars sont des dollars qui circulent en dehors des États-Unis. On doit leur nom au code d’une banque soviĂ©tique ( »eurobank ») qui la premiĂšre a dĂ©tenu des comptes en dollars (le rouble n’ayant jamais Ă©tĂ© acceptĂ© pour les Ă©changes avec l’Occident).

Ainsi, une masse colossale de billets verts s’est mise Ă  circuler Ă  travers le monde, se dĂ©plaçant d’un pays Ă  l’autre au grĂšs d’opĂ©rations lĂ©gales ou illĂ©gales (la drogue et les armes se paient en dollars) dans un but qui s’est affirmĂ© comme dĂ©finitivement prioritaire: la spĂ©culation. Le systĂšme a parfaitement fonctionnĂ© pendant une vingtaine d’annĂ©es. Il a notamment permis une extraordinaire croissance des Ă©changes mais, Ă  partir de la fin des annĂ©es 1960, Bretton Woods s’est transformĂ© en un monstre ingĂ©rable. Pour les États-Unis et pour le monde.

Fluctuat et agitatur: les changes flottants

Ce qui Ă©tait arrivĂ© aux monnaies europĂ©ennes Ă  cause de la guerre arrive Ă©galement aux États-Unis, en pleine paix. la masse de dollars, gonflĂ©e par l’essor des Ă©changes et par une demande toujours inassouvie, finit par dĂ©passer allĂ©grement sa couverture en or. Dans le deuxiĂšme moitiĂ© des annĂ©es 1960, des esprits malins ou clairvoyants, dont la France du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, comprennent que la paritĂ© or du dollar ne va pas pouvoir ĂȘtre maintenue Ă©ternellement. Ils se sont mettent donc Ă  demander la conversion de leurs dollars en or. Les États-Unis doivent faire face Ă  une vĂ©ritable hĂ©morragie. Et une ultime et calamiteuse tentative de retour Ă  la paritĂ© or de la livre (dĂ©cidĂ©ment…) fait basculer le monde dans le cauchemar.

En 1971, pour la premiĂšre fois, la balance commerciale amĂ©ricaine devient dĂ©ficitaire. Le dollar ne peut que baisser. Sa paritĂ© or devient intenable. Le 15 aoĂ»t, Nixon proclame l’inconvertibilitĂ© du dollar. Tous ceux qui s’Ă©taient accrochĂ©s Ă  une monnaie as good as gold sont servis.

Le désordre monétaire international

Les annĂ©es 1970 commencent par la longue agonie du systĂšme monĂ©taire qui avait scellĂ© la domination amĂ©ricaine. Elles s’achĂšvent par la rĂ©affirmation de cette mĂȘme domination, mais de maniĂšre bien plus perverse.

Le systĂšme de Bretton Woods est attaquĂ© de toutes parts. Son pilier, le dollar, s’effrite: dĂ©tachĂ© de l’or, il plonge au fur et Ă  mesure que les États-Unis sombrent dans une des pĂ©riodes les plus noires de leur histoire. Chocs pĂ©troliers, dĂ©faite au Vietnam, Watergate et, pour finir, la rĂ©volution iranienne. Les paritĂ©s fixes ne tiennent pas face aux mouvements spĂ©culatifs puissants. Le FMI n’a plus de devises Ă  prĂȘter, on essaie de lui inventer une nouvelle monnaie de rĂ©fĂ©rence: les droits de tirages spĂ©ciaux (DTS): c’est l’Ă©chec.

En 1973, on effectue un replĂątrage du systĂšme: les marges de variations sont Ă©largies (+ ou – 2,25%), mais ça ne fait qu’exciter la spĂ©culation. Les monnaies faibles (livre, franc, livre) sont dĂ©valuĂ©es Ă  rĂ©pĂ©tition. Les monnaies fortes (mark, yen, franc suisse) s’envolent. En 1976, Ă  la confĂ©rence de la JamaĂŻque, on prend le taureau par les cornes: les paritĂ©s fixes sont abandonnĂ©es, l’or est dĂ©finitivement dĂ©monitisĂ©. Il faut dire que sur le marchĂ©, il ne se nĂ©gocie plus Ă  35 mais Ă  500 dollars l’once !

Les changes flottants

Bretton Woods est mort et enterrĂ©. Les gouvernements abandonnent une partie perdue d’avance: on ne peut plus contrĂŽler le cours des monnaies. Le professeur Friedman et les Ă©conomistes libĂ©raux tiennent lĂ  leur premiĂšre victoire: dĂ©sormais, c’est le marchĂ©, et lui seul, qui va fixer la valeur des monnaies. Leur cours va varier quotidiennement selon les variations de l’offre et de la demande. La marchĂ© des changes brasse dĂ©sormais quotidiennement plus de capitaux que la Bourse elle-mĂȘme. Le dollar touche le fond: en 1979, il vaut moins de 4 francs.

Avec l’arrivĂ©e au pouvoir de Ronald Reagan, les choses vont prendre une toute autre tournure. De stricte obĂ©dience libĂ©rale, le nouveau PrĂ©sident s’en prend violemment Ă  l’inflation et Ă  l’État. Pour terrasser l’inflation, la FED augmente les taux d’intĂ©rĂȘt de maniĂšre plus que consĂ©quente: on n’est pas loin de 20%. Par ailleurs, libĂ©rĂ©s de toute contrainte, les salaires s’effondrent, ainsi que les dĂ©penses sociales de l’État. L’inflation est vite jugulĂ©e par cette cure violente. Sur le marchĂ© des changes, le dollar s’envole. AttirĂ©s par les taux amĂ©ricains, les capitaux fĂ©briles se ruent sur le billet vert, d’autant plus que la politique Ă©trangĂšre de Reagan restaure trĂšs vite la crĂ©dibilitĂ© amĂ©ricaine mise Ă  mal par ses prĂ©decesseurs. Le dollar se hisse Ă  plus de 10 francs.

Un droit de cuissage planétaire

Tout va bien donc. La politique de Reagan est efficace: l’Ă©conomie amĂ©ricaine repart, l’inflation baisse, le chĂŽmage Ă©galement. Le dollar est fort. Le prĂ©sident amĂ©ricain se permet mĂȘme de narguer ses collĂšgues. Á François Mitterrand (1916-1996) qui lui fait remarquer que le dollar est trop haut, Reagan rĂ©pond: « Ce n’est pas le dollar qui est trop fort, ce sont les autres monnaies qui sont trop faibles. »

Reste un dĂ©tail. La libĂ©ration du marchĂ© des changes aurait dĂ» rendre les devises Ă  la vĂ©ritĂ© des prix, si chĂšre aux libĂ©raux. On l’a vu, ce qui devrait Ă©tablir la valeur d’une monnaie, c’est la situation du commerce extĂ©rieur d’un pays: Ă  dĂ©ficit commercial, monnaie faible, et Ă  excĂ©dent commercial, monnaie forte, avec les rééquilibrages automatiques que l’on sait. Une monnaie faible devait permettre de vendre plus et obliger Ă  acheter moins et le contraire pour une monnaie forte.

Qu’en est-il des États-Unis ? Depuis 1971, ce pays a un commerce extĂ©rieur chroniquement dĂ©ficitaire. Bon an mal an, les AmĂ©ricains achĂštent au minimum 100 milliards de dollars de plus qu’ils ne vendent. Cela fait trente ans que ça dure. Dans une telle situation, n’importe quel autre pays aurait Ă©tĂ© rĂ©duit Ă  la faillite. Sa monnaie ne devrait mĂȘme pas valoir le prix du papier sur lequel elle est imprimĂ©e. Rien de tel ne s’est produit pour les États-Unis. Comment est-ce possible ? MĂȘme dĂ©tachĂ© de l’or, le dollar reste le moyen de paiement et de rĂ©serve le plus utilisĂ© au monde. Les dollars avec lesquels les AmĂ©ricains paient leurs dĂ©ficits ne reviennent pas aux États-Unis. Cela veut dire qu’ils ne paient pas leur dĂ©ficit. C’est exactement comme si vous payiez vos achats avec des chĂšques que personne n’aurait l’idĂ©e d’encaisser.

Tant que la confiance rĂšgne, tout cela ne pose guĂšre de problĂšmes. Lorsque les États-Unis n’ont plus d’argent pour payer leurs importations ou le dĂ©ficit de leur budget, ils Ă©mettent des bons du trĂ©sor. Le monde souscrit avec empressement. On leur prĂȘte leurs dollars. Depuis 1971, les États-Unis vivent des crĂ©dits que leur fournissent les autres pays. Un gigantesque plan Marshall Ă  l’envers, dont le colossal endettement amĂ©ricain donne la mesure: quelques 10 000 milliards de dollars si on additionne la dette publique et la dette externe, 30 000 milliards de dette total, soit 31% du produit mondial brut. Une paille.

Du serpent Ă  l’euro: la construction d’une alternative monĂ©taire

Le dĂ©sordre monĂ©taire international qui s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© dans les annĂ©es 1970 ne pouvait laisser l’Europe indiffĂ©rente. Sur le Vieux Continent, l’abolition des frontiĂšres au sein de la CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne (CEE) n’Ă©tait pas un vain mot: les pays europĂ©ens sont les pays les plus ouverts au commerce international; l’instabilitĂ© monĂ©taire est pour eux particuliĂšrement insupportable. On comprend donc que l’Europe se soit lancĂ©e trĂšs vite dans la mise en place d’un systĂšme monĂ©taire rompant avec les mouvements erratiques des monnaies. DĂšs 1969, au sommet de La Haye, les Six s’Ă©taient donnĂ© comme objectif la rĂ©alisation globale d’une union monĂ©taire.

En 1972 d’abord, avec le « serpent monĂ©taire » puis en mars 1979, avec le SystĂšme monĂ©taire europĂ©en (SME), on rĂ©instaure en Europe ce qui avait progressivement disparu au niveau mondial: un systĂšme de paritĂ©s fixes avec des marges de variation limitĂ©es. Mais les problĂšmes s’accumulent: choc pĂ©trolier, entrĂ©e de nouveaux pays dans le CEE… Pratiquement tous les ans, telle monnaie est dĂ©valuĂ©e, telle autre réévaluĂ©e. Certaines monnaies ne rentrent pas dans le systĂšme. D’autres y rentrent pour en sortir aussitĂŽt. Les marges de flottement flottent-elles mĂȘmes allĂšgrement: selon le moment et la monnaie, elles sont Ă©largies Ă  6% ou ramenĂ©es Ă  1%.

Mais au-delĂ  de ces difficultĂ©s, la vĂ©ritable nouveautĂ© du SME est que, dĂ©sormais, les taux pivots sont fixĂ©s en une unitĂ© de compte europĂ©enne: l’ECU (EuropĂ©en Currency Unit), une sorte de synthĂšse des monnaies europĂ©ennes, oĂč chaque devvise compte pour un pourcentage tenant compte du poids Ă©conomique et monĂ©taire de chaque pays.

L’idĂ©e d’une Europe monĂ©taire progresse. En 1986, l’Acte unique rĂ©affirme l’objectif de l’union monĂ©taire. Le traitĂ© de Maastricht, en 1992, fixe les critĂšres de convergence et les conditions Ă  remplir pour accĂ©der Ă  la monnaie unique. Il s’agit de mesures strictes visant Ă  limiter l’inflation, les dĂ©ficits budgĂ©taires et l’endettement. La mĂȘme annĂ©e, une tempĂȘte s’abat sur les monnaies europĂ©ennes les plus faibles: franc, peseta, lire, livre sterling. Le processus continue malgrĂ© tout. En 1995, on choisit le nom de la future monnaie europĂ©enne: le nom ECU est abandonnĂ© (notamment Ă  cause d’une assonance dĂ©sagrĂ©able en allemand avec die kuh, la vache) au profit de « euro », plus digeste dans les diffĂ©rentes langues.

Le lancement de la nouvelle monnaie a lieu officiellement le 1er janvier 1999. Á cette date, onze pays sont « Ă©ligibles ». Les Britanniques ne sont pas de l’aventure, ni les Danois et les SuĂ©dois qui refusent par rĂ©fĂ©rendum de l’adopter. Les Grecs, qui ne remplissaient pas alors les conditions d’adhĂ©sion, rejoignent les onze Ă©lus en 2000. Le 1er janvier 2002, l’euro entre physiquement en circulation dans douze pays.

Euro qui comme Ulysse…

La monnaie europĂ©enne n’en est qu’au dĂ©but d’un long voyage, mais dĂ©jĂ  on ne peut que constater sa rĂ©ussite. Elle est d’abord la manifestation la plus tangible de la construction europĂ©enne. L’Europe passe dans nos mains quand nous payons une baguette avec une piĂšce allemande ou espagnole. Nous nous sentons moins Ă  l’Ă©tranger quand nous payons un cafĂ© au Portugal (0,50 euro…) avec la monnaie qu’on nous a rendu Ă  Paris.

Mais le plus important n’est pas lĂ . C’est avec l’euro que l’Europe est devenu rĂ©ellement un grand marchĂ© unique. Les entreprises y ont rĂ©alisĂ© des Ă©conomies colossales et le marchĂ© est devenu rĂ©ellement transparent (voir le prix du cafĂ© portugais). C’est avec l’euro que nos pays se sont soustraits au dĂ©sordre monĂ©taire international et Ă  l’emprise du dollar; C’est grĂące Ă  l’euro que le dernier choc pĂ©trolier, pourtant violent, a pu ĂȘtre encaissĂ© sans trop de dĂ©gats. Ose-t-on imaginer ce que seraient devenus le franc ou la lire dans les grandes tempĂȘtes de ce dĂ©but de millĂ©naire ? C’est par (et pour) l’euro que nous profitons de faibles taux d’inflation et de faibles taux d’intĂ©rĂȘt.

DĂ©jĂ  deuxiĂšme monnaie mondiale aprĂšs le dollar pour les Ă©changes, la monnaie europĂ©enne est utilisĂ©e par des pays tiers pour libeller contrats et emprunts. Des accords spĂ©cifiques la lient aux monnaies d’Europe de l’Est et de la MĂ©diterranĂ©e. Une alternative vitale pour les temps qui courent.

Le coĂ»t de l’euro

Pourtant, des voix s’Ă©lĂšvent rĂ©guliĂšrement pour protester contre la monnaie unique et ses sous-entendus. Le sous-entendu le plus Ă©vident, c’est que l’Europe, qui a tant de difficultĂ©s Ă  s’accorder sur une quelconque politique commune, s’est livrĂ©e pieds et poings liĂ©s Ă  une politique de rigueur pour atteindre l’objectif de la monnaie unique. Le choix fait par François Mitterrand en 1983 d’abandonner la politique de relance de Pierre Mauroy (nĂ© en 1928) vaut dĂ©sormais pour tout le monde. ContrĂŽle sĂ©vĂšre des dĂ©penses publiques, limitation des dĂ©ficits, privatisations: le pacte de stabilitĂ© n’est pas fait pour plaire Ă  tout le monde.

La philosophie de base de l’euro est toute allemande et la localisation de la Banque centrale europĂ©enne Ă  Francfort n’est pas fortuite. On a voulu une monnaie forte, on a voulu terrasser l’inflation, cette vieille phobie allemande: tout cela passe par de la rigueur, encore et toujours. C’est pour cela qu’on reproche Ă  l’euro la croissance molle et Ă©ventuellement le chĂŽmage, qui sĂ©vit sur le Vieux Continent. Un pays semble particuliĂšrement touchĂ©: l’Italie.

Le cas de ce pays est instructif: longtemps habituĂ© aux dĂ©lices d’une monnaie faible qui favorisait ses exportations, l’Italie est confrontĂ©e, avec l’arrivĂ©e de l’euro, Ă  une perte catastrophique de compĂ©titivitĂ©. Ses produits sont de plus en plus concurrencĂ©s par ceux des pays asiatiques, Chine en tĂȘte. DĂšs lors, le populisme des hommes politiques (dont certains ministres de Berlusconi) n’hĂ©site pas Ă  mettre sur le dos de l’euro tous les malheurs du pays, y compris la violente hausse du coĂ»t de la vie qui s’est manifestĂ©e lors de l’abandon de la lire. Le vrai problĂšme de l’Italie, ce n’est pas l’euro, mais l’euro confronte l’Italie a ses vrais problĂšmes: Ă©nergie trop chĂšre par refus du nuclĂ©aire, innovation insuffisante, systĂšme d’enseignement dĂ©passĂ©. Le vrai problĂšme de l’Italie est de trouver d’autres arguments de vente que le prix de ses marchandises.

L’euro, quant Ă  lui, a un seul vrai dĂ©faut: il condamne l’Europe Ă  l’innovation, Ă  la qualitĂ© et Ă  l’excellence.

Grandeur et décadence du franc

C’est en 1360 que Jean le Bon fit frapper une piĂšce d’une livre tournois portant l’inscription « rex francorum ». Cette piĂšce devint, dans le langage courant, un franc. Le franc devint officiellement la monnaie de la France par la loi du 10 avril 1795. La loi du 17 germinal an XI (7 avril 1803) en fixe la paritĂ© or (0,2903225 gramme) et argent (4,50 grammes). C’est ce franc germinal qui assure la stabilitĂ© monĂ©taire du pays jusqu’en 1914. L’inflation nĂ©e de la guerre et la spĂ©culation, notamment pendant le gouvernement du Cartel des gauches (1924-1926), mettent Ă  mal la monnaie française, qui devient inconvertible en or. PoincarĂ©, au prix d’une longue politique de rigueur, rĂ©ussit Ă  rĂ©tablir la valeur du franc et sa convertibilitĂ©, mais Ă  un niveau bien plus faible qu’avant guerre (65,5 mg). Pendant le Front Populaire, le franc est de nouveau victime de la spĂ©culation et du « mur de l’argent » (les milieux d’affaires, qui se mĂ©fient du gouvernement de gauche, exportent massivement des capitaux). Entre 1936 et 1938, le franc est de nouveau dĂ©valuĂ© et devient encore une fois inconvertible. Dans l’aprĂšs-guerre, aprĂšs de sĂ©rieux efforts, le franc redevient une monnaie forte: en 1958, le passage au « nouveau franc » (valant 100 anciens francs) symbolise une nouvelle soliditĂ© monĂ©taire, confortĂ©e par des excĂ©dents commerciaux qui provoquent des entrĂ©es de devises (notamment de dollars), dont de Gaulle demande habilement la conversion en or. Les Ă©vĂ©nements de 1968 provoquent une crise passagĂšre et une dĂ©valuation (en 1969) qui en annonce bien d’autres, tout au long du dernier quart du siĂšcle. Dans cette pĂ©riode, secouĂ© par les chocs pĂ©troliers, la crise ou l’arrivĂ©e de la gauche au pouvoir, le franc se dĂ©mĂšne entre dĂ©valuations, flottement et ancrage dans les systĂšmes de stabilisation europĂ©ens. Une derniĂšre attaque spĂ©culative contre le franc, fin 1992, est vaillamment repoussĂ©e par la Banque de France. Á partir de ce moment lĂ , le sort du franc se joue dans le cadre du traitĂ© de Maastricht. La France en respecte d’emblĂ©e les critĂšres et le franc se dissout dans la nouvelle monnaie europĂ©enne, l’euro, en 1999. En 2002, les francs sont rapidement retirĂ©s de la circulation.

Michel Musolino, professeur d’économie en classes prĂ©paratoires Ă  HEC

mai 27 2009

Qui a peur de Claude AllÚgre ? (Vidéos)

Par AgatĂ  Kovacs

Il y a une dizaine de jours, une polĂ©mique a Ă©tĂ© causĂ©e au sein de l’UMP par l’annonce d’une Ă©ventuelle nomination de l’ancien ministre socialiste Claude AllĂšgre Ă  la tĂȘte d’un ministĂšre couvrant l’industrie, l’innovation et la recherche Ă  l’occasion d’un futur remaniement en juin 2009. Or, beaucoup y offrent des rĂ©sistances de plus en plus virulentes, qu’ils fassent partie de la droite ou des milieux Ă©cologistes.

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Ce qui est dĂ©rangeant pour ces personnes, ce sont les positions de Claude AllĂšgre par rapport au rĂ©chauffement climatique. PrĂ©sentons tout d’abord le principal intĂ©ressĂ© en quelques mots: Claude AllĂšgre, nĂ© le 31 mars 1937 Ă  Paris, est un gĂ©ochimiste et un homme politique français. Ses travaux scientifiques et sa carriĂšre de chercheur ont notamment Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s par le Prix Crafoord en 1986 et la MĂ©daille d’or du CNRS en 1994. Il a Ă©tĂ© ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Lionel Jospin de 1997 Ă  2000. Bien que militant depuis 1973 au PS, il dĂ©cide de ne pas reprendre sa carte en janvier 2008. Nicolas Sarkozy, chez qui il avait Ă©tĂ© aperçu entre les deux tours de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, dĂ©clare en fĂ©vrier 2008 qu’il aimerait bien travailler avec lui. Le 28 aoĂ»t 2008, Nicolas Sarkozy, prĂ©sident en exercice du Conseil europĂ©en, a confiĂ© Ă  l’ancien ministre socialiste de l’Éducation nationale Claude AllĂšgre le soin d’organiser les Assises europĂ©ennes de l’innovation.

Quant questions environnementales, la prise de position publique de Claude AllĂšgre est que le rĂ©chauffement climatique existe bel et bien, mais ne trouve pas son origine dans les activitĂ©s humaines. Une illustration de son propos est donnĂ©e par ses dĂ©clarations sur le rĂ©chauffement climatique du 21 septembre 2006 dans la chronique hebdomadaire qu’il tient dans le magazine L’Express, et qui ont contribuĂ© les premiĂšres Ă  faire naĂźtre la polĂ©mique. Il y Ă©crit que la cause de la modification climatique contemporaine reste incertaine et n’est pas forcĂ©ment due Ă  l’activitĂ© humaine. Il stigmatise simultanĂ©ment « l’Ă©cologie de l’impuissance protestataire [qui] est devenue un business trĂšs lucratif pour quelques-uns ».

En rĂ©action aux prises de positions d’AllĂšgre, certains scientifiques ont ainsi critiquĂ© explicitement ses arguments. Le biologiste Pierre-Henri Gouyon parle de « nĂ©gationnisme Ă©cologique » de la part d’AllĂšgre. D’autres scientifiques, en revanche, le soutiennent, parfois partiellement. Ainsi, lors d’une sĂ©ance de l’AcadĂ©mie des sciences en mars 2007 ses arguments ont Ă©tĂ© dĂ©fendus par ses collĂšgues gĂ©ophysiciens de l’IPGP Jean-Louis Le MouĂ«l et Vincent Courtillot, membres de l’AcadĂ©mie des sciences. Ces derniers ont Ă©tĂ© vivement critiquĂ©s par deux autres acadĂ©miciens des sciences, spĂ©cialistes du climat, HervĂ© Le Treut et Édouard Bard (professeur au CollĂšge de France).

Il vaut la peine de se pencher sur cette thĂšse « dissidente » de rĂ©chauffement climatique dĂ» aux cycles naturels et non Ă  l’homme. En effet, n’en dĂ©plaise Ă  Al Gore et Ă  son film « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range », douter de l’origine humaine du rĂ©chauffement n’est pas un crime commis contre la citoyennetĂ© et l’honnĂȘtetĂ©, mais bien un doute non seulement lĂ©gitime Ă  la base, mais d’autant plus renforcĂ© par la mise au grand jour de plusieurs mensonges et exagĂ©rations d’Al Gore dans son fameux documentaire. Les responsables du systĂšme Ă©ducatif n’ont d’ailleurs pas toujours accueilli ce dernier avec l’enthousiasme le plus extraordinaire qui soit.

En effet, en octobre 2007, le film a fait l’objet d’un jugement de la justice britannique saisie par le chef d’Ă©tablissement d’un lycĂ©e du Kent qui contestait la diffusion du film dans le cadre scolaire. Le directeur d’Ă©cole, Stewart Dim-mock, a en effet portĂ© plainte contre le gouvernement britannique en l’accusant de faire du lavage de cerveau. Notons que d’aprĂšs la loi britannique, si les enseignants prĂ©sentent le film sans le signaler clairement, ils peuvent se trouver en violation de la section 406 de l’ »Education Act 1996″ et ĂȘtre reconnus coupables d’endoctrinement politique.

Le tribunal ne s’est pas opposĂ© Ă  la diffusion du film dans les Ă©tablissements scolaires du Royaume-Uni, Ă  condition qu’il soit accompagnĂ© d’une documentation indiquant ce qui est de l’ordre du consensus scientifique, ce qui ne l’est pas et ce qui est un point de vue politique. Le tribunal a effectivement relevĂ© plusieurs erreurs dans le documentaire, dont les sept que voici :

Le film prĂ©tend que la fonte des neiges au Mont Kilimandjaro est attribuable au rĂ©chauffement climatique alors que le consensus scientifique est qu’on ne peut rien affirmer de tel.

Le film suggĂšre une interprĂ©tation des graphes montrant l’Ă©volution des tempĂ©ratures et du CO2 sur 650 000 ans, le jugement considĂ©rant que s’il y avait un large accord chez les scientifiques sur un lien entre les deux courbes, celles-ci ne prouvaient pas ce qu’affirme Gore.

Le film lie l’ouragan Katrina au rĂ©chauffement climatique alors que l’opinion scientifique est qu’il n’y a pas de preuves suffisantes.

Le film montre l’assĂšchement du Lac Tchad et prĂ©tend que c’est une consĂ©quence du rĂ©chauffement climatique, alors que les preuves sont lĂ  aussi insuffisantes.

Le film prĂ©tend qu’une Ă©tude montre que des ours polaires se sont noyĂ©s Ă  cause de la fonte des glaces arctiques. Il apparait que la seule Ă©tude scientifique trouvĂ©e sur le sujet parle de quatre ours polaires noyĂ©s Ă  cause d’une tempĂȘte.

Le film suggĂšre que les calottes de glace du Groenland et de l’Ouest Antarctique pourraient fondre et entraĂźner une hausse alarmante du niveau des mers. Alors que le film semble suggĂ©rer une fonte dans un proche avenir, le point de vue gĂ©nĂ©ral est que le Groenland ne pourra pas fondre avant des millĂ©naires.

Le film prĂ©tend que la hausse du niveau des mers a causĂ© l’Ă©vacuation de certaines Ăźles du Pacifique en direction de la Nouvelle-ZĂ©lande, alors qu’aucune preuve d’une telle Ă©vacuation n’existe.

D’autre part, Ă  la fin de son « documentaire », Al Gore prĂ©tend que les seules publications ayant remis en doute l’origine humaine du rĂ©chauffement avaient paru dans des revues populaires, et Ă©taient destinĂ©es Ă  jeter un « doute mal intentionnĂ© », alors qu’aucune revue scientifique n’avait remis cette soi-disante vĂ©ritĂ© en cause. Or, il s’avĂšre que les scientifiques expĂ©rimentĂ©s ne sont pas peu nombreux Ă  se poser un certain nombre de questions…

Par exemple, alors que le dĂ©bat sur le rĂ©chauffement climatique fasait plus que jamais les manchettes depuis le dĂ©pĂŽt du rapport de Nicholas Stern, ex-Ă©conomiste en chef de la Banque mondiale, lequel fait Ă©tat du coĂ»t possible de cette crise autour de 7 000 milliards de dollars, un Ă©crivain quĂ©bĂ©cois autodidacte, Pierre de ChĂątillon affirmait dans son livre que le rĂ©chauffement du climat est un mythe, car selon lui, le climat n’est pas dans une pĂ©riode de rĂ©chauffement unique Ă  l’Ă©poque Ă  laquelle nous vivons mais a toujours rĂ©pondu Ă  des changements cycliques depuis la nuit des temps. Depuis la sortie du rapport Stern, qui compte tout prĂšs de 700 pages, tous les journaux de la planĂšte ont relancĂ© la nĂ©cessitĂ© de la mise en application du protocole de Kyoto. Selon de ChĂątillon, des bouleversements climatiques semblables Ă  ceux qu’on observe aujourd’hui sont survenus Ă  des pĂ©riodes de l’histoire et ont provoquĂ© la disparition de civilisations trĂšs avancĂ©es. L’auteur avance qu’il y a plus de 10 000 ans, des civilisations dont on a retrouvĂ© les vestiges dans les ocĂ©ans sont disparues lors de catastrophes climatiques qui ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es aussi bien par Platon qu’inscrites dans les annales chinoises. Selon lui, ces bouleversements climatiques rĂ©apparaissent dans l’histoire humaine avec la rĂ©gularitĂ© d’une horloge.

Selon de ChĂątillon, les gaz Ă  effet de serre ne peuvent expliquer le rĂ©chauffement climatique et cette thĂ©orie semble donner raison au prĂ©sident amĂ©ricain, qui a dĂ©clarĂ© n’ĂȘtre pas convaincu de la relation entre rĂ©chauffement climatique et gaz Ă  effet de serre. L’auteur ajoute que beaucoup de scientifiques sont incapables d’Ă©tablir un lien de cause Ă  effet entre le rĂ©chauffement climatique et les gaz Ă  effet de serre et qu’ils ne comprennent tout simplement pas comment cette relation a pu ĂȘtre Ă©tablie. Une chose est sĂ»re: pas une semaine ne passe sans qu’on fasse Ă©tat, quelque part sur la planĂšte, de phĂ©nomĂšnes extrĂȘmes tels que sĂ©cheresses, incendies de forĂȘts, tempĂȘtes, ouragans, inondations et glissements de terrain. Sans parler de la fonte accĂ©lĂ©rĂ©e des glaciers et de la montĂ©e du niveau des mers. Pour Pierre de ChĂątillon, ces phĂ©nomĂšnes sont trop rapides et gĂ©nĂ©ralisĂ©s pour n’ĂȘtre dĂ»s qu’Ă  l’effet de serre. L’auteur prĂ©cise qu’Ă  certains endroits, les hivers sont plus longs et plus rigoureux: on a vu tomber de la neige dans le dĂ©sert d’Arabie et au Mexique. Bref, selon lui, on ne peut parler de «rĂ©chauffement» mais bien de «bouleversement climatique».

La crise du climat a commencĂ© avec le gigantesque trou constatĂ© il y a une vingtaine d’annĂ©es dans la couche d’ozone, rĂ©putĂ©e protĂ©ger la planĂšte contre le rayonnement solaire. Les fluorocarbones (CFC) utilisĂ©s dans les rĂ©frigĂ©rateurs, les systĂšmes de climatisation et les contenants sous pressions furent dĂ©signĂ©s comme responsables de la dĂ©perdition de ce bouclier filtrant les rayonnements cosmiques. Puis on a accusĂ© les BrĂ©siliens qui coupent la forĂȘt amazonienne, les courants El Niño et El Niña. Ensuite, ce fut au tour des millions de vĂ©hicules automobiles et leurs Ă©manations de CO2 dans l’atmosphĂšre. MalgrĂ© toutes les mesures prises, les changements climatiques se sont accĂ©lĂ©rĂ©s puis on a accusĂ© les industries. Or, dit de ChĂątillon, si on fait abstraction des trois quarts de la planĂšte qui sont recouverts par les ocĂ©ans, 3% par les calottes polaires, les marais, lacs, dĂ©serts et montagnes, il ne reste que 1,8% de la planĂšte qui est peuplĂ© d’ĂȘtres humains. Selon le National Geographic, la totalitĂ© des espaces peuplĂ©s et industriels de la Terre pourraient tenir dans un territoire grand comme l’Espagne. De ChĂątillon parle d’hystĂ©rie collective, d’autant plus que nombre de climatologistes ne croient pas au rĂ©chauffement climatique dĂ» Ă  l’accumulation des gaz Ă  effet de serre. L’auteur croit qu’il est erronĂ© ou au mieux signe de grande vanitĂ© de croire que l’activitĂ© humaine pourrait ĂȘtre la cause d’un rĂ©chauffement climatique global. Il avance qu’il suffirait d’une seule Ă©ruption volcanique comme il y en a dĂ©jĂ  eu par le passĂ© pour que la pollution engendrĂ©e dans l’atmosphĂšre soit supĂ©rieure Ă  toute celle causĂ©e par l’activitĂ© humaine.

De ChĂątillon cite les travaux du professeur Robert Pease, professeur de physique et de climatologie, selon qui la couche d’ozone se rĂ©pare d’elle-mĂȘme, alors que les molĂ©cules d’ozone dans l’atmosphĂšre sont constamment reconstituĂ©es lorsque l’Ă©nergie de la lumiĂšre ultra-violette brise les liens des molĂ©cules d’oxygĂšne. Selon les calculs du Pr Rowland, il y aurait une molĂ©cule de CFC pour 136 000 000 de molĂ©cules d’oxygĂšne dans la couche d’ozone, Ă  une hauteur de 25km d’altitude. Selon ce dernier, la thĂ©orie de la dĂ©plĂ©tion de l’ozone est inexistante, car elle est basĂ©e sur la supposition que les molĂ©cules de CFC grimperaient dans l’atmosphĂšre sans difficultĂ©… alors qu’elles sont plus lourdes que l’air. Quant au CO2, ce gaz ne reprĂ©sente que 0,035% de l’atmosphĂšre et mĂȘme si ce taux doublait, tout ce qui vit sur Terre pourrait s’en accommoder. Selon les scientifiques, plus de 99,9% du CO2 se trouve au niveau du sol ou en dessous et 71% de ce gaz est dissous dans l’eau de mer. Or, puisque le CO2 est un gaz plus lourd que l’air et qu’il se dissout dans l’eau de mer, il est donc impossible qu’il s’accumule dans les hautes couches de l’atmosphĂšre et occasionne un quelconque effet de serre. DĂšs que le CO2 se manifeste dans l’atmosphĂšre, il est aussitĂŽt captĂ© par les eaux de pluie et ramĂ©nĂ© au sol. De plus, l’augmentation de CO2 dans l’atmosphĂšre devrait produire logiquement une explosion de la vĂ©gĂ©tation, puisque ce gaz est utilisĂ© par les plantes dans leur mĂ©tabolisme, et on sait bien qu’il n’en est rien. Par ailleurs, l’atmosphĂšre de la planĂšte VĂ©nus est entiĂšrement composĂ©e de CO2 produit par l’activitĂ© volcanique. Mars possĂšde des calottes polaires qui sont composĂ©es de CO2 solide (glace sĂšche). Or, dit l’auteur, si le CO2 Ă©tait la cause d’un hypothĂ©tique rĂ©chauffement climatique, Mars serait beaucoup plus chaude qu’elle ne l’est actuellement. Selon lui, la Terre se rĂ©chauffe en fait depuis le dĂ©but du siĂšcle dernier, Ă  un moment oĂč la pollution automobile et industrielle Ă©tait quasi inexistante. Bref, mĂȘme si la simultanĂ©itĂ© du bouleversement climatique et du CO2 connaissent un cycle similaire, rien ne permet de croire que l’un est la cause de l’autre. Alors quoi? Si les bouleversements climatiques ne sont imputables ni Ă  une augmentation des gaz Ă  effet de serre, ni Ă  une dĂ©perdition de la couche d’ozone, ni aux courants El Niño et El Niña ni mĂȘme aux gaz intestinaux des vaches, quelle en est la cause ?

Claude AllĂšgre chez Ruquier

Pierre de ChĂątillon explique que les bouleversements climatiques vont de pair avec certains phĂ©nomĂšnes, mais n’en sont pas la cause. L’auteur admet l’augmentation du nombre des tornades et l’explique par une montĂ©e des tempĂ©ratures, lesquelles auraient dĂ©butĂ© en 1860 (voir graphique). Comme il est possible de le constater, dit-il, dĂ©jĂ  en 1920, la courbe de croissance est visible et l’augmentation de la tempĂ©rature est de 1 degrĂ© sur 90 ans, en accĂ©lĂ©ration depuis 1990 jusqu »Ă  aujourd’hui. Ainsi est-on passĂ© d’une moyenne annuelle de 150 tornades depuis 1920 pour atteindre 600 en 1955 et plus de 1200 en 1990.

Quant au niveau de la mer, selon Pierre de ChĂątillon, il est en augmentation depuis le dĂ©but du siĂšcle, tout en notant que l’escalade s’est accĂ©lĂ©rĂ©e depuis 1980. L’activitĂ© volcanique elle, est passĂ©e de 1500 journĂ©es d’activitĂ© en moyenne en 1940 au double en 1990, puis encore au double entre 1990 et 2004. Les tremblements de terre (voir graphique) de magnitude 2,5 et plus sont passĂ©s d’une moyenne de 500 par annĂ©e de 1920 Ă  5000 par annĂ©e en 1973 puis Ă  25 000 en 2004. Selon de ChĂątillon, le rĂ©chauffement climatique ne serait pour rien dans cette augmentation. Selon l’auteur, qui cite Schumann, la Terre se conduit comme un Ă©norme condensateur Ă©lectrique. La cavitĂ© entre la surface de la Terre et l’ionosphĂšre agit comme un condensateur dans un circuit Ă©lectrique en oscillant. Or, cette oscillation, qui se situait Ă  7,8 sur une Ă©chelle de 13 il y a dix ans, se situe aujourd’hui Ă  12. Bref, cette rĂ©sonnance est en relation inverse directe de la puissance du champ magnĂ©tique de la Terre. Selon l’auteur, dans les temps anciens, cette situation a toujours prĂ©cĂ©dĂ© une modification importante du champ magnĂ©tique terrestre. Et si la Terre participe Ă  cette rĂ©sonnance, elle n’est pour rien dans sa crĂ©ation. Selon de ChĂątillon, l’Ă©nergie nĂ©cessaire Ă  ces vagues provient de la haute troposphĂšre. Bref, les sources des bouleversements climatiques actuels seraient extĂ©rieurs Ă  la planĂšte !

L’auteur dĂ©montre un accroissement de l’activitĂ© solaire. Voir Ă  ce sujet la vidĂ©o ci-dessous. En dĂ©cembre 2001, la NASA a publiĂ© des photos de la planĂšte Mars indiquant une fonte majeure de ses calottes polaires, tout comme sur la Terre. Un astronome russe, Pasichnyk, a rapportĂ© qu’il semblait se dĂ©velopper sur Mercure des calottes polaires, ce qui est considĂ©rĂ© comme impossible, vu sa faible distance du soleil. Sur VĂ©nus, des observateurs ont observĂ© en 1999 une luminositĂ© verte typique d’une atmosphĂšre composĂ©e d’oxygĂšne, ce qui a causĂ© une grande surprise. On a observĂ© dans l’atmosphĂšre de Mars la formation de nuages et le champ magnĂ©tique de Jupiter a doublĂ© d’intensitĂ© depuis 1992. En 1997, on a observĂ© la formation d’un gigantesque tube de plasma entre Jupiter et Io, une de ses lunes. L’Ă©nergie colossale nĂ©cessaire Ă  ce phĂ©nomĂšne est de l’ordre de plusieurs millions d’ampĂšres. On a observĂ© depuis quelques temps des aurores brillantes Ă  la surface de l’atmosphĂšre de Saturne, ce qui indique une augmentation de sa charge Ă©lectrique. MĂȘme chose pour Uranus, soumise Ă  de fortes luminositĂ©s et des aurores borĂ©ales. Bref, les scientifiques, tout en Ă©coutant les propos alarmistes des environnementalistes, se grattent la tĂȘte en essayant de comprendre la relation entre tous ces Ă©vĂ©nements. Selon Pierre de ChĂątillon, ce qui se passe est bien plus qu’un simple rĂ©chauffement climatique: il s’agit d’une vĂ©ritable tempĂȘte d’ordre cosmique, Ă  l’Ă©chelle de l’univers et nous serions sur le point de devoir y faire face, tout comme d’autres civilisations les ont subies il y a des milliers d’annĂ©es, et qui ont disparu de la surface de Terre…

En outre, le chef du Laboratoire d’Études spatiales de l’Observatoire de Poulkovo et membre de l’AcadĂ©mie des Sciences russes, Khabiboullo Abdoussamatov et plusieurs scientifiques apparus rĂ©cemment dans une Ă©mission de dĂ©bat sur la BBC expliquent que malgrĂ© les pressions qu’ils subissent, ils continueront Ă  affirmer que la production du CO2 serait l’effet et non pas la cause du rĂ©chauffement climatique. En fait, la hausse des tempĂ©ratures, disent-ils, prĂ©cĂšdent de plus de 800 ans la hausse de CO2 et est, de ce fait, une consĂ©quence de la hausse de tempĂ©rature. Bref, selon de plus en plus de scientifiques, la cause du rĂ©chauffement du climat de la Terre est complexe, et semble rĂ©sulter d’une cascade d’Ă©vĂ©nements qui se passent sur notre soleil.
La personnalitĂ© la plus mĂ©diatisĂ©e qui incarne la lutte contre le rĂ©chauffement climatique en France est sans doute Nicolas Hulot. En dehors de cela, il est Ă©galement connu pour accepter des fonds de la part de grandes entreprises considĂ©rĂ©es comme polluantes Ă  l’image d’EDF, L’OrĂ©al ou RhĂŽne-Poulenc. Vincent Cheynet a Ă©crit Ă  ce sujet: « En fait, le diable en personne proposerait Ă  Nicolas Hulot de figurer dans son comitĂ© de soutien en lui promettant de fermer le robinet en se lavant les dents que l’hĂ©licologiste accepterait aussitĂŽt. Ce qu’il y a de magique avec le Pacte Ă©cologique, c’est qu’il n’y a plus ni pollueurs ni polluĂ©s, ni droite ni gauche, ni bien ni mal, ni exploiteurs ni exploitĂ©s, mais seulement des gentils consommateurs qui cliquent sur Internet pour sauver la planĂšte ».

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Sur son site, Nicolas Hulot s’appuie entre autre sur ce graphique pour dĂ©montrer le rĂŽle des citoyens dans la lutte contre la pollution et la trop grande Ă©mission de CO2, donc soi-disant contre le rĂ©chauffement climatique. Ces donnĂ©es sont sans doute correctes, mais est-il tout aussi correct de remettre la majoritĂ© de la faute du rĂ©chauffement climatique (qui n’est sans doute pas du tout d’origine humaine, d’aprĂšs ce que nous avons vu) sur le pauvre citoyen ? Il paraĂźt Ă©vident que non, car on ne leur propose aucune alternative permettant de continuer Ă  vivre et Ă  servir leur pays par le biais de leur travail aussi confortablement et efficacement avec des Ă©nergies renouvelables et non polluantes, car nos sociĂ©tĂ©s occidentales soient elles-mĂȘmes loin d’ĂȘtre en mesure de s’auto-suffire en usant d’Ă©nergies vertes. Elles n’ont donc pas les moyens, pour l’instant tout du moins, de proposer des services assez efficaces pour permettre Ă  une quantitĂ© significative de citoyens de remplacer leur mode de consommation d’Ă©nergie et d’obtenir ainsi des rĂ©sultats non-nĂ©gligeables sur l’Ă©mission totale de CO2. Il est d’ailleurs intĂ©ressant de mettre ceci en relation avec l’avant-dernier paragraphe de l’article de RĂ©gis Mex Ă  propos du problĂšme environnemental, dans lequel il dit ceci:

« Alors que le chemin devrait ĂȘtre tout ouvert devant ces alternatives, de nombreux lobbys dont les intĂ©rĂȘts se trouvent dans le commerce des hydrocarbures rachĂštent les brevets des inventions qui pourraient causer du tort Ă  leur entreprise, et freinent donc la recherche. Ils ne permettent pas que les Ă©vĂ©nements les dĂ©passent et qu’ils puissent perdre leur mainmise sur l’Ă©nergie Ă  cause de l’une ou l’autre invention permise par le progrĂšs, mais ils seront forcĂ©s, un jour ou l’autre, de se convertir Ă  d’autres types d’Ă©nergie que ceux dans lesquels ils font actuellement fortune, car la disparition du pĂ©trole et du gaz est bel et bien inĂ©luctable. C’est pourquoi il est permis de chercher mais pas de trouver ni de mettre en place des projets vraiment significatifs trop tĂŽt : il faudra attendre que ces magnats du monde financier soient prĂȘts Ă  faire migrer leurs intĂ©rĂȘts vers les nouvelles Ă©nergies, de sorte Ă  ne pas disparaĂźtre ni faire trop de pertes, pour que des nouvelles techniques puissent Ă©merger sur le marchĂ©. Mais, Ă©tant donnĂ© qu’ils iront sans doute jusqu’au bout de leurs moyens, c’est-Ă -dire attendre aussi longtemps que ces 30-50 ans de longĂ©vitĂ© des ressources le leur accordent, beaucoup de mal qui aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ© sera fait Ă  la planĂšte. MalgrĂ© tout, l’hypocrisie et le manque de scrupules sont poussĂ©s jusqu’Ă  ce que certains fonds d’investissement tentent de faire de l’Ă©cologie un business lucratif ; ces fonds se spĂ©cialisent dans l’achat et la vente de droits Ă  polluer dans l’objectif de faire du profit avec ce type de produits, exactement comme ils le font avec le pĂ©trole, avec les produits alimentaires, avec les crĂ©dits immobiliers, etc. Ces droits de polluer induits par les Protocoles de Kyoto semblent donc faire des heureux. Protocoles qui sont un retentissant Ă©chec, puisque outre le fait qu’ils n’ont mĂȘme pas Ă©tĂ© ratifiĂ©s par la premiĂšre puissance mondiale que sont les Etats-Unis, l’Ă©mission des gaz Ă  effet de serre a augmentĂ© de 35% au niveau mondial entre 1997 et 2007, et on conçoit mal ce que les États ont le pouvoir de faire pour contraindre des entreprises qui les dominent complĂštement Ă  baisser leurs Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Ces derniers ont d’ailleurs Ă©tĂ© si gĂ©nĂ©reux avec les entreprises que le prix de la tonne de carbone est quasiment d’un niveau 0, leur permettant ainsi de polluer autant que cela leur chante. »

L’hypocrisie consiste donc Ă  donner l’illusion aux citoyens qu’ils ont le pouvoir d’avoir un impact sur la situation environnementale alors qu’en fait, ils ne l’auront que lorsque nos sociĂ©tĂ©s seront dĂ©cidĂ©es Ă  le lui donner. Pour l’instant, on semble prĂ©parer lentement la transition entre modes d’Ă©nergie basĂ©s sur les hydrocarbures et le nuclĂ©aire Ă  des Ă©nergies vertes dans les mentalitĂ©s. Mais tout laisse Ă  penser que ce dĂ©lai, qui s’annonce long, permet aussi aux magnats de l’Ă©nergie de se convertir petit Ă  petit de sorte Ă  conserver en dĂ©finitive leur monopole, ne laissant la recherche s’effectuer qu’au rythme qu’ils veulent bien lui accorder.

L’idĂ©e est aussi de rejeter systĂ©matiquement la responsabilitĂ© des pires tragĂ©dies sur le pauvre citoyen. Ainsi, pense-t-on, si on arrive Ă  faire en sorte qu’il croie sincĂšrement ĂȘtre celui qui doit faire changer les choses, on pourra instrumentaliser la façon dont il agira aux façons que l’on choisira, puisqu’il suit le chemin tout tracĂ© par la propagande de masse. On pourra alors, entre autre, leur faire accepter plus facilement leur propre asservissement s’ils sont convaincus que c’est pour le bien de la planĂšte. Joseph Goebbels, ministre du Reich Ă  l’Éducation du peuple et Ă  la Propagande sous le TroisiĂšme Reich (1933-1945), indissolublement liĂ© Ă  l’emploi des techniques modernes de la manipulation des masses et de la dĂ©magogie, disait que la meilleure façon de persuader le public de la vĂ©racitĂ© de quelque chose, c’Ă©tait de le lui rĂ©pĂ©ter ce quelque chose de façon massivement rĂ©pĂ©titive. Continuellement. Et finalement, le public croit que ce quelque chose est vrai, mĂȘme s’il n’est appuyĂ© par rien de tangible. Le sujet du rĂ©chauffement climatique rĂ©pond Ă  ses critĂšres, et sa diffusion est largement permise par des lobbys tels que le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat). Á noter Ă©galement que les fonds investis dans la recherche pour l’Ă©cologie et le climat sont passĂ©s de 170 millions de dollars par an avant Bush pĂšre Ă  2 milliards de dollars par an. D’oĂč de nouveaux investissements et des crĂ©ations d’emplois qui en ont fait un secteur rentable.

Tout ceci pour dire que notre cher Claude AllĂšgre a bien des raisons de douter, et que ceux qui l’accusent de « nĂ©gationnisme Ă©cologique » ont plus de scrupules Ă  protĂ©ger une version de la rĂ©alitĂ© pour des raisons plus confortables Ă©conomiquement et sociologiquement parlant que pour une rĂ©elle Ă©thique scientifique et morale. Pas Ă©tonnant donc qu’on en vienne Ă  utiliser le mot « nĂ©gationnisme » comme si nier l’origine humaine du rĂ©chauffement climatique Ă©tait aussi grave que de nier l’Holocauste. Tout est fait pour discrĂ©diter Claude AllĂšgre par les façons les plus mĂ©diocres qui soient.
Mais qu’en est-il de ses chances de rentrer au gouvernement ? Jean-Marc Jancovici raisonne que «Si Nicolas Sarkozy veut se ridiculiser Ă  huit mois du rendez-vous de Copenhague (le sommet sur le rĂ©chauffement climatique, NDLR), il peut nommer Claude AllĂšgre». Notons que Jancovici est un proche de Nicolas Hulot, trĂšs influent dans l’univers du dĂ©veloppement durable, et notamment auprĂšs de Martin Bouygues, l’ami de toujours de Nicolas Sarkozy.

Mais les chances que Claude AllĂšgre soit nommĂ© au gouvernement sont, malgrĂ© tout, loin d’ĂȘtre inexistantes: Alain JuppĂ© estime que l’arrivĂ©e de Claude AllĂšgre constituerait un «contre-signal formidable» en raison des positions du scientifique sur le rĂ©chauffement climatique.
Nicolas Sar­kozy lui-mĂȘme, malgrĂ© toutes les critiques que nous avons relevĂ©es, semble dĂ©cidĂ© Ă  nommer cet homme, qu’il considĂšre comme «trĂšs intelligent». «Il s’en fout de ce que pensent ses ministres, il veut s’entourer des plus intelligents», dĂ©crypte un ministre. Le prĂ©sident veut surtout maintenir et amplifier sa politique d’ouverture.

De plus, si le transfert de Xavier Darcos au ministĂšre de la Justice ou Ă  l’IntĂ©rieur se prĂ©cise, Nicolas Sarkozy se trouve bien en peine de lui trouver un remplaçant. D’oĂč la tentation de nommer un spĂ©cialiste du sujet, plutĂŽt proche de la gauche. «Il est dans le schĂ©ma de rĂ©flexion du prĂ©sident», confirme l’un de ses collaborateurs.

On se demanderait bien quel mal prendrait le gouvernement Sarkozy pour refuser un homme qui a largement prouvĂ© ses compĂ©tences sous le gouvernement Jospin et qui a le mĂ©rite d’aller dans le contre-courant de la pensĂ©e Ă©cologiste dominante pour affirmer sa propre conviction des choses, qui est, Ă  n’en pas douter, la plus proche de la rĂ©alitĂ©. Sa nomination ne pourrait clairement ĂȘtre qu’un plus, ajoutant un ministre compĂ©tent et honnĂȘte dans ses opinions, prĂ©fĂ©rant Ă©viter la langue de bois, auprĂšs de Nicolas Sarkozy. Mais il reste Ă  ce que ce dernier fasse son choix…

AgatĂ  Kovacs, pour Mecanopolis

Profil Facebook de AgĂĄta Kovacs

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet du rĂ©chauffement climatique d’origine non-humaine, je conseille l’excellent documentaire que vous trouverez Ă  ce lien

Extraits-résumés du documentaire:

« C’est dans les annĂ©es 70 que la thĂšse du rĂ©chauffement climatique commença Ă  se rĂ©pandre. La premiĂšre personnalitĂ© politique qui fut intĂ©ressĂ©e par le rĂŽle que cette thĂšse pourrait jouer sur la scĂšne politique fut Margaret Tatcher qui, aprĂšs la grĂšve des mineurs, voulait que son pays dĂ©pende le moins possible du charbon et du pĂ©trole. Elle  privilĂšgia alors le nuclĂ©aire. L’adoption de la thĂšse du rĂ©chauffement climatique dĂ» Ă  l’excĂšs d’Ă©mission de CO2 d’origine humaine contribua Ă  renforcer la crĂ©dibilitĂ© du nuclĂ©aire à la diffĂ©rence du charbon et du pĂ©trole, rĂ©putĂ©s peu Ă©cologiques. »

« AprĂšs la chute de l’URSS, de nombreux anciens communistes se sont subtilement reconvertis dans une nouvelle idĂ©ologie qui allait naturellement contre le sens du capitalisme; l’Ă©cologie. Ils y distilĂšrent leurs principes nĂ©o-marxistes. »

mai 23 2009

La dĂ©gradation de l’environnement restera-t-elle un problĂšme majeur du XXIĂšme siĂšcle ?

Par Régis Mex

De nos jours, le respect de l’environnement est l’un des sujets que nos postes de tĂ©lĂ©vision et de radio nous rabĂąchent le plus. Or, je doute que beaucoup de citoyens pensent rĂ©ellement qu’il leur incombe de remĂ©dier Ă  la plus grande partie du problĂšme Ă©cologique en prĂ©fĂ©rant se rendre en bus plutĂŽt qu’en voiture sur leur lieu de travail ou en ne laissant pas couler le robinet pendant qu’ils se brossent les dents. Nous devrions plutĂŽt attendre de nos hommes politiques qu’ils prennent des dĂ©cisions significatives Ă  l’Ă©chelle nationale, voire mondiale, pour lutter contre la pollution. Comme le dĂ©bat que l’Ă©cologie suscite part souvent dans divers sens confus et simplistes, dont la finalitĂ© culpabilisera souvent le petit citoyen, je vous propose ma propre rĂ©flexion sur le sujet.

futureearthwallpaper

La pollution est effectivement quelque chose qui est intrinsĂšque Ă  notre monde, mais qui s’est manifestĂ©e sous des formes multiples Ă  travers le temps. À la pollution animale, naturelle, a succĂ©dĂ© la pollution humaine, irrespectueuse de l’Ă©quilibre. Celle-ci peut constituer un vĂ©ritable danger du fait de son pouvoir de casser la fragile stabilitĂ© environnementale, mais ses consĂ©quences peuvent-elles menacer la survie de l’humanitĂ© pendant tout le reste de son existence ?

Il convient tout d’abord de s’entendre sur ce que nous qualifions de pollution en fixant une dĂ©finition bien prĂ©cise Ă  ce terme. Nous pourrions lui donner le sens communĂ©ment admis qui dĂ©crit la pollution comme la « modification dĂ©favorable du milieu naturel qui apparaĂźt en totalitĂ© ou en partie comme un sous-produit de l’action humaine, au travers d’effets directs ou indirects altĂ©rant les critĂšres de rĂ©partition des flux d’Ă©nergie, des niveaux de radiation, de la constitution physico-chimique du milieu naturel et de l’abondance des espĂšces vivantes » ; c’est sous cet angle de vue que nous allons aborder les choses. Nous exclurons ainsi la pollution animale, terme qui sonne plutĂŽt faux, car, bien que la vie des animaux comporte parfois des comportements nocifs Ă  l’environnement ainsi que la nĂ©cessitĂ© de toujours consommer des produits issus des crĂ©ations terrestres et d’en rejeter les dĂ©chets, cette façon de faire s’harmonise toujours totalement avec les lois naturelles, et elle ne crĂ©e donc en aucun cas de dĂ©sĂ©quilibre ni de souillure qui puisse avoir un quelconque impact contre-nature sur l’environnement. Les animaux font effectivement partie intĂ©grante de la nature, et c’est pourquoi parler de pollution animale ne peut ĂȘtre dĂ©nuĂ© d’une consonance paradoxale, puisqu’elle ne modifie en rien le milieu naturel d’une façon dĂ©favorable qui n’aurait pas Ă©tĂ© prĂ©vue par les lois de la nature, contrairement Ă  l’homme, et c’est de son cas que nous dĂ©battrons, puisqu’il est le seul qui cause une pollution qui soit significative. L’ĂȘtre humain est effectivement plus qu’un animal intelligent ; il a la capacitĂ© d’imaginer, de crĂ©er et de se mettre en phase avec des idĂ©es et principes qui dĂ©passent les lois naturelles fondamentales desquelles les animaux peuvent s’Ă©carter. De ce fait, il a rĂ©ellement le pouvoir de faire deux choix extrĂȘmes : vivre en osmose avec la nature ou la dominer. Il ne faut pas pour autant confondre ĂȘtre en symbiose avec son environnement et ĂȘtre soumis par lui, car pour parler de choix, encore faut-il avoir conscience de sa situation et de ses Ă©ventuelles alternatives ; ainsi les premiers hommes Ă©taient-ils maĂźtrisĂ©s par les lois naturelles avant le dĂ©but de la civilisation, moment auquel ils ont finalement pu s’extirper de cet Ă©tat de simple animal intelligent, et ĂȘtre en mesure de faire ce fameux choix entre l’attitude harmonieuse ou l’exploitation irrationnelle de leur environnement.

Nous pouvons opposer deux types de sociĂ©tĂ©s sur base de ce modĂšle : les civilisations de type occidental, que ce soient les Ă©gyptiennes, mĂ©sopotamiennes, grecques, romaines, scandinaves et autres de l’antiquitĂ©, qui, bien que nettement plus spirituelles et respectueuses de la nature que notre sociĂ©tĂ© actuelle (qualitĂ© qui a paradoxalement diminuĂ© au cours du temps proportionnellement Ă  l’amĂ©lioration des richesses matĂ©rielles et des moyens techniques), ne faisaient pas pour autant de leur environnement une rĂ©elle prĂ©occupation, ayant plutĂŽt tendance Ă  se rapporter Ă  des dieux Ă©chappant Ă  toute tangibilitĂ©. En revanche, les civilisations vivant en AmĂ©rique (essentiellement du Nord) Ă  la mĂȘme Ă©poque et jusqu’Ă  leur colonisation, de mĂȘme que quelques peuples chinois, asiatiques plus gĂ©nĂ©ralement et plusieurs tribus africaines ont longtemps Ă©tĂ©, et continuent de l’ĂȘtre pour certains, animistes. Donc, ces peuples Ă©taient baignĂ©s dans une civilisation, brillante au demeurant en ce qui concerne particuliĂšrement les Indiens d’AmĂ©rique, mais bĂ©nĂ©ficiaient d’une conscience plus large de l’importance de leur milieu naturel et y vivaient avec plus de prĂ©cautions. L’interprĂ©tation des forces naturelles majoritairement sous formes d’esprits plutĂŽt que de dieux contribuait Ă  les maintenir plus attentionnĂ©s aux rĂ©alitĂ©s de leur monde ; en somme, les esprits qu’ils vĂ©nĂ©raient, de façon semblable Ă  ce que les autres civilisations faisaient avec leurs dieux, Ă©tant parties intĂ©grantes de la nature, on ne peut que comprendre facilement la propension qui est nĂ©e Ă  entourer cette derniĂšre de tous leurs soins. L’histoire nous a cependant montrĂ© que ce n’est pas cette vision du monde qui a primĂ© et a Ă©tĂ© en mesure de survivre au cours du temps, car il semblerait que le point auquel ces peuples animistes se sont fondus et complais dans la nature a retardĂ© les nĂ©cessitĂ©s plus matĂ©rielles mais tout aussi vitales qui auraient contribuĂ© Ă  l’avancement de leur civilisation, ce qui les a rendus de faciles proies pour les peuples moins pacifiques, le meilleur exemple Ă©tant l’extermination des Indiens d’AmĂ©rique du Nord Ă  95% par les colons britanniques/amĂ©ricains. Le modĂšle qui a survĂ©cu a donc Ă©tĂ© celui de notre sociĂ©tĂ© actuelle, celui qui suit la loi de la raison du plus fort ; effectivement, au fur et Ă  mesure que les civilisations qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s et sur lesquelles reposent les fondations de notre sociĂ©tĂ© occidentale ont progressĂ©, cela s’est fait sur le plan matĂ©riel, des techniques et des inventions, et bien moins du point de vue de la sagesse, une certaine lassitude Ă©tant Ă©prouvĂ©e pour les anciens dieux farfelus, tout comme le dieu unique qui leur a succĂ©dĂ© se retrouvera progressivement dĂ©laissĂ© Ă  cause des abus et des Ă©garements du clergĂ© qui lui Ă©tait dĂ©diĂ©. En vĂ©ritĂ©, il est nĂ©cessaire de se rĂ©fĂ©rer Ă  ces Ă©lĂ©ments qui font partie des causes de la mentalitĂ© collective actuelle, puisqu’en effet, tout ceci nous permet de voir que plus une civilisation a Ă©voluĂ© sur le plan matĂ©riel, plus elle a rĂ©gressĂ© sur le plan philosophico-spirituel. Ainsi les innovations techniques ont toujours contribuĂ© Ă  dĂ©truire l’environnement, Ă  cette « modification dĂ©favorable du milieu naturel qui apparaĂźt comme un sous-produit de l’action humaine », en permettant une contrepartie d’amĂ©lioration du confort pour ceux qui en bĂ©nĂ©ficiaient, et de profit pour ceux qui en Ă©taient Ă  l’origine et les mettaient en oeuvre. Lorsque l’on trouvait de nouvelles ressources permettant d’amĂ©liorer Ă  la fois la puissance, l’utilitĂ© et les rendements que permettaient la technologie, ces mĂȘmes ressources Ă©taient presque toujours plus polluantes que leurs prĂ©dĂ©cesseurs. Le point d’orgue de l’Ă©garement dans le pur matĂ©rialisme est maintenant atteint avec la situation catastrophique dans laquelle nous sommes, que ce soit au niveau du rĂ©chauffement climatique, de la disparition des espĂšces, ou de la surconsommation… Mais si l’on se projette dans le futur, il semblerait que les choses soient destinĂ©es Ă  changer.

En effet, les rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz mondiales n’ont plus qu’une durĂ©e de vie estimĂ©e Ă  33 et 56 ans, et il se fait de plus en plus difficile d’en trouver Ă©tant donnĂ© que, par exemple, la moyenne de l’importance des gisements de pĂ©trole que l’on dĂ©couvre devient de plus en plus petite. Le processus de disparition a donc dĂ©jĂ  commencĂ©, et ses effets se feront progressivement sentir pendant cette trentaine d’annĂ©es qu’il reste Ă  vivre au pĂ©trole. La demande de pĂ©trole, qui augmente de plus en plus, ne pourra donc pas ĂȘtre honorĂ©e, tout comme cela sera le cas avec le gaz plus tard. Il va donc devenir impĂ©ratif de trouver des mĂ©thodes alternatives, et ces derniĂšres ne pourront sans doute qu’ĂȘtre non polluantes.

Il est effectivement incontestable que l’on se penche de plus en plus sur des moyens « verts » de produire de l’Ă©nergie, que ce soit en utilisant l’Ă©nergie solaire, de l’eau, du vent… Autant de possibilitĂ©s exploitant des ressources naturelles renouvelables et infinies. Il est cependant inquiĂ©tant de voir que certains voient dans les biocarburants une source viable d’Ă©nergie, alors qu’ils ne peuvent ĂȘtre confectionnĂ©s qu’en utilisant de maniĂšre massive des produits le plus souvent vĂ©gĂ©taux et qui peuvent servir d’aliments, ce qui contribue Ă  dĂ©truire l’environnement encore plus qu’il ne l’est dĂ©jĂ , et Ă  aggraver une famine qui existe dĂ©jĂ  gĂ©nĂ©ralement dans les pays oĂč a lieu cette exploitation. Nous pouvons illustrer ces catastrophes par l’exemple qui est probablement le plus connu Ă  ce propos ; les fameuses cultures de soja brĂ©siliennes, qui demandent une vaste dĂ©forestation de la forĂȘt amazonienne pour crĂ©er des hectares d’espaces libres permettant la culture du soja. De surcroĂźt, comme ces terrains appartiennent Ă  de grosses entreprises, les petits cultivateurs indĂ©pendants subissent des pressions de leur part pour qu’ils quittent leur habitation et aillent s’installer ailleurs, dans des endroits oĂč ils ne pourront souvent plus gĂ©nĂ©rer des revenus dĂ©cents. Ajoutons Ă  cette destruction de l’environnement et Ă  cet appauvrissement de la population locale que tout ce qui est produit de la sorte pour crĂ©er des biocarburants est ce qui n’aura aucune chance d’arriver dans les assiettes des brĂ©siliens souffrant de famine. Il s’agit donc d’une Ă©nergie qui, je l’espĂšre, ne devrait pas rĂ©ussir Ă  s’imposer dans le futur.

La voie la plus crĂ©dible est donc bien celle des Ă©nergies vertes renouvelables, qui font de plus en plus l’objet d’Ă©tudes de viabilitĂ© et d’investissements.
Le soleil, la force de l’eau et du vent, l’hydrogĂšne et la fusion nuclĂ©aire sont thĂ©oriquement capables d’engendrer toute l’Ă©nergie dont l’homme a besoin. L’homme dispose de ressources potentielles illimitĂ©es: le problĂšme de leur utilisation est simplement technique. Dans les annĂ©es 1970, le futurologue Herman Kahn (1922-1983) considĂ©rait que la Terre pourrait nourrir 20 milliards d’hommes avec un revenu moyen nettement supĂ©rieur Ă  celui des pays dĂ©veloppĂ©s de l’Ă©poque, sans sous-estimer aucunement les problĂšmes d’environnement et de pollution, avec en perspective l’idĂ©e que le volume de la population se stabiliserait vers le milieu du XXIĂšme siĂšcle. Les problĂšmes sont plus qualitatifs que quantitatifs.

Il demeure cependant un problĂšme : alors que le chemin devrait ĂȘtre tout ouvert devant ces alternatives, de nombreux lobbys dont les intĂ©rĂȘts se trouvent dans le commerce des hydrocarbures rachĂštent les brevets des inventions qui pourraient causer du tort Ă  leur entreprise, et freinent donc la recherche. Ils ne permettent pas que les Ă©vĂ©nements les dĂ©passent et qu’ils puissent perdre leur mainmise sur l’Ă©nergie Ă  cause de l’une ou l’autre invention permise par le progrĂšs, mais ils seront forcĂ©s, un jour ou l’autre, de se convertir Ă  d’autres types d’Ă©nergie que ceux dans lesquels ils font actuellement fortune, car la disparition du pĂ©trole et du gaz est bel et bien inĂ©luctable. C’est pourquoi il est permis de chercher mais pas de trouver ni de mettre en place des projets vraiment significatifs trop tĂŽt : il faudra attendre que ces magnats du monde financier soient prĂȘts Ă  faire migrer leurs intĂ©rĂȘts vers les nouvelles Ă©nergies, de sorte Ă  ne pas disparaĂźtre ni faire trop de pertes, pour que des nouvelles techniques puissent Ă©merger sur le marchĂ©. Mais, Ă©tant donnĂ© qu’ils iront sans doute jusqu’au bout de leurs moyens, c’est-Ă -dire attendre aussi longtemps que ces 30-50 ans de longĂ©vitĂ© des ressources le leur accordent, beaucoup de mal qui aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ© sera fait Ă  la planĂšte. MalgrĂ© tout, l’hypocrisie et le manque de scrupules sont poussĂ©s jusqu’Ă  ce que certains fonds d’investissement tentent de faire de l’Ă©cologie un business lucratif ; ces fonds se spĂ©cialisent dans l’achat et la vente de droits Ă  polluer dans l’objectif de faire du profit avec ce type de produits, exactement comme ils le font avec le pĂ©trole, avec les produits alimentaires, avec les crĂ©dits immobiliers, etc. Ces droits de polluer induits par les Protocoles de Kyoto semblent donc faire des heureux. Protocoles qui sont un retentissant Ă©chec, puisque outre le fait qu’ils n’ont mĂȘme pas Ă©tĂ© ratifiĂ©s par la premiĂšre puissance mondiale que sont les Etats-Unis, l’Ă©mission des gaz Ă  effet de serre a augmentĂ© de 35% au niveau mondial entre 1997 et 2007, et on conçoit mal ce que les États ont le pouvoir de faire pour contraindre des entreprises qui les dominent complĂštement Ă  baisser leurs Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Ces derniers ont d’ailleurs Ă©tĂ© si gĂ©nĂ©reux avec les entreprises que le prix de la tonne de carbone est quasiment d’un niveau 0, leur permettant ainsi de polluer autant que cela leur chante.

Il est donc clair que la pollution en tant que modification du milieu naturel par l’action humaine existera toujours, mais ce n’en est pas pour autant une « fatalité » dans le sens oĂč cela serait dĂ©favorable ; en effet, bien que cela blessera toujours la nature, il n’en est pas pour autant vrai que l’homme, pour vivre diffĂ©remment d’un animal, doit obligatoirement sortir du cycle naturel avec les consĂ©quences que cela engendre sur son environnement. Le problĂšme avec l’ĂȘtre humain, c’est qu’il a toujours manquĂ© de sagesse ; il a Ă©tĂ© conçu de sorte Ă  ĂȘtre une force de la nature Ă  part entiĂšre, ce qu’il est plus que jamais Ă  l’heure actuelle, pouvant influencer le cours de bien des cycles naturels, mais il ne s’est pas encore montrĂ© capable d’assumer rĂ©ellement cette responsabilitĂ©. En effet, les peuples animistes Ă©taient trop proches de la nature et pas assez des prĂ©occupations de leur civilisation, alors que faire progresser cette derniĂšre est tout de mĂȘme la raison d’ĂȘtre de l’homme ; en consĂ©quence, ils ont quasiment disparu et ceux qu’il reste Ă  l’heure actuelle ne vivent plus que dans un Ă©tat primitif, de mĂȘme que tous les autres modes de vie qui Ă©taient certes porteurs des meilleures intentions, mais trop Ă©loignĂ©s des nĂ©cessitĂ©s du monde rĂ©el pour que leur existence ne soit pas Ă©phĂ©mĂšre. Actuellement, dans nos sociĂ©tĂ©s de consommation dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es qui ont perdu les meilleurs repĂšres qui puissent guider l’ĂȘtre humain, comme Dieu, et qui ne jurent plus que par de futiles jouissances matĂ©rielles, nous sommes dans une optique extrĂȘme, dont le dĂ©faut est d’ĂȘtre si profondĂ©ment ancrĂ© sur ce que l’on pense ĂȘtre les rĂ©alitĂ©s du monde que l’on en oublie les choses autrement plus subtiles et utiles que ce qui est purement matĂ©riel, tangible, mais n’en est pas pourtant tout aussi nĂ©cessaire, rĂ©el et vital. Nul doute que cette stupide logique de court terme ne cause notre perte tout comme les Ă©garements d’autres peuples, sociĂ©tĂ©s ou civilisations ont causĂ© la leur. Mais il est encore possible de rectifier le tir. Il ne faut en aucun cas s’attendre Ă  ce qu’un changement providentiel vienne de nos gouvernements irresponsables, mais cela n’empĂȘche pas que l’on puisse avoir une certaine foi dans le destin, puisque comme nous l’avons vu, il semble que l’humanitĂ© soit obligĂ©e d’adopter des techniques d’Ă©nergie verte dans un avenir relativement proche. Cependant, bien que cela rĂ©glera peut-ĂȘtre le problĂšme des gaz Ă  effets de serre, qui seraient, bien que beaucoup de scientifiques en doutent encore, Ă  l’origine du rĂ©chauffement climatique, et que cela contribuera Ă  assainir l’environnement, il n’en reste pas moins que les problĂšmes de surconsommation qu’engendre la surpopulation, et qui causent une disparition affolante des espĂšces, persisteront. Cette surconsommation me semble d’ailleurs plus dramatique que le rĂ©chauffement climatique, et peut ĂȘtre Ă©galement considĂ©rĂ© comme une sorte de pollution. Reste Ă  savoir si ce type de pollution sera, lui, non seulement une fatalitĂ©, mais Ă©galement fatal au genre humain. Ce point relĂšve donc plus de la spĂ©culation que le premier, mais au vu du dĂ©rĂšglement climatique qui engendre des cataclysmes de plus en plus nombreux et violents, nous pouvons dĂ©duire que, si l’humanitĂ© ne rĂšgle pas bientĂŽt ce problĂšme d’elle-mĂȘme, en trouvant une parade, la Terre s’en chargera d’elle-mĂȘme. Cela ne causerait certainement pas une extinction du genre humain, mais un retour Ă  l’Ă©quilibre qui ferait des centaines de millions, si ce n’est des milliards, de victimes. Cependant, si l’humanitĂ© veut Ă©chapper Ă  cette tragĂ©die, elle doit se dĂ©barrasser de son modĂšle de vie dĂ©sĂ©quilibrĂ©, vouĂ© Ă  une mort certaine comme ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, et adopter enfin la sagesse du juste milieu, qui permette au genre humain de faire progresser ses particularitĂ©s d’humain en utilisant ce qui lui est nĂ©cessaire dans la nature pour faire avancer sa civilisation, mais en veillant aux lois qui permettent l’Ă©quilibre de son environnement. Une sorte d’intermĂ©diaire entre les caractĂ©ristiques des sociĂ©tĂ©s animistes et de celles de notre Ă©poque : une harmonie sans fusion, une exploitation sans domination. Tant que notre sociĂ©tĂ© n’aura pas atteint cet idĂ©al, les pires types de pollution ne pourront qu’ĂȘtre des fatalitĂ©s.

Régis Mex, pour Mecanopolis

mai 20 2009

La Trilatérale est au service du Nouvel Ordre Mondial, par Pierre Hillard

Par Pierre Hillard, pour Mecanopolis

DĂ©sireux d’en savoir plus au sujet du dernier ouvrage de Pierre Hillard, « La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale », paru le 17 avril dernier aux Éditions François-Xavier de Guibert, nous avons pris contact avec lui. Pour ceux qui ne le connaĂźtraient pas encore, Pierre Hillard est professeur de relations internationales Ă  l’école supĂ©rieure de commerce extĂ©rieur de Paris. Historien de formation, diplĂŽmĂ© de science politique et d’études stratĂ©giques, spĂ©cialiste de l’Allemagne, des affaires europĂ©ennes et de la question des minoritĂ©s, il centre son Ă©tude sur le partenariat transatlantique et la gouvernance mondiale. AccĂ©dant Ă  notre demande, il a acceptĂ© de rĂ©diger, pour Mecanopolis, un article Ă  propos de la Commission TrilatĂ©rale en guise de prĂ©sentation de son livre qui, lui, porte sur la Fondation Bertelsmann.

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La TrilatĂ©rale est une organisation mĂ©connue du public français. Croyant que le suffrage universel reprĂ©sente l’arme dĂ©cisive pour changer le cours des choses, les Français ignorent en fait que les vĂ©ritables acteurs de la vie politique et Ă©conomique se trouvent au sein de « centres de rĂ©flexion » nourris par des multinationales. Des groupes ultra puissants comme le Bilderberg, le Lucis Trust, le Council on Foreign Relations (le CFR pour les Etats-Unis concernant la politique Ă©trangĂšre), l’European Council on Foreign Relations (l’ECFR pour l’Union europĂ©enne), la Fondation Bertelsmann pour ne citer que ces cas reprĂ©sentent les relais du pouvoir mondial en gestation. CoopĂ©rant Ă©troitement entre eux, ces groupes Ă©litistes constituent les diffĂ©rents musiciens permettant Ă  l’orchestre mondialiste de jouer une partition intitulĂ©e : « Vers une gouvernance mondiale ». Dans cette affaire, un groupe solidement implantĂ© joue aussi son rĂŽle en faveur d’une unification planĂ©taire : la TrilatĂ©rale.

Créée en 1973 par Zbigniew Brzezinski (conseiller du prĂ©sident Obama) et David Rockefeller (ancien prĂ©sident du CFR pour ne citer que ce cas), la TrilatĂ©rale est constituĂ©e de trois entitĂ©s : l’AmĂ©rique du Nord, l’Europe et le Japon. L’objectif de la TrilatĂ©rale comme l’affirme Brzezinski dans un article du Figaro est de permettre aux Etats de « faire face Ă  des problĂšmes de plus en plus partagĂ©s – financiers, Ă©conomiques et stratĂ©giques – et qu’ils sont de moins en moins en mesure de rĂ©gler, sans au moins se concerter plus Ă©troitement dans leur propre intĂ©rĂȘt et dans celui du reste du monde (…). D’oĂč l’idĂ©e d’un groupe non gouvernemental de rĂ©flexion et de proposition, une centaine d’hommes et de femmes – d’Etat comme d’affaires, de syndicat comme d’universitĂ© -, qui pourrait nous habituer Ă  travailler ensemble et Ă  mieux rĂ©concilier nos politiques. Un groupe qui a eu le bonheur de compter dans ses rangs des Français tels que Paul Delouvrier, Robert Marjolin, Raymond Barre, Simone Veil, François de Rose, Hubert VĂ©drine, parmi tant d’autres … (…). La TrilatĂ©rale a beaucoup fait en son temps pour nous rapprocher – nous AmĂ©ricains, EuropĂ©ens et Japonais (…). L’un de ses rejetons a Ă©tĂ© le groupe des Sept (le G-7)[1] » .

En fait, la TrilatĂ©rale Ɠuvre en faveur d’une gouvernance mondiale en procĂ©dant par Ă©tape. Ainsi, l’une d’entre elle consiste Ă  crĂ©er un bloc euro-atlantique unifiĂ© dans les domaines politiques, Ă©conomiques et militaires. Les personnes clefs Ă  la tĂȘte de cet institut le confirment aisĂ©ment. Le prĂ©sident de la TrilatĂ©rale Europe est l’Irlandais Peter Sutherland[2]. Outre son passage Ă  la tĂȘte de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), il est aussi le prĂ©sident europĂ©en d’un institut euro-amĂ©ricain ultra puissant oeuvrant en faveur d’une Union atlantique : le TPN (Transatlantic Policy Network, rĂ©seau politique transatlantique)[3]. Ce TPN soutenu par les grandes multinationales (Boeing, Michelin, Coca-Cola, Bertelsmann, Nestley, Microsoft, etc)[4] a affichĂ© clairement ses objectifs : la crĂ©ation d’un seul bloc atlantique Ă  l’horizon 2015[5]. Le rĂŽle de Peter Sutherland Ă  la tĂȘte de ces deux instituts est de mener Ă  bien cette ambition. Face Ă  ces objectifs, il n’est donc pas Ă©tonnant de relever le nom du vice-prĂ©sident de la TrilatĂ©rale Europe, HervĂ© de Carmoy[6]. En effet, ce dernier est l’auteur d’un ouvrage au titre explicite et rĂ©sumant la finalitĂ© du projet transatlantique, EuramĂ©rique[7].

Dans ce travail de fond, la TrilatĂ©rale ne laisse rien au hasard. En effet, lors des travaux Giscard en 2003/2004 en faveur d’une constitution europĂ©enne, le vĂ©ritable meneur fut l’Anglais Lord Kerr of Kinlochard, membre de la TrilatĂ©rale Europe. Ancien prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© pĂ©troliĂšre Shell, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, il fut aussi le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Ă  la Convention europĂ©enne auprĂšs de ValĂ©ry Giscard d’Estaing[8]. Une telle fonction est logique puisqu’il s’avĂšre nĂ©cessaire de crĂ©er un pilier politique europĂ©en associĂ© au pilier nord-amĂ©ricain dans le but de donner naissance Ă  une Union atlantique. Cet idĂ©al Ă©tait dĂ©jĂ  affichĂ© par le Fondateur de la Paneurope, Richard de Coudenhove-Kalergi qui, dans un discours de 1950, appelait Ă  la naissance d’une « Union atlantique » aboutissant Ă  une « fĂ©dĂ©ration Ă  trois », « l’Angleterre faisant le pont entre l’Europe et l’AmĂ©rique »[9].

Ces informations soulignent l’importance de la TrilatĂ©rale. Son action doit ĂȘtre dĂ©noncĂ©e car elle participe Ă  la formation d’une gouvernance mondiale destructrice des nations et des traditions.

Pierre Hillard, pour Mecanopolis

Dernier ouvrage paru : La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance mondiale »

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Notes :

[1] Le Figaro, 25 janvier 1999

[2] http://www.trilateral.org/memb.htm

[3] http://www.tpnonline.org/who.html

[4] http://www.tpnonline.org/business.html

[5] http://www.tpnonline.org/activities.html : voir “strategy to strenghten transatlantic partnership”. Ce travail a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© dans un ouvrage intitulĂ© Deep Integration de Daniel Hamilton et Joseph Quinlan aux Editions Center for Transatlantic Relations.

[6] http://www.trilateral.org/membship/bios/hdc.htm

[7] Euramérique, Hervé de Carmoy, Editions PUF, 2007.

[8] http://www.trilateral.org/memb.htm La liste montre aussi que l’ancien ambassadeur français aux Etats-Unis, François Bujon de l’Estang, est membre de la TrilatĂ©rale.

[9] Voir notre livre La décomposition des nations européennes, aux Editions François-Xavier de Guibert, annexe 11.

mai 18 2009

La stratégie de Benoßt XVI: « Une croisade pour le Nouvel Ordre Mondial »

Régis Mex, Mecanopolis

Suite aux divers Ă©vĂ©nements en provenance du Vatican, que ce soit la polĂ©mique autour des propos de BenoĂźt XVI dĂ©courageant l’utilisation du prĂ©servatif ou son voyage auprĂšs des communautĂ©s juives et musulmanes en Terre Sainte, il m’a paru intĂ©ressant de reprendre quelques informations visant Ă  cerner la stratĂ©gie du Vatican. Bien sĂ»r, il n’est aucunement dans mon intention de critiquer la religion en elle-mĂȘme, mais bien la politique (car c’est bien de cela qu’il s’agit) que mĂšnent ses reprĂ©sentants par son biais.

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Christian Terras, catholique de 56 ans qui avait notamment dĂ©noncĂ© l’affaire des prĂȘtres pĂ©dophiles en Suisse, est le poil Ă  gratter du Vatican depuis maintenant 15 ans. Directeur de la revue progressiste «Golias», il explique ce qui sous-tend, selon lui, les propos de BenoĂźt XVI:

« BenoĂźt XVI propose un idĂ©al sectaire et totalitaire si l’on met en parallĂšle cette morale catholique en tant que telle et la situation africaine. Ce n’est malheureusement pas nouveau. L’an dernier, les ONG humanitaires catholiques ont Ă©tĂ© rĂ©unies Ă  Rome. Le Vatican voulait peser contre les campagnes qui font du prĂ©servatif un passage obligĂ©. Il faut lire cette volontĂ© dans le sens du message de BenoĂźt XVI dans l’avion. Il ne veut pas tomber dans la mĂ©canisation Ă©thique du prĂ©servatif. »

3409248794_7857c359b0« Cela commence Ă  bien faire; depuis quatre ans, il y a une accumulation de gaffes. Sur les musulmans Ă  Ratisbonne, sur les Nazis Ă  Auschwitz, une «bande de criminels», sur les peuples d’AmĂ©rique du Sud qui n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s de maniĂšre violente… Puis la levĂ©e des excommunications des Lefebvristes, en janvier dernier, dont le nĂ©gationniste Williamson, et enfin l’excommunication par un prĂ©lat brĂ©silien d’une mĂšre qui a fait avorter sa fille de 9 ans, violĂ©e par son beau-pĂšre et enceinte de lui, qu’il a approuvĂ©… »

« Il y a autre chose derriĂšre l’irresponsabilitĂ© de ces dĂ©clarations. Il agit en fait dans le cadre d’une stratĂ©gie concertĂ©e. Il est en croisade pour un nouvel ordre mondial. Une croisade contre ce que BenoĂźt XVI appelle le relativisme, une stratĂ©gie concertĂ©e contre le monde moderne et ses Ă©volutions en matiĂšre de famille, de bioĂ©thique, de santĂ© (le dĂ©bat sur l’euthanasie). Or, BenoĂźt XVI n’a de cesse de remonter le temps, d’instrumentaliser la tradition chrĂ©tienne, la loi naturelle et Saint Thomas d’Aquin par exemple. Depuis plusieurs dĂ©cennies, les mĂ©decins chrĂ©tiens avaient commencĂ© Ă  faire bouger les lignes sur le prĂ©servatif. Un certain nombre d’Ă©vĂȘques avaient fait montre de pragmatisme: si le prĂ©servatif peut permettre de sauver des vies, bon… Mais Josef Ratzinger, lorsqu’il Ă©tait prĂ©fet de la congrĂ©gation et garant de l’orthodoxie romaine, avait mis Ă  mal ce travail progressiste, en faisant condamner 1.000 thĂ©ologiens, dont 200 thĂ©ologiens moralistes selon mes recherches. L’Eglise a laminĂ© toute la pensĂ©e thĂ©ologique qui travaillait sur une nouvelle morale catholique moderne et adaptĂ©e, en prenant en compte les progrĂšs de la science, de l’anthropologie, le statut de la femme. C’est une stratĂ©gie suicidaire, je pense qu’il est dangereux. »

Les propos polĂ©miques sur l’usage du prĂ©servatif font donc partie, en fait, d’une stratĂ©gie de communication qui vise une certaine fortification de l’identitĂ© de l’Église, une certaine radicalisation. Ce qui est paradoxal, c’est l’ouverture que semble pourtant pĂ©riodiquement accorder BenoĂźt XVI aux autres religions. Lors de son voyage en Jordanie, le Pape a effectivement prĂ©cisĂ© : « Nous pouvons dire que ces prĂ©cieuses initiatives ont obtenu de bons rĂ©sultats en favorisant la promotion d’une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman mettant en Ă©chec les prĂ©dications de ceux qui considĂšrent inĂ©vitables la violence et les conflits.» Il est indiscutable qu’Ă  l’heure oĂč les tensions entre communautĂ©s judĂ©o-chrĂ©tiennes et musulmanes sont grandes, l’initiative de BenoĂźt XVI va dans le bon sens puisqu’elle s’inscrit dans la recherche d’une rĂ©conciliation. Cependant, il pourrait se cacher quelque chose de moins noble derriĂšre cette volontĂ© de promouvoir « une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman ». Dans ces temps de mondialisme effrĂ©nĂ©, il n’est pas impossible que le mot « alliance » soit lourd de nuances. Pour se faire une meilleure idĂ©e sur la portĂ©e de ce terme, il faut se rĂ©fĂ©rer Ă  un extrait d’un ancien discours de NoĂ«l du Pape:

Le 24 dĂ©cembre 2005, BenoĂźt XVI a dĂ©livrĂ© son message de NoĂ«l : « La force vivifiante de sa lumiĂšre (de Dieu) t’encourage Ă  t’engager dans l’Ă©dification d’un Nouvel Ordre Mondial, fondĂ© sur de justes relations Ă©thiques et Ă©conomiques. Que son amour guide les peuples et Ă©claire leur conscience commune d’ĂȘtre une famille appelĂ©e Ă  construire des relations de confiance et de soutien mutuel. L’humanitĂ© unie pourra affronter les problĂšmes nombreux et prĂ©occupants du monde prĂ©sent.»

Les propos du supĂ©rieur gĂ©nĂ©ral de l’Ordre des JĂ©suites, surnommĂ© le « Pape Noir », Peter-Hans Kolvenbach, n’en sont pas moins intriguants. Dans un discours tenu en 1997, ce prince de l’Église a rĂ©affirmĂ© la nĂ©cessitĂ© de l’unitĂ© dans des termes proches de l’Être suprĂȘme : « L’homme de foi est intimement convaincu que l’histoire de l’union humaine peut ĂȘtre Ă©crite en collaboration avec le Seigneur de l’Histoire. L’Ă©chec de la tour de Babel n’est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phĂ©nomĂšne pentecostal oĂč chacun, avec ses particularitĂ©s, se fait communion avec l’esprit.»

Mais les propensions de l’Église envers le Nouvel Ordre Mondial ne s’arrĂȘtent pas lĂ . Le rapport aux Ă©vĂȘques de la COMECE (Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne) intitulĂ© « Gouvernance mondiale: Notre responsabilitĂ© pour que la mondialisation devienne une opportunitĂ© pour tous», contient, entre autre, les lignes suivantes:

« Nous accueillons chaleureusement ce rapport, plus particuliĂšrement, au nom de la Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne (COMECE) dont la tĂąche est de surveiller et de commenter la politique de l’Union europĂ©enne. Une conclusion clĂ© du texte suivant est que l’UE, Ă©tant donnĂ© sa genĂšse, son architecture, la comprĂ©hension qu’elle a d’elle-mĂȘme, ainsi que ses responsabilitĂ©s dans des domaines politiques comme le commerce, la concurrence et la coopĂ©ration au dĂ©veloppement, a un rĂŽle crucial Ă  jouer dans la transformation de l’ordre international existant en un systĂšme de gouvernance mondiale . Nous considĂ©rons que l’Union europĂ©enne est un modĂšle pionnier d’intĂ©gration rĂ©gionale et qu’elle constitue un exemple pour l’avenir de la gouvernance dans de nombreuses autres rĂ©gions du monde, malgrĂ© son expĂ©rience encore naissante et donc, contingente, dans certains domaines politiques. Nous espĂ©rons que ce rapport contribuera Ă©galement Ă  ranimer la rĂ©flexion et le dĂ©bat public sur la signification profonde de l’intĂ©gration europĂ©enne.»

« Les Ă©conomies ouvertes ne tiendront pas sans la volontĂ© des Etats de s’ouvrir Ă©galement sur le plan politique. Dans un monde marquĂ© par une interdĂ©pendance croissante, l’Union europĂ©enne est un exemple unique et convaincant d’un systĂšme de gouvernance basĂ© sur la coopĂ©ration politique supranationale et multilatĂ©rale. En outre, la volontĂ© politique d’aboutir Ă  un systĂšme de gouvernance mondiale et de le maintenir doit ĂȘtre soutenue par des convictions et des valeurs fermes.»

« L’ implication des Eglises et des autres communautĂ©s religieuses, des ONG et des entreprises privĂ©es, ainsi que des Etats et des blocs rĂ©gionaux dans la gouvernance mondiale: Les Eglises et les autres religions peuvent s’informer et informer leurs fidĂšles sur les dĂ©fis globaux et les encourager Ă  prendre leurs responsabilitĂ©s. Les problĂšmes de la gouvernance mondiale doivent ĂȘtre inclus dans des programmes d’enseignement et de catĂ©chĂšse. Les Eglises pourraient faire du thĂšme de la gouvernance mondiale un sujet de dialogue oecumĂ©nique et interreligieux. Au sein de l’Eglise catholique, par exemple, le rĂ©seau d’universitĂ©s, les commissions ‘Justice et Paix’ et les «Semaines sociales» pourraient ĂȘtre une ressource Ă  utiliser fidĂšles Ă  leurs mandats initiaux pour contrĂŽler et analyser les dĂ©veloppements.»

Á la lumiĂšre de ceci, les motivations mondialistes de l’Église nous apparaissent clairement, tout comme le fait que cette mĂȘme Église outrepasse le cadre purement spirituel dans lequel son pouvoir est censĂ© ĂȘtre restreint pour s’immiscer dans le domaine temporel, politique. Parmi les plus influentes personnalitĂ©s du Vatican rĂšgne donc une corruption manifeste, qui explique sans doute pourquoi les Ă©lites ecclĂ©siastiques oeuvrent de temps Ă  autres pour le rapprochement des communautĂ©s, et le reste du temps Ă  la solidification de leur identitĂ© propre. En effet, en ce qui concerne la radicalisation du christianisme, BenoĂźt XVI mĂšnerait sa propre politique, et serait influencĂ© par les pressions politiques qui sont exercĂ©es au sein du Vatican de sorte Ă  appuyer le mondialisme de temps Ă  autre, en donnant Ă  ce courant une touche religieuse qui permet de le faire d’autant mieux passer dans les pensĂ©es des croyants qui seront plus enclins Ă  considĂ©rer le mondialisme comme une bonne chose, voire Ă  le rendre inconsciemment acceptable au plus grand nombre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui ne sont de toute façon pas conscients de ce que reprĂ©sentent les dĂ©clarations du Pape sur le Nouvel Ordre Mondial.

En outre, bien que cela ne soit pas directement liĂ©, il n’est pas impossible que certains des reprĂ©sentants de notre Ă©lite occidentale veuillent encourager des mesures, dans les pays musulmans corrompus et dĂ©sireux de satisfaire les volontĂ©s de l’axe amĂ©ricano-europĂ©en, qui puissent rendre peu Ă  peu l’Islam assimilable Ă  l’esprit de consommation, tout comme le concile de Vatican II y avait contribuĂ© vis-Ă -vis du christianisme. En attestent les propos de Ralph Peters, auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratĂ©gie et des relations internationales:

« Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et MĂ©dine Ă©taient dirigĂ©s par un Conseil reprĂ©sentatif tournant issu des principales Ă©coles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un État sacrĂ© islamique – une sorte de super Vatican musulman – oĂč l’avenir de la foi serait dĂ©battu au lieu d’ĂȘtre arbitrairement fixĂ©. » Soit une sorte d’Islam des LumiĂšres Ă©laborĂ© au cƓur de cet État sacrĂ© islamique qui permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils Ă©pousent pleinement la philosophie mondialiste.

D’autres Ă©lĂ©ments contribuent Ă  renforcer le rĂŽle de la religion chrĂ©tienne en l’utilisant Ă  des fins politiques. Les actions en ce sens de Nicolas Sarkozy sont particuliĂšrement connues parce qu’elles sont en dĂ©saccord avec le statut laĂŻc de la France.

On ne peut effectivement s’empĂȘcher de penser que la croyance et l’espĂ©rance, dont Nicolas Sarkozy parle benoit-xvi-21avec constance, sont prĂ©cisĂ©ment les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. « Pas de pouvoir sans croyance », disait Paul ValĂ©ry. L’exposition sans retenue de ses interrogations mĂ©taphysiques procĂšde aussi de cette logique-lĂ . Qu’importent la rĂ©alitĂ© et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, Ă  laquelle les AmĂ©ricains sont habituĂ©s depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

Il a dĂ©taillĂ© ses convictions dans un livre, la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance » , paru en 2004, ouvrage qui s’insĂšre dans une bibliographie dont les titres ont un Ă©trange parfum d’encyclique ou de prĂȘche Ă©sotĂ©rique : « Ensemble », « TĂ©moignage libre », « Au bout de la passion : l’Ă©quilibre ». Et s’il est vrai qu’un responsable politique Ă©crit gĂ©nĂ©ralement la biographie d’hommes auxquels il voudrait secrĂštement qu’on le compare, alors le titre de son ouvrage sur Georges Mandel, « Le Moine de la politique », laisse songeur.

DĂšs les premiĂšres pages de la RĂ©publique, tout est dit : « Je considĂšre que, toutes ces derniĂšres annĂ©es, on a surestimĂ© l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux et la question spirituelle ont Ă©tĂ© trĂšs largement sous-estimĂ©es.» On remarquera, en outre, que cette phrase opĂšre un Ă©tonnant rapprochement entre le fait religieux, phĂ©nomĂšne social qui ressort de la sphĂšre publique, et la question spirituelle, en principe exclusivement privĂ©e, elle.

Explication de texte, par l’auteur : « Le fait religieux est un Ă©lĂ©ment primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrĂȘte pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laĂŻcitĂ©. Pas mĂȘme la vision d’une laĂŻcitĂ© indiffĂ©rente. Je crois au besoin religieux pour la majoritĂ© des femmes et des hommes de notre siĂšcle. La place de la religion dans la France de ce dĂ©but de troisiĂšme millĂ©naire est centrale. »

Il faut Ă©voquer la rĂ©ception, en grande pompe, au ministĂšre des Finances, de l’acteur Tom Cruise, dont personne n’ignorait alors qu’il Ă©tait le porte-parole de la scientologie.

Il faut lire Sarkozy, toujours dans la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance », lorsqu’il reconnaĂźt « la lĂ©gitimitĂ© de certaines des nouvelles religiositĂ©s », estimant que le mot secte « est parfois utilisĂ© abusivement contre des mouvements spirituels nouveaux ». Nouveau mouvement spirituel, ce qualificatif est prĂ©cisĂ©ment celui dont se rĂ©clame la scientologie, secte pourtant parmi les plus dangereuses, aux dires mĂȘme des pouvoirs publics. Il est vrai, comme l’exprimera Nicolas Sarkozy, que les « sectaires » sont les autres, ceux qui ont fait de la laĂŻcitĂ© une « laĂŻcitĂ© de combat ». InquiĂ©tant dĂ©voiement du sens des mots.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.