oct 12 2009

Un « va-t-en-guerre » obtient le Nobel de la Paix

Il n’aura pas fallu plus de 25 ans pour que deviennent des vérités les slogans de 1984 imaginés par George Orwell.

La guerre est la paix,

La libertĂ© est l’esclavage,

L’ignorance est la force.

obamania

J’y ajouterais : Le mensonge est la vérité.

Le ComitĂ© Nobel a dĂ©cernĂ© le Prix de la Paix 2009 au PrĂ©sident Obama, l’individu qui a entamĂ© une nouvelle guerre au Pakistan, aggravĂ© la guerre en Afghanistan, et qui continue de menacer d’attaquer l’Iran s’il ne fait pas ce qu’exige le gouvernement des Etats-Unis et renonce Ă  ses droits de signataire du TraitĂ© de non-prolifĂ©ration.

Thorbjoern Jagland, le prĂ©sident du comitĂ© Nobel a dĂ©claré : « C’est très rare qu’une personne aussi importante qu’Obama attire l’attention mondiale et donne Ă  son peuple l’espoir en un avenir meilleur. »

Obama, s’est attendri le comité, a créé « un nouveau climat dans la politique internationale. »

Allez raconter ça aux deux millions de Pakistanais dĂ©placĂ©s et au nombre inconnu de morts qu’a accumulĂ© Obama en quelques mois au pouvoir. Allez raconter ça aux Afghans, chez qui le nombre de civils morts continue de monter pendant que bourdonne la « guerre de nĂ©cessité » impossible Ă  rĂ©gler d’Obama.

Pas une politique de Bush n’a Ă©tĂ© amendĂ©e. L’Irak est toujours occupĂ©. Le camp de la torture de Guantanamo est toujours en service. La dĂ©tention abusive et les assassinats ont toujours cours. L’espionnage du citoyen sans mandat est toujours au programme. Les libertĂ©s civiques sont toujours violĂ©es au nom de la « guerre contre le terrorisme » d’OcĂ©ania.

Apparemment le comitĂ© Nobel se fait des illusions. Étant minoritaire, Obama mettrait un terme Ă  l’hĂ©gĂ©monie occidentale sur les populations Ă  peau foncĂ©e.

Le non-cynique pourrait raconter que le comitĂ© Nobel s’empare de la rhĂ©torique d’Obama pour l’investir dans la quĂŞte de la paix au lieu de la guerre. Nous espĂ©rons tous que ça puisse marcher. Mais la consĂ©quence la plus vraisemblable, c’est que ce Prix a matĂ©rialisĂ© « La guerre est la paix. »

Obama n’a rien fait pour que rende compte le rĂ©gime criminel de Bush et l’administration Obama a soudoyĂ© et menacĂ© l’AutoritĂ© palestinienne pour qu’elle coopère avec le projet israĂ©lo-Ă©tasunien de balancer le Rapport Goldstone de l’ONU sur les crimes de guerre israĂ©liens, commis pendant l’attaque barbare de l’armĂ©e israĂ©lienne contre la population civile sans dĂ©fense dans le ghetto de Gaza.

Le ministère de la VĂ©ritĂ© dĂ©bite la dĂ©sinformation du rĂ©gime Obama : L’Iran aurait informĂ© l’AIEA de sa nouvelle installation nuclĂ©aire « secrète » parce qu’il aurait dĂ©couvert que le Renseignement Ă©tasunien avait appris son existence. Ces boniments servent Ă  saper le fait de l’Iran se conforme Ă  l’Accord de garanties, et Ă  perpĂ©tuer le mouvement en faveur d’une attaque militaire contre l’Iran.

Le comité Nobel a placé tous ses espoirs sur un peu de peau colorée.

« La guerre est la paix » est dĂ©sormais l’engagement de l’organisation autrefois pacifiste, Code Pink. Code Pink a dĂ©cidĂ© que les droits des femmes mĂ©ritent une guerre en Afghanistan.

Lorsque les arguments en faveur de la guerre deviennent quasiment intarissables — hĂ©gĂ©monie pĂ©trolière, droits des femmes, dĂ©mocratie, vengeance pour le 11/9, refus de bases pour Al QaĂŻda, protection contre le terrorisme –, la guerre devient la voie vers la paix.

Le comité Nobel a accordé le prestige de son Prix de la paix à la Langue Fourchue et à la Pensée Inintelligible.

Paul Craig Roberts

juil 13 2009

Le monde survivra-t-il Ă  la mort de Michael Jackson ?

Par Alain de Benoist

C’est la question qu’on peut se poser après avoir vu dĂ©ferler Ă  l’Ă©chelle planĂ©taire une vague de « Jacksonmania » en comparaison de laquelle l’« Obamania » de ces derniers mois ne fut qu’une plaisanterie. Dès l’annonce de la mort du chanteur, toutes les chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision du monde, ou peu s’en faut, se sont transformĂ©es en « Jackson channels » – « breaking news » oblige. Certaines d’elles, depuis, ne diffusent plus que des clips de l’inventeur du Moonwalk. En France, les grandes chaĂ®nes gĂ©nĂ©ralistes ont elles aussi immĂ©diatement changĂ© leurs programmes, faisant disparaĂ®tre pendant plusieurs jours toute information qui n’Ă©manait pas de Neverland. Plus un mot sur la situation en Iran, sur la guerre en Afghanistan, sur les attentats en Irak. PrioritĂ© Ă  Michael Jackson !

music_michael_jackson_004820_

Depuis, les reportages et les hommages se succèdent en boucle tandis que, de Los Angeles Ă  Tokyo en passant par Paris, Buenos Aires ou Nairobi, des rassemblements spontanĂ©s rĂ©unissent des centaines de milliers d’hallucinĂ©s munis de leurs tĂ©lĂ©phone portables et de leurs lecteurs de mp3. On saura tout sur Jackson, ses origines, sa carrière, ses changements de peau, ses succès (750 millions de disques vendus), ses ultimes rĂ©pĂ©titions, ses derniers instants, ses enfants, ses finances, son hĂ©ritage. On saura tout parce qu’il faut tout savoir. Le tout noyĂ© dans un dĂ©luge de dithyrambes et d’hyperboles. Le plus grand chanteur, les plus grosses ventes, le plus gĂ©nial, le plus crĂ©ateur, le plus, le plus…

Cet Ă©moi planĂ©taire laisse songeur. Le talent, rĂ©el ou supposĂ©, de Michael Jackson n’est pas en cause, pas plus que ses capacitĂ©s de chanteur (et surtout de danseur). Ce qui est en cause, c’est le traitement de l’information par les mĂ©dias. Car le fait est lĂ  : aucun Ă©vĂ©nement dans le monde n’a reçu une telle « couverture » mĂ©diatique depuis les attentats du 11 septembre 2001. Aucun. Si elles se produisaient demain, la mort d’Obama, celle de Poutine, celle du Pape, feraient dix fois moins de bruit. Beaucoup de journalistes professionnels en conviennent d’ailleurs : comment serait-il mĂŞme techniquement possible de donner plus de rentissement Ă  quoi que ce soit ?
D’oĂą la question : la mort de Michael Jackson est-elle vraiment ce qui s’est passĂ© de plus important dans le monde depuis dix ans ?

Les commentaires des « fans » les plus hystĂ©riques donnent eux aussi Ă  rĂ©flĂ©chir. Depuis la Californie, les tĂ©lĂ©visions les ont fait se succĂ©der devant la camĂ©ra pour rivaliser d’affirmations dĂ©lirantes : « Le plus grand chanteur de tous les temps », « L’homme le plus important depuis JĂ©sus-Christ », « C’est la mort d’un gĂ©nie », « Il faudra des annĂ©es pour surmonter ce deuil », etc. Pour les funĂ©railles de « Bambi », près d’un demi-milliard de demandes de tickets ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es dans le monde. Les enchères sur e-Bay sont montĂ©es Ă  100 000 dollars pour un ticket. Aux Etats-Unis, oĂą l’hystĂ©rie semble ĂŞtre une composante de la vie sociale, on compte dĂ©jĂ  plusieurs dizaines de suicides. La planète vacille. Naissance d’une nouvelle religion !

Ce n’est certes pas d’hier que des foules immenses sont prĂŞtes Ă  traverser le monde pour assister Ă  un grand Ă©vĂ©nement sportif ou musical, alors que les partis politiques, les syndicats et les Eglises ne touchent plus grand monde – ce qui signifie aussi quelque chose. Mais lĂ , en matière de dĂ©mesure, toutes les frontières ont apparemment Ă©tĂ© franchies.

La distraction, c’est cela. La distraction au sens pascalien : ce qui distrait en dĂ©tournant du reste. Ce qui fait tout disparaĂ®tre sous l’agitation des paillettes, du bruit, des lumières multicolores et des clips. Le « diversity management » que seuls de pervers blasphĂ©mateurs peuvent vouloir troubler.

En septembre 1995, 500 hommes politiques et dirigeants Ă©conomiques de premier plan s’Ă©taient rĂ©unis Ă  San Francisco sous l’Ă©gide de la Fondation Gorbatchev pour confronter leurs vues sur le monde futur. La plupart tombèrent d’accord pour affirmer que les sociĂ©tĂ©s occidentales Ă©taient en passe de devenir ingĂ©rables et qu’il fallait trouver un moyen de maintenir par des procĂ©dĂ©s nouveaux leur sujĂ©tion Ă  la domination du Capital. La solution retenue fut celle proposĂ©e par Zbigniew Brzezinski sous le nom de « tittytainment ». Par ce terme plaisant, il fallait entendre un « cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettant de maintenir de bonne humeur la population frustrĂ©e de la planète ».

« We are the world! », chantait Michael Jackson. Quel monde ? Le monde du tittytainment. Un monde sans issue de secours. Soyons franc : on ne se sent pas tellement heureux d’habiter un monde oĂą dĂ©sormais rien, strictement rien, ne compte plus que la mort d’un roi de la pop music.

Alain de Benoist

juin 03 2009

De l’abâtardissement des masses occidentales par la culture amĂ©ricaine

Par Régis Mex

« Tu seras solitaire parce que la culture est aussi une prison. »
Aldous Huxley

epok_248x309

Souvent, nous sommes habituĂ©s Ă  n’envisager que les menaces que nous percevons dans notre environnement extĂ©rieur. Nous craignons souvent que nos sociĂ©tĂ©s occidentales soient surclassĂ©es par les nouvelles puissances orientales, que des tensions ne nous prĂ©cipitent dans un conflit avec une faction Ă©trangère, que nos Ă©lites financières et politiques ne nous envoient elles-mĂŞmes dans le gouffre. Nous mĂ©prisons, et Ă  juste titre, les guerres quelles qu’elles soient et ceux qui les provoquent. Mais nous sous-estimons trop souvent l’ampleur dĂ©vastatrice de ce que les amĂ©ricains appellent le « soft power », qui est dĂ©fini comme la capacitĂ© d’un acteur politique – comme un État, une firme multinationale, une ONG, une institution internationale (comme l’ONU ou le FMI) voire un rĂ©seau de citoyens (comme le mouvement altermondialiste) – d’influencer indirectement le comportement d’un autre acteur ou la dĂ©finition par cet autre acteur de ses propres intĂ©rĂŞts Ă  travers des moyens non coercitifs (structurels, culturels ou idĂ©ologiques). Cette sĂ©duction du citoyen par des moyens culturo-idĂ©ologiques, que son effet soit perçu consciemment ou non, est principalement encouragĂ©e par les Etats-Unis, et ce de façon croissante depuis une trentaine d’annĂ©es.

Le problème est que la culture que nous vendent les amĂ©ricains est souvent des plus… infectes. Et plus elle l’est, mieux elle semble passer auprès de la moyenne du public europĂ©en, les jeunes Ă©tant les plus concernĂ©s. Au fur et Ă  mesure que nos sociĂ©tĂ©s « s’amĂ©ricanisent », nous sommes non seulement plus vulnĂ©rables Ă  la perte de notre identitĂ© nationale et de nos valeurs sĂ©culaires, mais la gangrène intellectuelle qui règne aux Etats-Unis nous contamine de Ă©galement de plus en plus gravement. Voici le rĂ©sumĂ© semi-amusant semi-inquiĂ©tant d’une Ă©tude Ă  propos du niveau moyen de gĂ©ographie des jeunes amĂ©ricains :

DĂ©pĂŞche de l’AFP du 3 mai 2006 :

« La majoritĂ© des jeunes AmĂ©ricains sont nuls en gĂ©ographie et sont incapables, par exemple, de situer l’Irak sur une carte, selon une Ă©tude effectuĂ©e pour la revue National Geographic.

Cette Ă©tude, rĂ©alisĂ©e par l’Institut Roper auprès de 510 jeunes âgĂ©s de 18 Ă  24 ans, montre Ă©galement que les jeunes AmĂ©ricains connaissent assez mal leur propre pays, la moitiĂ© d’entre eux Ă©tant incapables d’identifier sur une carte New York ou l’Etat de l’Ohio et 30% estimant que les Etats-Unis comptent entre 1 milliard et 2 milliards d’habitants.

La moitiĂ© des personnes interrogĂ©es estiment qu’il est « important mais pas absolument nĂ©cessaire » de savoir situer un pays ou de parler une langue Ă©trangère, a indiquĂ© l’Institut Roper mardi. La majoritĂ© des personnes interrogĂ©es, a Ă©galement relevĂ© l’Institut, ne se montrait pas prĂ©occupĂ©e par ces lacunes en gĂ©ographie.

Alors que des soldats amĂ©ricains se trouvent en Irak depuis mars 2003 et que ce pays fait la Une des mĂ©dias amĂ©ricains depuis maintenant plus de trois ans, 63% des personnes interrogĂ©es sont incapables de situer ce pays sur une carte. 75% ne savent pas non plus oĂą se trouvent IsraĂ«l et l’Iran. »

La situation intellectuelle et culturelle aux Etats-Unis est malheureusement bien plus grave encore que ce que montre cet article. Pour ceux qui comprennent l’anglais, la vidĂ©o ci-dessous oĂą des amĂ©ricains sont interrogĂ©s au hasard dans la rue est Ă©loquente :

Quant Ă  l’enseignement primaire et secondaire, qui est l’un des plus mauvais du monde (il y a en fait un grand contraste avec l’enseignement universitaire amĂ©ricain, qui, lui, est rĂ©putĂ© excellent) et dont la qualitĂ© a souffert d’une dĂ©gradation stupĂ©fiante sous la prĂ©sidence de George Bush. Voici un graphique tirĂ© de Zeitgeist et quelques chiffres :

enseignementusa-zeitgeist2

« Au dĂ©but des annĂ©es 1980, l’enseignement primaire et secondaire souffrait de graves dĂ©fauts : le niveau des Ă©lèves Ă©tait plutĂ´t mauvais et la violence faisait partie du quotidien. Les inĂ©galitĂ©s liĂ©es au statut social et Ă  l’origine ethnique Ă©taient très marquĂ©es. On accusait frĂ©quemment le corps professoral pour ces mauvais rĂ©sultats. C’est le rapport Nation at Risk (1983) qui fait prendre conscience des Ă©checs du système Ă©ducatif amĂ©ricain. »

« En 2000, 68 millions d’amĂ©ricains Ă©taient scolarisĂ©s. En 1967, la moitiĂ© des adultes avaient fait des Ă©tudes secondaires ; le chiffre est passĂ© Ă  61 % en 2000, 61% des adultes avaient fait des Ă©tudes secondaires. »

Qui plus est, comme nous l’avons dit prĂ©cĂ©demment, l’adoption de la culture amĂ©ricaine par les pays europĂ©ens leur font petit Ă  petit perdre leur identitĂ©, du fait qu’ils intègrent des Ă©lĂ©ments d’une culture Ă©trangère mais ne redynamisent pas la leur pour qu’elle puisse s’imposer tant sur le sol national qu’au niveau international. Elle a donc tendance Ă  mourir Ă  petit feu, en emportant avec elle une certaine partie de l’âme du pays dont elle provient. En atteste cet article de Vigile.net:

« La nouvelle a Ă©tĂ© sur toutes les lèvres depuis que le magazine Time en a fait l’annonce : la culture française dĂ©cline. La littĂ©rature française n’a plus d’impact, quasiment nulle en littĂ©rature, guère plus, tout bien pesĂ©, que son théâtre ou son cinĂ©ma. Et l’article Ă©nonce son verdict. La culture française dĂ©cline car elle est dĂ©sormais indigne d’intĂ©rĂŞt.

Le Time magazine a aussi fait ample Ă©cho au cours de l’annĂ©e Ă  la fameuse scène lors du Miss America Pageant. On a demandĂ© Ă  une concurrente, miss Upton, comment se faisait-il que les AmĂ©ricains, dans leur vaste majoritĂ©, Ă©taient incapables de situer les Etats-Unis d’AmĂ©rique sur une carte.

« C’est sans doute parce qu’ils n’ont pas de carte », a-t-elle rĂ©pondu.

On pourrait ajouter au commentaire de la belle madame Upton : « S’ils jugent indignes d’intĂ©rĂŞt de situer leur pays sur une mappemonde, ils ne doivent pas trouver d’Ă©nergie supplĂ©mentaire pour apprĂ©cier la culture française. »

Il faut noter Ă©galement que le prototype de sensibilitĂ© a changĂ© depuis trente ans et que cela touche aussi le cinĂ©ma. Ă€ force d’ĂŞtre hyper-stimulĂ©, le public a perdu des façons plus subtiles de percevoir. On a fait une expĂ©rience par exemple en prĂ©sentant de vieux films de Jean-Luc Godard Ă  de jeunes publics de vingt Ă  trente-deux ans. Tous habituĂ©s aux jeux vidĂ©o, aux sonogrammes qui signalent les bons coups dans les joutes, aux trames sonores des films, plusieurs se dirent effarĂ©s par les silences utilisĂ©s par ce cinĂ©aste. »

C’est dans ce contexte de surstimulation que le Time annonce le dĂ©clin de la culture française. L’auteur de l’article a presque l’air de s’en fĂ©liciter comme si après la dinde on ne pouvait pas souhaiter mieux. »

« Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’Histoire nous enseigne. »

Aldous Huxley

Une chose est sĂ»re : la dignitĂ© humaine la plus Ă©lĂ©mentaire n’est pas innĂ©e chez tout un chacun, et le seul moyen d’y remĂ©dier en partie est de vivifier la vie intellectuelle de son pays et en ressuscitant la culture en lui donnant de nouvelles formes de noblesse. Mais comme tout le monde le sait, c’est l’inverse qui a lieu. La culture Ă©mane bien plus, de nos jours, des multinationales que des initiatives d’un État et de ses intellectuels. De fait, celle-ci se rĂ©sume au « McDonald and Coca-Cola’s way of life ». Elle ne se contente pas seulement de faire perdre au citoyen les sens plus subtils que les cinq organiques, mais s’applique Ă©galement Ă  atrophier ces derniers en encourageant les gens Ă  manger de plus en plus mal, ce qui rend leur santĂ© plus fragile pour le plus grand bonheur des industries pharmaceutiques et leur personnalitĂ© plus grossière encore. On est ce que l’on pense tout comme on est ce que l’on mange.

En outre, les nouvelles gĂ©nĂ©rations semblent de plus en plus apprĂ©cier de faire vanitĂ© de leurs vices, et adopter les aspects les plus grossiers et Ă©goĂŻstes de l’homme comme seule rĂ©alitĂ© de l’existence. Le rejet des anciennes valeurs, qu’elles soient liĂ©es Ă  la hiĂ©rarchie dans la famille ou Ă  la religion, est le principal responsable de cela. Certaines coutumes ridicules disparaissent Ă  juste titre, mais les valeurs conduisant au respect, Ă  la luciditĂ©, Ă  la volontĂ© de dĂ©passement de soi-mĂŞme et autre ont aussi fortement tendance Ă  subir cet aveugle processus. Le mouvement de masse n’est effectivement pas dotĂ© d’assez de subtilitĂ© pour distinguer ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, et se contente de rejeter tout en bloc parce qu’il assimile certains Ă©lĂ©ments d’une mentalitĂ© au restant de tous les aspects de cette dernière. Il se bâtit ensuite sur les valeurs opposĂ©es Ă  celles qu’il a dĂ©truit.

DĂ©sormais, on ne respecte plus celui qui aime connaĂ®tre et comprendre les choses de la vie, mais on le discrĂ©dite et le craint, car le mouvement de masse considère comme plus appropriĂ© de profiter seulement de l’excitation des sens que procure certaines choses de la vie. De fait, on passe du rĂ©flĂ©chi au pur ressenti, et on tente d’accentuer ce dernier de la façon la plus forte et la plus grossière qui soit, c’est-Ă -dire en recourant aux alcools et aux drogues pour pimenter les joies d’une existence qui s’avère dès lors bien inutile…

La discipline, la pudeur et la sagesse sont abandonnĂ©es au profit de ce qui procure plus de sensations. Les chances d’accĂ©der Ă  la sagesse et Ă  une attitude digne sont elles-mĂŞmes rĂ©duites Ă  nĂ©ant par la destruction des facultĂ©s plus subtiles de percevoir les rĂ©alitĂ©s du monde, puisqu’on ne considère dĂ©sormais plus que ce qui est purement tangible et matĂ©riellement accessible, soit ce que l’on peut voir, toucher, sentir, entendre et goĂ»ter comme seule rĂ©alitĂ©.

Les gĂ©nĂ©rations passĂ©es considĂ©raient volontiers l’argent comme source première de pouvoir, mĂŞme si l’on peut se demander avec justesse quelle importance a le moyen d’avoir du pouvoir si l’on ne dispose pas des connaissances appropriĂ©es pour savoir comment bien s’en servir. Or, les jeunes d’aujourd’hui semblent se sentir peu concernĂ©s par les dignes perspectives d’avenir ; leur personnalitĂ© est si affaiblie par leur environnement extĂ©rieur que la majoritĂ© d’entre eux est plus que jamais disposĂ©e Ă  embrasser une mentalitĂ© d’esclave. Ce n’est pas tant que la volontĂ© de pouvoir leur manque, mais ils sont tellement perdu dans le tourbillon de leurs sens qu’ils n’ont aucune idĂ©e de ce qu’avoir sa destinĂ©e en main signifie vraiment.

« Ce n’est pas un gage de bonne santĂ© que d’ĂŞtre bien intĂ©grĂ© dans une sociĂ©tĂ© profondĂ©ment malade.« 

J.Krishnamurti

Les nouveaux courants culturels sont Ă©galement nombreux Ă  rĂ©clamer plus de « libertĂ© ». Après tout, ne sommes-nous pas en dĂ©mocratie ? Mais qu’est-ce au juste que la libertĂ© ? D’après le Larousse 2007, la libertĂ© est l’Ă©tat de quelqu’un qui n’est pas soumis Ă  la servitude, et peut donc agir sans entraves. Mais ne naĂ®t-il pas un certain danger en officialisant une dĂ©finition aussi vague ?

En effet, si les conditions dans lesquelles nous nous sentons libres sont celles oĂą nous pouvons faire ce que nous voulons, exaucer le moindre de nos dĂ©sirs, peut-on considĂ©rer qu’une telle libertĂ© appliquĂ©e chez tous aura des effets bĂ©nĂ©fiques sur la sociĂ©tĂ© ? Il paraĂ®t clair que non, car cette « libertĂ© » serait synonyme de chaos et conduirait rapidement Ă  une forme de servitude des plus perverses.

Comme le dit le dicton populaire « ta libertĂ© s’arrĂŞte lĂ  oĂą commence celle d’autrui », on ne peut plus parler de libertĂ© si l’exercice des dĂ©sirs d’une personne empĂŞche un autre individu d’ĂŞtre en condition de garder son confort et sa propre libertĂ©. Pour prendre un exemple simple, on ne pourra pas parler d’exercice de la libertĂ© si un habitant empĂŞche son voisin de dormir en faisant hurler de la musique en pleine nuit pour contenter son simple plaisir.

Il paraĂ®t donc bien plus rĂ©aliste de dire que la libertĂ© est la facultĂ© qui permet Ă  un individu de faire des choix qui permettent la satisfaction des besoins qui garantissent sa dignitĂ©, tout en respectant la dignitĂ© d’autrui. Karl Jaspers disait que « Lorsqu’on mutile la libertĂ© de l’homme, cette libertĂ© que Dieu a créée et qui se rapporte Ă  lui, on mutile prĂ©cisĂ©ment ce par quoi Dieu, indirectement, s’annonce. ». Il n’en reste pas moins que des conditions d’existence aussi fragiles sont difficiles Ă  faire appliquer au plus grand nombre…

Et c’est bien parce que cette difficultĂ© relève carrĂ©ment de l’impossibilitĂ© que notre sociĂ©tĂ© est plongĂ©e dans un plus grand chaos civil qu’autrefois. La majoritĂ© des gens confondent malheureusement les deux façons d’aborder la libertĂ© que nous avons citĂ©es ; une libertĂ© plus chaotique et Ă©goĂŻste, et une autre respectueuse des lois de la vie et de son entourage, qui est la seule qui soit digne de porter le nom de libertĂ©. Une libertĂ© qui a pour seul objectif la satisfaction sans entraves de tous les dĂ©sirs de l’individu n’est effectivement pas une libertĂ©, mais une forme de servitude. En effet, en s’habituant Ă  rĂ©pondre systĂ©matiquement Ă  leurs moindres envies sans considĂ©ration morale, les gens qui agissent ainsi deviennent esclaves d’eux-mĂŞmes, de leurs propres pulsions. Ainsi, en plongeant dans l’esclavage du dĂ©sir et de l’Ă©goĂŻsme, ils deviennent de plus en plus incapables d’avoir recours Ă  des façons plus subtiles de percevoir que les cinq sens, telles que la rĂ©flexion, l’empathie ou l’intuition.

Dans leur addiction, ils exigent de plus en plus de « libertĂ©s », qui les rendront encore plus esclaves d’eux-mĂŞmes, alors qu’ils ne se sont mĂŞme pas attachĂ©s Ă  cultiver leurs libertĂ©s fondamentales, comme le disait Sören Kierkegaard : « Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais des libertĂ©s qu’ils possèdent, mais rĂ©clament celles qu’ils ne possèdent pas ». Mais puisqu’ils ont de la libertĂ© la dĂ©finition qu’elle est ce qui permet d’agir sans entraves, ils se pensent libres. Or, comme le disait Johann Wolfgang Von Goethe, « Nul n’est plus dĂ©sespĂ©rĂ©ment esclave que celui qui croit le plus faussement ĂŞtre libre ». Alors, ces « esclaves » empoisonnent la sociĂ©tĂ© qui devient de plus en plus chaotique au fur et Ă  mesure qu’elle est rongĂ©e par ce type de pensĂ©e. Ces nouveaux « esclaves » sont si dĂ©connectĂ©s des rĂ©alitĂ©s du monde et de la nature qu’un profond malaise finit par accompagner leur existence dĂ©pravĂ©e, malaise qui s’exprime par de nouveaux faits de criminalitĂ© et de dĂ©linquance de mĂŞme qu’une consommation accrue de drogues et d’alcools dans l’optique d’Ă©chapper aux souffrances causĂ©es par sa propre perdition au lieu de les affronter.

Ces conditions sont alors un terreau fertile Ă  l’Ă©tablissement d’une dictature implicite. Les « esclaves » sont perdus dans une cĂ©citĂ© si profonde et une bestialitĂ© telle qu’ils n’ont cure des problèmes de leur pays et encore moins de ceux du monde. Ils se contentent alors de faire tourner le moteur de la sociĂ©tĂ© de consommation en achetant de façon compulsive une quantitĂ© de choses dont la majoritĂ© d’entre elles ne servira qu’Ă  les pousser encore plus profondĂ©ment dans le matĂ©rialisme dans lequel ils se confortent et dont ils ne veulent surtout pas sortir car il serait trop douloureux de prendre conscience qu’ils ont bâti leur vie sur une erreur. Repoussant par instinct de survie tout ce qui pourrait le leur faire apparaĂ®tre clairement, ils deviennent plus mallĂ©ables que jamais par tous les dĂ©cideurs en matière de politique et d’Ă©conomie qui emmènent ce troupeau dans le sens qu’ils dĂ©sirent en lui promettant de conserver son innocence en n’inondant les moutons qui constituent ce troupeau que de mensonges qui concordent avec leur simplicitĂ© d’esprit. AndrĂ© Maurois disait que « Les abus de la libertĂ© tueront toujours la libertĂ© ». Un dictateur bien connu, Benito Mussolini, avait lui-mĂŞme dĂ©clarĂ© « Il y a des libertĂ©s ; la libertĂ© n’a jamais existĂ© ». RabindranĂ th Tagore, lui, a dit tout aussi justement que « Il est aisĂ© d’Ă©craser, au nom de la libertĂ© extĂ©rieure, la libertĂ© intĂ©rieure de l’homme ». Platon Ă©crivait dĂ©jĂ  Ă  son Ă©poque, dans « La RĂ©publique », que « si les citoyens n’ont plus de respect envers la sociĂ©tĂ© dans laquelle ils vivent, si les enfants ne respectent plus l’autoritĂ© de la hiĂ©rarchie familiale, alors, un pas dĂ©cisif vers la tyrannie a Ă©tĂ© franchi ».

« Les consĂ©quences de nos actions sont des Ă©pouvantails pour les lâches, et des rayons de lumière pour les sages. »

Aldous Huxley

Pour ce qui est de l’enseignement, il semble que ceux qui en ont la responsabilitĂ© soient dĂ©sireux d’Ă©tablir un certain fossĂ© entre l’enseignement primaire/secondaire et l’enseignement supĂ©rieur. L’Ă©cart s’agrandit donc entre les 15% de la population qui ont eu accès Ă  des Ă©tudes universitaires et les 85 autres %, ce qui contribue Ă  faciliter la domination implicite ou explicite des 15% sur les 85%. En effet, cette majoritĂ© de la population aura Ă©tĂ© bien peu Ă©duquĂ©e lors de leurs Ă©tudes secondaires, car mĂŞme dans la section gĂ©nĂ©rale, le programme proposĂ© est plus infantilisant qu’instructif. Ainsi, nombre d’Ă©lèves qui terminent leurs humanitĂ©s Ă  18 ans restent très insuffisamment formĂ©s Ă  la citoyennetĂ© et ont un niveau de culture mĂ©diocre, car les programmes scolaires n’ont jamais prĂ©tendu les Ă©duquer sur ces sujets pourtant importants, mais avaient plutĂ´t pour objectif d’en faire de bonnes machines Ă  travailler rĂ©ceptives aux attentes de l’État et des entreprises. Seuls ceux qui se sont cultivĂ©s sur le cĂ´tĂ© et ceux qui ont eu accès par la suite Ă  des Ă©tudes universitaires ont pu atteindre un bon niveau d’instruction. MalgrĂ© tout, le niveau de notre enseignement reste l’un des plus Ă©levĂ©s au monde… Et c’est presque inquiĂ©tant puisque bien peu de matières abordĂ©es contribuent rĂ©ellement Ă  construire la personnalitĂ© de l’Ă©lève sur de bonnes bases. En outre, ne doutons pas que les rĂ©sultats de sondages sur les connaissances gĂ©ographiques de jeunes français ne varieraient pas significativement des mĂ©diocres rĂ©sultats amĂ©ricains… Comment pourrait-on arriver Ă  une sociĂ©tĂ© juste et bien bâtie si 85% de la population ne comprend pas suffisamment notre sociĂ©tĂ© et n’en connaĂ®t pas assez d’aspects dĂ©cisifs ? Comment faire en sorte que ces 85% de la population ne soient pas extrĂŞmement mallĂ©ables et ne se laissent toujours manipuler par les politiciens et les entreprises pour en arriver Ă  un rĂ©sultat qui rĂ©jouit ces derniers mais dĂ©savantage tout Ă  fait les gens qui leur ont permis d’en arriver lĂ  ?

« L’idĂ©alisme est la noble toge dont les hommes politiques drapent leur volontĂ© de puissance. »

Aldous Huxley

Par Régis Mex, pour Mecanopolis

mai 30 2009

Historique des événements importants de manipulation monétaire

Régis Mex

La crĂ©ation monĂ©taire par le crĂ©dit commercial est la forme la plus importante de crĂ©ation monĂ©taire et l’escompte est le mĂ©canisme qui accompagne automatiquement l’essentiel de la crĂ©ation de biens rĂ©els. Ainsi, l’Ă©quation fondamentale monnaie = richesses rĂ©elles est assurĂ©e. La crĂ©ation monĂ©taire opĂ©rĂ©e lors des opĂ©rations d’escompte est bel et bien parallèle Ă  la crĂ©ation de richesses rĂ©elles. Car derrière toute traite Ă©mise et escomptĂ©e, il ne peut y avoir que production de biens. Par ce biais, d’un cĂ´tĂ© on met donc en circulation les produits pendant que de l’autre cĂ´tĂ© on crĂ©e l’argent nĂ©cessaire pour les faire circuler.

hold-up_planetaire_web

Mais cette Ă©galitĂ©, qui a toujours Ă©tĂ© au coeur de l’Ă©quilibre Ă©conomique, et qui l’est chaque jour davantage, est bien fragile. Si elle est rompue, les pires catastrophes peuvent se produire, notamment l’inflation ou la dĂ©flation. On parle d’inflation (du latin inflare, gonfler) lorsque la masse monĂ©taire augmente plus vite que la production. Il y a trop de monnaie par rapport aux biens: les prix augmentent (ou, ce qui revient au mĂŞme, la monnaie se dĂ©prĂ©cie). La dĂ©flation est au contraire une contraction, un « dĂ©gonflement » de la masse monĂ©taire. Dans ce cas, les prix baissent.

La brouette et les poireaux: l’hyperinflation allemande

L’exemple le plus spectaculaire d’inflation eut lieu dans l’Allemagne de Weimar, dans les annĂ©es 1920. Tout au long de l’après-guerre, les prix augmentent en Allemagne plus qu’ailleurs. Au cours de l’Ă©tĂ© et de l’automne 1923, la hausse des prix connaĂ®t une envolĂ©e hyperbolique. Les prix flambent de jours en jours, puis d’heure en heure. La Banque centrale allemande n’a mĂŞme pas le temps d’imprimer de nouveaux billets: on les surcharge avec des zĂ©ros supplĂ©mentaires Ă  coups de tampon. Les mĂ©nagères vont faire les courses avec des brouettes remplies de billets et reviennent avec quelques poireaux. Les ouvriers sont payĂ©s deux fois par jour: ainsi, Ă  midi, ils peuvent faire quelques courses et Ă©viter l’inflation de l’après-midi.

On raconte l’histoire d’un journaliste amĂ©ricain arrivant en Allemagne: il n’a qu’un dollar en poche et dĂ©sire dĂ®ner. Il entre dans un restaurant et demande si on peut lui servir quelque chose pour un dollar. On lui sert un repas gargantuesque. Après le dessert, alors qu’il est en train de fumer un cigare, il est surpris de voir le garçon lui apporter une entrĂ©e. ÉtonnĂ©, il demande la raison de cette prolongation curieuse de son repas. « Le dollar vient encore d’augmenter », rĂ©pondit simplement le garçon. Les chiffres parlent d’eux-mĂŞmes. En 1919, 1 dollar valait 14 marks. Fin novembre 1923, ce mĂŞme dollar valait la bagatelle de 4 200 000 000 000 marks. Oui, vous avez bien lu: quatre mille deux cent milliards de marks !

Étalon monĂ©taire ou talon d’Achille ? (Les problèmes monĂ©taires internationaux)

Admettons que, grâce Ă  la puissance de l’État et Ă  sa crĂ©dibilitĂ©, une monnaie soit acceptĂ©e et utilisĂ©e dans un pays. Mais que se passe-t-il dès qu’on sort des frontières et qu’on achète ou vend des produits Ă  l’Ă©tranger ? Il est Ă©vident qu’un vendeur ne voudra accepter un paiement que s’il est effectuĂ©e dans sa monnaie, la seule qu’il connaisse. L’acheteur, lui, n’aura pour payer que la monnaie utilisĂ©e dans son pays. Un problème Ă©pineux se pose donc: celui du change.

Écartons pour le moment l’existence d’un moyen de paiement commun Ă  l’acheteur et au vendeur, ou reconnu par les deux. Cela a existĂ© et cela existe: le pĂ©trole se paie aujourd’hui en dollars, mais c’est une exception. La règle veut plutĂ´t que les contrats soient signĂ©s dans la monnaie du vendeur et que l’acheteur paie dans cette mĂŞme monnaie. Il doit donc s’adresser Ă  sa banque pour une opĂ©ration de change.

On voit immĂ©diatement la question dĂ©licate qui doit ĂŞtre rĂ©glĂ©e: quelle est la valeur de l’autre monnaie ? Dans l’histoire, on a connu trois systèmes rĂ©glant le problème du change ou de la paritĂ© entre monnaies: l’Ă©talon-or, l’Ă©talon change or et les changes flottants.

L’Ă©talon-or

Le Royaume-Uni promulgue en 1817 le Gold Standard Act. La loi stipule que chaque livre vaut quelque 8 grammes d’or. Ce système, appuyĂ© par la domination incontestĂ©e de l’Angleterre dans les domaines Ă©conomique, monĂ©taire et financier s’Ă©tend au monde entier comme rĂ©fĂ©rence. Dès lors, le problème du change et de la paritĂ© entre monnaies trouve une solution simple. Chaque pays possède une masse monĂ©taire et un stock d’or. Le rapport masse monĂ©taire/stock d’or donne la paritĂ© or de la monnaie. Le taux de change entre monnaies est fixĂ© par une simple règle de trois: si la livre vaut 8 grammes d’or et que le franc en vaut 4, alors la livre vaut 2 francs. Enfantin.

Parité or et échanges commerciaux

Dans ces conditions, les Ă©changes se dĂ©roulent sans encombre. Imaginons que France et Angleterre aient des Ă©changes Ă©quilibrĂ©s: dans ce cas, l’entreprise anglaise qui importe demande Ă  sa banque mettons 200 francs, qui vont lui coĂ»ter 100 livres. De l’autre cĂ´tĂ© de la Manche, l’entreprise française qui importe demande 100 livres qui lui coĂ»tent 200 francs. Si les Ă©changes sont Ă©quilibrĂ©s, deux autres entrepriss expriment une demande contraire de mĂŞme montant. Dans ce cas, les banques Ă  qui les entreprises s’adressent ont exactement de quoi satisfaire les demandes en devises de leurs clients.

Imaginons qu’il n’y ait qu’une banque. Lorsque le client anglais, importateur de produits français, vient lui demander 200 francs, elle lui donne les 200 francs que le client français, acheteur de produits anglais, lui a donnĂ© pour acheter les 100 livres dont elle a besoin.

Ainsi, offre et demande de devises dans les deux pays sont identiques. Les francs restent en France et les livres en Angleterre. Les masses monĂ©taires des deux pays ne varient pas, ni leurs rĂ©serves en or. Masses monĂ©taires stables, stock d’or stables: la paritĂ© entre les deux monnaies reste la mĂŞme. Tirons-en cette conclusion: si les Ă©changes extĂ©rieurs d’un pays sont Ă©quilibrĂ©s, la paritĂ© de sa monnaie ne varie pas.

Que se passe-t-il si ce n’est pas le cas ? Simplifions: si un pays achète plus qu’il ne vend, la mĂ©canique ci-dessus ne joue qu’Ă  hauteur de la partie des importations couverte par des exportations. Et le reste ? Et le dĂ©ficit ? LĂ , il n’y a qu’une possibilitĂ©: sortir de l’or. Soit pour payer le vendeur directement, soit pour acheter sa devise et le payer avec celle-ci. Mais la sanction est immĂ©diate: le pays dĂ©ficitaire a moins d’or et sa monnaie est dĂ©prĂ©ciĂ©e, dĂ©valuĂ©e. Pourquoi ? Parce ce que dans le pays il y a autant de monnaie en circulation, mais cette monnaie est dĂ©sormais garantie par moins d’or: sa paritĂ© or baisse. Et si le pays a un excĂ©dent commercial, c’est le contraire. Tirons-en cette conclusion: lorsqu’un pays a un dĂ©ficit commercial, sa monnaie se dĂ©value; lorsqu’il a un excĂ©dent, elle se réévalue.

Gardons en tête ce principe, car il est valable pour tous les systèmes monétaires.

Punition et rééquilibrage

Ces mĂ©canismes ont un sens Ă©conomique prĂ©cis. Un pays qui a un dĂ©ficit commercial est sanctionnĂ© par la baisse de sa monnaie. Concrètement, cela signifie qu’il est « puni ». Punition immĂ©diate, impitoyable. Avec la baisse de sa monnaie, tous les produits Ă©trangers lui coĂ»tent plus cher. Parallèlement, ses produits deviennent moins chers pour les Ă©trangers. En clair, le pays s’appauvrit. Pour avoir la mĂŞme quantitĂ© de produits Ă©trangers, il doit cĂ©der une plus grande quantitĂ© de ses produits. Son travail, ses terres, son patrimoine, toutes ses richesses sont dĂ©prĂ©ciĂ©es. Mais quelle faute est la sienne ? Une faute impardonnable: il a moins donnĂ© qu’il n’a pris aux autres: il a eu plus besoin des autres que les autres n’ont eu besoin de lui. En clair, il a vĂ©cu au-dessus de ses moyens.

C’est la dure loi du marchĂ©. Mais si le marchĂ© est dur il sait se monter magnanime. La punition de ce pays frivole est aussi le moyen de sa rĂ©demption. S’il comprend la leçon et sait en tenir compte, tout devrait rentrer dans la normalitĂ©. Les produits Ă©trangers sont devenus plus chers ? Qu’Ă  cela ne tienne: le pays devra en consommer moins. Ses produits sont devenus moins chers ? Tant mieux: il pourra en vendre plus. Ainsi, si la logique est respectĂ©e, la balance commerciale devrait se rééquilibrer.

Au cours de la Première Guerre mondiale, le système de l’Ă©talon-or, qui s’Ă©tait bâti au XIXe siècle autour de la puissance britannique, vole en Ă©clats et un autre système se met en place.

Des monnaies pivots

Les pays europĂ©ens ont connu au cours de la guerre, en sus des autres, un double malheur monĂ©taire: leurs masses monĂ©taires, exagĂ©rĂ©ment gonflĂ©es par le recours massif des États au crĂ©dit, ont littĂ©ralement explosĂ©. Parallèlement, leurs stocks d’or ont fondu. Les AmĂ©ricains avaient beau ĂŞtre les alliĂ©s de la France et de l’Angleterre, ils n’acceptaient en paiement de leurs armes, de leur nourriture et de leurs marchandises que de l’or en barres. Au dĂ©but des annĂ©es 1920, la vĂ©ritĂ© apparaĂ®t dans toute sa cruautĂ©: les deux tiers de l’or mondial qui, avant la guerre, se trouvait en Europe sont dĂ©sormais aux États-Unis. En Europe, il ne reste que la moitiĂ© de l’or de 1914, mais les masses monĂ©taires sont multipliĂ©es par sept ! Dans ces conditions, plus question d’Ă©talon-or (sauf pour les États-Unis, bien sĂ»r).

Une drĂ´le de confĂ©rence monĂ©taire se tient Ă  GĂŞnes en 1922, qui va donner naissance Ă  un drĂ´le de système. Ă GĂŞnes, les AmĂ©ricains sont absents. Depuis la victoire des rĂ©publicains aux Ă©lections, le mot d’ordre est Ă  l’isolationnisme: les affaires du monde ne les intĂ©ressent plus. Ă l’inverse, la Russie soviĂ©tique est lĂ , on se demande pourquoi. Dans le dĂ©sarroi ambiant, on imagine un système palliant l’impossibilitĂ© de bon nombre de pays de revenir Ă  la paritĂ© or et Ă  la convertibilitĂ© de leur monnaie: ils n’ont qu’Ă  utiliser les devises convertibles en or comme garantie et Ă©talon de valeur de leur monnaie. Ainsi, toutes les monnaies se trouvent rattachĂ©es Ă  l’or; certaines directement, d’autres indirectement, en passant par des monnaies pivots.

C’est ce système qu’on appelle alors l’Ă©talon change or (Gold Exchange Standard). Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce système bâtard ne satisfait personne. Surtout pas la France et l’Angleterre qui, ayant gagnĂ© la guerre et Ă©tant Ă  la tĂŞte de deux empires coloniaux s’Ă©tendant sur la planète entière, se voyaient mal ravalĂ©es au rang de puissances monĂ©taires de banlieue. LĂ©nine n’avait-il pas d’ailleurs dit: « La dĂ©valuation est l’arrĂŞt de mort du capitalisme ? ». Et la dĂ©valuation Ă©tait bien lĂ . La livre et le franc n’Ă©taient que l’ombre de ce qu’elles Ă©taient en 1914.

« La dĂ©cision la plus catastrophique »

Dans le système de GĂŞnes, tout pays en ayant les moyens pouvait revenir Ă  la convertibilitĂ© de sa monnaie. L’Ă©goĂŻsme et la prĂ©tention des vainqueurs fit le reste. En 1925, Churchill dĂ©crĂ©ta le retour de la livre Ă  la paritĂ© or et, qui plus est, avec la mĂŞme valeur qu’en 1914. J.K. Galbraith devait dire que ce fut « la dĂ©cision la plus radicalement dĂ©sastreuse des temps modernes en matière monĂ©taire ».

Un tel jugement mĂ©rite quelques explications. Pour revenir Ă  la paritĂ© or de 1914, le gouvernement britannique a dĂ» pratiquer une politique durement dĂ©flationniste. Compte tenu de la situation anglaise de l’après-guerre, cela signifiait « dĂ©gonfler » la masse monĂ©taire, la rĂ©duire. Comment s’y est-il pris ? En augmentant les taux d’intĂ©rĂŞt d’abord, en pratiquant un strict Ă©quilibre budgĂ©taire ensuite, c’est-Ă -dire en limitant les dĂ©penses de l’État et en augmentant les recettes, ce qui veut dire alourdir impĂ´ts et taxes. Socialement, cette politique s’est traduite par des conflits sociaux très durs, notamment la cĂ©lèbre grève des mineurs de 1926, le conflit le plus ravageur de l’histoire britannique. Mais le jugement sĂ©vère de Galbraith sous-entend que la dĂ©cision de Churchill eut un impact bien plus dĂ©vastateur encore que cela.

Probablement faut-il chercher lĂ  une des causes essentielles d’une des crises les plus dramatiques de l’histoire: la crise de 1929. L’attachement Ă  la paritĂ© or des monnaies fut en effet le dogme le mieux partagĂ© des annĂ©es 1920. Les États-Unis s’y sont tenus avec rigueur, les Anglais y ont sacrifiĂ© leur croissance dès 1925 et la France n’a pas Ă©tĂ© en reste publique dès 1926 elle s’est lancĂ©e dans la mĂŞme politique aboutissant au retour de la paritĂ© or avec le franc PoincarĂ© en 1928. Or, la crise de 1929 a Ă©tĂ© une crise dĂ©flationniste, caractĂ©risĂ©e par la contraction de la masse monĂ©taire, la baisse des prix, des salaires, de la production et de l’emploi. Les politiques de rigueur monĂ©taire des annĂ©es 1920 ont probablement fait le lit de la catastrophe de 1929. Milton Friedman lui-mĂŞme qualifie la politique monĂ©taire des États-Unis Ă  la veille de la crise d’ »ineptie ». C’est dire…

Bretton Woods et l’Ă©talon dollar

Après la Deuxième Guerre mondiale, les vainqueurs absolus, les États-Unis, ont visiblement retenu la leçon. Le système qu’ils mettent en place en 1944 Ă  la confĂ©rence de Bretton Woods sous entend la volontĂ©, totalement exclue en 1919, d’assumer pleinement leur rĂ´le de puissance dominante. Le projet du reprĂ©sentant britannique, un certain J.M. Keynes, est rapidement Ă©cartĂ©. Ce projet Ă©tait fondĂ© sur la crĂ©ation d’une monnaie internationale: le bancor. Fi de la monnaie internationale spĂ©cifique, cette monnaie existe dĂ©jĂ : c’est le dollar.

Le système mis en place est encore un Ă©talon change or, mais cette fois-ci, la seule monnaie convertible en or est le dollar. La devise amĂ©ricaine devient ainsi le pilier d’un système solide, tenu par des règles strictes, enfin en accord avec la situation rĂ©elle.

Les parités fixes

Le dollar est convertible en or sur la base d’une paritĂ© de 35 dollars l’once et les autres monnaies sont thĂ©oriquement rattachĂ©es Ă  l’or par l’intermĂ©diaire du dollar. Le système de change entre monnaies est un système de paritĂ©s fixes. La valeur du change est dĂ©finie une bonne fois pour toutes: seule une variation de + ou -1% est autorisĂ©e. Au-delĂ , les pays doivent entamer une procĂ©dure complexe de dĂ©valuation ou de réévaluation. Les banques centrales des diffĂ©rents pays sont tenues d’intervenir sur le marchĂ© des changes pour Ă©viter des variations excessives, c’est-Ă -dire supĂ©rieures Ă  1%. Comment font-elles ? C’est simple: si leur monnaie a tendance Ă  monter, elles doivent en vendre. Si elle a tendance Ă  baisser, elles doivent en acheter.

Concrètement, si le mark monte au-delĂ  de 1%, la Bundesbank doit vendre des marks; si le franc baisse au-delĂ  de 1%, la Banque de France doit acheter des francs. Ainsi l’Ă©quilibre entre l’offre et la demande sera rĂ©tabli et la paritĂ© de la monnaie prĂ©servĂ©e. Mais un problème se pose ici: oĂą les banques centrales vont-elles chercher les devises nĂ©cessaires pour ces interventions ? Si tout va bien, elles peuvent puiser dans leurs rĂ©serves de change constituĂ©es par l’accumulation des devises issues d’un commerce extĂ©rieur excĂ©dentaire. Sinon, elles doivent demander des prĂŞts Ă  un organisme ad hoc: le Fonds monĂ©taire international (FMI).

Le roi dollar

Dans ce système, le dollar a un rĂ´le privilĂ©giĂ©. Seule monnaie convertible en or, il devient as good as gold (aussi bon que l’or). Le système des paritĂ©s fixes fait par ailleurs de la monnaie amĂ©ricaine l’outil privilĂ©giĂ© des interventions sur le marchĂ© des changes. Deux bonnes raisons pour faire du dollar la monnaie de rĂ©serve privilĂ©giĂ©e.

Ce n’est pas tout. Étant la monnaie pivot, le dollar jouit de deux prĂ©rogatives princières: la première est que le risque de change si on utilise le dollar pour les paiements internationaux est moindre. Voyons comment. Le risque de change est la possibilitĂ© de payer plus cher que prĂ©vu un produit achetĂ© Ă  l’Ă©tranger. Dans le commerce international, comme dans toute forme de commerce entre entreprises, les paiements se font par traite. On signe un contrat aujourd’hui, on paie dans un mois, deux mois, plus Ă©ventuellement. Le contrat Ă©tant stipulĂ© dans la monnaie du vendeur, l’acheteur peut, au moment oĂą il va Ă  la banque acheter des devises, payer ces devises plus cher si leur cours a augmentĂ©.

Dans le système de Bretton Woods, chaque monnaie peut, sur une pĂ©riode donnĂ©e, varier de + ou -1% par rapport au dollar. Si on compte bien, en tout, on a une possibilitĂ© de variation de 2%. Si, pour les besoins du commerce, on doit passer, par exemple, du franc au mark, le risque de change est de 4% (2% de baisse totale du franc +2% de hausse totale du mark). Si on utilise le dollar, le risque est limitĂ© Ă  2%, c’est-Ă -dire la variation maximale autorisĂ©e entre une monnaie quelconque et le dollar. Cette raison, avec d’autres, a fait du dollar la monnaie la plus utilisĂ©e dans les Ă©changes internationaux.

L’autre privilège du dollar est Ă©galement liĂ© Ă  sa nature de pivot du système. Les États-Unis, en effet, font l’Ă©conomie d’interventions dispendieuses sur le marchĂ© des changes pour garantir la paritĂ© du dollar. Comment est-ce possible ? Si le franc baisse, par exemple, la Banque de France achète des francs. Avec quoi ? Des dollars entre autre. La Banque de France Ă©vite ainsi que le dollar ne s’apprĂ©cie exagĂ©rĂ©ment. Si le mark monte, la Bundesbank va en vendre. Contre quoi ? Des dollars probablement. La Banque centrale allemande empĂŞche donc que le dollar baisse. Ce sont ainsi les banques centrales du monde entier qui s’occupent de la sale besogne. C’est tout bĂ©nĂ©fice pour la FED, la Banque centrale amĂ©ricaine !

Eurodollars et capitaux fébriles

La consĂ©quence de ce système ne s’est pas fait attendre. Le dollar est devenu, et reste, la monnaie la plus utilisĂ©e dans les Ă©changes internationaux, bien au-delĂ  des Ă©changes amĂ©ricains. Le pĂ©trole, c’est bien connu, se paie en dollars. il est devenu Ă©galement une monnaie de rĂ©serve pour bon nombre d’États et, in fine, s’est en quelque sorte Ă©mancipĂ© de son crĂ©ateur pour devenir eurodollar. Les eurodollars sont des dollars qui circulent en dehors des États-Unis. On doit leur nom au code d’une banque soviĂ©tique ( »eurobank ») qui la première a dĂ©tenu des comptes en dollars (le rouble n’ayant jamais Ă©tĂ© acceptĂ© pour les Ă©changes avec l’Occident).

Ainsi, une masse colossale de billets verts s’est mise Ă  circuler Ă  travers le monde, se dĂ©plaçant d’un pays Ă  l’autre au grès d’opĂ©rations lĂ©gales ou illĂ©gales (la drogue et les armes se paient en dollars) dans un but qui s’est affirmĂ© comme dĂ©finitivement prioritaire: la spĂ©culation. Le système a parfaitement fonctionnĂ© pendant une vingtaine d’annĂ©es. Il a notamment permis une extraordinaire croissance des Ă©changes mais, Ă  partir de la fin des annĂ©es 1960, Bretton Woods s’est transformĂ© en un monstre ingĂ©rable. Pour les États-Unis et pour le monde.

Fluctuat et agitatur: les changes flottants

Ce qui Ă©tait arrivĂ© aux monnaies europĂ©ennes Ă  cause de la guerre arrive Ă©galement aux États-Unis, en pleine paix. la masse de dollars, gonflĂ©e par l’essor des Ă©changes et par une demande toujours inassouvie, finit par dĂ©passer allĂ©grement sa couverture en or. Dans le deuxième moitiĂ© des annĂ©es 1960, des esprits malins ou clairvoyants, dont la France du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, comprennent que la paritĂ© or du dollar ne va pas pouvoir ĂŞtre maintenue Ă©ternellement. Ils se sont mettent donc Ă  demander la conversion de leurs dollars en or. Les États-Unis doivent faire face Ă  une vĂ©ritable hĂ©morragie. Et une ultime et calamiteuse tentative de retour Ă  la paritĂ© or de la livre (dĂ©cidĂ©ment…) fait basculer le monde dans le cauchemar.

En 1971, pour la première fois, la balance commerciale amĂ©ricaine devient dĂ©ficitaire. Le dollar ne peut que baisser. Sa paritĂ© or devient intenable. Le 15 aoĂ»t, Nixon proclame l’inconvertibilitĂ© du dollar. Tous ceux qui s’Ă©taient accrochĂ©s Ă  une monnaie as good as gold sont servis.

Le désordre monétaire international

Les annĂ©es 1970 commencent par la longue agonie du système monĂ©taire qui avait scellĂ© la domination amĂ©ricaine. Elles s’achèvent par la rĂ©affirmation de cette mĂŞme domination, mais de manière bien plus perverse.

Le système de Bretton Woods est attaquĂ© de toutes parts. Son pilier, le dollar, s’effrite: dĂ©tachĂ© de l’or, il plonge au fur et Ă  mesure que les États-Unis sombrent dans une des pĂ©riodes les plus noires de leur histoire. Chocs pĂ©troliers, dĂ©faite au Vietnam, Watergate et, pour finir, la rĂ©volution iranienne. Les paritĂ©s fixes ne tiennent pas face aux mouvements spĂ©culatifs puissants. Le FMI n’a plus de devises Ă  prĂŞter, on essaie de lui inventer une nouvelle monnaie de rĂ©fĂ©rence: les droits de tirages spĂ©ciaux (DTS): c’est l’Ă©chec.

En 1973, on effectue un replâtrage du système: les marges de variations sont Ă©largies (+ ou – 2,25%), mais ça ne fait qu’exciter la spĂ©culation. Les monnaies faibles (livre, franc, livre) sont dĂ©valuĂ©es Ă  rĂ©pĂ©tition. Les monnaies fortes (mark, yen, franc suisse) s’envolent. En 1976, Ă  la confĂ©rence de la JamaĂŻque, on prend le taureau par les cornes: les paritĂ©s fixes sont abandonnĂ©es, l’or est dĂ©finitivement dĂ©monitisĂ©. Il faut dire que sur le marchĂ©, il ne se nĂ©gocie plus Ă  35 mais Ă  500 dollars l’once !

Les changes flottants

Bretton Woods est mort et enterrĂ©. Les gouvernements abandonnent une partie perdue d’avance: on ne peut plus contrĂ´ler le cours des monnaies. Le professeur Friedman et les Ă©conomistes libĂ©raux tiennent lĂ  leur première victoire: dĂ©sormais, c’est le marchĂ©, et lui seul, qui va fixer la valeur des monnaies. Leur cours va varier quotidiennement selon les variations de l’offre et de la demande. La marchĂ© des changes brasse dĂ©sormais quotidiennement plus de capitaux que la Bourse elle-mĂŞme. Le dollar touche le fond: en 1979, il vaut moins de 4 francs.

Avec l’arrivĂ©e au pouvoir de Ronald Reagan, les choses vont prendre une toute autre tournure. De stricte obĂ©dience libĂ©rale, le nouveau PrĂ©sident s’en prend violemment Ă  l’inflation et Ă  l’État. Pour terrasser l’inflation, la FED augmente les taux d’intĂ©rĂŞt de manière plus que consĂ©quente: on n’est pas loin de 20%. Par ailleurs, libĂ©rĂ©s de toute contrainte, les salaires s’effondrent, ainsi que les dĂ©penses sociales de l’État. L’inflation est vite jugulĂ©e par cette cure violente. Sur le marchĂ© des changes, le dollar s’envole. AttirĂ©s par les taux amĂ©ricains, les capitaux fĂ©briles se ruent sur le billet vert, d’autant plus que la politique Ă©trangère de Reagan restaure très vite la crĂ©dibilitĂ© amĂ©ricaine mise Ă  mal par ses prĂ©decesseurs. Le dollar se hisse Ă  plus de 10 francs.

Un droit de cuissage planétaire

Tout va bien donc. La politique de Reagan est efficace: l’Ă©conomie amĂ©ricaine repart, l’inflation baisse, le chĂ´mage Ă©galement. Le dollar est fort. Le prĂ©sident amĂ©ricain se permet mĂŞme de narguer ses collègues. Ă François Mitterrand (1916-1996) qui lui fait remarquer que le dollar est trop haut, Reagan rĂ©pond: « Ce n’est pas le dollar qui est trop fort, ce sont les autres monnaies qui sont trop faibles. »

Reste un dĂ©tail. La libĂ©ration du marchĂ© des changes aurait dĂ» rendre les devises Ă  la vĂ©ritĂ© des prix, si chère aux libĂ©raux. On l’a vu, ce qui devrait Ă©tablir la valeur d’une monnaie, c’est la situation du commerce extĂ©rieur d’un pays: Ă  dĂ©ficit commercial, monnaie faible, et Ă  excĂ©dent commercial, monnaie forte, avec les rééquilibrages automatiques que l’on sait. Une monnaie faible devait permettre de vendre plus et obliger Ă  acheter moins et le contraire pour une monnaie forte.

Qu’en est-il des États-Unis ? Depuis 1971, ce pays a un commerce extĂ©rieur chroniquement dĂ©ficitaire. Bon an mal an, les AmĂ©ricains achètent au minimum 100 milliards de dollars de plus qu’ils ne vendent. Cela fait trente ans que ça dure. Dans une telle situation, n’importe quel autre pays aurait Ă©tĂ© rĂ©duit Ă  la faillite. Sa monnaie ne devrait mĂŞme pas valoir le prix du papier sur lequel elle est imprimĂ©e. Rien de tel ne s’est produit pour les États-Unis. Comment est-ce possible ? MĂŞme dĂ©tachĂ© de l’or, le dollar reste le moyen de paiement et de rĂ©serve le plus utilisĂ© au monde. Les dollars avec lesquels les AmĂ©ricains paient leurs dĂ©ficits ne reviennent pas aux États-Unis. Cela veut dire qu’ils ne paient pas leur dĂ©ficit. C’est exactement comme si vous payiez vos achats avec des chèques que personne n’aurait l’idĂ©e d’encaisser.

Tant que la confiance règne, tout cela ne pose guère de problèmes. Lorsque les États-Unis n’ont plus d’argent pour payer leurs importations ou le dĂ©ficit de leur budget, ils Ă©mettent des bons du trĂ©sor. Le monde souscrit avec empressement. On leur prĂŞte leurs dollars. Depuis 1971, les États-Unis vivent des crĂ©dits que leur fournissent les autres pays. Un gigantesque plan Marshall Ă  l’envers, dont le colossal endettement amĂ©ricain donne la mesure: quelques 10 000 milliards de dollars si on additionne la dette publique et la dette externe, 30 000 milliards de dette total, soit 31% du produit mondial brut. Une paille.

Du serpent Ă  l’euro: la construction d’une alternative monĂ©taire

Le dĂ©sordre monĂ©taire international qui s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© dans les annĂ©es 1970 ne pouvait laisser l’Europe indiffĂ©rente. Sur le Vieux Continent, l’abolition des frontières au sein de la CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne (CEE) n’Ă©tait pas un vain mot: les pays europĂ©ens sont les pays les plus ouverts au commerce international; l’instabilitĂ© monĂ©taire est pour eux particulièrement insupportable. On comprend donc que l’Europe se soit lancĂ©e très vite dans la mise en place d’un système monĂ©taire rompant avec les mouvements erratiques des monnaies. Dès 1969, au sommet de La Haye, les Six s’Ă©taient donnĂ© comme objectif la rĂ©alisation globale d’une union monĂ©taire.

En 1972 d’abord, avec le « serpent monĂ©taire » puis en mars 1979, avec le Système monĂ©taire europĂ©en (SME), on rĂ©instaure en Europe ce qui avait progressivement disparu au niveau mondial: un système de paritĂ©s fixes avec des marges de variation limitĂ©es. Mais les problèmes s’accumulent: choc pĂ©trolier, entrĂ©e de nouveaux pays dans le CEE… Pratiquement tous les ans, telle monnaie est dĂ©valuĂ©e, telle autre réévaluĂ©e. Certaines monnaies ne rentrent pas dans le système. D’autres y rentrent pour en sortir aussitĂ´t. Les marges de flottement flottent-elles mĂŞmes allègrement: selon le moment et la monnaie, elles sont Ă©largies Ă  6% ou ramenĂ©es Ă  1%.

Mais au-delĂ  de ces difficultĂ©s, la vĂ©ritable nouveautĂ© du SME est que, dĂ©sormais, les taux pivots sont fixĂ©s en une unitĂ© de compte europĂ©enne: l’ECU (EuropĂ©en Currency Unit), une sorte de synthèse des monnaies europĂ©ennes, oĂą chaque devvise compte pour un pourcentage tenant compte du poids Ă©conomique et monĂ©taire de chaque pays.

L’idĂ©e d’une Europe monĂ©taire progresse. En 1986, l’Acte unique rĂ©affirme l’objectif de l’union monĂ©taire. Le traitĂ© de Maastricht, en 1992, fixe les critères de convergence et les conditions Ă  remplir pour accĂ©der Ă  la monnaie unique. Il s’agit de mesures strictes visant Ă  limiter l’inflation, les dĂ©ficits budgĂ©taires et l’endettement. La mĂŞme annĂ©e, une tempĂŞte s’abat sur les monnaies europĂ©ennes les plus faibles: franc, peseta, lire, livre sterling. Le processus continue malgrĂ© tout. En 1995, on choisit le nom de la future monnaie europĂ©enne: le nom ECU est abandonnĂ© (notamment Ă  cause d’une assonance dĂ©sagrĂ©able en allemand avec die kuh, la vache) au profit de « euro », plus digeste dans les diffĂ©rentes langues.

Le lancement de la nouvelle monnaie a lieu officiellement le 1er janvier 1999. Ă cette date, onze pays sont « Ă©ligibles ». Les Britanniques ne sont pas de l’aventure, ni les Danois et les SuĂ©dois qui refusent par rĂ©fĂ©rendum de l’adopter. Les Grecs, qui ne remplissaient pas alors les conditions d’adhĂ©sion, rejoignent les onze Ă©lus en 2000. Le 1er janvier 2002, l’euro entre physiquement en circulation dans douze pays.

Euro qui comme Ulysse…

La monnaie europĂ©enne n’en est qu’au dĂ©but d’un long voyage, mais dĂ©jĂ  on ne peut que constater sa rĂ©ussite. Elle est d’abord la manifestation la plus tangible de la construction europĂ©enne. L’Europe passe dans nos mains quand nous payons une baguette avec une pièce allemande ou espagnole. Nous nous sentons moins Ă  l’Ă©tranger quand nous payons un cafĂ© au Portugal (0,50 euro…) avec la monnaie qu’on nous a rendu Ă  Paris.

Mais le plus important n’est pas lĂ . C’est avec l’euro que l’Europe est devenu rĂ©ellement un grand marchĂ© unique. Les entreprises y ont rĂ©alisĂ© des Ă©conomies colossales et le marchĂ© est devenu rĂ©ellement transparent (voir le prix du cafĂ© portugais). C’est avec l’euro que nos pays se sont soustraits au dĂ©sordre monĂ©taire international et Ă  l’emprise du dollar; C’est grâce Ă  l’euro que le dernier choc pĂ©trolier, pourtant violent, a pu ĂŞtre encaissĂ© sans trop de dĂ©gats. Ose-t-on imaginer ce que seraient devenus le franc ou la lire dans les grandes tempĂŞtes de ce dĂ©but de millĂ©naire ? C’est par (et pour) l’euro que nous profitons de faibles taux d’inflation et de faibles taux d’intĂ©rĂŞt.

DĂ©jĂ  deuxième monnaie mondiale après le dollar pour les Ă©changes, la monnaie europĂ©enne est utilisĂ©e par des pays tiers pour libeller contrats et emprunts. Des accords spĂ©cifiques la lient aux monnaies d’Europe de l’Est et de la MĂ©diterranĂ©e. Une alternative vitale pour les temps qui courent.

Le coĂ»t de l’euro

Pourtant, des voix s’Ă©lèvent rĂ©gulièrement pour protester contre la monnaie unique et ses sous-entendus. Le sous-entendu le plus Ă©vident, c’est que l’Europe, qui a tant de difficultĂ©s Ă  s’accorder sur une quelconque politique commune, s’est livrĂ©e pieds et poings liĂ©s Ă  une politique de rigueur pour atteindre l’objectif de la monnaie unique. Le choix fait par François Mitterrand en 1983 d’abandonner la politique de relance de Pierre Mauroy (nĂ© en 1928) vaut dĂ©sormais pour tout le monde. ContrĂ´le sĂ©vère des dĂ©penses publiques, limitation des dĂ©ficits, privatisations: le pacte de stabilitĂ© n’est pas fait pour plaire Ă  tout le monde.

La philosophie de base de l’euro est toute allemande et la localisation de la Banque centrale europĂ©enne Ă  Francfort n’est pas fortuite. On a voulu une monnaie forte, on a voulu terrasser l’inflation, cette vieille phobie allemande: tout cela passe par de la rigueur, encore et toujours. C’est pour cela qu’on reproche Ă  l’euro la croissance molle et Ă©ventuellement le chĂ´mage, qui sĂ©vit sur le Vieux Continent. Un pays semble particulièrement touchĂ©: l’Italie.

Le cas de ce pays est instructif: longtemps habituĂ© aux dĂ©lices d’une monnaie faible qui favorisait ses exportations, l’Italie est confrontĂ©e, avec l’arrivĂ©e de l’euro, Ă  une perte catastrophique de compĂ©titivitĂ©. Ses produits sont de plus en plus concurrencĂ©s par ceux des pays asiatiques, Chine en tĂŞte. Dès lors, le populisme des hommes politiques (dont certains ministres de Berlusconi) n’hĂ©site pas Ă  mettre sur le dos de l’euro tous les malheurs du pays, y compris la violente hausse du coĂ»t de la vie qui s’est manifestĂ©e lors de l’abandon de la lire. Le vrai problème de l’Italie, ce n’est pas l’euro, mais l’euro confronte l’Italie a ses vrais problèmes: Ă©nergie trop chère par refus du nuclĂ©aire, innovation insuffisante, système d’enseignement dĂ©passĂ©. Le vrai problème de l’Italie est de trouver d’autres arguments de vente que le prix de ses marchandises.

L’euro, quant Ă  lui, a un seul vrai dĂ©faut: il condamne l’Europe Ă  l’innovation, Ă  la qualitĂ© et Ă  l’excellence.

Grandeur et décadence du franc

C’est en 1360 que Jean le Bon fit frapper une pièce d’une livre tournois portant l’inscription « rex francorum ». Cette pièce devint, dans le langage courant, un franc. Le franc devint officiellement la monnaie de la France par la loi du 10 avril 1795. La loi du 17 germinal an XI (7 avril 1803) en fixe la paritĂ© or (0,2903225 gramme) et argent (4,50 grammes). C’est ce franc germinal qui assure la stabilitĂ© monĂ©taire du pays jusqu’en 1914. L’inflation nĂ©e de la guerre et la spĂ©culation, notamment pendant le gouvernement du Cartel des gauches (1924-1926), mettent Ă  mal la monnaie française, qui devient inconvertible en or. PoincarĂ©, au prix d’une longue politique de rigueur, rĂ©ussit Ă  rĂ©tablir la valeur du franc et sa convertibilitĂ©, mais Ă  un niveau bien plus faible qu’avant guerre (65,5 mg). Pendant le Front Populaire, le franc est de nouveau victime de la spĂ©culation et du « mur de l’argent » (les milieux d’affaires, qui se mĂ©fient du gouvernement de gauche, exportent massivement des capitaux). Entre 1936 et 1938, le franc est de nouveau dĂ©valuĂ© et devient encore une fois inconvertible. Dans l’après-guerre, après de sĂ©rieux efforts, le franc redevient une monnaie forte: en 1958, le passage au « nouveau franc » (valant 100 anciens francs) symbolise une nouvelle soliditĂ© monĂ©taire, confortĂ©e par des excĂ©dents commerciaux qui provoquent des entrĂ©es de devises (notamment de dollars), dont de Gaulle demande habilement la conversion en or. Les Ă©vĂ©nements de 1968 provoquent une crise passagère et une dĂ©valuation (en 1969) qui en annonce bien d’autres, tout au long du dernier quart du siècle. Dans cette pĂ©riode, secouĂ© par les chocs pĂ©troliers, la crise ou l’arrivĂ©e de la gauche au pouvoir, le franc se dĂ©mène entre dĂ©valuations, flottement et ancrage dans les systèmes de stabilisation europĂ©ens. Une dernière attaque spĂ©culative contre le franc, fin 1992, est vaillamment repoussĂ©e par la Banque de France. Ă partir de ce moment lĂ , le sort du franc se joue dans le cadre du traitĂ© de Maastricht. La France en respecte d’emblĂ©e les critères et le franc se dissout dans la nouvelle monnaie europĂ©enne, l’euro, en 1999. En 2002, les francs sont rapidement retirĂ©s de la circulation.

Michel Musolino, professeur d’économie en classes préparatoires à HEC

mai 27 2009

Qui a peur de Claude Allègre ? (Vidéos)

Par AgatĂ  Kovacs

Il y a une dizaine de jours, une polĂ©mique a Ă©tĂ© causĂ©e au sein de l’UMP par l’annonce d’une Ă©ventuelle nomination de l’ancien ministre socialiste Claude Allègre Ă  la tĂŞte d’un ministère couvrant l’industrie, l’innovation et la recherche Ă  l’occasion d’un futur remaniement en juin 2009. Or, beaucoup y offrent des rĂ©sistances de plus en plus virulentes, qu’ils fassent partie de la droite ou des milieux Ă©cologistes.

ellepleure600x450

Ce qui est dĂ©rangeant pour ces personnes, ce sont les positions de Claude Allègre par rapport au rĂ©chauffement climatique. PrĂ©sentons tout d’abord le principal intĂ©ressĂ© en quelques mots: Claude Allègre, nĂ© le 31 mars 1937 Ă  Paris, est un gĂ©ochimiste et un homme politique français. Ses travaux scientifiques et sa carrière de chercheur ont notamment Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s par le Prix Crafoord en 1986 et la MĂ©daille d’or du CNRS en 1994. Il a Ă©tĂ© ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie dans le gouvernement Lionel Jospin de 1997 Ă  2000. Bien que militant depuis 1973 au PS, il dĂ©cide de ne pas reprendre sa carte en janvier 2008. Nicolas Sarkozy, chez qui il avait Ă©tĂ© aperçu entre les deux tours de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, dĂ©clare en fĂ©vrier 2008 qu’il aimerait bien travailler avec lui. Le 28 aoĂ»t 2008, Nicolas Sarkozy, prĂ©sident en exercice du Conseil europĂ©en, a confiĂ© Ă  l’ancien ministre socialiste de l’Éducation nationale Claude Allègre le soin d’organiser les Assises europĂ©ennes de l’innovation.

Quant questions environnementales, la prise de position publique de Claude Allègre est que le rĂ©chauffement climatique existe bel et bien, mais ne trouve pas son origine dans les activitĂ©s humaines. Une illustration de son propos est donnĂ©e par ses dĂ©clarations sur le rĂ©chauffement climatique du 21 septembre 2006 dans la chronique hebdomadaire qu’il tient dans le magazine L’Express, et qui ont contribuĂ© les premières Ă  faire naĂ®tre la polĂ©mique. Il y Ă©crit que la cause de la modification climatique contemporaine reste incertaine et n’est pas forcĂ©ment due Ă  l’activitĂ© humaine. Il stigmatise simultanĂ©ment « l’Ă©cologie de l’impuissance protestataire [qui] est devenue un business très lucratif pour quelques-uns ».

En rĂ©action aux prises de positions d’Allègre, certains scientifiques ont ainsi critiquĂ© explicitement ses arguments. Le biologiste Pierre-Henri Gouyon parle de « nĂ©gationnisme Ă©cologique » de la part d’Allègre. D’autres scientifiques, en revanche, le soutiennent, parfois partiellement. Ainsi, lors d’une sĂ©ance de l’AcadĂ©mie des sciences en mars 2007 ses arguments ont Ă©tĂ© dĂ©fendus par ses collègues gĂ©ophysiciens de l’IPGP Jean-Louis Le MouĂ«l et Vincent Courtillot, membres de l’AcadĂ©mie des sciences. Ces derniers ont Ă©tĂ© vivement critiquĂ©s par deux autres acadĂ©miciens des sciences, spĂ©cialistes du climat, HervĂ© Le Treut et Édouard Bard (professeur au Collège de France).

Il vaut la peine de se pencher sur cette thèse « dissidente » de rĂ©chauffement climatique dĂ» aux cycles naturels et non Ă  l’homme. En effet, n’en dĂ©plaise Ă  Al Gore et Ă  son film « Une vĂ©ritĂ© qui dĂ©range », douter de l’origine humaine du rĂ©chauffement n’est pas un crime commis contre la citoyennetĂ© et l’honnĂŞtetĂ©, mais bien un doute non seulement lĂ©gitime Ă  la base, mais d’autant plus renforcĂ© par la mise au grand jour de plusieurs mensonges et exagĂ©rations d’Al Gore dans son fameux documentaire. Les responsables du système Ă©ducatif n’ont d’ailleurs pas toujours accueilli ce dernier avec l’enthousiasme le plus extraordinaire qui soit.

En effet, en octobre 2007, le film a fait l’objet d’un jugement de la justice britannique saisie par le chef d’Ă©tablissement d’un lycĂ©e du Kent qui contestait la diffusion du film dans le cadre scolaire. Le directeur d’Ă©cole, Stewart Dim-mock, a en effet portĂ© plainte contre le gouvernement britannique en l’accusant de faire du lavage de cerveau. Notons que d’après la loi britannique, si les enseignants prĂ©sentent le film sans le signaler clairement, ils peuvent se trouver en violation de la section 406 de l’ »Education Act 1996″ et ĂŞtre reconnus coupables d’endoctrinement politique.

Le tribunal ne s’est pas opposĂ© Ă  la diffusion du film dans les Ă©tablissements scolaires du Royaume-Uni, Ă  condition qu’il soit accompagnĂ© d’une documentation indiquant ce qui est de l’ordre du consensus scientifique, ce qui ne l’est pas et ce qui est un point de vue politique. Le tribunal a effectivement relevĂ© plusieurs erreurs dans le documentaire, dont les sept que voici :

Le film prĂ©tend que la fonte des neiges au Mont Kilimandjaro est attribuable au rĂ©chauffement climatique alors que le consensus scientifique est qu’on ne peut rien affirmer de tel.

Le film suggère une interprĂ©tation des graphes montrant l’Ă©volution des tempĂ©ratures et du CO2 sur 650 000 ans, le jugement considĂ©rant que s’il y avait un large accord chez les scientifiques sur un lien entre les deux courbes, celles-ci ne prouvaient pas ce qu’affirme Gore.

Le film lie l’ouragan Katrina au rĂ©chauffement climatique alors que l’opinion scientifique est qu’il n’y a pas de preuves suffisantes.

Le film montre l’assèchement du Lac Tchad et prĂ©tend que c’est une consĂ©quence du rĂ©chauffement climatique, alors que les preuves sont lĂ  aussi insuffisantes.

Le film prĂ©tend qu’une Ă©tude montre que des ours polaires se sont noyĂ©s Ă  cause de la fonte des glaces arctiques. Il apparait que la seule Ă©tude scientifique trouvĂ©e sur le sujet parle de quatre ours polaires noyĂ©s Ă  cause d’une tempĂŞte.

Le film suggère que les calottes de glace du Groenland et de l’Ouest Antarctique pourraient fondre et entraĂ®ner une hausse alarmante du niveau des mers. Alors que le film semble suggĂ©rer une fonte dans un proche avenir, le point de vue gĂ©nĂ©ral est que le Groenland ne pourra pas fondre avant des millĂ©naires.

Le film prĂ©tend que la hausse du niveau des mers a causĂ© l’Ă©vacuation de certaines Ă®les du Pacifique en direction de la Nouvelle-ZĂ©lande, alors qu’aucune preuve d’une telle Ă©vacuation n’existe.

D’autre part, Ă  la fin de son « documentaire », Al Gore prĂ©tend que les seules publications ayant remis en doute l’origine humaine du rĂ©chauffement avaient paru dans des revues populaires, et Ă©taient destinĂ©es Ă  jeter un « doute mal intentionnĂ© », alors qu’aucune revue scientifique n’avait remis cette soi-disante vĂ©ritĂ© en cause. Or, il s’avère que les scientifiques expĂ©rimentĂ©s ne sont pas peu nombreux Ă  se poser un certain nombre de questions…

Par exemple, alors que le dĂ©bat sur le rĂ©chauffement climatique fasait plus que jamais les manchettes depuis le dĂ©pĂ´t du rapport de Nicholas Stern, ex-Ă©conomiste en chef de la Banque mondiale, lequel fait Ă©tat du coĂ»t possible de cette crise autour de 7 000 milliards de dollars, un Ă©crivain quĂ©bĂ©cois autodidacte, Pierre de Châtillon affirmait dans son livre que le rĂ©chauffement du climat est un mythe, car selon lui, le climat n’est pas dans une pĂ©riode de rĂ©chauffement unique Ă  l’Ă©poque Ă  laquelle nous vivons mais a toujours rĂ©pondu Ă  des changements cycliques depuis la nuit des temps. Depuis la sortie du rapport Stern, qui compte tout près de 700 pages, tous les journaux de la planète ont relancĂ© la nĂ©cessitĂ© de la mise en application du protocole de Kyoto. Selon de Châtillon, des bouleversements climatiques semblables Ă  ceux qu’on observe aujourd’hui sont survenus Ă  des pĂ©riodes de l’histoire et ont provoquĂ© la disparition de civilisations très avancĂ©es. L’auteur avance qu’il y a plus de 10 000 ans, des civilisations dont on a retrouvĂ© les vestiges dans les ocĂ©ans sont disparues lors de catastrophes climatiques qui ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es aussi bien par Platon qu’inscrites dans les annales chinoises. Selon lui, ces bouleversements climatiques rĂ©apparaissent dans l’histoire humaine avec la rĂ©gularitĂ© d’une horloge.

Selon de Châtillon, les gaz Ă  effet de serre ne peuvent expliquer le rĂ©chauffement climatique et cette thĂ©orie semble donner raison au prĂ©sident amĂ©ricain, qui a dĂ©clarĂ© n’ĂŞtre pas convaincu de la relation entre rĂ©chauffement climatique et gaz Ă  effet de serre. L’auteur ajoute que beaucoup de scientifiques sont incapables d’Ă©tablir un lien de cause Ă  effet entre le rĂ©chauffement climatique et les gaz Ă  effet de serre et qu’ils ne comprennent tout simplement pas comment cette relation a pu ĂŞtre Ă©tablie. Une chose est sĂ»re: pas une semaine ne passe sans qu’on fasse Ă©tat, quelque part sur la planète, de phĂ©nomènes extrĂŞmes tels que sĂ©cheresses, incendies de forĂŞts, tempĂŞtes, ouragans, inondations et glissements de terrain. Sans parler de la fonte accĂ©lĂ©rĂ©e des glaciers et de la montĂ©e du niveau des mers. Pour Pierre de Châtillon, ces phĂ©nomènes sont trop rapides et gĂ©nĂ©ralisĂ©s pour n’ĂŞtre dĂ»s qu’Ă  l’effet de serre. L’auteur prĂ©cise qu’Ă  certains endroits, les hivers sont plus longs et plus rigoureux: on a vu tomber de la neige dans le dĂ©sert d’Arabie et au Mexique. Bref, selon lui, on ne peut parler de «rĂ©chauffement» mais bien de «bouleversement climatique».

La crise du climat a commencĂ© avec le gigantesque trou constatĂ© il y a une vingtaine d’annĂ©es dans la couche d’ozone, rĂ©putĂ©e protĂ©ger la planète contre le rayonnement solaire. Les fluorocarbones (CFC) utilisĂ©s dans les rĂ©frigĂ©rateurs, les systèmes de climatisation et les contenants sous pressions furent dĂ©signĂ©s comme responsables de la dĂ©perdition de ce bouclier filtrant les rayonnements cosmiques. Puis on a accusĂ© les BrĂ©siliens qui coupent la forĂŞt amazonienne, les courants El Niño et El Niña. Ensuite, ce fut au tour des millions de vĂ©hicules automobiles et leurs Ă©manations de CO2 dans l’atmosphère. MalgrĂ© toutes les mesures prises, les changements climatiques se sont accĂ©lĂ©rĂ©s puis on a accusĂ© les industries. Or, dit de Châtillon, si on fait abstraction des trois quarts de la planète qui sont recouverts par les ocĂ©ans, 3% par les calottes polaires, les marais, lacs, dĂ©serts et montagnes, il ne reste que 1,8% de la planète qui est peuplĂ© d’ĂŞtres humains. Selon le National Geographic, la totalitĂ© des espaces peuplĂ©s et industriels de la Terre pourraient tenir dans un territoire grand comme l’Espagne. De Châtillon parle d’hystĂ©rie collective, d’autant plus que nombre de climatologistes ne croient pas au rĂ©chauffement climatique dĂ» Ă  l’accumulation des gaz Ă  effet de serre. L’auteur croit qu’il est erronĂ© ou au mieux signe de grande vanitĂ© de croire que l’activitĂ© humaine pourrait ĂŞtre la cause d’un rĂ©chauffement climatique global. Il avance qu’il suffirait d’une seule Ă©ruption volcanique comme il y en a dĂ©jĂ  eu par le passĂ© pour que la pollution engendrĂ©e dans l’atmosphère soit supĂ©rieure Ă  toute celle causĂ©e par l’activitĂ© humaine.

De Châtillon cite les travaux du professeur Robert Pease, professeur de physique et de climatologie, selon qui la couche d’ozone se rĂ©pare d’elle-mĂŞme, alors que les molĂ©cules d’ozone dans l’atmosphère sont constamment reconstituĂ©es lorsque l’Ă©nergie de la lumière ultra-violette brise les liens des molĂ©cules d’oxygène. Selon les calculs du Pr Rowland, il y aurait une molĂ©cule de CFC pour 136 000 000 de molĂ©cules d’oxygène dans la couche d’ozone, Ă  une hauteur de 25km d’altitude. Selon ce dernier, la thĂ©orie de la dĂ©plĂ©tion de l’ozone est inexistante, car elle est basĂ©e sur la supposition que les molĂ©cules de CFC grimperaient dans l’atmosphère sans difficultĂ©… alors qu’elles sont plus lourdes que l’air. Quant au CO2, ce gaz ne reprĂ©sente que 0,035% de l’atmosphère et mĂŞme si ce taux doublait, tout ce qui vit sur Terre pourrait s’en accommoder. Selon les scientifiques, plus de 99,9% du CO2 se trouve au niveau du sol ou en dessous et 71% de ce gaz est dissous dans l’eau de mer. Or, puisque le CO2 est un gaz plus lourd que l’air et qu’il se dissout dans l’eau de mer, il est donc impossible qu’il s’accumule dans les hautes couches de l’atmosphère et occasionne un quelconque effet de serre. Dès que le CO2 se manifeste dans l’atmosphère, il est aussitĂ´t captĂ© par les eaux de pluie et ramĂ©nĂ© au sol. De plus, l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère devrait produire logiquement une explosion de la vĂ©gĂ©tation, puisque ce gaz est utilisĂ© par les plantes dans leur mĂ©tabolisme, et on sait bien qu’il n’en est rien. Par ailleurs, l’atmosphère de la planète VĂ©nus est entièrement composĂ©e de CO2 produit par l’activitĂ© volcanique. Mars possède des calottes polaires qui sont composĂ©es de CO2 solide (glace sèche). Or, dit l’auteur, si le CO2 Ă©tait la cause d’un hypothĂ©tique rĂ©chauffement climatique, Mars serait beaucoup plus chaude qu’elle ne l’est actuellement. Selon lui, la Terre se rĂ©chauffe en fait depuis le dĂ©but du siècle dernier, Ă  un moment oĂą la pollution automobile et industrielle Ă©tait quasi inexistante. Bref, mĂŞme si la simultanĂ©itĂ© du bouleversement climatique et du CO2 connaissent un cycle similaire, rien ne permet de croire que l’un est la cause de l’autre. Alors quoi? Si les bouleversements climatiques ne sont imputables ni Ă  une augmentation des gaz Ă  effet de serre, ni Ă  une dĂ©perdition de la couche d’ozone, ni aux courants El Niño et El Niña ni mĂŞme aux gaz intestinaux des vaches, quelle en est la cause ?

Claude Allègre chez Ruquier

Pierre de Châtillon explique que les bouleversements climatiques vont de pair avec certains phĂ©nomènes, mais n’en sont pas la cause. L’auteur admet l’augmentation du nombre des tornades et l’explique par une montĂ©e des tempĂ©ratures, lesquelles auraient dĂ©butĂ© en 1860 (voir graphique). Comme il est possible de le constater, dit-il, dĂ©jĂ  en 1920, la courbe de croissance est visible et l’augmentation de la tempĂ©rature est de 1 degrĂ© sur 90 ans, en accĂ©lĂ©ration depuis 1990 jusqu »Ă  aujourd’hui. Ainsi est-on passĂ© d’une moyenne annuelle de 150 tornades depuis 1920 pour atteindre 600 en 1955 et plus de 1200 en 1990.

Quant au niveau de la mer, selon Pierre de Châtillon, il est en augmentation depuis le dĂ©but du siècle, tout en notant que l’escalade s’est accĂ©lĂ©rĂ©e depuis 1980. L’activitĂ© volcanique elle, est passĂ©e de 1500 journĂ©es d’activitĂ© en moyenne en 1940 au double en 1990, puis encore au double entre 1990 et 2004. Les tremblements de terre (voir graphique) de magnitude 2,5 et plus sont passĂ©s d’une moyenne de 500 par annĂ©e de 1920 Ă  5000 par annĂ©e en 1973 puis Ă  25 000 en 2004. Selon de Châtillon, le rĂ©chauffement climatique ne serait pour rien dans cette augmentation. Selon l’auteur, qui cite Schumann, la Terre se conduit comme un Ă©norme condensateur Ă©lectrique. La cavitĂ© entre la surface de la Terre et l’ionosphère agit comme un condensateur dans un circuit Ă©lectrique en oscillant. Or, cette oscillation, qui se situait Ă  7,8 sur une Ă©chelle de 13 il y a dix ans, se situe aujourd’hui Ă  12. Bref, cette rĂ©sonnance est en relation inverse directe de la puissance du champ magnĂ©tique de la Terre. Selon l’auteur, dans les temps anciens, cette situation a toujours prĂ©cĂ©dĂ© une modification importante du champ magnĂ©tique terrestre. Et si la Terre participe Ă  cette rĂ©sonnance, elle n’est pour rien dans sa crĂ©ation. Selon de Châtillon, l’Ă©nergie nĂ©cessaire Ă  ces vagues provient de la haute troposphère. Bref, les sources des bouleversements climatiques actuels seraient extĂ©rieurs Ă  la planète !

L’auteur dĂ©montre un accroissement de l’activitĂ© solaire. Voir Ă  ce sujet la vidĂ©o ci-dessous. En dĂ©cembre 2001, la NASA a publiĂ© des photos de la planète Mars indiquant une fonte majeure de ses calottes polaires, tout comme sur la Terre. Un astronome russe, Pasichnyk, a rapportĂ© qu’il semblait se dĂ©velopper sur Mercure des calottes polaires, ce qui est considĂ©rĂ© comme impossible, vu sa faible distance du soleil. Sur VĂ©nus, des observateurs ont observĂ© en 1999 une luminositĂ© verte typique d’une atmosphère composĂ©e d’oxygène, ce qui a causĂ© une grande surprise. On a observĂ© dans l’atmosphère de Mars la formation de nuages et le champ magnĂ©tique de Jupiter a doublĂ© d’intensitĂ© depuis 1992. En 1997, on a observĂ© la formation d’un gigantesque tube de plasma entre Jupiter et Io, une de ses lunes. L’Ă©nergie colossale nĂ©cessaire Ă  ce phĂ©nomène est de l’ordre de plusieurs millions d’ampères. On a observĂ© depuis quelques temps des aurores brillantes Ă  la surface de l’atmosphère de Saturne, ce qui indique une augmentation de sa charge Ă©lectrique. MĂŞme chose pour Uranus, soumise Ă  de fortes luminositĂ©s et des aurores borĂ©ales. Bref, les scientifiques, tout en Ă©coutant les propos alarmistes des environnementalistes, se grattent la tĂŞte en essayant de comprendre la relation entre tous ces Ă©vĂ©nements. Selon Pierre de Châtillon, ce qui se passe est bien plus qu’un simple rĂ©chauffement climatique: il s’agit d’une vĂ©ritable tempĂŞte d’ordre cosmique, Ă  l’Ă©chelle de l’univers et nous serions sur le point de devoir y faire face, tout comme d’autres civilisations les ont subies il y a des milliers d’annĂ©es, et qui ont disparu de la surface de Terre…

En outre, le chef du Laboratoire d’Études spatiales de l’Observatoire de Poulkovo et membre de l’AcadĂ©mie des Sciences russes, Khabiboullo Abdoussamatov et plusieurs scientifiques apparus rĂ©cemment dans une Ă©mission de dĂ©bat sur la BBC expliquent que malgrĂ© les pressions qu’ils subissent, ils continueront Ă  affirmer que la production du CO2 serait l’effet et non pas la cause du rĂ©chauffement climatique. En fait, la hausse des tempĂ©ratures, disent-ils, prĂ©cèdent de plus de 800 ans la hausse de CO2 et est, de ce fait, une consĂ©quence de la hausse de tempĂ©rature. Bref, selon de plus en plus de scientifiques, la cause du rĂ©chauffement du climat de la Terre est complexe, et semble rĂ©sulter d’une cascade d’Ă©vĂ©nements qui se passent sur notre soleil.
La personnalitĂ© la plus mĂ©diatisĂ©e qui incarne la lutte contre le rĂ©chauffement climatique en France est sans doute Nicolas Hulot. En dehors de cela, il est Ă©galement connu pour accepter des fonds de la part de grandes entreprises considĂ©rĂ©es comme polluantes Ă  l’image d’EDF, L’OrĂ©al ou RhĂ´ne-Poulenc. Vincent Cheynet a Ă©crit Ă  ce sujet: « En fait, le diable en personne proposerait Ă  Nicolas Hulot de figurer dans son comitĂ© de soutien en lui promettant de fermer le robinet en se lavant les dents que l’hĂ©licologiste accepterait aussitĂ´t. Ce qu’il y a de magique avec le Pacte Ă©cologique, c’est qu’il n’y a plus ni pollueurs ni polluĂ©s, ni droite ni gauche, ni bien ni mal, ni exploiteurs ni exploitĂ©s, mais seulement des gentils consommateurs qui cliquent sur Internet pour sauver la planète ».

12

Sur son site, Nicolas Hulot s’appuie entre autre sur ce graphique pour dĂ©montrer le rĂ´le des citoyens dans la lutte contre la pollution et la trop grande Ă©mission de CO2, donc soi-disant contre le rĂ©chauffement climatique. Ces donnĂ©es sont sans doute correctes, mais est-il tout aussi correct de remettre la majoritĂ© de la faute du rĂ©chauffement climatique (qui n’est sans doute pas du tout d’origine humaine, d’après ce que nous avons vu) sur le pauvre citoyen ? Il paraĂ®t Ă©vident que non, car on ne leur propose aucune alternative permettant de continuer Ă  vivre et Ă  servir leur pays par le biais de leur travail aussi confortablement et efficacement avec des Ă©nergies renouvelables et non polluantes, car nos sociĂ©tĂ©s occidentales soient elles-mĂŞmes loin d’ĂŞtre en mesure de s’auto-suffire en usant d’Ă©nergies vertes. Elles n’ont donc pas les moyens, pour l’instant tout du moins, de proposer des services assez efficaces pour permettre Ă  une quantitĂ© significative de citoyens de remplacer leur mode de consommation d’Ă©nergie et d’obtenir ainsi des rĂ©sultats non-nĂ©gligeables sur l’Ă©mission totale de CO2. Il est d’ailleurs intĂ©ressant de mettre ceci en relation avec l’avant-dernier paragraphe de l’article de RĂ©gis Mex Ă  propos du problème environnemental, dans lequel il dit ceci:

« Alors que le chemin devrait ĂŞtre tout ouvert devant ces alternatives, de nombreux lobbys dont les intĂ©rĂŞts se trouvent dans le commerce des hydrocarbures rachètent les brevets des inventions qui pourraient causer du tort Ă  leur entreprise, et freinent donc la recherche. Ils ne permettent pas que les Ă©vĂ©nements les dĂ©passent et qu’ils puissent perdre leur mainmise sur l’Ă©nergie Ă  cause de l’une ou l’autre invention permise par le progrès, mais ils seront forcĂ©s, un jour ou l’autre, de se convertir Ă  d’autres types d’Ă©nergie que ceux dans lesquels ils font actuellement fortune, car la disparition du pĂ©trole et du gaz est bel et bien inĂ©luctable. C’est pourquoi il est permis de chercher mais pas de trouver ni de mettre en place des projets vraiment significatifs trop tĂ´t : il faudra attendre que ces magnats du monde financier soient prĂŞts Ă  faire migrer leurs intĂ©rĂŞts vers les nouvelles Ă©nergies, de sorte Ă  ne pas disparaĂ®tre ni faire trop de pertes, pour que des nouvelles techniques puissent Ă©merger sur le marchĂ©. Mais, Ă©tant donnĂ© qu’ils iront sans doute jusqu’au bout de leurs moyens, c’est-Ă -dire attendre aussi longtemps que ces 30-50 ans de longĂ©vitĂ© des ressources le leur accordent, beaucoup de mal qui aurait pu ĂŞtre Ă©vitĂ© sera fait Ă  la planète. MalgrĂ© tout, l’hypocrisie et le manque de scrupules sont poussĂ©s jusqu’Ă  ce que certains fonds d’investissement tentent de faire de l’Ă©cologie un business lucratif ; ces fonds se spĂ©cialisent dans l’achat et la vente de droits Ă  polluer dans l’objectif de faire du profit avec ce type de produits, exactement comme ils le font avec le pĂ©trole, avec les produits alimentaires, avec les crĂ©dits immobiliers, etc. Ces droits de polluer induits par les Protocoles de Kyoto semblent donc faire des heureux. Protocoles qui sont un retentissant Ă©chec, puisque outre le fait qu’ils n’ont mĂŞme pas Ă©tĂ© ratifiĂ©s par la première puissance mondiale que sont les Etats-Unis, l’Ă©mission des gaz Ă  effet de serre a augmentĂ© de 35% au niveau mondial entre 1997 et 2007, et on conçoit mal ce que les États ont le pouvoir de faire pour contraindre des entreprises qui les dominent complètement Ă  baisser leurs Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Ces derniers ont d’ailleurs Ă©tĂ© si gĂ©nĂ©reux avec les entreprises que le prix de la tonne de carbone est quasiment d’un niveau 0, leur permettant ainsi de polluer autant que cela leur chante. »

L’hypocrisie consiste donc Ă  donner l’illusion aux citoyens qu’ils ont le pouvoir d’avoir un impact sur la situation environnementale alors qu’en fait, ils ne l’auront que lorsque nos sociĂ©tĂ©s seront dĂ©cidĂ©es Ă  le lui donner. Pour l’instant, on semble prĂ©parer lentement la transition entre modes d’Ă©nergie basĂ©s sur les hydrocarbures et le nuclĂ©aire Ă  des Ă©nergies vertes dans les mentalitĂ©s. Mais tout laisse Ă  penser que ce dĂ©lai, qui s’annonce long, permet aussi aux magnats de l’Ă©nergie de se convertir petit Ă  petit de sorte Ă  conserver en dĂ©finitive leur monopole, ne laissant la recherche s’effectuer qu’au rythme qu’ils veulent bien lui accorder.

L’idĂ©e est aussi de rejeter systĂ©matiquement la responsabilitĂ© des pires tragĂ©dies sur le pauvre citoyen. Ainsi, pense-t-on, si on arrive Ă  faire en sorte qu’il croie sincèrement ĂŞtre celui qui doit faire changer les choses, on pourra instrumentaliser la façon dont il agira aux façons que l’on choisira, puisqu’il suit le chemin tout tracĂ© par la propagande de masse. On pourra alors, entre autre, leur faire accepter plus facilement leur propre asservissement s’ils sont convaincus que c’est pour le bien de la planète. Joseph Goebbels, ministre du Reich Ă  l’Éducation du peuple et Ă  la Propagande sous le Troisième Reich (1933-1945), indissolublement liĂ© Ă  l’emploi des techniques modernes de la manipulation des masses et de la dĂ©magogie, disait que la meilleure façon de persuader le public de la vĂ©racitĂ© de quelque chose, c’Ă©tait de le lui rĂ©pĂ©ter ce quelque chose de façon massivement rĂ©pĂ©titive. Continuellement. Et finalement, le public croit que ce quelque chose est vrai, mĂŞme s’il n’est appuyĂ© par rien de tangible. Le sujet du rĂ©chauffement climatique rĂ©pond Ă  ses critères, et sa diffusion est largement permise par des lobbys tels que le GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat). Ă noter Ă©galement que les fonds investis dans la recherche pour l’Ă©cologie et le climat sont passĂ©s de 170 millions de dollars par an avant Bush père Ă  2 milliards de dollars par an. D’oĂą de nouveaux investissements et des crĂ©ations d’emplois qui en ont fait un secteur rentable.

Tout ceci pour dire que notre cher Claude Allègre a bien des raisons de douter, et que ceux qui l’accusent de « nĂ©gationnisme Ă©cologique » ont plus de scrupules Ă  protĂ©ger une version de la rĂ©alitĂ© pour des raisons plus confortables Ă©conomiquement et sociologiquement parlant que pour une rĂ©elle Ă©thique scientifique et morale. Pas Ă©tonnant donc qu’on en vienne Ă  utiliser le mot « nĂ©gationnisme » comme si nier l’origine humaine du rĂ©chauffement climatique Ă©tait aussi grave que de nier l’Holocauste. Tout est fait pour discrĂ©diter Claude Allègre par les façons les plus mĂ©diocres qui soient.
Mais qu’en est-il de ses chances de rentrer au gouvernement ? Jean-Marc Jancovici raisonne que «Si Nicolas Sarkozy veut se ridiculiser Ă  huit mois du rendez-vous de Copenhague (le sommet sur le rĂ©chauffement climatique, NDLR), il peut nommer Claude Allègre». Notons que Jancovici est un proche de Nicolas Hulot, très influent dans l’univers du dĂ©veloppement durable, et notamment auprès de Martin Bouygues, l’ami de toujours de Nicolas Sarkozy.

Mais les chances que Claude Allègre soit nommĂ© au gouvernement sont, malgrĂ© tout, loin d’ĂŞtre inexistantes: Alain JuppĂ© estime que l’arrivĂ©e de Claude Allègre constituerait un «contre-signal formidable» en raison des positions du scientifique sur le rĂ©chauffement climatique.
Nicolas Sar­kozy lui-mĂŞme, malgrĂ© toutes les critiques que nous avons relevĂ©es, semble dĂ©cidĂ© Ă  nommer cet homme, qu’il considère comme «très intelligent». «Il s’en fout de ce que pensent ses ministres, il veut s’entourer des plus intelligents», dĂ©crypte un ministre. Le prĂ©sident veut surtout maintenir et amplifier sa politique d’ouverture.

De plus, si le transfert de Xavier Darcos au ministère de la Justice ou Ă  l’IntĂ©rieur se prĂ©cise, Nicolas Sarkozy se trouve bien en peine de lui trouver un remplaçant. D’oĂą la tentation de nommer un spĂ©cialiste du sujet, plutĂ´t proche de la gauche. «Il est dans le schĂ©ma de rĂ©flexion du prĂ©sident», confirme l’un de ses collaborateurs.

On se demanderait bien quel mal prendrait le gouvernement Sarkozy pour refuser un homme qui a largement prouvĂ© ses compĂ©tences sous le gouvernement Jospin et qui a le mĂ©rite d’aller dans le contre-courant de la pensĂ©e Ă©cologiste dominante pour affirmer sa propre conviction des choses, qui est, Ă  n’en pas douter, la plus proche de la rĂ©alitĂ©. Sa nomination ne pourrait clairement ĂŞtre qu’un plus, ajoutant un ministre compĂ©tent et honnĂŞte dans ses opinions, prĂ©fĂ©rant Ă©viter la langue de bois, auprès de Nicolas Sarkozy. Mais il reste Ă  ce que ce dernier fasse son choix…

AgatĂ  Kovacs, pour Mecanopolis

Profil Facebook de Agáta Kovacs

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet du rĂ©chauffement climatique d’origine non-humaine, je conseille l’excellent documentaire que vous trouverez Ă  ce lien

Extraits-résumés du documentaire:

« C’est dans les annĂ©es 70 que la thèse du rĂ©chauffement climatique commença Ă  se rĂ©pandre. La première personnalitĂ© politique qui fut intĂ©ressĂ©e par le rĂ´le que cette thèse pourrait jouer sur la scène politique fut Margaret Tatcher qui, après la grève des mineurs, voulait que son pays dĂ©pende le moins possible du charbon et du pĂ©trole. Elle  privilègia alors le nuclĂ©aire. L’adoption de la thèse du rĂ©chauffement climatique dĂ» Ă  l’excès d’Ă©mission de CO2 d’origine humaine contribua Ă  renforcer la crĂ©dibilitĂ© du nuclĂ©aire à la diffĂ©rence du charbon et du pĂ©trole, rĂ©putĂ©s peu Ă©cologiques. »

« Après la chute de l’URSS, de nombreux anciens communistes se sont subtilement reconvertis dans une nouvelle idĂ©ologie qui allait naturellement contre le sens du capitalisme; l’Ă©cologie. Ils y distilèrent leurs principes nĂ©o-marxistes. »

mai 23 2009

La dĂ©gradation de l’environnement restera-t-elle un problème majeur du XXIème siècle ?

Par Régis Mex

De nos jours, le respect de l’environnement est l’un des sujets que nos postes de tĂ©lĂ©vision et de radio nous rabâchent le plus. Or, je doute que beaucoup de citoyens pensent rĂ©ellement qu’il leur incombe de remĂ©dier Ă  la plus grande partie du problème Ă©cologique en prĂ©fĂ©rant se rendre en bus plutĂ´t qu’en voiture sur leur lieu de travail ou en ne laissant pas couler le robinet pendant qu’ils se brossent les dents. Nous devrions plutĂ´t attendre de nos hommes politiques qu’ils prennent des dĂ©cisions significatives Ă  l’Ă©chelle nationale, voire mondiale, pour lutter contre la pollution. Comme le dĂ©bat que l’Ă©cologie suscite part souvent dans divers sens confus et simplistes, dont la finalitĂ© culpabilisera souvent le petit citoyen, je vous propose ma propre rĂ©flexion sur le sujet.

futureearthwallpaper

La pollution est effectivement quelque chose qui est intrinsèque Ă  notre monde, mais qui s’est manifestĂ©e sous des formes multiples Ă  travers le temps. Ă€ la pollution animale, naturelle, a succĂ©dĂ© la pollution humaine, irrespectueuse de l’Ă©quilibre. Celle-ci peut constituer un vĂ©ritable danger du fait de son pouvoir de casser la fragile stabilitĂ© environnementale, mais ses consĂ©quences peuvent-elles menacer la survie de l’humanitĂ© pendant tout le reste de son existence ?

Il convient tout d’abord de s’entendre sur ce que nous qualifions de pollution en fixant une dĂ©finition bien prĂ©cise Ă  ce terme. Nous pourrions lui donner le sens communĂ©ment admis qui dĂ©crit la pollution comme la « modification dĂ©favorable du milieu naturel qui apparaĂ®t en totalitĂ© ou en partie comme un sous-produit de l’action humaine, au travers d’effets directs ou indirects altĂ©rant les critères de rĂ©partition des flux d’Ă©nergie, des niveaux de radiation, de la constitution physico-chimique du milieu naturel et de l’abondance des espèces vivantes » ; c’est sous cet angle de vue que nous allons aborder les choses. Nous exclurons ainsi la pollution animale, terme qui sonne plutĂ´t faux, car, bien que la vie des animaux comporte parfois des comportements nocifs Ă  l’environnement ainsi que la nĂ©cessitĂ© de toujours consommer des produits issus des crĂ©ations terrestres et d’en rejeter les dĂ©chets, cette façon de faire s’harmonise toujours totalement avec les lois naturelles, et elle ne crĂ©e donc en aucun cas de dĂ©sĂ©quilibre ni de souillure qui puisse avoir un quelconque impact contre-nature sur l’environnement. Les animaux font effectivement partie intĂ©grante de la nature, et c’est pourquoi parler de pollution animale ne peut ĂŞtre dĂ©nuĂ© d’une consonance paradoxale, puisqu’elle ne modifie en rien le milieu naturel d’une façon dĂ©favorable qui n’aurait pas Ă©tĂ© prĂ©vue par les lois de la nature, contrairement Ă  l’homme, et c’est de son cas que nous dĂ©battrons, puisqu’il est le seul qui cause une pollution qui soit significative. L’ĂŞtre humain est effectivement plus qu’un animal intelligent ; il a la capacitĂ© d’imaginer, de crĂ©er et de se mettre en phase avec des idĂ©es et principes qui dĂ©passent les lois naturelles fondamentales desquelles les animaux peuvent s’Ă©carter. De ce fait, il a rĂ©ellement le pouvoir de faire deux choix extrĂŞmes : vivre en osmose avec la nature ou la dominer. Il ne faut pas pour autant confondre ĂŞtre en symbiose avec son environnement et ĂŞtre soumis par lui, car pour parler de choix, encore faut-il avoir conscience de sa situation et de ses Ă©ventuelles alternatives ; ainsi les premiers hommes Ă©taient-ils maĂ®trisĂ©s par les lois naturelles avant le dĂ©but de la civilisation, moment auquel ils ont finalement pu s’extirper de cet Ă©tat de simple animal intelligent, et ĂŞtre en mesure de faire ce fameux choix entre l’attitude harmonieuse ou l’exploitation irrationnelle de leur environnement.

Nous pouvons opposer deux types de sociĂ©tĂ©s sur base de ce modèle : les civilisations de type occidental, que ce soient les Ă©gyptiennes, mĂ©sopotamiennes, grecques, romaines, scandinaves et autres de l’antiquitĂ©, qui, bien que nettement plus spirituelles et respectueuses de la nature que notre sociĂ©tĂ© actuelle (qualitĂ© qui a paradoxalement diminuĂ© au cours du temps proportionnellement Ă  l’amĂ©lioration des richesses matĂ©rielles et des moyens techniques), ne faisaient pas pour autant de leur environnement une rĂ©elle prĂ©occupation, ayant plutĂ´t tendance Ă  se rapporter Ă  des dieux Ă©chappant Ă  toute tangibilitĂ©. En revanche, les civilisations vivant en AmĂ©rique (essentiellement du Nord) Ă  la mĂŞme Ă©poque et jusqu’Ă  leur colonisation, de mĂŞme que quelques peuples chinois, asiatiques plus gĂ©nĂ©ralement et plusieurs tribus africaines ont longtemps Ă©tĂ©, et continuent de l’ĂŞtre pour certains, animistes. Donc, ces peuples Ă©taient baignĂ©s dans une civilisation, brillante au demeurant en ce qui concerne particulièrement les Indiens d’AmĂ©rique, mais bĂ©nĂ©ficiaient d’une conscience plus large de l’importance de leur milieu naturel et y vivaient avec plus de prĂ©cautions. L’interprĂ©tation des forces naturelles majoritairement sous formes d’esprits plutĂ´t que de dieux contribuait Ă  les maintenir plus attentionnĂ©s aux rĂ©alitĂ©s de leur monde ; en somme, les esprits qu’ils vĂ©nĂ©raient, de façon semblable Ă  ce que les autres civilisations faisaient avec leurs dieux, Ă©tant parties intĂ©grantes de la nature, on ne peut que comprendre facilement la propension qui est nĂ©e Ă  entourer cette dernière de tous leurs soins. L’histoire nous a cependant montrĂ© que ce n’est pas cette vision du monde qui a primĂ© et a Ă©tĂ© en mesure de survivre au cours du temps, car il semblerait que le point auquel ces peuples animistes se sont fondus et complais dans la nature a retardĂ© les nĂ©cessitĂ©s plus matĂ©rielles mais tout aussi vitales qui auraient contribuĂ© Ă  l’avancement de leur civilisation, ce qui les a rendus de faciles proies pour les peuples moins pacifiques, le meilleur exemple Ă©tant l’extermination des Indiens d’AmĂ©rique du Nord Ă  95% par les colons britanniques/amĂ©ricains. Le modèle qui a survĂ©cu a donc Ă©tĂ© celui de notre sociĂ©tĂ© actuelle, celui qui suit la loi de la raison du plus fort ; effectivement, au fur et Ă  mesure que les civilisations qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s et sur lesquelles reposent les fondations de notre sociĂ©tĂ© occidentale ont progressĂ©, cela s’est fait sur le plan matĂ©riel, des techniques et des inventions, et bien moins du point de vue de la sagesse, une certaine lassitude Ă©tant Ă©prouvĂ©e pour les anciens dieux farfelus, tout comme le dieu unique qui leur a succĂ©dĂ© se retrouvera progressivement dĂ©laissĂ© Ă  cause des abus et des Ă©garements du clergĂ© qui lui Ă©tait dĂ©diĂ©. En vĂ©ritĂ©, il est nĂ©cessaire de se rĂ©fĂ©rer Ă  ces Ă©lĂ©ments qui font partie des causes de la mentalitĂ© collective actuelle, puisqu’en effet, tout ceci nous permet de voir que plus une civilisation a Ă©voluĂ© sur le plan matĂ©riel, plus elle a rĂ©gressĂ© sur le plan philosophico-spirituel. Ainsi les innovations techniques ont toujours contribuĂ© Ă  dĂ©truire l’environnement, Ă  cette « modification dĂ©favorable du milieu naturel qui apparaĂ®t comme un sous-produit de l’action humaine », en permettant une contrepartie d’amĂ©lioration du confort pour ceux qui en bĂ©nĂ©ficiaient, et de profit pour ceux qui en Ă©taient Ă  l’origine et les mettaient en oeuvre. Lorsque l’on trouvait de nouvelles ressources permettant d’amĂ©liorer Ă  la fois la puissance, l’utilitĂ© et les rendements que permettaient la technologie, ces mĂŞmes ressources Ă©taient presque toujours plus polluantes que leurs prĂ©dĂ©cesseurs. Le point d’orgue de l’Ă©garement dans le pur matĂ©rialisme est maintenant atteint avec la situation catastrophique dans laquelle nous sommes, que ce soit au niveau du rĂ©chauffement climatique, de la disparition des espèces, ou de la surconsommation… Mais si l’on se projette dans le futur, il semblerait que les choses soient destinĂ©es Ă  changer.

En effet, les rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz mondiales n’ont plus qu’une durĂ©e de vie estimĂ©e Ă  33 et 56 ans, et il se fait de plus en plus difficile d’en trouver Ă©tant donnĂ© que, par exemple, la moyenne de l’importance des gisements de pĂ©trole que l’on dĂ©couvre devient de plus en plus petite. Le processus de disparition a donc dĂ©jĂ  commencĂ©, et ses effets se feront progressivement sentir pendant cette trentaine d’annĂ©es qu’il reste Ă  vivre au pĂ©trole. La demande de pĂ©trole, qui augmente de plus en plus, ne pourra donc pas ĂŞtre honorĂ©e, tout comme cela sera le cas avec le gaz plus tard. Il va donc devenir impĂ©ratif de trouver des mĂ©thodes alternatives, et ces dernières ne pourront sans doute qu’ĂŞtre non polluantes.

Il est effectivement incontestable que l’on se penche de plus en plus sur des moyens « verts » de produire de l’Ă©nergie, que ce soit en utilisant l’Ă©nergie solaire, de l’eau, du vent… Autant de possibilitĂ©s exploitant des ressources naturelles renouvelables et infinies. Il est cependant inquiĂ©tant de voir que certains voient dans les biocarburants une source viable d’Ă©nergie, alors qu’ils ne peuvent ĂŞtre confectionnĂ©s qu’en utilisant de manière massive des produits le plus souvent vĂ©gĂ©taux et qui peuvent servir d’aliments, ce qui contribue Ă  dĂ©truire l’environnement encore plus qu’il ne l’est dĂ©jĂ , et Ă  aggraver une famine qui existe dĂ©jĂ  gĂ©nĂ©ralement dans les pays oĂą a lieu cette exploitation. Nous pouvons illustrer ces catastrophes par l’exemple qui est probablement le plus connu Ă  ce propos ; les fameuses cultures de soja brĂ©siliennes, qui demandent une vaste dĂ©forestation de la forĂŞt amazonienne pour crĂ©er des hectares d’espaces libres permettant la culture du soja. De surcroĂ®t, comme ces terrains appartiennent Ă  de grosses entreprises, les petits cultivateurs indĂ©pendants subissent des pressions de leur part pour qu’ils quittent leur habitation et aillent s’installer ailleurs, dans des endroits oĂą ils ne pourront souvent plus gĂ©nĂ©rer des revenus dĂ©cents. Ajoutons Ă  cette destruction de l’environnement et Ă  cet appauvrissement de la population locale que tout ce qui est produit de la sorte pour crĂ©er des biocarburants est ce qui n’aura aucune chance d’arriver dans les assiettes des brĂ©siliens souffrant de famine. Il s’agit donc d’une Ă©nergie qui, je l’espère, ne devrait pas rĂ©ussir Ă  s’imposer dans le futur.

La voie la plus crĂ©dible est donc bien celle des Ă©nergies vertes renouvelables, qui font de plus en plus l’objet d’Ă©tudes de viabilitĂ© et d’investissements.
Le soleil, la force de l’eau et du vent, l’hydrogène et la fusion nuclĂ©aire sont thĂ©oriquement capables d’engendrer toute l’Ă©nergie dont l’homme a besoin. L’homme dispose de ressources potentielles illimitĂ©es: le problème de leur utilisation est simplement technique. Dans les annĂ©es 1970, le futurologue Herman Kahn (1922-1983) considĂ©rait que la Terre pourrait nourrir 20 milliards d’hommes avec un revenu moyen nettement supĂ©rieur Ă  celui des pays dĂ©veloppĂ©s de l’Ă©poque, sans sous-estimer aucunement les problèmes d’environnement et de pollution, avec en perspective l’idĂ©e que le volume de la population se stabiliserait vers le milieu du XXIème siècle. Les problèmes sont plus qualitatifs que quantitatifs.

Il demeure cependant un problème : alors que le chemin devrait ĂŞtre tout ouvert devant ces alternatives, de nombreux lobbys dont les intĂ©rĂŞts se trouvent dans le commerce des hydrocarbures rachètent les brevets des inventions qui pourraient causer du tort Ă  leur entreprise, et freinent donc la recherche. Ils ne permettent pas que les Ă©vĂ©nements les dĂ©passent et qu’ils puissent perdre leur mainmise sur l’Ă©nergie Ă  cause de l’une ou l’autre invention permise par le progrès, mais ils seront forcĂ©s, un jour ou l’autre, de se convertir Ă  d’autres types d’Ă©nergie que ceux dans lesquels ils font actuellement fortune, car la disparition du pĂ©trole et du gaz est bel et bien inĂ©luctable. C’est pourquoi il est permis de chercher mais pas de trouver ni de mettre en place des projets vraiment significatifs trop tĂ´t : il faudra attendre que ces magnats du monde financier soient prĂŞts Ă  faire migrer leurs intĂ©rĂŞts vers les nouvelles Ă©nergies, de sorte Ă  ne pas disparaĂ®tre ni faire trop de pertes, pour que des nouvelles techniques puissent Ă©merger sur le marchĂ©. Mais, Ă©tant donnĂ© qu’ils iront sans doute jusqu’au bout de leurs moyens, c’est-Ă -dire attendre aussi longtemps que ces 30-50 ans de longĂ©vitĂ© des ressources le leur accordent, beaucoup de mal qui aurait pu ĂŞtre Ă©vitĂ© sera fait Ă  la planète. MalgrĂ© tout, l’hypocrisie et le manque de scrupules sont poussĂ©s jusqu’Ă  ce que certains fonds d’investissement tentent de faire de l’Ă©cologie un business lucratif ; ces fonds se spĂ©cialisent dans l’achat et la vente de droits Ă  polluer dans l’objectif de faire du profit avec ce type de produits, exactement comme ils le font avec le pĂ©trole, avec les produits alimentaires, avec les crĂ©dits immobiliers, etc. Ces droits de polluer induits par les Protocoles de Kyoto semblent donc faire des heureux. Protocoles qui sont un retentissant Ă©chec, puisque outre le fait qu’ils n’ont mĂŞme pas Ă©tĂ© ratifiĂ©s par la première puissance mondiale que sont les Etats-Unis, l’Ă©mission des gaz Ă  effet de serre a augmentĂ© de 35% au niveau mondial entre 1997 et 2007, et on conçoit mal ce que les États ont le pouvoir de faire pour contraindre des entreprises qui les dominent complètement Ă  baisser leurs Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. Ces derniers ont d’ailleurs Ă©tĂ© si gĂ©nĂ©reux avec les entreprises que le prix de la tonne de carbone est quasiment d’un niveau 0, leur permettant ainsi de polluer autant que cela leur chante.

Il est donc clair que la pollution en tant que modification du milieu naturel par l’action humaine existera toujours, mais ce n’en est pas pour autant une « fatalité » dans le sens oĂą cela serait dĂ©favorable ; en effet, bien que cela blessera toujours la nature, il n’en est pas pour autant vrai que l’homme, pour vivre diffĂ©remment d’un animal, doit obligatoirement sortir du cycle naturel avec les consĂ©quences que cela engendre sur son environnement. Le problème avec l’ĂŞtre humain, c’est qu’il a toujours manquĂ© de sagesse ; il a Ă©tĂ© conçu de sorte Ă  ĂŞtre une force de la nature Ă  part entière, ce qu’il est plus que jamais Ă  l’heure actuelle, pouvant influencer le cours de bien des cycles naturels, mais il ne s’est pas encore montrĂ© capable d’assumer rĂ©ellement cette responsabilitĂ©. En effet, les peuples animistes Ă©taient trop proches de la nature et pas assez des prĂ©occupations de leur civilisation, alors que faire progresser cette dernière est tout de mĂŞme la raison d’ĂŞtre de l’homme ; en consĂ©quence, ils ont quasiment disparu et ceux qu’il reste Ă  l’heure actuelle ne vivent plus que dans un Ă©tat primitif, de mĂŞme que tous les autres modes de vie qui Ă©taient certes porteurs des meilleures intentions, mais trop Ă©loignĂ©s des nĂ©cessitĂ©s du monde rĂ©el pour que leur existence ne soit pas Ă©phĂ©mère. Actuellement, dans nos sociĂ©tĂ©s de consommation dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es qui ont perdu les meilleurs repères qui puissent guider l’ĂŞtre humain, comme Dieu, et qui ne jurent plus que par de futiles jouissances matĂ©rielles, nous sommes dans une optique extrĂŞme, dont le dĂ©faut est d’ĂŞtre si profondĂ©ment ancrĂ© sur ce que l’on pense ĂŞtre les rĂ©alitĂ©s du monde que l’on en oublie les choses autrement plus subtiles et utiles que ce qui est purement matĂ©riel, tangible, mais n’en est pas pourtant tout aussi nĂ©cessaire, rĂ©el et vital. Nul doute que cette stupide logique de court terme ne cause notre perte tout comme les Ă©garements d’autres peuples, sociĂ©tĂ©s ou civilisations ont causĂ© la leur. Mais il est encore possible de rectifier le tir. Il ne faut en aucun cas s’attendre Ă  ce qu’un changement providentiel vienne de nos gouvernements irresponsables, mais cela n’empĂŞche pas que l’on puisse avoir une certaine foi dans le destin, puisque comme nous l’avons vu, il semble que l’humanitĂ© soit obligĂ©e d’adopter des techniques d’Ă©nergie verte dans un avenir relativement proche. Cependant, bien que cela rĂ©glera peut-ĂŞtre le problème des gaz Ă  effets de serre, qui seraient, bien que beaucoup de scientifiques en doutent encore, Ă  l’origine du rĂ©chauffement climatique, et que cela contribuera Ă  assainir l’environnement, il n’en reste pas moins que les problèmes de surconsommation qu’engendre la surpopulation, et qui causent une disparition affolante des espèces, persisteront. Cette surconsommation me semble d’ailleurs plus dramatique que le rĂ©chauffement climatique, et peut ĂŞtre Ă©galement considĂ©rĂ© comme une sorte de pollution. Reste Ă  savoir si ce type de pollution sera, lui, non seulement une fatalitĂ©, mais Ă©galement fatal au genre humain. Ce point relève donc plus de la spĂ©culation que le premier, mais au vu du dĂ©règlement climatique qui engendre des cataclysmes de plus en plus nombreux et violents, nous pouvons dĂ©duire que, si l’humanitĂ© ne règle pas bientĂ´t ce problème d’elle-mĂŞme, en trouvant une parade, la Terre s’en chargera d’elle-mĂŞme. Cela ne causerait certainement pas une extinction du genre humain, mais un retour Ă  l’Ă©quilibre qui ferait des centaines de millions, si ce n’est des milliards, de victimes. Cependant, si l’humanitĂ© veut Ă©chapper Ă  cette tragĂ©die, elle doit se dĂ©barrasser de son modèle de vie dĂ©sĂ©quilibrĂ©, vouĂ© Ă  une mort certaine comme ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, et adopter enfin la sagesse du juste milieu, qui permette au genre humain de faire progresser ses particularitĂ©s d’humain en utilisant ce qui lui est nĂ©cessaire dans la nature pour faire avancer sa civilisation, mais en veillant aux lois qui permettent l’Ă©quilibre de son environnement. Une sorte d’intermĂ©diaire entre les caractĂ©ristiques des sociĂ©tĂ©s animistes et de celles de notre Ă©poque : une harmonie sans fusion, une exploitation sans domination. Tant que notre sociĂ©tĂ© n’aura pas atteint cet idĂ©al, les pires types de pollution ne pourront qu’ĂŞtre des fatalitĂ©s.

Régis Mex, pour Mecanopolis

mai 20 2009

La Trilatérale est au service du Nouvel Ordre Mondial, par Pierre Hillard

Par Pierre Hillard, pour Mecanopolis

DĂ©sireux d’en savoir plus au sujet du dernier ouvrage de Pierre Hillard, « La Fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale », paru le 17 avril dernier aux Éditions François-Xavier de Guibert, nous avons pris contact avec lui. Pour ceux qui ne le connaĂ®traient pas encore, Pierre Hillard est professeur de relations internationales Ă  l’école supĂ©rieure de commerce extĂ©rieur de Paris. Historien de formation, diplĂ´mĂ© de science politique et d’études stratĂ©giques, spĂ©cialiste de l’Allemagne, des affaires europĂ©ennes et de la question des minoritĂ©s, il centre son Ă©tude sur le partenariat transatlantique et la gouvernance mondiale. AccĂ©dant Ă  notre demande, il a acceptĂ© de rĂ©diger, pour Mecanopolis, un article Ă  propos de la Commission TrilatĂ©rale en guise de prĂ©sentation de son livre qui, lui, porte sur la Fondation Bertelsmann.

hillard_pierre

La TrilatĂ©rale est une organisation mĂ©connue du public français. Croyant que le suffrage universel reprĂ©sente l’arme dĂ©cisive pour changer le cours des choses, les Français ignorent en fait que les vĂ©ritables acteurs de la vie politique et Ă©conomique se trouvent au sein de « centres de rĂ©flexion » nourris par des multinationales. Des groupes ultra puissants comme le Bilderberg, le Lucis Trust, le Council on Foreign Relations (le CFR pour les Etats-Unis concernant la politique Ă©trangère), l’European Council on Foreign Relations (l’ECFR pour l’Union europĂ©enne), la Fondation Bertelsmann pour ne citer que ces cas reprĂ©sentent les relais du pouvoir mondial en gestation. CoopĂ©rant Ă©troitement entre eux, ces groupes Ă©litistes constituent les diffĂ©rents musiciens permettant Ă  l’orchestre mondialiste de jouer une partition intitulĂ©e : « Vers une gouvernance mondiale ». Dans cette affaire, un groupe solidement implantĂ© joue aussi son rĂ´le en faveur d’une unification planĂ©taire : la TrilatĂ©rale.

Créée en 1973 par Zbigniew Brzezinski (conseiller du prĂ©sident Obama) et David Rockefeller (ancien prĂ©sident du CFR pour ne citer que ce cas), la TrilatĂ©rale est constituĂ©e de trois entitĂ©s : l’AmĂ©rique du Nord, l’Europe et le Japon. L’objectif de la TrilatĂ©rale comme l’affirme Brzezinski dans un article du Figaro est de permettre aux Etats de « faire face Ă  des problèmes de plus en plus partagĂ©s – financiers, Ă©conomiques et stratĂ©giques – et qu’ils sont de moins en moins en mesure de rĂ©gler, sans au moins se concerter plus Ă©troitement dans leur propre intĂ©rĂŞt et dans celui du reste du monde (…). D’oĂą l’idĂ©e d’un groupe non gouvernemental de rĂ©flexion et de proposition, une centaine d’hommes et de femmes – d’Etat comme d’affaires, de syndicat comme d’universitĂ© -, qui pourrait nous habituer Ă  travailler ensemble et Ă  mieux rĂ©concilier nos politiques. Un groupe qui a eu le bonheur de compter dans ses rangs des Français tels que Paul Delouvrier, Robert Marjolin, Raymond Barre, Simone Veil, François de Rose, Hubert VĂ©drine, parmi tant d’autres … (…). La TrilatĂ©rale a beaucoup fait en son temps pour nous rapprocher – nous AmĂ©ricains, EuropĂ©ens et Japonais (…). L’un de ses rejetons a Ă©tĂ© le groupe des Sept (le G-7)[1] » .

En fait, la TrilatĂ©rale Ĺ“uvre en faveur d’une gouvernance mondiale en procĂ©dant par Ă©tape. Ainsi, l’une d’entre elle consiste Ă  crĂ©er un bloc euro-atlantique unifiĂ© dans les domaines politiques, Ă©conomiques et militaires. Les personnes clefs Ă  la tĂŞte de cet institut le confirment aisĂ©ment. Le prĂ©sident de la TrilatĂ©rale Europe est l’Irlandais Peter Sutherland[2]. Outre son passage Ă  la tĂŞte de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), il est aussi le prĂ©sident europĂ©en d’un institut euro-amĂ©ricain ultra puissant oeuvrant en faveur d’une Union atlantique : le TPN (Transatlantic Policy Network, rĂ©seau politique transatlantique)[3]. Ce TPN soutenu par les grandes multinationales (Boeing, Michelin, Coca-Cola, Bertelsmann, Nestley, Microsoft, etc)[4] a affichĂ© clairement ses objectifs : la crĂ©ation d’un seul bloc atlantique Ă  l’horizon 2015[5]. Le rĂ´le de Peter Sutherland Ă  la tĂŞte de ces deux instituts est de mener Ă  bien cette ambition. Face Ă  ces objectifs, il n’est donc pas Ă©tonnant de relever le nom du vice-prĂ©sident de la TrilatĂ©rale Europe, HervĂ© de Carmoy[6]. En effet, ce dernier est l’auteur d’un ouvrage au titre explicite et rĂ©sumant la finalitĂ© du projet transatlantique, EuramĂ©rique[7].

Dans ce travail de fond, la TrilatĂ©rale ne laisse rien au hasard. En effet, lors des travaux Giscard en 2003/2004 en faveur d’une constitution europĂ©enne, le vĂ©ritable meneur fut l’Anglais Lord Kerr of Kinlochard, membre de la TrilatĂ©rale Europe. Ancien prĂ©sident de la sociĂ©tĂ© pĂ©trolière Shell, ancien ambassadeur aux Etats-Unis, il fut aussi le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Ă  la Convention europĂ©enne auprès de ValĂ©ry Giscard d’Estaing[8]. Une telle fonction est logique puisqu’il s’avère nĂ©cessaire de crĂ©er un pilier politique europĂ©en associĂ© au pilier nord-amĂ©ricain dans le but de donner naissance Ă  une Union atlantique. Cet idĂ©al Ă©tait dĂ©jĂ  affichĂ© par le Fondateur de la Paneurope, Richard de Coudenhove-Kalergi qui, dans un discours de 1950, appelait Ă  la naissance d’une « Union atlantique » aboutissant Ă  une « fĂ©dĂ©ration Ă  trois », « l’Angleterre faisant le pont entre l’Europe et l’AmĂ©rique »[9].

Ces informations soulignent l’importance de la TrilatĂ©rale. Son action doit ĂŞtre dĂ©noncĂ©e car elle participe Ă  la formation d’une gouvernance mondiale destructrice des nations et des traditions.

Pierre Hillard, pour Mecanopolis

Dernier ouvrage paru : La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance mondiale »

untitled

Notes :

[1] Le Figaro, 25 janvier 1999

[2] http://www.trilateral.org/memb.htm

[3] http://www.tpnonline.org/who.html

[4] http://www.tpnonline.org/business.html

[5] http://www.tpnonline.org/activities.html : voir “strategy to strenghten transatlantic partnership”. Ce travail a été présenté dans un ouvrage intitulé Deep Integration de Daniel Hamilton et Joseph Quinlan aux Editions Center for Transatlantic Relations.

[6] http://www.trilateral.org/membship/bios/hdc.htm

[7] Euramérique, Hervé de Carmoy, Editions PUF, 2007.

[8] http://www.trilateral.org/memb.htm La liste montre aussi que l’ancien ambassadeur français aux Etats-Unis, François Bujon de l’Estang, est membre de la Trilatérale.

[9] Voir notre livre La décomposition des nations européennes, aux Editions François-Xavier de Guibert, annexe 11.

mai 18 2009

La stratégie de Benoît XVI: « Une croisade pour le Nouvel Ordre Mondial »

Régis Mex, Mecanopolis

Suite aux divers Ă©vĂ©nements en provenance du Vatican, que ce soit la polĂ©mique autour des propos de BenoĂ®t XVI dĂ©courageant l’utilisation du prĂ©servatif ou son voyage auprès des communautĂ©s juives et musulmanes en Terre Sainte, il m’a paru intĂ©ressant de reprendre quelques informations visant Ă  cerner la stratĂ©gie du Vatican. Bien sĂ»r, il n’est aucunement dans mon intention de critiquer la religion en elle-mĂŞme, mais bien la politique (car c’est bien de cela qu’il s’agit) que mènent ses reprĂ©sentants par son biais.

croix-preservatif3

Christian Terras, catholique de 56 ans qui avait notamment dĂ©noncĂ© l’affaire des prĂŞtres pĂ©dophiles en Suisse, est le poil Ă  gratter du Vatican depuis maintenant 15 ans. Directeur de la revue progressiste «Golias», il explique ce qui sous-tend, selon lui, les propos de BenoĂ®t XVI:

« BenoĂ®t XVI propose un idĂ©al sectaire et totalitaire si l’on met en parallèle cette morale catholique en tant que telle et la situation africaine. Ce n’est malheureusement pas nouveau. L’an dernier, les ONG humanitaires catholiques ont Ă©tĂ© rĂ©unies Ă  Rome. Le Vatican voulait peser contre les campagnes qui font du prĂ©servatif un passage obligĂ©. Il faut lire cette volontĂ© dans le sens du message de BenoĂ®t XVI dans l’avion. Il ne veut pas tomber dans la mĂ©canisation Ă©thique du prĂ©servatif. »

3409248794_7857c359b0« Cela commence Ă  bien faire; depuis quatre ans, il y a une accumulation de gaffes. Sur les musulmans Ă  Ratisbonne, sur les Nazis Ă  Auschwitz, une «bande de criminels», sur les peuples d’AmĂ©rique du Sud qui n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©vangĂ©lisĂ©s de manière violente… Puis la levĂ©e des excommunications des Lefebvristes, en janvier dernier, dont le nĂ©gationniste Williamson, et enfin l’excommunication par un prĂ©lat brĂ©silien d’une mère qui a fait avorter sa fille de 9 ans, violĂ©e par son beau-père et enceinte de lui, qu’il a approuvĂ©… »

« Il y a autre chose derrière l’irresponsabilitĂ© de ces dĂ©clarations. Il agit en fait dans le cadre d’une stratĂ©gie concertĂ©e. Il est en croisade pour un nouvel ordre mondial. Une croisade contre ce que BenoĂ®t XVI appelle le relativisme, une stratĂ©gie concertĂ©e contre le monde moderne et ses Ă©volutions en matière de famille, de bioĂ©thique, de santĂ© (le dĂ©bat sur l’euthanasie). Or, BenoĂ®t XVI n’a de cesse de remonter le temps, d’instrumentaliser la tradition chrĂ©tienne, la loi naturelle et Saint Thomas d’Aquin par exemple. Depuis plusieurs dĂ©cennies, les mĂ©decins chrĂ©tiens avaient commencĂ© Ă  faire bouger les lignes sur le prĂ©servatif. Un certain nombre d’Ă©vĂŞques avaient fait montre de pragmatisme: si le prĂ©servatif peut permettre de sauver des vies, bon… Mais Josef Ratzinger, lorsqu’il Ă©tait prĂ©fet de la congrĂ©gation et garant de l’orthodoxie romaine, avait mis Ă  mal ce travail progressiste, en faisant condamner 1.000 thĂ©ologiens, dont 200 thĂ©ologiens moralistes selon mes recherches. L’Eglise a laminĂ© toute la pensĂ©e thĂ©ologique qui travaillait sur une nouvelle morale catholique moderne et adaptĂ©e, en prenant en compte les progrès de la science, de l’anthropologie, le statut de la femme. C’est une stratĂ©gie suicidaire, je pense qu’il est dangereux. »

Les propos polĂ©miques sur l’usage du prĂ©servatif font donc partie, en fait, d’une stratĂ©gie de communication qui vise une certaine fortification de l’identitĂ© de l’Église, une certaine radicalisation. Ce qui est paradoxal, c’est l’ouverture que semble pourtant pĂ©riodiquement accorder BenoĂ®t XVI aux autres religions. Lors de son voyage en Jordanie, le Pape a effectivement prĂ©cisĂ© : « Nous pouvons dire que ces prĂ©cieuses initiatives ont obtenu de bons rĂ©sultats en favorisant la promotion d’une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman mettant en Ă©chec les prĂ©dications de ceux qui considèrent inĂ©vitables la violence et les conflits.» Il est indiscutable qu’Ă  l’heure oĂą les tensions entre communautĂ©s judĂ©o-chrĂ©tiennes et musulmanes sont grandes, l’initiative de BenoĂ®t XVI va dans le bon sens puisqu’elle s’inscrit dans la recherche d’une rĂ©conciliation. Cependant, il pourrait se cacher quelque chose de moins noble derrière cette volontĂ© de promouvoir « une alliance des civilisations entre l’Occident et le monde musulman ». Dans ces temps de mondialisme effrĂ©nĂ©, il n’est pas impossible que le mot « alliance » soit lourd de nuances. Pour se faire une meilleure idĂ©e sur la portĂ©e de ce terme, il faut se rĂ©fĂ©rer Ă  un extrait d’un ancien discours de NoĂ«l du Pape:

Le 24 dĂ©cembre 2005, BenoĂ®t XVI a dĂ©livrĂ© son message de NoĂ«l : « La force vivifiante de sa lumière (de Dieu) t’encourage Ă  t’engager dans l’Ă©dification d’un Nouvel Ordre Mondial, fondĂ© sur de justes relations Ă©thiques et Ă©conomiques. Que son amour guide les peuples et Ă©claire leur conscience commune d’ĂŞtre une famille appelĂ©e Ă  construire des relations de confiance et de soutien mutuel. L’humanitĂ© unie pourra affronter les problèmes nombreux et prĂ©occupants du monde prĂ©sent.»

Les propos du supĂ©rieur gĂ©nĂ©ral de l’Ordre des JĂ©suites, surnommĂ© le « Pape Noir », Peter-Hans Kolvenbach, n’en sont pas moins intriguants. Dans un discours tenu en 1997, ce prince de l’Église a rĂ©affirmĂ© la nĂ©cessitĂ© de l’unitĂ© dans des termes proches de l’ĂŠtre suprĂŞme : « L’homme de foi est intimement convaincu que l’histoire de l’union humaine peut ĂŞtre Ă©crite en collaboration avec le Seigneur de l’Histoire. L’Ă©chec de la tour de Babel n’est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phĂ©nomène pentecostal oĂą chacun, avec ses particularitĂ©s, se fait communion avec l’esprit.»

Mais les propensions de l’Église envers le Nouvel Ordre Mondial ne s’arrĂŞtent pas lĂ . Le rapport aux Ă©vĂŞques de la COMECE (Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne) intitulĂ© « Gouvernance mondiale: Notre responsabilitĂ© pour que la mondialisation devienne une opportunitĂ© pour tous», contient, entre autre, les lignes suivantes:

« Nous accueillons chaleureusement ce rapport, plus particulièrement, au nom de la Commission des Episcopats de la CommunautĂ© europĂ©enne (COMECE) dont la tâche est de surveiller et de commenter la politique de l’Union europĂ©enne. Une conclusion clĂ© du texte suivant est que l’UE, Ă©tant donnĂ© sa genèse, son architecture, la comprĂ©hension qu’elle a d’elle-mĂŞme, ainsi que ses responsabilitĂ©s dans des domaines politiques comme le commerce, la concurrence et la coopĂ©ration au dĂ©veloppement, a un rĂ´le crucial Ă  jouer dans la transformation de l’ordre international existant en un système de gouvernance mondiale . Nous considĂ©rons que l’Union europĂ©enne est un modèle pionnier d’intĂ©gration rĂ©gionale et qu’elle constitue un exemple pour l’avenir de la gouvernance dans de nombreuses autres rĂ©gions du monde, malgrĂ© son expĂ©rience encore naissante et donc, contingente, dans certains domaines politiques. Nous espĂ©rons que ce rapport contribuera Ă©galement Ă  ranimer la rĂ©flexion et le dĂ©bat public sur la signification profonde de l’intĂ©gration europĂ©enne.»

« Les Ă©conomies ouvertes ne tiendront pas sans la volontĂ© des Etats de s’ouvrir Ă©galement sur le plan politique. Dans un monde marquĂ© par une interdĂ©pendance croissante, l’Union europĂ©enne est un exemple unique et convaincant d’un système de gouvernance basĂ© sur la coopĂ©ration politique supranationale et multilatĂ©rale. En outre, la volontĂ© politique d’aboutir Ă  un système de gouvernance mondiale et de le maintenir doit ĂŞtre soutenue par des convictions et des valeurs fermes.»

« L’ implication des Eglises et des autres communautĂ©s religieuses, des ONG et des entreprises privĂ©es, ainsi que des Etats et des blocs rĂ©gionaux dans la gouvernance mondiale: Les Eglises et les autres religions peuvent s’informer et informer leurs fidèles sur les dĂ©fis globaux et les encourager Ă  prendre leurs responsabilitĂ©s. Les problèmes de la gouvernance mondiale doivent ĂŞtre inclus dans des programmes d’enseignement et de catĂ©chèse. Les Eglises pourraient faire du thème de la gouvernance mondiale un sujet de dialogue oecumĂ©nique et interreligieux. Au sein de l’Eglise catholique, par exemple, le rĂ©seau d’universitĂ©s, les commissions â€Justice et Paix’ et les «Semaines sociales» pourraient ĂŞtre une ressource Ă  utiliser fidèles Ă  leurs mandats initiaux pour contrĂ´ler et analyser les dĂ©veloppements.»

Ă la lumière de ceci, les motivations mondialistes de l’Église nous apparaissent clairement, tout comme le fait que cette mĂŞme Église outrepasse le cadre purement spirituel dans lequel son pouvoir est censĂ© ĂŞtre restreint pour s’immiscer dans le domaine temporel, politique. Parmi les plus influentes personnalitĂ©s du Vatican règne donc une corruption manifeste, qui explique sans doute pourquoi les Ă©lites ecclĂ©siastiques oeuvrent de temps Ă  autres pour le rapprochement des communautĂ©s, et le reste du temps Ă  la solidification de leur identitĂ© propre. En effet, en ce qui concerne la radicalisation du christianisme, BenoĂ®t XVI mènerait sa propre politique, et serait influencĂ© par les pressions politiques qui sont exercĂ©es au sein du Vatican de sorte Ă  appuyer le mondialisme de temps Ă  autre, en donnant Ă  ce courant une touche religieuse qui permet de le faire d’autant mieux passer dans les pensĂ©es des croyants qui seront plus enclins Ă  considĂ©rer le mondialisme comme une bonne chose, voire Ă  le rendre inconsciemment acceptable au plus grand nombre, c’est-Ă -dire Ă  ceux qui ne sont de toute façon pas conscients de ce que reprĂ©sentent les dĂ©clarations du Pape sur le Nouvel Ordre Mondial.

En outre, bien que cela ne soit pas directement liĂ©, il n’est pas impossible que certains des reprĂ©sentants de notre Ă©lite occidentale veuillent encourager des mesures, dans les pays musulmans corrompus et dĂ©sireux de satisfaire les volontĂ©s de l’axe amĂ©ricano-europĂ©en, qui puissent rendre peu Ă  peu l’Islam assimilable Ă  l’esprit de consommation, tout comme le concile de Vatican II y avait contribuĂ© vis-Ă -vis du christianisme. En attestent les propos de Ralph Peters, auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratĂ©gie et des relations internationales:

« Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et MĂ©dine Ă©taient dirigĂ©s par un Conseil reprĂ©sentatif tournant issu des principales Ă©coles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un État sacrĂ© islamique – une sorte de super Vatican musulman – oĂą l’avenir de la foi serait dĂ©battu au lieu d’ĂŞtre arbitrairement fixĂ©. » Soit une sorte d’Islam des Lumières Ă©laborĂ© au cĹ“ur de cet État sacrĂ© islamique qui permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils Ă©pousent pleinement la philosophie mondialiste.

D’autres Ă©lĂ©ments contribuent Ă  renforcer le rĂ´le de la religion chrĂ©tienne en l’utilisant Ă  des fins politiques. Les actions en ce sens de Nicolas Sarkozy sont particulièrement connues parce qu’elles sont en dĂ©saccord avec le statut laĂŻc de la France.

On ne peut effectivement s’empĂŞcher de penser que la croyance et l’espĂ©rance, dont Nicolas Sarkozy parle benoit-xvi-21avec constance, sont prĂ©cisĂ©ment les sentiments qu’il voudrait inspirer aux Français. « Pas de pouvoir sans croyance », disait Paul ValĂ©ry. L’exposition sans retenue de ses interrogations mĂ©taphysiques procède aussi de cette logique-lĂ . Qu’importent la rĂ©alitĂ© et ses contraintes, qu’importent les vicissitudes de l’action politique quand il suffit de croire. A cette logique, Ă  laquelle les AmĂ©ricains sont habituĂ©s depuis longtemps, Nicolas Sarkozy voudrait accoutumer les Français.

Il a dĂ©taillĂ© ses convictions dans un livre, la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance » , paru en 2004, ouvrage qui s’insère dans une bibliographie dont les titres ont un Ă©trange parfum d’encyclique ou de prĂŞche Ă©sotĂ©rique : « Ensemble », « TĂ©moignage libre », « Au bout de la passion : l’Ă©quilibre ». Et s’il est vrai qu’un responsable politique Ă©crit gĂ©nĂ©ralement la biographie d’hommes auxquels il voudrait secrètement qu’on le compare, alors le titre de son ouvrage sur Georges Mandel, « Le Moine de la politique », laisse songeur.

Dès les premières pages de la RĂ©publique, tout est dit : « Je considère que, toutes ces dernières annĂ©es, on a surestimĂ© l’importance des questions sociologiques, tandis que le fait religieux et la question spirituelle ont Ă©tĂ© très largement sous-estimĂ©es.» On remarquera, en outre, que cette phrase opère un Ă©tonnant rapprochement entre le fait religieux, phĂ©nomène social qui ressort de la sphère publique, et la question spirituelle, en principe exclusivement privĂ©e, elle.

Explication de texte, par l’auteur : « Le fait religieux est un Ă©lĂ©ment primordial en ce qu’il inscrit la vie dans un processus qui ne s’arrĂŞte pas avec la mort. C’est pourquoi je n’ai pas une conception sectaire de la laĂŻcitĂ©. Pas mĂŞme la vision d’une laĂŻcitĂ© indiffĂ©rente. Je crois au besoin religieux pour la majoritĂ© des femmes et des hommes de notre siècle. La place de la religion dans la France de ce dĂ©but de troisième millĂ©naire est centrale. »

Il faut Ă©voquer la rĂ©ception, en grande pompe, au ministère des Finances, de l’acteur Tom Cruise, dont personne n’ignorait alors qu’il Ă©tait le porte-parole de la scientologie.

Il faut lire Sarkozy, toujours dans la « RĂ©publique, les Religions, l’EspĂ©rance », lorsqu’il reconnaĂ®t « la lĂ©gitimitĂ© de certaines des nouvelles religiositĂ©s », estimant que le mot secte « est parfois utilisĂ© abusivement contre des mouvements spirituels nouveaux ». Nouveau mouvement spirituel, ce qualificatif est prĂ©cisĂ©ment celui dont se rĂ©clame la scientologie, secte pourtant parmi les plus dangereuses, aux dires mĂŞme des pouvoirs publics. Il est vrai, comme l’exprimera Nicolas Sarkozy, que les « sectaires » sont les autres, ceux qui ont fait de la laĂŻcitĂ© une « laĂŻcitĂ© de combat ». InquiĂ©tant dĂ©voiement du sens des mots.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis.

mai 12 2009

La prise de l’Internet sera bientĂ´t dĂ©branchĂ©e

Mecanopolis

L’Internet est le dernier vrai avant-poste de liberté d’expression qui résiste encore à la régulation, mais des projets sont en cours pour étouffer, contrôler et éventuellement tirer la prise du monde du web tel que nous le connaissons. Ces menaces ne sont pas plus cachées qu’elles ne sont difficiles à deviner et encore un nombre signifiant d’utilisateurs d’Internet reste naïf quant à cette possibilité.

censorship

En dépit de nombreux questionnements sur l’authenticité d’un rapport qui affirmait que les FAI s’étaient décidés à restreindre l’Internet à une sorte de modèle d’abonnement TV, où les utilisateurs seraint forcés de payer pour visiter des sites sélectionnés d’ici 2012, alors que les autres seraient bloqués, la marche vers la régulation du web est claire et documentée.

Nous avons été prévenus du plan qui consiste à laisser le vieil Internet mourir et le remplacer par Internet 2, restreint et contrôlé. En 2006, nous avons publié un article à propos de comment le RIAA était en train d’essayer d’élargir les distinctions de propriété intellectuelle jusqu’à un point où celles qui sont liées à un certain contenu extérieur seront jugées comme une infraction des droits de copyright.

À l’époque, l’article rencontrait des réponses partagées. Beaucoup étaient conscients des dangers imminents qui menacent de changer la face de l’Internet mais d’autres étaient plus hostiles à la possibilité que le World Wide Web (WWW) puisse être dévasté par un cas d’extension des bornes du copyright, aidant les plans de développement d’un « Internet 2 ».

Ce danger était aussi reporté par l’un des plus grands sites anglais de nouvelles sur la technologie, « The Inquirer », qui a surligné l’inquiétant développement de ces plans dans un article intitulé « Le RIAA veut la fermeture d’Internet.».

L’argument du RIAA était Tenise Barker, inculpé pour avoir téléchargé des fichiers musicaux et les avoir rendu disponibles à la distribution en les plaçant dans un fichier partagé. Malgré le fait que Barker avait payé pour ces fichiers et les avait donc téléchargé légalement, de même que les fichiers n’avaient été copiés par personne, les conditions du RIAA stipulaient que le simple fait de rendre ces fichiers disponibles au téléchargement gratuit constituait une infraction du copyright.

Comme Beckerman l’a fait remarquer, Internet entier n’est rien de plus qu’un rĂ©seau gĂ©ant d’hyperliens rendant les fichiers « disponibles » pour les autres personnes. Si nous redirigeons nos lecteurs vers CNN.com, nous faisons que le fichier qui constitue la page d’accueil de CNN soit « disponible » pour d’autres internautes. Nous ne possĂ©dons pas le copyright pour un quelconque matĂ©riel de CNN que ce soit, donc si l’argument de la RIAA est acceptĂ©, en faisant simplement apparaĂ®tre un lien de redirection vers CNN depuis notre site, mĂŞme si personne ne clique dessus, nous commettons une entorse au copyright.

Dans aucun point de notre article nous ne suggĂ©rons que le jugement dĂ©finitif dĂ©truirait l’Internet; soulignons en effet que ce serait un meurtre sanglant pour des centaines d’entreprises internationales comme Amazon.com qui se fient exclusivement au commerce par l’Internet. Mais le dĂ©rapage le plus probable serait le passage Ă  un Internet strictement rĂ©gulĂ© oĂą la permission du gouvernement serait nĂ©cessaire pour ouvrir un site web, et oĂą ce site web serait sujet Ă  la censure et Ă  la suppression si il violait les « termes d’utilisation ».

Cela ne devrait causer aucun problème aux géantes entreprises transnationales, car leurs sites webs resteraient accessibles pour tout le monde. Mais pour des milliers de sites et blogs politiques, la prise pourrait effectivement être débranchée.

Après un long combat lĂ©gal, Elektra vs Barker a Ă©tĂ© tranchĂ© largement en la faveur d’Elektra, après qu’un juge fĂ©dĂ©ral ait essentiellement validĂ© la position du RIAA, comme quoi avoir des chansons disponibles dans un dossier de partage KaZaA violait le droit de distribution sous la loi du copyright.

L’exemple que nous pourrions donner ce que serait la vie sous « Internet 2″ serait qu’ouvrir un blog serait comme avoir un compte YouTube: toute connotation politique ou information controversĂ©e que les propriĂ©taires n’apprĂ©cieraient pas serait immĂ©diatement supprimĂ©e comme cela arrive frĂ©quemment sur YouTube.

De plus, le dĂ©rapage vers un Internet sous licence qui sera vendu en jouant sur la peur de l’identification et de la fraude sur les cartes de crĂ©dit pourrait mener Ă  un scan biomĂ©trique obligatoire d’un pouce ou d’un doigt pour accĂ©der au web.

C’est Ă  peine une production de l’imagination, depuis que de nombreux services publics et fonctions de notre sociĂ©tĂ© ne sont de plus en plus accessibles qu’Ă  condition de fournir une certaine forme d’information biomĂ©trique. Les « Credit passes » pour les voyages, les « ATM terminals » et l’accès Ă  des parks Ă  thème comme Disneyland sont quelques exemples des nombreux services que nous utilisons et qui se dĂ©placent vers une identification biomĂ©trique obligatoire.

De plus, Pay By Touch Online et d’autres compagnies ont dĂ©jĂ  dĂ©veloppĂ© et lancĂ© un clavier biomĂ©trique qui requiert que les utilisateurs soumettent leur marque biomĂ©trique (par le scan des empreintes digitales des doigts) avant de pouvoir accĂ©der Ă  l’Internet ou acheter en ligne.

Occultant le dĂ©bat Ă  propos de la neutralitĂ© du net, il est prĂ©vu que l’Internet 2 remplace l’ancien, ce qui sera permis par l’auto-destruction de ce dernier par un ralentissement exponentiel de l’Internet par les FAI, de sorte Ă  ce que les utilisateurs migrent vers les seuls services convenables qu’on leur propose, que ces derniers soient rendus disponibles par le mĂŞme FAI ou par un autre avec lequel il aurait des intĂ©rĂŞts communs. Une loi dĂ©finissant la neutralitĂ© du net pourrait Ă©viter cela, mais le Congrès amĂ©ricain n’a pas estimĂ© que cette notion Ă©tait suffisamment importante pour qu’elle soit lĂ©galisĂ©e.

Il y a plus de deux ans, dans un article intitulĂ© « La fin de l’Internet ? », « The Nation Magazine » reportait:

« Les plus grandes compagnies de cable et de tĂ©lĂ©phone de la nation sont en train de fabriquer un inquiĂ©tant nombre de stratĂ©gies qui transformerait le libre, l’ouvert et le non-discriminatoire Internet d’aujourd’hui en un service privatisĂ© et flĂ©tri qui impliquerait une taxe pour tout ce que nous faisons virtuellement. »

« Verizon, Comcast, Bell South et d’autres gĂ©ants de la communication dĂ©veloppent des stratĂ©gies qui traqueraient et stockeraient les informations sur nos moindres actes dans le monde virtuel dans une vaste collection de donnĂ©es faisant le jeu du système de marketing; de quoi rivaliser d’envergure avec la National Security Agency. D’après les journaux non-alignĂ©s circulant sur le cable, les industries de tĂ©lĂ©phone et de tĂ©lĂ©communications et les entreprises qui ont les poches les plus remplies – corporations, groupes aux intĂ©rĂŞts spĂ©cifiques et annonceurs majeurs – obtiendraient un traitement de faveur. Le contenu venant de ces fournisseurs aurait la prioritĂ© sur nos Ă©crans d’ordinateurs et de tĂ©lĂ©visions, pendant que l’information considĂ©rĂ©e comme indĂ©sirable, comme les communications de peer-to-peer, pourrait ĂŞtre ralentie ou tout simplement dĂ©truite. »

Internet 2 est prĂ©sentĂ© comme la prochaine gĂ©nĂ©ration du « World Wide Web », et a dĂ©jĂ  Ă  son actif des records de vitesse globale en termes de transfert de donnĂ©es, dĂ©passant de loin le vieux Internet. (Informations complĂ©mentaires Ă  ce sujet ici RĂ©seaux-TĂ©lĂ©coms et lĂ  InternetNews)

Un des pères de l’Internet, David Clarck, qui servit d’architecte principal du protocole pour l’initiative du dĂ©veloppement de l’Internet par le gouvernement amĂ©ricain dans les annĂ©es 1980, a reçu 200.000$ par la Nation Science Foundation pour travailler sur une « infrastructure entièrement nouvelle pour remplacer le rĂ©seau global d’aujourd’hui », d’après le Wired Magazine.

Clark a prĂŞtĂ© serment de crĂ©er un « nouveau monde valeureux », ce de quoi il qualifie le nouvel Internet, prĂ©cisant que ce qu’il voulait pour le nouveau rĂ©seau est « une architecture cohĂ©rente de sĂ©curitĂ© ».

Concordant avec la mise en place d’Internet 2, les campagnes de propagande gouvernementales pour dĂ©moniser l’Internet existant comme un encouragement sauvage pour le crime haineux, la pornographie infantile et le recrutement de terroristes se font de plus en plus prĂ©sentes.

La stratĂ©gie dĂ©classifiĂ©e rĂ©cemment de la Maison Blanche pour « gagner la guerre contre la terreur » cible les thĂ©ories de conspiration venant d’Internet comme un terreau fertile pour le recrutement de terroristes et menace de « diminuer » leur influence.

En plus, le Pentagon a annoncĂ© rĂ©cemment son effort d’infiltrer l’Internet et de faire de la propagande pour la « guerre contre la terreur ».

Dans un discours d’octobre 2006, le directeur du Homeland Security, Michael Chertoff, identifiait le web comme un « camp d’entraĂ®nement de terroristes », Ă  travers lequel « divers gens vivant aux États-Unis » dĂ©veloppent « des idĂ©ologies radicales et potentiellement des actes violents ».

L’Union EuropĂ©enne a elle aussi promis de faire taire les « terroristes » qui utilisent l’Internet pour rĂ©pandre leur propagande.

Les dangers pour la libertĂ© et l’existence de l’Internet tel que nous le connaissons ne sont tous que trop rĂ©els, et le seul moyen de contrer ces dĂ©veloppements est d’agir et de faire circuler le mot. Cacher simplement nos tĂŞtes dans le sable et ĂŞtre lâches et naĂŻfs par rapport Ă  la menace ne fera qu’aider ceux qui espèrent voir le dernier rempart de la libertĂ© d’expression s’Ă©crouler pour toujours.

Source: PrisonPlanet, traduit de l’anglais par RĂ©gis Mex, pour Mecanopolis.

Cet article est Ă  mettre en rapport avec l’analyse sur la loi Hadopi que nous avons publiĂ© rĂ©cemment, notamment avec le fait que la libertĂ© qui règne sur Internet cause des millions de dollars de pertes par an aux mĂ©dias alignĂ©s.

mai 08 2009

« La loi Hadopi est un pas de plus vers la dégradation des libertés individuelles »

La loi Hadopi, rebaptisĂ©e « Loi CrĂ©ation et Internet », prĂ©voit de mettre en place une Haute AutoritĂ© chargĂ©e d’avertir d’abord et de sanctionner ensuite les internautes qui ne respecteraient pas les droits d’auteur sur Internet. La prĂ©vention consistera en deux avertissements, et la punition en un retrait de l’accès internet au troisième tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal d’un contenu sous licence. Pourquoi, cependant, le gouvernement français dĂ©sire t-il si ardemment remplacer la loi actuelle (qui incombe Ă  une personne jugĂ©e coupable de tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal une peine de 3 ans de prison et 300 000€ d’amende, dans le plus extrĂŞme des cas), par cette loi Hadopi rejetĂ©e Ă  l’unanimitĂ© par le Parlement le jeudi 9 avril 2009, puis ressuscitĂ©e et en voie d’ĂŞtre votĂ©e le 12 mai prochain ? Ne se cacherait-il pas, comme souvent, quelque chose d’autrement plus dangereux pour les libertĂ©s individuelles derrière cette mesure apparemment anodine ? Il semblerait que si…

denoncer1

Commençons à développer le sujet avec un article du site Numerama :

« Numerama liste 10 raisons non exhaustives pour lesquelles il est impĂ©ratif de rejeter la loi Hadopi:

1. Elle ne vise pas les pirates !

La loi ne sanctionne pas le fait de tĂ©lĂ©charger ou de mettre Ă  disposition sans autorisation des oeuvres protĂ©gĂ©es par le droit d’auteur. Elle crĂ©e en fait un nouveau dĂ©lit, le « fait, pour la personne titulaire d’un accès Ă  des services de communication au public en ligne (un accès Ă  Internet, ndlr), de ne pas veiller, de manière rĂ©pĂ©tĂ©e, Ă  ce que cet accès ne fasse pas l’objet d’une utilisation Ă  des fins de reproduction, de reprĂ©sentation, de mise Ă  disposition ou de communication au public d’oeuvres ou d’objets protĂ©gĂ©s par un droit d’auteur ou par un droit voisin sans l’autorisation des titulaires de droits lorsqu’elle est requise ». Or pour vĂ©rifier que l’abonnĂ© n’a pas « veillĂ© » Ă  ce que son accès ne soit pas utilisĂ© pour pirater, la Haute AutoritĂ© ne pourra s’en remettre qu’Ă  une seule prĂ©somption : le fait que l’accès a Ă©tĂ© en fait utilisĂ© pour pirater. Peu importe que ça soit par l’abonnĂ© lui-mĂŞme ou par ses enfants, son ex-compagne ou un voisin de passage. La loi crĂ©e donc une responsabilitĂ© du fait d’autrui qui serait une première dans le système juridique français. L’article 1384 du code civil prĂ©voit bien la responsabilitĂ© du fait d’autrui, mais uniquement dans des cas oĂą le tiers coupable est jugĂ© incapable (les mineurs par exemple), ou est placĂ© dans une situation de subordination par rapport Ă  son responsable.

2. Elle crée une présomption irréfragable de culpabilité

La loi impose aux abonnĂ©s Ă  Internet de protĂ©ger leur accès Ă  Internet, par exemple en utilisant les moyens de filtrage proposĂ©s par leurs FAI, et dont la liste sera communiquĂ©e par la Haute AutoritĂ©. Mais comment un abonnĂ© qui a mis ces moyens de filtrage en place pourra-t-il prouver sa bonne foi s’il est accusĂ© du contraire ? Comment prouver qu’Ă  une heure donnĂ©e, un jour donnĂ©, le mĂ©canisme de filtrage Ă©tait bien activĂ© sur l’ordinateur de l’accusĂ© ? Ca n’est plus la prĂ©somption d’innocence qui prĂ©side, mais une prĂ©somption de culpabilitĂ© qui ne pourra en aucun cas ĂŞtre renversĂ©e. La loi Hadopi bafoue les droits de la dĂ©fense en feignant d’ignorer que ces droits, dans les faits, ne pourront jamais ĂŞtre exercĂ©s.

3. Elle est déjà obsolète.

Puisqu’il n’est techniquement possible que de trouver l’adresse IP de ceux qui partagent les oeuvres et non de ceux qui les tĂ©lĂ©chargent depuis des serveurs distants, le projet de loi Hadopi ne vise de fait que le P2P dans son dispositif. Or aujourd’hui le piratage se produit au moins autant sur les serveurs de newsgroups et les sites de tĂ©lĂ©chargements et de stockage comme RapidShare, dont les utilisateurs sont mis Ă  l’abri de toute procĂ©dure. De plus, les nouvelles gĂ©nĂ©rations de rĂ©seaux P2P sont conçues de façon Ă  masquer l’adresse IP des utilisateurs qui partagent des fichiers, ou Ă  ne pas pouvoir associer de façon certaine une adresse IP Ă  un contenu partagĂ©. Sachant qu’il est toujours politiquement beaucoup plus facile de crĂ©er une AutoritĂ© administrative que d’en dĂ©manteler une, est-il utile d’aggraver la charge publique par une Ă©nième Haute AutoritĂ© qui sera très rapidement incapable de travailler, ou de façon tellement anecdotique que son efficacitĂ© sera nulle ?

4. Elle interdit même le P2P légal.

Il n’existe et ne peut exister aucune base de donnĂ©es des oeuvres protĂ©gĂ©es par les droits d’auteurs. Donc le père de famille qui veut sĂ©curiser son accès Ă  Internet conformĂ©ment aux obligations disposĂ©es par la loi Hadopi devra bloquer l’ensemble du P2P sur sa ligne, car aucun filtre ne pourra bloquer uniquement les tĂ©lĂ©chargements et uploads d’oeuvres protĂ©gĂ©es. De fait, c’est donc l’ensemble du P2P lĂ©gal qui est mis au banc par le projet de loi. Il y a fort Ă  parier qu’en plus, les FAI qui devront communiquer une liste d’outils de filtrages « efficaces » proposeront des outils qui bloquent automatiquement tous les logiciels d’Ă©change comme eMule, BitTorrent et consorts.

5. Elle nécessite un fichage contraire à la jurisprudence de la CNIL

Pour mettre en oeuvre la riposte graduĂ©e, la Haute AutoritĂ© devra connaĂ®tre l’historique des Ă©ventuels messages d’avertissement envoyĂ©s auparavant aux abonnĂ©s. Elle doit donc conserver les donnĂ©es d’infraction pendant une pĂ©riode longue. Si l’abonnĂ© est sanctionnĂ© par la suspension de son abonnement Ă  Internet, son nom doit ĂŞtre inscrit pendant un an dans un registre communiquĂ© aux fournisseurs d’accès Ă  Internet, qui ont l’obligation de le consulter avant toute ouverture d’accès. Si le nom du client y figure, l’abonnĂ© ne peut pas s’inscrire. Or par le passĂ©, la CNIL n’a autorisĂ© ce type de fichage qu’Ă  la condition expresse que le nom de la personne soit retirĂ© dès lors que le dommage qu’il a causĂ© est rĂ©parĂ© (un remboursement d’impayĂ© pour ĂŞtre retirĂ© du fichage de la Banque de France, par exemple). Or ici, le fichage reste actif pendant un an, sans que l’abonnĂ© n’ait la possibilitĂ© de mettre fin au dommage qu’il a causĂ© par sa nĂ©gligence.
On notera aussi que la conservation des donnĂ©es qu’implique la mise en oeuvre de la riposte graduĂ©e est Ă©quivalente Ă  celle imposĂ©e aux FAI pour les besoins de la lutte contre le terrorisme. De quoi se poser des questions sur la proportionnalitĂ© du mĂ©canisme au but poursuivi.

6. Elle crée une justice à deux vitesses, selon que vous serez puissant ou misérable.

La Haute AutoritĂ© chargĂ©e de mettre en oeuvre la riposte graduĂ©e avertira et sanctionnera les internautes qui ont partagĂ© illĂ©galement des oeuvres protĂ©gĂ©es par le droit d’auteur. Mais quelles oeuvres ? Elle n’agira que sur la base de relevĂ©s effectuĂ©s par les ayant droits eux-mĂŞmes, c’est-Ă -dire par ceux qui ont la puissance financière pour effectuer un contrĂ´le et un relevĂ© des adresses IP sur Internet pour protĂ©ger leurs oeuvres. En clair, les majors du disque et du cinĂ©ma. Les petits labels ou les artistes indĂ©pendants seront de fait exclu du mĂ©canisme de dĂ©fense de leurs droits prĂ©vu par la loi Hadopi, quand bien mĂŞme leurs oeuvres seraient piratĂ©es massivement.

7. Elle encourage la politique de l’autruche.

Il suffit de regarder le contenu des accords de l’ElysĂ©e pour voir que les industries culturelles estiment qu’elles n’ont pas Ă  amĂ©liorer l’attractivitĂ© de leurs offres lĂ©gales tant que la riposte graduĂ©e prĂ©vue par la loi Hadopi n’est pas effective. C’est-Ă -dire, au mieux, pas avant le premier trimestre 2009. Et encore, en fait, bien après, puisque l’accord prĂ©voit un dĂ©lai d’un an Ă  compter de la mise en oeuvre effective de la riposte graduĂ©e. Au moins si la loi Hadopi Ă©tait rejetĂ©e, les industries culturelles se dĂ©cideraient peut-ĂŞtre enfin Ă  se donner un grand coup de pied dans le derrière pour proposer aux consommateurs ce qu’ils attendent. C’est la base de tout commerce.

8. Elle a Ă©tĂ© jugĂ©e contraire aux droits de l’Homme par le Parlement EuropĂ©en

Comment, alors qu’elle sera prĂ©sidente de l’Union EuropĂ©enne, la France peut-elle ignorer une sanction aussi lourde du Parlement europĂ©en ? Le 10 avril 2008, les eurodĂ©putĂ©s ont votĂ© une rĂ©solution qui « invite la Commission et les États membres Ă  Ă©viter de prendre des mesures qui entrent en contradiction avec les libertĂ©s civiques et les droits de l’homme et avec les principes de proportionnalitĂ©, d’efficacitĂ© et de dissuasion, telles que l’interruption de l’accès Ă  l’Internet. »

9. Elle ne sera pas plus efficace que la loi DADVSI votée il y a trois ans.

Nulle part au monde les tentatives de dissuasion et de rĂ©pression n’ont fait baisser le nombre de contenus piratĂ©s et surtout n’ont fait grimper le nombre de CD et DVD vendus. Dix ans après l’arrivĂ©e de Napster, il est peut-ĂŞtre temps de changer enfin de stratĂ©gie.

10. Elle coĂ»tera extrĂŞmement cher Ă  mettre en oeuvre pour l’Etat

Lors des Assises du numĂ©rique, le prĂ©sident de l’AutoritĂ© de RĂ©gulation des Mesures Techniques et probable futur prĂ©sident de l’Hadopi s’est dit prĂŞt Ă  mettre en place « un processus de traitement automatisĂ© permettant l’envoi de 10 000 messages d’avertissements par jour ». 10.000 messages par jours, ce sont 3,65 millions de messages par an. Pour les envoyer, il faut connaĂ®tre l’adresse IP de l’abonnĂ©, et demander l’adresse e-mail correspondante au FAI. L’arrĂŞtĂ© du 22 aoĂ»t 2006 pris en application de l’article R. 213-1 du code de procĂ©dure pĂ©nale prĂ©voit que l’identification d’un abonnĂ© ADSL et de son fournisseur d’accès internet donne lieu Ă  une indemnitĂ© forfaitaire de 8,50 euro par IP. Soit un coĂ»t global de 31 millions d’euros par an, auquel doivent s’ajouter les frais postaux d’envois de lettres en recommandĂ© exigĂ©es au minimum lors du deuxième avertissement, les frais de relevĂ©s des infractions, les frais de conservation des donnĂ©es, et les frais de fonctionnement administratifs de la Haute AutoritĂ©.
Pour que l’Hadopi ne creuse pas le dĂ©ficit budgĂ©taire de l’Etat, elle devra donc gĂ©nĂ©rer en retour au moins 31 millions d’euros de recettes fiscales chaque annĂ©e par l’augmentation supposĂ©e des ventes sur les plateformes lĂ©gales. Rapide calcul. Un MP3 vendu 0,99 euros sur Internet rapporte Ă  l’Etat 16 centimes d’euros de TVA. Pour aller Ă  l’Ă©quilibre, il faudrait que les Français achètent environ 194 millions de titres par an en plus de ceux qu’ils achètent dĂ©jĂ  – ce qui suppose au passage qu’ils n’achètent pas sur iTunes, oĂą la TVA bĂ©nĂ©ficie au Luxembourg. A titre de comparaison, les ventes de musique sur Internet en France au premier trimestre 2008 ont rapportĂ© Ă  l’industrie moins de 7 millions d’euros HT. On veut bien croire en faisant un effort Ă  une augmentation des ventes consĂ©cutive Ă  l’adoption de la loi Hadopi, mais Ă  ce point ? »

Le site Generation-nt nous dit ceci:

« Le projet de loi CrĂ©ation et Internet continue de faire polĂ©mique sur la Toile. L’association April marque une nouvelle fois son dĂ©saccord et parle du mouchard filtrant propriĂ©taire de l’Hadopi qui de surcroĂ®t menace le logiciel libre qu’elle dĂ©fend.

L’April poursuit son action militante Ă  l’encontre du projet de loi CrĂ©ation et Internet et apporte de l’eau Ă  son moulin suite Ă  la consultation du rapport transmis par le Conseil GĂ©nĂ©ral des TĂ©lĂ©communications (CGTI) au ministère de la Culture. L’association y souligne notamment un passage oĂą il est fait mention de « mener Ă  bref dĂ©lai une expĂ©rimentation portant sur le filtrage sur le poste client synchronisĂ© avec un serveur central ». Explication de texte de l’April : ni plus ni moins que l’installation d’un mouchard filtrant.

Au regard de la loi CrĂ©ation et Internet, un abonnĂ© est responsable de sa connexion Internet, et gage Ă  lui de s’assurer qu’elle ne sera pas dĂ©tournĂ©e par un tiers pour du tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal. En cas d’inculpation, un moyen de prouver sa bonne foi sera de faire valoir l’installation de mesures de sĂ©curisation. Pour l’April, « il s’agit de faire installer un mouchard filtrant sur les ordinateurs de tous les internautes qui craignent de se voir accuser par l’Hadopi, soit parce qu’ils sont incapables de sĂ©curiser leurs bornes Wi-Fi, soit tout simplement parce qu’ils sont conscients que l’adresse IP n’est pas une donnĂ©e qu’ils peuvent sĂ©curiser. »

La pratique est dĂ©jĂ  plutĂ´t dĂ©rangeante et devient mĂŞme dangereuse pour le logiciel libre selon l’April :

« Il serait en effet absurde de prĂ©tendre filtrer les communications d’un utilisateur de système libre. Logiciel Libre et dispositifs de contrĂ´le d’usage, de surveillance et de filtrage fermĂ©s sont ontologiquement incompatibles. Comme cela a Ă©tĂ© maintes fois expliquĂ© lors des dĂ©bats sur la loi DADVSI, sur un système libre, l’utilisateur a le contrĂ´le de sa machine et peut neutraliser tout mĂ©canisme visant Ă  le contrĂ´ler ou Ă  le surveiller.

En rĂ©sumĂ©, tout comme il n’est pas possible d’empĂŞcher un utilisateur de logiciels libres de faire des copies privĂ©es, il n’est pas possible de lui coller ouvertement un mouchard filtrant. Dès lors, avec l’Hadopi, les utilisateurs de systèmes libres se retrouveront dans une insĂ©curitĂ© juridique discriminatoire intolĂ©rable. »

Ce mouchard permettrait aussi de prouver l’innocence de l’Ă©ventuelle victime si elle se trouvait accusĂ©e à cause d’une erreur dans le processus d’identification de l’IP. Il est donc très probable, de mon point de vue, que l’insistance avec laquelle on s’emploie Ă  faire passer cette loi ait pour raison centrale cet espionnage du citoyen, ce qui serait un premier pas vers une certaine censure de l’Internet et une surveillance supplĂ©mentaire. En effet, cette loi prĂ©cède une future consoeur nommĂ©e “LSI” qui prĂ©voir une obligation de surveillance et de filtrage par les FAI. Pour rĂ©sumer, tout ce que vous faites sera Ă©piĂ©.

Mettons cette hypothèse en corrĂ©lation avec les Ă©vĂ©nements qui eurent pour consĂ©quence de rĂ©duire les libertĂ©s individuelles des citoyens durant la dernière dĂ©cennie. L’exemple le plus marquant et le plus connu est celui de l’apparition du Patriot Act et du Homeland Security Act. Je vous propose donc le recopiage de ce que j’Ă©crivais dans ma cartographie du Nouvel Ordre Mondial (http://www.mecanopolis.org/?p=4833), soit un petit rĂ©sumĂ© des mesures Ă  consonance totalitaire qui sont apparues dans les 4 principaux pays occidentaux ces 8 dernières annĂ©es:

« Aux États-Unis:

Les mesures lĂ©gislatives votĂ©es dans la foulĂ©e des attentats du 11 septembre ont apportĂ© un surcroĂ®t de puissance Ă  l’exĂ©cutif amĂ©ricain, aux services secrets (dont la CIA) et la police fĂ©dĂ©rale (Federal Bureau of Investigation), ainsi qu’aux militaires (budget du Pentagone notamment). Sous le prĂ©texte de participation Ă  la lutte anti-terroriste, le FBI se voit attribuer le pouvoir d’espionner les associations politiques et religieuses sans que celles-ci ne soient suspectĂ©es d’activitĂ©s criminelles. Le gouvernement peut traĂ®ner en justice les possesseurs de fichers et de donnĂ©es qui rĂ©vèleraient qu’ils ont dĂ» procĂ©der Ă  des rĂ©quisitions d’informations. Il peut faire procĂ©der Ă  des perquisitions et saisir les documents et effets possĂ©dĂ©s par des citoyens. Sans devoir se justifier, il peut faire emprisonner quiconque, y compris des citoyens, ce indĂ©finiment et sans procès, sans que ces personnes soient accusĂ©es, ni qu’elles puissent ĂŞtre confrontĂ©es Ă  celles qui auraient dĂ©posĂ© contre elles, de mĂŞme qu’elles pourraient ĂŞtre torturĂ©es physiquement et psychologiquement impunĂ©ment. Le FBI et la CIA ne sont pas contraints de rĂ©pondre de leurs actions devant les Ă©lus.

Le Homeland Security Act regroupe en une seule structure (le Homeland Security Department) une vingtaine d’agences fĂ©dĂ©rales comme la FEMA, les Douanes et les Services Secrets. Il met en avant une dĂ©finition du « terrorisme interne » tellement vague qu’elle permettrait d’y inclure toute personne manifestant une opposition envers le gouvernement.

Le Total Information Awarness Office (TIA) se proposait de constituer une banque de 300 millions de fiches, regroupant les informations de sources publiques et privĂ©es sur chaque AmĂ©ricain. Il autorise les rĂ©unions secrètes des Conseils prĂ©sidentiels, la dispense de justification intervenant en opposition avec la loi 92-463 sur la transparence des rĂ©unions de l’exĂ©cutif. Il garantit l’immunitĂ© Ă  quiconque fournit Ă  une agence fĂ©dĂ©rale des informations relatives Ă  des failles ou faillites, mĂŞme suite Ă  nĂ©gligence ou faute. Il permet l’accès par l’administration Ă  des fichiers constituĂ©s par des firmes privĂ©es sur des citoyens, contournant ainsi la protection donnĂ©e par le IVème amendement.

Fin 2007, une loi spĂ©cifique Ă©tait en cours d’examen par le Congrès (loi sur la radicalisation violente et la prĂ©vention du terrorisme intĂ©rieur), loi destinĂ©e Ă  lutter contre les idĂ©ologies et « croyances extrĂ©mistes qui ont pour but de faciliter la violence visant Ă  promouvoir des changements politiques, religieux ou sociaux ». Est spĂ©cifiquement visĂ© Internet qui « a aidĂ© Ă  faciliter une radicalisation violente (…) en procurant aux citoyens amĂ©ricains un accès aux larges et continuels courants de propagande en relation avec le terrorisme ». Une note de l’Ă©tude de la RAND Corporation intitulĂ©e « Tendance du terrorisme » attire l’attention sur les Ă©cologistes, anti-mondialistes et anarchistes, les dĂ©signant comme terreaux de terroristes potentiels.

Dans la continuitĂ© du Patriot Act, qui autorise l’arrestation, la dĂ©portation et la mise Ă  l’isolement de suspects, supprime toute dĂ©lĂ©gation judiciaire (l’autorisation prĂ©alable d’un juge) pour procĂ©der Ă  des perquisitions, Ă  des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques ou contrĂ´ler le courrier et les communications par internet », et dont les versions Ă©voluent jusqu’en 2007. G.W Bush met en place en 2006 le NDAA (Nation Defense Authorization Act) dont la directive NDAA 07, conjointement Ă  la prescription NPDS 51, permet Ă  la Maison-Blanche de destituer le gouvernement constitutionnel en cas de situation grave. Cette mesure permet d’accorder l’octroi de tous les pouvoirs Ă  la suele personne du prĂ©sident des États-Unis en cas de catastrophe grave, comme un attentat ou un cataclysme naturel de gande ampleur, et en cas de crise majeure, financière par exemple…

La mise en place de la loi martiale a Ă©tĂ© clairement indiquĂ©e par le dĂ©mocrate Brad Sherman Ă  la tribune de la Chambre des reprĂ©sentants comme une possible alternative en cas d’Ă©chec du plan Paulson. L’effondrement du château de cartes financier amĂ©ricain pouvait en effet laisser prĂ©voir des Ă©meutes Ă  l’image de celles de la crise de 1929.

Le 1er octobre 2008, la première brigade de la troisième division de l’infanterie prend pied sur le territoire amĂ©ricain sous le commandement de l’US Army North dont le mandat comprend la surveillance du territoire. Cette brigade servirait d’appui Ă  la FEMA (Federal Emergency Management Agency) pour assurer le « contrĂ´le des foules ».

Selon le WMR (Wayne Madson Report) paru le 3 avril 2008, l’instauration de la loi martiale pourrait ĂŞtre mise en place suite Ă  des mesures drastiques anti-populaires pour enrayer la crise financière, ou encore suite Ă  l’avènement d’une cessation de paiement des États-Unis de leur dette extĂ©rieure. Celle-ci s’Ă©levait en 2007 Ă  plus de 12 000 milliards de dollars, soit près de 20 fois le plan Paulson, adoptĂ© aux forceps.

En Angleterre:

La Criminal Justice Act (Loi sur la justice pĂ©nale) de 2003 « impose des peines obligatoires et minimales et rĂ©duit la capacitĂ© des juges Ă  adapter la sanction aux cas particuliers », tandis que l’Enquiries Act de 2005 (Loi sur les procĂ©dures) « limite l’indĂ©pendance des juges nommĂ©s pour prendre en charge la direction des enquĂŞtes, cela en autorisant les ministres Ă  choisir les Ă©lĂ©ments de preuve qui pourront ĂŞtre ou non rendus publics ». Le renforcement du pouvoir exĂ©cutif anglais, malgrĂ© l’Ă©chec du Legislative and Regulatory Reform Bill de 2006 (projet de loi sur la rĂ©forme de la rĂ©glementation et de la lĂ©gislation) a fait dire au journaliste Henry Porter que le Premier ministre Tony Blair dĂ©stabilisait « la constitution, la tradition de souverainetĂ© parlementaire, l’indĂ©pendance du pouvoir judiciaire, les droits de la personne et la relation complexe entre l’individu et l’État. »

En Allemagne:

Wolfgang Schäuble, ministre de l’IntĂ©rieur allemand, n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  Ă©voquer la possibilitĂ© de crĂ©er un « dĂ©lit de complot » comme aux USA nĂ©cessitant la crĂ©ation de nouveaux pouvoirs. Il est vrai que ce ministre s’est plu Ă  rappeler, lors de cet entretien, ses liens Ă©troits et privĂ©s avec Michael Chertoff, prĂ©sident du Department of Homeland Security.

En France:

Centralisation par Nicolas Sarkozy des services de renseignement (DCRG, DST, SDAT coiffĂ©s d’une Direction GĂ©nĂ©rale de la SĂ©curitĂ© IntĂ©rieure (DGSI)). La DGSI, qui s’inspire largement du Department of Homeland Security, sera la version française d’un nouveau système sĂ©curitaire qui pourrait ĂŞtre appuyĂ© d’un Conseil national de sĂ©curitĂ© (CNS) dĂ©pendant directement du PrĂ©sident de la RĂ©publique. Renforcement du pouvoir exĂ©cutif sous le label « modernisation des institutions ».

Sarkozy a reçu le 16 juillet 2007 le PrĂ©sident de la cour suprĂŞme des Etats-Unis, John G.Roberts pour amplifier l’application des principes de l’exĂ©cutif unitaire. »

Rajoutons Ă  toutes ces joyeusetĂ©s que certains sources indiquent que le gouvernement amĂ©ricain pourrait bientĂ´t prendre des mesures coercitives à l’encontre d’Internet. Internet est effectivement un moyen de communication gĂŞnant, le seul qui offre encore des possibilitĂ©s de s’exprimer librement. En outre, les grands journaux tant Ă©crits que tĂ©lĂ©visĂ©s perdent chaque annĂ©e une partie non-nĂ©gligeable de leur public, qui sont de plus en plus nombreux Ă  cotoyer les mĂ©dias alternatifs et autres sites d’informations libres. Il est donc vu par les gouvernements peu dĂ©sireux que leurs mĂ©faits soient criĂ©s sur tous les toits comme un mal qu’il faut Ă©touffer. Les spĂ©culations vont bon train sur les moyens qu’ils auraient de le faire: la crĂ©ation d’un « Internet 2″, qui remplacerait rapidement l’autre et contiendrait un système de censure des genres de sites qui leur plairont, ou peut-ĂŞtre, plus probablement, l’emploi plus ou moins indirectement forcĂ© de programmes qui espionneront et censureront les informations choisies; bref, mettre en place en Europe ce qui est en vigueur dans certains pays comme la Chine ou la Russie.

Les citoyens amĂ©ricains sont sous surveillance depuis l’instauration du Patriot Act; or, il semblerait que la France se conforme à nouveau aux mĂŞmes procĂ©dĂ©s et trouve dans la loi Hadopi un prĂ©texte parfait pour mettre ses citoyens sous surveillance d’un programme que beaucoup de personnes innocentes adopteront sans doute par peur d’ĂŞtre accusĂ©s (malencontreusement, bien sĂ»r) de tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal et de ne pouvoir avoir les preuves suffisantes pour s’en dĂ©fendre. Ce programme, payant de surcroĂ®t, pourrait tout aussi rapidement que facilement, Ă  partir du moment oĂą les bases de son existence sont posĂ©es, Ă©largir sa surveillance Ă  une censure directe ou indirecte Ă  d’autres types d’activitĂ©s ou de lectures. Un Ă©largissement qui se ferait sur des bases lĂ©gales qui agiterait une crainte de rĂ©pression qui ferait adopter les mises Ă  jour du programme au mĂŞme public qui craint pour sa sĂ©curitĂ©, et permettrait de passer Ă  l’action concrète pour les autres. Cette loi pourrait aussi introduire de toutes nouvelles notions dans les domaines lĂ©gaux, comme la prĂ©somption de culpabilitĂ© ou la responsabilitĂ© du fait d’autrui qui prendraient de l’ampleur par la suite. Cet article tirĂ© de Numerama en dit long sur ces possibilitĂ©s:

« Le projet de filtrage des contenus pĂ©dopornographiques prĂ©sentĂ© en juin dernier par Michèle Alliot-Marie commence Ă  se prĂ©ciser. Lundi, la ministre de l’intĂ©rieur a indiquĂ© qu’elle avait adressĂ© aux fournisseurs d’accès Ă  Internet le texte d’un article de loi relatif au blocage des sites qui hĂ©bergent des contenus ou des rĂ©seaux pĂ©dophiles. Notre confrère PC Inpact publie l’article en question, qui sera ajoutĂ© Ă  la loi pour la confiance dans l’Ă©conomie numĂ©rique (LCEN), dans le cadre de la future loi de programmation de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure qui devrait ĂŞtre prĂ©sentĂ©e dĂ©but 2009.

Il dispose que « Compte tenu de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral attachĂ© Ă  la lutte contre la diffusion de contenus relevant des dispositions de l’article 227-23 du Code pĂ©nal, les (fournisseurs d’accès) doivent empĂŞcher par tout moyen et sans dĂ©lai, l’accès aux services dĂ©signĂ©s par arrĂŞtĂ© du ministre de l’IntĂ©rieur ».

Sans aucune prĂ©caution, il impose donc aux FAI une obligation de rĂ©sultat et non une simple obligation de moyens, le tout « sans dĂ©lai ». C’est-Ă -dire que les FAI devront mettre tout en oeuvre pour rĂ©ussir Ă  bloquer l’accès au site, sur simple requĂŞte du ministère de l’intĂ©rieur. En cas d’Ă©chec, ils pourraient ĂŞtre tenus responsables.

Le texte prĂ©cise qu’un « dĂ©cret fixe les modalitĂ©s d’application » du filtrage, qui devraient ĂŞtre assez larges. En tout Ă©tat de cause, il ne devrait pas prĂ©ciser le type de mesure technique attendu, et se contenter de fixer le cadre de rĂ©ception des requĂŞtes et de confirmation des blocages. Rappelons que Free, dĂ©sormais premier opposant au gouvernement sur ses projets de rĂ©gulation des tĂ©lĂ©communications, a dĂ©montrĂ© par A+B pourquoi le filtrage Ă©tait impossible ou dangereux dans ses effets de bord. Cependant, malgrĂ© la complexitĂ© du dossier, il est prĂ©vu que le texte entre en vigueur seulement trois mois après sa promulgation.

Si le fait que le texte de loi vise explicitement les dĂ©lits de pĂ©dopornographie est rassurant sur le cadre fixĂ© au filtrage, il n’en reste pas loin que c’est ici une boĂ®te de Pandore qu’ouvre le gouvernement. Une fois le principe du blocage sur requĂŞte adoptĂ©, il suffira d’Ă©tendre progressivement le champ des sites filtrables, comme cela a Ă©tĂ© fait pour le fichier national des empreintes gĂ©nĂ©tiques.

Créé en 1998 pour rĂ©fĂ©rencer l’ADN des seuls dĂ©linquants sexuels, le FNAEG a Ă©tĂ© progressivement Ă©tendu Ă  une multitudes de dĂ©lits, et contient aujourd’hui plus de 700 000 profils gĂ©nĂ©tiques. En 2003, le fichier contenait encore moins de 3000 empreintes. »

Une chose est sĂ»re: puisque des dĂ©putĂ©s UMP sont muselĂ©s parce qu’ils protestent contre Hadopi, que les alternatives sensĂ©es proposĂ©es Ă  cette loi ne sont pas entendues, et que le gouvernement s’acharne à la faire passer malgrĂ© un premier rejet, ce n’est certainement pas pour dĂ©fendre les fonds de portefeuille de quelques artistes alors que les produits de technologie qui se vendent grâce au tĂ©lĂ©chargement gratuit, comme les MP3 ou les iPods, s’Ă©coulent si bien. Il semble bien plus logique qu’elle ait des buts autrement moins avouables, et que, comme souvent, le mal se cache derrière de nobles prĂ©textes. Le 12 mai nous dira si elle est finalement votĂ©e ou non, et ce que nous sommes en droit d’en dĂ©duire…

Ceux qui le veulent trouveront le projet de loi sur le site de l’AssemblĂ©e Nationale.

Par Régis Mex, pour Mecanopolis