fév 16 2010

Les PIGS tiennent tĂŞte Ă  l’oligofinance de Bruxelles

La Grèce ploie mais ne cède pas. Soutenu par ses collègues mĂ©diterranĂ©ens (Portugal, Italie et Espagne) lors de la rĂ©union de l’Eurogroupe qui se tenait aujourd’hui Ă  Bruxelles, le ministre grec des finances Georges Papaconstantinou a refusĂ© d’allonger encore le catalogue des rĂ©formes que son pays s’est engagĂ© Ă  mettre en place.

manifs

De retour Ă  Athènes ce soir (15.02) Papaconstantinou a indiquĂ© qu’il jugeait l’action de l’UE très timorĂ©e. « La solidaritĂ© verbale, c’est bien. La solidaritĂ© financière, c’est mieux » a-t-il indiquĂ© Ă  peine dĂ©barquĂ© de l’avion qui le ramenait de Bruxelles.

Cette solidaritĂ© entre les pays du sud de l’UE n’est pas surprenante. Ils savent très bien que le rouleau compresseur europĂ©en va Ă©galement leur passer dessus, tant la pression de l’euro risque de s’accentuer ces prochaines semaines. ConformĂ©ment aux prĂ©visions de nos articles de la fin de la semaine dernière, la monnaie europĂ©enne Ă  poursuivi sa chute ce lundi (l’euro valait 1,3607 dollar ce soir Ă  18h00, contre 1,3629 dollar vendredi vers 22h00).

A qui le tour ?

Le PIB de la Grèce ne représente que 2,8% du PIB de la zone euro. Mais après la Grèce, viendra le tour du Portugal (1,8% du PIB de la zone euro), puis de l’Espagne. Et là on ne parlera plus de 2,8% mais de 12% du PIB de la zone euro, ou même de 17,3% si l’Italie avait la mauvaise idée de se joindre à la cohorte des pays blessés.

Il ne faut pas oublier non plus que la France et l’Allemagne sont dans une situation budgétaire à peine meilleure que la Grèce. Ni l’une ni l’autre n’ont les moyens de leurs ambitions.

Grande Dépression

On peut faire confiance aux marchés financiers pour renforcer l’engrenage. Pour les marchés, la solidarité européenne est une promesse de profits garantis par les généreux soutiens annoncés. Si les soutiens européens ne se matérialisent pas, leur réaction sera encore plus violente. Si l’Europe retombe dans la récession, avec un euro en chute libre, les États-Unis ne manqueront pas de suivre. Avec cette fois un problème supplémentaire : les marges d’action sont inexistantes. Les taux d’intérêt sont proches de 0% et personne n’osera prendre le risque d’alourdir les déficits budgétaires. Le spectre de la Grande Dépression, que l’on croyait écarté, se profilerait alors à l’horizon.

Comment mettre tous les budgets sous surveillance ?

Pour l’Union europĂ©enne, il n’existe pour l’instant aucun moyen lĂ©gal de contraindre un pays Ă  abandonner sa souverainetĂ© en matière budgĂ©taire. Le seul accord existant est le Pacte de stabilitĂ©, or le Pacte a Ă©tĂ© ignorĂ© par l’Allemagne et la France en 2003, puis par tous les pays en 2008-2009. Tout au plus peut-il conduire Ă  une sanction financière Ă  l’encontre de la Grèce, au maximum de 0,5% de son PIB.

L’Union monĂ©taire est pour l’instant fondĂ©e sur l’abandon de la souverainetĂ© nationale en matière de politique monĂ©taire, et non budgĂ©taire. Ce sont les Grecs qui sont responsables de la dette de leur gouvernement. Les traitĂ©s sont très clairs: ni la BCE, ni la Commission, ni les pays membres ne sont liĂ©s par la situation budgĂ©taire d’un pays membre.

Bien sĂ»r, comme nous l’avons indiquĂ© Ă  plusieurs reprises la semaine dernière, le plan du PrĂ©sident du Conseil europĂ©en Herman van Rompuy, avec le soutien des gouvernements de la France et de l’Allemagne, entre autres complices, est d’inaugurer une gouvernance Ă©conomique europĂ©enne, qui aura comme objectif de mettre tous les budgets europĂ©ens sous surveillance. Mais elle ne pourra ĂŞtre mise en place sans la capitulation des pays membres (et plus particulièrement ceux qui sont directement concernĂ©s par un dĂ©faut de paiement Ă  brève Ă©chĂ©ance).

Le fiasco est annoncé

Les dirigeants de l’Union europĂ©enne pensaient pouvoir utiliser les marchĂ©s financiers (lire les dĂ©clarations du patron de l’Eurogroupe dans notre article du 14 fĂ©vrier) pour contraindre la Grèce Ă  engager les rĂ©formes dont elle ne veut pas. C’est un fiasco complet. Le premier ministre PapandrĂ©ou s’est ce soir publiquement dit déçu du caractère vague de l’aide europĂ©enne. Autrement dit, il se prĂ©pare dĂ©jĂ  Ă  ne pas cĂ©der aux pressions de l’oligarchie financière de Bruxelles. Le peuple grec, qui gronde dĂ©jĂ  de colère, lui donnera très vite son soutien. Nous n’allons plus tarder Ă  voir des manifestants brĂ»ler en effigie Angela Merkel et Nicolas Sarkozy dans les rue d’Athènes.

Mecanopolis

Avec les informations des pages « Ă©conomie » du quotidien suisse Le Temps

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fév 05 2010

Le compte à rebours est lancé

Article mis Ă  jour Ă  14h57 avec l’analyse de Paul Jorion

Le piège s’est refermĂ© sur la Grèce. MalgrĂ© les mesures drastiques prises ces derniers jours par le gouvernement PapandrĂ©ou, les difficultĂ©s du pays vont se prolonger. Elle ne manquera pas d’enclencher une rĂ©action en chaĂ®ne aux consĂ©quences pour l’heure incalculables. L’Allemagne Ă  beau dire que la pĂ©ninsule hellĂ©nique jouit « du soutien total de l’Union europĂ©enne », l’incendie gagne maintenant l’Espagne, le Portugal la Grande-Bretagne et l’Irlande qui ont laissĂ© pendant trop longtemps gonfler des bulles de crĂ©dit qui sont aujourd’hui sur le point d’exploser.

La nuit est en train de tomber sur l’Europe.

Mecanopolis

europenuit

Il règne un silence assourdissant parmi les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, alors que la crise dans la crise que connaît l’Europe est en train de progressivement s’élargir. Centrée initialement sur la Grèce, elle est en train de s’étendre résolument en Espagne et au Portugal. Nous étions suspendus à un signal, qui aurait pu être donné par Jean-Claude Trichet, le président de la BCE – dont une réunion des gouverneurs avait lieu aujourd’hui – mais il n’est pas venu.

La Grèce doit continuer à ne compter que sur elle-même. Jean-Claude Trichet s’est contenté de déclarer que le gouvernement grec avait fait « des pas dans la bonne direction », ce qui impliquait qu’il allait devoir en faire d’autres. Cherchant à relativiser la crise actuelle, comparant le déficit public de la zone euro à celui des Etats-Unis ou du Japon : 6% pour la première et 10% pour les seconds. Une faible parade, puisque ce sont les maillons faibles de la zone euro qui sont menacés (et elle dans son entier, par ricochet) et qu’aucune manifestation de solidarité financière de sa part n’est donc toujours annoncée.

Analyse de Paul Jorion



Car il y a dans la situation actuelle une nouveauté importante : ce ne sont plus seulement les situations particulièrement périlleuses de tel ou tel pays de la zone euro qui semblent motiver les marchés, mais aussi l’inaction et le silence des principaux pays membres, l’Allemagne et la France. Car il est clair que les efforts qui sont demandés à la Grèce, vu leur importance extrême, ne pourront être réellement accomplis que si une aide financière lui est par ailleurs accordée. Sa fragilité de départ est accentuée par sa solitude dans l’épreuve, et non le contraire.

Les déclarations prononcées par Joaquim Almunia, commissaire aux affaires économiques sortant, avaient aggravé hier la tension. « Certains membres de la zone euro, avec des positions de départ différentes, des caractéristiques différentes, partagent des problèmes communs », avait-il déclaré à propos de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne. Un autre son de cloche prévalait aujourd’hui, afin de tenter de calmer le jeu. Le chef de file de l’Eurogroup, Jean-Claude Junker, déclarait que l’Espagne et le Portugal « ne posent pas de risque ». Caroline Aktinson, la porte-parole du FMI, choisissait pour sa part de décerner un satisfecit aux Grecs: « Nous pensons assurément que les objectifs du plan sont bien choisis ».

Les regards se tournent désormais vers Madrid, qui a préventivement annoncé un plan d’austérité de 50 milliards d’euro sur trois ans, accueilli avec scepticisme tant en raison de son montant et des mesures qu’il implique que des prévisions de croissance sur lequel il repose. Or, les rumeurs se multiplient à propos d’un abaissement de la note de la dette publique espagnole par une nouvelle agence de notation, emboîtant le pas de Standard & Poor’s, qui l’a fait en décembre dernier. Le taux des obligations à trois ans passant en moyenne à 2,61% à l’occasion d’une nouvelle émission, au lieu de 2,13% début décembre. L’Espagne a un autre poids économique au sein de la zone euro que la Grèce, elle en est la 4 éme puissance économique, et tout problème l’atteignant aurait d’importantes répercussions dans toute la zone.

Faute d’informations, on en est réduit à faire des suppositions, afin de comprendre les raisons de l’attitude des principaux pays de la zone euro. Il a été largement fait état de discussions, dans un premier temps, puis plus rien n’est sorti…. On sait seulement qu’une des solutions qui aurait pu être trouvée était la création d’euro-obligations, mais qu’elle a été refusée, depuis déjà des mois, tout à la fois par les Allemands, les Français et les Néerlandais. Car elle reviendrait, tous les pays de la zone émettant ce nouveau type d’obligations bénéficiant du même taux, à faire profiter de celui-ci les pays les plus vulnérables sur le marché de la dette, au détriment des plus forts, qui obtiennent actuellement de meilleurs taux que ceux qu’obtiendraient des euro-obligations. On a également envisagé de réunir des soutiens d’Etats isolés ou de groupes d’Etats, ainsi qu’une intervention de la Banque européenne d’investissement (BEI), qui a aussi été étudiée.

En réalité, le dossier n’est pas technique mais politique. Les mesures qui pourraient être adoptées pour soutenir la Grèce seront inévitablement appelées, en effet, à faire jurisprudence. Les sommes qui devraient être engagées et levées suivant des modalités ad hoc seraient plus que conséquentes et entraîneraient ceux qui les garantiraient, de jure ou de facto, plus loin qu’ils ne sont prêts à l’envisager. Créant par ailleurs une sorte d’aléa moral qu’il est hors de question d’accorder aux gouvernements (alors qu’il l’a été aux banques). Risquant de les induire à chercher à esquiver la mise en vigueur de plans d’austérité, l’objectif numéro 1.

Ce calcul risque d’être de plus en plus difficile à tenir, si l’Espagne et le Portugal entrent à leur tour dans la zone de tempête, risquant de déstabiliser celle de l’euro bien au-delà de ce que pourrait faire la Grèce. En réalité, la solidité de la zone euro est menacée dans les deux cas de figure possibles, en cas d’un secours généralisé à tous ses membres (mutualisant le coût d’une dette devenue énorme), ou en cas d’abandon des pays les plus faibles, ce qui sera très probablement illusoire. Il faut donc choisir entre deux risques.

Car qui dit que les marchés en resteraient là ? N’ont-ils pas compris que, dans la crise actuelle, c’est l’Europe en entier – zone euro et Grande-Bretagne – qui est le maillon faible qu’il faut attaquer ? Que l’éclatement de la zone euro ouvrirait un terrain spéculatif d’élection, permettant d’élargir le champ d’action du Forex (l’énorme marché hautement spéculatif des devises) ? Ils feraient ainsi coup double, disposant de nouveaux leviers pour leurs opérations financières et obligeant les gouvernements à entrer dans la dynamique vertueuse – de leur point de vue – de la résorption de leurs déficits, et de leur sollicitation moindre du marché obligataire. Laissant aux établissements financiers la place pour se financer à moindre coût.

Le compte à rebours est lancé.

François Leclerc

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