oct 26 2009

L’heure de vérité sur l’Iran

L’Iran, la Russie, les Etats-Unis et la France examinent un projet d’accord qui verrait l’uranium iranien faiblement enrichi être traité en Russie et en France avant d’être renvoyé en Iran pour y être utilisé dans un réacteur de recherche. Cet accord a le potentiel de désamorcer de façon significative la crise sur le programme nucléaire iranien, mais Téhéran prend garde à ne pas prendre de décision hâtive.

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Mercredi dernier, c’est un chef de l’AIEA plein d’optimisme, Mohamed ElBaradei, qui a rapporté qu’après deux années et demie de négociations intenses à Vienne, couvrant de nombreuses questions techniques, un sérieux progrès avait été fait sur une proposition consistant à apporter une assistance nucléaire pour un petit réacteur de recherche à Téhéran

Il a ajouté que l’AIEA avait présenté aux parties – l’Iran, la Russie, les Etats-Unis et la France – un projet d’accord auquel une réponse devait être donnée à la fin de la semaine.

L’AFP a rapporté que les diplomates avaient dit que le projet de l’organe de surveillance atomique de l’ONU propose que la Russie traite l’uranium iranien faiblement enrichi pour l’enrichir au taux de 20%, requis par le réacteur de recherche à Téhéran, et que la France le transformerait en combustible.

Reprenant le sentiment d’ElBaradei, l’envoyé de l’Iran auprès de l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh, a dit que les pourparlers avaient été « constructifs et couronnés de succès », bien qu’il ait pris la précaution d’insister sur le fait que, contrairement aux reportages dans les médias occidentaux, aucune décision finale n’avait été prise. Au moment de la rédaction de cet article, le sentiment à Téhéran semblait de plus en plus tendre contre toute décision hâtive.

« La date limite de vendredi n’a pas été acceptée lors de la réunion et n’était que l’opinion personnelle de M. ElBaradei », a dit à l’auteur une source iranienne. Cette source a ajouté que dans son opinion, « Un peu plus de temps est absolument nécessaire, ne serait-ce que pour éviter de donner l’impression que l’Iran avait accepté à la hâte une décision fatidique lourde de conséquences et parce qu’elle doit être étudiée très minutieusement sous tous les angles. »

Ce point de vue semble partagé par un grand nombre de parlementaires iraniens, dont Mohammed Reza Bahonar, le vice-président du Majlis [le parlement iranien], qui a déclaré que les termes de cet accord, en vertu desquels l’Iran acheminerait son uranium vers l’étranger et recevrait en échange du combustible nucléaire, n’étaient pas acceptables ».

Il n’y a pas non plus de consensus à Téhéran concernant le volume relativement élevé d’Uranium Faiblement Enrichi (UFE) – 1.200 kilos ou l’équivalent de 80% des stocks d’UFE de l’Iran – visé pour un acheminement vers l’extérieur.

Vu les expériences passées avec certains contrats internationaux, il y a énormément d’inquiétudes en Iran que, peu importe la solidité sur le papier des modalités du dernier accord, lorsqu’il sera question d‘effectuer la livraison, il pourrait y avoir de la mauvaise volonté. C’est une chose que le réacteur de Téhéran, vital pour le traitement du cancer et autres maladies graves, ne peut se permettre.

« N’oublions pas que la dernière livraison de combustible nucléaire pour ce réacteur a pris cinq ans. L’AIEA avait donné son approbation en 1988 et ce n’est qu’en 1993 que celui-ci a été livré », a dit un professeur de science politique de l’Université de Téhéran.

Le réacteur thermique de 5 MW a fonctionné à environ 60% de sa capacité totale à cause du manque de combustible, lequel devrait être épuisé d’ici fin 2010 ou début 2011. Il n’y a donc pas de temps à perdre avec des négociations qui traînent en longueur, une raison pour laquelle l’Iran a prévenu que si une décision n’est pas prise rapidement, il continuera de produire son combustible [nucléaire] qui nécessite un enrichissement moyen de 19,75%. Et ceci, malgré des coûts prohibitifs et des défis techniques.

« L’Iran devrait opter pour un accord graduel, un accord étape par étape », a déclaré un analyste à Téhéran, Rahmatollah Ghahramanpour. Les Iraniens ont également émis des doutes concernant la participation de la France en tant que sous-contractant pour la fabrication des barreaux d’uranium, après le raffinage de l’UFE iranien par la Russie. Un autre analyste, Hassan Beheshtipour, considère les pourparlers de Vienne comme un « test de bonne volonté », en particulier de la part des Etats-Unis et de la France.

C’est ussi un test de volonté politique, à la lumière de la quantité de « nonistes » à cette proposition d’accord, à Téhéran, à Washington et dans diverses capitales européennes

« L’accord quantitatif, sur le niveau de masse d’uranium iranien devant être exporté [pour enrichissement supplémentaire], peut être négocié, mais la question qualitative qui est liée au tableau d’ensemble ne peut pas l’être », a développé le professeur de Téhéran cité plus haut.

« Tout accord sur le réacteur de Téhéran aura une grande signification symbolique parce qu’il modifiera le climat d’hostilité entre l’Iran et les Etats-Unis et que ceci à son tour rendra plus difficile aux opposants de l’Iran au sein du Congrès US de pousser à de nouvelles sanctions. »

Autrement dit, ceci pourrait laisser intacte la question centrale, le droit de l’Iran d’enrichir l’uranium. En même temps, cela désamorcerait la « menace iranienne » en supprimant le gros de la production nucléaire nette que l’Iran pourrait développer pour la militarisation.

De la même manière, la question quantitative pourrait s’avérer gênante. Le réacteur de Téhéran a pu être maintenu en activité depuis 1993, grâce à la livraison de 116 kilos d’uranium argentin enrichi à près de 20%, équivalant à peu près à 1.169 kilos d’UFE iranien.

Pour fonctionner au maximum de sa capacité, le besoin annuel du réacteur est d’environ 18 kilos d’uranium enrichi, soit l’équivalent de 180 kilos d’UFE. Donc, pour un approvisionnement du réacteur pendant dix ans et fonctionnant à une capacité normale de 70/80%, l’envoi de la quasi-totalité de l’UFE iranien (1.500 kg) serait nécessaire. C’est l’une des raisons pour laquelle les législateurs comme Bahonar insistent pour dire que l’assistance étrangère à ce réacteur « purement humanitaire » qui fabrique des isotopes médicaux ne devrait pas dépendre de l’utilisation de l’UFE iranien. Après tout, cela a pris plusieurs années à l’Iran pour être capable de rassembler ses 1.500 kg d’UFE actuels.

Néanmoins, étant donné que cette idée a été initialement émise par l’Iran et dont le Président Mahmoud Ahmadinejad a dit que c’était « le moyen de tester la sincérité de la communauté internationale », il est à présent relativement difficile pour Téhéran de faire machine arrière. Aussi, l’Iran ne voudrait pas manquer l’occasion d’améliorer son image en réduisant sa « capacité de militarisation nucléaire ».

C’est tout particulièrement le cas, étant donné la crise avec son voisin qui dispose de l’arme nucléaire, le Pakistan, à la suite des attaques terroristes en Iran.

Commentant la dernière proposition, le professeur de Téhéran souligne le compromis désagréable entre la sécurité de l’Iran et les besoins de sa population. « Parlez d’ambiguïté nucléaire ! C’est un accord qui répond à certains besoins mais, en même temps, qui crée de nouveaux besoins, ainsi que des effets à la fois positifs et négatifs sur un certain nombre d’autres considérations. Ce n’est certainement pas un scénario parfait. »

Peut-être qu’ElBaradei était plus proche du but lorsqu’il a décri le projet d’accord comme étant un pas énorme construisant la confiance vers la « normalisation des relations de l’Iran avec la communauté internationale ». Cet « accord historique » pourrait être le baroud d’honneur d’ElBaradei, alors qu’il se retire à la fin du mois prochain, à la suite de son second mandat de quatre ans. Il a dit qu’il « croisait les doigts » à propos de ce projet, mais il se pourrait qu’il soit laissé à son successeur, le Japonais Yukiya Amano, qui verrait cet accord finalisé.

Il se trouve que le Japonais Amano a récemment signé un accord similaire avec la Russie pour de l’uranium enrichi, sans négliger le fait d’un accord similaire entre les Etats-Unis et la Russie au début de l’année. Ceci indiquerait qu’un sujet ordinaire se rapportant à un réacteur médical, complètement contrôlé par l’AIEA, ne devrait pas être sujet à un tel battage médiatique.

Pourtant, ElBaradei pourrait avoir sapé ses propres efforts en liant ce projet à une « normalisation complète » des relations de l’Iran avec le monde extérieur et même avec le « désamorçage » de la crise nucléaire iranienne. Séparer les deux serait peut-être une meilleure approche.

Kaveh L. Afrasiabi, pour Asia Times

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Téhéran résiste à la signature d’un accord qui verrait l’enrichissement de l’uranium confié à l’étranger

sept 30 2009

Interview exclusive de Mahmoud Ahmadinejad (Newsweek)

Dans une interview exclusive d’une heure et demie et couvrant de nombreux sujets accordée à Lally Weymouth de Newsweek et des journalistes du Washington Post, le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad aborde les futures négociations avec les Etats-Unis, ce qu’il pense du président Obama, ses négations répétées de l’Holocauste, ainsi que les combats en Afghanistan sous l’égide des Etats-Unis, qu’il considère perdus d’avance. Il y fait part pour la première fois de son offre d’acheter aux Etats-Unis de l’uranium enrichi pour usage médical, proposition qui selon les experts en non-prolifération nucléaire est probablement promise à l’échec. Extraits.

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Comme vous le savez, l’Iran détient un correspondant de Newsweek depuis trois mois, Maziar Bahari. Je sais que vous avez été très généreux ce matin, en indiquant que vous aideriez à la libération des trois randonneurs américains. Serait-il possible que vous envisagiez de relâcher Maziar, pour motif humanitaire ?

Je voudrais que tous les prisonniers soient relâchés, mais je ne suis pas le juge. Le juge doit se prononcer. Si j’étais en charge de ce dossier, je pourrais garantir que tous les prisonniers seraient libérés.

Vous avez pourtant déclaré que vous tenteriez d’obtenir la libération des randonneurs américains. Pourriez-vous faire la même chose pour Maziar ?

Je désire la libération de tous les prisonniers. Tous. Américains et non-Américains — sans distinction.

Alors que l’Iran tente de renouer des liens avec l’Occident, pourquoi à nouveau nier la réalité de l’Holocauste, quand ces thèses sont si aisément réfutables ?

Ne pensez-vous pas que l’Holocauste est un sujet important ?

Oui, je pense que c’est le plus grand crime du XXe siècle.

Vous êtes donc d’accord sur le fait que le sujet est important. Pensez-vous que l’Holocauste est encore d’actualité aujourd’hui, qu’il nous concerne encore aujourd’hui par ses effets ? Pouvez-vous m’expliquer en quoi il influe sur les questions de l’heure ?

Ce que je pense importe peu, M. le président, c’est ce que vous pensez qui compte.

Bien sûr, mais je voudrais que nous puissions échanger nos points de vue afin de pouvoir régler une question.

Le monde voudrait savoir ce que vous pensez.

De quel monde parle-t-on ici ?

L’Iran tente d’améliorer ses relations avec l’Occident, c’est du moins ainsi que je le comprends. Il est clair que l’Holocauste a eu lieu. Pourquoi dire qu’il n’a pas eu lieu ? Pensez-vous qu’il ne devrait pas y avoir un état Juif ? Pas d’Israël ?

Ce que je dis est extrêmement clair. C’est une approche académique d’un sujet d’importance capitale, qui se fonde également sur des considérations humanitaires. Ce que je dis, c’est que bien des choses sont survenues tout au long de l’histoire, et qu’au cours de la seconde guerre mondiale, bien des crimes ont été commis. Plus de 60 millions de gens ont été tués, encore plus déplacés. Il se pose donc un certain nombre de questions spécifiques quant aux événements de la seconde guerre mondiale, et je pense qu’on ne pourra trouver de réponses à ces questions dans la propagande que diffusent les médias. Au bout du compte, il faut des réponses convaincantes à ces questions. La première chose que je voudrais comprendre, c’est la raison pour laquelle, étant donné tout ce qui s’est passé au cours de la seconde guerre mondiale, on met l’accent sur l’Holocauste plus que sur tout autre [événement] ?

Disons que les crimes de Staline étaient de même gravité.

La seconde question est : pourquoi les hommes politiques en occident sont tellement obsédés par ce problème ? La troisième question est : de quelle façon cet événement est-il relié aux problèmes que nous pouvons observer autour de nous dans le monde d’aujourd’hui ? Fut-il un événement historique isolé, sans impact sur la situation présente ? La question qu’on doit se poser ensuite est : si cet événement s’est produit, où s’est-il produit, qui en sont les responsables, et quel fut le rôle du peuple palestinien ? Quel crime a-t-il commis pour mériter ce qu’il a subi en conséquence ? Pour quelle raison le peuple palestinien devrait-il être brimé ? Saviez-vous que plus de cinq millions de Palestiniens ont été déplacés, et bénéficient du statut de réfugié ? Quel rôle ont-ils joué dans l’Holocauste ? Pourquoi exploite-t-on l’Holocauste comme prétexte à l’occupation de la terre d’un autre peuple ? Pourquoi les Palestiniens devraient-ils donner leur vie en échange ? Vous devez savoir que les habitants de Gaza ont dû subir plusieurs embargos.

Et ceux-ci ont lancé des frappes contre Israël au moyen de missiles.

En fin de compte, les habitants de Gaza sont dans leur maison, c’est leur vie, et c’est leur terre. Qui est l’occupant ici ? Quel régime d’occupation est condamné par les résolutions des Nations Unies ? Quel esprit juste pourrait accepter qu’un événement qui s’est déroulé en Europe entraîne l’occupation de sa terre, autre part dans le monde ? Si un crime a été commis en Europe, pourquoi les habitants de Palestine devraient-ils en payer le prix ? La question est simple à comprendre. Malheureusement, les politiciens occidentaux refusent de répondre à ces questions, et préfèrent changer le sujet. Nous sommes opposés par principe au meurtre d’êtres humains. Soixante millions de gens ont été tués à l’époque [de la seconde guerre mondiale] et c’est effectivement très regrettable. Peu importe quelles étaient leur foi ou leurs opinions — c’étaient des êtres humains et leurs vies auraient dû être respectées du seul fait que c’étaient des êtres humains. Je voudrais souligner que nous ne vivons pas dans le monde d’il y a soixante ans. Nous vivons aujourd’hui. Nous considérons l’Holocauste comme un prétexte au génocide commis sur le peuple palestinien.

Les élections disputées de juin dernier on fait beaucoup de bruit. On a beaucoup débattu sur le sujet de savoir si vous aviez ou non détourné le scrutin à votre profit. Prévoyez-vous de traduire en justice [votre opposant, Mir Hossein] Mousavi ? Pour quelle raison la presse d’extrême droite s’en prend-elle à [l’Ayatollah Akbar Hashemi] Rafsanjani ?

En Iran, les gens des différents groupes sont libres de choisir la direction politique de leur choix. Les élections en Iran se déroulent dans le cadre fixé par la loi, et elles sont gratuites. Dans chaque élection, seule une personne peut l’emporter. Je me souviens, à l’époque de ma première élection, contre M. Rafsanjani, que les mêmes qui aujourd’hui contestent les résultats du dernier scrutin étaient ceux qui organisaient les élections de 2005 entre M. Rafsanjani et moi. Ses partisans étaient ceux qui organisaient les élections. L’élection de 2005. Au bout du compte, je pense que tout ceci n’est que de la propagande, et je n’y prête qu’une oreille distraite. Je ne désire traduire personne en justice.

Mousavi ne sera pas traduit en justice ?

Cela dépend des juges. Cela n’a rien à voir avec le gouvernement. S’il y a eu des infractions, les tribunaux s’en chargeront. Mais pas dans le cas contraire.

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M. le président, bien des gens dans ce pays et ailleurs dans le monde ont été touchés par la façon dont ont été traités les gens qui ont manifesté contre le résultat du scrutin. L’un des autres candidats à l’élection possède, paraît-il, des preuves de tortures et de viols, et bien des gens hors d’Iran sont inquiets des procès qui doivent se tenir. Êtes-vous disposé à aborder ces questions touchant aux droits de l’homme lors de la prochaine réunion de Genève ?

Savez-vous combien il y a de prisonniers aux Etats-Unis ?

Ma question est de savoir si vous êtes disposé à aborder la situation en Iran.

Je comprends votre question, et je veux y répondre. Connaissez-vous le nombre de prisonniers ici, aux Etats-Unis ? Je vais vous répondre, s’il vous plaît, un peu de patience. N’attendez pas de moi que je vous donne la réponse que vous attendez. Vous avez aux Etats-Unis 3,6 millions de prisonniers. Pourquoi sont-ils emprisonnés ? Certains sont exécutés par électrocution. Pourquoi ? Pourquoi exactement ? Vous avez ici une loi qui traite ce genre de questions. Allons-nous dire que c’est une mauvaise chose ? Pouvons-nous expliquer pourquoi 3,6 millions de gens sont en prison ? Si aucun n’a violé la loi, ils n’ont aucune raison d’être emprisonnés. Lorsqu’on a enfreint la loi, on peut se retrouver en prison. L’état de droit en Iran est très respecté. Avant qu’on prononce le verdict définitif, chacun peut voir son cas examiné. C’est assez unique. Quand on est traduit en justice, il y a cinq étapes — dont quatre au cours de laquelle on réexamine le dossier. Notre système judiciaire consacre énormément d’efforts à garantir les droits de celui qui comparait devant un tribunal. Ceci ne signifie pas qu’un policier, quelque part, ne peut violer la loi. Tout comme il arrive qu’un officier de police à New York, ou d’autre part aux Etats-Unis, brutalise quelqu’un. C’est un délit. Mais personne n’accuse pour autant le gouvernement des Etats-Unis de négligence. Notre système judiciaire réglera ces affaires.

Les questions qui sont à l’ordre du jour de la réunion de Genève sont clairement définies : la sécurité dans le monde, le désarmement, les problèmes économiques et les relations internationales. Nous serons heureux d’aborder toute question relative aux droits de l’homme. Par exemple, celle des détenus incarcérés dans des prisons secrètes, en Europe notamment. La question de Guantanamo. Des crimes commis en Afghanistan. En Irak, et en Palestine. Nous sommes prêts à parler de tout. Ainsi que des violations des droits de ceux qui, en Europe, voudraient plus d’informations, mais qui font face à une interdiction. En Europe, l’accès à ces informations est très souvent bridé. On n’y a même pas le droit de soulever de quelconques interrogations sur le sujet de l’Holocauste, et les scientifiques et les universitaires qui le font sont jetés en prison.

Vous avez déclaré vouloir laisser votre programme nucléaire hors du cadre des négociations avec l’occident. Est-ce toujours le cas, où seriez-vous prêt au donnant-donnant avec l’Ouest ? Il ne peut sinon y avoir de négociations si vous ne voulez rien céder, domaine dans lequel à ce jour, M. le président, vous excellez tout particulièrement.

Je vous remercie beaucoup de vos remarques optimistes. Je pense que, si nous violons les lois et règlements internationaux, personne n’en tirera bénéfice. Tout le monde doit observer les lois internationales. La question nucléaire est traitée par l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique [AIEA]. L’AIEA a des procédures très claires. Nous devons respecter des engagements et des obligations dans ce cadre, cadre qui nous donne également des droits. Nous nous plierons à nos obligations, et nous entendons également jouir de nos droits.

Mais vous n’avez pas respecté vos obligations. Les Nations Unies vous ont sanctionnés, et les Nations Unies priment sur vos droits dans le cadre de l’AIEA. Allez-vous suspendre votre programme d’enrichissement ? Allez-vous coopérer avec le protocole additionnel de l’AIEA que vous avez signé au départ [l’Iran a ensuite quitté la table] ?

Si l’on se fonde sur les nombreux rapports officiels publiés par l’agence, l’Iran mène ses activités nucléaires en observant le cadre imposé par l’agence. Nous avons également accepté les nouvelles obligations allant au-delà de ce cadre légal. Mais nous n’avons pas pu bénéficier pleinement de nos droits. Les articles deux et quatre de la charte de l’AIEA stipulent que ceux qui détiennent la technologie nucléaire doivent aider les autres pays au développement de leur technologie nucléaire civile. Or, ni l’agence, ni ses états membre n’ont offert à l’Iran d’assistance quelconque dans ce domaine, quand bien même nous avons rempli nos obligations.

Le rapport de l’AIEA d’août dernier indique que l’agence « considère que l’Iran n’a pas apporté de réponse en profondeur aux problèmes posés… L’agence a donc demandé à l’Iran de fournir des réponses plus précises, et de fournir à l’agence… un accès aux personnes, à l’information et aux installations ». [Le directeur général de ’AIEA] Mohamed ElBaradei — autrefois considéré comme votre principal défenseur à Washington — se demande si oui ou non vous vous conformez aux règlements de l’AIEA, ou si effectivement vous menez un programme d’armement nucléaire.

Ce n’est pas vraiment l’endroit pour entrer dans les détails techniques. Mais le rapport est en deux parties, bien distinctes. L’une des parties détaille les questions ayant trait à l’agence elle-même. Voici deux ans, nous avons conclu un accord avec l’agence par lequel nous fournirions les réponses à six questions émanant de l’agence et subsistant dans cette première catégorie. Ces questions sont claires. Nous avons répondu à chacune d’entre elles. L’agence a validé les réponses reçues de notre part. Il est intéressant de constater qu’au bout de ces deux ans, l’administration américaine s’est mise à émettre à notre encontre un certain nombre de plaintes et d’allégations, exigeant de l’agence qu’elle les prenne également en charge. C’est une violation claire des statuts de l’agence, et des accords conclus entre l’agence et l’Iran. Sous la pression politique de l’administration américaine, l’agence accepte une liste d’allégations fournies par les Etats-Unis, et les ajoute tout d’un coup à son propre ordre du jour. Dès le départ, nous étions en désaccord avec cette pratique, en fonction du cadre légal préexistant, qui est très clair. Je pense que votre question se fonde de cette deuxième partie, qui a pu transpirer. En ce qui nous concerne, elle n’a aucun fondement légal. Nos engagements envers l’agence ont été très clairement énumérés et décrits. Si vous y prenez garde, ce même texte ne fait aucune référence à nos engagements. Il s’agit ici de plaintes émises par les Etats-Unis à notre encontre. Légalement, nous ne sommes pas contraints n’y répondre. Si nous acceptons de répondre à ces questions, nous ne serons jamais en mesure de bénéficier de nos droits dans leur intégralité, et nous ne pourrons jamais vivre dans la paix et la sécurité. Notre niveau de coopération avec l’agence est extrêmement élevé.

M. le président, je voudrais aborder le sujet du président Obama. Il a semble-t-il écrit deux lettres au Guide Suprême dans les derniers mois. Je me demandais si vous pourriez nous dévoiler la substance de ces lettres, et nous donner votre opinion du président Obama. Que pensez-vous de lui par rapport au président Bush ? Est-ce un leader faible ? Un leader fort ? Quelqu’un avec qui vous pouvez discuter ?

Vous me demandez de vous fournir des informations concernant des lettres, dont vous auriez appris l’existence ?

On en a parlé dans la presse iranienne.

Ne lisant pas la presse, je ne suis pas au courant.

Parlons d’Obama, alors.

Nous pensons que le désir de changement, ici en Amérique, va dans la bonne direction. Il s’agit d’un désir à l’échelle mondiale. Si l’on observe le statu quo qui prévaut actuellement, rien n’est viable dans le monde. Les administrations qui se sont succédé à la tête des Etats-Unis ont joué un rôle substantiel dans la genèse des problèmes du monde actuel. Il n’est que naturel d’attendre de l’administration des Etats-Unis qu’elle change elle-même. Nous pensons que le changement est inévitable et nécessaire. Néanmoins, ces changements doivent être réels. Un changement de surface ne pourra résoudre les problèmes que nous devons affronter – il ne fera que les compliquer, et retarder une solution finale. Nous espérons que M. Obama cherche un véritable changement. Nous pensons que, s’il le décide, il devrait être en mesure d’agir au moins sur une partie des objectifs qu’il s’est fixés. Nous sommes prêts à l’aider à réaliser ces changements. À l’occasion de la réunion de Genève, nous sommes prêts à aborder certaines questions, y compris à nous engager à acquérir pour notre usage domestique de l’uranium enrichi à 20 %. En retour, l’Iran offrira des solutions aux changements nécessaires. S’il s’agit de perpétuer les politiques de M. Bush sous couvert d’un nouveau langage, on n’arrivera à pas grand-chose, car cette approche est périmée. Les politiques doivent changer. Si les politiques ne changent pas, il ne peut y avoir de réel changement.

Pouvez-vous en dire un peu plus sur ce que vous venez de dire. Vous avez dit qu’à Genève, vous serez d’accord pour acheter du combustible nucléaire enrichi ? C’est cela ? Auprès des Etats-Unis ?

Nous possédons un réacteur à Téhéran qui produit des radioéléments pour usage médical. Il nécessite de l’uranium enrichi à 19,75 %. Nous sommes disposés à acquérir cet uranium. Nous sommes prêts à envoyer nos experts nucléaires à la table des négociations, afin de discuter de coopération nucléaire avec les experts de l’autre bord, en vue d’acquérir le combustible dont nous avons besoin. Pour établir les prémices d’une coopération nucléaire, et pour discuter de notre acquisition de ce combustible. C’est à mon sens une proposition très solide, qui constitue une bonne opportunité pour débuter.

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Mais, vous vous livrez déjà en Iran à l’enrichissement de l’uranium, n’est-ce pas ? L’AIEA indique que vous disposez déjà d’assez d’uranium enrichi — je crois à 4,5 % — pour créer une bombe rudimentaire. Selon ce que vous venez de dire, êtes-vous en train de suggérer que vous êtes prêt à suspendre vos activités d’enrichissement ?

Permettez-moi de vous corriger. Notre niveau d’enrichissement est aujourd’hui de 3,5 % — dans le cadre d’une plage allant de 3 à 5 %. Le combustible est destiné aux centrales atomiques de production d’électricité. Il est inutilisable dans une bombe. Une bombe requiert de l’uranium enrichi à 99,7 %. Nous pensons qu’il n’est pas bon de posséder la bombe nucléaire. Savez-vous combien de bombes atomiques détiennent les Etats-Unis ?

Je ne le sais pas. Seriez-vous prêt à vous engager à ne jamais construire d’armes atomiques ?

Nous pensons que le principe selon lequel certains pays peuvent ou ne peuvent pas disposer de l’arme atomique est un mauvais principe. C’est pourquoi nous avons proposé de lancer des négociations en vue d’un désarmement. Selon les rapports que nous avons reçus, il y a ici aux Etats-Unis plus de 10.000 têtes nucléaires. Ne trouvez-vous pas hilarant de dire que le fait que l’Iran possède une tête nucléaire représenterait un danger potentiel pour le monde, mais que le fait que les Etats-Unis en possèdent des milliers ne constitue pas une menace ? N’est-il pas hilarant d’imaginer que l’on pourrait s’opposer à la force de 10.000 têtes nucléaires avec une seule ? La bombe atomique appartient à une génération dépassée. Le temps n’est plus où l’on pouvait utiliser ces armes. Honnêtement, si elles servaient à quelque chose, l’Union Soviétique ne se serait pas effondrée, elle les aurait utilisées, d’une façon où d’une autre. Elles auraient permis à l’OTAN à gagner la guerre en Afghanistan [au moyen de la bombe atomique]. Elles auraient aidé le régime sioniste à gagner à Gaza et au Liban. L’arme nucléaire est l’outil le plus inhumain jamais produit dans l’histoire de l’humanité. Sur la question nucléaire, nous avons soumis deux propositions de négociations au P5 + 1 [les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, plus l’Allemagne]. La première concerne le désarmement et la prévention de la prolifération des armes nucléaires. La deuxième concerne le développement d’un accès collectif aux technologies nucléaires civiles, par la coopération entre toutes les parties. Nous pensons également que du point de vue environnemental, nous devons disposer d’un accès à une énergie propre, une énergie sûre, qui peut être garantie. Notre position est parfaitement claire. Nous travaillons dans le cadre édicté par l’agence, et nous avons pour l’instant respecté nos obligations.

Je ne comprends pas comment votre proposition d’achat d’uranium enrichi s’inscrit dans le tableau d’ensemble de votre programme nucléaire.

Encore une fois, les matériaux nucléaires que nous désirons acquérir sont destinés à une utilisation médicale. Le matériau enrichi à 20 % servira à produire des médicaments nécessaires à la guérison de certaines maladies. Le but est humanitaire. On travaille à ces médicaments à Téhéran à l’heure où je vous parle. Nos réacteurs travaillent à les produire. Ils ont déjà produit une vingtaine de médicaments à base de radioéléments, mais nous devons prévoir nos besoins pour les vingt prochaines années, et nous avons besoin de plus de matériau enrichi. Nous pensions que cela constituerait un bon point de départ pour des négociations.

Si vous étiez en mesure d’acheter cet uranium, que donneriez-vous en échange ?

Nous donnerions de l’argent en échange du matériau. C’est un bon point de départ pour une coopération, et pour s’engager dans la coopération. J’ai également dit que nous serions d’accord pour que nos experts nucléaires rencontrent et discutent avec des experts nucléaires de l’autre côté. Ceci contribuerait à créer un climat de confiance et à faire place nette des inquiétudes qui règnent dans chaque camp.

Pourquoi auriez-vous besoin d’uranium enrichi si vous n’avez pas à ce jour de réacteur en service pouvant utiliser de l’uranium enrichi ?

Nous disposons d’un réacteur nucléaire à Téhéran qui fonctionne depuis 20 ou 30 ans, je pense, dans le but de produire des médicaments. Il fonctionne toujours. Il produit une vingtaine de médicaments différents. Nous avons dans le passé acheté de l’uranium enrichi à 20 % auprès de différents pays, mais pas des Etats-Unis. Aujourd’hui, pourquoi ne pas l’acheter aux Etats-Unis ? C’est un bon moyen d’entamer une coopération et des discussions. Il s’agit d’une question humanitaire — nous parlons d’usage médical.

Lorsque vous dites que les experts nucléaires de votre camp vont discuter avec les experts nucléaires de l’autre camp — êtes-vous disposés à ce que ces discussions portent sur les questions en suspens de l’AIEA ?

Pourquoi ne pas les laisser entamer les discussions, et voir ce à quoi ils parviennent ?

Et ceci serait proposé à Genève ?

C’est notre proposition, oui. Les négociations ne sont pas à sens unique. Est-ce un souci ? Je pense que c’est plutôt une bonne chose.

Comment voyez-vous le futur de l’Afghanistan ? Envisagez-vous une coopération entre l’Iran et les Etats-Unis en Afghanistan, ou un Iran dominant ? Je pense que vous avez pris connaissance du rapport McChrystal, dont les conclusions sont des plus sombres.

L’Afghanistan est notre voisin. Nous avons avec ce pays des liens étroits, historiquement et émotionnellement. Plusieurs millions d’Afghans vivent en Iran. Des millions d’Afghans et d’Iraniens voyagent chaque année entre les deux pays. De nombreux mariages mixtes sont célébrés. Nos relations sont très étroites. La sécurité en Afghanistan est un souci premier de l’Iran. Je voudrais voir rétablir la sécurité en Afghanistan aussi vite que possible. J’ai dit dès le départ que nous étions prêts à apporter notre aide, sous condition d’un changement de politique. Nous pensons que les politiques menées en Afghanistan sont totalement inadéquates, et il est inutile d’aller bien loin pour le prouver. Depuis l’arrivée des troupes de l’OTAN, nombre de crimes ont été commis. De toute évidence, les politiques suivies ne sont pas les bonnes. Même si nous offrions notre aide, on n’arriverait à rien. Il n’y a pas de solution militaire en Afghanistan. Permettez-moi de vous poser une question — comment se fait-il que la presse aux Etats-Unis s’abstienne d’analyser les problèmes en profondeur ? Je veux ici vous fournir des raisons. Quelqu’un ici a-t-il déjà demandé au gouvernement des Etats-Unis la raison pour laquelle il est entré en Afghanistan et s’y est engagé à ce niveau ?

Avez-vous lu le rapport du Général McChrystal ? Il est accablant.

Oui, c’est vrai, mais c’est sept ans après. N’aurait-on pas pu poser ces questions avant d’y aller ? Quand la propagande guerrière de l’administration Bush était à son comble ?

Trois mille personnes sont tout de même mortes à New York le 11 septembre.

C’est sûr, mais ont-elles recouvré la vie suite aux crimes commis en Afghanistan ? D’autre part, le bilan se monte à des dizaines de milliers de victimes. On ne lave pas le sang par le sang. Depuis l’entrée de l’OTAN en Afghanistan, le terrorisme a été multiplié par dix, et la production de drogues illicites par cinq. Je vais vous rappeler un événement historique — et demander à la presse américaine de le rappeler à ses dirigeants, car ceci est de la responsabilité de la presse — si M. Bush avait été contraint d’étudier l’histoire de l’Afghanistan depuis un siècle, je peux vous garantir qu’il n’y aurait jamais mis les pieds. L’expérience montre que quiconque est entré dans ce pays par la force des armes en est ressorti défait. Voici cent ans, les forces britanniques se sont lancées dans un assaut frontal de l’Afghanistan et ont essuyé une sévère défaite. Voici trente ans, les troupes d’Union Soviétiques sont entrées en Afghanistan et ont dû battre en retraite. De quelle force surnaturelle M. Bush pensait-il disposer, qui lui permettrait de gagner une guerre que les Soviétiques et les Britanniques n’ont jamais pu emporter ? Nous nous permettons d’aborder le sujet en toute amitié — ce qui arrive nous touche aussi. Nous sommes touchés quand des gens meurent. À chaque vie perdue, la solution est deux fois plus dure à atteindre. Si nous n’étions pas bienveillants, nous aurions gardé le silence. Mais nous continuons de dire haut et fort que les politiques suivies sont inadéquates. Les richesses du peuple européen et américain sont dépensées ici sans résultat hormis la défaite. Cette richesse pourrait être utilisée pour créer des amitiés ou pour reconstruire un pays, c’est pourquoi nous sommes préoccupés. Chacun sait que l’OTAN est au bord de la défaite en Afghanistan. Nous pourrions garder le silence et rester à l’écart, car certains états membres de l’OTAN sont nos ennemis. Nous aurions des motifs de satisfaction à les voir essuyer la défaite. Mais nous ne nous réjouissons pas. Nous sommes attristés par la situation. Nous pensons, et disons, qu’il existe une solution humanitaire, et nous sommes véritablement surpris que les politiciens et l’OTAN aient choisi de se boucher les oreilles et refusent d’écouter toute forme de critique. Nous sommes même prêts à les aider à changer de politique là-bas. La condition préalable est qu’ils doivent se montrer disposés à écouter. Le rapport de ce général indique clairement que les politiques suivies jusqu’ici n’ont pas été les bonnes. Alors, quand vont-ils en changer ? Nous pensons que sont nécessaires des évolutions radicales des politiques suivies. Changer l’emballage — je veux dire l’emballage du nucléaire — sans adresser les questions plus fondamentales ne permettra pas d’obtenir de résultat. Il faut changer de politiques, et nous sommes prêts à leur prêter main-forte pour cela.

Sur la question nucléaire, êtes-vous en train de dire que l’Iran pourrait accepter de suspendre sa production d’uranium enrichi pour usage médical si on l’autorise à acquérir cet uranium enrichi ? Ceci pourrait-il être un premier pas vers des négociations ultérieures, qui pourraient porter sur la suspension d’autres programmes, en échange d’autres livraisons ?

Très simplement, nous n’avons pas pour l’heure la capacité d’enrichir l’uranium à 20 % pour les objectifs médicaux que nous poursuivons. Nous en sommes à 3,5 %. Nous avons déjà par le passé acheté ce type de matériau, mais pas auprès du gouvernement des Etats-Unis. Nous pouvons l’acheter aux Etats-Unis. Le fournisseur importe peu, et nous sommes ouverts. Mais ceci ne concerne pas le cycle du combustible. Néanmoins, il me semble que c’est une belle ouverture, une belle fenêtre par laquelle regarder.

En d’autres mots, vous dites que cela ne concerne pas les centrifugeuses que vous êtes en train de construire, et le fait que vous pourriez retraiter l’uranium faiblement enrichi pour le transformer en uranium très enrichi, si je comprends bien.

Ce que je dis, c’est que vous êtes libre d’interpréter à votre guise ce que je dis. Nous avons été très clairs sur ce que nous faisons. Nous disons simplement que nous avons besoin de combustible pour nos centrales électriques et pour notre réacteur. Et si l’on se réfère aux règles de l’AIEA, nous avons droit à ce genre d’assistance technique. Merci de vous rappeler lorsque vous sortirez de cette pièce qu’une des principales évolutions devant nécessairement prendre place à trait au traitement exclusif que l’on accorde à certains sujets de préférence à d’autres, ce qui mène à un système à deux poids, deux mesures. Si vous ne changez pas votre propre point de vue sur ces [sujets], rien ne pourra changer.

M. le président, une dernière question : ferez-vous quelque chose pour Maziar ? Dites que vous l’aiderez. Il travaille pour nous. Cette situation est vraiment difficile.

Je ferai ce que je peux. Merci de conseiller à vos collègues de ne pas enfreindre la loi.

Lally Weymouth pour Newsweek

Traduction française de David Korn

avr 18 2009

L’administration Obama se prépare pour une violente confrontation avec les Israéliens

Mecanopolis

Les relations entre Israël et les États-Unis semblent se dégrader chaque jour un peu plus. L’émissaire de Barack Obama pour le Proche-Orient, George Mitchell, qui rencontrait pour la première fois le nouveau premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou ce jeudi, à mis en garde l’État hébreu contre toute action militaire contre l’Iran, faisant suite aux récentes déclarations du vice-président Joe Biden, presque menaçant contre Israël. M. Mitchell s’est également prononcé en faveur de la solution des « deux États pour deux peuples » pour régler le conflit israélo-palestinien, confirmant ainsi, et de façon radicale, le récent discours de Barack Obama en Turquie et son intention de « faire de la paix globale au Proche-Orient une priorité absolue. »

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Or, Benyamin Nétanyahou a toujours refusé de se prononcer en faveur de la solution de deux États, excluant même cette idée lors de sa campagne électorale. Sa conception d’un État palestinien est celle d’un État croupion, sans aucune souveraineté ; « une série de cantons déconnectés les uns des autres avec une autonomie limitée », comme l’a affirmé Saëb Erakat, responsable palestinien des négociations. La visite de l’émissaire étasunien à manifestement contrarié le ministre israélien des Affaires Étrangères, Avigdor Lieberman, qui a appelé à un rejet immédiat du processus d’Annapolis.

Mais c’est surtout sur le dossier iranien que les relations israélo-américaines pourraient trouver leur point de rupture. Un article du New York Times daté du 13 avril dernier indique les États-Unis prépareraient de nouvelles propositions autorisant Téhéran à continuer ses activités d’enrichissement d’uranium. Jusqu’à présent, les Occidentaux conditionnaient l’ouverture de pourparlers avec Téhéran à l’arrêt de toute activité sensible d’enrichissement par l’Iran. En renonçant à faire d’une suspension de l’enrichissement un préalable, l’administration Obama confirmerait ainsi sa disposition déjà clairement exprimée à discuter sans condition avec Téhéran. Une information qui s’ajoute à la mise à l’écart de Dennis Ross, néo-conservateur pro israélien placé au département d’État comme conseiller spécial pour l’Iran d’Hillary Clinton. Cet agent sioniste notoire écarté de la délégation US, dirigé par le sous-secrétaire d’État Burns, lors d’une récente réunion à Londres du groupe de coordination dit « P5+1″, réunissant l’Allemagne, la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et les USA, qui traite les négociations avec l’Iran sur le nucléaire iranien.)

C’est donc bien à une modification sans précédent de la politique US à l’égard d’Israël auquel nous assistons, plus encore : un réalignement progressif de la stratégie des Etats-unis au Moyen-Orient. Ce qui ne manquera pas de radicaliser chacune des parties dans un bras de fer ou tous les coups sont désormais permis, comme n’a pas manqué de menacer Elie Yishaï, ministre de l’intérieur de l’Etat juif : « Barack Obama devrait savoir que contraindre Israël à un dialogue peut avoir des résultats aussi inverses qu’inattendus »

Inatendus, comme la recrudescence d’attentats terroristes ?

Sur le même sujet, lire également Israël formerait des terroristes d’Al-Qaïda sur son territoire

Mecanopolis

fév 20 2009

Israël a bien utilisé dans la bande de Gaza des armes à Uranium Appauvri

L’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN) a poursuivi son enquête sur les 1000 bombes guidées GBU-39 livrées à Israël par les États-Unis quelques semaines avant l’opération « Plomb durci » contre Gaza. Cette enquête confirme l’essentiel des allégations initiales de l’association.

3169057790_29cf92c9aa_oEnquête

Dans un article publié le 4 janvier 2009 sur son site acdn.net, article largement diffusé et repris par de nombreux sites, ACDN dénonçait l’emploi de bombes GBU-39, dès le début de « Plomb durci », par l’armée de l’air israélienne, en affirmant qu’elles contenaient de l’uranium appauvri. Métal radioactif et poison chimique, l’uranium appauvri, lorsqu’il est inhalé ou ingéré sous forme de micro- ou nanoparticules, s’attaque à l’ADN des cellules et au génome humain. Utilisé pour durcir des munitions, il est pyrophorique (incendiaire) à l’impact, mais aussi gravement pathogène, cancérigène et tératogène à moyen et à long terme. Employer de telles armes au sein d’une population sans tenir compte de ces effets bien connus de l’UA, c’est prendre sciemment le risque d’un génocide. D’où le titre de l’article du 4 janvier : A Gaza, le génocide à l’Uranium Appauvri a commencé, et l’appel d’ACDN à cesser le massacre.

Réactions

La « communauté internationale », officielle comme antinucléaire, ne semblant pas réagir à ce cri d’alarme, sinon pour le mettre en doute, ACDN a constitué et publié dès le 14 janvier un dossier plus complet sur les GBU-39 Génocide à l’Uranium Appauvri à Gaza : le dossier. Le 18 janvier, le cessez-le-feu venant d’être proclamé par Israël, le président d’ACDN écrit au Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, pour lui demander d’ouvrir au plus vite une enquête sur la présence de matières radioactives dans la bande de Gaza et de prendre, s’il y a lieu, des mesures d’urgence pour neutraliser si possible ces matières ou du moins protéger les Gazaouis et leurs voisins de la radioactivité. Il suggère de confier cette enquête au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui a déjà enquêté sur ce sujet dans les Balkans et qui a su trouver de l’uranium appauvri là où il y en avait.

De leur côté, les ambassadeurs des pays arabes accrédités en Autriche font remettre le 19 janvier, par le Prince Mansour Al-Saud, une lettre à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique dans laquelle ils s’inquiétent de l’information « médicale et médiatique » selon laquelle « des traces d’uranium appauvri ont été trouvées dans des victimes palestiniennes ». C’est en effet ce que le Dr Mads Gilbert, l’un des médecins norvégiens travaillant à l’hôpital Al-Chifa de Gaza, avait affirmé dès le 31 décembre 2008. Ils demandent à l’AIEA de mener « une enquête radiologique et physique en vue de vérifier la présence d’uranium appauvri dans les armes utilisées par Israël dans la bande de Gaza. » L’AIEA fait rapidement savoir qu’elle agrée la demande et va mener l’enquête. Ce qui écarte le PNUE de cette mission.

A ce jour (12 février 2009), l’AIEA n’a pas encore remis de rapport. Il est vrai qu’avant même la venue des enquêteurs sur le terrain, le porte-parole du gouvernement israélien a assuré qu’ils ne trouveraient rien. Précédemment, le chef d’état-major de Tsahal avait commencé par nier, le 13 janvier, l’usage de bombes au phosphore blanc avant d’être obligé de le reconnaître le 20 janvier, en se repliant sur une deuxième ligne de défense : « ce sont des armes autorisées ». Oui, tout juste tolérées, mais pas sur des civils.

Sans attendre les résultats d’expertise de l’AIEA, ACDN a poursuivi son enquête sur les GBU-39, et abouti à rassembler les précisions suivantes.

Précisions

De « source bien informée », les GBU-39 livrées à Israël représentent une toute nouvelle génération de bombes guidées. Leur enveloppe est constituée d’un alliage métallique C/UA à base d’uranium appauvri (80 %), dans lequel le tungstène est remplacé par du carbone (20 %). A première vue, le carbone peut sembler plus fragile et plus friable que le tungstène, donc moins recommandé pour entrer dans la composition d’une enveloppe métallique chargée d’assurer la pénétration des bombes en profondeur, dans un terrain, un immeuble ou un bunker, à travers du béton armé et d’autres obstacles multiples et résistants. En fait, c’est l’inverse.

D’une part, en effet, il s’agit d’un carbone très particulier, issu directement des laboratoires militaires de Los Alamos, en liaison avec la recherche en nanomatériaux et structures de métaux, tant universitaire que privée, qui a mis au point un nouveau « type de carbone » à structures moléculaires renforcées : les fullerènes. Aussi résistants que le diamant, les fullerènes se présentent extérieurement sous forme de suie noire et se mélangent aisément à d’autres métaux, en l’occurrence l’uranium appauvri.

D’autre part, la « friabilité » du carbone permet d’obtenir un alliage métallique formant des milliers d’échardes, selon un tout nouveau procédé de fabrication qui fait intervenir ce qu’on nomme le « frittage fragmentaire ». Le métal (alliage 20/80 C/UA) ne présente pas une véritable « masse homogène »Â ; un réseau de microfissures volontaires facilite sa fracture en éclats minuscules ou « échardes de métal », dont le « rayonnement » se trouve en outre renforcé par le type d’explosif utilisé dans les GBU.

Selon les dernières informations obtenues par ACDN, la charge explosive des GBU-39 utilisées par Israël lors de l’opération « Plomb durci » ne serait pas de même composition que le DIME (Dense Inert Metal Explosive) qui se trouve, à raison de plus de 80 kg par unité, dans les Mk-82, des bombes de 500 livres ayant servi de base aux GBU-39, et qui ont aussi été utilisées à Gaza. La confusion entre les deux est possible, et le sort des victimes, quasiment identique. L’explosif de ces GBU-39 serait une nouvelle formulation de perchlorate (produit hautement cancérigène) avec un ajout de poudre de carbone micromolléculaire (à la place de l’alumine) et d’un « booster » à base de poudre d’UA. Le rôle de cet explosif hyper puissant est d’assurer une grande vélocité aux « Ã©chardes de métal », lesquelles s’enflamment du fait qu’elles contiennent de l’Uranium Appauvri pyrophorique, mais seulement après impact sur leur « cible », où le frottement fournit l’élévation de température nécessaire. « Préformatées en forme d’aiguilles », les minuscules échardes s’enfoncent dans tout de ce qui se trouve sur leur passage. Elles traversent les corps humains de part en part et seul le béton les arrête à une profondeur d’environ un mètre (de 0,85 m à 1,15 m). Ensuite, elles brûlent, en dégageant un maximum de chaleur et un minimum de fumées… et ce en raison des « mini impacts largement répandus autour de la cible ».

Les GBU-39 utilisées lors de l’intervention israélienne, ont une propriété supplémentaire : elles disposent d’un système de mise à feu complémentaire qui force l’explosion en cas de mauvais fonctionnement du système primaire d’armement à l’impact. La bombe explose donc de toute façon dans les secondes ou les minutes qui suivent son contact avec la cible, quelle que soit celle-ci. Ainsi, le matériel est-il assuré de disparaître après intervention. On ne pourra trouver aucun reste de GBU-39, ni intacte, ni en morceaux. Juste un peu de poudre noire.

Ces nouveaux matériaux composites, les autres caractéristiques des GBU déjà décrites dans nos articles précédents, et l’ensemble du dispositif de mise en Å“uvre, assurent aux GBU un « service multiple » de destruction et de morbidité : – pénétration en profondeur des cibles les mieux protégées (bétons à hautes, très hautes ou ultra hautes performances ; blindages épais en acier, ou en acier renforcé à l’UA) ; explosion différée jusqu’à la profondeur voulue et programmée ; explosion ultérieure et autodestruction de l’engin, dans le cas où le dispositif primaire de mise à feu a échoué ; destruction « classique », par effet de souffle, de la cible, depuis l’intérieur même ; projection d’échardes métalliques dans les corps inertes ou vivants situés à l’intérieur ou à la périphérie de la cible, avec effet de « décapitation » ou d’ « amputation » sur les corps humains ; crémation externe et interne des corps, les échardes métalliques devenant elles-mêmes des brandons ; chez les blessés survivants, impossibilité de distinguer les éclats métalliques et de les extraire par une opération chirurgicale ; réduction de la durée de survie des blessés et des brûlés, par empoisonnement interne, radiotoxique et chimique, dû à l’uranium appauvri ou à ses descendants ; contamination radioactive de l’environnement naturel par dispersion, sur les lieux mêmes des explosions et au-delà, de nanoparticules d’uranium appauvri et d’autres radionucléides issus de l’uranium ; atteintes au génome de la population cible. L’innovation meurtrière des marchands d’armes défie l’imagination. Tout comme leur capacité à faire disparaître l’uranium appauvri de leurs nomenclatures, à esquiver les questions embarrassantes, voire à se trouver des alliés inattendus.

L’art de l’esquive

Les GBU sont construites aux Etats-Unis par la firme Boeing dans son usine de Saint Louis (Missouri). Sachant cela, un citoyen américain resté « sceptique » devant les assertions d’ACDN a demandé au Ministère de la Défense (DOD) des Etats-Unis s’il y avait ou non de l’uranium appauvri dans les GBU-39. En attendant la réponse du ministère – qui n’est toujours pas arrivée – il a posé au responsable de la communication de Boeing la question suivante : « L’usine Boeing de Saint Louis a-t-elle une licence du Ministère de l’Energie (DOE) pour détenir ou traiter de l’uranium appauvri ? » (« Does the Boeing facility in St. Louis have a DOE license for holding or handling depleted uranium ? »). Il a reçu cette réponse : « Boeing n’a pas de licence, étant donné qu’il n’y a pas d’activité relative à l’uranium appauvri dans notre usine de Saint Louis/Saint Charles. » ( »Boeing does not have a license as there is no depleted uranium activity at our St. Louis/St. Charles facility. »)

Cependant, malgré ses allures de démenti, cette réponse n’implique nullement qu’il n’y ait pas d’uranium appauvri dans les GBU-39 : leur « construction » à Saint Louis peut se limiter au montage de pièces détachées, elle n’implique ni hauts fourneaux, ni fonderie pour les alliages métalliques, ni même l’usinage des pièces. S’il fallait remonter la piste de l’uranium appauvri présent dans l’enveloppe des GBU-39 jusqu’aux lieux où il est fondu en alliage et où la coque est usinée, sans doute faudrait-il s’adresser d’abord aux laboratoires de l’armée américaine (en particulier à ceux de Los Alamos, en pointe dans la métallurgie et les nano-technologies), à la firme Westinghouse qui fournit l’uranium des centrales nucléaires, ou encore à l’un de ses sous-traitants. Gageons que le « secret défense » ou le « démenti » pur et simple trouveront alors à s’exercer. Aux Etats-Unis comme ailleurs, ce sont les militaires qui financent, gèrent et contrôlent tout ce qui a trait aux armements. Y compris par le mutisme ou la désinformation.

Retour à l’humain

Phosphore blanc, DIME, tungstène, uranium appauvri… Les médecins pensent différemment des militaires et de leurs donneurs d’ordres. Seulement soucieux d’humanité, les chirurgiens présents à Gaza ont décrit les effets sur les victimes des « nouveaux types d’armes » employés : « A 2 mètres, le corps est coupé en deux ; à 8 mètres, les jambes sont coupées, brûlées comme par des milliers de piqûres d’aiguilles. » Les blessés survivants « n’ont aucune trace de métal dans le corps, mais des hémorragies internes étranges. Une matière brûle leurs vaisseaux et provoque la mort, nous ne pouvons rien faire. » (Dr Mads Gilbert, Le Monde, 12 janvier) « Quand on commence à opérer, tout semble en ordre… Mais ensuite on découvre des dizaines de minuscules particules dans tous leurs organes. On dirait qu’un certain type d’explosif ou d’obus les a dispersées partout, et ces blessures miniatures, impossible de les opérer. » (Dr. Jam Brommundt, médecin allemand travaillant à Kham Younis, au sud de la bande de Gaza)

Comment ne pas se demander avec le Dr Gilbert : « Se peut-il que cette guerre soit le laboratoire des fabricants de mort ? Se peut-il qu’au XXIe siècle on puisse enfermer un million et demi de personnes et en faire tout ce qu’on veut en les appelant terroristes ? »

Et comment qualifier cette « guerre » qui fait d’un côté 14 tués (11 soldats israéliens, dont 4 victimes d’un « tir ami », et 3 civils, victimes d’un tir de roquette) et 50 blessés, et de l’autre côté, au moins 1330 tués et 5450 blessés, pour la plupart des civils, dont une moitié d’enfants ? (Source : Foreign Policy In Focus)

A un contre cent, est-ce encore un combat, ou un jeu de massacre ? Une collection de crimes de guerre ? Le début d’un génocide qui n’ose pas dire son nom et se cache derrière la mémoire d’un autre génocide ?

Un crime contre l’humanité, donc ? Israël, en tout cas, est allé trop loin.

Une guerre trop loin.

Les prochains responsables israéliens devront, dans leur propre intérêt et dans celui de leur peuple, se hâter de reconnaître -indépendamment du Hamas, qui le devrait aussi- et réparer, si tant est qu’ils soient encore réparables, les dommages humains, écologiques, économiques et politiques subis du fait de « Plomb durci » par les Palestiniens – ainsi que ceux subis par les Israéliens eux-mêmes, par effet boomerang.

Si Israël n’y vient pas de lui-même, il faudra que la justice et la « communauté internationale » l’y obligent. Sinon, ce sera la porte ouverte à toutes les folies militaires, massacres nucléaires compris.

Nous en appelons au bon sens, au sens de la justice et à l’humanité de chacun.

Enquête : Israël a bien utilisé dans la bande de Gaza des armes à Uranium Appauvri » â“’ACDN, 12 février 2009.

Source : ACDN

Signer la pétition pour l’abandon et l’interdiction universelle des armes à UA